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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 08:15
Pétition. Des masques pour tous, gratuits : l'appel lancé par l'Humanité - Pétition à signer
Mercredi, 6 Mai, 2020
Pétition. Des masques pour tous, gratuits : l'appel lancé par l'Humanité

L’affaire des masques de protection devient le sparadrap rouge collant aux basques du pouvoir. Pour une famille, le budget peut atteindre plus de 200 euros par mois. Exigeons leur gratuité.

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité

 

ll y eut d’abord ces mensonges en série sur leur inutilité pour camoufler une pénurie qui n’a rien de naturelle. Celle-ci découle d’une part de la destruction de nos industries textiles considérées comme dépassées par les grands penseurs du libéralisme et leurs serviteurs au pouvoir depuis des décennies, et d’autre part des choix de réduction des crédits publics poussant au « zéro stock », également présenté comme le nec plus ultra de la modernité. Cette pénurie a mis en danger soignants comme patients. Elle est sans doute responsable de nombreuses contaminations et décès.

Puis, au fil des semaines, le masque est devenu utile, indispensable même, alors que les soignants continuaient d’en manquer. Et le pouvoir souhaite désormais le rendre obligatoire dans les transports publics.

Depuis quelques jours, ce qui n’existait pas tombe par paquets de millions, mais sur les étals des supermarchés, comme produit d’appel pour attirer le chaland qui devra demain reprendre les transports en commun. Le scandale est encore plus gros quand on sait que cette opération a été annoncée tambour battant il y a huit jours dans un communiqué commun de la Fédération du commerce et de la distribution et du secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, et présentée comme un haut fait d’armes. De qui se moque-t-on ? Une commission d’enquête parlementaire doit rapidement faire la clarté la plus nette sur une affaire qui a plus à voir avec le mercantilisme qu’avec la santé publique.

Les masques ne peuvent être des marchandises étalées aux caisses des supermarchés pour grossir le ticket de caisse, attirer et fidéliser les clients. Ils sont un moyen de protection civile et collective, et un outil de santé publique. À ce titre, ils devraient être assurés, en lien avec les collectivités, par les services de la Sécurité civile. Si les travailleurs contraints de reprendre leur activité venaient à contracter le virus faute d’avoir pu accéder à des masques de protection, l’État serait comptable d’une mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen nous rappelle que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Et, l’article 11 du préambule de la Constitution confirme bien ce « droit à la protection ». En conséquence, les masques doivent être gratuits.

Certains pays européens l’ont décidé. Des collectivités locales également. Pourquoi le gouvernement de la sixième puissance mondiale ne le pourrait-il pas ? Ce pays ou l’argent des dividendes continue de couler à flots, ce pays où l’on peut en une nuit débloquer des milliards pour consolider des entreprises dont la trésorerie est loin d’être à sec. Pourquoi une famille de quatre personnes qui a déjà du mal à joindre les deux bouts doit encore alourdir ses dépenses du mois de 80 à 150 euros pour assurer sa santé et celle des autres ? On nous dit que les prix des masques seront bloqués en deçà de 1 euro, soit peu ou prou leur prix de revient. Pourtant, plusieurs témoignages indiquent que non seulement ce prix est pour l’instant fictif, mais qu’en plus on trouvait en janvier des masques à seulement 8 centimes. Une prise en main par l’État imposant la gratuité couperait court à toute tentative de spéculation.

Réclamons partout et par tous les moyens la gratuité des masques. Il en va de l’intérêt public. Et, pour une fois, appuyons-nous sur cette déclaration de Mme Agnès Buzyn le 29 janvier dernier : « Si un jour nous devions proposer à telle ou telle population ou personne à risque de porter des masques, les autorités sanitaires distribueraient ces masques aux personnes qui en auront besoin. » C’était certes pour cacher la pénurie. Mais, aux actes maintenant ! Lançons un grand mouvement pluraliste pour la gratuité des masques !

 

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité
Pour le budget masque d'une famille il faut compter 200 euros par mois, estime Alain Bazot

Tout le monde ne pourra pas s’offrir le masque arboré, mardi, par Emmanuel Macron dans une école des Yvelines. Fabriqué par la bonneterie Chanteclair, dans l’Aube, cette protection en tissu lavable est facturée 4,92 euros pièce. Très au-dessus du prix des masques chirurgicaux, plafonné à 95 centimes l’unité. Sauf que ces derniers ne sont pas réutilisables. « Avec un masque chirurgical, disons à 60 centimes d’euro, le budget pour une famille de quatre personnes peut s’élever à plus de 200 euros par mois », estime le président de l’UFC-Que choisir, Alain Bazot, qui réclame « une mise à disposition gratuite ou à vil prix » de ces masques dans les services publics, les écoles et les transports.

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 06:33
Assassinat d’Henri Curiel : vérités évidentes, justice empêchée
Il y a quarante ans, le 4 mai 1978, Henri Curiel était assassiné à Paris. Je suis la fille de son cousin germain, Guy Braibant. Nous connaissons la vérité sur ses assassins mais, au nom du secret défense, la justice reste empêchée par un fil rouge menant du général Aussaresses au président Giscard d’Estaing.

Il faisait chaud ce week-end de juin 1976. La sécheresse grignotait petit à petit toute la France. Paris était gagné par la torpeur. Dans la voiture de mon père, je m'étais à moitié endormie. Jusqu'à ce que je l'entende dire de sa voix douce "mais qu'est ce que c'est que ça ?". Au feu rouge du croisement des boulevards Saint Michel et Saint Germain, il restait en arrêt devant un kiosque à journaux dont l'immense affiche apposée à son dos, proclamait fièrement le dernier scoop du Point : "Henri Curiel, le patron des réseaux d'aide aux terroristes". Et de son ton toujours aussi calme, mais angoissé cette fois, il me dit : "Henri va être assassiné."

Deux ans et une nouvelle campagne de presse plus tard, toujours dans Le Point, puis le Spiegel allemand, Henri était assassiné, une journée chaude encore, le 4 mai 1978, jeudi de l'ascension. Nous étions encore ensemble, dans la même voiture, la radio allumée, un flash nous annonça la nouvelle, et je me souviendrai toujours du visage soudain gris de mon père, lui qui manifestait si peu d'émotion.

C’était en 1976, 1977, 1978, assassinats en Afrique du Sud – mise au ban des Nations Unies pour son régime d’apartheid -, assassinats en France, présidée par un homme moderne, ancien partisan de l’Algérie française. Des meurtres nombreux – des Algériens, des Palestiniens, des Basques -, parfois précédés d'articles de journaux comme ceux du Point, non signés, de faux scoops apportés sur un plateau d''argent à Georges Suffert qui ne voyait rien de mal à l'apartheid ou aux dictatures d'Amérique latine, mais vomissait tout ceux qui se rapprochaient de près ou de loin du communisme. Comme Henri Curiel. Plus tard, Georges Suffert reconnaîtra avoir été "un peu léger" sur ce coup là.

Henri était le cousin germain de mon père Guy Braibant, et il était l'ancien chef de file des porteurs de valise durant la guerre d’Algérie, un groupe qui s’était reconverti dans l’aide aux mouvements de libération nationale de par le monde. Au premier rang desquels l’ANC. Il fournissait des faux papiers aux militants sud-africains, il aidait les militants anti-apartheid blancs – relisant en eux le courage des porteurs de valise de France durant la guerre d’Algérie. Il fut soupçonné d’avoir permis la révélation du mirifique contrat nucléaire entre Paris et Pretoria. Et assassiné le 4 mai 1978.

Entre le 3 mai et 5 mai 1978, circulait en France un certain Jean Paul Guerrier, « pigiste » au service action du SDECE (services de contre espionnage de l’époque), membre du groupe mercenaire de Bob Denard, ami du général Aussaresses, envoyé par lui, et avec lui, comme instructeur en Afrique du Sud sous Nicolaas Johannes Diederichs, grand admirateur du 3ème Reich, en Argentine sous Videla, au Chili sous Pinochet pour apprendre à ces sages élèves la répression pratiquée contre le FLN algérien. Jean-Paul Guerrier donc, impliqué dix ans plus tard en 1988 dans l’assassinat à Paris de Dulcie September, représentante de l’ANC auprès de l’Unesco.

Lors de la sortie de ses mémoires en 2001, le bon vieux général Aussaresses, qui avait admis avoir usé et abusé de torture au temps de la guerre d'Algérie, regrettait tout de même de ne pas avoir fait tuer des porteurs de valise., comme il en avait le projet. Il confessera haïr ces Français.es par dessus tout, ces traitres qui appuyaient le FLN. Plus tard il admettra ne pas être étranger à l'assassinat d’Henri, cet Homme à part (titre du beau livre de Gilles Perrault) qui avait participé aux luttes anti-coloniales, avait pris le relai de Francis Jeanson (après son retrait) à la tête du réseau des porteurs de valises, avant de vouloir empêcher de torturer en paix les dirigeants sud-africains ou sud-américains...

Au sommet de l’Etat giscardien régnaient d’anciens militants de l’Algérie française qui n’avaient pas fait leur deuil de cette guerre-là. Et ils voulaient mettre un terme aux actions d’Henri Curiel , celle d’offrir une aide logistique aux militants anti-apartheid ou à ceux qui résistaient aux dictatures. Les tentatives par voie de presse n'y suffirent pas. Alors le meurtre. Raison d'Etat. Des juges d'instruction successifs, des archives disparues, des non lieux en perspective toujours repoussés par la ténacité de l'avocate Linda Weil-Curiel, une autre cousine.

Et puis le témoin repris par William Bourdon, et l'enquête réouverte, 40 ans plus tard, en janvier 2018.

La vérité, nous la connaissons, nous attendons maintenant la justice.

En 2006, l'ex commissaire Lucien Aimé Blanc (en délicatesse avec ses supérieurs, il avait été suspendu), compagnon de ces mercenaires post-coloniaux en Afrique, publiait L'indic et le commissaire. Il y parlait de l'assassinat d'Henri. Il donnait un nom, peut-être une vantardise de plus chez un fanfaron qui aimait se faire mousser…. Je l’ai rencontré alors, et j'avais lancé devant lui les noms de Jean-Paul Guerrier, du général Aussaresses. L'ancien flic avait sursauté, puis commenté : "Vous êtes bien renseignée." Silence. "Mais tant que certains seront en vie, il n' y aura jamais de procès". 

Et voilà que Aussaresses meurt en décembre 2013. Et ce hasard aussitôt, la mort simultanée de deux hommes que tout sépare. Celle d’Aussaresses annoncée mercredi 4 décembre 2013 par une association d’anciens parachutistes, ses amis en torture. Celle de Nelson Mandela le lendemain 5 décembre par le gouvernement sud-africain de la nation arc-en-ciel de l’après apartheid, de la commission Vérité et réconciliation. Un télescopage inaperçu pour tous, sauf pour quelques uns, ces mercenaires nostalgiques des colonies et d'un ordre ancien qu'ils appelaient nouveau. Qu’ont-ils pensé lorsque Madiba (Mandela), un homme qu’ils ne pouvaient que haïr, est sorti de prison en 1990 puis lorsqu’il est devenu président en 1993 ? Que pensent-ils à l’heure de la fin de celui qui est devenu un héros planétaire ? 

Entre Nelson Mandela et le général Aussaresses, le fil rouge sang de l’apartheid. Ils avaient tous deux 95 ans au jour de leur décès. Le général Aussaresses, grand tortureur devant l’éternel durant la guerre d’Algérie, employé par le marchand d'armes Thomsom, s'était mis, à titre privé, en tant que conseiller spécial, au service des dictatures d’Amérique latine et de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Avec la bénédiction de Valery Giscard d’Estaing qui régnait à l’Elysée (1974 – 1981), avec son ami Michel Poniatowski, membre actif de l’association des amitiés France/Afrique du Sud. Comme Georges Suffert. 

Aux yeux du pouvoir français de la fin des années 1970, le plus ancien bagnard sud africain était un ennemi absolu. Les gouvernements français de Jacques Chirac et Raymond Barre avaient choisi, comme en Allemagne, de rompre secrètement l’embargo international décrété contre le régime raciste de Pretoria. De colossaux contrats industriels, comme la fourniture de l’industrie nucléaire, furent conclus avec le gouvernement sud africain. Et pour empêcher toute fuite, toute opposition, des mercenaires français cornaqués par le général Aussaresses et le commandant Georges, anciens membres dirigeants des commandos fascistes et meurtriers Delta durant la guerre d’Algérie, furent dépêchés pour épauler le sinistre Boss sud africain dans sa guerre aux terroristes de l’ANC, l’African national congress de Mandela, proche des communistes. Avec la bénédiction du président français Giscard d’Estaing.

Mais le secret de l'embargo rompu fut éventé, les gouvernements français et allemand condamnés par la communauté internationale. Ils croyaient Henri Curiel responsable de la fuite. C'était l'ANC.

Mais au fond pour les services français, quels qu'ils soient, c'était pareil. Ils auront certainement fêté le meurtre "d'Henri Curiel, traitre à la France qui l'avait accueilli", selon les termes du commando Delta, qui revendiqua le crime.

–––––––––––––––– 

Celles et ceux qui luttent pour la justice autour des crimes impunis :

> L’association « Mémoire, Vérité, Justice », fondée en 1999 par des proches des victimes, avait vocation à regrouper toutes les informations sur les assassinats politiques en France, depuis celui de Mehdi Ben Barka en octobre 1965, en passant par les liquidations de huit représentants palestiniens tels Mahmoud Al Hamchari (8 décembre 1972 à Paris) ou Ezzedine Kalak (3 août 1978).

De 1978 à 1985, c’est au tour des indépendantistes Basques d’être visés en France, dix militants sont tués durant cette période. Puis en mars 1988, 10 ans tout juste après Henri Curiel, la Sud-Africaine Dulcie September représentante de l’ANC auprès de l’Unesco est assassinée, à Paris aussi. Une liste partielle de ces crimes qui, selon l’association "comporte exclusivement les affaires posant la question de la double implication des États. Implication ou interrogation sur l’implication directe et active d’un État étranger dans un assassinat politique commis sur le territoire français, et implication ou risque d’implication de l’État français, qu’elle soit directe ou indirecte, active ou passive, avant, pendant ou après le crime."

> Le collectif « Secret défense, un enjeu démocratique » s’est formé à la suite d’une table-ronde sur le secret-défense, quelques semaines avant que le président Emmanuel Macron ne promette, le 28 novembre 2017 à Ouagadougou, de communiquer aux juges burkinabés tous les documents français dans le dossier de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara. Il regroupe des familles et proches de victimes d’affaires criminelles, engagés aujourd’hui dans une dizaine de procédures judiciaires dans lesquelles le secret-défense compromet la manifestation de la vérité, ainsi que des historiens et des journalistes confrontés au refus de l’État et de l’administration de communiquer des documents. Il s’agit de l’assassinat de Thomas Sankara, président du Burkina Faso, le 15 octobre 1987 ; des massacres de Sétif (Algérie) en mai 1945 et de Paris le 17 octobre 1961 ; de la « disparition » de l’universitaire Maurice Audin en Algérie en 1957 ; du massacre des tirailleurs « sénégalais » au camp de Thiaroye le 1° décembre 1944 ; de l’enlèvement et la disparition de Medhi Ben Barka à Paris le 29 octobre 1965 ; de l’assassinat du magistrat Bernard Borrel à Djibouti le 18 octobre 1995 ; de l’enlèvement et l’assassinat au Mali des journalistes à RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon le 2 novembre 2013.

Le militant Henri Curiel a été assassiné à 63 ans, le 4 mai 1978.

Le militant Henri Curiel a été assassiné à 63 ans, le 4 mai 1978.

Hommage. Paris honore Henri Curiel, et la lutte anticoloniale
Vendredi, 26 Avril, 2019

La Ville de Paris a inauguré jeudi une plaque à la mémoire de cet insatiable militant internationaliste, assassiné au pied de son immeuble, il y a 41 ans. Cette commémoration est un appel à poursuivre l’enquête, qui bute sur le secret défense.

«Si je ne brûle pas, si tu ne brûles pas, si nous ne brûlons pas, comment les ténèbres deviendront-elles clarté ? » C’est par ces vers, du poète turc Nazim Hikmet, qu’Alain Gresh, directeur d’Orient XXI, a rendu hommage à l’engagement total d’Henri Curiel. Cette grande figure de la lutte anticoloniale, qui est aussi son père, va désormais avoir une plaque à son nom, à Paris, apposée sur l’escalier reliant la rue Rollin à la rue Monge. C’est ici qu’Henri Curiel vivait, c’est ici qu’il a été assassiné de trois balles de colt 45, le 4 mai 1978.

Les sicaires, que des révélations récentes relient au Sdece, le contre-espionnage français, n’ont jamais été arrêtés. Récemment rouverte par le parquet, l’enquête bute aujourd’hui sur le secret défense. « Nous savons, grâce au travail des journalistes, qu’il y a des implications du général Aussaresses (tortionnaire pendant la guerre d’Algérie – Ndlr)et des plus hautes autorités de l’État. Ces décisions n’ont pas pu être prises sans en informer le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing. Ça rend les choses compliquées. Mais nous ne perdons pas espoir », a déclaré Alain Gresh. Les proches d’Henri Curiel espèrent que la pose de cette plaque, par la Ville de Paris, constitue un « appel à poursuivre l’enquête ».

Un passeur entre le Nord et le Sud

Un appel, aussi, à « briser cette tradition française du secret défense qui fait qu’une partie de l’État pense être au-dessus des règles, au nom de la raison d’État ». Car il y a « des dizaines d’affaires qui relèvent du secret défense, comme l’affaire Ben Barka ou le massacre des tirailleurs à Thiaroye, en 1944, au Sénégal ».

Cette plaque rend aussi hommage à un « engagement communiste, humaniste, anticolonialiste », selon Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris (PCF). « Il a vite compris, abonde Alain Gresh, que le combat anticolonialiste était la question essentielle pour les pays du tiers-monde à une époque où le mouvement communiste pensait que la révolution sociale était plus importante, qu’elle aurait lieu dans les pays européens. » Cette intuition a structuré tous ses combats. Après avoir soutenu la France libre, Henri Curiel, provenant d’une riche famille juive du Caire, crée le Mouvement égyptien de libération nationale, premier parti communiste du pays, qui va jouer un grand rôle dans les grèves déclenchées sous domination britannique. Expulsé par le roi Farouk, il s’engage aux côtés du Front de libération national algérien. Il prendra même le relais de Francis Jeanson à la tête du réseau de porteurs de valises, avant d’être emprisonné à Fresnes. Après 1962, il crée le réseau Solidarité, qui va soutenir, former, des dizaines de militants anticolonialistes du tiers-monde. Mandela, Ben Barka, militants anti-impérialistes d’Amérique du Sud, il les a tous aidés…

« Beaucoup de personnes en France se sont levées contre l’entreprise coloniale, ont pris des risques – Henri Curiel l’a même payé de sa vie –, tout ceci doit être gratifié aujourd’hui », a réagi hier Bertrand Badie, professeur des universités. « L’histoire de France doit réintégrer tous ces militants et les considérer comme un pan de sa Résistance, comme une partie intégrante des valeurs humanistes de notre pays. » Aujourd’hui plus qu’hier, « parce que nous sommes confrontés à un délire populiste et nationaliste cultivant une forme de méfiance et de peur à l’encontre du Sud. (…) Un homme comme Henri Curiel était un passeur entre le Nord et le Sud, entre la France et ces pays d’Afrique qui deviennent un peu le centre du monde, démographiquement, sociologiquement, politiquement. Il faut que l’on apprenne, à travers lui, que nous ne sommes plus seuls au monde. »

Pierre Duquesne

Quand l’internationalisme soutenait les mouvements de libération nationale

Le Monde Diplomatique, avril 1998

Henri Curiel, citoyen du tiers-monde

Il y a vingt ans, le 4 mai 1978, deux hommes abattaient Henri Curiel à son domicile parisien. Aujourd’hui, les assassins courent toujours et le dossier est officiellement classé. Né en Egypte en 1914, fondateur du mouvement communiste dans ce pays, Henri Curiel fut exilé par le roi Farouk en 1950. Il s’installa alors en France où il consacra ses efforts à l’aide aux mouvements de libération du tiers-monde ainsi qu’à la paix entre Israël, les pays arabes et les Palestiniens. Dénoncé comme « le patron des réseaux d’aide aux terroristes », il avait, en réalité, inventé une forme d’internationalisme qui correspondait aux formidables luttes anticoloniales qui ont marqué la seconde moitié du siècle.

 

Il naît et mourra égyptien. C’est le choix de son cœur : le hasard de son lieu de naissance n’en faisait pas une nécessité. Car si Henri Curiel voit le jour au Caire le 13 septembre 1914, c’est-à-dire au dix-neuvième siècle, sa famille juive possède la nationalité italienne, quoique aucun de ses membres ne parle un mot d’italien. Grandissant dans un pays occupé par les Britanniques et dont il ne comprend pas la langue, il fait ses études dans un collège de jésuites français. Cette vie ne sera pas simple.

Chassés d’Espagne par l’Inquisition, passés probablement par le Portugal et l’Italie, les Curiel auraient débarqué en Egypte dans le sillage de Bonaparte. Le grand-père d’Henri était usurier. Son père, élargissant les opérations sans guère en modifier la nature, accède à la dignité de banquier. La famille habite dans l’île très chic de Zamalek une immense maison meublée moitié Louis XVI, moitié modern style. Sans être austère, le train de vie se veut à l’écart de l’ostentatoire : dix domestiques seulement. Chaque jour, table ouverte pour les amis qui passent et s’assoient sans façon. Ils sont toujours une dizaine et, sauf exception rarissime, appartiennent à la communauté juive.

Le passeport italien (ou grec, français, anglais, etc.) est de pure commodité : il permet de bénéficier du régime capitulaire et de jouir du privilège de juridiction. Ces « étrangers » dont des générations d’ancêtres reposent dans les cimetières du Caire ont des intérêts en Egypte et aucun intérêt pour elle. Leur patrie d’élection, c’est la France. Les parents d’Henri Curiel et leurs amis la voient à la façon du jeune Charles de Gaulle, leur contemporain, « telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle ». Chaque soir, le banquier Daniel Curiel, aveugle depuis l’âge de trois ans, se fait lire Le Temps par son épouse. Henri et son frère aîné Raoul ânonneront au collège « Nos ancêtres les Gaulois » et n’apprendront de l’histoire égyptienne que la période pharaonique, inscrite au programme de 6e.

Chaque été, un voyage en France. Mais cette passion, dont on a peine aujourd’hui à concevoir l’intensité, entraîne éventuellement, après des engagements volontaires, à des séjours plus âpres et parfois définitifs dans la boue sanglante de Verdun. Un an avant son assassinat, évoquant sa jeunesse, Henri Curiel dira : « La seule patrie à laquelle je me sentais rattaché était la France. »

Irrépressible aspiration à l’indépendance

Tandis que son frère Raoul reçoit la permission de poursuivre des études supérieures à Paris (il deviendra un très éminent archéologue), Henri se voit désigné pour travailler avec son père et lui succéder un jour. Le coup du sort l’accable. On le prive de la France, où filent l’un après l’autre ses parents et amis, pour le river au banc de la galère bancaire. Défilé quotidien et crasseux de paysans aux abois venus hypothéquer la future moisson. Mais comment se rebeller contre un père aveugle ? Henri se console avec les livres et les filles. Il se partage équitablement entre jeunes bourgeoises et putains. Aux premières, il fait lire Proust ; aux secondes, Dostoïevski.

Son exquise sensibilité lui vaut le surnom de « Lilas foudroyé ». Une dégaine d’épouvantail à moineaux : 50 kg pour 1,82 m. Il sombre dans un état prétuberculeux. Les piqûres prescrites lui sont administrées par une jeune infirmière de son milieu qui a des préoccupations sociales. Elle le convainc d’aller soigner avec elle les paysans qui travaillent sur la propriété des Curiel (100 hectares dans le delta du Nil ; la plupart des familles de fellahs vivent sur 2 ou 3 ares). Aux côtés de Rosette Aladjem, qui deviendra sa femme, Henri Curiel découvre l’insondable misère du peuple égyptien.

Tous ceux d’Egypte qui l’accompagneront dans la militance jusqu’à sa mort ont éprouvé ce choc initiatique, la révélation bouleversante d’un insoutenable malheur. Un âne se loue plus cher qu’un homme. Dans les usines de coton possédées par leurs familles, les ouvriers sont des enfants de sept à treize ans travaillant sous les coups de fouet des contremaîtres européens ; seuls les contremaîtres portent des masques pour se protéger de la poussière suffocante ; en moyenne, un tiers des enfants meurent de phtisie dans l’année. La malaria emporte des villages entiers ; 95 % des paysans sont atteints de bilharzioze. Le trachome donne à l’Egypte le record mondial des aveugles. La longévité moyenne est de vingt-sept ans — encore ne compte-t-on pas les enfants morts dans leur première année.

Comme les jeunes gens d’Europe, ils lisent Malraux, Nizan, le Gide des allers-retours, et rôdent autour du marxisme. A leur différence, ils n’entrent pas en politique au terme d’une démarche intellectuelle : ils y sont précipités par une révulsion-pulsion de tout l’être. Ce qui distingue et distinguera toujours leur petite cohorte de l’armée militante européenne, c’est d’être né au sein de ce qu’on ne nomme pas encore le tiers-monde, dans un système de production réalisant avec un cynisme indépassable les conditions optimales de l’exploitation de l’homme par l’homme. Cette révélation n’est point abstraite, tirée de quelque ouvrage doctrinal, déduite d’un calcul de plus-value, mais physique, viscérale, inscrite à jamais dans leur sensibilité.

D’Henri Curiel, son camarade Joseph Hazan dira : « Il n’a jamais oublié que c’est la misère du peuple égyptien qui l’a conduit à la politique. » Comment ne deviendraient-ils pas communistes quand la grille d’interprétation marxiste s’applique si exactement à la situation qu’ils découvrent ? Problème : il n’existe pas de parti communiste égyptien.

Voué à consacrer sa vie à la solidarité internationale, Henri Curiel commença par rencontrer son apparent contraire : la puissance égoïste du sentiment national.

Comme tous les siens, il est évidemment antifasciste. En septembre 1939, il tente vainement, avec son frère Raoul, de s’engager dans l’armée française. Il milite à l’Union démocratique, qu’il a créée avec ses amis pour promouvoir la cause alliée, et participe à la fondation des Amitiés françaises, qui soutiennent l’aventure gaulliste.

En 1942, quand Le Caire semble sur le point de tomber aux mains de l’Afrikakorps de Rommel, la communauté juive aisée s’entasse dans des trains à destination de Jérusalem. Henri Curiel décide de rester. Il veut organiser la résistance à une éventuelle occupation nazie. La police égyptienne l’arrête à l’insu des autorités anglaises. Elle s’emploie à rafler les juifs demeurés sur place pour les offrir en cadeau de bienvenue au vainqueur. La prison est peuplée d’agents égyptiens au service du Reich arrêtés par le contre-espionnage britannique. De sa cellule, Curiel entend des milliers de manifestants scander le nom de Rommel. Découverte bouleversante : l’Egypte, dans sa masse, joue Hitler contre Churchill. Ceux qu’on appellera plus tard les « officiers libres », Anouar El Sadate en tête, fricotent avec l’espionnage allemand et s’engagent à poignarder les Britanniques dans le dos. Connivence idéologique avec le nazisme ? Evidemment, les patriotes égyptiens sont prêts à s’allier avec le diable. Henri Curiel retiendra la leçon : l’aspiration d’un peuple à l’indépendance est irrépressible.

Aussi fonde-t-il dès 1943 le Mouvement égyptien de libération nationale (MELN), que suivra la création du Parti communiste soudanais. « Qu’est-ce qu’être communiste aujourd’hui en Egypte ? C’est être anti-impérialiste. » Servie par un militantisme d’une générosité sans bornes, l’organisation est rapidement en mesure de présenter un bilan substantiel : traduction et diffusion des textes communistes fondamentaux, création d’une école de cadres, participation active aux conflits sociaux qui secouent le pays et, naturellement, au mouvement de libération nationale, avec les grandes manifestations de février 1946 qui aboutissent à l’évacuation des villes par les Britanniques.

De lourds handicaps obèrent néanmoins l’avenir. La pénurie de cadres entrave le développement. Les ouvriers, plus accessibles que les paysans à un travail de masse, ne représentent en 1945 que 3 % de la population. Rude concurrence aussi avec la floraison d’organisations qui aspirent à devenir « le » Parti communiste égyptien. Trois émergeaient du lot : le MELN d’Henri Curiel, Iskra d’Hillel Schwartz et Libération du peuple de Marcel Israël. Les trois dirigeants sortaient du ghetto doré de la bourgeoisie juive. Cette origine commune avivait encore les querelles inhérentes à l’action politique. Surtout, elle ne facilitait pas le contact avec les larges masses, comme on disait à l’époque, malgré la volonté unanime d’« égyptianiser » le mouvement. Henri Curiel avait pris la nationalité égyptienne lors de l’abrogation du régime des capitulations et s’était mis à l’étude de l’arabe sans parvenir à le maîtriser. Imagine-t-on Lénine baragouinant le russe ? Trente ans plus tard, un vieux militant, Saïd Soliman Rifaï, constatera avec tristesse : « Si Henri était né égyptien, la carte du Moyen-Orient aurait été changée. »

Politiquement mort

Une fusion des principaux mouvements intervient en mai 1947. Durable, elle aurait pu accoucher de ce parti communiste dont chacun rêvait. Les zizanies intestines eurent tôt fait de fracasser l’unité. Un an plus tard, le regroupement était opéré dans un camp d’internement.

Henri Curiel et ses amis avaient approuvé la création d’Israël. Les Frères musulmans mis à part, le peuple égyptien ne se passionnait pas pour l’affaire. Mais la défaite essuyée au terme de la première guerre israélo-arabe fut ressentie comme une intolérable humiliation. Des centaines de militants communistes avaient été arrêtés dès la proclamation de l’état de siège. Parmi eux, les juifs virent leur destin scellé. Raymond Stambouli, compagnon de Curiel : « La guerre signifiait la fin de ce que nous avions rêvé et commencé à réaliser. Nous nous considérions comme des Egyptiens, même si nous admettions que les Egyptiens nous considèrent comme des étrangers. C’était fini. Nous n’étions plus seulement des étrangers, mais des juifs, donc des ennemis, une possible cinquième colonne. Lequel d’entre nous aurait pu prévoir cela ? »

Avec toutes les maladresses et les insuffisances qu’on voudra, ils avaient mis au service du peuple égyptien un dévouement militant qui eût ahuri par son intensité leurs homologues européens. La répression ne les avait pas épargnés et beaucoup, Curiel en tête, étaient passés par la prison à la suite de grèves ou de manifestations qui avaient ébranlé le pouvoir. Une guerre imprévue jetait tout à bas. Ils se retrouvaient incarcérés dans leur judéité.

Henri Curiel fut détenu dix-huit mois au camp d’Huckstep. Le pouvoir libérait ses amis moyennant leur départ définitif d’Egypte. Comme il s’obstinait à vouloir rester, une mascarade judiciaire le priva de la nationalité égyptienne, ouvrant la voie à l’expulsion. Mis de force sur un bateau, il quitta le 26 août 1950 une Egypte qu’il ne devait jamais revoir et jamais oublier.

C’est assurément un communiste qui débarque en Europe mais un communiste atypique. Né dix ou quinze ans plus tôt, il aurait probablement rallié le Komintern et ses « commis voyageurs de la révolution ». Les temps avaient changé. Après le stalinisme, la guerre froide avait définitivement gelé le flux révolutionnaire. Est et Ouest s’affrontaient en Europe dans une guerre de tranchées où aucune percée n’était concevable. Contraste inouï avec une Egypte où tout demeurait possible ! L’Union soviétique ? Sans remettre en cause son rôle dirigeant, voire même son exemplarité, Curiel la considérait moins comme le paradis socialiste advenu que comme une nation du tiers-monde ayant joliment réussi un décollage prometteur.

Débarqué à Gênes, il prit langue avec la direction du Parti communiste italien. L’accueil fut glacial. Il passa clandestinement en France, où André Marty lui fit meilleure figure. Ils se connaissaient depuis 1943. Marty, parti de Moscou pour rejoindre Alger, avait fait une escale de quatre jours au Caire. Obsédé par l’Intelligence Service, il avait accepté avec soulagement d’être hébergé par Henri et Rosette Curiel. Le rayonnement de la France en Egypte était tel que le PCF, à travers son bureau colonial, s’était vu confier la tutelle idéologique et politique du pays. Mais les permanents du bureau, staliniens granitiques, considéraient d’un œil plus que réservé ces jeunes bourgeois juifs qui prétendaient conduire un peuple arabe sur le chemin du socialisme. Exaspérés par les querelles et scissions qui ne cessaient de déchirer le mouvement communiste égyptien, ils s’étaient toujours refusés à choisir entre les organisations.

Henri Curiel perdit toutes chances d’être adoubé après le putsch des « officiers libres » qui, le 23 juillet 1952, déposa le roi Farouk. Le monde communiste dénonça sans tarder le « coup militaro-fasciste » d’officiers dont il devait bientôt glorifier l’impeccable progressisme. En Egypte même, les organisations communistes surenchérirent dans l’anathème. Seul le mouvement créé par Henri Curiel, qu’il continuait d’influencer de Paris, applaudit à l’opération. Curiel rencontrait depuis plus de dix ans les militaires progressistes. Plusieurs des « officiers libres », et non des moindres, appartenaient à son organisation. Il savait aussi l’enthousiasme suscité dans tout le pays par l’avènement du nouveau pouvoir, dont le programme annonçait des réformes (redistribution des terres, démocratisation de l’enseignement, justice sociale) rarement proposées par des putschistes fascistes. Mais puisque les augures communistes avaient parlé, le débat était clos, et l’organisation d’Henri Curiel se voyait dénoncée comme « suppôt de la dictature fasciste ».

Quant à son dirigeant en exil, l’affaire Marty allait le mettre au ban du mouvement communiste. Faisant flèche de tout bois pour accabler le vieil homme paranoïaque, le PCF lui reprocha d’avoir été hébergé en 1943 par « un couple d’Egyptiens douteux ». L’Humanité ajoutait : « Ces Egyptiens sont liés avec un de leurs parents (sic) qui n’est autre qu’un trotskiste accusé d’avoir été un »donneur« pendant la clandestinité. »

C’était condenser en quelques lignes la lâcheté, l’erreur et la diffamation. La lâcheté consistait à ne pas nommer les Curiel tout en les rendant parfaitement identifiables. Leur cousin André Weil-Curiel n’avait jamais été trotskiste, et encore moins un « donneur » pendant la Résistance.

Devenu un paria, Henri Curiel était politiquement mort.

Son intuition majeure est d’avoir pressenti dès les années 40 la puissance de la volonté de libération nationale. C’était prévoir le fait politique marquant de la seconde moitié du XXe siècle. Cette clairvoyance restait peu partagée. Le bureau colonial conseillait la patience à ses ouailles colonisées et leur répétait que l’émancipation ne pouvait résulter que de la victoire à venir du prolétariat « grand frère ». Pour avoir compris que la lame de fond de la revendication nationale allait déferler, mêlant le pur et l’impur, mais gigantesque, irrésistible, et qu’il fallait la chevaucher ou se condamner à rester sur le sable, Henri Curiel, juif apatride mis au ban du mouvement communiste, allait devenir l’un des grands citoyens du tiers-monde.

En 1957, quand il rencontre Robert Barrat, journaliste engagé contre la guerre d’Algérie, vieille de trois ans, Henri Curiel ne s’intéresse toujours qu’à l’Egypte. Elle s’éloigne. Ses proches s’inquiètent d’un état dépressif chronique qui n’est pas son genre. Robert Barrat le ressuscite en lui ouvrant un nouveau champ d’action. En novembre 1957, il le présente à Francis Jeanson, responsable d’un réseau d’aide au FLN qui existe depuis un an mais ne s’est véritablement structuré qu’un mois plus tôt. Pendant trois ans, Henri Curiel met au service de ce réseau son sens de l’organisation et son exceptionnelle capacité militante. Sa femme Rosette travaille avec lui, et aussi Joyce Blau et Didar Fawzi Rossano, toutes deux venues d’Egypte. Après un coup de filet de la DST, les Algériens demandent à Francis Jeanson, grillé, de passer la direction des opérations à Henri Curiel.

Aide aux réseaux antifascistes

Il voulut élargir le réseau et le pérenniser au-delà de la guerre d’Algérie en créant le Mouvement anticolonialiste français (MAF). Ce fut un rude échec. Son pragmatisme heurte les illusions lyriques de maints porteurs de valises qui croient que, par une réaction en chaîne, la « révolution algérienne » peut embraser l’Europe (plus tard, ce seront Cuba, la Chine, le Vietnam...). Fort de son expérience égyptienne, Henri Curiel ne voit dans le FLN qu’un mouvement de libération nationale. Ahmed Ben Bella représente une étape inéluctable dans le destin de la nation algérienne, mais il ne sera pas Lénine. Quant à exporter d’Algérie en France la flamme révolutionnaire, c’est à ses yeux pure billevesée.

Le 20 octobre 1960, Henri Curiel est arrêté. Dix-huit mois à Fresnes. La paix signée, l’arrêté d’expulsion pris au moment de son arrestation devrait être logiquement mis à exécution. Il y échappe grâce à des relations anciennes et puissantes. Au Caire, en 1943, ses Amitiés françaises avaient rendu de grands services à des Français libres dont certains siégeaient au conseil des ministres de De Gaulle.

Sortant de Fresnes à quarante-huit ans, il sait que la marginalité sera désormais sa loi. Faute de s’insérer quelque part, il peut être un homme charnière. De par sa formation intellectuelle et grâce à ses immenses lectures, il est dépositaire de l’expérience révolutionnaire accumulée en Europe. Il côtoie depuis des années des militants qui ont appris la clandestinité sous l’occupation nazie ou dans l’aide au FLN. Pourquoi ne pas mettre ces acquis au service des mouvements de libération nationale d’un tiers-monde dont il connaît depuis l’Egypte les difficultés à organiser la lutte ?

Ce sera Solidarité. Une centrale de prestation de services. Quelques dizaines de militants, pour la plupart français, venus de tous les milieux et de toutes les sensibilités (pasteurs protestants, syndicalistes, prêtres catholiques, membres du Parti communiste agissant à titre individuel, etc.), se mettent avec modestie au service d’autres militants venus du monde entier. Il ne s’agit point de jouer les guides politiques, mais plus simplement d’enseigner les techniques salvatrices. Repérage et rupture d’une filature ; impression de tracts et de brochures grâce à un matériel léger ; fabrication de faux papiers ; chiffrement et écriture invisible ; soins médicaux et premiers secours ; éventuellement, maniement d’armes et utilisation des explosifs ; cartographie et topographie... Beaucoup de moniteurs improvisés doutaient de l’utilité d’un enseignement forcément sommaire. La tragique inexpérience des stagiaires eut tôt fait de les convaincre du contraire. Des militants exposés à la répression la plus cruelle et la plus sophistiquée, tels ceux de l’ANC sud-africain, ignoraient les règles élémentaires de la clandestinité.

Axée sur le tiers-monde, l’aide fut naturellement étendue aux réseaux antifascistes existant dans l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar et de Caetano, la Grèce des colonels, le Chili de Pinochet.

Les militants arrivaient en France par petits groupes pour des stages de durée variable. Ils choisissaient les thèmes les plus appropriés aux problèmes rencontrés sur le terrain. Quant au financement, il fut d’abord assuré par l’Algérie de Ben Bella, qui remboursait ainsi une sorte de dette. Après l’avènement de Houari Boumediene, en 1965, les mouvements eux-mêmes réglèrent les frais de stage, au demeurant minimes grâce au bénévolat.

Cette initiative sans précédent ne pouvait être conçue et réalisée que par Henri Curiel. Elle représentait la somme de ses échecs et de ses réussites. Un parcours difficile, ponctué de sévères déconvenues, lui avait permis d’inventer la solidarité internationale la mieux adaptée à ces années 60 et 70 qui virent tant de nations du tiers-monde s’engager sur le chemin de la souveraineté.

Organisation clandestine, Solidarité tenait cependant congrès annuel, élisait un comité directeur et un secrétariat. La diversité des origines et des opinions entretenait des tensions permanentes. Si l’autorité du père fondateur en agaçait certains, la plupart des membres lui vouaient une affection profonde. Il s’attacha toujours à ne pas réduire ceux qui le rejoignaient à leur efficacité militante. Leur épanouissement humain était sa préoccupation constante. La rencontre avec lui modifia beaucoup de vies pour le meilleur.

Cela dura quinze ans. Bien sûr, l’usure finissait par avoir raison des volontés les mieux trempées. Les frères de Wangen, piliers de Solidarité, prirent d’autres engagements. Henri Curiel lui-même revint à la fin à un problème qui le hantait depuis 1948 : le conflit israélo-palestinien. Convaincu que le dialogue ouvrirait la seule issue possible, il avait organisé, avec ses amis d’origine égyptienne exilés en France, des contacts clandestins entre « colombes » israéliennes et palestiniennes. Sans cesse, une guerre ou un attentat meurtrier déchirait la trame patiemment tissée. Inaccessible au découragement, il renouait les fils rompus. Il avait réussi à faire se rencontrer à Paris Matti Peled, général de réserve israélien, et Issam Sartaoui, ancien terroriste rallié à la paix et proche de Yasser Arafat, quand l’hebdomadaire Le Point, dans son numéro du 21 juin 1976 et sous la plume de Georges Suffert, l’accusa d’être « le patron des réseaux d’aide aux terroristes ».

Un dossier officiellement classé

L’accusation était à la fois frivole et meurtrière. Henri Curiel haïssait le terrorisme, qu’il considérait comme une sottise politique et une monstruosité humaine. Mais dans un temps où l’Europe était confrontée aux violences de la Fraction armée rouge allemande (dite « bande à Baader ») et à celles des Brigades rouges italiennes (qu’Henri Curiel réprouvait totalement), l’accusation portée par Georges Suffert équivalait à une condamnation capitale. L’offensive de presse fit néanmoins long feu. Elle fut relayée par des mesures administratives (une assignation à résidence à Digne) qu’on dut lever quand le dossier se révéla vide. Il ne restait plus aux ennemis d’Henri Curiel que le recours au terrorisme. Deux tueurs l’abattirent dans l’ascenseur de son immeuble, le 4 mai 1978.

Son action pour la paix au Proche-Orient dérangeait les « faucons » des deux camps, qui ne répugnent pas aux procédés expéditifs. Les services sud-africains le tenaient pour l’un de leurs pires adversaires car Solidarité, jusqu’au bout, apporta une aide très active aux militants de l’ANC. On a appris depuis que les services secrets de ce pays n’hésitaient pas à envoyer leurs tueurs en Europe. L’enquête policière a échoué à identifier les instigateurs et les exécutants du crime, le dossier Curiel est aujourd’hui officiellement classé.

Ni idéologue ni théoricien, il était un exceptionnel analyste des situations. Européen de culture, citoyen du tiers-monde par la naissance et l’expérience, il est sans doute, de tous ceux qui se sont voulus internationalistes dans la seconde moitié du siècle, celui qui a inventé, non pas les conduites les plus spectaculaires, mais les interventions les plus efficaces en raison même de leur intelligente modestie.

Les temps ont changé. La mondialisation économique s’accomplit au même rythme que s’exténue la solidarité politique entre les peuples. Il serait vain de chercher chez Henri Curiel des recettes adaptées au troisième millénaire. Mais cet homme qui vécut pour ses idées, et en mourut, laisse en héritage l’ardente exigence d’inventer un nouvel internationalisme.

Gilles Perrault

Auteur de Go !, Fayard, Paris, 2002. A noter la réédition, en poche, du Garçon aux yeux gris, LGF, Paris, 2003.
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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 04:47
Commande massive de masques pour la grande distribution - communiqué de la section du PCF Carhaix-Huelgoat

Communiqué de la section du PCF Carhaix-Huelgoat

L’indignation est à la hauteur du scandale. La grande distribution a stocké depuis 5 semaines 500 millions de masques chirurgicaux.

Alors que les professionnel(le)s de santé en sont dépourvu il est ahurissant, violent, que ces enseignes, sans vergogne, les mettent sur le marché.

Le fric toujours le fric ! Où sont leurs belles envolées, remerciant ceux et celles qui sont en première ligne, les assurant de leur soutien.

Décidément aujourd’hui est comme hier et augure mal de demain.

Les communistes de la section PCF de Carhaix Huelgoat appellent les consommateurs à boycotter l’achat de ces masques. L’État devrait intervenir et saisir ces stocks car le manque de masques est toujours d’actualité pour le personnel soignant.

Pour les communistes, face au risque sanitaire, la santé n’a pas de prix : L’Etat doit prendre en charge la gratuité des masques.

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 06:12
Notre Finistère - supplément à l'Humanité -  22 novembre 1964 article sur les 20 ans de la Libération de Quimper - Théo Le Coz représentait la section PCF de Quimper en octobre 1944 à un meeting pour la Libération de Quimper en présence de Eugène Hénaff, membre du Comité Central du PCF, de Marcel Cachin et d'Alain Signor

Notre Finistère - supplément à l'Humanité - 22 novembre 1964 article sur les 20 ans de la Libération de Quimper - Théo Le Coz représentait la section PCF de Quimper en octobre 1944 à un meeting pour la Libération de Quimper en présence de Eugène Hénaff, membre du Comité Central du PCF, de Marcel Cachin et d'Alain Signor

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

89/ Théo Le Coz (1900-1976) 

Né le 22 juillet 1900 à Concarneau (Finistère), mort en août 1976 à Quimper (Finistère) ; employé de bureau ; résistant communiste FTP du Finistère puis des Côtes-du-Nord ; secrétaire politique du PCF clandestin dans les Côtes-du-Nord en 1944  ; membre pour le PCF du comité départemental de Libération des Côtes-du-Nord (mai 1944-novembre 1944).

Jeune, Théo Le Coz est l'ami de Théophile Le Rose, le père de Pierre Le Rose,  qui succéda à son père à la tête de la voilerie artisanale et familiale employant cinq ouvriers, et fut lui-même militant communiste. 

Frère de Joseph Le Coz, un important militant communiste et CGTU de Concarneau interné par Vichy de juin 1940 à son évasion en décembre 1942, Théodore Le Coz adhéra au PCF en 1940. Il contribua rapidement à l’organisation du PCF clandestin et du Front national (vers la fin 1941) à Quimper. Il participa à plusieurs actions des FTP du Finistère avant d’être muté dans les Côtes-du-Nord pour des raisons de sécurité à la suite d’arrestations à Quimper (affaire de l'hôtel de la Tour d'Auvergne).

Théo Le Coz est muté dans les F.T.P des Côtes du Nord, puis devient responsable politique dans notre département pour le P.C.F. Au début de l’année 1944 devient membre du CDL, plus connu sous son pseudonyme Jean Louis. « Toujours souriant dans les périodes dangereuses comme dans les heures calmes »

A la fin de 1943 ou au début de 1944, Théo Le Coz, « Jean-Louis », devint l’un des principaux responsables politiques du PCF après la vague d’arrestations du SPAC, la police anticommuniste de Vichy, qui désorganisa le PCF clandestin. Le parti était alors dirigé par Louis Picard, Yves, présenté dans le comité de patronage de la liste communiste en novembre 1946, comme le « responsable interdépartemental du PC dans l’illégalité » tandis que Théodore Le Coz était « le secrétaire départemental du PC dans l’illégalité ».

Lors de son départ des Côtes-du-Nord pour le Finistère, le 18 novembre 1944, L’Aube nouvelle parlait du « sympathique Jean-Louis » comme du « secrétaire fédéral dans la clandestinité ». Au nom du PCF, il remplaça en mai 1944 Jean Le Parenthoën*, envoyé dans la Sarthe, au CDL clandestin et continua de siéger après la libération des Côtes-du-Nord dans le CDL élargi. Son frère Joseph Le Coz appartenait lui au Comité départemental de Libération du Finistère. Théodore Le Coz avait contribué à fonder L’Aube nouvelle, l’hebdomadaire du PCF.

En novembre 1944, Théodore Le Coz regagna le Finistère, étant remplacé depuis octobre au CDL par son camarade finistérien, l’instituteur Pierre Moalic. Il aurait alors assumé des responsabilités au bureau fédéral du PCF du Finistère, selon Eugène Kerbaul, notamment comme directeur de La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime. Théo Le Coz est membre du bureau fédéral du PCF à la Libération dans le Finistère.

L’Aube Nouvelle évoque en ces termes le départ de Le Coz des Côtes du Nord : «  Jean-Louis, le sympathique Jean -Louis, de son vrai nom Théodore Le Coz, Finistérien, aujourd’hui de retour à Quimper, où il dirige l’hebdomadaire de la fédération communiste du P.C.F, a laissé, pendant son séjour dans les Côtes du Nord, le souvenir d’un excellent camarade. Secrétaire fédéral dans la clandestinité, il est peu de communes des Côtes du Nord qu’il n’ait visitées. Tous ses amis ( et il sont nombreux) ainsi d’ailleurs que les adversaires politiques qu’il a connus, lui ont gardé leur estime, voire une affection particulière. Si , sous sa bonhomie souriante, il savait être ferme, c’est qu‘en toute occasion il restait le communiste conscient de ses responsabilité »

Le journal communiste publié à la Libération dans le Finistère est d'abord "L'Aurore" dont Théo Le Coz sera le directeur jusqu'en septembre 1946. Il avait pu se faire la main avec "L'Aube Nouvelle". En 1964, il témoigne au Supplément de l'Huma Notre Finistère (25 octobre 1964): "... Moi un journaliste. Mais il a bien fallu s'y mettre... C'est ça que le Parti fait de ses gars". Le journal est imprimé à Landerneau. Le 9 septembre 1944, par exemple, "il stigmatise les profiteurs, ceux qui volent la Résistance, ces officiers de classe qui, venus la dernière heure, veulent commander ou discréditer les F.T.P.F: attentistes hier, diviseurs aujourd'hui". Le journal témoigne aussi des actes de résistance du peuple et des militants communistes pendant l'occupation. Depuis le siège de la fédération à Quimper, dans les locaux de la rue Théodore Le Hars, Théo Le Coz, Alain Cariou, Gaby Paul, Jean Le Berre, transfuge du Morbihan, parcourent les routes du département pour recueillir des témoignages. Chaque semaine, Théo Le Coz transporte les articles à imprimer à Landerneau.  

Mais en 1953, il ne figurait plus dans les organismes de direction. Après guerre, Théodore Le Coz milita à Quimper, en particulier à l’Amicale laïque (président d’honneur), fut trésorier départemental des délégués à l’Éducation nationale et vice-président du comité France-URSS.

"Théo Le Coz militait à la section de Quimper à la cellule Texier avec Jean-François Hamon, il me semble qu'il en était trésorier à mon arrivée à Quimper. Il avait aussi un gros CDH qui rayonnait sur les quartiers du Moulin Vert et du Manoir des Salles. Dans cette cellule il côtoyait aussi notre camarade Alain Le Bec toujours adhérent de notre section, qui est marié à la petite-fille de Pierre Gueguin. Alain fut pendant de longues années le président de l'Amicale laïque de Quimper" (Yvonne Rainero). 

A partir de l'article du Maitron: Le Coz, Théodore, pseudonyme Jean-Louis

https://maitron.fr/spip.php?article107773, notice LE COZ Théodore. Pseudonyme Jean-Louis par Christian Bougeard, version mise en ligne le 13 novembre 2010, dernière modification le 5 septembre 2011.

 

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 89/ Théo Le Coz (1900-1976)

Le Télégramme de l'Ouest et de Brest, Journal républicain du matin, 29 novembre 1944

Quimper

"Meeting communiste

-

Le dimanche 26 novembre, le parti communiste a tenu un meeting dans la salle des fêtes. Plusieurs milliers de personnes y assistaient. 

M. Théo Le Coz, de la section de Quimper, présente Alain Signor, membre du comité central, qui s'évada du camp de Saint-Augeau, dans le Cantal, en 1940, et dirigea l'insurrection de Marseille lors du débarquement allié. 

M. Alain Cariou, membre du C.D.L (Comité Départemental de Libération) et du bureau régional du parti, entretient l'assemblée du problème du ravitaillement général, qui laisse à désirer, des collaborateurs dont les biens devraient être confisqués au profit de la nation, de la commission des profits illicites qui fera, sans faiblir, l'épuration économique. Il exalte le courage de nos vaillants F.F.I et s'élève contre la menace de saisie du journal communiste "L'aurore". 

M. Signor déclare que son parti a toujours travaillé à l'union de tous les Français. Il rappelle les atrocités commises par les boches et dit que les troupes françaises doivent aller à Berlin pour poser de sévères conditions de paix et libérer nos prisonniers et nos déportés. Il demande à chacun de travaille à l'amélioration des conditions économiques du pays et réclame l'augmentation des salaires et des retraites, la suppression des trusts et la disparition du chômage. Il fait appel au patriotisme de tous pour souscrire à l'emprunt.

M. Signor s'élève contre la décision du gouvernement de désarmer les gardes civiques républicaines et de procéder à des élections en l'absence des prisonniers et des déportés. Il préconise la préparation des Etats généraux dans toutes les villes et communes. Des assemblées réunissant des patriotes seraient chargées, sur la base du programme de la Résistance, d'établir des cahiers de la Renaissance française et de désigner les délégués aux États généraux de leur commune. Ceux-ci désigneraient leurs délégués au département: ces derniers, à leur tour, enverraient des délégués aux Etats généraux de la Renaissance française qui se réuniraient à Paris. 

Après un appel de M. Signor en faveur de son parti et le vote des deux résolutions, l'assemblée se sépare au chant de la "Marseillaise".

 

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 52/ Yves Le Meur (1924-1981)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 51/ Jean Burel (1921-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 50/ Jacob Mendrès (1916-2012)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

 

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 05:34
Décès de la militante communiste Paulette Sarcey, résistante de la M.O.I, juive, survivante de la déportation et militante de l'humanité et de la mémoire

Paulette Sarcey-Szlifke épouse Swiczarczyk (changé en Sarcey), Martine en résistance, vient de nous quitter. Juive, communiste, résistante, elle aimait la France, les autres, l'humanité et était une femme que j'admirais infiniment. A son fils, Claude Sarcey et sa famille, ses camarades de MRJ-MOI, de L'UJRE, et du PCF, toutes mes pensées affectueuses.

Catherine Vieu-Charier, 4 mai 2020
https://maitron.fr/spip.php?article175389

https://www.telerama.fr/…/le-temoignage-bouleversant-de-pau…

 

Nous regardions il y a 9 jours encore son témoignage émouvant, témoignage de la solidarité entre camarades communistes juifs résistants de la MOI qui se retrouvaient à Drancy, dans le documentaire de Jean-Patrick Lebel sur le camp de transit et de concentration de Drancy, "Cité de la Muette" tourné en 1983, mis en accès libre pour la journée du souvenir des victimes de la déportation le 26 avril 2020...  

https://vimeo.com/278189683

 Cité de la muette de Jean-Patrick Lebel

Cité de la Muette est le premier documentaire consacré au camp de Drancy, principal centre d’internement des juifs français et étrangers avant leur extermination en Europe de l’Est durant la Seconde Guerre mondiale. Le film ausculte les lieux de l’internement et donne la parole à des témoins encore jeunes, dont beaucoup livrent leur expérience pour la première fois devant une caméra.

Ces entretiens, captés entre 1982 et 1983 par Dominique Chapuis (chef-opérateur de Shoah de Claude Lanzmann), constituent de précieux matériaux pour l’histoire de la résistance communiste et juive. Paulette Sarcey, résistante au sein d’un groupe de jeunes communistes de la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), y raconte son parcours militant avec un remarquable sens du récit.

Mardi, 5 Mai, 2020 - L'Humanité
Disparition. Paulette Sarcey, le combat obstiné de la résistance

Rescapée d’Auschwitz, la militante communiste et compagnon d’arme sous l’Occupation d’Henri Krasucki, est décédée à l’âge de 96 ans.

 

Née le 11 avril 1924 à Paris, Paulette Szlifke vient d’avoir 16 ans quand Pétain signe l’acte de capitulation de la France le 22 juin 1940 et se voit octroyer les pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale le 10 juillet de la même année. Issue d’une famille ouvrière d’émigrés polonais fuyant la misère et les persécutions antisémites arrivée en France l’année qui précéda sa naissance – son père Froïm, ouvrier du cuir, militant syndicaliste et communiste, avait déjà fait de la prison dans son pays ; sa mère, Jenta Przepiorka, travaillait dans la confection –, Paula fréquente les milieux syndicalistes et communistes de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) du quartier de Belleville dans les années 1920 et 1930.

Le foulard rouge des « pionniers » noué autour du cou, elle participe aux fêtes et soirées des salles de la Mutualité ou de la Bellevilloise et vend à la criée, tous les dimanches au métro Belleville, le journal  Mon Camarade à côté de son père vendant la Naïe Presse, quotidien progressiste et antifasciste d’expression yiddish. Elle participe aux actions de solidarité auprès de l’Espagne républicaine.

C’est au cours de l’été 1940 qu’elle crée, avec Henri Krasucki et Pierre Beckerman, le premier « triangle » de résistance clandestine du 20e arrondissement, qui manifestera contre l’Occupation et le gouvernement Pétain-­Laval, le14 juillet 1941, habillé de bleu-blanc-rouge. « Nous faisions des lancers de tracts sur les marchés, dans les cinémas de quartier, dans les usines et les métros. Les gens les ramassaient mais ne les lisaient pas sur place. On faisait aussi des actio ns spectaculaires. On brûlait des poteaux indicateurs le soir. Dans la rue des Panoyaux, à l’occasion du 25 anniversaire de l’Armée rouge, on a accroché un drapeau rouge le long d’un fil électrique. Il est resté deux jours. Ce sont les pompiers qui l’ont décroché », témoigne-t-elle dans un entretien publié dans l’Humanité du vendredi 9 février 2007.

Responsable des jeunes de la MOI avec Henri Krasucki sur la capitale, elle est arrêtée par les policiers français des brigades spéciales avec son compagnon d’arme le 23 mars 1943 alors qu’ils occupaient une planque située près de la porte de Bagnolet. Internée à Drancy, déportée à Auschwitz-Birkenau le 23 juin, elle sera libérée par les Soviétiques début mai 1945 après une « marche de la mort » qui l’avait conduite à Ravensbrück puis à Neustadt.

« Son idée, c’était de témoigner de ce qui s’était réellement passé »

« Tout au long de sa vie, elle a continué de militer et puis surtout de procéder à un travail de mémoire, participant à des débats dans des collèges et dans des lycées et, en particulier, en écrivant un livre, Paula survivre obstinément (Tallandier, 2015), témoigne son fils Claude Sarcey : son idée, c’était de témoigner de ce qui s’était réellement passé en rappelant notamment que ce ne sont pas les Allemands qui l’avaient arrêtée mais la police française et en insistant sur des aspects éducatifs qui sont quelquefois édulcorés dans les enseignements scolaires. Toujours avec ce sentiment qu’il fallait privilégier la Résistance quand c’est nécessaire.»

Mariée en 1946 avec Max Swiczarczyk, membre des FTP-MOI et des Bataillons du ciel parachuté en juin 1944 en Normandie qui participa à toutes les batailles de la Libération jusqu’à la prise du nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden, Paulette obtint avec son mari le droit, en 1968, de « franciser » (Sarcey) leur nom… difficile à prononcer.

Jérôme Skalski
Décès de la militante communiste Paulette Sarcey, résistante de la M.O.I, juive, survivante de la déportation et militante de l'humanité et de la mémoire

«  À mon retour d’Auschwitz, le 22  mai 1945, j’ai eu la chance inouïe de retrouver à Paris ma famille miraculeusement épargnée. Je n’ai ni oublié, ni pardonné et j’ai tenu parole : j’avais promis à mes camarades de déportation de tout raconter. Aujourd’hui, souvent inquiète pour l’avenir, je suis heureuse que mon histoire puisse être lue par tous. »

Paulette Sarcey

 

Paulette Sarcey, rescapée des camps

Revenue vivante d'Auschwitz, Paulette Sarcey témoigne et livre ses souvenirs de jeune résistante, juive et communiste, devenue le matricule 46650 au camp de la mort.

Paulette Sarcey et ses amies s'étaient fait une promesse: si l'une d'entre elles réchappait à l'enfer d'Auschwitz, il lui faudrait témoigner. 

Dire les semaines d'internement au camp de Drancy; le voyage de deux jours et deux nuits dans la promiscuité et la puanteur des wagons à bestiaux; la sélection, dès l'arrivée au camp, entre les déportés aussitôt envoyés vers les chambres à gaz et les autres, condamnés à la faim et au froid, à la maladie et aux coups; l'errance sur les routes glacées de Pologne et d'Allemagne, après l'évacuation du camp. 

Paulette, 91 ans, a tenu parole. Toute sa vie, elle a raconté, encore et encore, ses souvenirs de jeune résistante, juive et communiste, devenue le matricule 46650 à Auschwitz. "Maman, écris", lui ont demandé ses enfants. C'est chose faite.

 

Radio. Communiste, juive, résistante, elle témoigne sur RFI
Vendredi, 24 Janvier, 2020

La marche du Monde www.rfi.fr, à partir d’aujourd’hui Diffusé dimanche 26 janvier à 11 h 10 sur l’antenne de RFI
Paulette Sliwka-Sarcey a plus de 95 ans et a vécu l’horreur de la déportation à Auschwitz-Birkenau, en 1943. Un témoignage saisissant sur l’univers concentrationnaire.

 

«Nous , nous étions un groupe, une organisation. Il y avait toujours quelqu’un pour soutenir l’autre. Pour survivre, et témoigner. » Paulette Sarcey, au micro de Valérie Nivelon, raconte ses années de résistance et de déportation. Et c’est bouleversant, tant sa voix sonne clair, tant ses souvenirs sont précis dans l’horreur, mais aussi dans la pudeur. Ses paroles sont pour RFI le moyen de célébrer le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Paulette Sarcey est née en 1924 à Paris, dans le quartier de Belleville, de parents juifs polonais persécutés pour leurs opinions communistes dans leur pays d’origine. Elle joue dans la rue, elle participe aux patronages fondés par son père et d’autres militants. Quand les nazis débarquent à Paris, elle refuse de porter l’étoile jaune. Et entre dans la clandestinité, avec un groupe de militants, dont Henri Krasucki, alors son compagnon. Ils étaient 27 membres : ils ne sont plus que 6, à son retour d’Auschwitz, en 1945. Leurs missions : balancer des tracts dans les cinémas, saboter des entreprises…

Et ce que raconte Paulette Sarcey, c’est la façon dont elle a survécu, après que son réseau a été trahi : par la solidarité avec les membres de son groupe, d’abord à Drancy, puis dans le convoi, le 23 juin 1943, qui envoie ces hommes, ces femmes et ces enfants vers l’horreur. Mais elle dit aussi la force de la solidarité quand l’espoir est réduit à néant, les sabotages dans le camp, les dons de nourriture aux plus faibles, les chaussures et la gamelle qu’on doit protéger pour survivre. Avec au cœur cette force du collectif, qui se renoue à l’intérieur du camp. Elle évoque son hébétude devant la liberté retrouvée, aussi. Et cette force de combattre, qui la porte jusqu’à aujourd’hui.

L’intégralité de l’entretien avec Paulette Sarcey ainsi que le film Cité de la Muette, qui en reprend quelques extraits, sortiront en DVD fin janvier dans une coédition Ciné-Archives et Périphérie.
Caroline Constant

 

Paulette Sarcey dans les années 1980, lors d’un témoignage sur la Résistance (photo Maitron)

Paulette Sarcey dans les années 1980, lors d’un témoignage sur la Résistance (photo Maitron)

 

https://maitron.fr/spip.php?article175389

Paula, épouse SWICZARCZYK, changé en SARCEY ; dénommée Martine par les Brigades spéciales]

Née le 11 avril 1924 à Paris (XIIe arr.) ; résistante PCF-MOI et JC ; déportée ; militante parisienne de l’UJRE, de l’AADJF et du PCF ; employée à la CCE (Commission centrale de l’Enfance) de l’UJRE, puis d’autres entreprises de la mouvance communiste.

 

Les parents de Paulette Sarcey, Froïm Szlifke et Jenta Przepiorka, tous deux issus de familles juives de la banlieue de Varsovie, s’établirent en France en 1923, juste après leur mariage. Lui était en effet connu comme militant communiste dans son pays d’origine et avait déjà fait de la prison. Son beau-père lui conseilla d’émigrer, comme le faisaient alors un grand nombre de personnes de leur communauté originaires d’Europe de l’Est. Quand leur fille Paula naquit à l’hôpital Rothschild, ils habitaient dans une pauvre chambre d’hôtel du quartier du Marais, rue du Bourg-Tibourg, puis ils se fixèrent durablement au bas de Belleville, 14 rue de Vaucouleurs dans le XIe arrondissement. La petite fille suivit sa scolarité dans l’école primaire du boulevard de Belleville. C’est là qu’elle apprit le français, car dans la famille, on ne s’exprimait qu’en yiddish. Un jeune frère, Robert, naquit en 1934.

Alors que la mère travaillait comme finisseuse dans la confection au service de divers petits patrons, le père était ouvrier du cuir. Il avait commencé comme chausseur piqueur de tiges, puis il se spécialisa dans la confection de vêtements, d’abord dans un local de la rue Saint-Maur, puis au 34 rue de Vaucouleurs. Il exerçait surtout des responsabilités au syndicat CGT des Cuirs et peaux, et fréquentait assidument l’Arbeiterorde du 10 rue de Lancry, lieu de ralliement de la communauté yiddishophone. Il militait également au « groupe de langue » yiddish mis en place par le PCF, et diffusa dès sa parution le journal Naïe Presse fondé par les militants de cette mouvance. La mère gardait le contact avec sa famille restée en Pologne et sa fille l’y accompagna une fois en visite alors qu’elle était encore toute jeune.

L’enfance de Paulette Szlifke fut heureuse, selon son témoignage, animée notamment par les « patronages » de leur communauté et affinité politique. Même si l’appellation communiste n’y était pas mise en avant, les « pionniers » portaient un foulard rouge et les animateurs étaient tous communistes. Parmi celles qui ont marqué Paulette, elle cite Régine Grimberg, Lili Berger, Alice Blum, ou la chorégraphe Halina Edelstein, avec qui elles montaient des spectacles qu’elles donnaient dans les fêtes et soirées des salles de la Mutualité ou de la Bellevilloise. Elle-même vendait à la criée, tous les dimanches au métro Belleville, le journal des pionniers, Mon Camarade, aux côtés de son père qui proposait Naïe Presse. L’été, les enfants partaient dans les colonies de vacances du Secours rouge à l’île de Ré. Ils participaient à des rassemblements politiques, au Mur des Fédérés par exemple, organisaient des collectes en faveur des enfants des républicains espagnols…

La guerre venue, Paulette fut impressionnée par l’arrivée des soldats allemands, entrés par la porte des Lilas, avec le bruit des bottes résonnant sur les pavés de la rue du Faubourg-du-Temple. Au cours de l’été 1940, une femme inconnue d’elle, Annette, dont elle apprit plus tard qu’elle était l’épouse de Jean Kerbel, vint lui demander si elle « voulait faire quelque chose ». Elle répondit positivement, et peu après un jeune homme se présenta avec des projets d’actions concrètes. C’était Henri Krasucki, un garçon de son âge, qui appartenait avant-guerre au groupe de pionniers de la Bellevilloise dans le XXe arrondissement. Avec Pierre Bekerman, ils constituèrent le premier « triangle » clandestin du XXe arrondissement qui fut opérationnel dès le mois de septembre. Avec des moyens de fortune, tels que des petites imprimeries destinées aux enfants et des feuilles de papier-pelure, ils préparaient des papillons qu’ils affichaient un peu partout, des tracts qu’ils déposaient sous les paillassons ou jetaient à la volée depuis le métro aérien ou les balcons des cinémas. Ils y dénonçaient le régime de Vichy, le rationnement et les pénuries. À un match de football important qui se déroulait au stade de Colombes, ils participèrent à un lâcher de pigeons porteurs de rubans bleu-blanc-rouge, déçus de n’avoir pas réussi à capturer eux-mêmes un de ces volatiles. Avec son camarade Koszitski, munis de journaux et d’une bouteille d’alcool, ils brûlèrent en plein jour un poteau indicateur allemand place Martin-Nadaud. Ils étaient aussi parmi les manifestants contre l’Occupation et le gouvernement Pétain-Laval, le 14 juillet, habillés de bleu-blanc-rouge, ou le 13 août 1941, quand deux jeunes furent fusillés après avoir été pris au métro Strasbourg-Saint-Denis. Ils tentèrent de récidiver au métro République pour le 150e anniversaire de la bataille de Valmy.

Les JC parisiens ayant connu de nombreuses chutes, les jeunes juifs de la MOI étaient de plus en plus sollicités. Paulette Szlifke reçut ainsi des tracts, imprimés cette fois, émanant du PCF, des mains d’un jeune communiste. Elle cohabitait alors avec Henri Krasucki, tout en restant en relations étroites avec leurs parents respectifs, et ils étaient désormais responsables des jeunes de la MOI sur l’ensemble de la capitale.

Après une traque et des filatures minutieuses des policiers français des Brigades spéciales, suite à l’infiltration d’une jeune fille de la rue des Immeubles industriels qui était en contact avec eux, 57 personnes furent arrêtées, soit la quasi-totalité de leur groupe, parmi lesquels Henri Krasucki, sa mère Léa, et Roger Trugnan*, un des amis d’enfance de Paulette. Elle-même fut cueillie le 23 mars 1943 dans la planque qu’elle partageait avec Henri Krasucki, au 8 rue Stanislas-Meunier près de la porte de Bagnolet. Les policiers venaient d’arrêter son compagnon, sorti avant elle, et la perquisition qui suivit ne laissait aucune ambiguïté sur leurs activités. La famille Szlifke était heureusement à l’abri, les parents cachés dans leur atelier, le petit frère placé dans la Sarthe. Un des rares rescapés des jeunes de la MOI, Robert Endewelt, eut la charge de reconstituer leur organisation démantelée.

Les militants arrêtés furent très rudement maltraités, torturés. Paulette Szlifke subit ces brutalités pendant huit jours au siège de la Brigade spéciale, jusqu’à ce que, incapable de marcher, trainée devant le commissaire qui commandait à ses bourreaux, elle se prétendit malade sur le conseil d’une autre détenue, et demanda à voir un médecin. Elle fut emmenée à l’Hôtel-Dieu voisin, où elle put demander à celui qui l’ausculta de la sauver. Il la fit transférer à l’hôpital Rothschild en prétextant une imaginaire salpingite aigüe. Une fois là, elle put correspondre avec son responsable Adam Rayski, à qui elle communiqua un rapport sur les circonstances de leur chute.

Un médecin de l’hôpital l’opéra d’une appendicite qui devait lui permettre de bénéficier des semaines de convalescence propices à l’organisation de son évasion. Mais le 18 mai, des policiers allemands vinrent la chercher dans une Citroën noire pour la conduire à Drancy avec une autre détenue, la mère de leur camarade Sam Radzinski. Elle y retrouva ses amis, à l’exception de Krasucki et deux autres qui avaient été transférés à Fresnes, mais qui les rejoignirent peu après en vue de leur déportation. Celle-ci s’opéra depuis la gare du Bourget le 23 juin 1943 par le convoi 55.

Arrivés à Auschwitz-Birkenau deux ou trois jours plus tard, hommes et femmes furent séparés, la majorité gazés immédiatement, mais Krasucki, sa mère, Paulette et plusieurs de leurs camarades, dont Trugnan et Radzinski, furent affectés à des commandos de travail. Dès le début, ils avaient compris le système d’extermination et ne se faisaient pas d’illusion sur leurs chances de survie, d’autant qu’ils étaient eux-mêmes affectés à cette sinistre besogne. Paulette, avec Régine Grimberg, eut aussi à s’occuper d’enfants et nourrissons polonais du camp, dont bien peu survécurent. Elle assista aux pendaisons des quatre filles impliquées dans la révolte du Sonderkommando qui détruisit deux des quatre crématoires en septembre 1944. Elle dut sa survie à la résistance intérieure du camp organisée par le Comité international clandestin, qui assurait une solidarité efficace ; son principal contact y était Marie-Claude Vaillant-Couturier ; elle resta jusqu’au bout aux côtés de Léa Krasucki.

À l’approche de la fin de la guerre, en janvier 1945, elle survécut encore à la « marche de la mort » jusqu’à Ravensbrück. Parquées sans aucune nourriture dans des baraques à Neustadt sur l’Elbe, les rescapées furent prises en charge par les Soviétiques début mai 1945, et par les Américains le lendemain. Beaucoup moururent encore d’avoir avalé trop précipitamment de la nourriture aux cuisines après que des Français d’un camp voisin, qui pourtant les avaient mises en garde, avaient les premiers cisaillé les barbelés qui les enfermaient. Après de longues pérégrinations à travers l’Allemagne dévastée, les survivantes arrivèrent à Lille le 20 mai, y subirent un contrôle sanitaire et d’identité ; on leur remit un manteau et un pécule. Le 22 mai elle était à l’hôtel Lutetia, et le 23 chez ses parents. Ils ne furent que six survivants des 57 qui avaient été arrêtés avec elle.

Le samedi suivant, elle se présenta au local du Parti et des Jeunesses communistes, rue Julien-Lacroix. Elle y découvrit l’existence de l’UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide) et sa section de jeunes, l’UJJ, qui allait bientôt se fondre dans la nouvelle UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France).

Paulette Sarcey considère qu’elle n’a pas eu trop de difficultés à se réinsérer. Sa famille avait survécu, sa santé n’était pas trop ébranlée, et son moral pas du tout. Elle reprit ses activités militantes, en s’engageant notamment comme permanente dans l’Amicale des anciens déportés juifs de France, créée dès le retour des premiers déportés. Marceau Vilner en était le président ; ils siégeaient dans un ancien local nazi qui leur avait été attribué au 9 rue Guy-Patin, avant une installation plus durable au 120 rue Vieille-du-Temple puis au 14 rue de Paradis. D’emblée, elle s’occupa en particulier des colonies de vacances de la CCE (Commission centrale de l’enfance) de l’UJRE. Elle encadra ainsi la première qui fut organisée pour les petits orphelins juifs rescapés, en juillet 1945.

Dans les années d’immédiat après-guerre, Paulette Szlifke retrouva un camarade d’enfance, Max Swiczarczyk, né et grandi dans le XIXe arrondissement voisin du sien. Son père avait émigré aux États-Unis juste avant la guerre ; sa mère, ses deux frères et lui avaient pu rejoindre la zone Sud. De là, les deux aînés passèrent en Espagne, au Maroc, et après maints tracas parvinrent à rallier Londres où ils s’engagèrent dans les FFL. Après la guerre, grâce à la nationalité américaine acquise par le père, la famille se réunit outre-Atlantique. Max, qui avait été démobilisé en 1946, mena de brillantes études d’économie à New York, qui lui permirent d’occuper des emplois importants dans l’expertise d’entreprises aux quatre coins du monde. Paulette le rejoignit aux États-Unis, ils se marièrent, leur fille y naquit en 1950. Mais la jeune femme ne se faisait pas à la vie américaine, et au bout de trois ans, la famille regagna Paris. Le couple eut encore un garçon, né en 1956.

Après avoir d’abord vécu dans un minuscule taudis du XIe arrondissement, puis dans un beau studio du XXe, Paulette Swiczarczyk et sa famille profitèrent d’un échange pour s’installer en 1959 dans un trois-pièces à Montreuil, dans le quartier excentré de Bel-Air. Elle devait rester attachée à cette ville de solide tradition communiste, profitant en 1968 d’un nouvel échange pour un appartement de quatre pièces proche de la Croix de Chavaux, qu’elle ne devait plus quitter. Cette même année, pour résoudre la difficulté de prononciation de leur nom polonais, Max et Paulette obtinrent le droit de le franciser en Sarcey.

À Montreuil, bien intégrés à la vie locale, les Sarcey restèrent simples militants d’une cellule locale du PCF, mais elle continua à s’investir très activement dans les organisations d’anciens résistants et déportés, multipliant les témoignages et les entretiens. Elle travailla aussi quelques années dans diverses entreprises d’obédience communiste, la Sorice notamment, dont le directeur, Maurice Lubczanski, un autre de ses amis d’enfance, avait résisté et milité comme elle.

Son mari Max Sarcey mourut le 14 juillet 2003, mais Paulette Sarcey, à 90 ans révolus, continue à témoigner avec constance des engagements et épreuves de sa jeunesse. Dans les années 1967-1968, elle s’était vu décerner l’ordre de la Légion d’honneur, la médaille militaire et la croix de guerre avec palmes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175389, notice SARCEY Paulette [née SZLIFKE Paula, épouse SWICZARCZYK, changé en SARCEY ; dénommée Martine par les Brigades spéciales] par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 9 septembre 2015, dernière modification le 14 mai 2016.
 
Lire aussi:

DISPARITION. ROBERT ENDEWELT, COMBATTANT DU PARIS POPULAIRE (L'HUMANITE, 18 octobre 2018)

 

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 05:33

 

Vous trouverez ci-dessous le courrier que Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a fait parvenir à Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances.

 

 

Monsieur le Ministre,


La pandémie de Covid-19 plonge notre pays, depuis plusieurs semaines, dans une crise sanitaire, économique et sociale sans précédent. Face à de tels désordres, la mobilisation par l'Etat de moyens financiers exceptionnels s'impose, mais elle doit aussi s'accompagner de solides garanties. Comment imaginer en effet que l'engagement de la nation toute entière puisse profiter, d'une quelconque façon, à ceux qui sapent délibérément, par leurs manœuvres d'évitement fiscal, le pacte républicain ? Ce serait inadmissible pour nos concitoyens, auxquels on promet déjà de devoir payer la facture d'un chaos dont ils ne sont pas responsables.


C'est la raison pour laquelle la simple circulaire, qui recommande de ne pas délivrer d'aides de trésorerie aux entreprises ayant une filiale dans un des pays de la liste française des paradis fiscaux, n'est pas à la hauteur de ces attentes.


Pourquoi cette injonction est-elle insuffisante ? D'abord parce qu'elle ne s'inscrit pas dans un cadre législatif, le seul à même de garantir un contrôle démocratique. Ensuite parce qu’elle ne concerne qu’une partie des aides, report des charges et prêts garantis en particulier, à l'exclusion du chômage partiel. Enfin, parce que la liste française des paradis fiscaux est une sorte de conte pour enfants aux yeux des experts de l'optimisation fiscale. Ainsi, parmi les 12 pays qui aident le plus les entreprises à échapper à l’impôt en France, seuls les Bahamas et les Îles Vierges figurent sur notre liste, tandis que le Luxembourg, l'Irlande, les Bermudes ou Jersey, pour ne citer qu'eux, échappent toujours à nos radars.


Renforcer le contrôle de ces aides publiques exceptionnelles suppose donc d'imaginer de nouvelles mesures, plus contraignantes. C'est pourquoi nous proposons que chaque multinationale qui souhaite bénéficier d’un quelconque soutien de l’Etat publie un reporting public de ses activités dans chaque pays. Elle devra y mentionner à chaque fois le montant du chiffre d’affaires, celui du bénéfice ainsi que le nombre de salariés. Cette procédure offrira ainsi un droit de regard réel du citoyen sur les aides aux entreprises versées par l’Etat.


Ensuite, à défaut de modifier plus profondément la liste française des paradis fiscaux, comme nous le proposons depuis de nombreuses années, il serait logique qu’elle soit au moins, comme le prévoit la loi, alignée sur la liste européenne, qui comprend aujourd’hui les Îles Caïmans.


Enfin, nous demandons d'exclure des aides de l’Etat toute entreprise qui possède une filiale dans un pays dont le taux d'impôt sur les sociétés est inférieur à 20% et qui n’est pas capable de prouver que cette activité présente une substance économique réelle. L'adoption de telles dispositions permettrait, j'en suis convaincu, de renforcer notre cohésion nationale tout en répondant à un impérieux besoin de justice fiscale.


Dans cet esprit, je souhaite également que nous puissions travailler à l'instauration d'un prélèvement à la source des bénéfices des multinationales ayant des filiales dans des paradis fiscaux. Cela se pratique déjà dans certains pays ou régions et nous permettrait de récupérer de précieuses recettes avant qu'elles ne s'envolent indument.


En vous remerciant de l'attention portée à ces propositions et dans l'attente de votre réponse, je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération.


Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 05:28

 

La crise sanitaire confirme la nécessité de développer les modes de transports les moins polluants et, à ce titre, d'investir massivement dans le rail en France

 

 

 

Le Covid 19 a ainsi des conséquences encore plus graves dans les agglomérations où la pollution de l'air favorise les maladies respiratoires chroniques.

C'est justement au moment où ce besoin d'investissements dans le rail est plus que jamais nécessaire que la SNCF voit son chiffres d'affaires amputé de 800 millions d'euros sur son activité  « voyageurs » presqu'à l'arrêt avec la pandémie. Or, c'est cette même activité qui doit en partie financer l'activité réseau, dans le cadre de la transformation de l'entreprise en Société anonyme, imposée par l'actuel gouvernement.


L'Etat a aujourd'hui une responsabilité plus grande encore pour financer le réseau, sa modernisation, et le développement de l'activité fret, notamment dans l'activité container et wagon isolé.
Avec seulement 9% de part de marché pour le fret ferré, la France est loin derrière des pays comme les Pays Bas ou encore l'Autriche, dont 30 % du fret passe par le train !

La SNCF a grands défis à relever : organiser et développer les transports des voyageurs en pleine pandémie et augmenter l'activité fret de notre pays.

Autant d'activités qui nécessitent des moyens humains et financiers. Et des investissements publics massifs, à hauteur de 7 milliards d'euros, utiles pour l'emploi comme pour l'environnement.


Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 06:00
Manifestation du Front Populaire à Concarneau

Manifestation du Front Populaire à Concarneau

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

88/ René Lijour (1900-1979) et Lucie Lijour née Le Goff(1909-1986)

Lire aussi:

La Résistance et les communistes à Concarneau (à partir des notes et archives de Pierre Le Rose)

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

Né le 25 octobre 1900 à Beuzec-Conq (Finistère), mort le 27 décembre 1979 à Riec-sur-Belon (Finistère) ;  Réné Lijour fut ouvrier aux conserveries, puis sabotier ; militant syndicaliste, militant communiste et résistant.

René Lijour était le fils d’un sabotier et d’une cultivatrice. Il fut ouvrier aux conserveries Bonduelle de Bannalec (Finistère) où il dirigea une grève en 1920. Devenu sabotier, membre de la CGTU puis de la CGT réunifiée, il participa à la fondation de la cellule communiste locale. Devenu membre du comité régional du Parti communiste de 1935 à 1939, il fut secrétaire de la section de Bannalec de 1936 à 1939.
Pendant l’Occupation, il participa à la réorganisation du Parti communiste dans la clandestinité, il appartenait au triangle de direction, avec Eugène Le Bris et Eugène Le Caignec, du secteur de Concarneau (Finistère). Devenu FTP, il fut condamné à mort par contumace en 1942.

Alphonse Duot fils (témoignage repris par Pierre Le Rose): "la section du Parti de Concarneau aidé par les J.C entreprend dès l'arrivée des nazis dans l'été 40 des actions de sabotage. René Lijour paie de sa personne et entraîne les jeunes. Trolez, Y. Le Gall, Ch. Tocquet entre autres participent au déboulonnage des voies ferrées, à la destruction des lignes téléphoniques. Des soldats nazis sont victimes de cette ardeur vengeresse et plus d'un trouvera dans le port une fin prématurée. La nuit est quelquefois trouée d'explosions insolites qui réveillent les Concarnois. C'est la grue de la gare qui saute, ou bien un transformateur ou un poteau supportant la haute tension. Les explosifs sont pris à l'ennemi. Les chantiers sont mis en coupe réglée. Des groupes prennent le titre de "terroristes patriotes". En septembre et octobre 42, une trentaine de membres du groupe commandé par René Lijour sur Concarneau sont arrêtés.

Après, courant 42:  Tollec Fanch. Interné Rennes. Libéré; Touchard Fanch. Interné Rennes. Libéré; Kerledou André. Interné Rennes. Libéré; Louarn Victor. Déporté; Jourden Esprit. Mort en déportation; Berthou Joseph. Fusillé à Thouars; Carduner. Mort à Dachau; Daoudal. Fusillé au Mont-Valérien (le dépôt d'armes des T.P se trouvait chez ce camarade); Le Lay Alain. mort à Auschwitz - Le 25 septembre 1942, sont arrêtés les résistants communistes de la région de Concarneau: Serre Jacques; Le Caignec Eugène père; Touchard Fanch; Kerledou André fils; Dréano Joseph; Rioual Arthur; Guiffant Louis; Loch Mathias; Rossignol Jean - Puis le 27 septembre:

Le Bris Eugène fusillé (affaire Le Bras, juge de Nantes); Lijour Lucile, déportée; Breton Françoise déportée; Bodéré Marie-Jeanne internée; Baudry (agent de liaison) fusillé au Mont-Valérien; Huon frères internés; Thomas Yves: déporté. Et Fin septembre: Tocquet Charles. interné; Louarn Théo. Mort en déportation; Trichard Yves. Tué au combat ; Le Gall Yves. Mort en déportation; Le Gall Joseph. Interné; Péron Louis. Interné

Dolliou Charles. Interné; Trolez Jean. Déporté; Bourbigot Jean. Déporté.

C'était un coup très dur porté à la Résistance. René Lijour avait réussi à s'échapper et à disparaître dans la nature et quelques camarades avaient passé entre les mailles du filet, mais l'organisation était détruite.

Une caisse de secours aux familles des déportés et fusillés fut créée et alimentée par des dons en argent et en espèce. La liaison avec René Lijour, malade, est reprise par Mme Le Caignec et Mme Duot, qui avait déjà servi d'agent de liaison avant la rafle de septembre 1942. Les indications sont les suivantes: la haine de l'occupant s'est développée, il est mis en échec à Stalingrad, les conditions sont créées pour élargir le combat. La question de la création du Front National et de ses groupes de combat, les F.T.P.F, est posée.

La liaison reprise par René Lijour par Alphonse Duot (fils) qui était également en contact avec Robert Jan, un travail de réorganisation fut entrepris aussitôt en tenant compte de la nécessité de sauvegarder la sécurité de chacun des résistants. Une difficulté subsistait: la coupure avec le centre. Elle allait durer un certain temps, mais qu'importe, le travail fut entrepris quand même. A côté du groupe du Parti Communiste fut formé un groupe des Jeunes Communistes organisé en triangle pour les nécessités de la sécurité, dont Pierre Le Rose assure la direction jusqu'à la Libération. Il y a chez ceux qui sont en liberté la volonté de poursuivre le combat de leurs frères arrêtés, déportés, abattus, torturés, exécutés. Il y a la volonté de la population d'exprimer son hostilité au nazisme, il y a la confiance née des premiers revers de l'armée nazie. Stalingrad, de Novembre 42 à février 43, stimule la combativité des français. 

En septembre 1943, quelques jeunes concarnois, en contact avec les étudiants de l'Ecole Primaire Supérieure (E.P.S) de Quimperlé, constituent le premier groupe de F.T.P, rattaché à la "compagnie Sous-Marin Curie". 

Le recrutement devint intensif. Les jeunes de vingt ans et moins se constituèrent en groupe de F.T.P (Francs-Tireurs et Partisans Français).

Du coup les choses prirent une autre tournure. Les conseils de René Lijour et ses indications permirent d'envisager la reprise du combat armé. Mais il fallait élargir le combat à d'autres que les communistes et pour cela créer le Front National et sa force militaire les F.T.P.F. René Lijour, Pierre Le Rose, Robert Jan, Alphonse Duot fils, Louis Trichard s'y emploient. Alphonse Duot fils et Pierre Le Rose créent un groupe de Jeunesse communiste. Il commença sans tarder et tracts et journaux sortirent de notre presse clandestine, une simple pierre humide (ils insistaient sur les problèmes de ravitaillement de la population).  De là devait sortir le journal "L'étincelle" appelant la population à renforcer et soutenir la Résistance.

L'étincelle: journal de la Résistance communiste de Concarneau, Mai 1944- Juin 1944: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose


René Lijour s’était marié à Riec-sur-Belon (Finistère) le 27 octobre 1925 avec Marie-Joséphine, dite Lucie, Le Goff, née le 27 octobre 1909 à Riec-sur-Belon, arrêtée en septembre 1942 et déportée à Ravensbrück.

Site Mémoire de guerre sur les déportés du Finistère:

LIJOUR née LE GOFF Lucie, née le 6 octobre 1909 à Riec-sur-Belon (29). Commerçante, domiciliée 24 avenue de la Gare à Concarneau, épouse de l'un des chefs du parti communiste à Concarneau, réputée "propagandiste active des idées subversives, au courant des faits et geste". Arrêtée le 27 septembre 1942, elle est écrouée à Quimper. Elle est déportée de Paris, gare de l’Est, le 13 mai 1944 vers le KL Ravensbrück. Autre lieu de déportation:  Zwodau . Rescapée.


Lucie Lijour fut conseillère municipale communiste de Concarneau de 1945 à 1953. Elle est décédée à Riec-sur-Belon en décembre 1986.

Lire aussi:

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 85/ Alain Signor (1905-1970)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 84/ Marc Scouarnec (1894-1968)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 83/ Germain Bournot (1915-2007)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 82/ Michel Nédelec (1940-2009)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 81/ Eric Texier (1902-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 80/ Théophile Kerdraon ( 1891-1984)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 79/ André Guéziec (1922-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 78/ Jean Kérautret (1918-1942) et Vincent Guivarc'h (1918-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 77/ Emile Le Page (1922-1942) et Pierre Jolivet (1921-1942)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 76/ Louise Tymen (1925-2015)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 75/ Yves Giloux (1921-1943)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 74/ André Garrec (1922-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 73/ Frantz Boucher (1924-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 72/ François Echardour (1925-1988)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 71/ Marie Le Manchec (1914-1999)

100 ans d'engagements communistes en Finistère: 70/ Charles Moigne (1894-date de décès inconnue)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 69/ Jean Le Tréis (1884-1970)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 68/ François Tanguy (1925-1987)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes: 67/ François Tournevache (1919-1993)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 66/ Jos Quiniou (1900-1976)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 65/ François Gaonac'h (1901-1978)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 05:47

 

Laurent Ziegelmeyer est élu du personnel du Groupe Sanofi

La pandémie de Covid-19 révèle les besoins en termes de collaboration internationale dans le secteur du médicament. Malgré l’existence de géants pharmaceutiques nationaux, l’industrie pharmaceutique française ne prend clairement pas sa part dans la mise en commun internationale des moyens techniques et humains permettant de répondre aux besoins de toutes les populations.

 

La rentabilité avant tout

La gestion par la rentabilité est assassine pour les pays du Sud, également néfaste pour les travailleurs et travailleuses du Nord. Pendant des années, on a considéré ici ou là que l’industrie pharmaceutiques avait surtout des effets négatifs pour les malades de pays pauvres. Les effets de cette politique pour les populations du « Sud » sont effectivement édifiants : Les médicaments sont trop chers, handicapant lourdement toute politique de santé publique. Les maladies « non-rentables » sont négligées. Seul 1 % des 1 393 molécules sorties entre 1975 et 1999 concernait les maladies spécifiques de ces pays. Certains traitement ont devenus tellement anciens que des résistances se sont développées et u’ils sont devenus inefficaces.

Il est d’ailleurs légitime de se poser la question suivante : si le Covid-19 n’avait touché que les pays pauvres, y aurait-il autant d’essais lancés dans le monde pour trouver un traitement ? On peut en douter.

La crise sanitaire liée au coronavirus démontre – si on devait encore le faire – que dans les pays riches aussi, la politique de ces groupes a un impact très fort. Cette mainmise du privé pose aussi de nombreuses questions dans les pays du « Nord ». Quel accès aux médicaments pour les populations les plus pauvres en constante augmentation ? Comment sont fixés les prix de ces médicaments et leur implication dans le financement de la protection sociale ? Comment un gouvernement peut-il élaborer une ambitieuse politique de santé si l’industrie pharmaceutique va à son encontre ?

La pandémie montre bien qu’il est temps de remettre sur la table des propositions sur l’industrie pharmaceutique. Tout d’abord, faisons la différence entre les dirigeants de ces grands groupes qui comme leurs actionnaires se gavent (le terme est faible) et les salarié·e·s qui, d’abord et avant tout, veulent contribuer à améliorer la santé ! Cette crise montre bien que le médicament, le vaccin ne sont pas des produits comme les autres. Dans cette période, on peut arrêter de fabriquer des « Playmobils », pas des médicaments !

En plus de toutes celles et ceux en première ligne contre le virus, il y a les salarié·e·s de l’industrie pharmaceutique qui travaillent sur le Covid-19, mais continuent aussi à produire les autres médicaments, car toutes les autres maladies n’ont pas arrêté de sévir !

Cette crise montre bien que les seuls intérêts privés ne peuvent régler la situation, que la puissance publique doit jouer un rôle car la question c’est la coopération pour combattre ce virus, et non la compétition. Il ne s’agit pas d’imposer aux laboratoires de faire l’aumône mais bien de donner à chaque humain le droit à la santé. Cela repose les questions du médicaments : pour qui, pour quoi faire, avec quelle industrie pharmaceutique ?

Prenons un exemple de la gestion aujourd’hui : l’usine Famar en région Lyonnaise, seule à produire de la chloroquine est en redressement judiciaire ! Faisons aussi un peu d’histoire : en 2003, Aventis, descendant direct de Rhône Poulenc et Roussel Uclaff, a vendu ce site à l’entreprise grecque Famar. Cette entreprise, prise dans d’énormes difficultés, a été reprise par le fonds américain KKR. KKR a placé cette usine en redressement judiciaire et les 11 autres usines de Famar sont en cours de vente à la découpe.

On pourrait aussi évoquer le nombre de principes actifs produits en Chine et en Inde aujourd’hui, comme la paracétamol, mettant en danger notre souveraineté sanitaire.

Enfin, sur la recherche, Sanofi a décidé de fermer le centre d’Alfortville il y a un an. Malgré la pandémie, le plan continue d’être mis en œuvre. Rien que dans ce groupe, les effectifs de recherche en France ont fondu de moitié en 10 ans ! Ces différents exemples montrent bien que dans ce domaine, on ne peut pas faire confiance au privé. Alors oui, un pôle public de recherche et de production pharmaceutique est indispensable dans notre pays. « Impossible ! » vont hurler les libéraux et les patrons de cette industrie. Ils ont la mémoire courte.

 

L’expérience des nationalisations

Les nationalisations des années 1980 ont conduit à un changement de propriétaire mais logique est resté identique

Prenons Sanofi, dont les origines généalogiques sont principalement partagées en trois :

- Rhône Poulenc, nationalisée au début des années 1980, ce qui a sauvé l'entreprise

- Roussel Uclaff, où l'Etat a eu jusqu'à 40% du capital

- Enfin Sanofi, filiale pharmaceutique du pétrolier Elf, qui était une entreprise publique

C’est donc bien l’argent public qui a permis la constitution de ce groupe. Un pôle public pharmaceutique est possible, indispensable et nécessaire, mais avec une gestion qui à la différence des années 1980 devra prendre en compte l'avis des salarié·e·s et les besoins de santé ici et ailleurs !

Nous venons de le voir, en France dans les années 1980, nous avons connu une nationalisation d’une partie de l’industrie pharmaceutique. Cela n’a pas empêché des scandales comme l’Oltipraz, traitement contre la bilharziose découvert chez Rhône-Poulenc, mais jamais produit. Cela n’a pas permis non plus la constitution d’un grand pôle pharmaceutique permettant de répondre aux besoins de la population. En fait, c’était une entreprise « publique », mais gérée selon les critères de rentabilité du privé. La nationalisation avait permis de sauver Rhône-Poulenc, mais jamais il n’y eut la moindre réflexion sur un autre type de gestion.

 

Utiliser le pôle public de recherche, de production et de distribution

Un tel pôle serait utile pour imposer une autre gestion démocratique et fondée sur les besoins des populations.

Il s’agit tout d’abord de débattre de la notion de propriété intellectuelle et de son appropriation. Les brevets dans le domaine de la santé ne sont qu’une confiscation pour des intérêts lucratifs. On peut d’ores et déjà évoquer quelques caractéristiques à transformer d’urgence : la durée excessive des brevets, leur « systématicité » quel que soit le médicament, leur application identique au « Nord » et au « Sud »...

 

Le médicament n’est pas un produit comme les autres.

Il faut considérer le médicament comme partie intégrante de la politique de santé, comme un bien public, au même titre que l’eau, l’énergie... La recherche, la production et la distribution pharmaceutique ne doivent donc pas être régies comme aujourd’hui, sous le contrôle exclusif de quelques grands groupes privés. Il apparaît clairement la nécessité d’un réel contrôle public. Cela ne veut pas dire automatiquement nationalisation.

Ce contrôle public peut s’articuler autour d’une intervention sur la demande, d’une véritable transparence sur le médicament, d’une réelle politique du prix, et enfin de la place que doit occuper la puissance publique.

Tout d’abord, on peut évoquer la mise en place d’un véritable conseil du médicament, indépendant des industriels, qui puisse établir des priorités, en lien avec les ONG et les associations de malades. Les conclusions de ce conseil devraient servir d’orientations tant à la recherche publique, qu’à l’industrie privée.

Comment ? Les aides publiques seraient soumises à ces orientations, et on peut imaginer également l’obligation pour les trusts d’utiliser une partie de leurs bénéfices à des recherches et des productions utiles et indispensables. Aujourd’hui si on prend Sanofi, d’un côté la moitié des bénéfices sont versés aux actionnaires, et de l’autre ils touchent depuis des années près de 150 millions d’aides publiques, comme le crédit impôt recherche, sans obligation. Ils ont quand même supprimé 3 000 postes de chercheurs en 10 ans en France. Le dernier plan est en cours, avec la fermeture du site d’Alfortville !

D’autres pistes peuvent être évoquées : fonds alimenté par une taxe sur ces bénéfices, fonds de soutien à la recherche publique et à des initiatives de solidarité internationale. On pourrait imaginer aussi un dispositif utilisant le fonds évoqué (ou d’autres ressources) pour assurer un financement à des programmes dans le cadre des priorités du conseil avec comme condition l’absence de brevet, faisant de ces molécules des biens publics. Réfléchissons également à un mécanisme permettant que des molécules efficaces mais abandonnées ne restent pas dans les tiroirs des laboratoires. Ces produits sont souvent brevetés, il est temps de réveiller ces brevets dormants !

On peut penser enfin à la réquisition on des unités de fabrication on qui ne sont pas utilisées afin de produire les médicaments faisant défaut aujourd'hui. Reprenons l’exemple de l’usine Famar à côté de Lyon. Le terme de réquisition peut faire "peur", mais est-il plus effrayant que cette logique actuelle de l'industrie, faite de mépris pour les malades du « Sud » et de destruction de l'emploi au «Nord» ?

On le sait, le privé de toute façon ne voudra pas travailler sur tout. Se pose donc clairement la constitution d’un pôle public du médicament !

La constitution d’un grand pôle public de recherche et de production pharmaceutique est nécessaire, mais avec un mode de gestion qui ne soit pas calqué sur le privé, pôle public géré par les chercheurs, les salariés, impliquant les syndicats, les associations de malades, les ONG, dans le cadre du débat démocratique. Ce pôle public serait ouvert sur les collaborations internationales notamment avec le Sud (le transfert technologique étant, pour moi, l’avenir dans ces pays), ouvert également aux collaborations public/privé, mais sur une base d’égalité et non pas dans un cadre de domination du privé, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui.

Il est temps de sortir le médicament, ce bien public, de la logique capitaliste !

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 05:33
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