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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 05:13
Photo d'Eugène Le Bris publiée par le maitron: https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article156904

Photo d'Eugène Le Bris publiée par le maitron: https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article156904

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

87/ Eugène Le Bris (1913-1943)

Source: Jean-Pierre Ravery - Maitron en ligne des fusillés: https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article156904

Né le 12 juin 1913 à Lanriec (Finistère), fusillé le 29 janvier 1943 terrain militaire du Bêle à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; marin ; militant communiste ; résistant FTPF.

Fils de Corentin Pierre Marie Le Bris et de Victorine née Joffrézic, ménagère, Eugène Le Bris était mécanicien dans la Marine marchande.
Il avait adhéré au Parti communiste français (PCF) en 1936 à bord d’un cargo qui transportait des armes soviétiques entre Mourmansk et les ports de l’Espagne républicaine pour le compte de « France Navigation ».
En 1939, la mise sous séquestre de la compagnie par le gouvernement Daladier le priva de travail et le ramena à Concarneau (Finistère).
Il y devint rapidement l’une des chevilles ouvrières du PCF clandestin. Il était membre du triangle de direction avec René Lijour et Eugène Le Caignec jusqu’à son affectation à l’Organisation spéciale (OS) en mars 1942.
Pierre Le Rose écrit:

"En juillet 40, à Concarneau, le triangle de direction du Parti Communiste clandestin est constitué et tient sa première réunion au bois de Kerguerès. Il comprend René Lijour, Eugène Le Caignec et Joseph Berthou.

A Concarneau, le travail de propagande, la diffusion des tracts notamment, ne s'arrêtera jamais. Mais dès cet été 1940, les actions de sabotage contre les installations allemandes commencent. René Lijour paie de sa personne et entraîne les jeunes. Yves Le Gall (qui mourra à Rennes en revenant de déportation), Jean Trolez, entre autres, Eugène Le Bris participent à de nombreuses opérations: déboulonnage des voies ferrées (en mai 1942) et à la destruction des lignes téléphoniques (à l'initiative de Charles Tocquer, responsable des jeunes). Des soldats nazis sont attaqués. La nuit est parfois troué d'explosions: c'est la grue de la gare qui saute (en août 1942), ou bien un transformateur ou un poteau à haute tension."

En septembre 1941, la police de Vichy, au service des Allemands, sous les ordres du commissaire SOUTIF, va démanteler l'organisation clandestine du Parti et des Jeunesses Communistes et les groupes armés de l'Organisation Spéciale.

En septembre 1941, Berthou échappe à une arrestation de la police de Vichy venu à son domicile. Il est hébergé par Pierre Guillou jusqu'à Décembre et, clandestin, devra quitter le département. Entre-temps, Eugène Le Bris l'aura remplacé au triangle de direction.

Au printemps 1942, le "Père Georges" (Venise Gosnat) organisateur régional du Parti Communiste prend contact directement avec René Lijour et lui annonce une prochaine arrivée d'armes. Un sous-marin anglais attendra aux Glénans que les Résistants viennent en prendre livraison. Le mot de passe est donné. Contact est pris avec Guillaume Bodere et son camarade Baudry (agent de liaison fusillé au mont Valérien). Les deux résistants se font reconnaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les containers pris en charge sont débarqués sur la côte bigoudène où trois membres du groupe dont René Lijour viendront les prendre pour les transporter dans la ferme du Vourgoat, en Melgven, chez Daoudal (également fusillé au Mont-Valérien). Des parachutages sont annoncés.

Eugène Le Bris allait se distinguer dans l'Organisation spéciale par son audace exceptionnelle. Selon Eugène Kerbaul, « c’est lui qui abattra le premier Allemand descendu à Concarneau, au Cabellou », un acte de résistance dont l’auteur resta ignoré des polices françaises et allemandes.
Mais après l’avoir arrêté, elles allaient lui en imputer beaucoup d’autres. À commencer par l’exécution du juge d’instruction Le Bras le 9 septembre 1942 en plein palais de justice de Nantes lors du coup de main qu’Eugène Le Bris avait organisé pour délivrer son camarade Raymond Hervé. D'une audace folle, il pénètre dans le bureau du juge Le Bras, l'abat avec son arme et libère son ami.

Par une étrange ironie du destin, ce dernier allait provoquer sa chute deux semaines plus tard.
 
Le 26 septembre en fin d’après-midi, Eugène Le Bris, Raymond Hervé et Jean-Louis Prima avaient attaqué la recette des PTT de Kerentrech-Lanester (Morbihan) pour y récupérer des fonds destinés à leur organisation.
 
Mais Raymond Hervé était arrêté un peu plus tard aux abords de la gare de Lorient par des gardiens de la paix, au terme d’une lutte acharnée. Le lendemain vers 17 heures, le commissaire Mitaine, représentant la « section spéciale des affaires judiciaires à caractère politique » de Lorient, téléphonait à son collègue du service des Renseignements généraux (RG) de Quimper, Henri Soutif, pour l’informer qu’il avait fini par arracher au jeune résistant le nom de l’un de ses complices, Eugène Le Bris, « un individu dangereux et armé, auteur probable de l’assassinat de Nantes [...] susceptible de se trouver à son domicile à Lanriec, près de Concarneau ».
 
Accompagné du commissaire Jouannic de Concarneau, des inspecteurs Le Marchand et Le Roy de son service, et d’une escouade de gendarmes commandés par le chef d’escadron Poignant et le capitaine Le Thomas, le commissaire Soutif réussissait à capturer Le Bris dans une petite ferme isolée au bout d’un chemin de terre.
 
Plusieurs armes à feu chargées étaient saisies, parmi lesquelles le pistolet utilisé contre le juge Le Braz.
 
Sévèrement battu et bientôt transporté à Lorient pour être confronté à Raymond Hervé, Eugène Le Bris allait connaître un long calvaire. Dans une déposition recueillie le 5 janvier 1945, une secrétaire du service des RG de Quimper, Mlle Marie Philippe, devait témoigner : « je l’ai vu à Lorient et à Quimper, il a certainement été torturé, ainsi qu’Hervé d’ailleurs [...]. Chaque fois que j’ai vu Le Bris, il se trouvait couché, à la suite des nombreux coups qu’il avait reçus ».

Dans le rapport de synthèse qu’il transmit au préfet du Finistère le 24 octobre 1942, le commissaire Soutif récapitulait les actions imputées à Eugène Le Bris :
 
« En mars 1942 : cambriolage d’un dépôt d’explosifs de l’organisation Todt au lieu-dit Rouz au passage en Lanriec en compagnie de Huon Pierre. Il a tenté de faire sauter les explosifs qu’il ne pouvait pas emporter mais n’y est pas parvenu. Fin avril 1942 : cambriolage du dépôt d’explosifs de la firme Heller à Quimperlé en compagnie de Prima (en fuite), Marc Jean (en fuite), Abalain Albert (arrêté) et Corre Pierre (en fuite). 1er mai 1942 : sabotage à l’Anse de Lin près de Concarneau d’un poste de relais téléphonique. Vers le 15 juin 1942 : sabotage d’un pylône en béton de la ligne électrique Concarneau-Quimperlé. 9 septembre 1942 : coup de main à Nantes sur le cabinet d’instruction no 1 et meurtre du juge d’instruction Le Braz. Sabotage au mois de septembre 1942 d’une pelle mécanique allemande dans la cour de la gare de Concarneau. Cambriolage à Concarneau de l’usine Teysonneau en mars 1942. Mars 1942 – vol de sucre et de conserves aux usines Cassegrain de Concarneau. 30 avril 1942 – cambriolage du bureau de l’armement Charrier à Beuzec-Conq en vue de se procurer une machine à écrire destinée au Parti communiste sur ordre du sieur Lijour (en fuite). 24 septembre 1942 – cambriolage en compagnie d’Hervé de la mairie de Beuzec-Conq. Vol important de tickets d’alimentation, d’une machine à écrire et de cachets à empreintes humides officielles. Le 26 septembre 1942 – coup de main sur le bureau de poste de Kerantrach-Lanester. »
 
Secondés par la gendarmerie et la 13e brigade de police judiciaire, les RG arrêtèrent dans cette affaire une cinquantaine de cadres du PCF, du Front national et des FTP dans les régions de Quimper, Lorient, Brest et Nantes. En outre, plusieurs containers d’armes et d’explosifs fournis aux FTP par les services spéciaux britanniques furent saisis.
 

Pierre Le Rose: En septembre 1942, 35 résistants de Concarneau, communistes pour la plupart, sont mis hors de combat. Outre Eugène Le Bris sont arrêtés:  Alain Le Lay, mourra à Auschwitz, comme Théophile Louarn. Sont arrêtés également Esprit Jourdain (mort en déportation), Daoudal (il sera fusillé), Fanch Touchard aussi (qui après sa première arrestation avait été relâché), André Herlédan, Armand Villard, Christophe Digoust, Charles Huchon, Jacques serre, Yves Le Gall (qui meurt en revenant de déportation), Joseph Dréano, Arthur Rioual, Mathias Lorc'h, Eugène Le Caignec, Louis Guiffant (de Trégunc), Yves Trichard, Jo Le Gall, Jean Bourbigot, Jean Trolezz, Charles Tocquet, André Herledan (père et fils), Louis Péron, Charles Dolliou, les frères Huon, Marie Jeanne Bodere. René Lijour ayant réussi à échapper à l'arrestation, une vaste opération de police est montée le dimanche 27 pour perquisitionner à son domicile. Sa femme Lucie Lijour sera arrêtée et déportée. Réné Lijour et quelques militants ayant réussi à passer entre les mailles du filet, la propagande allait pouvoir continuer.

 


Livrés aux Allemands, Eugène Le Bris et la plupart des résistants capturés comparurent devant un tribunal de guerre qui siégea au palais de justice de Nantes du 15 au 28 janvier 1943. Il était présidé par le colonel Dr. Hanschmann. Le procureur était une « vedette » de la justice militaire allemande en France, le Dr. Gottloeb. Cinq avocats français, maîtres Guineaudeau, Lerat, Lauriot, Mouquin et Pascal, étaient censés assister les quarante-cinq accusés (parmi lesquels deux femmes). La traduction d’une partie des débats fut assurée par Edmond Duméril.
Selon les notes prises par ce dernier, le réquisitoire du Dr Gottloeb visa explicitement à criminaliser la Résistance française, à un moment où la Wehrmacht était sur le point de subir une défaite historique à Stalingrad et où les jeunes Français rejoignaient en masse les maquis pour se soustraire au service du travail obligatoire en Allemagne : « il ne s’agit pas de criminels dévoués à une idée, mais bien d’assassins, de bandits organisés, que l’attaque de l’Allemagne contre la Russie rend dangereux. Leurs chefs enrôlent des jeunes gens pour se camoufler en patriotes afin de ne pas être reconnus comme communistes. Leur devise est celle de la terreur, alors que le vrai soldat allemand est entré dans la lutte pour libérer l’Europe et son pays du communisme. Ils ont mérité la mort ! » La presse collaborationniste fit chorus, comme Le phare qui titra son compte-rendu du procès : « La civilisation occidentale épure... »
Trente-sept condamnations à mort furent finalement prononcées pour « actes de franc-tireur », ainsi que trois peines d’emprisonnement et trois acquittements faute de preuves (deux des « acquittés », Roger Guédon et Ernest Le Goff, furent déportés). Le cas des deux femmes, Renée Losq et Marie Michel, fut renvoyé à un complément d’enquête mais elles furent elles aussi déportées.
Eugène Le Bris et huit autres des condamnés furent exécutés le 29 janvier 1943, quatre jours avant l’expiration du délai de grâce officiel, sur le terrain militaire du Bêle à Nantes. Vingt-cinq de leurs camarades subissaient le même sort le 13 février. Les trois derniers étaient fusillés à leur tour le 7 mai.
Eugène Le Bris a été reconnu Mort pour la France le 16 février 1945 (rectifié le 20 février 1947pour l’orthographe du nom de sa mère Joffrézic et non Jaffrézic) et homologué sergent FFI.
Après la guerre, le nom d’Eugène Le Bris fut attribué à une rue de Concarneau et gravé sur le monument aux morts du cimetière de Lanriec dans cette ville.
 
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