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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 06:00
Douarnenez en 1924: première commune de France gérée par un maire communiste - Grève des sardinières de Douarnenez (Finistère), 1924 : « le cortège des grévistes » - Source : CEDIAS-Musée social La « grève de la misère » des sardinières est soutenue par la municipalité communiste et son maire, Le Flanchec (à gauche sur la photo), nouvellement élu. Une manifestation, la « procession », a lieu chaque jour dans la ville.

Douarnenez en 1924: première commune de France gérée par un maire communiste - Grève des sardinières de Douarnenez (Finistère), 1924 : « le cortège des grévistes » - Source : CEDIAS-Musée social La « grève de la misère » des sardinières est soutenue par la municipalité communiste et son maire, Le Flanchec (à gauche sur la photo), nouvellement élu. Une manifestation, la « procession », a lieu chaque jour dans la ville.

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

39/ Sébastien Velly (1878-1924)

Né le 11 février 1878 à Quimper (Finistère), mort le 18 juillet 1924 à Douarnenez ; tapissier ; militant socialiste puis communiste ; maire de Douarnenez (juin 1921-juillet 1924).

Le 31 août 1917, Sébastien Velly avait été condamné par le conseil de guerre de Nantes, pour désertion, à deux ans de travaux forcés. En janvier 1921, il était trésorier de la section communiste de Douarnenez et fut élu par le congrès départemental au bureau de la fédération.

Son prédécesseur, le socialiste Fernand Le Goïc, hostile à l'adhésion à la IIIe Internationale et mis en minorité dans son conseil municipal, avait démissionné à la suite du congrès de Tours (décembre 1920). Des élections partielles eurent lieu le 27 mai 1921 et Le Goïc fut réélu. Il fallut alors trois tours de scrutin pour désigner le maire, Joseph Le Floch*, qui se récusa pour raison de santé. Le préfet intervint et, annulant les 2e et 3e tours, nomma Sébastien Velly, élu par 10 voix contre 9 à Fernand Le Goïc au premier tour de scrutin. Ce dernier donna lecture d’une lettre de protestation des élus socialistes qui, ensuite, s’abstinrent d’assister aux réunions.

Le 11 mai 1924, candidat du Bloc ouvrier et paysan aux élections législatives, Sébastien Velly obtint 4 567 voix sur 208 563 inscrits. Un grave incident opposa la municipalité au commissaire de police. Le conseil demanda son déplacement, mais le préfet refusa d’entériner la délibération.

En juin 1924, des incidents éclatèrent à nouveau. Les élus socialistes firent parvenir une lettre au préfet afin de protester contre l’expulsion, par le commissaire de police, du maire hors des bâtiments de la municipalité où il tenait réunion. Ils demandèrent aux conseillers municipaux de démissionner "en bloc". La majorité du conseil ne suivit pas les socialistes et décida de ne pas continuer à siéger tant que le préfet n’aurait pas répondu favorablement. Mais Sébastien Velly décédait le 18 juillet suivan, quelques mois avant la grande grève des sardinières.

Lors de son enterrement l’instituteur Emmanuel Allot et Daniel Le Flanchec prononcèrent des paroles virulentes contre l’église et les curés.

Il était veuf et père de quatre enfants. Une rue de Douarnenez porte le nom de « Sergent-chef-Velly », en souvenir de son maire.

Maitron en ligne: https://maitron.fr/spip.php?article133961, notice VELLY Sébastien, Yves par Georges-Michel Thomas, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 1er novembre 2015.

 

Article de l'historien Patrick Gourlay (novembre 2016) pour BCD

http://bcd.bzh/becedia/fr/douarnenez-1921-premiere-municipalite-communiste-de-france

Douarnenez, 1921 : première municipalité communiste de France

Auteur : Patrick Gourlay / novembre 2016
Douarnenez fut la première municipalité française à élire un maire communiste en 1921, soit quelques mois seulement après le célèbre congrès de Tours de 1920. La ville échappait ainsi, encore davantage, aux puissants industriels de la conserverie. Exception communiste en Bretagne, Douarnenez devint un phare du PCF au plan national. Et lorsque la grande grève des sardinières éclata, les ténors du Parti et de la CGT-U furent à la manœuvre sur place. Cette victoire ouvrière, érigée au rang de symbole, favorisa l’ancrage du PCF dans la cité des penn sardin.

Les conditions d’une radicalité

Douarnenez doit son nom à l’île Tristan : douar an enez, c’est la terre de l’île. Mais sur le plan politique, cette ville fut elle-même une île communiste, en Bretagne, dès les années 1920. La société douarneniste est marquée par la faible place occupée par la classe moyenne. Il y a donc deux mondes que tout oppose. D’un côté, les grandes dynasties industrielles, comme Chancerelle ou la famille Béziers, qui représentent une bourgeoisie vivant dans le luxe et l’ostentation. Appuyées par un clergé très réactionnaire, elles dominent un large prolétariat d’ouvriers et d’ouvrières des conserveries, et de marins pêcheurs. Entre ces deux groupes sociaux, l’élément qui aurait pu être « modérateur » (Maurice Lucas) est faible : il y a peu de fonctionnaires ou de professions libérales. Cette dualité sociale peut expliquer les positions très clivées qui sont la caractéristique de la vie politique dans la cité penn sardin. Particulières aussi, la forte influence d’un monde ouvrier féminin, et « l’interpénétration de la ferveur révolutionnaire et du ritualisme catholique » (Yves Le Gallo) qui amène les grévistes à « chanter rouge » sans oublier d’aller à la messe.

Les élections municipales de 1919 sont un tournant qui marque la défaite de « l’aristocratie de la sardine » (Maurice Lucas). Pour la première fois, une liste SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) remporte les élections, et Fernand Le Goïc, professeur à Nantes, devient maire. Immédiatement, il montre ses préférences politiques : le buste de Jean Jaurès est placé dans la salle du conseil municipal, une rue est baptisée de son nom, et des motions à caractère politique sont adoptées. Par exemple, en avril 1920 le conseil municipal se prononce « Contre les poursuites et représailles infligées aux cheminots grévistes ». Puis, il « Proteste énergiquement contre la reprise des relations avec le Vatican ! » Ces délibérations sont annulées par le préfet, inaugurant ainsi le début de relations tendues entre les élus douarnenistes et l’autorité préfectorale.

L’exception douarneniste en Bretagne

Le congrès de Tours en décembre 1920 vient bousculer fortement la gauche bretonne. Les débats sont très animés au sein de la SFIO. Si du côté des élus socialistes et des vieux adhérents on est en majorité contre l’adhésion à la IIIe Internationale, du côté de la base militante, c’est le oui à Moscou qui l’emporte. Au final, 2/3 des délégués bretons siégeant à Tours se prononcent en faveur de l’adhésion. Il n’en reste pas moins que le PCF apparaît, dans ces années 1920, comme un « corps étranger » en Bretagne, animé par quelques « pionniers du communisme » (Christian Bougeard).

La scission entre socialistes et communistes a des répercussions à Douarnenez. Au sein de la municipalité, le maire Fernand Le Goïc est resté fidèle à la « vieille maison » SFIO. Il ne peut désormais s’appuyer que sur une minorité d’élus car la majorité du conseil a opté pour le communisme (Section française de l’Internationale communiste). Suite à plusieurs invalidations de conseillers municipaux et du maire, pour non-résidence à Douarnenez, de nouvelles élections se tiennent en juillet 1921. Et c’est le parti communiste qui l’emporte : Sébastien Velly est élu maire. Douarnenez devient ainsi la première municipalité communiste de France. Mais cette victoire ne doit pas masquer une réalité : Douarnenez est une exception en Bretagne. Affaiblis après la scission de 1920, les socialistes bretons se sont réorganisés et regagnent des voix sur les communistes.

Sébastien Velly prend des mesures symboliques : en août 1922, il fait baptiser une rue « Louise Michel » : cela devient une véritable affaire qui oppose gauche et droite et qui débouche sur un refus du ministre de l‘Intérieur. Les conservateurs ironisent : « Quant à Pasteur, on verra plus tard, quand on aura épuisé le calendrier rouge. Il reste encore Lénine, Trotsky et quelques autres... ». Lors de la commémoration de l’Armistice, le 11 novembre 1923, les directeurs des écoles primaires font enlever des bouquets les rubans rouges placés par la mairie : ils sont accusés de préférer « marcher devant la Croix plutôt que devant le drapeau rouge ». Les relations tendues entre le maire communiste et les autorités amènent en 1923 le préfet à suspendre à titre temporaire Sébastien Velly.

Le 18 juillet 1924 Velly meurt d’une phtisie galopante. Et c’est Daniel Le Flanchec qui est élu maire de Douarnenez en octobre 1924. C’est un ancien employé municipal de Lambézellec de 43 ans. Brillant orateur, il n’a peur ni de la provocation ni de la bagarre. Ancien anarchiste, il est un des fondateurs du parti communiste en Bretagne et a participé au congrès de Tours. Il est depuis 1923 secrétaire fédéral du PCF. Avec l’élection de cette forte personnalité, « le centre de gravité du PCF » glisse de Brest vers Douarnenez (Christian Bougeard).

Lire aussi:

Communistes de Bretagne (1921-1945)

(http://www.humanite.fr/social-eco/douarnenez-ces-sardinieres-qui-ont-su-tenir-tete-l-546179

Comité de grève de 1924 – Coll. Alain Le Doaré. Premier rang de gauche à droite : Etienne Jequel, Anna Julien, Le Cossec, maire durant la destitution de Daniel, Daniel Le Flanchec, Alexia Poquet, Charré (des jeunesses communistes). Deuxième rang : Charles Tillon, Simonin, Lucie Colliard, Boville, Mme Le Flanchec, Faure-Brac. Troisième rang : Bordennec, Renoult (de L’Humanité), Garchery, Mme Morvan, Gauthier, Jean Join, Mme Julien. Les femmes sont à la pointe du conflit. Le comité de grève est composé de cinq hommes et de six femmes parmi lesquelles Joséphine Pencalet dont l’élection au conseil municipal de Douarnenez (1925) fut annulée par le Conseil d’Etat. A côté des acteurs locaux, on remarque la présence d’un journaliste de l’Humanité mais aussi de cadres du PCF, responsables syndicaux

Comité de grève de 1924 – Coll. Alain Le Doaré. Premier rang de gauche à droite : Etienne Jequel, Anna Julien, Le Cossec, maire durant la destitution de Daniel, Daniel Le Flanchec, Alexia Poquet, Charré (des jeunesses communistes). Deuxième rang : Charles Tillon, Simonin, Lucie Colliard, Boville, Mme Le Flanchec, Faure-Brac. Troisième rang : Bordennec, Renoult (de L’Humanité), Garchery, Mme Morvan, Gauthier, Jean Join, Mme Julien. Les femmes sont à la pointe du conflit. Le comité de grève est composé de cinq hommes et de six femmes parmi lesquelles Joséphine Pencalet dont l’élection au conseil municipal de Douarnenez (1925) fut annulée par le Conseil d’Etat. A côté des acteurs locaux, on remarque la présence d’un journaliste de l’Humanité mais aussi de cadres du PCF, responsables syndicaux

Le Flanchec a incarné, de 1924 à 1940, un communisme municipal original faisant honneur à la réputation douarneniste de « turbulence et d’audace téméraire » (Michel Mazéas). Ses débuts de maire furent marqués par la révolte des sardinières (novembre 1924-janvier 1925). Cette « grève de la misère » éclate pour obtenir un salaire horaire de 1 franc au lieu des 80 centimes payés, et s’étend aux vingt usines implantées dans la ville. Une lutte de 48 jours s’engage, rythmée par des manifestations et des meetings, où s’expriment de nombreux dirigeants nationaux du PCF et de la CGT-U venus sur place. La lutte douarneniste est spectaculaire et symbolique. Charles Tillon, permanent régional de la CGT-U est à la manœuvre. Le PCF missionne des cadres dirigeants, comme Lucie Colliard et Marie Le Bosc. L’implication politique de ces deux femmes marque d’autant plus les esprits qu’elles ne sont pas citoyennes c’est-à-dire qu’elles n’ont pas le droit de vote. Mais dans le port sardinier, ce sont bien les femmes qui sont en première ligne : au comité de grève elles sont 6 sur 15 membres. Parmi les responsables communistes, le Breton Marcel Cachin, député de la Seine, vient en décembre 1924 apporter « le salut de la classe ouvrière parisienne pour la grève si sympathique des sardinières ». Le maire communiste est aux côtés des grévistes : Le Flanchec défile en tête de cortège, ceinturé de son écharpe tricolore, et l’Internationale en bouche. Et il reprend, sans doute, ce refrain chanté par les ouvrières : « Saluez riches heureux, ces pauvres en haillons, saluez, ce sont eux qui gagnent vos millions ». Le maire met en place un fonds de chômage tandis que le PCF ouvre une soupe populaire.

Victoire ouvrière et ancrage communiste

Mais les conserveurs ne veulent rien lâcher. Deux d’entre eux financent l’intervention violente de briseurs de grève. Le 1er janvier 1925 ces hommes tirent sur le maire : une balle lui traverse la gorge. La presse militante s’écrie : « On a voulu tuer notre camarade Le Flanchec et l’on voulait aussi tuer la grève ». L’émotion est très forte au plan national. Le préfet exige des industriels une sortie du conflit : le 8 janvier les revendications salariales sont satisfaites. La grève des sardinières chantant « Pemp real a vo ! » est aussi le symbole de la fin d’une « résignation bretonne » qui n’est plus de mise (Jean-Jacques Monnier). Ces semaines de lutte, relayées au plan national, sont un succès pour le jeune PCF et la CGT-U. Douarnenez est désormais un phare du communisme en France. Son maire, devenu célèbre, est autant admiré des marins et des usinières qu’il est détesté des puissants. L’élection municipale de 1925 se transforme en plébiscite en faveur de Le Flanchec. Au final, ces luttes sociales et politiques auront ancré le communisme à Douarnenez et ouvert la voie, après-guerre, à ses maires PCF : Joseph Pencalet, Yves Caroff, Joseph Trocmé et surtout à Michel Mazéas qui dirigea la ville de 1971 à 1995.

 

Lire aussi nos autres publications pour l'année du centenaire du Parti communiste dans la série "100 ans d'engagements communistes en Finistère":

Lire aussi:

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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