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5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 07:00

À peine plus de quatre mois après leur élection, les élus du Rassemblement national multiplient les attaques à la culture, aux associations et aux plus démunis, tout en cultivant leur idéologie traditionaliste et xénophobe. Premier bilan.

Florent Le Du

Les anciens ont donné l’exemple en réduisant les subventions aux associations pour libérer du budget aux polices municipales, en s’attaquant à la culture et à tout ce qui touche de près ou de loin aux réfugiés, en sapant les services publics… Une méthode que la dizaine de maires du Rassemblement national (RN) en poste avant les dernières municipales ont éprouvée.

Depuis les élections municipales d’avril 2026, ce sont désormais 57 communes de plus de 3 500 habitants qui pâtissent de ces choix. Plus nombreux, galvanisés, les édiles d’extrême droite vont même souvent plus loin que leurs prédécesseurs, à l’image du « Trump occitan », Christophe Barthès. À Carcassonne (Aude), le nouveau maire arrose des syndicalistes de la CGT depuis le balcon de sa mairie, s’infiltre sur un groupe privé Instagram de lycéens préparant un potentiel blocage pour les intimidés, menace quiconque s’opposerait à lui de représailles…

Un climat de terreur que l’Humanité documentait à Perpignan, Moissac, Fréjus ou encore Beaucaire en janvier dernier, et qui semble désormais se propager et s’intensifier.

Les services publics, victimes collatérales

Une question de priorités budgétaires. Le RN, au niveau national, cache les conséquences de son projet de baisse massive de la fiscalité des entreprises. Elles sont visibles au niveau local, à travers la casse des services publics. Dans les mairies, la priorité n’est pas fiscale mais sécuritaire.

Comme à Montargis (Loiret), où le recrutement express de cinq policiers municipaux et l’augmentation de 78 000 euros de leurs moyens ont obligé le maire, Côme Dunis, à faire des économies ailleurs. Conséquence : les constructions d’une école, d’une crèche et d’un centre pour le traitement du cancer ont été stoppées net, tandis que sept postes d’enseignants sont supprimés au conservatoire de musique.

 

À Carpentras (Vaucluse), c’est la ferme municipale, alimentant les cantines scolaires en légumes bio, qui a été fermée par la mairie RN tandis que celle de La Valette-du-Var (Var) fait augmenter les tarifs du périscolaire et de la cantine, y compris pour les familles les plus modestes.

La culture dans le viseur

Les restrictions budgétaires sont aussi un excellent prétexte pour mettre à sac la culture. Pour justifier l’annulation de la pièce Passeport d’Alexis Michalik, traitant le destin d’un réfugié dans la jungle de Calais, le maire de Castres (Tarn), Florian Azema, déclare vouloir « que l’argent public, l’argent des Castrais, soit dépensé correctement ». À la place, une enveloppe a été débloquée pour organiser, le 10 mai, une « Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme ».

La « cancel culture » du RN a aussi eu la peau de nombreux événements. Le festival de courts-métrages de Carpentras et celui de musique jazz de Vauvert (Gard) ont été sacrifiés par la suppression des subventions. Les concerts gratuits de l’été ainsi qu’un festival d’arts de la rue ont été annulés à La Flèche (Sarthe) du fait de la coupe de 63 000 euros de subventions à l’association Le Carroi. À Bagnols-sur-Cèze (Gard), on relève l’annulation arbitraire de neuf spectacles, dont ceux de Muriel Robin et du chorégraphe Mourad Merzouki ; ou encore celle d’une soirée ciné-débat LGBT + à Harnes (Pas-de-Calais)…

La vision du parti lepéniste de la culture est parfaitement décrite par le maire de Moissac (Tarn-et-Garonne), Romain Lopez. Tancé par son opposition après avoir débloqué 35 000 euros pour bâtir un « village médiéval » inspiré du Puy du Fou, il répond : « La culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous ! »

Le devoir de mémoire au placard

Du budget pour Jeanne d’arc et le Puy du Fou, du mépris pour les mineurs et les esclaves. En moins de trois mois, les édiles du RN ont supprimé plusieurs commémorations, comme celles du 1er-Mai. Dans le Pas-de-Calais, inspirée par Steeve Brivois à Hénin-Beaumont, Daisy Duveau a mis fin au défilé qui se tenait depuis les années 1950 à Grenay, tandis qu’à Liévin, Dany Paiva a réduit au strict minimum la cérémonie d’hommage aux 42 mineurs morts d’un coup de grisou, en 1974. À Vierzon (Cher), « c’est surtout parce que cet événement attirait très peu de gens » que la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage a été supprimée le 10 mai, selon l’adjoint Yves Husté.

« On ne mord pas la main qui vous nourrit. » Coupable d’avoir saisi le tribunal administratif contre un arrêté antimendicité, la Ligue des droits de l’homme de Carcassonne s’est vue sucrer la petite subvention (300 euros) que la mairie lui accordait.

Le Planning familial fait les frais de ces représailles budgétaires, comme à Carpentras où l’association est décrite comme « un organe politisé et partisan, mais aussi un avant-poste d’une idéologie controversée qu’est le wokisme ». Elle fait ainsi partie des victimes de la baisse de 300 000 euros de subventions à une vingtaine de structures locales.

À Bagnols-sur-Cèze, le budget des associations est passé de 953 000 à 496 000 euros, selon La Marseillaise, avec notamment la coupe des 190 000 euros alloués à l’association Mosaïque en Cèze, qui gère deux centres sociaux, désormais condamnés à fermer leurs portes. Des coupes ciblées, donc, comme à La Flèche, où Romain Lemoigne a retiré les aides attribuées à Solidarité accueil exilés, ATD Quart-Monde. « On ne subventionne pas les associations qui aident les migrants », a-t-il justifié.

Aux racines de l’extrême droite

Si à Carpentras et Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), les équipes municipales d’extrême droite ne seraient pas directement responsables de la diffusion scandaleuse de « Maréchal, nous voilà ! » dans les enceintes de leur ville le 8 mai, Ethan Wagner, lui, n’a pas d’excuse. Le conseiller municipal RN de Saint-Avold (Moselle) a été filmé en chantant à pleine gorge l’hymne pétainiste.

À Castres, Florian Azema a pioché dans l’intégrisme catholique pour constituer son équipe. Son directeur de cabinet, Xavier Fruleux, militant identitaire dont plusieurs projets sont financés par Pierre-Édouard Stérin, est aussi lié à la Fraternité Saint‐Pie X. Une organisation catholique ultraconservatrice que fréquente aussi Foulques de Lattaignant de Ledinghen, directeur général adjoint des services. Dans le sillage du RN, toutes les extrêmes droites accèdent au pouvoir.

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5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

4/10 mai 1936 (18) Soutien sans participation !

Trois jours après ce second tour triomphal, Maurice Thorez et Jacques Duclos réunissent la presse à la Mutualité. Dans une déclaration liminaire (intégralement reprise dans l’Humanité du dimanche 10), le secrétaire général estime que le vote massif pour les candidats communistes, pour ceux du Front populaire est motivé par une volonté de paix (et la hantise de Hitler), par une aspiration démocratique (et la dissolution des ligues factieuses), par un désir de progrès social (salaires et semaine de 40 heures). Il juge que le slogan communiste qui a connu le plus grand succès est celui qui demande « une France libre, forte, heureuse ». À présent, pour faire autrement, il faut faire payer les riches et il reprend les cinq résolutions que le nouveau groupe parlementaire communiste vont déposer (ce sont les cinq demandes déjà présentées par lui le 1er mai, voir l’article précédent) : nouvelle politique sociale, familiale, sportive, agricole.

Ce qui implique de changer de gouvernement. Thorez précise : « Il revient au parti le plus important de la nouvelle majorité, avec lequel nous sommes liés par un pacte d’unité d’action, de prendre la direction des affaires publiques. » Autrement dit la SFIO de Blum. « Pour notre part, nous l’assurons de notre appui complet à la chambre et dans le pays pour l’application d’une politique conforme aux aspirations indiquées par notre peuple dans le dernier scrutin. Nous ne participerons pas : nous l’avons dit et répété très loyalement au cours de notre campagne électorale. »

Il ajoute : « Nous sommes le Parti communiste, nous avons l’ambition et la volonté de conduire notre peuple vers une meilleure société où la possession des grands moyens de production sera le fondement du pouvoir des travailleurs libérés du joug du capital. En attendant, nous voulons soutenir sans réserve les forces démocratiques et de paix, appuyer tout effort pour améliorer le sort des travailleurs. »

Ajoutons encore cette phrase : « Nous voyons comme condition essentielle du succès du Front populaire : sa cohésion, son organisation, l’action des masses. »

L’autre caractéristique de cette semaine très politique, ce sont les ouvriers, les paysans, les syndicats qui haussent le ton. Benoit Frachon fait la Une de l’Humanité du 8 mai avec ce titre : « La CGT devant les problèmes actuels ». Il se félicite du résultat des élections et il note : « Il s’agit maintenant de cueillir les fruits de la victoire, de satisfaire aux légitimes revendications des masses laborieuses. La CGT entend bien faire l’impossible pour qu’un résultat positif soit obtenu dans les délais les plus courts.

(…) Les syndicats ne réclameront rien qui soit irréalisable. Ils demanderont tout ce qui peut être fait, même si cela nécessite de bousculer les routines ou de porter atteinte aux privilèges des oligarchies.»

Gérard Streiff

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4 août 2026 2 04 /08 /août /2026 14:08

 

 

 

 

 

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4 août 2026 2 04 /08 /août /2026 07:02

Sans préjugés et loin des clichés, la sociologue et professionnelle de la prévention et du soin à Marseille est allée à la rencontre des jeunes des cités, guetteurs et dealers, pour comprendre ce qui les a amenés « au charbon » et comment ils s’en sortent.

Latifa Madani

Native de Marseille, fille d’ouvrier, Khadidja Sahraoui-Chapuis a grandi dans une cité des quartiers nord. Sociologue, elle dirige depuis vingt ans Réseaux 13, une association de prévention et de soin dans les conduites à risques. Elle a mené, dans cinq cités de trois arrondissements de Marseille, une enquête de terrain au long cours, au plus près des « petites mains » du trafic de drogue. Elle a interrogé 295 personnes, acteurs du réseau, familles, travailleurs sociaux.

Son ouvrage paru en mai dernier, « les Prolétaires du bizness. Dans l’ordinaire des trafics de drogue », restitue la part humaine de parcours cabossés, ceux des travailleurs précaires d’une « économie de la débrouille ». Elle décrypte un écosystème inhérent au capitalisme « inégalitaire et violent », en plaidant pour une refonte des politiques publiques en matière de drogues.

Qu’est-ce qui vous a incitée à reprendre vos études et à entreprendre ce travail sur le trafic de drogue ?

Khadidja Sahraoui-Chapuis

Sociologue et professionnelle de la prévention et du soin à Marseille

Je suis une fille des quartiers et je travaille dans la santé. L’usage et le trafic de drogue sont une problématique assez familière, je pense, pour toutes les personnes qui ont grandi dans des cités, parce que la drogue est là. L’idée de travailler avec les jeunes du trafic de drogue s’est imposée à moi. Il fallait que j’aille vers eux, pas seulement pour traiter des questions de santé et des addictions.

Dans mon cheminement professionnel, j’ai ressenti le besoin de m’outiller. J’ai donc repris mes études. Après un master en sciences de l’éducation, j’ai enchaîné avec un doctorat en sociologie et comme sujet de thèse les trajectoires des acteurs des réseaux de revente. J’ai tenté de saisir leur part d’humanité malgré leur violence.

 

Comment avez-vous procédé pour vous immerger dans ce « bizness » ? À quelles difficultés avez-vous été confrontée ?

J’ai une approche ethnographique. Je privilégie le temps et l’histoire, à savoir le vécu et le récit des humains qui animent ces trafics. Mais aussi l’histoire de leur famille, de l’endroit où ils ont grandi, celle de l’organisation et de la réorganisation des réseaux. La seule difficulté, dans un premier temps, a été de déconstruire chez moi des évidences pour accueillir la parole des autres sans jugement. Tout le monde a un avis sur les drogues, sur les trafics, alors que le sujet est très complexe.

Vous dites « ce n’est pas pour rien ni par hasard qu’on entre dans le trafic ». Pouvez-vous développer ?

M’intéresser à la trajectoire me permet justement d’identifier les moments de bascule dans l’histoire de la personne. On ne peut pas y entrer et y rester sans avoir soi-même subi de la violence. Ce que j’ai constaté sur un panel de 295 personnes, c’est que le trafic de drogue s’immisce dans les interstices des humiliations, des inégalités, de la souffrance, du racisme. Tout cela va jalonner à un moment donné l’entrée dans les trafics. On ne tombe pas dans le trafic.

C’est le trafic qui rencontre l’individu à un moment donné, lorsque celui-ci estime en avoir besoin. D’abord parce que cela va concrètement lui permettre de percevoir un revenu et de trouver une « place ». C’est la raison pour laquelle j’ai intitulé l’ouvrage « les Prolétaires du bizness ». Ils sont en situation d’emploi. Un emploi, cela n’apporte pas uniquement de l’argent, ça permet aussi d’avoir confiance en soi, de se sentir utile, cela revient à faire quelque chose de sa journée.

Vous avez été frappée par leur lucidité et par leur fatalisme. Comment l’expliquez-vous ?

Je trouve cette lucidité précoce et désespérante. Ils grandissent avec la question des dettes à la maison, les retards de loyer, les humiliations vécues par les parents. Ils vont donc essayer de réparer, de combler ces manques. On sait que la mort est présente dans le trafic. Mais la maladie et la mort font aussi partie du paysage des cités. On y meurt en moyenne quinze ans plus tôt que la population générale. Quand je parle de lucidité, c’est qu’un enfant ne devrait pas avoir à se préoccuper du frigo qui est vide.

Est-on en présence d’une économie « souterraine » ou « informelle » qui fait vivre les familles ?

Il faut déconstruire l’idée que les subalternes font vivre leur famille avec l’argent du trafic. Ils n’ont pas assez d’argent pour ça. Entre le patron et la petite main, cela n’a rien à voir. Majoritairement, les familles considèrent cet argent illégal, illicite et religieusement immoral. Le petit dealer va se payer son repas, sa dose de cannabis et s’acheter des vêtements. Il ne reste plus grand-chose pour nourrir la famille, qui de toute façon n’en veut pas.

De quelle façon le trafic impacte-t-il le territoire et la vie des cités ?

Le trafic n’est pas une parenthèse. Il est ancré dans un territoire avec un écosystème autour. Par exemple, les familles vont devoir s’organiser concrètement pour que l’enfant ne passe pas devant, ne reste pas à proximité, qu’il joue au foot plus loin ou qu’il ne sorte pas. L’impact est policier, aussi. Lors d’interventions, les CRS vont procéder à des contrôles routiers et sanctionner celui qui n’a pas d’assurance à jour, pas de carte grise, etc. Bref, pour des manquements mineurs, ils seront impactés indirectement par le trafic.

En quoi ce trafic fonctionne-t-il selon les règles du capitalisme et crée-t-il un écosystème selon le modèle ultralibéral ?

Par son organisation très hiérarchisée, sa division du travail, sa gestion des ressources humaines, son marketing, ses promos. Les subalternes sont ceux qui produisent la richesse et ceux qui perçoivent le moins. Les autres, les patrons, sont ceux qui accumulent et maximisent leurs profits. Les plus interchangeables, les plus flexibles sont les plus exploités et ceux qui prennent le plus de risques. La perversité est que ces modèles de domination sont acceptés parce que jugés légitimes. Un jeune m’a dit : « Moi, au moins, j’ai une raison de me lever le matin. On est tout sauf feignants », insistait-il. C’est le raisonnement de l’ouvrier, du prolétaire.

Et là, il s’agit parfois de mineurs qui n’ont pas de protections sociales. Le fait qu’il s’agisse de travailleurs pauvres est occulté par leur implication dans une activité criminelle. S’ajoutent à cela des règlements coercitifs mis en place par le gérant, comme la punition sur le salaire. S’il est en retard, a raté une alerte ou que sa sacoche a été volée, le guetteur devra revenir travailler gratuitement pour rembourser. Bref, on est en présence d’un système capitaliste inégalitaire et violent.

Vous expliquez pourquoi être issu de l’immigration postcoloniale a une influence sur la trajectoire. Mais, par-dessus tout, selon vous, il s’agit d’abord d’un problème de classe sociale. Pourquoi ?

Je parle effectivement de classe sociale parce qu’il s’agit d’une économie de la débrouille et de nouvelles formes contemporaines du travail. Aujourd’hui, comme il y a vingt ans, les jeunes disent qu’ils entrent dans le trafic pour s’acheter leur paire de Nike. Cette idée de posséder quelque chose, de n’être rien si on ne possède rien, cette idée d’avoir besoin d’argent pour exister et pour se sentir à sa place, c’est précisément une question de classe. Ils n’ont pas une appétence pour la violence ou pour la drogue. Ils ont besoin d’exister. Et c’est en ça que je différencie la question de classe et celle de race, même si les deux se nourrissent.

Il y a d’autres issues que les quatre murs de la prison ou les quatre planches du cercueil ? Comment s’en sortent-ils ?

On entre dans les trafics parce qu’on est porteur d’une histoire jalonnée par des humiliations et aussi parce qu’on a l’impression d’être avec des pairs, de baigner dans quelque chose de familier. Sauf que, comme dans toute économie capitaliste, il y a son lot d’inégalités et de brimades.

À 17-18 ans, on n’a pas la même façon de penser qu’à 14-15 ans. On accepte moins les insultes et les corrections du gérant parce qu’on n’a pas la même physiologie, ni la même psychologie. On a grandi. À 14 ans, on ne se rend pas compte des sommes d’argent qui sont brassées. Mais, au fur et à mesure, on entend les collègues discuter de la recette du jour, on va prendre conscience de la valeur de l’argent, de la place qu’on a dans cette économie, et surtout du fait que ceux qui prennent le plus de risques sont les moins bien payés. Alors même que beaucoup d’argent est brassé.

Et puis on se heurte au plafond de verre, on comprend qu’on ne deviendra jamais chef de réseau. Cela va allumer une petite lumière de contestation. On se rend compte aussi qu’en prison il n’y a pas de solidarité. Le réseau ne prend pas en charge les frais d’avocat d’un guetteur ou d’un revendeur.

Il y a aussi ce qui arrive dans la vie de n’importe quel individu…

Tomber amoureux, avoir envie de fonder une famille, de développer une spiritualité, etc. La sortie se fait rarement d’un seul coup. D’abord une, deux, trois semaines, puis un mois, deux mois, puis on va y retourner et ainsi de suite jusqu’à la sortie définitive. L’enfant, le jeune grandit, prend de l’âge, ne réfléchit plus de la même façon. On ne verra jamais, à quelques exceptions près, un guetteur de 24 ou 25 ans.

Vous parlez beaucoup des familles. Comment font-elles face ?

Une écrasante majorité des familles refuse l’argent et ne vit pas de ça. Elles mettent en place plusieurs stratégies, dès lors qu’il commence à y avoir des signes, comme des décrochages scolaires. C’est un indicateur important. Même chez celles qui n’ont pas la maîtrise de la langue. C’est un point d’alerte afin de tout faire pour empêcher l’enfant d’entrer dans le trafic, ou l’en sortir. Il faut protéger aussi le reste de la fratrie. Elle éloignera l’enfant de la cité, chez une tante ou un oncle ou une sœur, dans une autre ville, un autre pays, etc. Il y en a même qui déménagent. Une trajectoire délinquante, c’est compliqué à vivre pour les familles,

Pourquoi les mères ont-elles une charge et un rôle particuliers ?

Les mères sont accusées à tort d’être trop laxistes. Leur charge mentale est phénoménale. Mêlée à de la culpabilité et à un sentiment d’échec, d’impuissance. Les entretiens que j’ai eus révèlent une grande détresse. Toutes les mères rencontrées m’ont fait part d’une situation intenable.

Que proposez-vous lorsque vous plaidez « pour une refonte des politiques publiques en matière de drogues » ?

Il faut s’intéresser à la racine du problème : les inégalités, la précarité économique, les violences symboliques et institutionnelles. Il faut mettre en œuvre une prévention d’entrée dans le trafic et un accompagnement dans la sortie, ne pas lâcher le lien. Agir sur l’école, l’emploi, la précarité des classes populaires ou des personnes issues de l’immigration postcoloniale, c’est aussi travailler sur la prévention des entrées dans le trafic de drogue dans les cités.

La sécurité seule ne suffira jamais. Il faut s’interroger sur le fait que de jeunes français mineurs se retrouvent dans des activités criminelles, essayer de comprendre ce qui a fait la bascule et arrêter de les essentialiser seulement comme « trafiquants de drogue » et rétablir leur destin dans leur humanité.

« Les Prolétaires du bizness. Dans l’ordinaire des trafics de drogue », par Khadidja Sahraoui-Chapuis, éditions la Découverte, 270 pages, 22 euros.

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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 06:38

Les bénéfices cumulés des entreprises du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris, ont bondi de 41,50 % au premier semestre, dopés par les secteurs financiers et énergétiques, d’après un décompte réalisé vendredi 31 juillet par l’AFP. Pendant ce temps, la planète brûle, les inégalités se creusent et les entreprises françaises financent la colonisation illégale en Cisjordanie.

Théo BourrieauLa rédaction

Alors que la France, du fait du réchauffement climatique, fait face à une des pires saisons des feux de son histoire et que les inégalités ne cessent de se creuser avec un taux de pauvreté historique, les plus grandes entreprises françaises continuent de s’enrichir. Selon un décompte réalisé vendredi 31 juillet par l’Agence France-Presse, les bénéfices cumulés des entreprises du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris, ont bondi de 41,50 % au premier semestre.

Pour les 38 entreprises sur 40 qui ont publié leurs résultats semestriels, le bénéfice net cumulé dépasse ainsi les 73 milliards d’euros. Parmi les secteurs particulièrement porteurs, celui des banques et assurances a vu son bénéfice net augmenter de 9 %, à 19,35 milliards d’euros. BNP Paribas (+ 21,8 %) et la Société Générale (+ 13,9 %) ont particulièrement bien tiré leur épingle du jeu.

Des profits sur fond de crimes de guerre et de casse sociale

Il y a quelques jours, le premier de ces deux groupes dévoilait en effet un bénéfice net au deuxième trimestre de 4,3 milliards d’euros, soit une hausse de 33,4 % sur un an. La banque est néanmoins restée bien plus silencieuse quant aux accusations la visant. BNP Paribas n’a par exemple pas intégré à ses comptes une quelconque provision en vue de litiges qui pourraient lui coûter cher aux États-Unis : en octobre dernier, la banque a été reconnue complice par un jury new-yorkais d’exactions au Soudan, en ayant organisé des transactions commerciales dont les recettes ont financé l’armée et les milices du régime d’Omar el-Béchir.

Rien non plus sur ses profits en partie générés sur des crimes de guerre. Cinq ONG, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont déposé, mercredi, un recours en excès de pouvoir assorti de demandes d’injonction auprès du Conseil d’État afin que la France stoppe les activités de ses entreprises en Cisjordanie. La banque figure parmi ces entreprises.

Un rapport publié en novembre 2024 par la coalition d’ONG Don’t Buy Into Occupation dévoile que BNP Paribas a profité, entre janvier 2021 à août 2024, de 32,73 milliards de capitaux directement impliqués dans l’occupation illégale de terres palestiniennes par Israël. La banque est accusée, comme le Crédit Agricole et la Société Générale, de profiter de la colonisation de la Palestine et du génocide à Gaza, sous la forme d’investissements, d’actions, de prêts ou de bons du trésor.

 

La Société Générale a justement, elle aussi, affiché un bénéfice record pour son deuxième trimestre, avec 1,79 milliard d’euros engrangés. La banque signe également un bénéfice à l’échelle du semestre à près de 3,5 milliards d’euros, du jamais vu. Pourtant, en janvier dernier le groupe annonçait la suppression de 1 800 postes en France.

Profiteur de guerre et écocidaires

Le secteur de l’énergie voit aussi ses revenus bondir de 42,7 % à 13,6 milliards d’euros, tiré par le bénéfice record de TotalEnergies de 11,2 milliards de dollars (+ 61 %) // 5,4 milliards de dollars au 2e trimestre, le double de l’année précédente. Le géant pétrolier a ainsi profité de la guerre au Moyen Orient pour augmenter ses marges. « La crise énergétique lui a largement bénéficié, tandis que des millions de ménages ont peiné à se fournir en carburant », ont réagi plusieurs organisations non gouvernementales, dont Greenpeace France et Réseau Action Climat, appelant à une taxation de ces bénéfices records.

Outre la crise pétrolière alimentée par le blocus du détroit d’Ormuz, l’autre facteur ayant généré des profits monstres chez TotalEnergies est la multiplication des chantiers à travers le monde. Membre des vingt entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, TotalEnergies continue donc de se développer massivement dans le marché mortifère des énergies fossiles. Gaz et pétrole représentent ainsi 97 % de sa production d’énergie et 82 % de ses investissements sur l’année 2025.

 
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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

27 avril /3 mai 1936 (17) La victoire !

Outre la tenue d’un Premier Mai très offensif « pour le pain, la paix, la liberté », toute cette semaine est tendue vers le second tour des législatives du 3 mai. On note dans le quotidien communiste du 1er mai un article, à la Une, de Maurice Thorez (réélu à Ivry), intitulé « Les projets des communistes ». Le groupe communiste à la Chambre, dit-il, va proposer dès la semaine suivante une résolution « pour faire payer les riches » et il déposera cinq demandes précises : 1) Un vaste programme de grands travaux et un rajustement des salaires ; 2) La suppression des décrets-lois (de Laval) socialement injustes ; 3) La protection de l’enfance, des familles (nombreuses) ; 4) Une grande politique d’éducation physique et de sport ; 5) La revalorisation des produits agricoles. En outre, le groupe exigera « une commission de moralité » pour vérifier l’origine des fortunes des politiciens (comme Laval par exemple…).

Faisant suite à un premier tour très prometteur, la victoire est au rendez-vous le 3 mai : le PCF compte 72 élus (contre 12 en 1932), le PS 149, les radicaux (en recul) 110. Les élus du Front populaire emportent la majorité de la Chambre, 386 députés sur 610. Parmi les nouveaux élus communistes, on signale : Jacques Duclos, Gabriel Péri, François Billoux, Ambroise Croizat, Georges Cogniot, Charles Tillon, Etienne Fajon, Waldeck Rochet, Virgile Barel, Prosper Mocquet, Jean Catelas. Dans la Seine, sur 60 circonscriptions, le Front populaire détient 39 sièges dont 32 communistes.

Marcel Cachin (le 4 mai) fait part de « sa grande joie », non seulement du succès communiste et des candidats du Front populaire mais, dans le même temps, de la défaite des candidats fascistes « et des chefs les plus insolents des factieux » comme Gignoux, « l’homme du Comité des forges », ou Marcel Déat, ministre de l’Air. Les réactionnaires, écrit-il, « vont répéter que c’est la Révolution, que c’est la fin du pays et que ce sera demain le désordre et le chaos. Ils vont reprendre leurs propos menteurs sur l’Espagne et les prétendus excès du Front populaire dans la péninsule ibérique. Le peuple de notre pays conservera tout son sang-froid devant ces absurdes violences de langage, il se préparera avec calme à faire passer dans la réalité le programme du Front populaire. »

À l’international, ces jours de la fin avril 1936 en Palestine mandataire marquent le début de « la grande révolte arabe », un mouvement de rébellion des territoires sous mandat britannique, qui va durer plusieurs années et qui demande notamment la création d’un État arabe indépendant.

Gérard Streiff

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2 août 2026 7 02 /08 /août /2026 06:46

 Editorial de Fabien Gay

Notre monde brûle, les peuples suffoquent et notre humanité commune vacille. Sept des neuf frontières planétaires sont dépassées, et c’est donc notre vie dans un écosystème sûr et viable sur le long terme qui est maintenant en jeu. Nous perdons des pans entiers du monde du vivant, le cycle de l’eau est maintenant durablement perturbé, et nos sols et océans pollués.

Il ne s’agit plus de savoir si on croit ou non au dérèglement climatique, ou encore si on pense que notre Terre peut encore endurer cela longtemps. Le réchauffement climatique impacte déjà nos vies, mutile des régions et cause des victimes. Non, la seule question qui vaille est celle de savoir quand nous romprons avec le système capitaliste, responsable de la destruction de la nature et du vivant, pour imposer d’autres modes de production, de consommation et de vie. Et plus nous tarderons, plus la rupture sera brutale, violente et sans transition.

Bien évidemment, on peut et on doit d’ores et déjà s’adapter, en climatisant et en rénovant le bâti par exemple pour supporter les épisodes de grand froid ou de canicule. Mais est-ce vivable d’avoir des bâtiments climatisés pendant des semaines de canicule ?

Cet avenir inquiétant n’est pas une vue de l’esprit, fruit d’une imagination débordante, mais bien les scenarii possibles à l’horizon 2030, mis sur la table par des scientifiques. La trajectoire du réchauffement climatique sera de 2 degrés supplémentaires en 2030, et 4 degrés en 2100.

Chaque été devient le « plus chaud jamais vécu » sur notre territoire, il commence de plus en plus tôt, affectant tous les domaines de la société, que ce soit l’éducation de nos enfants dans des écoles aux bâtiments dégradés, l’hospitalisation des personnes en souffrance, la saisonnalité de l’agriculture, les conditions de travail et d’habitat.

Nous sommes la dernière génération de femmes et d’hommes, de militantes et militants, à pouvoir agir. Le changement climatique est déjà lancé, mais nous pouvons agir pour l’avenir et limiter les dégâts. La croyance selon laquelle la technologie et l’intelligence artificielle nous permettront de tout réparer est illusoire.

Cet été, le monde brûle, du Canada à l’Espagne, de l’Algérie à la France, et les premiers réfugiés climatiques sont déjà là. Le feu rase les forêts, tue les animaux et s’approche dangereusement de métropoles comme à Madrid ou Bordeaux. Les États à eux seuls ne parviennent pas à répondre à la crise, et le soutien des pays voisins montre à chaque fois sa nécessité.

Mais il se fait toujours de manière pressante, sans réflexion globale sur ce qui nous a menés à cette impasse, sur la coordination mondiale et les moyens à mettre en œuvre sur le long terme. Alors que les gouvernements augmentent les budgets militaires, ils refusent d’allouer des millions pour la prévention, la sécurité civile ou les forêts. Ce n’est pas de l’inaction climatique. Ce sont des politiques climaticides, qui devraient être interdites.

Il faut donc d’urgence œuvrer à la création d’une grande coalition internationale des peuples libres, souverains et associés, qui aura la tâche de sauver le climat et mettre fin aux inégalités. Mettre en commun les savoirs, les pouvoirs et les richesses, nationaliser les moyens pour dépolluer sols, rivières et océans, mettre fin à l’exploitation des ressources pétrolières. Devoir impérativement produire non pas ce que veut la société consumériste, mais ce dont les peuples ont besoin.

L’urgence de notre temps est donc au communisme.

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2 août 2026 7 02 /08 /août /2026 05:00

 

 

 

Au Sénat, notre groupe avait déposé un amendement en novembre dernier pour renforcer la Sécurité civile à hauteur de 70 millions d’euros. Il a été rejeté par la droite et le gouvernement. Aujourd’hui, face aux incendies qui ravagent nos territoires, les conséquences des politiques d’austérité et du sous-investissement sont là. La sécurité des Français ne doit jamais être une variable d’ajustement budgétaire.

Plein et entier soutien aux sapeurs-pompiers, aux personnels mobilisés et aux bénévoles qui, avec un courage exemplaire, luttent sans relâche contre les flammes et viennent en aide aux populations. Leur engagement force le respect et rappelle l’importance de donner à nos services publics les moyens d’agir.

 

 

 

 

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 12:51

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

20/26 avril 1936 (16) Le PCF double ses voix !

L’actualité de la semaine se concentre naturellement sur l’enjeu du premier tour des élections législatives du dimanche 26 avril.

La campagne est dynamique et le ton du journal l’Humanité est résolument offensif.

Les formes d’intervention militante bougent. Après Maurice Thorez à Radio-Paris, nombre de dirigeants communistes « parlent au poste de Paris-PTT » par exemple.

Le PC publie une Bande dessinée, reproduite dans le quotidien communiste, intitulée « Franchard et Lavisé » et signée « Image d’Épinal ».

Les derniers jours de la campagne, l’Humanité décline en Une les raisons de voter communiste : « Pour l’ordre, votez communiste ! » (24/4) ; « Pour la liberté, votez communiste ! » (25/4) ; « Votez communiste ! Contre la guerre ! Contre le fascisme ! Contre la misère ! » (26/4).

Rappelons que seuls les hommes ont le droit de vote ; d’où un article vindicatif du journal, le 22/4 : « La femme française doit voter ».

Un autre sujet toutefois s’invite également dans l’actualité. C’est l’amorce d’un mouvement social. Une grève est annoncée dans les bassins miniers, des corporations bougent : meetings des ouvriers du bâtiment, des travailleurs du vêtement, demandes des ouvriers agricoles, des chauffeurs de taxi, réunions des travailleurs des services publics. La fête du travail s’annonce puissante. La CGT va organiser 215 meetings dans les principales villes. « Contre la misère ! Participez aux manifestations du Premier mai », titre le quotidien, page 5, le jour même de l’élection.

C’est dans ce cadre que tombent, dimanche soir, les résultats tout à fait spectaculaires du premier tour. Le PCF double ses voix ; il passe de 796 000 voix en 1932 à 1 500 000. Soit de 6,7 % en 1932 à 12,5 (on trouve aussi ces chiffres : de 8,3 % à 15,2).

Neuf députés communistes sont élus au premier tour dont le secrétaire général Maurice Thorez, André Marty, qui est alors secrétaire de l’Internationale communiste, Renaud Jean, issu du monde rural, Arthur Ramette, député du Nord, le cheminot Gaston Monmousseau, l’écrivain et journaliste Paul Vaillant-Couturier. On parle de 60 ballottages favorables.

Le PS enregistre 1 900 000 voix et le parti radical 1 400 000.

Un double titre barre la Une de l’Humanité du lendemain : « Éclatante victoire du Parti communiste » (le journal l’Unité titrera début mai : « Éclatante victoire du Parti socialiste ») ; et « Discipline au second tour pour le triomphe du Front populaire ».

Gérard Streiff

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 07:00

Des hommages au fondateur de L’Humanité sont organisés ce vendredi à Paris et Nîmes, à l’occasion de l’anniversaire de son assassinat par le nationaliste Raoul Villain.

Gaël De Santis

Assassinat de Jean Jaurès : 112 ans après, il continue d’inspirer la gauche

Lutte pour la paix, contre l’extrême droite, défense de la laïcité. Ces valeurs seront encore une fois défendues par la gauche, ce vendredi 31 juillet, à l’occasion des commémorations de la mort de Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 par le nationaliste Raoul Villain. Fabien Gay, directeur de L’Humanité, prononcera, au café du Croissant à Paris, là où le fondateur de notre journal a été abattu, un discours devant les lecteurs, les militants du PCF et d’autres formations de gauche.

Alexis Corbière, député L’Après, sera présent, avec la situation actuelle de la gauche bien en tête. « Jaurès était ferme sur les idées et les principes, mais savait bâtir l’unité indispensable, souligne-t-il. Il ne cherchait pas seulement à solidifier l’aile la plus radicale de notre camp, il voulait bâtir des majorités pour changer réellement la vie des humbles et des travailleurs. »

 

« On a déjà essayé l’extrême droite ! »

Conseiller municipal communiste du 10e arrondissement, Élie Joussellin insiste, lui, sur la lutte contre l’extrême droite. « Au moment où les nationalismes se répandent partout dans le monde et menacent de prendre le pouvoir en France, se rappeler non seulement la parole de paix portée par Jean Jaurès mais aussi ce que l’acte de Raoul Villain a engendré est une nécessité. On a déjà essayé l’extrême droite ! » insiste-t-il.

« Jean Jaurès portait l’idée d’une République laïque, sociale, humaniste, pacifiste et croyait dans l’amitié des peuples européens et leur coopération. Nous, sociaux-démocrates, avons la responsabilité de défendre cet héritage. Et les tenants actuels de la violence en politique, de l’affrontement permanent et du communautarisme, ces agitateurs professionnels, seraient bien inspirés d’apprendre les leçons du grand Jaurès », souligne Ariel Weil, maire PS de Paris Centre.

« Jaurès a marqué ce qu’est le socialisme en France, c’était un patriote et pacifiste. Son engagement internationaliste nous inspire. Il nous invite à être d’une gauche qui s’inscrit dans la rupture avec le néolibéralisme », avance Emma Rafowicz, première secrétaire départementale du PS.

 

Hommage à une figure rassembleuse

À Nîmes (Gard), la nouvelle municipalité de gauche et son maire communiste, Vincent Bouget, rendront également hommage à Jean Jaurès. Ce dernier y a tenu quatre réunions publiques. « Cela fait plusieurs années que les sections locales du PCF et du PS organisaient un hommage », témoigne Denis Lanoy, adjoint (PCF) aux arts et à la culture.

L’initiative de ce vendredi est particulière : à la médiathèque, sera lue une lettre de Jean Jaurès dont la commune vient de faire l’acquisition. La missive, adressée par notre fondateur à un collègue député, expose ce qu’il entend dire lors d’un meeting à Nîmes les jours suivants.

Jaurès « est une figure rassembleuse, qui avait comme notre municipalité, un projet tourné vers l’éducation, la culture et la paix », détaille Denis Lanoy. De plus, Jean Jaurès est important dans cette ville du Gard, « longtemps déchirée entre protestants et catholiques », qui a « connu la Michelade (en 1567, NDLR), une Saint-Barthélemy à l’envers avec un massacre de catholiques par des protestants ».

Le député socialiste « a été porteur, avec Aristide Briand, de la loi de séparation des Églises et de l’État », insiste l’élu Denis Lanoy, qui rappelle qu’il y a désormais un important « dialogue » entretenu entre les différentes confessions. « La loi de 1905 y est pour beaucoup », insiste-t-il.

 
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