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11 août 2026 2 11 /08 /août /2026 09:25
Immigration, sécurité, impôts : les macronistes font le jeu de l’extrême droite en banalisant ses idées dans le débat public - Maurice Ulrich, éditorial de L'Humanité, 10 août 2026
Immigration, sécurité, impôts : les macronistes font le jeu de l’extrême droite en banalisant ses idées dans le débat public

En campagne présidentielle, l’ancien premier ministre Gabriel Attal est d’une certaine manière un indicateur de tendance. De jour en jour, ses choix et ses déclarations le marquent à droite, et même à l’extrême droite. Quitte à instrumentaliser pour cela, d’une manière indigne et bien peu républicaine, les gens du voyage.

Ou plus largement en en rajoutant, après l’épisode de Ceuta, sur le « défi migratoire », mais aussi en durcissant les dispositions sécuritaires pour les plus jeunes, etc. « Tu sais, on s’adapte », aurait-il dit à une ministre proche. Sans doute. L’opportunisme a ses raisons, mais surtout ce qui est en jeu, c’est un changement profond et sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Depuis les dernières élections législatives, qui avaient vu ce qu’on appelle le Front républicain faire face au RN, au profit de la gauche, les élus macronistes n’ont cessé d’agir, c’est bien le cas de le dire, à front renversé. Écologie, sécurité, taxation des plus riches, augmentation des salaires, immigration et jusqu’à la réélection de la présidente de l’Assemblée nationale contre le communiste André Chassaigne, leurs voix n’ont cessé de se mêler aux voix de la droite, souvent avec le soutien de l’extrême droite.

C’est peu de dire que cette dernière est devenue fréquentable. Pour les milieux dirigeants comme pour le grand patronat, son arrivée au pouvoir est désormais une hypothèse parfaitement crédible et acceptable. Mais ce n’est pas seulement une affaire franco-française. Il s’agit d’une lame de fond, déterminée et consciente, portée par les hyper-milliardaires de la tech comme Elon Musk, Peter Thiel, par Donald Tump et les nouveaux dirigeants élus dans les pays d’Amérique latine, par la progression continue des extrêmes droites en Europe.

Le capitalisme, depuis le milieu du siècle dernier, composait avec la démocratie libérale ou, du moins, semblait s’en accommoder. Il a besoin aujourd’hui, dans une course au profit devenue folle et une compétition mondiale effrénée, de s’affranchir des règles qu’avec leurs limites ces démocraties ont imposées jusqu’alors. C’est là que pour le capital les extrêmes droites ont leur rôle à jouer.

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11 août 2026 2 11 /08 /août /2026 09:05
Fête du Travailleur Bigouden organisée par le PCF à Loctudy le mercredi 19 août

Le mercredi 19 août, 18h, Fête du travailleur bigouden du PCF à Loctudy.

Dîner de plein air, concerts gratuits, jeux, structure gonflable pour les enfants, stands politiques, syndicaux, associatifs.

Venez nombreux! 

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11 août 2026 2 11 /08 /août /2026 09:01
A lire - L'Orientaliste. Une vie étrange et dangereuse, du journaliste et historien américain Tom Reiss (Phébus Libretto, 2010)
A lire - L'Orientaliste. Une vie étrange et dangereuse, du journaliste et historien américain Tom Reiss (Phébus Libretto, 2010)
Cette histoire est tellement incroyable que je me suis longtemps demandé si Lev n’était pas un personnage de roman plutôt qu’un romancier et personnage célèbre en son temps...
Se lisant comme un roman vrai et d'aventure du XXe siècle, une fascinante et passionnante biographie par le journaliste et historien américain, Tom Reiss, qui avait aussi écrit "Dumas, le comte noir", raconte l'énigme Lev Nussimbaum (1905-1942).
Son enquête tout en écrivant la vie de son personnage, se décrit elle-même également, elle qui s'étale sur plusieurs années de recherche dans les archives, de voyage, de rencontres avec les témoins, avec notamment un fascinant chapitre sur le dernier descendant de la dynastie ottomane, marié à une princesse d'Afghanistan liée au dernier roi d'Afghanistan, dans son appartement à New-York.
C'est l'histoire d'un romancier dont la vie est elle-même un roman héroïque, tragi-comique et finalement définitivement noir, assis sur le volcan des révolutions rouges et brunes du XXe siècle.
Sous le titre "L'Orientaliste. Une vie étrange et dangereuse", Tom Reiss, consacre donc cette enquête au long cours, très ambitieuse dans sa restitution grand angle, inscrivant le personnage dans un contexte politique et culturel formidablement restitué (on apprend énormément de choses!) au très extravagant, brillant et contradictoire Lev Nussimbaum (1905-1942), alias Essad Bey, alias Kurban Saïd, juif d’Azerbaïdjan, fils d'une révolutionnaire marxiste russe, qui fréquenta Staline et Lénine, et d'un magnat du pétrole de Bakou né à Tiflis (Tiblissi, Géorgie) une célébrité littéraire et mondaine en Allemagne, en Italie, en France et aux États-Unis dans les années 30, l’auteur du roman "Ali et Nino", une merveilleuse histoire d'amour ayant pour théâtre les rives de la Caspienne entre première guerre mondiale et révolutions.
Tom Reiss parvient à tirer de l’oubli ce romancier de talent (parait-il, je ne l'ai pas encore lui), célébré de son temps, très prolifique, et cet essayiste influent, se voulant orientaliste et se sachant profondément anticommuniste, un régime qu'il a fui après la révolution bolchevique dans le Caucase, en Asie Centrale, puis en France et en Allemagne, jusqu'à devenir un sympathisant du fascisme et même du nazisme, auteur de biographies du tsar, de Staline, de Mahomet, d'essais dénonçant les crimes de la Guépéou et du Stalinisme, d'essais culturels sur l'Asie Centrale et la culture musulmane.
" Je suis mahométan, monarchiste et oriental ", proclamait en 1934 Essad Bey à un journaliste du New York Herald Tribune venu l'interviewer à Vienne. Le jeune auteur, dont les ouvrages sur l'Orient et la Russie avaient acquis une renommée mondiale, posait alors en costume caucasien, le sabre à la ceinture.
Comment Lev Nussimbaum (1905-1942), un juif d'Azerbaïdjan ayant fui Bakou devant l'arrivée des bolcheviks, est-il devenu Essad Bey, prince musulman, flamboyante figure des milieux interlopes du Berlin de Weimar, puis Kurban Said, auteur des romans "Ali et Nino" et "La Fille de la Corne d'Or" ? Comment a t-il pu s'acoquiner avec des intellectuels fascistes et nazis allemands, italiens, américains? Comment a t-il pu se lancer dans une biographie de Mussolini qu'il avait rêvé officielle?
Comment, en brouillant les pistes sur ses origines et en jouant avec ses identités, a-t-il pu échapper aux premières persécutions antisémites en Allemagne et en Italie?
C'est le parcours de ce personnage hors du commun que retrace à la suite de 5 années de recherche Tom Reiss dans "L'Orientaliste", de l'Asie centrale à l'Italie en passant par Paris des années 20, Constantinople, Berlin et New York, à travers les bouleversements de la première moitié du XXe siècle.
Il brosse le portrait magistral d'un homme qui, dans la grande tradition des orientalistes, trouve dans un Orient rêvé une issue à la violence du monde moderne.
Au terme d'une enfance de riche en Azerbaïdjan, marqué par la tragédie du départ puis du suicide de sa mère, Lev Nussimbaum prend le chemin de l’Orient lorsque, fuyant Bakou en 1918, il trouve momentanément refuge au Turkestan et en Perse.
De retour à Bakou lors de la brève indépendance de l’Azerbaïdjan, Lev Nussimbaum reprend le chemin d'un exil définitif au lendemain de la soviétisation.
Plusieurs étapes jalonnent son parcours : à Constantinople en 1921, où il se fond dans la foule cosmopolite et bigarrée des réfugiés de l’Empire russe ; à Paris où les revenus des « âmes mortes », les concessions pétrolières de Bakou qui trouvaient encore des acheteurs, permettent aux Nussimbaum de mener grand train ; à Berlin où il poursuit des études de turc et d'arabe et se convertit à l'Islam, lui qui mène en parallèle des études au lycée dans un établissement d'élite pour immigrés russes, en majorité juifs.
Le juif orientaliste aux allures de dandy devient sous le nom d?'Essad Bey un spécialiste controversé de l’Orient.
Gravitant dans les milieux antibolcheviks, Lev Nussimbaum fréquente alors, sans toutefois complètement adhérer à ses idées, les rassemblements du mouvement des Jeunes-Russes ("Mladoross"), il y croise la sœur de Nabokov (le futur écrivain, fils d'un dirigeant politique russe centriste de premier plan assassiné à Berlin  faisant lui ses études à Londres).
Influencé par les ligues, puis par « l’esprit des années 1930 », ce mouvement est un amalgame éclectique de la plupart des courants idéologiques européens de l’entre-deux-guerres : avec pour devise « le Tsar et les soviets », pour programme une « monarchie sociale » personnifiée par le grand duc Cyrille dans le cadre d"un « empire fédéré », il procède d'une idéologie composite où se côtoient monarchisme, corporatisme, « national-bolchevisme », patriotisme et orthodoxie.
Que Lev Nussimbaum se soit mis, à partir de 1936, à entretenir des relations suivies avec « un groupe de fascistes "libéraux" qui avaient gardé une grande influence auprès de Mussolini », qu"il ait été recommandé à Mussolini par Giovanni Gentile pour devenir le biographe officiel du Duce sont des faits que Reiss, qu'il ait été protégé par Ezra Pound, intellectuel et écrivain nazi, sont des faits étonnants qu'explique Tom Reiss en brossant un tableau magistral de l'époque, non dénué de partis-pris idéologiques discutables, notamment anti-communistes quand il dénonce les prétendues collisions entre les communistes allemands et les nazis, après avoir pourtant bien exposé la répression par les sociaux-démocrates de droite du mouvement spartakiste appuyée sur les corps francs d'anciens combattants proto-nazis.
Atteint de la gangrène, Essad Bey, le juif musulman, conservateur radical, s'éteint prématurément à Positano sur la côte italienne en 1942.
 
I.D
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11 août 2026 2 11 /08 /août /2026 07:30

Le gouvernement israélien veut installer de nouvelles colonies entre celle de Maale Adumim et Jérusalem-Est, signant le glas d’un État palestinien. C’est le plan E1, qui se traduit pour les habitants de la zone et notamment les Bédouins par un écrasement politique et culturel.

Pierre Barbancey

Anata, al-Eizariya (Cisjordanie occupée), envoyé spécial.

Qu’il est loin le mode d’existence ancestral des Bédouins de Cisjordanie. Eux qui vivaient au rythme des saisons, des lieux de pâturage les plus adéquats pour les bêtes, qui connaissaient les moindres sources, les plis de chaque colline, les endroits pour s’abriter du vent, les yeux rivés sur le lointain, là où poussent les montagnes de Jordanie en attendant la nuit et le ciel étoilé.

Un environnement dur – étouffant en été, froid et humide en hiver – mais à la beauté sauvage. Une véritable nourriture terrestre, aussi essentielle que le lait de chèvre accompagné de l’arbod, une pâte épaisse, le pain des bergers.

Un odieux mur de béton sépare les deux zones

Une poésie bel et bien disparue lorsqu’on se rend à Arab al-Jahalin aussi appelé al-Jabal, en contrebas du village d’al-Eizariya. À l’entrée, des piles de pneus, neufs et usagés, à vendre. Où que l’on tourne la tête, des décharges. Ici, des tôles et des carcasses de voitures découpées. Là, des détritus où les rats deviennent spéléologues et les mouches s’engraissent. Plus personne n’y prête attention. Pas plus qu’aux embouteillages interminables à bousiller les nerfs du plus calme des conducteurs.

En levant la tête, on aperçoit les contreforts de Jérusalem, sa partie orientale, occupée et annexée par Israël depuis 1967. La ville est là. Elle semble à portée de main. Mais l’occupant a décidé que la ligne droite n’était pas faite pour les Palestiniens. Un odieux mur de béton sépare les deux zones. Les dix minutes qui suffisaient auparavant pour se rendre de la ville sainte (d’où son nom d’al-Qods en arabe) aux villages alentour sur le chemin de l’est qui mène normalement à Jéricho se sont transformées en heures. Une ou deux selon le moment de la journée et le plaisir sadique de l’armée israélienne en patrouille perpétuelle.

À al-Jabal, Abou Imad Jahalin, le chef de la tribu des Jahalin, nous reçoit dans les traditions. Bien sûr, nous ne nous asseyons pas sous une tente, mais il est étonnant de constater que l’agencement de la vaste pièce y ressemble fortement. Des objets traditionnels, comme le sabre, sont accrochés aux murs. Sur une table, des dallah, cette cafetière arabe au bec si caractéristique, instrument indispensable à l’hospitalité. Les sacs de selle multicolores, placés sur la bosse du dromadaire, disent les longues courses dans le désert.

Avant même que notre hôte puisse prendre la parole, contre toute attente, le hadj, Abou Dahoud, nous regarde en riant, la bouche édentée, les yeux plissés comme ceux d’un gamin espiègle. « J’ai 81 ans. Je suis plus vieux qu’Israël », lâche-t-il fièrement. On ne l’entendra plus. Il écoutera, égrenant sans fin son misbaha (chapelet musulman).

Le plan E1

« Entre 1948 et 1951, tous les Bédouins ont été déplacés », commence Abou Imad, en allumant une cigarette comme pour commencer un long récit, assis en tailleur à même le sol, un verre de café posé devant lui. Début de barbe poivre et sel, la moustache bien taillée, le keffieh sur la tête retenu par l’agal (un cordon qui maintient le keffieh), il parle sans animosité, peu convaincu de l’utilité de se confier à un journaliste, tant il sait que les Israéliens n’en ont cure. « Après 1967, nous avons été encore plus ciblés sous prétexte de création de ce qu’ils appellent « des zones militaires fermées ». »

Et puis, de 1997 à 2000, 250 familles ont encore été expulsées d’où elles se trouvaient à cause de l’expansion de la colonie de Maale Adumim. Cette communauté se trouve maintenant à Arab al-Jahalin. « Lorsque nous avons été déplacés de force, les Israéliens nous ont promis qu’un beau quartier serait créé. Cela n’a jamais été fait, ne décolère pas Abou Imad. Il n’y a pas d’égouts, pas de réseaux d’eau et de plus nous n’avons pas le droit d’étendre le périmètre où nous vivons. »

 

Ces communautés se trouvent dans l’œil du cyclone ou, plus exactement, au centre de ce que les Israéliens appellent le plan E1, le « E » signifiant tout simplement « Est ». Un plan peut-être pas vieux comme Hérode, le roi de Judée, mais dans les cartons de la colonisation depuis au moins 1967. L’idée prend corps en réalité avec la fondation, en 1975, de la colonie de Maale Adumim, située à 7 kilomètres à l’est de Jérusalem et à 13 kilomètres à l’ouest du Jourdain.

Un endroit stratégique pour qui voudrait couper la partie orientale de Jérusalem des territoires palestiniens, totalement sous emprise israélienne, dénier à la Cisjordanie toute continuité. D’un côté Ramallah et Naplouse, de l’autre, Bethléem et Hébron. Le tout s’imbriquant dans la politique menée depuis des décennies par les gouvernements successifs (Likoud, travailliste ou un mélange des deux appelé « unité nationale ») avec l’agrandissement dit « naturel » des colonies. On assiste aujourd’hui à une accélération et à une aggravation de cette colonisation.

Enterrer définitivement l’idée d’un État palestinien

E1 représente donc un projet de nouvelle colonie, qui relierait Jérusalem à la colonie de Maale Adumim, rendant ainsi une future capitale palestinienne à Jérusalem-Est pratiquement impossible. Il est réactivé avec, selon Bezalel Smotrich, ministre des Finances, l’aval de Benyamin Netanyahou et Donald Trump.

Pour Bezalel Smotrich, il importe maintenant d’accélérer le nettoyage ethnique nécessaire à la formation d’un grand Israël. « Ils parleront d’un rêve palestinien, et nous continuerons de construire une réalité juive, a-t-il lancé. Cette réalité est ce qui enterrera définitivement l’idée d’un État palestinien, car il n’y a rien à reconnaître et personne à reconnaître. »

Officiellement, ce plan E1 est resté dans les cartons, souvent ressorti pour les besoins d’une négociation avec les États-Unis ou l’Union européenne, vite rangé sans jamais être oublié et encore moins détruit. Benyamin Netanyahou, lui qui répète sans cesse « il n’y aura pas d’État palestinien », n’a pas attendu pour imposer ce projet sur le terrain même. « Depuis le 7 octobre 2023, 24 colonies pastorales se sont installées dans la zone, dénonce Abou Imad Jahalin. Les colons nous terrorisent systématiquement, nous tirent dessus, brûlent nos cabanes, coupent l’eau, volent nos moutons et nos chèvres. Cela fait partie du plan pour nous expulser. »

 

Un plan machiavélique avec nettoyage ethnique et route de l’apartheid dont la construction est en cours. Aux Israéliens les belles et directes voies, aux Palestiniens l’asphalte défoncé, les contournements et les tunnels rendant tout déplacement aléatoire et long. Un plan, encore une fois, décidé depuis bien longtemps, dont chaque partie s’emboîte comme un puzzle, année après année.

Rendre la vie impossible

Le maire d’Anata, à 4 kilomètres au nord-est de la vieille ville de Jérusalem, Bassam Mousa en sait quelque chose. Ville moyenne qui accueillait entre 25 000 et 30 000 résidents, Anata est maintenant habitée par près de 150 000 personnes. En cause, le mur construit par Israël qui exclut maintenant de nombreuses localités des limites historiques de Jérusalem.

C’est le cas d’Anata, qui se retrouve ainsi en Cisjordanie. C’est le cas notamment du camp de Shuafat, dont les habitants, réfugiés, se retrouvent dans un vide politique et juridique terrible. Historiquement, Anata s’étend jusqu’à Jéricho. 3 500 hectares pourraient permettre l’extension de la ville. Mais depuis vingt-cinq ans, zone E1 oblige, les Israéliens n’ont autorisé la municipalité qu’à utiliser 93 hectares de sa terre, aujourd’hui bâtis.

L’extension n’est plus possible. Les vies se superposent. But de l’occupant : rendre la vie impossible pour les Palestiniens. « Depuis octobre 2023, plus personne n’a d’autorisation pour aller travailler en Israël. La population s’appauvrit et ne peut plus payer les services, explique le maire. Je ne vais tout de même pas leur couper l’eau. »

L’ONG israélienne contre l’occupation la Paix maintenant dénonce « un plan E1 mortel pour l’avenir d’Israël et qui compromet toute chance de parvenir à une solution pacifique à deux États. (…) Les mesures d’annexion du gouvernement nous éloignent encore davantage de cette solution et promettent de nombreuses années supplémentaires de carnage ». Abou Imad Jahalin, lui, regarde le vieux Abou Dahoud dont les yeux se sont encore plissés jusqu’à ne faire qu’un trait. « On se sent seuls dans cette confrontation. » Il vide son verre de café. « C’est un combat pour notre existence ».

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10 août 2026 1 10 /08 /août /2026 07:00

Le site Statewatch vient de révéler que l’institution présidée par Ursula von der Leyen tente de faire valider en toute illégalité, dans le cadre d’Europol, une disposition qui étend les échanges de dossiers criminels avec Tel-Aviv y compris dans les territoires palestiniens occupés.

Pierre Barbancey

Le site Statewatch vient de révéler comment la Commission européenne, présidée par Ursula von der Leyen, cherche toujours un accord controversé sur la police avec Israël, malgré les avertissements que ladite commission a reçus, notamment du Conseil européen. Ce dernier, composé des chefs d’État ou de gouvernement des États membres de l’UE, de son président et du président de la Commission européenne, est chargé de définir les orientations politiques générales de l’UE.

En 2005, ce Conseil désigne Israël comme l’un des partenaires prioritaires d’Europol, l’agence de l’UE de police criminelle censée faciliter l’échange de renseignements entre polices nationales notamment en matière de stupéfiants, de terrorisme, de criminalité internationale au sein de l’Union européenne.

Mais les négociations en vue d’un accord initial butent particulièrement sur le respect par Israël des normes de protection des données de l’UE et l’emplacement du quartier général de la police nationale israélienne à Jérusalem-Est, en territoire palestinien occupé.

Ce qui n’empêchait pas les deux parties de signer, en 2018, un « arrangement de travail », sous prétexte de combattre la fraude, le cybercrime et le terrorisme. Un arrangement établi de telle manière « qu’il ne nécessitait pas d’approbation supplémentaire de la part du Parlement européen », comme l’écrit notre confrère Giacomo Zandonini de Statewatch, mais n’autorisait pas l’échange de données personnelles, une telle éventualité nécessitant un nouvel accord, plus encadré.

Derrière l’apparente faute technique, une volonté politique

La Commission a donc été mandatée pour cela et a signé avec le gouvernement israélien, en septembre 2022, un projet d’accord. Deux mois plus tard, en novembre, le service juridique du Conseil s’apercevait que non seulement la Commission ne l’avait pas tenu informé tout au long des négociations mais, surtout, elle avait inclus des dispositions contraires au droit européen et international.

Rappelons que la Commission européenne est la gardienne des traités européens et dispose notamment du monopole de l’initiative législative, du pouvoir de contrôle de l’application du droit européen ainsi que de l’autorité exécutive.

Ce qui pourrait apparaître comme une simple faute technique relève en réalité de la volonté politique. On voit mal pourquoi la horde de juristes qui travaillent pour la Commission n’a pas tenu le Conseil au courant et pourquoi ils ont sciemment violé le droit européen. Ils n’ont ainsi vu aucune objection à ce que l’accord puisse être appliqué par Israël dans les territoires qu’il occupe, à savoir Gaza, la Cisjordanie et le plateau du Golan syrien.

Le texte parle ainsi d’« autorités compétentes » (la police israélienne et l’agence de sécurité intérieure, le Shin Bet) qui seraient autorisées à utiliser les données personnelles reçues d’Europol – et, par extension, des États membres et des agences de l’UE – dans les territoires occupés.

Ce qui est en rupture avec la position de l’UE, selon laquelle ses accords avec Israël ne doivent pas s’appliquer aux territoires occupés depuis la guerre des Six-Jours de 1967. « Selon l’évaluation du service juridique, cet arrangement serait donc contraire au droit du peuple palestinien à l’autodétermination en vertu du droit international », souligne Statewatch.

Pour la Commission, c’est à Israël de gérer

Pas gênée, la Commission a cherché, en octobre 2022, à justifier l’exception en invoquant « le devoir d’Israël en vertu du droit international humanitaire de rétablir et de maintenir l’ordre public et la sécurité dans les territoires contrôlés par ses forces ». Le directeur de Diakonia (un centre de droit international humanitaire basé à Jérusalem), Eitan Diamond, estime par ailleurs que la position de la Commission est balayée par l’avis de la Cour internationale de justice de juillet 2024.

Celle-ci a conclu qu’Israël doit « mettre fin à sa présence illégale dans le territoire palestinien occupé le plus rapidement possible » et que tous les États et organisations internationales doivent éviter les actions qui pourraient contribuer à maintenir cette présence illégale.

« Une réponse à la demande de documents connexes de Statewatch a révélé que les responsables de la Commission ont tenu au moins sept réunions avec des diplomates israéliens sur l’accord proposé entre 2023 et le 28 janvier 2026 », révèle le site.

En plein génocide, les envoyés de Von der Leyen discutent avec Israël

Ainsi, alors que la Cour internationale de justice, saisie fin 2023 par l’Afrique du Sud, relevait le « risque de génocide » perpétré par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, les envoyés d’Ursula von der Leyen continuaient à discuter échanges de dossiers criminels. Peu importe également que la Cour pénale internationale a délivré, le 21 novembre 2024, un mandat d’arrêt contre le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, censé être exécuté par les 124 États membres de la CPI, dont les 27 membres de l’UE.

Fin juillet, 27 membres du Parlement européen ont soumis une question écrite demandant à la Commission de clarifier l’objectif de ces réunions, l’état actuel des négociations et les risques pour les droits de l’homme associés à l’accord. Interrogé par Statewatch, l’eurodéputé (Verts) français Mounir Satouri dénonce l’attitude de la Commission qui continue de négocier un accord de coopération policière alors que « de graves violations du droit international humanitaire » sont commises à Gaza. Et surtout, elle l’a fait dans le plus grand secret, sans contrôle du Parlement. « Les négociations sur cet accord doivent être suspendues immédiatement. La Commission s’est déshonorée en les menant. »

Pas à une contradiction près, dans le projet de document que la Commission et le gouvernement entendent signer dans le cadre de l’échange de données, une liste des domaines de criminalité concernés est jointe. On y trouve notamment les crimes de guerre et contre l’humanité ainsi que le génocide…

Ces révélations de Statewatch, peu relayées, montrent qu’Ursula von der Leyen fait peu de cas des institutions démocratiques européennes lorsqu’il s’agit des relations avec Israël. Si la Commission européenne a présenté des propositions visant à restreindre les relations commerciales avec les colonies en Cisjordanie (et non pas la suspension totale de l’accord d’association entre l’UE et Israël), la présidente savait comment le Conseil de l’UE réagirait. Aucune de ces propositions n’a été adoptée lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères le 13 juillet.

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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 07:00

Tribune

Le changement climatique est une réalité. Les canicules, les sécheresses et les vents violents créent des conditions propices à des incendies d’une ampleur inédite. Mais face au feu, il faut aller plus loin et interroger une gestion forestière dictée par les exigences du capital. Par Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

En Gironde et dans les Landes, plus de 40 000 hectares ont brûlé et près de 220 000 personnes ont été évacuées. Je salue le courage des pompiers, des agents et des bénévoles, et assure les habitantes et habitants de toute notre solidarité. Les flammes retombées, nous refuserons les larmes officielles et l’oubli.

Déjà, lors des feux exceptionnels de 2022, je m’étais rendu sur place pour pointer du doigt le manque de moyens pour lutter contre ces incendies géants.

1 800 centres de secours supprimés en vingt ans, avec plus de 1 000 camions-citernes perdus et une flotte de vingt-trois avions, dont douze Canadair, âgée en moyenne de trente ans ! Face au feu, l’austérité désarme la République. Il faut rouvrir des casernes rurales, renforcer les SDIS, produire en France et en Europe des bombardiers d’eau et investir dans la télédétection, les points d’eau et les pistes forestières. Commençons par ouvrir une base permanente à Mont-de-Marsan pour les bombardiers d’eau.

Mais il faut aller plus loin et interroger une gestion forestière dictée par les exigences du capital.

Pourquoi cela brûle autant ?

Le changement climatique est une réalité. Les canicules, les sécheresses et les vents violents créent des conditions propices à des incendies d’une ampleur inédite.

Et le climat n’est pas seul en cause !

 

Le massif des Landes de Gascogne façonné par nos ancêtres, composé à 80 % de pin maritime, constitue un patrimoine écologique exceptionnel, un outil de production qui fait vivre des milliers de salariés et irrigue toute une filière économique. Mais cette monoculture dense organisée pour maximiser les prélèvements et la rentabilité rend le massif particulièrement vulnérable aux incendies. Le climat allume la mèche ; le capitalisme accumule le combustible.

Au-delà de ce seul massif, en France, 75 % de la surface forestière appartient à des propriétaires privés. Ils participent pleinement à la vie de la filière bois. Mais lorsque les conséquences des incendies concernent l’ensemble de la société, la puissance publique doit retrouver les moyens de planifier, de coordonner, de conditionner ses aides afin d’accompagner l’évolution des pratiques. D’autant qu’en dix ans, la capacité du puits forestier à stocker le carbone a été divisée par 2,5.

C’est pourquoi nous avons besoin d’un vaste chantier national associant forestiers, les salariés de la filière bois et leurs organisations syndicales, propriétaires, élus locaux, scientifiques, associations et citoyens pour organiser le changement de modèle qui permettra de relever les défis sociaux et écologiques du XXIe siècle.

Pour ouvrir le débat, le PCF propose une loi de programmation forestière et un grand service public forestier, compétent pour les forêts publiques comme privées, réunissant services de l’État, ONF, CNPF et recherche publique. En matière de lutte contre les feux de forêt, il coordonnera la prévention avec les SDIS, la Sécurité civile et les comités communaux feux de forêt. Doté des moyens nécessaires, il embauchera 2 000 agents sous statut de fonctionnaire, indépendants des intérêts économiques.

Nous proposons de créer des conférences forestières territoriales réunissant tous les acteurs pour décider d’orientations auxquelles devront se conformer les plans de gestion privés. Chaque euro d’aide ou de crédit sera conditionné à la diversification des peuplements, à la baisse des densités, au soutien à l’exploitation en forêt irrégulière, à l’encadrement des coupes et à la transformation locale. Soutenons le sylvopastoralisme et l’agriculture, qui créent des coupures de combustible. Soumettons tout projet de bois-énergie à une étude indépendante de la ressource et du bilan carbone. Un fonds national d’adaptation, financé par les grands groupes de la filière, accompagnera cette transformation.

La France peut payer les catastrophes ou décider enfin d’investir dans la prévention, le climat et la souveraineté industrielle. Le PCF choisit la maîtrise publique, la planification démocratique et le temps long. Nos forêts ne doivent plus obéir aux seuls cours du bois : elles doivent servir la vie.

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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

18/24 mai 1936 (20) Et le droit de vote des femmes ?

Tout au long de la semaine, les grèves se multiplient (la corporation des ouvriers du bâtiment met en avant la semaine de 40 heures), les meetings aussi. À Paris, le PC peut tenir deux grands meetings le même soir, l’un à Japy, l’autre à Wagram. Des mots d’ordre peuvent se télescoper, genre « Vive le Front populaire ! » et « Des Soviets partout. » Une puissante manifestation (on parla de 600 000 manifestants) est organisée le dimanche 24 mai au Père-Lachaise en hommage à la Commune de Paris. Des titres de la presse communiste font le lien entre la Commune et le Front populaire, comme : « Elle aura sa revanche ! » ou « Elle revivra. »

Les consultations pour la constitution du gouvernement Blum se poursuivent. La CGT, sollicitée, a fait savoir qu’elle n’y participerait pas mais elle soutiendrait. Politique française toujours : l’écrivain d’extrême droite Charles Maurras, chef de l’Action française, est condamné à huit mois de prison pour ses appels au meurtre contre Léon Blum.

Le 23 mai, Jacques Duclos donne une interview au journal L’Intransigeant sur le vote des femmes. L’Humanité publiera cet entretien le lendemain.

« L’égalité des sexes est une conception fondamentale de notre doctrine, dit Duclos. Égalité politique et sociale qui suppose le droit de vote et l’accession des femmes aux postes les plus importants. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous luttons pour ce principe. En 1925, nous avons déjà présenté des candidates en banlieue. Quelques-unes auraient eu même assez de voix pour être élues s’il n’y avait pas eu l’annulation. »

Comme le journaliste lui fait remarquer que le droit de vote des femmes ne figure pas dans le programme du Front populaire, il répond : « Peu importe qu’il ne soit pas question d’émancipation féminine dans le programme puisque le préambule de ce programme parle de justice pour tous. Nous la devons donc aux femmes. Nous appuierons tous les efforts quels qu’ils soient qui tendraient à faire entrer la femme dans la vie publique. Nous pensons que la nouvelle chambre ne doit pas tarder à se prononcer sur le vote des femmes. Nous agirons de manière à ce que ce problème ne soit pas différé. »

À l’international, on parle de paix (un article de Nizan, un autre de Dimitrov), de Palestine, de la terreur nazie en Allemagne. Un articulet (le 24, p. 3) est titré « Wychinski demande la peine de mort pour Sementchouk. » Il s’agit du procureur général qui va sévir lors des grands procès de Moscou (1936/1938).

Gérard Streiff

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8 août 2026 6 08 /08 /août /2026 14:26

 

 

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8 août 2026 6 08 /08 /août /2026 07:07

La reconnaissance officielle de l’État de Palestine a constitué, pour de nombreux militants œuvrant pour une paix juste et durable au Proche-Orient, l’aboutissement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, de mobilisation. Néanmoins, elle ne peut rester seulement symbolique et doit s’accompagner d’actes forts.

Il y a presque un an jour pour jour, le journal L’Humanité publiait une tribune qui avait rassemblé plus de 150 élus, citoyens, artistes, syndicalistes, militants politiques et associatifs afin de défendre la ferme Hakoritna et la famille Odeh, propriétaire des lieux. À l’initiative de Fayez Odeh, le chef de famille, cette ferme est devenue un lieu d’accueil, une école ouverte à quiconque souhaite se former aux questions d’autonomie alimentaire et de permaculture.

La mobilisation locale et internationale autour de la ferme Hakoritna avait permis de stopper les projets de destruction des forces d’occupation israéliennes. Néanmoins, la répression contre la famille Odeh n’a pas cessé pour autant. Mardi 28 juillet à 2 h 00, Adi, l’un des fils de la famille, a été arrêté par les forces d’occupation israéliennes, sans qu’aucun de ses proches ne reçoive la moindre information sur son sort.

Le cas de Fayez et des siens n’est cependant pas isolé. Alors que les médias et de nombreux citoyens avaient les yeux rivés sur Gaza et sur l’épuration ethnique en cours, le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou a renforcé son soutien aux colons en Cisjordanie, accélérant de facto la colonisation des territoires officiellement contrôlés par l’Autorité palestinienne selon les Nations unies. Le 24 juillet dernier, un raid de colons israéliens armés dans un petit village proche de Naplouse a fait quatre morts. Depuis le début de l’année 2026, 87 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie : 66 par l’armée israélienne et 21 par des colons agissant au mépris du droit international.

En septembre 2025, le président de la République, Emmanuel Macron, annonçait à la tribune de l’ONU que la France reconnaissait officiellement l’État de Palestine. Cette annonce a constitué, pour de nombreux militants œuvrant pour une paix juste et durable au Proche-Orient, l’aboutissement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, de mobilisation. Néanmoins, cette reconnaissance ne peut être seulement symbolique : elle doit s’accompagner d’actes forts.

Nous, signataires de cette tribune, exigeons que, dans le prolongement de cette reconnaissance, la France s’engage publiquement :

 

● à interdire de territoire les colons israéliens, en particulier ceux coupables d’actions violentes ;

● à rompre les accords commerciaux qui la lient à Israël, tant au niveau national qu’européen ;

● à agir au sein des Nations unies afin que des Casques bleus soient déployés dans les territoires occupés illégalement ainsi que dans les zones de tension, notamment à Jénine ou à Naplouse, afin d’éviter que les drames humains ne se multiplient.

Nous, citoyens, militants associatifs, politiques et syndicaux, artistes, élus, issus d’horizons et de familles politiques différents, souhaitons que la France se souvienne que le droit international n’est pas à géométrie variable et qu’accepter cet état de fait mène rarement à la paix.

Or, pour qu’un État palestinien puisse vivre en paix aux côtés de l’État d’Israël, il faut que les frontières de celui-ci soient respectées et que, le cas échéant, la communauté internationale agisse pour les faire respecter.

Si vous souhaitez vous associer à cette tribune, merci d’envoyer votre NOM + PRÉNOM + Qualité à l’adresse suivante : TribuneCisjordanie@outlook.com

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7 août 2026 5 07 /08 /août /2026 06:30

Les débats budgétaires de la rentrée se dérouleront sous la menace du surendettement. Avec, comme horizon, la nécessité de réaliser 125 milliards d’euros d’économies lors du prochain quinquennat. Démontage d’une opération de propagande.

Cyprien Boganda

Crise de la dette, épisode 238. Au cœur de l’été, la franchise (presque) cinématographique la plus rentable de l’histoire de Bercy vient de s’enrichir d’un nouvel épisode, avec son lot d’effets spéciaux. En haut de l’affiche, un chiffre, énorme, sans précédent : 125 milliards d’euros. C’est le montant des économies que la France devrait réaliser d’ici à 2032 si elle veut éviter la ruine.

Repris par toute la presse, il contribue à justifier le tour de vis austéritaire qui se profile pour la rentrée : le projet de doubler le plafonnement des franchises médicales ou de réduire l’indemnisation des arrêts de travail s’inscrit dans ce climat. Mais le making of de ce nouvel épisode réserve quelques surprises.

Tout commence en mai dernier, lorsque les ministres de l’Économie, Roland Lescure, et de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, lancent une « mission d’experts indépendante » : ce rapport précise qu’il devra « établir une analyse de l’évolution probable des finances publiques entre 2027 et 2030 » et « proposer des scénarios de redressement des comptes publics ». En réalité, les ministres masquent à peine leurs arrière-pensées politiques.

« On ne peut pas se permettre d’aller en somnambules d’abord vers le débat budgétaire pour 2027, ensuite vers l’élection présidentielle », résume David Amiel. Pour le dire de manière plus claire : le rapport doit servir à « cadrer » les débats, afin d’empêcher des responsables politiques de formuler des propositions trop dépensières (traduire par : « trop à gauche »).

Un rapport d’économistes pas si neutres

Rien de tel qu’un rapport d’économistes « indépendants » pour habiller le carcan austéritaire des atours de la science. Ce n’est pas la compétence des quatre auteurs qui est en cause d’ailleurs, mais plutôt leur supposée neutralité idéologique.

 

Jean-Luc Tavernier est présenté comme haut fonctionnaire et ancien directeur général de l’Insee. Un peu court : il a également été directeur de cabinet d’Éric Woerth de 2007 à 2009, à l’époque où ce dernier officiait comme ministre du Budget. Encore mieux, il a planché en tant qu’expert sur le programme de Nicolas Sarkozy, alors candidat de la droite à la présidentielle de 2007, avant d’être nommé à la tête de l’Insee, en février 2012, par… le président Nicolas Sarkozy.

Docteure en économie, Natacha Valla a passé six ans chez Goldman Sachs, puis s’est signalée par sa propension à naviguer avec grâce entre institutions publiques (Banque centrale européenne) et privées (elle a siégé comme administratrice au sein de diverses boîtes, par exemple LVHM). Pour parfaire le tableau, ajoutons qu’elle est membre du comité directeur du très libéral Institut Montaigne depuis 2018.

Les deux autres auteurs du rapport présentent un visage moins politique, mais guère plus hétérodoxe. Xavier Jaravel est président délégué du Conseil d’analyse économique (placé sous l’autorité du premier ministre). Quant à Xavier Ragot, depuis qu’il a pris la tête de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) en 2014, il se bat pour « dépolitiser » un observatoire considéré traditionnellement comme plutôt proche de la gauche.

Une feuille de route austéritaire pour 2032

Sans surprise, le document, remis à Bercy à la mi-juillet, ne plaide pas pour mener des politiques progressistes. Reprenant à son compte l’aversion libérale pour la dette (« un endettement important est un poison lent pour l’économie »), il lâche comme une bombe un chiffre appelé à marquer les esprits : pour sauver la France, il faudrait réaliser un « ajustement budgétaire de l’ordre de 125 milliards d’euros à horizon 2032 ». Soit 25 milliards d’euros par an.

Le rapport précise que ce n’est pas le levier des recettes supplémentaires qui doit être actionné en priorité, mais bien celui des économies, singulièrement dans les dépenses sociales (santé, retraite). « Ce chiffre est un délire », lâche un spécialiste des politiques publiques, qui rappelle qu’une telle saignée n’a jamais été réalisée.

À titre indicatif, la révision générale des politiques publiques (RGPP) menée sous Nicolas Sarkozy pour sabrer dans les dépenses de l’État a abouti à près de 12 milliards d’euros d’économies… en trois ans (2009-2012) ! Quant à François Hollande, il ambitionnait de réaliser 50 milliards d’euros d’économies sur son quinquennat, sans y parvenir.

« 25 milliards d’euros, c’est à peu de chose près les dépenses pour l’enseignement primaire, alerte Marie Pla, co-porte-parole du collectif Nos services publics. Ce n’est pas le tout de préconiser des économies, il reste à savoir où on coupe : dans l’école ? l’hôpital ? la transformation écologique ? »

 

Au passage, les auteurs postulent que, dans leur démonstration, le multiplicateur budgétaire (effet de la variation des dépenses publiques sur la croissance) restera à zéro. « Cela revient à dire que vous faites 125 milliards d’euros d’austérité et que ça n’a aucun effet sur l’économie, réagit un universitaire. Or on sait très bien qu’une hausse d’impôts ou une réduction de dépenses pèse sur le PIB et les recettes fiscales. Si vous voulez dégager 125 milliards d’euros d’économies, il faut viser en réalité 150 ou 200 milliards, pour contrecarrer les effets de votre plan sur la croissance ! »

Magie du storytelling. Le lendemain de la publication du rapport, le ministre David Amiel se retrouve auditionné à l’Assemblée nationale. « Il est urgent d’arrêter la machine infernale de la dette publique », martèle-t-il. Comparant les intérêts payés par la France à « un nœud coulant qui nous étrangle », il appelle à un « budget de sauvegarde républicaine ». On évite de peu l’« union sacrée »…

Conclusion de notre expert en politiques publiques : « En dramatisant les enjeux du déficit, le gouvernement cherche surtout à lier les mains à un parti radical (de gauche comme de droite) qui pourrait prendre le pouvoir en 2027. »

Une dramatisation qui ne résiste pas au réel

Il n’est pas question de balayer d’un revers de main nos 3 500 milliards d’euros de dette publique, mais de questionner les visions d’apocalypse qui plombent le débat. La remontée des taux d’intérêt français autour de 4 %, fin juillet, a déclenché un vent de panique très exagéré.

« Les taux d’intérêt réels doivent être calculés en retranchant l’effet de l’inflation, rappelle l’économiste François Geerolf. Autrement dit, avec une inflation à 2 % (prévision pour cette année) et un taux d’intérêt à 4 %, cela signifie que le taux réel est de 2 % seulement. Même chose pour la charge de la dette, qui s’élève en réalité à 4 milliards d’euros, soit 0,6 % du PIB seulement. »

Présenté ainsi, c’est tout de suite moins anxiogène. Par ailleurs, ce n’est pas parce que les taux grimpent que nos créanciers paniquent. La France n’a pas le moindre problème à placer sa dette sur les marchés financiers, comme en témoigne un chiffre jamais cité dans les débats : le taux de couverture (c’est-à-dire le rapport entre le volume de dette émis par l’Agence France Trésor, qui place la dette française sur les marchés, et le volume de titres demandés par les investisseurs) tourne en moyenne entre 2 et 3 (3,31 le 2 juillet, plus précisément) : autrement dit, pour 1 euro qu’on demande, les investisseurs sont prêts à en acheter 3.

« Il faut rester vigilants quant à la remontée des taux d’intérêt, qui n’est jamais une bonne nouvelle, convient l’économiste Arthur Jatteau. Mais n’oublions pas que, lorsque les taux étaient quasiment à 0, on nous expliquait déjà que la dette posait problème ! En réalité, on voit bien que, ce qui est dans le collimateur de certains observateurs, c’est la dépense publique en elle-même. Le débat est très idéologique. »

Pour François Geerolf, le problème que personne ne veut citer se nomme Commission européenne : la France a été placée sous procédure de déficit excessif depuis juillet 2024 par la Commission et vit depuis sous la menace de sanctions financières.

« Ce qui motive les discours alarmistes sur la dette, c’est moins la situation économique du pays que le respect de règles européennes mises en place dans les années 1990, résume l’économiste. Et dont l’application varie d’ailleurs en fonction de la couleur politique des gouvernements. Depuis 2017, les règles ne sont pas appliquées avec beaucoup de sévérité pour la France, mais il est probable que cela change si le pouvoir sorti des urnes en 2027 devait déplaire à la Commission… »

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