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Selon un document révélé par la Quadrature du Net, France Travail développe un algorithme de profilage des chômeurs dans un but de contrôle. L’objectif est de « prédire » quel bénéficiaire de l’allocation-chômage a le plus de chance de frauder ; un outil « illégal » pour l’association qui demande son abandon.
Théo Bourrieau
Big Brother ne semble plus si loin. Selon les informations de la Quadrature du Net, France Travail développe un algorithme de profilage des chômeurs à des fins de contrôle. L’outil, encore en phase de test, vise à « prédire » quels chômeurs manqueraient à leurs obligations de recherche d’emploi.
Intitulé « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi », son objectif est de « recourir à l’IA » afin d’« identifier les dossiers nécessitant un examen approfondi » et d’« alimenter automatiquement l’outil de contrôle de la recherche d’emploi », selon le document.
L’IA, nourrit à l’aide de précédents contrôles, serait en mesure d’établir des profils « suspects/non suspects ». Les allocataires classés comme « suspects » seraient ensuite intégrés dans une liste de personnes à contrôler prioritairement. « En prenant en compte l’ensemble des personnes au RSA, dont l’inscription à France Travail est obligatoire depuis le 1er janvier 2026, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient se voir profiler chaque mois par l’algorithme », indique la Quadrature du Net.
Le développement de ce nouvel outil rappel ceux utilisés par la CNAF et la CNAM, contre lesquels l’association de défense des libertés fondamentales dans l’environnement numérique alerte depuis plusieurs années. « Ces algorithmes sont dangereux en eux-mêmes, car ils sont des outils particulièrement efficaces pour organiser, en toute impunité, la répression de populations entières, et en particulier des plus vulnérables », met en garde l’association de lutte contre la censure et la surveillance.
« Il est inquiétant de voir que les dirigeant·es de France Travail ne veulent pas voir la réalité sociale de leur politique de contrôle et préfèrent s’enfermer dans la douce mélodie du solutionnisme technologique », fustige la Quadrature du Net. « France Travail utilise l’IA pour fliquer et traquer les chômeurs », constate également Leïla Chaibi. « Il est urgent de légiférer là-dessus », appelle l’eurodéputée insoumise.
Le projet de loi d’urgence agricole a été largement adopté par les députés, dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet. Le RN, LR et la majorité du camp présidentiel (296 voix) ont voté pour, face à 224 voix contre.
« Très satisfaite », la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a beau affirmer, mardi 21 juillet, au micro de France Inter, que « le texte ne réintroduit pas l’acétamipride » et que « c’est la science qui décide, ce n’est pas le politique qui arbitre », le vote de la loi d’urgence agricole laisse peu de doute.
Dans une nouvelle séance crispée, l’Assemblée nationale a adopté, dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 juillet un texte hautement décrié, près d’un an après la forte mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb. Le texte, adopté avec 296 voix contre 224, acte la possibilité de réintroduire de manière dérogatoire deux pesticides : l’acétamipride et le flupyradifurone.
« On se focalise sur un sujet parce qu’on l’a totémisé (…) ce n’est pas le politique qui décide, c’est l’Anses, qui se fonde sur la science », a tenté de justifier, devant la presse, le rapporteur Julien Dive (les Républicains, LR). « L’Ordre des médecins, seize sociétés savantes et médicales se sont prononcées ça y est, il faut interdire ces pesticides », a rétorqué l’élue insoumise Aurélie Trouvé. La socialiste Mélanie Thomin a quant à elle estimé que la rédaction du texte conduirait à « mettre les scientifiques sous tutelle ».
Si quasiment toute la gauche a voté contre le texte, une nouvelle alliance entre le Rassemblement national (RN), LR et deux tiers du camp gouvernemental a offert au gouvernement l’adoption du texte. Insoumis, communistes, socialistes et écologistes ont tous annoncé qu’ils saisiraient le Conseil constitutionnel en cas d’adoption définitive du texte, mardi 21 juillet, au Sénat.
François Veillerette, porte-parole de l’association écologiste Générations Futures, a déploré auprès de Franceinfo que cette décision du gouvernement ait été motivée par « une forte pression du principal syndicat agricole, la FNSEA, auquel (il) obéit au doigt et à l’œil ». Suite au vote dans l’Hémicycle, la FNSEA a salué, dans un communiqué, « un tournant majeur » et « une prise de conscience de la situation critique que traverse aujourd’hui la Ferme France ».
« Comment, en 2026, certains parlementaires peuvent-ils encore jouer ainsi avec notre futur, notre santé et notre environnement, au regard de toutes les connaissances scientifiques dont nous disposons concernant les néonicotinoïdes et la ressource en eau ? », s’est quant à lui indigné Julien Rivoire, chargé de campagne Agriculture à Greenpeace France. « Il y a eu une forme de mépris du gouvernement sur toute une partie de sa majorité parlementaire, a aussi fustigé François Veillerette. Le gouvernement a exercé une forme de chantage sur sa propre majorité puisqu’il ne leur restait plus qu’un choix : soit voter pour l’ensemble du texte, soit refuser l’ensemble du texte. »
Face au spectre de la loi Duplomb, qui prévoyait déjà le retour de l’acétamipride avant une censure du Conseil constitutionnel, des députés du camp gouvernemental ont suggéré, lundi, au gouvernement de le faire retirer par amendement, en amont d’une réunion à Matignon.
Ils ont argué que Sébastien Lecornu avait lui-même appelé à ne pas introduire de mesure sur l’acétamipride dans la loi agricole qu’il avait mise sur les rails lui-même. Fin de non-recevoir de la part de l’entourage du premier ministre, pour qui « l’interdiction (de l’acétamipride) demeure le principe » dans le texte et qui avait laissé « au Parlement » le soin de « trancher » ou « faire évoluer » le texte.
Mais lorsque des députés Renaissance – dont l’ex-première ministre Élisabeth Borne -, du Modem et du groupe Liot ont déposé leur propre amendement de suppression, le gouvernement, qui dispose d’un droit de veto à ce stade de la procédure, s’est opposé à leur examen. Une décision qui a poussé des députés Modem et Renaissance à dénoncer, dans l’hémicycle, l’attitude du gouvernement qu’ils soutiennent.
« Ce filtrage est arbitraire et contraire à l’esprit démocratique », a critiqué Richard Ramos (Modem). « Pourquoi a été dit que l’Assemblée pourrait trancher sur ce sujet-là ? Et ce soir, sans qu’il y ait d’explication du gouvernement, on apprend finalement que ce n’est pas le cas ? », s’est questionné Gabriel Attal, patron du parti et du groupe Renaissance.
Le texte n’est plus qu’à un vote conforme du Sénat d’être définitivement adopté au Parlement, mardi en fin de journée. Ce devrait être une formalité, puisque l’un des acquis les plus importants pour les sénateurs a été maintenu en commission mixte paritaire, puis lors du vote à l’Assemblée : la possibilité donnée à l’Anses de réintroduire à titre dérogatoire et sous condition deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l’Union européenne.
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1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
16/22 mars 1936 (11) Le sinistre Maurras
Charles Maurras passe devant la 10e chambre correctionnelle, poursuivi pour provocation au meurtre. Le doctrinaire de l’extrême droite, né en 1868, directeur de l’Action Française, antisémite virulent, est tenu pour responsable de la tentative de lynchage de Léon Blum le 13 février. Il a écrit des articles meurtriers contre le leader socialiste, « ce juif allemand naturalisé » qui a « usurpé notre nationalité pour la décomposer et la démembrer. C’est un homme à fusiller, mais dans le dos. » Le 21 mars le tribunal le condamne à 4 mois de prison ferme, peine qui sera aggravée car il répète ses menaces de mort. Il se retrouvera à la Santé du 29 octobre 1936 au 6 juillet 1937.
Tenue à Marseille du 8e congrès national de la Jeunesse communiste, salle du Brébant. Aux murs des banderoles « Sauvons la jeune génération de sa détresse » et « Vive l’unité des jeunesses révolutionnaires et antifascistes ! », des portraits de Lénine, Staline, Cachin, Dimitrov. Raymond Guyot en est le secrétaire général.
Les pourparlers avec l’Allemagne nazie, suite à la remilitarisation de la Ruhr, ne donnent rien mais font toujours la Une. Au plan international encore, série de longs reportages de l’Humanité sur l’actualité espagnole. L’enquête s’ouvre sur une photo des arènes de Madrid où 70 000 personnes écoutent la Pasionaria pour un hommage à la femme espagnole pour le 8 mars : « L’Espagne a toujours laissé dans la mémoire des voyageurs une fanfare d’images, foules chaleureuses, paysages grandioses et nobles, soleil des esprits et du ciel. Mais dans ces jours de luttes des masses, quand triomphe le Front populaire porté au gouvernement, quand des millions d’hommes et de femmes, conscients, unis, résolus, ceux des champs et ceux des villes, liés par un espoir et un héroïsme communs, tiennent dans leurs mains leurs destinées, alors, que de souvenirs ardents ! »
Sur le front social, débat au Parlement sur la création d’une « Caisse des pensions ». Comment financer la Caisse ? On parle de lui affecter le montant de la loterie nationale. Dans le débat budgétaire, il est aussi question de supprimer « le prélèvement Laval (10 %) dont les anciens combattants réclament avec raison l’abrogation. »
La date des élections ayant été fixée, le député communiste Renaud Jean « demande que la campagne électorale soit ouverte dès à présent afin de permettre aux partis ouvriers – qui ne disposent pas des millions des 200 familles – de profiter du droit de non-timbrage des affiches pour riposter à l’offensive des puissances d’argent. »
Gérard Streiff
Issu du programme de Jean-Marie Le Pen, le texte sur « la présomption de légitime défense des forces de l’ordre » en cas d’usage de leur arme a été adopté à l’Assemblée le 7 juillet, après réécriture du gouvernement. La pétition qui s’y oppose, signée par plus de 700 000 personnes, doit être examinée mardi 21 juillet en commission des Lois.
Il aura fallu près de vingt ans pour que cette proposition de Jean-Marie Le Pen trouve une majorité à l’Assemblée nationale. En 2007, dans son programme présidentiel, l’ancien président du Front national proposait déjà de « mettre fin à la suspicion qui pèse sur les forces de l’ordre lorsqu’elles font usage de la force, en créant une présomption de légitime défense ». Le 7 juillet, une proposition de loi similaire, portée par le député LR Éric Pauget, a été adoptée avec les voix du Rassemblement national, des « Républicains » et des macronistes.
Pour Margot Pugliese, avocate pénaliste et membre de l’ONG Flagrant Déni, ce rappel permet de resituer le texte dans une histoire politique plus longue : celle d’une revendication d’abord portée par l’extrême droite, puis progressivement reprise par la droite parlementaire et le camp macroniste. Hugo Partouche, membre du Syndicat des avocats de France, y voit le même déplacement : « Cette loi reprend des propositions anciennes de l’extrême droite. »
Déposée le 3 décembre 2024, la proposition de loi visait d’abord à reconnaître une présomption de « légitime défense » pour les « forces de l’ordre ». Débattue une première fois le 22 janvier, lors de la niche parlementaire du groupe Droite républicaine, elle n’était alors pas allée au bout de son examen, face aux amendements déposés par la gauche. Mais le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait promis aux députés LR que le sujet reviendrait. Promesse tenue.
La proposition est donc revenue dans l’Hémicycle le 7 juillet. Pour les opposants au texte, ce calendrier n’a rien d’anodin. Le député écologiste et social Pouria Amirshahi accuse l’exécutif de faire passer cette proposition « au cœur de l’été pour étouffer cet enjeu essentiel ». Thomas Portes, député LFI, dénonce de son côté un « coup de force ». Au Parti communiste, même constat : « En termes démocratiques, ce qui est en train de se passer est extrêmement grave », alerte la députée Elsa Faucillon.
Or, le texte revient avec une réécriture gouvernementale qui n’a pas apaisé les critiques. Il ne parle plus seulement de présomption de légitime défense. Il prévoit que, « lorsqu’ils font usage de leurs armes », les policiers et les gendarmes « sont présumés avoir agi » dans les conditions d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité. Autrement dit : l’usage de l’arme partirait d’une présomption de légalité, sauf preuve contraire.
Jusqu’ici, lorsqu’un tir blesse ou tue, l’enquête doit établir si ces critères étaient réunis. Avec ce texte, le point de départ changerait. Pour les opposants au texte, cette réécriture revient à fragiliser les premières heures d’enquête, souvent décisives pour saisir les vidéos, recueillir les témoignages, exploiter les téléphones, entendre les agents et établir la chronologie du tir. « Avec ce texte, concrètement, il sera impossible que jaillisse la vérité », alerte Margot Pugliese.
Dès le 25 juin, six organisations – Save-Stop aux violences d’État, la Ligue des droits de l’homme, Amnesty International, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature et Flagrant Déni – avaient pourtant demandé le rejet du texte. Toutes pointaient un même risque : présumer légal un tir avant même l’enquête, c’est rendre plus difficile la manifestation de la vérité.
Dans son avis rendu le 26 juin, la Défenseure des droits Claire Hédon insistait, elle aussi, sur ce danger. Une présomption, même simple, « n’est jamais neutre » : elle peut orienter les premières appréciations, influer sur les actes d’enquête et adresser « un signal dangereux quant au recours à la force létale ». La Commission nationale consultative des droits de l’homme partage cette inquiétude. Dans une lettre adressée aux députés le 29 juin, son président Jean-Marie Burguburu alerte sur un « relâchement de l’encadrement de l’usage des armes ».
À l’international aussi, la proposition de loi inquiète. Le 7 juillet, Morris Tidball-Binz, rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, a appelé la France à rejeter la proposition. Selon lui, l’obligation d’enquêter sur toute privation de vie potentiellement illicite incombe à l’État et ne peut pas être déplacée, même en pratique, vers les victimes ou leurs familles.
Ces alertes n’ont pourtant pas empêché l’adoption de la proposition de loi. Face aux amendements de la gauche, le gouvernement a déclenché l’article 44 de la Constitution, le « vote bloqué », empêchant les députés de se prononcer sur les amendements. Pour la présidente d’Amnesty International France, Anne Savinel-Barras, il s’agit d’« un vote de la honte » et d’« un recul historique de l’État de droit ».
Mais le vote à l’Assemblée n’a pas clos la séquence. Une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale a dépassé les 700 000 signatures. Ce mardi, la commission des Lois doit se prononcer sur sa recevabilité. Ugo Bernalicis, député insoumis, a été nommé rapporteur pour cette délibération.
Son examen doit permettre de déterminer si cette mobilisation citoyenne pourra être débattue dans l’Hémicycle. Pour les signataires, le texte représente « une atteinte grave à l’État de droit » et risque de « paralyser les enquêtes judiciaires ».
La suite se jouera donc sur deux terrains. Au Parlement, d’abord, puisque le texte doit désormais être examiné par la Chambre haute. « Le Sénat doit l’arrêter, et nous lui demandons de le faire », insiste Samia El Khalfaoui, tante de Souheil, tué par un policier lors d’un refus d’obtempérer le 4 août 2021, à Marseille.
Dans la rue, ensuite : Save, le Syndicat de la magistrature, le comité Adama et les organisations qui les rejoindront appellent à une grande mobilisation nationale le 19 septembre. Les forces politiques de gauche ont annoncé qu’elles y participeraient. « Cette loi ne passera pas », promet Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré, mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes. « Rendez-vous le 19 septembre dans la rue. »
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1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.
9/15 mars 1936 (10) Sauver la paix
La question de la guerre ou de la paix domine toute la semaine. Le président du Conseil, Albert Sarraut, juge « inacceptable » la décision de Hitler de remilitariser la Rhénanie, mais rien ne suit. La SDN, la Société des Nations, sorte d’ancêtre de l’ONU, se réunit ; le Royaume-Uni déconseille toute action militaire en Rhénanie. Alors que le Sénat ratifie le pacte franco-soviétique, Gabriel Péri interroge : « Loi de la jungle ou sécurité collective ? »
L’Humanité dénonce la complicité des fascistes français (Les Croix-de-feu ou les « Jeunesses patriotes » de Taittinger ou Marcel Bucard) avec les fauteurs de guerre. Tous ces gens étaient officiellement représentés, dénonce Lucien Sampaix dans l’Humanité, au congrès nazi de Nuremberg. « Les chefs fascistes français soutiennent Hitler depuis son accession au pouvoir. Ils le soutiennent parce qu’ils le considèrent, avec Mussolini, comme le chef de l’Internationale fasciste appelé à réaliser le bloc de l’ultra-droite de tous les pays pour une croisade contre l’Union Soviétique, patrie des travailleurs. » L’article est titré « L’Internationale fasciste au travail ».
Le PC propose au PS « d’organiser l’unité d’action internationale pour défendre la paix ». Il s’agit à la fois de tenir des actions communes « contre la guerre préparée et voulue par l’hitlérisme » et de s’adresser ensemble « aux deux Internationales en leur demandant de réaliser l’action commune internationale pour la défense de la paix. » Le PS refuse. « Un refus regrettable » titre l’Humanité.
En Espagne, la Phalange espagnole, organisation fasciste, est déclarée hors la loi et son chef Primo de Rivera est arrêté. Le PCE de son côté se renforce : 35 000 militants en février, 102 000 en mai.
À lire la presse, faisant écho à d’effrayants faits-divers, l’époque semble particulièrement violente. Les assassinats, les meurtres, les parricides sont le lot quotidien. Paul Vaillant-Couturier consacre à ce sujet un éditorial intitulé « Contre le crime ». Le crime a toujours été là, ce qui change, s’amplifie, c’est le crime de la misère et le gangstérisme. « Ils sont typiquement des crimes d’un monde où sévit la crise. » Il y voit « un monde à l’envers où l’on meurt de faim dans un enfer d’abondance ». Et le gangstérisme est l’enfant légitime d’une société où le profit est roi. Il conclut ainsi : « Il faut rendre aux hommes la confiance dans l’avenir et leur donner le sens de leur dignité. »
La date des élections législatives est fixée : 26 avril et 3 mai.
Gérard Streiff
Les députés, suivis des sénateurs, vont voter ces 20 et 21 juillet un projet de loi d’urgence agricole qui risque de favoriser l’accaparement de nos ressources en eau. Une hérésie, alors que la sécheresse menace.
Il y a quelque chose de surréaliste dans le télescopage : alors que la France sort à peine d’une canicule historique pour entrer dans une sécheresse d’une précocité rare, le Parlement s’apprête à voter un texte de loi qui risque de mettre le pays à sec.
Écrit pratiquement sous la dictée des lobbyistes de l’agriculture intensive, et encore musclé lors de son passage au Sénat, le « projet de loi d’urgence agricole », examiné ce lundi 20 juillet à l’Assemblée nationale, concentre les attaques d’une coalition informelle mêlant partis de gauche, anciens ministres, militants environnementaux et chercheurs spécialistes du sujet. « Cette loi, c’est un peu comme si un cheval lancé au galop face à un précipice se mettait à accélérer, résume Julie Trottier, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des questions liées à l’eau depuis plus de trente ans. C’est une catastrophe. »
Entre autres mesures décriées, le texte veut laisser au préfet la possibilité d’intervenir pour autoriser des ouvrages de stockages d’eau en s’asseyant sur les schémas directeurs d’aménagement et de gestion de l’eau (Sdage), des documents visant à organiser la gestion de la ressource aquatique à l’échelle d’un bassin-versant.
Jusqu’à présent, ces Sdage constituaient une carte maîtresse pour tous les opposants aux méga-bassines (en jargon policé, on dit « retenues de substitution »), qui pouvaient les brandir en justice lors des recours intentés. Parfois, les militants parvenaient à faire interdire les retenues par le juge administratif, au motif que ces dernières contrevenaient aux dispositions du Sdage. « La loi d’urgence permet au préfet d’autoriser la retenue, même si le juge administratif a interdit le projet, s’inquiète Julie Trottier. D’une part, cela nuit à la séparation des pouvoirs. De l’autre, cela risque d’augmenter les prélèvements pour l’irrigation, alors que nous sommes dans un système à bout de souffle. »
L’analyse est partagée par toutes les ONG opposées au texte de loi. « En facilitant à outrance le stockage de l’eau pour l’irrigation, il légitime son accaparement par une infime minorité d’exploitations intensives, attaque France Nature Environnement (FNE). Dans un contexte de sécheresses et de canicules chroniques, cette loi place de fait l’agriculture industrielle au-dessus de tous les autres usagers. Ce choix s’opère au détriment d’une répartition juste et démocratique de la ressource. »
« La commission mixte paritaire (CMP, qui a réécrit le texte présenté à l’Assemblée ce 20 juillet – NDLR) acte le doublement des volumes de stockage d’eau pour les usages agricoles au détriment d’une véritable réflexion sur le fond, de tous les autres usagers et du bon fonctionnement des écosystèmes », renchérit Générations futures, qui note que d’anciens ministres de l’Agriculture pourtant pas réputés pour leur gauchisme échevelé, comme Marc Fesneau, ont pris position contre le texte dans une tribune parue récemment dans le Figaro.
Si ce texte de loi suscite un tel tir de barrage, c’est qu’il survient dans un contexte de sécheresse « exceptionnelle », de par « sa précocité et son intensité » (en général, ce type d’épisode arrive un mois plus tard), selon les mots de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. « Près d’un tiers des points de mesure se situe à des niveaux inférieurs aux minima observés au cours des vingt dernières années et un quart des petits cours d’eau sont désormais à sec », ajoute la ministre.
De quoi faire planer la perspective de restrictions dans l’utilisation de l’eau décidées par les services de l’État. « Cela n’a rien d’inédit, souligne Julie Trottier. Les arrêtés sécheresse pris par les départements définissent quatre niveaux. Quand le niveau d’alerte maximale est atteint, les départements peuvent interdire le prélèvement d’eau dans un milieu. Pour un maraîcher qui ne peut plus irriguer ses légumes, par exemple, c’est dramatique. »
Et la chercheuse de plaider pour un changement radical de philosophie. Elle rappelle souvent qu’il ne faut pas regarder l’eau comme un stock mais comme un flux : ce qui compte, ce n’est pas tant la quantité d’eau disponible (il y a suffisamment de pluviométrie pour que nos forêts vivent, précise-t-elle), mais la manière dont on interagit avec le flux.
En la matière, il y a encore du chemin : « 82 % de l’eau consommée durant l’été en France alimente le secteur agricole, explique-t-elle. Ces besoins en eau s’expliquent notamment par le choix d’avoir développé la culture du maïs, qui n’est pas du tout une plante appropriée pour une grosse sécheresse en été… À l’inverse du sorgho, par exemple, qui a besoin de beaucoup moins d’eau. »
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Quel sera le grand thème de cette Fête de l’Humanité 2026 ?
Sofia Boutrih
Directrice de la Fête de l’Humanité
Cette année, nous allons fêter les 90 ans du Front populaire. Il était incontournable de mettre au cœur de la Fête de l’Humanité ce moment historique pour la gauche et si symbolique à quelques mois de l’élection présidentielle.
La Fête rassemblera une grande partie des acteurs progressistes – organisations syndicales, politiques, associatives, organisations internationales –, avec la volonté de rappeler, comme ce fut le cas en 1936, la nécessité d’avoir un front uni contre la menace du fascisme et de donner tous les outils de réflexion au public. L’un des intérêts de cette Fête sera de mettre la gauche face à ses responsabilités et ses contradictions, et d’inciter au dialogue.
Comment ce contexte politique se traduira-t-il concrètement dans la Fête ?
Notre rôle n’est pas de trancher les différends autour de la présidentielle, mais de travailler sur ce qui rapproche, de montrer l’unité possible sur des sujets précis et un projet politique partagé. La Fête reste ce lieu unique où, dans chaque débat et chaque stand, communiste, insoumis, écologiste ou socialiste, on peut se croiser, se parler.
Plusieurs espaces, comme le Village des médias indépendants et le Forum social, feront vivre ces échanges entre forces politiques, organisations syndicales et même patronales. Évidemment, l’Agora sera le lieu incontournable de la réflexion, avec la venue de grandes personnalités et l’objectif d’élever le débat sur les fondamentaux politiques, que ce soit la lutte contre le racisme et le fascisme ou la prédation du capitalisme.
L’Agora est là pour fournir les armes intellectuelles au public, dans la perspective de la présidentielle et au-delà. J’espère, enfin, que l’affluence sera à la hauteur de celle – record – de l’année dernière. La Fête a souvent été le lieu du sursaut populaire et citoyen. Y venir, c’est montrer qu’on résiste, qu’on n’est pas résigné face au matraquage des sondages sur l’extrême droite et le risque d’une division de la gauche. Il reste beaucoup à faire, mais il y a de la lumière et de l’espoir !
L’autre grand thème, dans le contexte actuel, sera bien sûr la solidarité internationale…
La lutte pour la paix reste un fil rouge, avec notamment le soutien à Cuba, étouffée par les politiques états-uniennes, et naturellement au peuple palestinien martyrisé. Une nouvelle place, devant l’espace débat du Village du monde, sera inaugurée au nom de l’ancienne déléguée générale de la Palestine en France, Leïla Shahid, présente lors de la dernière Fête et qui nous a quittés en février.
L’année dernière, le spectacle « la Haine » avait été joué sur la Scène Angela Davis. Allez-vous renouveler ce type de spectacle ?
Tout à fait. On a demandé cette année d’avoir en exclusivité un Drag Race France sur la Fête de l’Humanité. Pour eux, ce sera la première fois qu’ils organiseront dans un tel lieu ce spectacle, symbole d’inclusivité. Un autre moment fort sera l’hommage à la chanteuse Colette Magny avec un spectacle intitulé Radicale Magny.
Plus largement, nous voulons faire de cette édition le grand rendez-vous de la culture en lutte face aux attaques que subit le secteur. Des temps forts seront organisés avec, notamment, le Syndicat des musiques actuelles et la commission culture du PCF.
Quelle philosophie guide la programmation artistique ?
Nous refusons d’entrer dans la logique spéculative qui fait aujourd’hui exploser les cachets des artistes. Nous n’en avons ni les moyens ni la volonté. Notre ambition est de proposer une offre culturelle riche, ambitieuse et populaire, mêlant des artistes intergénérationnels, comme Soprano ou Louane, à de nouvelles découvertes.
Le tout en restant un événement très accessible : les billets démarrent à 45 euros pour trois jours. Une billetterie solidaire existe également et nous travaillons avec des associations pour permettre à des habitants des quartiers populaires de venir. C’est un engagement fondamental.
À quelques semaines de l’échéance, comment vous préparez-vous ?
Nous y travaillons toute l’année avant d’en récolter le fruit en septembre. Dans la dernière ligne droite, ce sont 50 permanents, près de 600 bénévoles, ainsi que les prestataires, bâtisseurs et bâtisseuses, qui sont mobilisés. Cet engagement militant est essentiel. Le défi est colossal : une ville éphémère de 80 hectares accueillant 610 000 personnes en trois jours.
Le montage débute le 3 août et se poursuit jusqu’au 11 septembre, avant un mois de démontage. Nous cherchons aussi à améliorer sans cesse l’événement. Cette année, toutes les scènes seront raccordées au réseau électrique afin d’éviter les groupes électrogènes, coûteux en carburant. Nous avons renforcé le tri des déchets et lancé une étude sur notre impact écologique. Les aléas climatiques sont également devenus un enjeu majeur.
Les annulations de festivals, comme Solidays, pour des raisons météorologiques nous conduisent à rendre nos infrastructures plus résilientes face aux fortes pluies, au vent ou aux canicules. C’est aussi cette capacité à se réinventer qui fait de la Fête un rendez-vous incontournable.