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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 07:00

Tribune

Le changement climatique est une réalité. Les canicules, les sécheresses et les vents violents créent des conditions propices à des incendies d’une ampleur inédite. Mais face au feu, il faut aller plus loin et interroger une gestion forestière dictée par les exigences du capital. Par Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

En Gironde et dans les Landes, plus de 40 000 hectares ont brûlé et près de 220 000 personnes ont été évacuées. Je salue le courage des pompiers, des agents et des bénévoles, et assure les habitantes et habitants de toute notre solidarité. Les flammes retombées, nous refuserons les larmes officielles et l’oubli.

Déjà, lors des feux exceptionnels de 2022, je m’étais rendu sur place pour pointer du doigt le manque de moyens pour lutter contre ces incendies géants.

1 800 centres de secours supprimés en vingt ans, avec plus de 1 000 camions-citernes perdus et une flotte de vingt-trois avions, dont douze Canadair, âgée en moyenne de trente ans ! Face au feu, l’austérité désarme la République. Il faut rouvrir des casernes rurales, renforcer les SDIS, produire en France et en Europe des bombardiers d’eau et investir dans la télédétection, les points d’eau et les pistes forestières. Commençons par ouvrir une base permanente à Mont-de-Marsan pour les bombardiers d’eau.

Mais il faut aller plus loin et interroger une gestion forestière dictée par les exigences du capital.

Pourquoi cela brûle autant ?

Le changement climatique est une réalité. Les canicules, les sécheresses et les vents violents créent des conditions propices à des incendies d’une ampleur inédite.

Et le climat n’est pas seul en cause !

 

Le massif des Landes de Gascogne façonné par nos ancêtres, composé à 80 % de pin maritime, constitue un patrimoine écologique exceptionnel, un outil de production qui fait vivre des milliers de salariés et irrigue toute une filière économique. Mais cette monoculture dense organisée pour maximiser les prélèvements et la rentabilité rend le massif particulièrement vulnérable aux incendies. Le climat allume la mèche ; le capitalisme accumule le combustible.

Au-delà de ce seul massif, en France, 75 % de la surface forestière appartient à des propriétaires privés. Ils participent pleinement à la vie de la filière bois. Mais lorsque les conséquences des incendies concernent l’ensemble de la société, la puissance publique doit retrouver les moyens de planifier, de coordonner, de conditionner ses aides afin d’accompagner l’évolution des pratiques. D’autant qu’en dix ans, la capacité du puits forestier à stocker le carbone a été divisée par 2,5.

C’est pourquoi nous avons besoin d’un vaste chantier national associant forestiers, les salariés de la filière bois et leurs organisations syndicales, propriétaires, élus locaux, scientifiques, associations et citoyens pour organiser le changement de modèle qui permettra de relever les défis sociaux et écologiques du XXIe siècle.

Pour ouvrir le débat, le PCF propose une loi de programmation forestière et un grand service public forestier, compétent pour les forêts publiques comme privées, réunissant services de l’État, ONF, CNPF et recherche publique. En matière de lutte contre les feux de forêt, il coordonnera la prévention avec les SDIS, la Sécurité civile et les comités communaux feux de forêt. Doté des moyens nécessaires, il embauchera 2 000 agents sous statut de fonctionnaire, indépendants des intérêts économiques.

Nous proposons de créer des conférences forestières territoriales réunissant tous les acteurs pour décider d’orientations auxquelles devront se conformer les plans de gestion privés. Chaque euro d’aide ou de crédit sera conditionné à la diversification des peuplements, à la baisse des densités, au soutien à l’exploitation en forêt irrégulière, à l’encadrement des coupes et à la transformation locale. Soutenons le sylvopastoralisme et l’agriculture, qui créent des coupures de combustible. Soumettons tout projet de bois-énergie à une étude indépendante de la ressource et du bilan carbone. Un fonds national d’adaptation, financé par les grands groupes de la filière, accompagnera cette transformation.

La France peut payer les catastrophes ou décider enfin d’investir dans la prévention, le climat et la souveraineté industrielle. Le PCF choisit la maîtrise publique, la planification démocratique et le temps long. Nos forêts ne doivent plus obéir aux seuls cours du bois : elles doivent servir la vie.

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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

18/24 mai 1936 (20) Et le droit de vote des femmes ?

Tout au long de la semaine, les grèves se multiplient (la corporation des ouvriers du bâtiment met en avant la semaine de 40 heures), les meetings aussi. À Paris, le PC peut tenir deux grands meetings le même soir, l’un à Japy, l’autre à Wagram. Des mots d’ordre peuvent se télescoper, genre « Vive le Front populaire ! » et « Des Soviets partout. » Une puissante manifestation (on parla de 600 000 manifestants) est organisée le dimanche 24 mai au Père-Lachaise en hommage à la Commune de Paris. Des titres de la presse communiste font le lien entre la Commune et le Front populaire, comme : « Elle aura sa revanche ! » ou « Elle revivra. »

Les consultations pour la constitution du gouvernement Blum se poursuivent. La CGT, sollicitée, a fait savoir qu’elle n’y participerait pas mais elle soutiendrait. Politique française toujours : l’écrivain d’extrême droite Charles Maurras, chef de l’Action française, est condamné à huit mois de prison pour ses appels au meurtre contre Léon Blum.

Le 23 mai, Jacques Duclos donne une interview au journal L’Intransigeant sur le vote des femmes. L’Humanité publiera cet entretien le lendemain.

« L’égalité des sexes est une conception fondamentale de notre doctrine, dit Duclos. Égalité politique et sociale qui suppose le droit de vote et l’accession des femmes aux postes les plus importants. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous luttons pour ce principe. En 1925, nous avons déjà présenté des candidates en banlieue. Quelques-unes auraient eu même assez de voix pour être élues s’il n’y avait pas eu l’annulation. »

Comme le journaliste lui fait remarquer que le droit de vote des femmes ne figure pas dans le programme du Front populaire, il répond : « Peu importe qu’il ne soit pas question d’émancipation féminine dans le programme puisque le préambule de ce programme parle de justice pour tous. Nous la devons donc aux femmes. Nous appuierons tous les efforts quels qu’ils soient qui tendraient à faire entrer la femme dans la vie publique. Nous pensons que la nouvelle chambre ne doit pas tarder à se prononcer sur le vote des femmes. Nous agirons de manière à ce que ce problème ne soit pas différé. »

À l’international, on parle de paix (un article de Nizan, un autre de Dimitrov), de Palestine, de la terreur nazie en Allemagne. Un articulet (le 24, p. 3) est titré « Wychinski demande la peine de mort pour Sementchouk. » Il s’agit du procureur général qui va sévir lors des grands procès de Moscou (1936/1938).

Gérard Streiff

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8 août 2026 6 08 /08 /août /2026 14:26

 

 

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8 août 2026 6 08 /08 /août /2026 07:07

La reconnaissance officielle de l’État de Palestine a constitué, pour de nombreux militants œuvrant pour une paix juste et durable au Proche-Orient, l’aboutissement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, de mobilisation. Néanmoins, elle ne peut rester seulement symbolique et doit s’accompagner d’actes forts.

Il y a presque un an jour pour jour, le journal L’Humanité publiait une tribune qui avait rassemblé plus de 150 élus, citoyens, artistes, syndicalistes, militants politiques et associatifs afin de défendre la ferme Hakoritna et la famille Odeh, propriétaire des lieux. À l’initiative de Fayez Odeh, le chef de famille, cette ferme est devenue un lieu d’accueil, une école ouverte à quiconque souhaite se former aux questions d’autonomie alimentaire et de permaculture.

La mobilisation locale et internationale autour de la ferme Hakoritna avait permis de stopper les projets de destruction des forces d’occupation israéliennes. Néanmoins, la répression contre la famille Odeh n’a pas cessé pour autant. Mardi 28 juillet à 2 h 00, Adi, l’un des fils de la famille, a été arrêté par les forces d’occupation israéliennes, sans qu’aucun de ses proches ne reçoive la moindre information sur son sort.

Le cas de Fayez et des siens n’est cependant pas isolé. Alors que les médias et de nombreux citoyens avaient les yeux rivés sur Gaza et sur l’épuration ethnique en cours, le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou a renforcé son soutien aux colons en Cisjordanie, accélérant de facto la colonisation des territoires officiellement contrôlés par l’Autorité palestinienne selon les Nations unies. Le 24 juillet dernier, un raid de colons israéliens armés dans un petit village proche de Naplouse a fait quatre morts. Depuis le début de l’année 2026, 87 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie : 66 par l’armée israélienne et 21 par des colons agissant au mépris du droit international.

En septembre 2025, le président de la République, Emmanuel Macron, annonçait à la tribune de l’ONU que la France reconnaissait officiellement l’État de Palestine. Cette annonce a constitué, pour de nombreux militants œuvrant pour une paix juste et durable au Proche-Orient, l’aboutissement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies, de mobilisation. Néanmoins, cette reconnaissance ne peut être seulement symbolique : elle doit s’accompagner d’actes forts.

Nous, signataires de cette tribune, exigeons que, dans le prolongement de cette reconnaissance, la France s’engage publiquement :

 

● à interdire de territoire les colons israéliens, en particulier ceux coupables d’actions violentes ;

● à rompre les accords commerciaux qui la lient à Israël, tant au niveau national qu’européen ;

● à agir au sein des Nations unies afin que des Casques bleus soient déployés dans les territoires occupés illégalement ainsi que dans les zones de tension, notamment à Jénine ou à Naplouse, afin d’éviter que les drames humains ne se multiplient.

Nous, citoyens, militants associatifs, politiques et syndicaux, artistes, élus, issus d’horizons et de familles politiques différents, souhaitons que la France se souvienne que le droit international n’est pas à géométrie variable et qu’accepter cet état de fait mène rarement à la paix.

Or, pour qu’un État palestinien puisse vivre en paix aux côtés de l’État d’Israël, il faut que les frontières de celui-ci soient respectées et que, le cas échéant, la communauté internationale agisse pour les faire respecter.

Si vous souhaitez vous associer à cette tribune, merci d’envoyer votre NOM + PRÉNOM + Qualité à l’adresse suivante : TribuneCisjordanie@outlook.com

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7 août 2026 5 07 /08 /août /2026 06:30

Les débats budgétaires de la rentrée se dérouleront sous la menace du surendettement. Avec, comme horizon, la nécessité de réaliser 125 milliards d’euros d’économies lors du prochain quinquennat. Démontage d’une opération de propagande.

Cyprien Boganda

Crise de la dette, épisode 238. Au cœur de l’été, la franchise (presque) cinématographique la plus rentable de l’histoire de Bercy vient de s’enrichir d’un nouvel épisode, avec son lot d’effets spéciaux. En haut de l’affiche, un chiffre, énorme, sans précédent : 125 milliards d’euros. C’est le montant des économies que la France devrait réaliser d’ici à 2032 si elle veut éviter la ruine.

Repris par toute la presse, il contribue à justifier le tour de vis austéritaire qui se profile pour la rentrée : le projet de doubler le plafonnement des franchises médicales ou de réduire l’indemnisation des arrêts de travail s’inscrit dans ce climat. Mais le making of de ce nouvel épisode réserve quelques surprises.

Tout commence en mai dernier, lorsque les ministres de l’Économie, Roland Lescure, et de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, lancent une « mission d’experts indépendante » : ce rapport précise qu’il devra « établir une analyse de l’évolution probable des finances publiques entre 2027 et 2030 » et « proposer des scénarios de redressement des comptes publics ». En réalité, les ministres masquent à peine leurs arrière-pensées politiques.

« On ne peut pas se permettre d’aller en somnambules d’abord vers le débat budgétaire pour 2027, ensuite vers l’élection présidentielle », résume David Amiel. Pour le dire de manière plus claire : le rapport doit servir à « cadrer » les débats, afin d’empêcher des responsables politiques de formuler des propositions trop dépensières (traduire par : « trop à gauche »).

Un rapport d’économistes pas si neutres

Rien de tel qu’un rapport d’économistes « indépendants » pour habiller le carcan austéritaire des atours de la science. Ce n’est pas la compétence des quatre auteurs qui est en cause d’ailleurs, mais plutôt leur supposée neutralité idéologique.

 

Jean-Luc Tavernier est présenté comme haut fonctionnaire et ancien directeur général de l’Insee. Un peu court : il a également été directeur de cabinet d’Éric Woerth de 2007 à 2009, à l’époque où ce dernier officiait comme ministre du Budget. Encore mieux, il a planché en tant qu’expert sur le programme de Nicolas Sarkozy, alors candidat de la droite à la présidentielle de 2007, avant d’être nommé à la tête de l’Insee, en février 2012, par… le président Nicolas Sarkozy.

Docteure en économie, Natacha Valla a passé six ans chez Goldman Sachs, puis s’est signalée par sa propension à naviguer avec grâce entre institutions publiques (Banque centrale européenne) et privées (elle a siégé comme administratrice au sein de diverses boîtes, par exemple LVHM). Pour parfaire le tableau, ajoutons qu’elle est membre du comité directeur du très libéral Institut Montaigne depuis 2018.

Les deux autres auteurs du rapport présentent un visage moins politique, mais guère plus hétérodoxe. Xavier Jaravel est président délégué du Conseil d’analyse économique (placé sous l’autorité du premier ministre). Quant à Xavier Ragot, depuis qu’il a pris la tête de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) en 2014, il se bat pour « dépolitiser » un observatoire considéré traditionnellement comme plutôt proche de la gauche.

Une feuille de route austéritaire pour 2032

Sans surprise, le document, remis à Bercy à la mi-juillet, ne plaide pas pour mener des politiques progressistes. Reprenant à son compte l’aversion libérale pour la dette (« un endettement important est un poison lent pour l’économie »), il lâche comme une bombe un chiffre appelé à marquer les esprits : pour sauver la France, il faudrait réaliser un « ajustement budgétaire de l’ordre de 125 milliards d’euros à horizon 2032 ». Soit 25 milliards d’euros par an.

Le rapport précise que ce n’est pas le levier des recettes supplémentaires qui doit être actionné en priorité, mais bien celui des économies, singulièrement dans les dépenses sociales (santé, retraite). « Ce chiffre est un délire », lâche un spécialiste des politiques publiques, qui rappelle qu’une telle saignée n’a jamais été réalisée.

À titre indicatif, la révision générale des politiques publiques (RGPP) menée sous Nicolas Sarkozy pour sabrer dans les dépenses de l’État a abouti à près de 12 milliards d’euros d’économies… en trois ans (2009-2012) ! Quant à François Hollande, il ambitionnait de réaliser 50 milliards d’euros d’économies sur son quinquennat, sans y parvenir.

« 25 milliards d’euros, c’est à peu de chose près les dépenses pour l’enseignement primaire, alerte Marie Pla, co-porte-parole du collectif Nos services publics. Ce n’est pas le tout de préconiser des économies, il reste à savoir où on coupe : dans l’école ? l’hôpital ? la transformation écologique ? »

 

Au passage, les auteurs postulent que, dans leur démonstration, le multiplicateur budgétaire (effet de la variation des dépenses publiques sur la croissance) restera à zéro. « Cela revient à dire que vous faites 125 milliards d’euros d’austérité et que ça n’a aucun effet sur l’économie, réagit un universitaire. Or on sait très bien qu’une hausse d’impôts ou une réduction de dépenses pèse sur le PIB et les recettes fiscales. Si vous voulez dégager 125 milliards d’euros d’économies, il faut viser en réalité 150 ou 200 milliards, pour contrecarrer les effets de votre plan sur la croissance ! »

Magie du storytelling. Le lendemain de la publication du rapport, le ministre David Amiel se retrouve auditionné à l’Assemblée nationale. « Il est urgent d’arrêter la machine infernale de la dette publique », martèle-t-il. Comparant les intérêts payés par la France à « un nœud coulant qui nous étrangle », il appelle à un « budget de sauvegarde républicaine ». On évite de peu l’« union sacrée »…

Conclusion de notre expert en politiques publiques : « En dramatisant les enjeux du déficit, le gouvernement cherche surtout à lier les mains à un parti radical (de gauche comme de droite) qui pourrait prendre le pouvoir en 2027. »

Une dramatisation qui ne résiste pas au réel

Il n’est pas question de balayer d’un revers de main nos 3 500 milliards d’euros de dette publique, mais de questionner les visions d’apocalypse qui plombent le débat. La remontée des taux d’intérêt français autour de 4 %, fin juillet, a déclenché un vent de panique très exagéré.

« Les taux d’intérêt réels doivent être calculés en retranchant l’effet de l’inflation, rappelle l’économiste François Geerolf. Autrement dit, avec une inflation à 2 % (prévision pour cette année) et un taux d’intérêt à 4 %, cela signifie que le taux réel est de 2 % seulement. Même chose pour la charge de la dette, qui s’élève en réalité à 4 milliards d’euros, soit 0,6 % du PIB seulement. »

Présenté ainsi, c’est tout de suite moins anxiogène. Par ailleurs, ce n’est pas parce que les taux grimpent que nos créanciers paniquent. La France n’a pas le moindre problème à placer sa dette sur les marchés financiers, comme en témoigne un chiffre jamais cité dans les débats : le taux de couverture (c’est-à-dire le rapport entre le volume de dette émis par l’Agence France Trésor, qui place la dette française sur les marchés, et le volume de titres demandés par les investisseurs) tourne en moyenne entre 2 et 3 (3,31 le 2 juillet, plus précisément) : autrement dit, pour 1 euro qu’on demande, les investisseurs sont prêts à en acheter 3.

« Il faut rester vigilants quant à la remontée des taux d’intérêt, qui n’est jamais une bonne nouvelle, convient l’économiste Arthur Jatteau. Mais n’oublions pas que, lorsque les taux étaient quasiment à 0, on nous expliquait déjà que la dette posait problème ! En réalité, on voit bien que, ce qui est dans le collimateur de certains observateurs, c’est la dépense publique en elle-même. Le débat est très idéologique. »

Pour François Geerolf, le problème que personne ne veut citer se nomme Commission européenne : la France a été placée sous procédure de déficit excessif depuis juillet 2024 par la Commission et vit depuis sous la menace de sanctions financières.

« Ce qui motive les discours alarmistes sur la dette, c’est moins la situation économique du pays que le respect de règles européennes mises en place dans les années 1990, résume l’économiste. Et dont l’application varie d’ailleurs en fonction de la couleur politique des gouvernements. Depuis 2017, les règles ne sont pas appliquées avec beaucoup de sévérité pour la France, mais il est probable que cela change si le pouvoir sorti des urnes en 2027 devait déplaire à la Commission… »

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7 août 2026 5 07 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

11/17 mai 1936 (19) « Les cousettes »

Alors que Léon Blum consulte les partis en vue de constituer son gouvernement (que le PCF soutiendra, donc, mais sans y participer), les grèves ont tendance à se multiplier ces derniers jours aux quatre coins de la France, par exemple dans l’entreprise Bloch de Courbevoie (700 salariés). Il s’agit de grèves le plus souvent pour les salaires et volontiers victorieuses.

« Il faut améliorer les salaires », écrit d’ailleurs Benoit Frachon, secrétaire de la CGT (le 14 mai). Dénonçant le scandale des petits salaires, « des salaires de famine », il assure : « Le pain, ce premier mot d’ordre du rassemblement populaire, il faut le donner à tous ceux qui en manquent. » Dans le même numéro de l’Humanité, Gaston Monmousseau, devenu député de Noisy-le-Sec, ajoute : « La lutte contre le grand capitalisme à l’intérieur des entreprises pour les revendications sont une des conditions essentielles du succès du mot d’ordre : améliorer le sort des travailleurs, faire payer les riches. N’est-ce point dans les meilleures traditions du syndicalisme français ? »

En fin de semaine, le quotidien communiste liste une série de « grèves et, ce qui est plus important, une série de victoires. Les mineurs de fond des bassins du Nord et du Pas-de-Calais, du Gard, de la Moselle, de la Loire, du Tarn, des Bouches-du-Rhône, de l’Aveyron ont obtenu un réajustement de leurs conditions de travail leur procurant certaines augmentations de salaires. »

« Les midinettes en ont assez ! » : Le journal accorde une place toute particulière au combat des femmes salariées. Les femmes, qui n’ont pas pu participer aux élections, privées du droit de vote, jouent un rôle important dans le combat social, montre le quotidien, qui rappelle que, dès 1917, elles étaient à l’initiative d’un « grand mouvement de grève qui fit trembler le patronat et l’état-major », ainsi que la Chambre des députés qui adopta alors une loi sur la semaine anglaise. Dans une série d’articles sur les ouvrières de la couture, le journal insiste : « Depuis des semaines, une grande effervescence se manifeste parmi les cousettes parisiennes. »

À l’international, il est surtout question de l’intervention de l’Italie mussolinienne en Éthiopie, de la nomination de Manuel Azana à la présidence de la République espagnole ; on parle aussi d’une campagne de solidarité avec Ana Pauker, dirigeante communiste roumaine. Responsable de l’Internationale communiste, Ana Pauker a été la compagne d’Eugen Fried (qui fut le représentant de la IIIe Internationale auprès du PCF). Son procès devait avoir lieu à Bucarest le 14 mai, il a été repoussé à l’automne. Ana Pauker a entamé une grève de la faim.

Gérard Streiff

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6 août 2026 4 06 /08 /août /2026 07:00

Les locuteurs de la langue inventée en 1887, qui tiennent depuis le 1er août leur congrès mondial à Graz, en Autriche, défendent un idéal de fraternité et d’égalité universelle rejoignant la pensée marxiste. Une proximité idéologique qui s’est cristallisée dans les années 1920, avec les mouvements ouvriers espérantistes.

Florent Le Du

Le centre des congrès de Graz ne parle plus autrichien. Et gare à celui qui donnera du « Hello » aux visiteurs étrangers dans l’espoir de briser la barrière de la langue. « Bonan matenon » est de rigueur, depuis le 1er et jusqu’au 8 août : environ 2 000 locuteurs d’espéranto, cette langue internationale et utopiste créée en 1887, ont pris possession des lieux pour leur 111e Congrès mondial.

La maire communiste de la deuxième ville d’Autriche, Elke Kahr, pour laquelle cet idiome « n’est pas une langue d’assujettissement, mais une langue de paix », avait proposé dès 2023 d’accueillir ce moment de réflexion sur l’avenir du mouvement espérantiste et sa finalité.

Un outil de lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière

La symbolique n’est pas insignifiante. « Les espérantistes, qu’ils soient de gauche ou non, portent une volonté de transformation sociale, indique l’historien Pascal Dubourg Glatigny, directeur de recherches au CNRS. Encore aujourd’hui, des débats portent sur la finalité du développement de l’espéranto : est-ce que l’objectif est qu’il soit la deuxième langue pour tout le monde ? Ou est-ce qu’il est surtout un moyen de créer des rapports égalitaires entre les peuples ? »

L’inventeur de cette langue, le médecin polonais Louis-Lazare Zamenhof, expliquait que « l’idée interne de l’espéranto est, sur la base d’une langue neutre, de détruire les murs entre les populations et de rapprocher les êtres humains pour que chacun d’eux voie dans son prochain seulement un être humain et un frère ».

Lorsque l’espéranto commence à se diffuser dans l’ensemble de l’Europe, au tournant du XXe siècle, la dimension internationaliste, pacifique et égalitariste de la langue intrigue naturellement les mouvements de gauche. D’abord dans la bourgeoisie, où la langue est surtout une curiosité.

 

Puis dans le prolétariat, qui y voit un potentiel outil de lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière. En quelques années, des centaines de petits groupes espérantistes prolétariens voient le jour. Les anarchistes y sont alors majoritaires, et seront les premiers à réunir leurs mouvements locaux au sein d’une association internationale, Paco Libereco, en 1906.

Après 1917, l’espéranto au service de l’internationalisme ouvrier

Encore présent chez de nombreux locuteurs actuels, l’objectif de placer l’espéranto au service d’un projet politique en phase avec son « idée interne » ne paraît plus si utopique avec la révolution d’Octobre, de 1917.

En URSS, l’apprentissage de la langue espérantiste est plébiscité, porté par un « désir de sortir d’un enfermement culturel et social dans lequel la Russie tsariste avait maintenu les classes laborieuses », précise Pascal Dubourg Glatigny. Dans les usines, les ouvriers vont adhérer en masse au réseau international des Proletaj Esperanto-Korespondantoj (correspondants espérantistes prolétariens, PEK).

Les échanges épistolaires avec des prolétaires du monde entier seront encouragés par les autorités soviétiques, pour faire connaître la révolution à l’étranger. Les carnets d’adresses s’épaississent rapidement avec la conversion massive de communistes et socialistes, notamment en Europe de l’Ouest, où les mouvements espérantistes ouvriers sont perçus comme un moyen de prolonger cette révolution qui, pour fonctionner, ne peut être que mondiale.

Octobre 1917 aura aussi convaincu les espérantistes non bolcheviques, qui « se sentirent en harmonie avec l’internationalisme proclamé du nouveau régime, alors que l’idée d’une planification possible de la société par l’intervention scientifique pour accélérer les choses vers le progrès appartenait à leurs convictions communes », écrit Jean-François Fayet, professeur à l’université de Fribourg, dans un article intitulé « Une langue internationale pour une révolution mondiale ? ».

Eugène Lanti, le militant qui rêvait d’un monde sans nations

Pour les mouvements ouvriers espérantistes, qui connaissent leur apogée dans les années 1920, les nations ne sont qu’une invention de la bourgeoisie pour contrôler la classe ouvrière. Un homme va particulièrement incarner cette doctrine, le menuisier français Eugène Adam, rebaptisé par ses camarades Eugène Lanti, en raison de ses engagements : anticléricaux, antimilitaristes, anticapitalistes… Anarchiste, puis communiste, il développe l’idée d’un « anationalisme » prolétarien et crée, en 1921, le principal mouvement ouvrier espérantiste : la SAT (Sennacieca Asocio Tutmonda ou Association mondiale anationale).

Un groupe « unique dans l’histoire des mouvements ouvriers puisque toutes les tendances y sont représentées : socialistes, communistes, anarchistes, non affiliés… », note l’historien Pascal Dubourg Glatigny. Dans un objectif de dépassement du capitalisme, la SAT va promouvoir l’espéranto comme la langue à même de porter la révolution mondiale, tout en se revendiquant au-dessus des partis.

« “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous” », nous a dit Marx. Les communistes espérantistes ajoutent : « Pour qu’ils puissent s’unir, il est nécessaire qu’ils puissent se comprendre. Et l’espéranto est cet instrument nécessaire d’intercompréhension » », prône Eugène Lanti en 1924.

Moscou abandonne l’idée d’une langue internationale

L’Internationale communiste (IC) se saisit d’ailleurs de cette question dès 1921, avec la création d’une commission d’étude pour l’adoption d’une langue internationale. Mais, pour l’historien Jean-François Fayet, « toute la stratégie de l’exécutif de l’IC à l’égard des espérantistes allait dès lors consister à entraver de multiples façons leur travail, empêchant ainsi l’introduction d’une langue internationale au sein du mouvement communiste international, sans jamais condamner officiellement l’espéranto ».

L’idée sera définitivement enterrée à la fin des années 1920, avec le virage totalitaire du stalinisme. Dans le même temps, les correspondants espérantistes prolétariens, poursuivant leurs échanges avec l’étranger, racontent les premiers dysfonctionnements de la structure soviétique. Les PEK sont alors contrôlés, puis interdits.

À la même période, la SAT est confrontée à la volonté progressive de Moscou et des membres pro-soviétiques de mettre la main sur le mouvement. Elle exclut les principales figures pro-soviétiques en 1931, provoquant le départ de la plupart des communistes, qui se regrouperont ensuite dans l’Internationale des espérantistes prolétariens. Cette organisation est vite lâchée par Moscou, qui lui refuse toute aide financière, puis accuse ses dirigeants d’espionnage et d’activité contre-révolutionnaire, en raison de leur contact avec l’étranger. Le régime les fait fusiller en 1936 et 1937, actant officieusement l’interdiction de l’espéranto en URSS.

Face aux nationalismes, l’utopie espérantiste résiste

Son usage reviendra dans les années 1960 et 1970, à travers des camps de jeunesse d’été, qui convainquent Moscou de l’autoriser à nouveau. À la même période, l’espéranto, qui n’a jamais retrouvé son expansion des années 1920, attire de jeunes idéalistes occidentaux. L’Organisation mondiale de la jeunesse espérantiste constitue alors un répertoire international permettant aux défenseurs de cette langue d’être logés par d’autres locuteurs dans le monde entier.

« L’espéranto connaît des coups d’accélérateur lorsqu’il y a des prises de conscience sur l’état du monde, observe Pascal Dubourg Flatigny, précisant manquer de statistiques sur le nombre de locuteurs, forcément occasionnels. Aux États-Unis, au moment de la guerre du Vietnam, puis pendant le mandat de Bush Junior, dans la Hongrie d’Orban, la Grande-Bretagne du Brexit… »

Si les mouvements ouvriers ont considérablement perdu de leur ampleur et de leur influence depuis la fin des années 1930, la SAT existe toujours et est représentée à Graz. Communistes, anarchistes, socialistes, anationalistes s’y rejoignent toujours, mais l’organisation s’est aussi ouverte aux nouveaux axes militants, avec la création d’une fraction LGBT ou encore d’une section végétarienne.

En pleine montée d’une internationale fasciste, la SAT, comme la plupart des mouvements espérantistes, entend redonner de l’écho à ce qu’elle nomme « l’idée interne » de l’espéranto, un idéal de fraternité universelle.

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6 août 2026 4 06 /08 /août /2026 05:05

 

 

 

 

 

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5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 07:00

À peine plus de quatre mois après leur élection, les élus du Rassemblement national multiplient les attaques à la culture, aux associations et aux plus démunis, tout en cultivant leur idéologie traditionaliste et xénophobe. Premier bilan.

Florent Le Du

Les anciens ont donné l’exemple en réduisant les subventions aux associations pour libérer du budget aux polices municipales, en s’attaquant à la culture et à tout ce qui touche de près ou de loin aux réfugiés, en sapant les services publics… Une méthode que la dizaine de maires du Rassemblement national (RN) en poste avant les dernières municipales ont éprouvée.

Depuis les élections municipales d’avril 2026, ce sont désormais 57 communes de plus de 3 500 habitants qui pâtissent de ces choix. Plus nombreux, galvanisés, les édiles d’extrême droite vont même souvent plus loin que leurs prédécesseurs, à l’image du « Trump occitan », Christophe Barthès. À Carcassonne (Aude), le nouveau maire arrose des syndicalistes de la CGT depuis le balcon de sa mairie, s’infiltre sur un groupe privé Instagram de lycéens préparant un potentiel blocage pour les intimidés, menace quiconque s’opposerait à lui de représailles…

Un climat de terreur que l’Humanité documentait à Perpignan, Moissac, Fréjus ou encore Beaucaire en janvier dernier, et qui semble désormais se propager et s’intensifier.

Les services publics, victimes collatérales

Une question de priorités budgétaires. Le RN, au niveau national, cache les conséquences de son projet de baisse massive de la fiscalité des entreprises. Elles sont visibles au niveau local, à travers la casse des services publics. Dans les mairies, la priorité n’est pas fiscale mais sécuritaire.

Comme à Montargis (Loiret), où le recrutement express de cinq policiers municipaux et l’augmentation de 78 000 euros de leurs moyens ont obligé le maire, Côme Dunis, à faire des économies ailleurs. Conséquence : les constructions d’une école, d’une crèche et d’un centre pour le traitement du cancer ont été stoppées net, tandis que sept postes d’enseignants sont supprimés au conservatoire de musique.

 

À Carpentras (Vaucluse), c’est la ferme municipale, alimentant les cantines scolaires en légumes bio, qui a été fermée par la mairie RN tandis que celle de La Valette-du-Var (Var) fait augmenter les tarifs du périscolaire et de la cantine, y compris pour les familles les plus modestes.

La culture dans le viseur

Les restrictions budgétaires sont aussi un excellent prétexte pour mettre à sac la culture. Pour justifier l’annulation de la pièce Passeport d’Alexis Michalik, traitant le destin d’un réfugié dans la jungle de Calais, le maire de Castres (Tarn), Florian Azema, déclare vouloir « que l’argent public, l’argent des Castrais, soit dépensé correctement ». À la place, une enveloppe a été débloquée pour organiser, le 10 mai, une « Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme ».

La « cancel culture » du RN a aussi eu la peau de nombreux événements. Le festival de courts-métrages de Carpentras et celui de musique jazz de Vauvert (Gard) ont été sacrifiés par la suppression des subventions. Les concerts gratuits de l’été ainsi qu’un festival d’arts de la rue ont été annulés à La Flèche (Sarthe) du fait de la coupe de 63 000 euros de subventions à l’association Le Carroi. À Bagnols-sur-Cèze (Gard), on relève l’annulation arbitraire de neuf spectacles, dont ceux de Muriel Robin et du chorégraphe Mourad Merzouki ; ou encore celle d’une soirée ciné-débat LGBT + à Harnes (Pas-de-Calais)…

La vision du parti lepéniste de la culture est parfaitement décrite par le maire de Moissac (Tarn-et-Garonne), Romain Lopez. Tancé par son opposition après avoir débloqué 35 000 euros pour bâtir un « village médiéval » inspiré du Puy du Fou, il répond : « La culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous ! »

Le devoir de mémoire au placard

Du budget pour Jeanne d’arc et le Puy du Fou, du mépris pour les mineurs et les esclaves. En moins de trois mois, les édiles du RN ont supprimé plusieurs commémorations, comme celles du 1er-Mai. Dans le Pas-de-Calais, inspirée par Steeve Brivois à Hénin-Beaumont, Daisy Duveau a mis fin au défilé qui se tenait depuis les années 1950 à Grenay, tandis qu’à Liévin, Dany Paiva a réduit au strict minimum la cérémonie d’hommage aux 42 mineurs morts d’un coup de grisou, en 1974. À Vierzon (Cher), « c’est surtout parce que cet événement attirait très peu de gens » que la cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage a été supprimée le 10 mai, selon l’adjoint Yves Husté.

« On ne mord pas la main qui vous nourrit. » Coupable d’avoir saisi le tribunal administratif contre un arrêté antimendicité, la Ligue des droits de l’homme de Carcassonne s’est vue sucrer la petite subvention (300 euros) que la mairie lui accordait.

Le Planning familial fait les frais de ces représailles budgétaires, comme à Carpentras où l’association est décrite comme « un organe politisé et partisan, mais aussi un avant-poste d’une idéologie controversée qu’est le wokisme ». Elle fait ainsi partie des victimes de la baisse de 300 000 euros de subventions à une vingtaine de structures locales.

À Bagnols-sur-Cèze, le budget des associations est passé de 953 000 à 496 000 euros, selon La Marseillaise, avec notamment la coupe des 190 000 euros alloués à l’association Mosaïque en Cèze, qui gère deux centres sociaux, désormais condamnés à fermer leurs portes. Des coupes ciblées, donc, comme à La Flèche, où Romain Lemoigne a retiré les aides attribuées à Solidarité accueil exilés, ATD Quart-Monde. « On ne subventionne pas les associations qui aident les migrants », a-t-il justifié.

Aux racines de l’extrême droite

Si à Carpentras et Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales), les équipes municipales d’extrême droite ne seraient pas directement responsables de la diffusion scandaleuse de « Maréchal, nous voilà ! » dans les enceintes de leur ville le 8 mai, Ethan Wagner, lui, n’a pas d’excuse. Le conseiller municipal RN de Saint-Avold (Moselle) a été filmé en chantant à pleine gorge l’hymne pétainiste.

À Castres, Florian Azema a pioché dans l’intégrisme catholique pour constituer son équipe. Son directeur de cabinet, Xavier Fruleux, militant identitaire dont plusieurs projets sont financés par Pierre-Édouard Stérin, est aussi lié à la Fraternité Saint‐Pie X. Une organisation catholique ultraconservatrice que fréquente aussi Foulques de Lattaignant de Ledinghen, directeur général adjoint des services. Dans le sillage du RN, toutes les extrêmes droites accèdent au pouvoir.

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5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

4/10 mai 1936 (18) Soutien sans participation !

Trois jours après ce second tour triomphal, Maurice Thorez et Jacques Duclos réunissent la presse à la Mutualité. Dans une déclaration liminaire (intégralement reprise dans l’Humanité du dimanche 10), le secrétaire général estime que le vote massif pour les candidats communistes, pour ceux du Front populaire est motivé par une volonté de paix (et la hantise de Hitler), par une aspiration démocratique (et la dissolution des ligues factieuses), par un désir de progrès social (salaires et semaine de 40 heures). Il juge que le slogan communiste qui a connu le plus grand succès est celui qui demande « une France libre, forte, heureuse ». À présent, pour faire autrement, il faut faire payer les riches et il reprend les cinq résolutions que le nouveau groupe parlementaire communiste vont déposer (ce sont les cinq demandes déjà présentées par lui le 1er mai, voir l’article précédent) : nouvelle politique sociale, familiale, sportive, agricole.

Ce qui implique de changer de gouvernement. Thorez précise : « Il revient au parti le plus important de la nouvelle majorité, avec lequel nous sommes liés par un pacte d’unité d’action, de prendre la direction des affaires publiques. » Autrement dit la SFIO de Blum. « Pour notre part, nous l’assurons de notre appui complet à la chambre et dans le pays pour l’application d’une politique conforme aux aspirations indiquées par notre peuple dans le dernier scrutin. Nous ne participerons pas : nous l’avons dit et répété très loyalement au cours de notre campagne électorale. »

Il ajoute : « Nous sommes le Parti communiste, nous avons l’ambition et la volonté de conduire notre peuple vers une meilleure société où la possession des grands moyens de production sera le fondement du pouvoir des travailleurs libérés du joug du capital. En attendant, nous voulons soutenir sans réserve les forces démocratiques et de paix, appuyer tout effort pour améliorer le sort des travailleurs. »

Ajoutons encore cette phrase : « Nous voyons comme condition essentielle du succès du Front populaire : sa cohésion, son organisation, l’action des masses. »

L’autre caractéristique de cette semaine très politique, ce sont les ouvriers, les paysans, les syndicats qui haussent le ton. Benoit Frachon fait la Une de l’Humanité du 8 mai avec ce titre : « La CGT devant les problèmes actuels ». Il se félicite du résultat des élections et il note : « Il s’agit maintenant de cueillir les fruits de la victoire, de satisfaire aux légitimes revendications des masses laborieuses. La CGT entend bien faire l’impossible pour qu’un résultat positif soit obtenu dans les délais les plus courts.

(…) Les syndicats ne réclameront rien qui soit irréalisable. Ils demanderont tout ce qui peut être fait, même si cela nécessite de bousculer les routines ou de porter atteinte aux privilèges des oligarchies.»

Gérard Streiff

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