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18 juillet 2026 6 18 /07 /juillet /2026 07:00

La directrice de la Fête de l’Humanité, Sofia Boutrih, revient sur les grands combats que porte cet événement exceptionnel et le rôle qu’il peut jouer à quelques mois de la présidentielle.

Laurent Moulou

Quel sera le grand thème de cette Fête de l’Humanité 2026 ?

Sofia Boutrih

Directrice de la Fête de l’Humanité

Cette année, nous allons fêter les 90 ans du Front populaire. Il était incontournable de mettre au cœur de la Fête de l’Humanité ce moment historique pour la gauche et si symbolique à quelques mois de l’élection présidentielle.

La Fête rassemblera une grande partie des acteurs progressistes – organisations syndicales, politiques, associatives, organisations internationales –, avec la volonté de rappeler, comme ce fut le cas en 1936, la nécessité d’avoir un front uni contre la menace du fascisme et de donner tous les outils de réflexion au public. L’un des intérêts de cette Fête sera de mettre la gauche face à ses responsabilités et ses contradictions, et d’inciter au dialogue.

Comment ce contexte politique se traduira-t-il concrètement dans la Fête ?

Notre rôle n’est pas de trancher les différends autour de la présidentielle, mais de travailler sur ce qui rapproche, de montrer l’unité possible sur des sujets précis et un projet politique partagé. La Fête reste ce lieu unique où, dans chaque débat et chaque stand, communiste, insoumis, écologiste ou socialiste, on peut se croiser, se parler.

 

Plusieurs espaces, comme le Village des médias indépendants et le Forum social, feront vivre ces échanges entre forces politiques, organisations syndicales et même patronales. Évidemment, l’Agora sera le lieu incontournable de la réflexion, avec la venue de grandes personnalités et l’objectif d’élever le débat sur les fondamentaux politiques, que ce soit la lutte contre le racisme et le fascisme ou la prédation du capitalisme.

L’Agora est là pour fournir les armes intellectuelles au public, dans la perspective de la présidentielle et au-delà. J’espère, enfin, que l’affluence sera à la hauteur de celle – record – de l’année dernière. La Fête a souvent été le lieu du sursaut populaire et citoyen. Y venir, c’est montrer qu’on résiste, qu’on n’est pas résigné face au matraquage des sondages sur l’extrême droite et le risque d’une division de la gauche. Il reste beaucoup à faire, mais il y a de la lumière et de l’espoir !

L’autre grand thème, dans le contexte actuel, sera bien sûr la solidarité internationale…

La lutte pour la paix reste un fil rouge, avec notamment le soutien à Cuba, étouffée par les politiques états-uniennes, et naturellement au peuple palestinien martyrisé. Une nouvelle place, devant l’espace débat du Village du monde, sera inaugurée au nom de l’ancienne déléguée générale de la Palestine en France, Leïla Shahid, présente lors de la dernière Fête et qui nous a quittés en février.

L’année dernière, le spectacle « la Haine » avait été joué sur la Scène Angela Davis. Allez-vous renouveler ce type de spectacle ?

Tout à fait. On a demandé cette année d’avoir en exclusivité un Drag Race France sur la Fête de l’Humanité. Pour eux, ce sera la première fois qu’ils organiseront dans un tel lieu ce spectacle, symbole d’inclusivité. Un autre moment fort sera l’hommage à la chanteuse Colette Magny avec un spectacle intitulé Radicale Magny.

Plus largement, nous voulons faire de cette édition le grand rendez-vous de la culture en lutte face aux attaques que subit le secteur. Des temps forts seront organisés avec, notamment, le Syndicat des musiques actuelles et la commission culture du PCF.

Quelle philosophie guide la programmation artistique ?

Nous refusons d’entrer dans la logique spéculative qui fait aujourd’hui exploser les cachets des artistes. Nous n’en avons ni les moyens ni la volonté. Notre ambition est de proposer une offre culturelle riche, ambitieuse et populaire, mêlant des artistes intergénérationnels, comme Soprano ou Louane, à de nouvelles découvertes.

Le tout en restant un événement très accessible : les billets démarrent à 45 euros pour trois jours. Une billetterie solidaire existe également et nous travaillons avec des associations pour permettre à des habitants des quartiers populaires de venir. C’est un engagement fondamental.

À quelques semaines de l’échéance, comment vous préparez-vous ?

Nous y travaillons toute l’année avant d’en récolter le fruit en septembre. Dans la dernière ligne droite, ce sont 50 permanents, près de 600 bénévoles, ainsi que les prestataires, bâtisseurs et bâtisseuses, qui sont mobilisés. Cet engagement militant est essentiel. Le défi est colossal : une ville éphémère de 80 hectares accueillant 610 000 personnes en trois jours.

Le montage débute le 3 août et se poursuit jusqu’au 11 septembre, avant un mois de démontage. Nous cherchons aussi à améliorer sans cesse l’événement. Cette année, toutes les scènes seront raccordées au réseau électrique afin d’éviter les groupes électrogènes, coûteux en carburant. Nous avons renforcé le tri des déchets et lancé une étude sur notre impact écologique. Les aléas climatiques sont également devenus un enjeu majeur.

Les annulations de festivals, comme Solidays, pour des raisons météorologiques nous conduisent à rendre nos infrastructures plus résilientes face aux fortes pluies, au vent ou aux canicules. C’est aussi cette capacité à se réinventer qui fait de la Fête un rendez-vous incontournable.

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18 juillet 2026 6 18 /07 /juillet /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

1/8 mars 1936 (9)


L’unité syndicale

Deux informations dominent la semaine

Le congrès de réunification de la CGT se tient du 2 au 6 mars à Toulouse. 1 709 délégués, représentant 3 834 syndicats. Ils confirment leur adhésion au programme du Front populaire et leur attachement aux principes de la lutte des classes. On peut lire dans la résolution finale : « Le congrès déclare avec la plus grande fermeté qu’il ne suffit pas d’énoncer devant le peuple des revendications et des aspirations qui lui sont chères ; il faut sous peine de déceptions cruelles et graves les faire passer dans la réalité. » Ses effectifs vont passer dans l’année de 750 000 à 4 millions d’adhérents. Ont été élus à l’unanimité membres du Bureau confédéral : Jouhaux, Frachon, Racamond, Belin, Bothereau, Bouyer, Dupont.

« La classe ouvrière a maintenant en main une arme que les jours qui viennent vont rendre encore plus forte et mieux trempée », commente Paul Vaillant-Couturier qui ajoute : « Nous, communistes, n’avons jamais considéré pour notre part le Front populaire comme une simple et banale formation électorale ni, pour employer une expression chère aux réactionnaires et aux fascistes, comme un cartel tripartite. C’est beaucoup plus et beaucoup mieux à nos yeux. C’est une étape vers la libération définitive des travailleurs de France. C’est un rassemblement qui doit constituer, après comme avant les élections, une force durable de contrôle et d’action ayant, par ses comités, des ramifications dans les entreprises et jusque dans les moindres bourgades du pays. »

La seconde information qui domine la semaine est alarmante: Hitler, en réponse provocatrice au traité franco-soviétique juste signé, décide le 7 mars de réoccuper militairement la Rhénanie. La région était démilitarisée depuis la signature du traité de Versailles. Interdiction était faite à l’Allemagne d’établir des places fortes et de déplacer des troupes dans une zone de 50 kilomètres à l’est du Rhin. Les accords de Locarno (1925) renforçaient ces dispositions et toute violation serait considérée comme une agression allemande. Or Hitler réinstalle la Wehrmacht en Rhénanie. C’est dans cette région que se concentrent les industries de guerre allemandes. Et la France (comme la Grande-Bretagne) laissera faire. Comme elle laissera faire l’invasion de l’Autriche puis des Sudètes tchécoslovaques (traité de Munich). « La paix en danger », titre l’Humanité sur toute sa Une. Un appel du PCF déclare que « Hitler veut la guerre. (…) Face aux puissances de mort qui nous menacent, toutes les forces de vie doivent se rassembler. »

Gérard Streiff

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17 juillet 2026 5 17 /07 /juillet /2026 07:00

Président de la Fondation Gabriel Péri, Guillaume Roubaud-Quashie alerte sur sa situation économique dégradée par la baisse drastique du financement de l’État et appelle à réinvestir des outils utiles au débat démocratique.

Vous alertez sur la situation financière de la fondation Gabriel Péri. Pourquoi ?

Guillaume Roubaud-Quashie

Président de la Fondation Gabriel Péri

L’histoire des fondations politiques est très inégalement connue, en France. Il est sans doute utile de rappeler le point de départ.

La Fondation Gabriel-Péri, comme la plupart des fondations politiques, a été créée à la suite du 21 avril 2002. La qualification de l’extrême droite pour le second tour de l’élection présidentielle a provoqué un choc considérable. À l’époque, l’idée s’est imposée qu’il fallait favoriser un débat politique mieux informé, nourri d’études, de travaux. Le modèle des fondations est né dans l’Allemagne de l’après-guerre comme outil de dénazification.

Chez nos voisins – « modèle allemand » décidément suivi de manière très variable –, les fondations ont d’emblée disposé de moyens considérables et c’est toujours le cas aujourd’hui. En France, on a donné des moyens bien plus limités à ces structures tardivement créées mais cela permettait quand même d’engager des travaux ayant une certaine ampleur.

En ce qui concerne la Fondation Gabriel-Péri, je ne prends que deux exemples : l’appui massif à la numérisation des archives du communisme français en coopération avec la Maison des sciences de l’homme de Dijon a permis la constitution d’un portail sans équivalent pour aucune formation politique et le soutien décisif au lancement de la Grande édition Marx Engels en français (GEME), vaste entreprise de traduction et d’édition critique.

 

Toujours est-il que ces subventions ont fondu comme neige au soleil : elles ont été divisées par trois depuis le début du siècle et les coupes s’accélèrent. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, notre budget a été amputé de moitié. La raison d’être des fondations serait-elle plus difficile à saisir dans les circonstances présentes ? Qui ne voit que c’est tout l’inverse ! Contribuer à ce que le débat démocratique grandisse sur des bases solides est un enjeu de salut public.

L’existence de la Fondation est-elle menacée ?

Si le financement de la fondation continue d’être réduit, nous ne pourrons plus poursuivre notre mission. Les baisses de subvention nous ont déjà contraints à un nouveau licenciement dans la dernière période. Des projets ont dû être abandonnés, d’autres sont menacés. Des publications sont reportées. C’est tout simplement la capacité de la Fondation Gabriel-Péri à faire ce pour quoi elle a été créée qui se trouve mise en question. Encore quelques années ainsi et c’est la question de son existence qui va se poser très concrètement.

Que demandez-vous ?

La France a créé des fondations politiques parce qu’il a été considéré que la démocratie était en danger dans notre pays et qu’une des réponses à apporter pour la préserver était d’améliorer la qualité du débat public. Ce diagnostic était juste en 2002 et il l’est encore plus aujourd’hui. Cela appellerait a minima un rétablissement des subventions à la hauteur qui était la leur au moment de la création des fondations. Dans l’urgence, il conviendrait de revenir sur les coupes opérées au cours des derniers mandats.

Comment chacun peut-il contribuer à défendre l’existence de la fondation ?

La subvention pour l’année 2026 a été fixée il y a quelques jours, très en deçà (-67 000 euros) de ce que nous pouvions imaginer – la baisse est générale pour toutes les fondations politiques mais plus accusée pour certaines d’entre elles, notamment la Fondation Gabriel-Péri. Il y a donc urgence pour passer ce cap et surmonter ce mauvais coup.

Nous avons lancé un appel à la souscription avec l’objectif de réunir 60 000 euros dans l’immédiat. Il est possible de verser sur le site de la fondation. Soutenir la Fondation Gabriel-Péri peut aussi passer par l’achat et la diffusion des livres qu’elle publie ou des revues comme La Pensée. La fondation propose aussi des expositions qui peuvent être achetées, des initiatives qui peuvent être montées.

Vous donnez rendez-vous à la Fête de l’Humanité ?

La Fondation Gabriel-Péri entretient un dialogue privilégié avec le mouvement social et la gauche. La Fête de l’Humanité est donc incontournable. Comme chaque année, la Fondation y sera présente avec son stand au Village du livre. Elle sera aussi associée à plusieurs débats, notamment autour du Front populaire à l’occasion du 90e anniversaire de 1936 mais aussi autour d’enjeux très présents comme les formes contemporaines de la domination états-unienne, le devenir de l’enseignement supérieur… Nous y donnons rendez-vous à tous ceux qui souhaitent nous rencontrer et nous soutenir.

 
 
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17 juillet 2026 5 17 /07 /juillet /2026 05:05

 

 

 

 

 

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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 07:00

Le département d’État américain lance une campagne pour démanteler la CPI car elle menacerait la souveraineté états-unienne. Cette nouvelle escalade marque un tournant dans la stratégie de la Maison-Blanche contre le droit international.

 

Latifa Madani

« Aucune option diplomatique » n’est exclue pour « neutraliser de manière systématique la capacité de la CPI à fonctionner ». Ainsi, Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, a-t-il déclaré la guerre totale à une Cour pénale internationale (CPI) déjà fragilisée par les sanctions à l’encontre de ses juges et par des retraits successifs de pays membres.

En intensifiant ainsi ses attaques contre la CPI, la Maison-Blanche passe une étape décisive dans sa politique tous azimuts qu’elle mène contre le droit international, particulièrement depuis que l’institution a émis, en 2024, des mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et contre l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis dans la bande de Gaza.

Marco Rubio a détaillé, dans une vidéo sur X et dans le Wall Street Journal, cette offensive majeure lancée contre l’institution de La Haye (Pays-Bas), leur « bête noire ». « À l’heure où nous parlons, la CPI et ses alliés mènent une guerre contre notre pays, non pas à coups de balle ou de missile, mais à coups de statut, de traité et de la force de ce qu’on appelle le « droit international » », a-t-il déclaré.

L’offensive contre la CPI prend une nouvelle tournure

Cette fois, il ne s’agit plus seulement pour Washington de sanctions individuelles et de pressions matérielles conjoncturelles. Son objectif est d’isoler l’institution, garante du respect du droit international, et de la priver de tout soutien politique et financier. Cette nouvelle campagne « mobilise l’ensemble du gouvernement » et vise à pousser d’autres pays « à se retirer de la CPI et à couper tout leur soutien à la Cour », a poursuivi le secrétaire d’État.

Il s’agit, selon des sources proches du département d’État américain, d’une part, « de pousser les pays qui sont actuellement signataires du statut de Rome (le traité qui a créé la CPI, en 2002, NDLR) de se retirer de la CPI et de cesser leur soutien politique et financier » et, d’autre part, d’appeler les pays qui, comme les États-Unis, n’ont pas ratifié le statut de Rome à mobiliser leurs réseaux diplomatiques pour prendre des mesures similaires.

 

« Nous observerons avec intérêt quels pays se joindront à nous pour lutter contre cette menace qui pèse sur les Américains prêts à risquer leur vie pour protéger autrui », a déclaré Marco Rubio, ajoutant cette menace de chantage à peine voilée : « Les pays qui refusent de rejeter la fausse autorité de la CPI tout en comptant sur l’aide des États-Unis risquent de faire l’objet d’une surveillance accrue. »

Il est utile de rappeler que le secrétaire d’État américain, à l’instar du président Trump et d’autres membres de l’administration américaine, fait l’objet d’une plainte déposée auprès de la justice fédérale de New York, le 24 juin, par trois juges de la CPI, qui avaient été sanctionnées en vertu du « décret anti-CPI » de février 2025 signé par le président états-unien à la suite de la visite à New York de Benyamin Netanyahou. Ce décret place sur la même liste magistrats internationaux et terroristes ou trafiquants.

 

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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

24/29 février 1936 (8) Ernst Thaelmann 

Jean Craignou avait été blessé lors de la manifestation antifasciste du 9 février 1934 : ce communiste du 12e arrondissement, tapissier de son métier, avait reçu une balle de revolver qui lui avait traversé le cou ; il est mort le 23 février. Un communiqué du Comité central du PCF souligne que Jean Craignou « s’est battu héroïquement pour épargner à notre pays la honte du fascisme » et appelle les travailleurs de la région parisienne à lui « apporter un dernier salut » et « lui assurer des obsèques grandioses samedi après-midi ».

Le 28 février, l’Humanité consacre un dossier de huit pages intitulé « Il faut arracher Thaelmann aux griffes du fascisme hitlérien ». Né à Hambourg en 1886, il avait rejoint le KPD en 1920, dirige l’insurrection de Hambourg, passe à la clandestinité, devient président du parti en 1925, double le score électoral communiste de 1928 à 1932. Il est arrêté le 3 mars 1933 par les nazis. Thorez propose qu’il soit le président d’honneur du 7e congrès de l’Internationale communiste en 1935.

La Chambre des députés ratifie le 26 février le pacte franco-soviétique. Par 353 voix contre 164. « Un succès important des défenseurs de la paix » titre l’Humanité. Dans un éditorial intitulé « Qui provoque ? », le directeur du quotidien Marcel Cachin évoque le dépit des forces réactionnaires et pro-allemandes. « La signature du pacte franco-soviétique fut dans le monde un spectacle inédit. C’est la première fois que l’on entend des représentants de grands peuples comme la France et l’Union Soviétique déclarer que jamais ils ne se feront la guerre l’un à l’autre. C’est la première fois qu’ils admettent que s’ils sont attaqués, ils se prêteront assistance contre le criminel qui brisera la paix. »

La guerre, la paix, il en est beaucoup question dans la presse. On parle ainsi d’un étrange putsch qui s’est passé au Japon, organisé par des officiers fascistes qui bénéficient de la complicité de l’armée. Les mutins pourraient se rendre, mais on parle aussi du glissement de ce pays vers une dictature militaire. La guerre, la paix, c’est aussi le sujet d’un article de Jacques Duclos qui se félicite de l’initiative de l’ARAC, l’Association républicaine des anciens combattants, fondée par Henri Barbusse, d’organiser un « pèlerinage » à Verdun, pour le vingtième anniversaire des combats sur ce front. « Qu’ils aillent nombreux les anciens combattants sur les champs de bataille de Verdun, qu’ils aillent puiser dans le souvenir des heures atroces qu’ils ont vécues, la volonté inébranlable de tout faire pour empêcher la guerre. »

Gérard Streiff

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15 juillet 2026 3 15 /07 /juillet /2026 08:48

Si la clientèle « long-courrier » et les catégories sociales supérieures sont au rendez-vous pour cette saison estivale, les autres doivent piocher comme jamais dans leur épargne ou raboter sur les extras pour s’offrir un répit qui n’a jamais été aussi court. Dépourvu de politiques publiques, l’État est aux abonnés absents.

 

Stéphane Guérard

La saison s’annonce belle pour la « destination France ». Selon la dernière note flash de conjoncture publiée fin juin par l’agence de développement du tourisme Atout France, le début d’année a été solide, grâce aux 23 milliards d’euros de recettes cumulées sur les quatre premiers mois (+ 7,4 % par rapport à 2025). Merci aux « clientèles européennes de proximités et nord-américaines ». Et pour cet été, « l’attractivité de la France reste forte, en particulier auprès des clientèles long-courriers ».

Tout va donc bien pour l’industrie du tourisme. En revanche, tout ne va pas pour le mieux pour le droit aux congés payés. Quatre-vingt-dix ans après leur invention par le Front populaire, quatre-vingts ans après la mise en place du droit au départ par les lois sociales d’après guerre, tous les indicateurs sont au rouge.

Si 65 % des Français citent les congés payés comme la loi sociale la plus importante, juste derrière la création de l’assurance-maladie, selon le dernier baromètre Ipsos pour le Secours populaire, un quart de la population n’en profitera pas cet été. Et, même parmi les trois-quarts qui partiront, ils seront de plus en plus nombreux à le faire au prix de sacrifices toujours plus grands.

Un budget de 1 530 euros en moyenne

Ainsi, un Français sur trois a déjà dû renoncer à des vacances ces quatre dernières années pour des raisons
financières. Un quart n’a pu partir qu’en se serrant la ceinture dans les mois précédents. Cette tendance de fond, scrutée régulièrement par le Secours populaire, s’amplifie cette année dans les intentions de départ pour cet été, analysées par l’Ifop pour Alliance France tourisme (think tank des entreprises du tourisme).

« L’été 2026 confirme un net ralentissement des départs », note l’étude. 68 % des Français prévoient de s’en aller au moins une semaine (-9 % par rapport à 2025). « Mais seuls 37 % se déclarent certains (de le faire), contre 50 % l’an dernier, traduisant une montée de l’incertitude ».

 

« Le départ en vacances devient un marqueur social de plus en plus structurant »

Extrait de l’étude d’Alliance France tourisme

L’incertitude est bien sûr liée au contexte international et à ses conséquences sur les frais de transport. Ce phénomène conjoncturel renforce une évolution plus structurante : « 84 % des catégories aisées envisagent de partir, contre seulement 58 % des catégories modestes, confirmant que le départ en vacances devient un marqueur social de plus en plus structurant », souligne l’Alliance France tourisme.

Certes, toutes les catégories sociales ont prévu de rogner leur budget vacances, qui s’établira à 1 530 euros en moyenne (-150 euros par rapport à 2025). Mais 35 % devront se contenter de moins de 1 000 euros. Et même si presque tout le monde (86 %) va devoir puiser dans son bas de laine, l’inégale capacité à épargner renforce les inégalités sociales face au droit au départ.

Pour préserver une respiration estivale, les plus modestes se montrent inventifs. Parmi la moitié des Français qui doit comprimer son budget, 61 % vont jouer sur la durée ou la fréquence des séjours, 60 % sur les dépenses sur place et 47 % sur la recherche d’offres moins coûteuses. Les destinations françaises de proximité sont privilégiées (71 %), joignables en voiture personnelle (68 %). Les recours aux hébergements gratuits (famille, amis) ou aux campings plus accessibles sont plébiscités, aux dépens relatifs des plateformes de réservation en ligne (-4 %).

Crédit à la consommation et aide de proches

Et, si ça ne suffisait pas, 14 % des vacanciers de cet été feront appellent à un coup de pouce financier extérieur : 9 % utiliseront un paiement fractionné ; 3 % un crédit à la consommation et 2 % une aide des proches, selon l’observatoire du tourisme du groupe bancaire BPCE.

Le pouvoir de partir est corrélé au pouvoir d’achat. En période d’attrition salariale (la France n’a toujours pas totalement rattrapé la perte de pouvoir d’achat liée à l’inflation post-covid et à la crise énergétique de 2022, selon Indeed, un site d’annonces de recherche d’emploi), le droit au congé trinque doublement. Car, parmi les 10 millions de personnes qui ne peuvent pas partir pour raison financière, la moitié n’est en fait jamais partie.

86 % d’entre eux avaient des parents qui eux non plus ne partaient jamais. Or, comme le souligne Émilie Schaf, du Secours populaire, « le départ en vacances, ce n’est pas rien : c’est se libérer d’un quotidien qui emprisonne. Avec nos Journées des oubliés des vacances, nos Journées bonheur pour les familles, nous travaillons contre le « je n’ai pas droit » Il faut cinq générations pour sortir de la pauvreté qui assigne à résidence. On aide les gens à sortir de ce schéma familial ».

D’autant que les offres du marché du tourisme et ses promesses renouvelées de baisse des tarifs, grâce à une mise en concurrence des opérateurs entre eux pour démocratiser les vacances, c’est bien souvent un leurre. « Les prix des hébergements ont augmenté deux fois plus vite que l’inflation depuis le Covid, note ainsi Gille Caire, maître de conférences à l’université de Poitiers. Cela s’explique par la hausse des coûts plus marquée dans les services, mais aussi par la montée en gamme des opérateurs, par le pilotage des prix avec les outils du yield management (ajustement des prix en fonction de la demande – NDLR) pour maximiser la profitabilité, ainsi que par la concentration des chaînes hôtelières et la fusion des sociétés gestionnaires de camping. Face à ces dynamiques, le pouvoir d’achat touristique s’est érodé, encore plus en août où les tarifs s’envolent. Les familles avec enfants scolarisés se retrouvent notamment de plus en plus coincées, certaines n’hésitant plus à partir en période scolaire. »

Quant aux opérateurs associatifs du tourisme social, acteurs historiques de la démocratisation des vacances, ils sont pris dans un redoutable effet ciseau (hausse des coûts-disparition des aides d’État, chute du soutien des collectivités et des comités d’entreprise) qui les oblige pour certains à réduire la voilure et à jouer la montée en gamme afin d’accueillir aussi les publics plus solvables.

« Beaucoup d’opérateurs, y compris proches de nous, ont voulu aller vers le 4-étoiles, investissent dans des jeux, des piscines et dans les prix tout compris pour garder leur clientèle dans leurs centres, relève Martine Pinville, présidente de Villages vacances famille. Nous, nous allons à l’encontre du mouvement global du marché. On a fait le choix de la raison, de rester au 3-étoiles pour accueillir tout le monde, permettre un bon accueil aux personnes en situation de handicap, aux vacanciers à faibles ressources, en proposant des tarifs qui tiennent compte du quotient familial. Et nos centres de vacances font vivre le territoire sur lesquels ils sont implantés », s’enorgueillit-elle.

Dans tout ce paysage déstructuré où chacun fait ce qu’il peut ou veut, manque un éminent intervenant… Aux abonnés absents : l’État. « Ce qui a été poussé depuis 2000, c’est une politique d’attractivité de la destination France, avec des moyens financiers très limités et une volonté politique très faible au niveau national, où il reste toujours plus prestigieux de parler d’industrie que de tourisme », décrypte Gilles Caire.

Ni les aides au départ portées par les caisses d’allocations familiales, ni les programmes de soutien à destination des jeunes, des seniors et des structures de l’économie sociale et solidaire, proposés par l’Agence nationale des chèques vacances sur ses fonds propres, ni les subventions et délégations des collectivités locales aux finances rabotées par l’État ne suffisent plus à faire maintenir l’illusion qu’une stratégie publique est en place.

« L’aspiration au temps libre, à souffler, est une vraie nécessité pour les jeunes générations, d’autant que les conditions de travail se sont durcies et que le management est destructeur. Il faut structurer cette aspiration. Pourquoi ce qui a été possible sous le Front populaire en 1936 et après guerre dans une France à reconstruire ne serait pas possible aujourd’hui ? » demande Michèle Demessine, présidente de l’Unat (qui fédère les associations de tourisme social). Le tourisme social est prêt à un partenariat renouvelé avec l’État. « On a dix ans devant nous pour moderniser notre parc et développer notre offre », abonde l’ancienne secrétaire d’État au tourisme. Après ? Il sera trop tard.

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15 juillet 2026 3 15 /07 /juillet /2026 05:05

 

 

 

 

 

 

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14 juillet 2026 2 14 /07 /juillet /2026 07:10

Dans l’Hexagone, 15,4 % de la population vivaient en situation de pauvreté monétaire en 2024. C’est le plus haut chiffre jamais enregistré par l’Insee. En parallèle, les inégalités continuent de s’accentuer et atteignent leur plus haut niveau depuis 30 ans.

 

Chloé Bodin-Szczyglak

La pauvreté monétaire en France métropolitaine bat des records, selon les derniers chiffres de l’Insee publiés ce 9 juillet. En 2024, le taux de pauvreté s’élevait à 15,4 %, ce qui représente 9,8 millions de personnes. Par convention, le seuil de pauvreté est établi à 60 % du niveau de vie médian de la population. Pour une personne seule, cela équivaut à recevoir moins de 1 337 euros par mois.

Une stabilité contrastée

15,4 %, un pourcentage resté « stable » par rapport à 2023 d’après l’Insee. Les niveaux de vie ont pu progresser grâce à la « décrue de l’inflation », aux revalorisations du Smic, des pensions de retraite et de certaines prestations sociales. L’institut national de la statistique souligne également le rôle de l’augmentation des salaires « dans un contexte de hausse du taux d’emploi » et de maintien du taux de chômage.

Mais pour le collectif ALERTE, qui réunit 37 associations et fédérations nationales de solidarité, la stabilité des chiffres présentés par l’Insee « n’est pas une victoire sociale ». « Elle ne signifie pas pour autant que la pauvreté a reculé ni que les personnes concernées sont sorties de la précarité », précisent-elles dans un communiqué publié ce 9 juillet.

En effet, dans le même temps, les inégalités n’ont cessé de se creuser. 1,7 % de la population est passée sous le seuil des plus modestes, tandis que la tranche la plus aisée a grossi de 1,4 %. Les chômeurs et les familles monoparentales restent les plus touchés par la pauvreté, suivis par les moins de 18 ans. Le taux de pauvreté des retraités est toutefois en baisse et atteint 10,7 %, un chiffre équivalent à celui des actifs.

1,2 million de plus qu’en 2017

Il faut noter que depuis 2017, date du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, ce sont 1,2 million de personnes supplémentaires qui sont passées sous le seuil de pauvreté. Le 23 avril dernier, les députés socialistes ont d’ailleurs soumis à l’Assemblée la création d’une nouvelle commission d’enquête en vue de déterminer l’impact précis des réformes macronistes, sociales et économiques, sur l’augmentation de la misère.

Entre-temps, le collectif ALERTE appelle quant à lui le gouvernement à faire de la lutte contre la précarité une priorité, notamment en améliorant sa politique de solidarité et en investissant « dans la prévention de la pauvreté plutôt que dans la seule gestion de ses conséquences ».

Le seuil monétaire n’est pas le seul enjeu selon eux. La pauvreté « recule lorsque les personnes retrouvent un logement, accèdent effectivement à leurs droits, peuvent se soigner, nourrir leur famille dignement et se projeter dans l’avenir. Nous en sommes encore loin », concluent-ils.

 
 
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14 juillet 2026 2 14 /07 /juillet /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936. 17/23 février 1936 (7) La pasionaria

Toute la semaine, c’est l’actualité espagnole qui fait la Une. On parle des 14 communistes élus au parlement de Madrid ; des droites défaites en Andalousie et en Asturies ; d’une grève générale proclamée à Saragosse ; de la constitution d’un gouvernement de gauche sous la présidence de Mabuel Azana.

Celui-ci proclame aussitôt l’amnistie en faveur « des condamnés pour délits politiques et sociaux et des conseillers municipaux condamnés en septembre 1934 ». Il est vrai que dès l’annonce de la victoire du Frente Popular, et sans attendre ce décret, des prisons commençaient à se vider sous la pression populaire. 30 000 détenus quittent leurs pénitenciers.

À Madrid, gare du nord, une manifestation, drapeaux rouges en tête, salue l’arrivée d’une élue des Asturies, la pasionaria, surnom de Dolorès Ibaruri. Elle est née en 1895 dans une famille de mineurs, huitième enfant d’une fratrie de onze.

Militante révolutionnaire dès 1917, elle participe à la fondation du PCE, est élue à sa direction dès 1930. Elle est déléguée au Komintern à Moscou en 1933. Deux de ses enfants (les quatre autres sont morts très jeunes) vivent à Moscou, dont Ruben, mort dans la bataille de Stalingrad.

En France, une série de grèves traverse le pays. Celle des dockers de Marseille qui a paralysé le port est victorieuse ; l’accord reconnaît le droit syndical, « garantit les us et coutumes » des travailleurs du port et précise que tous les dockers seront réembauchés. L’animateur de la lutte n’est autre que Charles Tillon (futur député communiste d’Aubervilliers).

Alors que se précise le congrès de réunification de la CGT à Toulouse, des dirigeants syndicalistes interviennent très régulièrement en Une de l’Humanité sur les différents enjeux de ce congrès.

Ainsi le 21 février, Julien Racamond (responsable de la CGTU et du Parti communiste) revient sur un des points du programme : « la mise en œuvre rapide d’un véritable programme de grands travaux d’utilité publique pour lutter contre le chômage ».

Les deux courants (CGT et CGTU) partagent cette revendication comme l’ont montré leurs derniers congrès confédéraux respectifs. Sur ce point il y aura unanimité à Toulouse.

Mais « une différence importante subsiste en ce qui concerne les moyens de financement de ces travaux et on trouve dans ces positions divergentes les caractéristiques qui marquent les plans de la CGT et de la CGTU. » Pour Racamond, la solution consiste à « faire payer les riches », mot d’ordre qui est d’ailleurs le titre de son article.

Gérard Streiff

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