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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 06:37
René-Guy Cadou

René-Guy Cadou

LA FLEUR ROUGE
 
À la place du ciel
Je mettrai son visage
Les oiseaux ne seront
Même pas étonnés
 
Et le jour se levant
Très haut dans ses prunelles
On dira « Le printemps
Est plus tôt cette année »
 
Beaux yeux belle saison
Viviers de lampes claires
Jardins qui reculez
Sans cesse l’horizon
 
On fait déjà les foins
Le long de ses paupières
Les animaux peureux
Viennent à la maison
 
Je n’ai jamais reçu
Tant d’amis à ma table
Il en vient chaque jour
De nouvelles étables
 
L’un apporte sa faim
Un autre la douleur
Nous partageons le peu
Qui reste tous en cœur
 
Qu’en enfant attardé
Passe la porte ouverte
Et devinant la joie
Demande à me parler
 
Pour le mener vers moi
Deux mains se sont offertes
Si bien qu’il a déjà
Plus qu’il ne désirait
 
La chambre est encombrée
De rivières sauvages
Dans le foyer s’envole
Une épaisse forêt
 
Et la route qui tient
En laisse les villages
Traîne sa meute d’or
Jusque sous les volets
 
Tous les fruits merveilleux
Tintent sur son épaule
Son sang est sur ma bouche
Une flûte enchantée
 
Je lui donne le nom
De ma première enfance
De la première fleur
Et du premier été
 
René-Guy Cadou
(Hélène ou le règne végétal)
 
 
CADOU René-Guy

Notice du Maitron: Guy Haudebourg

Né le 15 février 1920 à Sainte-Reine-de-Bretagne (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 20 mars 1951 à Louisfert (Loire-Inférieure) ; instituteur, poète ; adhérent du Parti communiste français.

René-Guy Cadou était le fils de Georges Cadou et d’Anna Benoiston, mariés en 1910 à Piriac (Loire-Inférieure) où ils étaient instituteurs. Leur premier enfant, Guy-Georges, né en 1911, mourut à huit mois. Le premier août 1914, Georges Cadou partit pour la guerre où il fut blessé en octobre 1918. À l’automne 1919, avec sa femme, ils furent nommés à Sainte-Reine-de-Bretagne, village de Brière (Loire-Inférieure). Ce fut là que naquit René-Guy, le 15 février 1920, et qu’il fut baptisé le 5 avril. Il entra à l’école primaire dans l’école de ses parents, instituteurs à Sainte-Reine-de-Bretagne (Loire-Inférieure), avant de continuer ses études à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure) où ses parents furent nommés en 1927. En 1930, son père fut nommé directeur d’une école primaire dans un quartier populaire de Nantes (Loire-Inférieure). La famille vint alors s’installer dans cette ville et, en octobre 1931, René-Guy Cadou fut inscrit au lycée Clemenceau de Nantes (Loire-Inférieure) où il poursuivit toutes ses études secondaires. Sa mère mourut en 1932 et son père se remaria en juillet 1934.
À Nantes, René-Guy Cadou devint l’ami de Michel Manoll qui le fit entrer en relation avec plusieurs poètes dont Max Jacob et Pierre Reverdy. En juillet 1936, il publia son premier poème dans une revue d’étudiants nantais. L’année suivante parut Brancardier de l’Aube. En septembre 1938, il passa la première partie de son bac après avoir redoublé sa première tout en continuant d’écrire et de publier. Après avoir raté la seconde partie de son bac philo en juin 1939, il l’obtint en septembre 1939 et entama d’éphémères études de droit. Pour se faire de l’argent, il devint trieur de courrier à la gare de Nantes. En janvier 1940, son père, retraité, mourut d’une maladie hépatique. René-Guy Cadou fut mobilisé dans le Béarn en juin 1940, puis fut hospitalisé avant d’être réformé en octobre 1940. Revenu dans la région nantaise, il décida de devenir instituteur tout en continuant la poésie et, le 16 décembre, fut nommé instituteur-suppléant (remplaçant) à Mauves-sur-Loire (Loire-Inférieure) où il resta vingt-cinq jours avant de rejoindre Bourgneuf-en-Retz du 10 janvier au 30 avril 1941. Le 1er mai, il fut nommé à l’école publique de Saint-Aubin-des-Châteaux (Loire-Inférieure), commune proche de Châteaubriant (Loire-Inférieure) où il fut renommé en septembre 1941. Le 20 octobre 1941, à la suite de l’exécution par de jeunes communistes du lieutenant-colonel Hotz, commandant allemand de la place de Nantes, cinquante otages furent désignés pour être fusillés à Nantes et à Châteaubriant. Le 22 octobre 1941, René-Guy Cadou croisa les camions emmenant 27 otages qui allaient être fusillés à La Sablière et assista à l’enterrement de certains d’entre eux à Saint-Aubin. Cet événement le marqua profondément - il écrivit un poème en leur honneur en octobre 1944 -, mais ce ne fut pas le seul drame dont il fut le témoin pendant la guerre puisqu’en juin 1944, il fut interpellé par une patrouille allemande qui encerclait le maquis de Saffré et qui allait massacrer la plupart des résistants.
Ayant passé sans succès le certificat d’aptitude professionnel d’instituteur en 1942, il continua à assurer des remplacements durant la guerre : Herbignac (Loire-Inférieure) à l’automne 1942, Saint-Herblon (Loire-Inférieure) de janvier à mars 1943, puis Clisson (Loire-Inférieure) d’avril à juillet 1943. C’est à cette époque qu’il fit la connaissance d’Hélène qui deviendra sa femme. Au début juin 1943, il fut maintenu réformé, ce qui lui permit d’échapper au service du travail obligatoire (STO). Lors des bombardements américains de septembre 1943, sa maison nantaise fut endommagée et Cadou échappa miraculeusement à la mort. En octobre, il fut nommé à Basse-Goulaine (Loire-Inférieure) où il resta jusqu’en avril 1944 avant de rejoindre Le Cellier (Loire-Inférieure) où il fit classe à des petits nazairiens repliés. Sa maison ayant été détruite lors de nouveaux bombardements, ce fut d’une mansarde qu’il assista à la libération de Nantes par les alliés le 12 août 1944. Enfin titulaire, à la rentrée 1945, il fut nommé instituteur-adjoint à Louisfert (Loire-Inférieure) près de Châteaubriant. René-Guy Cadou y resta jusqu’à sa mort en 1951 avec Hélène, devenue son épouse le 23 avril 1946, et devint l’ami du directeur de l’école, Joseph Autret*, résistant communiste qui le fit alors adhérer au Parti communiste (PCF). À partir de janvier 1947, René-Guy Cadou publia une critique littéraire intitulée « chronique du monde réel » dans Clarté, l’hebdomadaire communiste de Loire-Inférieure. En octobre 1947, Joseph Autret ayant quitté Louisfert, René-Guy Cadou devint directeur de l’école primaire et habita alors la maison d’école. Le 20 mars 1951, il mourut jeune, à Louisfert, d’un cancer qui durait depuis plusieurs années.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18331, notice CADOU René-Guy par Guy Haudebourg, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.
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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 06:00
La petite fille d’Hiroshima – Poème de Nazim Hikmet
La petite fille d’Hiroshima – Poème de Nazim Hikmet

Il y a 80 ans l’horreur d’Hiroshima et NagaszakiLe poème « Hiroshima Child » (La petite fille), écrit par le poète communiste turc Nazim Hikmet en 1956, fait référence à l’horreur des crimes les plus barbares du 20ème siècle – le largage de la bombe atomique par les impérialistes américains à Hiroshima et Nagasaki, respectivement les 6 et 9 août 1945. L’objectif réel de ce crime impérialiste était d’intimider les peuples, d’envoyer un « message » à l’Union soviétique et au mouvement communiste naissant, car la Seconde Guerre mondiale était en fait déjà terminée et l’utilisation d’armes nucléaires n’a joué aucun rôle dans son issue. Plus de 300 000 personnes sont mortes à cause des bombes et des millions ont été affectées par la radioactivité dans les années qui ont suivi. La « petite fille » d’Hiroshima parle d’une fillette de 7 ans qui a péri pendant l’holocauste nucléaire. De nombreux chanteurs et musiciens du monde entier ont interprété ce poème dans différentes versions.

La petite fille d’Hiroshima

Je viens et me tiens à chaque porte
Mais personne ne peut entendre mon pas silencieux
Je frappe et pourtant je reste invisible
Car je suis morte, car je suis morte

Je n’ai que sept ans, mais je suis morte
A Hiroshima, il y a longtemps
J’ai sept ans aujourd’hui comme j’avais sept ans alors
Quand les enfants meurent, ils ne grandissent pas.

Mes cheveux ont été brûlés par les flammes tourbillonnantes.
Mes yeux se sont assombris, mes yeux sont devenus aveugles
La mort est venue et a réduit mes os en poussière
Et celle-ci a été dispersée par le vent.

Je n’ai pas besoin de fruits, je n’ai pas besoin de riz
Je n’ai pas besoin de sucreries ni même de pain
Je ne demande rien pour moi.
Car je suis morte, car je suis morte.

Tout ce dont j’ai besoin, c’est de la paix.
Vous vous battez aujourd’hui, vous vous battez aujourd’hui
Pour que les enfants de ce monde
puissent vivre, grandir, rire et jouer.

Nazim Hikmet

 

Lire aussi: 

Nazim Hikmet

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5 mai 2025 1 05 /05 /mai /2025 08:00
Poème dédié aux Résistants de Trédudon-le-Moine, par Marriane Perrot
Poème dédié aux Résistants de Trédudon-le-Moine, par Marriane Perrot
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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 07:24
Poésie en Palestine au Bar des deux Rivières ce samedi 22 mars avec Eva Langlois et le Théâtre de la Corniche

Samedi 22 mars, dès 18 h au bar des Deux Rivières à Morlaix, à l’occasion du mois de la poésie, le Théâtre de la Corniche et Eva Langlois, appuyés par l’association France Palestine solidarité (AFPS), se proposent de faire découvrir au public les textes de plusieurs écrivaines palestiniennes. Car derrière le bruit des bombes, à Gaza, il existe « une forme de résistance plus silencieuse, celle des mots que ces femmes mettent sur des maux ». Ah ! Si les mots avaient le pouvoir de faire taire les armes ! Eva l’affirme, il y a « derrière ces textes une puissance poétique rare, sans compter qu’on sent un degré d’urgence absolue derrière leur détresse ».

L’âme de ces femmes parfois exilées

Ces textes sont ceux de huit poétesses, romancières, scénaristes, journalistes, qui témoignent de leur enfer quotidien. Durant près d’une heure, l’artiste dévoilera l’âme de ces femmes parfois exilées, amputées d’une patrie qu’on leur dénie, dont les textes hurlent les privations, les décombres, la mort absurde et arbitraire, l’injustice, mais aussi l’existence fière et courageuse d’un peuple millénaire que l’on veut effacer.

Pratique

Participation libre. Réservation au 02 98 63 42 14, sur le répondeur ou sur à theatrelacorniche@orange.fr

Poésie en Palestine au Bar des deux Rivières ce samedi 22 mars avec Eva Langlois et le Théâtre de la Corniche
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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 07:21
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza » - Poètes et poètesses de Gaza publiés aux éditions Libertalia, Orient XXI
Voici un poème de la première partie du livre « Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », poème écrit par une femme, Neeamat Hassan, sous les bombardements le 26 octobre 2023
 
ÊTRE MÈRE À GAZA
 
Être mère à Gaza
C’est ne pas dormir
C’est tendre l’oreille
Dans le noir
Tâter ses moindres franges
Trier un à un tous les sons
En choisir un, de quoi créer
Un conte à sa mesure
En faire une berceuse
Et quand tout le monde dort
Se dresser comme un bouclier
Face à la mort
Être mère à Gaza
C’est ne pas pleurer
C’est ramasser la peur
La colère
Et les prières
À pleins poumons
Attendre que les avions
Finissent de rugir
Pour libérer le soupir
Être mère à Gaza
C’est ne pas pouvoir être comme toutes les autres mères
C’est faire du pain frais grâce au sel de ses yeux
Et voir ses tout-petits mangés par la patrie
 
Neeamat Hassan
 
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », Libertalia, ORIENT XXI, poème sélectonné et traduit par Nadia Yafi
« Je rêve d’une mort retentissante, laissez-moi mourir comme je l’entends »
 
Par Haïdar Al Ghazali
 
Texte écrit le 27 octobre 2023
Là, maintenant, personne ne pourra me pleurer, personne ne pourra composer d’éloge funèbre, mon corps ne sera sans doute même pas retrouvé, et personne ne pourra donc m’enterrer, l’air libre sera ma tombe et le témoin de cette tombe un simple nuage, qui fera de l’ombre aux enfants, et ils grandiront.
Dieu merci, ils n’ont pas pu inclure l’air dans le blocus, ce qui me laisse encore la possibilité d’écrire cette folie, certes je ne suis pas libre dans cette absence, je ne suis pas libre puisqu’à tout moment exposé à une mort silencieuse, dont personne ne saura rien, je ne suis pas libre si je ne peux choisir ma mort, et pourtant je reste libre en mourant, alors allez-y détruisez toujours plus, faites exploser encore davantage, labourez donc la terre avec la mort, toute la terre, notre terre est une immense flûte de roseau, plus on y creuse de trous et plus elle est capable d’exhaler de nouvelles mélodies, de ces maqâms de l’impossible retour des ruines.
Il est maintenant vingt heures quinze, je vais me coucher, je vais préparer mon corps pour le missile impromptu qui l’explosera. Je vais préparer mes souvenirs, préparer mes rêves à devenir cette petite ligne de brève, ou ce simple numéro dans un dossier. Pourvu que le missile vienne dans mon sommeil, afin que je ne ressente aucune douleur ; voilà donc nos ultimes souhaits dans la guerre, une pitoyable conclusion de nos rêves grandioses.
Je quitte la frayeur de la famille vers mon matelas en me posant la question suivante : qui donc disait déjà au Gazaoui que le dormeur ne souffrait pas ? Et je me suis endormi. »
Haïdar Al Ghazali
 
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », Libertalia, ORIENT XXI, poème sélectionné et traduit par Nadia Yafi
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17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 07:40
Histoires d'Algérie: L'histoire d'un poème anticolonialiste de 1952 de Kateb Yacine: Le fourgon cellulaire
Histoires d'Algérie: 
 
L'histoire d'un poème anticolonialiste de 1952 de Kateb Yacine
Le fourgon cellulaire
 
Bienheureux soit ce printemps d'orage
Qui fermera ton poing sur le pavé d'Houriya
Tu jouais pensive à l'ombre de la prison
Quand la brute tira son arme
Et ne sut dans quelle poitrine
Poursuivre son appel obstiné
Libérez les patriotes
Qui sinon toi
Patrie au cercueil décloué
Qui souffle aux lèvres de Lucie en veste rouge
Le cri de Houriya emmurée
Debout au passage des héros!
Dans le fourgon obscur
Les assassins ont cru dissimuler nos chaînes
Ils ont cru t'enterrer toute vive Houriya
Mais ce deuil n'est pas le nôtre
Les vrais captifs de ce fourgon funèbre
Ce sont les oppresseurs
Par notre union mis en bière
Bienheureux soit ce printemps d'orage
 
Lucette Larribère Hadj Ali alors militante du Parti communiste algérien, comme son père (docteur à Oran pratiquant les accouchements sans douleurs) et ses sœurs, raconte dans ses mémoires (Itinéraire d'une militante algérienne aux éditions du Tell, 2011):
 
"Je me souviens aussi, en avril 1952, le parti organisa une manifestation sur la petite place en face de la prison Serkadji (Barberousse alors) dans la Haute-Casbah, pour saluer et soutenir les militants nationalistes de l'OS (Organisation spéciale) au moment où dans leurs fourgons, ils réintégraient la prison au retour du Palais de justice. A "Alger républicain", nous fûmes nombreux à aller y participer. La police accourut aussitôt, arrêtant de nombreux militants et se jetant sur les enfants qui avaient envahi la place. Je me lançai alors en hurlant pour protéger les gosses et arrêtée, je fus "jetée" dans le commissariat.
Le lendemain, rue d'Isly, une femme, voilée en haïk blanc, m'arrêta et m'embrassa, m'expliquant qu'elle m'avait vu la veille sur la place, du haut de son balcon, et qu'elle m'avait reconnue car je portais en effet "la même veste rouge". Kateb Yacine, qui avait participé à cette manifestation, écrivit ensuite un poème: "Le fourgon cellulaire".
 
***
Lucette Larribère, dite Lucie, est née à Oran en 1920. Et morte à 94 ans le 26 mai 2014 à La Seyne-sur-Mer (Var). Fille du célèbre docteur des quartiers pauvres d'Oran Jean-Marie Larribère, communiste après guerre, et d'une maire institutrice, elle fut géographe, puis journaliste à Liberté (PCA) puis à Alger Républicain ; directrice de Femmes d’Algérie et présidente de l’Union démocratique des femmes ; membre du Comité central du PCA ; épouse en secondes noces du dirigeant communiste Bachir Hadj Ali ; clandestine depuis 1955 jusqu’à l’indépendance, agent de liaison et secrétaire du PCA interdit. Pendant la guerre, elle rencontre un dessinateur au service topographique, Robert Manaranche qui est né et a grandi en milieu petit-blanc colonial, se réclamant certes de la Commune de Paris mais empreint de racisme anti-arabe. Ils se marient en 1943 et auront deux garçons. Par anti-racisme, son mari devient communiste en 1945 sous l’impulsion de sa femme et de ses amis Henri Alleg et David Cohen. Communiste de famille et d’instruction, devenue journaliste, Lucette Larribère collabore d’abord au quotidien du PCA Liberté ; elle doit interrompre un an pour raison de santé ; à son retour, le PC lui confie la direction de Femmes d’Algérie, le périodique de l’Union démocratique des femmes.
En 1946, elle succède à Lise Oculi, morte du typhus, à la tête de cette Union démocratique des femmes. Le PCA est revenu sur sa dénonciation des nationalistes du PPA accusés de faire le jeu du nazisme en 1945 en suscitant un complot qui, à travers la campagne des AML (Amis du manifeste et de la Liberté), a conduit aux manifestations du 8 Mai 1945 suivies de la terrible répression et des massacres. Le PCA relance la demande d’un Front démocratique algérien ; l’Union des femmes participe à cette ouverture. À Oran en particulier, compensant des abandons de femmes européennes, l’Union des femmes gagnent des femmes algériennes ; la présidence régionale est assurée par une algérienne, Abassia Fodhil*, femme de dirigeant du PCA, et qui entre elle-même au comité central.
La ligne devient plus combative et Lucette Larribère retrouve plus foncièrement pied quand, avec la guerre froide, à partir de l’été 1947, la solidarité se porte au soutien des grèves et des femmes de grévistes, au port d’Oran et au port minier de Beni-Saf. Les grèves de 1951 et 1953 se doublent de grèves des ouvriers agricoles du vignoble oranais. Dans cet affrontement classe contre classe, les femmes de l’Union démocratique sont aussi au premier rang des manifestations contre l’impérialisme américain. Lucette Larribère a encore renforcé ses convictions acquises au marxisme soviétique d’enseignement stalinien en suivant, en 1949, l’école de formation des cadres communistes pour l’Afrique du Nord. Elle entre au comité central du PCA.
Depuis 1947, elle est proche de Bachir Hadj Ali qui devient en 1949 secrétaire du PCA et membre du Bureau politique. Ils travaillent souvent dans le même bureau ; cet homme rayonne comme poète du parti, poète et connaisseur de musique andalouse ; il écoute les leçons d’histoire de son amie et romance en une geste ininterrompue une suite glorieuse d’histoire de l’Algérie faite de Résistance. Attentif à l’évolution intellectuelle, il est un des nouveaux dirigeants communistes qui veut réussir l’algérianisation du PCA. Ils sont nés le même jour mais lui en 1921 et elle en 1920 ; aussi est-ce rituellement Lucie Larribère (Manaranche) qui est chargée de lui porter le bouquet d’anniversaire. Ils manifestent ensemble ; ils sont arrêtés ensemble en délégation devant la prison de Barberousse, et Yacine Kateb célèbre « Lucie à la veste rouge ». Bref, ils se marient devant le cadi après l’indépendance. Bachir Hadj Ali a quatre enfants de son premier mariage.
« En 1952, le Parti m’a demandé d’aller travailler comme permanente au journal Alger Républicain où j’étais responsable de l’équipe de jour, celle qui relate tout ce qui se passe dans une journée, jusqu’à la saisie du journal en 1955 ». À cette date Bachir Hadj Ali est déjà clandestin, à la tête même de la direction clandestine du PCA avec Sadek Hadjerès. Cette direction va préparer la mise en place d’un maquis communiste après le détournement d’armes d’Henri Maillot (avril 1956) et conduire des négociations avec la direction du FLN à Alger qui ne pourront que concéder le ralliement individuel des communistes aux maquis de l’ALN.
Libre encore de ses mouvements, ayant son logement propre à Alger, Lucie Manaranche, pour la légalité française, sert de secrétaire et d’agent de liaison. Après un passage à Oran, elle revient en clandestinité à Alger en septembre 1956. Robert Manaranche est arrêté ; les enfants recueillis à Oran. Lucette Larribère échappe aux arrestations ; elle est aux côtés des dirigeants Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjerès qu’assiste Élyette Loup, aidant à la sortie des tracts et publications et à des transports de matériel et de personnes ; elle passe de cache en cache mettant souvent à contribution des catholiques progressistes. Malgré l’OAS, elle revient au jour en 1962.
(Source Maitron, René Gallissot)
***
Kateb Yacine
Kateb Yacine naît en 1929 à Constantine.
Il est issu d'une famille chaouie originaire des Aurès. Son grand-père maternel est juge suppléant du cadi, à Condé Smendou, son père est avocat et sa famille le suit dans ses mutations successives.
Le jeune Kateb (nom qui signifie « écrivain» en arabe) entre en 1934 à l'école coranique de Sedrata, et en 1935 à l'école française à Lafayette (aujourd'hui Bougaa en Petite Kabylie, actuelle wilaya de Sétif), où sa famille s'est installée, puis en 1941, comme interne, au lycée de Sétif : le lycée Albertini.
Kateb Yacine se trouve en classe de troisième quand éclatent les manifestations du 8 mai 1945, auxquelles il participe et qui s'achèvent sur le massacre de plusieurs dizaines de milliers d'Algériens par la police, l'armée françaises et des milices.
Quatorze membres de sa famille sont tués au cours du massacre. Trois jours plus tard, il est arrêté et détenu durant deux mois. Il est définitivement acquis à la cause nationale, tandis qu'il voit sa mère « devenir folle ».
Il dira: «Je suis né quand j’avais seize ans, le 8 mai 1945. Puis, je fus tué fictivement, les yeux ouverts, auprès de vrais cadavres et loin de ma mère qui s’est enfuie pour se cacher, sans retour, dans une cellule d’hôpital psychiatrique. Elle vivait dans une parenthèse, qui, jamais plus, ne s’ouvrira. Ma mère, lumière voilée, perdue dans l’infini de son silence»
Exclu du lycée, traversant une période d'abattement, plongé dans Baudelaire et Lautréamont, son père l'envoie au lycée de Bône.
Il y rencontre Nedjma (l'étoile), « cousine déjà mariée », avec qui il vit « peut-être huit mois », confiera-t-il,et y publie en 1946 son premier recueil de poèmes.
Il se politise et commence à faire des conférences sous l'égide du Parti du peuple algérien, le parti nationaliste de masse de l'époque.
En 1947, Kateb arrive à Paris, « dans la gueule du loup ». Il prononce en mai, à la Salle des Sociétés savantes, une conférence sur l'émir Abdelkader et adhère au Parti communiste algérien.
Au cours d'un deuxième voyage en France métropolitaine, il publie l'année suivante Nedjma ou le Poème ou le Couteau (« embryon de ce qui allait suivre ») dans la revue Le Mercure de France.
Journaliste au quotidien communiste de rassemblement "Alger républicain" entre 1949 et 1951, son premier grand reportage a lieu en Arabie saoudite et au Soudan (Khartoum).
À son retour, il publie notamment, sous le pseudonyme de Saïd Lamri, un article dénonçant l'« escroquerie » du lieu saint de La Mecque.
Après la mort de son père, survenue en 1950, Kateb devient docker à Alger, en 1952. Puis il s'installe à Paris jusqu'en 1959, où il travaille avec Malek Haddad, se lie avec M'hamed Issiakhem, Armand Gatti et, en 1954, s'entretient longuement avec Bertolt Brecht, dialogue avec Cesaire, Glissant.
En 1954, la revue Esprit publie « Le Cadavre encerclé » qui est mis en scène par Jean-Marie Serreau, mais interdit en France.
Son chef d’œuvre, Nedjma paraît en 1957 (et Kateb se souviendra de la réflexion d'un lecteur : « C'est trop compliqué, ça. En Algérie vous avez de si jolis moutons, pourquoi vous ne parlez pas de moutons ? »).
Nedjma, c’est à la fois la femme et l’Algérie, l’incarnation de la résistance à toutes les oppressions. Nedjma lui confère une place singulière dans la littérature, le propulse au premier rang, le consacre comme l’écrivain de la littérature moderne algérienne. Avant lui, Mammeri, Feraoun, ­Mohamed Dib, Malek Haddad avaient entrouvert la porte. Kateb la pousse définitivement.
Et la figure de Nedjma fera des apparitions récurrentes dans son œuvre, fantôme incarné qui franchit le temps et l’espace, toujours là avec, à ses côtés, ­Lakhdar et Mohamed.
En 1958, le metteur en scène et ami Jean-Marie Serreau monte le Cadavre encerclé, de Kateb. Cela fait quatre ans que l’Algérie est le théâtre d’une guerre sans nom. Les autorités françaises interdisent la pièce. Elle se jouera au Théâtre Molière, à Bruxelles, dans un climat de grande tension. Dans la distribution, Serreau, mais aussi José Valverde, Edwine Moatti, Paul Crauchet ou encore Antoine Vitez.
Durant la guerre d'Algérie, Kateb, harcelé par la Direction de la surveillance du territoire, connaît une longue errance, invité comme écrivain ou subsistant à l'aide d'éventuels petits métiers, en France, Belgique, Allemagne, Italie, Yougoslavie et Union soviétique.
En 1962, après un séjour au Caire, Kateb est de retour en Algérie peu après les fêtes de l'Indépendance.
Il reprend sa collaboration à "Alger républicain", mais il effectue entre 1963 et 1967 de nombreux séjours à Moscou, en Allemagne et en France tandis que "La Femme sauvage", qu'il écrit entre 1954 et 1959, est représentée à Paris en 1963.
Il publie en 1964 dans "Alger républicain" six textes sur "Nos frères les Indiens" et raconte dans Jeune Afrique sa rencontre avec Jean-Paul Sartre, tandis que sa mère est internée à l'hôpital psychiatrique de Blida (« La Rose de Blida », dans Révolution Africaine, juillet 1965). En 1967, il part pour le Vietnam, abandonne complètement la forme romanesque et écrit "L'Homme aux sandales de caoutchouc".
Lorsqu’il décide de rester plus durablement en Algérie, en 1970, il abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale dont Mohamed, prends ta valise, sa pièce culte, donnera le ton. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (ACT), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques... avec des moyens très simples et minimalistes — les comédiens s’habillent sur scène et interprètent plusieurs personnages —, le chant et la musique constituant des éléments de rythme et de respiration.
« Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million de spectateurs. (...) Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier, même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle. »
L’engagement politique de Kateb détermina fondamentalement ses choix esthétiques : « Notre théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie . » Pour lui, seule la poésie peut en rendre compte ; elle est le centre de toutes choses, il la juge « vraiment essentielle dans l’expression de l’homme ». Avec ses images et ses symboles, elle ouvre une autre dimension. « Ce n’est plus l’abstraction désespérante d’une poésie repliée sur elle-même, réduite à l’impuissance, mais tout à fait le contraire (...). J’ai en tous les cas confiance dans [son] pouvoir explosif, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié »
Un « pouvoir explosif » qu’il utilisera dans "Le Cadavre encerclé", où la journée meurtrière du 8 mai 1945, avec le saccage des trois villes de l’Est algérien, Guelma, Kherrata et Sétif, par les forces coloniales, est au cœur du récit faisant le lien entre histoire personnelle et collective.
Kateb Yacine a fait le procès de la colonisation, du néocolonialisme mais aussi de la dictature post-indépendance qui n’a cessé de spolier le peuple. Dénonçant violemment le fanatisme arabo-islamiste, il luttait sur tous les fronts et disait qu’il fallait «révolutionner la révolution ».
S’il considérait le français comme un « butin de guerre », il s’est aussi élevé contre la politique d’arabisation et revendiquait l’arabe dialectal et le tamazight (berbère) comme langues nationales. Surnommant les islamo-conservateurs les « Frères monuments », il appelait à l’émancipation des femmes, pour lui actrices et porteuses de l’histoire : « La question des femmes algériennes dans l’histoire m’a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a semblé primordiale. Tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a toujours eu pour source première ma mère (...). S’agissant notamment de la langue, s’agissant de l’éveil d’une conscience, c’est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l’enfant, c’est elle qui construit son monde »
L’éventail et la radicalité de sa critique lui ont valu autant de passions que d’inimitiés.
En 1986 il livre un extrait d'une pièce sur Nelson Mandela, et reçoit en 1987 en France le Grand prix national des Lettres.
Dans la perspective du bicentenaire de la Révolution française, on lui commande une pièce. Il écrit le Bourgeois sans-culotte ou le Spectre du parc Monceau. Elle est jouée en 1984 à Arras, puis en 1988 au Festival d’Avignon. Il faut lire et relire cette pièce. C’est une sorte de grand embrasement révolutionnaire de 1789 aux luttes pour l’indépendance. Les terroristes – tels que les qualifiaient les royalistes, les pétainistes et les nazis, les défenseurs de l’Empire colonial français – sont des révolutionnaires. Kateb prend le contre-pied des thèses en vogue d’un Furet, qui s’acharne à détruire la figure de Robespierre. Pour lui, les révolutionnaires de 1789 sont les ancêtres des indépendantistes algériens : « Le préfet de police Papon achève l’œuvre de La Fayette. À Charonne comme au Champ-de-Mars, la police française a tué des Français. (…) Cinq cent mille Parisiens ont assisté à l’enterrement des neuf morts de Charonne. La France de la Révolution vient de se reconnaître dans l’Algérie indépendante. »
« Notre théâtre, confiait-il en 1975 à Colette Godard dans le Monde, est de combat. (…) Nous défendons, nous attaquons, c’est une forme d’action politique dans la ligne de la Révolution.(…) Nous ne faisons peut-être pas du théâtre, mais nous créons le débat idéologique sans lequel toute révolution n’est qu’un exercice militaire. » Kateb ne cède rien, ni aux sirènes de la gloire, ni au confort d’une reconnaissance réelle, ni au public qu’il bouscule dans ses retranchements : « Il faut le harceler, ne pas le laisser reprendre son souffle. Le vrai théâtre est un combat pour le public et contre lui », dira-t-il.
Son théâtre est aussi subversif par sa langue : indisciplinée, rugueuse, joyeuse. Le lire et le relire aujourd’hui est à la fois vertigineux et salutaire. Comme un Gatti, un Benedetto, ses écrits sont à redécouvrir. Il serait temps de retourner à ces création denses, d’oser les remettre sur le métier. À Paris, un square dans le 13e arrondissement porte son nom. À Grenoble, une bibliothèque. Le théâtre de Tizi Ouzou. C’est peu au regard de l’immensité de son talent, de son engagement. On ne connaît pas la date de naissance exacte de Kateb Yacine. On est sûr qu’il est mort le 28 octobre 1989. Laissant une œuvre inachevée qui respire encore…
Il est enterré au cimetière d'Al Alia à Alger.
 
Source: Wikipedia, article de Marina Da Silva dans Le Monde Diplomatique, article de Marie-José Sirach dans L'Humanité
 
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16 mars 2025 7 16 /03 /mars /2025 07:45
Pierre Seghers (1906-1987)

Pierre Seghers (1906-1987)

 

La gloire

Mon beau dragon Mon lance-flammes

Mon tueur Mon bel assassin

Ma jolie brute pour ces dames

Mon amour Mon trancheur de seins

Mon pointeur Mon incendiaire

En auras-tu assez brûlé

Des hommes-torches et violé

Des jeunes filles impubères

 

Broyeur de morts lanceur de feu

Rôtisseur de petits villages

Mon bel envoyé du Bon Dieu

Mon archange Mon enfant sage

Bardé de cuir casqué de fer

Fusilleur Honneur de la race

Que rien ne repousse où tu passes

Mon soldat Mon fils de l’enfer

 

Va dans tes bêtes mécaniques

Ecraser ceux qui sont chez eux

Va de l’Equateur aux Tropiques

Arracher le bonheur des yeux

Va mon fils va tu civilises

Et puis meurs comme à Epinal

Sur une terre jaune et grise

Où nul ne te voulait de mal

 

Deux poèmes inédits

Editions La Presse à Bras, 1952

 

Éditeur des poètes, Pierre Seghers (1906-1987) est le fondateur de la Maison de la Poésie, dont il fut le premier directeur, de 1983 à sa mort en 1987. Il créa en 1944 la célèbre collection «  Poètes d'aujourd'hui » qui rendit la poésie accessible au plus grand nombre. Résistant de la première heure, il eut un rôle actif dans le combat que menèrent poètes et gens de plumes contre l'occupant, avec sa célèbre revue Poètes casqués (P.C.) puis Poésie (40, 41, 42, 43). Il est l'auteur de l'anthologie de poèmes de la Résistance La Résistance et ses poètes. Il fut proche de Louis Aragon, qu'il hébergea avec Elsa Triolet pendant l'occupation dans sa maison de Villeneuve d'Avignon, de Paul Eluard, Robert Desnos, René Char.

Seghers adhère brièvement au parti communiste à la Libération.

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8 mars 2025 6 08 /03 /mars /2025 07:07
Appartenir de Anna Ayanoglou, Castor Astral, 2024, 14€

Appartenir de Anna Ayanoglou, Castor Astral, 2024, 14€

Dédiée à "Appartenir" de Anna Ayanoglou, cette introduction subjective à lire sa poésie...
 
A part tenir... par la poésie, l'amour, le voyage, retrouver ses racines, le nom et le pays du père, non loin de l’Épire et de Thessalonique, de retour en retour initiatique. Entre la Vendée et la Grèce, l'Atlantique et la Méditerranée, Paris et Moscou, une poétesse de vingt ans sort de sa chrysalide. 
 
Tout se boucle, s'enroule et se dévoile progressivement... 
 
Dans ce recueil de poème intime, somptueux et profond, un fil narratif nous fait cheminer d'une IVG à une grand-mère grecque morte en couche en donnant naissance au père, de l'arrachement à la maison de la mère à la maladie et au décès du père, de la découverte de soi dans l'autre à la découverte de l'autre en soi.
 
Anna Ayanoglou sera présente à la librairie Les Déferlantes ce samedi 8 mars, avec la poétesse  Héloïse Brézillon pour le Printemps des Poètes, l'anniversaire des quatre ans de la librairie, et la journée internationale pour le droit des femmes.
 
Les mots qui comptent ici sont entre guillemets et ce sont ceux de la poètesse Anna Ayanoglou:
 
"Appartenir"
 
En cheminant avec Anna Ayanoglou…
Appartenir. Sujet/ objet d’illusion ?
 
« la fierté creuse
et sans mérite de l’appartenance - »
À quoi ? A la poésie, au voyage ?
 
Là où….
« Dans la parole, je jouis d’un territoire immense
- parce que parole dit création »
 
Là où…
« le règne
du temps rêvé – le temps vécu redevenait
matière brute à son usage. »
 
Cas d’école : c’est si beau, ces bals, quand... :
 
« Entre deux cols, derrière les gros camions
aux plaques balkaniques, le regard
portant loin – air cru, pur, des montagnes
- les rêveries se répandaient
d’instinct – cette douceur diffuse
comme un lainage l’hiver exposé au soleil. »
 
… le soleil grec ? Le froid, l’humidité, aussi bien …
 
« Que pensais-tu, à cette heure-là, trouver
dans les rues de Ioannina ?
Elles sont à ces trois déités :
la nuit, l’humidité, le froid. »
 
La Grèce intérieure a la vérité du kitsch :
 
« Combien de restaurants-salles à manger
toile cirée à carreaux rouges
chaises de poids et barre aux pieds »
 
D’où se détachent les yeux verts d’un serveur « page et berger » que l’on ne trouve guère en Vendée:
 
La Grèce des frontières qui la nuit "pérégrine" absorbe et "recrache" dans la fascination des phares des voitures et des lumières de la ville…
 
« Thessalonique m’avait ravie et recrachée ».
Est-ce faute de chercher le grec dans le russe ?
« Le russe, je l’ai pris sans raison
apparente, sans qu’on ne se doive rien » ?
 
Communauté d'alphabet cyrillique ?
 
« - ici, l’Histoire nous justifie »
 
Paraît-il…
S’appartenir ou se perdre, comment se retrouver sous les symptômes ?
 
« Un dégoût comme le brouillard
- pas l’envie de vomir – comme si l’odeur
et l’âme s’étaient fondues en un – et l’âme
justement – l’âme le jour je l’enterre
sous des tâches manuelles, répétition
et la nuit elle revient »
 
Heures fatidiques et dangereuses où il est question de perdre… Une promesse d’enfant, de famille, une maison de famille -
 
« violée, dehors
- drame bourgeois, pourquoi s’étendre »
 
Au seuil d’une opération délicate, entre la langue du pays perdu, le grec (le nouveau qui est aussi l’ancien) :
 
« Comme c’est étrange
avec lui
que je l’ai retrouvée
ici
qu’elle m’ait bercée
au seuil du non
au poids de la lignée »
Sacrifier à l’énigme d’une vocation demande t-il du courage ? Pas plus que d’épouser son destin ?
 
« Résolutions
Les termes de l’équation amour+famille+travail = 1
la création les asservit
(…)
Autour ils disent : « mais quel courage (avec
deux a, parfois) de faire ces sacrifices ! »
Étrange notion que le courage – variable
infiniment variable : A fait un choix que B et C
jugent dérisoirement accablant
Les choix de B, C, D, E, F mèneraient A
au fond du puits
Adulte je sacrifie la création d’une famille
Je sacrifie mes aptitudes à un travail prestigieux
Je garde, tant que la chance veut – l’amour
infini, le désir de comprendre – la poésie
cet autre nom que je donne à l’exploration"
 
Un drôle d'alphabet pensant et sensible en cinémascope... 
 
Ismaël Dupont
8 mars 2025
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8 mars 2025 6 08 /03 /mars /2025 06:10
Avec Anna Ayanoglou et Héloïse Brezillon - Rencontre poétique à la librairie les Déferlantes le samedi 8 mars à 14h pour le Printemps des Poètes et la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes
Anna Ayanoglou

Anna Ayanoglou

Avec Anna Ayanoglou et Héloïse Brezillon - Rencontre poétique à la librairie les Déferlantes le samedi 8 mars à 14h pour le Printemps des Poètes et la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes
Évènements à la librairie Les Déferlantes de Morlaix (place de Viarmes) le 8 mars prochain :
Poésie au féminin avec Anna Ayanoglou et Héloïse Brézillon- 
Anniversaire des 4 ans de la la librairie Les Déferlantes- Journée internationale du droit des femmes!
 
Inscription pour la rencontre: librairielesdeferlantes@hotmail.com
SAMEDI 8 MARS : JOURNÉE POUR LES DROITS DES FEMMES + CELEBRATION DE LA POÉSIE + ANNIVERSAIRE DE LA LIBRAIRIE !!! 4 ANS!
 
En cette journée particulière, nous aurons beaucoup de choses à fêter, après 4 ans d'une aventure incroyable à vos cotés!
Alors entre 12h et 14h après votre marché, n'hésitez pas à passer à la librairie boire un verre, manger une crêpe, échanger un mot, il y aura des cadeaux et de la joie!
*** En amorce de l'évènement Printemps des poètes, cette journée sera aussi placée sous le signe de la poésie, alors venez vous régaler avec les textes de 2 poétesses formidables à partir de 14h à l'étage de la librairie pour une rencontre passionnante autour des mots entourés de Anna Ayanoglou et Héloïse Brezillon
 
Anna Ayanoglou - Appartenir - Castor Astral
 
Dans le bloc opératoire où elle s’apprête à subir une IVG, Anna Ayanoglou est prise en charge par un anesthésiste grec. « Au seuil du non au poids de la lignée », c’est l’irruption soudaine de la patrie du père. L’événement déclenche un mouvement d’exploration de l’histoire familiale, marquée par l’immigration.
De ses séjours en Grèce, adolescente, à ses études à Paris, la poétesse ausculte vécus et intériorités. Avec attention et tendresse, elle tente de comprendre par quelles épreuves son père est devenu qui il était. Et ce que son déracinement a fait d’elle.
– À la lisière du romanesque, ce recueil met magistralement à nu les fils invisibles qui se transmettent de génération en génération et qui marquent à jamais les identités. Un récit d’apprentissage dominé par les souvenirs de la Grèce, sa mythologie, ses paysages et sa langue.
Anna Ayanoglou est née en 1985. Après des études de littérature russe, elle se consacre à l’écriture. Elle vit désormais en Belgique où elle anime l’émission radiophonique « Et la poésie, alors ? ».
Elle est l’autrice du Fil des traversées et de Sensations du combat (Gallimard). Son premier recueil a été récompensé par le prix Apollinaire Découverte
 
Héloïse Brezillon - T3M - éditions du commun
 
« et ça te comporte. ça te comporte
sans que tu ne le saches. tu roules
les jours à l’aveugle. tu as un monde
en toi, un petit monde dont tu
n’as jamais fait la carte et tu roules
dedans, hors piste. il faut la faire la
carte, oui, c’est important. pour ne
pas être triste. »
 
Héloïse Brézillon est autrice chercheure. Son travail hybride poésie, théorie & SF. En 2018 naît Mange tes mots, une bulle poétique créée avec Margot Ferrera, où reprendre son souffle le temps d’une scène ouverte, d’un atelier d’écriture ou d’un podcast. Ses textes ont été performés avec sa bouche partout en France et publiés en revues. T3M est son premier livre.
T3M est l’histoire d’une IA conçue pour abolir la tristesse. Alternant prose science-fictionnelle et poésie, Héloïse Brézillon nous emmène cheminer le long d'un processus de guérison, avec son retour nécessaire aux violences domestiques vécues, à hauteur d’enfant. T3M, la machine dont nous avons toujours rêvé, l’aide à nommer son traumatisme, le circonscrire, et enfin… s'en libérer.
de 14h à 16h - Gratuit - Ouvert à toutes et tous - Venez nombreux pour ce moment convivial
 
ATTENTION CE SAMEDI 8 MARS LA LIBRAIRIE FERMERA SES PORTES A 18H EXCEPTIONNELLEMENT POUE ALLER A LA MANIFESTATION ORGANISEE POUR LA DEFENSE DES DROITS DES FEMMES A MORLAIX >> Rejoignez nous place des Otages à 18h pour un rassemblement festif 
La poétesse Héloïse Brézillon sera invitée de la librairie les Déferlantes le 8 mars pour une rencontre poétique: Poésie au féminin

La poétesse Héloïse Brézillon sera invitée de la librairie les Déferlantes le 8 mars pour une rencontre poétique: Poésie au féminin

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8 mars 2025 6 08 /03 /mars /2025 06:00
Recueil Appartenir - Castor Astral, Anna Ayanoglou, 2024, 14€ -

Recueil Appartenir - Castor Astral, Anna Ayanoglou, 2024, 14€ -

Printemps des poètes - Résonances, un poème d'Anna Ayanoglou évoquant la lutte des communistes contre la guerre en Irak

"Résonances" - Anna Ayanoglou. 

Poète française d'origine grecque vivant en Belgique après des années passées dans les pays baltes où sa connaissance du russe l'avait conduite, Anna Ayanoglou est née en 1985. Elle est l'autrice du "Fil des traversées" et de "Sensations de combat" chez Gallimard.

Auteur de plusieurs recueils de poésie où elle interroge la découverte de soi dans la confrontation à l'altérité. Elle sera à Morlaix à la librairie Les Déferlantes le samedi 8 mars à 14h. 

Pour une rencontre poétique au féminin avec Héloïse Brezillon qui s'annonce extraordinaire à l'occasion du printemps des poètes, de la journée internationale pour la défense des droits des femmes, et des 4 ans de la librairie Les Déferlantes.

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