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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 06:38

Les bénéfices cumulés des entreprises du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris, ont bondi de 41,50 % au premier semestre, dopés par les secteurs financiers et énergétiques, d’après un décompte réalisé vendredi 31 juillet par l’AFP. Pendant ce temps, la planète brûle, les inégalités se creusent et les entreprises françaises financent la colonisation illégale en Cisjordanie.

Théo BourrieauLa rédaction

Alors que la France, du fait du réchauffement climatique, fait face à une des pires saisons des feux de son histoire et que les inégalités ne cessent de se creuser avec un taux de pauvreté historique, les plus grandes entreprises françaises continuent de s’enrichir. Selon un décompte réalisé vendredi 31 juillet par l’Agence France-Presse, les bénéfices cumulés des entreprises du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris, ont bondi de 41,50 % au premier semestre.

Pour les 38 entreprises sur 40 qui ont publié leurs résultats semestriels, le bénéfice net cumulé dépasse ainsi les 73 milliards d’euros. Parmi les secteurs particulièrement porteurs, celui des banques et assurances a vu son bénéfice net augmenter de 9 %, à 19,35 milliards d’euros. BNP Paribas (+ 21,8 %) et la Société Générale (+ 13,9 %) ont particulièrement bien tiré leur épingle du jeu.

Des profits sur fond de crimes de guerre et de casse sociale

Il y a quelques jours, le premier de ces deux groupes dévoilait en effet un bénéfice net au deuxième trimestre de 4,3 milliards d’euros, soit une hausse de 33,4 % sur un an. La banque est néanmoins restée bien plus silencieuse quant aux accusations la visant. BNP Paribas n’a par exemple pas intégré à ses comptes une quelconque provision en vue de litiges qui pourraient lui coûter cher aux États-Unis : en octobre dernier, la banque a été reconnue complice par un jury new-yorkais d’exactions au Soudan, en ayant organisé des transactions commerciales dont les recettes ont financé l’armée et les milices du régime d’Omar el-Béchir.

Rien non plus sur ses profits en partie générés sur des crimes de guerre. Cinq ONG, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont déposé, mercredi, un recours en excès de pouvoir assorti de demandes d’injonction auprès du Conseil d’État afin que la France stoppe les activités de ses entreprises en Cisjordanie. La banque figure parmi ces entreprises.

Un rapport publié en novembre 2024 par la coalition d’ONG Don’t Buy Into Occupation dévoile que BNP Paribas a profité, entre janvier 2021 à août 2024, de 32,73 milliards de capitaux directement impliqués dans l’occupation illégale de terres palestiniennes par Israël. La banque est accusée, comme le Crédit Agricole et la Société Générale, de profiter de la colonisation de la Palestine et du génocide à Gaza, sous la forme d’investissements, d’actions, de prêts ou de bons du trésor.

 

La Société Générale a justement, elle aussi, affiché un bénéfice record pour son deuxième trimestre, avec 1,79 milliard d’euros engrangés. La banque signe également un bénéfice à l’échelle du semestre à près de 3,5 milliards d’euros, du jamais vu. Pourtant, en janvier dernier le groupe annonçait la suppression de 1 800 postes en France.

Profiteur de guerre et écocidaires

Le secteur de l’énergie voit aussi ses revenus bondir de 42,7 % à 13,6 milliards d’euros, tiré par le bénéfice record de TotalEnergies de 11,2 milliards de dollars (+ 61 %) // 5,4 milliards de dollars au 2e trimestre, le double de l’année précédente. Le géant pétrolier a ainsi profité de la guerre au Moyen Orient pour augmenter ses marges. « La crise énergétique lui a largement bénéficié, tandis que des millions de ménages ont peiné à se fournir en carburant », ont réagi plusieurs organisations non gouvernementales, dont Greenpeace France et Réseau Action Climat, appelant à une taxation de ces bénéfices records.

Outre la crise pétrolière alimentée par le blocus du détroit d’Ormuz, l’autre facteur ayant généré des profits monstres chez TotalEnergies est la multiplication des chantiers à travers le monde. Membre des vingt entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, TotalEnergies continue donc de se développer massivement dans le marché mortifère des énergies fossiles. Gaz et pétrole représentent ainsi 97 % de sa production d’énergie et 82 % de ses investissements sur l’année 2025.

 
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26 juillet 2026 7 26 /07 /juillet /2026 07:12

Le gouvernement se prépare à doubler le plafond sur les consultations et sur les médicaments. Une mesure hautement contestée, qui avait été rejetée par les députés lors de l’examen du budget 2026.

Cécile Rousseau

Un nouveau coup au porte-monnaie des malades. Jeudi, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé sur RMC le doublement de 100 à 200 euros du plafond annuel des franchises médicales sur les consultations et sur les médicaments. « Les Français, s’ils dépassent un nombre de consultations ou un nombre de boîtes de médicaments, payent aujourd’hui, au maximum, 100 euros par an. Ce que nous faisons, c’est que nous doublons ce plafond qui n’a pas évolué depuis vingt ans », a-t-elle précisé, ajoutant qu’un décret était en préparation.

Mise en place en 2008, la franchise d’un euro par boîte de médicament est aujourd’hui limitée par un plafond annuel de 50 euros. Quant à la participation forfaitaire de 2 euros exigée pour les patients majeurs lors des consultations ou actes réalisés par un médecin, mais également sur les examens radiologiques et les analyses de biologie médicale, elle ne peut excéder 8 euros par jour et 50 euros par an.

En 2024, ces franchises médicales avaient déjà été doublées. L’exécutif avait alors expliqué ne pas toucher aux plafonds pour épargner les personnes ayant « le plus fort recours aux soins »…

« On s’attendait à des sales coups pendant l’été, c’était implicite dans (…) l’annonce de chercher un milliard de coupes sur la Sécu, dès 2026, faite par le gouvernement en juillet », a dénoncé Denis Gravouil, secrétaire confédéral CGT. « Ce sont des restes à charge pour les plus fragiles, on continue le déshabillage de la Sécurité sociale. Il faudra être riche pour pouvoir aller régulièrement chez le médecin. C’est vraiment le contraire de la justice sociale », a-t-il estimé.

Une stigmatisation des patients

L’été dernier, l’ancien premier ministre, François Bayrou, avait déjà brandi cette mesure très inflammable en perspective du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026 avant que celle-ci ne soit finalement rejetée par les députés.

 

Qu’à cela ne tienne, obsédé par le déficit de la Sécurité sociale qui devrait atteindre 23,2 milliards d’euros en 2026 et par le fait de « responsabiliser » des patients soupçonnés d’abuser du système, le gouvernement n’a donc pas hésité à remettre le sujet sur le tapis en plein mois de juillet.

« Si vous êtes quelqu’un qui a une maladie chronique, en moyenne, c’est 78 euros par an actuellement (payés par l’assuré), donc si on double, on peut estimer qu’il sera plutôt à 150 euros qu’à 200 euros », a déroulé la ministre, sans ciller, en justifiant ces restes à charge par la nécessité de « continuer à investir dans notre hôpital (…) pour l’accès aux soins (et) pour avoir encore les médicaments les plus efficaces ». Selon Les Échos, la mesure rapporterait 750 millions d’euros en année pleine à l’Assurance maladie.

L’avant-goût d’un projet loi de finance 2027 austéritaire

Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’Unsa, a lui aussi jugé « scandaleuse » cette décision qui va toucher « ceux qui vont le plus souvent, malheureusement, chez le médecin. Il aurait été plus sage, de la part du gouvernement, d’attendre le prochain budget de la Sécurité sociale (à l’automne – NDLR) pour tout mettre sur la table et mettre également à contribution les entreprises, les industries du médicament ou les professionnels de santé », a-t-il pointé.

Si la ministre de la Santé a insisté sur le fait que 18 millions de Français, femmes enceintes ou mineurs ne seront pas concernés par ce doublement des plafonds des franchises médicales, elles restent payées par la majorité des usagers dont ceux en affection de longue de durée (ALD).

Ce coup de massue arrive après les plus de 6 milliards d’euros d’économies contenues dans le PLFSS 2026, des mesures répressives, avec la limitation des arrêts maladies à 31 jours pour la première prescription et la fin de l’exonération du ticket modérateur pour les patients en ALD sur les médicaments à service médical rendu faible à compter du 1er octobre.

Avant même l’intervention de la ministre de la santé, le premier ministre, Sébastien Lecornu, dans une interview à Paris Match, avait annoncé un PLFSS 2027 austéritaire. Toujours dans une rhétorique de stigmatisation des patients, il entend « demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an, tout en protégeant les plus fragiles socialement ».

Alors que les restes à charge des malades n’ont cessé d’exploser sous les quinquennats d’Emmanuel Macron, cette mesure demeure à haut risque. L’an passé, un sondage Elabe avait montré que 72 % des Français y étaient opposés.

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15 juillet 2026 3 15 /07 /juillet /2026 08:48

Si la clientèle « long-courrier » et les catégories sociales supérieures sont au rendez-vous pour cette saison estivale, les autres doivent piocher comme jamais dans leur épargne ou raboter sur les extras pour s’offrir un répit qui n’a jamais été aussi court. Dépourvu de politiques publiques, l’État est aux abonnés absents.

 

Stéphane Guérard

La saison s’annonce belle pour la « destination France ». Selon la dernière note flash de conjoncture publiée fin juin par l’agence de développement du tourisme Atout France, le début d’année a été solide, grâce aux 23 milliards d’euros de recettes cumulées sur les quatre premiers mois (+ 7,4 % par rapport à 2025). Merci aux « clientèles européennes de proximités et nord-américaines ». Et pour cet été, « l’attractivité de la France reste forte, en particulier auprès des clientèles long-courriers ».

Tout va donc bien pour l’industrie du tourisme. En revanche, tout ne va pas pour le mieux pour le droit aux congés payés. Quatre-vingt-dix ans après leur invention par le Front populaire, quatre-vingts ans après la mise en place du droit au départ par les lois sociales d’après guerre, tous les indicateurs sont au rouge.

Si 65 % des Français citent les congés payés comme la loi sociale la plus importante, juste derrière la création de l’assurance-maladie, selon le dernier baromètre Ipsos pour le Secours populaire, un quart de la population n’en profitera pas cet été. Et, même parmi les trois-quarts qui partiront, ils seront de plus en plus nombreux à le faire au prix de sacrifices toujours plus grands.

Un budget de 1 530 euros en moyenne

Ainsi, un Français sur trois a déjà dû renoncer à des vacances ces quatre dernières années pour des raisons
financières. Un quart n’a pu partir qu’en se serrant la ceinture dans les mois précédents. Cette tendance de fond, scrutée régulièrement par le Secours populaire, s’amplifie cette année dans les intentions de départ pour cet été, analysées par l’Ifop pour Alliance France tourisme (think tank des entreprises du tourisme).

« L’été 2026 confirme un net ralentissement des départs », note l’étude. 68 % des Français prévoient de s’en aller au moins une semaine (-9 % par rapport à 2025). « Mais seuls 37 % se déclarent certains (de le faire), contre 50 % l’an dernier, traduisant une montée de l’incertitude ».

 

« Le départ en vacances devient un marqueur social de plus en plus structurant »

Extrait de l’étude d’Alliance France tourisme

L’incertitude est bien sûr liée au contexte international et à ses conséquences sur les frais de transport. Ce phénomène conjoncturel renforce une évolution plus structurante : « 84 % des catégories aisées envisagent de partir, contre seulement 58 % des catégories modestes, confirmant que le départ en vacances devient un marqueur social de plus en plus structurant », souligne l’Alliance France tourisme.

Certes, toutes les catégories sociales ont prévu de rogner leur budget vacances, qui s’établira à 1 530 euros en moyenne (-150 euros par rapport à 2025). Mais 35 % devront se contenter de moins de 1 000 euros. Et même si presque tout le monde (86 %) va devoir puiser dans son bas de laine, l’inégale capacité à épargner renforce les inégalités sociales face au droit au départ.

Pour préserver une respiration estivale, les plus modestes se montrent inventifs. Parmi la moitié des Français qui doit comprimer son budget, 61 % vont jouer sur la durée ou la fréquence des séjours, 60 % sur les dépenses sur place et 47 % sur la recherche d’offres moins coûteuses. Les destinations françaises de proximité sont privilégiées (71 %), joignables en voiture personnelle (68 %). Les recours aux hébergements gratuits (famille, amis) ou aux campings plus accessibles sont plébiscités, aux dépens relatifs des plateformes de réservation en ligne (-4 %).

Crédit à la consommation et aide de proches

Et, si ça ne suffisait pas, 14 % des vacanciers de cet été feront appellent à un coup de pouce financier extérieur : 9 % utiliseront un paiement fractionné ; 3 % un crédit à la consommation et 2 % une aide des proches, selon l’observatoire du tourisme du groupe bancaire BPCE.

Le pouvoir de partir est corrélé au pouvoir d’achat. En période d’attrition salariale (la France n’a toujours pas totalement rattrapé la perte de pouvoir d’achat liée à l’inflation post-covid et à la crise énergétique de 2022, selon Indeed, un site d’annonces de recherche d’emploi), le droit au congé trinque doublement. Car, parmi les 10 millions de personnes qui ne peuvent pas partir pour raison financière, la moitié n’est en fait jamais partie.

86 % d’entre eux avaient des parents qui eux non plus ne partaient jamais. Or, comme le souligne Émilie Schaf, du Secours populaire, « le départ en vacances, ce n’est pas rien : c’est se libérer d’un quotidien qui emprisonne. Avec nos Journées des oubliés des vacances, nos Journées bonheur pour les familles, nous travaillons contre le « je n’ai pas droit » Il faut cinq générations pour sortir de la pauvreté qui assigne à résidence. On aide les gens à sortir de ce schéma familial ».

D’autant que les offres du marché du tourisme et ses promesses renouvelées de baisse des tarifs, grâce à une mise en concurrence des opérateurs entre eux pour démocratiser les vacances, c’est bien souvent un leurre. « Les prix des hébergements ont augmenté deux fois plus vite que l’inflation depuis le Covid, note ainsi Gille Caire, maître de conférences à l’université de Poitiers. Cela s’explique par la hausse des coûts plus marquée dans les services, mais aussi par la montée en gamme des opérateurs, par le pilotage des prix avec les outils du yield management (ajustement des prix en fonction de la demande – NDLR) pour maximiser la profitabilité, ainsi que par la concentration des chaînes hôtelières et la fusion des sociétés gestionnaires de camping. Face à ces dynamiques, le pouvoir d’achat touristique s’est érodé, encore plus en août où les tarifs s’envolent. Les familles avec enfants scolarisés se retrouvent notamment de plus en plus coincées, certaines n’hésitant plus à partir en période scolaire. »

Quant aux opérateurs associatifs du tourisme social, acteurs historiques de la démocratisation des vacances, ils sont pris dans un redoutable effet ciseau (hausse des coûts-disparition des aides d’État, chute du soutien des collectivités et des comités d’entreprise) qui les oblige pour certains à réduire la voilure et à jouer la montée en gamme afin d’accueillir aussi les publics plus solvables.

« Beaucoup d’opérateurs, y compris proches de nous, ont voulu aller vers le 4-étoiles, investissent dans des jeux, des piscines et dans les prix tout compris pour garder leur clientèle dans leurs centres, relève Martine Pinville, présidente de Villages vacances famille. Nous, nous allons à l’encontre du mouvement global du marché. On a fait le choix de la raison, de rester au 3-étoiles pour accueillir tout le monde, permettre un bon accueil aux personnes en situation de handicap, aux vacanciers à faibles ressources, en proposant des tarifs qui tiennent compte du quotient familial. Et nos centres de vacances font vivre le territoire sur lesquels ils sont implantés », s’enorgueillit-elle.

Dans tout ce paysage déstructuré où chacun fait ce qu’il peut ou veut, manque un éminent intervenant… Aux abonnés absents : l’État. « Ce qui a été poussé depuis 2000, c’est une politique d’attractivité de la destination France, avec des moyens financiers très limités et une volonté politique très faible au niveau national, où il reste toujours plus prestigieux de parler d’industrie que de tourisme », décrypte Gilles Caire.

Ni les aides au départ portées par les caisses d’allocations familiales, ni les programmes de soutien à destination des jeunes, des seniors et des structures de l’économie sociale et solidaire, proposés par l’Agence nationale des chèques vacances sur ses fonds propres, ni les subventions et délégations des collectivités locales aux finances rabotées par l’État ne suffisent plus à faire maintenir l’illusion qu’une stratégie publique est en place.

« L’aspiration au temps libre, à souffler, est une vraie nécessité pour les jeunes générations, d’autant que les conditions de travail se sont durcies et que le management est destructeur. Il faut structurer cette aspiration. Pourquoi ce qui a été possible sous le Front populaire en 1936 et après guerre dans une France à reconstruire ne serait pas possible aujourd’hui ? » demande Michèle Demessine, présidente de l’Unat (qui fédère les associations de tourisme social). Le tourisme social est prêt à un partenariat renouvelé avec l’État. « On a dix ans devant nous pour moderniser notre parc et développer notre offre », abonde l’ancienne secrétaire d’État au tourisme. Après ? Il sera trop tard.

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31 juillet 2025 4 31 /07 /juillet /2025 08:38

David Cayla, maître de conférences en économie à l’Université d’Angers, analyse pour nous l’accord signé entre Donald Trump et l’Union européenne, qui prévoit des droits de douane de 15 % sur les produits européens. Pour lui, l’UE a laissé passer une chance historique d’affirmer son indépendance.

Quelle lecture faites-vous de l’accord signé ce 27 juillet ?

David Cayla

Économiste

Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il est déséquilibré ! La question est de savoir pourquoi l’Union européenne (UE) parvient à un accord finalement moins favorable que ce qu’a obtenu le Royaume-Uni qui négociait tout seul de son côté. Ce dernier a en effet obtenu des droits de douane de 10 % ainsi que quelques concessions sur des marchés libres de taxes.

L’UE, en revanche, c’est 15 % de droits de douane (sur les produits européens exportés vers les États-Unis, N.D.L.R.), avec en plus l’obligation d’acheter du pétrole et du gaz américain, sans compter l’armement. Enfin, les Européens ont promis d’investir 600 milliards de dollars sur le sol américain, ce qui va à rebours de toutes les promesses formulées dans l’UE au cours des dernières semaines, selon lesquelles l’épargne européenne devait être mobilisée pour financer la croissance et l’industrie européenne.

Pourquoi un accord aussi asymétrique ?

Tout simplement parce que les pays membres sont divisés, en raison de structures économiques différentes : entre les pays désireux de protéger leurs industries exportatrices, comme l’Allemagne et d’autres favorables à des positions plus fermes (comme la France), aucun terrain d’entente n’a été trouvé. Et ce sont finalement les logiques exportatrices qui se sont imposées : il n’y a qu’à voir le soupir de soulagement poussé par les industriels allemands, heureux d’échapper à des taxes de 30 %.

À l’arrivée, c’est surtout un échec politique de l’UE : on nous vend depuis des années l’idée selon laquelle, avec l’Union, les pays seraient plus puissants pour négocier des accords commerciaux avantageux. Et on se retrouve avec un accord plus mauvais que des pays hors UE. Si l’Union européenne, qui nous impose par ailleurs de multiples contraintes, ne nous protège même pas en cas de guerre commerciale, à quoi sert-elle ? À ce titre, cet accord va renforcer les discours eurosceptiques.

Quelles pourraient être les conséquences pour l’économie française ? Seuls quelques secteurs sont particulièrement exposés (aéronautique, spiritueux, médicaments), et il semblerait qu’ils ont été épargnés par l’accord…

Les choses ne sont pas aussi claires ce stade. L’aéronautique semble épargnée, en effet, mais il manque encore les détails sur les modalités concrètes de cette exemption. Pour ce qui est des spiritueux et de la pharmacie, il y a fort à parier que des taxes s’appliquent.

Ce qui semble évident, de toute façon, c’est qu’il y aura des destructions d’emplois en France : des entreprises exportatrices vont voir leurs carnets de commandes diminuer et réduire leur volume d’emplois. Dans un environnement déjà récessif en raison de l’impact du budget présenté par François Bayrou, la hausse des droits de douane ne va pas contribuer à améliorer l’économie française.

À plus long terme, d’autres choses sont préoccupantes. D’abord, la France (et l’Europe) vont accroître leur dépendance au numérique américain : à chaque fois que vous achetez un logiciel Microsoft ou que vous avez recours à Netflix, par exemple, vous payez pour ces services, sous forme de redevances ou d’abonnements. Tout cela commence à peser lourd dans la balance des paiements des pays européens.

Ensuite, il est probable que les entreprises européennes préféreront construire des usines aux États-Unis pour échapper aux droits de douane. Cela peut être le cas des labos pharmaceutiques, comme Sanofi, ou des groupes d’automobile. Il ne faut pas oublier que l’objectif de Trump est de pousser ses partenaires commerciaux à investir chez lui plutôt qu’en Europe.

Qu’aurait dû faire l’Union européenne ? Accepter pleinement la logique du bras de fer, comme l’a fait la Chine ?

Les différences économiques sont telles qu’il n’est pas évident de se comparer avec la Chine. Mais il aurait fallu, en tout cas, porter nos propres revendications, c’est-à-dire la conquête de l’autonomie stratégique européenne, en matière d’énergie, de défense et sur le numérique.

Cela impliquait de fixer des lignes rouges. Et de dire par exemple aux Américains que s’ils poursuivaient dans cette voie, nous irions taxer leurs géants du numérique et exclure certaines de leurs entreprises de nos appels d’offres. Je vous renvoie au rapport de Mario Draghi (publié par l’ancien président de la Banque centrale européenne en septembre 2024, N.D.L.R.), qui appelait à davantage de souveraineté européenne : c’est le contraire, que cet accord sur les droits de douane entérine.

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28 juillet 2025 1 28 /07 /juillet /2025 14:46

David Cayla, maître de conférences en économie à l’Université d’Angers, analyse pour nous l’accord signé entre Donald Trump et l’Union européenne, qui prévoit des droits de douane de 15 % sur les produits européens. Pour lui, l’UE a laissé passer une chance historique d’affirmer son indépendance.

Quelle lecture faites-vous de l’accord signé ce 27 juillet ?

David Cayla

Économiste

Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il est déséquilibré ! La question est de savoir pourquoi l’Union européenne (UE) parvient à un accord finalement moins favorable que ce qu’a obtenu le Royaume-Uni qui négociait tout seul de son côté. Ce dernier a en effet obtenu des droits de douane de 10 % ainsi que quelques concessions sur des marchés libres de taxes.

L’UE, en revanche, c’est 15 % de droits de douane (sur les produits européens exportés vers les États-Unis, N.D.L.R.), avec en plus l’obligation d’acheter du pétrole et du gaz américain, sans compter l’armement. Enfin, les Européens ont promis d’investir 600 milliards de dollars sur le sol américain, ce qui va à rebours de toutes les promesses formulées dans l’UE au cours des dernières semaines, selon lesquelles l’épargne européenne devait être mobilisée pour financer la croissance et l’industrie européenne.

Pourquoi un accord aussi asymétrique ?

Tout simplement parce que les pays membres sont divisés, en raison de structures économiques différentes : entre les pays désireux de protéger leurs industries exportatrices, comme l’Allemagne et d’autres favorables à des positions plus fermes (comme la France), aucun terrain d’entente n’a été trouvé. Et ce sont finalement les logiques exportatrices qui se sont imposées : il n’y a qu’à voir le soupir de soulagement poussé par les industriels allemands, heureux d’échapper à des taxes de 30 %.

À l’arrivée, c’est surtout un échec politique de l’UE : on nous vend depuis des années l’idée selon laquelle, avec l’Union, les pays seraient plus puissants pour négocier des accords commerciaux avantageux. Et on se retrouve avec un accord plus mauvais que des pays hors UE. Si l’Union européenne, qui nous impose par ailleurs de multiples contraintes, ne nous protège même pas en cas de guerre commerciale, à quoi sert-elle ? À ce titre, cet accord va renforcer les discours eurosceptiques.

Quelles pourraient être les conséquences pour l’économie française ? Seuls quelques secteurs sont particulièrement exposés (aéronautique, spiritueux, médicaments), et il semblerait qu’ils ont été épargnés par l’accord…

Les choses ne sont pas aussi claires ce stade. L’aéronautique semble épargnée, en effet, mais il manque encore les détails sur les modalités concrètes de cette exemption. Pour ce qui est des spiritueux et de la pharmacie, il y a fort à parier que des taxes s’appliquent.

Ce qui semble évident, de toute façon, c’est qu’il y aura des destructions d’emplois en France : des entreprises exportatrices vont voir leurs carnets de commandes diminuer et réduire leur volume d’emplois. Dans un environnement déjà récessif en raison de l’impact du budget présenté par François Bayrou, la hausse des droits de douane ne va pas contribuer à améliorer l’économie française.

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24 juillet 2025 4 24 /07 /juillet /2025 07:30

Contrairement à ce que martèle le gouvernement, les travailleurs, en France, font 154 heures de plus par an qu’outre-Rhin, selon l’OCDE. Le taux d’emploi est toutefois bien moins élevé qu’en Allemagne du fait de l’exclusion de certains actifs. Explications.

Des Français « désenchantés » face au travail, coupables du déficit de la France qui s’aggrave. C’est presque en ces termes que le Premier ministre, François Bayrou a évoqué les raisons du creusement de la dette, mardi 15 juillet, lors de la présentation du budget.

« Nous travaillons, en France, 100 heures de moins par habitant qu’en Allemagne », a déclaré dans la foulée la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, pour justifier l’effort supplémentaire demandé aux travailleurs tricolores. La rengaine, utilisée à outrance pour justifier la destruction des droits des Français, n’est pas nouvelle. Mais est-elle exacte ?

Enfants, privés d’emploi et retraités intègrent le calcul

La donnée citée par la ministre est issue d’une étude de l’OCDE et calcule le nombre d’heures travaillées par habitant en 2024, personnes inactives comprises. Ainsi, enfants, privés d’emploi et retraités intègrent le calcul. Les données se trouvent ainsi plus façonnées par la structure démographique des pays (natalité, espérance de vie) et les règles de départ à la retraite (les Allemands ne peuvent toucher leur pension qu’à partir de 67 ans) que par la productivité des travailleurs.

En restreignant l’analyse aux personnes actives, la comparaison sert bien moins le discours du gouvernement. En 2023, selon un autre indicateur de l’OCDE, les travailleurs allemands avaient en moyenne bûché 1 335 heures, soit 154 heures de moins que les travailleurs français (1 489 heures).

Un taux de chômage des jeunes considérable

Il est toutefois vrai que le taux d’emploi est plus important en Allemagne qu’en France. Selon les données publiées par l’Insee, la part des personnes âgées de 15 à 74 ans occupant un emploi était de 68,4 % en 2023 en France, contre 77,4 % outre-Rhin. Cette différence pourrait s’apparenter à un souci de répartition du travail. « Il faut travailler tous, il faut travailler mieux », mais pas travailler plus, assurait ainsi Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, au micro de France Inter, jeudi.

Les jeunes Français se trouvent en moyenne en effet largement plus exclus du travail que leurs collègues allemands : le taux de chômage des 15-24 ans est de 17,2 % en France, contre seulement 5,8 % en Allemagne. Une note du Conseil d’analyse économique de mars 2025 précise d’ailleurs que « deux ans après leur fin d’études, les jeunes sortis d’études à 18 ans ont un taux d’emploi plus faible en France de 15 points par rapport à l’Allemagne ».

La situation n’est pas plus reluisante du côté des seniors. Selon l’Insee, en 2023, 21 % des personnes âgées de 55 à 61 ans n’étaient, en France, ni en emploi, ni à la retraite.

« Le problème français c’est le taux d’emploi, pas les heures travaillées en emploi », conclut la note du Conseil d’analyse économique. Ainsi, rien ne sert de raboter les congés ou de sucrer les jours fériés pour renflouer les caisses. À en croire les experts, il suffirait plutôt d’encourager l’emploi des jeunes, des seniors mais aussi des travailleurs les moins qualifiés. Difficile toutefois de penser qu’une nouvelle réforme des règles de l’assurance-chômage souhaitée par François Bayrou, qui viendra à n’en point douter raboter les droits des privés d’emploi, servira cet objectif.

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9 août 2023 3 09 /08 /août /2023 07:00
Altice : après l’arrestation d’Armando Pereira, crise majeure pour le modèle Drahi

La parole du milliardaire était attendue ce lundi. À 13 heures, Patrick Drahi, le patron d’Altice, l’un des plus grands groupes de télécommunication, a tenté de rassurer ceux qui lui ont permis de construire sa fortune, ses créanciers. Le groupe est dans la tourmente après l’arrestation, le 13 juillet, du bras droit de Patrick Drahi, cofondateur du groupe, Armando Pereira, accusé d’être le chef d’un vaste système de corruption et de blanchiment d’argent, via notamment la mise en place d’un réseau de fournisseurs douteux qui, lors des acquisitions du groupe, auraient surfacturé à Altice des prestations, sans les déclarer. Ce qui lui aurait permis de détourner pour son propre intérêt quelques millions d’euros, peut-être une centaine, au fisc portugais et à Altice International. Au total, 11 délits financiers lui sont reprochés. Depuis, toutes les personnes mises en cause lors des perquisitions ont été suspendues de leurs fonctions par Altice. Une enquête interne a même été lancée.

Ce lundi, Patrick Drahi est également sorti du silence pour se désolidariser de son ami : « Si les suspicions du fisc portugais se révèlent vraies, je me sens trahi. Cela voudrait dire qu’un petit groupe d’individus ont caché leurs actions et profité de certaines de nos acquisitions, au détriment du groupe et de ma réputation. »

Une montagne de dettes estimée à 70 milliards d’euros

Une prise de parole rare, puisque la dernière datait de 2017, quand le groupe vacillait en Bourse. C’est dire si les temps sont difficiles. Outre la réputation d’Altice, les syndicats comme les experts financiers craignent que le scandale ne provoque une crise de confiance des « investisseurs » et provoque ainsi une réaction en chaîne en faisant tomber une à une les cartes du château. Car l’empire Drahi, soit Altice USA, Altice France et Altice International, est avant tout une montagne de dettes estimée à 70 milliards d’euros, selon les documents consultés par Reflets, StreetPress et Blast, datant de 2019.

Autant de dettes accumulées sur deux décennies grâce à l’essor d’un produit financier, le LBO (leverage buy-out). Le montage consiste à racheter des entreprises à crédit, en bénéficiant de taux d’intérêt bas, au travers d’une holding, puis de rembourser celui-ci le plus rapidement possible, en lui faisant remonter le plus de dividendes, quitte à supprimer des emplois, et arrêter d’investir. À lui seul, Altice France, qui détient SFR, enregistre, d’après le Monde , près de 24 milliards d’euros de dette.

Mais la récente hausse des taux d’intérêt et le durcissement des conditions de crédit ont mis fin au règne de l’argent facile. À cela s’ajoute une conjoncture économique morose. Le lucratif mécanisme se grippe et les syndicats de salariés sont inquiets. « Ce qu’on a appris par la presse portugaise crée des inquiétudes sur l’endettement de SFR à terme », explique Abdelkader Choukrane, le responsable syndical Unsa du groupe Altice, dans Ouest-France. Entre 2025 et 2029, ce sont plus de 20 milliards d’euros que le groupe doit rembourser ou refinancer. Ce lundi, Patrick Drahi a assuré que ce scandale n’aurait « aucun impact » sur les finances et les prévisions de sa branche Altice International. Ce qui reste à prouver.

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8 juillet 2023 6 08 /07 /juillet /2023 05:38

On paye de plus en plus cher pour manger, s'habiller, se loger. Dans les quartiers populaires on ne pourra pas partir en vacances. Mais les fortunes flambent. Nous n'avons même plus besoin d'expliquer. C'est le journal du patronat et de la finance qui l'écrit : "Les chiffres donnent le tournis" et il poursuit "Sur les six premiers mois de l'année, les 500 personnes les plus riches au monde ont vu leur fortune bondir de 852 milliards de dollars selon les calculs de Bloomberg, qui a mis à jour ce mardi son "Billionaires Index"Selon les données compilées par l'agence, chaque membre de ce classement a gagné en moyenne  14 millions de dollars par jour au cours des  6 derniers mois " sans commentaire.

 

 

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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 07:00
Ambiance électrique sur les prix de l’énergie

Pouvoir d’achat L’envolée des tarifs et les craintes de coupure cet hiver étaient au cœur des discussions au Forum social. La CGT mines et énergie lance la bataille de l’opinion pour rompre avec la dérégulation du secteur et la dépendance aux marchés.

Les prix de l’énergie s’emballent, mais à qui la faute ? Pour Catherine, Laurent et Hubert, venus de Cholet à la Fête de l’Huma­nité, leur avis s’est forgé après une heure d’échanges chocs entre Gabriel Attal, ministre du Budget, Fabien Roussel, député­ PCF, ou Sébastien Menesplier, de la CGT mines-énergie. « On parle de sobriété, de bouclier tarifaire ou de chèques énergie mis en place par le gouvernement. Les gens autour de nous sont paumés. Mais, pour nous, c’est désormais clair que derrière tous ces dispositifs censés contenir les augmentations, la politique suivie reste celle de servir les actionnaires de tous ces groupes privés. On ne s’attaque pas aux causes du problème, qui sont celles du mar ché et de la concurrence », résume Laurent.

Pour les syndicats, instances représentatives des personnels et experts présents en nombre au Forum social, des solutions existent à la crise énergétique et à l’augmentation des prix pour les consommateurs. Mais leur mise en place nécessite de mener une bataille politique et culturelle auprès de l’opinion publique afin de rompre avec la libéralisation du secteur et sa dilution dans un marché qui craque de tous côtés. « Les gens sont nombreux à venir nous voir. Ils nous parlent de leurs problèmes de facture, de démarchages abusifs, de crainte de devoir arrêter de se chauffer cet hiver pour éviter les impayés et les coupures », raconte Gwénaël Plagne sur le stand du Conseil national de l’énergie, constitué l’an dernier par les comités centraux d’entreprise d’EDF et Enedis au plus fort de la bataille contre le projet Hercule de découpe du groupe électricien.

« Désertification de nos services »

Ces problèmes du quotidien concernent aussi les élus de collectivités locales. « Un maire d’une commune d’Île-de-France nous a demandé ce qu’il pouvait faire alors que toutes ses mesures d’économies d’énergie ne suffisent pas à contenir l’envolée de la facture des bâtiments municipaux, reprend Gwénaël Plagne. En racontant leurs problèmes, les gens voient bien que le marché de l’électricité et du gaz ne fonctionne plus. On bat chaque jour des records sur les cours, mais les coûts de production n’ont pas varié. Ce n’est que de la spéculation. Quant aux boucliers et autres chèques, ils ne suffisent plus. Les préoccupations des usagers entrent en résonance avec nos propositions. On marque des points. »

Écouter les agents énergéticiens présents sur la Fête raconter leurs conditions de travail permet d’appréhender un système usé par vingt années de dérégulation et d’économies. Au temps d’une garantie réelle de service public de l’énergie, 75 % des interventions demandées par les usagers devaient être effectuées dans la demi-heure. Cette obligation de résultat est devenue de plus en plus lâche au fil des années, en temps (dans l’heure) comme en zones couvertes toujours plus étendues. « Comme celle-ci est comptabilisée au niveau national, on est sûr de la remplir grâce aux interventions en zones urbaines, où notre maillage est encore suffisamment dense. Mais dans les campagnes, on ne dépanne plus immédiatement. Les économies sur les personnels, les véhicules, les locaux aboutissent à une désertification de nos services », se désole Yann Renard, du CSE central de GRDF. À ses côtés, Thomas Dotel, secrétaire du même CSEC, fait le lien avec les préoccupations des usagers : « Ils voient bien que le système actuel mène à un affaiblissement des services rendus. Avant, notre statut d’énergéticien nous permettait de prendre le temps de régler un problème, quitte à allonger notre emploi du temps. Aujourd’hui, comme Engie ne veut pas payer d’heures supplémentaires, passé les dix heures d’astreinte, l’agent doit laisser le chantier, fini ou pas. »

Face à tous ces constats, la tentative de rapprochement du ministre Gabriel Attal lors du débat sur l’avenir du système énergétique a fait long feu. « Du bouclier tarifaire au chèque énergie, je demande que tout ce que nous avons fait pour protéger les Français soit reconnu. C’est un investissement massif : 1,5 % du PIB. Sur la préparation de l’avenir, des convergences existent entre nous, comme la place du nucléaire », a proposé le ministre du Budget. Réponse cinglante de Sébastien Menesplier, de la CGT : « Depuis vingt ans, les responsables se sont succédé et ont tous mené la même politique : ils ont cassé un monopole public de production et de distribution de l’énergie pour jouer au Monopoly avec le gaz et l’électricité. Il va falloir que vous vous expliquiez. »

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2 septembre 2022 5 02 /09 /septembre /2022 07:22
Les familles étranglées par l’inflation

Rentrée De l’électricité aux fournitures scolaires, les prix s’envolent pour les ménages, contraints d’affronter des hausses de prix partiellement compensées par les aides gouvernementales.

Les vacances à peine achevées, les Français s’apprêtent à aborder une nouvelle année scolaire qui s’annonce compliquée sur le plan budgétaire. Énergie, carburant, alimentation, logement, fournitures scolaires… tout ou presque augmente. Au mois de juillet, l’Insee avait déjà constaté­ une hausse des prix à la consommation de 6,1 % en un an. Et la facture devrait encore s’alourdir ces prochains mois. La flambée des prix du gaz et de l’électricité sur le marché de gros risque notamment de pénaliser les foyers, même si le gouvernement a promis qu’il ne laisserait pas les prix de l’énergie « exploser », maintenant en particulier le bouclier tarifaire pour les abonnés au tarif réglementé. Mais le porte-parole du gouver­nement, Olivier Véran, a d’ores et déjà prévenu que l’État ne pourrait pas « indéfiniment geler les prix ». Pour tenter d’adoucir la douloureuse, le gouvernement multiplie les « coups de pouce » aux plus précaires : prime de rentrée, revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire, remises sur les prix de l’essence, augmentation des APL… mais à des niveaux tellement cosmétiques que ceux-ci ne pourront pas durablement aider les ménages à faire face à la hausse générale. Tour d’horizon des postes de dépenses qui grèvent le porte-monnaie des Français.

Produits alimentaires : les prix continuent de flamber

Difficile de trouver un produit alimentaire qui n’a pas augmenté quand on va faire ses courses au supermarché. En un an, les prix ont fait un bond de 7,9 %. Rien qu’au mois d’août, ils ont pris un point. Selon une étude de l’institut IRI publiée le 25 août, la hausse est particulièrement flagrante sur les premiers prix, là où il n’y a pas de marges de manœuvre. Soixante-sept catégories affichent même une progression à deux chiffres, comme les viandes surgelées (+ 28,7 %), hachées (+ 21,8 %), les pâtes alimentaires (+ 19,8 %). Aux sécheresses et inondations qui influent sur les récoltes s’ajoutent depuis fin février les incidences de la guerre en Ukraine, cinquième exportateur mondial de blé et quatrième de maïs avant le conflit. Cette inflation a des conséquences délétères pour les ménages défavorisés, pour qui les dépenses alimentaires représentent, avec le logement, un des deux premiers postes budgétaires.

Cette hausse du prix des denrées se répercute aussi sur les cantines scolaires. Certaines communes ont déjà fait le choix de réduire les portions dans les assiettes. D’autres de faire des économies ailleurs (moins de bus destinés aux sorties des enfants, non-renouvellement de personnel…) ou d’augmenter les prix. Les villes qui ont municipalisé leurs cuisines devraient mieux s’en sortir, parce qu’elles privilégient les circuits courts et ont davantage de liberté dans leur gestion. Les 40 % qui passent par des entreprises privées de restauration collective se sont vu demander d’accepter une hausse d’au moins 7 % des prestations fournies.

Logement et fournitures d’énergie : des aides insuffisantes

Après le confinement, les associations avaient déjà mis en garde contre le risque d’un raz de marée d’expulsions locatives. Avec l’inflation, cela pourrait prendre l’ampleur d’un tsunami, tant il sera difficile pour les ménages les plus fragiles, et même pour une partie des classes moyennes, d’absorber la hausse des prix du logement, loyers et charges confondus. La situation devrait devenir particulièrement intenable pour les 10 % de Français les plus modestes qui consacraient déjà, avant la crise, 40 % de leur budget à se loger. Mais, au-delà, beaucoup pourraient être concernés, le logement étant devenu le premier poste de dépenses des ménages. L’inflation a déjà commencé à se répercuter sur l’indice de référence des loyers (IRL), qui sert de base à leur révision annuelle. Celui-ci a augmenté de 2,48 % au premier trimestre 2022 et de 3,60 % au deuxième, contre 0,09 % au premier trimestre 2021. Au motif qu’il ne fallait pas heurter le pouvoir d’achat des propriétaires, le « bouclier loyers », adopté mi-août dans le cadre de la loi sur le pouvoir d’achat, s’est contenté de contenir cette escalade en limitant la hausse de l’IRL à 3,5 % jusqu’en 2023. Associations de locataires et élus de gauche n’ont pas caché leur déception face à l’insuffisance de la mesure, eux qui avaient milité pour un gel total. Autre source de mécontentement, la revalorisation des aides personnelles au logement, limitée à 3,5 %, quand la Fondation Abbé-Pierre (FAP)estime nécessaire qu’elle atteigne 10 %. Cette hausse en dessous de l’inflation est d’autant plus dérisoire qu’elle survient après plusieurs années de non-revalorisation et même de désindexation des APL.

Mais, plus encore que les loyers, la hausse des prix de l’énergie va grever les porte-monnaie, alors qu’en 2016 plus de 12 millions de personnes étaient déjà affectées par la précarité énergétique. Là encore, les mesures prises, à savoir le plafonnement de la hausse du prix de l’électricité à 4 %, et du gaz réglementé jusqu’à la fin 2022 – mais après une hausse de 41 % en 2021 –, ont permis d’éviter que les tarifs ne deviennent inaccessibles, mais elles restent insuffisantes. Pour les 5,8 millions de ménages modestes, cette mobilisation s’est accompagnée, fin 2021, du gonflement de 100 euros du chèque énergie. Insuffisant pour la FAP, qui a calculé que 700 euros étaient nécessaires pour « aider les ménages à bas revenus à payer des factures de chauffage, en hausse vertigineuse ». L’association demande aussi aux pouvoirs publics de contraindre l’ensemble des fournisseurs à remplacer, comme le fait déjà EDF, les coupures d’électricité pour impayés par une baisse de puissance.

Transports et déplacements : le carburant toujours trop cher

Pénurie des transports, coût des carburants qui atteignent des sommets… cette rentrée cumule les points d’alerte. « Pour ceux qui se déplacent en voiture, le budget a doublé ce trimestre », constate Alison Tollet, secrétaire de l’Ufal (Union des familles laïques) du Calaisis (Pas-de-Calais). « Dans notre association, les adhérents ont du mal à boucler leurs fins de mois : retraités, familles, étudiants. » Et ce n’est pas la remise de 30 centimes sur l’essence, promise au 1er septembre par le gouvernement, qui changera la donne. « À Calais, le gazole a atteint 2,24 euros et aujourd’hui il est à 1,75 euro le litre, reprend Alison Tollet . Alors, 30 centimes, c’est pas grand-chose ! Certaines familles que je connais ont quitté leur opérateur d’énergie juste parce que le concurrent proposait des cartes gratuites sur l’essence. »

Comme partout en France, les services publics ne sont pas suffisamment développés pour remédier à la hausse du coût du transport individuel. Dégradation des conditions de travail, salaires à la peine : la pénurie de chauffeurs se recense partout. Et le maillage du territoire est défectueux. Alison Tollet a dû opter pour le covoiturage pour amener sa fille au collège public, car il n’y a aucune ligne de bus. À l’Ufal, elle a rencontré des personnes qui ont dû refuser un poste à Dunkerque ou à Lille faute de solutions de transport : « Ça leur faisait trop de frais d’essence, d’entretien de voiture, surtout pour les intérimaires. » En principe, à la suite du vote de la loi du 16 août sur le pouvoir d’achat, la prime transport doublera en 2022 et 2023. Les salariés utilisant leur voiture pour venir travailler pourront bénéficier de 400 euros. Mais, pour l’instant, Alison Tollet n’en a pas entendu parler à son travail, où l’accord collectif ne semble pas encore avoir été signé.

Matériels scolaires et équipements : des dépenses pas épargnées

Poste de dépenses crucial en cette période de rentrée, les fournitures scolaires affichent elles aussi un renchérissement manifeste. Prévue dès le mois de juin, cette hausse des prix – en grande partie due à l’augmentation des coûts du papier – a bien eu lieu. En un an, le prix de la pâte à papier a bondi de 70 %, de quoi impacter la facture des parents. Dès le mois de juillet, l’Insee constatait un bond de 10,9 % des prix sur ce type de produit, quand les fournitures non composées de papier enregistraient de leur côté une hausse de 4,2 %. Dans son baromètre annuel publié mi-août, l’association Familles de France estimait qu’une rentrée scolaire en 6e aura coûté, cette année, en moyenne 4,25 % plus cher qu’en 2021, soit 208,12 euros de plus. « Le coût augmente dans tous les circuits de distribution physique tels que les hypermarchés, supermarchés et magasins spécialisés », souligne l’association. Elle remarque en outre « une hausse de 4,34 % dans le secteur des articles de sport pour atteindre 55,19 euros ». Si l’Insee n’a pas constaté de hausse significative sur les prix de l’habillement ou de l’équipement informatique, l’ameublement, lui, affichait une augmentation de 7,9 %, le gros électroménager, de 4,7 %, et les petits appareils électroménagers, de 6,4 % en juillet, de quoi peser notamment sur le budget des étudiants. Face à ces hausses, la majoration de 4 % de l’allocation de rentrée scolaire versée par la CAF et la prime de rentrée accordée par l’État aux 8 millions de bénéficiaires des minima sociaux auront aidé à faire passer temporairement la pilule. « Mais nous sommes inquiets pour l’avenir, surtout à cause des prix de l’énergie », pointe Chantal Huet, présidente de Familles de France.

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