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17 août 2026 1 17 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

15/21 juin 1936 (24) Les congés payés

L’actualité sociale domine toujours : nouvelles grèves, nouveaux pourparlers, nouvelles victoires, essentiellement en province alors que le travail tend à reprendre à Paris. Les décrets de dissolution des ligues fascistes sont publiés. On se souvient que l’année 1936 s’était ouverte (le 10 janvier) avec l’adoption de la loi contre les ligues, mais il aura fallu attendre près de six mois et l’arrivée du Front populaire pour qu’enfin les décrets voient le jour (sauf pour l’Action française, dissoute en principe dès février). Sont concernés : Croix-de-Feu, Solidarité française (ou Parti national corporatif), Francistes, Jeunesses patriotes (ou Parti national populaire)…

Très bien, souligne l’Humanité qui précise toutefois que ces dissolutions devront être effectives ; car on connaît le procédé des factieux consistant à changer de nom, de titre, d’étiquette et ainsi se reconstituer. Le colonel de La Rocque, par exemple, serait en train de recréer clandestinement, croit savoir le quotidien communiste, « sa formation de guerre civile ». (Il s’agit du Parti social français). Mais « Le Front populaire brisera cela comme il a déjà brisé les prétentions des alliés patronaux du colonel, écrit Paul Vaillant-Couturier. Le Front populaire parle peu. Il agit. »

Dans le même esprit, Lucien Sampaix entame, le 21 juin, une série d’articles intitulée « La République aux républicains ». Son premier papier concerne la police et l’armée qui « doivent être libérées de l’emprise des factieux ».

Le 20 juin est adoptée la loi sur les congés payés, 15 jours de vacances, mesure qui n’était pas dans le programme initial du Front populaire.

Les 20 et 21 juin se tient à la mairie du 5e arrondissement une conférence internationale « Pour la défense du droit d’asile », organisée notamment par « le centre de liaison des comités pour le statut des immigrés », le comité du droit d’asile de la CGT, le Secours rouge international. Marcel Cachin apporte son soutien à l’initiative où participent « des émigrés politiques chassés de leur pays par la bestialité fasciste et par les violences de divers gouvernements capitalistes. »

À l’international encore, le journal communiste mentionne, le 19, la mort de Maxime Gorki (1868-1936), « un écrivain qui fut pleinement, magnifiquement un homme », selon Paul Vaillant-Couturier. Il est encore question de la nouvelle constitution soviétique : « Par la dictature du prolétariat, les communistes (soviétiques) développent pour le peuple la véritable démocratie des travailleurs. »

Gérard Streiff

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15 août 2026 6 15 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire !

Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

8/14 juin 1936 (23) On fête la victoire

Au fil des jours se multiplient les grèves et les communiqués de victoire. Ce mot de victoire d’ailleurs revient comme un leitmotiv dans les titres de l’Humanité tout au long de la semaine. « Encore des victoires ! »(9/6), « Toujours des victoires ! »(10/6), « Victoires ouvrières! » (13/6).

La joie ouvrière se montre ; on danse dans les usines occupées. On prend la pause pour ces photos de détente et de joie : on y voit des travailleurs jouant aux cartes ou se faisant couper les cheveux !

Dimanche 14 juin, le rassemblement communiste au stade Buffalo (on parle de 120 000 personnes) est encore un moment de fête.

À peine en place, le gouvernement met en application des éléments de son programme. Le 11 juin le Parlement adopte les lois sur la semaine de 40 heures, les conventions collectives, les congés payés.

Ce même jour, Thorez prononce un long discours, tout à fait essentiel, devant « l’assemblée d’information des communistes de la région parisienne » (voir l’Humanité du 13/6). Il détaille les caractéristiques du mouvement gréviste, salue l’accord de Matignon, trouve cependant que le compte n’y est pas côté salaires, évoque la démocratie ouvrière, le rôle des syndicats (et des militants communistes) ; il déclare : « S’il est important de bien conduire un mouvement revendicatif, il faut aussi savoir le terminer. » Il n’est pas question de prendre le pouvoir, insiste-t-il, pas question de considérer que « tout est possible » (la ligne du socialiste Pivert) ; il argumente contre « les tendances gauchistes », il montre aussi du doigt « le citoyen Salengro », le nouveau ministre de l’Intérieur qui utiliserait un peu trop ses forces de police contre les manifestants ouvriers et pas assez contre les ligues fascistes ; il se félicite du poids du journal l’Humanité (dont les ventes peuvent atteindre 750 000 exemplaires) et du PCF (près de 150 000 adhérents.

À noter la tenue à Alger du « Congrès musulman algérien » qui a « acclamé l’union pour le pain, la paix et la liberté des peuples français et algérien ». Les communistes en sont partie prenante.

Côté faits divers, on parle beaucoup du duo Carbone et Spirito, deux célèbres gangsters, à la fois hommes de main anticommunistes (à Marseille notamment) et trafiquants (de drogue) notoires ; leurs méfaits inspireront, en partie, plus tard, le film Borsalino.

À l’internationale, présentation de la nouvelle Constitution de l’URSS que l’Humanité qualifie de « constitution la plus démocratique au monde.»

Gérard Streiff

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13 août 2026 4 13 /08 /août /2026 05:00
A lire - Croisières et caravanes d'Ella Maillart, grande voyageuse suisse en URSS et en Asie

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir "Croisières et caravanes" d’Ella Maillart (1903-1997), aux éditions Payot Rivages (Petite bibliothèque des voyageurs, 2020) un récit de vie et d’aventures écrit en 1950, plein de souffle et d’énergie vitale, de fascination pour les vies autres qu’occidentales.
Ella Maillart, une femme au caractère bien trempé affirmait une liberté formidable dans les années folles.
Cette jeune suisse apprend la navigation et la régate sur son lac encore enfant avec sa meilleure amie Miette avant d’en faire son sport d’élection avec le hockey et le ski, et de naviguer avec sa copine en Méditerranée en vivant sur leur bateau commun sur la côte d’Azur ...
Le mariage de sa compagne de navigation l’amène à voyager en Grande-Bretagne en y donnant des cours dans une école privee avant de gagner Moscou et l’URSS pour y étudier les transformations de la société russe avec le communisme et le cinema soviétique en formation, avec le projet d’écrire un livre sur le cinema soviétique.

La rude vie de Moscou présente aussi ses plaisirs et est assumée en faisant du sport avec les jeunes moscovites.

Une rencontre avec des scientifiques alpinistes soviétiques l’amène à franchir les monts du Caucase, où elle filme les alpinistes, puis à entreprendre un voyage de plusieurs mois en Asie Centrale, dans le Turkestan de l’époque (Turkmenistan et Ouzbekistan), au Kazakhstan, dans les steppes du Kirghizistan, avec les nomades, franchissant tous les obstacles et les interdits avec une confiance et un courage extraordinaire qui l’amènent à se lier à des agents du Guepeou pour obtenir des permis de voyager et de résidence et surtout à être adoptée par les nomades.

Elle vit de presque rien, de l’argent de films et d’articles, de récits de voyage, elle qui ne se sent pas écrivaine mais qui ne tient pas en place et veut faire de sa vie un rêve. Elle séjourne a Boukhara, dans le Pamir tadjik, rentre en caravane de chameaux par la steppe en plein hiver en Russie avant de regagner la Suisse, d’y faire des conférences sur le pays des Soviets qui se veulent objectives mais qu’on trouve trop complaisantes pour l’Union soviétique, et rentre dans l’équipe nationale de ski feminine suisse avant d’engager un nouveau grand voyage en Chine, alors agressée en Mandchourie par le Japon, puis par caravane au Sing Chiang, au Tibet, zones interdites et pleines de rebelles et de brigands, et enfin au royaume ismaélien de Hunza, et au Cachemire.

Elle reviendra après la seconde guerre mondiale pour y découvrir les voies d’une exploration plus intérieure et y recevoir l’enseignement de Sri Aurobindo à Pondichery et d’un autre gourou inspire dans son ashram du Tamil Nadu, Ramana Maharishi, après un voyage éprouvant dans l’Iran du Shah et en Afghanistan en voiture depuis la Suisse ou elle dut faire face à la depression et aux tentatives de suicide d'une amie et compagne de voyage écrivaine et journaliste.

Une vie de voyages extraordinaires magnifiquement bien restitués dans leurs atmosphères inimitables.

I.D

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13 août 2026 4 13 /08 /août /2026 05:00

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

1/7 juin 1936 (22) Les accords de Matignon

Cette première semaine de juin 1936 est exemplaire. Alors que de jour en jour le mouvement de grèves se développe, mobilise des centaines de milliers de travailleurs, la semaine s’ouvre (ou presque) sur la constitution du gouvernement Blum et se conclut sur les accords de Matignon.

On assiste dans le même temps à une mobilisation sociale sans pareil et à une transformation du paysage politique et sociale absolument radicale. Ces deux dynamiques se confortent, s’épaulent, s’encouragent l’une l’autre.

Chaque jour de la semaine, l’Humanité titre sur le nombre de nouvelles grèves victorieuses. « Dans l’ordre, pour le droit syndical, pour le pain : 35 victoires, 200 entreprises en grève » (3/6) ; « 200 000 travailleurs défendent leur pain. 80 victoires nouvelles. Le mouvement s’élargit encore. » (4/6) À Renault, un premier mouvement avait contraint le patron à faire des promesses et le travail avait repris ; mais comme la direction ne tenant pas ses engagements, les 33 000 ouvriers de Renault reprennent la lutte. « Victoire à Gennevilliers ! », « Victoire à Nantes ». C’est un vrai feu d’artifices de victoires.

Au point que le 5 juin, le quotidien communiste accorde trois colonnes en Une à l’annonce de la formation du premier gouvernement de Léon Blum (la veille) et quatre colonnes aux luttes sociales (« 500 000 grévistes en France »). Le nouveau gouvernement comprend trois femmes dont Irène Joliot-Curie (sous-secrétaire d’État à la Recherche). Vincent Auriol est aux Finances, Roger Salengro à l’Intérieur, Jean-Baptiste Lebas au Travail, Édouard Daladier à la Défense nationale, Pierre Cot au ministère de l’Air, Jean Zay à l’Éducation, Léo Lagrange aux Loisirs et au Sport. Notamment. Il s’agit de responsables socialistes et radicaux. Le PCF soutient sans participer. Édouard Herriot est président de la Chambre et Jacques Duclos vice-président. Le gouvernement obtient la confiance : 384 voix contre 210.

Des négociations tripartites - CGT, patronat, gouvernement - aboutissent le dimanche 7 juin aux Accords de Matignon : reconnaissance de la liberté syndicale, élections des délégués du personnel, signatures de conventions collectives, semaine de travail de 40 heures, deux semaines de congés payés, augmentation générale des salaires (7 à 15 % de hausse).

Au Parlement, les communistes déposent une proposition de loi pour taxer les grosses fortunes. De premiers changements ont lieu dans l’appareil d’État. Jean Tannery, gouverneur de la Banque de France, « créature des 200 familles », est « remercié ». Au ministère des PTT, Georges Mandel, « l’homme des châtelains médocains », est parti sous les quolibets, son départ a été salué par une vibrante Internationale.

Gérard Streiff

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11 août 2026 2 11 /08 /août /2026 13:01

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

25/31 mai 1936 (21) 100 000 métallos

Cette semaine de la fin mai 1936, alors que le gouvernement Blum n’est pas encore nommé, le mouvement social (on n’utilisait pas cette expression à l’époque) n’attend pas et passe un cran au-dessus : on va compter 100 000 métallurgistes en grève, « dans un calme parfait », dixit Le Petit Parisien. Toutes les grandes concentrations ouvrières sont concernées, Renault à Boulogne-Billancourt, Citroën. Et ces grèves sont victorieuses. Les acquis sont remarquables : augmentation de salaires (de 3 à 6 francs par jour selon les entreprises), vacances payées, reconnaissance des délégués d’ateliers et du droit syndical, suppression des amendes, paiement des journées de grève. À l’usine Brandt, ils obtiennent la semaine de 40 heures payée 48. Dans la foulée, 1 200 travailleurs des blanchisseries cessent le travail. Sur les chantiers de l’Exposition universelle (qui s’ouvrira en 1937), 10 000 travailleurs du bâtiment vont être augmentés. Une délégation du syndicat des métaux est reçue par le chef du gouvernement (Sarraut) et par le ministre du Travail : on annonce l’ouverture de pourparlers entre les délégués du personnel et le patronat.

C’est sans doute cette mobilisation qui pousse le responsable socialiste Marceau Pivert, leader d’un courant de gauche de la SFIO, à se livrer à une surenchère « gauchiste ». Le 27 mai, il écrit dans le Populaire un article fameux, « Tout est possible », y compris abattre le capitalisme. Réplique immédiate du dirigeant communiste Marcel Gitton, dans l’Humanité du 29 : « Tout n’est pas possible. » Alors que la droite assimile le Front populaire à l’anarchie, dit-il, ce qui est possible c’est l’application du programme du Front populaire, « et nous n’avons nullement besoin qu’on pousse des cris hystériques. (…) Le Front populaire ira de l’avant dans l’ordre, le calme, la discipline et la cohésion de ses rangs. Voilà ce qu’il faut pour la victoire commune. »

« Amnistie ! » : Cette revendication est très présente dans les luttes, amnistie pour les victimes de l’arbitraire patronale, réactionnaire ; amnistie dans l’enseignement. De très nombreux instituteurs, professeurs engagés dans la bataille pour l’école publique, la laïcité ont été victimes de répression (brimades, prison). Une centaine de maîtres ont encore été sanctionnés fin 1934. Parmi les nouveaux élus communistes, on compte des enseignants (Cogniot, Fajon, Barel) : « Ils seront les plus ardents protagonistes de l’amnistie », écrit le quotidien communiste du 27 mai.

À l’international, il est question de Palestine, de la répression féroce exercée par les colons britanniques contre la révolte arabe ; le sujet fait la Une de l’Humanité du 27 mai.

Gérard Streiff

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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

18/24 mai 1936 (20) Et le droit de vote des femmes ?

Tout au long de la semaine, les grèves se multiplient (la corporation des ouvriers du bâtiment met en avant la semaine de 40 heures), les meetings aussi. À Paris, le PC peut tenir deux grands meetings le même soir, l’un à Japy, l’autre à Wagram. Des mots d’ordre peuvent se télescoper, genre « Vive le Front populaire ! » et « Des Soviets partout. » Une puissante manifestation (on parla de 600 000 manifestants) est organisée le dimanche 24 mai au Père-Lachaise en hommage à la Commune de Paris. Des titres de la presse communiste font le lien entre la Commune et le Front populaire, comme : « Elle aura sa revanche ! » ou « Elle revivra. »

Les consultations pour la constitution du gouvernement Blum se poursuivent. La CGT, sollicitée, a fait savoir qu’elle n’y participerait pas mais elle soutiendrait. Politique française toujours : l’écrivain d’extrême droite Charles Maurras, chef de l’Action française, est condamné à huit mois de prison pour ses appels au meurtre contre Léon Blum.

Le 23 mai, Jacques Duclos donne une interview au journal L’Intransigeant sur le vote des femmes. L’Humanité publiera cet entretien le lendemain.

« L’égalité des sexes est une conception fondamentale de notre doctrine, dit Duclos. Égalité politique et sociale qui suppose le droit de vote et l’accession des femmes aux postes les plus importants. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous luttons pour ce principe. En 1925, nous avons déjà présenté des candidates en banlieue. Quelques-unes auraient eu même assez de voix pour être élues s’il n’y avait pas eu l’annulation. »

Comme le journaliste lui fait remarquer que le droit de vote des femmes ne figure pas dans le programme du Front populaire, il répond : « Peu importe qu’il ne soit pas question d’émancipation féminine dans le programme puisque le préambule de ce programme parle de justice pour tous. Nous la devons donc aux femmes. Nous appuierons tous les efforts quels qu’ils soient qui tendraient à faire entrer la femme dans la vie publique. Nous pensons que la nouvelle chambre ne doit pas tarder à se prononcer sur le vote des femmes. Nous agirons de manière à ce que ce problème ne soit pas différé. »

À l’international, on parle de paix (un article de Nizan, un autre de Dimitrov), de Palestine, de la terreur nazie en Allemagne. Un articulet (le 24, p. 3) est titré « Wychinski demande la peine de mort pour Sementchouk. » Il s’agit du procureur général qui va sévir lors des grands procès de Moscou (1936/1938).

Gérard Streiff

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7 août 2026 5 07 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

11/17 mai 1936 (19) « Les cousettes »

Alors que Léon Blum consulte les partis en vue de constituer son gouvernement (que le PCF soutiendra, donc, mais sans y participer), les grèves ont tendance à se multiplier ces derniers jours aux quatre coins de la France, par exemple dans l’entreprise Bloch de Courbevoie (700 salariés). Il s’agit de grèves le plus souvent pour les salaires et volontiers victorieuses.

« Il faut améliorer les salaires », écrit d’ailleurs Benoit Frachon, secrétaire de la CGT (le 14 mai). Dénonçant le scandale des petits salaires, « des salaires de famine », il assure : « Le pain, ce premier mot d’ordre du rassemblement populaire, il faut le donner à tous ceux qui en manquent. » Dans le même numéro de l’Humanité, Gaston Monmousseau, devenu député de Noisy-le-Sec, ajoute : « La lutte contre le grand capitalisme à l’intérieur des entreprises pour les revendications sont une des conditions essentielles du succès du mot d’ordre : améliorer le sort des travailleurs, faire payer les riches. N’est-ce point dans les meilleures traditions du syndicalisme français ? »

En fin de semaine, le quotidien communiste liste une série de « grèves et, ce qui est plus important, une série de victoires. Les mineurs de fond des bassins du Nord et du Pas-de-Calais, du Gard, de la Moselle, de la Loire, du Tarn, des Bouches-du-Rhône, de l’Aveyron ont obtenu un réajustement de leurs conditions de travail leur procurant certaines augmentations de salaires. »

« Les midinettes en ont assez ! » : Le journal accorde une place toute particulière au combat des femmes salariées. Les femmes, qui n’ont pas pu participer aux élections, privées du droit de vote, jouent un rôle important dans le combat social, montre le quotidien, qui rappelle que, dès 1917, elles étaient à l’initiative d’un « grand mouvement de grève qui fit trembler le patronat et l’état-major », ainsi que la Chambre des députés qui adopta alors une loi sur la semaine anglaise. Dans une série d’articles sur les ouvrières de la couture, le journal insiste : « Depuis des semaines, une grande effervescence se manifeste parmi les cousettes parisiennes. »

À l’international, il est surtout question de l’intervention de l’Italie mussolinienne en Éthiopie, de la nomination de Manuel Azana à la présidence de la République espagnole ; on parle aussi d’une campagne de solidarité avec Ana Pauker, dirigeante communiste roumaine. Responsable de l’Internationale communiste, Ana Pauker a été la compagne d’Eugen Fried (qui fut le représentant de la IIIe Internationale auprès du PCF). Son procès devait avoir lieu à Bucarest le 14 mai, il a été repoussé à l’automne. Ana Pauker a entamé une grève de la faim.

Gérard Streiff

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5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

4/10 mai 1936 (18) Soutien sans participation !

Trois jours après ce second tour triomphal, Maurice Thorez et Jacques Duclos réunissent la presse à la Mutualité. Dans une déclaration liminaire (intégralement reprise dans l’Humanité du dimanche 10), le secrétaire général estime que le vote massif pour les candidats communistes, pour ceux du Front populaire est motivé par une volonté de paix (et la hantise de Hitler), par une aspiration démocratique (et la dissolution des ligues factieuses), par un désir de progrès social (salaires et semaine de 40 heures). Il juge que le slogan communiste qui a connu le plus grand succès est celui qui demande « une France libre, forte, heureuse ». À présent, pour faire autrement, il faut faire payer les riches et il reprend les cinq résolutions que le nouveau groupe parlementaire communiste vont déposer (ce sont les cinq demandes déjà présentées par lui le 1er mai, voir l’article précédent) : nouvelle politique sociale, familiale, sportive, agricole.

Ce qui implique de changer de gouvernement. Thorez précise : « Il revient au parti le plus important de la nouvelle majorité, avec lequel nous sommes liés par un pacte d’unité d’action, de prendre la direction des affaires publiques. » Autrement dit la SFIO de Blum. « Pour notre part, nous l’assurons de notre appui complet à la chambre et dans le pays pour l’application d’une politique conforme aux aspirations indiquées par notre peuple dans le dernier scrutin. Nous ne participerons pas : nous l’avons dit et répété très loyalement au cours de notre campagne électorale. »

Il ajoute : « Nous sommes le Parti communiste, nous avons l’ambition et la volonté de conduire notre peuple vers une meilleure société où la possession des grands moyens de production sera le fondement du pouvoir des travailleurs libérés du joug du capital. En attendant, nous voulons soutenir sans réserve les forces démocratiques et de paix, appuyer tout effort pour améliorer le sort des travailleurs. »

Ajoutons encore cette phrase : « Nous voyons comme condition essentielle du succès du Front populaire : sa cohésion, son organisation, l’action des masses. »

L’autre caractéristique de cette semaine très politique, ce sont les ouvriers, les paysans, les syndicats qui haussent le ton. Benoit Frachon fait la Une de l’Humanité du 8 mai avec ce titre : « La CGT devant les problèmes actuels ». Il se félicite du résultat des élections et il note : « Il s’agit maintenant de cueillir les fruits de la victoire, de satisfaire aux légitimes revendications des masses laborieuses. La CGT entend bien faire l’impossible pour qu’un résultat positif soit obtenu dans les délais les plus courts.

(…) Les syndicats ne réclameront rien qui soit irréalisable. Ils demanderont tout ce qui peut être fait, même si cela nécessite de bousculer les routines ou de porter atteinte aux privilèges des oligarchies.»

Gérard Streiff

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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 05:00

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

27 avril /3 mai 1936 (17) La victoire !

Outre la tenue d’un Premier Mai très offensif « pour le pain, la paix, la liberté », toute cette semaine est tendue vers le second tour des législatives du 3 mai. On note dans le quotidien communiste du 1er mai un article, à la Une, de Maurice Thorez (réélu à Ivry), intitulé « Les projets des communistes ». Le groupe communiste à la Chambre, dit-il, va proposer dès la semaine suivante une résolution « pour faire payer les riches » et il déposera cinq demandes précises : 1) Un vaste programme de grands travaux et un rajustement des salaires ; 2) La suppression des décrets-lois (de Laval) socialement injustes ; 3) La protection de l’enfance, des familles (nombreuses) ; 4) Une grande politique d’éducation physique et de sport ; 5) La revalorisation des produits agricoles. En outre, le groupe exigera « une commission de moralité » pour vérifier l’origine des fortunes des politiciens (comme Laval par exemple…).

Faisant suite à un premier tour très prometteur, la victoire est au rendez-vous le 3 mai : le PCF compte 72 élus (contre 12 en 1932), le PS 149, les radicaux (en recul) 110. Les élus du Front populaire emportent la majorité de la Chambre, 386 députés sur 610. Parmi les nouveaux élus communistes, on signale : Jacques Duclos, Gabriel Péri, François Billoux, Ambroise Croizat, Georges Cogniot, Charles Tillon, Etienne Fajon, Waldeck Rochet, Virgile Barel, Prosper Mocquet, Jean Catelas. Dans la Seine, sur 60 circonscriptions, le Front populaire détient 39 sièges dont 32 communistes.

Marcel Cachin (le 4 mai) fait part de « sa grande joie », non seulement du succès communiste et des candidats du Front populaire mais, dans le même temps, de la défaite des candidats fascistes « et des chefs les plus insolents des factieux » comme Gignoux, « l’homme du Comité des forges », ou Marcel Déat, ministre de l’Air. Les réactionnaires, écrit-il, « vont répéter que c’est la Révolution, que c’est la fin du pays et que ce sera demain le désordre et le chaos. Ils vont reprendre leurs propos menteurs sur l’Espagne et les prétendus excès du Front populaire dans la péninsule ibérique. Le peuple de notre pays conservera tout son sang-froid devant ces absurdes violences de langage, il se préparera avec calme à faire passer dans la réalité le programme du Front populaire. »

À l’international, ces jours de la fin avril 1936 en Palestine mandataire marquent le début de « la grande révolte arabe », un mouvement de rébellion des territoires sous mandat britannique, qui va durer plusieurs années et qui demande notamment la création d’un État arabe indépendant.

Gérard Streiff

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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 12:51

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

20/26 avril 1936 (16) Le PCF double ses voix !

L’actualité de la semaine se concentre naturellement sur l’enjeu du premier tour des élections législatives du dimanche 26 avril.

La campagne est dynamique et le ton du journal l’Humanité est résolument offensif.

Les formes d’intervention militante bougent. Après Maurice Thorez à Radio-Paris, nombre de dirigeants communistes « parlent au poste de Paris-PTT » par exemple.

Le PC publie une Bande dessinée, reproduite dans le quotidien communiste, intitulée « Franchard et Lavisé » et signée « Image d’Épinal ».

Les derniers jours de la campagne, l’Humanité décline en Une les raisons de voter communiste : « Pour l’ordre, votez communiste ! » (24/4) ; « Pour la liberté, votez communiste ! » (25/4) ; « Votez communiste ! Contre la guerre ! Contre le fascisme ! Contre la misère ! » (26/4).

Rappelons que seuls les hommes ont le droit de vote ; d’où un article vindicatif du journal, le 22/4 : « La femme française doit voter ».

Un autre sujet toutefois s’invite également dans l’actualité. C’est l’amorce d’un mouvement social. Une grève est annoncée dans les bassins miniers, des corporations bougent : meetings des ouvriers du bâtiment, des travailleurs du vêtement, demandes des ouvriers agricoles, des chauffeurs de taxi, réunions des travailleurs des services publics. La fête du travail s’annonce puissante. La CGT va organiser 215 meetings dans les principales villes. « Contre la misère ! Participez aux manifestations du Premier mai », titre le quotidien, page 5, le jour même de l’élection.

C’est dans ce cadre que tombent, dimanche soir, les résultats tout à fait spectaculaires du premier tour. Le PCF double ses voix ; il passe de 796 000 voix en 1932 à 1 500 000. Soit de 6,7 % en 1932 à 12,5 (on trouve aussi ces chiffres : de 8,3 % à 15,2).

Neuf députés communistes sont élus au premier tour dont le secrétaire général Maurice Thorez, André Marty, qui est alors secrétaire de l’Internationale communiste, Renaud Jean, issu du monde rural, Arthur Ramette, député du Nord, le cheminot Gaston Monmousseau, l’écrivain et journaliste Paul Vaillant-Couturier. On parle de 60 ballottages favorables.

Le PS enregistre 1 900 000 voix et le parti radical 1 400 000.

Un double titre barre la Une de l’Humanité du lendemain : « Éclatante victoire du Parti communiste » (le journal l’Unité titrera début mai : « Éclatante victoire du Parti socialiste ») ; et « Discipline au second tour pour le triomphe du Front populaire ».

Gérard Streiff

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