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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 09:12
Opération Monaco au cinéma La Salamandre le mardi 7 avril à 20h30 en présence du réalisateur Dušan Trančík: Etienne Manac'h et la guerre froide en Slovaquie
Opération Monaco au cinéma La Salamandre le mardi 7 avril à 20h30 en présence du réalisateur Dušan Trančík: Etienne Manac'h et la guerre froide en Slovaquie
Opération Monaco au cinéma La Salamandre
En présence du réalisateur et de la fille d'Etienne Manac'h
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Dans les années 1950, les services secrets tchécoslovaques montent un complot contre le consulat français à Bratislava. Une plongée captivante dans les rouages des procès staliniens.
Ce mardi 7 avril, La Salamandre a le plaisir d'inviter Dušan Trančík, réalisateur de « Opération Monaco », pour une discussion à l'issue de la projection de son docu-fiction. Bérénice Manac'h, la fille de Etienne Manac'h (diplomate présent dans le film) sera également présente dans le cadre de cette rencontre.
Cinéma La Salamandre, Manufacture des Tabacs, 39 quai du Léon à Morlaix
mardi 7 avril à 20h30
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23 janvier 2026 5 23 /01 /janvier /2026 20:45
L'évangile de la révolution: un excellent film sur l'influence du christianisme d'émancipation porté par la théologie de la libération dans les luttes sociales et révolutionnaires en Amérique Latine, par François Xavier Drouet
L'évangile de la révolution: un excellent film sur l'influence du christianisme d'émancipation porté par la théologie de la libération dans les luttes sociales et révolutionnaires en Amérique Latine, par François Xavier Drouet
Un grand merci à l'ACAT, au Festisol, et à la Salamandre de nous avoir fait découvrir ce jeudi 22 janvier à Morlaix "L'évangile de la révolution" en présence du réalisateur François Xavier Drouet, un film soutenu aussi bien par l'ACAT, le CCFD- Terre solidaire, que par les amis de l'Huma, et les amis du Monde Diplomatique.
Ce film d'une grande profondeur, alternant interviews et images d'archives, revisite les mouvements révolutionnaires des années 60, 70, 80, soutenus par une partie de l'Eglise, et notamment de nombreux prêtres, moines et évêques, et surtout des communautés chrétiennes de base, chrétiennes et marxistes, en Amérique latine, du Salvador au Nicaragua, en passant par le Mexique et le Brésil, là où tout a commencé. Des luttes émancipatrices contre des dictatures de droite et d'extrême-droite ardemment soutenues et armées par les États-Unis pour faire face au péril communiste et rouge dans le cadre du plan "Condor" qui s'est traduit par des dizaines de milliers d'exécutions, d'enlèvements, de tortures, d'assassinats de prêtres, de religieuses, de communautés chrétiennes pendant des messes. Il montre l'engagement de certains religieux, y compris d'origine européenne, dans les guerillas populaires pour protéger le peuple contre le terrorisme des oligarchies et de leurs dictatures. Ce film est une leçon de courage et d'humanité, il montre la force de l'unité et de l'organisation des humbles en Amérique Latine, notamment avec Lula pendant les grandes grèves de Sao Paolo qui ont fait tombé la dictature brésilienne. La théologie de la libération, violemment combattue par le pape Jean-Paul II, ardemment anti-communiste qui a réformé l'église pour marginaliser les marxistes, reposait sur l'idée que les pauvres ne sont pas objets de charité et de bonne conscience pour les riches, mais le parti pris de Dieu, et des acteurs de leur libération. Donner à celui qui a faim d'accord, mais surtout empêcher que des gens aient faim quand d'autres vivent dans l'opulence. Les chrétiens se réclamant de la théologie de la libération n'opposaient pas salut terrestre et salut céleste, ils vivaient pour que la vie humaine ait de la valeur ici et maintenant, toutes les vies, notamment celles des pauvres, reprenant le message initial des Évangiles, et son approche égalitaire. Cette affirmation est à l'origine du mouvement des sans terre au Brésil, de la lutte des indiens marxistes du Chiapas, et sans doute un des points de départ de l'altermondialisme même si la violence de la répression et de l'effort de marginalisation de la théologie de la libération au sein de l'église ont ouvert la voie au retour des régimes d'extrême-droite en Amérique Latine, appuyées sur des églises évangélistes intégrées à l'idéologie capitaliste et états-unienne. Ce film avec des images d'archive incroyables est foisonnant d'enseignements et nous donne des clefs à la fois sur la construction d'une réponse collective d'émancipation populaire, le lien entre le national, le religieux, et l'idéal révolutionnaire, et sur les raisons du reflux de l'espérance révolutionnaire. Il donne aussi la parole à des chrétiennes et des chrétiens d'une intelligence, d'une dignité et d'une force morale exceptionnelle, qui ont lutté avec le peuple et pour lui, contre le pouvoir et la morgue de l'argent et des régimes oligarchiques hérités de la colonisation, de l'esclavage, de siècles d'exploitation capitaliste.
 
Ismaël Dupont 
 
« L’Évangile de la Révolution » : sur les traces de la théologie de la libération

Du Salvador au Mexique, le documentariste François-Xavier Drouet promène sa caméra sur les traces des révolutions latino-américaines inachevées, dans lesquelles la théologie de la libération a joué un grand rôle.

Cyprien Caddeo, L'Humanité, 2 septembre 2025

Le voyage de François-Xavier Drouet tient du pèlerinage. Le documentariste français, âgé de 46 ans, arpente l’Amérique latine depuis les années 1990, mais livre ici son premier film sur ce continent marqué par de fraîches révolutions. Du Salvador au Mexique, en passant par le Brésil et le Nicaragua, il s’agit d’en restituer les traces, de constater les impasses, les échecs.

De reconnecter surtout avec une spécificité locale : la théologie de la libération. Karl Marx a beau avoir déclaré que la religion est l’opium du peuple, les soulèvements sud-américains se sont faits avec le christianisme, et en son nom.

Drouet opte donc pour une approche didactique appréciable pour ceux qui ne connaîtraient rien à ce continent politique, intellectuel et spirituel. Le documentaire alterne entre images d’archives et témoignages sur place. C’est une histoire d’enthousiasme révolutionnaire et de répression sanglante.

Au Salvador, un prêtre belge raconte ses années de maquis avec le Front Farabundo Marti de libération nationale et explique comment les guérilleros ont résolu – ou plutôt enjambé – l’équation insoluble suivante : concilier exigence de non-violence et lutte armée. À El Mozote, on exhume encore les corps des 988 paysans tués par la contre-révolution financée par les États-Unis, en 1981.

Une Église dans l’Église

Au Brésil, on convoque un vieux sermon de Helder Camara et cette phrase : « Quand je donne à manger aux pauvres, on me qualifie de saint. Quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste. » Des suiveurs du célèbre évêque témoignent de leur excommunication pour avoir poursuivi ce travail doctrinal. Au Mexique, Drouet retrouve des vétérans zapatistes du Chiapas, où perdurent les rêves d’auto-organisation.

 

Dans le sillage de la révolution cubaine de 1959 et de Vatican II, les tenants de la théologie de la libération ont formé une Église dans l’Église. Ces croyants révolutionnaires, qui se réfèrent au « Dieu des pauvres » et au message du Christ plutôt que sa traduction dévoyée par les élites pontificales, ont fâché le Vatican. Jésus n’était-il pas précisément une figure d’opposition à une puissance impériale, Rome, dont l’Église a désormais fait son siège ? C’est ce que défendent les témoins interrogés par Drouet.

’Évangile de la révolution consacre par ailleurs une longue séquence à un moment historique pour l’Amérique centrale, très largement méconnu sous nos latitudes : la visite en 1983 de Jean-Paul II au Nicaragua, alors gouverné par les révolutionnaires sandinistes.

Le souverain pontife refuse de bénir les ministres « mauvais chrétiens » et accuse tout un peuple abasourdi « d’affaiblir l’unité de l’église » en préférant la doctrine marxiste au christianisme. En partie hué, Karol Wojtyla devra prendre ses mules papales à son cou et écourter sa visite. Ce jour-là, le Saint-Siège perd une bataille, mais le documentaire nous rappelle, amer, qu’il finira par gagner la guerre.

L’Évangile de la Révolution, de François-Xavier Drouet, France-Belgique, 1 h 55

Le précieux héritage d’un christianisme de libération

Née en Amérique latine, la théologie de la libération entendait faire des pauvres et des exclus les acteurs de leur émancipation. Une lecture marxiste du message de Jésus qui s’attirera, hélas, les foudres des forces réactionnaires.

Rosa Moussaoui, 24 décembre2022

Peut-être faut-il rechercher les sources de ce profond mouvement d’émancipation parmi les premières voix qui s’élevèrent contre la traite esclavagiste. Celles, par exemple, quelques décennies avant les premières lueurs des Lumières, de deux moines capucins : le Jurassien Épiphane de Moirans et l’Aragonais Francisco José de Jaca. Dans le XVIIe siècle finissant, tous deux plaidèrent avec ferveur auprès de la cour espagnole et de la cour pontificale pour la liberté des Noirs. L’un était établi à la Martinique, l’autre à Caracas. Partout sur les rives de l’Atlantique et des Caraïbes, ils jetèrent l’anathème sur le commerce des êtres humains, soufflèrent sur les braises des révoltes, jusqu’à susciter l’ire des propriétaires d’esclaves, des gouverneurs coloniaux et de la hiérarchie ecclésiastique.

L’Église des pauvres

Au mitan du siècle dernier, c’est dans la filiation de ces religieux insurgés contre l’esclavage et les ignominies du colonialisme que s’inscrivirent les jeunes prêtres latino-américains initiés au marxisme à l’occasion de séjours d’études en Europe. Cette génération fit émerger au sein du clergé, sur ce continent défiguré par la misère, traversé par l’onde de choc de la révolution cubaine, une nouvelle élite sensible au sort des opprimés, mue par un profond désir d’égalité, de justice et de transformation sociale. Leur christianisme de libération se cristallisa lors de la deuxième conférence générale de l’épiscopat latino-américain qu’ouvrit à Medellin, le 24 août 1968, le pape Paul VI. Là surgit cette « Église des pauvres » au diapason des souffrances du peuple, prête à faire front contre les régimes autoritaires. Prête, aussi, à reconnaître la légitimité de la voie insurrectionnelle. Les fonts baptismaux de la théologie de la libération étaient posés ; celle-ci encouragera l’émergence d’une praxis pastorale donnant corps à une Église populaire aux marges des hiérarchies officielles ; elle portera des religieux vers le compagnonnage avec les mouvements révolutionnaires, jusqu’à la prise d’armes pour certains. De quoi faire écumer le Vatican comme les États-Unis, parrains de dictatures fantoches décidées à éradiquer à tout prix toute forme de subversion. La théologie de la libération paiera un lourd tribut à cette répression féroce, jusqu’au martyr pour certaines figures.

Dès 1978, l’accession de Jean-Paul II au pontificat avait engagé la hiérarchie de l’Église catholique dans cette même croisade anticommuniste : Karol Wojtyla s’est employé à réduire au silence le christianisme de libération, quitte à laisser la voie libre aux églises évangéliques. « Finalement, ils ont aidé l’oppression, remarquait le théologien brésilien Leonardo Boff dans les colonnes de l’Humanité en 2005. Si l’Église n’écoute pas le cri des opprimés, elle perd les pauvres. Et si elle perd les pauvres, peut-on dire qu’elle s’inscrit dans l’héritage de Jésus, le libérateur ? » Ce cri des opprimés, au terme d’une ère d’ostracisme et de bannissement, de représailles et de chasse aux sorcières, des prêtres et des fidèles catholiques l’accueillent encore malgré tout, du Chiapas aux barrios de Caracas, des favelas de Rio de Janeiro jusqu’aux plantations de l’Arauca en Colombie. Et ce cri dit, encore, un irrépressible désir de libération.

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21 janvier 2026 3 21 /01 /janvier /2026 16:23
Conférence-débat organisée le jeudi 22 janvier à la Salamandre par l'ACAT sur le film "L'évangile de la révolution"
L'ACAT a le plaisir de vous convier plus particulièrement à participer à la projection du film "L'Evangile de la Révolution" qui sera projeté à la Salamandre ce Jeudi 22 Janvier à 20h30.
 
(C'est la dernière manifestation entrant dans le programme de FESTISOL. )
 
Ce film a été soutenu par l'ACAT France et rejoint nos luttes et actions en faveur des populations qui se battent aujourd'hui encore pour la protection de leurs terres indigènes
 

Jeudi 22 janvier : Rencontre avec François-Xavier Drouet, réalisateur de “L’évangile de la Révolution”

Le Jeudi 22 Janvier, le cinéma La Salamandre à l'honneur d'accueillir François-Xavier Drouet, réalisateur, pour participer à un échange à l’issue de la projection de son documentaire, "L'Évangile de la Révolution", dans le cadre du Festisol.

L'ACAT Morlaix (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) sera également présente pour participer à la discussion.

François-Xavier Drouet, né en 1980, a suivi le master de réalisation documentaire de Lussas, en Ardèche, après des études en sciences sociales. Fasciné par l'histoire politique de l'Amérique Latine, il y voyage depuis ses 20 ans.

SYNOPSIS

Le souffle révolutionnaire qu’a connu l’Amérique latine au XX siècle doit beaucoup à la participation de millions de chrétiens, engagés dans les luttes politiques au nom de leur foi. Portés par la théologie de la libération, ils ont défié les régimes militaires et les oligarchies au péril de leur vie. À rebours de l’idée de la religion comme opium du peuple, le film part à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont cru voir dans la révolution l’avènement du Royaume de Dieu, sur la terre plutôt qu’au ciel.

Jeudi 22 janvier

20h30 - Début du film

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24 décembre 2025 3 24 /12 /décembre /2025 08:34
L’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho, Brésil, 2 h 38 - actuellement en salle

L’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho, Brésil, 2 h 38 - actuellement en salle

Kleber Mendonça Filho, réalisateur de « l’Agent secret » : « La nostalgie de la dictature, c’était inimaginable pour moi et beaucoup de Brésiliens »

Doublement primé à Cannes, le quatrième long métrage de fiction de Kleber Mendonça Filho suit, dans le Brésil dictatorial de 1977, le parcours clandestin de Marcelo, pourchassé par des policiers corrompus.

Michaël Mélinard - L'Humanité, 16 décembre 2025 

Kleber Mendonça Filho, cinéaste de la mémoire et de l’oubli, a fait de Recife, capitale du Pernambouc, le cœur battant de son cinéma. Cette région mal aimée de l’élite brésilienne occupe le cadre comme pour contrer la ligne de démarcation tracée entre le nord et le sud du pays par l’un des personnages maléfiques de l’Agent secret, son nouveau long métrage. Avec un tel titre, le réalisateur brouille les pistes. Au film d’espionnage envisagé, il préfère un polar métaphorique et fantastique, une chasse à l’homme remplie d’ambivalence carnavalesque, mêlant fête et mort dans le Brésil de 1977.

Le héros porte un nom d’emprunt, Marcelo (Wagner Moura). Caché dans une communauté de réfugiés, il fuit un passé mystérieux qui ne passe pas pour des poursuivants à la fois flics et voyous. En même temps, il cherche ses origines, sur les traces de sa mère inconnue, et tente de s’inventer un futur en retissant les liens avec son jeune fils, jusque-là élevé par ses grands-parents.

Comme en témoigne une séquence d’ouverture impressionnante dans une station-service, Kleber Mendonça Filho filme un Brésil gangrené par la corruption. Ici règnent l’impunité des puissants et les vérités alternatives relayées par une presse que ne renierait pas Jair Bolsonaro. Kleber Mendonça Filho n’a certes pas décroché la Palme d’or. Son Agent secret est néanmoins l’autre grand vainqueur du dernier Festival de Cannes, d’où il est reparti avec le prix du meilleur réalisateur et celui du meilleur acteur, attribué au lumineux Wagner Moura.

Votre film se situe essentiellement dans le Brésil de 1977, mais certaines thématiques, comme la violence et la corruption de la police ou la justice de classe, semblent renvoyer à une époque plus contemporaine. Que raconte votre film du Brésil d’aujourd’hui ?

Kleber Mendonça Filho

cinéaste

Le temps piège les gens. C’est très cohérent avec la manière des Brésiliens de faire avec la dictature. Ils préfèrent ne plus y penser parce qu’ils trouvent l’idée déplaisante, préfèrent parler du futur ou de choses plus agréables. On m’a souvent dit que l’Agent secret était un film sur la mémoire.

Je suis de plus en plus convaincu qu’il parle d’oubli et d’amnésie. La présidente Dilma Rousseff, injustement destituée en 2016 et torturée dans les années 1970, a mis en place un comité « vérité et réconciliation ». Quand Bolsonaro est arrivé au pouvoir, il s’est empressé de le supprimer en ajoutant une de ses citations inoubliables : « Seuls les chiens cherchent les os. »

Le cinéma est un fantastique outil pour la mémoire. Notre pays regorge de poésie, de beauté mais aussi de laideur et de tensions. Il aurait été incohérent avec ce film qui se déroule en 1977 d’ignorer ce contexte historique.

En achevant Portraits fantômes, un film d’archives, j’ai compris qu’en s’étant nourri de nombreuses images du passé, il constituait une nouvelle archive. Observer cette période est important car nous avons récemment assisté au retour d’une certaine nostalgie de la dictature, un sentiment que je pensais révolu. C’était inimaginable pour moi et beaucoup de Brésiliens.

Comment expliquez-vous l’omniprésence du cinéma populaire dans vos films ?

La culture, la littérature, la musique, le cinéma font partie de notre vie. La création artistique mondiale trace des empreintes du temps avec les personnes croisées, connues, appréciées ou aimées mais aussi avec la culture qui a marqué notre vie.

Quand j’étais petit, dans les années 1970, les salles de cinéma étaient nombreuses dans le centre-ville. Ils étaient comme des repères géographiques et culturels. J’ai découvert la Malédiction (de Richard Donner, 1976 – NDLR), dont un extrait figure dans l’Agent secret, bien avant de voir véritablement le film, grâce à son affiche ou aux photos exposées devant le cinéma. J’avais peur de regarder ces supports hyperspectaculaires de la Malédiction et des Dents de la mer (de Steven Spielberg, 1976 – NDLR).

Le générique indique que le film a généré 1 200 emplois directs et indirects. Cette indication répond-elle aux attaques contre le cinéma dans votre pays ?

Il est incroyable que des gens ne comprennent toujours pas que la culture est un élément de l’économie. Non seulement des gens sont employés pour la recherche, la préproduction, la production, la postproduction ou la distribution mais en plus, leur travail permet à d’autres personnes de se nourrir. Ce message à la fin du film a un effet éducatif.

L’Agent secret a été distribué dans 94 pays. Il a été vu par 900 000 personnes au Brésil et a généré beaucoup de choses positives. Le soutien public à la production culturelle au Brésil est inscrit dans notre Constitution, ce qui est une excellente chose. Il est à nouveau soutenu par Lula et le gouvernement, qui ont compris que le cinéma était une chose importante pour l’image du pays.

Pourquoi utilisez-vous le flash-back et le flashforward ?

Sans l’inclusion du présent, le film serait presque plat, en 2D. Lorsque la perspective du futur nourrit le passé ou que ce passé s’imprègne du présent, le film passe en quelque sorte en 3D. Si notre conversation trouve une place dans les archives, elle aura dans quarante-huit ans une valeur singulière, très différente de la date de publication de cet entretien. Il s’y ajoutera le poids du temps et de l’histoire.

Cela peut paraître cérébral mais j’essaie surtout d’amplifier la résonance de l’histoire. On peut être très impliqué dans le Brésil de 1977 et s’apercevoir après coup qu’il ne représente qu’une parenthèse dans le temps. Des personnes sont mortes et la vie a continué. C’est triste, mais c’est aussi la manière dont le monde fonctionne.

Une historienne par laquelle nous découvrons un pan de la vie de Marcelo décide, contre l’avis de son université, de conserver des archives. En quoi ces actes de résistance permettent à votre pays de lutter contre le révisionnisme ?

Il est très important de ne pas seulement considérer l’histoire comme un beau tableau du passé mais de réfléchir à ce qu’elle signifie, à ce que nous pouvons et devons en faire. C’était déjà ce dont parlait Walter Salles dans son très beau film Je suis toujours là et ce dont parle l’Agent secret.

 

Kleber Mendonça Filho, réalisateur de « l’Agent secret » : « La nostalgie de la dictature, c’était inimaginable pour moi et beaucoup de Brésiliens » - Interview du réalisateur primé à Cannes par Michaël Melinard dans L'Humanité du 16 décembre 2025
« L’Agent secret », de Kleber Mendonça Filho, faux film d’espionnage et véritable œuvre de mémoire

Pour sa troisième participation à la compétition, le Brésilien Kleber Mendonça Filho revisite une nouvelle fois la ville de Recife. Cette fois, il situe son récit dans les années 1970 avec un homme contraint de se cacher.

Michaël Mélinard  18 mai 2025 - L'Humanité

Depuis les Bruits de Recife (2012), son premier long métrage, Kleber Mendonça Filho reconstitue l’histoire de sa ville natale du nord du Brésil. Ces récits ont à voir avec les violences sociale et politique, la corruption, et se déploient souvent sur plusieurs époques dans une atmosphère sensuelle qui lorgne volontiers le cinéma fantastique.

Déjà Aquarius (2016), porté par l’immense Sonia Braga, effectuait des allers-retours entre 1980 et les années 2010 pour dresser le portrait d’une femme en rémission d’un cancer. Bacurau (2019) s’inscrivait dans un futur proche pour évoquer un village éponyme disparaissant des cartes quelques jours après la mort de sa matriarche. Dans un geste similaire, l’Agent secret, son quatrième long métrage de fiction, explore la mémoire douloureuse de son pays à l’instar de Je suis toujours là (2024) de son compatriote Walter Salles.

Un drame historique et social

Un travail délicat à accomplir après la présidence révisionniste de Jair Bolsonaro dans un pays où une loi d’amnistie offre une immunité aux tortionnaires de la dictature militaire (1964-1985). Mais de politique, il n’est pas directement question dans l’Agent secret. Si son titre peut laisser croire à un film d’espionnage, c’est plutôt dans le drame historique social qu’il se situe.

En 1977, dans une station-service, un cadavre recouvert d’un carton gît au sol. Un homme intrigué arrête sa Coccinelle jaune. Le pompiste lui explique que le trépassé, abattu par son collègue, n’a eu que ce qu’il méritait. Comme par miracle arrive une voiture de police. Mais les agents snobent la dépouille pour contrôler Marcelo (Wagner Moura), le quidam venu prendre de l’essence. Un début de voyage en Absurdie. La suite explique l’attitude policière. Tout est en règle et pourtant, l’un des représentants de la loi invite Marcelo à faire un don. Il s’en tire en lui donnant des cigarettes. Bienvenue dans le système de corruption.

Ce n’est que le début mais déjà, le cinéaste impose sa patte avec une image vintage en Cinémascope et un arrière-plan surexposé. Marcelo devient le ciment d’une histoire où les fils du récit ne se dénouent que sur le tard. Tout juste comprend-on rapidement qu’il est père de famille, veuf, et doit vivre sous une fausse identité pour échapper à ses poursuivants.

Comme un paradoxe, sa couverture professionnelle passe par un centre de délivrance de papiers d’identité où il a obtenu un poste dans l’espoir de retrouver des traces de sa mère. Mais il fait surtout la rencontre d’Euclides (Roberio Diogenes), un flic ripou et vulgaire qui s’amuse en lisant le lourd bilan (91 morts) du carnaval.

Le cinéaste brésilien s’épanouit dans un cinéma de la digression

De retour pour la troisième fois en compétition à Cannes, deux ans après avoir présenté en séance spéciale Portraits fantômes, un documentaire en forme d’essai cinématographique sur l’architecture et les cinémas de Recife, le cinéaste brésilien s’épanouit dans un cinéma de la digression. Un parti pris qui donne certes un récit parfois foutraque mais lui permet de brasser large. Et c’est heureux tant il a à dire sur sa ville et ses habitants.

Dans un rapport ambivalent à Recife, il mêle charme, inégalités sociales, mépris de classe – telle la séquence où une notable, responsable de la mort de la fille de sa bonne, est reçue avec tous les égards par les policiers pendant que son employée se voit violemment refuser l’entrée –, liens avec l’Afrique – représentés par deux réfugiés angolais – et la richesse des relations entre les générations.

On peut certes regretter certaines intrusions maladroites du fantastique dont le kitsch assumé ne fonctionne pas toujours. Si la présence d’un drôle de chat à deux têtes convainc, une jambe coupée tout droit sortie d’un mauvais remake des Dents de la mer donnant des coups à des couples en pleins ébats est moins heureuse.

Mais avant tout, il y a la mémoire contrariée et effacée, matérialisée par la disparition des mères biologiques (celle du héros et de son fils). En dépit de ces absences et de tous les fantômes du passé, Mendonça Filho se veut optimiste. Car il y a l’art populaire avec le cinéma (vécu dans la nostalgie avec des bobines, un projectionniste et des films comme l’Exorciste, Shining et ceux de Belmondo), le sexe qui se pratique à la vue de tous, dans les parcs, les salles obscures et même sur le lieu de travail et le carnaval, moment où tout semble permis. Comme si, même dans la dictature, la fête et la jouissance devenaient face à la violence d’un système des actes de résistance et des pulsions de vie.

L’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho, Brésil, 2 h 38

 

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16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 17:27
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire

Les Aigles de la République clôt la trilogie cairote du cinéaste suédo-égyptien Tarik Saleh. On y retrouve son acteur fétiche Fares Fares en star du cinéma égyptien contraint d’incarner, dans un biopic boursouflé, le président Al Sissi.

Michaël Mélinard

Dernier volet de la trilogie du Caire de Tarik Saleh (Le Caire confidentiel, la Conspiration du Caire), les Aigles de la République poursuit l’exploration des structures de pouvoir dans la capitale égyptienne. Cette fois, l’acteur fétiche du cinéaste, Fares Fares, incarne George Fahmy, la star de cinéma la plus populaire d’Égypte.

Les autorités tissent une toile pour le contraindre à incarner Al Sissi, le président du pays, dans un biopic hagiographique. Peu importe leurs différences physiques, le dirigeant veut un interprète à sa mesure. Mais en pactisant avec le régime, George se retrouve pris dans un engrenage qui met sa vie et celle de ses proches en danger.

Dans un thriller politique implacable, le cinéaste suédo-égyptien convoque des personnages troubles, des femmes fortes, écrasées par la violence des hommes et les oripeaux d’une dictature qui tente de masquer sa médiocrité dans le clinquant et l’éclat du cinéma.

Que permet ce mélange entre des éléments du cinéma égyptien des années 1950 et 1960 et le monde contemporain ?

Tarik Saleh

Réalisateur

Il y a trois réponses différentes. La première concerne la temporalité. Au Caire – le conquérant en arabe – la cohabitation entre le passé, le présent et le futur est compliquée. Même un pharaon ou Al Sissi, qui représentent l’équivalent d’un clignement d’œil dans l’histoire de l’Égypte, doivent se plier aux règles de la ville.

 

Moubarak a cru pouvoir mettre Le Caire à sa botte. Il a dû s’en aller. La trilogie évoque ces hommes qui pensaient soumettre la ville. La deuxième est liée au fait que je n’ai pas mis les pieds en Égypte, où je suis persona non grata depuis dix ans. L’Égypte est un souvenir qui s’éloigne, une photo qui se brouille.

Mes films sont la mémoire d’un endroit : une porte, un coin de rue, le son produit par une radio. J’essaie de recréer une réalité parallèle. Ces films sont ma vision très personnelle du Caire. Mais elle est plus réelle que la télévision ou les films égyptiens qui ne sont que propagande ou soap operas. La troisième tient à la nostalgie de ces acteurs qui se prennent pour Marlon Brando ou imitent des figures légendaires comme Cary Grant.

Que signifie être un cinéaste en exil ?

Ne pas pouvoir retourner en Égypte, que j’adore, est l’une des plus grandes déceptions de ma vie. Je m’imagine souvent y entrer clandestinement avec un faux passeport même si j’ai promis à ma femme de ne pas le faire. Je suis né en Suède mais je ne me sens pas 100 % suédois. Et je ne me sens pas 100 % égyptien non plus.

Mais, au Caire ou à Alexandrie où j’ai fait mes études universitaires, j’ai l’impression de rentrer à la maison. En Suède ou en Europe, les personnes de couleur sont constamment interrogées sur leurs origines. J’appartiens à un entre-deux, à une troisième voie dans laquelle je me sens à ma place.

J’ai davantage de points communs avec un cinéaste d’Iran, de Norvège ou de Russie qu’avec Al Sissi ou un abruti suédois même si nous partageons les mêmes langues et cultures. Mais l’exil est extrêmement douloureux. Parfois les gens interrogent ma légitimité à raconter des histoires égyptiennes. Ce n’est pas seulement un droit, c’est un devoir. Parce que je suis libre de montrer Al Sissi et de décrire une élite privilégiée.

« J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood »

Au-delà de l’Égypte, de quelles relations de pouvoir entre l’art et l’industrie parle le film ?

Depuis sa prise de pouvoir, Al Sissi a la main sur l’industrie audiovisuelle. L’Égypte a longtemps pu profiter du milliard d’arabophones pour asseoir sa position dominante du Maroc à l’Irak. Mais elle recule. Qui s’intéresse à Al-Ikhtiyar, une série télévisée sur Al Sissi, incarné par un acteur grand et chevelu ?

J’aimerais dire que cela n’arrive qu’en Égypte mais, aux États-Unis, Trump surveille Hollywood. Larry Ellison qu’on appelle « le président de l’ombre » vient d’acheter Paramount et vise maintenant Warner Bros. Toute cette puissance se consolide autour d’un leader qui n’accepte pas d’être critiqué.

L’Europe va-t-elle s’en inspirer ? La population doit se rappeler qu’historiquement, l’art a été à 99 % une manifestation du pouvoir : une pyramide construite pour un pharaon divin, la chapelle Sixtine pour prouver l’existence de Dieu et affirmer que le pape est son représentant sur terre.

L’art libre équivaut à un îlot. Je reste néanmoins très optimiste parce que les gens ont une relation privée avec les histoires, la peinture, la musique. Les artistes se faufilent, apportent de l’humanité, de la liberté, des rêves et des aspirations.

Que risque l’équipe du film pour sa participation à ce film critique sur Al Sissi ?

Nous ne le savons pas encore. Mais ce régime veut effrayer, laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film. Je suis très transparent avec mes collaborateurs. Je leur explique mes intentions pour qu’ils prennent leur décision en leur âme et conscience. Ils ont été très courageux. La majeure partie de l’équipe veut défier ce régime.

Mais ce qui nous inquiète le plus, c’est le soutien à Al Sissi des leaders européens et états-uniens qui l’ont couvert de récompenses. Que leur a-t-il promis en échange ? La fermeture de Rafah pour que le génocide puisse se poursuivre ou celle de la frontière afin qu’aucun Africain ne puisse rejoindre l’Europe ?

Une chose est sûre, il n’a rien fait pour sa population. Je ne suis pas un cinéaste politique mais je suis conscient que ce que je fais a des conséquences politiques. Mais le plus important réside dans la révolution en germe avec la génération Z en Afrique. Ils vont renverser ces leaders. Et l’Europe devrait se demander ce qu’elle lui dira quand cette génération aura renversé ces tyrans.

Les gens n’ont pas de travail, pas le minimum nécessaire et on les humilie, on leur tire dessus dès qu’ils protestent. Je viens d’un pays où Greta Thunberg est partie rejoindre une zone de guerre en bateau. Elle ne veut pas voyager en avion privé ou aller au concert de Beyoncé. On ne peut pas arrêter cette nouvelle génération.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède, France, Danemark, 2 h 9. En salle le 12 novembre.

« Ce régime veut effrayer et laisser croire qu’il est impossible de réaliser un tel film » : avec « les Aigles de la République », le cinéaste en exil Tarik Saleh conclut sa trilogie sur Le Caire (L'Humanité, 11 novembre 2025)
 Les Aigles de la République » de Tarik Saleh, la dictature égyptienne mise en abyme

Un célèbre acteur égyptien est contraint d’incarner le maréchal putschiste dans un film à sa gloire. Le troisième long métrage du cinéaste suédois Tarik Saleh mêle critique du pouvoir militaire et hommage au cinéma des années 1950-1960. Passionnant.

Sophie Joubert - L'Humanité

Le cru 2025 du Festival de Cannes est décidément très politique. Qu’il s’agisse de Deux procureurs, de Sergei Loznitsa, plongée kafkaïenne dans l’arbitraire stalinien, d’Eddington, d’Ari Aster, charge farcesque contre les suprémacistes blancs et les complotistes qui ont fait le lit de Trump 2, ou de l’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho, sur la mémoire des disparus sous la dictature brésilienne, la compétition prend le réel à bras-le-corps sans pour autant oublier la forme et les questions de cinéma.

Preuve en est la sélection des Aigles de la République, troisième long métrage du Suédois (de père égyptien) Tarik Saleh. Cette critique sans détour du régime du maréchal Sissi, au pouvoir depuis le coup d’État militaire de juillet 2013, est d’abord un hommage aux mythiques studios du pays, haut-lieu du cinéma dans les années 1950-1960. Celles et ceux qui ont aimé Le Caire confidentiel (2017) et la Conspiration du Caire (2022) ne seront pas dépaysés, ce nouvel opus formant avec les deux précédents une trilogie noire qui ne dit pas son nom.

S’il se passe aujourd’hui, le film noue un dialogue avec l’âge d’or du cinéma égyptien mais aussi hollywoodien et la trajectoire des cinéastes juifs qui ont fui l’Allemagne nazie. Dès le somptueux générique, des affiches peintes sur la façade d’un studio d’où sort le personnage principal comme s’il traversait l’écran, Tarik Saleh joue sur la mise en abyme. À travers le prisme du cinéma et le tournage d’un nanar de propagande à la gloire du dictateur, il questionne le rapport à la vérité et au mensonge, la relation de l’artiste avec le pouvoir et l’argent.

Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne

Surnommé le « pharaon de l’écran », George Fahmy (l’impeccable Fares Fares, comédien fétiche de Tarik Saleh) est une vedette populaire des studios du Caire. Séparé de sa femme, Marianne, la mère de son fils, il entretient une liaison avec Donya (Lyna Khoudri), une aspirante actrice sans talent qui pourrait être sa fille. Flambeur, menteur, incarnation d’une masculinité à l’ancienne, il vit une existence libre en prenant soin de sauver les apparences.

Convoqué par le bureau de la censure (représenté par un trio de femmes voilées), qui voit d’un mauvais œil son appartenance à la minorité copte et sa consommation d’alcool, il est presque simultanément approché par l’éminence grise du dictateur, le Docteur Mansour.

 

La demande est claire et ne souffre aucun refus : l’acteur devra incarner le maréchal Sissi dans un film qui retrace son coup d’État contre l’ancien président Morsi, la « révolution » dans la langue de bois du régime. Catapulté dans les cercles rapprochés du pouvoir, les fameux Aigles de la République, l’acteur rencontre la magnétique Suzanne (Zineb Triki, vue dans le Bureau des légendes), dont il tombe amoureux malgré le danger.

Entre film noir et comédie qui vire au tragique, Tarik Saleh met en place une mécanique qui s’enfonce dans les rouages de la dictature militaire, représentée comme un théâtre d’ombres, un décor de cinéma dont les coulisses sont filmées en plongée pour mieux en révéler les faiblesses. Si Al Sissi est essentiellement présent de biais, par les affiches de propagande et ses prises de parole à la télévision, la terreur, elle, est bien réelle. À mesure que le piège se referme sur George, qui a passé un pacte faustien avec le Dr Mansour, le seul civil de la bande et marionnettiste de l’opération, ses proches sont intimidés, enlevés, torturés.

L’esthétique très travaillée du cinéaste

Tourné en Turquie (Tarik Saleh a été expulsé d’Égypte en 2015), le film s’appuie sur des décors et des costumes soignés qui font davantage référence à un présent fantasmé qu’à la réalité du pays. On retrouve dans les Aigles de la République l’esthétique très travaillée du cinéaste. Des virées nocturnes façon polar rappellent celles du chauffeur de taxi du Caire confidentiel. Sa façon de filmer l’institution, ici l’armée, ses codes et son décorum fait écho à son regard sur les religieux dans la Conspiration du Caire.

Jusqu’à la référence à l’assassinat de Sadate, le 6 octobre 1981, rejoué lors d’une extraordinaire scène de parade militaire. Si l’histoire est centrée sur un héros masculin aux manières aussi vintage que ses chemises, les personnages féminins existent vraiment, interrogeant avec un humour subtil une virilité adossée au nationalisme.

Comme dans ce dîner où la femme lettrée du ministre castre littéralement un cuistre qui affirme que Shakespeare était arabe en lui clouant le bec. Quant au peuple, dont le pouvoir fait bien peu de cas, il est représenté par un groupe de vieillards qui parient sur les courses de chevaux dans la rue en écoutant la radio, loin des studios de cinéma.

Les Aigles de la République, de Tarik Saleh, Suède-France-Danemark, 2 h 9

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20 octobre 2025 1 20 /10 /octobre /2025 08:22
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Elle rêvait d'aller en Bugatti aux Sables d'Olonne au bras de son amant...

Quel bonheur de se replonger dans la cinématographie de Claude Chabrol et dans son film de 1978 avec Isabelle Huppert: "Violette Nozière", un film que l'on pourrait qualifier de féministe et transgressif, plein de grâce et de poésie, dont le contexte se passe dans le Paris des années 30 et du quartier latin, avec un casting de rêve, une Isabelle Huppert très jeune et déjà exceptionnelle, Stéphane Audran, Bernadette Lafont, Jean Carmet, Jean-François Garreaud, et un bonheur du jeu d'acteurs tellement propre aux films de Chabrol.

Le film, que l'on peut voir gratuitement ces semaines-c sur la plateforme France.TV avec trois autres films d'Isabelle Huppert, est inspiré de l’histoire réelle de Violette Nozière qui défraya la chronique judiciaire et criminelle en 1933 et 1934, et devint une cause nationale de controverse et de dispute, et notamment une cause pour les surréalistes qui l'ont défendue au nom "de l'amour, de la beauté, de la jeunesse, de la liberté des mœurs".

Au cours des années 1930, Violette Nozière (jouée par Isabelle Huppert) est une adolescente qui se prostitue en secret. Ses parents, Baptiste et Germaine Nozière (jouée par Stephane Audran), chez qui elle vit, ne remarquent rien. En révolte contre leur mode de vie et leur mentalité étriqués, elle tombe amoureuse d’un jeune panier-percé, Jean Dabin, qu’elle fait pratiquement vivre grâce à de petits vols chez ses parents ainsi qu’avec le bénéfice issu de la prostitution occasionnelle. Violette invente des contes en permanence et empoisonne ses parents, à petit feu d'abord, puis franchement et sûrement, pour se venger des viols de son père.

Lors de l'enquête et de son procès, elle affirme que son père l'agressait sexuellement pendant son enfance. Mais du fait du poids du patriarcat de l'époque (les femmes n'ont pas de droit de vote et elles sont considérées comme mineures, soumises à l'autorité du père ou du mari), son aveu des viols répétés par son père n'est pas pris en compte, et elle sera convaincue d’empoisonnement et parricide. Violette Nozière est ainsi condamnée à la peine de mort. Mais à la fin du long-métrage une voix off, Claude Chabrol, nous fait savoir:

« Condamnée à mort le 13 octobre 1934, Violette Nozière fut graciée le 24 décembre par le président Albert Lebrun et sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité. À la suite de sa conduite exemplaire en prison, le maréchal Pétain ramène sa condamnation à douze ans. Résolue à prendre le voile dès l'expiration de sa peine, libérée le 29 août 1945, puis graciée le 1er septembre par le général de Gaulle qui signe en sa faveur un décret annulant les vingt-cinq ans d'interdiction de séjour auxquels elle était condamnée, Violette Nozière épouse finalement le fils du greffier comptable de la prison, qui lui donnera cinq enfants. Ils ouvriront un commerce. En 1963, peu avant sa mort, la Cour de Rouen, fait unique dans l'histoire de la justice française s'agissant d'un condamné à mort de droit commun, prononce sa réhabilitation. »

A l'époque, la gauche et les écrivains communistes font de Violette Nozière un symbole de la lutte contre la société et ses dérives.

Son amant Jean Dabin, celui qui l'a corrompue en vivant de ses générosités, serait un camelot du roi.

Les surréalistes prennent la défense de la jeune femme qui devient leur muse.

Louis Aragon signe en 1933 une chronique dans "L'Humanité" où il la présente comme une victime du patriarcat.

Le 24 octobre 1934, Marcel Aymé interpelle par son plaidoyer en faveur de Violette Nozière : « Dans l'hypothèse d'un inceste, quelle pitié ne méritait pas la malheureuse, et quel pardon ! »

L'inceste, sujet tabou dans une société masculine, permet à Paul Éluard d'écrire un poème qui reste dans les mémoires :
«"Violette a rêvé de défaire
A défait
L'affreux nœud de serpents des liens du sang ".

Écrivains, poètes, mais également peintres prennent fait et cause pour elle. Cette médiatisation de l'affaire influencera les chefs d'État successifs qui eurent, par la suite, à décider du sort de Violette Nozière.

L'Humanité, 18 juillet 2014: "Face à la "pègre bourgeoise", Louis Aragon défend " le monstre en jupons""

Nos grands proçès 1934.

Le poète, alors journaliste à l’Humanité, s’était passionné pour l’affaire Violette Nozière, accusée de parricide. Il y voyait un exemple de la «justice de classe».

Au cœur de l’été 1933, un court article non signé paraît dans l’Humanité : « Un cheminot et sa femme sont trouvés agonisants rue de Madagascar ». Une lycéenne de dix-huit ans, Violette Nozière, raconte avoir découvert ses parents intoxiqués après une fuite de gaz. Le père meurt pendant son transfert à l’hôpital. « L’affaire reste très mystérieuse, écrit le journaliste. S’agit-il d’un simple accident dû à une fuite de gaz ? Mais alors, d’où proviennent les blessures des victimes ? »

Ainsi commence, en quatrième colonne de la première page de l’Humanité, l’histoire de Violette Nozière et de Louis Aragon. La première, lycéenne libertine accusée de la transgression ultime (un double parricide), va captiver l’opinion publique. Le second, poète surréaliste de trente-cinq ans, entré à la rédaction de l’Humanité quelques mois plus tôt, se passionne pour cette affaire sur laquelle il écrira plus de trente articles.

Dès le lendemain du crime, d’« horribles soupçons » pèsent sur Violette Nozière. Arrêtée après une cavale d’une semaine, la jeune femme passe rapidement aux aveux : elle a empoisonné ses parents.

On découvre également que Violette mène une vie dissolue. Élève au lycée Fénelon, elle sèche les cours et passe ses journées dans les bars du boulevard Saint-Michel. Aussitôt, l’affaire divise les Français. La gauche et les surréalistes voient en Violette une rebelle, brisant les codes de la famille bourgeoise. À l’opposé, les partisans de l’ordre moral, représentés par Robert Brasillach, y voient la réalisation d’un « atroce monde sans Dieu ».

« Il reste encore à découvrir un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Pour Louis Aragon, ce fait divers est, dès ses prémices, le révélateur d’une société profondément inégalitaire.

« Plus que jamais dans l’affaire de la rue de Madagascar, écrit-il, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. »

Jour après jour, il raconte l’instruction, s’entretient avec les avocats, la mère, enquête, émet des hypothèses. « Il reste encore à découvrir, écrit Aragon le 12 septembre, un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Depuis ses premiers articles, le poète défend une idée : Violette n’a pas agi seule.

« Il y a certainement quelqu’un qui l’a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d’ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d’ouvriers triment jusqu’au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et les fils d’ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule. »

Il interpelle le juge Lanoir (« magistrat on ne peut plus roublard ») pour qu’il cherche le complice de la lycéenne. Cette dernière n’est qu’une « misérable fille dévoyée » qui cherche à protéger son amant de cœur, Jean Dabin, qui plus est militant royaliste auprès des Camelots du roi. « La leçon de l’affaire Nozière, ce qu’elle met au jour, il faut que l’Huma le dise très fort, c’est toute cette pègre bourgeoise, anti-ouvrière, qui a tous les vices, et au contact de laquelle les Violette Nozière viennent se pourrir », martèle Aragon. Au milieu des années 1930, en pleine montée des ligues fascistes (Hitler vient d’obtenir les pleins pouvoirs en Allemagne), l’affaire révèle aussi la xénophobie ambiante.

Pour la dénoncer, Aragon excelle dans l’ironie glaçante : « Un Algérien, vous comprenez, cela peut se charger de tous les crimes, c’est une sorte de sauvage, ça ne peut se comparer à un fils de chef de gare. »

Mais voilà que Violette avoue : si elle a empoisonné son père, c’est parce qu’il la violait depuis l’âge de douze ans. Sujet hautement tabou dans cette société masculine, l’inceste divise encore plus ses partisans et adversaires.

Paul éluard en fait un décasyllabe : « Violette a rêvé de défaire / A défait / L’affreux nœud de serpents des liens du sang. »

Aragon, lui, délégué par Paul-Vaillant Couturier pour suivre l'affaire Nozière, n’y croit pas : « La presse bourgeoise essaye d’accréditer des histoires ordurières sur une famille de travailleurs, ramassant les maladives divagations de la triste Violette ! » En octobre 1934, le procès de Violette Nozière sera expéditif : trois jours d’audience et une heure de délibéré pour la condamner à mort. Les courts débats ne répondront pas aux nombreuses questions restées jusqu’à ce jour sans réponse : ni l’inceste ni la possibilité d’un complice ne seront abordés. Aragon a quitté "l’Humanité", avec laquelle il reste en collaboration régulière, mais le journaliste qui suit le procès déplore cette parodie de justice : « Le procès de Violette Nozière est fait. C’était celui de la société bourgeoise qui entretient le vice et le crime qui était à faire. »

Les femmes n’étant plus guillotinées en France, la peine de mort sera commuée en travaux forcés à perpétuité. Libérée en 1945 après une détention « exemplaire », Violette Nozière sera réhabilitée en 1963.

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Article de Louis Aragon, 31 août 1933 - L'Humanité 

(cité in extenso L'Aventure Aragon, Hors Série de l'Humanité, 1212 H, 2024)

Aragon adhère dès 1927 au PCF, même s’il doit attendre 1933 pour se faire admettre de manière stable dans la rédaction, puis s’y imposer, à L’Humanité dans l’univers éditorial du PCF.

La bourgeoisie veut-elle sauver l'un des siens? 

Violette a-t-elle menti en disant qu'elle a agi seule? 

Plus que jamais, dans l'affaire de la rue de Madagascar, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. 

Hier matin, le cercueil du père Nozière, du mécanicien assassiné, est parti de la gare de Lyon, par un de ces trains qu’il a conduits jadis et qui l’a emporté cette fois vers Neuville-sur-Loire, au cimetière. Il y avait derrière le cercueil les camarades de travail du mort, cinquante mécaniciens et chauffeurs du PLM. Et c’est d’eux que nous tenons que Nozière était un travailleur qui ne reculait pas devant la tâche : la Compagnie le savait bien, qui lui faisait conduire, par exemple, les rapides de Paris-Vichy, qui font quatre cents kilomètres sans changement de locomotive. Ainsi le drame qui défraye les conversations et les curiosités malsaines soulève en passant un coin du rideau bourgeois qui cache la vie terrible, ardue, des exploités. Quatre cents kilomètres sans changement de locomotive… Le cercueil du vieux Nozière est parti.

Violette "explique" son acte

La "sensation" du jour, longuement commentée dans la presse bourgeoise, est une accusation portée par Violette contre son père pour tenter d'expliquer son acte. Son père aurait abusé d'elle.. il était jaloux... il lui faisait des scènes... 

Il semble bien que ce soit là une de ces inventions qui, loin de devoir soulever l'indignation vertueuse des gens qui se complaisent à les commenter, militent surtout pour faire de la misérable Violette, malade, menteuse et égarée, une inconsciente, qui relève plus de la médecine que de la justice. 

La presse s'empare immédiatement de ce thème facile sur lequel il est facile de mettre de son côté les cœurs sensibles et filiaux.  Elle souligne combien cette accusation portée par Violette contre son père est "habile". Habileté qui lui vaut immédiatement que des journaux comme la Liberté, un des canards les plus vertueux du monde, réclame purement et simplement sa tête  tout en rappelant toutes les affaires où des femmes ont été exécutées, en nous donnant un avant-goût de l’exécution possible par le rappel de celles où des femmes ont été devant la guillotine “d’une lâcheté sans exemple”. On aimerait pourtant bien voir si le signataire de cet article, un certain A. Y., serait lâche ou non devant la guillotine. Devant la guillotine des autres, il est en tout cas sans grande dignité. »

Violette nie avoir voulu tuer sa mère 

Ce "monstre" qu'on se plaît à nous décrire insensible à un sursaut violent à l'interrogatoire "Pourquoi avoir voulu tuer votre mère?" lui demande le juge d'instruction. "Jamais!" s'écrie Violette, je n'ai voulu faire une chose pareille. Je n'ai donné à ma mère que trois cachets, juste pour l'endormir". 

Et sa mère, que devient-elle? 

C'est ici que les choses bien singulières commencent à percer. "L'Humanité" a eu des renseignements qui viennent directement de la malheureuse femme. Et ces renseignements jettent une lumière troublante dans toute l'affaire. 

Madame Nozière parle pour l'Humanité

Hier, Mme Nozière, que les journalistes, les photographes avaient sans cesse assaillie, questionnée sans pudeur, a été isolée, peut-être pour son repos, peut-être pour qu'elle ne parle pas trop... Car elle nous fait dire que maintenant qu'elle est dans son état normal, elle ne voit pas pourquoi on la garde à l'hôpital dans un local grillagé, avec les agitées. Elle ajoute tristement: "Comme ma fille.."  Elle nous fait dire qu'on lui a spécifié qu'"elle ne devait pas trop parler de Jean"  , cet ami de sa fille sur lequel on se montre par ailleurs si discret. Que craignait-on? Elle sait très peu le concernant. Mais "Jean" est d'une bonne famille bourgeoise, n'est-ce pas? Nous pouvons le dire: c'est le fils du chef de gare d'Ivry-marchandises. Et sans doute qu'on veut faire retomber toute la boue et tout le poids d'une affaire où il porte, en face d'une misérable fille dévoyée, sa responsabilité de maquereau content de tirer l'argent d'une femme, fier qu'elle se prostitue pour lui. Et elle, Violette, c'est une fille d'ouvriers. Donc c'est à elle et aux siens, la boue. Mais aux autres... attention! Le chef de gare est bien avec la préfecture comme un vulgaire Pinguet, le comte-flic amateur. 

Le complice? 

Mme Nozière nous fait dire que quand elle a perdu connaissance, son mari et elles étaient habillés. Quand elle est revenu à elle, son mari et elles étaient déshabillés. Nous nions que ce soit Violette qui ait soulevé, déshabillé ses parents. Elle n'en avait ni l'idée ni la force. Et si ce n'est elle, il y avait donc avec elle un complice dans la maison! Le complice n'est pas en ce cas seulement un souteneur qui de loin a manigancé le crime et l'a fait exécuter par Violette. Le complice est l'assassin. Et nous signalions l'autre jour l'acharnement de Violette à affirmer qu'elle avait agi seule. Elle s'accuse, elle a peur pour quelqu'un. Dans ce cœur flétri et cette tête folle, dans cette fille dénaturée, est-ce là l'effet d'un sentiment humain, profond? Et on défend à Mme Nozière de trop parler à Jean! Police de classe. 

Ce que la mère dit de son enfant

Mme Nozière, que les journalistes qui l'ont approchée présentent comme accusant sa fille, accumulant sur la tête de celle-ci les circonstances aggravantes, en réalité pense et dit que sa fille a perdu sa tête: "Elle a voulu se tuer, se jeter dans la Seine en décembre dernier. Et dites surtout que l'an dernier, au mois d'août, elle a eu la fièvre typhoïde". 

Violette, pour sa mère, n'est pas responsable. D'autant moins qu'il y a certainement eu quelqu'un qui l'a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d'ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d'ouvriers triment jusqu'au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et fils d'ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule... A propos! 

Jugé par ses pairs

L'agence Havas communique une note de l'Association générale des étudiants de Paris, association bourgeoise où il y a pas mal de graine de fascistes!: "L'Association générale des étudiants de Paris, émue de l'attitude d'un étudiant en droit qui a été mêlé très étroitement à l'affaire Violette Nozière, ne peut que réprouver et blâmer la conduite inqualifiable de cet étudiant", etc. 

Qui vise donc cette petite note, Messieurs? Vous êtes si discrets dans vos blâmes, sans doute aussi pour ménager l'honneur d'une famille bourgeoise, que nous ne pouvons savoir de qui vous parler. De Jean? Mais Willy non plus n'est pas très beau. Compagnon de noce d'un maquereau, sans doute se fait-il payer les consommations par celui dont il a été raconté à la police qu'il recevait de l'argent de Violette et même combien. (Un envieux sans doute...) Mais il y a dans l'affaire un troisième étudiant que nous oublions. Monsieur le comte de Pinguet. C'est de lui, n'est-ce pas? que vous voulez parler, Messieurs! C'est très bien de vous désolidariser des indicateurs qui peuvent se glisser dans vos rangs... Nous attendons votre réponse. 

L'avocat d'office. 

On a désigné pour défendre Violette un avocat d'office. C'est Me Henri Géraud, qui fut le défenseur de Gorguloff. 

Avec son papa 

MM. Dabin, père et fils, ont été entendus à la P.J. Le papa est chef de gare à Ivry-marchandises. Il dit que son fils est étudiant en droit deuxième année et qu'il lui donne pour ses frais personnels de 150 à 180 francs par mois. Il a toujours trouvé que cela suffisait: Violette lui faisait l'appoint. Le fiston, retour des bains, explique qu'il "payait" dans un premier temps. En juin. Puis c'est Violette qui lui a proposé, en disant que son père lui donnait 1000 francs par mois, pour ses dépenses. Pas difficile à convaincre, Jean empochait. Combien? De 80 à 100 francs par jours. Ah! Violette était plus généreuse que Dabin père! Jean insiste sur le fait qu'il les dépensait avec son amie, et même (parasite ingénu, instinctif) qu'il avait dû faire souvent appel à la bourse de ses camarades pour compléter ses dépenses. Violette l'avait même prié d'acheter une voiture pour elle. Elle y aurait mis 10 000 francs. 

"La vie a continué ainsi jusqu'au 17 août, date de mon départ en vacances. Le 23, j'ai reçu une lettre d'elle disant qu'elle s'ennuyait loin de moi, qu'elle me rejoindrait d'ici quelques jours. J'ai su, par les journaux, les péripéties du drame".    

Oui, sans doute Violette a-t-elle voulu aller le rejoindre. Mais l'argent qu'elle a envoyé par la poste et dont on nous a parlé, M. Jean Dabin n'en souffle mot. A qui fera t-il croire qu'il n'avait jamais su qu'il vivait de la prostitution de son amie? Ignorance de bourgeois qui préfère ignorer de quel sang sont payés les dividendes qu'il touche..." 

Article d'Aragon paru dans l'Humanité le 31 août 1933

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Violette Nozière ne songe qu'à protéger celui qu'elle aime

Article d'Aragon dans L'Humanité du 15 septembre 1933

Ce qui domine les déclarations faites par Violette Nozière à M. Lanoire avant-hier, ce qui domine même les errements singuliers des interrogatoires et des démarches de la police de ces derniers jours, c'est la figure de Jean Dabin. Ce jeune homme, qui déclarait l'autre jour qu'un an de service militaire en Afrique suffirait à oublier son "affaire", reprend de l'assurance. Cela se conçoit: on l'a laissé partir en vacances. On ne l'a qu'à peine interrogé. On ne vérifie pas son alibi. Là-dessus, M. de Monzie le cite devant le conseil de discipline de l'université, mais pour un détail qui n'est pas pendable. Alors l'insolence revient à l'avantageux camelot du Roy. Il répond même fort ironiquement à cet homme de gauche par une lettre dont nous regrettons de ne connaître que des morceaux. 

Une lettre ou une gifle. 

Il se moque des professeurs qui auront à le juger, et prends les devants en annonçant qu'il quitte l'université pour ne pas donner par le récit se ses "soirées" le regret à ses professeurs d'"avoir si mal employé leur ardente jeunesse". (...)

Dans le cynisme de ce fils de bourgeois qui se sent soutenu par ceux de sa classe, tout, jusqu'à ce débat avec le ministre qui n'a pas nécessairement le rieur de son côté, traduit et souligne la pourriture d'un régime où ce ne sont que des nuances qui permettent de distinguer entre les gros et les petits profiteurs, les parasites de gouvernement et parasites des Violette Nozière. 

M. Lanoire à l’œuvre

Sauf l'affirmation réitérée qu'elle a agi seule, la dénégation nouvelle d'avoir donné de l'argent à Jean Dabin après le crime, bien qu'en date du 21 août, jour du crime, avant celui-ci prétend-elle, elle lui ait écrit: "Je t'enverrai l'argent que je t'avais promis", Violette n'a rien dit au juge Lanoire. Elle a prétendu avoir donné une dose de poison à ses parents en se basant non pas sur les indications d'un complice, mais sur l'expérience personnelle d'un suicide manqué. Elle s'étonne que le fameux "protecteur", Émile, avec qui elle ne faisait qu'aller au théâtre et qui lui donnait de l'argent, ne se soit pas fait connaître. Mais elle refuse, par discrétion, de livrer son nom. Elle confirme la déposition de Pierre Carrais, etc. Mais l'incident central de l'interrogatoire est provoqué par le défenseur Me Géraud. 

(...) 

 

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12 octobre 2025 7 12 /10 /octobre /2025 16:24
Mercredi 14 octobre - Ciné-débat Palestine à la Salamandre: Put your Soul in your Hand and Walk, de Sepideh Farsi, sur la photojournaliste gazouie Fatem Hassouma, assassinée par l'armée israélienne
Mercredi 14 octobre - Ciné-débat Palestine à la Salamandre: Put your Soul in your Hand and Walk, de Sepideh Farsi, sur la photojournaliste gazouie Fatem Hassouma, assassinée par l'armée israélienne
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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 08:01
Sepideh Farsi, cinéaste iranienne : « L’empathie avec le peuple palestinien a été silenciée et réprimée » - L'Humanité, interview de Michaël Mélinard, 19 septembre 2025
Sepideh Farsi, cinéaste iranienne : « L’empathie avec le peuple palestinien a été silenciée et réprimée »
 
La cinéaste iranienne Sepideh Farsi signe avec « Put Your Soul on Your Hand and Walk » un documentaire saisissant et un témoignage bouleversant sur Gaza, avec la complicité de Fatma Hassouna, une photographe gazaouie. Un film que ne verra jamais la jeune femme de 24 ans, morte avec six membres de sa famille dans le bombardement ciblé de sa maison.
 
L'Humanité, Culture et savoir, le 19 septembre 2025
Michaël Mélinard
 
Que faire face à l’horreur à Gaza ? La cinéaste iranienne Sepideh Farsi a voulu aller sur place. Une tentative d’entrée avortée ne l’a pas découragée. À défaut de pouvoir mettre les pieds dans l’enclave palestinienne, elle a trouvé en Fatma Hassouna, une photographe gazaouie de 24 ans1, un témoin et une interlocutrice de premier choix.
Elle a mis en scène leurs rencontres à distance, par appel vidéo interposé, dans le puissant Put Your Soul on Your Hand and Walk, un long métrage documentaire sélectionné au Festival de Cannes par l’Acid. Sepideh Farsi espérait voir Fatma arpenter la Croisette avec elle. La jeune Palestinienne a été tuée avec six membres de sa famille le 16 avril par un bombardement israélien qui la ciblait.
 
Quel a été votre parcours avant d’arriver en France ?
 
Sepideh Farsi
Cinéaste iranienne
Je suis née à Téhéran. J’ai 13-14 ans au moment de la révolution, une période assez extraordinaire qui n’a pas beaucoup duré. Nous lisions beaucoup de romans, de pièces de théâtres et des essais interdits sous le chah, puis autorisés et de nouveau interdits ou censurés dans une version tronquée dès que le fameux « printemps de liberté » s’est terminé. Je découvre le cinéma à 16 ans dans le cadre d’un cours de photographie.
C’est déjà la révolution culturelle, les universités ferment, les films sont interdits, les bouquins commencent à manquer avec des purges dans les bibliothèques. En automne 1981, je suis arrêtée parce que j’ai caché à la maison une fille de mon lycée qui était recherchée. Mes parents étaient d’accord sans savoir que c’était aussi risqué. J’ai fait presque un an de prison jusqu’en 1982. J’ai été privée de mes droits civiques et je ne suis pas retournée au lycée parce qu’il fallait que je fasse avant acte de rédemption.
J’ai étudié seule puis j’ai passé le bac. J’ai eu le concours d’entrée à l’université mais je n’ai pas été admise après l’enquête de moralité qui existe toujours en Iran. J’ai quitté le pays après avoir été admise à l’université de San Francisco pour y mener des études scientifiques. Le régime m’a accordé le passeport par erreur alors qu’il m’avait interdit de quitter le pays. À l’époque, les dossiers n’étaient pas encore informatisés. Je suis venue en France pour aller aux États-Unis. Mais à Paris, le visa américain m’a été refusé. La question était : je rentre en Iran ou je reste à Paris ? J’ai choisi de rester. J’ai appris le français, j’ai fait une licence de maths et je suis devenue prof tout en voulant faire du cinéma. En parallèle, j’ai tenté la Fémis, la Villa Médicis. Finalement, rien ne s’est concrétisé. J’ai appris sur le tas. J’ai commencé à écrire, à faire des courts puis des longs métrages.
Comment votre histoire personnelle a-t-elle influé sur votre désir de documenter la situation des Palestiniens à Gaza ?
Quand le 7 Octobre est arrivé, il y a eu le choc initial dû aux attaques du Hamas. Mais très vite, la campagne militaire israélienne s’est transformée en nettoyage ethnique, puis en génocide. Le siège de Gaza s’est renforcé. Cela fait un moment qu’on sait qu’on en arriverait là. Les premiers mois, le récit médiatique s’est fait en l’absence de voix palestiniennes.
À ce moment, j’étais en tournée pour la Sirène, mon précédent film qui parle d’Abadan, une ville assiégée par les Irakiens. Je ne pouvais plus continuer à voyager sans réagir. Je cherchais la réponse à une question qui était devenue une obsession pour moi : comment vivent les Palestiniens à Gaza sous les bombes et le siège israélien ? L’absence de réaction de la communauté internationale à ce problème qui n’a pas commencé le 7 Octobre, mais en 1948, voire avant, m’a décidée à me rapprocher de la zone de conflit.
 
***
 
Sepideh Farsi en quelques dates
 
1965 : Naissance à Téhéran.
1984 : Arrivée à Paris.
2009 : Sortie de Téhéran sans autorisation, un documentaire tourné au téléphone portable lors de son dernier voyage en Iran.
2015 : Dans Red Rose, elle filme une histoire d’amour pendant la « vague verte » et brise le tabou de la nudité.
2023 : la Sirène, son premier film d’animation, évoque une ville pétrolière iranienne assiégée par l’armée irakienne pendant la guerre qui a opposé les deux pays (1980-1988).
 
***
 
Je suis allée au Caire en pensant entrer à Gaza par Rafah. Mais il était déjà trop tard. Je filmais les réfugiés palestiniens qui venaient de quitter Gaza puisque, jusqu’à fin mars-début avril de l’année dernière, ceux qui en avaient les moyens pouvaient, moyennant 8 000 dollars, quitter Gaza et arriver en Égypte avec un visa de quarante jours. Mais je voulais vraiment une voix de l’intérieur, quelqu’un encore à Gaza. Un jeune homme m’a parlé de son amie Fatma Hassouna, une photographe très active, douée, énergique. Il nous a mises en contact. C’est de cette manière que démarre, le 24 avril 2024, le premier entretien vidéo du film.
 
Comment présenteriez-vous Fatma Hassouna ?
 
C’est une personne d’une aura extraordinaire, très solaire. Elle avait 24 ans quand je l’ai connue. Elle avait obtenu une licence en audiovisuel à l’université de Gaza. Elle se sentait investie d’une mission, comme beaucoup d’autres Palestiniens qui, en l’absence de journalistes étrangers, font tout, au risque de leur vie, pour documenter la guerre, les destructions et l’occupation. Sans eux, nous n’aurions pas d’images.
C’est la volonté absolue du gouvernement israélien. La situation médiatique de Gaza m’a beaucoup préoccupée. Les premiers mois post-7 Octobre, les journalistes palestiniens n’étaient pas pris au sérieux, leurs récits étaient mis en doute, minimisés. Il a fallu un moment avant que des médias autres qu’Al Jazeera, qui collabore avec les journalistes palestiniens, cessent de douter de leur professionnalisme ou de les assimiler à des pro-Hamas. Fatem – je l’appelais ainsi comme ses proches – n’était pas une journaliste au sens strict du terme.
Ce qui la caractérisait, c’était son regard. Il était important pour moi d’avoir d’un côté ses photos de Gaza, qu’elle a accepté de m’envoyer, et des vidéos assez longues que je lui ai demandé de faire. Au début, elle avait du mal à filmer les gens qui étaient trop conscients de la caméra. Pendant plusieurs mois, je lui ai expliqué comment se mettre en situation pour que les gens acceptent la caméra. Quand vers la fin de l’été 2024, j’ai reçu un travelling très long où l’on voit le degré de destruction, je savais que j’avais la fin du film.
 
À défaut de pouvoir mettre les pieds dans l’enclave palestinienne, Sepideh Farsi a trouvé en Fatma Hassouna, une photographe gazaouie de 24 ans, un témoin et une interlocutrice de premier choix
 
Que racontent les images de Fatem à Gaza ?
 
Elle photographiait la vie et la destruction, la dignité des Palestiniens devant leurs maisons en ruine et l’innocence de l’enfance. Je ne sais pas si c’était réfléchi mais elle était très consciente que les couleurs avaient disparu de ses photos. Elle l’attribuait à l’avancement de la vague de destruction, au fait que le noir et le gris prenaient le dessus sur la couleur.
Il y a des choses qu’elle faisait instinctivement dans un corpus différent des autres photographes de Gaza qui captent davantage des moments de deuil, de colère ou de révolte, ou montrent les corps déchiquetés et les cadavres. Elle a très peu fait ce type d’images. J’ai eu l’impression de voir un paysage postapocalyptique et en même temps, des gens avec une pulsion de vie. Elle prenait acte de ce qu’elle appelait un génocide depuis le début. Le monde a mis beaucoup de temps avant d’adopter cette terminologie, mais cela me stupéfie que certains en discutent encore.
Je lui ai dit que j’étais sceptique mais d’une certaine façon, je comprends ce qu’elle voulait dire. Ce conflit cristallise beaucoup de choses de manière de plus en plus flagrante : une lutte anticoloniale, anti-impérialiste, anticapitaliste, pour le droit à l’autodétermination. La présence palestinienne sur les terres de la Palestine historique est beaucoup plus ancienne que beaucoup d’autres États aujourd’hui reconnus comme totalement légitimes.
Aux Palestiniens par contre, on ne le reconnaît jamais. La façon dont l’empathie avec le peuple palestinien a été silenciée et réprimée en Europe et aux États-Unis depuis deux ans est antidémocratique. La rattacher à de l’antisémitisme est une déformation politique vraiment dangereuse. II faut lutter contre l’antisémitisme et le racisme, mais il faut laisser les gens exprimer leur indignation lorsqu’ils sont révoltés par le fait qu’Israël tue des civils et des enfants.
Paul Laverty, le scénariste de Ken Loach, a été arrêté et accusé de terrorisme pour le port d’un tee-shirt arborant un slogan pro-palestinien. C’est absurde. Le fait que Fatma Hassouna, protagoniste d’un film présenté au Festival de Cannes, soit éliminée par une attaque ciblée de l’armée israélienne avec toute sa famille au lendemain de l’annonce de la sélection du film est une dérive absolument dangereuse. Ça n’est jamais arrivé dans l’histoire du cinéma mondial.
On a mis des semaines avant d’avoir 400 signatures par des personnalités du cinéma mondial, dans une pétition qui demandait de casser le silence sur le génocide. On aurait dû avoir des annulations de festivals, des prises de position. Awdah, qui faisait partie de l’équipe de No Other Land, a été tué par un colon israélien il y a quelques semaines, après qu’Hamdan Ballal, l’un des coréalisateurs, a été kidnappé et torturé dans une prison israélienne alors que leur film a obtenu un Oscar.
 
Quel autre oscarisé a été kidnappé ailleurs qu’en Palestine ? Où a-t-on vu autant de journalistes ciblés ? Ce sont des choses inédites et extrêmement graves. Si ce conflit était arrêté avec une vraie solution politique, ça mettrait fin à beaucoup de tensions dans le monde. En ce sens, je suis d’accord avec Fatma.
Comment considérez-vous la question de la reconnaissance de la Palestine par la France le 23 septembre prochain ?
C’est important, même si c’est tard. Si la reconnaissance a lieu, d’autres choses doivent faire partie du paquet parce qu’un État sans pouvoir et sans monnaie n’a pas de sens. Il faut aussi donner les moyens à cet État palestinien d’exister. À quoi rime un État palestinien qui fonctionne avec des shekels israéliens ?
L’Europe doit se repositionner et montrer son unité face à ce qui est en cours au Moyen-Orient. On en est loin mais il est important, face aux États-Unis en général, surtout face à Donald Trump, et même face à la Russie, de montrer que les pays européens arrivent à avoir une vision politique commune. C’est ce qui donnerait un sens à la Communauté européenne.
 
Comment avez-vous vécu cette guerre de douze jours où votre pays a été bombardé par Israël ?
 
Très mal. Je le dis en tant que dissidente du régime iranien. Je me bats contre le régime mais en l’occurrence, l’Iran n’avait pas attaqué Israël. Le concept de « guerre préventive » n’existe pas dans le droit international. Et les attaques israéliennes et américaines en sont une violation. Cette brève guerre a fait beaucoup de mal parce que même si le régime a été fragilisé militairement, il en a profité d’un point de vue politique en décuplant la répression à l’intérieur.
Des centaines de milliers de migrants afghans ont été expulsés. Les exécutions des dissidents ont repris. Les peines de mort ont été confirmées par la Cour suprême d’Iran. C’est gravissime. Le discours disant qu’on allait nous débarrasser du régime était de la poudre aux yeux. Seule une frange de l’ultradroite iranienne et des monarchistes a donné dans ce panneau. C’est totalement contre-productif, criminel, et ça n’a fait que renforcer le régime et le pouvoir de Khamenei en Iran. On est bien plus mal aujourd’hui qu’on ne l’était avant le 12 juin, malheureusement.
 
Put Your Soul on Your Hand and Walk, de Sepideh Farsi, 1h50, en salle le 24 septembre 2025.
Les Yeux de Gaza, Fatma Hassouna, éd. Textuel, 144 pages, 29 euros ↩︎
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17 septembre 2025 3 17 /09 /septembre /2025 12:49
« Le génocide à Gaza n’est pas celui de Netanyahou, c’est notre génocide à tous » : récit d'une défaite morale par Nadav Lapid - interview dans L'Humanité du 11 septembre 2025
« Le génocide à Gaza n’est pas celui de Netanyahou, c’est notre génocide à tous » : récit d'une défaite morale par Nadav Lapid

Israélien exilé à Paris, Nadav Lapid décrit, dans le sidérant « Oui », la défaite morale de la société israélienne à l’heure du génocide à Gaza. Il présentais le film à la Fête de l’Humanité ce dimanche.

Propos recueillis par Samuel Gleyze-Esteban

11 septembre 2025 - L'Humanité 

Il y a des plans dans Oui où Nadav Lapid brouille la façade des immeubles de Tel-Aviv du bout d’une caméra au poing tremblante. D’autres à l’arrière-plan duquel apparaît le paysage de Gaza en fumée.

Rarement donc aura-t-on vu film aussi contrarié que celui-ci, tourné en Israël au beau milieu d’un génocide, par un exilé revenu agacer son pays comme le retour du refoulé.

Oui est une fiction délirante, exubérante, où une tête peut soudain se transformer en écran, mais c’est aussi un instantané crucial de la société israélienne d’aujourd’hui, saisie de l’intérieur dans son déni, son obsession de vengeance, son aveuglement volontaire.

« Tu es face à un soleil du mal », raconte le réalisateur, tout juste cinquante ans, dans un français qu’il a perfectionné depuis les quelques années qu’il est installé à Paris. « Et tu te demandes : quelle est la place du cinéma ? ».

En Israël, le film n’a pas encore trouvé de distributeur, mais il a été montré au festival de Jérusalem. Comment a-t-il été accueilli ?

Nadav Lapid

Réalisateur

Avant la projection au festival de Jérusalem, deux ministres avaient sommé le festival de déprogrammer le film en disant qu’il méprisait la souffrance des Israéliens et qu’il était au service du Hamas. Il y a quelques jours, la ministre de la Culture s’est jointe à eux en affirmant qu’elle était offusquée par le film et que les Israéliens ne voulaient pas voir cela.

Pendant la projection à Jérusalem, quelques personnes ont crié au scandale, et au cours du débat qui a suivi, un couple a demandé au gardien à l’entrée de m’arrêter. Malgré cela, cette projection a été un moment incroyable. Je lis beaucoup d’articles qui qualifient le film de « brûlot », de « parodie » ou de « satire », etc., mais je pense que pour les Israéliens, c’est du néoréalisme. Quand ils voient le film, ils savent qu’il n’y a pas un millimètre de distance entre eux et ce qu’il y a sur l’écran. C’est extrêmement fort.

Avez-vous l’espoir que cela puisse changer les mentalités ?

J’espère le film va suffisamment secouer les âmes pour faire jaillir quelque chose du refoulé. La société israélienne est profondément malade, et le fait que le monde ne sanctionne pas Israël, que le pays profite d’une telle impunité est une chose affreuse, tout d’abord pour ceux qui en souffrent, les Gazaouis, mais aussi pour les Israéliens, encouragés à cultiver une perversité et une vision complètement tordue de la réalité, dans laquelle ils sont les victimes et seule leur souffrance compte.

Le problème en Israël, ce n’est pas Netanyahou, ce sont les Israéliens. Et Netanyahou est juste un symptôme, si ce n’est pas lui, ce sera un autre. Mais je suis cinéaste, pas médecin…

Ce qu’il se joue à Gaza est aussi un conflit d’images. D’un côté, il y a des images de corps démembrés qui sont accusées d’être des montages, et de l’autre, les visualisations comme celle de la Trump Riviera, pures spéculations dont les promoteurs espèrent qu’elles deviennent vraies. Le film met aussi en scène cette tension : on y voit par exemple un immeuble jaillir du sol comme un champignon au gré d’un effet spécial ostentatoire.

Oui n’est pas une enquête sur la réalité, mais plutôt une enquête sur des âmes individuelles dans un collectif qui est le peuple. Plus que jamais, on crée des mythologies et des légendes qui, en retour, façonnent notre monde. Je pense que 99,9 % des Israéliens sont convaincus que le 7 octobre, les hommes du Hamas ont éventré une femme enceinte, ont pris le fœtus et l’ont jeté à la poubelle.

Même si beaucoup de journaux qui ont enquêté se sont rendu compte qu’il s’agissait d’images d’un cartel mexicain, cela ne change rien : aujourd’hui, pour les Israéliens, ce sont des éventreurs de femmes enceintes que l’on est en train de massacrer à Gaza. Nous sommes dans un moment où la fiction domine, mais paradoxalement, la fiction a perdu puisqu’elle est systématiquement prise pour un document.

Était-il difficile de monter une équipe en Israël ?

Ça s’est avéré très compliqué. Beaucoup de techniciens ont refusé de travailler sur ce projet. Cela ne m’était jamais arrivé, mais là, c’était un phénomène massif. Cela ne veut pas dire que ceux qui ont accepté étaient tous d’accord politiquement avec le film.

Le père du chef électricien avec qui je travaille depuis longtemps, un homme de 80 ans qui manifestait toujours contre ce qui se passait à Gaza, a été kidnappé et tué en octobre. Son frère et la copine de son frère ont été tués. Il y avait des membres de l’équipe dont les enfants étaient soldats à Gaza. Tous n’étaient pas forcément en accord politique avec le film, mais tous étaient en accord avec le caractère crucial du cinéma à ce moment-là.

À un moment du film, vous décidez de filmer Gaza sous les bombes…

Il était évident que le film porterait sur l’aveuglement, sur le fait de voir ou ne pas voir, et la vue de Gaza fonctionnait à ce titre comme une sorte de force magnétique. Nous avons filmé Gaza depuis une colline surnommée « la colline de l’amour », où les soldats ont l’habitude de se rendre pour faire l’amour avec leurs copines, à 600 mètres de la frontière — c’est macabre, mais c’est vrai.

Cet emplacement donnait vraiment ce sentiment de voir Gaza sans y être présent. Comme il s’agit d’une zone militaire interdite, nous y sommes montés façon guérilla, sans autorisation, avec l’équipe la plus réduite possible. Au bout de trois minutes, mon assistant, resté en bas, m’appelle pour m’annoncer que l’armée est arrivée.

C’est la scène la plus importante, je me dis que le film est foutu. Puis trente, quarante minutes passent. Je le rappelle, et il me dit : « tu ne vas pas y croire ». Il s’est avéré que l’officier était un mec de vingt ans passionné de cinéma. Quand l’équipe lui a dit que nous tournions un film, il a commencé à poser plein de questions.

À un moment, il a posé la plus grande question du cinéma : « comment sait-on où il faut poser la caméra ? » Celle que se posaient les jeunes Rivette et Godard en 1958. Tous les collègues qui étaient présents ont commencé à donner leur avis. Un policier est arrivé, mais le soldat lui a dit de partir, et nous a laissés continuer. C’est un mec qui a tué beaucoup de gens. Je me demande si un jour il deviendra réalisateur.


En restant de ce côté de la frontière, vous assumez de filmer le mal de l’intérieur. De l’autre côté, des films comme « From ground zero » de Rashid Masharawi, compilation de courts-métrages réalisés par des Gazaouis sous les bombes, montrent un autre point de vue. Vous l’avez vu ?

Je n’ai pas vu le film de Rashid Masharawi, mais j’espère qu’il existera 50 millions de films faits par des Palestiniens, par des Gazaouis, qui raconteront ce qui s’est passé dans toutes les formes qu’ils choisiront. Moi, je suis Israélien, et je ne peux que faire des films de l’autre côté.

J’ai toujours rêvé d’un film qui n’existe pas, le film d’un Fritz Lang qui serait retourné en Allemagne en 1941 et qui aurait tourné à Berlin, à Munich, chez les faiseurs du mal. Si Lang avait filmé une famille à Munich à l’époque, cela aurait d’emblée généré une ambiguïté.

Filmer un couple à Tel Aviv au milieu de la guerre à Gaza est aussi un acte ambigu. La question que les gens doivent se poser, c’est de savoir si des films pareils doivent exister ou non. Mais s’ils existent, l’ambiguïté ontologique existera. Dès le moment où tu mets ta caméra à Tel Aviv et que tu commences à filmer quelque chose, le cinéma subvertit d’une certaine manière les propos trop clairs, et je pense que c’est pour le mieux. C’est pour cela qu’il a été inventé. Je ne parle pas de relativisme moral, mais d’une épaisseur que le cinéma peut amener.

« Oui » a été financé à 10 % par le Fonds du cinéma israélien (Israel Film Fund). Que représente ce fonds ?

En Israël, il y a deux fonds dédiés au cinéma : le Fonds du cinéma israélien et la fondation Rabinovitch. La fondation Rabinovitch a financé mes trois premiers longs métrages, mais s’est ensuite beaucoup rapprochée du régime. Ils ont fini par poser dans leurs contrats toutes sortes d’obligations politiques : que les films ne mettent pas en doute l’existence d’Israël, qu’ils ne méprisent pas l’hymne… Ils n’auraient jamais financé Oui.

L’autre fonds est un fonds indépendant dirigé par l’ancienne directrice du festival du Jérusalem, Noa Regev, une femme courageuse, qui ne travaille pas pour le gouvernement et qui a décidé, avec trois autres personnes, que notre film devait être réalisé. En cela, le Fonds du cinéma israélien était beaucoup plus courageux que Canal +, par exemple. Ces gens, et surtout cette femme, ont pris un très grand risque en finançant le film, et peut-être qu’ils paieront pour cela.

Quel regard portez-vous sur les dernières manifestations en Israël ?

Il faut le dire clairement : le mouvement anti-guerre en Israël n’existe pas, c’est une légende. Il y a un grand débat au sein de la société israélienne par rapport à la question des otages, qui a évidemment sa place, il y a des pour et contre Netanyahou, mais il n’y a pas de mouvement anti-guerre.

La vie en Israël se déroule normalement, les étudiants font leur service de réserve puis retournent à l’université pour étudier la philosophie de la morale alors que le pays commet un génocide. Au-delà même de ce que le pays est en train de commettre, cette absence d’opposition, le fait qu’il n’y ait pas de grève d’étudiants, que les hôpitaux continuent de fonctionner alors qu’à Gaza il n’y a même plus d’hôpitaux, c’est ça la plus grande souillure sur la société israélienne.

En Israël, il existe un principe très profond selon lequel le sang des Israéliens vaut mille fois plus que celui des autres. L’état des choses est tel, et c’est affreux. Paradoxalement, Israël, pour des Juifs, reste une démocratie. De ce point de vue, il vaut mieux vivre à Tel Aviv qu’à Téhéran. Mais il y a une conséquence à cela : le génocide à Gaza n’est pas le génocide de Netanyahou, c’est notre génocide à tous.

Cette maladie morale dont vous parlez, pensez-vous que l’on puisse en guérir ?

J’ai longtemps misé sur la pression internationale, parce que le mal est trop profond pour être guéri de l’intérieur. Alors, lorsque je vois une réunion de chefs d’État européens incapables d’infliger la moindre sanction sur Israël, je me demande : quelqu’un comme Macron n’a-t-il pas peur d’être jugé par l’histoire comme un collaborateur du génocide à Gaza ? Ne comprend-il pas que la responsabilité est sur ses épaules ?

Je n’aime pas sentir le surplomb moral du reste du monde vis-à-vis des Israéliens. En fait, je ne crois pas que les Israéliens sont fondamentalement mauvais. Aujourd’hui, ils sont en train de commettre le pire, mais hier, c’étaient les Français qui faisaient le pire en Algérie. Et la France est désormais complice de ce qui est en train de se passer à Gaza.

Pour ce qui est du cinéma, toute la Nouvelle Vague a été créée pendant la guerre d’Algérie, mais est-ce que cela veut dire que Truffaut, lorsqu’il a fait Les 400 Coups, était un narcissique qui ignorait les atrocités commises par ses compatriotes ? En tant qu’Israélien, je ne supporte pas l’idée de devoir surmonter un test de moralité affligé de la part des spectateurs français, par exemple, pour leur prouver que je suis OK. Je ne sens pas de dette morale envers les Français. Je ne leur dois rien, sauf faire un bon film.

Oui de Nadav Lapid, France, Allemagne, Israël, Chypre, 2 h 30.

Avant-première le 14 septembre à 18 heures à l’espace Jack Ralite de la Fête de l’Humanité

« Le génocide à Gaza n’est pas celui de Netanyahou, c’est notre génocide à tous » : récit d'une défaite morale par Nadav Lapid - interview dans L'Humanité du 11 septembre 2025
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21 août 2025 4 21 /08 /août /2025 06:50
QUAND PASSENT LES CIGOGNES -Dimanche 31 août, à 17h, salle des fêtes de St Rivoal - avec le Mouvement de la Paix

Dimanche 31 août, à 17h, salle des fêtes de St Rivoal,

le comité finistérien du Mouvement de la paix, en
partenariat avec le P'tit Seize, vous invite à voir ou revoir
 
QUAND PASSENT LES CIGOGNES
un film de Mikhaïl Kalatozov réalisé en 1957 palme d'or au Festival de Cannes 1958.
PRIX LIBRE
Le film sera suivi d'un débat.
Synopsis:
Moscou, 1941. Veronika et Boris sont éperdument amoureux.
Mais lorsque l’Allemagne envahit la Russie, Boris s’engage et
part sur le front. Mark, son cousin, évite l’enrôlement et reste
auprès de Veronika qu’il convoite. Sans nouvelle de son fiancé,
dans le chaos de la guerre, la jeune femme succombe aux
avances de Mark.
Espérant retrouver Boris, elle s’engage comme infirmière dans
un hôpital de Sibérie.
« Quand passent les cigognes » parvient à prendre aux tripes
et à faire ressentir à la fois l’horreur de la guerre, la veulerie
d’un cousin amoureux et lâche mais aussi la force intérieure
puis extérieure de Veronika, la figure centrale du film
 
Amitié Pacifique 
 le bureau du Mouvement de la Paix Finistère 
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