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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 10:01
Alphonse Duot, dit Fachoda, sera maire de Concarneau par interim au lendemain des deux conflits mondiaux (photo publiée par Ouest-France dans un article du 15 août 2015)

Alphonse Duot, dit Fachoda, sera maire de Concarneau par interim au lendemain des deux conflits mondiaux (photo publiée par Ouest-France dans un article du 15 août 2015)

Les Communistes de Beuzec-Conq, commune limitrophe de Concarneau et attachée à elle après-guerre par Alphonse Duot, au début des années 30 probablement

Les Communistes de Beuzec-Conq, commune limitrophe de Concarneau et attachée à elle après-guerre par Alphonse Duot, au début des années 30 probablement

Le Front Populaire à Concarneau - Archives Pierre Le Rose

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Jeunes communistes à Concarneau (à la Libération probablement) - Archives Pierre Le Rose

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1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

86/ Alphonse Duot (1874-1964)

Sources: Maitron - articles de Claude Geslin et Gilles Pichavant - et hommage de Pierre Le Rose 

Article du Ouest-France, 15 août 2015

Né le 5 septembre 1874, mort le 4 décembre 1964 à Concarneau (Finistère) ; militant socialiste, maire de Concarneau en 1918-1919, puis à la Libération, après avoir présidé le Comité Local de Libération, défenseur de l'adhésion à la IIIe Internationale au sein des socialistes finistériens, il mit en place la section communiste de Concarneau en 1921.

Article du Ouest-France, 15 août 2015: " Né le 5 septembre 1874, les racines d'Alphonse Duot sont attachées à une lignée de marins installés en Ville-Close depuis le XVIIe siècle. En juin 1896, il embarque sur le sardinier l'Héroïne, puis, quelques années plus tard, sur les Trois Mousquetaires. À l'âge de 24 ans, il en devient le patron. En 1898, la possession de Fachoda au Soudan, à des milliers de kilomètres de Concarneau, donne lieu à un incident diplomatique anglo-français. Marqué par cet événement, le jeune homme baptise son bateau Héros de Fachoda. Dès lors, les Concarnois ne connaîtront plus Alphonse Duot que sous le surnom de Fachoda. Comme l'ensemble de ses congénères, Duot est profondément marqué par la pauvreté qui règne à Concarneau au début des années 1900, à une époque où la sardine se fait de plus en plus discrète dans les filets des pêcheurs. Cette situation de crise l'incite, avec d'autres marins, à créer en 1905 la première coopérative de pêche, dont le siège est en Ville-Close, à l'emplacement du Musée de la pêche. Au plus fort de la crise, il écrit au député pour lui dépeindre une situation qu'il juge des plus critiques. « Le fourneau économique n'étant pratique que pour quelques familles, mais pour les marins étant obligés de rester en mer pendant deux à trois jours, et n'ayant pas de pain pour y aller, c'est bien triste car nous vous ferons remarquer qu'il y a un grand nombre de familles refusées par leur boulanger de ne leur faire aucune avance. » Il a l'idée d'organiser une fête de bienfaisance et s'adresse à M. Chatelard, le chef de la société musicale l'Indépendante de Concarneau. « Le syndicat de marins pêcheurs dont je suis le président ayant l'intention d'organiser une fête dans le genre de celle qui a été donnée l'année dernière par les ouvriers boîtiers, je viens solliciter de votre bienveillance le concours pour cette fête, à titre gracieux de la Société musicale dont vous êtes le chef », fait savoir en 1903 l'ardent défenseur des marins."

Marin-pêcheur, Alphonse Duot défendait les marins, et il fut donc, en 1905, le fondateur de la première conserverie de marins-pêcheurs. Il fut de longues années le Président actif de la Fédé-Coop des marins-pêcheurs, et, jusqu'à la fin de sa vie, son président d'honneur... Défenseur des travailleurs, c'est dans la lutte de classe contre les usiniers et les gros patrons qu'il fallait devenir un élu. Il siégeait avec Jean Rospars, bien avant la première guerre mondiale, dans la première municipalité de Concarneau. En 1917, après sa démobilisation, Alphonse Duot sera élu maire par le Conseil municipal. Il fera montre de ses talents d'administrateur-ouvrier au service de la population.  Entre temps, Alphonse DUOT avait fait la guerre. Blessé aux Dardanelles en 1916, il prendre la guerre en horreur et entendra en 1917 l'appel de Lénine et de la Révolution d'Octobre. Sa haine de la guerre, son amour du socialisme libérateur en fait un ardent propagandiste en faveur de l'adhésion du Parti Socialiste à la IIIe Internationale

Élu, le 19 février 1911, deuxième adjoint au maire socialiste de Concarneau, Duot passa premier adjoint le 12 mai 1912. Du 15 septembre 1918 au 20 décembre 1919, il fit fonction de maire. Devenu communiste, fondateur de la section concarnoise du Parti Communiste avec Jean Rospars, il ne fut pas réélu au conseil municipal.
Il se consacra dès lors à son métier - patron de petite pêche - et aux œuvres coopératives.
De 1905 à 1938, il fut membre du conseil d’administration de la coopérative des Patrons-pêcheurs et, de 1938 à 1957, son président.

Il s'implique dans les mouvements grévistes en 1928, dans la lutte pour l'unité qui devait, en 1934-1935, face au fascisme naissant, aboutir au Front Populaire. Dans cette période, le Parti acquit le siège au Conseil général, puis, en 1935, dans l'unité avec le Parti socialiste et les républicains de gauche, le conseil municipal.

Alphonse DUOT devint l'adjoint au maire de Pierre Gueguin. Les années suivantes allaient montrer combien ces communistes, ces internationalistes, allaient se trouver parmi les meilleurs patriotes.

En 1939, le Conseil municipal est dissous. Si la police oblige Alphonse DUOT à débaptiser le "Lénine", son bateau, il l'appellera "La Marseillaise", associant sa foi de communiste à l'amour de la République Française et de ses traditions révolutionnaires.

La loi de Vichy du 16 novembre 1940 permet d'"épurer" plusieurs communes bretonnes de personnalités de gauche (Saint-Brieuc, Dinan, Saint-Malo, Saint-Servan, Fougères, Vannes), dont Concarneau. Le maire de Concarneau Pierre Guéguin avait déjà été destitué en octobre 1939 par l'Assemblée Nationale du Front Populaire qui avait levé l'immunité des élus communistes après le pacte de non agression germanosoviétique, en même temps que 316 autres maires communistes, et 2778 élus communistes déchus de leur mandat.

Jean Rospars, arrêté par les Français, sera livré aux Hitlériens et ira en camp de déportation en Allemagne (il mourra des suites de sa déportation en 1948). PIERRE GUEGUIN sera fusillé à Châteaubriand. Des dizaines de communistes et jeunes communistes concarnois donnent leur vie dans la Résistance. Alphonse DUOT deviendra le Président du Comité local de libération clandestin. En 1944, au mois d'août, le Conseil municipal remis en place, élit Alphonse Duot maire de la Libération (le 3 septembre 1944). Il saluera au nom de Concarneau, le défilé des troupes de la Résistance. Il ne vit pas son mandat renouvelé le 18 mai 1945.

Il devra, par la suite, faire face aux difficultés de l'Administration de guerre, s'attacher aux durs problèmes du ravitaillement. Il contribuera, par la fusion de Concarneau et de Beuzec, à la création du grand Concarneau que nous connaissons aujourd'hui.

Car Alphonse DUOT avait le souci du développement du Port, de son activité économique, au service des travailleurs. Et, en organisant les marins dès 1905, il voyait loin, il voyait la nécessité pour ceux qui peinent de s'unir s'ils ne veulent pas voir le fruit de leur travail accaparé par une poignée d'hommes. Il appartenait au conseil d’administration de la caisse locale du Crédit maritime. Président de la Fédération des coopératives maritimes de 1947 à 1957, il devint à cette date président honoraire.

Alphonse Duot père est décédé en décembre 1964.

Le supplément à l'Humanité, "Notre Finistère", consacre un article à ses obsèques le 18 décembre 1964:

CONCARNEAU

Alphonse Duot, vétéran du Parti communiste français, n'est plus

Une foule nombreuse l'a conduit à sa dernière demeure

Alphonse Duot, une figure concarnoise populaire et aimée des travailleurs, est mort. Le vieux lutteur s'est éteint dans sa 91e année. Plus de 60 ans de vie militante au service de la classe ouvrière et de la cité.

La population a rendu à ce vétéran l'hommage mérité. De tous les horizons l'on est venu s'incliner devant la dépouille mortelle de l'homme droit, honnête, à la vie irréprochable. Dans la foule qui l'accompagne au cimetière, l'on remarque ses compagnons de lutte: MARC SCOUARNEC, maire de Guilvinec; Jos PENCALET, ancien maire de Douarnenez, une forte délégation de Lesconil, etc... Ses compagnons de lutte sont là aussi avec PIERRE LE ROSE, secrétaire de section. Madame ROSPARS, dont le mari est décédé des suites de la déportation, fut avec Alphonse DUOT, un des fondateurs du Parti Communiste Français. Au cimetière, ce fut PAUL LE GALL, secrétaire fédéral, membre du Comité Central du Parti Communiste Français, qui rendit l'ultime hommage...  Au cours d'une séance, le vendredi, au "Celtic", PIERRE LE ROSE avait fait l'éloge funèbre d'Alphonse Duot et retracé sa vie et ses luttes. C'est cette allocution que nous reproduisons intégralement ci-dessous. 

UN MILITANT EXEMPLAIRE.

"Ce soir, notre section du Parti est en deuil. Tôt ce matin, notre vieux camarade, vétéran du Parti, doyen de la section, Alphonse DUOT est mort; il y a deux mois, il venait d'achever la 90e année d'une vie bien remplie, entièrement consacrée à la lutte pour le bonheur des hommes.

Nous perdons en lui l'un des fondateurs de notre section de Concarneau avec Jean Rospars.

Venu tout jeune aux idées du socialisme, il était, au début du siècle, un militant de la section du Parti Socialiste de Jules Guesde et de Jean Jaurès. N'isolant pas les grandes idées à la pratique révolutionnaire,  à une époque où les travailleurs n'étaient nulle part au pouvoir, Alphonse DUOT était un ardent défenseur des revendications. 

Marin-pêcheur, il défendait les marins, il fut aussi, en 1905, le fondateur de la première conserverie de marins-pêcheurs.

Il mettait ainsi, dans les conditions de l'époque, en application dans la vie ses principes d'union, de collaboration et de solidarité des travailleurs en face du Patronat.

Il fut de longues années le Président actif de la Fédé-Coop des marins-pêcheurs, et, jusqu'à la fin de sa vie, son président d'honneur... Défenseur des travailleurs, c'est dans la lutte de classe contre les usiniers et les gros patrons qu'il fallait devenir un élu. Il siégeait avec Jean Rospars, bien avant la première guerre mondiale, dans la première municipalité de Concarneau. En 1917, après sa démobilisation, Alphonse Duot sera élu maire par le Conseil municipal. Il fera montre de ses talents d'administrateur-ouvrier au service de la population. 

Entre temps, Alphonse DUOT avait fait la guerre. Blessé aux Dardanelles en 1916, il prendre la guerre en horreur et entendra en 1917 l'appel de Lénine et de la Révolution d'Octobre. Sa haine de la guerre, son amour du socialisme libérateur en fait un ardent propagandiste en faveur de l'adhésion du Parti Socialiste à la IIIe Internationale.

Ses efforts furent récompensés. A Tours, la Fédération du Finistère votera l'adhésion avec la majorité des congressistes. Avec Jean Rospars, il sera l'un des fondateurs de notre section concarnoise du Parti Communiste.

Mais la lutte va continuer: Contre l'occupation de la Rhur, contre la guerre du Maroc. Mouvements grévistes en 1928, lutte pour l'unité qui devait, en 1934-1935, face au fascisme naissant, aboutir au Front Populaire. Dans cette période, le Parti acquit le siège au Conseil général, puis, en 1935, dans l'unité avec le Parti socialiste et les républicains de gauche, le conseil municipal.

Alphonse DUOT devint l'adjoint au maire de Pierre Gueguin. Les années suivantes allaient montrer combien ces communistes, ces internationalistes, allaient se trouver parmi les meilleurs patriotes.

En 1939, le Conseil municipal est dissous. Si la police oblige Alphonse DUOT à débaptiser le "Lénine", son bateau, il l'appellera "La Marseillaise", associant sa foi de communiste à l'amour de la République Française et de ses traditions révolutionnaires.

Jean Rospars, arrêté par les Français, sera livré aux Hitlériens et ira en camp de déportation en Allemagne. PIERRE GUEGUIN sera fusillé à Châteaubriand. Des dizaines de communistes et jeunes communistes concarnois donnent leur vie dans la Résistance. Alphonse DUOT deviendra le Président du Comité local de libération clandestin. En 1944, au mois d'août, le Conseil municipal remis en place, élit Alphonse Duot maire de la Libération. Il saluera au nom de Concarneau, le défilé des troupes de la Résistance. 

Il devra, par la suite, faire face aux difficultés de l'Administration de guerre, s'attacher aux durs problèmes du ravitaillement. Il contribuera, par la fusion de Concarneau et de Beuzec, à la création du grand Concarneau que nous connaissons aujourd'hui.

Car Alphonse DUOT avait le souci du développement du Port, de son activité économique, au service des travailleurs. Et, en organisant les marins dès 1905, il voyait loin, il voyait la nécessité pour ceux qui peinent de s'unir s'ils ne veulent pas voir le fruit de leur travail accaparé par une poignée d'hommes.

Vieux compagnon de Marcel Cachin qu'il revoyait avec plaisir à nos fêtes de la Bretagne, Alphonse DUOT avait gardé l'esprit jeune, en bon communiste. Il n'y a pas si longtemps, il égayait encore, par ses chansons, les réunions de remise de cartes de sa cellule, la cellule Fabien".

Le fils d'Alphonse Duot, Alphonse Duot fils,  participa en 1939 à la restructuration, dans la clandestinité, du parti communiste interdit par le gouvernement Daladier. Sous l’occupation allemande, propagandiste résistant, il diffusa les publications clandestines du PCF et du Front national de la Résistance, notamment L’étincelle, organe du Parti communiste et des J.C, l’Insurrectionnel, bulletin du Front National. Il participa à la création des FTPF à Concarneau, et prit part aux actions contre l’occupant. En 1943 il fut désigné comme responsable de la section du PCF clandestin pour la région concarnoise, reconstituée à la suite des arrestations de 1942. Il participa à la création des milices patriotiques du secteur, qui joueront un rôle important dans la libération de Concarneau. Membre du Comité Local de Libération (clandestin) de Concarneau dont son père était le président, et Pierre Le Rose le secrétaire. Il y représenta le PCF. A la Libération, il fut le secrétaire de la section communiste de Concarneau, et membre du comité fédéral du Finistère pendant de nombreuses années. Il mourut le 29 octobre 1982 à Louviers (Eure)

Lire aussi sur les communistes de Concarneau:

La Résistance et les communistes à Concarneau (à partir des notes et archives de Pierre Le Rose)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

 

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 86/ Alphonse Duot (1874-1964)

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot

manuscrit d'Alphonse Duot présent dans les archives de Pierre Le Rose, écrit en 1964
(recopié pour le Chiffon Rouge et l'intérêt des lecteurs et passionnés d'histoire d'aujourd'hui par Ismaël Dupont)

Depuis 1944, on a tenté dans les livres et dans la presse d'écrire une histoire objective des combats pour la libération de notre ville dans lier ces combats à celui permanent des patriotes qui pendant quatre ans sacrifièrent tout pour la libération du territoire national. Il nous apparaît nécessaire de combler quelques lacunes qui laissent dans l'ombre par exemple l'action des F.T.P.F pendant l'occupation dont les trois compagnies du bataillon La Tour d'Auvergne de Quimper participeront aux combats pour la libération de Concarneau. 

D'où venaient les F.T.P.F? 

Quelle a été leur action? 

Tout d'abord, un point d'histoire. Après la déclaration de la guerre le 3 septembre 1943, le Parti Communiste Français est dissous, les municipalités communistes dissoutes et remplacées par des délégations spéciales. La municipalité communiste-socialiste de Concarneau dont le maire P. Guéguin est aux armées est dissoute. Une délégation spéciale le remplace dirigée par M. Scalar (en mai 40, arrestation de Jos Le Coz Scouazec gérant de "la Bretagne").  En juin 40, c'est l'invasion, le jeudi 18, les troupes nazies font leur entrée dans une ville déserte, les habitants s'étant calfeutrés chez eux pour ne pas assister à ce drame qui les laisse accablés, désemparés. Au cours des semaines qui suivent c'est le retour au foyer de ceux qui ont pu échapper aux camps de prisonniers, parmi eux des militants du PCF qui n'ont rien perdu de leur courage malgré la défaite. Parmi eux Alain Le Lay, le plus brave, le plus estimé de toute la population. Il faut faire quelque chose. "La France ne sera jamais un peuple d'esclaves" viennent de proclamer M. Thorez et J. Duclos. Alors commence un combat où les meilleurs devaient tomber.   

Parallèlement au travail de propagande qui ne s'arrêtera pratiquement jamais, la section du Parti aidé par les J.C entreprend dès l'arrivée des nazis dans l'été 40 des actions de sabotage. René Lijour paie de sa personne et entraîne les jeunes. Trolez, Y. Le Gall, Ch. Tocquet entre autres participent au déboulonnage des voies ferrées, à la destruction des lignes téléphoniques. Des soldats nazis sont victimes de cette ardeur vengeresse et plus d'un trouvera dans le port une fin prématurée. La nuit est quelquefois trouée d'explosions insolites qui réveillent les Concarnois. C'est la grue de la gare qui saute, ou bien un transformateur ou un poteau supportant la haute tension. Les explosifs sont pris à l'ennemi. Les chantiers sont mis en coupe réglée. Des groupes prennent le titre de "terroristes patriotes".

Pendant ce temps, Alain Le Lay va, vient, visite les sections et organise le combat. La liaison avec Paris est assurée par Venise Gosnat dit Père Georges. Mais les armes manquent cruellement, cela gêne l'action des premiers F.T.P¨.F.

Cependant la police de Vichy vient d'arrêter l'ancien maire (notre camarade) Pierre Guéguin et l'instituteur Marc Bourhis. Transférés au camp de Chateaubriand, ils périront le 22 octobre de la même année dans la sablière tragique avec 48 autres patriotes. La population est saisie d'une émotion intense et dès la nouvelle connue, une manifestation spontanée se déroule au cimetière devant les tombes des familles.

La haine de l'ennemi s'accentue et les actions des F.T.P.F sont mieux comprises et soutenues par la population qui n'a jamais été neutre comme l'a déclaré dans un rapport Y. Aubert qui a remplacé Scalar à la tête de la délégation spéciale, le développement du mouvement F.T.P.F le prouvera par la suite.

En 42 a eu lieu une grève des ouvrières des usines pour obtenir de l'huile et des conserves: utilisation des délégués prévus par la Charte du travail de Vichy.

Au printemps 42, "Père Georges" prend contact directement avec René Lijour, lui annonce que des armes vont arriver par mer à bord d'un sous-marin anglais qui attendra aux Glénans que les résistants viennent en prendre livraison.

Le mot de passe est donné. Contact pris avec Bodéré Guillaume et son camarade Baudry agent de liaison qui sera fusillé plus tard au Mont-Valérien. Les deux résistants se font connaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les deux résistants se font connaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les containers sont pris en charge et débarqués sur la côte bigoudène où Lijour, Eugène Le Bris et Fauglas viendront les prendre pour les entreposer à la ferme Daoudal à Melguen. Ce camarade sera également fusillé au Mont-Valérien.

Des parachutages seront également annoncés. René Lijour et plusieurs camarades dont les noms échappent après 20 années d'histoire se rendront plusieurs fois sur les lieux sans succès. Mais le combat continue. Carduner de Pont-Minaouet tente de faire sauter le pont du même nom. Il sera arrêté lui aussi et mourra. Madame Le Breton sera arrêtée et déportée.

Joseph Berthou syndicaliste et résistant du même groupe sera arrêté à cette époque et fusillé à Thouars. Eugène Le Bris se rendra à Nantes où son camarade *** arrêté doit être jugé. D'une audace folle, il pénétrera dans le bureau du juge Le Bras au moment de l'interrogatoire de son camarade. Il délivrera celui-ci après avoir abattu le juge. Mais ses imprudences ont compromis sa sécurité et celle du groupe insuffisamment cloisonné.

En septembre 42, ils seront arrêtés tous deux. Quelques jours plus tard, alors que Concarneau vit encore sous l'émotion de la découverte d'un immense trafic de marché noir entre les établissements Provost-Barbe et l'organisation Todt, une grande rafle de la police de Vichy fidèle collaboratrice de la Gestapo permet l'arrestation de presque tous les membres de l'organisation. La date de l'arrestation d'Alain Le Lay nous est imprécise après si longtemps mais il mourra à Auschwitz, comme Théophile Louarn.

Voici la liste des membres du groupe Lijour arrêtés en septembre et octobre 1942:

(Notes annexes: 

courant 42: 

Tollec Fanch. Interné Rennes. Libéré

Touchard Fanch. Interné Rennes. Libéré

Kerledou André. Interné Rennes. Libéré

Louarn Victor. Déporté

Jourden Esprit. Mort en déportation

Berthou Joseph. Fusillé à Thouars

Carduner. Mort à Dachau

Daoudal. Fusillé au Mont-Valérien (le dépôt d'armes des T.P se trouvait chez ce camarade). 

Le Lay Alain. ? 

25 septembre 1942: 

Serre Jacques

Le Caignec Eugène père

Touchard Fanch

Kerledou André fils

Dréano Joseph

Rioual Arthur

Guiffant Louis

Loch Mathias

Rossignol Jean

27 septembre:  

Le Bris Eugène fusillé (affaire Le Bras, juge de Nantes)

Lijour Lucie déportée

Breton Françoise déportée

Bodéré Marie-Jeanne internée

Baudry (agent de liaison) fusillé au Mont-Valérien

Huon frères internés

Thomas Yves: déporté

Fin septembre: 

Tocquet Charles. interné

Louarn Théo. Mort en déportation

Trichard Yves. Tué au combat 

Le Gall Yves. Mort en déportation. 

Le Gall Joseph. Interné

Péron Louis. Interné

Dolliou Charles. Interné

Trolez Jean. Déporté

Bourbigot Jean. Déporté.

Thomas Yves. Mort en déportation

6 octobre:

Le Caignec F.: interné à Compiègne. Evadé en décembre 43

Tous ces camarades firent parti du groupe T.P (Terroristes Partisans) par la suite appelé groupe Lijour, 1er responsable dès 1940 et même avant. Le Lay Alain par la suite.)

 

C'était un coup très dur porté aux T.P et à la Résistance, mais René Lijour avait réussi à s'échapper et à disparaître dans la nature et quelques camarades avaient passé entre les mailles du filet, mais l'organisation était détruite. Pendant quelques mois seule la propagande nazie fonctionna. Remi Nédellec était en contact avec Quimper et les tracts nous parvenaient. Le cheminot François Le Beux du dépôt de Quimper nous en fournissait également. Il nous faisait rire en nous racontant les bons tours qu'il faisait aux nazis, expédiant les wagons qui leur étaient destinés dans les directions les plus insolites. Il devait mourir tragiquement lors d'une attaque de l'aviation anglaise en février 1944.

Une caisse de secours aux familles des déportés et fusillés fut créée et alimentée par des dons en argent et en espèce.

Et bientôt le contact fut rétabli avec René Lijour. Mme Duot qui avait déjà servi d'agente de liaison avant la rafle de septembre 42 reprit du service et assura le contact.

Du coup les choses prirent une autre tournure. Les conseils de René Lijour et ses indications nous permirent d'envisager la reprise du combat armé.

Mais il fallait élargir le combat à d'autres que les communistes et pour cela créer le Front National et sa force militaire les F.T.P.F. Je posai la question à Robert Jan qui avait également fait partie du groupe Lijour et qui quoique en contact avec Le Bris n'avait pas été arrêté. Nous convînmes de la nécessité d'accélérer la réorganisation de la résistance aux Nazis d'autant qu'après Stalingrad, l'espoir était revenu dans la population et le moment favorable pour une telle opération. Je contactai Louis Trichard frère d'Yves Trichard qui devait être tué dans les combats de la Libération.

Ce dernier me conseilla de voir Pierre Le Rose dont il me dit beaucoup de bien. Dans les circonstances de l'occupation et de la clandestinité, il était hasardeux de contacter une personne inconnue sans avoir reçu de solides garanties, aussi je me fis donner l'accord de P. Le Rose pour cette entrevue avec Le Trichard. Au premier contact je sentis tout de suite que ça allait marcher. J'avais eu de la chance, j'avais saisi le bon chaînon. Nous convînmes de la création d'un groupe de Jeunesse communiste et du travail à faire. Il commença sans tarder et tracts et journaux sortirent de notre presse clandestine, une simple pierre humide (ils insistaient sur les problèmes de ravitaillement de la population).  De là devait sortir le journal "L'étincelle" appelant la population à renforcer et soutenir la Résistance.

L'étincelle: journal de la Résistance communiste de Concarneau, Mai 1944- Juin 1944: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

Des journaux destinés aux jeunes, les appelant à la lutte armée. Celle-ci fut immédiatement envisagée avec les moyens dont nous disposions. Le groupe des 8 jeunes communistes se transforma en commando F.T.P.F. Il y avait là outre P. Le Rose dit Michel ou Pierre Humide, Dédé le Craz dit Fredo, Yves Le Moal dit Losse (à moelle évidemment) et gloire locale actuelle de la gouache et de l'aquarelle. Nous étions arrivés fin 43 et ce groupe où se trouvait également le regretté Henri Joncourt, tué depuis en Algérie, commença ses actions de commando. Au même moment Fanch Caignec faisait son apparition imprudente à mon avis à Concarneau. Il venait de s'évader du camp de Compiègne où il était en instance de départ pour les camps de la mort. Je craignais pour sa sécurité mais la police de Vichy commençait à sentir tourner le vent et ne voulu pas l'inquiéter. Il nous fut d'un grand secours pour le recrutement de nouveaux éléments qui permirent un développement extraordinaire des F.T.P.F. Tout ceci était fait malgré tout avec un maximum de prudence et le cloisonnement était sévère. Nous pratiquions l'organisation en triangle qui nous permit cette fois d'arriver à la Libération sans trop de casse.

Pour René Lijour j'étais Arsène, pour P. Le Rose dit Michel, j'étais Henri flexible, pour le regretté Félix Delorn j'étais Maurer. J'ai souvent souri en le trouvant en conversation avec un jeune, et en l'entendant me parler confidentiellement d'un certain Henri flexible mystérieux et grand mamitou de la résistance. Toute modestie mise à part. 

Puis tout devint plus facile, relativement s'entend. J'eus le contact avec l'état major F.T.P.F du Finistère par Louis Stéphan dit commandant André, prisonnier évadé qui avait repris le combat. Nous nous rencontrions le plus souvent dans la nature, dans le champ d'un fermier ami comme chez Fanch Touchard de Colguen, avec des responsables régionaux. Jacob Quillen assistait parfois à ces entrevues où nous faisions le point sur la situation et étudions l'état et l'organisation de nos forces. André vint également me voir chez moi et sur mon lieu de travail. Le problème qui se posait était l'armement de toutes nos recrues. Les parachutages de Kernabat auxquels participaient nos F.T.P.F ne nous permettaient pas d'équiper les 2 compagnies que nous avions recrutés et la récupération d'armes sur l'ennemi était assez limitée. Ici j'ouvre une parenthèse pour dire que nous avons passé des journées, Félix Delorn et moi, à enregistrer les adhésions à notre mouvement. Pour trouver à chacun un nom de guerre, désigner les chefs de groupe. Félix était passionné pour ce travail. Il avait encore une autre corde précieuse à son arc, il réparait avec art toutes les armes endommagées qu'on lui envoyait. Parfois de la fenêtre de notre PC de la rue de l'Alma nous voyiions passer une patrouille nazie dans la rue des Ecoles que nous dominions. Nous avions quelques alertes de ce genre. 

Un jour de printemps 44, nous fûmes surpris de voir à Concarneau Jos Le Coz qui avait été libéré d'un camp d'internement de la zone Sud. Je vis immédiatement René Lijour qui m'incita à la plus grande prudence, Jos pouvant à son insu servir d'appât pour la Gestapo. Pourtant il pouvait nous être d'une grande utilité connaissant pas mal de monde, de jeunes en particulier. Je gardais le contact avec lui et nous rendit les services qu'on attendait de lui sans que je lui ai révélé les détails de notre organisation. Après tant d'années, avec le recul nécessaire pour juger objectivement la situation en ces temps là, il ne m'en voudra pas de ces "cachotteries".

Dans le courant de 43 lors d'une attaque de l'aviation anglaise contre un convoi nazi ancré sur rade de Concarneau, un gros cargo chargé de matériel militaire de toute sorte avait été touché gravement. Les nazis essayèrent de le remorquer jusqu'à Lorient afin de le réparer, mais il coula dans les parages des Glénans. Nous pensâmes à tirer profit de cette affaire et contactâmes Charlot Le Cras qui, scaphandrier en ce temps là, était chargé par la société qui l'employait de visiter l'épave pour étudier les possibilités de récupération. Il fut convenu que tout ce qui était armement léger serait récupéré par nous, Charlot se faisait fort de nous le procurer. En effet à quelques temps de là il nous prévint que sa mission était accomplie, qu'un lot de mitraillettes et de munitions nous attendait signalé au-dessus de l'épave par une bouée reliée par un filin au paquet d'armes bien arrimé. 

Felix et notre gentil camarade Auguste Le Rose dit "la poitrine" qui possédait un canot se rendirent sur les lieux, trouvèrent la bouée, tentèrent de soulever la charge sans résultat. Ils revinrent plusieurs fois et abandonnèrent devant l'inutilité de leurs efforts. C'était une occasion manquée d'armer nos F.T.P.F dont l'effectif se montait maintenant à deux compagnies. Entre temps, j'eus la visite des responsables régionaux du Parti et des F.T.P.F. Le "père Henri" cheminot du dépôt d'Auray et Leduc, entrepreneur à Plestin-les-Grèves, capitaine F.T.P.F à qui il arriva une aventure invraisemblable. Arrêté par les nazis, ils lui firent un simulacre d'exécution, puis ... le relâchèrent. S'ils avaient su qui ils tenaient entre leurs mains, les choses évidemment auraient tourné autrement. Nos réunions clandestines avec Pierre Le Rose se poursuivaient. Nous discutions outre de l'organisation armée, du contenu de nos journaux polycopiés qui étaient diffusés dans la population. Les actions de commandos inquiétaient et gênaient l'ennemi et ses complices. Vint le 6 juin et le débarquement allié. L'ennemi aux abois, ses lignes de communication coupées à tout instant par la Résistance. Il fallut entrevoir des actions plus larges et transformer la guerilla en insurrection. Les groupes de commandos avaient vécu. Il fallait mettre sur pied de véritables unités militaires. Pierre me posa le problème de l'armement dont nous disposions qui permettait d'équiper une compagnie. Mais vu les effectifs dont nous disposions, c'est deux compagnies que nous aurions dû équiper. Mais nous dûmes limiter nos ambitions au nombre d'armes dont nous disposions. Ainsi naquit la 5ème Cie F.T.P.F du bataillon La Tour d'Auvergne. Le reste des effectifs en réserve fut appelé provisoirement Milice Patriotique, son rôle initial faute d'armes étant destiné au barrage des voies de communications par abattis d'arbres, etc...

Il fallut songer sérieusement à la libération tant attendue. Rétablir la légalité et la démocratie.

Un comité local de libération fut constitué avec à sa tête Alphonse Duot ancien premier adjoint de Pierre Guéguin. Si je m'en souviens bien, les premières réunions eurent lieu à la campagne. Le bois de Kerneac'h vit se dérouler une de nos réunions où nous discutâmes des points d'un programme que nous voulions établir pour l'avenir de Concarneau. Les noms des participants à ces réunions champêtres m'échappent mais je me souviens parfaitement de l'ultime réunion qui eut lieu au Café Lancien des Sables Blancs où le programme fut mis au point et adopté. Il y avait là Alphonse Duot adjoint au maire, futur maire de la Libération, François Herlidan du parti socialiste, Le Bris du parti radical, Julien Larsouneur, syndicaliste et responsable clandestin des syndicats, R.Jan, Felix Delorm, P. Le Rose et moi-même.

(Note d'Alphonse Duot en marge: Le programme attachait une importance particulière à un retour à la légalité républicaine par le moyen de l'insurrection (mise en place du conseil municipal et aux problèmes du ravitaillement - au concours de la population - en opposition aux conceptions gaullistes: Phily; seuls les gens aux brassards dans la rue. Insister sur les efforts pour élargir le CLL et le Conseil Municipal. Les problèmes de l'Union des groupes armées). 

Ceci se passait le dimanche après-midi, 6 août. Le 8 août, Quimper était libéré. Une compagnie F.T.P.F de Concarneau (la 5ème) avait pris part aux combats pour la libération de cette ville.

Le jeudi 10 dans la matinée, si mes souvenirs sont exacts, 2 destroyers prennent position près de la bouée du cochon et se mettent à tirer sur les fortifications allemandes, le port, la ville et ses environs. Dans les rues, c'est l'affolement. Tout se vide en un instant. Je vais aux nouvelles, croisant sur mon chemin Robert directeur de l'hospice qui n'a pas l'air dans son assiette. J'arrive au coin de la rue Bayard et du Boulevard Bougainville suivi par mon oncle Dédèle et Jean Flâtrès. Mal nous en prend. Un des bateaux a dirigé son feu sur nous. Je rebrousse chemin à toute vitesse précédé de Jean Flâtrès. Nous faisons un petit pas de course et nous nous plaquons au sol. Il était temps. Un obus de fort calibre vient d'éborgner le coin de l'usine Azéma et le mur qui lui faisait face dans la rue Bayard. Des éclats volent dans tous les coins. Je sens un choc à la fesse droite. Un éclat miniature m'a touché. Je me retourne, la rue est noire de fumée et sent la poudre. J. Flatrès et moi prenons nos jambes à notre cou et détalons. Mais mon oncle un peu plus haut est blessé; fracture ouverte de la jambe. Il perd du sang en abondance. Nous le transportons chez lui, établissons un garrot et une gouttière faite de planches de barils de rogue. Le Dr Crescence arrive aussitôt et le fait transporter à l'hôpital. Il boitera le reste de sa vie.

Le 12 août, 2 compagnies F.T.P.F, la 3ème et la 5ème, prennent position au nord de Concarneau conjointement avec une compagnie F.F.I de Rosporden commandée par le capitaine Mercier. Le 13 août, le capitaine OTTO, commandant la garnison allemande, décrète l'état de siège et fait placarder un avis selon lequel il incendiera la ville si la Résistance attaque. Des habitants commencent à évacuer. Les troupes nazies sont bloquées. Elles ne peuvent plus s'enfuir que par la mer. Le 16 dans la journée les chars américains arrivent. Ils sont accompagnés d'une ou deux batteries d'artillerie.

Le lendemain matin 17 les chars et l'artillerie bombardent les positions allemandes en ville. Quelques éléments d'infanterie amorcent une attaque soutenue par les chars. Deux Cie F.T.P.F et des éléments de la milice patriotique participent à l'action et pénètrent prudemment en ville ou l'on se bat autour de la Kommandantur. Louis Guillerme, Georges Le Coz, René Rioual détruisent un petit poste aux abords du Q.G allemand. G. Le Coz est blessé par éclats de grenade et nous aurons malheureusement à déplorer la perte de Doumard (?) de la 3e Compagnie tué aux Sables-Blancs. Mais les chars américains se replient et les F.T.P.F sont obligés de décrocher. 

Cette action aura permis malgré tout de faire quelques dizaines de prisonniers et de récupérer du matériel qui va permettre d'équiper la milice patriotique qui devient du coup 7ème Cie F.T.P.F. Des éléments de cette Cie ont attaqué avec les Américains la casemate du quai Est mais se sont également replié.

Quelques jours plus tard, notre agente de liaison Lisette Jaffrézic faisant preuve d'un grand courage ira distribuer aux allemands des tracts les appelant à la reddition.

Elle nous ramènera plusieurs prisonniers. Le 17 toujours à l'issue de la reddition des allemands en position au Dorlett à Kernéac'h et Kéraudron nos hommes ont vite fait de récupérer les armes. La police vichyste qui a abandonné ses (?) mais pas son état d'esprit arrive un peu tard pour le même travail et pour des fins moins patriotiques. Cependant, elle a arrêté Eugène Le Rose qui avait récupéré un fusil mitrailleur. En compagnie de Louis Moalie, de Felix Debour, de Jo Beux, nous tentons de transporter une mitrailleuse lourde et son armement, lorsqu'une patrouille d'agents se jette sur nous.

Les agents Le Doux et Le Grand me mettent un revolver sur la figure menaçant de me descendre si je mets mon projet à exécution. Je leur crie mon indignation et j'ordonne à Moalic d'enlever le ressort récupérateur de l'arme afin qu'elle ne puisse pas servir contre nous. Un camion à cheval qu'ils sont allés chercher emporte une arme qui nous aurait été précieuse. A la lecture d'un rapport de l'époque je précise qu'il y avait plusieurs armes et munitions, une centaine d'allemands s'étant rendu à ces endroits. Quelques heures plus tard en ville où les rues sont désertes nous nous heurteront encore à une patrouille d'agents conduite par le commissaire Jouarnic. Nous leur rappelons les reproches précédents et la même scène honteuse recommence. Le Doux, Le Grand et Trolez me mettent leur revolver sur la figure. Ils sont blêmes de rage et sans l'imminence d'un revirement de la situation j'ai l'impression qu'ils iraient jusqu'au bout de leur geste. Nous rejoignons la Milice Patriotique qui s'organise. Yves Furic en a pris le commandement en l'absence de Felix Delorm qui avait été chargé de cette tâche. Quelques jours plus tard il sera remplacé par Albert Autret de Quimper. Félix et moi-même deviennent ses adjoints. Nous prenons position à la ferme de Kéraudron derrière les talus et la chicane qui barre la route à hauteur du château d'eau. Le fermier nous fait don d'un fusil-mitrailleur et de munitions qu'il a subtilisées. Paul Choisnet et Moalic sont alternativement servants. Je suis pourvoyeur. Quelques rafales partent par ci par là. C'est assez calme.

Et soudain l'enfer fond sur nous. Les Allemands tirent de toutes leurs pièces des obus de tous calibres, fusants et percutants, arrosant Kerneac'h, Kéraudron, Minven où tout le bétail sera anéanti. Cela dure 4 heures. Nous décrochons et remontons le long des talus vers le poteau vert où se trouve notre cantonnement. La 5ème Cie qui était derrière nous fait comme nous et se met à l'abri. Nous n'avons aucune perte ni aucun blessé. C'est miracle. Mais mon mitrailleur qui marche devant moi fusil à l'épaule déclenche malencontreusement la gâchette de son arme. Une rafale s'ensuit passant à quelques centimètres de ma tête. J'en frémis encore. 

Le problème de la subsistance se pose. Henri Serre employé à la Mairie de Beuzec et qui fait partie de notre troupe y pourvoira le premier jour. Ensuite nous nous débrouillerons. Théodore Vidarment se défendra très bien dans son rôle de pourvoyeur de nourriture. Nous sommes plus de 200 à la Cie. 

Le lendemain 18, reddition du capitaine Otto commandant de la place. L'artillerie américaine - il y a une batterie juste aux abords de notre cantonnement - et les chars - ils sont 5 ou 6 - recommencent le bombardement de la ville. Vers 18h, des groupes d'habitants commencent à arriver évacuant Concarneau. Dans la soirée un sérieux bombardement allemand a lieu provoquant des incendies en ville. Cattegrain, Rödel, quelques maisons particulières sont en flammes. Nous regardons navrés ce spectacle. Un appui sérieux des chars nous permettrait d'éviter la destruction de la ville dont les allemands semblent avoir décidé le sort.

Louis Moalic a toujours sur le coeur l'histoire de la mitrailleuse lourde. Profitant de l'évacuation de la population, il se glisse en ville, entre au commissariat revolver au poing, se fait remettre l'arme qu'il charge sur un camion rempli d'évacués. Il la camoufle ainsi que les munitions avec des objets divers. Il est accueilli par les F.T.P.F avec stupéfaction et respect. C'est un beau coup. L'arme servira sur le front de Lorient pendant tout le siège. C'est à cette époque que se situe également la fin d'un individu qui faisait une navette constante entre nos lignes et probablement la Kommandantur. Une balle perdue a mis fin à sa carrière. 

Le 20 les chars et l'artillerie américains se replient. Les F.T.P.F soucieux d'éviter à la ville un sort tragique amorcent une attaque. Tout le bataillon est dans l'affaire, mais l'artillerie nazie se déchaîne clouant les compagnies au sol. Le repli est ordonné. Des patrouilles seront envoyées ici ou là. Quelques accrochages sans dégâts se produiront.

Charly interprète à la Kommandantur nous harcèlera avec un camion équipé de plaques de blindage et sur lequel est monté un canon à tir rapide. Il arrosera sans répit les talus de Kéraudron, de Kernéac'h et de la Maison Blanche. Au cours de ces incursions, Louis Tudal sera grièvement blessé à la cuisse.  

Quatre jours se passent ainsi en escarmouches. Dans la nuit du 24 au 25 de fortes explosions venant de la ville se font entendre. Nous sommes saisis d'angoisse à la pensée que les allemands sont en train de la détruire. Quelques instants plus tard nous subissons un court mais violent bombardement. Puis c'est le silence, à l'aube une patrouille de la 7ème Cie F.T.P.F commandée par le gentil Paul Sabersmann, ukrainien déserteur de l'organisation Todt et audacieux diable, pénètre dans la ville vide de ses habitants. Plus tard nous voyons quelqu'un monter la côte qui mène à nos positions et qui fait de grands gestes des bras. C'est un pompier. Germain Bourdon si je ne m'abuse, mais mes souvenirs sont flous.

Alors c'est la descente en masse sur une route jonchée de débris, les fils à haute tension cisaillés par la mitraille et pendant lamentablement. Nous nous attendions à trouver une ville à moitié en ruines. Apparemment il n'en était rien, mais le port avait souffert. 

Nous primes immédiatement notre cantonnement à l'hôtel de la Mer. Le lendemain avec une voiture de notre Cie, je filai vers une destination connue de moi seul.

René Lijour m'accueillis avec un sourire quand je lui annonçai que l'épreuve était terminée et que je venais le chercher. Il avait attendu longtemps ce moment de joie un peu amère car depuis 2 ans il n'avait plus de nouvelles de sa femme Lucie déportée à Ravensbrück. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il aurait l'occasion de serrer dans ses bras celle qui fut si courageuse au moment décisifs.     

Quelques jours plus tard Concarneau, sa population retrouvée, arborait un air de fête. Les Libérateurs de la ville allaient recevoir un hommage mérité. En défilant avec les camarades de la 7ème Cie F.T.P.F sous les acclamations de la foule en délire, mes pensées allaient à mes camarades de combats, qui levés avant le jour nous avaient montré le chemin de la lutte et l'exemple du sacrifice. Grâce à eux nous connaissions enfin des heures de joie. 

 

Alphonse Duot

ancien responsable du Front National

Adjt au commandant de la 7ème Cie F.T.P.F

    

     

                                   

 

 

  

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose
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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 09:39
Jeudi, 23 Avril, 2020 - L'Humanité
Une dure bataille pour faire vivre l’Humanité

Par Patrick Le Hyaric, directeur de L'Humanité

 

Vous êtes nombreuses et nombreux à répondre à notre appel « souscription-spéciale-crise » pour L’Humanité. Nous vous en remercions d’autant plus chaleureusement que nous subissons en ce moment, comme l’ensemble de la presse, un choc d’une violence inconnue depuis très longtemps.

Ce contrecoup sévère, effet de l’actuelle épidémie, est dû à la fermeture d’un nombre important de points de vente et aux difficultés rencontrées ces dernières semaines par la distribution postale. La diminution moyenne des ventes de journaux avoisine 25% tandis que les pertes de recettes publicitaires atteignent 80%. A ceci s’ajoute depuis quelques heures la cessation des paiements de notre entreprise-coopérative de distribution de la presse, Presstalis. Ceci va dégrader encore nos résultats car les ventes de journaux et de hors-séries de ces dernières semaines risquent de ne pas nous être payées. De nouveaux journaux, notamment Paris-Normandie la semaine dernière, sont placés en redressement judiciaire. 

Si cette crise venait à se poursuivre, c’est tout un pan de démocratie qui tomberait en lambeaux. L’Etat doit donc s’en préoccuper avec plus de diligence. Des aides exceptionnelles doivent être décidées sans tarder au risque de nouveaux sinistres. La demande d’informations, au-delà de celle fournie en continue par des chaînes d’informations, de contenus journalistiques élaborés, documentés, fiables est extrêmement importante dans l’ensemble de la population. La presse écrite qui permet le développement et le traitement des faits, des analyses diversifiées, est plus que jamais un outil démocratique, citoyen, culturel pour réfléchir en homme ou femme libre. C’est d’autant plus vrai dans l’actuel contexte ou tant de contradictions exposées, tant de faits cachés, tant d’uniformité des options politiques à la télévision et à la radio créent une situation malsaine tendant à écarter le citoyen, le travailleur de la délibération publique.

Tout en respectant les prescriptions sanitaires, nos équipes se battent avec détermination et courage pour vous permettre d’accéder a des informations vérifiées, tout en prenant le parti du monde du travail et de la création, des soignants, tout en relayant les actions de solidarité qui se déploient dans tout le pays et au-delà. Les équipes de journalistes sont en lien constant avec des médecins, des infirmières, des chercheurs, comme avec les inspecteurs du travail et les avocats, avec les ouvriers et leurs syndicats comme avec les créateurs. Ils travaillent avec constance et professionnalisme pour que vous disposiez avec notre plateforme humanité.fr, L’Humanité-Dimanche, L’Humanité, ou Travailler Au Futur (travailleraufutur.fr) d’un ensemble de lieux où vous pouvez accéder à des informations, à des actions, à des débats et des propositions alternatives utiles pour penser et agir sans attendre.

Les soutiens financiers que nous recevons constituent donc un fort encouragement. Il est indispensable pour affronter cette période, alors que le plan de continuation de L’Humanité adopté par le tribunal de commerce de Bobigny le 27 décembre 2019 est forcément mis à mal. La souscription « spéciale crise » en cours est un moyen de faire face à nos dépenses courantes. Nous sommes également heureux d’accueillir de nouveaux abonnés notamment sur notre plate forme numérique. Qu’ils n’hésitent pas à nous faire part de leurs opinions et propositions pour améliorer encore nos journaux et revues. 

L’existence et le développement de L’Humanité est partie intégrante des conditions du pluralisme et de la démocratie. La découvrir et la faire lire est le moyen pour soi même d’accéder à un traitement des événements à partir des ses intérêts sociaux, écologiques, démocratique, culturel. Elle est un moyen de gagner en liberté.

______________________________

Pour faire un don à L’Humanité : cliquer ici pour accéder au bon de souscription.

Pour découvrir et s’abonner à L’Humanité ou L’Humanité Dimanche : aller à boutique.humanite.fr

Pour une question, une remarque, une proposition : relation.lecteur@humanite.fr

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L’Humanité souffle ce 18 avril ses 116 bougies. Ce journal plus que centenaire se mue en une plateforme de presse alternative qui continue de vous offrir chaque jour, chaque semaine, des informations nécessaires pour aider à penser les évènements et agir pour transformer le monde. Elle le fait dans des conditions éprouvantes pour toutes ses équipes, fortement mobilisées malgré le confinement. Dans cette période si spéciale, avec une crise sanitaire qui se double d’une crise de sens et alors que s’engage une féroce lutte sur « le futur », notre rôle prend une dimension nouvelle. C’est par la conjugaison d’un travail journalistique exigeant et le souci permanent de la réflexion que nous voulons faire œuvre utile. Avec pour boussole l’émancipation humaine, indissociable de la libération du travail, de la promotion de l’écologie et de la paix, de la défense des libertés démocratiques et républicaines.

Les dangers qu’encourt la civilisation humaine sont apparus ces derniers temps avec un éclat blafard. Environnement, capacités humaines, accumulations des armes, solidarités, tout passe au broyeur du mode de développement capitaliste. Même la mort se déploie aujourd’hui dans des conditions que l’on aurait hier crues inimaginables, sans dernière visite, sans au revoir, sans communion. Le contraire de ce qui différencie l’homme de l’animal. Et l’utilité sociale des humbles reste, malgré la promesse révolutionnaire, inversement proportionnelle à leur distinction. Que vaut aujourd’hui un actionnaire, non pas l’homme mais la fonction, au regard d’une aide-soignante, d‘un enseignant, d’un paysan, d’un éboueur ? Ce monde malade marche sur la tête. Nous travaillerons à le remettre sur pied et sur ses pieds.

Mener le procès des ravages en cours, dresser l’acte d’accusation des révoltantes impérities des pouvoirs politiques et économiques est bien sûr nécessaire. Mais bien insuffisant au regard de l’immensité de la tâche qui incombe aux générations actuelles et futures : celle d’offrir un destin à cette humanité si vulnérable, somme toute récente, et engagée dans une effrayante course à l’abime vers les ravins du calcul égoïste, de la guerre, de l’imaginaire desséché et qui, détruisant son environnement, concourt à la libération de nouveaux virus et se condamne elle-même à plus ou moins brève échéance, si ce n’est au prix d’une inhumaine humanité. Cette affaire est celle de la jeunesse, des créateurs, des travailleurs, de cette immensité asservie et dissimulée sous le trône de l’argent.

C’est à cette ambition élevée mais sincère que nos journaux s‘attachent à répondre. Ils y répondent en mobilisant des moyens sans commune mesure avec ceux dont disposent nos confrères adossés à des groupes financiers ou industriels. Le contexte n’est certes pas favorable à la presse indépendante et les bouleversements numériques menés par des cartels ogresques placent nos journaux dans une situation délicate. Relever comme nous le souhaiterions ce défi réclame des investissements en matériels et compétences que notre incessible indépendance nous empêche pour l’heure de réaliser. Et cette période de confinement aura sûrement hâté la modification latente des modes de lectures. Nous y répondons avec notre plateforme numérique, malgré toutes les embûches et sans illusion aucune sur un introuvable modèle économique du numérique pour la presse indépendante imprimée.

L’atout, la force de L’Humanité réside dans la communauté de celles et ceux qui y travaillent, de ses lectrices et lecteurs, de ses amis, de celles et ceux qui y collaborent, de tous ceux qui souhaitent s’engager pour faire grandir une civilisation supérieure. C’est à elles et à eux que nous nous adressons une fois encore pour que vive L’Humanité, et avec elle les combats qui nous sont si chers. Car c’est bien à « la réalisation de l’humanité » comme le proclamait Jean Jaurès, à ce que nous nommons une « visée communiste », que nous travaillons ardemment et passionnément.

A vrai dire, nous n’avons pas vraiment le choix. Le désastre guette et nous oblige. C’est en ce sens que nous ouvrirons dans les jours à venir nos pages aux penseurs comme aux syndicalistes, aux responsables d’associations comme aux écrivains, aux travailleurs de l’ombre comme aux créateurs ou à des élus pour qu’ils et elles exposent leur vision d’un autre avenir. Ces contributions éclaireront, enrichiront, nourriront les débats, les réflexions, les actions pour défricher les chemins de nouveaux futurs. Nous ne souhaitons pas nous borner à « l’après coronavirus » comme nous y commande le pouvoir, mais penser les voies et le projet pour « remettre le monde à l’endroit » en aidant à faire fleurir les germes d’émancipation qui sillonnent malgré tout notre si précieuse humanité.

Publié dans l'Humanité du 9 avril

Publié dans l'Humanité du 9 avril

Publié dans l'Humanité du 9 avril

Publié dans l'Humanité du 9 avril

L'Humanité relance tous les jeudi depuis début avril une parution des contributeurs de la souscription permanente et de la souscription exceptionnelle pour permettre au journal de tenir pendant la crise du Covid-19 qui conduit à une réduction des recettes publicitaires et des ventes en kiosque et maison de la presse.

Voici les amis et lecteurs de l'Humanité qui ont contribué par leurs dons dans le Finistère dernièrement dont le nom a été publié (Listes publiées les 9, 16, 23 avril, 30 avril par l'Humanité): 

Paul Abily 200

Yvette Andolfatto 150

Françoise et Serge Anne 100

Gaston Balliot 500

Françoise et Roland Bagnis 100

Daniel et Annick Bouquin Coquillon 1000

Jules Bouedec 100 et 100

Josette Brenterch 50

Lucienne Brigand 1000

Yann Boucher 150

Christian Cadiou 30

Jean-Paul et Denise Cam 100 et 100 et 300

Alain Cariou 50

CGT Multipro 100

CGT syndicat retraités pêche 50

Yves Clorennec 100 et 60

Hervé Colimard 50

José Corre 200, 200, 200, 200, 300

Serge Da Silva 20

Jean-Marie Defosse 100

Jacques Delvigne 100

Jerôme Desplats 10

Michel Deude 100, 100, 100, 100

Yves Dilhuit 50

Camille Donnard 200

Jean Dréan 100

Jacques Dronval 30

Jeanne Gourmelen 200

Maden Gruat 10

Michel Gruel 200

Pascal Guéguen 15 et 15

Fernande Guéguen 200

Suzanne Guivarch 100

Jacqueline Gunter 200

Jean Guyomarch 100

Jean-Pierre Guyon 50

Remi Hamon 30

Marie Helou 300

Mireille Hervy 50

Denise Huellou 15

Anne-Marie Jannic 500

Bernard Jasserand 200

Louis Kergourlay 200

Jean-Pierre Kergourlay 300

Jean-Noël Keruzoré 150

Anne-Marie Kéruzoré 150

Ginette Launay 50, 50, 50 et 50

Marie-Thérèse Laurent 50

Jeanne Le Berre 50

Raymond Le Bot 100

Christian Le Bras 15

Marie-Thérèse Le Bras 100

Joseph Lechat 30

Guy Le Dantec 100

Marcel Ledez 100

Suzanne et Georges Le Duff 300

Patrick Le Goas 10

Christian Le Goff 50

Marie-Hélène Le Guen 60 et 100 et 60

Thierry Le Guennou 100

Olivier Leny 100 et 200

Michel Le Roux 100, 200, 200, 250

Michel Lespagnol 300

Daniel Lezenven 100, 100

Jacques Mahé 150

Guy et Maguy Maillot 100

PCF Finistère 50

Pierre Martinon 200

Marie-Hélène Marzin 50 et 50

Marie-Claude et Robert Moal-Le Sech 150

Madeleine Monfort 100

Lucien Muller 200, 200

François Xavier Nau 100

Lucienne et Jean-Marc Nayet 150

André Nuiaouet 100

Françoise Parchemin 50

Guislaine Peron 300 et 150

Sylvie Peron 100

Gilbert Phelep 50 et 50

Catherine Pietri 100

Michel et Yvette Prigent 100

Joseph et Marie-Renée Prima 200

Gabriel Provost 100

Patrick Quelaudren 100 et 100

Jacques Rannou 100

Daviel Ravasio 25

Gilbert Sinquin 100

Michel Sintic 100

Marie-Claire et Jo Tual 100

Jean-Louis Weber 50

 

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 09:04
Révélation. Décryptage du protocole sanitaire pour la reprise de l’école (L'Humanité, 30 avril, Olivier Chartrain)
Révélation. Décryptage du protocole sanitaire pour la reprise de l’école

L’Humanité a pu consulter le projet de protocole sanitaire national, exigé pour encadrer le retour des élèves et des enseignants en classe, et qui doit être officialisé le 1er mai. Il laisse en suspens au moins une question, capitale : qui va, in fine, décider qu’un établissement peut ouvrir ou pas ?

 

Il était attendu, ce fameux protocole sanitaire national, véritable vade-mecum destiné à cadrer les conditions de la réouverture des établissements scolaires ! La plupart des syndicats avaient fait de son établissement un préalable absolu à tout retour en classe. Jeudi 30 avril, à la veille de la publication prévue du document définitif, c’est une version de travail qui a commencé à circuler et que l’Humanité a pu se procurer.

Un texte ultra-complet, mais difficilement applicable

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce texte d’une bonne cinquantaine de pages est ultra-complet. De l’accueil des élèves à la désinfection des locaux, de la gestion des circulations à l’intérieur des établissements à l’organisation des enseignements dits « spécifiques » (sports, ateliers, arts plastiques, sciences, musique…), de la cantine aux récréations, des sanitaires à l’aménagement des salles de classe… tout, ou presque, est envisagé. On notera tout de même que la question des internats, dont certains collèges sont dotés, ne figure pas dans le document que nous avons pu consulter – alors qu’elle pose des problèmes spécifiques comme, par exemple, l’existence fréquente de couchages collectifs.

« C’est plutôt positif » apprécie Frédérique Rolet, co-secrétaire général du Snes-FSU (principal syndicat du secondaire), « même si nous aurions préféré une autre méthode que celle qui a consisté à se précipiter pour annoncer des dates de reprise, avant même de présenter le protocole. » Du côté du Snuipp-FSU (primaire), qui a déposé un droit d’alerte le 29 avril, « on a le protocole, on ne va pas s’en plaindre » concède sa porte-parole, Francette Popineau, avant de tempérer aussitôt : « Mais il va être difficilement applicable ».

Un maximum de 15 élèves... dans une classe de 50 m2

Sans entrer dans le détail des 50 pages, quelques principes se dégagent. Il est acté – c’était une autre demande des syndicats – que les personnels (enseignants ou non-enseignants) présentant des facteurs de risque n’auront pas à reprendre les cours en présentiel. Ils pourront en revanche continuer à assurer des cours à distance. Pour les élèves, il est demandé aux familles de prendre la température des enfants chaque matin (mais aussi le soir, au retour) et de les laisser à la maison dès lors que celle-ci atteint ou dépasse 37,8 °C.

Le respect, en toutes circonstances, de la distance sanitaire d’un mètre minimum entre toute personne est érigé en principe absolu, «  dans tous les contextes et tous les espaces (arrivée et abords de l’école, récréation, couloirs, préau, restauration scolaire, sanitaires, etc.) ». Pour y parvenir, les salles de classe devront être réaménagées : pas de tables en vis-à-vis, par exemple. Un effectif maximal de 15 élèves par classe est fixé, dans une salle de 50  m2. « Il va falloir trouver des salles » objecte Francette Popineau, « car peu de classes font cette taille. » Le Snuipp aurait préféré, comme en Belgique, que l’on fixe une norme de 4 m 2 par personne (élèves et adultes), ce qui aboutirait à des effectifs de « 10 élèves par classe en élémentaire, et 5 ou 6 en maternelle. » Pour le Snes également, cet effectif de 15 par salle est trop élevé.

Autre souci : la coordination des transports scolaires

Pour éviter le « brassage », les entrées, sorties et récréation devront être décalées sur le principe d’une classe à la fois, et les circulations à l’intérieur des locaux organisées et fléchées afin d’éviter les croisements. Avec les goulets d’étranglement que constituent les entrées dans nombre d’établissements, la chose promet d’être plus facile à dire qu’à faire… Autre souci : la coordination des transports scolaires avec ces horaires d’entrée et de sortie décalés.

Dans le même ordre d’idée, ce ne seront plus les élèves qui se déplaceront d’une salle à l’autre entre chaque cours au collège, mais les enseignants. Le port du masque « grand public » est rendu obligatoire pour tous les adultes, fourni par leur employeur, qu’il s’agisse de l’État ou des collectivités locales. Obligatoire aussi pour les collégiens, mais il revient cette fois aux familles de se les procurer même si, au départ, les établissements doivent recevoir des stocks permettant d’en fournir à ceux qui n’en auront pas. En élémentaire, les enfants «  peuvent en être équipés s’ils le souhaitent et s’ils sont en mesure de le porter dans des conditions satisfaisantes  ». En maternelle, le port du masque est exclu. Tous les établissements seront aussi dotés de masques FFP1, afin d’équiper les élèves qui présenteraient des symptômes pendant la journée. Ceux-ci devront être isolés et pris en charge par l’infirmière scolaire… s’il y en a une.

Le lavage des mains posera aussi, à n’en pas douter, des problèmes. Il est prescrit à l’arrivée, à chaque entrée en classe, avant et après les récréations, avant et après tout passage aux toilettes, après avoir touché des objets ou des surfaces possiblement contaminés et enfin, après tout éternuement (dans le coude). De la difficulté à faire respecter une telle contrainte aux plus jeunes au manque de sanitaires et de points d’eau dans de nombreux établissements, que la possibilité d’utiliser du gel hydroalcoolique « sous la surveillance d’un adulte » ne palliera pas toujours, de nombreux paramètres risquent de faire obstacle au respect de cette règle.

Aux collectivités locales, l'organisation de l'entretien des locaux et de la restauration scolaire

Voilà pour les prescriptions les plus usuelles. Il faut y ajouter l’obligation d’un double nettoyage quotidien (nettoyage classique plus désinfection) des locaux, auquel s’ajoute l’obligation de désinfecter « plusieurs fois par jour » toutes «  les zones fréquemment touchées  » (sanitaires, poignées de portes, rampes, supports pédagogiques…) que les collectivités locales sont priées d’organiser. On doute que les effectifs actuels de personnel de mairie ou départemental présents dans les établissements suffisent à l’assurer. D’autant que la restauration scolaire repose sur les mêmes. Sur ce point, le projet de protocole recommande de «  privilégier la restauration en salle de classe sous la surveillance d’un adulte sous forme de plateaux ou de paniers repas. » Mais il n’exclut ni la possibilité de demander aux élèves d’apporter leurs repas ni, à l’opposé, la réouverture des cantines – avec dans ce cas une organisation stricte.

Qui veillera à l'application du protocole ? On ne sait pas...

Point capital : là où l’ensemble des prescriptions du protocole ne pourraient être respectées, l’établissement n’ouvrira pas. « Mais qui va vérifier si c’est applicable ou pas dans chaque établissement ? », demande Claire Guéville. « Le protocole répète « on veille à… » Mais qui c’est, ce « on » ? » s’interroge Francette Popineau. « Le texte n’est pas clair sur qui décide » poursuit-elle. « Jean-Michel Blanquer ne nous a pas apporté de réponse sur ce point » complète sa collègue du Snes. Toutes deux demandent deux choses. Premièrement, du temps : « Du temps pour que les équipes des établissements se préparent avant la rentrée des élèves », côté Snes et « du temps pour pouvoir tout mettre en place » côté Snuipp. Francette Popineau envisage le retour des élèves de primaire au mieux pour le 18 – alors qu’il est prévu le 12, selon les annonces du gouvernement (la journée du 11 étant consacrée à la prérentrée des enseignants). Deuxièmement, la validation du protocole par les instances représentatives du personnel, conseils d’école et conseils d’administration. Au Snuipp on va plus loin : « C’est à la commission de sécurité qu’il revient de valider le dispositif pour chaque établissement », martèle Francette Popineau. Sinon, entre collectivités locales, les directions des écoles et des établissements et les inspections académiques, la balle de la décision risque de rebondir longtemps.

Olivier Chartrain
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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 09:00
Bangladesh. Les forçats du textile contraints par les grandes marques de retourner à l’usine (L'Humanité, Lina Sankari, Mercredi, 29 Avril, 2020)
Mercredi, 29 Avril, 2020
Bangladesh. Les forçats du textile contraints par les grandes marques de retourner à l’usine

Un quart des petites mains du textile s’étaient vues licenciées à la suite de l’annulation des commandes par les grandes marques. Sous pression des donneurs d’ordres et du patronat, les ouvriers retournent à l’atelier. A leurs risques et périls.

 

Parfois sans salaire depuis la fermeture des ateliers il y a un mois, des centaines de milliers de forçats du textile bangladais n’ont eu d’autre choix que de retourner à l’usine. Même sans respect des conditions minimales de sécurité sanitaire. Au Bangladesh, les pressions des donneurs d’ordres internationaux – les grandes marques de prêt-à-porter – ont eu raison des mesures de confinement. Pour voir repartir les profits, ils peuvent s’appuyer sur la peur de la faim ou des loyers impayés et la menace de la concurrence vietnamienne ou chinoise.

Les maillons faibles de la Fast fashion

502 fabriques ont ainsi rouvert, dimanche, pour compenser l’annulation d’au moins 3,1 milliards de dollars de commandes (2,85 milliards d’euros), alors que le textile représente 84 % des exportations nationales et 4,1 millions d’emplois, soit le deuxième producteur après la Chine. Ce modèle de développement entièrement tourné vers les exportations révèle ses fragilités à l’aune de la crise. Un quart des salariés – majoritairement des femmes – auraient été licenciés sans indemnités ou mis au chômage partiel du fait de l’arrêt de l’activité. Ils sont les maillons faibles d’un secteur qui « repose sur une production à flux tendus et à profits immédiats. C’est en réalité toute une réflexion autour de ce modèle économique qui devrait être engagée », insiste Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Éthique sur l’étiquette. Le schéma de la fast fashion, le prêt-à-porter bon marché de masse, repose sur un renouvellement de l’offre de vêtements toutes les deux à six semaines dans le circuit mondial de distribution.

L’imbrication entre le pouvoir politique et économique est totale

En temps normal, le salaire minimum mensuel de 87 euros représente déjà cinq fois moins que le minimum vital. « Les grandes marques, qui profitent d’États défaillants en termes de protection sociale, fonctionnent à court terme. Face à la chute des ventes de vêtements, elles ont tout simplement annulé les commandes qui avaient pourtant été honorées. Elles se sont appuyées sur une clause de force majeure, alors que les contrats leur sont déjà extrêmement favorables », observe en outre Nayla Ajaltouni dont le collectif demande aux grandes marques de rééchelonner leurs commandes, d’accompagner leurs sous-traitants dans le versement des salaires et des éventuelles indemnités, d’assurer la protection ou le droit à un arrêt maladie pour les travailleurs présentant les symptômes du Covid-19. Or, un tiers des députés sont propriétaire d’usines. « L’imbrication entre le pouvoir politique et économique est totale. Les députés sont juges et parties, et contribuent à faire en sorte que les lois sur la protection sociale n’évoluent pas pour ne pas perdre des parts de marché », note Nayla Ajaltouni.

« Les députés sont juges et parties, et contribuent à faire en sorte que les lois sur la protection sociale n’évoluent pas pour ne pas perdre des parts de marché », note Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Éthique sur l’étiquette.

Une pression maximale a ainsi été exercée par le patronat national. Les syndicats redoutent toutefois une hausse des contaminations alors que Mohammad Hatem, vice-président de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA), également à la tête d’un atelier qui sous-traite les commandes du britannique Primark, enjoint à la reprise, quel qu’en soit le coût sanitaire : « Nous devons accepter le coronavirus comme une réalité de la vie. Si nous n’ouvrons pas nos usines, il y aura une crise économique. »

Manifestation et blocage à Dacca, N’ganj, Savar et Gazipur

En plus d’usines souvent mal ventilées où les postes de travail sont contigus, 76 % des directions versent toujours les salaires en espèces. Pour y prétendre, les ouvriers doivent faire le pied de grue dans de longues files d’attente ou descendre en masse dans la rue pour exiger les arriérés. Selon la BGMEA, 87 % du personnel de l’habillement auraient touché leur salaire de mars après plusieurs jours de manifestation et de blocage à Dacca, N’ganj, Savar et Gazipur. La BGMEA aurait demandé aux fabricants de ne réintégrer que les travailleurs vivant à proximité des petites usines afin d’éviter la contagion dans les transports et sur les lieux de production plus importants mais, selon les syndicats, de nombreux employés, confinés dans leur village natal, ont été joints par téléphone afin de regagner leur poste à Dacca ou ses environs. À leurs risques et périls.

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 09:00
Philippe Martinez :  Le gouvernement met les salariés face à des choix cornéliens - Patrice MOYON (Ouest-France, 2 mai 2020)
ENTRETIEN. Philippe Martinez : « Le gouvernement met les salariés face à des choix cornéliens »

Le secrétaire général de la CGT, deuxième organisation syndicale après la CFDT demande au gouvernement de renoncer aux réformes des retraites et de l’assurance chômage. Il dénonce l’insuffisance de moyens de protection pour les salariés.

 

Alors que le gouvernement vient d’annoncer les modalités générales d’un déconfinement progressif, le pays s’apprête à fêter un 1er mai confiné, sans manifestations ni meetings. Dans ce contexte de pandémie et de crise économique, Philippe Martinez, secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) réclame des moyens pour protéger les salariés du Covid-19. Et face à la crise économique qui s’annonce, il demande au gouvernement de renoncer aux réformes des retraites et de l’assurance chômage. Entretien

C’est un 1er mai confiné pour les organisations syndicales. Que vous évoque cette situation ?

C’est un 1er mai tout à fait exceptionnel qui a cette année une dimension internationaliste. Ce n’était pas le cas ces dernières années. J’ai par exemple une interview en direct avec le Japon. Cette crise fait émerger une vraie conscience mondiale sur l’importance du jour d’après et rappelle l’urgence des questions sociales, économiques et environnementales. L’heure n’est pas au repli sur soi. Les débats ne se limitent pas à la France.

Le gouvernement veut restreindre la reconnaissance de maladie professionnelle du covid-19 au seul personnel soignant. Vous êtes d’accord ?

 

Cette reconnaissance de maladie professionnelle doit s’appliquer à tous ceux qui ont été au travail. Le personnel soignant est évidemment en première ligne mêmesi je n’aime pas parler de ligne de front. Il y a eu des décès parmi les salariés du commerce, les agents de sécurité. Et souvent, ils étaient moins protégés que d’autres. Il a fallu beaucoup insister, alerter pour qu’il y ait des précautions. Dans le cas d’Amazon, il y a eu des images et des photos de faites sur ce manque de protection. Tous ces salariés exposés au covid-19 doivent pouvoir bénéficier de cette reconnaissance de maladie professionnelle.

Est-ce qu’il faut un fonds dédié pour assurer cette prise en charge ?

Il y a un système qui existe dans notre pays pour la reconnaissance des accidents et des maladies professionnelles. C’est ce fonds qui doit être mobilisé. Si je reviens par ailleurs sur le cas d’Amazon, il a fallu aller en justice pour que le problème soit reconnu. Dans ce cas précis, la décision de justice doit faire foi pour la reconnaissance de maladie professionnelle.

Bruno Le Maire plaide pour une reprise du travail rapide. Vous le comprenez ?

Quand on défend les intérêts du monde du travail on est forcément sensible aux conséquences économiques de cette crise. Mais la priorité, c’est la santé. Il ne peut y avoir de reprise du travail le 11 mai si les salariés ne sont pas protégés. Or, il y a une pénurie de protection. Pendant cette période de confinement, en remettant au travail des personnes dont l’activité n’était pas essentielle, on a privé de protection ceux qui étaient au front pour reprendre un terme du Président de la République.

Vous le regrettez ?

Ces choix ont eu des conséquences pour la santé. Dans le cadre de cette reprise prévue le 11 mai, la priorité devrait aller à la protection. Ce n’est pas la CGT qui le dit mais les scientifiques. Et se protéger, c’est rester à la maison.

Le préavis de grève déposé dans la fonction publique en avril a parfois été perçu comme une provocation. Vous comprenez ?

Le préavis, c’est une alerte après des réunions avec les directions. Ce n’est pas la grève générale dans tout le pays. C’était pour protéger tous les salariés qui, dans les collectivités territoriales ne bénéficiaient pas de protection suffisante. Les salariés de la fonction publique, ce sont ceux qu’on applaudit à 20 h : ceux qui ramassent les poubelles, nettoient la voirie…. Mais il y a aussi eu des grèves dans les entreprises privées. Et ça, on en parle moins.

Vous pensez à quelles entreprises ?

Heureusement que les salariés ont fait grève à Amazon par exemple. Les ministres en ont fait moins l’écho. Dans l’Ouest, aux Chantiers de Saint-Nazaire, il y a eu des débrayages pour avoir des protections. Et ça n’a pas provoqué de tollé général. Je trouve que cette polémique sur ce préavis de grève dans la fonction publique est très malsaine.

Donc, pas de regrets ?

Non aucun regret.

Qu’est-ce que vous attendez du gouvernement ?

On parle beaucoup du déconfinement. On salue tous ceux qui ont été rebaptisés les premiers de corvée. Maintenant, il faut des mesures concrètes et ne pas attendre le mois de septembre ou le mois d’octobre pour par exemple augmenter les salaires. Les hôpitaux vous le savez ont été mobilisés pendant des mois. Est-ce qu’une prime de 1500 euros ça suffit face aux fermetures de lits ou d’hôpitaux ? Nous demandons aussi, non pas la suspension, mais l’arrêt définitif des réformes de l’assurance chômage et des retraites.

La reprise de l’école sur la base du volontariat, c’est un bon choix ?

C’est tout de même un choix cornélien. Qu’est ce qui va passer quand un employeur va dire à un salarié qu’il doit reprendre le boulot puisque ses enfants peuvent aller à l’école.

Cette prime de 1500 euros pour le personnel soignant vous convient ?

Ces 1500 euros vont mettre du beurre dans les épinards. Mais c’est à long terme qu’il faut reconnaître le personnel soignant. Les hôpitaux sont en flux tendu toute l’année Il faut une augmentation du point d’indice pour ceux qui sont dans la fonction publique. Et au-delà, une augmentation du Smic. Je comprends la colère des salariés du commerce qui ne vont pas tous toucher cette prime.

Le jour d’après que vous appelez de vos vœux est porteur de quel message ?

Il faut remettre à l’endroit un certain nombre de sujets. Prenez les États-Unis, jusqu’à présent ce pays était considéré comme un modèle. Souvenez-vous de ce qu’on disait sur le modèle social français et ses privilégiés. C’est quand même pas mal d’aller à l’hôpital avec une carte vitale plutôt qu’avec une carte bleue. Avec 25 associations et ONG dont Greenpeace, la CGT travaille à des propositions concrètes pour ce jour d’après, notamment dans le domaine environnemental.

Bruno Le Maire veut protéger les entreprises stratégiques. Vous partagez sa préoccupation ?

Il faut avoir une réflexion plus globale. Il y a urgence à relancer l’industrie dans ce pays. Depuis dix ans, nous nous battons pour recréer une filière industrielle d’imagerie médicale en France. C’était pas complètement idiot.

De la même façon, en Normandie, l’usine de La Chapelle-Darblay menacée de fermeture recycle du vieux papier, le sujet est dans l’actualité avec les enjeux environnementaux. Et puis, on ne peut plus avoir un monde où la seule valeur d’ajustement c’est le travail. Le fameux coût du travail !

Renault peut se plaindre de la chute du nombre de voitures vendues mais il ne fabrique que 25 % de sa production en France. Il faut un contrôle des investissements étrangers avec des règles identiques pour tous.

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:57

 

Les librairies sont loin des yeux et de l’attention du pouvoir, mais le groupe Fnac-Darty bénéficie en un temps record d’un prêt d’un demi-milliard garanti par l’État. Air France, dont l’État est descendu à 14 % du capital, va bénéficier d’un prêt garanti de la colossale somme de 4 milliards, suivi de trois autres sous forme « d’avance d’actionnaire » sans condition sociale ou environnementale. Au contraire, le ministre de l’Économie demande à l’entreprise d’améliorer sa compétitivité. En clair d’y réduire encore l’emploi et certaines activités. Une telle somme aurait dû et pu être conditionnée à la sécurisation des parcours professionnels, à l’augmentation des bas salaires, à une stratégie nouvelle en coopération avec Airbus pour faire respecter l’accord de Paris sur le climat, comme au maintien des aéroports sous propriété publique.

Les petites et moyennes entreprises sous-traitantes de groupes automobiles souffrent, les salariés angoissent, mais l’État garantit au groupe Renault, dont il s’est quasiment retiré, un prêt de 5 milliards alors que la trésorerie du groupe est plutôt florissante. Là encore, l’argent est avancé sans aucun nouveau projet social et environnemental structurant.

Si l’on comprend la nécessité d’apporter un soutien public aux entreprises, encore faudrait-il que les banques alliées à l’État cessent de mépriser la multitude des petites entreprises qui agonisent en ce moment même. Il est de surcroît insupportable que les pertes des grandes entreprises soient toujours socialisées quand leurs profits sont privatisés. Surtout quand leurs dirigeants s’octroient des salaires et des retraites mirobolants, et leurs propriétaires des dividendes qu’ils placent dans des paradis fiscaux, se soustrayant ainsi du financement des biens communs pour la santé ou l’école.

Tant d’argent ne devrait pouvoir être affecté sans contrôle des élus et des salariés, sans obligation de garantir l’emploi, la formation et la vie territoriale, sans inscrire les entreprises dans un nouveau projet de transformation économique, social, environnemental et démocratique. Ceci implique des critères de gestion qui ne fassent plus la part belle à la rentabilité à tout prix, mais au progrès social, écologique et au développement territorial.

Jusqu’à ce jour, les sommes affectées au plan de soutien de l’économie coïncident exactement avec le manque à gagner généré par la crise sanitaire, soit aux alentours de 120 milliards d’euros. Ce plan massif n’a aucune vision d’avenir, sauf celle de sauver le capital en le renforçant pour que tout redevienne comme avant, alors que le ministre de l’Économie ne cesse de disserter sur « le nouveau capitalisme ».

En refusant de légiférer sur l’interdiction de distribuer des dividendes et des aides publiques aux entreprises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux, en refusant de débattre de la fiscalité du capital et des grandes fortunes, en considérant que la propriété du capital est un sujet tabou, et en refusant des pouvoirs nouveaux aux salariés dans les entreprises, c’est bien le passé qui demeure la référence du pouvoir et non « la rupture » vantée par le président de la République.

La concurrence sociale et fiscale vise à attirer les capitaux : les investisseurs, dit-on dans ces milieux. Nous sommes loin des besoins de relocalisation, de la garantie du travail, de la préservation de la biodiversité et du climat, d’une Sécurité sociale élargie au travail et à la prise en charge des personnes âgées, et d’une sécurité alimentaire en qualité et quantité.

Progresser en ce sens appelle à engager un processus d’appropriation sociale et démocratique de pans importants de l’économie et de la banque, des nationalisations d’un type nouveau, mais aussi à développer des coopératives autogérées soutenues par l’État et les collectivités. La question du pouvoir des travailleurs, de celles et ceux dont on célèbre les mérites et qui démontrent de quelles prouesses ils sont capables, se pose comme jamais. Que les « premiers de corvée » puissent gouverner est inséparable d’une ambition « post-capitaliste ».

Patrick Le Hyaric

 

 

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:54

Annie Levi-Cyferman, membre du CEN, responsable nationale Droits humains et Libertés.

La crise du Covid-19 nous plonge dans une situation exceptionnelle qui nécessite que des mesures sanitaires exceptionnelles soient édictées. Néanmoins, comme nous le rappelions dans la note sur l’analyse de la loi du 23 mars 2020 sur l’état d’urgence sanitaire, il convient de rester très vigilant pour s’assurer que les règles dérogatoires à un État de droit, mises en place dans le cadre d’un régime d’exception, soient effectivement temporaires et strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus.

 

 

Or les dispositions prises sont considérablement liberticides (atteintes à la liberté de se réunir, d’aller et venir, de travailler...) et accordent des pouvoirs exorbitants à l’exécutif, avec une insuffisance de contrôle parlementaire.

Cette loi autorise par ailleurs le gouvernement à prendre des ordonnances. Celles concernant la justice comportent des atteintes graves et manifestement illégales aux libertés fondamentales. Constitue une liberté fondamentale la possibilité donnée à un justiciable d’assurer de manière effective sa défense devant un juge, conformément à l’article 6 de la sauvegarde des droits de l’homme et libertés fondamentales.

Les mesures affectant cette liberté doivent, là encore, être adaptées aux buts poursuivis et nécessaires, c’est-à-dire qu’il n’est pas possible d’y substituer d’autres moyens moins attentatoires à la liberté.

Or, à de nombreux égards ces ordonnances ne satisfont pas à ces conditions et portent atteinte aux droits de la défense. Ainsi, par exemple, les audiences peuvent se tenir en utilisant des moyens de télécommunication audiovisuelle, sans l’accord des parties, sans limitation tenant à la nature du contentieux, sans respect de la confidentialité. Dans d’autres cas, il peut être statué sans audience, sans juge et sans avocat. Tel est le cas pour prolonger une mesure de détention provisoire, alors que dans le même temps le gouvernement prétend limiter le nombre de détenus en prison !

Il apparaît que de nombreuses mesures sont inadaptées et dénuées de toute nécessité, notamment en droit pénal et droit des étrangers.

Dans ce contexte particulier, on aurait pu espérer qu’il y est plus que jamais un contre-pouvoir permettant un contrôle effectif de l’action gouvernementale. Force est de déplorer qu’à la défaillance du contrôle parlementaire s’est ajoutée celle du Conseil d’État, censé être l’ultime recours administratif et garant des libertés fondamentales.

Pourtant, la juridiction a été saisie de nombreuses requêtes à l’initiative de diverses organisations (SAF, SM, OIP, LDH, Ordre des avocats, syndicats de médecins...). Elles avaient pour objet de mettre en cause la légalité de certaines ordonnances, mais également les conditions sanitaires dans les prisons, les Ehpad, les centres de rétentions devenus sans objet dont la fermeture a été demandée, protéger les sans-abri ou les mineurs isolés, demander une extension du confinement, des moyens de protection supplémentaires pour certains professionnels, la fourniture de masques, de tests, de nouveaux traitements...

Toutes ces demandes ont fait l’objet de rejet en masse, parfois sans audience, fragilisant l’effectivité du contrôle juridictionnel opéré par le Conseil d’État et mettant même en doute son impartialité. Dans leur tribune parue dans Le Monde, les avocats William Boudon et Vincent Brengarth s’insurgent : « Dans quel régime se réclamant de la démocratie peut-on se satisfaire de décisions qui balayent toutes les requêtes comme s’il était hérétique de critiquer le gouvernement ? »

Dans bon nombre d’actions le Conseil s’est contenté des promesses du gouvernement en retenant une présomption d’efficacité de la politique publique menée. Une question a émergé, celle de savoir si le Conseil d’État pouvait juger en toute indépendance une loi qu’il a lui-même validée ou s’il n’y avait pas trop de proximité entre ses membres, issus de l’ENA et le monde politique.

Dans une contre-tribune, Bruno Lasserre affirme que malgré les décisions de rejet, le Conseil d’État a fait des invitations, à l’issue d’une audience, qui ont été prises en compte par l’administration. Mais pour plusieurs avocats, au contraire, de telles décisions se confondraient avec des « conseils » au gouvernement qui avaliseraient l’action étatique.

Outre les atteintes aux droits déjà mentionnées, il convient de s’interroger sur la validité du nouveau délit de non-respect du confinement, contre lequel des questions prioritaires de constitutionnalité ont été déposées.

Alors que les tribunaux sont pratiquement à l’arrêt, on ne peut qu’être étonnés de la multiplication des audiences de comparutions immédiates pour ce délit et des demandes de mise en détention, encombrant encore davantage les prisons à l’issue de contrôles souvent arbitraires. Surveillance par des drones ou trackings qui va être débattue à l’Assemblée nationale, avec finalement un vote des parlementaires, sont encore là de nouvelles mesures dont l’efficacité est contestée, qui en revanche complète l’arsenal de mesures privatives de libertés individuelles.

La question reste donc d’actualité : « Sommes-nous encore dans un État de droit ? »

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 05:53

 

Tous les grands rendez-vous sur le climat et la biodiversité ont été annulés. Alors que les plans de relance, eux, se décident et s’apprêtent à lâcher des milliards pour relancer la machine, comment penser l’ambition climatique ?

2020 devait être l’année de l’ambition climatique et de la biodiversité… Sera-t-elle celle des plans de relance qui lâchent des milliards sur les secteurs les plus polluants ? Partout, les plans de sorties de crise commencent à être annoncés. Avec ou sans contreparties.

Mais « on ne doit pas sortir de cette crise, comme on y est entrés », prévient Laurence Tubiana, la présidente de la Fondation européenne pour le climat, qui fut la négociatrice de l’accord de Paris de la COP21 en 2015. Lors d’un séminaire organisé par l’Iddri (l’institut du développement durable et des relations internationales) le 30 avril, la question de l’ambition pour le climat a été longuement débattue. Quelle stratégie adopter ? Quel agenda ? Quels risques ? Dans quelle mesure parvenir à imposer la question dans la sortie de crise ?

 

Le virus a tout chamboulé

Il faut dire que la COP 25 à Madrid en décembre dernier avait déjà été un échec. « Elle s’est mal passée, il y a eu beaucoup de dysfonctionnement dans le multilatéralisme. On n’a pas réussi à dépasser les divergences », reconnaît Paul Watkinson, l’ancien président de l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique, en charge de faire l’interface entre les décideurs politiques et la communauté scientifique lors des COP.

Et le Covid-19 est venu chambouler l’agenda du climat et de la biodiversité. Tous les grands rendez internationaux ont été annulés : la COP 26 sur le climat, prévue en novembre à Glasgow au Royaume-Uni, mais aussi la COP 15 sur la biodiversité, prévue en octobre à Kunming, en Chine.

« Sans oublier le sommet des Nations unies sur l’Océan, tout comme le Congrès mondial pour la nature, le lancement de la décennie pour la restauration des écosystèmes… ça devait être l’année de la nature et de nouveaux engagements politiques », détaille Jeanne N’tain, négociatrice à la Convention sur la diversité biologique (CDB) pour la Côte d’Ivoire. Tous reportés à 2021. Tout comme les ambitions qu’ils portent ?

 

Trente pays appellent à ne pas occulter la crise climatique

Pour l’instant, seuls huit pays (Japon, Nouvelle-Zélande, Norvège, Chili, Singapour, îles Marshall, Surinam, Moldavie) ont déposé auprès de l’ONU de nouveaux engagements climatiques, comme le prévoit l’accord de Paris. 106 pays se sont également engagés à accroître leurs plans climat avant fin décembre, selon Climate Watch… Mais ils ne représentent que 15 % des émissions mondiales.

Du côté des signaux positifs : lors du « dialogue de Petersberg », une conférence annuelle organisée par l’Allemagne et maintenue en visioconférence les 27 et 28 avril, un front commun d’une trentaine de pays a appelé à « ne pas occulter la crise climatique » et intégrer dans les plans de relance de l’économie « des objectifs environnementaux et climatiques afin de rendre les sociétés et les économies plus résilientes aux prochains chocs ». Parmi ceux-là : la France, mais aussi l’Allemagne et l’Italie, ainsi que la Chine, des pays parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre.

 

Green Deal ou Greenwashing ?

En Europe, la France, tout comme la Finlande, veulent faire du « Green Deal », le projet de transition écologique portée par la commission européenne, le cadre des plans de relance. Mais le Green Deal va-t-il survivre ou seulement glisser vers le greenwashing ? Dès la fin mars, il a été mis sous pression par les gouvernements et lobbies. « Tous les jours, il y a des hauts et des bas », reconnaît Laurence Tubiana. Et avec quel financement ? « Le risque, c’est que les pays fassent d’abord les pompiers, sur l’urgence. Et puis, ils verront après pour le climat, les océans, la biodiversité… Mais après, il sera trop tard », souligne-t-elle.

Car la crise du coronavirus est bien celle du système.  « Elle appelle à tout revoir, nos modes de vies, de consommations, nos rapports aux écosystèmes animaux », argumente Jeanne N’Tain, la négociatrice de la Côte d’Ivoire. D’autant plus que ce n’est peut-être que le début. « La communauté scientifique a identifié depuis longtemps les liens entre santé humaine et biodiversité. On ne peut pas limiter cette crise à un événement unique qui n’arriverait plus à cette génération. Il est fort probable qu’une crise du même type se reproduise », défend pour sa part le canadien Basile van Havre, Coprésident du Groupe de négociation sur le cadre post-2020 de la Convention sur la diversité biologique (CDB).

 

La crise sociale oblige à adopter une approche intégrée

Mettre la nature au centre, c’est le sens de l’appel de 4 experts de l’IPBES (la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) - le « Giec de la biodiversité » - publié le 27 avril (en anglais) : il faut choisir des politiques et des actions qui protègent la nature, afin que celle-ci puisse nous aider à nous protéger. « La réponse à la crise du Covid-19 exige que nous affrontions tous les intérêts qui s’opposent à un changement transformateur et que nous mettions fin au business as usual. »

Mais comment intégrer toutes ces dimensions ? Laurence Tubiana, celle qui a négocié les accords de Paris, connue plutôt pour sa modération, « ne croit plus à une approche trop spécifique, le climat d’un côté, la biodiversité ou l’océan de l’autre. La crise sociale nous oblige à adopter une approche intégrée. Il faut un autre agenda, une diplomatie de la reconstruction vers la transition écologique qui donne une place essentielle à la question sociale et à la réduction des inégalités ». Enfin… ONG et syndicats le construisent déjà ensemble. (Voir aussi notre émission spéciale 1er Mai)

 

Pia de Quatrebarbes

 

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 16:00
Soutien à l'insertion sociale et professionnelle de la jeunesse: le rôle essentiel de la mission locale!

On en parle peu mais ils font un travail essentiel et indispensable auprès des jeunes...

En ce jour du 1er mai, journée internationale de lutte des travailleurs, et durant cette période de confinement qui tend à accentuer les effets des inégalités, nous voudrions rendre hommage au travail des employés des missions locales et notamment celle de Morlaix.

La Mission locale du pays de Morlaix a un champ d'action qui recouvre les 3 communautés de communes de Morlaix-Co, de St Pol-de-Léon (Haut-Léon communauté) et de Landivisiau. 2600 jeunes de 16 à 26 ans y sont inscrits, avec environ 1000 à 1300 jeunes suivis effectivement ces trois derniers mois, avec des besoins, des attentes et des parcours qui peuvent être fort différents. 

La Mission locale oriente les jeunes qui ont quitté le système scolaire vers la formation, l'emploi, les aides dont ils peuvent bénéficier pour accéder à l'autonomie, s'insérer professionnellement et socialement. C'est une association dont le CA et le bureau sont constitués de politiques et de professionnels des associations sociales.

Certains des jeunes qui ont recours au suivi individualisé des salariés de la Mission locale sont en grande difficulté, il y a des femmes isolées avec des enfants, des gamins sans parents, ou qui ont rompu avec eux, des jeunes qui n'ont pas un toit assuré, qui ont des problèmes de logement, de mobilité et d'accès au permis de conduire, de formation, de qualification, et bien sûr d'accès à l'emploi et au RSA. D'autres sont dans des emplois qui ne leur conviennent pas et veulent changer de travail en gardant des droits, trouver d'autres formations. D'autres encore sont diplômés mais ont besoin de conseils...

Morlaix et sa région sont particulièrement exposés aux problèmes d'insertion et d'accès à l'emploi des jeunes. Plus de 20% de chômeurs à Morlaix, une situation de l'emploi peu reluisante, mais aussi beaucoup de jeunes qui ont quitté précocement le système scolaire et qui ont besoin qu'on les guide un peu et construise avec eux un projet professionnel et de formation, qu'on les remette en confiance.

La Mission locale de Morlaix travaille avec neuf conseillers insertion référents, trois conseillers emplois en lien avec Pôle Emploi, un travailleur social, des administratifs, agent d'accueil, etc. Une vingtaine d'employés en tout pour cette association indispensable pour prévenir la précarité des jeunes et lutter pour en sortir.

Des aides sont attribuées pour le permis de conduire (300€ pour le code et 400€ pour les leçons de conduite ensuite), mais aussi parfois des aides pour suivre des formations non rémunérées, acheter du matériel indispensable aux formations, des aides alimentaires, relatives au logement à la santé.

La mission locale gère des contrats d’État comme le Pacea, ou encore un dispositif important financé à hauteur de 100 000€ qui profite à 150 jeunes qui peuvent sur un an peuvent toucher 480€ par mois, et qui bénéficient surtout d'un accompagnement renforcé avec des employés et formateurs ayant moins de jeunes à suivre, et donc plus de temps à leur consacrer,  pour accéder progressivement à l'autonomie: c'est le dispositif "Garantie Jeunes", mis en place avant 2017 sous la présidence de F.Hollande et qui a été testé et prolongé par le département du Finistère.

Il faut dire que les financeurs de la Mission locale et de ses dispositifs spécifiques pour les jeunes sont multiples: Département, Région, Etat, EPCI...

Depuis le début du confinement, la mission locale a continué à suivre les jeunes avec des salariés bossant en télétravail. On ressent beaucoup de fraternité, d'échanges humains, de mots gentils entre les employés et les jeunes accompagnés.  Cet accompagnement est fondamental. Le métier des salariés de la mission locale n'est ni celui d'assistant social, ni celui de formateur pôle emploi, ni celui d'éducateur, mais à mi-chemin entre tout ça. 

Depuis quelques années, la Mission locale se relève doucement mais sûrement d'une grave crise de direction et ses salariés, aujourd'hui comme hier, travaillent avec abnégation, empathie et sens de l'adaptation pour trouver des voies de réussite et d'inclusion (qui peuvent prendre différentes formes en fonction des projets et aspirations individuels) pour tous les jeunes.

En ce 1er mai, nous voulons tirer notre chapeau à ces salariés et à leur travail social essentiel!!!      

Ismaël Dupont, 1er mai 2020

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 15:54

Allocution de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

A l’occasion de la fête internationale des droits des travailleuses et des travailleurs

 le 1er mai 2020

 

Permettez-moi de souhaiter une belle et grande journée de solidarité et de mobilisation aux travailleuses et aux travailleurs de France, à ceux du monde entier, à l’occasion de ce 1er Mai inédit.

Un 1er Mai exceptionnel où nous disons avec force que ce n’est pas aux peuples de payer le prix fort de la pandémie et de la crise économique !

Et je pense d’abord à ces peuples du monde privés de droits, exposés à des guerres, ou à des blocus inqualifiables alors que le virus sévit. A l’échelle du monde, unissons nos forces dans la Paix pour faire reculer la pandémie.

 

En France, je voudrais saluer ces millions de salarié·es mobilisé·es face à la crise sanitaire, parfois au risque de leur propre vie.

Soignants, enseignants, pompiers, agriculteurs, salariés du privé comme du public, vous êtes des millions d’hommes et de femmes à tenir la France à bout de bras pour faire tourner notre pays et permettre à toutes et tous de disposer du nécessaire pour vivre.

Les vrais premiers de cordées de notre pays, c'est vous.

L’année dernière, beaucoup d’entre vous étaient encore sur les ronds-points pour demander plus de justice sociale, plus de justice fiscale. D’autres se rassemblaient devant les ministères pour exiger de meilleurs salaires, une vie digne, des conditions de travail décentes.

Vous n’avez pas été entendus, ou si peu. Mais quand il a fallu répondre à l'appel, vous n’avez pas hésité une seconde pour retrousser vos manches et vous mettre au service du pays.

Ce 1er Mai vous est spécialement dédié.

Je pense aussi à ces millions de salariés privés d’emplois ou en chômage partiel, inquiets de leurs fins de mois et impatients de retrouver leur activité ou un emploi stable.

Ou encore à ces retraités, souvent aux petites pensions, à ces étudiants et à ces parents isolés, aux faibles ressources.

Face à la hausse des prix, le confinement coûte cher.

Heureusement, là encore, la solidarité s’organise, partout, dans les villes et les villages, grâce aux élu·es locaux et à de nombreuses associations. Amplifions là.

Sans oublier le monde des arts et de la culture, qui nous fait tellement de bien, et qui nous rappelle oh combien leur rôle est précieux.

Je pense aussi à ces commerçants, ces artisans, ces indépendants dont la vie a complètement basculé, et qui se retrouve sans activité ou alors très réduite.

Toutes et tous, vous faites face à cette pandémie avec tellement de dignité, tellement de force et de courage. La vraie richesse de la Nation est là, en vous. Et nous pouvons être fiers de cette France, cette France fraternelle et solidaire.

C’est pourquoi nous le disons avec force : ce n’est pas à vous de payer les conséquences de cette crise. Ce n’est pas au monde du travail de payer la facture comme ce fut le cas après la crise de 2008.

Déjà, la courbe du chômage repart fortement à la hausse. Et celles et ceux qui sont en chômage partiel touchent un salaire partiel. La pauvreté explose.

 

C’est pourquoi nous avons besoin de nous rassembler et d’agir ensemble pour que demain ne soit pas comme hier.

Nous proposons que l’État garantisse pour chaque citoyen·ne l’accès à des masques gratuits et aux normes lui permettant de sortir et de se protéger.

Nous proposons de repousser la réouverture des écoles tant que toutes les conditions de sécurité ne sont pas garanties, dans toutes les communes, par les services de santé et de l’Éducation nationale.

Nous proposons l’interdiction des licenciements durant cette période et la prise en charge du chômage partiel à 100% tant que le travail n’a pas pu reprendre.

Nous voulons des salaires qui augmentent plutôt que des primes qui divisent. Nous proposons une aide de 300 euros pour les plus démunis, pour les étudiants et le blocage des prix pour les produits de première nécessité.

Dans chaque entreprise, il faut ouvrir de véritables négociations pour imaginer de nouvelles conditions de travail, avec des horaires adaptés pour ne pas surcharger les transports collectifs.

 

Nous proposons de mettre à contribution le capital, les grandes fortunes, les assurances et les banques, tous ceux qui ont bénéficié de nombreux cadeaux ces dernières années.

Tout comme la Banque centrale européenne qui doit être là, aux cotés des États et des peuples pour financer la dette mais aussi les investissements à venir.

 

Tout le monde doit être protégé, c’est aussi simple que ça et l’État doit être là pour garantir cette protection, partout, dans les Outre-mer comme en métropole, dans nos villes comme à la campagne.

 

Ce 1er Mai 2020 est historique en ce sens.

 

Face à cette pandémie, soyons unis, solidaires pour porter ces exigences mais aussi pour s’ouvrir des perspectives, celles de bâtir une société nouvelle, enfin respectueuse des Hommes et de la nature, en France comme à l'échelle de la planète.

 

Le monde de demain commence dès aujourd'hui !

Dans l'épreuve que nous traversons, c'est ce bel objectif qui nous anime, celui de vivre dans une société portée par ses plus nobles valeurs, la bienveillance, l'entraide, la solidarité.

 

Le moment est venu de tourner définitivement le dos à cette course folle vers le profit et la surconsommation. Mettons l’argent au service du développement humain et de la planète.

C’est un magnifique défi à relever, la promesse de nouveaux Jours heureux à écrire ensemble.

 

Parti communiste Français

https://www.pcf.fr/

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