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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 05:29

Lorsque Luis Royo-Ibanez entre dans Paris, le 24 août 1944, à bord de son half-track baptisé « Madrid », il laisse éclater sa joie devant l’Hôtel de Ville : « Aujourd’hui Paris, demain les Pyrénées ! » Ce républicain espagnol de la division Leclerc, membre de la compagnie surnommée la « Nueve » (160 hommes dont 146 Espagnols pour la plupart anarchistes et communistes) avec à leur tête le colonel Raymond Dronne, a tout donné pour la libération de l’Afrique du Nord puis celle de la France.

 

Luis et ses camarades ont débarqué à Omaha Beach. Puis, sous la conduite de combattants de la Résistance, ils ont foncé sur Alençon avant d’entrer dans Paris – déjà largement contrôlé par les FFI du colonel Henri Rol-Tanguy – à bord des half-tracks portant les noms de batailles de la guerre d’Espagne, « Teruel », « Guadalajara », « Brunete » soigneusement rebaptisés pour les cérémonies du lendemain 25 août, « Montmirail », « Champaubert » ou « Romilly ». 

 

Luis et ses copains ne fonceront pas sur Madrid pour combattre la dictature. On leur donnera l’ordre de poursuivre vers l’est. Surtout pas au sud, vers l’Espagne sous le joug du général fasciste Franco passé sous protection des États-Unis. Dans son HLM de Cachan, Luis nous dira au crépuscule de sa vie : « La libération de Paris, de la France devait être une étape avant la libération de l’Espagne. Nous nous sommes battus puis nous avons été oubliés. » 

 

Manuel Rodriguez était un parmi les 500 000  Espagnols qui ont cherché refuge en France, en 1939. Passé les Pyrénées, il a été enfermé dans un camp de concentration, à Argelès. Première image d’une partie de la France, celle qui passait son temps à enchaîner autour du maître berlinois plus de génuflexions que la liturgie collaboratrice n’en exigeait. Manuel s’échappera puis rejoindra les premiers groupes armés de la Résistance. Plus tard, il participera à la libération de Toulouse. La Ville rose et la France libérées, il s’engage dans les groupes armés qui tentent de reprendre la lutte en terre espagnole. Blessé, il rentre à Toulouse et finit sa vie délaissé et traité comme un pestiféré, presque comme un « terroriste ».

 

Maurice, ancien des Brigades internationales, a eu la mauvaise idée de perdre une jambe lors de la bataille de l’Ebre. Jeune et très beau garçon, fils d’une « bonne  famille » de «  gauche » bourgeoise et socialo-radicale, il avait compris avec plusieurs milliers d’ autres Français que la guerre imposée à la République espagnole par les sbires d’Hitler et de Mussolini était un test grandeur nature avant le déferlement nazi sur l’Europe. Jusqu’en 1971, abandonné par sa famille, ignoré par les autorités, il a survécu en dessinant des caricatures sur la place du Tertre à Paris. Maurice et nombre de ses camarades survivants de la guerre d’Espagne nous ont quittés dans l’indifférence qui aurait été générale sans la solidarité jamais démentie du Parti communiste français.

 

Il aura fallu, en 1996, l’action combinée de Philippe Séguin et de Jacques Chirac, sous les hurlements de plusieurs députés de droite, pour que les brigadistes soient enfin reconnus comme « anciens combattants ».

 

Le colonel Henri Rol-Tanguy – qui nous disait : « Vous évoquez mon rôle pour la libération de Paris mais c’est l’Espagne qui reste mon premier combat antifasciste et qui a marqué la suite de mon engagement pour la liberté et la démocratie » – a, lui aussi, subi la discrimination en étant marginalisé dans sa carrière militaire. Compagnon de la Libération, grand officier de la Légion d’honneur, Rol fut heureusement reconnu des années plus tard comme un Français d’exception dans la lutte contre l’occupant nazi. Mais combien d’autres de ses camarades ont été maintenus dans l’oubli ?

 

Après des dizaines d’années de silence sur la guerre d’Espagne, la chape de plomb se fissure : films, livres, études, avec notamment le prix Rol-Tanguy délivré à des étudiants par l’association les Amis des combattants en Espagne républicaine (Acer) ainsi que documentaires et ouvrages, ont permis de donner à voir et comprendre la guerre d’Espagne, le courage des républicains espagnols et des brigadistes venus du monde entier. C’est aussi en se rappelant leur rôle qu’il convient, en 2019, de célébrer la libération de Paris.

 

José Fort

 

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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 05:27
GÉNÉRAL ELECTRIC : STOP AU DÉMANTÈLEMENT 5"Progressistes " Avril Mai juin 2019 - revue PCF)
GÉNÉRAL ELECTRIC : STOP AU DÉMANTÈLEMENT 5"Progressistes " Avril Mai juin 2019 - revue PCF)
GÉNÉRAL ELECTRIC : STOP AU DÉMANTÈLEMENT 5"Progressistes " Avril Mai juin 2019 - revue PCF)
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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 05:24

 

Le groupe est accusé par une étude financière d’avoir camouflé 38 milliards de dollars de pertes aux États-Unis, alors qu’il fait déjà l’objet de plusieurs enquêtes.

«Une fraude plus importante qu’Enron et Worldcom combinés » : c’est ainsi que l’analyste financier Harry Markopolos qualifie la présentation des comptes de General Electric aux États-Unis. Dans un rapport de plus de 170 pages révélé jeudi par le Wall Street Journal, celui-ci affirme que le conglomérat aurait dissimulé 38 milliards de dollars (34,2 milliards d’euros) de pertes dans ses activités d’assurance pour les soins à long terme, ainsi que dans sa branche pétrolière et gazière. D’après l’étude de Harry Markopolos, lanceur d’alerte qui avait contribué à révéler les arnaques de Bernard Madoff il y a quelques années, GE aurait besoin de constituer des réserves de 18,5 milliards de dollars dans sa branche assurance. Des montants qui font dire à l’expert que le groupe américain est en réalité insolvable. « Mon équipe a passé les sept derniers mois à analyser la comptabilité de GE et nous pensons que les 38 milliards de dollars de fraude que nous avons découverts ne sont que le sommet de l’iceberg », précise Harry Markopolos en préambule de son rapport.

Démenti du groupe

Des révélations qui ont fait l’effet d’une bombe à Wall Street, où le groupe a immédiatement vu son action dégringoler de 11 %. Une chute globalement enrayée ces derniers jours, notamment grâce au rachat de 252 000 actions GE par son PDG, Larry Culp. Sur la défensive, le groupe a immédiatement répliqué via un communiqué de presse pour démentir les accusations de l’analyste financier. « Les allégations faites par M. Markopolos sont infondées », a ainsi souligné la firme depuis son siège de Boston, qui continue de défendre la solidité de son bilan. Mais c’est aussi l’absence de neutralité de l’expert qui donne matière à GE à contre-attaquer. Harry Markopolos a en effet reconnu auprès des médias avoir réalisé cette étude pour le compte d’un fonds d’investissement qui tirerait profit de la baisse du cours de l’action boursière de General Electric. « De tels fonds ont des motivations financières pour tenter de générer des ventes à découvert des actions de la société pour créer une volatilité indue », affirme GE. Harry Markopolos a en outre admis qu’une partie de sa rémunération était indexée sur le gain que réaliserait le fonds d’investissement en question, dont le nom n’a pas été révélé.

Des manœuvres opaques

Toujours est-il que cette étude n’arrange pas les affaires du conglomérat, déjà empêtré dans plusieurs enquêtes. En 2018, l’autorité des marchés financiers américaine, la SEC (Securities and Exchange Commission), et le département de la justice (DOJ) avaient annoncé avoir ouvert des investigations concernant des charges de 22 milliards de dollars dans sa division énergie, dont la moitié proviendrait de dépréciations d’actifs attribués à Alstom. Début 2019, c’est le parquet français qui avait ouvert une enquête – depuis transmise au Parquet national financier – sur les conditions de la reprise de la branche énergie d’Alstom par GE. Une initiative du député LR Olivier Marleix, qui soupçonne un « pacte de corruption » entre ces entreprises et le ministre de l’Économie de l’époque et candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron, artisan de la reprise controversée.

Des manœuvres opaques dans cette partie de Monopoly financier dont les salariés font les frais depuis des années. Après l’annonce de 12 000 suppressions d’emplois au niveau mondial en 2017, syndicats et élus de la région de Belfort se battent toujours contre l’arrêt de l’activité turbines à gaz en France et le millier de suppressions d’emplois qui en découle.

Loan Nguyen

 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 09:33
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux
PCF Finistère et Pays Bigouden: fête de Loctudy, 400 personnes le 22 août, discours de André Le Roux

Jeudi 22 août 2019 avait lieu la troisième fête du travailleur de la mer organisée par la section PCF du pays bigouden où plus de 400 personnes sont venues y participer et une bonne vingtaine de signatures pour la demande d’un référendum sur la privatisation d’ADP ont pu être récolté
Merci encore pour ce grand moment de fraternité et de convivialité et rendez-vous à l’année prochaine

Ci-dessous le discours prononcé par notre camarade André Leroux

« Bonsoir à toutes et à tous,
Au nom du Comité de section du PCF bigouden, je vous souhaite la bienvenue.
Il y a toujours un paradoxe, au cœur de l’été, en ces moments de détente, où l’on pense à « autre chose » de rappeler la réalité de notre époque, celle que nous allons tous devoir affronter dans quelques jours.
Alors, parlons un peu de nous, travailleurs, retraités, chômeurs, tous ceux dont on parle mal dans les médias, ou qu’on réduit au silence, souvent par la violence... parlons de nos conditions de vie, de travail, de nos aspirations, de nos revendications.
Et parlons de notre pays... Car la réalité, celle qu’on évoque à peine, c’est qu’il se situe parmi les plus riches du monde.
La France est en effet un pays très riche... dont la richesse se concentre entre quelques mains. Ainsi, pour s’en faire une idée, la fortune du patron de LVMH Bernard Arnault a atteint les 100 milliards de dollars, soit –– autant que la richesse totale de pays comme l’Angola, l’Equateur ou la Slovaquie.
La réalité est que ces fortunes se construisent au détriment du plus grand nombre de nos concitoyens. Et rien ne change... de Sarkozy à Hollande et de Hollande à Macron : les politiques qui sont menées n’ont fait qu’accentuer ce partage inégal des richesses, les riches deviennent ultra riches et les pauvres de plus en plus pauvres.
Depuis l’accession de Macron au pouvoir, les politiques menées depuis des décennies non seulement n’ont pas changé, mais au contraire accentuent ce déséquilibre.
Avec cynisme, l’ultra libéralisme macronien s’attache méthodiquement à détruire ce qui constitue le fondement social de la République, à détruire les solidarités...
Or dans cette situation NOUS AVONS notre mot à dire des revendications urgentes A FAIRE VALOIR !
Ces politiques menées aujourd’hui, c’est la loi du fric, celle « des eaux glacées du calcul égoïste » qui ne laisse subsister d’autre lien social que le froid intérêt, les dures exigences du profit maximum.
Lorsque des entreprises et non des moindres sont menacées sans que le gouvernement ne lève le petit doigt, s’agit-il de faillites ou défaillances ? pas du tout ! Toujours la recherche du maximum de productivité, du maximum de profit sur le dos des salariés qui deviennent la variable d’ajustement, en délocalisant là où le « coût » du travail est le moins élevé, alimentant ici chez nous le chômage et la pauvreté.
Avec cynisme. Regardez par exemple la pénurie actuelle de certains médicaments vitaux dont on diminue la production parce que jugés non rentables !
Il faut redéfinir des politiques ambitieuses pour notre pays : protéger les filières stratégiques, produire local, des politiques qui s’opposent à la grande braderie de nos activités essentielles pour nourrir les fonds de pension et les dividendes des plus riches...
Chacun peut agir. Simplement. Et vous pouvez dès ce soir au stand du PCF faire entendre votre voix en allant signer la pétition pour faire annuler la privatisation d’un bien commun : les aéroports de Paris.
Il y a également urgence pour la santé. Il faut revenir sur les fermetures de lits, de services d’urgences et de maternité organisés depuis l’arrivée de Macron au pouvoir ! Et en y mettant les moyens financiers mettre en place un plan d’embauche pour répondre aux besoins, que ce soit dans nos hôpitaux publics et dans nos EPHAD: il manque au moins 100 000 emplois, à pourvoir au plus vite !
Il y a également urgence pour le pouvoir d’achat. C’est la lutte contre la vie chère, ces factures qui ne cessent d’augmenter ! + de 7% sur la facture d’électricité, c’est insupportable ! D’autant que là aussi les actionnaires touchent le pactole. L’exaspération fiscale vient de ce sentiment d’être pris sans cesse pour des vaches à lait, quand une infime minorité s’en met plein les poches. La TVA sur l’électricité doit être ramenée à 5,5%, comme pour de nombreux produits de première nécessité.
Quant aux hausses de salaires, elles doivent venir des entreprises et non pas des impôts ou de la baisse des cotisations sociales. Les grandes entreprises en ont largement les moyens.
Ces entreprises-là, dit-on « qui ont enfin tourné la page de la crise financière » : il est grand temps que les salariés puissent le faire eux-aussi.
Quant aux allègements d’impôts et aux exonérations diverses que l’Etat distribue sans compter et sans contrepartie, aux pollueurs, aux géants du numérique, ils doivent bénéficier aux entreprises en fonction de leurs engagements pour l’emploi et la planète. Il faut créer le CDI du 21eme siècle, intégrant la formation et un vrai contrat de travail, qui soit autre chose que ces contrats courts synonymes de précarisation.
La justice pour tous, c’est aussi la justice pour les plus fragiles, comme pour les retraités.
Il faut aligner au niveau du SMIC les allocations de solidarité en faveur des plus démunis, des personnes handicapées, des retraités pour que plus personne ne vive en dessous du seuil de pauvreté.
Il faut une réforme des retraites qui, contrairement à celle que l’on s’apprête à nous servir, soit à la hauteur des enjeux de notre siècle. Avoir pour objectif une pension dès 60 ans, avec 75% de son dernier salaire ou au niveau du SMIC.
Leur retraite par point n’est qu’une vaste escroquerie, le moyen de faire baisser massivement le niveau des pensions.
Il y a l’urgence démocratique. Aller rapidement vers la mise en place du référendum d’initiative citoyenne.
Mais l’enjeu, c’est aussi de renforcer le pouvoir du Parlement, mettre en place une assemblée constituante pour écrire, avec nos concitoyens, la nouvelle République tant attendue et tourner la page de la monarchie présidentielle. Mettre les citoyens au centre de la République, les citoyens et la commune comme l’échelon principal de la démocratie, le premier service public de France.
Il faut répondre à l’exigence de justice fiscale par la révolution fiscale. Elle est indispensable pour financer toutes les mesures d’urgences, rétablir l’ISF et annuler une série de mesures d’exonérations et de niches fiscales, établir un impôt juste, progressif, sur tous les revenus, y compris ceux du capital.
Pour que les gros paient gros et que les petits paient petit ; pour que les richesses que nous produisons soient plus justement réparties
Enfin, il y a urgence, pour le climat. Revenir sur la privatisation de la SNCF et baisser la TVA sur les transports collectifs.
Là où les choix du gouvernement conduisent à la fermeture de petites lignes et à la multiplication des cars et des camions sur la route, il faut instaurer un doublement du fret ferroviaire et généraliser la gratuité des transports en commun.
Oui la planète est en danger, oui le 21ème siècle a mal commencé avec ses dérèglements climatiques, ses guerres, ses sanctions économiques, ses murs anti-migrants, ses ventes d’armes records !
Il n’y a pas d’alternative à la société actuelle disent-ils. Mais ce chemin conduit à une impasse, à une catastrophe pour les générations futures. C’est bien là la conséquence directe d’un capitalisme débridé. Qu'il s'agisse des vacances, du temps de travail, des retraites, de l'éducation ou de la culture, l'enjeu politique est toujours le même : c’est toute la place que nos sociétés choisissent d'accorder aux activités humaines qui échappent au profit. Se fait jour partout l’exigence de protéger la planète, le vivant, l’exigence de partager la richesse et de promouvoir l’émancipation, l’exigence que ceux qui n’ont que leur travail à vendre pour vivre de ne plus être soumis à l’exploitation forcenée...
Chers amis, chers camarades, profitez bien de notre fête en attendant les grands rendez-vous festifs et revendicatifs de la rentrée : la Fête de l’Humanité des 13, 14 et 15 septembre les grandes mobilisations du 24 septembre à l’appel de la CGT au sujet de la réforme des retraites.
Enfin dans une telle situation vous comprendrez que nous ne pouvons pas rester les bras croisés, si nous voulons enrayer d’une manière ou d’une autre cette politique mortifère, nous devons nous rassembler et nous mobiliser en toute occasion.
Le combat pour les droits sociaux, la justice sociale, la liberté et la paix ne sera perdu que s’il n’est pas mené et rien ne peut se faire sans vous : « Il ne suffit plus de s’indigner, il faut s’engager ».
C’est tout le sens de l’appel de notre Parti.
Je vous remercie de votre attention. »
Loctudy le 22 août 2019

Parti Communiste Français du Finistère

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:22

 

Pointé comme « discriminatoire », le nouvel impôt français est sous le coup d’une enquête américaine, en vue de représailles.

Les représentants des géants d’Internet se sont élevés collectivement, ce lundi, contre la taxe Gafa (du nom des quatre leaders du numérique, Google, Apple, Facebook et Amazon), dans le cadre d’une enquête ouverte par les services du ­représentant américain au commerce. Le nouvel impôt, adopté mi-juillet, cible une trentaine de groupes mondiaux. Il s’élève à 3 % d’une partie du chiffre d’affaires réalisé par les entreprises. L’investigation a été lancée en vue de représailles contre la France, notamment via la taxation des importations de vin français, qu’a menacé de mettre en place Donald Trump.

Face à cette décision unilatérale de la France, les Gafa se sont montrés agressifs et pointent un impôt « discriminatoire ». Amazon, dont le marché hexagonal est le deuxième au niveau européen pour le commerce électronique, dénonce une « double taxation » lors de l’audition à Washington. L’entreprise américaine a déjà promis de répercuter la taxe sur ses vendeurs français, affichant à nouveau son monopole dans le domaine. Pour Nicholas Bramble, représentant de Google, « taxer une poignée de grands groupes de l’Internet n’a pas de sens quand tous les secteurs deviennent numériques ». Une démarche qui a pourtant déjà été entreprise au niveau de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pour Quentin Parrinello, responsable du plaidoyer justice fiscale à Oxfam France, les grandes entreprises numériques ont un « double langage et sont malhonnêtes ». Pour se défendre, les Gafa demandent une taxe plus juste et internationale, alors qu’ils « y sont tous totalement opposés et ne veulent pas que ces décisions aillent trop loin ».

Une imposition marginale et temporaire

Le président du Conseil national du commerce extérieur américain, Rufus Yerxa, a par ailleurs rétorqué qu’il s’agissait d’« une fracture radicale par rapport à la pratique habituelle ». Pourtant, la taxe française est marginale et temporaire. En effet, dès lors que les négociations sur la réforme internationale de la fiscalité menée par l’OCDE auront abouti, la France « arrêtera la taxe Gafa », assure le responsable du plaidoyer d’Oxfam France. Certes modeste, cette imposition a influé les décisions internationales, en permettant de « ramener les États-Unis à la table des négociations de l’OCDE ». Pour Quentin Parrinello, l’enquête américaine fait figure d’« affichage politique de la part de Donald Trump, alors que l’impôt français est secondaire ». Un sujet qui fera, sans doute, l’objet de tensions entre Paris et Washington lors du G7 à Biarritz, du 24 au 26 août.

Mélanie Costa

 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:18

 

Ils sont propriétaires de leur outil de travail qu’ils achètent parfois à crédit, et vendent leur force de travail à vil prix. La loi et leur employeur souvent niché très loin, leur ont fait croire qu’ils étaient « indépendants », « autonomes », « libres ». Et comme souvent ils étaient au chômage, ils n’ont pas eu le choix. Nouvelle classe de prolétaires, ils créent de la valeur au profit exclusif de firmes transnationales détentrices d’algorithmes qui les suivent et les poursuivent. Victimes d’une nouvelle forme de sujétion aux détenteurs de capitaux, on les voit pédaler dans les rues. Ce sont les livreurs de repas à domicile ou les chauffeurs d’Uber et d’autres groupes, forçats des temps modernes. Ainsi va le capitalisme de plate-forme. Il est permis par la conjonction de l’utilisation des innovations technologiques et numériques et des décisions politiques poussant sans cesse au « moins disant social », avec des choix politiques visant un affaiblissement du salariat stable, disposant de solides conventions collectives, issues de longues luttes ouvrières, avec notamment des codes du travail. Rien de tel ici. Les livreurs de Deliveroo sont victimes d’une diminution de moitié de leur rémunération alors que leur travail est difficile, dangereux, éreintant. Lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec les conditions qui leur sont imposées, ils n’ont pour seule alternative que de disparaitre des écrans numériques, sans préavis ni indemnités. Leurs employeurs sont loin et comme pour d’autres groupes numériques, ils font fi des lois nationales et des règlements européens du travail. Pire, ils refusent de contribuer à leur part du bien commun en échappant à la fiscalité et aux contributions sociales.

A la mondialisation de la circulation des capitaux et des marchandises correspond la mondialisation de l’exploitation du travail, accélérée dans le capitalisme financier qu’encourage le pouvoir. « L’auto-exploitation » érigée en système pour mieux camoufler sa nature profonde ! Ils appellent cela « le nouveau monde » ! Heureusement, ces jeunes travailleurs précarisés, isolés parfois, aux statuts différents pour être mieux divisés, ne se laissent pas faire et sont entrés dans l’action dans plusieurs villes en France. Plus intéressantes et significatives encore, sont les actions communes, qu’elles soient juridiques ou de manifestations, initiées par-delà les frontières. Ainsi, pour les coursiers de Déliveroo, des grèves ont lieu à Toulouse et à Londres, à Nice et à Madrid, à Rome comme à Tours ou à Paris. Parfois, ils réussissent à faire requalifier leurs contrats de travail et parviennent même à se faire reconnaître comme salariés. De telles actions internationales ont eu également lieu dans les groupes Macdonald , Uber ou Amazon. Elles ont touché aussi des compagnies d’aviation privées comme Ryanair en 2018 ou Mark et Spencer en 2001. Preuve que de nouvelles formes de coopérations, de liens et d’actions peuvent émerger en Europe et à l’échelle internationale.

En effet, à cette mondialisation capitaliste qui déploie la mise en concurrence des travailleurs au sein de mêmes groupes ou de groupes se livrant une impitoyable guerre économique, devrait correspondre une nouvelle internationale ouvrière et des salariés, dans leur diversité. Une coopération intersyndicale ou une internationale syndicale adaptée aux nouvelles conditions d’exploitation, capable de fédérer, de manière ouverte et souple, les salariés, de les unir par-delà les pays, les barrières de la langue et des conditions différentes de travail et de protections sociales  qui leur sont faites pour les diviser. L’appel de Marx «  prolétaires de tous pays unissez-vous » reste d’une brulante actualité.

 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:15

 

Il y a 83 ans, le 19 août 1936, le poète et dramaturge espagnol Frédérico Garcia Lorca était assassiné par les milices fascistes de Franco. Né dans la région de Grenade, il s’installe dans la capitale espagnole après des études de lettres. Il y rencontre ses premiers succès mais est déjà repéré par les services de police pour ses prises de position politiques. La chute de la dictature de Miguel Primo de Rivera et la proclamation de la République lui ouvrent de nouvelles possibilités. En 1931 Lorca est nommé directeur « La Barraca » visant à faire connaître les œuvres de l’art classique dans les campagnes. Il écrit à cette occasion une trilogie rurale qui aura un grand succès : Bodas de sangre (« Noces de sang »), Yerma et La casa de Bernarda Alba (La Maison de Bernarda Alba).

Lors du coup d’Etat fasciste de Franco en 1936, Lorca soutient le Front Populaire. Arrêté par des membres de la milice fasciste « l’escadron noir », il est immédiatement fusillé et son corps est jeté dans une fosse commune. Ses œuvres sont interdites jusqu’en 1953 puis publié dans une version censurée. Il faudra attendre la fin du fascisme pour que ce poète de renommée mondiale soit enfin accessible au public espagnol. L’assassinat du poète est devenu le symbole de l’obscurantisme fascisme.

Voici quelques citations du poète que nous aimons :

- « Se taire et brûler de l'intérieur est la pire des punitions qu'on puisse s'infliger. »

- « Moi, si j’avais faim et me trouvais dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi-pain et un livre. »

- « Dans ce monde, moi je suis et serai toujours du côté des pauvres. Je serai toujours du côté de ceux qui n’ont rien et à qui on refuse jusqu’à la tranquillité de ce rien. »

Repose en paix frère et camarade

 

 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:13

 

Guerre commerciale avec la Chine, Gafam, Brexit, Iran… Donald Trump s’est montré inflexible, avec l’appui de nouveaux alliés, loin du consensus formel des G7 précédents.

Les rapports de forces ont bougé

Il était bien difficile, hier, d’enregistrer de véritables points de convergence jusque entre pays réputés alliés au sein de l’Union européenne, comme l’a regretté le président sortant du Conseil européen, le libéral polonais Donald Tusk, estimant que la réunion de Biarritz était « peut-être la dernière occasion de restaurer (notre) communauté politique ». Au-delà des fissures entre présumés alliés comme Paris et Berlin sur l’attitude qu’il conviendrait d’adopter à l’égard de l’Amazonie, du Mercosur et donc du Brésil de Bolsonaro, une ligne de fracture essentielle est apparue entre partisans d’une politique national-libérale, comme celle de Donald Trump, et d’autres dirigeants encore convaincus du bien-fondé d’une approche plus multilatérale de la mondialisation capitaliste.

Les rapports de forces ont indiscutablement bougé au sein de l’instance. Sur les sept chefs d’État, deux au moins, outre le locataire de la Maison-Blanche, penchent en faveur d’une approche plutôt nationaliste pour gérer les affaires de la planète : le Japonais Shinzo Abbe et le tout nouveau premier ministre britannique, Boris Johnson. Et ce n’est pas ce malheureux Italien Giuseppe Conte, en proie à une crise politique majeure dans son pays, potentiel prélude à une nouvelle percée de l’extrême droite, qui aura pu infirmer cette tendance générale.

Symbole de cette fracture entre grandes puissances occidentales : l’annonce de la création d’une vaste zone de libre-échange entre les États-Unis et le Royaume-Uni, censée compenser, et au-delà, les difficultés d’un Brexit, fût-il dur, après la date du 31 octobre fixée par le premier ministre britannique. Donald Trump et Boris Johnson n’ont eu de cesse d’afficher leur complicité à Biarritz. Le locataire de la Maison-Blanche a promis la conclusion prochaine « d’un très grand accord commercial, le plus grand qu’il n’y a jamais eu ». Ce sera « un fantastique accord », a acquiescé dans la foulée le résident du 10 Downing Street.

Tout le reste est marqué par l’intransigeance à toute épreuve du président des États-Unis. Il a confirmé combien il entendait maintenir le cap sur la guerre économique avec la Chine. Pas plus tard que vendredi dernier, Washington a décidé de relever de 25 % à 30 % la taxation portant sur 250 milliards de dollars de produits chinois, et de 10 % à 15 %, celle touchant quelque 300 milliards de dollars d’autres marchandises. Pékin avait annoncé des représailles sur les premières attaques tarifaires des États-Unis, à hauteur de 75 milliards de dollars de productions états-uniennes. Et Trump a exclu explicitement à Biarritz toute désescalade. Or, la poursuite de ce bras de fer constitue l’un des facteurs qui pourrait aggraver la tendance générale observée vers un ralentissement mondial, qui a déjà des répercussions sur l’Europe et pourrait en avoir jusque sur les États-Unis. Au point d’y rendre une récession inéluctable, jugent de nombreux économistes outre-Atlantique.

En dépit des risques annoncés, Donald Trump reste donc inflexible, convaincu que le rétablissement de la domination de l’Empire américain passe par l’unilatéralisme et sa « diplomatie du deal » ; une « diplomatie » qui intègre toutes les dimensions du rapport de forces, politique, économique et militaire, pour imposer une décision favorable.

Menace de représailles

Fort d’un soutien de Wall Street, devenu désormais bien plus ostensible, le président des États-Unis a fait preuve de la même intransigeance pour contrer toute velléité, notamment française, de taxer les Gafam, les multinationales états-uniennes qui dominent le marché du numérique. Il a réitéré sa menace de représailles en taxant les vins français.

À l’heure où son ami Benyamin Netanyahou bombardait, sans autre forme de procès, des positions de forces réputées proches de Téhéran en Syrie et au Liban (voir page 15), Trump s’est montré tout aussi inflexible sur le dossier dit du nucléaire iranien. Lui qui a déchiré l’accord historique signé en 2015 n’entend même pas reprendre langue avec Téhéran. Et Emmanuel Macron, qui se faisait fort de couper court aux périls en tentant une conciliation entre les deux parties, a dû piteusement reconnaître son impuissance en déclarant que tous allaient continuer à agir… « chacun dans son rôle ».

Malgré les efforts des uns, des autres et leurs fausses connivences affichées, il était difficile de ne pas repérer la profondeur des désaccords enregistrés à ce G7 de Biarritz sur la plupart des sujets clés : climat, commerce, Iran, éventuelle taxation des géants du numérique. Ce sommet fut celui des clivages, reflet des contradictions entre les grandes puissances occidentales. Et cela même s’il avait été décidé prudemment, après le fiasco enregistré au précédent G7 au Canada, de ne plus se prêter à l’exercice d’une déclaration commune qui relevait jadis déjà du grand art pour les sherpas diplomates assujettis à cette tâche.

Bruno Odent

 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 05:10

 

À l’hôpital universitaire de Palerme, la docteure Antonietta Lanzarone a ouvert depuis un an une consultation dédiée aux migrants ayant subi des tortures afin de leur délivrer un certificat médical qu’ils peuvent ajouter à leur demande d’asile. Ils y trouvent une écoute dont ils ont rarement pu bénéficier auparavant.

Palerme (Italie), de notre correspondante.– Il y a dans les « OK » et les « va bene » répétés de la docteure Lanzarone la délicate tentative de dire que tout ira bien, malgré un récit fait de violences qui semblent ne jamais finir. En face d’elle, de l’autre côté du bureau marron, R., un Ivoirien de 19 ans dont l’italien courant parvient à rendre tous les détails du long voyage qui l’a amené jusqu’à elle, dans ce bureau impersonnel de l’hôpital Policlinico de Palerme.

Trois ans plus tôt, au mois d’août 2016, R. posait le pied sur le quai du port d’Augusta, dans ce bout de Sicile cerné par les usines pétrochimiques. Depuis, sa demande d’asile a été rejetée une première fois. « J’ai pleuré quand la responsable du centre d’accueil me l’a dit, confie-t-il à la légiste. Ils ne m’ont même pas laissé raconter mon histoire en détail comme on est en train de le faire ici. » Un instant, elle lève la tête des feuilles volantes sur lesquelles elle consigne soigneusement chaque réponse. « La commission a une manière différente de procéder. Ils doivent donner des réponses. Je comprends que tu le vives comme une injustice, mais nous, on repart de zéro », précise-t-elle, avant de revenir aussitôt aux brûlures de briquet mentionnées par R. peu avant.

Depuis le mois de mai 2018, la légiste a reçu à l’hôpital 93 migrants, dont 11 mineurs qui souhaitent obtenir un certificat médico-légal attestant des violences qu’ils affirment avoir subies. Dans un contexte de durcissement des conditions requises pour obtenir l’asile, chaque document peut compter. Pour mener à bien cette activité encore en rodage, elle est assistée de trois autres légistes et d’une psychologue, et travaille en partenariat avec les autorités sanitaires régionales et la Clinique légale pour les droits de l’homme de l’université de Palerme.

En octobre dernier, un premier décret-loi sur la sécurité entrait en vigueur, supprimant notamment la protection humanitaire, qui était, avec le statut de réfugié et celui de protection subsidiaire, l’une des trois formes de protection que peut octroyer la commission territoriale aux demandeurs d’asile. Au mois de juin 2019, selon les derniers chiffres publiés par le ministère de l’intérieur italien, le taux de rejet des demandes d’asile est de 82 %. À titre de comparaison, en mai 2018, avant l’arrivée au gouvernement de la Ligue et du Mouvement Cinq Étoiles, il était de 61 %, alors que 28 % des demandeurs obtenaient la protection humanitaire. R., lui, a fait appel de la décision de la commission et espère que le rapport médico-légal pourra donner du poids à ses déclarations.

« L’entretien dure au moins deux heures. Je fais l’investigation de l’histoire médicale des patients », explique la légiste, qui applique rigoureusement les règles définies par le protocole d’Istanbul, également appelé Manuel pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. « C’est éprouvant mais nécessaire pour établir le rapport de compatibilité entre ce qu’on me dit et ce que je vois sur le corps. »

Au récit fait par R. de violences intrafamiliales, d’une attaque à la machette et un peu plus tard de brûlures au briquet faites par un gang qui l’a dépouillé, la question de la médecin est la même : « Est-ce que ça a laissé des traces ? » En silence, R. tend la main, montre ses avant-bras, lève son T-shirt. « OK, va bene », répète la Dre Lanzarone. Ces mêmes mots qu’elle prononcera un peu plus tard, une fois l’entretien terminé, en photographiant chaque balafre, chaque plaie, chaque endroit du corps dont la couleur sombre s’est évaporée sous les supplices. Délicatement, pour chaque blessure, elle dépose une réglette millimétrée sur la peau meurtrie.

Dans ce métier, la vérité se mesure. « Ça peut sembler aberrant parce que, sur le visage de la personne qui vous fait un tel récit, on peut lire la souffrance, mais, pour une série de raisons, notamment légales, il me faut être la plus objective possible et connaître dans les moindres détails tout ce qui s’est passé », raconte la médecin légiste, dont le quotidien était jusque-là plutôt fait d’accidents de la route, de suicides ou de règlements de comptes.

Puis, dans la nuit du 27 au 28 août 2015, le navire militaire suédois Poseidon amarre au port de Palerme. À bord, 571 migrants et 52 corps récupérés après le sauvetage d’une embarcation de bois au large des côtes libyennes, presque tous asphyxiés dans la soute où ils avaient été enfermés. Pour ramener leurs corps à quai, une grue a fendu de son ronronnement le silence qui enveloppait le port, interrompant momentanément le ballet des combinaisons blanches qui s’activaient à terre, pour y déposer un énorme conteneur frigorifique.

Cette nuit-là, la jeune interne en médecine légale fêtait ses 28 ans. Tout le département de médecine légale de l’hôpital est alors réquisitionné. En quarante-huit heures, ils effectuent toutes les autopsies, dans des conditions de fortune, au cimetière des Rotoli, qui toise la mer depuis les hauteurs de la ville.

D’autres bateaux sont arrivés, d’autres corps aussi. « On a d’abord remarqué sur les corps des traces liées aux conditions de la traversée, des contusions, des coupures, des signes de déshydratation, des brûlures sur ceux qui parfois étaient entassés dans la salle des machines ou des brûlures de carburant, se souvient Antonietta Lanzarone. Il y avait aussi des lésions plus anciennes. On pouvait supposer qu’elles remontaient au séjour dans les pays d’origine ou au passage en Libye, mais dans les deux cas, on s’est dit que si on retrouvait ces blessures sur les cadavres, alors nous en retrouverions sûrement aussi sur les corps de ceux encore en vie. »

Lorsqu’elle commence les entretiens, la légiste découvre alors l’histoire de ces blessures. Certaines sont le souvenir d’accidents ou de rites tribaux, d’autres en revanche racontent à elles seules les parcours de migration et, surtout, la systématisation des tortures et des actes dégradants dans les prisons libyennes.

Un patient, par exemple, avait la plante des pieds décolorée après avoir été contraint de marcher dans une pièce dont le sol était couvert d’un liquide, « probablement un produit chimique étant donné les brûlures », ajoute la légiste. « Cette situation relève d’une anomalie complète, d’abord parce que, d’un point de vue médico-légal, mon travail porte d’habitude sur des lésions récentes, alors que là, il faut remonter à des lésions de longue date et surtout, parce que rencontrer de telles cicatrices, c’est anormal, c’est inhumain », tranche le médecin.

Parmi les migrants rencontrés, certains sont arrivés en Italie deux ou trois ans plus tôt, à l’instar de R. Sur tous les patients qu’elle a vus, 55 % avaient subi des mauvais traitements dans leur pays d’origine et 91 % lors de leur passage en Libye. « On retrouve de manière systématique certaines tortures, de la privation de nourriture ou d’eau, à la falanga, qui consiste à attacher quelqu’un par les chevilles et à le frapper de manière continue avec des bâtons ou des tubes de plastique rigides de la plante des pieds au talon », détaille Antonietta Lanzarone. « Comme toutes les formes de torture, c’est très insidieux, car cela laisse peu de traces visibles de l’extérieur, mais le patient aura des douleurs pendant longtemps, il aura des difficultés à marcher », poursuit-elle.

 « De la Libye, je n’ai pas de traces visibles. Quand on nous torturait pour qu’on crie au téléphone et qu’on demande de l’argent à nos familles, on nous frappait avec des tubes de plastique », s’excuserait presque R., qui garde aussi de fortes douleurs aux genoux après le voyage dans le désert nigérien, pendant lequel on l’a frappé pour qu’il monte dans le 4x4, en se contorsionnant comme si son corps était celui d’un pantin.

C’est la limite de la consultation médico-légale : certaines cicatrices sont invisibles. « Le plus difficile, ce sont les violences sexuelles », reconnaît la Dre Lanzarone. 20 % des patients en ont été victimes, dont la totalité des 12 femmes rencontrées. « Sept hommes m’ont raconté des viols, soit par sodomie, soit parce qu’on les a obligés à violer d’autres femmes, confie le médecin. Ils pourraient être bien plus nombreux en réalité, car le fait que je sois une femme médecin ou la honte peuvent être des facteurs qui les retiennent de parler. »

Chaque fois, les patients sont orientés vers un urologue ou une gynécologue. Il y a aussi les séquelles psychologiques, souvent difficiles à déterminer. « Ce sont des entretiens qui peuvent amener à une reviviscence du trauma. C’est déjà arrivé qu’il faille interrompre les questions ou programmer une seconde visite », explique la médecin. À ses côtés, la psychologue Valeria Tullio observe chaque réponse de R., ses hésitations, sa manière de parler et de décrire son histoire.

Sur l’ensemble des entretiens, 60 % des patients présentent des troubles psychologiques ou psychiatriques et 77 % des problèmes de somatisation. « Après cet incident, tu réussissais à dormir ? » interrompt-elle, lorsqu’il raconte avoir été terrassé par une « maladie mystique » après une énième agression des gangs de son quartier. « Tu trouvais la force de te lever du lit ? »

Cette force, il la trouve quelques semaines plus tard, lorsqu’un ami lui avance de l’argent pour aller se faire soigner en Europe. « Quand je suis arrivé, je pleurais tous les matins dans le premier centre d’accueil, et puis c’est passé, confie le jeune homme. Aujourd’hui, je préfère ne pas sortir la nuit et surtout, j’ai vraiment peur quand j’entends les feux d’artifice. Ça me rappelle les tirs pendant la crise en Côte d’Ivoire, en 2010. Des fois, j’oublie que tout ça, c’est fini. »

 

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 04:58
TRIANGLE DE GONESSE ET EUROPA CITY : OU S’ARRÊTERA LA VILLE ? ("Progressistes" - Avril mai juin 2019 - revue PCF)
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