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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 06:27

Chez Frustration, s’il y a bien une personne qui nous inspire et nous a inspiré, c’est la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Des Ghetto du Ghota en 2007 (Seuil) aux Présidents des ultra-riches en 2018 (La Découverte), ses ouvrages, co-écrits avec son mari Michel, nous ont accompagnés tout le long de nos parcours universitaires et engagés respectifs. Lorsqu’elle raconte son histoire de chercheuse avec son mari au CNRS, elle ne peut s’empêcher d’en parler d’une voix tremblotante. Ses yeux pétillent remplis d’espérance quand elle évoque son expérience du mouvement insurrectionnel des gilets jaunes avec Michel, posté sur les barricades. Evidemment, cela ne l’empêche pas de mâcher ses mots lorsqu’il s’agit de décrire la marche forcée néo-libérale que nous subissons de plein fouet, ou de se montrer plutôt critique à l’encontre d’un marché du militantisme qui se complairait dans ses certitudes et ses acquis de niche, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites. Entretien, par Selim Derkaoui et Nicolas Framont. Portrait photo par Maxime Dufour. Photos en noir et blanc par Serge d’Ignazio.

 

 

S : Est-ce que tu peux te présenter et expliquer le travail que tu mènes depuis plusieurs années avec ton mari Michel Pinçon ?

M : Je suis sociologue et j’ai écrit avec mon mari 26 ou 27 livres de sociologie sur l’oligarchie. Si nous avons pu accomplir un tel travail, c’est grâce à notre statut de chercheurs au CNRS, que nous avons défendu bec et ongles, sans obligation de charge administrative et d’enseignement, pour nous consacrer entièrement à l’ objet de recherche de notre choix  et le labourer pendant des décennies. 

Nous avons ouvert un véritable boulevard pour développer les recherches sur l’oligarchie mais en même temps nous avons  grillé le terrain. En effet les résultats de nos enquêtes menées auprès des familles les plus riches de France, de manière ethnographique, anthropologique et sociologique, ne sont pas remis en cause par les enquêtés. Par contre la transmission de ces résultats aux ouvriers des Ardennes, aux agriculteurs du Gard et auprès de toutes sortes de milieux sociaux à travers la France, ne plaît pas du tout !

 

N : Aujourd’hui encore en France, l’oligarchie et les riches constituent un sujet sur lequel les sociologues travaillent très peu. Comment avez-vous pu obtenir cette liberté, cette possibilité ? Et comment cela s’est-il passé avec les autres chercheurs et universitaires ? 

M : On ne l’a pas obtenue cette liberté, on l’a imposée !  Michel et moi nous avons décidé, le 1er janvier 1986, de travailler ensemble sur les dominants.  Nous n’étions plus liés par des engagements collectifs comme pour nos recherches précédentes : moi, sur les classes moyennes et les hauts fonctionnaires, Michel sur les ouvriers. Nous étions libres de travailler tous les deux. L’année 1986 a été marquée par le déménagement de notre petit pavillon à Arcueil  pour la maison de Bourg-la-Reine que nous occupons encore actuellement.  La possibilité de travailler chez nous dans de bonnes conditions a été favorisée par la pénurie de bureaux dans le nouvel institut auquel notre laboratoire s’est vu rattacher en 1986 également.  Notre minuscule petit espace sans fenêtre tenait plus du placard à balai que du bureau pour mener à bien nos projets. Nous avons donc annoncé que, désormais, nous allions travailler sur celles qu’on appelait alors  les “grandes familles fortunées de la noblesse et de la grande bourgeoisie”. Nous étions des chercheurs modestes et peu reconnus mais nous avions toujours trouvé de l’argent pour financer nos enquêtes. Ce qui n’a pas été le cas  pour notre premier travail à Neuilly et dans les arrondissements de l’ouest de Paris, qui a débouché sur le livre Dans les beaux quartiers (Seuil, 1989). Nous avons financé nous-mêmes avec nos salaires, magnétophone, déplacements, mais aussi des vêtements car il a fallu faire des efforts en matière vestimentaire pour marquer notre respect vis à vis des personnes qui acceptaient de nous recevoir.

Puis, comme ce premier livre a trouvé un certain écho, nous avons bénéficié par la suite de contrats de recherche avec le ministère de l’Equipement ou celui de la Culture, voire même une banque privée !

En ce qui concerne les critiques de nos collègues, ce sont celles des plus proches qui nous ont le plus marqués car elles ont  changé de registre. Les critiques scientifiques ont été remplacées par une stigmatisation de type psychologique : « Vous êtes trop gentils », « Vous êtes fascinés » ou même à propos de notre recherche sur la sociologie de la chasse à courre, « Vous êtes des chercheurs indignes » ! 

C’était honnêtement un peu dur pour nous. Notre force, et ce pourquoi nous avons réussi à faire ce travail pendant trente ans, c’est notre couple, un couple solidaire et qui a décidé de refuser le néo-libéralisme et le management dès 1983 mis en place après la démission de Jean-Pierre Chevènement, ministre d’Etat, ministre de la Recherche et de la Technologie, qui a malmené le métier de chercheur au profit d’un pseudo-métier qui mélange tous les genres : un peu chercheur, un peu enseignant et beaucoup de charges administratives à défaut d’un personnel qui a fondu comme neige au soleil. Les critères de l’évaluation des travaux de recherches ont peu à peu valorisé la quantité de publications dans certaines revues américaines, de participations à des séminaires internationaux, de responsabilités dans la direction de thèses ou de laboratoires au détriment des enquêtes au long cours permettant l’articulation entre questionnements théoriques et résultats empiriques originaux. Seule, je n’aurais jamais  su résister à telle pression, cela aurait été trop dur, vraiment.

N : Etiez-vous engagés politiquement avant ? Quel est le rôle de la politique dans vos vies ?

M : La politique a toujours été omniprésente dans nos vies mais pour des raisons différentes entre Michel et moi. Je suis issue de la bonne petite bourgeoisie de province, très à droite. Je n’ai jamais quitté la Lozère avant l’âge de 17 ans. J’étais une sorte d’enfant-loup très inculte, mais je savais, au fond de moi, que j’étais une fille de gauche. Parce qu’en Lozère, il y avait des notables locaux qui soutenaient ouvertement l’OAS (Organisation de l’armée secrète pour le maintien de l’Algérie dans l’empire colonial français). Et ça, je savais que ce n’était pas moi. C’était une posture de principe, de rébellion par rapport à un milieu dont les idées conservatrices m’insupportaient. Michel est lui fils et petit fils d’ouvriers pauvres des Ardennes, il a vu ses parents galérer toute leur vie. Il a donc su verbaliser très jeune des sentiments forts de révolte face aux injustices économiques liées à la place occupée dans une société aux antagonismes irréductibles. 

Nous avons adhéré au Parti communiste français (PCF) en mars  1970 et nous y sommes restés très actifs, surtout pour Michel  jusqu’à notre déménagement à Arcueil  en 1977. Notre participation s’est alors éffilochée jusqu’à ce que n’ayons plus payé nos cotisations en 1980. Bien que nous n’aspirions pas à des responsabilités permanentes, nous avons participé aux formations internes du PCF, avec l’école de section et l’école fédérale mais pas celle de Moscou pendant un an qui était précisément réservée aux permanents. C’est durant l’école fédérale où l’on nous parlait du « grand capital » ou bien du «  capitalisme monopoliste d’Etat », c’est à dire des concepts abstraits, qui ne nous faisaient pas avancer dans l’idée de la lutte des classes que nous avons décidé que, si l’opportunité s’offrait à nous, nous mettrions de la chair sur le squelette de la domination. Et nous n’avons jamais oublié cet engagement citoyen.

“S’il y a bien un militant néo-libéral sur cette terre, c’est Maurice Szafran”

 

S : Qu’est-ce que vous répondez aux personnes qui disent que vos travaux sont trop “militants”, alors que, finalement, comme tu l’expliques, les deux sont liés ?

M : Le mot “militant” est selon moi un très joli mot, j’en suis fière, comme celui de “camarade”. Et quand le journaliste Maurice Szafran, de l’hebdomadaire Challenges, m’a dit en direct sur France 5, « J’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre des universitaires ou des scientifiques qui, utilisant le cursus, leur carrière, leur professorat, etc…dissimulent le fait qu’ils sont (et c’est légitime et c’est formidable) qu’ils sont des militants. ». De quelle légitimité ce « journaliste » qui dédie le livre sur Macron qu’il a écrit en collaboration avec Nicolas Domenach, peut-il se prévaloir lorsqu’il dédie ce livre à Claude Perdriel, le propriétaire de Challenges qui le nourrit et qui a consacré couvertures et articles louangeurs à Emmanuel Macron pendant la campagne des présidentielles ? S’il y a bien un militant néo-libéral sur cette terre, c’est lui. Ne parlons pas de Julien Damon, sociologue, éditocrate pour l’hebdomadaire  Le Point de François Pinault qui a écrit dans le numéro du 7 février 2019, en se revendiquant sociologue, un petit article au titre : « Pinçon-Charlot, exercice frauduleux de la sociologie » . Il nous accuse de  mettre « en péril l’édifice de la sociologie en tant que discipline. Sans rigueur dans les définitions, avec un rejet revendiqué de la neutralité la plus élémentaire, l’ensemble dérive vers ce que la science sociale fait de plus faible… C’est le systématisme pinçon-charlotien qui confine au ridicule. Leurs attaques définitives, matinées de complotisme et d’affirmations présomptueuses ne valent pas grand-chose. Flirtant avec l’air du temps, avec le dégagisme et la condamnation systématique d’un néolibéralisme prétendument omniprésent, la sociologie des Pinçon- Charlot est archaïque. Elle nourrit une défiance grandissante à l’égard de toute la discipline. Si les délits existaient, les auteurs devraient être poursuivis pour exercice illégal de la sociologie ou pour mise en péril d’une profession. » Excusez-moi de vous avoir lu  cette savante expertise  mais elle permet  d’illustrer le militantisme  néo-libéral. Ces intellectuels au service des médias des milliardaires sont là pour relayer, chacun à sa manière le discours performatif  qui transforme les exploiteurs en  « entrepreneurs créateurs des richesses » et les ouvriers  en « coûts et variables d’ajustement » dans une inversion des rapports de classe fondé sur des  manipulations linguistiques et idéologiques.

N : Le paradigme de la fin de la lutte des classes, de la grande classe moyenne, était quelque chose de très fort dans les années 1990, dans les années 2000 et jusqu’à maintenant. Vous avez donc, ton mari et toi, travaillé dans un contexte où cette idée s’imposait partout. Arriviez-vous à la réfuter ?

M : Complètement ! On se sentait très forts, à vrai dire, grâce au travail théorique de Pierre Bourdieu dont nous avons suivi de manière régulière les cours au Collège de France. Il était capable de dire, au cours d’un séminaire des choses frappantes que nous n’avons jamais oubliées. Comme par exemple le fait que  le réel est emmerdant parce qu’ il est toujours présenté de manièresubstantialiste alors qu’il faut l’appréhender dans toutes les relations pertinentes dans lesquelles il s’insère .Dans les institutions de recherche, le cloisonnement entre la sociologie de l’éducation, la sociologie urbaine ou la sociologie du genre, est institué pour empêcher de penser en terme de classes sociales dont les antagonismes et les inégalités sont transversales à ces approches spécialisées.  Il n’y a également que dans la relation entre les différentes sciences sociales,  la sociologie, l’ethnologie, l’anthropologie, l’économie ou la science politique, que l’on peut faire le travail que nous avons fait sur la classe dominante dans sa transversalité. Quand Bourdieu  et ses condisciples ont créé la revue « Actes de la recherche en sciences sociales » en 1975, c’était une révolution intellectuelle, car ils contestaient les découpages en disciplines. On a une reconnaissance profonde à l’égard de Pierre Bourdieu. Nous étions des chercheurs plutôt modestes se sachant parfaitement incapables de construire des concepts et un système théorique. Bourdieu nous a donné les lunettes pour comprendre et voir le monde. Il nous a  soutenu dans notre travail sur la grande bourgeoisie en proposant par exemple à Patrick Champagne de faire un compte rendu de notre premier livre sur les beaux quartiers dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales . Avec le système théorique de Pierre Bourdieu, nous avons trouvé une sociologie qui était compatible avec la psychanalyse et le marxisme.

“Les mots pour désigner les riches ont évolué en fonction de leur violence de classe”

 

N : Le truc à la mode, dans la recherche, c’est de tout le temps inventer des concepts, de dire qu’on change de génération, qu’on change de société. Quand je lis vos livres, et c’est ce qu’on a l’impression de faire aussi avec Frustration, c’est de montrer au contraire qu’il y a une grande permanence. 

M : L’idée du changement, trouver de nouveaux concepts,  le fait du découpage à l’intérieur même d’une discipline avec des sous-champs à l’autonomie revendiquée , sont des injonctions qui dessinent les contours du bon chercheur. Je pense que c’est simplement pour masquer l’antagonisme du rapport entre les classes, le rapport entre les détenteurs des titres de propriété, que ce soit aujourd’hui les moyens de production, les médias, les ressources agricoles, l’art, les tableaux, les sociétés de vente aux enchères …  et les salariés. Aujourd’hui, avec la financiarisation généralisée,  tout devient marchandise et profits potentiels au détriment de l’humain.

 

S : Dans vos ouvrages, les expressions que vous utilisez sont parfois différentes, et plus ou moins intenses : “riches”, “oligarchie” “ultra-riches”, etc. Pourquoi une telle variation et quel sens leur donner à chaque fois ? 

M : Les mots pour désigner les riches ont évolué en fonction de leur violence de classe. Nos premiers livres s’intitulent Dans les beaux quartiers (Seuil, 1989), Quartiers bourgeois, quartiers d’affaire (Payot, 1992), La chasse à courre (Payot, 1993), Grandes fortunes, dynasties familiales et formes de richesses en France (Payot, 1996),ensuite Voyage en grande bourgeoisie ( PUF, 1997), Sociologie de la bourgeoisie (La Découverte, 2000) Châteaux et châtelains (Anne Carrière, 2005), Les ghettos du gotha (Seuil, 2007) … En 2007, Nicolas Sarkozy arrive à la présidence de la République et on assiste alors à la revendication d’une richesse qui n’est plus du tout cachée, qui est assumée et cynique. Notre colère est montée d’un cran et nous avons écrit Le président des riches (La Découverte, 2010) qui fut un best-seller. Nous lui avons renvoyé l’ascenseur. “Tu fais le malin ? Tu seras le président des riches ! ” Dieu sait qu’on a bien fait, parce que ce sparadrap lui a collé à la peau jusqu’à la fin de son mandat. Par la suite, ce sobriquet a, dès son arrivée à l’Elysée en 2017, été spontanément attribué à Emmanuel  Macron. Le langage des sociologues s’est ainsi adapté à la montée en puissance de la violence dans les rapports de classe.  

La première fois que nous avons utilisé le terme d’ “oligarchie” c’est  dans Le président des riches à propos de l’ère Sarkozy. Le terme est totalement absent de tous les autres livres. A ce moment-là, nous avons vraiment compris à quel point la classe dominante est capable d’une solidarité totale et totalitaire pour défendre ses intérêts de classe.

Le concept d’oligarchie est parfaitement adapté à la société capitaliste dans sa forme néo-libérale que nous subissons actuellement. L’argent domine tous les secteurs de l’activité économique et sociale. Le champ politique a perdu son autonomie relative, ce sont les puissances d’argent qui mènent désormais la danse ! Pierre  Bourdieu insistait dans ses travaux des années 70-80, sur la spécificité de la forme de capital propre à chaque champ : un banquier ne pouvait superviser les programmes scolaires ! Inversement, le capital culturel d’un enseignant est inefficace dans le monde des affaires ! Actuellement, avec la finance aux commandes de tous les secteurs de l’activité économique et sociale. Le politique même appartient aux milliardaires : c’est eux qui ont placé Emmanuel Macron à l’Élysée [et merci pour ce travail effectué dans Frustration] Un jour, comme cela a été le cas pour Nicolas Sarkozy avec les 50 millions d’euros que lui aurait donné le dirigeant libyen Kadhafi, on saura certainement beaucoup d’autres choses sur l’illégitimité des « élus ».

 

“On est non seulement dans une aliénation idéologique, mais on est passé à quelque chose de beaucoup plus grave encore : une aliénation de la conscience sociale avec une aliénation neurologique et psychologique”

S : A vous entendre, on a le sentiment que tout a changé à une vitesse énorme.

Exactement. Vous êtes jeunes tous les deux, donc vous ne vous êtes pas rendus compte de ce qui s’est passé entre 1983 et 2007, mais cela a été un tsunami, une révolution conservatrice incroyable, une révolution totale, totalitaire même. Evidemment, avec Emmanuel Macron, et sous François Hollande tout de suite après Sarkozy, cela a continué. Il n’y a pas eu de rupture, sauf que le grand bond en arrière s’est accentué avec Macron. On baigne, non seulement dans une aliénation idéologique, mais on est passé à quelque chose de beaucoup plus grave encore : une aliénation de la conscience sociale avec une aliénation neurologique et psychologique qui fait perdre la conscience d’appartenir à une classe sociale exploitée. C’est-à-dire qu’aujourd’hui,les tenants du néo-libéralisme utilisent les outils de la psychanalyse et des neurosciences pour trafiquer nos cerveaux ! 

Le livre « Propaganda » ou Comment manipuler l’opinion en démocratie, d’un neveu de Freud, Edward Bernays, est pour cela très intéressant.( Edité chez Zones en 2017) On voit comment la mobilisation des puissants s’est mise en place pour instrumentaliser et détourner les outils de la psychanalyse au profit d’une propagande cruelle mais insidieuse car arrimée sur des concepts comme celui du « principe de plaisir » , qui détourné sera au principe de la destruction du citoyen et de sa reconstruction en consommateur selon le principe qu’un consommateur ne se rebelle pas tant qu’on l’excite à consommer toujours davantage. Nous sommes entrés dans une phase  totalitaire du capitalisme. Tous les secteurs de l’activité humaine, mais aussi animale et végétale, sont marchandisés. Tout le vivant est aux mains de ces oligarques qui portent l’entière responsabilité du dérèglement climatique qui risque de faire disparaître la moitié la plus pauvre de l’humanité, mais qui, pour qu’un tel crime contre l’Humanité ne soit pas perçu comme tel, doit s’arrimer à une démocratie pseudo-représentative et à un processus de déshumanisation et d’esclavagisation, en transformant les travailleurs en coûts et en charges intégrés comme tels dans les normes comptables des entreprises. La déshumanisation rend plus acceptable la mort humaine.

S : Mais comment, concrètement, a t-on pu passer du président des riches au président des ultra-riches ? 

M : D’abord, c’est l’ampleur des cadeaux fiscaux qui ont été faits aux plus riches par Macron, tout de suite après son arrivée à l’Élysée. Le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy [qui plafonnait à 50 % le niveau d’imposition du contribuable, et profitait de fait aux plus riches], c’était un milliard d’euros, et déjà on hurlait. Aujourd’hui, on compte cela en dizaines de milliards d’euros. C’est un pognon de dingue, c’est quelque chose d’incroyable ! 

Je donnerai deux exemples : la suppression de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), qui est un cadeau fort parce qu’en plus de l’avantage financier, il y a une force symbolique et idéologique indéniable qui disparait ! La suppression de l’ISF représente 4,6 milliards d’euros de manque à gagner chaque année dans les caisses de l’Etat, c’est à dire plus que le budget annuel du CNRS, qui est de 3,3 milliards d’euros.  Mais là où Macron a été malin, c’est qu’il n’a pas supprimé tout cet impôt, il a conservé la partie immobilière avec la création de l’IFI (impôt sur la fortune immobilière). Donc, de l’ISF, il a extrait seulement les valeurs mobilières, c’est-à-dire les actions, les obligations, les produits dérivés, tous ces produits financiers qui représentent plus de 90 % des patrimoines des 100 plus riches de l’ISF ! C’était donc bien bien un cadeau aux ultra-riches. Les pauvres millionnaires qui possèdent 3 ou 4 appartements dans Paris, eux  vont payer le nouvel IFI. 

 

S : En plus de l’ISF, il y a la Flat Tax ?

En effet, dont on a très peu parlé, mais qui est essentielle : Macron crée pour la première fois dans l’histoire, au moins de  celle de la Ve République, et sûrement depuis le début de la lutte de classe entre le capital et le travail, un impôt forfaitaire pour le capital. Tous les capitalistes, que ce soit Bernard Arnault, ou vous si vous avez quelques actions mises de côté, vous payez désormais à la même hauteur : 12,8 %, tous pareils !. Or, 12,8 %, c’est moins que la première tranche d’imposition de fait des salaires, soit 14 %. Est-ce que vous vous rendez compte de la révolution néo-libérale que cela représente pour les capitalistes ? 

Les estimations du manque à gagner pour les recettes fiscales sont variables, l’économiste Gabriel Zucman pense qu’il n’est pas impossible qu’il soit  de l’ordre de 10 milliards d’euros. De nombreux dirigeants payés en salaires mirobolants ont désormais bien intérêt à être payés en dividendes, puisque ceux-ci sont  désormais imposés de manière forfaitaire à 12,8 %, alors que l’imposition des salaires commence à 14 % mais finit à 45 % ! 

Mais le plus fort du plus fort dans cette histoire, c’est qu’ils ont menti. Aujourd’hui, on est face à un Etat néo-libéral au service exclusif des plus riches qui ont fait du mensonge leur seul mode de communication avec le peuple. Comment avons nous compris que cet impôt forfaitaire sur le capital, appelé Flat Tax n’était que de 12,8 % alors que tous les chiens de garde des médias des milliardaires parlaient de 30 % ? Moi, au début, je ne comprenais rien, j’avais bien vu que c’était 12,8 %,  mais lorsque je passais à la télévision, on me disait : non, c’est 30 %, qu’est-ce que vous racontez ? Alors nous nous sommes fait aider par un économiste de gauche, Liem Hoang Ngoc qui nous a expliqué que quand il s’agit des revenus du capital, les capitalistes et leurs valets intègrent le prélèvement social, la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie et le prélèvement de solidarité (la CRDS et la CSG) soit 17,2 %, ce qui fait bien 30 % avec les 12,8 % de Flat Tax. Si je les enlève, je retrouve bien mes 12,8 %. Par contre, dès qu’il s’agit des impôts des travailleurs, on ne compte pas la CSG ni  la CRDS, ce qui permet d’affirmer que la première tranche d’imposition est à 14 %, alors qu’en les intégrant cela fait 24 % ! Un tel niveau de prélèvement ferait hurler dans les chaumières !  Le mensonge est omniprésent sur toutes les chaines de télévisions. C’est honteux de nommer un impôt forfaitaire sur le capital qui fait disparaître la progressivité de l’imposition des plus riches mais en maquillant cette régression sociale sous l’anglicisme de FatTax.

Nous avons également utilisé l’expression « ultra-riches », de manière  impertinente pour renvoyer l’ascenseur à ceux qui traitent la moindre contestation du système capitaliste « d’ultra-gauche, d’ultra-anarchisme… » Avec Macron, on est passé à un niveau supplémentaire dans la violence de classe, dans les mots, dans le mépris, dans la violence avec la mutilation des corps notamment envers les gilets jaunes qui ont subi des violences policières insensées par un Etat désormais au service des grandes fortunes.

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 07:05

 

Après la loi Pacte, le rapport Delevoye avec la réforme des retraites qui en découle est une nouvelle étape dans la mise à mal de l’État social. Les assureurs et les fonds de pension privés sont en embuscade pour spéculer sur la manne que constitue l’épargne des Français.

Peut-être que le choix du gouvernement de la période de Noël pour annoncer sa réforme avait un sens caché : faire un beau cadeau aux intérêts privés. Cette réforme des retraites ouvre en effet la voie aux assurances privées et à la capitalisation pour deux raisons. La première est structurelle. En bloquant à 14 % du PIB le montant des pensions, alors que le nombre de retraités atteint les 24 % de la population française, non seulement c’est injuste, mais cela va mécaniquement entraîner une baisse des pensions.

Quoi qu’en dise le gouvernement, il ne peut aller contre cette froide réalité mathématique. Celle-ci est renforcée par le fait que les plus hauts revenus ne cotiseront plus, au-dessus de 10 000 euros mensuels, au régime des retraites – le plafond des retraites complémentaires par répartition Agirc-Arrco était à 27 000 euros jusqu’à la réforme. Cette seule bascule est évaluée à 3 milliards d’euros, qui n’auront qu’à aller alimenter les fonds privés. Les salariés les plus aisés continueront de participer à hauteur de 2,8 % à la solidarité, mais ne financeront pas le système général à hauteur de 28 %, la cotisation prévue.

« Tous les salariés vont payer ces 2,8 % de solidarité, c’est un taux unique… Dire que c’est une contribution des plus hauts revenus est faux ! Surtout qu’elle ne s’appliquera pas aux revenus du capital », pointe l’économiste atterré Henri Sterdyniak. Le régime des retraites français s’approche donc à grands pas des modèles américain et allemand : où la Sécurité sociale verse une pension à peine supérieure aux minima sociaux, ce qui rend quasi obligatoire le recours à une assurance complémentaire privée pour maintenir à peu près son niveau de vie.

Sur ce point, cette réforme des retraites s’inscrit dans les pas de la loi Pacte, dite pour la croissance et la transformation des entreprises. L’un de ses buts clairement avoués était de « réorienter l’épargne des Français vers l’économie réelle ». Les Français ont accumulé plus de 13 000 milliards d’euros d’épargne. Une manne que le gouvernement Macron aimerait exploiter pour poursuivre sa politique de désengagement de l’investissement public, main dans la main avec les fonds privés, assureurs en tête, qui lorgnent cet argent dormant. Problème, les Français se méfient de la spéculation, la crise de 2007 n’ayant clairement pas arrangé les choses.

C’est ainsi que la loi Pacte a déjà permis « à l’épargnant de bénéficier d’un allègement fiscal » et d’une « gestion pilotée » de son plan d’épargne retraite, un outil programmé pour augmenter la part des investissements à risque, type actions en Bourse, spéculation sur les matières premières ou les taux de change, sans parler des produits dérivés. Les véhicules permettant de mener l’épargne des Français vers les marchés financiers étaient créés. La réforme des retraites prend la suite, en incitant les salariés à y recourir pour espérer une pension digne, sans garantie aucune que la prochaine crise financière épargnera leur placement…

Selon la feuille de route dressée par les assureurs et fonds de pension au gouvernement, la moitié du chemin est faite. La prochaine étape est de déréguler le secteur. Car, pour l’heure, si l’épargnant exige un placement sûr, le gestionnaire d’actifs ne peut que placer l’épargne retraite dans l’immobilier et les dettes souveraines. Ce qui explique au passage que les assureurs sont les principaux créanciers de l’État français. Donc, pour augmenter leurs rendements, ils réclament de pouvoir tout placer sur les marchés financiers.

Bruno Le Maire, en octobre dernier lors de la conférence annuelle de la Fédération française de l’assurance (FFA), leur a déjà promis de déréguler l’assurance-vie en ce sens. Peu avant, le même ministre de l’Économie venait de créer un produit d’épargne dit « patriotique », déjà destiné à orienter l’argent des Français sur les marchés d’actions, mais uniquement à destination des entreprises françaises.

Enfin, il faudra obliger en douceur les salariés français, au moins à partir d’un certain revenu, à souscrire à une assurance retraite privée, la rendre automatique, à l’image d’une mutuelle. Le principe de la « gestion pilotée » préparée par la loi Pacte permet, par exemple, qu’un pourcentage du salaire brut soit prélevé sur la fiche de paye et parte dans un fonds de pension. Le piège est déjà préparé dans cette même loi, puisque le salarié doit « expressément » en faire la demande, pour avoir son mot à dire sur la gestion de son épargne retraite. Cette « gestion pilotée » est ainsi régie selon ce principe : plus le salarié est jeune, donc loin de prendre sa retraite, plus ses cotisations seront investies dans des placements à risque.

Cette manne financière, les fonds de gestion d’actifs, dont le plus gros au monde, BlackRock (7 000 milliards d’euros de placements, soit près de trois fois le PIB français), entendent la transformer en fonds négociés en Bourse (ETF). Au début, pour l’épargnant, c’est indolore. Comme son argent est mutualisé dans un vaste fonds spéculatif, les frais de gestion sont très faibles. Mais ces placements sont risqués et ne dégagent une rentabilité que tant que les marchés croissent et que les liquidités sont abondantes. En cas de récession, ils s’effondrent et peuvent même, en cas de retrait d’un grand nombre d’épargnants, provoquer un krach.

BlackRock a soumis au gouvernement, en juin dernier, une note. Le fonds y salue la loi Pacte, qui aurait permis de « combler les lacunes structurelles des régimes d’épargne retraite volontaire existants ». Il invitait aussi la France à s’aligner sur « le projet de produit paneuropéen d’épargne retraite individuelle » lancé également en juin dernier. L’idée est de permettre aux travailleurs mobiles de toute l’Europe d’alimenter un même compte épargne retraite individuel, évidemment privé, où qu’ils travaillent dans l’Union. La libre circulation de la retraite par capitalisation, peut-on résumer.

Avec son fonctionnement à point et la porte ouverte aux complémentaires privées, la nouvelle réforme des retraites s’inscrit parfaitement dans cette logique, qui conduit à la mise à mal de l’ensemble des systèmes par répartition en Europe. On comprend que BlackRock lorgne avec envie ce juteux fonds d’épargne retraite européen.

Pierric Marissal pierric.marissal@humanite.fr

 

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 07:04

 

Emploi, salaires et retraites sont intimement liés. Le projet présenté par Édouard Philippe vise à permettre d’ajuster le montant de ces dernières au manque chronique de ressources. La réforme fait ainsi payer aux retraités l’addition de la crise et du chômage.

En touchant aux retraites, le gouvernement s’attaque au bien de tous les salariés. Payées aux trois quarts par les cotisations sociales, elles sont le fruit du travail de chacune et chacun. C’est pour cela qu’elles sont intimement liées à l’emploi et aux salaires, dont les cotisations sont une partie socialisée. Alors, quand le travail manque, que les cotisations rentrent moins facilement, du fait des exonérations décidées par les gouvernements, de la faiblesse des salaires et des inégalités femmes-hommes, c’est tout le système qui est fragilisé.

Dès lors, il y a deux voies possibles. Soit conforter le système en rehaussant le niveau des salaires et de l’emploi. C’est la voie que préconisent la CGT, FO et plusieurs forces de gauche (PCF, FI, NPA…), en agissant sur le levier de l’utilisation des richesses détournées par la finance. Soit l’adapter au manque chronique de recettes en baissant les pensions.

C’est la deuxième voie que le gouvernement a choisie, même s’il ne peut pas l’avouer franchement. La réforme annoncée par Édouard Philippe le 11 décembre ne comprend aucune surprise, hors le décalage de son application pour la faire commencer à la génération 1975, et tenter ainsi de désamorcer la mobilisation sociale. Pour le reste, elle est un copié-collé du rapport de Jean-Paul Delevoye remis en juillet : régime unique public-privé par points, « âge d’équilibre » budgétaire à 64 ans en deçà duquel sera instaurée une réduction de la pension (décote)… Tout était déjà su, contrairement à ceux qui prétendaient que les syndicats s’opposaient à la réforme sans la connaître.

On saura ce qu’on cotise, non ce qu’on reçoit

Dans ce projet, la valeur du point servira de variable pour baisser les pensions afin de respecter une « règle d’or » budgétaire qui interdira les déficits, et pour garantir que les dépenses de retraite ne pèseront jamais plus de 14 % du PIB. Le premier ministre promet pour rassurer qu’il sera inscrit dans la loi que « la valeur du point ne pourra pas baisser » : mais ce qui compte vraiment, ce sont les règles d’évolution du point par rapport aux salaires, à l’inflation, etc. Un conseil d’administration étroitement surveillé par l’État, où siégeront aussi syndicats et patronat, sera chargé des réglages permanents du système. Fini, les réformes qui mettent les gens dans la rue…

Avant même sa création, le premier ministre a déjà missionné cette instance pour mettre en place « l’âge d’équilibre » ou toute autre mesure qui permette d’économiser 8 à 17 milliards d’ici à 2025… Et ce n’est qu’un début. Dans son rapport, le haut-commissaire aux retraites dit notamment ceci : « Personne ne peut prévoir ce que sera la croissance économique, l’évolution du monde salarial, l’inflation, les nouvelles formes d’activité. (…). Or notre système de retraite actuel est très dépendant des hypothèses de croissance économique et d’emploi. » Pour rendre moins « dépendant » de l’économie et de l’emploi un système de retraite qui a un besoin vital de ressources, il n’y a pas 36 solutions : il faut ajuster en permanence le niveau des retraites aux ressources disponibles pour faire en sorte que le système s’auto-équilibre même en cas de fort chômage ou de crise gravissime. Le rêve de tout gouvernement libéral !

C’est ce que permet la flexibilité du système à points, un système à « cotisations définies », qui remplacerait celui en vigueur, dit à « prestations définies ». La différence ? Désormais, on saura à l’avance ce qu’on cotise, non plus ce que l’on reçoit. Un peu comme en Suède, où le régime à points entré en vigueur il y a vingt ans a fait plonger le niveau de vie des retraités.

Sébastien Crépel sebastien.crepel@humanite.fr

 

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 07:00

 

En exil en Argentine et ciblé par un mandat d’arrêt émis par le nouveau pouvoir, Evo Morales a été nommé par le Mouvement pour le socialisme (MAS) directeur de la campagne pour la prochaine élection présidentielle. Avec Janette Habe Maître de conférences à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, Sarah Pick Membre du comité directeur de France Amérique latine et  Maité Pinero journaliste et romancière

 

Le départ forcé d’Evo Morales de la présidence de la Bolivie est-il le résultat d’un coup d’État ou l’engagement d’un processus de « transition démocratique », comme le présentent les détenteurs du pouvoir civil et militaire actuel en Bolivie ainsi que certains médias ?

 

Janette Habe

Le fait qu’il y ait eu un coup d’État en Bolivie est indéniable et les affirmations des secteurs qui ont mis en cause sa réalité sèment la confusion. Il y a une polémique à ce propos en France mais également en Amérique latine, parmi les secteurs écologistes les plus mobilisés contre l’extractivisme. Ils mettent en cause le fait qu’il s’agisse d’un coup d’État parce que Evo Morales n’avait pas respecté le résultat du référendum de 2016, qu’il avait perdu, alors qu’il sollicitait un quatrième mandat présidentiel. Mais ni l’armée ni la police n’étaient alors intervenues. En Amérique latine, il y a plusieurs manières de nommer un coup d’État. L’une d’entre elles, c’est de parler de « pronunciamento » lorsque l’armée se « prononce » – intervient – contre le gouvernement en place. C’est exactement ce qui s’est passé. Evo Morales a démissionné le pistolet sur la tempe, lorsque l’armée le lui a « suggéré ». Les erreurs politiques d’Evo Morales ne doivent pas empêcher d’appeler un chat un chat, un coup d’État un coup d’État.

 

 

Sarah Pick

Le départ du président Morales est, en effet, un coup d’État maquillé en démission dans un contexte de crise électorale. Profitant des mobilisations liées à la contestation des résultats du scrutin du 20 octobre, du mécontentement croissant d’une partie de la population, ainsi que de l’audit de l’OEA (Organisation des États américains) invalidant les élections, la droite, derrière Carlos Mesa, et l’extrême droite, sous la bannière fascisante de Fernando Camacho, ont organisé des actions de plus en plus violentes et racistes, dont le but était de prendre le pouvoir par la force, loin d’un prétendu souci de démocratie. Quelques heures après le rapport de l’OEA, Evo Morales, sous pression, avait proposé d’organiser de nouvelles élections sous le contrôle de personnalités indépendantes. Pourtant, la droite et l’extrême droite ont rejeté cette proposition de sortie de crise qui aurait pu pacifier le pays. En effet, elles ne souhaitaient pas être de nouveau confrontées à des élections générales contre Morales, élections qu’elles n’ont jamais réussi à gagner depuis 2005. N’ayant pas non plus accepté les politiques de nationalisation et de redistribution du MAS, nourrissant un sentiment de revanche à l’encontre des peuples indigènes et des classes populaires, ces secteurs étaient prêts à entraîner le pays dans une guerre civile et à le jeter dans les bras de l’extrême droite pour démettre Morales. C’est pourquoi, tandis que des commandos fascistes descendaient dans les rues, l’armée et la police ont appelé au départ du président en dépit de sa proposition d’organiser un nouveau scrutin. Evo Morales décida de démissionner afin d’éviter un bain de sang au peuple bolivien. Malgré son départ, le pays n’a pas retrouvé la paix. Depuis le coup d’État, la CIDH (Commission inter­américaine des droits de l’homme) dénonce de graves violations des droits humains.

 

 

Maïté Pinero

Quand les chefs de la police et de l’armée ordonnent au président de démissionner, que des milices brûlent les bureaux de vote, les domiciles des ministres et menacent leurs familles, que les militaires – dispensés de responsabilité pénale – répriment à grand renfort de blindés et d’hélicoptères, que cette répression cause 33 morts, des centaines de blessés, plus d’un millier d’arrestations, que des journalistes sont expulsés, attachés à un arbre et fouettés, il s’agit d’un coup d’État. La vraie question est plutôt : pourquoi cela fait-il encore débat ? Un rideau de fer médiatique a couvert la violence, l’agression de la maire Patricia Arce, tondue, aspergée de peinture rouge, réduite à un exemple isolé. Rien sur les autres témoignages comme celui de Viktor Borda, ex-président de l’Assemblée législative, qui a démissionné pour éviter que son frère, aspergé d’essence, soit brûlé vif.

 

 

Le MAS s’est entendu avec les forces politiques au pouvoir actuellement pour l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. Quelle est la situation du rapport de forces localement et quelles sont ses lignes de tension ?

Sarah Pick Le premier objectif du gouvernement putschiste a été de s’assurer qu’Evo Morales ne soit pas en mesure de se représenter. À cette fin, un mandat d’arrêt a été émis contre lui juste avant sa démission, l’accusant de sédition et terrorisme. Le gouvernement de facto a également cherché à rendre illégal son parti. Cependant, suite aux importantes mobilisations populaires, une partie du MAS (très largement majoritaire au Parlement) a pu négocier avec le gouvernement et obtenir la garantie de pouvoir se présenter aux prochaines élections à condition qu’Evo Morales ne soit pas candidat. Privé de son leader, le MAS doit désormais se trouver très rapidement un nouveau candidat. Si l’issue des élections, repoussées à février 2020, reste incertaine, leur tenue et les conditions dans lesquelles elles vont se dérouler le sont aussi. Il est à craindre qu’aucune élection ne soit organisée si la droite n’est pas sûre de gagner, par tous les moyens (report du scrutin, arrestations, militarisation, fraude…).

Maïté Pinero L’extrême droite raciste et fondamentaliste a supplanté la droite traditionnelle et présente son candidat, Camacho, leader de l’oligarchie et des Comités de Santa Cruz. En attendant les élections du 20 mars, le gouvernement « de transition démocratique » détruit l’œuvre du précédent. L’oligarchie a déjà récupéré les directions de 68 entreprises publiques et, selon le ministre de l’Économie, la spoliation va s’accélérer. Même renversement en politique étrangère : relations diplomatiques rompues avec le Venezuela, rétablies avec les États-Unis et Israël, renvoi des médecins cubains, retrait du pays de l’Alba, le traité de coopération. Le Movimiento al socialismo est décapité, le président exilé, six ministres privés de laissez-passer, toujours réfugiés à l’ambassade du Mexique à La Paz. Résultat d’une alliance entre syndicats ouvriers et paysans, organisations communautaires, le MAS a perdu des maillons, puisque même un dirigeant de la COB, la centrale ouvrière, avait aussi demandé la démission d’Evo Morales. Tout un symbole, le MAS a regagné ses bases chez les paysans de Cochabamba et y a tenu un mini-congrès qui a élu Evo Morales chef de campagne. Menacé d’arrestation, pourra-t-il revenir pour la diriger ? Le mouvement doit renouer ses alliances dans un contexte de persécution : le gouvernement menace de supprimer le droit de vote à Cochabamba si les organisations paysannes n’acceptent pas sa militarisation.

 

Janette Habel La démission d’Evo Morales et son départ au Mexique tout d’abord, puis en Argentine, font que le MAS est désarmé. De plus, il est profondément divisé. Le fait qu’il participe aux élections alors que le gouvernement de facto est issu du coup d’État a créé beaucoup de confusion. Une partie du MAS voulait imposer le retour d’Evo Morales. D’autres, plus pragmatiques, ne souhaitaient pas son retour. Ce sont ces derniers qui ont négocié avec le gouvernement intérimaire. Finalement, cette décision a été adoptée parce qu’il n’y avait pas tellement de choix. Le fait qu’Evo Morales n’ait pas respecté le résultat du référendum de 2016 a été, à mon avis, une grave erreur qui a non seulement facilité l’offensive de la droite mais a exacerbé les tensions sociales très fortes au sein des organisations indigènes et paysannes, la base sociale d’Evo Morales. De fait, la droite conservatrice espère gagner les prochaines élections. Luis Fernando Camacho, surnommé le Bolsonaro bolivien, est candidat à la présidentielle, c’est un homme d’affaires, militant d’extrême droite, pentecôtiste dont on dit qu’il est lié à une église évangélique très réactionnaire. « Nous étions dans un moment de faiblesse », a reconnu le vice-président, Garcia Linera. Le MAS est dans une situation difficile. Il a désigné Evo Morales comme directeur de la campagne électorale du MAS, bien qu’il soit réfugié en Argentine. Ce pouvoir intérimaire qui émane de secteurs d’extrême droite, racistes, n’incite pas à beaucoup d’optimisme pour la suite. L’armée et la police ont le pouvoir.

 

 

Quelle a été l’implication de la communauté internationale et de la France dans la garantie de l’État de droit et de la démocratie en Bolivie ?

Sarah Pick La communauté internationale n’a pas été garante de l’État de droit et de la démocratie en Bolivie. Au contraire. Si elle avait été prompte à dénoncer le refus du président Morales de reconnaître les résultats du référendum de 2016, elle a refusé de reconnaître le coup d’État à son encontre : un deux poids, deux mesures qui joue la carte de la déstabilisation pour défendre ses intérêts économiques. Au lieu de qualifier les événements de coup d’État, la France et l’Europe se sont prononcées en faveur du gouvernement intérimaire. Quant à l’OEA, sous influence des États-Unis, depuis plusieurs mois, elle cachait mal son impatience de voir partir Evo Morales. Déjà en mai 2019, son secrétaire regrettait de ne pas posséder les outils institutionnels pour empêcher Evo Morales de se présenter aux élections. L’audit de l’OEA, rouage important dans le coup d’État, a été depuis remis en cause par différents organismes, comme le CEPR (Center for Economic and Policy Research), qui en réfutent les conclusions et les accusations de fraudes à l’encontre de l’ancien président indigène.

Janette Habel Le New York Times a caractérisé ce qui s’est passé en Bolivie comme un coup d’État. L’ancien président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero a dénoncé « le scandaleux coup porté au président bolivien. Demander à un président élu constitutionnellement de quitter le pouvoir ne peut être un acte de démocratie ». Certains gouvernements latino-américains ont fait de même. Le gouvernement français n’a pas condamné le coup d’État. L’ambassadeur de l’Union européenne (UE) Leon de la Torre s’est réuni avec la présidente autoproclamée Jeanine Añez en proposant la médiation de l’UE afin que « la Bolivie puisse organiser le plus tôt possible des élections crédibles ». Quant à la stratégie américaine, elle vise à déstabiliser les gouvernements progressistes en Amérique latine. On l’a vue à l’œuvre au Brésil avec Lula et Dilma Rousseff. Elle est plus habile que celle utilisée par le passé. On se souvient des agissements de la CIA lors du coup d’État militaire au Chili. Il s’agit aujourd’hui pour Washington d’instrumentaliser des procédures qui peuvent être institutionnelles ou juridiques pour atteindre ses objectifs. C’est une stratégie qui est, pour ainsi dire, plus « intelligente » qu’auparavant.

Maïté Pinero L’Union européenne – et avec elle la France –, qui avait reconnu Juan Guaido, président autoproclamé du Venezuela en janvier 2019, a franchi un palier dans le reniement de la démocratie. Reconnaître un gouvernement « de facto » entérine un rapport de forces imposé par les armes et sanctifié par la Bible. Signe des temps, alors que nos ambassadeurs se posaient en médiateurs, pas un ministre pourchassé n’a cru trouver la sécurité dans une ambassade européenne, comme au Chili en 1973. Deux mensonges masquent le coup d’État. Le premier, c’est celui de « la fraude » électorale, prétexte de l’OEA, fraude démentie par trois instituts de recherche et une centaine d’experts. Silence de l’UE et de la France. Le second, c’est la dissimulation de la violence. La Commission des droits de l’homme de l’ONU, la CIDH, les juges et avocats argentins, horrifiés par les témoignages recueillis, réclament une enquête internationale. Silence de l’UE et de la France. La fraude à la démocratie a eu lieu, une autre se prépare. Pourquoi l’UE reviendrait-elle sur son attitude puisque le coup d’État a réussi ? La seule solution est de l’y contraindre, de lever le voile sur la nature du gouvernement « de facto » et les reniements de l’UE et de la France. Notre propre avenir est en jeu, car le scénario bolivien peut se reproduire partout. En plus du fait que la réputation de l’Europe des Lumières, jusqu’ici ancrée en Amérique latine, est en cendres. La reconnaissance du coup d’État est un coup d’État contre cette mémoire commune. 

Entretiens croisés réalisés par Jérôme Skalski

 

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 20:10
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre

Même par temps frisquet et humide, "Morlaix Ensemble" mène une campagne chaleureuse et passionnante, avec un collectif soudé et une envie d'aller à la rencontre des Morlaisiens et de construire sur le terrain la politique publique et les priorités de demain.

Pendant que Catherine Tréanton et Hervé Gouédard accueillaient les visiteurs dans notre local de campagne 6 place des Otages, avec Jean-Paul Vermot, Valérie Scattolin, André Laurent, Ismaël Dupont, Yvon Laurans, Fréderic L'aminot, Merlin Gaba Engaba, Jerôme Plouzen, David Guyomar, Ahamada Zoubeiri, Patrick Gambache, Jean-Luc Le Calvez, Annie Bergot Le Calvez, Manu Audigou, Maha Hassan, Abou Abdallah et d'autres colistiers et soutiens de la liste "Morlaix Ensemble", nous étions ce matin, samedi 21 décembre, à la rencontre des habitants des quartiers de Kerfraval et de Penlan.   

De la consultation des habitants mise en pratique en allant vers eux, dans leur lieu de vie. Et en observant attentivement les aménagements, la voirie, les espaces communs.

On nous a parlé état de la voirie, adaptation des trottoirs aux fauteuils d'handicapés et poussettes, horaires de bus et localisation des arrêts, lampadaires, jeux pour enfants et dégradations, pedibus, securité routière et pour les piétons, relations quartiers-écoles, incivilités, qualité de vie, relations sociales et de voisinage, et bien sûr aussi de la ville dans son ensemble: stationnement en centre-ville, économie et emploi, avec des attentes fortes qui émergent.

Ces rencontres dont nous tenons registre à travers des questionnaires que nous remplissons pour nourrir l'action publique de la future municipalité de gauche que nous construisons sont riches humainement et politiquement, en terme d'expériences partagées et de connaissance fine de la ville et de ses habitants, qui ne demandent qu'à être entendus et écoutés.

Les rencontres "La Parole aux habitants" de quartiers auront lieu le samedi 4 janvier 2020: 

Dans le quartier autour de la rue Villeneuve, du port et de la voie d'accès au port le matin:

à 10h, voie d'accès au Port, à gauche du haut de la rue Villeneuve devant les bâtiments

à 11h, devant le bas de la rue Villeneuve et la place Cornic

Et dans le centre-ville de 14h à 19h où nous accueillerons les habitants du centre-ville, des venelles, dans notre local du 6 place des Otages, en nous déplaçant avec eux s'ils souhaitent nous montrer des choses dans leur environnement proche, auprès de leur lieu de résidence à proximité.   

Photos Jean-Luc Le Calvez, David Guyomar et Ismaël Dupont - 21 décembre 2019

 

Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
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Morlaix Ensemble - Rencontres "La parole aux habitants" dans les quartiers de Kerfraval et Penlan le samedi 21 décembre
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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 19:44
Mardi 7 avril 2020, entretien de M.Descartes et de M.Pascal le jeune Théâtre et philosophie au Mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix

Le mardi 7 avril 2020

au programme des Mardis de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix

Théâtre et philosophie

"L'entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune", une pièce de théâtre de Jean-Claude Brisville

jouée par la compagnie "Min'de rien" (Yann Flouriot, Hervé Guitet) basée à Rennes qui a déjà joué cette pièce une cinquantaine de fois dans toute la France, notamment devant des classes de philo en lycée, dans des salles municipales, en librairie, dans des soirées théâtre en maison

Pièce de théâtre d'une heure suivie d'un débat: à l'origine du rationalisme moderne, les débats entre la raison et la foi

Entrée libre, ouverte à tous, participation au chapeau

Local du PCF pays de Morlaix, 2 petite rue de Callac à Morlaix

 
Mardi 7 avril 2020, entretien de M.Descartes et de M.Pascal le jeune Théâtre et philosophie au Mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix
Mardi 7 avril 2020, entretien de M.Descartes et de M.Pascal le jeune Théâtre et philosophie au Mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix
Mardi 7 avril 2020, entretien de M.Descartes et de M.Pascal le jeune Théâtre et philosophie au Mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix
Mardi 7 avril 2020, entretien de M.Descartes et de M.Pascal le jeune Théâtre et philosophie au Mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix
Mardi 7 avril 2020, entretien de M.Descartes et de M.Pascal le jeune Théâtre et philosophie au Mardi de l'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix
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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 19:25

Sortir de la nasse du repli national

 

Chaque pays européen vit sous le joug d’un marché aux voleurs qui demande à chaque peuple un sacrifice en fonction de données inégalitaires fondées sur le moins disant. Pour exemple, les Grecs sont les éternels punis et ceux qui, en Allemagne notamment, on la chance d’arriver jusqu’à la retraite se retrouvent souvent dépouillés.

 

Le mouvement social français a le mérite d’exister et c’est bien, mais il serait bon qu’il ne s’arrête pas aux frontières. Les « expert » de la Macronie cherchent dans les pays du nord de l’Europe les exemples qui pourraient rassurer Margot, mais cela ne convainc et c’est heureux. Il y a certes ici et là des mouvements sociaux mais c’est chacun à son rythmes, dans un contexte que ne connaissent pas les autres. Est-ce à dire qu’il faudrait que tout le monde suive le rythme français ? 

 

Certainement pas, mais il existe une Confédération européenne des syndicats dans laquelle la CGT essaie de bousculer les choses. Il serait bon qu’elle ne reste pas la grande muette pour l’ensemble des citoyens européens hormis les spécialistes de la convivialité intersyndicale européenne qui confrontent leurs analyses et leurs points de vue.

 

Il ne s’agit pas de critiquer une direction syndicale ou une autre, mais de considérer qu’une lutte nationale dans un pays d’Europe doit déjà être connue et appréciée à sa juste valeur par les autres peuples et servir non pas de modèle mais de point d’appui pour des luttes convergentes.

 

La question des retraites est un exemple d’école pour ce genre d’exercice parce que notre pays qui avait une certaine avance sur bien d’autres sur le sujet est mis en demeure de se plier au moins disant européen. Donc si nous perdons, c’est toute l’Europe qui se trouve mise en demeure de rester au bas niveau et de mettre les vieux dans les mouroirs, de Malaga à Helsinki.

 

Les Français qui vivent à l’étranger se rendent compte du décalage entre les rythmes des mouvements sociaux et le vivent souvent eux-mêmes. Cela met de l’eau au moulin d’une préoccupation essentielle pour que les choses bougent dans un monde ficelé par les besoins de la finance et qu’il faut libérer. Ce qui s’est passé notamment en Grèce, lorsque le monde du travail de ce pays a été abandonné par les autres, chaque pays peut le vivre à un moment donné de son histoire. Certes il y a parfois des syndicats qui, comme les dockers, ont des liens privilégiés avec d’autres syndicats et qui peuvent comprendre les enjeux, mais cela reste limité à une corporation dépendante du commerce international à un niveau direct, donc limité.

 

Lorsque Marine Le Pen essaie de se placer en défenseur de la veuve et de l’orphelin, voire du retraité par les temps qui courent, il va sans dire, comme l’a bien fait sentir Philippe Martinez, que le mouvement social ne doit pas s’embarrasser des champions du repli, même s’ils ont le vent en poupe. Pour les initiés de la vie politique et sociale, cela s’entend, mais pour le citoyen dit « ordinaire » qui se pose des questions en n’ayant à sa portée que l’information officielle des médias en boucle, c’est un piège redoutable. Il faut donc faire le lien entre le bien être des citoyens français et les autres sous peine de se retrouver en forteresse assiégée avec de minces chances de gagner les combats essentiels.

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 07:56

Retrouvez sur notre chaîne YouTube Rouge Finistère PCF29 notre nouvelle vidéo d’éducation populaire

A l’occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin et de la fin de la RDA, conférence-débat avec Saskia HELLMUND, qui nous parla de la RDA « ex Allemagne de l’Est » où elle est née et a vécu sa jeunesse et étudié, sur la base des deux livres qu’elle a déjà publiés:

– La fille qui venait d’un pays disparu

– Pays perdu, pays choisi. Journal d’une jeune Allemande de l’est (chez Skol Vreizh)

Saskia est née en 1974 en RDA et a fait des études d’histoire à Leipzig, Berlin et Paris. Après un doctorat sur la médiation culturelle transfrontalière, elle a enseigné à la Sorbonne. Depuis 2012, elle est installée en Bretagne, dans la Baie de Morlaix. L’été, y travaille comme guide touristique et guide de randonnée, l’hiver, elle enseigne sa langue maternelle à l’UCO de Guingamp. En ce moment, elle prépare la création d’une pièce de théâtre sur la chute du Mur vue de l’Est.

N’hésitez pas à liker et à partager massivement nos vidéos et à vous abonner à notre chaîne YouTube Rouge Finistère PCF29

https://m.youtube.com/chann…/UC_JA1gtX_4_vDNQiU5SbkyQ/videos

#RougeFinisterePCF29
#EducationPopulaire

 

A l’occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin et de la fin de la RDA, conférence-débat avec Saskia HELLMUND, qui nous parla de la RDA « ex Allemagne de l’Est » où elle est née et a vécu sa jeunesse et étudié, sur la base des deux livres qu’elle a déjà publiés: – La fille qui venait d’un pays disparu – Pays perdu, pays choisi. Journal d’une jeune Allemande de l’est (chez Skol Vreizh) Saskia est née en 1974 en RDA et a fait des études d’histoire à Leipzig, Berlin et Paris. Après un doctorat sur la médiation culturelle transfrontalière, elle a enseigné à la Sorbonne. Depuis 2012, elle est installée en Bretagne, dans la Baie de Morlaix. L’été, y travaille comme guide touristique et guide de randonnée, l’hiver, elle enseigne sa langue maternelle à l’UCO de Guingamp. En ce moment, elle prépare la création d’une pièce de théâtre sur la chute du Mur vue de l’Est.

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:52

 

Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre en charge de la transition écologique et solidaire, nous promet pour bientôt le vote d’une loi « antigaspillage pour une économie circulaire ». En attendant, nos boîtes aux lettres regorgent de dépliants vantant toutes sortes promotions à l’approche des fêtes de fin d’année. En milieu rural, tout près de Lannion, une retraitée de 76 ans nous indique avoir trouvé 316 pages pour un total de 13 dépliants publicitaires dans sa boîte aux lettres.

Gérard Le Puill

Le 9 décembre, devant les députés, la secrétaire d’État Brune Poirson a entamé son discours sur le « projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire » en ces termes : « Aujourd’hui, mesdames et messieurs les députés, le projet de loi antigaspillage comprend 106 articles (…). Quelle est l’ambition de cette loi ? Réaliser la transition entre deux mondes. Aller de celui du tout-jetable, qui caractérise trop notre société, vers celui du tout-réutilisable (…). Concrètement, pour être à la hauteur du XXI e siècle, nous devons rompre avec le système capitaliste vorace et injuste qui est le nôtre (…). Dans ce contexte, les objectifs sont clairs : nous devons nous attaquer à toutes les formes de gaspillage, à tous les niveaux : dans les familles, dans les entreprises ou dans les administrations (…). Le gaspillage est le symbole des excès de notre système économique et des injustices qu’il produit (…). L’objectif de ce projet de loi, vous l’aurez compris, c’est d’entrer dans l’ère du “zéro déchet” le plus vite possible (…). Nous allons accélérer le passage d’une société du tout-jetable à une société du tout-réutilisable. »

Treize dépliants publicitaires le même dans la boîte !

Le jour où Brune Poirson prononçait ce discours écologique devant les députés, une retraitée de 76 ans habitant sur une colline côtière peuplée de plusieurs centaines de maisons entre Lannion et Trébeurden, dans le département des Côtes-d’Armor, nous informait sur le contenu de sa boîte aux lettres. Il faut ici savoir que Lannion compte près de 20 000 habitants. Dans la ville basse les immeubles et les commerces bordent le Léguer, un fleuve côtier qui se jette dans la Manche quelques kilomètres plus bas. Ces habitations et ces commerces voient déjà l’eau monter jusqu’à leur porte les jours de fort coefficient des marées. Lannion ayant absorbé quatre autres communes dont Servel. Notre retraitée habite sur le territoire de Servel. Elle se trouve bien en hauteur avec vue sur la mer et ne redoute pas les inondations dans les prochaines décennies. Mais elle s’étonnait d’avoir reçu pas moins de 13 dépliants publicitaires totalisant 316 pages dans sa boîte aux lettres le jour où Brune Poirson nous promettait la fin des gaspillages en tous genres.

Les plus gros volumes étaient édités par Leclerc avec deux journaux de 56 pages pour l’un, de 16 pages pour l’autre. Toutefois, la pagination totale de Leclerc était inférieure à celle de Géant Casino, avec son dépliant de 80 pages. Lidl était loin derrière, avec 44 pages, tandis que les surgelés de la marque Picard étalaient leur offre sur 24 pages. Tous ces journaux ont été financés par des enseignes qui n’en finissent pas de bétonner des terres agricoles pour augmenter leurs surfaces de vente. Sur le plateau qui domine la ville de Lannion, beaucoup d’emplois industriels ont été perdus tandis que des zones de chalandise prenaient la place des usines de la téléphonie délocalisées vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

La concurrence étant rude entre les enseignes, le bilan carbone de cette publicité inutile s’ajoute au gaspillage de toutes sortes de produits, périssables ou pas. Dans le bilan carbone des dépliants publicitaires, il y a la fabrication de la pâte à papier, l’impression, puis la distribution de ces journaux. Ils sont utilisés par chaque enseigne pour tenter de gagner des parts de marché au détriment des autres en jouant sur la guerre des prix dont elles font payer la note par leurs fournisseurs de l’industrie agroalimentaire, lesquels réduisent leurs coûts en important de la viande et d’autres produits bon marché pour faire chuter les cours payés aux paysans français. Mais il n’y avait aucune remarque sur le sujet dans le discours de Brune Poirson.

Des promotions limitées à six jours, en attendant les suivantes

Limitée à six jours, dimanche compris, telle enseigne proposait la côte de porc à 3,65 euros le kilo, la côte de bœuf à griller à 10,95 euros le kilo, quand telle autre mettait le rôti de bœuf à 8,48 euros le kilo et le poulet de Loué à 4,87 euros le kilo. Tranquilles ou pétillants, la plupart des vins étaient affichés à moins de 5 euros la bouteille, en prévision des fêtes de fin d’année. Quand ces dernières seront sur le point de se terminer, on verra poindre de nouvelles promotions dans une nouvelle vague de magazines publicitaires pour écouler les stocks, y compris et surtout de viande, dont une partie de l’offre très diversifiée sera en promotion. Il y aura des « achats malins » qui mettront un peu de réserve dans les congélateurs et des clients seront contents d’avoir réalisé de bonnes affaires.

Il reste toutefois deux ou trois questions qu’il convient de poser à Brune Poirson. La première porte sur le bilan carbone de cette publicité écrite par une multitude d’enseignes dans l’offre alimentaire comme celle des produits d’équipement des ménages. La deuxième concerne le revenu des paysans, qui restent souvent la principale victime des promotions sur la viande chaque fois qu’une baisse de la demande succède aux achats opportunistes effectués durant les promos. La troisième conséquence tient au fait que cette omniprésence et cette pression permanente de la politique de l’offre ne sont guère compatibles avec le débat qu’il conviendrait d’avoir sur la nécessaire réduction de la part des protéines animales dans nos assiettes si nous voulons que la lutte contre le réchauffement climatique devienne aussi l’affaire de tout un chacun.

 

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:35

 

Tribune Le Monde, 16 décembre 2019


Dans l’Antiquité, certains philosophes ambitionnaient le rôle de conseiller du prince. Depuis quelques décennies, capitalisme oblige, ce rôle est dévolu aux économistes. Ainsi, quatre économistes mainstream parmi les plus reconnus, qui avaient participé à la rédaction du programme du candidat Macron, ont publié dans Le Monde du 11 décembre une une tribune dans laquelle ils se désolent de ne pas avoir été écoutés par le gouvernement. Ils se plaignent que la mise en place d’un régime unique par points ne se fasse pas dans sa pleine pureté « systémique ».


Ils pointent très justement la contradiction dans laquelle se noie le gouvernement : « Si la réforme est injuste ou anxiogène, les délais (pour l’appliquer) ne résoudront rien. Si comme nous le pensons, elle est socialement juste et économiquement efficace, pourquoi la retarder ? » C’est le bon sens même. Mais cette réforme est-elle socialement juste et économiquement efficace ? C’est toute la question…

Pour nos quatre économistes, « le principe qui la fonde – “à cotisations égales, retraite égale” – traduit l’équité des règles d’acquisition des droits contributifs ». Derrière ce vocabulaire se cache une conception de la retraite qui veut en faire une assurance individuelle, où chacun cotise pour sa propre pension. Il s’agit in fine, de rapprocher le plus possible celle-ci de la somme (actualisée) de ses cotisations.


Ainsi, dans un régime par points, le calcul de la pension, au-delà même des manipulations sur la valeur du point, est basé sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les meilleures années, comme actuellement dans le cas du régime général de la Sécurité sociale, ou sur le salaire des six derniers mois (sans les primes) dans la Fonction publique. Cette conception trouve son plein aboutissement dans un régime dit à comptes notionnels, qui intègre en plus l’espérance de vie moyenne de manière à ce que la somme des pensions reçues par une personne pendant sa retraite corresponde le plus possible à la somme des cotisations versées au cours de sa vie active.


Dans cette logique, quelle que soit la carrière d’un salarié, les interruptions dues aux périodes de chômage ou de prise en charge des enfants, ses conditions de travail, etc., les règles sont les mêmes pour toutes et tous. L’équité selon cette définition consiste donc à traiter de la même façon des individus placés dans des situations professionnelles inégales. Elle a donc pour effet pratique d’amplifier les inégalités de retraite.



La contradiction interne à leur raisonnement


Pourtant, disent-ils, le régime par points « est pleinement compatible avec le renforcement de la solidarité du système et la prise en compte de la pénibilité ». « Dans un tel système, plus rien ne justifiera les régimes spéciaux. » Il faut d’abord noter la contradiction interne à leur raisonnement. Ainsi, ils reconnaissent la nécessité de prendre en compte la pénibilité, mais refusent les régimes spéciaux dont l’origine a justement été cette prise en compte. Comprenne qui pourra…

Au-delà, ce sur quoi ils sont particulièrement taiseux, ce sont les moyens de la solidarité. Alors que ceux-ci devraient nécessairement être accrus si l’on veut pouvoir compenser les inégalités actuelles et celles que générera le système par points, « le poids de la solidarité dans les dépenses de retraite restera stable », comme l’annonce le rapport Delevoye. Et encore cette stabilité, hors pensions de réversion, n’est-elle garantie que lors du basculement dans le nouveau système.

Les auteurs de la tribune affirment refuser « des considérations budgétaires qui détournent de l’essentiel », telles que des « réformes paramétriques » qui allongeraient la durée de cotisation et/ou prendraient des mesures d’âge car, expliquent-ils benoîtement, en tout état de cause « cela n’empêchera pas l’âge effectif de départ à la retraite d’augmenter […]. Le nouveau système y incitera ». On comprend leur agacement ! Pourquoi focaliser l’attention sur des mesures paramétriques, alors même que le régime par points peut y pourvoir tranquillement ?

Il aurait été si facile, si on les comprend bien, de tromper le chaland si le gouvernement avait suivi leurs conseils avisés. Surtout, nous disent-ils, pourquoi de telles mesures, puisqu’il est prévu que « les dépenses (en matière de retraites) sont stabilisées autour de 14 % du PIB » ? Alors que, c’est une certitude, la proportion de retraités dans la population augmentera dans le futur, c’est donc l’appauvrissement des retraités qui est ainsi tranquillement programmé. C’est sans doute ce qu’ils appellent « l’efficacité économique », au prorata des facilités accordées pour que les hauts salaires souscrivent à des plans de retraite par capitalisation.


Après s’être félicités de sa stabilisation promise, les auteurs de la tribune se prononcent pour « un accord social aussi large que possible » sur la part des pensions dans le PIB. Mais la question du partage de la valeur ajoutée, de la richesse créée par la production, entre la masse salariale et les profits, n’est pas abordée. Si la part des profits ne peut bouger, rémunération des actionnaires oblige, alors évidemment la part salariale ne peut au mieux que stagner et donc aussi le financement de la Sécurité sociale, puisque la hausse des cotisations est par avance exclue. C’est là tout l’enjeu caché du débat actuel.



Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa, Christiane Marty et Jacques Rigaudiat sont économistes, membres d’Attac et de la Fondation Copernic 

 

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