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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 08:10

 

Le Front de Gauche dans le Finistère : Introduction à la discussion par Marcel Tilly (PCF, collectif Front de Gauche Rosporden, candidat aux législatives en 2012) 

 

avril 2013 014

 

Pour savoir où nous voulons aller il est important de savoir d’où on vient !

 

2007 Les élections présidentielles :

En 2006 : création des collectifs antilibéraux en vue d’une candidature unique pour l’élection présidentielle de 2007. Cette volonté se soldera par un échec.

Résultats : l’émiettement du courant antilibéral se solde par des scores très faibles :

- Historiquement bas pour le PCF (1,93%) ; Le NPA, avec une campagne protestataire et verbalement radicale, fait un score honorable de 4,08% ;Bové : 1,32% ; Laguiller : 1,33%.

Le constat : après 12 ans de gouvernement catastrophique de la droite et des millions de personnes dans des difficultés accrues, le PS, battu, accentue sa dérive vers le centrisme. La gauche radicale, tous mouvements additionnés, recueille un peu plus de 8% des voix exprimées.

 

Création du Front de Gauche.

Le PCF au congrès de 2008, analysant ses résultats et devant la quasi-disparition des formations se réclamant de la gauche radicale, lance une proposition de constitution de fronts, pour s’opposer à la politique de Sarkozy.

Le PCF, le Parti de Gauche nouvellement créé par des militants de l’aile gauche du PS et la Gauche Unitaire décident de créer le Front de Gauche «Pour une autre Europe», en rupture avec l’orientation libérale du traité de Lisbonne. Le NPA refuse de s’y associer.

Meeting de lancement : mars 2009. Ce groupement a l’ambition de s’élargir à d’autres formations et à dépasser l’addition des forces mobilisées.

L’écho dans la population  pourra être apprécié lors des scrutins électoraux qui suivront.

 

2009 Elections européennes : nationalement le FdG recueille 6,47% des voix ; 5 élus. C’est un progrès relatif

 

Mars 2010 Elections régionales : nationalement 7,49%

Dans la région Bretagne, plutôt que d’essayer de relancer une activité des Collectifs antilibéraux, les dirigeants du PCF prennent l’option de négocier, contre l’avis d’une partie importante de ses militants, une participation sur la liste du PS dès le premier tour. Une liste concurrente est présentée au nom du FdG.

Le PCF perd un siège au Conseil régional, celui du secrétaire fédéral (conseiller sortant) du Finistère.

 

Mars 2011 Elections cantonales : nationalement 10,38%

Dans le 29, sauf erreur, sur 24 cantons où le FDG était présent, seuls dans 5 cantons nous ne franchissons pas la barre des 5% et dans 8 cantons nous dépassons les 10%. C’est sans commune mesure avec l’élection cantonale précédente, en ordre dispersé.

- Dans de nombreux endroits, les campagnes du FdG ont développé des argumentations précises  avec des actions de proximité, sur des problèmes que se posent effectivement les gens.

- Il est apparu que cette campagne commune n’avait en rien desservi les différents partenaires et qu’au contraire une synergie tendait à apparaître.

- Important et à noter : une participation plus grande de personnes non affiliées aux partis créateurs (non encartés) à la campagne électorale.

 

Et puis nous avons vécu les 2 séquences électorales de 2012, qui méritent qu’on s’y attarde quelque peu car elles sont riches d’enseignements à tirer.

Depuis sa création le cartel de départ n’a cessé de s’élargir, puisqu’il compte maintenant 9 composantes, y compris avec des militants démissionnaires du NPA.

 

 

2012 d’abord l’Election présidentielle :

Accord des composantes du FdG sur un candidat unique : J.L.Mélenchon et un programme : l’Humain d’abord.

- Pour la première fois est posé non pas la réforme du système institutionnel en place mais la rupture avec celui-ci : l’insurrection civique.

- L’intervention du peuple comme moteur et dirigeant du mouvement social et politique est placée en avant.

La montée d’un fort mouvement populaire a changé le caractère d’une campagne au départ classique, partitaire. De positions revendicatives de demandeurs et de futurs délégataires s’imposait une force désireuse de prendre en main son avenir.

Cela a abouti au gigantesque meeting de la Bastille porté par le nombre, par la volonté de liens et de solidarités, par la convergence des couches différentes de la société (classe ouvrière, cadres et couches moyennes, des femmes et beaucoup de jeunes que l’on ne voyait plus guère dans les manifestations de gauche, des émigrés qui posaient le besoin d’égalité et de dignité) et surtout par une population qui en ne reniant pas ses appartenances politiques posait fortement la nécessité de se rassembler et de trouver sa place dans le mouvement naissant.

 

A ce moment les sondages donnaient 14 à 15% voire plus pour le FdG ; beaucoup plus que la somme de ce qu’étaient capables d’engendrer séparément les différentes composantes du FdG.

Prolongée par les manifestations de Toulouse et Marseille et par un fort mouvement de sympathie en France ; cela a créé un choc.

La droite a eu peur, comparant le mouvement montant à la révolution française, c'est-à-dire, pour eux : à la violence et la terreur.

Le PS a eu également peur. Pour la première fois ceux qui se réclamaient d’une gauche radicale sans compromis avec le capital et la finance créaient un risque important pour sa politique d’accompagnement du libéralisme.

 

Cependant une question peut se poser : les composantes partitaires du FdG n’ont-elles pas également eu peur du mouvement qu’elles étaient en train d’engendrer ?

Car dans les jours qui ont suivi la Bastille, le FdG a complètement réorienté son axe de campagne politique en faisant du combat contre le FN sa priorité. Le FdG entrait alors dans une campagne classique, abandonnant ce qui faisait sa force d’attraction : la radicalité, la primauté au mouvement des citoyens, la remise en cause fondamentale de l’institutionnel c'est-à-dire le contenu même de la notion d’insurrection civique.

A partir de là, le FdG à baissé dans les sondages donnant ainsi une prise plus grande au vote utile dont a bénéficié le PS, l’objectif primordial devenant : «virer Sarkozy avant tout» : condition nécessaire mais certainement pas suffisante. Le score du FdG a été de 11,1%, bon score par rapport aux désastres précédents mais très en dessous du possible.

 

Les élections législatives

L’abstention : globalement 40% au premier tour, 44% au second. Ce chiffre qui augmente de scrutin en scrutin est un des plus importants enregistrés pendant la 5è République. Nous ne sommes plus dans le domaine du pêcheur à la ligne.

Cela traduit certainement une méfiance à l’égard de la politique, le sentiment de ne pas pouvoir peser sur les décisions nationales et, pour certains, le refus de déléguer leur pouvoir.

Le FdG perd entre la présidentielle et les législatives une moitié environ de ses voix. Il est probable qu’une partie de ses électeurs se soit reportée vers l’abstention, doutant de l’utilité de ce scrutin, refusant de cautionner une politique sociale-démocrate dont ils pressentent les effets et/ou vers un vote «utile» dès le premier tour. C’était le prix à payer d’une campagne partitaire qui avait «oubliée» la Bastille et où, sauf rares exceptions, le peuple ne trouvait plus sa place.

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ? et dès lors : Quelles perspectives ?

 

- La référence du Front de Gauche à une 6ème République, à ce jour passée au 2e plan, n’arrive pas à contrebalancer l’ancrage idéologique sur un fonctionnement préférentiel de la société sur un mode délégataire, qui confisque aux citoyens une véritable possibilité d’intervention dans les affaires de la nation.

- Le mode de financement public des partis (mis en place par Mitterrand et refusé à l’époque par le PCF) amplifie cette tendance. Ce financement tend à couper les partis de leur base militante et sympathisante et conduit à des pratiques de négociations électorales passant souvent par-dessus la tête des militants et des citoyens.

- La politique droitière de Hollande met sous tension la gauche radicale qui ne peut accepter ces remises en causes fondamentales (Europe, droit du travail français, politique sociale …) et qui peut, en même temps, avoir la tentation de ménager le PS à la veille des municipales pour tenter de sauver quelques postes d’élus.

- Il devient évident que si les élections sont des moments de la vie politique, l’intervention du FdG ne peut s’y limiter ; elle se doit de développer une politique, continue dans le temps long de la société et au plus profond de celle-ci. Le désintérêt des citoyens (abstentions) montre que le temps des promesses se termine.

 

Si l’on pense faire la politique avec les gens – comme sujets – alors c’est l’organisation de base qui sera déterminante et il y aura une large part à accorder à l’expérimentation.

 

La mise en œuvre d’une politique recueillant l’adhésion et la participation de larges couches populaires ne peut être décrétée sans y associer largement tous les gens qui se sentent concernés par une rupture radicale avec la politique libérale. La nécessité d’ouvrir la vie et la prise de responsabilité au FdG à des personnes non encartées n’est-elle pas devenue plus pressante ?

Sur le principe, cette nécessité est soutenue par l’ensemble des formations du FdG, dans la pratique c’est moins simple et tout est à inventer. Comment faire ?

 

Les Collectifs et associations FdG peuvent-ils répondre à ces impératifs ? Quelques pistes :

- Passer d’un fonctionnement vertical à un fonctionnement horizontal semble être le moyen le plus efficace pour impliquer la population.

- Etablir un fonctionnement où les orientations et les actions spécifiques sont décidées par la population.

Il est bon de rappeler que le programme «L’humain d’abord» est une trame mise sur pied pour les présidentielle et législatives et ne doit donc, sous peine de répéter l’erreur du programme commun, être interprété que comme une trame politique, non une bible ou un petit livre rouge.

- Les partis sont présents au travers de leurs militants dans toutes les instances du FdG. Dès lors leur représentation es-qualité, s’impose-t-elle au-delà du principe de «une femme, un homme égal une voix» ?

- Parce qu’imposer un avis majoritaire à une minorité est contre-productif (l’expérience le prouve), parce que la stratégie doit être définie et mise en œuvre par l’ensemble des citoyens engagés il s’avère important que le maximum de décisions soient prises au consensus.

 

La coordination départementale : quel doit être son rôle ?

N’est-il pas de faire circuler horizontalement les informations, propositions, idées provenant des collectifs locaux ?

De faire circuler l’information du local au régional et national et réciproquement ?

De coordonner, de mettre en cohérence et faire converger, quand cela est possible, les problématiques et les actions permettant de globaliser les problèmes et les alternatives qui en découlent ?

De travailler avec les collectifs pour les propositions des candidats aux élections ?

De mettre sur pied une ou des structures de formation pour permettre aux militants d’acquérir les connaissances nécessaires à la résolution des problèmes complexes qu’ils rencontreront au jour le jour ?

Dans la coordination départementale, le consensus ne doit-il pas y être aussi une règle privilégiée ?

 

Le FdG, pour acquérir son autonomie politique et éditoriale, devra certainement mener une réflexion sur ses moyens financiers et dégager des propositions pour assurer cette autonomie et sa capacité d’action.

 

Dans toutes les strates du FdG, les propositions et actions décidées avec la population se devront de prendre en compte la crise sociétale (anthropologique) et la crise environnementale qui se développent dangereusement.

 

 

Le Débat: quelques interventions.

 

avril 2013 017

 

Alain David (PCF/ Front de Gauche Morlaix): le point de départ qu'il faut que l'on prenne, c'est le dynamisme que le Front de Gauche a suscité dans la population depuis la situation dont on était parti. Dynamisme qui doit continuer à se développer au niveau des organisations, au niveau des personnes qui nous rejoignent. Le Front de Gauche est un trésor, notre trésor commun. Ceci dit, il ne faut pas chercher des réponses d'organisation qui soient les mêmes partout. L'important, c'est de donner une place à chaque personne qui veut s'impliquer. On n'en est pas encore au rapport de force permettant la rupture, ce pourquoi il faut encore travailler pour rassembler plus largement. Le travail, les résultats sont devant nous. Il faut faire en sorte que le rapport de force soit tel que la résignation, l'abattement et la colère que l'on voit naître dans le vote protestataire, le vote d'extrême-droite, cèdent la place à une révolte positive pour la transformation progressiste du système. On a une forte responsabilité, surtout quand on voit que le gouvernement n'est pas prêt à changer la donne. Il faut montrer que le recours existe dans les forces de gauche et qu'il est capable de changer la donne.

 

Christian Beaumanoir (PCF/ Front de Gauche Crozon): le Front de Gauche est un rassemblement où chacun doit se sentir à l'aise. Il faut donc garder l'unité et la volonté d'ouverture. Ce n'est pas parce qu'il y a une politique du PS qui est complètement anti-sociale que c'est gagné de lutter contre une certaine forme de résignation. A Quimper, il n'y avait que 150 personnes à la manif des retraités l'autre jour. C'est peu... Comment on fait localement, en partant de ce que vivent les gens au quotidien, pour mener des actions au corps-à-corps, pour lutter contre la résignation? Il faut renouer avec le porte-à-porte. Les moyens de communication modernes, les mails, ce n'est pas suffisant. L'essentiel, c'est d'aller au combat en partant des combats locaux. Les gens se méfient des élections: il faut reconnaître que c'est complètement délégataire. Comme on s'approche des municipales, on a intérêt à regarder tout ce que l'on peut mettre en avant pour progresser.

 

Jean-Paul Cam (PCF/ Front de Gauche Brest): on est écrasé actuellement pas la présidentialisation de la vie politique. On n'a pas montré tout ce qu'on pouvait faire pour sortir de la crise. Cela suppose un travail de fourmi à réaliser, il ne suffit pas d'afficher le drapeau de la radicalité. Il faut travailler comme des fourmis en avançant avec les gens pour montrer qu'il y a une autre politique possible. Il faut travailler pied-à-pied avec la population pour faire comprendre les choses là-dessus. Le risque de récupération par l'extrême-droite de la colère et du dégoût nés de la crise est réel.

 

François Rippe (Gauche anticapitaliste/ Front de Gauche Morlaix): Cela ne suffit pas ... mais si le Front de Gauche dresse le drapeau de la radicalité, c'est bien aussi. Battre la droite et l'extrême-droite, bien sûr, mais à quel prix? Il y a actuellement de l'apathie, du désespoir, des difficultés à faire émerger un mouvement social dans des conditions austéritaires: cela fait le lit du populisme. Il faut que nous nous demandions: quel outil le Front de Gauche doit devenir pour susciter les luttes, le reveil de la population? Car il faut que le Front de Gauche avance sur ses deux pieds: ce soit être un outil d'expression électorale mais il doit aussi favoriser les luttes. Il faut également que nous ayons une démarche offensive en termes de formation, d'éducation populaire. Un profil offensivement unitaire. Nous devons toujours chercher à intégrer d'autres composantes: des partis politiques, des collectifs, des équipes militantes qui luttent contre un aéroport, une centrale à gaz, pour le droit au logement ou le droit des sans-papiers. Le sous-bassement, ça doit être la totale indépendance par rapport à la politique du PS et d'EELV. Il ne faut pas faire l'impasse sur d'éventuelles fusions de 2ème tour aux municipales pour battre la droite mais pas non plus rechercher la politique d'alliance avec le PS.

 

Philippe: Ce qui est intéressant dans le rapport qui nous a été présenté, c'est de s'interroger sur la différence entre les 15% qui nous étaient crédités à un moment donné pendant la campagne présidentielle et les quelques % que nous avons fait aux législatives. Cela renvoie à la représentation que les gens ont de la politique. Il y a certainement une nécessité à reconsidérer les pratiques: accepter que les choses nous échappe en tant que cartel, que Front de Gauche. On a besoin d'un message clair par rapport au PS et de trouver des formes d'organisation qui permettent d'aller à l'écoute des gens. 

 

Louis Aminot (Communistes Unitaires, FASE): Marcel Tilly a bien fait de souligner l'importance comme tournant de la Bastille: le contenu de l'intervention de Mélenchon a résonné comme un appel à la fin de campagne, comme si on avait décidé de revoir nos ambitions, comme si on avait pris peur de notre succès. A partir de moment, on a tout centré sur la campagne contre le FN pour ne pas compromettre les chances de battre Sarkozy, et le contenu social, le contenu transformateur de notre campagne s'est éclipsé. 

 

Ismaël Dupont (PCF/ Front de Gauche Morlaix): Je suis complètement d'accord avec Marcel Tilly quand il parle du tournant de la Bastille. Sur le terrain, on a senti dans les porte-à-portes, sur les marchés, que c'était le moment de la campagne électorale où le Front de Gauche commençait à être identifié et reconnu dans son ambition par la population, où on commençait à susciter de l'enthousiasme et de l'espoir même chez des gens "peu politisés" ou qui ces dernières années étaient désabusées. Cette dynamique, même si elle n'a sans doute pas été suffisamment loin, reste un point d'appui. Ce qui a permis cela, c'est la conjugaison d'un programme de propositions fortes porteur d'un projet de société réellement alternatif, en rupture avec le système, d'un discours de classe, transformateur, porté avec un talent extraordinaire par Jean-Luc Mélenchon, et d'une activité militante rarement vue depuis longtemps sur le terrain.

A ce moment, on a eu le sentiment que les choses pouvaient basculer, que le peuple pouvait redevenir acteur de son histoire. Il faut aujourd'hui que nous gardions, même dans la difficulté à se faire entendre médiatiquement et sans perspective immédiate de prise de pouvoir, le même niveau d'ambition. Il y a sur le plan national un brouillage organisé par les médias autour de l'identité et du projet du Front de Gauche. Que montre t-on de nous? "Mélenchon, c'est un amuseur, l'homme de toutes les outrances verbales, un apprenti dictateur"; "les parlementaires communistes votent avec la droite au Parlement et au Sénat parce qu'ils sont gricheux"; "il y a de l'eau dans le gaz entre le PCF et le Parti de Gauche au sujet des municipales et du rapport au PS".

Ces images déformantes sont construites intentionnellement pour nous affaiblir parce qu'on dérange et qu'on fait peur mais elles ne sont sans doute pas sans effet, ce pourquoi il est plus que jamais nécessaire d'y opposer pour la population notre dynamisme, notre exigence politique et notre ouverture à la participation citoyenne sur le terrain. Il faut être le plus rassembleurs possible, ne pas vérouiller les choses au niveau des partis, continuer à faire vivre cet espoir de participation politique citoyenne et populaire au service d'un vrai changement de société qu'incarne le Front de Gauche. Pour cela, je pense qu'il faut surtout éviter de se replier sur des logiques de boutiques, de défenses des intérêts d'appareil, de méfiance vis à vis de l'implication citoyenne et du rassemblement. La coordination départementale du Front de Gauche fonctionne actuellement comme un forum, un lieu de discussion, de partage d'informations, de fabrication d'orientations communes et de convergences entre les collectifs citoyens locaux du Front de Gauche et les représentants des partis composant le Front de Gauche. A chaque fois, le dialogue et la recherche de consensus, la mise en avant de ce qui nous rassemble, prime sur le rapport de force entre organisations. Il faut garder ce fonctionnement et ne pas créer, comme certains ont laissé entendre qu'ils voulaient le faire, un exécutif départemental du Front de Gauche où ne seraient plus, ou plus qu'à peine, représentés les collectifs citoyens du Front de Gauche, mais seulement les dirigeants locaux des partis. Ce serait une manière de ne pas reconnaître l'apport des citoyens non encartés dans le Front de Gauche et de recréer une instance bureaucratique, rigide, centralisé, ne permettant pas de développer réellement l'ancrage et la dynamique du Front de Gauche sur le terrain. Ce sont les collectifs citoyens qui font l'essentiel de l'activité et de la visibilité du Front de Gauche sur le terrain: pas question de les mettre au pas... Le rôle du Front de gauche ne doit pas se limiter à une machine électorale: il doit être un vecteur de réappropriation de la politique, d'activitation et de mise en cohérence des luttes. Pour cela, au niveau des municipales, il est évident que nous ne devons pas être associé à la politique du gouvernement et que nous devons chercher à nous présenter au premier tour, en cohérence avec notre refus de l'austérité, notre refus des orientations ultra-libérales de l'Union Européenne acceptées par les socialistes et EELV, sur des listes Front de Gauche élargi indépendantes, partout où c'est possible, et particulièrement dans les grandes villes et villes moyennes. Il en va de notre crédibilité, de notre capacité à incarner une alternative pour les années à venir et à échapper au vote sanction contre la gauche gouvernementale. Par ailleurs, les élections européennes suivent de très près les municipales: il faut envisager ces élections ensemble, et ne pas tenir une position puis une autre, différente, lors de ces élections qui se suivront à deux mois près. Les élections municipales auront bien une dimension nationale: ce serait l'occasion d'une appréciation à mi-parcours de la politique de Hollande et de son gouvernement, il s'agira d'en faire une tribune pour faire monter l'idée qu'une toute autre politique est possible et nécessaire et dénoncer le recul des services publics, des solidarités et des dotations de l'Etat, une décentralisation d'inspiration néo-libérale renforçant le bipartisme et la délégation de pouvoir. 

Une syndicaliste: Pendant des années, on a été confronté à des plans sociaux, de l'austérité, des politiques libérales qui ont matraqué la population et les salariés. On peut comprendre que les gens n'y croient plus trop, soient abattus. En même temps, il y a eu un vrai frémissant lors des présidentielles avec la campagne du Front de Gauche et le programme L'Humain d'abord  qui montraient qu'il y avait d'autres choix possibles. Maintenant la question, c'est: comment on fait pour intégrer les salariés, les jeunes, tous les gens qui veulent autre chose? 

Maxime Paul (PCF/ élu à Brest/ Front de Gauche Brest): Il ne pas en rester à l'incantation, à la posture révolutionnaire qui est parfois contre-productive comme on l'a observé au niveau de certains syndicalistes de PSA. Les élus sont utiles pour changer au quotidien la vie des gens. Il faut partir des besoins de la population pour lui apporter des réponses concrètes. Ne pas renvoyer à un horizon lointain, à des lendemains meilleurs. Ce n'est pas ça qui fait réellement avancer les choses. 

Yannick Hervé (FASE/ Front de gauche Landerneau): Le Front de Gauche c'est un outil essentiel qu'on peut être fiers d'avoir créé et de continuer à renforcer. C'est le grand acquis de ces dernières années, notre trésor commun. Cela permet de relativiser les difficultés inévitables auxquelles on va être confrontés pour les municipales. A Landerneau, en tout cas, nous sommes dans une démarche pour partir au premier tour avec une liste représentant ce qu'il y a à la gauche du PS. 

Annie Bergot Le Calvez (PCF/ Front de Gauche Morlaix): Je ne vais pas parler de ce qui est négatif. On a un collectif FDG très dynamique à Morlaix, tolérant, avec une vraie fraternité et une volonté de travailler ensemble. En ce moment, afin de bâtir un projet commun pour les municipales, on travaille tous les 15 jours, le samedi. Ce qu'on ressent en ce moment, c'est un vrai renouveau. On a organisé et on organise toujours régulièrement des porte-à-portes. Il y a de plus en plus de monde dans les distributions sur le marché. On a décidé de doter le Front de Gauche à Morlaix d'une autonomie financière en rendant possible la cotisation directe à l'association que nous avons créé: 12€/an, 20€/an ou plus... Chez nous cela fonctionne sur le principe du " 1 adhérent = 1 cotisant = 1 votant= 1 voix qui a autant d'importance que toute autre". Je suis contente, moi, d'être radicale de gauche. Je me félicite que l'on soit parti sur l'idée d'une liste indépendante Front de Gauche et citoyenne au 1er tour des municipales.

André Gac (Front de Gauche Plougastel Daoulas): Il ne faut pas considérer que tous ceux qui ne sont pas actuellement avec nous sont contre nous: il y a tout à travail à faire pour faire bouger les lignes chez certains au PS ou à EELV. Attention, il n'y a pas que le terrain à mettre en avant, il y a aussi l'intellectuel collectif qu'il faut faire en sorte de redevenir. Le terrain à lui seul ne produira pas de miracle. Il faut penser les propositions, la stratégie. Aux municipales, il faut se demander à chaque fois comment on renforce le Front de Gauche. 

André Bernard (PCF/ Front de Gauche Fouesnant-Quimper, candidat aux législatives en 2012): Le Front de Gauche, c'est la belle et bonne idée de ces dix dernières années sur le terrain politique. Il s'agit pour nous maintenant de combattre la résignation, d'ouvrir une perspective politique. Il faut continuer d'élargir, maintenir notre dynamique, ne pas renoncer à nos valeurs anti-capitalistes. Il ne faut pas créer d'opposition artificielle et contre-productive entre réflexion et travail de terrain. Il faut rappeler que la lutte contre le FN n'est pas l'objectif fondamental du Front de Gauche.  

Alain David (PCF/ Front de Gauche Morlaix): Il faut partir de la réalité. Ce qui domine, c'est le mécontentement, la colère, le désespoir, qui ne se traduisent pas encore en croyance en la possibilité de changer positivement les choses en votant pour nous. Il faut travailler sur la convergence entre les forces syndicales et les forces politiques: c'est absolument nécessaire. On est dans le Front de Gauche pour rompre avec cette société capitaliste, pour mettre l'homme au centre. Il faut remettre en cause la délégation de pouvoir et le bipartisme qui font que l'on reste dans le cadre d'une alternance sans alternative. 

Ismaël Dupont (PCF/ Front de Gauche Morlaix): j'aurais quelques remarques critiques, pour continuer à avancer, par rapport à l'activité actuelle du Front de gauche. La campagne contre l'austérité, d'abord. Est-ce que cela parle vraiment aux gens, est-ce que cela les aide à comprendre ce qui est en jeu aujourd'hui politiquement et économiquement? Est-ce que cela marque suffisamment une volonté de rupture avec le système? Je ne crois pas. On peut mener une politique de droite ou centriste, libérale, pro-capitaliste, qui ne soit pas une politique d'austérité pour autant. La politique d'austérité en elle-même n'est qu'une manière de faire payer aux peuples la facture des effets économiques et sociaux de la crise financière de 2008, liée à la dérégulation et à la financiarisation de l'économie. Il faut s'appuyer sur l'explication de cette crise pour dire qu'il faut transformer profondément ce système économique capitaliste à outrance qui plonge les sociétés occidentales dans une crise multiforme extrêmement grave. Ce n'est pas d'obtenir quelques augmentations de salaires, de pensions, de minimas sociaux, de services publics qui changera beaucoup à la donne. Il faut remettre en question le système lui-même. On avait déjà eu un premier renoncement au niveau de l'ambition en dénonçant le libéralisme plutôt que le capitalisme, il ne faudrait pas que l'on revienne au plus petit dénominateur commun en ne dénonçant plus que l'austérité, alors que la situation exige de repenser complètement le mode de production et de répartition des richesses.

Par ailleurs, il y a un manque au niveau du Front de Gauche actuellement, c'est qu'au niveau national on fonctionne essentiellement comme cartel d'organisations, sans représentation des collectifs locaux du Front de Gauche et des citoyens non encartés. Il ne serait pas forcément compliqué de leur faire une place pour décider des orientations, des stratégies, avec les 9 partis qui composent le Front de Gauche sans pour autant transformer le Front de Gauche en parti.

De la même manière, pour le choix des candidats du Front de Gauche lors des élections à venir, j'espère qu'on arrivera à faire une association commune de financement qui permette de reverser par avance toute une partie des financements et remboursements d'Etat aux partis du Front de Gauche selon une règle de proportion définie à l'avance et qui permette de choisir les candidats les plus rassembleurs sans considération prioritaire d'appartenance politique à telle ou telle composante du Front de Gauche.   

Jean-Paul Cam (PCF/ Front de Gauche Brest): Tout ce qui n'est pas dans le Front de Gauche n'est pas non plus notre adversaire. Le front de Gauche, c'est quelque chose qui doit être ouvert, qui est rassembleur. Il faut qu'on se positionne pour faire battre la droite et l'extrême-droite. Il faut avoir des élus du Front de Gauche dans un maximum de communes et, pour cela, il faut mettre en valeur les acquis locaux importants réalisés grâce aux élus du Front de Gauche. 

030

 

Alain Rebours (Gauche unitaire, Front de Gauche Morlaix): il faut partir d'une chose, le succès du Front de Gauche. Le fait que ça existe, c'est déjà un chemin énorme de franchi. La question, c'est maintenant de développer l'ambition du Front de Gauche pour les 10-15 ans qui viennent. C'est un instrument merveilleux: on arrive à se poser des questions politiques qu'on ne se posait pas précédemment. Comment peut-on être une alternative pour les transformations de la société? Pour les municipales, il faudrait pouvoir définir une taille significative des communes à partir de laquelle ça devient intéressant et nécessaire de partir avec une liste Front de Gauche au premier tour. Il faut à la fois que nous marquions notre indépendance de vue et que nous continuions à travailler sur les contradictions à EELV et au PS. Il y a deux tendances contraires également nuisibles qu'il faut éviter: aller de préférence avec le PS au premier tour des municipales sous prétexte qu'on a déjà des élus, tenir systématiquement le discours du Front de Gauche comme recours dans la catastrophe d'une montée du FN et d'un effondrement de la sociale-démocratie. N'oublions pas que quand la gauche va s'écrouler, on y risque d'y être associé en termes d'image, de résultats. Après, il ne faut pas trop que l'on s'inquiète des contradictions qui apparaissent dans une réunion comme celle-ci. Au niveau des municipales, on va sans doute être amené à bricoler mais l'essentiel est de préserver cet outil indispensable qu'est le Front de Gauche. 

 

032

Patrick Le Nan (Parti de Gauche, Front de Gauche Morlaix): Le Front de Gauche est divers, certes, mais il correspond à des objectifs politiques bien définis, liés à une autonomie conquérante par rapport au PS, une volonté de renverser le rapport de force en faveur d'une gauche qui refuse le libéralisme. Dès lors, si des élus ou des candidats veulent partir avec le PS aux municipales, il ne faut pas qu'ils le fassent sous l'étiquette Front de Gauche. Ne pourrait-on pas décider nationalement que les gens qui partiront avec le PS ne poteront pas l'étiquette Front de Gauche dans les villes de +50000 habitants. 

Un intervenant. Je suis d'accord pour dire que le Front de Gauche ne doit pas être une force politique classique mais un outil pour intégrer les travailleurs, les jeunes, etc. Il faut sortir des logiques d'appareil et considérer d'abord et avant tout l'intérêt du peuple. Il faut partir d'actions assez fortes pour pouvoir rassembler: contre la précarisation et le chômage, contre le système bancaire. Ce système là, il faut montrer qu'on peut en sortir. Il faut arriver à rassembler tous les gens qui ont intérêt au changement d'abord. La notion de gauche me semble engagée aujourd'hui: il faut rassembler au-delà des organisations du FDG.    

034                    

Renaud (Parti de Gauche): J'appuie l'idée que l'étiquette Front de Gauche ne peut que se revendiquer sous condition de poursuivre les objectifs fondateurs du Front de gauche: dès lors, dans les villes importantes, les élus qui voudront partir avec le PS au premier tour ne devront pas se revendiquer du Front de Gauche officiellement sur leurs documents de campagne.   

 

La restitution de Patrick Le Nan l'après-midi en AG plénière (Parti de Gauche, collectif Front de Gauche Morlaix). 

 

avril 2013 030

 Restitution d'après notes et mémoire incertaine :

-« Tout d'abord, je vous demande d'être indulgent, cette restitution est une première pour moi, et la qualité de l'assemblée me faisant face est assez impressionnante.

Dans cet atelier « perspective du front de gauche », On a donc commencé par un historique :

-Après le succès du non au référendum en 2005, c'est le constat d'échec en 2006. Le PS battu s'engageant dans le social libéralisme, et le score d'ensemble de la gauche radicale de 8% crée la nécessité du Front De Gauche dans les têtes et les esprits ;

-2008, c'est la naissance du Front De gauche.

La progression sera constante , d'élections en élections en % et en voix jusqu'à la législative de 2012. La campagne présidentielle de 2012 nous accorde même des sondages à 14 ou 15%, le résultat de 11.1% poussent certains à analyser cette baisse comme étant du à un changement de discours après le grand rassemblement de la Bastille.

Un retour à une campagne classique, le combat contre le FN, l'oubli de la primauté du citoyen, la mise au second plan du discours de rupture sont les arguments avancés.

La législative, avec une abstention de 40% et 44% au 2ème tour voit le % se diviser par deux par rapport à la présidentielle...

Il semble cependant que c'est oublier énormément d'éléments extérieurs, et en particulier le déchaînement médiacratique contre le FDG, et dont la dédiabolisation du FN à l'époque, s'entend maintenant par une tentative de diabolisation du FDG et en particulier de Mélenchon au travers de l'argument permanent d'opposition ou de rupture PCF/ PG, de Chavez dictateur, ami de JLM, d'outrance verbale et autre antisémitisme imaginaire...

Mais calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose....

 

Sur le terrain, auprès du grand public, du peuple, c'est pourtant à partir du moment charnière de la Bastille, suivi des rassemblements de Toulouse et de Marseille, qu'on a bien senti , dans les porte-à-porte entre autres, que le discours FDG, le discours de la transformation sociale, était identifié et portait davantage dans l'opinion, le peuple de gauche redevenant sujet de son histoire...

Le succès de la campagne se trouve dans le discours de rupture globale avec le système capitaliste et la délégation de pouvoir, et dans une campagne militante de niveau très élevée, porteuse d'un projet au travers de son programme, et par ce rassemblement du front de gauche...

Le recul aux législatives peut aussi s'expliquer simplement par la déception, le matraquage du vote utile, et la puissance du bipartisme par exemple... Il reste cependant très difficile de savoir ce qui se passe dans l'isoloir et dans la tête du citoyen au moment du vote...

 

le fonctionnement

 

- « Les fonctionnements sont divers : collectifs citoyens, associations... avec des poids différents des orga politiques. Ceci donne une hétérogénéité aux comités locaux des fronts de gauche dans le Finistère...

 

-A Morlaix par exemple, le consensus et l'engagement commun et pluraliste autour de la campagne présidentielle a permis la naissance de l'asso Front De gauche Morlaix. C'est la rencontres de militants se découvrant de nouveau.. ( ...mais où on était passé tout ce temps, on s'était perdu de vue, on s'est retrouvé ! ;-) ) Le travail en commun, l'arrivé de citoyens non-encartés, le déroulement de la campagne dans le consensus, le dialogue, y compris sur des sujets clivants ( NDDL, la centrale à gaz...) et l'écoute de chacun dans le respect, ont stabilisé la cohérence de celui-ci... A la création des statuts on s'est aperçu que le consensus fonctionnait très bien et naturellement depuis les présidentielles, que si un sujet posait problème on pouvait y revenir plus tard, que l'on pouvait aussi le contourner si cela un jour s'avérait nécessaire... Mais le consensus est un ciment car il évite les « frustrations minoritaires »... On a quand même mis une possiblité de vote dans les statuts, mais il doit être très largement majoritaire...

Le désir d'un fonctionnement horizontal répondant à l'engagement citoyen, le « place au peuple », est net, au-delà des « étiquettes », des couleurs politiques... Une vraie relation horizontale des comités locaux, aux comité départemental et national est exigée. Le fonctionnement au consensus est la vraie voie, car elle oblige à l'écoute et au respect de tous, la faiblesse apparente du Front De Gauche est probablement sa plus grande force, quand le processus est vraiment engagé... -Et je n'aimerai pas faire parti de l'orga qui oserai tenter de faire exploser le FDG.. -Non , j'aimerai pas !

 

-L'engagement aux côtés des salariés en lutte, dans la vie sociale, dans l'écoute des problèmes réels des citoyens dans leur vie quotidienne est sûrement un élément du futur succès du FDG et de sa cohérence citoyenne.

-L 'engagement dans la lutte concrète contre la politique environnementale et sociale actuelle, en point d'appui des organismes militants est indispensable.

 

-Le programme « l'humain d'abord » est retenu comme trame. La représentation es qualité, un homme ( une femme) -une voix, adhérent(e) d'un parti ou pas, devrait être la règle, et la représentation des « non-encartés » dans les organismes dirigeants doit se faire jour [ interpellation : « il y en a ! »- moi : - »ah bon ! Je savais pas!-Mais ils représentent qui alors ? »]

bref... doit se faire jour si l'on veut continuer notre politique d'ouverture vers le peuple, afin qu'il se réapproprie le pouvoir politique. La prise de responsabilité doit être possible pour tous.

La dynamisme de la présidentielle a perduré, et continue de se développer, sûrement de manière inégale, mais c'est notre trésor commun ! Les compromissions hasardeuses lors des élections municipales, suivi de près des européennes, pourrait tout renier, tout gâcher définitivement....

 

Les perspectives du front de gauche

 

La politique PS/ EELV recueille évidemment l'unanimité de la critique de l'atelier et radicalise les positions. Très majoritairement, la tendance est au refus de cette politique, et au désir, à la volonté d'un maximum de listes FDG aux municipales, par soucis de cohérence. L 'élection européenne à suivre pourrait gravement en souffrir si l'incohérence était de mise...Il reste évident que les petites municipalités ont plus de difficultés à constituer ces listes FDG, mais le discours de fond est net : Pas d'alliance au 1er tour !

… Et le cas échéant, une alliance au 1er tour avec le P. »S » ne doit pas se faire en portant les couleurs du FDG, mais seulement celle de son parti, éventuellement.

-Et je passe directement cette idée à Pascale, verticalité oblige !...:-)

-Mais il reste que le financement des partis, les positions de pouvoir et la tentations de « sauver » des postes, sont encore sous-jacent...

-Le FDG n'a pas qu'une vocation électorale, il a vocation à fédérer les luttes. Il doit se développer dans le temps long. L'horizon n'est pas demain, mais il est bien à 5 ou 10 ans à minima... Le FDG est notre meilleur outil de réappropriation populaire de la vie politique, et de convergence du mouvement syndical et social. C'est cette réappropriation et cette convergence qui feront la force nécessaire au renversement de la table !

(ensuite c'est plus « tout venant » et libre parole...)

-« autrement euh : - la montée de l’extrême-droite a fixé un temps le débat entre la lutte nécessaire et le risque d'enlisement... la confusion électorale entre battre Sarko ou Hollande est suspensive dans le « ...et alors !? »Ca ne doit pas susciter l 'apathie, la baisse du mouvement social faisant le lit du populisme.

-il faut 2 pieds au front de gauche : la progression électorale et une position de haut-parleur des luttes sociales.

-On a aussi beaucoup évoqué la nécessité impérieuse de formation des militants et d'éducation populaire.

-Le combat sur le terrain , le porte-à-porte a beaucoup été évoqué, mais nous avons aussi à organiser d'autres formes de militantisme sur le terrain, il y a des idées, n'est ce pas ?:-)

-Et face à la médiacratie, n'oublions pas que nous sommes notre propre média, notre meilleur média !

Ah oui, et puis on doit se battre contre le TINA de Tatcher, le « there is no alternative », le « on ne peut pas faire autrement », c'est très important....

 

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 07:58

 

Le Front de Gauche dans le Finistère

 

Pour savoir où nous voulons aller il est important de savoir d’où on vient !

 

2007 Les élections présidentielles :

En 2006, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2007, des collectifs antilibéraux se créent dans le pays en vue d’une candidature unique. Cet épisode se solde par un échec. Les adhérents communistes, par un vote national, confirment la candidature de Marie-George Buffet, avec la volonté de « rallier » les voix de la gauche de la gauche. En réaction, Olivier Besancenot, au nom de la LCR, se déclare aussi candidat. José Bové confirme également sa candidature. Résultat des courses : malgré une participation très importante (abstention : 16%), cet émiettement du courant antilibéral se solde par des scores très faibles, en particulier historiquement bas pour le PCF (1,93%); ce score prolonge une lente érosion amorcée dès les années 70, accentuée par la stratégie du Programme commun et sa participation aux divers gouvernements socialistes sous la présidence de F. Mitterrand. Le NPA, avec une campagne protestataire et verbalement radicale, fait un score honorable de 4,08%, qui lui donnera une appréciation faussée des rapports de forces au sein de la gauche radicale et de la stratégie de convergences qu’il aurait dû amorcer.

Bové : 1,32% ; Laguiller : 1,33%.

Le PS n’arrive pas à s’imposer. S’être aligné sur les thèmes de la droite (sécurité, Europe du capital …) ne lui a pas permis de développer un contrepoids à la politique et à la gestion catastrophiques de la droite.

Le constat est donc qu’après 12 ans de gouvernement catastrophique de la droite et des millions de personnes dans des difficultés accrues, le PS accentue sa dérive vers le centrisme (la droite) ; la gauche radicale, tous mouvements additionnés, recueille un peu plus de 8% des voix exprimées.

Lors du congrès de 2008, analysant ses résultats, le PCF lance à toutes les forces se réclamant de la gauche une proposition de constitution de fronts, pour s’opposer à la politique de Sarkozy.

 

Création du Front de Gauche.

Au plan national, toutes les forces se réclamant de la radicalité sont à un point d’étiage extrêmement bas. Une partie non négligeable de l’énergie de ces forces ayant été tournées vers une concurrence entre elles, les électeurs ne se sont pas retrouvés.

Face à cette quasi-disparition des formations à la gauche de la gauche, le PCF, le Parti de Gauche nouvellement créé par des militants de l’aile gauche du PS et la Gauche Unitaire décident de créer le Front de Gauche. Meeting de lancement : mars 2009. Il est à noter le refus du NPA de s’associer. Ce groupement a l’ambition de s’élargir à d’autres formations et à dépasser l’addition des forces mobilisées par chacun des participants, pris séparément.

 

Depuis son lancement, quel écho dans la population ? Peu d’instrument pour le mesurer sinon un certain nombre de scrutins électoraux qui, les uns après les autres, ont montré que la dynamique du FdG n’a cessé de grandir et que ce dernier s’est progressivement installé comme une forme politique nouvelle, avec laquelle il faut désormais compter.

 

2009 Elections européennes : nationalement le FdG recueille 6,47% des voix ; 5 élus.

 

2010 Elections régionales : nationalement 7,49%

Dans la région Bretagne, plutôt que d’essayer de relancer une activité des Collectifs antilibéraux – opération certainement difficile après l’amertume suscitée par les péripéties de l’élection présidentielle -, les dirigeants du PCF prennent l’option de négocier, contre l’avis d’une partie importante de ses militants, une participation sur la liste du PS dès le premier tour. Une liste concurrente est présentée au nom du FdG.

Le PCF perd un siège au Conseil régional, celui du secrétaire fédéral (conseiller sortant) du Finistère.

 

 

2011 Elections cantonales : nationalement 10,38%

Malgré un taux d’abstention important les résultats montrent le bien-fondé de la stratégie du FdG. Des résultats encourageants sont obtenus: nationalement 10,38% sur l’ensemble des cantons où le FdG présentait des candidats. Dans le Finistère il arrive que le FdG se retrouve en deuxième position face au PS, plus souvent en troisième position derrière le PS et l’UMP (ou équivalent) avec des scores dépassant souvent les deux chiffres.

Dans de nombreux endroits, les campagnes du FdG ont développé des argumentations précises, particulières (non généralistes) avec des actions de proximité, sur des problèmes que se posent effectivement les gens. Il est apparu que cette campagne commune n’avait en rien desservi les différents partenaires et qu’au contraire une synergie tendait à apparaître. Il est apparu (timidement) un autre phénomène qui est une participation plus grande de personnes non affiliées aux partis créateurs (non encartés) à la campagne électorale, mais également au-delà, en exprimant une volonté de poursuivre en dehors des phases électorales.

La caractéristique nouvelle de cette participation individuelle dénote-t-elle la volonté exprimée de prendre part aux responsabilités ?

 

Depuis sa création le cartel de départ n’a cessé de s’élargir, puisqu’il compte maintenant 9 composantes, y compris avec des militants démissionnaires du NPA mécontents de la stratégie isolationniste de leur ex-formation.

Et puis nous avons vécu les 2 séquences électorales de 2012, qui méritent qu’on s’y attarde quelque peu car elles sont riches d’enseignements à tirer.

 

 

2012 Elections présidentielles et législatives :

Les composantes du FdG se sont mises d’accord sur un candidat unique – J.L.Mélenchon – et un programme : l’Humain d’abord.

 

Présidentielle :

 

Pour la première fois un mouvement, au départ cartel de partis politiques, posait à travers les différentes interventions médiatiques de Mélenchon, non pas la problématique de réforme du système institutionnel en place mais la rupture avec celui-ci, l’insurrection civique (même si le mot civique en atténuait le contenu).

Ce qui était placé en avant était l’intervention du peuple comme moteur et dirigeant du mouvement social et politique qui commençait à émerger. Nous sommes passés d’une campagne au départ classique, c'est-à-dire partitaire, à la montée d’un fort mouvement populaire qui ne posait plus seulement le problème en terme revendicatif, de demandeurs et de futurs délégataires mais comme une force désireuse de prendre en main son avenir.

Cela a abouti au gigantesque meeting de la Bastille, gigantesque par le nombre mais aussi et surtout par l’énorme volonté populaire qui prenait corps. Par l’énorme besoin de lien et de solidarité qui se faisait jour, par la convergence des couches différentes de la société : classe ouvrière (eh oui, elle existe), cadres et couches moyennes, des femmes et beaucoup de jeunes que l’on ne voyait plus guère dans les manifestations de gauche, des émigrés. A travers eux se posait en force le besoin d’égalité et de dignité. Et peut être surtout une population qui en ne reniant pas ses appartenances politiques quand elle en avait, posait fortement la nécessité de se rassembler au-delà du cartel de départ et surtout la volonté pour ceux qui n’étaient pas encartés de trouver leur place, toute leur place dans le mouvement naissant.

Problème loin d’être résolu ; n’est-ce pas là un des enjeux importants pour l’avenir du FdG ?

A ce moment les sondages donnaient 14 à 15% voire plus pour le FdG. Il est évidemment nécessaire de prendre ces sondages avec beaucoup de prudence quand on sait qu’ils sont façonnés autant que façonneurs de l’opinion. Néanmoins c’était des indications montrant que le mouvement en cours était beaucoup plus que la somme de ce qu’étaient capables d’engendrer séparément les différentes composantes du FdG.

Les manifestations de la Bastille, Toulouse et Marseille ont montré une force symbolique montante, soutenu par des dizaines de milliers de personnes sur place et un fort mouvement de sympathie en France. Cela a créé un choc.

Les propos ironiques de la droite couvraient mal sa peur et elle a aussitôt commencé à comparer le mouvement montant à la révolution française, c'est-à-dire à ce que les cours d’histoire (écrits depuis des décennies voire des siècles par l’idéologie bourgeoise et capitaliste) ont laissé dans les têtes des gens : la violence et la terreur.

Le PS a eu également peur. Pour la première fois ceux qui se réclamaient d’une gauche radicale sans compromis avec le capital et la finance commençaient à dépasser les esprits de clochers, poussé par un mouvement populaire montant. Une force réelle ayant un poids commençait à faire converger la gauche non sociale-libérale et créait même des remous au sein de celle-ci. Le risque pour sa politique d’accompagnement de la politique libérale devenait plus grand et la liberté de manœuvre moins large.

A propos de gauche radicale, n’est-il pas urgent d’analyser et approfondir ce que radicalité veut dire ?

Notons également que dans la radicalité affichée par le FdG en général, la question de la remise en cause fondamentale des rapports d’appropriation des fruits du travail, c'est-à-dire la question de la remise en cause du capitalisme n’a-t-elle pas été par trop absente ?

 

Mais aussi, autre question que certains posent : les composantes partitaires du FdG n’ont-elles pas également eu peur du mouvement qu’elles étaient en train d’engendrer ?

Comme certains ont eu peur du mouvement de 1968, de ce que créait le refus populaire lors du référendum sur la constitution européenne, ou de ce qui montait du mouvement pour les retraites - et ont essayé de les canaliser, leur faisant perdre leur potentiel d’énergie et d’innovation? Nous entrions dans l’ère de l’incertitude et du non contrôlable.

Dans les jours qui ont suivi la Bastille, le FdG a complètement réorienté son axe de campagne politique en faisant du combat contre le FN sa priorité. Le FdG entrait alors dans une campagne classique, abandonnant ce qui faisait sa force d’attraction : la radicalité, la primauté au mouvement des citoyens, sa remise en cause fondamentale de l’institutionnel c'est-à-dire le contenu même de la notion d’insurrection civique.

A partir de là, le FdG a baissé dans les sondages (gardant paradoxalement une audience importante dans les couches moyennes) et donnant ainsi une prise plus grande au vote utile dont a bénéficié le PS, l’objectif primordial devenant : «virer Sarkozy avant tout et on verra ensuite». C’était une condition nécessaire mais certainement pas suffisante. Le score du FdG a été de ≈11%, bon score par rapport aux désastres enregistrés au paravent par le PCF et autres composantes de la gauche de la gauche (hors du sursaut momentané du NPA).

 

Les élections législatives

 

L’abstention

L’abstention : globalement 40% au premier tour, 44% au second. Ce chiffre est un des plus importants enregistrés pendant la 5è République. De scrutin en scrutin ce chiffre augmente et même à la présidentielle, élection où les électeurs se sentent les plus impliqués, l’abstention est forte et nous ne sommes plus depuis longtemps dans le domaine du pêcheur à la ligne. Que traduit cette abstention massive ?

Elle traduit pour certains la méfiance à l’égard de la politique, le sentiment qu’ils ne peuvent pas peser sur les décisions nationales ; certainement aussi l’expression, car c’est une expression, de personnes qui ne se reconnaissent plus dans le système institutionnel, qui n’ont plus envie de déléguer leur pouvoir. Mais aussi sans doute parfois l’expression que les élus nationaux sont vécus comme inutiles dans le système constitutionnel actuel – voire le vote du Congrès contre le résultat du référendum sur la constitution européenne.

 

Le FdG

Il perd entre la présidentielle et les législatives une moitié environ de ses voix. Il est probable qu’une partie de ses électeurs se soit reportée vers l’abstention doutant de l’utilité de ce scrutin et vers le vote utile dès le premier tour. C’était le prix à payer d’une campagne qui avait «oublié» la Bastille.

Le premier tour de la législative a confirmé toutes les tendances de la présidentielle même si le mode de scrutin inique en déforme les représentations électives. Du coté du FdG, le report des batailles au niveau des circonscriptions a fait perdre la lisibilité nationale qui avait été acquise. La polarisation de la campagne sur le risque représenté par le FN n’a-t-il pas été une erreur politique tant il est vrai et tout le prouve aujourd’hui que la cause principale de la crise est le capital et le système financier ?

Chacun s’est retrouvé à mener au mieux sa campagne au niveau de sa circonscription et financement publique des partis obligeant, a mené une campagne partitaire classique où sauf rares exceptions le peuple ne trouvait plus sa place. Nous retrouvions en de nombreux endroits, défaut difficile à corriger, les campagnes de promesses qui n’engagent que ceux qui les croient.

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Quelles perspectives ?

 

La référence du Front de Gauche à une 6ème République n’arrive pas, à ce jour, à contrebalancer l’ancrage idéologique, hérité d’un siècle d’histoire, sur un fonctionnement de la société sur un mode institutionnel délégataire qui, dans une certaine mesure, confisque aux citoyens une véritable possibilité d’intervention dans les affaires de la nation.

Le mode de financement public des partis (mis en place par Mitterrand et refusé à l’époque par le PCF) amplifie cette tendance. Outre qu’il rapporte plus aux partis riches et puissants, il tend à asphyxier les petites formations prises dans des campagnes dispendieuses (porté au paroxysme aux USA). Ce financement tend à couper les partis de leurs bases militantes et sympathisantes, et conduisent à des pratiques de négociations électorales passant souvent par-dessus la tête de leurs militants et plus largement des citoyens.
La politique droitière de Hollande met sous tension la gauche de la gauche qui peut difficilement accepter ces remises en causes fondamentales (Europe, droit du travail français) et la tentation de ménager le PS à la veille des municipales pour tenter de sauver quelques postes d’élus (tactique illusoire comme l’illustre ce qui ce passe dans le 93 pas exemple).

La nécessité d’ouvrir la vie et la prise de responsabilité au FdG à des personnes non encartées n’est-elle pas devenue plus pressante parce qu’il est clair que la mise en œuvre d’une politique recueillant l’adhésion de larges couches populaires ne peut être décrétée et animée par quelques formations sans y associer largement tous les gens qui se sentent concernés par une rupture radicale avec la politique libérale. Sur le principe, cette nécessité est soutenue par l’ensemble des formations du FdG. Dans la pratique c’est moins simple et tout est à inventer.

 

Si l’on pense faire la politique avec les gens – comme sujets – alors c’est l’organisation de base qui sera déterminante.

 

Il est donc évident qu’il y aura une large part à accorder à l’expérimentation et à l’incertitude qui en découle.

 

Les Collectifs et associations FdG : quel rôle ?

Avançons quelques idées. C’est à ce niveau que pourront être développées des stratégies adaptées dans les domaines de la santé publique, l’agriculture, des services publics ou les interventions adaptées dans les divers conflits sociaux (Doux, Boutet-Nicolas …). Il est clair que les préoccupations économiques, sociales et politiques sont certainement différentes à Douarnenez et à Carhaix. Associer les gens implique un contact au plus près d’eux et dans ce cas les mots d’ordre politiques passe-partout n’ont aucune utilité.

Pour la phase politique de préparation des municipales qui va s’ouvrir à la fin de l’année ou au début 2013, un engagement du FdG va dépendre fortement de l’action menée au long cours – les gens en ont ras le bol des promesses électorales – et que les stratégies singulières qui seront adoptées dans chaque localité ne pourront être menées à bien que par des Collectifs ou associations FdG vivants, au courant des problèmes et bien ancrés dans la population. La qualité et la pertinence des candidats retenus seront d’autant plus grandes que l’on saura sortir du cercle trop restreint des militants dévoués, accommodés à toutes les sauces de la politique et de la vie associative.

 

La coordination départementale : quel doit être son rôle ?

Le rôle de la coordination n’est-il pas de faire circuler au maximum les informations, propositions, idées provenant des collectifs locaux ?

- de faire circuler l’information du local au régional et national et réciproquement.

- de coordonner et faire converger, quand cela est possible, sur des manifestations permettant de globaliser le problème et les alternatives qui en découlent.

- de travailler avec les collectifs pour les propositions des candidats aux élections départementales, régionales et législatives ;

- et enfin, comme le travail dans les collectifs au plus près des gens et des problèmes ne peut seulement s’appuyer sur des mots d’ordre ou du pragmatisme, il sera nécessaire de mettre sur pied une ou des structures de formation pour permettre aux militants d’acquérir les connaissances nécessaires à la résolution des problèmes complexes qu’ils ne manqueront pas de rencontrer : l’éducation de masse – universités populaires … - n’est-ce pas la rançon à payer pour être une force radicale de proposition et d’action ?

 

Quelques pistes de travail et d’organisation

- Les élections sont des moments singuliers de la vie politique mais la crise, les licenciements, les problèmes de santé publique, la remise en cause de droits du travail frappent tous les jours les salariés, les citoyens. Ne faut-il pas s’attacher à créer des structures et une information locales permettant le contact permanent avec tous nos concitoyens ?

- La crise agresse tous les citoyens et tous les secteurs de la société. Ne faut-il pas entrer en contact (réel effectif) avec les différents acteurs de la société sur tous les sujets concernant l’environnement réel des gens (agro-alimentaire, paysans, médecins, enseignants et parents d’élèves …) ?

- Si nous souhaitons que les gens soient des acteurs responsables ne faut-il pas leur donner la parole, ouvrir les débats dans nos publications et ne pas parler à leur place ?

- Tout le monde sent que le FdG, cartel de partis au départ, doit s’ouvrir largement. Il devient nécessaire de trouver un équilibre et une dynamique permettant à tous ceux qui veulent s’impliquer de le faire et de compter pour un. C’est plus facile à dire qu’à faire.

Comment trouver un équilibre entre les partis ou associations membres du FdG et les citoyens non encartés ; équilibre permettant que tous s’y sentent à l’aise et y apportent sa richesse ?

- Dans cette démarche d’ouverture, les collectifs et associations FdG ne sont-ils pas des laboratoires sociaux au plus près des citoyens ? Ne sont-ils pas moins porteurs de rigidité car plus près d’une démocratie citoyenne ? Comment faire en sorte que l’inconnu, l’incertitude que sera forcément une expérience sociale nouvelle ne soit pas vécu avec crainte par les principaux intéressés (sauf les riches, les financiers et quelques autres) car tout ce qui est connu à ce jour est porteur de désastre ?

N’est-il pas nécessaire de prendre le temps de la réflexion et de la construction pour adapter cette démocratie citoyenne et cette souplesse à des échelons tels que la coordination départementale et régionale ?

- Parce que la crise touche tous les aspects de la société, l’action sociale, économique et politique devient plus complexe et nous ne pouvons plus nous contenter de mots d’ordre et de coups électoraux voire d’engagement sans stratégie et sans connaissance de fond dans les mouvements sociaux (Doux, Boutet Nicolas …). Quels sont les moyens dont doit ce doter le FdG au niveau du département pour développer la formation et l’information de ses militants ?

Cette responsabilité n’est-elle pas une des tâches centrales de la coordination départementale ? Quel rôle peut-elle jouer dans la diffusion de films tels que «le grand retournement» de Lordon et Mordillat ? N’y a-t-il pas un programme de débats sociaux, économiques, philosophiques voire scientifiques (problèmes de l’environnement, de l’énergie …) à mettre sur pied ?

- Dans ce fonctionnement forcément particulier, dans les expériences multiples et les besoins d’informations variées de chaque collectif ou association FdG, la coordination départementale ne doit-elle pas avoir un rôle à la fois de passage de l’information (structure horizontale du FdG) et d’aide à la mise en cohérence et à la convergence des actions décidées au plus près des gens pour leur donner une résonance plus globale ?

- Comme en 2014 se profilent quelques échéances électorales n’est-il pas nécessaire de se poser et de poser à nos concitoyens la question «à quoi servent les élus ?» ?

Leur rôle est-il de gérer les institutions et la crise (en prime !) ? Convaincus de l’aspect néfaste de la pratique délégataire, comment pratiquement faire en sorte que la relation élus (et candidats) et citoyens soient directe, égale, constante et responsable des deux cotés ?

Quels rôle doivent et peuvent jouer les élus pour que leur contribution à la lutte apporte à la fois une amélioration des conditions de vie des citoyens et fasse avancer vers la remise en cause globale (au plan national et international) du système générateur de ces désastres : le capitalisme ?

Quels moyens se donne le FdG à l’échelon départemental pour aider les collectifs et associations FdG ainsi que les amis(es) et camarades qui seront les candidats dans ces batailles électorales ?

Enfin, un détail qui a son importance : quels moyens financiers matériels comptons nous mobiliser pour nous permettre de mener cette lutte tous azimuts ?

 

Christian Vermeulin et Marcel Tilly

Collectif FDG du Pays de Rosporden

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 05:30

 

Rencontres du Front de Gauche Finistère

Alternative à l'austérité

30 mars 2013

 

La Transition Ecologique

 

Guy Ledem, Michèle Hergoualc'h, Dominique Resmon

 

 

Introduction :

J'ai un pote qui a eu sa toiture à refaire, la charpente, les tuiles. En bon écolo il s'est dit autant faire des travaux d'isolation. Il s'est donc rapproché de plusieurs entreprises et les devis sont arrivés...

Le devis minimum se montait à 30,000 euros...

Il s'est trouvé face à un problème de financement, sa banque refusant de lui accorder un prêt du fait de sa précarité professionnelle. Il a donc fait le choix de s'en tenir juste à sa toiture en fonction de son budget en empruntant auprès de ses copains et en réalisant une partie des travaux par lui même.

A partir de cette expérience, je me suis dit qu'elle est la situation sur le Finistère ?

Le Finistère compte en ce début d'année 2013 environ 900,000 habitants soit 350,000 foyers (de 1 à plusieurs individus)

75% des Finistériens vivent en zones urbaines

25% en zones rurales

Sur ces 350,000 foyers

80% vivent en maisons individuelles soit 280,000

20% en habitats collectifs soit 70,000 foyers)

Les prospectives tablent sur environ 1,000,000 d'habitants vers 2025 en Finistère. Environ 75% des besoins des besoins d'habitations pour 2050 existent actuellement.

On peut donc estimer le nombre de logements en habitat individuel ou collectif à construire entre 50,000 et 75,000 dans les 40 prochaines années en envisageant d'une part une baisse du nombre moyen d'individus par foyer une augmentation de la population et son vieillissement, une forte demande sur l'habitat individuel en zone urbanisée en particulier sur le littoral finistérien, un renouvellement d'une partie du parc d'habitations.

Sur les 280,000 maisons individuelles existantes en ce début d'année 2013, environ 8,000 feront l'objet dans l'année d'une rénovation de leur toiture soit 4% pour un besoin estimé réel de près de 25,000 habitations

Sur ces 8,000 rénovations seules 10 % soit 800 s'accompagneront d'une véritable isolation de la toiture, des combles

90% soit 7,200 des 8,000 rénovations de toitures n'intègreront pas cette dimension isolation...

Le coût moyen TTC d'une réfection de toiture par une entreprise professionnelle est estimée à 15,000 euros, le coût moyen d'une rénovation de toiture avec isolation est estimé à 25,000 euros

Si je dois tirer un fil de cette courte introduction, il me faudra constater que tout se place actuellement sous le rapport de l'argent, le rapport capitaliste de l'offre et de la demande.

 

La transition écologique c'est donc apporter un regard neuf et une réponse humaine à une double impasse : celle des modes de production et des modes de consommation qui épuisent à la fois l'être humain et la planète

 

Les responsables de cette double impasse sont le capitalisme et le productivisme.

 

Le capitalisme:

faire de toute chose une nouvelle sources de dividendes, de profits

creusement des inégalités

dégradation de notre environnement

augmentation et délocalisation des pollutions

altération de l'écosystème, dérèglements climatiques

mondialisation, globalisation des systèmes productifs

faire payer ses crises par les peuples, les salariés, les retraités, par l'austérité

 

Le productivisme

épuisement des ressources naturelles

épuisement des hommes

idéologie consuméristes, mercantile

élévation de l'(accumulation matérielle et financière

 

les vrais coupables

l'oligarchie capitaliste et financière

les gouvernants libéraux soumis à cette oligarchie et aux lobbies , multinationales

les idéologues de la concurrence libre et non faussée

du capitalisme vert, du libre échange

 

La transition écologique

est une alternative pour sortir de la crise imposer l'intérêt général

partage des richesses

nouvelle économie fondée sur les besoins sur la sobriété

préservation du climat de l'Écosystème de la biodiversité

respect des êtres humains

 

Car l'être humain est d'abord partie intégrante de l'écosystème dans lequel il vit.

Il n'y a qu'un seul écosystème global compatible avec la vie humaine

 

1 seul écosystème : 1 seule planète

qui a vu passer sa population de 1 milliard en 1900 à 7 milliards d'habitants en 2012 avec une perspective annoncée de 10 milliards vers 2025.

 

La transition écologique allie l'économique, le social, la culture, l'humain.

 

Elle doit être pensée comme un nouveau projet politique réalisant la synthèse d'une écologie nécessairement anti-capitaliste, d'un socialisme débarrassé de ses logiques productivistes.

 

C'est une projet d'une société alternative au capitalisme, alternative à l'austérité pour les peuples

 

C'est un projet pour développer le progrès social, mettre fin aux saccages qui touchent l'environnement et notre écosystème, mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme

 

C'est prendre en compte les besoins humains sur le long terme et les limites de la planète

 

C'est repenser l'utilité sociale des productions, nos manières de consommer, redéfinir nos besoins réels, la finalité des produits et la manière de les produire

 

Il nous faut d'abord rejeter les impasses idéologiques, le mensonge du capitalisme vert

l'impasse sociale libérale démocrate.

 

Le libéralisme n'est pas compatible avec une réelle vision de l'écologie

le libéralisme épuise l'écosystème épuise la planète il culpabilise les individus

il cache la responsabilité majeure du productivisme et du capitalisme

il refuse de voir l'exploitation des hommes, le pillages des richesses, l'écrasement des pays

 

le libéralisme repose sur une croissance sans fin

des productions et de la consommation matérielle globale;

il maintient la puissance du capital financier

il fait croire à une répartition de la richesse grâce aux fruits de la croissance

il développe sans fin l'accumulation du capital entre les mains d'une oligarchie minoritaire

 

La transition écologique c'est le renouvellement et la mise à jour du socialisme de notre temps

au travers du partage de la richesse

de la démocratisation des pouvoirs

de l'éducation globale

 

Ses méthodes sont

la radicalité concrète

la planification écologique

la révolution citoyenne

la participation citoyenne

 

Ce qui est bien en cause c'est l'accaparement des richesses sur un modèle d'expansion infinie qui est la voie vers un suicide de l'écosystème et de la civilisation humaine

 

la transition écologique doit penser le bien vivre social ensemble

avec un impératif: que chaque être humain puisse accéder aux biens pour satisfaire ses besoins fondamentaux

 

A partir de là la relance des activités d'intérêt général est indispensable mais ce n'est pas une relance de la croissance économique aveugle.

 

Il faut d'abord répondre aux urgences sociales et collectives en tenant compte de la préservation de l'écosystème des ressources naturelles, du climat.

 

La transition écologique c'est donc d'abord de mettre l'économie aux services des besoins humains.

 

 

Pour cela il faut en finir avec la politique de l'offre défendue, imposée par les libéraux:

produire tout et n'importe quoi en l'écoulant sur les marchés par des dépenses publicitaires considérables avec comme logique:

l'augmentation des profits par un système prêt à tout

produits programmés pour tomber en panne espérance de vie réduite des produits

effets de mode

gâchis

déchets

pollutions

 

La transition écologique veut donc inverser ces logiques

en mettant en adéquation le système productif

avec les impératifs humains et environnementaux

 

La base repose sur la fin du capitalisme, du libéralisme,

la fin de la dictature des intérêts particuliers

et de la propriété privée des moyens de production.

 

 

La transition écologique doit donc prôner

l'appropriation sociale des moyens de production

des propositions alternatives d'économie sociale et solidaire, l'autogestion, les coopératives

les services publics

comme elle doit prôner la réduction du temps de travail

se fixer comme objectif

le plein emploi

le progrès social et humain

 

A partir de là

il faut refonder en profondeur

notre système de production

re-localisation des activités

ré-industrialisation écologique

reconversion de l'outil industriel

redistribution du travail

répondre aux besoins non satisfaits

répondre aux besoins humains

développer les recherches et filières vertes

pour réduire notre dépendance aux ressources épuisables

développer et transformer les emplois

 

Parler de transformation écologique

 

C'est parler de rupture civilisationnelle

c'est agir avec le plus grand nombre

c'est faire converger les luttes

et les expériences de projets alternatifs et environnementaux

 

La reconversion écologique se fera avec les salariés, les retraités

ceux qui portent les projets dans le sens de l'intérêt commun

 

l'adversaire ce sont bien les actionnaires , les financiers,

les multinationales, les oligarques, le capital

 

Le Front de Gauche combine déjà propositions (l'humain d'abord),

présence dans les luttes sociales

résistances

aux côtés de ceux qui s'impliquent

dans le développement d'expérimentations et d'alternatives concrètes,

auprès de ceux qui défendent les services publics et les biens communs

 

C'est sur cette bas que nous devons travailler

à la prise en compte du temps long et de la maîtrise publique.

 

C'est sur cette base qu'il s'agit de mettre en œuvre

une «planification économique et sociale, écologique et humaine»

 

C'est sur cette base qu'il s'agit de placer la maîtrise publique

sous le contrôle des citoyens, des travailleurs, des retraités et des usagers, de la population.

 

 

C'est donc un mélange d'intervention populaire, de révolution citoyenne, d'utopisme révolutionnaire, de démocratie citoyenne auquel nous aspirons.

 

La Plan écologique doit donner la possibilité à tous les niveaux,

du local au global d'organiser la bifurcation

vers un autre mode de développement,

en interrogeant

nos besoins,

la production,

l'échange et la consommation

l'utilité sociale et écologique

les financements

 

A partir de là nous devons jeter un regard neuf

sur l'éducation publique,

l'éducation populaire,

l'élévation des connaissances

l'intervention des salariés dans la gestion des entreprises

l'intervention populaire dans les affaires publiques

 

Là se trouve donc le lien entre

partages des richesse

transition écologique

nouvelle république et démocratie

rôle et force du Front de Gauche

 

Notre projet réaffirme le rôle des collectivités et services publics

du local au global pour planifier la rupture

et la construction de nouveaux rapports sociétaux

garantir l'égalité d'accès aux droits fondamentaux

pour tous partout

 

Ménager le territoire

limiter l'étalement urbain

mais aussi la concentration des populations

en finir avec la concurrence des territoires

prôner un nouvel urbanisme rapprochant les fonctions indispensables

au bien vivre commun :

services publics

santé

éducation

logement

travail

culture et loisirs

biodiversité

agriculture

 

redonner une dimension publique

au vivant

aux biens communs comme

l'eau

le savoir

les services publics

les transports

la culture...

 

Notre bataille sera culturelle et idéologique par l'éducation populaire

pour redonner du sens à la citoyenneté

à l'intervention populaire

 

Notre bataille sera politique pour faire sauter le carcan des traités libéraux autoritaires

qui contribuent à l'épuisement des ressources naturelles

à l'exploitation des hommes

à l'affaiblissement social des pays développés

au pillage des peuples du sud

 

En finir avec le libéralisme et l'austérité

c'est maîtriser et orienter le contenu de la production et des échanges

vers des objectifs de progrès humain

 

C'est un combat internationaliste, planétaire

je le rappelle : une seule planète

un seul écosystème compatible avec la vie humaine pour 7 milliards d'hommes et de femmes

 

Les décisions prises à un endroit de la planète ont maintenant des répercussions partout ailleurs.

 

Il nous faudra porter ce combat internationaliste pour que convergent les savoirs, les expériences et les méthodes mises en œuvre.

Notre projet de transition planification écologiste devra pouvoir être porté par un forum social international.

 

Le projet du Front de Gauche

implique une refonte radicale des institutions, des rapports de classe

il exige une démocratie réelle de la souveraineté populaire

une réappropriation de l'initiative politique et citoyenne

un nouveau regard sur les choix économiques sociaux humains

 

Le projet veut donner le pouvoir à chacun

non pour l'intérêt d'une catégorie sociale ou d'un particulier

mais pour le bien de tous les êtres humains.

 

C'est une voie nouvelle profondément démocratique avec notre peuple

 

Le peuple n'est pas le problème: il est la solution!  

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 04:40

 

Rencontres départementales du Front de Gauche

 

 

014

                                                                              Noëlle Péoc'h et Daniel Ferrenbach 

 

Introduction d’ouverture aux travaux  de l’atelier « Démocratie » - Daniel Ferrenbach

 

Dans son livre : « l’Humain d’abord », le Front de Gauche énonce un certain nombre de propositions pour sortir de la crise du système capitaliste, pour une véritable émancipation des individus, dans une république nouvelle qui implique une intervention populaire permanente.

 

Cela passe par un processus constituant, devant déboucher, à terme, sur une assemblée constituante d’une VIème République. Toutes les actions et toutes les propositions du Front de Gauche s’inscrivent dans ce processus, que nous voulons en lien permanent avec le mouvement social.

Traiter de la refonte des institutions nationales ou, plus généralement d’une nouvelle constitution républicaine, c’est traiter des conditions d’un fonctionnement démocratique d’une société d’hommes et de femmes où les notions de liberté, d’égalité et de fraternité ne s’arrêtent pas à la porte des entreprises, aux guichets des administrations, à l’entrée de l’université ou aux barrières des discriminations.  

Mais cette constitution nouvelle, à laquelle nous aspirons, ne pourra être vraiment démocratique que si l’ensemble de la nation participe à son élaboration. Cela veut dire que ce n’est pas seulement un projet venu d’une assemblée, fut-elle constituante, qui sera soumis à débat dans le pays, mais bien le débat du peuple qui fournira les matériaux et participera de bout en bout à l’élaboration cette constitution.  

Cette proposition est à l’image du Front de Gauche, elle est ouverte à l’implication populaire. Non seulement parce qu’elle touche à notre rapport aux institutions européennes et nationales, mais aussi à celles des institutions locales.  

Dans cet esprit, nous vous proposons d’organiser notre atelier en traitant de la question de la démocratie, à partir d’exemples concrets, examinés sous ses différents aspects, notamment :

 

  • droit fondamental

  • institutionnel

  • économique

  • social

  • culturel

  • écologique

 

Sous ces différents aspects, nous pourrions par exemple, examiner :

 

- l’eau un bien public universel et les DSP: droit à l’eau, son prix, sa nécessité sanitaire, sa place dans notre culture, sa dimension écologique, l’emprise des multinationales, etc.

- l’affaire « Doux » et l’avenir de la filière avicole : les aides publiques, l’emploi, quelle maîtrise de la filière avicole, l’autogestion, le rôle possible des comités d’entreprises, des élus locaux, les conséquences de la PAC, etc.

- la transition énergétique, le projet d’usine à gaz: le droit à l’énergie, le respect de l’environnement, les énergies propres et renouvelables, les coûts pour les usagés et les collectivités, énergie – développement économique – emplois, etc

- élections municipales et démocratie locale: le droit de vote pour tous, démocratie participative, élaboration collective des projets, conseil municipaux de quartier, fonctionnement des municipalités, les compétences des fonctionnaires territoriaux au service de la démocratie locale, respect des droits des fonctionnaires territoriaux, l’apprentissage de la démocratie à l’école – dans la vie associative – dans les quartiers, etc

- la solidarité internationale, la Paix et les collectivités locales

- du national au local, les associations de solidarité internationale, les jumelages, les projets économiques spécifiques, liens avec les populations immigrées ou issues de l’immigration, le mise en valeur des différents apports culturels, etc.

- manque de démocratie dans les décisions relatives à l’armement et au désarmement, aux engagements militaires extérieurs, comme au manque de démocratie à l’égard des militants anticolonialistes et anti-impérialistes.

- ou autre sujet…

 

Ainsi, chaque sujet nécessite un examen approfondi sous ses différents aspects. Pour cela il existe grosso modo deux grandes manières de procéder. La plus courante est celle qui nous est servie chaque jour par la plupart des élus, des journalistes et de leurs experts en tous genres. C'est-à-dire ceux qui sont censés connaitre les problèmes et les bonnes solutions, à tous les niveaux, y compris au niveau local. Cela bien sûr au nom de la légitimité des élus issus du suffrage universel.

La seconde est celle qui consiste à élaborer les projets avec les intéressés eux-mêmes, par le dialogue, la transparence, le partage et une conception du service public qui soit une véritable restitution de services AU public. Ce qui suppose non seulement de mieux utiliser les moyens démocratiques existants, mais aussi de créer, d’inventer avec les intéressés eux-mêmes, les formes de concertation, de participation, de co-élaboration correspondant à chaque problématique, à chaque projet, en tenant compte de leur importance à l’échelle d’un territoire, d’une branche d’activité ou d’un domaine culturel.

 

Ceci étant posé, et si vous en êtes d’accord, nous pourrions organiser notre atelier de la manière suivante. Noëlle PÉOC’H tiendra le rôle d’animatrice, assistée par Jean-Louis GRIVEAU. Yves Jardin fera la restitution.

 

015016

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 07:29

Capitalisme, Science et Humanité

 

Capitalisme, libéralisme, économie de marché.

Comment les banques ont entraîné les Etats dans leur chute.

Quelles conséquences sur les sciences: Notre humanité en danger!

 

Conférence/ débat

 

Mardi 9 avril 2013- 20h30

Espace du Roudour - Saint Martin des Champs

Entrée: 5 euros - billeterie au 02 98 15 20 90

 

Avec:  

Jacques Testart

biologiste, directeur de recherche honoraire à l'INSERM, président de la fondation SCIENCES CITOYENNES. 

Testart

 

Paul Jorion

Anthropologue, sociologue, spécialiste de la formation des prix

Paul Jorion 07 par Quentin Caffier

 

Débat animé par

Agnès Sinaï,

Journaliste indépendante (Monde diplomatique, La Revue Durable, Entropia...), maître de conférence à Science Politique Paris, co-fondatrice de l'Institut Momentum.

 

Cette soirée annonce le Forum Economie Responsable FER

qui aura lieu les 19 et 20 Octobre 2013 à l'Auberge de Jeunesse de Morlaix.

 

Organisé par:

 

ATTAC

adess pays de Morlaix

CPIE pays de Morlaix-Trégor

RESAM

 

en partenariat avec:

 

Bretagne Durable

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 07:22

Article de l'Humanité.fr:

 

Bis repetita. Après la journée d'action du 5 mars dernier, les trois organisations syndicales allient leurs forces pour manifester contre l'accord national interprofessionnel (ANI) de sécurisation et flexibilité de l'emploi, dont la transposition dans un projet de loi sera examiné ce jour-là à l'Assemblée nationale.

Les deux centrales non-signataires de l'ANI qui a été paraphé par le Medef, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, et Solidaires, ont toutes trois appelées ce mardi à se mobiliser dans quinze jours contre ce projet de loi qui sera examiné au Parlement en procédure d'urgence -une seule lecture dans chaque chambre- et après le vote de l'Assemblée, il sera en débat au Sénat.

Rencontres avec les parlementaires

"Pour la CGT, le changement de cap en matière de politique d’emploi et de garanties sociales pour les salariés est d’une absolue nécessité. C'est pourquoi, après la forte mobilisation du 5 mars qui a réuni 200.000 manifestants, la CGT appelle l'ensemble des salariés du privé comme du secteur public, des retraités et des privés d'emploi, à une nouvelle journée de grèves et de manifestations le 9 avril" pour "empêcher la transposition dans la loi du contenu de l'accord du 11 janvier", indique la centrale dans un communiqué.

Cette dernière explique en parallèle poursuivre "les rencontres avec les parlementaires dans les tout prochains jours afin de leur démontrer la nocivité de l'accord pour les salariés et son inefficacité en matière économique."

Régression

Dans un communiqué, Force ouvrière "appelle ses structures et militants à participer aux rassemblements et actions qui auront lieu le 9 avril" et estime que "l'accord du 11 janvier, comme le projet de loi actuel, constituent une régression des droits sociaux".

FO poursuivra aussi ses "démarches auprès des parlementaires".

L'union syndicale Solidaires appelle également dans un communiqué salariés et chômeurs à "participer massivement" à la journée d'action du 9 avril : "Il s'agit d'amplifier et d'élargir la mobilisation après la réussite de la première étape du 5 mars pour montrer notre détermination au gouvernement", indique Solidaires dans un communiqué.

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 07:15

 

Ce n'est pas le laborieux exercice de justification de ses choix politiques auquel s'est livré ce soir le Président de la République qui peut convaincre le pays. Tout le monde voit que l'austérité mène à l'échec ici comme dans toute l'Europe. Mais le Président persiste et signe. Pire, il annonce une année 2013 de hausse continue du chômage, un nouvel allongement de la durée de cotisation des retraites, et sur l'Europe il propose d'aller plus vite dans les sanctions infligées aux peuples en prenant Chypre comme exemple !

Les mots de François Hollande sont restés totalement déconnectés des urgences sociales et des solutions nouvelles nécessaires. Rien de ce que nous avons entendu n'est de nature à rassurer les Françaises et les Français qui souffrent et ont plus que jamais besoin du changement pour lequel ils ont voté.

Il a vanté l'accord sur l'emploi signé par le Medef et trois organisations syndicales minoritaires en continuant à masquer les graves reculs des droits sociaux qu'il contient. Alors que débute dans 4 jours à l'Assemblée nationale la discussion sur ce projet majeur, on attendait du Président qu'il s'explique ! Rien de cela. Résultat, on s'apprête à faciliter encore les licenciements alors que le niveau de chômage bat tous les records !

Puisque le Président de la République ne veut rien changer à sa politique, rien entendre de la colère qui monte, j'appelle, au nom du Parti Communiste Français et du Front de Gauche, les forces du changement à entrer massivement dans l'action pour exiger un changement de cap, pour dire stop aux politiques d'austérité, stop aux licenciements, stop à la casse du code du travail et des services publics.

La semaine prochaine dans tout le pays, nous irons à la rencontre des salariés pour dénoncer les dangers du projet de loi gouvernemental sur l'emploi et demander le vote de la proposition de loi que nous avons déposée pour interdire les licenciements boursiers. La journée d'action syndicale interprofessionnelle du 9 avril a tout notre soutien. Elle doit être le prochain grand rendez-vous de la mobilisation populaire.

 

Déclaration de Pierre Laurent.

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 06:08

Ces villes qui expérimentent les services publics gratuits: http://www.bastamag.net/article2809.html

Par Anthony Laurent (6 décembre 2012)

 

Les expériences de gratuité se multiplient dans les services publics locaux. Transports en commun totalement gratuits à Aubagne ou Châteauroux, premiers litres d’eau gratuits dans des communes de l’Essonne ou des Bouches-du Rhône... A qui profite cette gratuité ? Comment est-elle financée ? Implique-t-elle une baisse de la qualité du service ? Incarne-t-elle une alternative face au dogme de la « consommation marchande » ? Réponses par les faits.

 

Monter dans un bus sans composter un ticket, et sans risquer de passer pour fraudeur, tel est le quotidien des Aubagnais. Depuis trois ans, l’agglomération du Pays d’Aubagne – 104 000 habitants – en périphérie de Marseille, a fait le choix de la gratuité totale dans les transports en commun. Cette gratuité était auparavant réservée aux demandeurs d’emplois, aux allocataires du RMI et aux personnes âgées et handicapées. S’inspirant de l’esprit du « droit au transport pour tous » énoncé par la loi d’orientation des transports intérieurs votés par la gauche en 1982, le maire communiste d’Aubagne, Daniel Fontaine, et son équipe proposent cette mesure à leurs administrés lors des élections municipales de 2008.

Réélue, la municipalité entame alors un bras de fer avec la société des Autobus Aubagnais, propriété du groupe Veolia, qui exploite le réseau depuis 2007 dans le cadre d’une délégation de service public. Pour que Veolia accepte de mettre en œuvre la gratuité, les élus demandent à l’entreprise de revoir les objectifs de fréquentation à la hausse. Et les objectifs sont largement dépassés : durant les six premiers mois de gratuité, la fréquentation fait un bon de 70%. Entre 2008 et fin 2011, le nombre d’usagers progresse de 146% ! Bien au-dessus des objectifs initiaux, fixés dans le cadre de la délégation de service public avec des transports payants (+2% par an). Une enquête réalisée en mars 2010 par l’agglomération aubagnaise [1] montre que la gratuité, en plus de créer de la mobilité, attire de nouveaux usagers, parmi lesquels les jeunes de moins de 18 ans et les personnes « non captives » disposant d’un véhicule motorisé (deux-roues ou voiture).

 

A qui profite la gratuité ?

Dans l’agglomération de Châteauroux (76 000 habitants), les transports collectifs sont gratuits depuis une décennie. A la différence d’Aubagne, ce sont des considérations d’ordre économique qui ont conduit le maire UMP Jean-François Mayet à faire de la gratuité un thème de campagne pour les élections municipales. Son intention ? Dynamiser l’économie locale – notamment les commerces du centre-ville – sans remettre en cause l’usage de la voiture.

Dix ans après l’instauration de la gratuité, la fréquentation sur le réseau géré par Keolis, filiale de la SNCF, a progressé de 208% ! Selon une étude menée par la Communauté d’agglomération castelroussine [2], la gratuité profite surtout aux bénéficiaires de la Couverture maladie universelle (CMU) et de l’Aide médicale d’État [3]. Plus de la moitié des usagers dispose de revenus mensuels inférieurs à 1 100 euros. Près d’un nouveau voyageur sur dix n’utilisait pas auparavant les transports en commun en raison du prix des tickets.

 

Qui finance les transports gratuits ?

En plus d’Aubagne et de Châteauroux, 23 réseaux de transports urbains, sur 290, ont fait le choix de la gratuité totale pour les usagers (dont sept communes de plus de 40 000 habitants [4]). Et donc de se passer des recettes de billetterie. Les ventes de ticket couvrent en moyenne 20% des besoins de financement d’un réseau de transport urbain, rappelle le Groupement des autorités responsables de transport (GART), derrière les impôts locaux (30%), et les contributions des entreprises et des administrations (48%). Le GART, qui rassemble les villes et collectivités disposant d’un réseau de transport public, « n’encourage pas cette pratique » : la gratuité ne serait pertinente que pour les petits réseaux.

Pour remplacer les recettes de billetterie, Aubagne et Châteauroux ont décidé d’augmenter la contribution « versement transport » (VT). Celle-ci est payée par les entreprises privées ou publiques situées sur le territoire et employant plus de neuf salariés. Dans les deux villes, cette contribution a été portée respectivement à 1,8 et 0,6% de la masse salariale de l’entreprise [5]. S’y ajoute une ponction limitée au budget général de la collevctivité. Alors que la billetterie rapportait 710 000 euros, la hausse de la contribution des entreprises aux infrastructures de transports rapporte 5 millions d’euros supplémentaires. La Communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile projette même de construire un tramway totalement gratuit d’ici cinq ans. La gratuité totale n’interdit pas non plus les investissements futurs.

 

La gratuité, une « fausse bonne idée » ?

Malgré ces expériences, les méfiances à l’égard de la gratuité des transports collectifs demeurent fortes. Sans surprise, l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), qui regroupe les grandes entreprises du secteur – SNCF, RATP, Veolia-Transdev, Keolis (filiale privée de la SNCF)… –, considère la gratuité comme un « épiphénomène ». Et affiche son hostilité. Trop onéreuse, ne facilitant pas le report de la voiture vers les transports collectifs, menaçant la qualité de service, « la gratuité pour tous ne répond pas aux objectifs de développement d’un réseau de transport », juge l’UTP dans un rapport.

La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) partage également ces critiques. La gratuité est une « fausse bonne idée » qui « induit des déplacements inutiles, encourage l’étalement urbain et prive de ressources le système de transport au moment où la clientèle augmente et où les recettes fiscales des collectivités diminuent », estime l’association d’usagers. Elle lui préfère le système de tarification sociale pour les jeunes, les sans emplois ou les familles nombreuses. [6].

 

La gratuité entraîne-t-elle une baisse de la qualité ?

A Châteauroux, la mise en place de la gratuité a pour conséquence « une très légère baisse de la qualité » du service, constate Bruno Cordier, directeur du bureau d’études Adetec. Une qualité moindre qui se manifeste surtout, selon les usagers, par une dégradation de la propreté des bus, le fait qu’ils sont plus souvent bondés et moins ponctuels. C’est l’un des arguments contre la gratuité : elle favoriserait l’irrespect vis-à-vis des infrastructures, voire le vandalisme, suivant l’a priori « ce qui est gratuit n’a pas de valeur » (selon l’UTP). « La hausse du vandalisme observé à Châteauroux ne peut être imputée uniquement à la gratuité en tant que telle. Elle correspond malheureusement à une évolution de la société. Par ailleurs, il est logique que le vandalisme augmente quand la fréquentation augmente », tempère Bruno Cordier.

L’expert nuance également les critiques estimant que la gratuité ne favoriserait pas vraiment le report de la voiture vers les transports en commun. Pour être efficace, la gratuité « doit s’accompagner de contrainte sur l’automobile (circulation et stationnement) et d’un urbanisme cohérent [...]. Rendre les transports publics financièrement plus attractifs passe également par une information sur les coûts réels de la voiture et par une hausse de ces coûts (carburant, stationnement, péage urbain...) », explique-t-il [7]. Précisons que les transports – voitures comprises – restent le deuxième poste de dépense des ménages (14%), derrière le logement (25%) et devant l’alimentation (13%). Selon l’étude réalisée à Aubagne, l’instauration de la gratuité a permis de réduire de 63% les déplacements polluants, que ce soit pour se rendre à son travail, ou pour les loisirs.

 

Trois litres d’eau potable gratuits par jour et par personne

L’expérience de la gratuité se retrouve également dans le secteur de l’eau potable. Depuis décembre 2011, la ville de Roquevaire (8 700 habitants), située, elle aussi, dans la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile, applique la « quasi-gratuité » de l’eau vitale : les 30 premiers mètres cubes sont facturés 1 euro HT – soit 0,03 euro le mètre cube –, les prix variant ensuite en fonction de la consommation [8]. Désireuse de s’affranchir des groupes privés, Roquevaire a opté pour une gestion en régie publique. Ce choix lui permet de réaliser ses propres forages à grande profondeur, de mobiliser son propre personnel et de financer elle-même les équipements nécessaires.

En Île-de-France, la Communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne (CALE), qui regroupe les villes de Grigny et Viry-Châtillon (60 000 habitants), est allée plus loin en instaurant la gratuité pour les premiers mètres cubes d’eau consommés, indispensables à la vie, soit trois litres par jour et par personne. Cette décision a été prise par son président, Gabriel Amard (Parti de Gauche), suite à la tenue d’une votation citoyenne en juin 2010 au cours de laquelle 95% des 4 949 votants se sont exprimés en faveur du passage en régie publique autonome. Cette dernière a été créée, après délibération, et en rompant le contrat alors en vigueur avec Veolia, le 1er juillet suivant.

 

Guerre de l’eau contre Suez et Veolia

Ce n’est pas tout. Gabriel Amard projette désormais de se passer des services de Eau du Sud Parisien, branche régionale de la Lyonnaise des Eaux (groupe Suez Environnement), pour l’approvisionnement en eau et de se tourner vers la régie publique Eau de Paris. Une décision qui n’est pas du goût de l’entreprise, qui a fait appel, en 2011, au cabinet de conseil en stratégie de communication et gestion de crise Vae Solis Corporate pour « limiter et réduire, en la discréditant sur le fond, la communication », jugée « agressive » et « outrancière » du président de la communauté d’agglomération (lire notre article). Soutenu par Eau de Paris, l’élu a porté plainte en juillet dernier contre Eau du Sud Parisien et le cabinet pour « trafic d’influence actif ». La Lyonnaise des Eaux, qui a condamné officiellement les pratiques de sa filiale Eau du Sud Parisien, a demandé le lancement d’une enquête interne… Tout en déclarant à son tour vouloir porter plainte contre Gabriel Amard pour « dénonciation calomnieuse ». L’affaire suit son cours.

« Pour nous, la gratuité permet de redistribuer l’impôt en cohérence avec notre planification écologique, affirme Nathanaël Uhl, le directeur de la communication de la CALE. Nous désirons aussi montrer par là que l’eau est un bien commun et qu’il est de notre responsabilité collective d’en prendre soin. » Et d’ajouter : « Nous avons pris le parti de rompre avec une certaine idée qui prévaut parmi les élus de gauche disant que la seule façon de responsabiliser les gens est de les faire payer... » Pour la CALE, la distribution de l’eau potable a été la première expérience de la gratuité. Aujourd’hui, la communauté d’agglomération de l’Essonne loue des vélos et fournit des composteurs gratuitement à ses administrés. « Nous voulons être un exemple car nous proposons des alternatives politiques concrètes. Ce ne sont pas uniquement des mots, ce sont des actes ! », insiste Nathanaël Uhl.

 

Quand la gratuité pulvérise « le dogme du libéralisme »

« Chaque fois que l’on prend une initiative dans le domaine de la gratuité, on fait revenir les gens à la politique, y compris lorsque c’est un échec », observe Paul Ariès (lire aussi notre entretien). Pour le politologue et objecteur de croissance, l’un des enjeux de la gratuité est de « sortir de l’économisme ». « De même qu’il n’y a pas de société marchande sans culture du marché, il ne peut advenir de société de la gratuité, sans culture de la gratuité », souligne-t-il.

« Saisir le capitalisme par la queue », non pas en s’en prenant directement à la propriété du capital, mais « en subvertissant le principe de consommation marchande » sur lequel elle se fonde. Voilà à quoi nous invite la gratuité selon Magali Giovannangeli, présidente de la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile, et le philosophe Jean-Louis Sagot-Duvauroux, auteur de Voyageurs sans ticket [9] Avec l’instauration de la gratuité – cette « forme supérieure de dérégulation » qui n’établit aucune distinction entre les riches et les pauvres –, « le dogme du libéralisme, qui a pris une telle assise dans nos têtes, est pulvérisé par l’expérience », estiment-ils.

 

La gratuité contre la croissance ?

La gratuité de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire, des services funéraires comme des services culturels, permet, selon Paul Ariès, de mettre en place des « modes de vie radicalement différents », de « repenser un projet global », devant être « au cœur de nos rêves, de nos réflexions et de nos actions ». Dans cette optique, Paul Ariès suggère, par exemple, la création d’une Agence nationale de la gratuité qui mutualiserait les expériences existantes. « Le système rend invisibles un certain nombre d’alternatives ; la gratuité en fait partie. Or, il nous faut rendre visible l’invisible », suggère-t-il.

Projet d’émancipation, la gratuité fait cependant débat au sein de la gauche, notamment entre partisans et opposants au revenu inconditionnel. « Pourtant, le combat de la gratuité permet de dépasser ce conflit, dans le sens où ce revenu social peut être donné à la fois en monnaie nationale, en monnaie régionale – à inventer – mais aussi sous forme de droit d’accès démonétarisé aux services publics et aux biens communs », indique Paul Ariès. « La gratuité doit notamment permettre de faire passer le discours de l’objection de croissance dans toute une culture de gauche. » Sa refondation est à ce prix.

 

Anthony Laurent

Notes

[1] Télécharger l’enquête.

[2] L’étude ici.

[3] L’article 123 de la loi relative à la Solidarité et au renouvellement urbains (SRU) impose aux Autorités organisatrices de transport urbain (AOTU) d’accorder une réduction d’au moins 50% aux personnes bénéficiant de la CMU complémentaire et de l’Aide médicale d’État.

[4] Aubagne et son agglomération, Castres, Châteauroux, Compiègne, Muret, Vitré, Gap.

[5] Le VT est plafonné à 0,6% de la masse salariale pour les agglomérations de moins de 100 000 habitants ; à 1,05% jusqu’à 400 000 habitants ; à 1,8% au-delà, et à 2,6% pour Paris et les Hauts-de-Seine. Les collectivités disposant en outre de transports collectifs en site propre (tramway, métro, tram-train, etc.) peuvent appliquer un taux de 1,8%.

[6] Lire ici.

[7] Dans un rapport remis à l’Ademe.

[8] De 0,75 à 1,15 euro HT le mètre cube de 31 à 120 m3 consommés (« eau utile ») et de 1,4 à 3 euros HT le mètre cube de 121 à 10 000 m3 consommés (« eau de confort »). Un abonnement spécial à 0,25 euro HT le mètre cube est prévu pour une consommation d’eau excédant les 10 000 m3.

[9] Magali Giovannangeli et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Voyageurs sans ticket, Liberté, Égalité, Gratuité, une expérience sociale à Aubagne, Au diable vauvert, août 2012, 240 p., 15 euros.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 17:17

Michel Madec, un carhaisien engagé ruiné par un rachat de crédit immobilier en crédit revolving,  est en grève de la faim depuis le 6 mars pour dénoncer le fait que le CMB Arkéa le prenne à la gorge et menace de l'expulser de chez lui.

C'est rare que les personnes que l'on fait sombrer dans des situations de surendettement se révoltent ainsi et alertent publiquement sur leur situation et l'indignité des banques qui les poursuivent sans considération humaine alors qu'elles font tant de fric à travers le crédit.  

Bravo à Michel Madec pour son obstination et aux morlaisiens qui ont créé un collectif de soutien.

Nous sommes de tout coeur avec vous pour exiger l'annulation des intérêts,des frais d'interventions et autres frais divers,des 800 000 surendettés de France ! NON au vol manifeste, mais légal ... des services recouvrement de tous les créanciers privés,publiques ou "semi privés" !!!

A lire sur le sîte Bellaciao où l'on peut trouver le lien avec la pétition:

 

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article134031

 

PETITION MICHEL MADEC. Plus de 1450 signatures. Le combat continue !!!
LA SIGNATURE EN FIN D’ARTICLE

(Pétition) Aff. MADEC c/ CMB : LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE REGION ET AUX ELUS DE BRETAGNE (videos)

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(Des quatre coins de France et de Navarre, le 15 mars 2013)

LETTRE OUVERTE à MONSIEUR le PRÉSIDENT du CONSEIL RÉGIONAL de BRETAGNE et à Mesdames et Messieurs les ÉLUS de BRETAGNE,

Monsieur Le PRÉSIDENT,

Mesdames, Messieurs les ÉLUS de Bretagne,

Très certainement vous avez été alertés par les médias. France3 Iroise vient d’y consacrer un reportage assez substantiel en introduction de son 19/20.

Un homme est en train de RISQUER sa VIE parce qu’un Banquier a décidé de lui laisser le choix entre la RUE et la MORT.

Cet homme qui, pour le CRÉDIT MUTUEL de BRETAGNE –ARKEA n’est qu’un numéro de dossier « Contentieux », nous le connaissons, il habite CARHAIX, il fut de tous les combats pour sauver l’hôpital public de cette ville, entre autre,

il s’appelle MICHEL MADEC

Un des membres du Comité de Soutien que nous animons afin, notamment, que la BRETAGNE ne soit pas, comme l’Andalousie ou la Catalogne ou d’autres encore en Europe, une terre où les suicides des victimes de la « Finance »…(le « seul ADVERSAIRE » de l’actuel Président de la République) sont désormais plus nombreux que les offres d’emplois, laissait hier un message sur France INTER ou il affirmait :

« Michel Madec survit à Carhaix en Bretagne. Il s’est endetté pour un appartement avec de faibles moyens puis il s’est trouvé dans le rouge et le Crédit Mutuel de Bretagne lui a donné la solution : un prêt relais avec remboursement différé du Capital. Maintenant la banque parle d’expulsion. Il faut faire vite ! »

OUI, il y a URGENCE – notre ami Michel entame son 11ème jour de grève de la faim.

C’est pourquoi nous vous alertons, par toutes les voies possibles.

Michel n’est pas un « illuminé », un « zozo ». Il s’est battu, avant d’en arriver là, par toutes les voies légales et non-violentes à sa disposition. En vain. La violence du système à son égard, aujourd’hui, il a choisi de la retourner contre soi-même pour pousser un cri, celui de David contre Goliath.

ENTENDEZ-LE !

Le CRÉDIT MUTUEL, comme d’autres établissements dit coopératifs, (malgré des activités bancaires identiques à ses concurrents – puisqu’ainsi en a décidé le législateur) explique sa spécificité dans des publicités où l’on peut lire :

« Crédit Mutuel, la banque à qui parler" n’est pas qu’une simple formule. Cette phrase traduit profondément notre différence, une banque ouverte au dialogue, à votre écoute, à votre service. Une attitude issue directement des valeurs fondatrices du Crédit Mutuel. Les valeurs de la banque qui va avec la vie. »

Est-ce aujourd’hui en lui prenant son toit que le CMB et la BDF entendent mettre en œuvre ces « valeurs » ?

Nous savons que le CMB est présent dans les diverses procédures d’investissement en Région. Quels liens unissent la région Bretagne et le CMB.

La situation de Michel MADEC, situation dont il n’est pas responsable, nous impose cette intervention que nous rendons publique, (et nous informerons des réponses et des actes des uns et des autres).

Car finalement, que réclame notre ami ?

Après avoir été désorienté par des professionnels qui ont, semble-t-il, fait preuve de « légèreté »… dans leur "devoir de conseil", lui dont la finance n’est pas « le monde », il souhaite avoir le droit de vivre, au sens strict, sans l’angoisse permanente d’un harcèlement intolérable, dans la dignité minimum d’avoir encore un toit, même si c’est un toit de pauvre.

Vivons-nous dans un pays où vraiment tous les combats du Conseil National de la Résistance, inscrits dans le Préambule de la Constitution de 1946, intégrés à la Constitution de 1958, seront bafoués, trahis, abandonnés ?

« La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. »

A une époque où l’on parle de « droit au logement opposable », après l’épisode des « tentes de Don Quichotte », alors que récemment encore Mme la Ministre Cécile DUFLOT en appelait publiquement à signaler les logements vacants pour les réquisitionner… on jetterait dehors, sur le trottoir, des gens comme Michel MADEC, pour quelques poignées d’euros (car à l’échelle d’une banque on parle de cela) ?

Le pays de l’Abbé Pierre aussi, pour qui le droit au toit était le premier droit humain, un combat de chaque instant, sans lequel il n’y a plus ni dignité ni vie de famille ni droits politiques envisageables ?

Il disait exactement : « Quand il n’y a plus de toit, il n’y a plus de droit ». C’est TOUJOURS VRAI.

Monsieur Le PRÉSIDENT DE RÉGION Mesdames et Messieurs les ÉLUS bretons,

Si une certaine presse tente de poser une chape de plomb sur le drame, non pas seulement individuel, isolé, mais symbolique de milliers d’autres drames similaires qui se jouent chaque jour, nous voulons croire que vos interventions feront comprendre à M.DENIS et aux directions du CMB-ARKEA, ainsi qu’à M. Michel LUCAS qui préside le GROUPE Crédit-Mutuel-CIC, un fait incontournable :

En persistant dans une attitude provocatrice et donc en portant la lourde responsabilité d’avoir à rendre compte de leur implication dans la disparition de Michel MADEC, ils auraient à justifier devant l’opinion, devant leur clientèle, et d’autres devant leurs électeurs… d’un comportement qui méprise l’humain, sa vie et ses valeurs, où l’irresponsabilité le dispute à la cupidité et à l’âpre appât du profit.

On ne dépouille pas les gens de leurs toits "comme ça" quand on affiche une prétention "mutualiste" et qu’on appartient à un groupe qui a des milliards de capitaux propres et des centaines de millions de chiffre d’affaires.

Maintenant, personne, aucun d’entre vous ne pourra dire « Nous ne savions pas, nous ne pensions pas que .... » etc.

Michel, comme d’autres, a mis sa vie dans la balance, dernier recours pacifique pour défendre son droit au toit ; mettez votre courage politique dans le plateau d’en face.

Nous mettons, nous, la force de notre amitié, de notre fraternité, de notre solidarité, pour certain-e-s, nos combats, au nom de tous les Michel Madec, de France et d’Europe, pour voir enfin la finance remise au pas, et le surendettement éradiqué.

Croyez, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les ÉLUS Bretons, en nos respectueuses salutations, et que chacun prenne désormais ses responsabilités.

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L'entretien avec Michel Madec sur France 3 IROISE:

 

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 16:30

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Le 19 mars 1962: la fin de la guerre d'Algérie?

Pour la première fois cette année, le 19 mars est devenu la date de commémoration officielle de fin de la guerre d'Algérie. Cela grâce à Hollande et aux parlementaires de gauche qui ont donné droit à une vieille revendication des anciens appelés d'Algérie, regroupés principalement dans la FNACA, qui voulaient que cela soit la date de la fin des combats militaires et du début du retrait du contingent qui soit choisie: le 19 mars 1962, jour des accords d'Evian.

 

Le 19 mars, la France célèbre le retour à la paix après tant de sacrifices, tant de brutalités, tant de souffrances, de vies saccagées ou traumatisées.  

Et c'est ce qui ne plaisait pas aux pieds noirs, pour qui le calvaire allait vraiment commencer, aux descendants de harkis, aux nostalgiques de l'Algérie française et à l'armée de métier, qui ne s'est pas remise d'avoir perdue politiquement une guerre qu'elle croyait avoir presque gagnée militairement, nouvelle humiliation après la défaite en Indochine après laquelle elle s'était jurée de prendre sa revanche.

 

Les Algériens célèbrent plutôt l'anniversaire du 1er juillet 1962, date effective de l'Indépendance, les pieds noirs et les descendants de harkis savent que pour eux la guerre n'étaient pas finie au 19 mars 1962 et que cette date a coïncidé avec un tournant fatal du conflit.

De fait, le 19 mars 1962, c'est surtout la date des appelés en Algérie, jeunes français nés entre 1932 et 1943 et effectuant de l'autre côté de la Méditérranée une conscription militaire très "spéciale" pendant deux ans environ, appelés du contingent qui ont été plus de 2 millions à combattre dans une guerre qui ne disait pas son nom, que l'on désignait pudiquement d'"évènements" en Métropole ou que l'on qualifiait de "pacification", mais qui a fait quand même 20000 tués (près de 30000 selon certaines sources, dont la FNACA) et 40000 blessés dans l'Armée Française en sept ans de 1955 à 1962, selon les recensements rendus officiels au moment des accords d'Evian. A la fin de la guerre, il y avait à peu près 500 000 appelés en Algérie.

 

C'est en 1956 que Guy Mollet a rappelé les disponibles, les garçons qui avaient déjà fait leur service militaire, et fait passer le service de 12 à 18 mois, puis à 24, en violation complète du mandat reçu par la majorité parlementaire de gauche en 1955, que la population avait plutôt missionné pour faire la paix en Algérie.

 

Le bilan de cette guerre est très lourd.

9000 français de souche ont été tués directement au combat par les résistants indépendantistes algériens, 4500 ont été tués dans des accidents (erreur de manipulations d'armes, tir à l'aveuglette, erreur de cible, accidents de la route...).  Les autres tués de l'Armée Française au 19 mars 1962 sont les légionnaires (2000), les musulmans (plus de 2000). Les victimes civiles françaises du conflit au 19 mars 1962 représentent autour de 3600 morts, mais il y en aura beaucoup d'autres après le 19 mars.

Du côté de l'Armée de Libération Nationale Algérienne, il y a eu selon l'armée française autour de 141 000 rebelles tués.

Avec les civils musulmans tués par le FLN, le MNA ou par l'armée française, le total des Algériens Musulmans tués au 19 mars 1962 s'éleverait selon les chiffres français à 243 378 morts. Le FLN, à son congrès de Tripoli de juin 1962, livra une évaluation beaucoup plus haute qui longtemps fit force de loi: "Un million de martyrs sont tombés pour la cause de l'indépendance de l'Algérie", et près de 300 000 orphelins, trois millions de déplacés. 

 

Le 19 mars, le cessez-le-feu est proclamé en Algérie avec la conclusion des accords d'Evian. Ceux-ci reconnaissent pour la première fois la réalité de la guerre au moment où l'on signe sa fin: "Un cessez-le-feu est conclu. Il sera mis fin aux opérations militaires et à la lutte armée sur l'ensemble du territoire algérien le 19 mars à 12 heures". Et encore: "Les citoyens français d'Algérie auront une juste et authentique participation aux affaires publiques. (...) Leurs droits de propriété seront respectés. Aucune mesure de dépossession ne sera prise à leur encontre sans l'octoi d'une indemnité équitable préalablement fixée". "A Evian, explique Benjamin Stora dans son Histoire de la guerre d'Algérie 1954-1962 (Repères, La Découverte, 1993), les négociateurs du GPRA ont fait quelques concessions concernant le droit des Européens (double nationalité pendant trois ans, puis option pour la nationalité algérienne, ou un statut de résident étranger privilégié), le régime du Sahara (droit de préférence pour la distribution des permis de recherche et d'exploitation par les sociétés françaises pendant six ans, paiement des hydrocarbures algériens en francs français) et les bases militaires (Mers el Kebir reste à la France pour une période de quinze ans et les installations du Sahara pendant cinq ans). En contrepartie, la France se déclare disposée à apporter son aide économique et financière à l'Algérie indépendante"...

 

En réalité, la signature des accords d'Evian ne marque pas dans les faits la fin de la guerre en Algérie.

La guerre franco-française entre l'OAS, l'armée ou les représentants de l'Etat, guerre dont sont victimes aussi beaucoup de civils français ou musulmans favorables à l'indépendance algérienne, se poursuit: un peu en France mais surtout en Algérie.

Déjà, entre le 15 et le 28 janvier 1962, il y avait eu 73 attentats en France, puis l'attentat début février contre l'immeuble d'André Malraux qui avait coûté la vue à une petite fille de quatre ans, Delphine Renard, succédant à un attentat contre Jean-Paul Sartre, avait suscité en retour l'énorme manifestation de gauche contre l'OAS (500 000 manifestants) et le danger fasciste des radicaux de l'Algérie Française, qui s'était soldé à cause de la répression brutale de la police de Papon par les 9 victimes du métro Charonne: 8 morts le jour de la manifestation et 1 à l'hôpital des suites de ses blessures, dont 3 femmes. C'était le 8 février 1962. Tous étaient militants de la CGT et huit du Parti Communiste. 1 million de personnes se sont rassemblés pour leurs funérailles quelques jours après, dans une démonstration impressionnante de douleur et de sympathie.

   

Avant le 19 mars 1962 et après, des ratonnades et les exécutions de musulmans s'effectuent dans les grandes villes algériennes, dont les quartiers européens sont majoritairement acquis à l'OAS et en révolte contre l'armée loyaliste. Ainsi, l'écrivain et ami de Camus, Mouloud Feraoun, est tué le 15 mars 1962 par l'OAS ainsi que 5 autres dirigeants de centres sociaux éducatifs. Dans son journal, il écrivait le 28 février: "Depuis deux jours, je suis enfermé chez moi, pour échapper aux ratonnades..." (Benjamin Stora, opus cité, p. 75). En avril 1962, c'est la guerre civile franco-française dans les villes algériennes: les plasticages, mitraillages, enlèvements, exécutions prennent une cadence infernale. Les blindés et les avions attaquent des immeubles européens tandis que l'OAS et ses partisans organisent des chasses à l'homme contre les musulmans et des exécutions ciblées. "A la fin du mois d'avril, une voiture piégée explose dans un marché, très fréquenté par les Algériens, en ce moment du Ramadan. C'est une première du genre (le 2 mai, le même procédé, une voiture piégée, qui explose dans le port d'Alger, fait 62 morts et 110 blessés, tous musulmans). En mai, à Oran, quotidiennement, 10 à 50 Algériens sont abattus par l'OAS. La férocité est telle que ceux qui habitent encore des quartiers européens les quittent en hâte". Cette escalade de violence de l'OAS s'effectue dans un contexte desespéré pour les partisans de l'Algérie Française: Salan, Jouhaud sont arrêtés; à partir de la fin mai 1962, 8000 à 10000 pieds noirs quittent l'Algérie chaque jour. 

 

En juin 1962, la plupart des pieds noirs cherchent à embarquer pour se refugier en France. Dans les semaines avant mais surtout après l'Indépendance de l'Algérie à partir d'août 1962, entérinée par rérérendum le 1er juillet 1962 (6 millions d'électeurs répondent "oui" à la question "Voulez-vous que l'Algérie devienne un Etat indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par la déclaration du 19 mars 1962?", 16534 répondent "non"), des dizaines de milliers de supplétifs musulmans de l'armée française, les harkis, abandonnés par de Gaulle et l'Etat français qui s'est servi d'eux pour donner corps au mythe de la pacification et du soutien musulman, sont exterminés dans des conditions terribles. Mr Mesmer et Michel Debré, premier ministre, ordonnent la mise aux arrêts des officiers qui ont malgré les consignes permis à des compagnies de harkis de rentrer en France, où ils seront parqués dans des camps pendant des années.  

Beaucoup d'entre eux ont combattu pour la France plus ou moins contraints par l'armée française, leurs chefs de village, ou par la nécessité de se protéger ou de prendre sa revanche après des violences du FLN. C'est souvent moins par patriotisme français ou algérien qu'à l'issue de micro-histoires locales et familiales marquées par l'engagement dans les régiments tirailleurs maghrébins pendant la guerre de 39-45 puis la guerre d'Indochine, par la conscription forcée, par la violence, la  misère et la spoliation, que les paysans musulmans s'engagent aux côtés des fellaghas indépendantistes ou de l'armée française. Un rapport transmis à l'ONU estime à 263 000 hommes le nombre de musulmans ayant combattu dans les unités supplétives de l'armée ou groupes d'autodéfense, sachant que beaucoup ont aussi fait défection avant la fin de la guerre.

 

En tout cas, si de Gaulle, par lucidité et sous la pression internationale et intérieure,  a pu engager l'Algérie sur la voie de la décolonisation après avoir promis de la maintenir dans le territoire français, c'est en grande partie grâce aux appelés qui n'ont pas suivi leurs officiers quand ceux-ci ont voulu désobéir au pouvoir civil de métropole et installer un pouvoir militaire en Algérie, pour pratiquer la guerre à outrance afin d'éliminer définitivement la résistance indépendantiste. C'est pourquoi, beaucoup d'appelés ont été choqués que l'on réintègre du temps de Mitterrand, en 1983, les officiers supérieurs félons et extrêmistes de l'OAS dans leur grade, droits et privilèges, après qu'ils aient déjà été grâciés, amnistiés. Cette même OAS qui, à la fin de la guerre d'Algérie, avait envisagé de prendre en otage les appelés pour établir un rapport de force avec la République.    

 

Pourquoi cette escalade de violence?

Quand la Guerre d'Algérie éclate sans qu'on le réalise vraiment avec les attentats de la Toussaint, le 1er novembre 1954, la France vient de se faire humilier en Indochine (défaite de Diên-Biên-Phu en mai 1954).

 

Sur une guerre qui a fait au total 500 000 morts entre 1947 et 1954, l'armée française a perdu 60000 hommes en Indochine  sur un corps expéditionnaire de 250000 hommes. La France n'est aucunement prête à accorder son indépendance à un territoire qui est constitué de 3 départements français, où vivent un million d'européens installés là souvent depuis des générations à côté et parmi neuf millions d'Algériens musulmans qui sont des citoyens de seconde zone, votant dans un collège électoral séparé, ayant des salaires vingt-huit fois inférieur aux Européens, un accès aux postes de la fonction publique très réduit (8 fonctionnaires musulmans sur 2000 du gouvernement général d'Algérie), un taux de scolarisation très faible (15% des enfants musulmans sont scolarisés: on compte un étudiant européen pour 227 habitants européens, un étudiant musulman pour 15342 habitants musulmans).

 

Malgré de nombreuses exemples de coexistences pacifiques et fraternelles entre communautés, la violence est déjà présente dans les relations sociales, les inégalités très importantes de statut et de condition entre arabes et kabyles d'un côté,  pieds noirs européens de l'autre, même si, comme on le dit fréquemment et à juste titre, ces derniers étaient en majorité, non de riches exploitateurs, mais des travailleurs honnêtes aux revenus modestes.

 

La barbarie, le désir de libération et de revanche sont inscrits dans l'histoire de la colonie algérienne.

C'est en 1830 sous Charles X que l'armée française rentre à Alger mais les combats, féroces et déjà marqués par une dimension d'extermination des rebelles, se poursuivront jusqu'en 1844. Lamartine ne s'y trompait pas, qui disait dans un discours sur la colonisation d'Alger à la chambre des députés le 11 juin 1836: "La colonisation par soi-même consiste à exterminer un peuple pour y implanter un peuple nouveau... Ce système, la Chambre a jugé et jugera de jour en jour de ce qu'il coûte en hommes et en sang... Vous comprendrez que pour dix mille cultivateurs que vous aurez amené là, vous serez obligés d'avoir quarante mille hommes toujours sous les armes. Voilà la vérité: chaque épi vous coûterait un homme et du sang; la colonisation, de cette manière est impossible, je dis plus, elle serait atroce". 

En 1871-1872 encore, la révolte d'El Mokrani est réprimée avec une violence terrible: les terres sont confisquées et distribuées à des milliers d'Alsaciens et Lorrains fuyant l'annexion prussienne.

Plus proche de nous, le péché originel de la quatrième République: le 8 mai 1945, à Sétif, des drapeaux algériens sont brandis lors du défilé célébrant la fin de la seconde guerre mondiale. La police tire: s'ensuit une émeute qui fait 103  morts chez les européens et une centaine de blessés et mutilés. La répression est odieuse: le général Duval qui l'organise parle de 7500 victimes algériennes, mais le consul américain et le parti populaire algérien parlent eux plutôt de 40000 victimes. Le général Duval prévint alors: "Je vous ai ramené la paix pour dix ans mais si vous ne changez pas le statut de l'Algérie ça recommencera".  

Cette action violente, meurtrière, criminelle, de la France en Algérie depuis 1830 n'est sans doute pas pour rien dans la forme extrêment sauvage et cruelle que va prendre la guerre d'Algérie, cette violence irriguant d'ailleurs ensuite également l'histoire contemporaine de l'Algérie.    

 

Après les attentats de la Toussaint, dès novembre 1954, c'est la fuite en avant: des colonnes de blindés, des bataillons de paras déferlent sur les Aurès.

C'est déjà la guerre.

Le 31 mars 1955, à la demande du gouverneur Jacques Soustelle, l'Assemblée Nationale vote l'état d'urgence, qui renforce les pouvoirs de l'armée dans la zone des Aurès et autorise le regroupement des populations "contaminées" dans des "camps d'hébergement". Après le soulèvement du Constantinois en août 1955, la France rappelle 60000 réservistes et décrète le maintien sous les drapeaux de 180000 libérales. Le contingent s'ajoute désormais aux bataillons de CRS, de gendarmes, de légionnaires, pour mener une véritable guerre. Le 2 janvier 1956, c'est la victoire d'un Front républicain (socialistes et radicaux) aux élections législatives, où les communistes gagnent 50 sièges: ce n'est pas un plebiscite pour la fermeté en Algérie, loin de là. Et pourtant, Robert Lacoste, nommé résident en Algérie par Guy Mollet, dépose le 9 février 1956 un projet de loi "autorisant le gouvernement à mettre en oeuvre en algérie un programme d'expansion économique, de progrès social et de réforme administrative, et l'habilitant à prendre toutes mesures exceptionnelles en vue du rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire". Le 12 mars, est votée avec l'appui du PCF cette loi sur les "pouvoirs spéciaux" qui suspend la plupart des garanties de la liberté individuelle en Algérie.  Pendant qu'il engage la décolonisation de l'Afrique Noire avec les lois cadre Deferre et qu'il instaure la troisème semaine de congés payés chez Renault, le gouvernement intensifie la guerre en Algérie peu après que l'indépendance ait été accordée au Maroc et à la Tunisie.      

 

A partir de janvier 1957, Alger est livré aux paras de Massu et Bigeard qui quadrillent la casbah et ont tous les pouvoirs pour la vider des sympathisants et militants du FLN. La torture est pratiquée systématiquement: les prisonniers "suicidés" ou exécutés, pour nombre d'entre eux, une fois qu'ils ont parlé. 3000 personnes disparues à Alger en quelques mois: la ville est nettoyée avec les méthodes les plus inhumaines.

 

Le directeur de L'Alger Républicain, Henri Alleg, un communiste passé dans la clandestinité pour ne pas être arrêté par les paras, est arrêté le 12 juin 1957 et séquestré à El-Biar dans la banlieue d'Alger pendant un mois entier, où les paras et policiers lui infligeront toutes sortes de tortures sadiques. Henri Alleg tirera de cette expérience terrible un livre de témoignage à valeur universelle, La question, qui paraît en France aux éditions de Minuit en janvier 1958, révélant au grand public l'ampleur et la gravité du phénomène de la torture, dont sera aussi victime avant d'être exécuté un ami de Henri Alleg, communiste lui aussi, le mathématicien Maurice Audin.

 

Dès le printemps 1957, la CGT et les communistes deviennent très critiques en France par rapport à la guerre d'Algérie alors qu'en Algérie, beaucoup de communistes, notamment des juifs, soutiennent clandestinement la rebellion au risque de leur vie.

 

Benoît Frachon, au 37e Congrès de la CGT à Evry au printemps 1957, dit ainsi:

"... Depuis 1946, notre pays n'est pas sorti des guerres coloniales, sanglantes et ruineuses. Il y a actuellement, un million deux cent mille hommes sous les armes. La moitié est composée de soldats de métier. La guerre d4Algérie coûte un milliard et demi par jour. Elle n'est pas menée dans l'intérêt de la classe ouvrière, ni dans l'intérêt de la France. Nous la rencontrons sur notre route chaque fois que nous luttons pour nos revendications, chaque fois que des impôts nouveaux s'abattent sur nous...".

 

Ce n'est pas encore une défense de l'indépendance pour elle-même... D'ailleurs, le PCF n'appelle pas à l'insoumission même si, de fait, les appelés qui refusent de combattre et diffusent de la propagande anti-guerre sont souvent communistes, notre ami Jean Dréan de Plouigneau en sait quelque chose, lui qui a payé son audace anti-guerre d'un emprisonnement de plusieurs mois.

 

En juillet 1957, une grenade est lancée sur le siège du Parti Communiste à Brest, qui prolonge la maison des syndicats, car le PCF fait désormais campagne contre les pouvoirs spéciaux et pour la paix en Algérie, par le biais de l'autodétermination. Il y avait chez les militants communistes une solide tradition anti-guerre coloniale puisque, en, dépit des évolutions et de l'ambiguïté de leur parti pendant la guerre d'Indochine, ils s'étaient largement engagé, en 1952 notamment, pour la libération d'Henri Martin et la paix au Vietnam.

 

L'Algérie va surtout faire l'objet d'une mobilisation de masse des communistes à partir de janvier 1960, pour réclamer la paix et la négociation et défendre la République contre les militaires factieux. Le 1er février 1960, 10 millions de travailleurs sont en grève sur le plan national pour la défense des libertés démocratiques et républicaines, pour qu'un terme soit mis à l'insurrection. Dans le Finistère, il y a des milliers de manifestants, et 90% des travailleurs font la grève à Brest!  

 

En juillet 1960, un meeting pour la paix en Algérie organisé par les syndicats (CGT, CFTC, FO, FEN, SGEN...) regroupe à Brest 2000 personnes. On y réclame le cessez-le-feu et la garantie du droit à l'auto-détermination.       

  

La guerre des appelés 

Ils représentaient 80% des effectifs de l'Armée Française.

Ils sont arrivés en Algérie entre 1955 et 1962 après souvent une traversée mouvementée de la Méditerranée dans les cales des grands paquebots en direction de Philippeville, et une arrivée sans réelle préparation psychologique, à des moments très différents de la guerre, pour rejoindre des postes qui leur donnerait une vision de l'Algérie et de ce conflit différente de celle d'autres appelés. Ils étaient censés maintenir l'ordre, pacifier le pays, participer au développement du pays et l'arracher à la terreur qu'y installaient des nationalistes radicaux et barbares présentés comme minoritaires. Ils servaient  de vaguemestres, de maçons, de chauffeurs, de gardes, d'instituteurs, de préposés "au maintien de l'ordre", participaient aux opérations contre les rebelles.   

L'Algérie, c'était loin de la France, mais c'était tout de même un million d'européens au mode de vie proche de celui de la France méridionale, une mise en valeur agricole du territoire et une modernisation des villes attribuée à l'influence civilisatrice de la France.

Les appelés étaient partagés dans leurs opinions comme le montre le poignant documentaire précurseur de Patrick Rotman et Bertrand Tavernier à base de témoignages recueillis dans la région de Grenoble - La guerre sans nom (1992).

La plupart n'avaient pas envie de se battre, n'étaient nullement des inconditionnels de l'Algérie Française et ne décoléraient pas qu'on les envoie massivement s'engager après leur période d'instruction très dure souvent dans un conflit très loin de leurs préoccupations.

Certains étaient plutôt anti-colonialistes.

La majorité sans doute, quoique généralement écœurée de devoir partir et s'engager dans une aventure dangereuse, considérait crédible le discours politique et militaire dominant suivant lequel la majorité des arabes et kabyles musulmans aimaient la France républicaine mais était pris en otage par des cruels terroristes décidés à mener la politique du pire.

Les plus idéalistes se disaient qu'ils étaient là pour protéger les musulmans, les sortir de la misère où les avaient malheureusement laissé les pieds-noirs, les pouvoirs locaux indigènes et la République.

C'est ce qu'on peut notamment lire dans un très beau et émouvant journal d'Algérie réécrit après coup d'après des notes couchées au jour le jour à l'époque, Les larmes du djebel, du nantais Jacques Maisonneuve, qui a servi dans un fort de montagne perdu auprès d'un village de l'Algérois.

Jacques Maisonneuve raconte avec beaucoup de noblesse d'âme et de sincérité sa découverte de l'Algérie, qu'il aime immédiatement malgré, rapidement, la peine de voir des camarades tués ou affreusement mutilés par les mines posées sur la route par l'ALN, malgré le caractère insondable des populations rurales, en apparence soumises et alliées à l'Armée Française, avec qui ses chefs collaborent, mais qui travaille souvent en sous-main pour les fellaghas, malgré l'horreur des représailles du FLN contre les traîtres ou les rétifs, malgré la brutalité des inspections de l'armée dans les mechtas, de ses rapports avec la population après des attentats ou des attaques, malgré les tortures régulières de suspects au fort isolé où il est cantonné.

Jacques Maisonneuve est un humaniste, à l'époque convaincu de la possibilité de former une société multi-culturelle tolérante et pacifique en Algérie, sous l'égide la République. C'est un homme généreux, intelligent et ouvert, qui aime les arabes et souffre sincèrement de voir que c'est la population civile algérienne, déjà miséreuse dans les campagnes, vit un cauchemar, tiraillée entre FLN et armée française. Son plaisir, c'est de pouvoir enseigner aux jeunes arabes dans l'école improvisée du village, apparue avec la guerre et la pacification, les rudiments de calcul, de lecture et de géographie qui leur permettront d'échapper peut-être à la misère de leur bled.

Sa souffrance, avoir pilonné à l'obus depuis le fort de Sidi Simiane des positions civiles sur ordre et avoir été peut-être la cause de la mort d'innocents.

En même temps, Jacques Maisonneuve raconte très bien l'extraordinaire camaraderie entre les appelés également soumis à la peur, aux doutes moraux, à la souffrance d'être loin des êtres et des lieux chers à leur coeur, leur capacité à se faire des copains issus d'autres milieux sociaux que les leurs, leur sens du sacrifice pour les autres, qualités morales qui cohabitent chez certains avec un manque de respect des Algériens musulmans, une violence certaine dirigée contre eux, par stress, racisme, "devoir" ou par vengeance.

Il est vrai que le discours de propagande des militaires de carrière et l'expérience de la mort des camarades ou les récits sur les compatriotes tués par les nationalistes algériens avaient tendance à endurcir et parfois à fanatiser les appelés. La guerre d'Algérie, pour les appelés du contingent, ça été quelque chose d'ambivalent et de contradictoire: l'occasion de belles rencontres, de manifestation de fraternités qu'ils n'ont sans doute jamais retrouvées par la suite, mais en même temps l'expérience du mal, de la domination (les appelés découvrent des populations civiles qui les craignent, leur sont totalement soumis  en apparence), de la souffrance irréparable, de la terreur causée à d'autres et subie ...     

 

Le départ en Algérie était rarement gai, comme le suggère très bien Jacques Brel dans sa chanson déchirante, « La Colombe »:

 

Pourquoi l'heure que voilà

Où finit notre enfance

Où finit notre chance

Où notre train s'en va?

 

Pourquoi ce lourd convoi?

Chargé d'hommes en gris

Repeints en une nuit

Pour partir en soldats?

 

Pourquoi ce train de pluie

Pourquoi ce train de guerre

Pourquoi ce cimetière

En marche vers la nuit?

 

Nous n'irons plus au bois

La Colombe est blessée

Nous n'allons pas au bois

Nous allons la tuer...

 

Récemment, Isabelle Maury, rédactrice en chef à Elle, dans un excellent livre de journaliste, L'empreinte de la guerre Paroles d'appelés en Algérie (Jean-Claude Lattès, 2012), s'est intéressé au regard porté cinquante ans après par les anciens appelés sur leur expérience de la guerre en Algérie et ses prolongements dans leur existence.

Chacun, en fonction des tâches qu'il a eu à faire, de la région où il a été affecté en Algérie, de l'époque à laquelle il y a été envoyé, de ses opinions de départ et de son caractère, a un ressenti différent par rapport à cette guerre et a été différemment affecté par elle.

Alain, jeune intellectuel parisien, a été envoyé en Kabylie en janvier 1960, il avait déjà un préjugé défavorable sur la légitimité et la nécessité de cette guerre. Il parle avec révolte des méthodes de l'armée française: « Sur les sept cent jours que j'ai passés là-bas, seulement douze ont dû être l'occasion d'échanges de tirs, de combats réels même si on ne voyait pas l'adversaire... Le danger n'a été que relativement lointain pour moi. Pour autant j'ai vu des Algériens morts, brûlés par le napalm, quand l'aviation bombardait. Tout flambait en même temps, c'était horrible, le napalm et ces types grillés dessous. Si quelque chose a changé en moi à ce moment-là et pour toujours c'est d'assister à cette barbarie. JAMAIS PLUS! Une fois, on été réunis à plusieurs compagnies par un colonel qui nous a expliqué qu'il y avait neuf millions d'Algériens et que, pour que la guerre finisse, six millions, c'était le maximum: « Vous avez compris, les gars, ce qui vous reste à faire... ». Ça voulait dire en clair « faut en liquider trois millions », pour lui, c'était de la guerre massacre, rien d'autre. La guerre, c'est le déshonneur permanent, il n'y a pas de guerre en dentelles, c'est l'irrespect constant des militaires, primitif, bestial, carnassier vis à vis de la population. Vous, vous êtes le guerrier, les autres sont des salauds, des traîtres, des menteurs, des « melons » comme ils les appelaient, des objets, pas des êtres humains . J'ai eu la « chance » de ne pas être confronté à la torture, mais j'ai vu des prisonniers emmenés, le boucher du village, par exemple. C'était un fellagha. On l'a mis dans un camion avec un sac sur la tête, ils l'ont sûrement exécuté. Ça arrivait souvent, ils appelaient ça: « aller ramasser les champignons », ils emmenaient les types, on ne les revoyait jamais... En Algérie, on nous a fait croire qu'on allait pacifier un pays en éliminant quelques assassins, résultat, on a parqué les populations, balancé du napalm! Il aurait fallu donner l'indépendance ou la citoyenneté française pleine et entière au peuple algérien. On ne l'a pas fait, le pas était franchi et leur guerre de libération avait un sens ».

Le témoignage de Victor Lavergne, appelé du Périgord Noir ayant lui-même résilié son sursis universitaire pour partir volontairement en Algérie en décembre 1960, concorde avec la vision très noire de cette guerre présentée par Alain, même si Victor Lavergne était lui, au départ, plutôt convaincu du bien fondé et de la moralité de la mission de l'armée française:

"J'ai donc résilié mon sursis universitaire pour partir en Algérie. Et du reste, je ne partais pas à la guerre mais en mission de pacification! Il faut le reconnaître, j'étais content de partir à l'aventure pour aider une population moins chanceuse que moi et qui, dans certains douars, mourait de faim. J'étais en Algérie française, à l'époque, je pensais qu'il n'y aurait aucun problème à ce que des gens qui n'ont pas la même culture, la même religion puissent s'entendre ensemble...".

Victor Lavergne est envoyé dans un petit village en Kabylie, entre Constantine et Djidjelli, perché sur un piton. "Le matin, à huit heures, on partait en opération, ratisser le bled, fouiller les mechtas à la recherche d'armes ou de fellaghas, contrôler les paysans, leur demander des papiers. Ou bien on partait en patrouille de jour comme de nuit... Et on continue les patrouilles. Voilà, je suis un soldat, le bon soldat, je pars en opération, je monte la garde. Et les chocs se succèdent. L'attitude des gradés d'abord. Nous avions un adjudant-chef qui, sans doute, avait été très frustré par l'échec de l'armée française en Indochine. Il traitait la population algérienne comme il avait traité la population vietnamienne, une sous-humanité à laquelle il ne fallait absolument pas faire confiance: tous des voleurs, des menteurs, des fainéants. Ce discours avait, malheureusement, un certain écho chez les appelés... Chez nous, quand il y avait des dégâts humains, on appelait la Légion qui venait ratisser, pour, soi-disant, nous aider. En réalité, ils méprisaient les appelés. Nous n'étions pas sur le terrain avec eux, mais on savait ce qu'il s'y passait. Un jour, pour trouver un pistolet automatique caché, ils ont tué cinquante hommes, indifféremment villageois et possibles fellaghas. Tout le monde était suspect... J'ai le souvenir d'un copain qui patruillait dans un oued, à la tombée de la nuit. Il a vu, soudain, une ombre se dresser devant lui, il a tiré par réflexe, c'est un gamin qui a pris la balle en pleine tête. Six mois après, cet homme était toujours hanté. Je l'ai perdu de vu, j'ignore ce qu'il est devenu".

 

Pour les appelés qui refusent les ordres ou sont négligents dans leur application, les sanctions peuvent être terribles: envoyés en camp de concentration dans le désert pour les insoumissions les plus graves et les plus "politiques", obligés de dormir à l'extérieur des camps, des barbelés, sous la menace d'une exécution ennemie, pendant une semaine ou quinze jours, ou envoyés en opération dangereuse plus fréquemment que de raison.

 

La grande majorité des appelés n'a pas participé aux tortures - celles-ci étant "du ressort" des parachutistes, du DOB, service spécial de renseignements, des SAS.  En revanche, ils en ont été souvent les témoins ou ont entendu les cris des suppliciés, car sur le théâtre des opérations de ratissage et d'élimination des maquis de rebelles algériens, la torture sur les suspects fait partie des moyens ordinaires de collecte des renseignements. Victor Lavergne raconte ainsi: "Une seule fois j'ai été confronté à la torture. On rentrait d'opération. On trouve le lieutenant SAS devant le camp avec un adjudant, deux appelés et la fameuse gégène. J'ignorais qu'il en existait une dans le camp. Le gars était déjà très amoché. Des soldats regardaient, certains avaient les mains dans les poches, indifférents. Je réagis: "Putain, vous n'allez pas faire ça!" . "Lavergne, tu nous emmerdes, de quoi tu te mêles!" "Attendez, c'est lamentable ce que vous faîtes". "On pense que c'est un sympathisant, un passeur d'armes, il faut qu'il nous donne les caches et ses complices, tu crois que c'est pas plus lâche de fermer les yeux, de le laisser partir". "Vous me faites chier, les mecs". Et je tourne les talons, je m'en vais. J'ai protesté et je suis rentré en haussant les épaules. "Vous me faites tous chier, si c'est ça l'armée, j'en ai marre, quel avilissement!" Mais au fond, avoir protesté n'a servi à rien. Gueuler me donnait bonne conscience" (L'empreinte de la guerre, p.84).

 

Certains appelés ont pu recevoir l'ordre d'exécuter avec ou sans procès expéditif des prisonniers ou ont été amenés à participer à des actions de brutalisation de la population, des viols, des humiliations. Ce n'est pas la majorité cependant, la guerre la plus "sale" étant "conduite" par l'armée de métier et les légionnaires.

 

Pour certains appelés, une minorité d'individus ayant des forces exigences morales ou une conscience politique, les méthodes de l'armée sont plus insupportables encore que la peur de l'ennemi. "En Algérie, raconte Pierre Joxe, qui a surtout travaillé dans le renseignement en Algérie à partir de 1960 pour faire un travail de renseignement en prévention contre les officiers rebelles de l'OAS, ce n'est pas la peur de la guerre qui était la plus destabilisante, c'était la négation des valeurs fondamentales qu'on avait sucées avec le lait de nos mèresz, l'existence de la torture, des camps de regroupements comme si on faisait un remake de la gestapo et des camps de concentration. A petite échelle, le nombre était moindre, on n'a pas gazé d'Algériens mais cela restait incompréhensible que la France mette en oeuvre ce qu'elle avait farouchement combattu".  

 

Ces appelés ont beaucoup souffert en Algérie et après, tout au long de leur vie, des conséquences de cette expérience bouleversante qu'il ont rarement pu raconter aux parents, épouses, enfants qui n'avaient pas connu la même histoire. Sur tous, cette guerre a laissé une trace indélibile.

 

Ce 19 mars 2013, nous saluons ces aînés qui ont perdu leur innocence et tutoyé l'horreur en Algérie, victimes de la raison d'Etat et de l'obstination coloniale et militaire. De retour à leur foyer, ils ont souvent eu beaucoup de difficultés à parler de leur guerre et ils n'ont pas vraiment non plus bénéficié d'un soutien et d'une écoute de la société. Beaucoup ont vu leur vie ravagée par ce qu'ils ont vu, ressenti, et fait en Algérie. Cela a marqué toute une génération, une génération sacrifiée. Faire le partage des bons et des mauvais,  arbitrer le conflit de légitimités concurrentes dans ce conflit atroce était et reste complexe: avec le recul, cela apparaît comme une évidence que les Algériens, soumis par la force et relegués dans un statut de sous-citoyens, avaient le droit à leur auto-détermination et à leur indépendance, et qu'ils ne pouvaient probablement l'obtenir qu'en la conquérant d'abord par l'insoumission et la révolte, mais les pieds noirs étaient aussi dans leur patrie et les idées indépendantistes n'étaient pas forcément majoritaires au départ. La République avait aussi quelques raisons de s'accrocher à son département où vivait une forte communauté se sentant de plein pied dans la France et ses valeurs. Ce qui est sûr, c'est que la décision de l'escalade repressive et de la guerre d'éradication de la rebellion a eu des conséquences terribles pour la jeunesse française et pour l'histoire future de l'Algérie, ce pays frère et francophone, qui est toujours très marqué par les stigmates de cette barbarie.         

 

Ismaël Dupont.

 

PS: je remercie Pierre Maugere, membre de la FNACA de Guerlesquin, de m'avoir sensibilisé à l'histoire des appelés d'Algérie et de m'avoir prêté plusieurs ouvrages, comme notre ami Paul Dagorn, ancien coopérant en Algérie.       

 

 

 

      

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE
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