Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 06:32
Cinéma L'étoile à Carantec - WEEK-END DE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE AFGHAN les 22 et 23 octobre 2021 avec la projection de 4 films et des temps de débat

ÉVÉNEMENT EXCEPTIONNEL AU CINÉMA L’ÉTOILE DE CARANTEC

WEEK-END DE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE AFGHAN

AVEC LE SOUTIEN DE LA MUNICIPALITE DE CARANTEC

 

VENDREDI 22 ET SAMEDI 23 OCTOBRE 2021

EN PRÉSENCE DES RÉALISATEURS ET JOURNALISTES

TÉMOINS DIRECTS DE L’ACTUALITÉ

DÉBAT ANIMÉ PAR ALAIN MINGAM

 

Séance : 10 euros. La recette du week-end sera reversée à une association de femmes afghanes.

La destruction par les talibans en 2001 des boudhas géants de Bamyan avait provoqué un électrochoc à la face du monde. Le 15 août dernier suite à la débâcle des armées américaines et afghanes - est revenu au pouvoir un régime obsédé par le souci de rétrograder la femme au rang « d’esclave, d’animal domestique ». Assignées de nouveau à résidence dans la prison grillagée de leur burqa, les femmes afghanes luttent pour leur survie, contre ce constat qui accuse la bêtise humaine, la lâcheté. Pour faire appel à notre solidarité - avec pour éclatantes preuves

2 documentaires et 2 films inoubliables.

MASSOUD L’HÉRITAGE de Nicolas Jallot (documentaire - 52mn) Ce film raconte la vie du légendaire Commandant Massoud, depuis sa jeunesse, sa lutte armée contre l’envahisseur soviétique, À la fois le portrait d’un homme et d’un peuple, ce film révèle les dessous du dernier conflit de la Guerre froide, et de la naissance des Taliban. Une épopée toujours d’actualité car l’Histoire se répète en Afghanistan avec le retrait des Américains, le retour des Taliban et la menace Al Qaeda et de Daech ! Dans ce film, Ahmad, le fils de Massoud retrace la vie de son père et rappelle qu’au-delà de l’homme, c’est un état d’esprit, une volonté de résistance et de liberté.  Vendredi 22 octobre à 17h.

OSAMA de Sedigh Barmak (1h23)

L'Afghanistan au début du règne des taliban. Une jeune fille de 12 ans vit avec sa famille. Tous ont réussi à échapper à la répression brutale qui a suivi les manifestations de femmes afghanes. Comme les deux hommes de la maison - l'oncle et le père de l'adolescente - sont morts, la jeune fille, sa mère et sa grand-mère sont contraintes de rester cloîtrées. Les trois femmes décident que l'adolescente va désormais se faire passer pour un garçon sous le nom d’Osama avec un destin qui va très vite être bouleversé... Vendredi 22 octobre à 20h45.

VOYAGE AU CŒUR DES TALIBANS de Véronique de Viguerie, Paul Comiti et Régis Sommier. (documentaire - 54mn)

Le 15 août 2021, Kaboul, la capitale de l'Afghanistan, tombaient aux mains des taliban. Quelques semaines auparavant Régis Le Sommier et Véronique de Viguerie sont allés enquêter dans les territoires administrés par les nouveaux maîtres du pays. Les journalistes racontent ainsi comment les hommes et les femmes sont soignés séparément dans les hôpitaux, les stocks d'armes récupérés après la fuite de l'armée régulière ou encore comment fonctionnent désormais les tribunaux où les juges sont sommés de faire appliquer la chariaSamedi 23 octobre à 17 heures.

SYNGUÉ SABOUR de Atiq Rahimi (1h43)

Dans Kaboul sinistrée, un héros de guerre réfugié chez lui git dans le coma. Sa femme à son chevet prie pour le ramener à la vie. La guerre fratricide déchire la ville avec les combattants à sa porte. La femme est forcée à l’amour par un jeune taliban. Contre toute attente, elle prend conscience de son corps, libère sa parole auprès de son mari. Celui-ci, malgré lui, devient sa « syngué sabour », sa pierre de patience, pierre magique que l’on évoque pour lui souffler tous ses secrets, ses souffrances… jusqu’à ce qu’elle éclate. Samedi 23 octobre à 20h45.

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:18
REPORT DE LA REPRESENTATION DU SPECTACLE « LES MAUVAIS JOURS FINIRONT »

REPORT DE LA REPRESENTATION DU SPECTACLE « LES MAUVAIS JOURS FINIRONT » Suite à un accident qui immobilise l'un des comédiens, le Théâtre de la Corniche est au regret d’annoncer le report de la présentation de son spectacle, Chroniques en chanson de la Commune de Paris, qui devait se tenir à la M.J.C. de Morlaix le lundi 18 octobre. De nouvelles propositions de dates seront annoncées d'ici la fin

Dans le cadre du 150ème anniversaire de la Commune, le Théâtre de la Corniche (qui avait joué la pièce de théâtre pacifiste "Bonsoir m'amour" sur la guerre 14-18 en 2018) présente le lundi 18 octobre à 19h à la MJC de Morlaix son spectacle "Les mauvais jours finiront" sur la Commune de Paris.
Chronique en chansons de la Commune de Paris. Le Théâtre de la Corniche revisite ces 72 journées du printemps 1871, remises dans son contexte historique de la capitulation de l'armée de Napoléon III et du siège de Paris par les Prussiens, d'une proclamation d'une république dans un pays resté profondément monarchiste et d'une opposition de plus en plus marquée entre la France rurale et la capitale.
 
Pour en savoir plus, visitez le site du Théâtre de la Corniche: https://www.theatredelacorniche.fr/ete-2021/les-mauvais-jours-finiront/
 
INFOS PRATIQUES:
 
Date le lundi 18 octobre à 19h
 
Organisateur MJC Morlaix, Morlaix, place du Dossen
 
Téléphone 02 98 88 09 94
Partager cet article
Repost0
10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 13:18
L'Himalaya breton, de Nicolas Legendre (2020): un journal de voyage érudit et réjouissant entreprend l'ascension des sommets bretons
On vous parle d'un temps, il y a 245 à 540 millions d'années, ou les roches qui constituent aujourd'hui la Bretagne étaient au niveau de l’Équateur. Un temps "où les forces telluriques ont donné naissance à une gigantesque cordillère allant des futures Appalaches à l'actuelle Silésie. Elle culminait vers huit mille mètres et atteignait quatre mille à six mille mètres en Armorique. Bien avant que les Pyrénées et les Alpes ne prissent la forme qu'on leur connaît, un véritable "Himalaya" occupait l'actuelle Bretagne. Des millions d'années de mouvements tectoniques, de réchauffements et de glaciations, de tempêtes et de ravinements, ont entraîné l'érosion de ces fiers massifs".
Mais nos "géants en fin de vie" ont encore fière allure! Aux sommets de la Bretagne, dans les Monts d'arrée: le Roc'h Ruz (la montagne rouge) - 385 mètres- le Tuchenn Kador (384,9 mètres), le Roc'h Trévézel (384,9 mètres) selon des géologues du centre des Finances de Morlaix.
 
Voici un livre qui se recommande très chaleureusement, tant sa lecture allie la grâce et la profondeur, le plaisir et l'instruction.
 
Le road-trip du journaliste (Le Monde, Géo, XXI) et écrivain talentueux Nicolas Legendre, en février 2020, juste avant le premier confinement causé par la crise du Covid-19, de sommet breton en sommet breton, donne naissance à un récit mêlant les notations géographiques, géologiques, historiques, sociales, culturelles, politiques sur les "montagnes oubliées" de la Bretagne intérieure qui a quelque chose de profondément réjouissant et revigorant. Du Mont-Dol aux massifs de Paimpont, des Landes de Lanvaux au Ménez Bré, des Montagnes noires aux Monts d'Arrée, de Rennes au Ménez Hom, laissons nous entraînés à la redécouverte de la Bretagne des cimes et de l'Argoat. Un récit de voyage au plus près de chez nous mêlant l'humour, la poésie et une grande culture.
 
Aux éditions Le coin de la rue, 17 euros.
 
Morceaux choisis:
 
"Les humains qui peuplent les montagnes ont aussi leurs particularités. On n'habite pas les hauts plateaux des Andes comme on habite la pampa. On ne vit pas à Botmeur, au cœur des Monts d'Arrée, comme on vit à Penmarc'h, les pieds dans l'Atlantique. Les faibles distances entre ces "Bretagne" ne sont pas synonymes de proximité sociale, économique ou politique. Au XVIIIe siècle, il fallait entre vingt et trente heures pour rejoindre la mer à partir de Carhaix. Trente-cinq à quarante heures depuis Paimpont. Beaucoup de montagnards du Centre-Bretagne mourraient sans jamais avoir aperçu, ne fût-ce que de loin, les mille nuances de bleu de la Manche ou de l'Iroise.
Tout cela a forgé des caractères. L'éloignement des axes de communication et des grands centres urbains, la pauvreté des sols et l'escarpement des reliefs ont modelé les âmes.
Entre Trégor et Haute-Cornouaille, il existe un pays "rouge", historiquement procommuniste, anticlérical et laïc. Un pays où l'on vote plus à gauche qu'ailleurs en Bretagne, et qui correspond aux communes les plus élevées de la péninsule".
(...)
"Vue depuis mon promontoire, sous ce ciel chargé, la vaste étendue de lande du Yeun Elez paraissait inamicale, indomptable, éloignée de tout. Et pourtant: la route Quimper-Morlaix déroule son long ruban d'asphalte près de la ligne de crête. La gare de Brest n'est qu'à 45 minutes en voiture. Le relatif "enclavement" de l'Arrée n'est rien comparé à ce qu'il fut durant des siècles.
En témoigne le passé de La Feuillée, commune de 650 habitants située au nord-est du Yeun Elez. Au XIe siècle, dans ces parages alors quasiment inhabités, des religieux de l'ordre des Hospitaliers installèrent un hospice destiné à venir en aide aux pèlerins et voyageurs qui transitaient le long de la voie romaine reliant Carhaix à Landerneau, avant ou après le franchissement des sommets. Franchissement qui ne devait pas être une mince affaire... Il faut s'imaginer des landes peuplées de loups, parcourues par des brigands, exemptes bien sûr de tout panneau de signalisation. Précisions que 800 ans plus tard, au XIXe siècle, il fallait toujours cinq à huit heures, à cheval, pour effectuer les cinquante kilomètres séparant Carhaix de Morlaix...
Pour tenter de valoriser les landes qui les entouraient, les hospitaliers ont fait appel à des défricheurs. Ces "colons" étaient des paysans pauvres, des fils de métayers voire des renégats, en provenance d'autres territoires bretons, contraints d'émigrer pour survivre. Ils exploitaient les maigres terres de l'Arrée dans le cadre d'une institution très particulière: la quévaise. Ce mode de concession foncière et système social, minoritaire en Bretagne, impliquait une organisation très collective et relativement égalitaire. Elle était spécifique aux terres les plus pauvres de la péninsule, donc aux montagnes. Elle expliquerait en partie la persistance, jusqu'à nos jours, de particularismes locaux. A commencer par l'orientation politique, clairement à gauche depuis des décennies, de beaucoup de ces territoires.
Selon l'historien Ronan Le Coadic, professeur à l'université de Rennes 2 et responsable du Diplôme d'études celtiques dans ce même établissement, "il y a une corrélation très nette entre l'altitude et le vote communiste" en Bretagne. Et de préciser: "Sur 140 communes bretonnes ayant une altitude supérieure ou égale à 180 mètres (c'est ce qu'on appelle "les montagnes"), la moitié font partie du bastion. Vingt-trois autres accordent une proportion non négligeable de leurs suffrages au Parti communiste (...) Toutes les paroisses totalement couvertes de quévaises (sauf une) appartiennent au bastion".
(...)
Misère et richesse intérieure, dureté des éléments et beauté des lieux, enclavement et ouverture vers l'extérieur sont autant de composantes du cocktail "Arrée". Tout cela a façonné, l'âme de ce pays... qui ne manque pas de personnalités fortes. Cela permet-il d'expliquer pourquoi les Monts d'Arrée ont abrité le tout premier "village résistant" français durant la Seconde Guerre mondiale? Impossible à dire. Force est de constater, cependant, que l'Arrée a largement pris sa part dans la Résistance.
Dès les premiers jours de l'occupation allemande, en juin 1940, les habitants du hameau de Trédudon-le-Moine, à Berrien, choisirent de ne pas accepter l'ordre établi. Leur lieu de vie est devenu "un dépôt d'armes, un refuge pour résistants traqués, un lieu de réunion et un centre de décision pour dirigeants nationaux et régionaux" de la Résistance. C'est ce qu'on peut lire sur un panneau installé par l'état-major national en 1947, dans ce petit lieu-dit. Un intitulé occupe le haut de l'écriteau: TREDUDON - PREMIER VILLAGE RESISTANT DE FRANCE.
En Bretagne, les plus importantes places fortes de la Résistance se trouvaient à Saint-Marcel, dans les landes de Lanvaux, à Duault, dans le massif éponyme. Parmi la centaine d'autres maquis bretons, certains furent créés en plaine ou à proximité du littoral, mais la densité la plus importante était en Centre-Bretagne, dans les monts d'Arrée, au sud de Carhaix, dans les Montagnes Noires, dans le Trégor "rouge", dans le Mené et dans le Kerchouan."
Partager cet article
Repost0
3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 07:28
Les débats de la Fête de l’Humanité. Communisme.s : quels horizons nouveaux ?
Vendredi 1 Octobre 2021 - L'Humanité

À l’Agora, la rencontre entre Bernard Friot, sociologue et économiste, Frédéric Lordon, philosophe et économiste, et Guillaume Roubaud-Quashie, historien et directeur de la revue « Cause commune », a fait événement. Face aux crises sociales, économiques, politiques, climatiques et sanitaires, ils ont débattu de l’urgence de construire un monde sur de nouvelles bases communistes devient une nécessité vitale pour l’humanité.

À la fin des années 2000, Alain Badiou et Slavoj Zizek entendaient réhabiliter le communisme. Pourquoi faut-il, aujourd’hui, dans un terrain si hostile, relever ce défi de l’émancipation humaine ?

Bernard Friot Je ne dirais pas que le terrain soit hostile. Dans les rencontres auxquelles je participe régulièrement, je ne trouve aucune hostilité. Dans ma génération, un contentieux fait que beaucoup trop font de l’autocensure et hésitent à mettre en avant le mot « communisme ». C’est une erreur manifeste : il y a une aspiration au communisme dans la jeunesse !

Frédéric Lordon Je suis content que cette question soit posée sous l’évocation du travail d’Alain Badiou. Il faut rendre à chacun ce qui lui revient. Pour ma part, je suis venu à l’appellation du communisme, à la nécessité de travailler à cette question assez tardivement. Je n’ai pas une longue expérience d’appartenance à un parti communiste comme Bernard Friot.

Dans ma vie intellectuelle, je me souviens que Badiou avait tenu très haut la bannière du communisme en traversant cet interminable désert commencé au milieu des années 1980 et jusqu’au tournant des années 2010. La sortie du livre "L'Hypothèse communiste" , en 2009, puis la tenue d’un colloque à Londres avaient réuni beaucoup de monde et, déjà, énormément de jeunes. Je m’inscris dans ce sillage, dont je ne suis pas à l’origine.

Badiou s’est exprimé sur le mouvement "Nuit debout", les courants insurrectionalistes, les gilets jaunes, etc. Il n’a pas complètement tort, mais il n’a pas entièrement raison non plus. Nuit debout, avec tous ses caractères de naïveté, n’en avait pas moins fixé une idée directrice : il fallait cesser de dire ce que nous ne voulons pas et commencer à dire ce que nous voulons. Encore fallait-il savoir ce que nous voulons affirmer ! Le communisme est le nom de cette affirmation.

Cela devient impérieux car nous vivons une phase assez typique de ce que Gramsci appelle une « crise organique », durant laquelle se décomposent les autorités institutionnelles (la politique, l’État, la science, etc.) et, corrélativement, tout un ordre symbolique et d’organisation signifiante. Qu’un ordre symbolique se défasse, ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. Au contraire, même, il y a des ordres symboliques dont on souhaite très fort qu’ils disparaissent. Mais pour que la décomposition soit vraiment une bonne nouvelle, elle doit s’accompagner de la recomposition d’un autre ordre plus conforme à ce que nous voulons.

Pour l’instant, nous sommes un peu dans un entre-deux. Nous sommes devant une espèce de creux terriblement anxiogène, comme toujours quand les formations signifiantes menacent de se défaire et quand rien ne les remplace encore. La nature ayant horreur du vide, des propositions de substitutions apparaissent. Une proposition mortifère, fasciste, pointe son nez. On ne fera face à cette proposition fasciste qu’en avançant une proposition globale de recomposition d’ordre social. Communisme est le nom de cette proposition.

Bien sûr, communisme est un mot détérioré par l’histoire et de nombreux secteurs, de la société restent sensibles à cela. Je me suis moi-même longtemps interrogé : fallait-il mettre un autre nom à la place pour des raisons pratiques et tactiques ? À la fin des fins, j’ai choisi de l’utiliser, à défaut d’autre chose. Qu’y a-t-il d’autre ? Anticapitalisme ? Non, nous ne sommes pas anti, nous sommes pro quelque chose. D’autres comme écologie, social ou solidaire sont des mots qui font partie de la grammaire interne au capitalisme. Ce ne sont pas de bonnes propositions pour dépasser le capitalisme. Alors, disons communisme !

Guillaume Roubaud-Quashie © Albert Facelly

Guillaume Roubaud-Quashie Je saluerai le courage de personnalités du monde intellectuel et médiatique comme Alain Badiou de continuer à se réclamer du communisme. Dans le monde intellectuel moins médiatique, je veux citer Lucien Sève, malheureusement décédé en 2020 lors de la première vague du Covid, qui s’est battu tout autant pour ce mot. Le communisme n’est pas qu’une question intellectuelle ou académique. Elle concerne le Parti communiste. La question du nom s’est d’ailleurs aussi posée pour le Parti. Certains partis, tel le PCI, ont fait d’autres choix. Mais il y avait un problème de fond. Si nous étions dans une démarche communiste en visant à être dans un mouvement conscient et large et évitant la manipulation, nous ne pouvions pas nous-mêmes être dans la manipulation en usant d’un autre mot.

Je réagis maintenant au propos de Frédéric Lordon pour relever l’événement que nous sommes en train de vivre. Nous sommes sortis d’un moment de « timidité », comme le disait Bernard Friot. Aujourd’hui, des figures intellectuelles importantes avancent sur le terrain de l’affirmation en utilisant le mot « communisme » en positif. Je veux souligner ce travail sur des projections d’avenir et non plus sur un simple refus du monde tel qu’il est. Concernant cette perspective communiste, je soulignerai l’actualité de l’impossible. Dans le Capital, Marx a une formule : « Après moi, le déluge, telle est la devise de tout capitaliste. »

Quand on lit les rapports du GIEC, nous sommes vraiment confrontés à cette fuite en avant mortifère. Si on continue à laisser le pouvoir à quelques actionnaires guidés par la seule soif de profits, l’humanité va vers l’abîme. L’urgence de l’impossible appelle autre chose. Et quand on voit ce dont est capable l’humanité, on entrevoit l’urgence d’un possible autre. Sans être étranglés par les logiques d’une course au profit de quelques-uns qui ne cherchent qu’à accumuler, nous pouvons répondre à des défis considérables. Nous sommes dans ce moment précis où il est urgent d’en finir avec le capitalisme et où il est urgent et possible d’entrer dans un nouveau temps de l’histoire humaine. Le communisme est cette urgence.

Les crises que nous traversons sont structurelles. Dans celles qui assombrissent les horizons à court terme, il y a la crise climatique. Dans cette urgence, comment peut-on construire un rapport de forces politique permettant un déploiement du communisme ?

Bernard Friot Le rapport de forces ne peut se tenir que dans la souveraineté du travail. Je suis maintenant convaincu que c’est le seul lieu de notre puissance. Tant que nous accepterons de faire des boulots avec lesquels nous sommes en désaccord, rien ne changera. La conquête de la souveraineté sur le travail est le lieu décisif de la lutte des classes.

Regardez ce qui s’est passé à l’hôpital. Les soignants et soignantes ont été dépossédés de leur travail par les gestionnaires des hôpitaux depuis quarante ans. Et durant la pandémie, alors que ces gestionnaires étaient dans les choux, les soignants et les soignantes ont, eux, retrouvé la maîtrise en tant que professionnels.

Frédéric Lordon Là où la démolition de la classe ouvrière n’a pas suscité un seul battement de cils de la part de la bourgeoisie, la destruction de la planète, qui forcément la concerne un peu plus, commence à l’émouvoir. Avec la question climatique, nous retrouvons un levier politique, et même psychologique, affectif, puissant. Pour une fois, la politique de la peur pourra être maniée par d’autres instances que les pouvoirs capitalistes et impérialistes. Il ne va pas falloir s’en priver ! À condition de faire déboucher cette peur sur des figurations d’un avenir autre. Pour construire un nouveau rapport de forces, il faut d’abord ne plus être dans le déni. Je vise là les intellectuels. On ne peut pas penser la destruction de la nature sans mettre en cause le capitalisme. Pour sauver ce qu’il reste de la nature, cela revient à renverser le capitalisme !

Guillaume Roubaud-Quashie Notre débat est très instructif. Non seulement la perspective positive du communisme revient, mais une autre grande question, souvent dissimulée par ceux qui étaient effrayés par les échecs réels du XXe siècle, celle de l’organisation, peut être posée. Car, comment construire un rapport de forces sans organisation ? On me rétorquera que je fais un plaidoyer pour le Parti communiste. Pourtant, cette question se pose vraiment. Maïakovski disait :  « Malheur aux hommes seuls. » Il avait raison. Si l’on veut que les choses bougent, il y a besoin de mettre en commun les expériences, les réflexions, mais aussi les actions.

Bien sûr, les formes « parti » doivent s’améliorer pour être plus efficaces, pour être encore plus et mieux parti. Pour autant, nous ne parviendrons pas à faire grandir un rapport de forces si chacun bougonne devant son smartphone ou sa télévision. La seule manière d’y arriver, c’est de se coordonner et d’avancer ensemble. Ce n’est pas la réponse exclusive, mais elle est assez structurante : il faut renforcer les organisations de la classe de ceux qui ont tout intérêt au communisme. Cela passe aussi par la confrontation d’idées. À ce propos, le rôle que tient l’Humanité, avec sa Fête, est important.

Sur le travail, Bernard Friot, vous proposez un « salaire à vie ». Frédéric Lordon, vous parlez d’une « garantie économique générale ». Le PCF définit un système de sécurité d’emploi et de formation. Qu’est-ce qui distingue ces propositions ?

Frédéric Lordon Je me reconnais intégralement dans la proposition de « salaire à vie ». Je fais juste une variation nominale mais pas une distinction de principe. C’est l’une des questions dont nous avons beaucoup parlé, avec Bernard Friot, dans les conversations qui ont abouti à notre livre d’entretiens En travail (1).

Je lui explique le sens de l’évitement du terme « salaire ». J’ai bien compris ce qu’il avait en tête, mais j’ai eu l’impression qu’il cherchait les difficultés : le mot salaire étant intimement lié à l’ordre social capitaliste. Cet ordre s’établit sur une série de rapports sociaux du salariat, du travail, de la mise en activité humaine propres au capitalisme. Dessiner alors une perspective communiste en l’asseyant sur la catégorie du salaire me semblait un paratonnerre à objections et à malentendus ! C’est la raison pour laquelle j’ai contourné le mot salaire. Nous nous en sommes expliqués. En réalité, la re-convergence était très simple à opérer.

À l’issue de la discussion, une démarche de requalification conceptuelle paraissait logique. Bernard Friot l’avait déjà accomplie, notamment à propos de la valeur. Il n’y a pas le salaire tout court. Il existe le salaire capitaliste et le salaire communiste. La forme communiste du salaire n’a rien à voir avec sa forme capitaliste. Il suffit de qualifier le salaire et alors le malentendu disparaît.

Bernard Friot Merci, Frédéric, d’adopter le salaire communiste comme projet ! Le salaire capitaliste, c’est la rémunération d’une activité validée comme productive. Sa forme la plus centrale, c’est le travailleur indépendant. La rémunération capitaliste est ce qui reste de la valeur produite, une fois que le fournisseur, le prêteur et l’acheteur ont prélevé l’essentiel. Si le travailleur ne produit rien, il n’a rien.

Pendant le confinement, les travailleurs indépendants se sont ainsi retrouvés à la rue. Les fonctionnaires ont, eux, conservé 100 % de leur salaire. Les travailleurs qui avaient un CDI ont gardé 84 %. Les intermittents, les gens en CDD, les précaires : zéro ! Le confinement a constitué une formidable démonstration. Des fonctionnaires qui ont plus travaillé, comme les soignants, ont conservé leur salaire. Mais d’autres, qui ont moins travaillé, l’ont aussi conservé parce que c’est un attribut de la personne. C’est une immense conquête de la CGT à travers le statut de la fonction publique. Le salaire communiste dissocie le droit à ressource de la validation sociale de l’activité. C’est cela qu’il faut généraliser à tous ! Car, je suis d’accord : cela ne sert à rien d’être anticapitaliste. Il faut être pour, et donc être communiste.

Alors même que l’activité était en difficulté, les salaires ont été maintenus. L’activité a été heureusement dissociée du salaire et cela a été bénéfique. C’est le salaire communiste ! Il repose sur un attribut accordé à la personne afin de lui octroyer une « capacité à » et une « responsabilité de ». Chaque travailleur est titulaire d’une qualification. La personne n’est pas reconnue comme travailleur à travers un contrat de travail, mais au travers d’une qualification dont elle est porteuse. Un fonctionnaire de l’État est ainsi porteur d’un grade, qui ne s’éteindra qu’à sa mort. Lorsqu’il prend sa retraite, il continue à être titulaire de sa qualification, donc son salaire. Le communisme engage une mutation anthropologique du statut du travailleur. Il s’agit d’un statut communiste de la personne adulte. Être souverain sur le travail doit s’établir sur un droit à la personne. C’est bien différent d’une continuité de ressource qui serait obtenue par une continuité du contrat de travail.

Guillaume Roubaud-Quashie Je dois me positionner par rapport à la proposition théorique du salaire à vie avancée par Bernard Friot. Sur ce type de question politique, il y a besoin d’un investissement populaire large. Nous pourrions évoquer d’autres grands penseurs comme Paul Boccara, qui a développé la sécurité d’emploi et de formation. C’est aussi un projet important qui essaie de répondre à la question du chômage et en même temps à celle de l’efficacité sociale.

Plusieurs théories ont été élaborées par des intellectuels communistes. Durant leur congrès, les militants réfléchissent ensemble, confrontent et prennent des décisions. La position actuelle est en faveur du système actualisé de sécurité d’emploi et de formation. Le communisme est une question de classe : savoir qui décide ce qu’on produit et comment on le produit. C’est une question démocratique.

Pour y parvenir, quelle conceptualisation théorique faut-il adopter ? Nous avons intérêt à ouvrir le débat et continuer de travailler, et peut-être parfois tracer des chemins nouveaux. Entre théorie et politique, il existe des dangers. Le risque serait que le parti entre sur la scène théorique pour fixer une ligne politique, l’assène et close le bal. En tant que parti politique, nous ne devons pas entrer dans une démarche visant à estampiller telle ou telle théorie, mais au contraire stimuler l’effort théorique. En même temps, il y a besoin d’une validation pratique au fur et à mesure que l’action est menée.

(1) En Travail. Conversations sur le communisme, de Frédéric Lordon et Bernard Friot, La Dispute.
 
Partager cet article
Repost0
25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 08:09
Otage judicaire, 17 ans de prison pour rien - Le 30 septembre, causerie avec MIchel Thierry Atangana autour de son livre témoignage à la Librairie Livres in Room (18h30)

Jeudi 30 septembre à 18h30, causerie avec Michel Atangana à la librairie Livres In Room de Saint Pol de Léon.... autour de son livre "Otage Judiciaire " venez nombreux...

Partager cet article
Repost0
21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 07:12
Le chilien Hector Herrera nous raconte le Chili d'Allende et de Pinochet, la mort de Victor Jara: Une conférence des « mardis de l’éducation populaire » se tiendra le mardi 21 septembre (18 h – salle du Cheval Blanc à Plourin les Morlaix).
Le chilien Hector Herrera nous raconte le Chili d'Allende et de Pinochet, la mort de Victor Jara: Une conférence des « mardis de l’éducation populaire » se tiendra le mardi 21 septembre (18 h – salle du Cheval Blanc à Plourin les Morlaix).
Le chilien Hector Herrera nous raconte le Chili d'Allende et de Pinochet, la mort de Victor Jara: Une conférence des « mardis de l’éducation populaire » se tiendra le mardi 21 septembre (18 h – salle du Cheval Blanc à Plourin les Morlaix).

Une conférence, dans le cadre des « mardis de l’éducation populaire » se tiendra le mardi 21 septembre (18 h – salle du Cheval Blanc à Plourin les Morlaix).

Le 11 septembre 1973, le gouvernement chilien (gouvernement de l’Unité Populaire) de Salvador Allende est la cible d’un coup d’état militaire dirigé par le général Augusto Pinochet.

Réquisitionné trois jours à la morgue de Santiago du Chili, quelques jours après le coup d’état, le jeune fonctionnaire de l’état civil, Hector Herrera est témoin de la disparition de centaines de cadavres. Un matin parmi les victimes, il découvre le corps du célèbre auteur compositeur Victor Jara, ambassadeur culturel du gouvernement Allende.

Pour qu’il ne disparaisse pas comme les autres, Hector, au péril de sa vie, trompe la vigilance de la junte et parvient à rendre son corps à son épouse et à l’enterrer… légalement

Après 40 ans d’exil en France, alors que le procès de l’assassinat de Victor Jara est toujours en cours, Hector sort de son silence et revient sur cet acte de désobéissance.

Hector sera notre invité ce mardi 21 septembre. Il viendra y témoigner de son histoire, de son vécu au Chili d'Allende et de Pinochet voir du Chili d'aujourd'hui.

Cette conférence, après une présentation, débutera par un film durant 1 h ("Victor JARA n° 2547"), film qui sera suivi par un débat.

Attention : compte-tenu de la réglementation, nous serons tenus de vérifier le "passe sanitaire" des personnes voulant assister à la Conférence.

Un pot de l’amitié offert sera par la section du PCF Pays de Morlaix

Le chilien Hector Herrera nous raconte le Chili d'Allende et de Pinochet, la mort de Victor Jara: Une conférence des « mardis de l’éducation populaire » se tiendra le mardi 21 septembre (18 h – salle du Cheval Blanc à Plourin les Morlaix).
Partager cet article
Repost0
19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 10:23
S.J. Eisenstein (3): Ivan Le Terrible - par Andréa Lauro

A lire aussi les deux premières études chronologiques consacrées par Andréa Lauro à Eisentein dans le "Chiffon Rouge" dans cette étude est la suite:

S.M. Eisenstein : de Sergueï Mikhaïlovitch à Sa Majesté: Les années 1920 - Un nouveau langage cinématographique (la chronique cinéma d'Andréa Lauro)

S.J. Eisenstein (2): Perspective Nevski - Les années 1930. Le long voyage, les films manqués et le chef-d’œuvre antinazi - la chronique cinéma d'Andréa Lauro

S.J. Eisenstein : Ivan le Terrible

Les années 1940. Le dernier chef-d’œuvre et l’affrontement avec le dictateur

Staline était à la recherche constante de supports historico-culturels fonctionnels servant au culte de sa personnalité. Même le cinéma devait s’adapter en exaltant la figure de héros individuels. Alexandre Nevski rentrait dans ce "nouveau cours" du cinéma soviétique. Grâce au succès du film, Eisenstein est contacté par Andreï Alexandrovitch Ždanov, l’homme qui dicte la ligne culturelle en URSS et qui l’a défendu après Le Pré de Béjine, et par Ivan Grigorievitch Bolshakov, Directeur du Conseil des commissaires du peuple de l’URSS et président de la commission des affaires cinématographiques, pour la réalisation d’un nouvel ouvrage centré sur une figure historique. La proposition, partagée par Staline, était de réaliser un film sur Ivan IV, le "Tsar de toutes les Russies", passé à l’histoire comme Ivan le Terrible. Sur cet adjectif, une précision est, cependant, nécessaire. Le terme "terrible" a dans notre langue une acception négative, mais pas autant en russe. L’original "Groznyj" porte en effet une signification positive.

Eisenstein commença à écrire le scénario, mais fut bientôt contraint de suspendre le travail.

La Seconde Guerre mondiale était entrée au cœur de l’URSS. Après l’opération dite "Barbarossa", l’invasion nazie de l’Union soviétique commencée le 22 juin 1941, les troupes allemandes étaient de plus en plus proches de la capitale. Le réalisateur se mobilisa lui aussi en participant, entre autres, au "Comité antifasciste juif". Le 3 juillet, il publia à la radio un message en anglais intitulé "Aux frères juifs du monde entier" dans lequel il exhortait à l’unité dans la lutte contre le nazisme. Le 25 août, il écrivit pour la "Pravda" un appel analogue "Frères juifs du monde entier!". Il intégra également une coordination pour la réalisation de films de propagande antinazie et commença à travailler, avec l’envoyé de guerre américain Quentin Reynolds, à un documentaire intitulé Moskva soprotivlyayetsya (Moscou résiste).

Le film, également appelé "La Guerre contre les nazis ou Le Vrai Visage du fascisme", fut interrompu à la fin de 1941 lorsque le journaliste américain fut transféré, avec d’autres correspondants étrangers, de Moscou à la ville de Kujbyšev.

L’offensive nazie entraîna d’énormes pertes et le cinéma subit de lourdes conséquences. Le tournage de beaucoup d’autres films, en plus du déjà cité Moscou résiste, furent interrompus et toute la production cinématographique et les archives (sauf "curieusement" Le Pré de Béjine) furent déplacées à Alma Ata (aujourd’hui Almaty) la ville la plus peuplée du Kazakhstan (puis siège d’importants accords et protocoles, notamment ceux de 1991 qui donnèrent naissance à la Communauté des États Indépendants, après la dissolution de l’URSS).

En Asie soviétique, la production était évidemment limitée. Des courts-métrages, des dessins animés, "agitka" (film d’agitation, entendu comme propagande) et des documentaires furent réalisés, comme La bataille pour notre Ukraine soviétique ou La bataille pour l’Ukraine soviétique (1943) dirigé par Julija Solnceva. A retenir également le plus important film à sujet de l’époque : Pir v Žirmunke (Banquet à Žirmunk, 1941) réalisé par Pudovkin et inséré dans la collection Boyevoy kinosbornik (Collection de films pour les forces armées).

Dans le film, en partie inspiré par une histoire vraie, une paysanne restée seule pendant une attaque nazie, prépare à un groupe d’Allemands un somptueux, mais empoisonné banquet et, pour écarter tout soupçon, la femme mange et meurt avec ses ennemis.

Eisenstein ne reprit le projet du film sur Ivan le Terrible qu'après la Bataille de Stalingrad, qui dura du 17 juillet 1942 au 2 février 1943, et qui vit les Soviétiques l'emporter sur les forces fascistes et nazies allemandes, italiennes, roumaines et hongroises.
 

S.J. Eisenstein (3): Ivan Le Terrible - par Andréa Lauro

Le long scénario d’Ivan Groznyj, approuvé par Staline lui-même, prévoyait la réalisation de deux films. Le casting mettait en valeur Nikolaï Tcherkasov, presque méconnaissable dans le rôle principal, avec d’autres acteurs importants de l’époque, plusieurs fois célébrés comme "artistes de l’année", de Serafima Birman à Pavel Kadochnikov, de Mikhaïl Jabrov à Amvrosy Boug en passant par Ljudmila Tselikovsky, dans le rôle du tsar.

Parmi les acteurs aussi l’éternel "rival", théorique et cinématographique, d’Eisenstein, Vsevolod Pudovkin, dans le rôle d’un vieux fanatique du nom de Nikolaï. Un travail qui a marqué la "pacification" entre deux grands réalisateurs soviétiques.

La photographie a été confiée à l’habituel Tissė pour les extérieurs, tandis que l’intérieur a été soigné par Andrei Moskvin (Carskoe Selo, 14 février 1901 - Leningrad, 28 février 1961) connu pour son travail avec Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg. La musique, après le succès d’Alexandre Nevski qui avait conduit à une version chantée de la bande-son, est de nouveau composée par Sergeï Prokofiev.

Le tournage débute le 23 avril 1943 à Alma Ata, puis se poursuit à Moscou. Le tournage dura environ un an, mais alors qu’Eisenstein montait la première partie du film, le même réalisateur décida de diviser la seconde en deux afin de composer une trilogie : la première partie sur l’ascension au pouvoir d’Ivan IV, la seconde sur la lutte contre les ennemis internes, la troisième sur la victoire finale. Le vieil ami Alexandre, devenu homme de régime, le lui déconseilla parce qu’il estimait que dans la troisième partie, "le linge sale d’une famille" se montrerait. En 1943, Tissė abandonne la production après une âpre dispute avec le réalisateur. Malgré les affrontements, la première partie d’Ivan Groznyj (Ivan le Terrible) sort dans les salles le 30 décembre 1944.

L'histoire:

En 1547, le grand-duc de Moscou Ivan IV (Adolphe Geri) est couronné tsar. Frappé par les conditions de misère de son peuple, avec l’appui du peuple, il centralise tous les pouvoirs et abolit les privilèges des classes aisées et les autonomies féodales que les aristocrates boyards veulent maintenir.

Parmi ceux-ci se détache la figure du boyards Evfrosinija Starickaïa (Serafima Birman), tante du tsar, qui voudrait sur le trône son fils Vladimir Andreïevitch (Pavel Kadochnikov), semi-fou, mais facile à manœuvrer et qui donnerait par conséquent aux boyards toute liberté.

Ivan épouse entre-temps la jeune Césarine Anastasia (Lyudmila Tselikovskaya), dont il est également amoureux le prince André Koubsky (Mikhaïl Nazvanov) que les boyards espèrent faire devenir une arme contre le souverain.

Aux ennemis internes, s’ajoutent les ennemis extérieurs : les Tatars envoient des menaces de guerre. Le tsar repousse les ambassadeurs, rassemble l’armée, marche sur Kazan, occupée par l’ennemi et, après avoir fait sauter les murs ("Mine et poussière, fantaisie du tsar!"), libère la ville.

Rentré à Moscou, Ivan tombe gravement malade, mais lorsque les boyards sont désormais convaincus qu’ils se sont libérés du souverain, le tsar guérit miraculeusement. La perfide Evfrosinija ne renonce pas et empoisonne la tsarine Anastasia qui a entre-temps donné naissance à un enfant. Resté seul, avec très peu d’amis sincères et dignes de confiance, Ivan, sur les conseils du prince Kurbuski, quitte la capitale et se retire dans un couvent, tandis que ses émissaires partent pour l’Angleterre pour y apporter des propositions d’alliance. Mais la population de Moscou l’acclame en se déplaçant dans un long cortège vers la retraite du tsar pour lui manifester affection et confiance. Souverain et peuple sont désormais unis pour affronter le destin de la Russie.

Le film fut un succès. Eisenstein, qui termine la deuxième partie d’Ivan le Terrible, remporte le Prix Staline en 1943 et 1944. Le soir de la cérémonie de remise du prix en février 1946 (la guerre l'avait inévitablement retardée), le réalisateur a eu une crise cardiaque, a été hospitalisé d’urgence et a été contraint à une longue hospitalisation.

Il écrivit : "Je suis déjà mort. Les médecins disent que, selon toutes les règles de la science, je ne devrais pas être plus vivant [...] Je veux m’amuser".

Il ne s’est pas trop amusé. Lavrentij Pavlovitch Berija, o ce Berija, découvrit, à travers ses fameuses et redoutables écoutes, que le réalisateur avait fini de monter son nouveau film. Il le regarda et trouva plus d’une ressemblance entre les massacres du Tsar évoqués dans le film et les "purges staliniennes", avec une référence particulière à ce qu’on appelle la "Terreur d’Iejov". Le Comité Central du PCUS commença ainsi à s’intéresser à Ivan Grozny II : Bojarsky zagovor (La Conjuration des Boyards).

La conjuration des boyards - Eisenstein

La conjuration des boyards - Eisenstein

La conjuration des boyards - Eisenstein

La conjuration des boyards - Eisenstein

Voici l'histoire de la "Conjuration des boyards", deuxième partie "d'Ivan le Terrible":

En 1565, Ivan (Nikolaï Tcherkasov) revient à Moscou, mais est trahi d’abord par le prince Kourbski, qui avait comploté avec les Lituaniens, puis par le métropolite de Moscou (Andreï Abrikosov), son vieil ami de jeunesse qui s’est retiré après le couronnement du tsar et est devenu "Pope", lui refusant la bénédiction. Ce dernier devient complice des boyards dans leur tentative de discréditer et assassiner Ivan. Le tsar, aidé par sa garde impériale (les Oprichniki), entre les souvenirs de l’enfance et de l’assassinat de sa mère par les boyards, comprend que sa tante Evfrosinija avait été responsable de la mort de la tsarine et découvre la conspiration. Ainsi, lors d’un banquet délirant, tourné dans une magnifique séquence de couleurs, Ivan met en scène un "jeu de pièces" fatal qui amène le tueur à gages d’Evfrosinija à tuer son fils Vladimir, désigné par les boyards comme successeur au trône. Avec le soutien du peuple Ivan continue ainsi la lutte contre les ennemis.

Les deux parties d’Ivan le Terrible furent une sublime reconstitution d’une histoire, le meilleur film historique selon Chaplin, ainsi que la synthèse parfaite du cinéma d’Eisenstein: en effet, il est considéré par beaucoup comme son meilleur film, entre la centralité du montage et l’utilisation symbolique de l’espace. Citons les intérieurs, les lignes, les lumières et les ombres qui découlent d’une relecture de l’art figuratif byzantin et qui renvoient à l’expressionnisme allemand.

On doit au même mouvement cinématographique, entre autres, la même figure d’Ivan, inspirée de l’interprétation de Conrad Veidt (inoubliable "somnambule" dans Le Cabinet du docteur Caligari) dans le film Das Wachsfigurenkabinett (Le Cabinet des figures de cire, 1924) réalisé par Paul Leni. Mais beaucoup voient dans l’Ivan d’Eisenstein la figure de Mejerchol’d, le père spirituel du réalisateur.

Mais Ivan le Terrible était aussi, sinon surtout, la représentation de l’URSS de ces années. D’un côté, il faisait écho à l'élan patriotique contre la menace nazie, de l’autre, en se référant explicitement à la figure de Staline, il attaquait le pouvoir et ses dégénérescences. Dans la magnifique scène finale du premier film, est présentée la procession du peuple vers le retrait inaccessible d’Ivan, une autre référence cinématographique claire cette fois au film Herr Arnes pengar (Le trésor d’Arne, 1919) de Mauritz Stiller, petits points noirs avançant avec des insignes, des croix, tandis qu’au premier plan se profile le tsar. Éloquente, précise et grandiose métaphore du pouvoir. Thème qui revint avec plus de vigueur idéologique dans la deuxième partie, "La Conjuration des Boyards", dans la célèbre séquence en couleurs, tournée par Moskvin, où sont montrés les aspects obscurs et délinquants du pouvoir et les doutes d’Ivan.

En août 1946, quelques mois après la crise cardiaque d’Eisenstein, Staline, après avoir lu les rapports de Berija, voit le film. Il était furieux, même pour le prétendu manque de "fierté russe", pour la longue barbe du protagoniste et pour les baisers d’Ivan. La revue "Sovietskoje Iskusstvo" a anticipé le jugement selon lequel Ivan Grozny II : Bojarsky zagovor fournissait "une preuve évidente des résultats négatifs auxquels peuvent conduire le manque de responsabilité, le mépris envers l’étude et la narration superficielle et arbitraire des arguments historiques". Le 4 septembre de la même année arriva la résolution officielle du Comité Central :

"Le réalisateur S. Eisenstein dans la deuxième partie du film "Ivan le Terrible" a montré son ignorance dans la représentation des faits historiques, présentant l’armée progressiste des gardes du tsar comme une bande de dégénérés semblable au "Ku Klux Klan américain", et Ivan le Terrible non pas comme un homme de forte volonté, mais comme un personnage faible et inerte, semblable à Hamlet". La diffusion du film est donc interdite.

Eisenstein fut contraint à une seconde autocritique douloureuse. Il écrivit à Staline pour lui demander de pouvoir terminer la trilogie, promettant de corriger la seconde partie.

Les deux se rencontrèrent à onze heures du soir le 25 février 1947 dans le "Petit coin", le studio du chef de l’URSS. D’un côté de la table, le réalisateur accompagné de l’acteur Tcherkasov, qui, en tant que député du Soviet suprême, espérait pouvoir influencer le jugement sur le film, de l’autre, Staline, Molotov et Jdanov. Le procès commença.

Staline : "Vous avez écrit une lettre et la réponse est un peu tardive. Je voulais immédiatement vous répondre par écrit, puis j’ai décidé qu’il était préférable de nous parler. Mais je suis très occupé, le temps me manque et c’est pourquoi nous sommes en retard. J’ai reçu votre lettre en novembre...".

Jdanov : "Oui, vous l’avez reçu à Soci".

Staline : "Avez-vous étudié l’histoire?"

Eisenstein : "Plus ou moins".

Staline : "Plus ou moins? Moi aussi, je connais un peu l’histoire. Vous avez montré l’Opritchina de manière incorrecte. L’Opritchina est l’armée du roi, une armée régulière, progressiste. Dans votre film, elle apparaît plutôt comme une sorte de Ku Klux Klan".

Eisenstein : "Ceux-ci sont couverts par des cagoules blanches, tandis que dans notre film les cagoules sont noires".

Jdanov : "Cette différence n’est pas fondamentale".

Staline : "Votre tsar est indécis, il ressemble à Hamlet. Tout le monde lui suggère ce qu’il doit faire et il ne prend aucune décision. Le tsar Ivan était un grand souverain plein de sagesse, et si on le compare à Louis XI, il le dépasse de dix têtes. La sagesse d’Ivan consistait dans le fait qu’il savait maintenir un point de vue national et ne laissait pas entrer les étrangers dans son pays, le protégeant contre la pénétration d’influences étrangères. Dans votre présentation d’Ivan le Terrible, des erreurs et des déviations ont été commises dans ce sens. Pierre Ier est un autre grand souverain, mais son attitude envers les étrangers est trop libérale, il a trop ouvert la porte et a permis la germanisation de la Russie. Catherine l’a permise encore plus. Et après, peut-être que la cour d’Alexandre Ier était une cour russe? Et celle de Nicolas Ier? Non. C'étaient des cours allemandes. Et puis voici une autre mesure remarquable d’Ivan le Terrible : il a été le premier à introduire le monopole du commerce extérieur. Lui le premier et Lénine le deuxième".

Jdanov : "Ivan le Terrible peint par Eisenstein est hystérique".

Molotov : "En général, l’accent est mis sur la psychologie, sur une présentation excessive des contradictions psychologiques intérieures et des émotions personnelles".

Staline : "Il faut montrer les figures historiques correctement en ce qui concerne le style. Ainsi par exemple dans le premier épisode il n’est pas correct qu’Ivan le Terrible se serre si longtemps avec sa femme. À cette époque, on ne faisait pas".

Jdanov : "Ce film présente une déviation byzantine. Mais même là, à Byzance, cette pratique n’était pas aussi courante".

Molotov : "Le deuxième épisode est trop renfermé dans les caves, dans les souterrains. On n’entend aucun bruit de Moscou, et le peuple ne se voit pas. On peut certes montrer des complots et des répressions, mais pas seulement celles-ci".

Staline : "Ivan le Terrible était extrêmement cruel. On peut montrer qu’il était cruel. Mais il faut montrer pourquoi il devait être cruel. Une des erreurs d’Ivan le Terrible est qu’il n’a pas exterminé jusqu’à la fin cinq grandes familles féodales. S’il l’avait fait, il n’y aurait pas eu l’Époque des Troubles. Mais il tuait quelqu’un et puis priait et se repentait longtemps. Dieu était pour lui un obstacle dans cette œuvre. Il fallait être encore plus résolu".

Tcherkasov : "Puis-je fumer?"

Staline : Il me semble que personne n’a interdit de fumer. Mais peut-être faut-il voter?"

Molotov : "Les événements historiques doivent être montrés sous une lumière correcte. Par exemple, prenons le cas de la pièce "Les braves" : l’auteur se moque du baptême de la Russie, qui avait été un phénomène progressiste à l’époque".

Staline : "Naturellement, nous ne sommes pas de très bons chrétiens. Mais il ne faut pas renier le rôle progressiste du christianisme à un certain stade. Cet événement eut une grande portée, car ce fut le tournant de l’État russe vers une union avec l’Occident [...]".

Jdanov : "On abuse trop de rites religieux dans votre film".

Molotov : "Cela donne une teinte mystique qu’il ne faut pas trop souligner". Tcherkasov : "Nous sommes convaincus que nous ferons un bon film. Je travaille sur le personnage d’Ivan le Terrible non seulement au cinéma, mais aussi au théâtre depuis longtemps. J’aime ce personnage et je pense que notre réécriture du scénario peut s’avérer correcte et véridique".

Staline : "Eh bien, essayons".

Tcherkasov : "Je suis convaincu que la reconstruction réussira".

Staline : "Que Dieu fasse que chaque jour soit une nouvelle année...".

Eisenstein : "Y aura-t-il des instructions particulières concernant le film?" Staline : "Je ne vous donne pas d’instructions, je présente les observations du spectateur. Par exemple, ces Oprichniki qui dansent ressemblent à des cannibales et rappellent les phéniciens ou les babyloniens... Eh bien, la question est clarifiée. Il faut donner aux camarades Tcherkasov et Eisenstein la possibilité de perfectionner l’idée et le film. Quant à l’interprétation d’Ivan le Terrible, son aspect physique est correct, il n’y a rien à changer. L’aspect extérieur d’Ivan est bon.

Tcherkasov : "Peut-on laisser dans le film la scène de l’assassinat?"

Staline : "On peut la laisser : il y a bien eu des assassinats".

Tcherkasov : "Dans notre scénario, il y a une scène où Maluta Skuratov étrangle le métropolite Filippo : faut-il conserver cette scène ?"

Staline : "Il faut la conserver. Ce sera historiquement correct".

Molotov : "En général, on peut et on doit montrer les répressions, mais il faut aussi montrer au nom de qui elles ont été faites, parce qu’elles étaient nécessaires. C’est pourquoi il faut montrer l’activité de l’État, sans se limiter à des scènes dans les caves, mais en montrant la sage conduite des affaires d’État [...]".

Tcherkasov : "Faudra-t-il présenter le projet du nouveau scénario pour approbation au Politbjuro?

Staline : "C’est inutile, débrouillez-vous. En général, il est difficile de juger d’un scénario, il est plus facile de s’exprimer sur une œuvre finie".

- Vous souhaitez lire ce scénario?".

Molotov : "Non, en fait je fais un autre métier".

Eisenstein : "Il serait bon que personne ne pousse pour accélérer la mise en scène du film".

Staline : "Ne vous pressez en aucun cas. Nous interdisons généralement la sortie de films faits à la hâte. Si la réalisation du film prend un an et demi, ou deux ans, ou même trois, il faut prendre le temps nécessaire pour qu’il soit bon et sculptural. Encore une chose. Le Tselikovskaya est mieux pour d’autres rôles. Elle joue bien, mais c'est une danseuse".

Eisenstein : "Mais il est impossible de convoquer une autre actrice de Moscou à Alma Ata".

Staline : "Un réalisateur doit être inflexible et exiger tout ce dont il a besoin. Nos cinéastes cèdent trop facilement".

Eisenstein : "J’ai dû travailler deux ans pour trouver une interprète pour le rôle d’Anastasia".

Staline : "L’acteur Jabrov n’a pas correctement joué son rôle dans Ivan. Il n’est pas un chef militaire sérieux".

Jdanov : "Ce n’est pas Maluta Skuratov, mais un clown".

Et vous, Eisenstein, vous êtes trop passionné par les ombres pour distraire le public de l’action du film avec la barbe du tsar. Ivan le Terrible soulève trop de fois la tête pour que l’on puisse mieux voir sa barbe.

Eisenstein : "Je raccourcirai la barbe au tsar".

Staline : "Que Dieu vous aide".

 

Le réalisateur continua à lire, à écrire et à concevoir la troisième et dernière partie d’Ivan Groznyj, prévue entièrement en couleur, qui raconterait la guerre aux frontières, la consolidation de l’État et la victoire finale d’Ivan, devenu le Terrible. Des séquences ont également été tournées. Mais dans la nuit du 10 au 11 février 1948, Sergueï Eisenstein mourut à la suite d’une seconde crise cardiaque violente.

Aleksandrov, Strauch et Tissė, collaborateurs et compagnons de toujours, accoururent tout de suite, mais ils ne purent que recomposer le corps et le couvrir d’une tapisserie mexicaine, souvenir du célèbre voyage, représentant le Dieu de la mort aztèque.

Après les funérailles solennelles à charge de l’État, le corps d’Eisenstein est incinéré le 13 février 1948. Son dernier film Ivan Groznyj II : Bojarsky zagovor (La Conjuration des Boyards) ne voit le jour qu’en août 1958, après la mort de Staline et de Prokofiev, le 5 mars 1953, et surtout après le fameux vingtième Congrès du PCUS où Nikita Khrouchtchev (Khrouchtchev) critiqua le culte de la personnalité de Staline.

Eisenstein a été l’un des représentants les plus brillants et créatifs de toute l’histoire du cinéma et un grand théoricien. Il est aussi, parmi les cinéastes, une figure dominante de la culture du vingtième siècle. Il vécut passionnément la Révolution d’Octobre, la saison culturelle des avant-gardes qui suivit et souffrit les régressions de l’URSS stalinienne. Mais même s’il ne s’est jamais inscrit au PCUS, il reste fidèle à l’idéologie communiste jusqu’à sa mort prématurée.

C’était un communiste libertaire, hétérodoxe, peut-être homosexuel. Libre. Et pour cela il a toujours de l'opposition à l'image du cinéaste en Russie, notamment de Poutine qui a entravé de projets autour de la mémoire du réalisateur.

Dans ses "Mémoires", écrites principalement pendant la longue convalescence qui suivit le premier infarctus, il affirma : "Biologiquement nous sommes mortels. Mais nous devenons immortels par nos actes sociaux, par la petite contribution individuelle que nous apportons au progrès de la société dans l’idéal relais de l’histoire".

La contribution d’Eisenstein fut énorme, entre films et écrits théoriques, publiés pour la première fois en six volumes entre 1963 et 1977, qui continuent à faire l’objet d’études et de citations. Il a inspiré le cinéma, entre autres, par Andreï Tarkovski, Stanley Kubrick, Alexandre Sokurov, Woody Allen, Ettore Scola, Bernardo Bertolucci et l’artiste Zbigniew Rybczyński qui, dans le travail Steps (1987), fait entrer dans la célèbre séquence de l’escalier d’Odessa des touristes américains, générant des effets étranges.

Eisenstein, comme beaucoup de grands (il suffit de penser au Napoléon manqué par Kubrick), nous laisse le regret de ses chefs-d’œuvre jamais réalisés, de ses films non terminés, Que viva México! ou des films perdus, Le Pré de Béjine, mais surtout cette oeuvre nous laisse des images inoubliables: la scène maintes fois citée de l’escalier du Cuirassé Potemkine, est au cinéma ce que le sourire de la Joconde est à la peinture ou le monologue d’Hamlet "To be, or not to be" de William Shakespeare est au théâtre. Œuvre immortelle d’un cinéaste immortel.

Andrea Lauro, 18 septembre 2021

S.J. Eisenstein (3): Ivan Le Terrible - par Andréa Lauro

Lire aussi les chroniques cinéma d'Andréa:

La chronique cinéma d'Andrea Lauro - Patricio Guzmán: Transformer la mémoire personnelle en mémoire collective n’est pas impossible

Heimat, l’œuvre monumentale du réalisateur allemand Edgar Reitz - la critique cinéma d'Andréa Lauro pour le Chiffon Rouge

COMMUNIST'ART: Elio Petri, le cinéaste renégat - par Andréa Lauro

COMMUNIST'ART: Mario Monicelli, cinéaste italien, auteur de Les camarades (1963)

Communist'Art: Soy Cuba - Un film de Michail Kalatozov, une émotion visuelle incroyable qui laisse enchantés et déconcertés - la chronique cinéma d'Andréa Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, partie 1 - la chronique cinéma d'Andrea Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - partie 2 La guerre et le Néoréalisme : Ossessione

La chronique cinéma d'Andréa Lauro - Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, Partie 3

La fin du Néoralisme: Bellissima - Luchino Visconti, entre beauté et Résistance, partie 4 - La Chronique cinéma d'Andréa Lauro

Luchino Visconti, Partie 5, Entre réalisme et mélodrame : Senso et Le notti bianche - la chronique cinéma d'Andréa Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - Rocco et ses frères et Le Guépard, partie 6 et 7 - par Andréa Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - par Andréa Lauro, partie 8

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - Andréa Lauro - Partie 10 et 11 Les damnés, Mort à Venise

Luchino Visconti - par Andréa Lauro, partie 12 et 13: Ludwig, le crépuscule des dieux, Violence et passion, L'Innocent

Et des articles sur la culture soviétique:

Littérature soviétique - Carnets de guerre de Vassili Grossman (Calmann-Lévy, présenté par Antony Beevor et Luba Vinogradova) - Suivi de Treblinka

Littérature soviétique - Mikhaïl Boulgakov, l'auteur du Maître et Marguerite, un génie baroque à l'époque du Stalinisme (1891-1940)

Communist'Art: Marc Chagall, compagnon de route de la révolution bolchevique

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 07:40
Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021
Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021
Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021
Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021
Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021

Très beau spectacle à la Maison du Peuple sur le poète, chansonnier, soldat Olivier Souëstre (Du Séminaire aux barricades), l'auteur de "La Marianne", un des grands chants révolutionnaires qui était adopté par le mouvement ouvrier socialiste avant l'Internationale, communard originaire de Plourin-les-Morlaix. Bravo à Claude Bonnard et aux comédiens de la Corniche pour ce beau spectacle sur une figure oubliée du mouvement révolutionnaire, y compris à Morlaix, à l'occasion des journées du Patrimoine.

Visible encore demain à 15h et 16h30, entrée libre.

Avec à l'étage dans la salle de conférence une magnifique exposition sur la rénovation de la maison du Peuple et 70 ans de lutte de la CGT à Morlaix, avec un focus sur les manifs contre le CPE et pour l'emploi Tilly Sapco en 2005-2006, où l'on retrouve beaucoup de nos camarades... 

Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021
Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021
Journées du Patrimoine à la maison du peuple de Morlaix: 18 et 19 septembre 2021
Partager cet article
Repost0
18 septembre 2021 6 18 /09 /septembre /2021 05:47
Journées du Patrimoine, 18 et 19 septembre: le théâtre de la Corniche met à l'honneur le poète et parolier communard plourinois Olivier Souëstre à la Maison du peuple

Le Théâtre de la Corniche sera présent à la Maison du Peuple pour les journées du patrimoine. Il sortira de l'ombre un plourinois qui a participé à la défense de Paris au moment de la Commune et à qui l'on doit une chanson adoptée par tout les mouvements ouvriers, "la Marianne de 1883" que "l'Internationale" détrônera quand le poème de Pottier sera mis en musique.

Partager cet article
Repost0
9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 19:11
Aube dorée, l'affaire de tous - le film-choc d'Angélique Kourounis sur l'extrême-droite grecque et Aube Dorée en tournée bretonne
Aube dorée, l'affaire de tous - le film-choc d'Angélique Kourounis sur l'extrême-droite grecque et Aube Dorée en tournée bretonne

Le flyer de la tournée bretonne du film "Aube dorée, l'affaire de tous"

Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, photo prise par Hervé Ricou la semaine dernière au festival du film de Douarnenez.

Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, photo prise par Hervé Ricou la semaine dernière au festival du film de Douarnenez.

Article du Télégramme, 27 août 2021, sur Aube Dorée, une affaire de Tous

Aube Dorée l'affaire de tous

Angélique Kourounis est la réalisatrice de deux documentaires sur le parti néo-nazi grec: l'Aube dorée.

En 2017 l'Association Bretagne Grèce Solidarité Santé a parrainé avec de nombreux partenaires locaux des projections-débats autour du film-Aube dorée-une affaire personnelle-  dans une quinzaine de salles de la région. Ce film décrivait l'installation du parti néo-nazi dans le pays et au parlement comme 3ème force politique.

Cette année Angélique Kourounis avec un nouveau film -Aube dorée-l'affaire de tous- décortique 6 années de procès qui ont abouti à la condamnation d'Aube dorée comme organisation criminelle. Bretagne Grèce Solidarité Santé parraine une nouvelle tournée de projections-débats dans 14 salles en Bretagne dont 5 dans le Finistère en présence et avec la participation d'Angélique Kourounis.

3 projections du premier film "Aube Dorée, une affaire personnelle" et 3 projections du film de 2021 "Aube Dorée l'affaire de tous" ont eu lieu au festival du film de Douarnenez du 21 au 28/08 qui avait comme thème Peuples et luttes en Grèce.

Standing ovation incroyable à la fin du dernier film!

la bande-annonce: https://vimeo.com/560771007

PJ: article du Télégramme du 27/08/2021 (édition de Douarnenez)

Les dates bretonnes pour voir le film en présence des réalisateurs, Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi:

> Le 3 septembre au cinéma Iris, Questembert, 56230, 20h30

> Le 5 septembre, à Brasparts, lieu-dit Tromac'h 29190, 17h

> Le 6 septembre, au cinéma Les Baladins, Lannion, 22300, 20h

> Le 7 septembre, au cinéma Le Vulcain, Inzinzac-Lochrist, 56650, 20h30

> Le 8 septembre, au cinéma Club 6, St Brieuc, 22000, 20h

> Le 9 septembre, au cinéma Rex, Pontivy, 56300, 20h

> Le 10 septembre, au Patronage Laïque Guérin, 1 rue Alexandre Ribot Brest, 29200, 20h

> Le 11 septembre, à Ti An Oll, Plourin-les-Morlaix, 29600, 16h

> Le 14 septembre, MJC Kerfeuteun, Quimper, 29000, 20h

> Le 16 septembre, au cinéma Ty Hanok, Auray, 56400

> Le 17 septembre, Local Fête de l'Ével, Baud, 56150, 19h30

> Le 21 septembre, au cinéma Arvor, Rennes, 35000, 20h15

> Le 23 septembre, au cinéma Le Vauban, St Malo, 35400, 20h

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011