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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 06:21
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax

Avec Guy Darol, une superbe conférence des mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix et de grands moments de musique, d'émotion, et de compréhension des implications politiques et sociales du foisonnement esthétique soul, funk, blues du festival Wattstax, une fierté noire commémorant le 22 août 1972 la répression sanglante de la révolte du quartier noir de Los Angeles en 1965 avec les artistes du label Stax de Memphis, une ville historiquement raciste et ségrégationniste, où le Klan est très présent, des chanteurs et des musiciens noirs engagés contre les discriminations raciales, pour l'égalité des droits et la fierté retrouvée noire. Des chansons et une énergie formidable qui résonnent toujours aujourd'hui à l'heure du black lives matter et des violences policières persistantes. Avec Isaac Hayes, Rufus Thomas, Clara Thomas, Jesse Jackson, The Bar Kays, Johnnie Taylor, la playlist de WaTTstax! Avec un bonus la chanteuse de soul contemporaine Janelle Monae et sa chanson criée en mémoire des victimes des crimes racistes.

Wattstax où l'on chanta au final  "If I had a hammer" ("Si j'avais un marteau", 1949), une chanson d'influence communiste écrite par Pete Seeger, Guy Darol montrant aussi à travers son propos érudit et passionné, embrassant la longue durée de la conquête des droits civiques et de l'égalité, l'influence du Parti communiste américain depuis les années 20 dans l'organisation des afro-américains pour leur émancipation et l'égalité (Angela Davis), et la dénonciation du racisme structurel et institutionnel.

Merci à Mariane et à Zelda pour la logistique de ce Mardi de l'éducation!!!

 

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 07:42
Guy Darol raconte Wattstax - le 22 novembre, mardi de l'éducation populaire - Le Télégramme, Monique Keromnès, 18 novembre 2022
Guy Darol raconte Wattstax - le 22 novembre, mardi de l'éducation populaire - Le Télégramme, Monique Keromnès, 18 novembre 2022

Guy Darol dans le Télégramme du 18 novembre et aux prochains Mardi de l'éducation populaire du PCF pays de Morlaix le mardi 22 novembre à 18h. Entrée libre, venez nombreux vibrer avec le Woodstock noir de Wattstax, une fierté noire

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 07:41
Mercredi 23 novembre au bar associatif des Deux rivières à Morlaix - Lectures de Femmes d'Alep par la comédienne et chanteuse Eva Langlois
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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:22
Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix

HISTOIRE. L’ÉTÉ 1972, WATTSTAX CHANTE LA FIERTÉ NOIRE ET CLAME LA COLÈRE (L’HUMANITE - Jeudi, 30 Juillet, 2020)

Avec son remarquable livre Wattstax, l’essayiste Guy Darol narre l’épopée du fameux rassemblement musical et politique de 1972 et analyse le violent contexte de l’oppression raciale. Entretien.

Dans son livre, Wattstax (2020), sous-titré 20 août 1972, une fierté noire, Guy Darol narre la journée où le festival Wattstax a commémoré le 7 e anniversaire de la révolte réprimée dans le sang à Watts, en 1965. Outre son passionnant récit qui détaille le concert initié par le label de soul Stax au Los Angeles Coliseum, l’écrivain et journaliste à Jazz Magazine contextualise le fameux rassemblement musical et politique. Plus de 100 000 spectateurs assistèrent aux performances scéniques ponctuées de discours enflammés. Se relayèrent sur scène de nombreuses figures de la soul, du funk, du blues, du gospel et du rhythm’n’blues, Rufus et Carla Thomas, The Staple Singers, Otis Redding, Kim Weston, Isaac Hayes…

Avec pertinence et profondeur, l’auteur développe une analyse aussi sensible que politique, reliant l’asservissement de l’esclavage et l’exploitation capitaliste, les insurrections qui se sont succédé du début du XX e siècle à nos jours, l’avènement du Black Power, le rôle de l’art et la culture au service de la lutte, le mouvement Black Lives Matter… Un travail remarquable, porté par une écriture lucide jusqu’à l’os, éclairée par l’intelligence du cœur.

 

Pouvez-vous rappeler les origines du soulèvement de Watts, écrasé au prix d’un massacre à l’instar des tragédies analogues qui ont jalonné l’histoire des États-Unis ?

Guy Darol L’embrasement du quartier de Watts dans la soirée du 11 août 1965 était la réponse furieuse des habitants de ce ghetto, majoritairement africains-américains, à la suite de l’interpellation brutale de Marquette Frye par la police autoroutière de Los Angeles, sous les yeux épouvantés de riverains. Les incendies et les pillages dénonçaient autant l’invariable série de violences qu’avait subies la communauté noire depuis des décennies que le système mercantile vanté par la publicité et que les populations toujours plus démunies regardaient sans y accéder. L’occasion se présentait de briser des vitrines, d’envahir des commerces et d’en sortir ces cuisinières et réfrigérateurs dont on avait le plus grand besoin.

 

D’autant que beaucoup d’habitants de Watts vivaient difficilement…

Guy Darol Oui, particulièrement éprouvés par le chômage, ils manquaient de tout. Ce qui faisait de cette révolte autre chose qu’une émeute épidermique, après la contestation de l’oppression raciale par les marches pacifiques de Selma, sévèrement réprimées, début 1965, mais un moment d’insurrection classe contre classe ciblant la conception de marchandisation – et son application – qui voyait l’Africain-Américain comme un rebut, une « chose » que l’on pouvait réduire en la martyrisant dès lors qu’elle était d’une matière valant zéro. Watts compta ses morts, au nombre de 34, tandis que les prisons s’emplirent de près de 4 000 protestataires. Une page venait donc de s’ouvrir, qui abandonnait la stratégie de l’engagement non violent prôné par le pasteur Martin Luther King.

 

Avec votre livre, souhaitez-vous aussi interpeller la France sur la répression policière exercée contre les personnes « non blanches » et sur les meurtres commis par certains gardiens de l’ordre ?

Guy Darol Dans mon ouvrage, je présente Black Lives Matter comme une continuité des actions musico-politiques menées par Al Bell (vice-président du label Stax), Jesse Jackson (candidat du Parti démocrate aux élections présidentielles de 1984 et 1988), mais également avec les soutiens du cinéaste Melvin Van Peebles et du « Black Moses » Isaac Hayes. Ce mouvement est brusquement entré en résonance avec la mort de George Floyd à Minneapolis et celle d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, dans des circonstances qui révèlent à chaque fois les violences policières visant des individus noirs.

Black Lives Matter implique désormais le réveil des consciences dans toutes les régions du monde, y compris en France, afin de dénoncer la banalisation de l’horreur. Il est important de souligner que les deux victimes sont décédées après un placage ventral en ayant prononcé ces mêmes mots : «  Je ne peux plus respirer. » Cette phrase partout reprise, comme pour expulser des poitrines un air irrespirable, définit désormais un combat global. Le réseau Black Lives Matter ignore les frontières. Il veille sur les opprimés du monde entier, dont la parole, on l’espère vivement, ne pourra plus être étouffée, en tout cas plus jamais comme avant.

 

Avec Memphis (2017), Dee Dee Bridgewater a rendu hommage à sa ville natale, où le label Stax avait vu le jour. Dans ce disque puis en tournée, en reprenant Why (Am I Treated so Bad), elle a braqué à nouveau les projecteurs sur cette chanson-manifeste et son auteur, Roebuck « Pops » Staples, qui avait participé à Wattstax…

Guy Darol Oui. D’ailleurs, on n’aurait pas été surpris de retrouver Dee Dee à Wattstax. Mais, en 1972, elle chantait dans l’orchestre jazz de Thad Jones et Mel Lewis. Peut-être songeait-elle déjà à graver son album enregistré en 1974 et récemment réédité, Afro Blue, si parfumé de saveurs soul. Pourquoi imaginer sa présence au Los Angeles Coliseum ? Parce qu’elle n’aurait certainement pas dépareillé au côté de Carla Thomas, et que le programme était largement ouvert aux femmes. Kim Weston avait été la première à donner le ton du concert, en interprétant , l’hymne sacré des Africains-Américains dont la poétesse Maya Angelou avait fait un des symboles de la lutte pour les droits civiques.

 

Lors des soulèvements de 1919, les lynchages perpétrés par dizaines marquèrent funestement le début du XX e siècle…

Guy Darol Oui. Le retour sur le sol américain des soldats noirs de la Première Guerre mondiale pouvait laisser penser qu’il serait l’occasion d’un accueil célébrant leur bravoure. Tel ne fut pas le cas. Le Ku Klux Klan, nouvellement reformé, saisit cette opportunité pour se livrer à ses pratiques routinières qu’étaient le lynchage et l’immolation. Ce fut, en été 1919, l’origine du Red Summer qui allait allumer une trentaine de feux à travers le pays. Le 27 juillet, des suprémacistes blancs avaient violemment attaqué de jeunes Noirs venus se baigner dans le lac Michigan en leur jetant des pierres. L’un d’eux se noya sans que la police ne trouvât rien à redire. Les bourreaux étaient toujours exonérés.

Les cinq jours qui suivirent cette envolée de lapidations donnèrent lieu à de violentes échauffourées à l’issue desquelles 23 Africains-Américains perdirent la vie. Et, à la fin de l’été, 83 protestataires avaient été liquidés par le recours à la torture, jusqu’à la pendaison. Le chemin qui menait à Wattstax était rougi de sang. Le nombre incalculable des victimes de la terreur blanche pourrait recouvrir les artères de Washington. Sur une avenue menant à la Maison-Blanche, Muriel Bowser, la maire de Washington, a demandé, en juin dernier, à des artistes urbains de peindre le slogan Black Lives Matter en lettres capitales, pour réprouver la longue cohorte des brutalités policières.

Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix
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13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 07:45
Conférence-débat avec Julian Mischi à Brest le mercredi 16 novembre au Pilier Rouge, 20h - Organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ? (Cercle Nathalie Le Mel)

Organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ?

Le Cercle Nathalie Le Mel organise une soirée conférence / débat le mercredi 16 novembre à 20h00 au Patronage Laïque du Pilier Rouge à Brest, 2 rue Fleurus sur le thème : organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ? Avec Julian Mischi. 
 
 

Les classes populaires ont besoin de s’organiser pour se faire entendre. S’engager politiquement et s’impliquer dans des structures collectives leur permet d’établir un rapport de force moins favorable aux classes dominantes. Or, depuis plusieurs décennies, l’engagement politique est de moins en moins répandu dans les milieux populaires.

Pour réfléchir à cette problématique, le Cercle Nathalie Le Mel invite Julian Mischi, sociologue et politiste, spécialisé dans l’engagement des classes populaires et l’histoire du Parti Communiste Français. Un parti politique qui a permis l’engagement et l’auto organisation des ouvriers et des employés, grâce à des particularités comme son lien avec le monde du travail et les entreprises, sa capacité à former des dirigeants d’origine ouvrière ainsi que ses puissants réseaux syndicaux et associatifs. Nous reviendrons sur cette histoire et les leçons à en tirer pour l’action aujourd’hui.

Pour découvrir brièvement le travail de notre invité : Julian Mischi chez Mediapart , «Un processus de marginalisation politique des ouvriers»

 

Entrée et participation libres.
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3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 07:13
Lady Stanhope, l'amazone du Liban - par Laure Dominique Agniel (éditions Tallandier, 2021, 219 pages,  18,90€))

Lady Stanhope, l'amazone du Liban - par Laure Dominique Agniel (éditions Tallandier, 2021, 219 pages, 18,90€))

Laure Dominique Agniel, qui fut étudiante et reporter dans la guerre du Liban, et qui est l'auteure de biographies de Paul Gauguin et de Alexandra David-Neel, et réalisatrice du film Oublier Beyrouth (Arte), a publié chez Tallandier en 2021 un livre absolument passionnant qui nous emporte d'un bout à l'autre avec son souffle d'aventure et de tragédie et de reconstitution une reconstitution historique dans le sillage d'une femme exceptionnelle, énergique, indépendante, ignorant la peur et les préjugés: Lady Hesther Stanhope.  

Lady Stanhope est toujours un mythe au Liban, et soulève un écho intime, mêlée de nostalgie et de fascination, chez l'auteure, Laure Dominique Agniel: "Comme Esther Stanhope, écrit-elle dans l'Avant-Propos, j'ai vécu au Liban. J'y suis arrivée à vingt ans, étudiante à l’École des Lettres de Beyrouth. Je payais mes études en travaillant dans une petite librairie du vieux quartier de Bab Idriss, à côté d'une pâtisserie autrichienne célèbre dans toute la ville. Très vite, j'ai connu l'histoire de Lady Stanhope, dont les aventures se racontaient de génération en génération. Comme elle, j'avais quitté une Europe qui m'apparaissait trop prévisible, sans fantaisie, sans poésie. Comme elle, j'étais envoûtée par la montagne libanaise, la lumière dorée sur les maisons de terre de Deir-al-Qamar, l'austère beauté des palais druzes à Beiteddine ou à Moukhtara. J'ai suivi sa trace dans le sable de Palmyre, à la recherche de la reine Zénobie... Elle qui avait été, au début du XIX e siècle, le bras droit du Premier ministre du Royaume-Uni, elle qui avait vécu au 10 Downing Street à Londres, avait quitté l'Angleterre pour devenir reine de Palmyre, amazone du désert, astrologue, chercheuse d'or, et pour certains, sorcières au Liban. A deux cent ans de distance, sa rage de vivre, sa quête de liberté résonnent encore aujourd'hui."   

Hester Stanhope est née en 1776, enfant pendant la Révolution française, issue d'une des grandes familles de l'aristocratie anglaise, orpheline de mère, et doté d'un père, homme des Lumières nourri aux philosophies de Diderot et Rousseau, mathématicien libre-penseur et scientifique fantasque et précurseur (il imagine avant les autres les bateaux à vapeur), quitte Londres, à la mort de son oncle, le premier ministre William Pitt (premier ministre pendant près de 20 ans, à partir de 1783, avec une interruption entre 1801 et 1804) dont elle fit office de directrice de cabinet, habillée en homme.

Après la mort de son amoureux au Portugal, victime de la guerre avec les troupes napoléoniennes, et la mort de William Pitt, Lady Stanhope décide de se changer les idées et de quitter l'Angleterre où elle s'ennuie et déprime. Elle embarque de Porsmouth en février 1810 et ne reviendra jamais en Angleterre. Avec un jeune médecin, une dame de compagnie, elle rejoint Gibraltar, Malte, tombe amoureux d'un jeune étudiant anglais des Indes pendant la traversée, Michael Bruce, qui sera son compagnon, de dix ans plus jeune qu'elle, pendant des années. En 1811, ils sont à Constantinople, puis, voulant rejoindre l'Egypte, ils font naufrage au large de Rhodes.

Ils survivent miraculeusement, et, à Rhodes, Lady Stanhope prend l'habit turc et celui d'un homme.

Après l’Égypte, elle visite la Palestine, Jérusalem, Jaffa, Ramallah, puis s'établit durablement entre les montagnes du Liban et la Syrie, recevant l'hospitalité d'un cruel prince druze. Elle rencontre l'orientaliste suisse Johann Burckhardt, s'intéresse à la culture et aux croyances des druzes, des turcs, des bédouins, est reçue avec les honneurs par le pacha de Damas. Elle se présente à lui montant à cheval et armée et est admise dans la bibliothèque de la grande mosquée omeyyade à feuilleter des livres "qu'aucun chrétien n'a jamais vus". Elle rejoint ensuite Alep et monte une expédition avec une tribu bédouine pour traverser le désert syrien et rejoindre la mythique cité antique de Palmyre.   

Tantôt princesse, tantôt guerrière, elle brave tous les interdits et s'impose aux califes, aux émirs et aux pachas de l'empire Ottoman. Rien ne l’effraie.

Elle se retire finalement dans une quasi-solitude sur une des montagnes du Liban où Lamartine lui rend visite dans sa cité-jardin. Loin du monde, elle devient astrologue, chercheuse d’or, se passionne pour les sciences occultes, ouvre sa porte aux miséreux. Elle échappe plusieurs fois à la peste, vit dans un climat d'insécurité et de guerre, accueille des réfugiés dans sa retraite. 

Elle meurt ruinée en 1838, en princesse déchue, couverte de dette, abandonnée par le gouvernement britannique, entourée seulement de quelques servantes qui la volent, dans un château en ruine et en grande partie inhabitée du Mont Liban. C'est son médecin, fidèle entre tous, secrètement amoureux d'elle, Charles Meyron, qui publiera le journal qu'elle a tenu pendant 28 ans.

Pionnière et résolument indépendante, Hester Stanhope incarne ces femmes éprises de liberté, ayant le goût de l’aventure, refusant de se marier et luttant pour leur émancipation.

Et l'auteure, Laure Dominique Agniel, dans un récit alerte et enlevé qui ne se quitte pas et se lit d'une traite, rempli de souffle romanesque et historique, contribue aussi à nous dévoiler de nombreuses facettes d'un Proche-Orient compliqué et fascinant, qui deviendra une étape de choix des grands voyages initiatiques européens au XIXe siècle.

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1 novembre 2022 2 01 /11 /novembre /2022 08:58
Bar associatif des Deux Rivières place de la Madeleine à Morlaix - la programmation de novembre 2022
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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 08:34
Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Seuil, 820 pages, septembre 2022, 35€)

Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Seuil, 820 pages, septembre 2022, 35€)

Il faut lire "Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Seuil, 820 pages, septembre 2022, 35€), un livre qui croise les résultats de travaux universitaires et d'expériences de combats et de répressions de dizaines de chercheurs français et arabes, et de militants et intellectuels et écrivains syriens, pour faire comprendre le fonctionnement de la terreur et son évolution sous le régime des Assad, Hafez et Bachar, jusqu'au paroxysme de la violence et de la cruauté, des crimes de guerre et contre l'humanité, atteint lors de la répression de la révolte populaire et démocratique pour la liberté et la dignité de 2011 et la guerre féroce qui a suivi et qui n'est toujours pas terminée.

Cette série d'articles et d'extraits d'ouvrages compilés et commandés judicieusement sous la direction de Catherine Coquio, Joël Hubrecht, Naïla Mansour, Farouk Mardam Bey est extrêmement éclairante sur les 50 dernières années de l'histoire syrienne et le déroulement de la guerre en Syrie, les stratégies et fonctionnements du pouvoir des Assad.

C'est une autopsie clinique alliant la distance réflexive et la rigueur objective de l'enquête scientifique et la précision de détail dans l'exposé des horreurs et de leur fonction stratégique qui permettent de reconstituer en quoi la violence terroriste peut devenir un système de domination, et ses effets d'aliénation sur les bourreaux, les complices, comme sur les victimes. Les articles, d'entre 5 et 10 pages, sont denses et passionnants, renvoyant à des années de recherche, assortis de notes nombreuses et de références à des documents disponibles sur internet ou à des œuvres publiées en France, mais peuvent se lire séparément tout en entrant en résonance les uns avec les autres.

C'est le premier effort de documentation aussi exhaustive publié en France de l'ensemble des crimes commis par le régime tyrannique et sanguinaire des Assad (Hafez et Bachar) et la diversité de ces articles permet de comprendre le fonctionnement de ce régime, dans sa complexité, ses contradictions, et sa monstruosité ordinaire, tout en rendant justice à ses centaines de milliers de victimes alors que, sous protectorat russe et iranien, il continue à écraser son peuple, en grande partie exilé et décimé, et à faire ses affaires mafieuses en toute impunité. 

Dans le Prologue, on ne saurait guère mieux résumer le destin de la révolution syrienne que Mustafa Khalifé (arrêté en 1982 alors qu'il était membre de la Ligue d'Action Communiste, et relâché 12 ans plus tard simplement, en 1994), l'auteur de La Coquille, un livre puissant sur l'horreur carcérale et la terreur du régime vis-à-vis de ses prisonniers politiques sous Hafez al-Assad (aux éditions Actes Sud, 2007):

"Il est important de la souligner: la Syrie se trouvait en fait depuis 1966, et surtout 1970, en pleine guerre civile, mais une guerre larvée, muette, gagnée d'avance par le belligérant le plus puissant qui détenait l'appareil d’État et le monopole de la violence. Le feu est resté sous la cendre jusqu'à la confrontation armée, vers la fin des années 1970, entre le communautarisme assadien et celui des organisations islamistes djihadistes. La guerre civile encore silencieuse s'est alors bruyamment révélée au grand jour, et ses ravages pendant une bonne dizaine d'années ont marqué à jamais l'histoire du pays.

Depuis mars 2011, comme évoqué plus haut, les évènements se sont succédé en trois temps.

Les protestations pacifiques d'abord, passablement timides. Les Syriens savaient bien qu'ils avaient affaire à un régime sanguinaire. Ils se sont donc contentés, avec leurs mots d'ordre de liberté et de dignité, et en insistant sur l'identité nationale, de revendiquer des réformes qui amélioreraient leurs conditions de vie. C'est la réaction brutale du régime, ainsi que l'extension des manifestations à l'ensemble du pays, qui ont radicalisé le mouvement, six ou sept semaines après son déclenchement, et l'ont transformé en une véritable révolution populaire. Il n'était plus question de réforme du régime mais de sa chute, de l'émergence d'un nouveau pouvoir et de l'édification de l’État démocratique appartenant à tous les citoyens. Révolution qui est demeurée toutefois fondamentalement pacifique pendant au moins six mois, et malgré les premiers signes de sa militarisation, elle a gardé ses traits originaux jusqu'au milieu de 2012.

Dans les débats sur ce qui s'est passé en Syrie, on a parfois prétendu que la guerre civile n'était qu'une conséquence de la révolution. Il est pour moi évident, au contraire, que celle-ci, si elle l'avait emporté au terme de cette première étape, aurait mis fin pour de bon à la guerre civile menée par le régime depuis des décennies.

La deuxième étape a donc commencé vers le milieu de 2012 avec la militarisation, mais le paysage n'a changé de fond en comble qu'un an plus tard, quand les formations militaires djihadistes ont pris le dessus sur toutes les autres. Aux deux belligérants, le régime despotique d'un côté et de l'autre les forces révolutionnaires en lutte pour la démocratie, s'est ainsi ajouté un troisième, opposé certes au premier mais tout autant, sinon plus, au second. Totalement étranger aux mots d'ordre de la révolution, il n'a cessé de la combattre par les armes, réprimant ainsi avec férocité les militants civils qui lui tenaient tête dans les zones qu'il est parvenu à contrôler. Il n'est pas exagéré de dire qu'il s'est ainsi comporté comme un allié objectif du régime et que celui-ci a su tirer profit de ses exactions sur tous les plans.

Cette étape a duré jusqu'à la fin de 2015, c'est à dire jusqu'à l'intervention directe et massive de la Russie dans le conflit. Certes, les interventions étrangères, régionales et internationales, n'y étaient pas absentes, mais c'est à partir de cette date qu'elles sont devenues décisives et que la situation a définitivement échappé à toutes les parties syriennes en présence, y compris au régime de Bachar al-Assad. La Syrie est depuis lors un pays occupé par plusieurs puissances étrangères, défendant chacune ses intérêts avec le seul souci d'éviter un affrontement militaire avec les autres." (...)

"Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Sous la direction de Catherine Coquio, Joël Hubrecht, Naïla Mansour, Farouk Mardam Bey, Seuil, septembre 2022, p. 145 à 158).

Univers carcéral syrien, torture, et littérature de prison.
 
Extraits d'une excellent article de synthèse de Catherine Coquio:
 
"Le système carcéral, de Hafez à Bachar: violations et exterminations"
dans Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021 (Sous la direction de Catherine Coquio, Joël Hubrecht, Naïla Mansour, Farouk Mardam Bey, Seuil, septembre 2022, p. 145 à 158).
 
"Selon le Réseau syrien des droits de l'homme (SNHR), en août 2020, 215 000 Syriens auraient été détenus depuis 2011 dans les geôles du régime (90% des détenus de la guerre dans les geôles du régime, 8,4% dans les prisons de Daesh et de Al-Nosra, et 2,7% dans celles des autres groupes armés), et 83 971 y auraient disparu, morts sous la torture. Dès 2012, Human Rights Watch appelait "archipel de torture" un réseau de 27 centres de détention (bâtiments, caves, hangars, hôpitaux et écoles réquisitionnés) géré par quatre services de renseignements différents, où les détenus subissaient torture, viol et famine, femmes et enfants compris. En juin 2019, le réseau syrien des des droits de l'homme avait identifié 14 227 personnes mortes sous la torture, dont 62 femmes et 177 enfants. (...). Le régime assadien a institué pour tous une culture de la cruauté dotée de méthodes dont la technologie artisanale - chaise allemande, pneu, shabah, câble tressé, jets d'eau glacé, brûlures, mutilations, coups de toutes sortes.. - s'accompagne d'un système d'offense morale qui passe aussi par le verbe: le juron, l'insulte obscène et la plaisanterie pornographique, la scène d'humiliation et d'abjection dégradante sont de mise et se retrouvent, constamment répétés, d'un témoignage à l'autre. Banalisée et ritualisée, la torture est d'ailleurs utilisée aussi contre les droits communs, mais à une moindre intensité: l'acharnement contre les corps et les âmes des dissidents est patent. (...). L'autre règle indifférenciée est celle de la violation et du viol. En décembre 2017, l'enquête d'Annick Cojean et Manon Loizeau, "Syrie, le cri étouffé", consacrée au sort des femmes dans les prisons syriennes montrait que dès 2011 le viol carcéral, très souvent infligé à un détenu pour en torturer un autre, avait été systématisé pour déchirer les familles et les solidarités, celui des femmes visant à briser les hommes comme celui des enfants vise à briser les parents. Il montre aussi, comme les rapports d'ONG, que cet usage de la violence sexuelle et de la violation psychique, loin d'atteindre les seuls opposants sunnites, s'est acharné contre ceux censés soutenir le régime, chrétiens, Kurdes, alaouites. (...).
Au sein de cette culture généralisée de la cruauté, certains lieux se sont spécialisés dans des formes de destruction plus radicale et massive, qui font de ce système concentrationnaire un instrument d'extermination et pas seulement de déshumanisation. En 2014, l'horrifique dossier "César" né d'une fuite faisait apparaître un usage des tortures et exécutions dont "l'échelle industrielle" et le degré de violence ont suscité la comparaison avec le système nazi: 53 275 clichés dont 28 707 personnes mortes, concernant 11 847 victimes, dont 6 786 étaient des détenus, 1 036 des soldats et 4 025 des civils non détenus, cadavres marqués, mutilés ou démembrés; ces clichés, pris essentiellement dans deux centres de Damas entre 2011 et 2013, avaient été exfiltrés par le policier photographe. En novembre 2015, Amnesty International qualifiait de "crime contre l'humanité" les disparitions forcées, qui ont fait parler de "guerre invisible", dont le chiffre, d'après le Réseau syrien des droits de l'homme (SNHR), s'élevait au début 2018 à 82 000 depuis 2011. (....)
Les arrestations sommaires et la torture n'avaient pas commencé en Syrie avec Hafez al-Assad. Utilisées sous le mandat français pour "pacifier" le pays, ces pratiques s'étaient développées après l'indépendance (1947) au gré des coups d’État, chaque régime incarcérant ses rivaux: à l'époque nassérienne (1958-1963), les communistes furent arrêtés, puis les nassériens après le coup d’État du Baath (1963); puis la seconde équipe baathiste (1966-1970) fit arrêter ses prédécesseurs et les communistes (voir Yassin al-Haj Salah, "Aperçu historique de l'arrestation politique en Syrie", dans "Récits d'une Syrie oubliée. Sortir la mémoire des prisons", Paris, Les Prairies ordinaires, 2015). Après le coup d’État de Hafez en 1970, une nouvelle étape fut franchie: l'institution des tribunaux d'exception destinés aux "ennemis de la révolution" et le programme d'"assainissement" sous le nom de "question publique et nationale" permirent d'envoyer en prison des civils de tous horizons: islamistes, communistes, baathistes irakiens, journalistes démocrates, opposants kurdes, ou encore simples citoyens dénoncés par tel voisin ou rival, dans une société qui comptait plus d'informateurs que de prisonniers. La population carcérale se composait donc des militants de tous les partis ou formations d'opposition: Frères musulmans, parti communiste-bureau politique (de Riyad al-Turk), parti de l'Action communiste, formations d'extrême-gauche, baathistes irakiens et rivaux politiques, rassemblés dans la catégorie des "ennemis" du peuple syrien.
Un véritable univers concentrationnaire s'installa, systématisant la détention arbitraire avant de déférer en justice, infligeant des peines de dix, quinze, vingt ans, parfois plus, qui venaient s'ajouter aux longues années déjà passées en prison à attendre son "procès". Les écrivains Moustafa Khalifé, Aram Karaber, Yassin al-Haj Saleh et Faraj Bayrakdar, ont fait respectivement douze, treize, seize et dix-sept ans de prison.(...).
La torture était partout, et elle allait fréquemment jusqu'à la mort. Selon Amnesty International, 17 000 personnes ont disparu dans les prisons entre 1980 et 2000: Frères musulmans, opposants de gauche, Palestiniens, Libanais (du fait de l'occupation du Liban entre 1976 et 2005). (...).
La violente répression des années 1980-1990 qui avait envoyé nombre d'intellectuels et artistes en prison, forçant les autres à l'exil et l'autocensure, fit que l'expérience carcérale, à moins de se raconter sous la forme d'entretiens et d'articles parus ailleurs, souvent après la mort des détenus, fut d'abord évoquée de biais, à travers ses effets intimes ou par paraboles, dans des fictions... En 1999 parut Le Cocon de Hassiba Abdel-Rahman, fiction autobiographique où une militante communiste, double de l'auteure, qui avait passé sept ans à la prison de Douma, racontait sa résistance à l'écrasement en s'efforçant de se soustraire à l'imagerie héroïque. L'auteure y utilisait un journal clandestin qu'elle avait rédigé durant sa détention et qu'elle avait pu faire sortir. Cette réécriture de notes griffonnées en prison s'est pratiquée aussi en poésie: Faraj Bayrakdar, arrêté pour son appartenance au parti de l'Action communiste au début des années 1980, dit avoir écrit sur du papier à cigarettes ou mémorisé et fait mémoriser à ses codétenus les poèmes qui ont formé la trame de "Ni vivant ni mort", recueil paru en France en 1998 alors que son auteur était en prison depuis onze ans. Un Comité international contre la répression avait réclamé sa libération: "Nous voulons l'entendre", avait dit Maurice Blanchot en 1997, à quoi l'ambassade de Syrie répondit de manière éloquente: "Faraj Bayrakdar n'existe pas". En 2006, un autre livre, "Les Trahisons de la langue et du silence", restituait par fragments la très lourde expérience carcérale de l'inexistant: trois arrestations, une détention quasi ininterrompue entre 1983 et 2000, dont quatre ans à Palmyre et treize ans à Saidnaya. "La poésie m'a aidé à emprisonner la prison", dit l'auteur.
(...) C'est une autre espèce de témoignage qui advient lorsque les détenus de l'ère Hafez, libérés à la fin des années 1990 ou au début des années 2000, sortis de leur militantisme premier par l'expérience de la prison, se mettent à écrire et chercher une langue. Entre 2007 et 2015 ont paru trois livres majeurs écrits en exil par d'ex-détenus communistes, qui, tout en dessinant une autre histoire du pays, témoignent d'une expérience carcérale vécue comme épreuve du pire mais aussi "révolution intime" (Yassin al-Haj Salah), qui leur fait nouer des rapports profonds avec le soulèvement révolutionnaire: en 2007, le très sombre roman La Coquille (Al Qawqa'a) de Moustafa Khalifé, publié en français avant de paraître en arabe au Liban avec le sous-titre original, "Mémoires d'un voyeur"; en 2009, Voyage vers l'inconnu d'Aram Karabet, paru à Alexandrie, avant de paraître en français en 2013 sous le titre Treize ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l'inconnu; en 2012, Pour votre salut, les jeunes! Seize ans dans des prisons syriennes de Yassin al-Haj Saleh, paru en arabe à Beyrouth puis en français, en 2015, sous le titre Récits d'une Syrie oubliée. Sortir la mémoire des prisons. Ce dernier livre reprend des textes rédigés entre 2003 et 2011, et un précieux entretien mené en 2009 par l'avocate Razan Zaitouneh (...).
Leurs textes sont précieux, à plus d'un titre: documents historiques majeurs, ils témoignent aussi d'expériences de pensée vécues comme des actes de résistance et s'aventurent dans une sorte d'anthropologie et de philosophie en acte: en disant "je", les témoins font exister la prison comme monde singulier à l'intérieur du monde singulier qu'était cette Syrie bouclée sur elle-même. Ces grands témoins de l'ère Hafez, issus d'origine différentes (d'une famille arménienne pour Karabet, sunnite pour Khalifé et Yassin al-Haj Saleh, mais les trois auteurs refusent toute assignation identitaire), furent arrêtés en tant qu'activistes communistes, mais leurs textes rompent avec toute idéologie carcérale, y compris communiste (voir l'entretien d'Aram Karabet avec Pierre Barbancey dans L'Humanité du 12 août 2013*). Cette rupture passe par leurs choix d'écriture, qui rend compte de réalités corrosives par un effort de véridiction peu soucieux des tabous sociaux d'où qu'ils viennent: fiction ironique chez Khalifé, chronique testimoniale chez Karabet, essai critique chez Yassin al-Haj Saleh. Une tension nouvelle s'exprime entre témoignage et fiction. En jetant une lumière crue sur des réalités partagées, ces textes interrogent l'espèce humaine, les zones grises, la mutation des sentiments et la plasticité morale, de sorte qu'ils rejoignent les grands récits de Rousset, Antelme, Borowski, Levi, Améry, Chalamov..."

* Interview de Aram Karabet avec Pierre Barbancey dans "L'Humanité":

Aram Karabet "La révolution syrienne 
a échappé aux Syriens"

Communiste, 
Aram Karabet a passé treize ans dans 
les geôles du régime baasiste des Al Assad, dans la prison de Saydnaya. Une expérience qu’il raconte dans un livre. Il dénonce aujourd’hui les pressions régionales et internationales 
et la militarisation 
de la révolte. 

Aram Karabet, né en 1958 à Kamchli, au nord-est de la Syrie, est issu d’une famille arménienne. Membre du Parti communiste syrien-Bureau politique, dirigé par Ryad Al Türk, il est arrêté en 1987 de façon arbitraire. « Notre seul crime était de demander un changement de pouvoir, une Constitution démocratique », dit-il. Il est resté en prison treize ans. C’est ce qu’il raconte dans un livre émouvant: Treize Ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l’inconnu, Aram Karabet, traduit 
de l’arabe (Syrie) par Nathalie Bontemps, Actes Sud. 19 euros.

Une expérience qui n’a fait que renforcer ses convictions.

Publié le Lundi 12 Août 2013 par Pierre Barbancey, L'Humanité
 

Vous avez écrit ce livre avant 
le soulèvement. Comment faut-il 
le lire aujourd’hui ?

Aram Karabet. Le livre montre jusqu’où peut aller ce régime dans sa répression. Mais il faut noter que toute cette période – ces années 1980 où des dizaines de milliers de Syriens sont passés en prison, ont connu la torture parce que le pouvoir voulait les « transformer en insectes » comme il disait – a déformé la société. Lorsque je suis sorti en 2000, la première fois que je me suis vu dans un miroir, je ne me suis pas reconnu. Toute la société syrienne était ainsi. Un visage défait, méconnaissable. Je veux montrer comment toute notre société a été minée par le despotisme durant ces quarante ans. Ceux qui veulent ­comprendre la violence en Syrie peuvent le faire en lisant ce livre. On a cherché à déshumaniser une grande partie des Syriens. Et cela se retourne contre le pays lui-même.

Vous avez combattu le régime, 
vous êtes un homme de gauche, laïque, démocrate. Comment 
voyez-vous ce qui se passe en Syrie depuis plus de deux ans ?

Aram Karabet. Le régime syrien est un régime particulièrement dur et coriace. Il y a donc de nombreuses raisons qui expliquent le soulèvement qui a commencé en mars 2011. ­Pendant des mois et des mois, ce soulèvement est resté pacifique et ses mots d’ordre n’avaient rien du tout de religieux ni de confessionnel. Je pense que le soulèvement syrien n’était dans l’intérêt d’aucune puissance régionale ou internationale. Le régime a évidemment ses propres soutiens. Mais ceux qui ont prétendu être les amis du peuple syrien n’ont aucun intérêt non plus à ce que celui-ci se libère par ses propres moyens et qu’il réalise un projet national et social de réforme du pays. Les Syriens ne sont pas intolérants sur le plan religieux. Ils sont habitués au pluralisme confessionnel. L’islamisation est essentiellement le fait d’interventions étrangères. Il est clair que c’était aussi dans l’intérêt des puissances occidentales. Parce que c’était le moyen de pousser la Syrie vers les extrêmes et de laisser les Syriens se massacrer entre eux, le but étant la destruction des infrastructures du pays, la destruction de l’armée syrienne. Ce qui ne pouvait que servir les intérêts israéliens. Ce à quoi on assiste est la rencontre d’intérêts à la fois de forces régionales et internationales qui, toutes – qu’elles se prétendent être du côté du régime ou au contraire être les amis du peuple syrien –, amènent les ­Syriens vers cette situation terrible dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui.

Que faire ? Quelle est la solution ?

Aram Karabet. Personnellement, je me suis opposé à la militarisation du soulèvement. Je savais que le régime était très dur et qu’il allait utiliser la force. Mais le fait de militariser le soulèvement ne pouvait que subordonner une partie de l’opposition à des forces régionales ou internationales opposées au régime de Damas. La révolution syrienne a, en réalité, échappé aux Syriens. D’un côté, les Russes et les Iraniens défendent leurs intérêts, soutiennent le régime et l’ont poussé à militariser la répression en envoyant l’armée régulière contre les opposants. De l’autre, les forces régionales (Qatar, Arabie saoudite, Turquie) et occidentales ont aidé à la militarisation du soulèvement. Aujourd’hui, il n’y a plus de solution syro-syrienne. La solution est aux mains de la ­communauté internationale.

Quand on est un militant politique 
en exil, quel combat peut-on mener dans ce contexte ?

Aram Karabet. Pour ma part, je souhaite le départ de toutes les forces, de toutes tendances, qui se sont introduites en Syrie, aidées par les services de renseignements des pays alentour. Et surtout, que l’opposition syrienne puisse s’unir sur un programme démocratique, pacifique, de transition. Mais je crains que notre destin ne nous échappe complètement. Nous, les opposants de gauche, laïques, qui avons un programme de justice sociale, ne pouvons pas remporter une victoire par la force. Au début de la révolte, il y avait une véritable fusion entre les gens qui nous laissait espérer une transition vers un régime qui, peu à peu, pouvait vraiment devenir démocratique. Maintenant, cela paraît difficile à imaginer.

Qu’est-ce qui empêche l’unité 
de l’opposition aujourd’hui ?

Aram Karabet. Il y a un divorce entre le soulèvement populaire syrien et l’opposition telle qu’elle se présente, toutes tendances confondues. Pourquoi l’opposition est-elle dans cet état ? À l’origine et durant de longues années, il y avait énormément de méfiance entre ses différentes composantes. Elle est due à l’absence pendant longtemps de libertés démocratiques, de dialogues. Je me souviens qu’en prison même, nous communistes, n’osions pas discuter avec les Frères musulmans ou avec ceux du groupe Action communiste. Chacun se méfiait des autres. Dans ces conditions, ils sont incapables, tous, de se présenter comme la direction d’un soulèvement d’un genre aussi neuf. D’où le divorce. De plus, une véritable direction révolutionnaire ne peut être à l’extérieur. Elle devait d’abord être dans le pays, ce qui lui aurait évité d’être soumise aux pressions régionales et internationales comme le sont les opposants exilés. Le régime syrien s’est toujours légitimé par la situation régionale et internationale et en se situant dans un camp contre dans un autre. Il a réussi à faire que l’opposition soit comme lui : qu’elle soit légitimée par ses alliances avec les pays du Golfe, la Turquie, la France ou autres.

(1) Treize Ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l’inconnu, Aram Karabet, traduit 
de l’arabe (Syrie) par Nathalie Bontemps, Actes Sud. 19 euros.

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25 octobre 2022 2 25 /10 /octobre /2022 05:29
Un Fête de l'Humanité Bretagne 2022 - Rencontre et dédicace autour de Femmes d'Alep avec Maha Hassan et Ismaël Dupont
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Femmes d'Alep - Avec Maha Hassan et Ismaël Dupont, une très belle rencontre avec plus de 80 personnes à la Fête de l'Humanité Bretagne de Lanester ce dimanche 23 octobre et 44 livres dédicacés entre 11h15 et 12h30, et entre 14h et 18h.
Un vrai succès, donc, pour "Femmes d'Alep", à la fête de l'Humanité Bretagne et des échanges magnifiques avec les lecteurs, ceux d'hier qui ont déjà lu le livre, et ceux de demain!

Merci à toutes et tous pour tous ces échanges généreux.

Merci à la fête de l'Humanité Bretagne et son espace librairie chaleureux pour leur invitation.

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16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 11:29
« Les mauvais jours finiront » au bar des Deux Rivières, à Morlaix, le dimanche 16 octobre 2022
« Les mauvais jours finiront » au bar des Deux Rivières, à Morlaix, le dimanche 16 octobre 2022

Le Télégramme, Morlaix, 14 décembre 2022

Le Théâtre de la Corniche, de Morlaix, présente, dimanche 16 octobre 2022, aux 2 Rivières un spectacle qui revisite les 72 journées du Printemps 1871, la Commune, la révolte des Parisiens qui se soulèvent contre le gouvernement d’Adolphe Thiers. L’évocation de cette période est illustrée de chansons de l’époque de Jean-Baptiste Clément, auteur du Temps des cerises et membre du conseil de la commune, et Jules Jouy, le poète « chourineur » et chansonnier montmartrois.

Pratique

Bar des Deux Rivières, place de la Madeleine, à Morlaix. Chronique en chansons de la commune de Paris, dimanche 16 octobre 2022, à 16 h. Réservations : tél. 02 98 63 42 14.

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