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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 20:29
Photo Le Télégramme - 27 avril à Carhaix

Photo Le Télégramme - 27 avril à Carhaix

Le candidat finistérien du PCF, Glenn Le Saout, a longuement commenté l’actualité politique en défendant les projets défendus par la liste conduite par Ian Brossat. (JNP)
 

Candidat du Parti communiste français aux élections européennes sur la liste de Ian Brossat, le Morlaisien Glenn Le Saout est allé à la rencontre des électeurs, samedi matin 27 avril, sur le marché de Carhaix, avant d’échanger avec des militants.

Âgé de seulement 20 ans, Glenn Le Saout est l’un des plus jeunes candidats à ces élections européennes. En 67e position sur la liste du Parti communiste français conduite par Ian Brossat, le Morlaisien n’est pas en position éligible. « Il faudrait que 74 % des électeurs choisissent le PCF pour que je sois élu », reconnaît-il. Ce qui ne l’empêche pas de se lancer avec ferveur dans cette campagne. Samedi matin, il est allé à la rencontre des électeurs sur le marché de Carhaix, avant de tenir une rencontre publique avec des militants à la salle Justice de paix.
 
L’argent, il y en a, et pas qu’un peu !
 
Étudiant en Administration économique et sociale à l’UBO à Brest, Glenn Le Saout a quitté le Parti socialiste pour rejoindre le PCF il y a un an et demi. « Ce qui a motivé ma décision, c’est notamment le départ de Richard Ferrand et Marc Coatanéa pour la République en Marche, souligne-t-il. J’ai été très déçu par les socialistes au pouvoir, et aussi par les votes du PS au parlement européen, notamment sur le renforcement des contrôles aux frontières ». Rappelant que les trois députés européens sortants PCF-Front de gauche ont, eux, défendu l’accueil des réfugiés, il a aussi martelé, face aux militants que le PCF était « la seule force de gauche à avoir rejeté tous les traités de cette Europe de la finance et du libéralisme économique »
 
Le jeune candidat finistérien a aussi largement commenté le contexte politique, fustigeant par exemple la décision d’Emmanuel Macron de ne pas restaurer l’ISF. « Rien n’est fait contre les plus riches dans ce pays et, pendant ce temps, le service public est attaqué de partout, autant dans l’éducation que le milieu hospitalier ». Glenn Le Saout a d’autre part ironisé sur la rapidité avec laquelle un milliard d’euros a pu être amassé en trois jours pour la reconstruction de Notre-Dame : « L’argent, il y en a, et pas qu’un peu ! », a-t-il lancé.
S’il déplore l’éclatement de la gauche aux Européennes, Glenn Le Saout se dit persuadé que les communistes réaliseront un meilleur score que ce qui est prédit par les sondages. « Il y a déjà 600 personnes qui soutiennent notre liste en Finistère et nous étions un millier au meeting de Ian Brossat à Rennes, ce sont des signes qui ne trompent pas », estime-t-il.
 Européennes. Glenn Le Saout (PCF) à la rencontre des électeurs - Le Télégramme, 28 avril 2019
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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 20:15
Disparition. Julien Lauprêtre, celui pour qui  les pauvres ne doivent pas baisser la tête (Olivier Chartrain, 29 avril, L'Humanité)
Disparition. Julien Lauprêtre, celui pour qui «   les pauvres ne doivent pas baisser la tête »
Lundi, 29 Avril, 2019

Il dirigeait le Secours populaire français depuis 1955 : Julien Lauprêtre s’est éteint à Paris, vendredi 26 avril. Il avait su donner à l’ancien « Secours rouge » l’élan qui en fait aujourd’hui l’une des plus importantes organisations de solidarité françaises.

«J’avoue que j’ai vécu. » En citant le grand poète chilien Pablo Neruda, dans une interview donnée à l’Humanité en 2003, Julien Lauprêtre résumait du même coup sa propre existence : une longue aventure, faite d’engagement et de fidélité à la lutte contre l’injustice. Celui qui vient de s’éteindre vendredi, à 93 ans, alors qu’il était hospitalisé après une chute, était entré au Secours populaire français (SPF) au cours du terrible hiver 1954. Il s’agissait alors de donner un coup de main, « pour quelques semaines ». Un an plus tard, il en devenait le secrétaire général, puis le président en 1983. Soixante-cinq ans au service de ce qui est devenu, sous son impulsion, l’une des plus grandes associations françaises de solidarité, présente sur tous les fronts et dans le monde entier, avec 80 000 bénévoles et plus d’un million de donateurs.

Né le 26 janvier 1926 dans le 12e arrondissement, où ce véritable « titi » parisien a toujours vécu, le jeune Julien a donc 10 ans au moment du Front populaire. Son père, Jean, blessé au cours de la Grande Guerre, est cheminot et communiste ; sa mère, Marie, travaille dans une conserverie de poisson. Cet été-là, il découvre la mer à l’île de Ré, grâce au Secours ouvrier international – qui deviendra le Secours populaire en 1945. Il y fait aussi, déjà, la connaissance de Jeannette, qui deviendra sa femme dix ans plus tard, et d’enfants allemands, espagnols ou italiens dont les parents ont été chassés de leurs pays par les régimes fascistes qui s’y étaient installés.

C’est peut-être dans ces rencontres que s’est enraciné son combat pour le droit de tous aux vacances, concrétisé par les Journées des oubliés des vacances qui, chaque année, permettent à des milliers d’enfants – et de familles – de partir au moins une journée. C’est certainement là que se trouve aussi la source de Copain du monde, créé en 1992 pour faire se rencontrer des enfants de tous les pays. Rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir ainsi, dans un de ces « villages » organisés chaque été, des enfants palestiniens hébergés avec des enfants israéliens, ou des enfants marocains et sahraouis jouer ensemble au foot.

De l’injonction de Missak Manouchian, qu’il a côtoyé sans le savoir en 1943 dans les geôles de la préfecture de police de Paris, à « continuer la lutte contre l’injustice », Julien Lauprêtre, ce jeune résistant de 17 ans, a fait la ligne conductrice de sa vie. Ainsi expliquait-il en 2015 dans nos colonnes, pour les 70 ans du SPF : « Notre vision de la solidarité, c’est que ceux qui donnent et ceux qui reçoivent participent de la même initiative. Ainsi parfois des donateurs d’hier se retrouvent demandeurs de notre aide. Et inversement, des personnes qui ont eu besoin de la solidarité s’en sortent grâce à elle et deviennent à leur tour des gens actifs au Secours populaire. Nous créons ainsi les conditions d’une nouvelle résistance et renforçons la citoyenneté. C’est l’idée que les pauvres ne doivent pas baisser la tête. »

C’est aussi au nom de cette conception de la solidarité que ce communiste de toujours – il fut membre du comité central du PCF de 1970 à 2000 – s’efforçait de combattre l’opposition, jugée artificielle, entre action politique et action humanitaire. Il s’en expliquait en 2007 dans l’Humanité Dimanche : « Aider en urgence ceux qui en ont le plus besoin, c’est énorme pour ces personnes. Quand on n’est pas concerné, cela peut sembler accessoire. Ce n’est pas du tout le cas quand vous êtes au fond du trou. Nous tenons les deux bouts de la chaîne : la solidarité populaire, indispensable pour la sauvegarde d’urgence des personnes, et l’action pour que les pouvoirs publics prennent les mesures visant à supprimer les causes de la pauvreté. » Pour lui, le SPF devait être un « aiguillon » qui s’efforce non de se substituer aux carences des pouvoirs publics, mais de les mettre devant leurs responsabilités.

Alors que sous son impulsion le Secours populaire est devenu une association gigantesque, intervenant lors d’une catastrophe naturelle à l’autre bout du monde comme dans les quartiers de nos villes, entraînant dans son action stars et multinationales, présidents de la République et champions sportifs, il ne manquait pas de rappeler que, parmi tous ces partenaires, « le premier fut l’Huma ». « Aussi loin que remontent mes souvenirs, racontait-il, je revois mon père Jean apporter l’Huma à la maison. Jusqu’à son dernier souffle, il l’a diffusé place Rambouillet, son quartier du 12e ​​​​​​​arrondissement. » Un long compagnonnage grâce auquel notre journal, de reportages en appels à la solidarité, de numéros solidaires en hors-séries spéciaux, a permis à ses lecteurs de partager les combats du Secours populaire.

Julien Lauprêtre a passé des années à dénoncer et à combattre ce qu’il nommait le « raz-de-marée de la pauvreté », qui n’a cessé de prendre de l’ampleur, sans jamais baisser les bras ni perdre l’espoir, suivant en cela scrupuleusement le conseil de Manouchian. Son décès amènera forcément une page d’histoire à se tourner. Mais soyons assurés qu’il est parti en sachant qu’ils sont des milliers, après lui, pour continuer à porter ce combat. Et un jour, le remporter.

Olivier Chartrain
Disparition. Julien Lauprêtre, celui pour qui  les pauvres ne doivent pas baisser la tête (Olivier Chartrain, 29 avril, L'Humanité)
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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 20:12
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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 20:09
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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 19:22
    une photo de la conférence de réunification de 1986 où l'on reconnaît à la tribune de gauche à droite Jean-Lou Moal, secrétaire de la section d'Huelgoat, Michel Coz, secrétaire de l'UD CGT, Julien, moi-même, Jean-Claude Perrot qui présidait la séance, Alain David, Louis Leroux          Au 2ème rang on aperçoit notamment José Corre penché et Jean Kervision.

une photo de la conférence de réunification de 1986 où l'on reconnaît à la tribune de gauche à droite Jean-Lou Moal, secrétaire de la section d'Huelgoat, Michel Coz, secrétaire de l'UD CGT, Julien, moi-même, Jean-Claude Perrot qui présidait la séance, Alain David, Louis Leroux Au 2ème rang on aperçoit notamment José Corre penché et Jean Kervision.

une photo de 1993 à Brest d'une réception du Secours Populaire où était présent Julien Lauprêtre

une photo de 1993 à Brest d'une réception du Secours Populaire où était présent Julien Lauprêtre

Julien Lauprêtre et le PCF Finistère, souvenirs de Piero Rainero

 

Le décès de Julien Lauprêtre rappelle à beaucoup de camarades les moments difficiles vécus par les communistes du Finistère il y a plus de 30 ans maintenant, marqués par la réunification des 2 fédérations en 1986, et la présence attentive à nos côtés de Julien, chargé par Paul Laurent et Georges Marchais de nous apporter le soutien politique de la direction du PCF.

Il venait au moins une fois par mois dans le Finistère, tout en continuant d'assumer pleinement ses responsabilités au Secours Populaire.

Je garde de lui, comme tous les camarades qui étaient alors investis dans la vie du parti dans notre département (1), Alain David m'en a fait part et d'autres également, le souvenir de son intelligence politique, de sa disponibilité, de ses qualités d'écoute, de respect des autres, de son autorité naturelle, de sa modestie, et aussi de son sens de l'humour de "titi parisien" comme il disait.

Il parlait très peu de lui, car il détestait se mettre en avant, et il fallait notre insistance amicale pour qu'il fasse le récit des ses combats :
son engagement tout jeune dans la Résistance aux nazis; son action pour développer la solidarité, en France certes, mais aussi à l'égard des résistants Algériens, Sud-Africains, Vietnamiens, Palestiniens et de leurs familles. Les droits des enfants de tous pays lui tenaient particulièrement à coeur.

Nous avions noué des liens d'amitié, je le voyais souvent alors qu'il ne venait plus dans le département (la direction du parti lui avait demandé de "suivre" les Ardennes et moi la Mayenne) mais il continuait de s'intéresser au Finistère et à la Bretagne. Je pense à ces repas de crabes (qu'il pêchait souvent lui-même) et de thon qu'il faisait griller dans le petit jardin de la maison qu'il louait à l'ile de Groix et à nos promenades, à nos déjeuners au Comité Central, à la fête de l'Huma où nous nous rencontrions chaque année, l'année dernière encore et il me rappela alors "ses bons souvenirs finistériens", j'ai appris beaucoup dans ce département disait-il souvent, mais nous surtout avons beaucoup appris avec lui.

Nous lui devons beaucoup, le parti, les communistes dans le Finistère lui doivent beaucoup.

Toute sa vie il a mis en exergue de son engagement "L'Humain d'abord", belle visée portée par le PCF et la liste conduite par notre camarade Ian Brossat aux européennes.

C'est une grande figure du mouvement communiste et du mouvement de solidarité qui nous quitte.

Amicalement.

Piero Rainero, conseiller municipal communiste de Quimper, ancien secrétaire départemental du PCF Finistère et membre du Conseil National du PCF

(1) Me viennent à l'esprit les noms de plusieurs de ces camarades, aujourd'hui disparus : Louis Leroux membre du Comité Central, François Tanguy et François Echardour de Brest, dirigeants départementaux de la CGT, Marcel Lucas de Trégunc responsable départemental et national du SNI et de la FEN, Pierre Le Rose trésorier de la fédé et ancien secrétaire fédéral, Louis Monfort de Concarneau ancien trésorier fédéral, Michel Mazéas alors maire de Douarnenez, Albert Trividic figure de la résistance dans le Cap-Sizun, Jean-François Hamon secrétaire de la section de Quimper, Daniel Trellu de la section de Châteauneuf du Faou, lieutenant-colonel Chevalier dans la Résistance, et ancien secrétaire fédéral, Alphonse Penven d'Huelgoat, ancien député du Finistère, François Paugam, de Morlaix, figure du syndicalisme et de la solidarité que Julien Lauprêtre décora de la Légion d'honneur  et combien d'autres encore...

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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 07:06
Alaa El Aswany, grand écrivain égyptien : Je dirai encore ce que je pense, je n'ai pas peur du maréchal Sissi (entretien avec Muriel Steinmetz, L'Humanité - 26 avril 2019)

A lire - J'ai couru vers le Nil - de Alaa El Aswany: le roman des illusions perdues de la révolution egyptienne

Alaa El Aswany : « Je dirai encore ce que je pense, je n’ai pas peur du maréchal Sissi »
Vendredi, 26 Avril, 2019

Le grand romancier égyptien, censuré dans son pays, est sous le coup de poursuites devant un tribunal militaire. Il évoque ici sa situation et en appelle à la solidarité internationale. Samedi 27 avril, il participe à un débat à la Grande Halle de la Villette, sur le thème « Changer d’histoires pour changer l’Histoire ».

L’écrivain égyptien Alaa El Aswany (né en 1957) est à ce jour l’un des romanciers les plus connus du monde arabe, où sa voix est écoutée par tous. L’Immeuble Yacoubian (paru en français en 2006 chez Actes Sud) l’a rendu célèbre à l’échelle internationale, d’autant plus qu’il a été porté à l’écran. Lorsqu’il vivait encore en Égypte, il y a peu, il exerçait la profession de dentiste (en tant que spécialiste de la porcelaine et de la chirurgie des tissus). C’est dire s’il connaît de l’intérieur le peuple de son pays, ouvriers y compris. Dans les années 1990, il a travaillé six ans durant, à raison de deux ou trois fois par semaine, comme dentiste à l’usine. Malgré la censure, si ses livres sont lus par beaucoup, c’est surtout par des jeunes gens et des femmes voilées. Lors d’un entretien paru à l’occasion de la sortie de son recueil de nouvelles J’aurais voulu être égyptien (Actes Sud, 2009), où il affirmait clairement sa philosophie sous la forme d’une profession de foi anti-obscurantiste, il nous révélait son rituel du matin au Caire : « Je m’impose une discipline de fer. À six heures trente, je glisse la clé dans la serrure. Je prépare trois tasses de café d’avance pour garder la concentration. Je me mets à écrire jusqu’à dix heures trente environ. Je ne peux pas créer sans musique, donc j’écoute soit Oum Kalsoum, soit Édith Piaf. Quand j’écris des nouvelles, elles me tombent sur la tête comme des pommes. Avec le roman, c’est différent. Il faut écrire tous les jours pour le découvrir. »

Chroniqueur et romancier engagé, Alaa El Aswany a pris une part active lors des printemps arabes. Membre fondateur du mouvement d’opposition Kifaya (ça suffit !), il a participé avec ferveur au mouvement dit de la place Tahrir. J’ai couru vers le Nil (Actes Sud), son dernier roman, objet de toutes les censures, brasse avec vigueur la réalité contradictoire des événements de 2011, soit un grand élan d’espoir né dans la partie éclairée de la jeunesse, suivi d’une terrible désillusion et d’une répression féroce. Toutes les strates de la population y sont présentes ; jeunes amoureux révolutionnaires épris de liberté, général tortionnaire qui se rend fidèlement à la mosquée, ouvriers occupant leur usine, tableaux de groupes… Héritier d’une grande lignée de conteurs arabes, Alaa El Aswany, écrivain d’une trempe exceptionnelle, répond à nos questions.

Vous êtes poursuivi pour vos écrits par un tribunal militaire égyptien. Quels sont les motifs invoqués ?

Alaa El Aswany Dès que Abdel Fattah Al Sissi est arrivé au pouvoir, les problèmes ont commencé. La semaine même de son arrivée, j’ai été interdit d’antenne à la télévision. Quinze jours plus tard, je n’ai plus pu écrire dans les journaux égyptiens. Très vite, ils ont suspendu le séminaire littéraire que j’organisais depuis vingt ans. Je n’ai pu publier mon dernier roman en Égypte, il est sorti au Liban. On m’attaque sans cesse dans les médias. On me présente comme un homme qui serait contre l’État et toutes sortes de bêtises du même ordre. Dès 2016, j’ai commencé à accepter des invitations pour enseigner la littérature dans les universités américaines. J’apprends maintenant que, pour la première fois, il y a un tribunal militaire.

Que cherche le pouvoir militaire en s’attaquant à vous ainsi ?

Alaa El Aswany Je suis privé de publication dans tous les journaux égyptiens sans aucune décision officielle. Ils ont dû penser qu’en m’interdisant partout, c’en serait fini pour moi, sauf que je continue à avoir une influence. J’écris des articles dans Deutsche Welle Arabisch en Allemagne. Sur Twitter, j’ai 3 250 000 followers. C’est plus que la diffusion de tous les journaux égyptiens confondus. Quant à mon roman, prohibé dans tous les pays arabes sauf en Tunisie, au Maroc et au Liban, sa circulation sur Internet est considérable. Sissi, qui est en train de modifier la Constitution pour rester au pouvoir jusqu’en 2030, essaie de m’effrayer mais je n’ai pas peur.

Le 9 avril, trois avocats français ont saisi sur votre cas, de leur propre chef, le rapporteur spécial sur la promotion et la protection de la liberté d’expression des Nations unies. Que peut-on attendre de cette démarche ?

Alaa El Aswany Cette solidarité me touche infiniment. Je suis traduit en trente-sept langues et je suis soutenu partout, mais j’avoue que le soutien de la France me touche particulièrement car c’est un pays que j’aime. Je suis fier de cette solidarité. À quoi cela sert-il ? À ce que soit donnée une explication officielle claire, car le jeu du régime de Sissi consiste à ne jamais être clair sur rien. Par exemple, je suis poursuivi devant un juge militaire mais aucun document n’a été fourni. J’ai décidé de ne pas envoyer mon avocat égyptien sur place. Cela ne servirait à rien. Le ministre de la Défense a le droit de doubler, de réduire ou d’annuler la peine. Il peut faire ce qu’il veut. Ce processus, qui consiste à poser une question au gouvernement égyptien aux Nations unies, est donc très important car il sera obligé de donner une réponse claire.

Pensez-vous que votre dernier roman, J’ai couru vers le Nil, soit la cause essentielle des poursuites ? Y a-t-il, à votre avis, d’autres raisons supplémentaires ?

Alaa El Aswany J’ai été interdit d’écrire bien avant sa parution. Ce roman-ci, c’est trop pour eux. Il s’agit d’une fiction, mais il y a aussi un aspect documentaire, avec des témoignages sur les massacres commis par les autorités contre les jeunes révolutionnaires. Ils m’accusent non seulement d’avoir insulté le président, mais aussi les institutions de l’État, la police, l’armée, les juges. Ce type d’accusation n’existe pas dans la vraie législation égyptienne.

Dans le véritable combat qui s’engage contre le maréchal Al Sissi, pouvez-vous envisager que puissent encore s’élever, dans votre pays, des voix en votre faveur ?

Alaa El Aswany Oui, mais le problème c’est que monsieur Sissi a construit une République de la peur. Les violations des droits de l’homme sont pires que jamais. Pire même qu’à l’époque de Nasser. Deux exemples. Un jeune a écrit sur son tee-shirt, « l’Égypte sans torture ». Il est descendu dans la rue et en l’espace de deux minutes, il a été arrêté par la police. Il est resté deux ans en prison ! Le jeune Khaled Lofty a vendu un seul exemplaire d’un livre interdit par l’armée, ce qu’il ne savait pas. On l’a poursuivi devant un juge militaire. Il a écopé de cinq ans de prison ! Sissi a construit cette République de la terreur. Il va changer la Constitution pour rester au pouvoir au moins jusqu’en 2030 et devenir ainsi le chef de tous, y compris des juges. Cela n’est encore jamais arrivé en Égypte. Il sera président et chef des juges, et il pourra donc les punir ! Les Égyptiens sont nombreux à être contre ce qu’il se passe, mais que peuvent-ils faire ?

Votre notoriété, en Égypte et bien au-delà, peut-elle vous protéger quelque peu ou vous nuire encore plus dans cette occurrence ? N’est-ce pas une question de rapport de forces ?

Alaa El Aswany Ce soutien, cette solidarité partout dans le monde ont empêché mon arrestation depuis que Sissi est au pouvoir, c’est-à-dire depuis cinq ans, sauf qu’actuellement, les choses changent. Les calculs de Sissi se modifient. En ce qui me concerne aussi, les choses changent. Au début, quand ils ont interdit mon séminaire, j’ai protesté en anglais sur Twitter et il y a eu un article dans The Guardian, entre autres. La télévision, qui est actuellement entièrement contrôlée par la sécurité, a dit à l’époque que j’étais un grand écrivain, que mon séminaire ne pouvait être supprimé.

Les choses ont donc changé depuis. Sissi jouit aujourd’hui d’un soutien international. Il se fiche pas mal de son image à l’extérieur puisqu’il peut compter sur le soutien, par exemple, de monsieur Trump, ainsi que sur celui de nombreux autres leaders occidentaux, et ce, en raison d’intérêts purement économiques. Tout le monde l’a accueilli. Lorsqu’il est venu en Égypte, Macron a certes critiqué les violations des droits de l’homme, sauf qu’à la fin, seuls les intérêts comptent. La politique internationale se moque bien des principes.

Le gouvernement français, qui vend des armes à l’Égypte, s’honorerait en prenant parti. Qu’en pensez-vous ?

Alaa El Aswany La France n’est pas seulement un pays occidental. La France représente un symbole de liberté et de culture. Elle a inspiré la plupart des écrivains égyptiens, y compris moi-même. On attend toujours d’elle un soutien particulièrement fort. Soutien pour la liberté, à commencer par la liberté d’expression. Or, le président représente aussi les intérêts de la France. Il veut bien vendre ce qu’il veut. C’est plus voyant dans ce pays qu’ailleurs, pour les raisons que je viens d’énoncer.

Qu’en est-il, en Égypte même, de la défense de vos droits du fait de vos avocats sur place ? Ont-ils encore les mains libres ?

Alaa El Aswany J’ai donc refusé que mon avocat se présente devant le tribunal militaire d’Égypte. Je refuse le principe, l’idée même d’être poursuivi par un tribunal militaire à cause de ce que j’ai écrit. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Les autorités égyptiennes peuvent tout. Il n’y a plus aucune barrière, y compris législative. Ils ont toutes les cartes en main, les médias, la police, l’armée et les juges.

Craignez-vous que le régime s’attaque à votre famille ?

Alaa El Aswany Oui. Ils ont déjà fabriqué un procès contre ma fille. Elle a eu un accident. Elle n’était pas en tort mais ils ont changé le rapport de police. Elle est allée devant le juge qui n’a posé aucune question hormis : « Es-tu la fille d’Alaa El Aswany ? » Elle a écopé d’une peine d’une semaine de prison. On s’est démenés pendant quatre mois pour annuler ce jugement. Ce n’est pas la première fois. Ils peuvent tout faire. Mon message au régime égyptien est le suivant : il y a des limites. C’est pourquoi cette solidarité et cette réaction internationale ont été si utiles. Il faut que le régime sache que tout n’est pas permis.

Vos enfants vont-ils rester en Égypte ?

Alaa El Aswany Ma fille finit ses études sur place d’ici quelques semaines. Elle et sa mère, ma femme donc, vont venir au mois de juin à New York. Mon autre fille est avec moi. Elle a fini ses études. Elle travaille à New York.

Le 27 avril, vous serez à Paris, à la Grande Halle de la Villette, pour un échange sur le thème « Changer d’histoires (au pluriel) pour changer l’Histoire ». Votre histoire sera certainement évoquée… Un maillon de plus dans la solidarité et la protestation qui s’organisent…

Alaa El Aswany Je suis honoré par cette solidarité. En France, je dis toujours ce que je pense. J’ai des milliers de lecteurs français qui s’intéressent à ce qui m’arrive. Je suis fier d’eux. J’ai toujours dit ce que je pensais et je vais continuer à le faire. Je n’ai pas peur et je n’aurai jamais peur.

 
Entretien réalisé par Muriel SteinmetZ
Alaa El Aswany, grand écrivain égyptien : Je dirai encore ce que je pense, je n'ai pas peur du maréchal Sissi (entretien avec Muriel Steinmetz, L'Humanité - 26 avril 2019)
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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 07:03
Vente d'armes au Yemen: l'exécutif fait donner la DGSI - Pierre Barbancey, L'Humanité, 26 avril 2019
Vente d’armes. Contre la presse, l’exécutif fait donner la DGSI
Vendredi, 26 Avril, 2019

Le ministère des Armées a déposé une plainte après la publication d’une note classée « confidentiel défense » évoquant l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Au ministère des Armées, à Paris, un seul mot d’ordre : « Branle-bas de combat ! » La Grande Muette, comme on surnomme l’armée française, n’aime pas qu’on mette le nez dans ce qu’elle considère être « ses » affaires. Quoi, de vulgaires civils voudraient avoir leur mot à dire sur les opérations extérieures et les ventes d’armes aux pays amis ? Pas question. Les biffins vont montrer de quel bois ils se chauffent à ces insolents de journalistes qui osent enquêter sur leurs activités. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour « compromission du secret de la défense nationale » après la transmission à un média d’une note classée « confidentiel défense » évoquant l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Des chars Leclerc utilisés

Cette enquête a été initiée le 13 décembre 2018 à la suite d’une plainte du ministère des Armées, et les investigations ont été confiées à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a précisé une source judiciaire. Elle vise une compromission impliquant une personne dépositaire et par un tiers. La note en question – un rapport d’une quinzaine de pages révélé le 15 avril par le média en ligne Disclose, qui dit l’avoir reçu en octobre 2018 – aurait été rédigée le 25 septembre 2018 par la Direction du renseignement militaire (DRM). Elle répertorie notamment les armes vendues par la France qui seraient déployées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen, théâtre d’un conflit meurtrier depuis 2015.

La révélation faite par Disclose, en partenariat avec Arte Info, la cellule investigation de Radio France, Konbini, Mediapart et The Intercept, montre notamment que des chars Leclerc, l’un des fleurons de l’armement français, sont utilisés dans les offensives menées par les Saoudiens et les Émiratis. Outre les chars Leclerc (dont l’utilisation aurait fait au moins 55 morts civils), il faut ajouter les 48 canons Caesar (35 morts civils au moins), les pods Damoclès (dispositifs de ciblage), les avions de chasse Mirage 2000-9, les hélicoptères Cougar et Dauphin, ainsi qu’une frégate et une corvette lance-missiles (de fabrication française) qui participent au blocus naval du port d’Hodeïda, affamant ainsi la population.

On comprend que le gouvernement d’Édouard Philippe soit d’autant plus monté au créneau, sabre au clair si l’on peut dire, sous l’œil attentif du général en chef Emmanuel Macron, que jusqu’ici Paris affirme que ces armements ne sont utilisés que de manière défensive « et pas sur la ligne de front », dans cette guerre qui a fait au moins 10 000 morts. Toute personne normalement constituée se doute bien que si Riad achète des armes alors qu’elle est engagée dans un conflit, ce n’est pas pour les garder dans des caisses ou des hangars, mais bien pour s’en servir et tuer. C’est à cela que servent des armes.

L’Élysée et Matignon sont gênés aux entournures. Ils sont pris la main dans le pot à miel. Pour que le remarquable travail de nos confrères ne fasse pas école, il convient donc d’utiliser la force de dissuasion. En l’occurrence, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, cofondateurs de Disclose, ainsi que Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, sont convoqués le 14 mai par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Avec cette précision inscrite noir sur blanc dans la convocation : l’infraction dont sont soupçonnés les journalistes est « un délit puni d’une peine d’emprisonnement ». Pour Geoffroy Livolsi, « cette enquête judiciaire n’a qu’un seul objectif : connaître les sources qui nous ont permis de faire notre travail. C’est une atteinte à la liberté de la presse et à la protection des sources des journalistes ». De leur côté, les rédactions des médias incriminés notent que « les documents confidentiels révélés par Disclose et ses partenaires présentent un intérêt public majeur. Celui de porter à la connaissance des citoyens et de leurs représentants ce que le gouvernement a voulu dissimuler ». La quasi-totalité des sociétés de journalistes (SDJ) en France ont apporté leur soutien à leurs trois confrères et rappellent « à quel point il est indispensable de renforcer en France la protection des sources ».

Le PCF plaide pour un embargo

Il s’agit bien de liberté de la presse. Mais aussi d’opacité de la politique étrangère de la France, qui voudrait faire commerce de la mort sans rendre de comptes à quiconque. Car, si les journalistes mènent de telles investigations, c’est d’abord parce que même la représentation nationale est tenue à l’écart. Ni les députés ni les sénateurs, particulièrement ceux qui siègent à la commission Défense, ne peuvent faire état des informations dont ils disposent. Et « l’attribution des licences d’exportation est entièrement aux mains de l’exécutif », comme le rappellent des parlementaires communistes, socialistes et FI dans une tribune publiée le 19 avril dans Libération, en demandant « la mise en place d’une délégation parlementaire qui participera au processus de décision » pour l’attribution de ces licences d’exportation. Rappelons qu’entre 2015 et 2017, ce sont près de 3,4 milliards d’euros d’armement qui ont été livrés à l’Arabie saoudite. Dès octobre 2018, le PCF plaidait pour un embargo à effet immédiat des ventes d’armes françaises aux membres de la coalition conduite par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen. Des dizaines d’ONG réclament également l’arrêt des ventes d’armes à l’Arabie saoudite. Si l’argent n’a peut-être pas d’odeur, les corps déchiquetés des enfants yéménites en ont assurément une.

Pierre Barbancey
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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 06:57
Fabien Roussel au Portugal pour le 45 ème anniversaire de la révolution des oeillets à la rencontre du parti communiste portugais et de la  Coalition démocratique unitaire (CDU) - L'Humanité, Cathy Dos Santos, 26 avril
Fabien Roussel : « La mobilisation populaire est
déterminante pour la poursuite des réformes »
Vendredi, 26 Avril, 2019
 
Lors de la manifestation de Lisbonne, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF était accompagné de João Ferreira, tête de liste de la Coalition Démocratique Unitaire(CDU)/ Parti communiste Portugais (PCP), l'écrivaine Ana Margarida de Carvalho, Jeronimo de Sousa, secrétaire général du PCP.

Pour sa première visite à l’étranger en tant que secrétaire national du PCF, Fabien Roussel s’est rendu au Portugal qui célébrait le 25 avril, le 45ème anniversaire de la révolution des œillets. Une occasion également pour échanger avec son homologue portugais des politiques de changement à l’œuvre depuis 2015.

Vous étiez présent au Portugal, lors de la manifestation à Lisbonne, célébrant la révolution des œillets du 25 avril 1974. Quarante-cinq ans après ce soulèvement civico-militaire qui a renversé la dictature de Salazar, quelle en est l’actualité ?

Fabien Roussel. Pour ma première visite officielle à l’étranger, j’ai tenu à me rendre au Portugal pour célébrer cette belle révolution. J’ai assisté à un défilé populaire où se sont retrouvés des syndicats, des partis politiques, ainsi que des associations qui se battent en faveur de la paix, de la culture, de la fonction publique. C’est toute la société civile qui s’est mobilisée ce 25 avril. Cette mobilisation était d’autant plus importante qu’elle a lieu à un moment où le gouvernement socialiste hésite dans les réformes à poursuivre, et surtout, à quelques mois des élections législatives d’octobre 2019.

Le Portugal a terriblement souffert des politiques d’austérité imposées par la troïka (UE, BCE, FMI) et l’exécutif de droite de Pedro Passos Coelho. Qu’en est-il aujourd’hui avec le gouvernement socialiste d’Antonio Costa? La page de l’austérité a-t-elle été tournée ?

Fabien Roussel. Les Portugais ont énormément souffert des injonctions de la troïka. Elle a imposé une taxe sur tous les salaires pour financer la réduction de la dette nationale. Elle a ainsi volé de l’argent aux salariés portugais. L’une des premières mesures du gouvernement socialiste, qui est arrivé au pouvoir en 2015, a été de supprimer cette taxe. Le Smic et les pensions ont été augmentés. La gratuité des livres scolaires a été imposée. Dans certaines villes, le prix des tickets de transports a été réduit de 50%. Le capital a également été taxé avec une taxe sur les dividendes reversés par les grandes entreprises. La croissance a doublé et le chômage a été divisé par deux. Ces réformes n’auraient pu voir le jour sans la pression des députés communistes et du Bloc de gauche. Pour rappel, l’exécutif socialiste est minoritaire. Les communistes n’ont accepté de voter le budget que si ces réformes étaient mises en place. Elles ont permis de tourner le dos aux politiques d’austérité. Elles ont démontré qu’il est possible de relancer la consommation, donc la croissance, en redonnant du pouvoir d’achat aux Portugais.  

A l’occasion de votre visite, vous avez rencontré Jéronimo de Sousa, le secrétaire général du Parti communiste Portugais (PCP). Quelle a été la teneur de vos échanges ?

Fabien Roussel. Cela a été pour moi  l’occasion d’échanger sur la politique menée depuis quatre ans. En 2015, le PCP s’est battu pour faire entendre l’idée que la gauche était majoritaire à l’issue des législatives. En ce sens, le PCP a été à l’initiative de l’expérience actuelle. Quatre ans plus tard, le bilan est mitigé. Il y a eu beaucoup d’avancées en faveur du pouvoir d’achat et des services publics, comme me l’ont confirmé nombre de Portugais  avec lesquels j’ai pu échanger. Mais, dans le même temps, la vie reste chère. La précarité de l’emploi s’est développée. L’une des revendications fortes du PCP est justement d’avoir un droit du travail qui protège davantage les salariés.

Et concernant les élections européennes du 26 mai ?

Fabien Roussel. Nous avons parlé de l’enjeu de conserver un groupe au parlement européen. Un groupe original du fait de sa diversité mais également des enjeux qui rassemblent les parlementaires de la GUE. J’ai rencontré João Ferreira, la tête de liste de la Coalition démocratique unitaire (CDU)/PCP. Ils mènent une belle campagne de terrain. Ils mettent beaucoup en avant la défense de la souveraineté nationale dans les choix économiques. Je le comprends au regard des politiques très dures imposées par la troïka, comme cette taxe de la honte. A cause de ces orientations, le Portugal a subit un exode massif de la jeunesse, quasi aussi important que celui qui a eu lieu durant la dictature de Salazar, et qui explique le fort rejet que l’UE suscite.

Entretien réalisé par Cathy Dos Santos
Fabien Roussel au Portugal pour le 45 ème anniversaire de la révolution des oeillets à la rencontre du parti communiste portugais et de la  Coalition démocratique unitaire (CDU) - L'Humanité, Cathy Dos Santos, 26 avril
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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 06:55
Algérie.  Ni État militaire, ni pouvoir mercenaire ! - Nadjib Touaibia, L'Humanité, 27 avril 2019
Algérie. « Ni État militaire, ni pouvoir mercenaire !»
Samedi, 27 Avril, 2019

Les Algériens ne désespèrent pas de provoquer un changement radical et d’ouvrir la voie à une deuxième République dans un Etat de droit. Toujours et encore dans la rue le vendredi, ils dénoncent l’attitude de l’armée qui protège les résidus du régime d’Abdelaziz Bouteflika.

Plus que jamais déterminé à provoquer la chute du régime de Bouteflika, toujours en place malgré la démission de ce dernier, le mouvement populaire Algérien, boucle sa 10ème journée de mobilisation nationale depuis le 22 février.
Ils sont encore des millions dans la rue ce vendredi 26 avril, dans les capitales régionales, dans les villes moyennes et jusque dans les petites agglomérations. 
Pas d’affrontements avec les forces de police, pas de casse, pas d’incidents notables… les marches se déroulent partout dans le calme, rythmées seulement par les slogans.
A Alger, la foule est aussi dense que les vendredis précédents. Les gendarmes sont pourtant positionnés sur toutes les voies d’accès à la ville depuis l’aube. La tentation répressive reste perceptible, mais les agents ne passent pas à l’acte. Ils ne reçoivent sans doute pas d’ordres, mais sont aussi comme neutralisés par le pacifisme des manifestants et les élans de sympathie dont ils font preuve.
Sur la place-Audin, au cœur d’Alger, des « gilets orange » forment un cordon de sécurité empêchant tout contact avec les policiers amassés à l’entrée du tunnel des facultés. C’est à cet endroit qu’avaient eu lieu, il y a quinze jours, des jets de gaz lacrymogènes provoquant des mouvements de foules où se trouvaient des familles avec des enfants. 
Ces agissements soulèvent l’indignation dans l’opinion. « Nous protègeront les marches » promet alors le chef d’Etat-major, vice-ministre de la Défense, Gaïd Salah. Et c’est précisément lui qui fait depuis lors l’actualité.
Ses sorties médiatiques entre deux vendredis sont très écoutées. Les Algériens en attendent des décisions fortes. Ils espèrent voir l’institution militaire pousser vers la sortie le président par intérim, Abdelkader Bensalah (ex-président du Sénat) et le Premier ministre Noureddine Bedoui, tous deux fidèles inconditionnels d’Abdelaziz Bouteflika, posés là comme des mines sur le chemin de la deuxième République. 
Mais le général laisse tout juste percer de vagues espoirs d’une telle rupture. Il évoque abondamment les liens entre le peuple et son armée dans une superbe langue de bois, sans plus. Il espère à l’évidence que la poignée d’oligarques embastillés ces derniers jours, pour des soupçons de corruption, va refroidir le mouvement, que les citoyens vont fermer l’œil sur le maintien du système. 
Du coup, la colère monte. De nombreux maires annoncent qu’ils n’organiseront pas le scrutin présidentiel fixé au 4 juillet prochain. Les ministres en visite sur le terrain sont accueillis à coup de « dégage ». Les étudiants sont de plus en plus nombreux à manifester tous les mardis, malgré la forte policière. 
Les Algériens ont en fait le sentiment d’être floués, d’être menés en bateau. Ce vendredi 26 avril le général en prend pour son grade. « L’armée nous appartient et Gaïd Salah nous a trahi ! », « Gaïd Salah assez de mensonges et de malheur !», dénonce-t-on dans les rangs des manifestants à Alger. 
« Ni Etat militaire, ni pouvoir mercenaire », scande-t-on surtout, soupçonnant le patron de l’armée, proche des Emirats et l’Arabie Saoudite, de se rêver dans la peau de l’Egyptien Abdel Fatah al-Sissi. La révolution algérienne est à un tournant.
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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 18:07
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