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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 14:26

La fin du système de retraite par répartition et son remplacement par un système individualisé par point, synonyme de précarité, est programmée. Si nous ne l’empêchons pas, c’est la désintégration de notre architecture sociale, avec pour colonne vertébrale la Sécurité sociale, qui sera au menu de cette nouvelle année.

La riposte unitaire à cette guerre sociale et la préparation d’une alternative ne rendent que plus importante encore la nécessité de réussir une grande et puissante fête l’Humanité les 14- 15 et 16 septembre.

Le Premier ministre vient, dimanche dernier, de faire une véritable déclaration de guerre sociale aux travailleurs, aux privés d’emploi, aux retraités. Les foyers les plus modestes qui déjà subissent l’explosion des tarifs, la réduction des services publics et fondre leur pouvoir d’achat, vont devoir serrer leur ceinture d’un cran supplémentaire. Sont destinés à la moulinette de l’austérité les allocations logement et familiales, les pensions de retraites, les contrats aidés et emplois publics, les crédits aux collectivités…

Les seules mesures annoncées en faveur des foyers modestes sont constituées d’un voile camouflant un avenir de précarité  : celles qui font croire que la baisse de cotisations va augmenter le pouvoir d’achat. Or, elles ne font que transférer les coûts socialisés pour la  santé, les retraites, d’accès aux services publics, vers les individus et des prestataires privés.

Les mesures prises depuis le début du quinquennat en faveur des plus riches n’ont eu aucun impact sur la reprise économique. Et, c’est au nom de la faiblesse de la croissance qu’une nouvelle phase de diète est promise aux classes populaires. La même potion ne fera qu’aggraver le mal avec son long cortège de chômage et de précarité.

Ces mauvaises nouvelles pour les salariés, les privés d’emploi, les retraités, les étudiants ne tombent pas du ciel. La situation sociale ne se dégrade que parce que celle de la finance, des actionnaires n’a jamais été aussi florissante : les propriétaires des entreprises cotées en bourse battent tous les records de réception de dividendes. Ils ont progressé de plus de 12% en un an dans le monde. Mais en France ils ont augmenté de 25% sur la même période ! C’est un véritable rapt au profit d’une infime minorité d’actionnaires. Ceci n’est pas sans conséquence sur le sous-investissement chronique qui, comme on a pu le voir à Gênes cet été, commence à mettre en péril les infrastructures des différents pays.

Loin de corriger une trajectoire désastreuse pour les plus modestes et l’intérêt général, le gouvernement entend encore et toujours servir le  capital en rendant pérenne la baisse de cotisation sociales des entreprises mises en place, de façon temporaire nous était-il promis sous le précédent gouvernement avec le très couteux CICE. 1% des richesses produites ira ainsi garnir le coffre-fort des détenteurs de capitaux qui en dissimulent une partie dans les  paradis fiscaux. Et, sans fard, le Premier ministre n’hésite pas à annoncer que ce cadeau va aggraver le déficit. « Il va y avoir un rebond du déficit parce que, comme nous l’avons annoncé, nous transformerons le CICE en allégement de charges pérennes » a-t-il expliqué. Pour contrebalancer un si beau cadeau et boucler son budget dans le respect des diktats européens, les locataires verront leurs aides au logement une nouvelle fois baisser, et les effectifs des services publics fondre comme neige au soleil, notamment dans l’administration fiscale ou à la télévision publique.

La fin du système de retraite par répartition et son remplacement par un système individualisé par point, synonyme de précarité, est programmée. Si nous ne l’empêchons pas, c’est la désintégration de notre architecture sociale, avec pour colonne vertébrale la Sécurité sociale, qui sera au menu de cette nouvelle année.

La riposte unitaire à cette guerre sociale et la préparation d’une alternative ne rendent que plus importante encore la nécessité de réussir une grande et puissante fête  l’Humanité les 14- 15 et 16 septembre.

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 05:33

 

Depuis des mois on savait cette décision en suspens. Nicolas Hulot ne pouvait plus se mentir, et a donc annoncé, ce jour, son départ du gouvernement.

C'est un aveu d'impuissance et d'échec

Un aveu d'impuissance au sein d'un gouvernement et d'une majorité qui ne peuvent concevoir l'urgence d'un autre mode de développement, de production et de consommation respectueux du bien être des femmes et des hommes et des ressources naturelles. Cette urgence doit se traduire par de véritables priorités budgétaires en faveur des impératifs de la transition écologique.

Un aveu d'échec face aux défis écologiques, ici, en Europe et dans le monde, car il est incontournable de mener une politique de rupture avec le capitalisme. Or, la politique libérale de Macron a fait le choix des privilèges des premiers de cordées – celles et ceux qui se soucient le moins de l'avenir de la planète – aux dépens des couches populaires qui subissent le renforcement des inégalités sociales et environnementales au moment où la mobilisation de toutes et tous est incontournable.

Nicolas Hulot est un homme de conviction. Avec cette démission, il lance un appel à la mobilisation de toute la société afin d'imposer des choix de transformations sociales et écologiques. Nous en sommes et nous en serons !

 

 

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 05:30

 

Transport, énergie ou agriculture : les dossiers par lesquels la transition aurait pu s’enclencher sont nombreux. Mais les mesures à prendre sont incompatibles avec la visée libérale.

Aveu pour les uns, clarification pour d’autres : la démission de Nicolas Hulot met, quoi qu’il en soit, en lumière l’incapacité du gouvernement à transformer un système qui nous conduit droit vers la catastrophe environnementale et sociale. Il n’en va pas seulement de quelques rendez-vous ratés. Que l’ex-ministre de l’Environnement les ait perdus ou qu’on les ait faits sans lui, les arbitrages opérés depuis un an et demi, parfois sous la pression des lobbies, toujours sous celle de l’orthodoxie financière, en disent long de l’incompatibilité entre écologie et libéralisme.

 

1 - DU GLYPHOSATE AUX MILLE VACHES : LA DÉCONFITURE DE L’AGRICULTURE

Climat, sols, biodiversité ou sécurité alimentaire : c’est peu dire que le dossier agricole canalise à lui seul bien des attentes. Responsable de près de 30 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), interpellé sur son usage des pesticides ou sa capacité à proposer le bien-manger pour tous, le système agroalimentaire est sommé de se transformer sur le fond. C’est ce que promettaient de faire les états généraux de l’alimentation, organisés fin 2017, lesquels devaient déboucher sur une loi à l’avenant. Les premiers ont déçu, la seconde a fâché. Rien, dans le texte soumis au Parlement début juillet, ne mentionne une date de sortie pour le sulfureux glyphosate, herbicide classé cancérigène probable. Nicolas Hulot avait l’idée que la France l’interdise d’ici trois ans. Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, s’y opposait. Les députés ont tranché en faveur du second. La FNSEA s’est dite soulagée, l’Union des industriels pour la protection des plantes (Uipp), où se retrouvent tous les gros de l’agrochimie, aussi.

Plus globalement, la ligne du gouvernement, depuis un an, aura été de laisser aller un système qui mise sur le rendement à l’hectare et pousse à l’intensification des productions. Rien n’est venu ­remettre en cause, par exemple, les grands systèmes d’exploitations céréalières, dont les produits visent les marchés mondiaux et alimentent la spéculation sur les matières premières. Les systèmes d’élevage intensifs – ferme des mille vaches ou autres usines à poulets – n’ont pas été plus inquiétés. Les agriculteurs bio, en revanche, ont des cheveux à se faire, quand les aides destinées au maintien de leurs exploitations tendent à disparaître.

 

2 - EUROPACITY, NOUVEAU SYMBOLE DES INFRASTRUCTURES INUTILES

Bien sûr, il y a eu l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Mais, au-delà, reste en projet une série d’infrastructures questionnées sur leur utilité autant que sur leurs impacts environnementaux. C’est le cas d’Europacity. Porté par le groupe ­Auchan et un conglomérat chinois baptisé Wanda, il prévoit la création d’un vaste centre commercial et de loisirs dans le Val-d’Oise. Près de 270 hectares de terres agricoles situées sur le Triangle de Gonesse et comptant parmi les plus fertiles d’Europe risquent de disparaître. Ce modèle de concentration commercial implique, en outre, que le consommateur prenne sa voiture pour faire les courses, pointent ses opposants, et va a contrario de schémas territoriaux favorisant les mobilités douces telles que le vélo ou la marche à pied. Nicolas Hulot avait clairement pris ses distances – « Un centre commercial gigantesque avec une station de ski artificielle, c’est la folie des grandeurs du XXe siècle. C’est exactement ce que je ne veux plus demain ! », déclarait-il y a peu. C’est pourtant grâce à l’intervention du gouvernement qu’Europacity peut se targuer d’être encore sur les rails : en mai, l’État a fait appel d’une décision du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, lequel avait annulé l’arrêté autorisant la zone d’aménagement concerté (ZAC) indispensable à sa construction.

 

3 - FRET OU VÉLO : LE TRANSPORT DANS UNE IMPASSE

Il est responsable de 15 % des émissions mondiales de CO2, et pourtant le secteur des transports reste malmené. Alors que l’exécutif a déclenché l’ire des cheminots en lançant, par voie d’ordonnances, une réforme de la SNCF qui achève la libéralisation du rail public, Nicolas Hulot, ministre de tutelle d’Élisabeth Borne, a brillé par son silence. Tout juste le ministre de l’Écologie s’est-il fendu, en avril, d’une tribune dans les colonnes du Journal du dimanche, par laquelle il tente de défendre son attachement aux enjeux de fond. « C’est parce qu’on a besoin du train pour réussir la transition écologique que nous avons lancé ce chantier », écrivait-il. Pourtant, en transformant l’entreprise publique en société anonyme, en ouvrant le rail aux quatre vents de la concurrence et en tirant un trait sur le statut des cheminots, c’est bien la casse de l’outil ferroviaire que cette réforme engage. « Nous devons massivement développer le fret ferroviaire », poursuivait Nicolas Hulot, taisant là encore le fait que le « pacte ferroviaire » gouvernemental filialise l’activité de transport de marchandises de la SNCF, fragilisant le report de la route vers le rail.

Ce n’est pas la seule panne en matière de transport durable. La loi sur les mobilités propres et le plan vélo censé en être le pilier sont dans les limbes. La Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) blâme plusieurs acteurs : « Bercy freinerait sur le montant d’un fonds vélo, les instances patronales s’insurgeraient contre une indemnité kilométrique vélo obligatoire, l’industrie automobile refuserait que le malus des voitures polluantes finance un bonus en faveur des (véhicules propres). »

 

4 - PRIVATISATION ET COURTS-CIRCUITS ÉNERGÉTIQUES

Au chapitre de la transition énergétique, on épinglera l’ouverture à la concurrence des barrages hydroélectriques ou encore les cajoleries concédées par la France à l’huile de palme indonésienne ou malaisienne. La privatisation des premiers, alertent ceux qui la dénoncent, risque d’ouvrir encore plus grand les vannes de la marchandisation d’un bien commun, quand de la gestion des structures dépendent l’irrigation et l’alimentation en eau potable d’un grand nombre de bassins. Elle rend, en outre, aléatoire la régulation d’une énergie renouvelable indispensable au futur mix.

Concernant l’huile de palme, son essor est aujourd’hui le principal moteur de la déforestation en Asie du Sud-Est et des émissions de CO2 de la planète. Alors que 75 % de celle consommée en France se retrouvent sous forme d’agrocarburants, Nicolas Hulot avait dit son intention de « fermer la fenêtre » à ce type d’utilisation. Sans impact auprès de ses collègues. « La France n’est en faveur d’aucune interdiction et aucune discrimination (contre l’huile de palme – NDLR), au niveau ­national comme européen », déclarait, en janvier, Florence Parly, ministre des ­Armées, lors d’un déplacement en ­Malaisie… laquelle envisageait alors l’achat de 18 avions de combat Rafale de fabrication française.

 

5 - COMMERCE OU COOPÉRATION ? LE MAUVAIS CHOIX

On ne peut pas ne pas évoquer, pour finir, le Ceta, accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada. Emmanuel Macron avait promis de suivre les conclusions d’une commission d’experts nommée par ses soins « pour dire ce qu’il en est exactement des conséquences environnementales et sociales de cet accord ». Elles furent accablantes, ce qui n’a pas empêché le gouvernement d’acter la mise en œuvre provisoire du traité, rendant le texte opérationnel à 90 % dans le pays. À l’inverse, les députés de la majorité ont supprimé, au grand dam des ONG, l’extension de la taxe sur les transactions financières qui devait entrer en vigueur le 1er janvier 2018, au motif d’attirer les banques cherchant à quitter Londres à cause du Brexit. Cette extension aurait pourtant permis de renforcer l’aide nécessaire aux pays en développement pour faire face au changement climatique, dont Nicolas Hulot déplorait la faiblesse, hier, sur France Inter. 

 

Marie-Noëlle Bertrand et Marion d’Allard

 

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 05:28

Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l'Humanité, analyse les conséquences de la démission du ministre de la transition écologique et solidaire.

Réalisation : Abrahim Saravaki

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 05:25

 

850 millions d'euros par an, c'est le montant que le gouvernement entend investir chaque année pour l'entretien du réseau routier national. Un montant clairement insuffisant. Un rapport remis récemment a démontré qu’il faudrait investir 1,3 milliard par an.

Le dogme de l'austérité budgétaire a encore frappé et malgré le débat largement engagé ces dernières semaines, les routes et ponts de l’État ne bénéficieront pas des moyens nécessaires pour rattraper le sous-investissement des dernières décennies.

L'ISF du nouveau monde, ce sont les "Infrastructures Sans Financements".

Lors du vote du budget 2019 et de la Loi sur les Mobilités les parlementaires communistes proposeront des investissements pour les voies ferrées, les ponts, les routes, les voies d'eau et les voies cyclables à la hauteur des besoins. Soit 4 milliards supplémentaires qui peuvent être financés par la création de nouvelles ressources et le lancement d'emprunts garantis par la BCE.

 

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 05:15

 

Le premier ministre a présenté les grandes orientations d’un futur budget 2019 marqué par l’austérité. Il s’en prend au pouvoir d’achat des familles et des retraités, attaque l’assurance-chômage et les emplois aidés.

On nous promettait un acte II plus social de la politique gouvernementale. Mais ce qu’a décrit longuement Édouard Philippe dans le Journal du dimanche, hier, en est l’opposé. Le budget 2019 s’annonce frappé du sceau de l’austérité. À l’exception notable des cadeaux faits aux entreprises, qui, à force de baisses de cotisations, vont sérieusement mettre à mal le financement de la solidarité nationale. Sous prétexte « de faire le choix du travail », le premier ministre s’en prend aux prestations sociales en les désindexant de l’inflation. Décryptage.

 

1 - LE POUVOIR D’ACHAT PLOMBÉ POUR DEUX ANS

C’est l’attaque la plus franche et la plus antisociale annoncée dans le Journal du dimanche par le premier ministre. Si Édouard Philippe rejette tout « gel » des prestations sociales et familiales, les hausses seront plafonnées à 0,3 % en 2019 et 2020, alors que les prix s’envolent et que l’inflation s’élève à 1,7 % cette fin d’année, selon l’Insee. Ce qui équivaut dans les faits à une baisse nette du pouvoir d’achat qui se prolongera pendant deux ans. « À croire que ces gens se réveillent tous les matins en se demandant comment pourrir la vie des gens modestes… » a réagi Ian Brossat, chef de file du PCF pour les élections européennes de 2019. Les pensions des retraités sont à nouveau en première ligne. « La désindexation des retraites combinée à la hausse de la CSG représentent 578 euros de perte de pouvoir d’achat par an pour un retraité qui a 1 300 euros de retraite par mois », a calculé Valérie Rabault, députée PS. La perte nette s’élève à 888 euros pour une retraite de 2 000 euros. Les familles seront aussi lourdement touchées au portefeuille : les allocations familiales, de rentrée scolaire, primes de naissance, aides à la garde, comme les APL – déjà attaquées l’année dernière – sont impactées et n’augmenteront que de 0,3 %. Seul le RSA reste indexé à l’inflation.

 

2 - HEURES SUP DÉSOCIALISÉES, UNE MESURE CONTRE-PRODUCTIVE POUR L’EMPLOI

Pour tenter d’adoucir l’impact de ses mesures défavorables au pouvoir d’achat des Français, le gouvernement confirme vouloir exonérer les salariés de cotisations sociales sur les heures supplémentaires. Et ce dès septembre 2019. Une mesure censée redonner en moyenne « 200 euros supplémentaires par an » pour un salarié au Smic, d’après Édouard Philippe. À l’échelle de l’ensemble des ménages, l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) estimait pour sa part dans une étude de juillet 2017 que « le gain engendré par la mesure devrait s’établir à environ 0,4 % du niveau de vie des ménages, soit 88 euros par an par ménage ». L’OFCE estimait même que cette politique pourrait coûter 3 milliards d’euros par an aux finances publiques et détruire 19 000 emplois dans le contexte actuel de chômage élevé, les employeurs préférant allonger le temps de travail de leurs salariés plutôt que de créer des emplois. Une mesure « inégalitaire, hypothétique, qui a déjà été tentée et qui ne crée aucun emploi », a critiqué hier le numéro un de Force ouvrière, Pascal Pavageau, sur RTL, en référence à la politique de Nicolas Sarkozy, associant désocialisation et défiscalisation des heures supplémentaires.

 

3 - VERS UNE DÉGRESSIVITÉ DES ALLOCATIONS CHÔMAGE

L’assurance-chômage est dans le viseur du gouvernement. Pour fonder « un nouveau contrat social », Édouard Philippe se dit prêt à « discuter » de la dégressivité des allocations chômage pour les cadres à hauts revenus. Une proposition du député LaREM Aurélien Taché, visant à diminuer les allocations chômage « à partir de six mois » pour les bénéficiaires qui touchent plus de 5 000 euros d’indemnités. « Le principe de l’assurance-chômage, c’est que vos droits dépendent des cotisations que vous versez en fonction de votre salaire, rappelle Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE et membre des Économistes atterrés. Les cadres touchent plus parce qu’ils cotisent plus. Si on touche à leurs indemnités, ils seraient fondés à dire qu’on les fait payer pour rien. » Avec cette mesure, le risque est de pénaliser les seniors, une catégorie de demandeurs d’emploi qui perçoivent les plus hauts revenus, selon l’Insee. Samedi, Matignon a envoyé une lettre de cadrage aux syndicats et au patronat en vue des réunions bilatérales, du 29 août au 4 septembre, dédiées à l’assurance-chômage, la santé au travail et les arrêts maladie.

 

4 - NOUVELLE BAISSE DES CONTRATS AIDÉS

Le nombre de contrats aidés va à nouveau baisser en 2019, annonce Édouard Philippe Passés de 459 000 à 310 000 en 2017, ils avaient été déjà réduits à 154 000 dans le budget 2018. Un nouveau coup désastreux. Les baisses drastiques des contrats aidés, l’été dernier, ont eu « des impacts très lourds pour les associations, les collectivités, mais aussi les Ehpad », souligne un rapport publié cette année par les sénateurs Alain Dufaut (LR) et Jacques-Alain Magner (PS). Leur diminution brutale a « mis en péril l’existence de nombreuses structures » et aggravé la situation des bénéficiaires. « Du jour au lendemain, des milliers de personnes ont de nouveau basculé dans la précarité », souligne le rapport. Le gouvernement a créé un nouveau dispositif, appelé le parcours emploi compétences (PEC). Mais les associations et les collectivités y ont moins recours, car l’État ne prend en charge que 50 à 60 % du coût de ces contrats, contre 80 à 90 % pour les anciens. Les conditions d’accès ont aussi été restreintes. À peine 70 000 PEC ont été signés cet été… Beaucoup de monde risque de se retrouver sur le carreau.

 

5 - TOUJOURS PLUS D’AUSTÉRITÉ ET MOINS DE FONCTIONNAIRES

« Pour la fonction publique d’État, nous tiendrons l’objectif du président de supprimer 50 000 postes à l’horizon 2022 », assure Édouard Philippe au Journal du dimanche. L’administration fiscale – et tant pis pour les 60 milliards d’euros d’impôts qui échappent chaque année à l’État – et le personnel des ambassades seront les plus ciblés. Le premier ministre cite également des suppressions de postes dans l’audiovisuel public. La cadence devrait s’accélérer dès 2020, grâce notamment au « développement numérique », assure-t-il. Les coupes devraient être d’autant plus fortes que le premier ministre annonce le recrutement de 2 000 policiers supplémentaires, sans revoir son objectif de coupe nette de 4 500 postes pour 2019. Rappelons également que, pour répondre aux promesses de campagne d’Emmanuel Macron, 70 000 suppressions de postes de fonctionnaires sont également à prévoir dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière. On devrait en voir une nouvelle preuve avec la réforme de l’hôpital portée par Agnès Buzyn, qui sera présentée à la mi-septembre.

 

6 - LE CICE PÉRENNISÉ EN BAISSES DE COTISATIONS

La confirmation de la pérennisation du Cice en baisses de cotisations fait figure d’exception parmi ces annonces uniformément austéritaires. Alors que le premier ministre ne parle que d’économies, voilà qu’il justifie ce trou de 21 milliards d’euros dans le budget 2018. Plus de 70 milliards d’euros ont ainsi été consacrés à cette aide depuis sa création en 2013, sans jamais qu’ait été donné une preuve de son efficacité. Mais c’est avec élan qu’Édouard Philippe sécurise ce cadeau aux entreprises, malgré le déficit qu’il va causer. « C’est un transfert de trésorerie qui doit être utilisé pour leur compétitivité », justifie-t-il. Pire, comme le gouvernement prévoit une double baisse des cotisations, le manque à gagner pour la protection sociale sera de 3,3 milliards de plus que ce que coûtait le Cice, selon la commission des Finances du Sénat. Pourtant, le comité de suivi des aides publiques aux entreprises et des engagements rappelait encore l’année dernière qu’« on ne dispose à ce jour d’aucune évaluation des effets sur l’emploi » des exonérations de cotisations patronales « sur l’ensemble des vingt-cinq dernières années ».

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 04:40
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28 août 2018 2 28 /08 /août /2018 04:40

Des tomates à 1,70 € le kilo, des pommes à 1,50 € le kilo ou encore les 2 melons à 3,50 € ! C'est ce que proposait ce mardi 22 août le Modef, le mouvement de défense des exploitants familiaux, épaulé par le PCF, à Paris et dans de nombreuses villes de la région parisienne.Une belle initiative de résistance mais aussi d'alternatives en ces temps difficiles pour de nombreuses familles

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28 août 2018 2 28 /08 /août /2018 03:52

 

Rentrée politique et sociale, européennes, congrès à venir… Le menu des universités d’été est une nouvelle fois copieux du côté d’Angers (Maine-et-Loire) où les militants du PCF se réunissent ce week-end. Lors de son discours samedi matin, leur secrétaire national, Pierre Laurent a appelé à la mobilisation générale.

Le pouvoir macronien vacille et c’est le moment de ne rien lâcher. C’est en substance le message qu’a lancé le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, lors de son discours samedi matin devant les quelque 1000 communistes réunis à Angers pour leur université d’été. Le président « a lancé un train fou de réformes depuis le premier jour contre notre peuple pour servir les riches et la finance, des wagons de destruction sociale et de méthodes autoritaires », a constaté Pierre Laurent invitant à ne « pas aborder la période la peur au ventre », tout en assurant ne pas « être un illuminé qui fait de la méthode Coué ». L’avalanche de réformes prévu a pourtant de quoi  angoisser : réformes des retraites, des institutions, de l’assurance chômage… « Mais Macron a un problème, un gros problème qui va aller grandissant, estime le parlementaire. Car s’il marque des points en faisant voter son programme par sa majorité godillot, il a déjà laissé beaucoup de plumes dans les mobilisations du printemps et dans l’incroyable affaire Benalla cet été. Le rapport de forces a commencé à bouger et ça peut continuer ». Et de tacler : « Président arrogant et méprisant, voilà ce qu’est Macron, ce que cache son sourire de sitcom aux dents blanches ! Il n’aime pas ceux qui n’ont rien. Nous, nous n’aimons  ni les privilèges qu’il protège, ni l’austérité pour les salaires, les budgets communaux et les services publics qui paie ces privilèges ».

Alors pour les communistes, en cette rentrée que leur secrétaire national promet aussi « chaude » que l’été, un mot d’ordre est à l’honneur: « Le « pognon de dingue » que coûte le capital, nous allons le réclamer  pour financer la sortie de l’austérité », résume Pierre Laurent citant les « 20 milliards de CICE, l’explosion des profits et des dividendes, la suppression de l’ISF, sans compter le scandale permanent de l’évasion fiscale ». « Nous voulons un plan national de sortie de l’austérité,  la fin des privilèges pour la finance, un plan national de réinvestissement social, territorial, industriel et écologique ». Le PCF et ses parlementaires n’en oublient pas pour autant la réforme constitutionnelle dont l’examen a été repoussé cet été pour cause d’affaire Benalla, signe supplémentaire d’une « monarchie présidentielle absolue ». L’exigence d’un référendum et d’une autre réforme qui ouvre la porte à une VIe République devrait à nouveau se faire entendre dans les prochaines semaines. 
 
En attendant et dès la fin de l’après-midi, les militants, eux, devaient passer de la parole aux actes avec une marche de la faculté à l’hôpital d’Angers  pour la défense des services publics. Car au final à en croire Pierre Laurent l’équation est simple avec l’austérité : «  d’un côté des dividendes qui battent des records mondiaux  de progression, de l’autre des familles qui ne peuvent plus remplir correctement le cartable des enfants ou le frigo chaque semaine, des salaires bloqués, des APL baissées, des prestations sociales gelées, des contrats aidés supprimés ».
 
Au PCF, la mobilisation est aussi de mise sur le front des élections européennes de mai prochain. « Sortie de l’austérité, réinvestissement social, VIe République, nous sommes au cœur de la campagne européenne, estime le sénateur de Paris. La politique de Macron et celle de l’Union européenne sont sœurs jumelles. Combattre l’une, c’est combattre l’autre et réciproquement». Alors que la France insoumise et EELV, également en université d’été ce week-end, semblent décidés à faire bande à part - sauf pour inclure quelques personnalités à leur liste -, le PCF emmené par son chef de file Ian Brossat continue de « tendre la main ». Mais tout en avançant, histoire de ne pas se retrouver le bec dans l’eau. « L’appel à candidatures est ouvert, a annoncé le dirigeant communiste samedi. Nous voulons une liste qui soit celle de toutes les mobilisations sociales et citoyennes, une liste ouverte aux coopérations politiques utiles à faire progresser ces objectifs ». Le résultat doit être dévoilé dans « les semaines qui viennent ».
 
Quant au Congrès du PCF qui a lieu en novembre, « nous sommes entre deux eaux », reconnaît Pierre Laurent saisissant l’occasion pour envoyer quelques messages. Alors qu’un vote aura lieu en octobre pour déterminer lequel des textes proposés au début de l’été deviendra celui du congrès : « J’inviterai les communistes à retenir (la base commune proposée par le Conseil national) pour poursuivre nos travaux », précise-t-il d’abord glissant qu’il s’agit de « discuter au grand jour avec les communistes et pas dans les couloirs » tout en critiquant les « bilans-réquisitoires », entendus ici ou là. A propos de la direction nationale de la formation, pour laquelle il redit sa disponibilité, il a également appelé à des modifications avec notamment un Conseil national « resserré pour plus d’efficacité » et une réorganisation « à tous les niveaux ». Le tout en vue de faire du PCF « plus encore que le parti de la parole communiste, celui de l’initiative communiste » qui porte à la fois « l’idée et la réalité  d’une société post-capitaliste débarrassée des aliénations qui entravent les humains ». 
 
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28 août 2018 2 28 /08 /août /2018 03:49

Jean Jouzel climatologue, directeur de recherche au CEA, ancien vice-président du groupe scientifique du Giec

Pourtant loin d’être terminé, l’été 2018 marque d’ores-et-déjà un tournant dans notre lutte contre le réchauffement climatique. Feux de forêts incontrôlables en Californie, canicules sans précédent en Europe du Nord ou au Japon : de nombreux rapports scientifiques évoquent désormais le risque d’atteindre un point de rupture. Pour Jean Jouzel - chercheur dans le domaine de l’évolution du climat - nous pouvons encore agir, mais il est impératif que nous relevions l’ambition des 2 °C prévue par l’Accord de Paris.

Canicules en France, en Suède, au Japon, incendies d’une rare violence en Californie ou au Portugal : assiste-t-on à un emballement du réchauffement climatique ?

Malheureusement, les événements actuels correspondent à ce qui était envisagé depuis plus de trente ans par les climatologues. En moyenne, la température à la surface de la terre augmente de près de deux dixièmes de degrés par décennie. A ce réchauffement moyen – directement imputable aux activités humaines – s’ajoute désormais une évolution rapide des « extrêmes climatiques », expliquant notamment la recrudescence et l’intensification des vagues de chaleur, qui ne va pas aller en s’améliorant. Pour une hausse supplémentaire des températures moyennes de 1 °C, les extrêmes augmenteraient ainsi de 2 °C.

« Les épisodes de canicule se multiplient depuis le début des années 2000 »

De fait, on l’observe particulièrement cet été, les épisodes de canicule se multiplient depuis le début des années 2000. En France, nous avons été marqués par la canicule de 2003, mais n’oublions pas que d’autres pays ont connu des pics similaires depuis, comme par exemple la Russie en 2010. Des records sont ainsi battus de plus en plus fréquemment, en différents points du globe. Le rapport annuel de l’Agence américaine d’observation de l’océan et de l’atmosphère vient d’ores-et-déjà de confirmer que 2017 a été l’une des trois années les plus chaudes de la planète. Et 2018 pourrait bien battre de nouveaux records.

« Ces changements climatiques rapides sont sans aucun équivalent sur les 10 000 dernières années et nous font entrer dans un tout autre monde »

Si rien n’est fait pour enrayer cette dynamique, l’été caniculaire de 2003 – qui était 3 degrés plus chaud qu’un été de référence de la fin du XXsiècle – pourrait bien devenir la norme en France après 2050. Les étés caniculaires auraient alors des températures moyennes 6 ou 7 degrés plus élevées que cet été de référence. Par ailleurs, dans un contexte de réchauffement climatique non maîtrisé, on peut craindre des records de température de l’ordre de 50, voire 55 degrés, dans certaines régions à la fin du siècle. C’est énorme. Ces changements climatiques rapides sont sans aucun équivalent sur les 10 000 dernières années et nous font entrer dans un tout autre monde.

Pouvons-nous attribuer ces événements extrêmes au réchauffement climatique et à l’activité humaine ?

Le réchauffement moyen du globe est déjà clairement attribué à l’activité humaine et à l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, pour l’essentiel (75 %) dus aux dégagements de gaz carbonique causés par notre utilisation d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). Le reste tenant principalement à nos usages agricoles qui rejettent du méthane et du protoxyde d’azote.

« Il ne fait désormais plus aucun doute que le changement climatique augmente la probabilité de survenue d’événements extrêmes »

Pour ce qui est des extrêmes climatiques, ils sont étudiés au cas par cas par les climatologues depuis plusieurs décennies et mes collègues sont désormais capables, grâce aux statistiques, de déterminer les probabilités de survenue de tel ou tel événement dans un contexte de réchauffement climatique. Par rapport à ce qui était fait il y a 15-20 ans, les experts climatiques sont de plus en plus sensibles à la notion dite « d’attribution » et – grâce à une meilleure documentation des phénomènes naturels et au développement de modèles climatiques plus élaborés – il ne fait désormais plus aucun doute que le changement climatique augmente la probabilité de survenue d’événements extrêmes. La vague de chaleur observée en Europe du Nord avait ainsi deux fois plus de chances de se produire aujourd’hui que dans le passé. C’est un changement de perspective important. L’étape suivante consistera à établir un lien causal direct entre ces extrêmes climatiques et l’activité humaine. Cette attribution a déjà été établie pour plusieurs pics de chaleur mais sans faire pour l’instant consensus.

 

L’ensemble de la planète, sans exception, est concerné par ce réchauffement. Les menaces sont bien sûr différentes d’une région à l’autre, mais aucun pays ne peut y échapper. On le voit cette année avec la Scandinavie, qu’on pensait à l’abri du réchauffement climatique, ou encore la Russie qui semblait épargnée avant la canicule de 2010.  

« L’Europe s’est considérée comme privilégiée pendant un temps, alors que nous sommes en réalité très vulnérables »

Sur ce plan, l’Europe s’est considérée comme privilégiée pendant un temps, alors que nous sommes en réalité très vulnérables, en témoigne la canicule actuelle. Aujourd’hui, un Européen sur 20 est, chaque année, en proie à un événement climatique extrême. Si rien n’est fait pour maîtriser le réchauffement, cette proportion pourrait atteindre deux tiers de la population d’ici 2050. Le nombre de décès liés aux extrêmes climatiques (essentiellement aux épisodes de canicule) pourrait également être multiplié par 50 dans la deuxième partie du siècle, passant de 3 000 à 150 000 victimes annuelles. Enfin, en France, une projection des risques de feux de forêts à horizon 2050 indique que des régions jusqu’ici épargnées pourraient être sujettes aux flammes, notamment dans le centre et l’ouest du pays.

Malgré tout, c’est incontestablement l’Afrique et l’Asie du Sud-Est qui sont en première ligne. Au niveau de la corne de l’Afrique (Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Somalie) par exemple, les températures dépassent régulièrement les 50 °C, et pourraient être amenées à augmenter de nouveau, rendant très compliquée l’adaptation des populations. C’est aussi ce qui attend, plus modérément la péninsule arabique. Dans certaines régions côtières, la principale crainte tient à l’élévation du niveau de la mer, tandis que la Californie est menacée par les feux de forêts incontrôlables, avec des températures qui frôlent, voire dépassent déjà les 50 °C dans la vallée de la mort.

C’est la vie sur Terre qui est menacée ?

Le GIEC a l’habitude de classer les effets du réchauffement climatique en cinq catégories. Outre l’intensification et la multiplication des « extrêmes climatiques » qui nous préoccupent aujourd’hui – et constituent la première d’entre elles – nous assistons à l’augmentation de l’acidité des océans qui absorbent chaque année 25 à 30 % du gaz carbonique que nous rejetons, mettant en danger les récifs coralliens et les animaux marins qui les peuplent. En cas de réchauffement climatique important, c’est la biodiversité dans son ensemble qui est menacée. A moyen ou long terme, certaines espèces ne pourront en effet plus se déplacer aussi vite que les zones climatiques, rendant impossible leur adaptation.

La vie humaine n’est pas épargnée puisque le réchauffement climatique cause des problèmes d’accès à l’eau, induit des déplacements importants de population (on parle de « réfugiés climatiques »), menace notre sécurité alimentaire et augmente le risque de conflits. La dernière catégorie de risques tient à l’existence de phénomènes irréversibles et donc, en premier lieu, à l’élévation du niveau de la mer.

A-t-on atteint un point de rupture ?

Le réchauffement climatique est irréversible, mais nous pouvons encore limiter son ampleur, si nous agissons rapidement. Il nous faut impérativement respecter la limite des 2 °C prévu par l’Accord de Paris, au risque d’atteindre effectivement ce point de rupture et de perdre le contrôle sur un certain nombre de phénomènes. A commencer dans les régions polaires, où le dégel du permafrost pourrait s’accentuer et libérer du gaz carbonique par décomposition de matière organique, venant grandir le stock – lié aux activités humaines – qui stagne déjà dans l’atmosphère. L’élévation du niveau de la mer avance également à un rythme soutenu : même si nous respectons l’objectif de l’accord de Paris, il pourrait atteindre 40 centimètres d’ici la fin du siècle et 1 mètre à la fin du siècle prochain. En cas de réchauffement plus important, les niveaux pourraient atteindre respectivement 1 mètre et 2 mètres supplémentaires. La fonte du Groënland serait alors également envisageable à l’échelle millénaire, ce qui conduirait à une élévation du niveau de la mer de 7 mètres.

« Il est impératif de s’atteler rapidement à la maîtrise de ces phénomènes, au risque d’enclencher un « effet domino » irréversible » et de voir notre planète se transformer en une véritable serre

Est-il suffisant de chercher à contenir la hausse des températures en deçà de 2 degrés, comme le prévoit l’Accord de Paris ? En sommes-nous encore capables ?

A scénario émetteur inchangé (c’est-à-dire sans respecter l’Accord de Paris), les températures moyennes mondiales pourraient gagner entre 4 et 5 degrés d’ici la fin du siècle. Il est donc impératif que nous respections l’objectif de maintien sous les 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, tout en sachant que la température du globe a déjà pris un degré par rapport à cette période et que notre fenêtre de tir est donc très étroite.

Problème majeur : les engagements qu’ont pris les Etats dans le cadre de cet accord ne permettent pas de tenir l’objectif. Pour le respecter, la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre devrait être trois fois plus importante et intervenir rapidement puisque le CO2 que nous émettons s’accumule au fur et à mesure dans l’atmosphère et vient grossir, chaque jour, un stock qui accélère le réchauffement climatique.

« Pour rester sous la barre des deux degrés, il ne nous reste plus que 20 ans d’émissions au rythme actuel »

Pour rester sous la barre des deux degrés, il ne nous reste plus que 20 ans d’émissions au rythme actuel. Il faut donc agir vite. C’est une question qui ne se pose plus simplement dans un long terme indéterminé, mais qui est à portée de génération : ce ne sont pas nos futurs enfants, ni petits enfants, qui sont concernés, mais bien les jeunes d’aujourd’hui.

Un relèvement de l’ambition internationale serait donc nécessaire ?

Effectivement, il faut relever l’ambition de l’Accord de Paris, mais je crains fort que cela ne soit pas à l’agenda des négociations avant quelques années. En particulier depuis que Donald Trump a acté le retrait des Etats-Unis, brisant un cercle vertueux qui venait à peine de s’enclencher. Ce revirement américain est susceptible d’avoir un effet d’entraînement sur d’autres pays signataires. La Russie, qui n’a pas pour l’instant ratifié l’Accord de Paris, pourrait ainsi ne jamais le faire. Or, il faut être conscient que, si la politique de Donald Trump est susceptible d’avoir un effet positif à très court terme sur l’économie américaine, elle sera assurément néfaste pour le pays à moyen et long terme. A l’heure actuelle, aucune nation ne peut prétendre s’exonérer des questions climatiques.

Que peut-on attendre de la COP 24, qui réunira en décembre les parties signataires en Pologne ?

La COP 24 est une belle occasion pour toucher du doigt l’éventuel relèvement des ambitions de l’Accord de Paris. Mais l’année 2018 marque tout juste la fin d’une période de trois ans où les pays ont défini les règles de l’Accord signé en 2015 : quels engagements prendre ? Comment les tenir ? Il semble donc encore un peu tôt dans les négociations pour espérer rehausser nos objectifs. Nous attendrons donc sûrement 2020 bien que, d’un point de vue purement climatique, il soit nécessaire d’agir dès maintenant. Le seul point d’espoir tient à la publication, en octobre, d’un rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C, qui retiendra peut-être l’attention de certains négociateurs.

En France, la loi sur la transition énergétique va-t-elle dans le bon sens ?

Nous visons une division par quatre de nos émissions d’ici 2050, tout à fait compatible avec l’Accord de Paris – et qui va même au-delà étant donné que chacun participe à hauteur de ses émissions et que les pays développés ont donc un effort plus important à fournir. De plus, Nicolas Hulot a récemment annoncé viser la neutralité carbone à l’horizon 2050, contre la deuxième partie de ce siècle dans le cadre de l’Accord de Paris. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (TECV) adoptée en 2015 marque également un progrès. Principal bémol : elle se focalise sur l’énergie et oublie les émissions du secteur agricole (méthane et protoxyde d’azote), qui sont certes moins importantes en quantité mais néanmoins loin d’être négligeables.  

« En 2017, nos émissions ont augmenté de 3,2 %, ce qui nous éloigne complètement de notre trajectoire 

Dans les textes, la situation est plutôt encourageante, avec également un Plan national d’adaptation au changement climatique qui devrait être promulgué d’ici la fin de l’année. Mais en pratique, le bilan est plus nuancé puisqu’en 2017, nos émissions ont augmenté de 3,2 %, ce qui nous éloigne complètement de notre trajectoire. En outre, nous savons d’ores-et-déjà que notre objectif d’avoir, en 2020, 23 % d’énergie renouvelable dans notre consommation ne sera pas atteint, tout comme la réduction de nos émissions de 40 % d’ici 2030 sera difficile.

Au niveau individuel, pouvons-nous encore espérer avoir un impact positif quelconque ?

Bien sûr, cela est possible et souhaitable ! En un sens, le réchauffement climatique est enthousiasmant pour les jeunes générations car il implique de changer tout notre modèle de développement : urbanisme, transport, habitudes d’alimentation et de consommation. Nous avons tous, et je m’inclus dedans, une certaine part d’égoïsme qui rend difficile la prise en compte du changement climatique à notre échelle individuelle, mais il n’y a pas de petit effort pour tendre vers un mode de vie plus sobre. Cela se joue dans les dizaines de décisions que nous prenons au quotidien, et doit être encouragé par les Etats et les collectivités locales, qui sont en première ligne de ce combat : le changement des habitudes de transport passe ainsi par l’élaboration d’une offre de transports propres par les collectivités.

« Il n’y a pas de petit effort pour tendre vers un mode de vie plus sobre »

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Et, contrairement à une idée reçue très répandue, la lutte contre le réchauffement climatique n’entrave pas la croissance mais serait, au contraire, le symbole d’un nouveau dynamisme économique. Six millions d’emplois pourraient ainsi être créés en Europe d’ici 2050 et, pour la France seule, l’Ademe évoque un potentiel de 90 0000 créations d’emplois. C’est simplement une autre forme de dynamisme que celle que nous cherchons aujourd’hui, et vers laquelle il nous faut tendre.

Propos recueillis par Aude Martin

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