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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 05:43

 

L’Afrique, dernière terre vierge ? Terre de nature, de parcs et de réserves ? Derrière les images, quelles réalités ? Soixante ans après les décolonisations, entre nature brute, explosion démographique et préservation de la biodiversité, qui agit ? qui transforme ? On peut tenter une première approche stimulante.

*Guillaume Blanc, historien de l’environnement, spécialiste de l’Afrique contemporaine, est maître de conférences à l’université Rennes-II.

En milieu naturel, il y a des histoires d’adaptation. Par exemple dans les Cévennes, un parc national français inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO en 2011 et dont les paysages ont été « façonnés par l’agropastoralisme durant trois millénaires », nous dit la prestigieuse institution. Cela au point que les Cévennes auraient aujourd’hui une « valeur universelle exceptionnelle » et qu’à ce titre il est nécessaire d’y sauver les « systèmes agro-pastoraux », « de les conserver par la perpétuation des activités traditionnelles ». Mais il existe aussi des histoires de dégradation. Ainsi dans le Simien, un parc national éthiopien classé au patrimoine mondial par l’UNESCO en 1978. On peut y découvrir un « paysage spectaculaire » et apercevoir des « espèces endémiques ».

Au moins un million de personnes ont été chassées des aires protégées africaines au xxe siècle.

Seulement, nous dit l’UNESCO, « les activités agricoles et pastorales […] ont sévèrement affecté les valeurs naturelles du Simien ». À ce titre, il est alors nécessaire d’enrayer « les menaces pesant sur l’intégrité du parc », à savoir « l’installation humaine, les cultures et l’érosion des sols ». Et voilà pourquoi, en 2016, sur recommandation des experts de l’UNESCO et de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), les autorités éthiopiennes ont expulsé 2500 cultivateurs et bergers hors du parc du Simien. Là où les Européens façonnent, les Africains détruisent. Voici la logique.

CHASSER LES HUMAINS

Le Simien est loin d’être un cas isolé. Il y a environ 350 parcs nationaux en Afrique, et de la plupart d’entre eux les populations ont été expulsées pour faire place à l’animal et à la forêt ou à la savane. C’est le cas de 50 % des parcs du Bénin, de 40 % des parcs du Rwanda ou encore de 30 % des parcs de Tanzanie et du Congo-Kinshasa. Au moins un million de personnes ont été chassées des aires protégées africaines au XXe siècle. Quant aux parcs encore habités, l’agriculture, le pastoralisme et la chasse y sont généralement interdits. Des millions de cultivateurs et de bergers sont alors quotidiennement sanctionnés d’amendes, voire de peines de prison, pour avoir cultivé la terre, fait pâturer leurs troupeaux ou chassé du petit gibier. 

Les populations humaines ont été expulsées de la plupart des 350 parcs nationaux africains pour faire place à l’animal et à la forêt ou à la savane.

  Cette histoire est choquante, mais elle est bien réelle. Au lendemain des indépendances africaines, le fardeau civilisationnel du colon a cédé sa place au fardeau écologique de l’expert occidental. L’intention a changé depuis. Mais pas l’esprit : le monde moderne devrait protéger l’Afrique des Africains. Et tout cela au nom d’un mythe, celui de l’éden africain.

IL FAUT SAUVER L’ÉDEN AFRICAIN

L’idée d’une Afrique avant tout naturelle et sauvage est aussi absurde que celle selon laquelle l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Pour comprendre cette représentation, il faut remonter aux débuts de l’aventure coloniale. À la fin du XIXe siècle, les colons partis tenter leur chance en Afrique laissent derrière eux des paysages radicalement transformés par l’urbanisation et la révolution industrielle. Persuadés d’avoir retrouvé en Afrique la nature disparue en Europe, ils inventent le mythe du bon et du mauvais chasseur. Le premier est blanc ; il chasse le trophée au fusil, et avec bravoure. Le second, le braconnier, est noir ; il chasse la nourriture à l’arc et à la lance, avec cruauté. C’est sur ce registre que les colons créent les premières réserves de chasse, où les populations africaines sont sinon expulsées du moins privées du droit à la terre. Puis, dans les années 1930, ces réserves sont converties en parcs nationaux. Et l’histoire se répète : criminalisation des populations et expulsions.

Ces récits racontent une Afrique verte, vierge et sauvage. Or cette Afrique n’existe pas.

Des produits culturels en quantité vont alors accompagner cette naturalisation à marche forcée de l’Afrique : des récits de voyage, comme ceux de Stanley et Livingstone, Roosevelt et Churchill ; des romans, les Neiges du Kilimandjaro d’Ernest Hemingway (1936), Une femme africaine de Karen Blixen (1937) ou encore les Racines du ciel de Romain Gary (1956) ; puis des guides naturalistes comme National Geographic et Lonely Planet, jusqu’aux films d’animation comme le Roi lion. Tous ces récits racontent une Afrique verte, vierge et sauvage. Or cette Afrique n’existe pas. Comme l’Europe, le continent africain est habité, cultivé. Mais nous sommes amenés à croire que les parcs naturels africains sont vides ; en fait, ils ont été vidés de leurs habitants… Et ils continuent bien souvent de l’être.

DE L’UTILITÉ DU MYTHE

Il faut dire que cette représentation d’une Afrique naturelle va main dans la main avec un autre cliché : celui de paysans africains trop nombreux, malhabiles, destructeurs. Ces derniers auraient notamment détruit les forêts « primaires » d’Afrique. En réalité, ces forêts n’existent pas davantage qu’en Europe. Comme ailleurs, les humains ont su s’adapter à leur environnement : l’agriculture et la sylviculture permettent la pousse des arbres, surtout dans des milieux semi-arides. Mais des savoirs prétendument scientifiques continuent de présenter les écosystèmes africains comme étant détruits partout, et partout de la même manière. Les travaux d’Al Gore sont à cet égard fort révélateurs. Selon l’ancien vice-président étatsunien, prix Nobel de la paix en 2007, l’Éthiopie, par exemple, aurait été à 40 % recouverte de forêts en 1900, contre 3 % « aujourd’hui ». L’histoire révèle que ces chiffres sont issus d’un rapport livré en 1961 par H.P. Huffnagel, un expert de la FAO, l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Cet expert n’avait passé qu’une semaine en Éthiopie, et il ne s’appuyait sur aucune donnée scientifique. Mais peu importe. Aujourd’hui encore, ces chiffres sont tenus pour vrais par les experts internationaux de la conservation, lesquels recommandent dès lors l’expulsion ou la criminalisation d’agriculteurs et de bergers, qui ne participent pas, eux, à la crise écologique.

Al Gore est aujourd’hui l’un des rares experts à décrire finement les conséquences sociales du changement climatique. En revanche, lorsqu’il s’agit des causes, l’homme se fait plus discret. Rien n’est dit, dans ses films pas plus que dans ses livres, sur Apple et Google, deux entreprises pourtant parmi les plus polluantes au monde. Et pour cause, Al Gore finance la première et siège au conseil d’administration de la seconde. Ceux qui protègent sont aussi ceux qui détruisent. Voilà la matrice du colonialisme vert.

L’HISTOIRE POUR PARFAIRE LE PRÉSENT

Comme partout dans le monde, les sociétés africaines vont devoir faire face à la sixième extinction. Quel que soit notre bord politique, la réalité nous rattrape : le capitalisme et le mode de vie consumériste qui l’accompagne détruisent les ressources de la planète. L’Afrique, ici, ne fait pas exception. Le problème est alors de nier l’évidence, ou plutôt les évidences. D’abord, il y a l’histoire. En 1961, au moment où les colonies africaines accèdent à l’indépendance, l’UICN, l’UNESCO et la FAO lancent le « Projet spécial pour l’Afrique ». Il s’agit de « poursuivre le travail accompli dans les parcs », stipulent leurs archives. Pour employer et financer les Européens qui travaillent déjà sur place est alors imaginée la création d’une banque, un Fonds mondial pour la nature. Ainsi naît le World Wildlife Fund ( WWF). Tout au long des années 1960 et 1970, le WWF permet aux administrateurs coloniaux de se reconvertir en experts internationaux, et de poursuivre leur combat : mettre plus de terres en parc ; empêcher que les humains y cultivent la terre. Les dirigeants africains, eux, acceptent volontiers.

En Afrique également, comme ici en Éthiopie, l’activité agricole a façonné les paysages pendant des siècles.

Grâce aux parcs et à la reconnaissance internationale qui les accompagne, ils peuvent non seulement développer l’industrie touristique, mais aussi planter le drapeau national dans des territoires qu’ils peinent à contrôler : chez les nomades, dans les maquis, aux frontières. Et cette façon de conserver la nature africaine pèse encore sur le présent : l’alliance entre l’expert et le dirigeant continue, au détriment de l’habitant.

Il y a l’histoire, puis il y a, aussi, l’absurdité. Quel est le coût écologique de la visite d’un parc national africain ? Un randonneur s’équipe d’une tente avec des arceaux en aluminium pour un sac léger, de chaussures et d’une veste en goretex pour une tenue imperméable et « respirante », d’un maillot de corps en polaire pour supporter le froid des soirées en haute montagne… Autant de matériaux dont la fabrication passe par l’extraction industrielle et la transformation chimique de bauxite et de pétrole. Sans compter que le trajet en avion aura émis au moins 0,5 t de CO2. Bref, visiter un parc naturel africain équivaut à détruire ailleurs dans le monde les ressources qui sont mises en parc en Afrique.

Après l’aberration écologique vient l’injustice sociale. Aujourd’hui encore, les institutions internationales de la conservation exigent des États africains qu’ils empêchent les habitants des parcs de cultiver la terre. Mais de qui parle-t-on, au juste ? D’hommes et de femmes qui produisent leur propre nourriture, de cultivateurs et de bergers qui se déplacent généralement à pied, de paysans qui vivent sans électricité, ne consomment que très peu de viande et de poisson, n’achètent que rarement de nouveaux vêtements.

Et contrairement à deux milliards de personnes, ils n’ont ni ordinateur ni smartphone. Leur mode de vie ne nuit en rien à la protection de la planète. L’UNESCO, le WWF, l’UICN, les experts internationaux et bon nombre d’entre nous considèrent pourtant que leur expulsion est éthique et nécessaire, c’est-à-dire juste, et justifiée. Pourquoi ? Parce que s’en prendre à eux permet d’éviter de nous en prendre à nous-mêmes.

Revue Progressistes | 24 Oct 2021 à 20:23 | Catégories : Environnement et SociétéN° 31 | URL : https://wp.me/p3uI8L-2Y7

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 05:29

 

Depuis peu, on assiste à un développement des installations de méthanisation, c’est-à-dire de fabrication, à partir de composants organiques que l’on fait fermenter, d’un gaz composé majoritairement de méthane, donc combustible. Il en résulte un résidu appelé « digestat », utilisable comme engrais. Cette description un peu idyllique explique que le biométhane, qualifié de « gaz vert », est l’objet de toutes les attentions. Mais le diable est dans les détails.  

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) d’avril 2020 ambitionne une production de biogaz de 14 TWh en 2023, et jusqu’à 32 TWh en 2028. Ces objectifs sont-ils réalistes ? La question mérite d’être posée : il ne suffit pas de produire, il faut des débouchés, or ils sont limités. Le biogaz peut être utilisé comme carburant pour véhicules (on parle alors de gaz naturel pour véhicule [GNV]) après construction d’une station de remplissage près de l’usine de méthanisation. Mais en France, la motorisation au gaz naturel est peu développée : en février 2020, seulement 21500 véhicules roulaient au GNV. À l’état brut, ou après un léger traitement, le biogaz peut être valorisé sur le site sous forme d’électricité ou/et de chaleur. Cette électricité peut être autoconsommée ou revendue à EDF.

La loi oblige EDF à acheter l’électricité par contrats de vingt ans, à un prix allant de 150 à 220 €/MWh. Très supérieur au prix du marché européen.

La PPE envisage un développement de la production d’électricité au biogaz jusqu’à 8 TWh en 2023, alors qu’en 2019 la production d’électricité à partir de biogaz s’est élevée à 2,3 TWh, soit 0,5 % de la consommation électrique française. Après filtration du biogaz, le biométhane obtenu peut être injecté dans les réseaux de gaz et vendu à un fournisseur, qui le revendra à ses clients domestiques ou professionnels. La PPE envisage une baisse de 22 % de la consommation de gaz naturel en 2028, compensée par un développement massif des installations de production de biométhane : 6 TWh en 2023 et jusqu’à 22 TWh en 2028. Une ambition optimiste quand on sait que la production de biométhane n’a été que de 1,2 TWh en 2019.

FINANCEMENT PUBLIC MASSIF

C’est sur ces deux dernières options que le gouvernement fonde son pari. Pour cela, il est prêt à mettre le prix… payé par d’autres ! Avec la technologie actuelle, ni le biogaz ni le biométhane ne sont compétitifs. Selon une étude, le coût de production sans subvention du biométhane varie de 122 €/MWh pour les petites installations à 94 €/MWh pour les plus grosses, donc très supérieur au prix de gros du gaz naturel, qui est de 20 à 25 €/MWh((https://www.eneaconsulting. com/competitivite-de-la-filie re-biomethane-francaise/)).

Plusieurs cas de pollution des nappes phréatiques par les bactéries du digesteur ou par le digestat épandu ont été relevés en France.

La loi oblige donc EDF à acheter l’électricité par contrats de vingt ans, à un prix allant de 150 à 220 €/MWh. Très supérieur au prix du marché européen qui varie de 35 à 50 €/MWh pendant 330 jours par an, alors que cette électricité n’est ni programmable ni pilotable. Ce prix de rachat est répercuté par EDF sur la facture du consommateur d’électricité. Pour le biométhane injecté dans le réseau, l’État a opté pour un tarif d’achat imposé. Un producteur est assuré de vendre son biométhane au fournisseur de gaz naturel de son choix, à un tarif fixé pour une durée de quinze ans. La PPE envisage une baisse de 22% de la consommation de gaz naturel en 2028, compensée par un développement massif des installations de production de biométhane : 6 TWh en 2023 et jusqu’a 22 TWh en 2028. Suivant le type d’installation et la nature des déchets, ce tarif d’achat est compris entre 45 et 125 €/MWh. Un prix avantageux comparé au prix sur les marchés du gaz naturel, de l’ordre de 20 à 25 €/MWh, et avec la prise en charge par GRDF de 40 % du coût de raccordement au réseau. Un cadeau supporté par l’ensemble des usagers du gaz. Pour justifier ces subventions, les partisans du biogaz invoquent les externalités positives : réduction des gaz à effet de serre, bénéfice pour la balance commerciale, création d’emplois locaux et allégement de la gestion des déchets pour les collectivités. Ces externalités positives, difficiles à évaluer, pourraient effectivement être internalisées sous forme de subventions ou de prix préférentiels. Encore faut-il qu’elles soient avérées et qu’on n’oublie pas les externalités négatives.

UN PROCESSUS POTENTIELLEMENT DANGEREUX

Si le processus de méthanisation améliore le bilan carbone, il faut porter au passif les émissions liées à la logistique. Certaines usines de méthanisation communes à plusieurs exploitations agricoles peuvent nécessiter, selon leur taille et la quantité des intrants, des norias de plusieurs dizaines de camions par jour. Outre les nuisances auditives et olfactives, les émissions de gaz polluants ou à effet de serre s’en trouvent lourdement ac - crues.  Si le processus de méthanisation améliore le bilan carbone, il faut porter au passif les émissions liées à la logistique. Par ailleurs, en vieillissant, les digesteurs peuvent perdre de leur étanchéité et être à l’origine de fuites de méthane. Sans compter le risque d’explosion, un taux de fuite de 4 % suffirait à réduire à néant le bénéfice sur les émissions de gaz à effet de serre, puisque le méthane a un effet 25 fois supérieur au CO2. Le digestat n’est pas le fertilisant idéal tant vanté. C’est un mélange de matières riches en azote mais chargé de métaux lourds et d’agents pathogènes (bactéries, parasites, résidus médicamenteux). 

COMMENT ÇA MARCHE ?

Le biogaz est issu de la fermentation anaérobie de matières organiques : déchets issus de l’agriculture, de l’industrie alimentaire, des ordures ménagères. Cette fermentation est un procédé biochimique résultant de l’action de divers types de bactéries. Le biogaz brut est composé de 50 à 65 % de méthane (le reste est composé de CO2, de H2S, d’eau et d’impuretés diverses).

Le biométhane est un biogaz qui a subi une épuration poussée grâce à laquelle il atteint le même niveau de qualité que le gaz naturel. La fermentation nécessite la présence d’intrants qui apportent les bactéries : lisiers de porcins et de bovins, fientes de volaille, boues, déchets organiques… ; et d’intrants apportant du carbone pour favoriser la production de méthane : maïs, betteraves, tourne - sol… Les principaux intrants méthanisables sont les déchets agricoles (déjections, cultures intermédiaires…), les déchets agroalimentaires (d’abattoirs, laiteries…), les ordures ménagères et les boues de stations d’épuration. Aux imperfections près, le bio - méthane est considéré comme neutre en carbone. Si sa combustion dégage du CO2, il s’agit de CO2 préalablement capté dans l’atmosphère par photosynthèse par les végétaux méthanisés.

La fermentation génère un résidu riche en azote, le digestat ; c’est une matière solide ou pâteuse qui représente de 70 à 90 % de la masse introduite dans le digesteur. Selon la nature des intrants, les digestats peuvent aussi contenir des métaux lourds et des microorganismes pathogènes (virus, bactéries, parasites). Potentiellement dangereuses, les usines de méthanisation sont des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Mais la plupart ne sont soumises qu’à déclaration, une procédure peu contraignante, sans consultation publique.

L’IRSTEA ((IRSTEA, Impact du compostage et de la méthanisation sur les pathogènes et l’antibiorésistance, université de Rennes.)) montre qu’une méthanisation à 40 °C maximum réduit moins le nombre de pathogènes qu’une méthanisation à 50 °C ou un compostage à 70 °C ; or les systèmes les plus utilisés s’arrêtent à 40 °C. Lorsque le digestat est épandu, il est absorbé par le sol et s’infiltre vers les cours d’eau et les nappes phréatiques, notamment dans les sols calcaires. Plusieurs cas de pollution des nappes phréatiques par les bactéries du digesteur ou par le digestat épandu ont été relevés en France. Les nuisances olfactives (H2S, gaz…) sont courantes. En outre, le digestat est volatil et au contact de l’air va produire du protoxyde d’azote, gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2.

UNE RÉGLEMENTATION PERMISSIVE

L’impact potentiel du biogaz sur l’équilibre des filières agricoles est aussi une externalité négative. La production de biogaz constitue un revenu complémentaire pour les agriculteurs, et la tentation peut être grande de consacrer une partie des terres agricoles à la culture d’intrants dédiés. La réglementation française limite un peu ce risque, mais c’est ce qui s’est passé en Allemagne (voir encadré cidessous).

UN DANGER POUR L’AGRICULTURE La méthanisation industrielle pourrait impacter négativement le monde agricole, en entraînant une concur - rence effrénée à l’appro visionnement en intrants avec des effets désastreux sur les prix, en détournant les terrains agricoles de leur vocation alimentaire et en générant des revenus de nature à fausser les conditions d’acquisition des terres. C’est déjà ce qui se passe outre-Rhin.

Fin 2017, l’Allemagne comptait 9331 unités de méthanisation. Le pays méthanise des sous-produits animaux (lisier et fumier) et des matières premières renouvelables. Mais les effluents et déchets représentent à peine 25 % des intrants ; 75 % sont constitués de cultures dédiées, parmi lesquelles le maïs domine. En Allemagne, en 2015, près d’un million d’hectares étaient consacrés à la production de biogaz. En seulement quatre ans, le prix de la location de l’hectare est passé de 250 à plus de 600 € par an.

Même l’organisation écologiste Les Amis de la Terre s’en émeut : « Une unité moyenne a besoin de 200 ha cultivés en maïs et elle doit être constamment alimentée. L’appétit pour le maïs a transformé l’Allemagne en désert.((http://amisdelaterre40.fr/spip/spip.php?article230.)) ».

En France, l’utilisation de maïs pour la méthanisation, bien que plafonnée à 15 %, est très importante. Les besoins pour les grosses exploitations-usines augmentent. Elles achètent du maïs sur pied à un prix très avantageux. Cette pratique encourage la monoculture et bloque la rotation des cultures avec des conséquences connues : utilisation excessive d’engrais et de pesticides, inflation sur les autres produits nécessaires aux animaux. Leur capacité financière leur permet de rafler les terres agricoles disponibles en alimentant la spéculation foncière aux dépens des petits agriculteurs. Selon la Confédération paysanne, « Aucun contrôle relatif aux approvisionnements n’est réalisé sur le terrain concernant les ap pro - visionnements et le respect du plafond des 15 % de cultures principales, entraînant une vraie incertitude sur le respect réel de cette mesure ». Elle estime que « trop de végétaux qui ne sont pas des déchets alimentent les méthaniseurs, au détriment de la souveraineté alimentaire et de la solidarité entre paysan(ne)s. Le plafond de 15 % est beaucoup trop élevé pour permettre d’éviter des accaparements de terres massifs »((Confédération paysanne, « La méthanisation est-elle compatible avec l’agriculture paysanne ? ».)).

Il faut donc limiter la production de biométhane au traitement des déchets et interdire l’utilisation de cultures dédiées pour ne pas reproduire les errements de la production de bioéthanol. La souveraineté ali mentaire ne doit pas être mise en danger pour une illusoire souveraineté énergétique ou une amélioration dérisoire du bilan carbone.

Malgré ces risques, l’État, outre les subventions massives, favorise le développement du biogaz par une réglementation laxiste. Il existe trois régimes administratifs d’installations classées pour l’implantation d’un méthaniseur. La plupart des installations (celles de moins de 30 t/j de matières) ne sont soumises qu’à déclaration, procédure peu contraignante : l’exploitant déclare son installation et peut la démarrer sans autre formalité.

En 2010 a été créée une autorisation simplifiée, l’« enregistrement », pour les installations consommant de 30 à 100 t/j d’intrants, où les contraintes sont faibles : pas d’étude d’impact ou de danger. En fait, le régime d’autorisation ne s’applique qu’aux très grosses installations (plus de 100 t/j). C’est la seule procédure qui exige une étude d’impact et de dangers et une enquête publique avant la décision du préfet. Elles sont contrôlées par les inspecteurs des installations classées alors que les petites installations sont autocontrôlées.

Généraliser le régime d’autorisation, systématiser les études d’impact, de risques et les consultations publiques sont la condition d’un développement du biogaz conforme à l’intérêt général.

Malgré les risques évoqués, les préconisations de l’arrêté technique de 2009 sont peu contraignantes. Pour l’implantation des unités, elles n’imposent qu’une distance minimale de 50 m des habitations et de 35 m des points d’eau. Et l’auto - contrôle est la règle.

Enfin, en 2018, un arrêté a facilité la mise sur le marché de digestats issus de la méthanisation agricole. La production de biogaz dans des conditions techniques satisfaisantes est une opportunité pour traiter les déchets agricoles. Mais elle doit être cantonnée au traitement des déchets « à la ferme », et non devenir une activité de production d’énergie de masse.

Au vu des dangers qu’elle recèle, sa mise en oeuvre doit être soumise à des exigences réglementaires moins laxistes. Généraliser le régime d’autorisation, systématiser les études d’impact, de risques et les consultations publiques sont la condition d’un développement du biogaz con - forme à l’intérêt général.

Revue Progressistes | 24 Oct 2021 à 20:05 | Catégories : Environnement et SociétéN° 31 | URL : https://wp.me/p3uI8L-2XN

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 16:04

 

À trois semaines de la COP 26  qui va se tenir à Glasgow, l’année 2021  nous a fourni  des enseignements  préoccupants concernant notre souveraineté alimentaire du fait  des aléas climatiques qui rendent les récoltes agricoles incertaines. De leur côté, les  exploitants forestiers  constatent une dégradation de l’état sanitaire des massifs et demandent  au gouvernement d’avoir une politique budgétaire favorisant une gestion de long terme. Sans résultat pour le moment.    

Un récent  conseil spécialisé de FranceAgriMer  nous apprend  que « suite aux pluies incessantes de l’été,  la teneur en eau des blés tendres à l’entrée des silos est souvent plus élevée qu’à l’accoutumée, avec une moyenne nationale estimée à 14% ». Du coup, « des opérations de séchage par les collecteurs seront parfois nécessaires. Par ailleurs, les fortes chaleurs au moment du remplissage des grains et les pluies persistantes en fin de cycle ont altéré parfois les poids spécifique». Mal remplis à cause de pics de chaleurs, puis humidifiés par les pluies, les grains de blé sont allégés, ce qui diminue leur poids spécifique. Cette année, moins du tiers de la récolte dépasse les 76 kilos pour 100 litres de volume. Du coup, certains blés ne seront pas vendus pour faire du pain. Ils seront recyclés dans la filière des aliments du bétail, avec un prix de vente moins rémunérateur.

Pour autant, nous ne risquons pas, cette année, de manquer de pain en France. La récolte de blé tendre serait proche de 35 millions de tonnes sur le territoire français. Les exportations vers les pays membres de l’Union européenne seraient de 8 millions de tonnes pour la campagne qui vient de débuter, en hausse de 1,9 million de tonnes sur la précédente. En revanche, les exportations vers les pays tiers seraient en baisse de 2,2 millions de tonnes, du fait notamment de l’augmentation du coût de fret sur les longues distances. Mais elles atteindraient tout de même 9,6 millions de tonnes.

La France importe trop de protéines végétales

On peut raisonnablement penser que la France devrait, dans les prochaines années, produire moins de blé pour l’exportation et cultiver davantage de protéines végétales pour nourrir les Français et les animaux d’élevage. Pour l’alimentation humaine, le déficit est élevé en pois chiches, en haricots secs et en lentilles. Pour le bétail, notre pays importe près de 3 millions de tonnes de soja et de tourteaux chaque année alors nous pouvons produire toutes ces protéines végétales avec de bons rendements dans plusieurs régions du pays. Mais il faudrait pour cela que les aides de la Politique agricole commune (PAC) soient davantage orientées en ce sens, ce qui n’est pas franchement le cas avec la réforme qui va se mettre en place entre  2023 et 2027.

Avec le réchauffement climatique, l’économie forestière voit aussi sa gestion se compliquer.  A propos de filière bois, Antoine d’Amécourt, qui préside la Fédération nationale des syndicats des forestiers privés, publie une lettre ouverte dans laquelle on peut lire que « les maladies ont décimé des secteurs entiers de nos forêts avec en particulier la chalarose du frêne et les scolytes sur les résineux. Le déséquilibre sylvo-cynégétique n’est plus acceptable, il rend difficile le renouvellement forestier et fragilise la gestion durable de nos massifs ».

Une vulnérabilité préoccupante des massifs forestiers

Antoine d’Amécourt relève que « les incendies de l’été ont montré les vulnérabilités générées par un déséquilibre entre protection de la biodiversité et maintien d’activités sylvicoles ». Il note aussi que « sans un juste prix (du bois d’œuvre, ndlr) aucun propriétaire ne pourra engager les investissements coûteux et de très long terme indispensables pour assurer le renouvellement forestier, surtout en cette période de changement climatique ». Il propose de « construire en bois de France plutôt qu’avec des produits d’import, de privilégier des habitats qui stockent du CO2 sur le long terme ». Considérant que « les stériles polémiques ne font qu’alimenter les réseaux sociaux  et les amateurs de scandales», il estime que «seules les rencontres  et la compréhension commune de forêt et de la filière bois  permettront d’avancer».

Ces observations sont en phase avec celles exprimées par la Fédération nationale des communes forestières qui interpelle l’État en soulignant que ces communes «font face à de nombreuses difficultés pour la préservation des forêts : attaques de parasites, dépérissement de certaines essences, sécheresse répétées, risques d’incendies accrus. La Fédération attend du gouvernement « une véritable refonte de la politique forestière et la prise en compte du travail déjà exemplaire   des communes forestières pour la préservation du poumon vert de la France ».

Au moment où paraissait ce communiqué des communes forestières, l’hebdomadaire « La France Agricole » indiquait que dans le département du Doubs « 97% des communes ont des recettes forestières en recul, une centaine d’entre elles connaîtrait des difficultés budgétaires sérieuses, si la crise sanitaire devait perdurer ». Car cette crise conduit à couper du bois pour limiter la contamination des scolytes dans les massifs de résineux. Du coup, le prix du m3 de résineux baisse chaque fois que l’offre dépasse la demande. Le journal ajoutait que « la réforme du financement de l’ONF, qui prévoit une forte augmentation des frais de garderie (du bois coupé, ndlr) est aussi source d’inquiétude ».        

Non au traité de libre-échange UE-Mercosur

 Quelle soit publique ou privée, la forêt française doit être gérée avec une vision de long terme, ce qui implique d’avoir un juste prix du bois d’œuvre et sa transformation en France au lieu d’exporter toujours plus de grumes en Chine et ailleurs. Cela implique aussi, pour la préservation de nos forêts, comme pour l’agriculture, d’en finir avec les accords de libre-échange sur fond de dumping social et environnemental. Voilà aussi pourquoi le « Collectif national Stop-CETA-Mercosur » composé d’environ 35 organisations, dont ATTAC France, la CGT, la FSU et la Confédération paysanne, adressait le 21 septembre dernier une « Lettre ouverte à la Commission européenne et au gouvernement » français, leur demandant de ne pas « sauver » cet accord   pas encore ratifié, mais de l’abandonner car sa signature se traduirait par une accélération de la déforestation en Amazonie.

Mais on sait que la Commission cherche à faire ratifier cet accord tandis que le président Macron et le gouvernement français gardent le silence sur le sujet.     

 

 

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 05:33

 

Les études et témoignages s’accumulent pour dénoncer la nocivité de ces produits financiers étiquetés « climat » ou « responsables », qui vont pour plus de la moitié d’entre eux à l’encontre des accords de Paris à la COP21.

La finance verte n’est pas encore mûre pour exploser. Mais elle donne des signes de faiblesse qui commencent à inquiéter ses promoteurs. De plus en plus nombreux à miser sur son développement pour conserver leurs taux de profitabilité, les fonds et banques craignent les dommages sur cette finance dite durable. Or, les craquèlements qui se font jour font mauvais genre à deux mois de la tenue de la COP26 à Glasgow.

Dernière alarme en date, l’étude publiée par Influence Map en fin de semaine dernière chiffre le peu d’effets tangibles de cette branche de l’industrie financière que le minis­tère français de l’Économie prend lui-même avec des pincettes sur son site en la désignant comme « une notion qui définit les actions et opérations financières favorisant la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique ». L’ONG s’est attelée à étudier combien parmi les « equity funds » ESG, ou fonds de gestion d’actifs et de pension dont les produits respectent des critères écologiques, sociaux et de bonne gouvernance, sont en accord avec les préconisations édictées par la COP21 de 2015. Résultat : 71 % des 593 fonds ESG, brassant la bagatelle de 265 milliards de dollars d’actifs, sont en contradiction avec les accords de Paris. Quant aux 130 fonds dits climat et leurs 67 milliards de dollars d’actifs, 55 % agissent à l’encontre du scénario du degré et demi de réchauf­fement maximal fixé par la conférence des parties de l’ONU il y a six ans. Les noms de multinationales des énergies fossiles, comme Total, Chevron, ExxonMobil ou Halliburton, apparaissent même parmi les sociétés soutenues par ces fonds climat.

« On vend de la poudre de perlimpinpin »

Le think tank britannique n’appelle pour autant pas au démantèlement de ces produits financiers frelatés. Adossé à des organisations philanthropiques, il s’est donné pour tâche de rendre plus éthiques les marchés. D’autres commencent à s’en charger. Et pas des moindres, puisqu’il s’agit de promoteurs de la finance verte repentis. Tariq Fancy est le premier du genre. En mars dernier, l’ex-responsable de 2018 à 2019 des « fonds durables » gérés par BlackRock, premier gestionnaire financier au monde avec 7 000 milliards de dollars d’actifs, a confié son vague à l’âme dans son Journal secret d’un investisseur durable« Au début, explique celui qui a activement participé à la popularisation de ces produits étiquetés verts ou soutenables (1), je me suis dit que la finance durable consistait à vendre de la poudre de perlimpinpin à un cancéreux. Cela peut jouer le rôle d’un placebo susceptible d’améliorer un peu sa santé. Aujourd’hui, je pense que c’est bien pire que cela car non seulement on vend cette poudre de perlimpinpin aux marchés financiers comme un remède à leurs dérives, mais de plus son emballage marketing, noble et trompeur, empêche le patient de poursuivre sa thérapie et le cancer dont il souffre continue à faire ses ravages. »

Dernièrement, Desiree Fixler, responsable de septembre 2020 à début 2021 du développement durable de DWS, a accusé son ancien employeur d’avoir surestimé le poids de ses actifs estampillés ESG. Cette affaire de bidonnage, prise au sérieux par les gendarmes des Bourses de New York et Francfort, sème le trouble alors que DWS est le principal gestionnaire d’actifs « verts » en Allemagne, le deuxième en Europe derrière le français Amundi. Elle relance en tout cas les critiques sur le peu de fiabilité de ces produits financiers supposés plus vertueux que les classiques.

En compagnie d’Alain Grandjean, président de la Fondation Nicolas Hulot, Julien Lefournier avait déjà bien documenté les tares du système dans l’Illusion de la finance verte (l’Atelier), sorti en mai dernier. « C’est du marketing, une mise en scène des banques et fonds pour améliorer leur image après le krach de 2008 et dire “on fait quelque chose pour le climat”. La finance verte s’ajoute quelques critères sociaux ou écologiques à sa convenance pour se distinguer. Mais elle n’échappe pas à la responsabilité fiduciaire qui lui impose de faire fructifier l’argent que vous lui confiez, ni à la maximisa tion des rendements. » Pour cet ancien trader sur les marchés « classiques », ces produits pseudo-responsables « font croire que les marchés peuvent changer les choses. Mais le changement systémique ne viendra que de l’imposition par les États de règles et de normes que les industriels et financiers devront appliquer. Pour l’heure, c’est du greenwashing généralisé qui prolonge le statu quo sur le climat ».

(1) Traduction Novethic.

 

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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 05:30

 

À deux mois de la COP 26, qui se tiendra à Glasgow, calculer rigoureusement le bilan carbone de la conversion de l’Europe à la voiture électrique impliquerait de prendre en compte celui de la construction des véhicules. Il a été totalement occulté par la Commission européenne dans sa proposition faite aux États membre de l’Union européenne d’interdire la vente de véhicules à moteur thermique à partir de 2035.

 

Gérard Le Puill. Photo Joël Lumien

Par Gérard Le Puill

Depuis Bruxelles le 14 juillet, Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, demandait aux pays membres de l’UE d’interdire la vente des voitures neuves à moteur thermique dès 2035 au lieu de 2040. Cela afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Elle annonçait aussi une taxe carbone sur les carburants fossiles, histoire de ponctionner les ménages pour les pousser à acheter une voiture électrique. Voilà qui réduira encore le revenu disponible des salariés les plus modestes qui n’ont souvent pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture pour se rendre au travail.

Tel que présenté par la Commission, l’objectif de neutralité carbone en Europe est inatteignable du fait, notamment de la place prise par la route au détriment du rail que cette même Commission ne remet pas en cause. Dans le monde, la sidérurgie est responsable de 7,6 % des émissions de CO2. Or la pollution de cette industrie est précédée par celle de l’amont dans l’extraction des matières premières. Il faudra millions de tonnes de différents métaux pour produire les véhicules électriques équipés de grosses batteries. Une fois fabriquées, il faudra alimenter les véhicules en électricité dont une partie proviendra de la combustion du charbon et du gaz. Une autre partie proviendra de productions agricoles dédiées qui entreront en concurrence avec la production alimentaire, comme cela se pratique déjà.

Et le charbon allemand alimente l’Alsace en électricité

En France, le gouvernement garde l’objectif de réduire la production électrique de nos centrales nucléaires à 50 % de notre mix énergétique en 2035, contre 70 % aujourd’hui. Cela se traduira par un recours accru aux énergies fossiles, ou d’origine agricole, chaque fois que les éoliennes et les panneaux photovoltaïques verront leur production chuter faute de vent et de soleil. Avant la fermeture des deux tranches de la centrale nucléaire de Fessenheim, cette dernière vendait de l’électricité en Allemagne quand les éoliennes et les panneaux solaires d’outre Rhin manquaient de vent et de soleil. Depuis leur fermeture, les entreprises et les ménages de l’est de la France consomment de l’électricité provenant des centrales à charbon allemandes quand la production de l’éolien et du solaire baisse de ce côté-ci du Rhin. Ce n’est donc pas en réduisant la place du nucléaire que l’on réduira le bilan carbone de notre production électrique alors que la consommation d’électricité devra augmenter pour alimenter les véhicules électriques en nombre croissant tandis que la consommation du numérique continuera de croître également.

Une voiture électrique doit parcourir 40.000 kilomètres avant de moins polluer qu’une voiture à moteur thermique durant son cycle de vie. La France compte aujourd’hui quelque 40 millions de véhicules dont 32 millions de voitures particulières. Les remplacer par autant d’autres équipées d’un moteur électrique se traduira par une forte croissance des émissions annuelles de CO2 bien après 2035. Si, comme actuellement, 4 millions de véhicules à moteur thermique retirés du marché en Europe continuent d’être vendus en Afrique chaque année, ce commerce alimentera aussi le réchauffement de la planète.

Quel sera le prix de la voiture électrique dans 20 ans ?

Selon les cimentiers français, « une tonne de ciment produite chez nous ne devrait plus générer que 503 kilos de CO2 en 2030 contre 660 kilos en 2015 ». Mais on coulera toujours plus de ciment pour bâtir les nouvelles usines. On augmentera aussi l’utilisation du béton, du cuivre et des métaux issus des « terres rares » pour construire puis sceller les éoliennes qui alimenteront en partie le parc de véhicules électriques avant comme après 2035. Il reste enfin à voir où, et à quel prix, on trouvera le fer, le cuivre, l‘étain et tous les autres matériaux pour électrifier un parc mondial d’environ 1,2 milliard de véhicules dans le but proclamé d’atteindre la neutralité carbone en 2050 ! Dans 20 ans, la voiture électrique sera peut-être hors de prix, suite au manque de matières premières résultant de cette conversion accélérée, laquelle sera aussi destructrice d’emplois en France via les délocalisations dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

Mais alors comment se fait-il que ces questions liées à la croissance exponentielle de l’utilisation du fer, du cuivre et de quantité d’autres métaux provenant des « terres rares » ne soient pas évoquées par la Commission, comme par nos principaux médias, dans le cadre de cette conversion à la voiture électrique ? Ce silence est surprenant alors que de nombreuses « start-up » tentent de se positionner dans la production des voitures électriques et que les grandes firmes se lancent aussi sur ce marché.

Vers des faillites et des suppressions d’emplois

Dans un dossier de deux pages consacré à ce sujet le 17 août dernier, le quotidien « Les Échos » évoquait « la voie des SPAC (spécial purpose acquisition company) » empruntée par ces « start-up » « pour lever des fonds » afin de produire des voitures électriques. Ce journal précisait qu’en « fusionnant avec des coquilles vides déjà cotées en Bourse, elles ont réussi à trouver les milliards de dollars nécessaires pour se lancer. Aucune de ces sociétés n’a toutefois encore livré le moindre véhicule (…) il faudra encore plusieurs années pour distinguer les gagnant des perdants (…) d’autant que les constructeurs traditionnels se sont réveillés ces derniers mois, suscitant à nouveau l’intérêt des marchés avec leurs ambitions dans la voiture électrique », lisait-on dans ce journal.

En France, au nom de la conversion rapide à la voiture électrique, ces grands groupes réduisent déjà les commandes de pièces chez leurs sous-traitants dans plusieurs régions du pays et les poussent au dépôt de bilan. Ce mouvement risque de s’accélérer dans les prochaines années. Guidée par la seule course aux profits, cette conversion accélérée à la voiture électrique se traduira par un bilan social et environnemental désastreux au bout du compte. Surtout qu’il n’est jamais question de réduire la circulation sur route au profit du rail en France, en Europe et dans le monde.

Se pose enfin la question du niveau de compétence de la Commission européenne pour bâtir un projet économique cohérent, qu’il s’agisse de la voiture électrique ou d’un sujet comme la réforme de la Politique agricole commune. Elle est composée d’un commissaire nommé par pays membre soit un total de 27. Mais, depuis des décennies, ce sont des milliers de lobbyistes présents à Bruxelles, payés par des multinationales et, de ce fait, potentiellement corrupteurs, qui fournissent à la Commission des projets en phase avec les intérêts privés que ces mêmes lobbyistes sont chargés de défendre.

La connivence est telle que certains commissaires deviennent eux-mêmes des lobbyistes à l’issue de leur passage à la Commission. Ce fut notamment le cas de José Manuel Barroso, ancien Premier ministre du Portugal, puis président de la Commission européenne entre 2004 et 2014 !

 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 05:13

L’éditorial de L’Humanité Dimanche du 19 au 25 août 2021 – par Patrick Le Hyaric.

Au cœur de l’été, l’amplification des événements météorologiques, accompagnés de leurs terribles souffrances et de leurs deuils, s’est invitée à notre table, en pleine pandémie, sans masque. S’ajoutant aux innombrables décès dus au Covid 19, en partageant les mêmes origines, mégafeux ou pluies diluviennes, canicules et sécheresses envahissent des pans de la planète, avec leurs lots de destructions et de morts. Le sixième rapport du Giec (1) sonne l’alerte rouge, à moins de trois mois de la nouvelle conférence sur le climat qui doit se tenir à Glasgow (COP26). De grandes parties de notre Terre commune vont devenir invivables si la communauté humaine ne réussit pas à réduire beaucoup plus rapidement sa production de gaz à effet de serre due essentiellement à la combustion de charbon et de pétrole. Sachant que l’ampleur avec laquelle notre planète se réchauffe n’a pas d’équivalent dans l’histoire, ne pas s’engager dans cette voie reviendrait à accepter d’irréparables désastres. La fonte des glaciers, la montée des eaux des océans, la modification des écosystèmes océaniques et terrestres mettraient en cause la sécurité alimentaire mondiale et provoqueraient, par conséquent, des déplacements de populations à grande échelle vers des zones moins touchées. Une course de vitesse est donc engagée tant chaque jour et chaque dixième de degré compte pour sauver l’humanité. Songeons qu’un enfant qui naît aujourd’hui peut connaître cette catastrophe. C’est dire nos responsabilités ! Et ce ne sont pas les rodomontades culpabilisantes envers les citoyens-consommateurs par un écologisme politicien qui peuvent nous sortir d’affaire.

Trois milliards d’êtres humains manquent de l’essentiel, alors que les 10 % les plus riches de la population émettent plus de la moitié du gaz carbonique. Le système capitaliste et sa soif jamais étanchée de profit sont bien en cause. Ce sont à la fois le modèle productif de l’agrobusiness, favorisé par exemple par la politique agricole commune, les banques et assurances, avec la liberté totale de circulation des capitaux spéculatifs, les privatisations des ressources énergétiques et des transports mais aussi la conception des villes et des logements comme les systèmes de distribution et de consommation qu’il s’agira radicalement de dépasser. Certes, à chaque grande réunion internationale, les chefs d’État et de gouvernement rivalisent d’engagements aussi dérisoires qu’hypocrites devant micros et caméras sur l’inversion des tendances actuelles. Rentrés en leurs palais, ils défendent les intérêts de classes et poursuivent la guerre intracapitaliste au service de leurs multinationales, dont celles qui ont paraît-il la « bonté » d’investir dans leur pays en bénéficiant de ponts d’or. C’est ce qu’il s’est passé il y a quelques semaines au grand « raout » du château de Versailles avec le président Macron à genoux devant les milieux d’affaires nord-américains. Sachant que la durée de rotation du capital investi est dix fois plus importante que celle d’un mandat présidentiel, on mesure l’urgence à porter des actions et un débat populaire sur les réorientations des productions afin de les mettre au service des besoins humains, démocratiquement décidés. La vie humaine et celle des écosystèmes sont antagonistes avec l’accumulation capitaliste et la « concurrence libre », prétendument non faussée, qui génèrent à la fois inégalités sociales et destructions environnementales. C’est au contraire un monde de coopération, de partage des avoirs, des savoirs, des pouvoirs qui est à l’ordre du jour. L’appropriation sociale, citoyenne et démocratique de larges secteurs de l’économie, le postcapitalisme deviennent l’intérêt supérieur de l’humanité. L’émancipation humaine et le respect des écosystèmes doivent prendre le pas sur toute autre considération.

*GIEC : Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat.

 

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 06:08

 

À deux mois de la COP 26, qui se tiendra à Glasgow, calculer rigoureusement le bilan carbone de la conversion de l’Europe à la voiture électrique impliquerait de prendre en compte celui de la construction des véhicules. Il a été totalement occulté par la Commission européenne dans sa proposition faite aux États membre de l’Union européenne d’interdire la vente de véhicules à moteur thermique à partir de 2035.

 

Depuis Bruxelles le 14 juillet, Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, demandait aux pays membres de l’UE d’interdire la vente des voitures neuves à moteur thermique dès 2035 au lieu de 2040. Cela afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Elle annonçait aussi une taxe carbone sur les carburants fossiles, histoire de ponctionner les ménages pour les pousser à acheter une voiture électrique. Voilà qui réduira encore le revenu disponible des salariés les plus modestes qui n’ont souvent pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture pour se rendre au travail.

Tel que présenté par la Commission, l’objectif de neutralité carbone en Europe est inatteignable du fait, notamment de la place prise par la route au détriment du rail que cette même Commission ne remet pas en cause. Dans le monde, la sidérurgie est responsable de 7,6 % des émissions de CO2. Or la pollution de cette industrie est précédée par celle de l’amont dans l’extraction des matières premières. Il faudra millions de tonnes de différents métaux pour produire les véhicules électriques équipés de grosses batteries. Une fois fabriquées, il faudra alimenter les véhicules en électricité dont une partie proviendra de la combustion du charbon et du gaz. Une autre partie proviendra de productions agricoles dédiées qui entreront en concurrence avec la production alimentaire, comme cela se pratique déjà.

Et le charbon allemand alimente l’Alsace en électricité

En France, le gouvernement garde l’objectif de réduire la production électrique de nos centrales nucléaires à 50 % de notre mix énergétique en 2035, contre 70 % aujourd’hui. Cela se traduira par un recours accru aux énergies fossiles, ou d’origine agricole, chaque fois que les éoliennes et les panneaux photovoltaïques verront leur production chuter faute de vent et de soleil. Avant la fermeture des deux tranches de la centrale nucléaire de Fessenheim, cette dernière vendait de l’électricité en Allemagne quand les éoliennes et les panneaux solaires d’outre Rhin manquaient de vent et de soleil. Depuis leur fermeture, les entreprises et les ménages de l’est de la France consomment de l’électricité provenant des centrales à charbon allemandes quand la production de l’éolien et du solaire baisse de ce côté-ci du Rhin. Ce n’est donc pas en réduisant la place du nucléaire que l’on réduira le bilan carbone de notre production électrique alors que la consommation d’électricité devra augmenter pour alimenter les véhicules électriques en nombre croissant tandis que la consommation du numérique continuera de croître également.

Une voiture électrique doit parcourir 40.000 kilomètres avant de moins polluer qu’une voiture à moteur thermique durant son cycle de vie. La France compte aujourd’hui quelque 40 millions de véhicules dont 32 millions de voitures particulières. Les remplacer par autant d’autres équipées d’un moteur électrique se traduira par une forte croissance des émissions annuelles de CO2 bien après 2035. Si, comme actuellement, 4 millions de véhicules à moteur thermique retirés du marché en Europe continuent d’être vendus en Afrique chaque année, ce commerce alimentera aussi le réchauffement de la planète.

Quel sera le prix de la voiture électrique dans 20 ans ?

Selon les cimentiers français, « une tonne de ciment produite chez nous ne devrait plus générer que 503 kilos de CO2 en 2030 contre 660 kilos en 2015 ». Mais on coulera toujours plus de ciment pour bâtir les nouvelles usines. On augmentera aussi l’utilisation du béton, du cuivre et des métaux issus des « terres rares » pour construire puis sceller les éoliennes qui alimenteront en partie le parc de véhicules électriques avant comme après 2035. Il reste enfin à voir où, et à quel prix, on trouvera le fer, le cuivre, l‘étain et tous les autres matériaux pour électrifier un parc mondial d’environ 1,2 milliard de véhicules dans le but proclamé d’atteindre la neutralité carbone en 2050 ! Dans 20 ans, la voiture électrique sera peut-être hors de prix, suite au manque de matières premières résultant de cette conversion accélérée, laquelle sera aussi destructrice d’emplois en France via les délocalisations dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

Mais alors comment se fait-il que ces questions liées à la croissance exponentielle de l’utilisation du fer, du cuivre et de quantité d’autres métaux provenant des « terres rares » ne soient pas évoquées par la Commission, comme par nos principaux médias, dans le cadre de cette conversion à la voiture électrique ? Ce silence est surprenant alors que de nombreuses « start-up » tentent de se positionner dans la production des voitures électriques et que les grandes firmes se lancent aussi sur ce marché.

Vers des faillites et des suppressions d’emplois

Dans un dossier de deux pages consacré à ce sujet le 17 août dernier, le quotidien « Les Échos » évoquait « la voie des SPAC (spécial purpose acquisition company) » empruntée par ces « start-up » « pour lever des fonds » afin de produire des voitures électriques. Ce journal précisait qu’en « fusionnant avec des coquilles vides déjà cotées en Bourse, elles ont réussi à trouver les milliards de dollars nécessaires pour se lancer. Aucune de ces sociétés n’a toutefois encore livré le moindre véhicule (…) il faudra encore plusieurs années pour distinguer les gagnant des perdants (…) d’autant que les constructeurs traditionnels se sont réveillés ces derniers mois, suscitant à nouveau l’intérêt des marchés avec leurs ambitions dans la voiture électrique », lisait-on dans ce journal.

En France, au nom de la conversion rapide à la voiture électrique, ces grands groupes réduisent déjà les commandes de pièces chez leurs sous-traitants dans plusieurs régions du pays et les poussent au dépôt de bilan. Ce mouvement risque de s’accélérer dans les prochaines années. Guidée par la seule course aux profits, cette conversion accélérée à la voiture électrique se traduira par un bilan social et environnemental désastreux au bout du compte. Surtout qu’il n’est jamais question de réduire la circulation sur route au profit du rail en France, en Europe et dans le monde.

Se pose enfin la question du niveau de compétence de la Commission européenne pour bâtir un projet économique cohérent, qu’il s’agisse de la voiture électrique ou d’un sujet comme la réforme de la Politique agricole commune. Elle est composée d’un commissaire nommé par pays membre soit un total de 27. Mais, depuis des décennies, ce sont des milliers de lobbyistes présents à Bruxelles, payés par des multinationales et, de ce fait, potentiellement corrupteurs, qui fournissent à la Commission des projets en phase avec les intérêts privés que ces mêmes lobbyistes sont chargés de défendre.

La connivence est telle que certains commissaires deviennent eux-mêmes des lobbyistes à l’issue de leur passage à la Commission. Ce fut notamment le cas de José Manuel Barroso, ancien Premier ministre du Portugal, puis président de la Commission européenne entre 2004 et 2014 !

 

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 06:01

À deux mois de la COP 26 qui se déroulera à Glasgow du 1 er au 12 novembre, l’évolution du climat fait reculer la souveraineté et la sécurité alimentaire des Français. Président national des Chambres d’agriculture, Sébastien Windsor y a consacré hier sa conférence de presse de rentrée.

Par Gérard Le Puill

Céréalier dans le département de Seine-Maritime, Sébastien Windsor fait partie de ceux qui, dans les parties ouest et nord du pays, n’ont pas encore terminé les moissons en cet été 2021. Avec la multiplication des jours de pluie depuis le mois de juillet, on a souvent moissonné entre deux averses. Cela a provoqué de multiples retards, dont certains provenaient de l’embourbement des moissonneuses-batteuses quand elles entraient des champs au sol détrempé.

Du coup, la qualité moyenne des grains est nettement moins bonne que les années précédentes, ce qui provoque des déclassements et des baisses de prix de 30€ par tonne voire plus, notamment pour cause de poids spécifique trop faible. Certes, du fait d’un risque de pénurie mondiale, le prix du blé, du maïs, de l’orge et de graines oléagineuses et protéagineuses comme le colza et le soja sont nettement plus élevés ces dernières semaines que les années précédentes. Rendue au port de Rouen, la tonne de blé tendre de bonne qualité tutoie désormais les 250€ et le maïs est à 290€, bien que destiné à la nourriture du bétail pour l’essentiel. Mais entre 2017 et 2020, le prix du blé fut souvent intérieur à 180€ la tonne, voire entre 160 et 150€ entre juillet 2017 et juin 2018. À ce prix, les coûts de production ne sont pas couverts, sans même parler de la rémunération des producteurs.

Possible hausse du prix de la baguette

Ce rappel est nécessaire pour comprendre que la situation des producteurs est plus compliquée que ne le laissent supposer les sujets traités hier par plusieurs journaux télévisés sur une possible hausse du prix de la baguette de pain dans les prochaines semaines. Sur le marché mondialisé des céréales, il suffit que l’offre globale des pays exportateurs dépasse de quelques points la demande des pays importateurs pour que les prix restent durablement orientés à la baisse. Inversement, dès qu’un risque de pénurie apparaît, les prix se mettent à flamber en raison des prises de position spéculatives dans les salles de marché en vue de ventes physiques ultérieures.

Cela pourrait s’intensifier encore cet automne suite à la diminution des récoltes dans de grands pays exportateurs comme le Canada, les États Unis, la Russie, la France et quelques autres. En attendant, comme ils achètent des aliments du bétail à base de céréales de tourteaux de soja et de colza, il est probable que nos producteurs de lait, d’œufs, de viandes de porcs et de volailles seront les premières victimes de cette spéculation mondiale sur les céréales. Car en dépit du vote de la loi EGAlim en 2018, la hausse des coûts de production que subissent les paysans n’est toujours pas intégrée dans les prix de vente de leurs produits, contrairement à la promesse faite par président Macron à Rungis le 11 octobre 2017.

Gelées, mildiou et grêle sur les vignobles

Il est déjà acquis que 2021 sera, de bout en bout, une année compliquée pour l’immense majorité des paysans. Hier, le président des Chambres d’agriculture a tenu à montrer à quel point les multiples conséquences du changement climatique compliquaient la vie dans les exploitations agricoles cette année. Il y eut d’abord les gelées du mois d’avril, qui, dans certaines régions, ont détruit 80 % de la production de cerises, entre 50 et 60 % de la production d’abricot et de poires et plus de 20 % des pommes dès la floraison.

Alors que la date des vendanges approche dans plusieurs régions, le ministère de l’Agriculture prévoit déjà que la récolte de 2021 sera inférieure de 24 à 30 % à celle de l’an dernier. Dans les vignes aussi, les gelées du printemps ont sensiblement réduit le nombre de grappes par cep et certaines régions comme la Champagne, l’Alsace, le Jura et la Bourgogne ont subi la double peine quand les dégâts causés par le mildiou sont encore venus amoindrir les perspectives de rendements. Dans le Var et le Vaucluse, quelque 1.200 hectares de vignobles ont été partiellement impactés par les incendies de la semaine dernière tandis que les orages de grêle d’hier dans la même région sont venus aggraver la situation.

Les effets pervers des accords de libre-échange

Pour toutes ces raisons et du fait que les Chambres d’agriculture sont aussi des organismes de conseil, la conférence de presse d’hier était surtout centrée sur la nécessité de protéger les paysans face à la multiplication des aléas climatiques. Cette année 2021 montre aussi que peu de paysans sont - du fait des faibles prix auxquels ils vendent leurs produits en capacité de financer une assurance permettant de compenser partiellement les pertes de récoltes imputables à des phénomènes climatiques comme les gelées tardives, les orages de grêle, les inondations, les sécheresses.

Le président des chambres a plaidé hier pour des aides plus conséquences du gouvernement. Il souhaite aussi des résultats concrets à l’issue du « Grenelle de l’eau » mis en place cette année par le ministre de l’Agriculture. Il a enfin évoqué la nécessité d’une diversification croissante des assolements qui se traduira par davantage de productions de protéines végétales en France et en Europe afin de moins dépendre du soja produit en Amérique du nord comme du sud.

Hélas, rien n’indique que le texte de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) qui sera appliquée entre 2023 et 2027 favorisera une telle orientation. Elle sera difficile à mettre en œuvre avec autant de déclinaisons nationales possibles dans les 27 pays membres de l’Union européenne. Surtout que ces pays membres continuent de mandater la Commission pour négocier des accords de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle Zélande après ceux qu’elle a signés avec le Canada et les pays du Mercosur sur fond de dumping social, fiscal et environnemental.

Mais cette question n’a guère été évoquée lors de la conférence de presse de rentrée du président de Chambres d’agriculture qui se voulait consensuelle et ouverte au dialogue.

 

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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:47

 

Les chauves-souris sont-elles des oiseaux ou des rongeurs ? Le bestiaire occidental a mis longtemps à les classer. Au Moyen Âge, on les appelait les « rats oiseaux ». Aux Philippines, on les nomme les « renards volants ». L’étymologie même de leur nom scientifique, « chiroptères », brouille les catégories. En grec, « kheir » signifie main et « pteron », aile.

Icon Quote C’est une espèce à la frontière des classifications. En anthropologie, ce qui est “entre” est perçu comme sale et impur. FRÉDÉRIC KECK, ANTHROPOLOGUE

Les chauves-souris ont donc des mains qui volent, mais aussi des oreilles qui « voient » – elles se repèrent aux sons – et un corps qui dort la tête en bas, « comme lançant un défi à l’humanité, une forme d’inversion des sociétés humaines », explique l’anthropologue Frédéric Keck. Pour ajouter à leur étrangeté, ces mammifères volants vivent la nuit et ont une longévité de plus de trente ans… « C’est une espèce à la frontière des classifications. En anthropologie, ce qui est “entre” est perçu comme sale et impur », éclaire le chercheur. Bien avant qu’on ne la désigne comme un réservoir à virus, la chauve-souris avait déjà mauvaise presse.

La religion chrétienne les a diabolisées

Frédéric Keck a rencontré la bestiole en suivant ceux qui traquaient les virus des oiseaux sauvages. C’était à Hong Kong, en 2007. « Avec l’émergence du Sras, en 2003 en Chine, les virologues ont commencé à s’y intéresser. La possibilité de cartographier leurs flux mondiaux s’est alors ouverte. » Quinze ans plus tard, le directeur de recherche au CNRS est toujours autant fasciné par les 1 411 espèces recensées, soit un cinquième de tous les mammifères. Dans un livre paru en mai (1), avec une vingtaine de chercheurs, il défend les rhinolophes, pipistrelles et autres roussettes « contre les accusations qui leur sont faites ».

1 411 espèces recensées, soit un cinquième de tous les mammifères

Au rayon des frayeurs, les virus, bien sûr. Certains se plaisent à souligner que l’anagramme de chauve-souris est… « souches à virus ». En tout cas, « elles font partie de ces espèces sentinelles, celles sur lequelles les menaces sont plus concentrées et qui permettent d’anticiper de nouvelles maladies », pointe-t-il. Cent cinquante virus y ont déjà été identifiés : la rage, Hendra, Marburg, le Sras et le Sars-CoV-2, dont on ignore toujours l’hôte intermédiaire. « Il y a parfois de fausses alertes. Pour Ebola, elles ont été accusées à tort. À nombre d’espèces égales, il n’y a pas plus de virus chez l’ordre des chiroptères que chez les rongeurs », révèle le chercheur.

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Si la chauve-souris a toujours eu des échos dans les récits humains, « la pandémie a obligé chaque société à s’interroger sur ses relations avec elle », souligne l’anthropologue. En Amérique du Sud et en Asie, on vit avec. Pourtant, au Pérou, pendant la crise, des villages ont voulu brûler des colonies. En Europe, on en vit loin. La religion chrétienne les a diabolisées, affublant le diable et ses démons d’ailes de chauves-souris. Pour les Lobi du Burkina Faso, la bête s’est brouillée avec le dieu du Ciel « et, pour se venger, elle met sa tête en bas et lui montre son postérieur », raconte le chercheur.

De formidables pollinisatrices

Parmi les images qui collent au poil des chauves-souris, il y a celle de « buveuses de sang ». Le mythe culmine avec le roman Dracula, à la fin du XIXe siècle… « Mais seules trois espèces sont entomophages (se nourrissent de sang) », rectifient les chercheurs dans l’ouvrage. Comme elles vivent toutes en Amérique du Sud, la dernière, découverte en 1988 au Venezuela, a été baptisée… Draculae. Les autres, de quelques centimètres jusqu’à 1,50 mètre pour les plus grandes, mangent à peu près de tout : du nectar, des fruits, des insectes. « On connaît peu ces animaux sauvages, on les voit comme des masses migrantes et proliférantes. Mais, est-ce qu’en produisant de la connaissance sur elles, on parviendra à changer le regard ? » interroge l’anthropologue. À montrer aussi leur rôle dans les écosystèmes : au même titre que les abeilles, elles sont de formidables pollinisatrices.

Icon QuoteUn miroir tendu à notre humanité, plutôt qu’un repoussoir : elles vivent en colonies entre différentes espèces, elles arrivent à coexister.FRÉDÉRIC KECK, ANTHROPOLOGUE

Le chercheur préfère les voir comme « un miroir tendu à notre humanité, plutôt qu’un repoussoir : elles vivent en colonies entre différentes espèces, elles arrivent à coexister ». Elles ont aussi colonisé toute la planète, bien avant l’Homme. « C’est un modèle au sens où elles ont su s’adapter à toutes sortes d’environnements quand leurs habitats ont été détruits. » Les chauves-souris et leur vol trouble sont finalement moins menaçants que menacés : par les pesticides, la déforestation, les pollutions lumineuses. Et, désormais, un champignon venu d’Europe. « Il cause le syndrome du nez blanc, qui les empêche d’hiberner, elles finissent par mourir d’épuisement », poursuit le chercheur. « Ce sont nous, les Hommes, qui perturbons leur sommeil et rompons le contrat domestique qui nous lie à elles. »

(1) Les Chauves-Souris. Aux frontières entre les espèces, CNRS Éditions.

 

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20 août 2021 5 20 /08 /août /2021 05:45

 

Dans le Silomag #12, nous posions l’urgence de la révolution écologique, d’un saut de civilisation, pour que notre espèce puisse continuer de se développer dans des conditions propices à la vie et à son épanouissement. La juxtaposition de simples « bonnes pratiques » ou de solutions parcellaires n’est pas à la hauteur des défis et l’individualisation des approches une impasse. Le combat pour l’écologie revêt une dimension systémique permettant d’intégrer la complexité et les interactions. Il implique d’identifier les bouleversements conceptuels et pratiques que l’humanité doit opérer. Si tous les aspects de nos modes de vie sont concernés, la transformation de nos modes de production et de leurs financements est un impératif majeur. Économie régénératrice et symbiotique, nouveau paradigme industriel, agroécologie et monnaie écologique sont autant de pistes pour aller vers une civilisation écologique. Débats avec quatre auteurs de ce dossier pour dénouer les possibles.

Avec :

- Marc Dufumier, agronome, interviewé par Olivier Le Naire dans L’agroécologie peut nous sauver ? (Acte Sud, 2019).

- Marie-Claire Cailletaud, ingénieure, présidente du groupe CGT au Conseil économique, social et environnemental (CESE), rapporteure d’Industrie : un moteur de croissance et d’avenir (avis et rapport du CESE, 2018).

- Nicolas Dufrêne, directeur de l’Institut Rousseau, co-auteur avec Alain Grandjean d’Une monnaie écologique (ed. Odile Jacob, 2020).

- Isabelle Delannoy, ingénieure agronome, conseillère, autrice de L’économie symbiotique, Régénérer la planète l’économie et la société (Ed. Actes Sud 2017).

Animé par Alain Pagano, maître de conférences en écologie à l’université d’Angers, membre du Conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri, auteur avec Jacques Baudrier de « Un programme unitaire pour le climat (Éditions du croquant, 2020) », et Lou Plaza, journaliste au web média Le Vent Se Lève.

1ère partie 00:05:00 - 00:49:46 : Quels bouleversements conceptuels, quels changements de paradigme et systémiques opérer pour construire une civilisation écologique ?

2ème partie 00:51:00 - 01:24:20 : Quelles actions concrètes pour mettre en œuvre les solutions et transformations nécessaires ? Quels processus engager, quels acteurs mobiliser et quels freins lever ?

3ème partie 01:24:20 - Fin : Questions du public. Organisé avec le bureau de Bruxelles de la Fondation Rosa Luxemburg, en partenariat avec Le Vent se Lève.

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