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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 05:30
Etats-Unis: La Cour suprême déclare la guerre aux femmes (L'Humanité, 26 juin 2022)
La Cour suprême déclare la guerre aux femmes

États-Unis En ne plaçant plus le droit à l’avortement sous la protection de la Constitution, la plus haute instance judiciaire du pays va à l’encontre de la majorité et ouvre une période lourde de dangers pour d’autres droits fondamentaux.

Publié le
Lundi 27 Juin 2022

Les « guerres culturelles » – et la première d’entre elles, la guerre aux femmes – déclenchées par le mouvement conservateur il y a plusieurs décennies sont entrées dans une nouvelle phase vendredi 24 juin avec la décision de la Cour suprême d’abroger l’arrêt Roe vs Wade qui protégeait constitutionnellement le droit à l’avortement. Elles ne s’incarnent plus seulement dans des propos d’estrade et quelques tentatives législatives. Elles sont devenues une réalité matérielle pour des millions de femmes. Elles feront des victimes : aucune loi ne pourra empêcher des avortements ; les magistrats les rendent simplement plus dangereux, voire mortels. Et, évidemment, ces guerres ne s’arrêteront pas là.

La victoire du bloc évangélique va s’avérer funeste pour des milliers d’américaines

Avec l’arrêt Dobbs vs Jackson Women’s Health Organization et l’avis majoritaire de six des neuf juges de la Cour suprême, le « bloc évangélique » (la formule est de John Mason, professeur de sciences politiques à l’université William-Paterson) a remporté une victoire que l’on ne saurait décrire comme éclatante tant elle va s’avérer funeste pour des centaines de milliers de femmes. Cette décision constitue le point d’orgue de quarante années de stratégie qui ont vu la droite chrétienne devenir centrale au sein du Parti républicain, alors qu’elle n’occupait qu’une place marginale jusque dans les années 1980. Se sachant minoritaire dans le pays (les sondages ne varient pas : une majorité d’Américains se disent favorables à la protection du droit à l’interruption volontaire de grossesse IVG), elle a tout misé sur sa dernière carte en main : la Cour suprême, l’instance judiciaire qui, dans le monde, dispose des pouvoirs les plus étendus. Pour ce faire, elle devait y faire nommer des juges ultraconservateurs et connus pour leurs positions « pro-life » (la victoire des conservateurs est aussi sémantique, qui ont su imposer la thématique de la « vie » face au « pro-choice »). Ce fut la mission de Donald Trump, improbable berger de ce troupeau théocratique, adoubé par 77 % des électeurs évangéliques blancs en 2016 et 84 % en 2020. Le président nationaliste a pu nommer trois nouveaux juges (Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett), opérant une bascule définitive au sein de la Cour suprême.

Deuxième volet de cette stratégie : faire voter dans les États fédérés des lois anti-avortement, anticonstitutionnelles du fait de Roe vs Wade. Les républicains savaient pertinemment qu’elles seraient contestées par les organisations type Planning familial devant les tribunaux, qui donneraient forcément raison à celles-ci. Il fallait se montrer suffisamment patient pour qu’elles remontent jusqu’au plus haut de la hiérarchie judiciaire : la Cour ­suprême. Lorsque les juges ont décidé de se saisir – ils ont le choix des cas sur lesquels ils donnent une opinion – à l’automne dernier d’une loi votée par le Mississippi en 2018 interdisant les avortements après quinze se maines de grossesse, l’histoire était (quasiment) écrite. Elle est tranchée dans un avis de 200 pages dont il ne faut retenir que quelques phrases. «  La Constitution ne fait aucune référence à l’avortement et aucun de ses articles ne protège implicitement ce droit » , écrit le juge Samuel Alito, qui estime que Roe vs Wade « était totalement infondé dès le début » et « doit être annulé ».

Aussitôt publié, aussitôt mis en œuvre : huit États ont fait entrer en vigueur une de ces lois anti-avortement dites « gâchettes » ou « zombies », anticonstitutionnelles dimanche grâce au bouclier de Roe vs Wade et devenues parfaitement légales en une fraction de seconde. Souvent sans aucune exception pour viol ou inceste. D’autres États vont suivre, coupant littéralement le pays en deux. Face aux manifestations ( « Mon corps, mon choix ») qui se sont déroulées dans le pays samedi, les responsables locaux démocrates ont promis, de New York à la Californie, que leurs États seraient des « sanctuaires » pour le droit à l’avortement. Ils anticipent également un afflux de patientes des États du Sud et du Midwest, privées du droit fondamental à disposer de leurs corps.

L’objectif des conservateurs est d’interdire les IVG dans tous les États

Raison supplémentaire pour laquelle le mouvement conservateur ne considère pas la guerre comme « gagnée ». Dans un entretien accordé à l’Humanité maga zine (publié dans l’édition du 7 juillet), Mary Ziegler, professeure de droit à l’université de Californie, l’une des ­meilleurs spécialistes aux États-Unis des droits reproductifs, le rappelle : «  Il convient toutefois de souligner que l’annulation de Roe n’est pas la finalité du mouvement anti-avortement. L’objectif est d’interdire tous les avortements, dans tout le pays, sauf peut-être lorsque la vie de la personne enceinte est en danger. Nous devons nous attendre à ce que les conservateurs continuent à se battre pour cet objectif à l’avenir. »

La boîte de Pandore est ouverte : contraception, mariage gay…

Mitch McConnell, leader républicain au Sénat, a déjà annoncé qu’en cas de victoire du GOP (le surnom du parti) lors des élections de mi-mandat, en novembre, il proposerait une loi fédérale d’interdiction totale. Elle ne devrait pourtant pas avoir plus de probabilités d’être votée qu’une loi fédérale autorisant l’avortement dans tout le pays, proposée par les démocrates. Les deux disposent d’une arme de blocage : le « filibuster », pratique d’obstruction parlementaire qui nécessite une super-majorité de 60 voix au Sénat pour adopter des textes autres que budgétaires. Aucun des deux grands partis n’en disposera, et certainement pas sur cette question centrale dans les identités politiques américaines.

Dans ce contexte de polarisation politique et de blocage institutionnel, c’est le judiciaire qui va encore une fois faire bouger les lignes dans ce pays de « common law », où la jurisprudence fait et défait le droit, donc la norme politique. Certaines législatures républicaines commencent à élaborer des lois visant à interdire aux habitantes d’un État de se rendre dans d’autres États dans le but d’y procéder à une IVG. Au minimum, elles seront traquées. Ces textes seront certainement retoqués par des tribunaux avant de remonter, qui sait, encore une fois jusqu’à la plus haute instance judiciaire du pays. Que dira-t-elle alors ? En attendant, c’est en son sein que réchauffe une nouvelle vipère : dans un avis complémentaire, le juge Clarence Thomas estime que la boîte de Pandore est ouverte et qu’il faut invalider les jurisprudences permettant la contraception, les relations entre personnes de même sexe et le mariage gay.

« C’est une voie extrême et dangereuse dans laquelle la Cour nous entraîne », a commenté Joe Biden, s’en prenant ouvertement au juge ultraconservateur dont le rôle de sa femme dans l’assaut contre le Capitole, le 6 janvier 2021, défraie la chronique. La tension n’a sans doute jamais été aussi forte entre une administration et une institution dont les visées clairement politiques (lors de son audition de confirmation, Brett Kavanaugh affirmait qu’il n’avait aucune raison de revenir sur une jurisprudence, en l’occurrence Roe vs Wade) lui donnent peu de crédit aux yeux de l’opinion : selon un sondage Gallup publié vendredi, 25 % des Américains déclarent avoir confiance dans la Cour suprême, 73 % sont d’un avis inverse. La Cour suprême, conçue comme un « filtre » censé tempérer les velléités tyranniques de la majorité de la population, et à cet effet composée de juges nommés à vie, compte désormais dans ces rangs quatre magistrats – tous conservateurs – nommés par des présidents élus, sans avoir remporté de suffrage populaire (trois par Donald Trump, un par W. Bush).

Le président en exercice, au plus bas dans les sondages faute de bilan flatteur, a sans doute trouvé un « carburant » pour la campagne des démocrates au Congrès. Les sortants qui disposent des trois leviers (présidence, Chambre des représentants, Sénat) ne seront peut-être pas si violemment sortis. Paradoxe ultime dans un pays improprement décrit comme la « plus ancienne démocratie du monde » : l’issue du scrutin ne changera rien à la terrible machine à remonter le temps lancée par la Cour suprême, qui prend des allures du roman de Margaret Atwood la Servante écarlate, où la guerre aux femmes et à leurs corps est menée jusqu’à leur asservissement.

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 05:00
À Melilla, la frontière vire au bain de sang - Thomas Lemahieu, L'Humanité, 27 juin 2022
À Melilla, la frontière vire au bain de sang

Union européenne Devant l’enclave espagnole en territoire marocain, des dizaines d’exilés ont péri en tentant de franchir les grillages. Le premier ministre espagnol défend son externalisation de la gestion des flux migratoires, mais de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer une politique inhumaine.

Publié le Lundi 27 Juin 2022 - L'Humanité

Un gigantesque amas de corps. Cadavres, blessés et prisonniers entremêlés. L’horreur à Nador, une petite ville du nord-est du Maroc. Un désastre d’une ampleur jamais atteinte jusque-là. Diffusées dans la nuit de vendredi à samedi par l’antenne locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), les images sont insoutenables et littéralement apocalyptiques. Les circonstances de la catastrophe font encore l’objet de controverses ; le bilan définitif n’est pas connu – outre deux policiers décédés, les autorités marocaines évoquent 23 morts parmi les migrants, alors que les ONG en dénombrent au moins 37 –, mais une chose est d’ores et déjà sûre : les frontières de l’Europe ont de nouveau tué et, cette fois, sur la terre ferme, et pas en Méditerranée.

Vendredi matin, entre 1 500 et 2 000 migrants subsahariens – Soudanais en majorité, d’après les témoins sur place –, équipés de pierres et, pour certains, de bâtons ou de couteaux, ont attaqué un poste-frontière séparant le Maroc de l’enclave espagnole de Melilla. Les policiers et militaires marocains ont riposté violemment. Plusieurs dizaines d’exilés auraient alors été écrasés dans les mouvements de foule devant une petite brèche, cisaillée dans le haut grillage. De nombreux migrants auraient été laissés sur place, à l’agonie. Ce qui, d’après les militants de l’AMDH, « a augmenté le nombre de décès ». Cité par le quotidien El Pais, un habitant de Nador, occupé à des travaux de déblaiement non loin du grillage, raconte : « Tout était ensanglanté, que du sang partout. Du sang sur la tête, des peaux déchirées, des pieds cassés, des mains brisées. Ceux qui ne sont pas morts ne tarderont pas à mourir, car ils ont été tellement battus. » Reconnaissant que la tentative de passage des migrants avait été « violente », Eduardo de Castro, le président (maire) de Melilla et plus haute autorité politique de cette ville autonome, décrit tout de même une « réponse disproportionnée » du Maroc.

Dans un premier temps, la garde civile espagnole, chargée de surveiller son côté de la frontière, a avancé qu’elle n’avait aucune information sur les événements. Mais, évidemment, l’Espagne n’a pas pu faire le dos rond très longtemps. Pedro Sanchez, son premier ministre socialiste, est monté au créneau, plutôt durement, dénonçant des « mafias spécialisées dans la traite des êtres humains » et décrivant le drame comme une « attaque contre l’intégrité territoriale de notre pays », puis comme un « assaut violent, bien organisé, mûrement réfléchi ». « Dans ce cas, je pense que tout a été bien résolu par les forces de sécurité en Espagne comme au Maroc », ose-t-il même avancer, malgré le nombre de morts.

Un phénomène instrumentalisé par Rabat

En réalité, derrière cette inhumanité crânement affichée, Sanchez joue sans doute gros. C’est notamment pour enrayer les flux migratoires vers ses deux enclaves en territoire africain, à Ceuta et Melilla – un phénomène largement instrumentalisé par Rabat pour exercer un chantage permanent sur Madrid, à la manière de Recep Tayyip Erdogan avec l’Union européenne –, que son gouvernement a fait une volte-face spectaculaire au printemps dernier, tournant le dos au soutien traditionnel à l’indépendance du Sahara occidental et rétablissant des relations diplomatiques avec le Maroc. Mais aujourd’hui, il faudrait un cynisme consommé à Pedro Sanchez pour considérer, après le drame de Nador, que cette opération d’externalisation des frontières est une réussite…

Au Maroc, quelques associations et mouvements de solidarité avec les migrants, Attac et l’ADMH notamment, exigent ensemble « l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire indépendante, du côté marocain comme espagnol, ainsi qu’au niveau international », et surtout « la fin des politiques criminelles financées par l’Union européenne et ses nombreux complices, les États, certaines organisations internationales et plusieurs organisations de la société civile qui assurent la sous-traitance de ces politiques criminelles ». Pour Mohamed Amine Abidar, le président de la section de l’AMDH à Nador, « la cause principale de cette catastrophe est la politique migratoire menée par l’Union européenne en coopération avec le Maroc ». L’Organisation démocratique du travail, qui défend les travailleurs immigrés au Maroc, exhorte également le gouvernement à Rabat « à ouvrir une enquête sur ce drame tragique et à faire le nécessaire en faveur des victimes ».

En Espagne, au sein de la coalition au pouvoir avec Pedro Sanchez, les dents grincent sérieusement. Vice-présidente du gouvernement, la communiste Yolanda Diaz, « très choquée par les images à la frontière de Melilla », adresse ses condoléances aux proches des victimes . « Il faudra clarifier ce qui s’est passé, promet-elle. Je resterai toujours partisane d’une politique d’immigration respectueuse des droits de l’homme, ajoute-t-elle . Personne ne devrait jamais mourir dans de telles circonstances. » Podemos demande une enquête « immédiate et indépendante » afin d’ « examiner les responsabilités ». « Passer outre le droit international en bradant, entre autres, les droits du peuple sahraoui et en s’en remettant à des gouvernements qui violent systématiquement les droits humains, cela a des conséquences », déplorent encore les alliés de Sanchez au gouvernement. Porte-parole de la délégation Izquierda Unida (Gauche unie, communiste) au Parlement européen, Sira Rego réclame directement une clarification à la Commission européenne sur tous les aspects de la politique d’externalisation migratoire avec le Maroc. « Quelles mesures comptez-vous prendre, interroge-t-elle en particulier, pour empêcher les épisodes fréquents de violence et les morts qui se produisent sur les frontières extérieures de l’Union européenne ? »

À l’échelle mondiale, ce nouveau drame provoque également des réactions. L’Organisation internationale pour les migrations et le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés expriment conjointement « leurs plus vives inquiétudes » et rappellent la nécessité « en toutes circonstances de donner la priorité à la sécurité des migrants et des réfugiés » et « l’importance de trouver des solutions durables pour les personnes en situation de déplacement ».

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21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 06:29
Victoire historique en Colombie ! Pour la première fois, le pays aura un président de gauche !

Victoire historique en Colombie ! Pour la première fois, le pays aura un président de gauche !

La gauche écrit l’histoire en Colombie

Présidentielle Gustavo Petro et sa colistière Francia Marquez obtiennent 50,44 % des voix face au millionnaire Rodolfo Hernandez. Un séisme politique qui dépasse largement les frontières du pays caporalisé par Washington.

Publié le Mardi 21 Juin 2022 - L'Humanité

Et soudain, l’explosion de joie. Sous la pluie, des milliers de Colombiens ont déferlé dans les rues de Bogota au son des tambours afin de célébrer la victoire historique de la gauche à la présidentielle. Une première depuis l’indépendance, un basculement pour ce pays de 50 millions d’habitants parmi les plus inégalitaires au monde. Sur la tour Colpatria, haute de 196 mètres, siège de la banque du même nom, le visage du vainqueur : Gustavo Petro. D’aucuns y verront un symbole.

Le séisme politique dépasse largement les frontières du pays, jusqu’alors caporalisé par les États-Unis et acteur des tentatives de déstabilisation des gauches du sous-continent, notamment de son plus proche voisin, le Venezuela. L’ex-guérillero et sénateur, qui représente la coalition du Pacte historique, devance de peu (50,44 %) le millionnaire outrancier, officiellement sans parti, mais main dans la main avec l’extrême droite, Rodolfo Hernandez (47,31 %), les 2,3 % restants étant des bulletins blancs. Le magnat de l’immobilier, qui a mené l’essentiel de sa campagne sur les thèmes du « dégagisme » à partir du réseau social favori des jeunes, TikTok, a immédiatement reconnu sa défaite sur Facebook. Le score – serré – laisse néanmoins entrevoir une société fortement bipolarisée, prétexte à une opposition parlementaire systématique.

une campagne électorale sous vives tensions

Le président sortant, Iván Duque (Centre démocratique), qui a plongé la droite dans une déroute sans précédent, la privant de second tour, a lui aussi joué la carte de la démocratie, en appelant Gustavo Petro pour le féliciter : « Nous sommes convenus de nous rencontrer dans les prochains jours pour entamer une transition harmonieuse, institutionnelle et transparente. » Sa déclaration, toutefois, ne lève pas totalement l’hypothèse de la violence armée et d’une agitation provoquée dans la rue par les pans les plus extrémistes. Pour mémoire, la campagne électorale s’est déroulée sous vives tensions : Gustavo Petro et sa colistière afro-colombienne, Francia Márquez (lire son portrait ci-contre), ont fait face à des menaces de mort des groupes paramilitaires, les empêchant de mener campagne dans certaines régions ou les obligeant à prendre la parole derrière des boucliers balistiques.

La participation qui s’établit à 58 % est, quant à elle, la plus haute enregistrée depuis le début du millénaire. « Le gouvernement qui entrera en fonction le 7 août sera celui de la vie, de la paix, de la justice sociale et de la justice environnementale ! » a lancé Gustavo Petro à la foule de ses partisans. Candidat pour la troisième fois, le sénateur est loin d’être un novice. Il a patiemment construit son image de premier opposant aux présidents de droite successifs, théorisant la « parapolitique », c’est-à-dire les relations entre les conservateurs et les milices chargées de liquider adversaires politiques et syndicaux.

Porté par le mouvement social de 2021, Gustavo Petro a pour lui la construction d’une dynamique sociale et l’agrégation d’un pan de la jeunesse qui, pour l’heure, tournait le dos aux urnes. Ils étaient nombreux à se joindre à la liesse, dimanche soir, dans les rues de la capitale. L’écologiste Francia Marquez n’y est pas étrangère. Dans un pays où le racisme est exacerbé, où la transition née des accords de paix de 2016 avec les Farc a été torpillée par le pouvoir, la candidate à la vice-présidence est parvenue à lier ces questions à celles de justice sociale, climatique et d’égalité de genre. « Nous avons franchi un pas important. Nous avons un gouvernement du peuple, un gouvernement des gens qui vont à pied, un gouvernement pour ceux qui ne sont rien. (…) Ensemble, nous allons réconcilier cette nation, dans la joie et la paix. Je suis la première femme afro-descendante vice-présidente de Colombie », a-t-elle insisté, dimanche soir. Ils pourront compter sur le deuxième groupe politique à la Chambre des représentants et une position dominante au Sénat, à égalité de sièges toutefois avec le parti conservateur.

Une victoire qui intéresse toute l’amérique latine

L’ensemble du spectre de la gauche latino-américaine a mesuré le bouleversement que constituait la victoire du Pacte historique pour le sous-continent. Ainsi en va-t-il du président vénézuélien Nicolas Maduro : « Des temps nouveaux se profilent à l’horizon pour ce pays frère », a-t-il apprécié. Si le président péruvien Pedro Castillo a assuré le « soutien » de son pays à son « frère Gustavo », le président chilien Gabriel Boric a, quant à lui, mis l’accent sur les possibilités offertes en termes d’intégration régionale : « Je suis heureux pour l’Amérique latine ! Nous travaillerons ensemble pour l’unité de notre continent face aux défis d’un monde qui change rapidement. En avant ! » Même tonalité du côté de l’Argentine, où le président Alberto Fernández, qui, dans le sillage de la guerre russo-ukrainienne, a effectué dans l’urgence une tournée européenne, a insisté sur les « temps qui exigent la solidarité maximale entre les peuples frères » alors que, d’avril 2021 à avril 2022, l’inflation a dépassé 58 % dans le pays. Tous ont désormais les yeux tournés vers le Brésil, qui pourrait, à la faveur de la présidentielle de cet automne, lui aussi consacrer le retour de la gauche. 

Francia Marquez, le visage du progrès social

Figure de la lutte antiraciste, l’écologiste et féministe a accédé à la vice-présidence. Francia Marquez est la première femme afro-colombienne à parvenir à ce poste.

Publié le Mardi 21 Juin 2022 - L'Humanité

Devant la foule venue célébrer la victoire de la gauche, dimanche à Bogota, Francia Marquez arborait son habituel sourire. Son énergie débordante ne l’a jamais quittée au fil d’une campagne pourtant jonchée de menaces de mort. Il faut dire qu’elle y est habituée. Ses engagements pour les droits des femmes, des Afros-Colombiens et son activisme environnemental ont toujours été accompagnés de violentes oppositions.

militante dès ses 13 ans

Francia Marquez, 40 ans, est originaire de la région de Cauca, dans le sud-ouest du pays. Un territoire où vivent près de 250 000 descendants d’esclaves venus d’Afrique qui ont été forcés à travailler dans les mines et les haciendas. La population actuelle voit ses richesses pillées par des multinationales et subit de plein fouet le racisme systémique. Dès l’âge de 13 ans, Francia Marquez porte la voix de sa communauté pour s’opposer à un projet de barrage. Un militantisme qui s’accompagne rapidement de responsabilités familiales. À 16 ans, elle accouche de son premier enfant et l’élève seule. Pour subvenir à ses besoins, elle travaille tour à tour dans une mine d’or, puis en tant que femme de ménage. Ce qui ne l’empêche pas, en parallèle, de contribuer à repousser les incursions de multinationales minières dans sa région d’origine. En outre, Francia Marquez défend les femmes noires victimes de racisme et de violences sexuelles. « Il faut tout un processus pour s’accepter, c’est difficile avec tous ces clichés sur les femmes afros : qu’elles sont des prostituées, obsédées par le sexe… » confiait-elle à Jeune Afrique, en 2018.

« Je vis dans la peur »

Son combat pour l’écologie lui a valu d’obtenir, en 2018, le prix Goldman pour l’environnement. Cette distinction récompense la marche de plus de 560 kilomètres qu’elle a lancée en 2014 et qui a abouti au retrait des mineurs illégaux dans la région de Cauca. À l’époque, Francia Marquez était harcelée, méprisée et menacée. Pour des raisons de sécurité, elle a même été obligée de déménager. Mais son engagement n’a pas faibli. Et les violences non plus. Le 4 mai 2019, la militante réchappe à une attaque armée alors qu’elle préparait une réunion avec d’autres activistes. « Je vis dans la peur constamment, je me retourne toujours dans la rue pour voir si on me suit », déclarait-elle, déjà, en 2018.

Le 15 août 2020, l’afro-descendante se consacre entièrement à la vie politique. « Je veux être candidate de ce pays », écrivait-elle dans un tweet. Deux années suffiront pour qu’elle obtienne la troisième place à la primaire présidentielle du Pacte historique et qu’elle soit désignée comme colistière par Gustavo Petro. Pendant la campagne, Francia Marquez navigue entre les injures racistes, affronte de nouvelles menaces de mort, mais continue de défendre les plus précaires. Jusqu’à la victoire. Francia Marquez s’apprête à diriger un nouveau ministère de l’Égalité en charge des droits des femmes, des jeunes et des minorités ethniques ou sexuelles. La voix de ceux que l’on n’entendait pas résonne désormais dans tout le pays. 

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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 07:45
Salah Hamouri : De qui se moque la porte parole du Quai d'Orsay ? (PCF)
Salah Hamouri : De qui se moque la porte parole du Quai d'Orsay ?

L'avocat franco-palestinien Salah Hamouri vient de voir, une nouvelle fois, sa détention administrative prolongée de trois mois. Interrogée par le journaliste de l'Humanité, Pierre Barbancey, la porte-parole du Quai d'Orsay, Anne-Claire Legendre, s'est contentée d'évoquer les « démarches » et les « demandes d'explication » de la France au gouvernement israélien afin de masquer l'inaction, le mutisme et le désintérêt sur le sort de ce défenseur des droits humains.

Cette situation doit cesser. Le gouvernement israélien prend impunément des décisions arbitraires dans le cadre d'une procédure qui viole les droits humains fondamentaux, les droits de la défense et le droit international, bafouant toutes les résolutions des Nations unies à propos de la situation du peuple palestinien. 

Alors qu'aucune charge n'est retenue contre lui, qu'il n'a pas accès à son dossier et qu'il n'a jamais été présenté devant un tribunal, Salah Hamouri, défenseur des droits des prisonniers politiques palestiniens, est maintenu en prison par décision d'une autorité militaire. Cette ordonnance illégale ne vise qu'à prolonger indéfiniment son incarcération, à révoquer sa résidence à Jérusalem et à l'expulser définitivement d'Israël. 

Le Parti communiste français (PCF) appelle à la libération immédiate de Salah Hamouri et de tous les prisonniers politiques qui croupissent injustement dans les geôles israéliennes. Le gouvernement français doit cesser de cautionner par son inaction et son silence la politique de Naftali Bennett.

La ministre des Affaires étrangères et le président de la République se doivent maintenant d'agir pour que notre compatriote retrouve la liberté sans délai.

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 06:03

 

Trois mois de détention administrative supplémentaires à l’encontre de Salah Hamouri : le scandale continue !

 

 

Alors que celle-ci devait s’achever normalement ce lundi 6 juin, Salah Hamouri vient de voir sa détention administrative prolongée de 3 mois sur ordre d’un juge militaire israélien. Le régime d’apartheid israélien poursuit son acharnement. Une fois encore la colère le dispute à l’amertume.

Colère face à l’injustice de voir ce militant, avocat des droits humains, maintenu en cellule sans qu’aucune charge, aucun motif ne soit retenu contre lui si ce n’est le contenu d’un supposé dossier tenu secret par les autorités israéliennes. Colère contre cet arbitraire insupportable d’un régime qui veut briser ceux qui osent le contester et se dresser contre lui.

Une colère qui le dispute à l’amertume, car nous constatons une fois de plus que les autorités françaises n’ont pas su, ou pas voulu, imposer à Israël leur volonté de voir libérer un compatriote des geôles de ce pays. Depuis des années, l’inaction de la France est patente et, en dehors de quelques déclarations de principe, elle n’a rien obtenu ni pour la libération de Salah Hamouri, ni pour le rétablissement de son droit de résider et de vivre en famille, chez lui à Jérusalem-Est.

L’acharnement israélien contre Salah dure depuis plus de 20 ans. Malgré cela, en revendiquant le droit de vivre en famille, de travailler et de militer à Jérusalem, et en s’opposant à la politique de nettoyage ethnique de l’occupation qui prétend le chasser de son pays, il se bat pour ses droits autant que pour les droits de tous les Palestiniens. Notre solidarité avec Salah Hamouri dans ce combat lui est totalement acquise.

L’AFPS, avec toutes celles et ceux qui se mobilisent pour obtenir sa libération s’engage évidemment à poursuivre et amplifier l’action contre l’injustice dont il est encore une fois victime. L’AFPS prendra notamment toute sa place auprès de son comité de soutien et de sa famille, pour relancer la mobilisation auprès du gouvernement français et du président de la République. Il est grand temps d’obtenir de la France qu’elle pose des actes forts face au gouvernement israélien en faveur de Salah Hamouri, comme cela a pu être fait ailleurs pour d’autres ressortissants français dans le passé.

Le Bureau national de l’AFPS, 6 juin 202

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 08:24
Salah Hamouri : les autorités israéliennes prolongent sa détention administrative (Pierre Barbancey, L'Humanité, 5 juin 2022)
Salah Hamouri : les autorités israéliennes prolongent sa détention administrative

Arrêté le 7 mars et emprisonné pour trois mois, il devait sortir ce 6 juin. Les Israéliens refusent de rendre publique le dossier judiciaire ni même révéler les charges retenues contre l’avocat franco-palestinien. Ils entendent le maintenir en prison jusqu’au 5 septembre mais pourront très bien prolonger de nouveau cet enfermement.

Publié le Dimanche 5 Juin 2022 - L'Humanité

L’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, enfermé depuis le 7 mars 2022 et qui devait recouvrer sa liberté ce lundi 6 juin, a vu sa détention administrative renouvelée pour trois mois, soit jusqu’au 5 septembre prochain. Les autorités israéliennes détiennent ainsi des centaines de Palestiniens en vertu d’une procédure mis en place par les Britanniques du temps de leur mandat sur la Palestine historique. La détention administrative peut être prononcée pour 6 mois et renouvelable à l’infini. Son autre particularité est que le dossier judiciaire est classé secret. Ni l’accusé/prisonnier ni ses défenseurs ne connaissent l’acte d’accusation pas plus que les motifs de l’emprisonnement.
Outre le fait qu’il s’agit d’un véritable déni de justice, cette détention administrative est également utilisée comme une torture psychologique. En effet, le prisonnier ne sait pas si à l’issue de sa détention administrative il sera libéré ou restera en cellule.
Depuis des années, Salah Hamouri subit le harcèlement des autorités politiques et judiciaires israéliennes. Son épouse et ses enfants n’ont pas l’autorisation de le rejoindre pour vivre avec lui. Outre les emprisonnements, elles ont récemment décidé de lui retirer sa carte de résident de Jérusalem, ville où il est né. Elles lui ont également supprimé son assurance maladie. Mais surtout, il s’avère que le téléphone de Salah Hamouri, avocat qui défend notamment les prisonniers politiques palestiniens au sein de l’association Addameer, a été piraté à l’aide du logiciel Pegasus, mis au point et commercialisé par la société israélienne NSO. Jusqu’à présent on ne sait toujours pas qui est le donneur d’ordre d’espionnage de son téléphone et de plusieurs autres personnalités actifs dans des associations pour la défense des droits des Palestiniens.
Dès sa détention connue, au mois de mars, l’Humanité avait interpelé le ministère français des Affaires étrangères pour savoir notamment ce que la France mettait en oeuvre pour obtenir la libération immédiate et sans conditions de Salah Hamouri. Au-delà des paroles, il semble malheureusement que pas plus le Quai d’Orsay que l’Élysée n’agissent réellement. Ils ne font des déclarations que lorsqu’ils sont sollicités par la presse. C’est d’autant plus étonnant que récemment, lorsqu’a été rendue publique l’arrestation de deux ressortissants français en Iran le 11 mai, Paris n’a pas attendu pour s’exprimer. Dès le lendemain le ministère des Affaires étrangères a dénoncé des arrestations « sans fondement » et d'appeler à leur libération immédiate.
Or, si Israël se permet de traiter ainsi Salah Hamouri, c’est bien parce que la France n’émet pas de protestation publique par la voix de son président et n’envisage aucune action coercitive pour forcer Israël à respecter les droits humains. Une nouvelle bataille commence pour en finir avec la détention administrative de Salah Hamouri.
Pierre Barbancey 

Salah Hamouri : les autorités israéliennes prolongent sa détention administrative (Pierre Barbancey, L'Humanité, 5 juin 2022)
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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 06:26
Femmes d'Alep, de Maha Hassan avec le concours d'Ismaël Dupont, Skol Vreizh, 488 pages, 22 €

Femmes d'Alep, de Maha Hassan avec le concours d'Ismaël Dupont, Skol Vreizh, 488 pages, 22 €

#femmesdalep - Femmes d'Alep dans les recommandations culturelles de L'Humanité
Récit Voix de femmes syriennes et douleur de l’exil
L'Humanité, Publié le Jeudi 2 Juin 2022

« Oui, je bois de l’alcool, je mange du cochon, je suis kurde et mon père était communiste. » Ainsi parle Maha Hassan, kurde née à Alep, écrivaine et journaliste de langue arabe, exilée en France en 2004, réfugiée en Bretagne. Femmes d’Alep, adapté par Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF dans le Finistère et premier maire adjoint de Morlaix, nous plonge, via des voix de femmes, dans l’histoire moderne de la Syrie. C’est un ouvrage sur et par les femmes. Celles nées dans « cette société orientale tyrannique » qui témoignent de leurs expériences « dans ce monde définitivement perdu que fut la Syrie d’avant la révolution et de la guerre civile ». À ce propos, retenons par exemple le terrible récit de Shiraz Darwich et songeons à l’émancipation des femmes.

Valère Staraselski

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 06:23
Kurdistan. Kobané sous la menace du président turc Erdogan (L'Humanité, Pierre Barbancey, 2 juin 2022)
Kurdistan. Kobané sous la menace du président turc Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan envisage une offensive militaire dans le Nord-Est syrien et met en balance son accord pour l’entrée de la Suède et de la Finlande dans l’Otan.

Publié le Jeudi 2 Juin 2022 Pierre Barbancey
 

Recep Tayyip Erdogan ne le cache pas. Il envisage une opération contre les Kurdes dans le nord de la Syrie. Une décision « actée sur le principe », a-t-il dit, dont les détails ont été étudiés la semaine dernière lors d’une réunion du conseil national de sécurité auquel participaient les responsables militaires et les services de renseignements.

Selon un communiqué de la présidence, diffusé à l’issue de cette réunion, « les informations ont été soumises et des mesures additionnelles ont été débattues à propos des opérations en cours dans le pays et en dehors de nos frontières contre les organisations terroristes, PKK/KCK-PYD-YPG, Fetö et Daech, et toute sorte de menaces contre notre unité nationale ».

Une opération baptisée « Griffe refermée »

Outre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et ses alliés, en particulier les Unités de protection du peuple (YPG) et le Parti de l’Union démocratique (PYD) en pointe dans la lutte contre le groupe « État islamique » (Daech selon l’acronyme arabe), le texte cite justement le mouvement djihadiste et celui du prédicateur Fethullah Gülen, installé aux États-Unis et accusé d’avoir ourdi la tentative de coup d’État de 2016 contre Erdogan.

Par ailleurs, l’armée turque mène depuis la mi-avril une nouvelle opération baptisée « Griffe refermée » dans le nord de l’Irak, visant des bases et camps d’entraînement du PKK dans la région autonome du Kurdistan d’Irak.

Erdogan prend soin de préciser que « les opérations en cours et qui seront lancées pour débarrasser nos frontières du sud de la menace terroriste ne visent en aucun cas l’intégrité territoriale de nos voisins et ­résultent de nos besoins en sécurité nationale ».

Une « zone de sécurité » de 30 km

(...)

Ankara, qui a déjà déclenché depuis 2016 trois opérations en Syrie contre les Unités de protection du peuple, alliées au PKK, veut créer une « zone de sécurité » de 30 km de large le long de sa frontière sud. « Nous allons nettoyer Tall Rifaat et Mambij », à l’ouest de l’Euphrate, a lancé Erdogan, mercredi 1er juin, devant le Parlement. Il a promis de procéder « étape par étape dans d’autres régions ». Les attaques pourraient également concerner la ville de Kobané et celle de Qamishli, considérée comme la capitale de l’Administration autonome du nord-est syrien créée par les Kurdes au-delà du seul Rojava (littéralement « l’ouest », c’est-à-dire le Kurdistan syrien).

Bras de fer avec Washington

« Qui va soutenir ces opérations légitimes de sécurité conduites par la Turquie et qui va tenter de s’y opposer, on verra bien », s’est exclamé le président turc devant les députés, prêt à un bras de fer avec Washington mais aussi Moscou. Si tant est que les deux grandes puissances tentent de l’en empêcher. La Turquie « n’attendra pas la permission » des États-Unis pour lancer une nouvelle offensive en Syrie, a-t-il précisé.­ Pour mémoire, il a signé, en 2019, un accord avec les Américains lui donnant le contrôle de certaines zones du nord de la Syrie.

Il a également rappelé mardi à son homologue russe, Vladimir Poutine, qu’un autre accord signé également en 2019 entre Ankara et Moscou prévoyait la création d’une telle zone « nettoyée du terrorisme », le long de la frontière turco-syrienne. « Sa création est impérative », a-t-il martelé.

Les États-Unis ont bien mis en garde Ankara contre le lancement d’une nouvelle opération militaire dans le nord de la Syrie, mais le ton est loin d’être ferme. « Nous condamnons toute escalade. Nous soutenons le maintien des lignes de cessez-le-feu actuelles », a fait mollement savoir Ned Price, porte-parole du département d’État américain. De même, la Russie est occupée sur un autre front.

Erdogan a compris que son pays, membre de l’Otan, avait une carte à jouer dans la situation créée par la guerre en Ukraine. Il peut mettre son veto à l’entrée de la Suède et la Finlande – qui ont envoyé des émissaires à Ankara – dans l’Alliance atlantique. Il les accuse d’héberger des « terroristes » du PKK et des YPG. Il a ainsi de quoi monnayer son approbation, tout en lançant son offensive. « Si l’on veut tout vendre pour une place dans l’Otan, eh bien, allons-y, mais moi je trouve que c’est indigne », dénonce la députée suédoise du Parti de gauche et d’origine kurde Amineh Kakabaveh.

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 06:19
« Le commerce d’armes françaises est d’une opacité considérable qui protège les principaux responsables » (Aymeric Elluin, L'Humanité, 3 juin 2022)
« Le commerce d’armes françaises est d’une opacité considérable qui protège les principaux responsables »

La France fait fi de ses engagements au profit de ses intérêts économiques. Elle n’hésite pas à fournir des pays comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite, qui ont en commun de violer les droits de l’homme. Éclairage avec Aymeric Elluin, juriste en droit international.

Publié le Vendredi 3 Juin 2022
 

Dans son ouvrage, Ventes d’armes. Une honte française (Le passager clandestin, 192 pages, 14 euros), coécrit avec Sébastien Fontenelle, Aymeric Elluin, responsable du plaidoyer « Armes » à Amnesty International France, montre comment la France s’est imposée dans l’industrie de l’armement. Entre contrats lucratifs signés avec des régimes liberticides, absence de contrôles parlementaires et manque de transparence, le constat est édifiant.

En quoi les ventes d’armes constituent-elles « une honte française » ?

Dans les années 1960-1970, la France a construit une partie de son industrie de défense en fournissant des armes aux pires régimes. On peut citer le Portugal de Salazar, l’Espagne de Franco ou encore l’Afrique du Sud ségrégationniste. Plus récemment, on a constaté des transferts d’armes à l’Égypte, à l’Arabie saoudite ou aux Émirats arabes unis. Ces pays ont en commun de ne pas être respectueux des droits de l’homme et du droit international humanitaire lorsqu’ils utilisent des armes. Et la France a concouru à approvisionner ces régimes en toute connaissance de cause.

Comment la France est-elle devenue l’un des principaux marchands d’armes ?

Dans les années 1970, la France occupait le troisième rang en termes d’exportations d’armes. Place qu’elle va perdre, puis récupérer sous François Hollande. L’offre des fournisseurs français d’armes s’inscrit dans un paradigme historique. Dans les années 1970, avec la doctrine Debré, on voulait apparaître comme un acteur alternatif de la vente d’armes, en opposition aux deux blocs qui s’affrontaient pendant la guerre froide. On disait : « Nous ne ferons pas d’ingérence dans vos pays et nous ne regarderons pas l’utilisation finale des armes. » Et ça continue aujourd’hui. La France s’évertue à exporter des armes en Égypte, alors que le pays est confronté à des violations massives des droits de l’homme, et on ferme toujours les yeux sur ce qui se passe sur le terrain.

Pourquoi n’arrive-t-on pas à faire bouger les choses ?

Étant donné que nous avons un système parlementaire avec une majorité qui soutient systématiquement la présidence, les députés jouent peu le rôle de contre-pouvoir. L’article 24 de la Constitution devrait pourtant imposer aux parlementaires de contrôler l’action du gouvernement, y compris dans le champ des armes. Une autre difficulté est que le commerce d’armes françaises est d’une opacité considérable et protège les principaux responsables. Ce flou total me stupéfait, cela veut dire qu’il y a un pan entier de l’action publique, en France, qui échappe à tous les contrôles. Dans un système démocratique semi-parlementaire, bien qu’extrêmement présidentiel dans la pratique, cela pose question. Mais il y a une lueur d’espoir. On voit bien que, depuis 2018, un débat de fond monte dans l’opinion publique, notamment autour du conflit au Yémen et de la répression en Égypte. Il faut que les parlementaires de la prochaine législature s’emparent du rapport des députés Jacques Maire et Michèle Tabarot qui propose que le gouvernement soit plus transparent et qu’une délégation parlementaire soit créée pour contrôler les ventes d’armes.

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 06:14
Au Yémen, une guerre oubliée, alimentée par l’Occident (Pierre Barbancey, L'Humanité, 3 juin 2022)
Au Yémen, une guerre oubliée, alimentée par l’Occident

Les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite ont nourri un conflit qui dure depuis sept ans au Yémen. Une trêve, entrée en vigueur le 2 avril, vient d’être renouvelée pour deux mois.

Publié le Vendredi 3 Juin 2022
 

La trêve, commencée le 2 avril, a offert un répit au Yémen. Outre un cessez-le-feu, relativement respecté, elle prévoyait une série de mesures devant alléger la souffrance de la population, notamment la réouverture de l’aéroport de Sanaa aux vols commerciaux, la facilitation de l’approvisionnement en carburant et la levée de sièges imposés à certaines villes.

L’ONU et les organisations humanitaires ont souligné l’impact positif de cette trêve sur la vie des Yéménites, notamment la baisse de moitié du nombre de victimes civiles et la possibilité offerte à des centaines d’habitants de la capitale, dont beaucoup de malades, de se rendre à l’étranger. À la fin de l’année 2021, le conflit avait déjà causé la mort de 377 000 personnes, victimes directes et indirectes. Près de 60 % de ces décès, soit environ 227 000 personnes, ont été dus notamment au manque d’eau potable, à la faim et aux maladies, selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), publié en novembre 2021.

Le 26 mars 2015, l’opération « Tempête décisive » était lancée par une coalition militaire de pays arabes (Émirats arabes unis, Égypte, Maroc, Soudan…) dirigée par l’Arabie saoudite. L’intervention, qui avait su opportunément se placer sous la protection d’une résolution de l’ONU, visait officiellement à éradiquer la rébellion initiée par les Houthis. Ces derniers avaient chassé du pouvoir le « président légitime » Abd Rabbo Mansour Hadi (il avait perdu la capitale Sanaa, conquise par l’alliance de l’époque entre les Houthis et l’ancien président Ali Abdallah Saleh). Des rebelles qui se sentaient territorialement lésés par les mesures gouvernementales, elles-mêmes directement liées à la réunification du pays en 1990 avec la marginalisation des populations du Nord.

Depuis, les puissances occidentales font mollement pression sur l’Arabie saoudite. Comment en serait-il autrement lorsqu’on sait que les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne sont des soutiens essentiels de la principale pétromonarchie du Golfe ? Notamment avec l’aide apportée par leurs différents services de renseignements et surtout par les ventes d’armes.

Un autre front pour affaiblir l’Iran

Ces dernières années, les Saoudiens ont dépensé des milliards en armes de haute technologie. Les achats effectués sont impressionnants : des avions de combat F-15, des hélicoptères de combat Apache, des véhicules blindés de transport de troupes (APC) Piranha, des missiles air-air Iris-T à guidage infrarouge, des obusiers automoteurs Caesar à canon de 155 mm, des véhicules aériens sans pilote (UAV), des systèmes de détection aéroportés (AEW), des missiles de défense balistiques, des corvettes, des bâtiments de débarquement aérien et encore des missiles antichars. Malgré les témoignages et les preuves montrant comment ces armes sont utilisées directement dans le cadre de cette guerre, les chancelleries occidentales continuent à nier.

Si, à l’origine, la raison invoquée pour intervenir militairement au Yémen était la réinstallation au pouvoir de Hadi, le curseur s’est étrangement déplacé. Les Houthis sont accusés d’être soutenus par l’Iran. Ce qui permet de relancer la fameuse thèse de l’« affrontement » sunnites-chiites, présenté comme la clé de tous les conflits actuels dans la région. Les Iraniens sont aujourd’hui les alliés des Houthis en leur fournissant notamment du matériel militaire leur permettant d’atteindre le territoire saoudien, ce qui était loin d’être le cas au début du conflit. Mais cela permet aux Occidentaux et aux pays du Golfe d’ouvrir un autre front pour affaiblir l’Iran et, surtout, empêcher que le pouvoir yéménite ne tombe aux mains de groupes peu enclins à une alliance avec l’Arabie saoudite.

Jusqu’à présent, le gouvernement reprochait notamment aux rebelles de toujours encercler la grande ville de Taëz (Ouest). Pour leur part, les Houthis réclamaient des arrangements sur le versement des salaires des fonctionnaires ou encore les services de base dans les zones qu’ils contrôlent. Jeudi, les deux parties ont néanmoins accepté de renouveler la trêve pour « deux mois supplémentaires ».

Crimes de guerre au Yémen. Dassault, MBDA et Thales accusés de «complicité»

Trois ONG, soutenues par Amnesty International, ont déposé plainte devant une juridiction française contre des entreprises d’armement accusées de « complicité de crimes de guerre ». Les marchands de mort français pourraient être convoqués au prétoire.

Publié le
Vendredi 3 Juin 2022

C’est une guerre emblématique du cauchemar géopolitique qui vient. S’y entremêlent rivalités régionales et internationales, conflits politiques, tribaux et religieux locaux, et l’impitoyable lutte pour la captation des ressources fondamentales – en premier lieu l’eau et la nourriture –, dans un pays qui meurt littéralement de soif et de faim.

Officiellement commencée en 2014, dans la foulée du déclenchement des affrontements dans le Donbass entre l’armée ukrainienne et les forces séparatistes pro-Russes, la guerre au Yémen n’a pas bénéficié du même traitement médiatique que le conflit entre Kiev et Moscou. Seul le combat opiniâtre d’une poignée d’ONG et de parlementaires permet, à mille lieues des couloirs feutrés du Conseil de sécurité des Nations Unies, de faire émerger une exigence de paix et de fin à une spectaculaire logique d’impunité.

Une plainte au pénal devant le tribunal judiciaire de Paris

Trois d’entre elles, à savoir le Mwatana for Human Rights, le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme (ECCHR) et l’association Sherpa, avec le soutien d’Amnesty International France, viennent de déposer plainte au pénal devant le tribunal judiciaire de Paris contre plusieurs entreprises d’armement françaises.

Parmi elles, Dassault Aviation, Thales Group et MBDA France, pointées pour leur éventuelle complicité dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés au Yémen. Lesquels « auraient pu être commis du fait de leurs exportations d’armes vers l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis », soit les deux pays piliers de la coalition sunnite, en guerre contre la rébellion houthie, elle-même soutenue par l’Iran chiite.

Plus de 8 milliards d’euros d'armes fournies par la France

Car, ce sont bien des avions français, dont des Mirage fournis et entretenus par Dassault, qui équipent l’essentiel de la flotte émiratie occupée à la destruction méthodique des ponts, des villes, du patrimoine architectural et des infrastructures civiles dans l’un des pays les plus pauvres au monde.

« Les frappes aériennes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont causé de terribles destructions au Yémen. Des armes produites et exportées par des pays européens, en particulier par la France, ont pu permettre ces crimes. Sept ans après le début de cette guerre, les innombrables victimes yéménites méritent des enquêtes crédibles sur tous les auteurs de crime s à leur encontre, y compris ceux qui sont potentiellement complices. Nous espérons que les tribunaux français pourront jouer un rôle de manière à combler l’actuel vide vertigineux en matière de responsabilité au Yémen », explique Abdulrasheed Alfaqih, directeur de l’organisation yéménite Mwatana for Human Rights.

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