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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 06:26
Waiting for Gaza! - Ciné-débat au cinéma La Salamandre ce mercredi 20 octobre à 20h30 avec le réalisateur Guillaume Kozakiewiez

Au Cinéma La Salamandre - au SEW à l'ancienne Manufacture royale des Tabacs à Morlaix

Mercredi 20 octobre à 20h30, vous sera proposé le documentaire Waiting for Gaza sur les réalisateurs Arab et Tarzan Abu Nasser en présence de son réalisateur Guillaume Kozakiewiez. Alors que nous vous proposons cette semaine leur dernier film GAZA MON AMOUR!!!

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 06:23
Salah Hamouri, stop à l'acharnement!!! - MJCF
🔴Palestine🔴
Salah Hamouri, a été officiellement notifié de la décision de la ministre israélienne de l’Intérieur, de révoquer son statut de résident permanent à Jérusalem sur la base d’une « rupture de loyauté ».
Le MJCF apporte tout son soutien à Salah Hamouri, comme il le fait depuis 2011.
La France doit immédiatement se positionner pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien sur les frontières de 1967, avec Jérusalem Est pour Capitale et cesse tout soutien économique et diplomatique avec l’Etat d’apartheid d’Israël.
Article de Pierre Barbancey dans l'Humanité

Article de Pierre Barbancey dans l'Humanité

Communiqué du Comité de soutien à Salah Hamouri
L’ordre d’expulsion de Salah Hamouri confirmé

Ce lundi 18 octobre, Salah Hamouri a été notifié du fait que le Ministre de la Justice et le procureur général d’Israël valident la demande de révocation de son titre de résident de Jérusalem. Cette révocation avait été demandée par Ayalet Shaked, ministre de l’Intérieur israélienne, le 30 juin 2021 et devait être examinée par ces deux autres autorités en vue de son application.

C’est donc une nouvelle étape franchie par Israël vers l’expulsion de Salah Hamouri de sa terre natale. Elle fait suite à une escalade de décisions arbitraires contre notre concitoyen : interrogatoires, interdiction d’entrée en Cisjordanie, expulsion de sa femme et son enfant, détention, restrictions de mouvements…

Depuis des années, Israël s’acharne sur ce défenseur des droits humains et la révocation de sa carte de résidence aurait pour conséquence pure et simple : l’exil.

Le 8 juillet 2021, le Ministère français des Affaires étrangères déclarait suite à la demande de révocation de l’ID par Ayalet Shaked : « Les services du ministère de l’Europe et des affaires étrangères à Paris, Jérusalem et Tel-Aviv, sont pleinement mobilisés pour que Salah Hamouri puisse faire valoir l’ensemble de ses droits et qu’il puisse mener une vie normale à Jérusalem, où il réside. La situation de Salah Hamouri est suivie attentivement et à haut niveau par les autorités françaises. »

Avec cette décision inique, après l’affaire Pegasus, et au-delà de Salah Hamouri, c’est la France qui prend une nouvelle claque de la part d’Israël, une claque d’autant plus dure et inadmissible qu’elle touche aux droits de l’Homme.

La politique diplomatique française actuelle se montre incapable de faire respecter le droit et de se faire respecter.

Nous ne nous résignons pas à cette situation. Nous appelons les autorités françaises à tirer toutes les conclusions de cette nouvelle décision et à en tirer toutes les conséquences. Nous appelons les citoyens et les citoyennes à se mobiliser dans leur diversité pour relever ce défi contre les droits de l’homme, pour manifester contre ce déni du droit d’un gouvernement israélien qui se croit - encouragé qu’il est - au dessus de tout.

Salah Hamouri, stop à l'acharnement!!! - MJCF
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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 05:31
Histoire des luttes: 13 octobre 1970. Arrestation d'Angela Davis

13 octobre 1970 : Arrestation à New York de la militante communiste afro-américaine Angela Davis.

Le FBI l'accusait d'avoir procuré des armes au groupe qui a essayé de libérer George Jackson. En cavale depuis 2 mois, elle sera jugée et condamnée à la peine de mort pour séquestration et meurtres !

Toutefois, une grande mobilisation internationale se met en place pour la faire libérer. À Paris, en octobre 1971, à l'appel du Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF),

Histoire des luttes: 13 octobre 1970. Arrestation d'Angela Davis
"Cette militante communiste, deux fois candidate à la vice présidence des USA pour le Parti Communiste Américain, féministe et anti-raciste, fut aussi membre du fameux Black Panther Party for self defense, aux côtés des Huey Newton, Boby Seale et Mumia Abu Djamal !
Pour mieux connaitre son histoire, voir l’excellent film documentaire "free Angela" qui raconte comment cette professeur de philosophie à l'université de Californie, militante en vue à l'époque, se retrouva menacée de la peine capitale pour un crime qu'elle n'avait pas commis.
Et surtout comment la mobilisation nationale et internationale a réussi à faire reculer les autorités américaines.
 
 
26 janvier 1944: Naissance d’Angela Davis, militante antiraciste, communiste, féministe et révolutionnaire américaine !
Son engagement débute contre la guerre du Viet Nam. En militant, elle découvre le marxisme qui constituera la base de sa réflexion politique et idéologique. Elle s'engagera dans des mouvements de libération des Noirs et notamment elle militera au Black Panther Party dont elle deviendra une des leadeuses.
Étant très active politiquement et membre du Parti Communiste Américain, le FBI la surveillera de très près.
En 1970, une prise d’otages visant à libérer George Jackson, membre des Black Panthers condamné à la prison à vie à l’âge de dix-huit ans pour un vol de 70 $, tourne mal. Quatre personnes sont abattues et trois autres sont grièvement blessées. Davis étant membre du comité de soutien de George Jackson, le FBI l'accuse d'avoir procuré des armes au groupe qui a essayé de libérer Jackson. Le FBI émet donc un mandat d'arrêt contre Angela Davis. Durant 2 mois, alors qu'elle est la femme la plus recherchée des États-Unis, Angela Davis réussit à échapper à la police. Cependant, le 13 octobre 1970, elle est arrêtée. Accusée de séquestration et de meurtres, elle est condamnée à la peine de mort...
Toutefois, une grande mobilisation internationale se met en place pour la faire libérer. À Paris, à l'appel de la Jeunesse Communiste, plus de 100 000 personnes manifestent avec en tête de cortège de grands écrivains comme Louis Aragon et Jean-Paul Sartre.
Grâce à la pression internationale, elle est acquittée le 4 juin 1972 de toutes les charges qui pèsent contre elle par un jury composé uniquement de blancs, au cours d’un procès hyper médiatisé qui met à jour une machination du FBI.
Elle continue dès lors ses multiples combats contre les inégalités, contre l'impérialisme, pour un monde de paix. Elle devient aussi par ses écrits, une référence féministe pour nombre de militant·e·s.
MJCF

Angela Davis: "Les Etats-Unis sont en train de vivre une contre-révolution" (Médiapart, 30 novembre)

Angela Davis a raison... en France aussi

Guillaume Galliene rend hommage à Angela Davis, militante communiste, des droits de l'homme, et de la lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis, sur France Inter

https://www.cinearchives.org/Films-447-740-0-0.html

Angela Davis reste une icône révolutionnaire, une grande figure du combat d’émancipation, du combat féministe, un symbole des luttes des Noirs américains pour l’égalité.

Les lieux du monde où nous grandissons nous forgent.

S’agissant de ségrégation raciale, Angela Davis a vu le jour dans le premier cercle de l’enfer. Birmingham, Alabama, au cœur de ce Sud raciste et sécessionniste où Rosa Parks osa, en 1955, un acte de révolte fondateur. Ses premiers souvenirs d’enfance ? Les Davis habitent dans un quartier où l'on accepte difficilement l'installation de familles noires modestes.  Les déflagrations des bombes posées par les fascistes du Ku Klux Klan, si nombreuses que son quartier est surnommé « Dynamite Hill » (Colline Dynamite). Les récits d’une grand-mère se remémorant les temps de l’esclavage. Les pancartes « white only ». Alors qu'elle n'a que 12 ans, le boycott d'une compagnie de bus pratiquant la ségrégation raciale marque Angela; les Afro-Américains ne revendiquent que le droit de s'asseoir où ils le souhaitent dans le bus, comme les Blancs, ce qui leur était dénié jusque là. Le 16 septembre 1963, un attentat à la bombe dans une église baptiste de Birmingham tue quatre filles noires que connaissait Angela; les assassins sont des racistes du Ku Klux Klan. 

Ses parents, des professeurs communistes, militent activement contre les lois Jim Crow instituant l’apartheid à l’américaine. À quatorze ans, la jeune fille quitte l’Alabama pour New York, à la faveur d’une bourse d’études.

Au lycée, elle découvre le Manifeste du Parti communiste et fait ses premiers pas de militante dans une organisation marxiste, Advance.

Angela Davis est une élève brillante. En 1962, elle entre à l’université de Brandeis. En première année, elles ne sont que trois étudiantes noires. Elle y découvre Sartre, Camus, s’initie à la philosophie d’Herbert Marcuse, dont elle suit les cours. Marcuse est alors un des maîtres à penser de la lutte contre la guerre du Vietnam. En 1964, elle part, une première fois, pour Francfort, creuset, à l’époque, d’un marxisme hétérodoxe. Elle y étudie Marx, Kant, Hegel et suit les conférences de Theodor W. Adorno. Aux États-Unis, un nouveau vent de contestation se lève, contre l’oppression raciste, contre la guerre du Vietnam.

Angela s'intéresse aux sorts de tous les Afro-Américains, en particulier celui des femmes et des prisonniers. En août 1965, six jours d'émeutes dans le ghetto noir de Watts, un quasi bidonville de Los Angeles, ébranlent le mythe américain de la démocratie et du bien-être pour tous: "l'ordre" y est rétabli au prix de 30 morts. Partout, les ghettos noirs sont en ébullition, comme à Détroit en 1967. Les Afro-Américains ne veulent plus être considérés comme des citoyens de seconde zone.

À son retour, en 1968, la jeune philosophe rejoint les Black Panthers et adhère au Che Lumumba Club, un cercle affilié au Parti communiste. Un an plus tard, titulaire d’une thèse de doctorat dirigée par Marcuse, elle est nommée professeure à l’université de Californie Los Angeles, pour enseigner la philosophie marxiste. Elle adhère au Parti communiste des Etats-Unis.

Le profil de la jeune femme de vingt-cinq ans, sa couleur de peau, ses convictions, ses engagements concentrent la haine de l’Amérique blanche et ultraréactionnaire que veut incarner un certain… Ronald Reagan, alors gouverneur de Californie. À la demande de celui-ci, Angela Davis est exclue de l’université comme dangereuse communiste.

Angela souhaite une révolution socialiste, qui bouleverserait l'ordre social et instaurerait enfin l'égalité entre les êtres humains, quelque soit leur sexe ou leur condition sociale. Elle est de tous les combats contre la discrimination raciale, sans oublier celui pour l'égalité hommes-femmes: "Les femmes noires, écrit-elle, sont victimes d'une pluralité d'oppressions: en tant que femmes, en tant qu'Afro-Américaines et, pour leur quasi-totalité, en tant que travailleuses pauvres. Pour que la femme noire se libère réellement, elle doit mener les trois combats de front".  

Premier acte d’une machination politico-judiciaire dirigée contre la militante communiste. Déjà engagée contre l’industrie carcérale qui broie la jeunesse noire, la jeune femme a pris fait et cause pour trois détenus de la prison de Soledad. Avec l’un d’entre eux, George Jackson, elle entretient une liaison épistolaire, amoureuse. George Jackson est emprisonné depuis des années pour un vol de 70 dollars dans une station-service. La tentative désespérée du jeune frère de ce détenu pour le faire évader tourne au drame. Le 7 août 1970, Jonathan Jackson, le frère de George, fait irruption dans un tribunal de Californie et prend des otages, dont le juge, exigeant la libération de son frère. La prise d'otage se termine par une fusillade entre la police et les preneurs d'otages. Jonathan Jackson, deux autres prisonniers accusés ainsi qu’un juge sont tués au cours de la fusillade.

Angela Davis est soupçonnée d’avoir fourni une arme aux assaillants. Désignée comme ennemie publique numéro un,elle est inscrite sur la liste publiée des dix personnes les plus recherchées des États-Unis.

Par crainte d’être tuée, elle prend la fuite. L’avis de recherche la décrivant comme « armée et dangereuse » est placardé dans tout le pays. Une vague ressemblance avec Angela Davis, une simple coupe afro, valent à des centaines de femmes d’être arrêtées. Le FBI déploie, dans le cadre de son programme de contre-intelligence visant les communistes et les Blacks Panthers, des moyens démesurés pour traquer celle que l’establishment blanc et réactionnaire surnomme « la panthère rouge » ou « la terroriste noire ». Mais, déjà, la solidarité s’exprime. Elle s’affiche au seuil des maisons amies, sur des pancartes : « Nous accueillerons volontiers Angela Davis. »

La fugitive est finalement arrêtée le 13 octobre 1970, à New York.

À la télévision, le président Nixon la condamne avant même qu’elle ne comparaisse en justice. « Cette arrestation servira d’exemple à tous les terroristes », se réjouit-il. Le 5 janvier 1971, l’État de Californie l’inculpe de meurtre, kidnapping et conspiration. Placée à l’isolement, elle risque par trois fois la peine capitale. Un extraordinaire mouvement de solidarité international se développe alors. En Inde, en Afrique, aux États-Unis, en Europe, des millions de voix exigent la libération d’Angela Davis. Les Rolling Stones lui consacrent une chanson, Sweet Black Angel, et John Lennon et Yoko Ono écrivent, Angela tandis que Jacques Prévert écrit pour elle: "Ceux qui enferment les autres sentent le renfermé; ceux qui sont enfermés sentent la liberté"

En France, Sartre, Aragon, Prévert, Genet dénoncent le racisme, le maccarthysme persistant, l’arbitraire de sa détention.

À l’initiative de la Jeunesse communiste, 100 000 personnes foulent le pavé parisien, le 3 octobre 1971, en compagnie de Fania, la jeune sœur d’Angela Davis. L’Humanité se fait le porte-voix de ce mouvement de solidarité.

Celle qui entrait toujours poing levé dans la salle d’audience est finalement acquittée le 4 juin 1972 par un jury exclusivement blanc. Son innocence est reconnue lors du procès.

Le verdict n’efface pas le racisme de la société américaine, mais il lui porte un coup sérieux. Libérée, Angela Davis ne renonce pas au combat pour l’émancipation, pour un autre monde, libéré de l’oppression et de toutes les formes de domination. En la rencontrant, Genet dit avoir acquis « la certitude que la révolution serait impossible sans la poésie des révoltes individuelles qui la précèdent ». Angela Davis incarne toujours cela, cette grâce qui donne sens et noblesse à l’engagement politique.

Une fois libre, Angela poursuit son combat, en reprenant ses cours de philosophie, en publiant de nombreux ouvrages politiques, dont plusieurs sont traduits en français. Elle est aux côtés des Amérindiens qui occupent symboliquement, en 1973, le lieu du massacre historique de Wounded Knee; elle se présente aux élections américaines en 1980 et 1984 pour le parti communiste. Elle s'engage contre la guerre en Irak en 2003 et en 2012 participe à un film documentaire sur la libération des prisonniers politiques à travers le monde.

Sources:

L'Humanité (article de 2013)

ELLES ont réalisé leur rêve de Philippe Godard et Jo Witek, De La Martinière jeunesse 

Une émission récente de France inter à écouter sur le combat d'Angela Davis. On y retrouve l'histoire et la parole de cette militante déterminée des droits de l'homme, professeur de philosophie et militante communiste, membre des Black Panthers :

 

Angela Davis et son combat pour la liberté : émission « ça peut pas faire de mal » par Guillaume Galliene

 

" Il était temps de partir. Pour la première fois depuis que nous avions découvert que la police me recherchait, je sortis. Il faisait bien plus sombre que je ne l’avais cru, mais pas assez pour que je cesse de me sentir vulnérable.

Dehors, à découvert, mon chagrin et ma colère s’alourdissaient de peur. Une peur pure et simple, si puissante et si élémentaire que la seule chose à laquelle je pus la comparer était le sentiment d’engloutissement que je ressentais lorsque, enfant, on me laissait dans le noir. Cette chose indescriptible, monstrueuse, était dans mon dos, elle ne me touchait jamais mais elle était toujours prête à l’attaque. Ma vie était maintenant celle d’une fugitive. Toute silhouette étrange pouvait être un agent déguisé, entouré de limiers qui attendaient dans les bosquets les ordres de leur maître. Je devais apprendre à éviter l’ennemi, à le déjouer. Ce serait difficile, mais pas impossible" (Angela Davis)

 

Cette femme qui fuit la police dans les rues de Los Angeles s’appelle Angela Davis.

En 1970, elle a 26 ans. Elle vient juste d’être nommée professeur de philosophie à l’université de San Diego, en Californie.

Mais elle est aussi communiste, proche des Black Panthers, et elle se bat depuis des années pour libérer le peuple Noir de l’oppression, dans une Amérique encore très ségrégationniste.

Après avoir été accusée (à tort) de complot et de meurtre, elle est contrainte de se cacher.

Au terme d’une traque qui va durer plus de 3 mois, Angela Davis est arrêtée, emprisonnée et risque la peine de mort.

Partout, en Amérique et en Europe, l’opinion publique se mobilise pour crier son innocence. Les Rolling Stones et John Lennon lui écrivent une chanson, Aragon et Sartre défilent à Paris, Jacques Prévert lui adresse un poème.

Ce soir, je vous propose de partir à la découverte de cette héroïne moderne et insoumise, icône du Black Power, pour qui la révolution était une affaire d’honneur : « Quand on s’engage dans la lutte », écrira-t-elle, « ce doit être pour la vie ».

Alors, comment Angela, arrière-petite-fille d’esclave née en 1944, a fait basculer l’histoire des Etats-Unis ?

Voici son autobiographie, écrite « à chaud » à la fin des années 1970, et publiée par la romancière Toni Morrison. Elle est traduite pour la première fois en français, par Cathy Bernheim, aux éditions Aden.

Histoire des luttes: 13 octobre 1970. Arrestation d'Angela Davis
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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:26
Burkina Faso. Assassinat de Thomas Sankara : 34 ans après, un procès pour l'histoire (Marc de Miramon, L'Humanité, 11 octobre 2021)
Burkina Faso. Assassinat de Thomas Sankara : 34 ans après, un procès pour l'histoire
Lundi 11 Octobre 2021 - L'Humanité

Le procès des assassins du « Che africain » s’ouvre ce lundi à Ouagadougou, un épilogue judiciaire attendu depuis près de trente-quatre ans. Si les circonstances de l’exécution du président burkinabé, perpétrée le 15 octobre 1987, sont connues, il reste à faire la lumière sur ses commanditaires.

 

Ravagé par les conséquences de la « guerre contre le terrorisme », ses tueries de civils commises par des groupes armés se revendiquant pour la plupart du djihad, ses déplacements de population fuyant les zones de combat, le « pays des hommes intègres » retient son souffle. Ce n’est cependant pas l’avenir sombre et la dégradation du climat sécuritaire qui préoccupe ce lundi le peuple burkinabé, mais l’exploration judiciaire d’un « passé qui ne passe pas ». « Le 11 octobre 2021 restera gravé dans les annales de l’histoire du Burkina Faso », promet le quotidien le Pays, alors que s’ouvre le procès public des assassins présumés de Thomas Sankara, exécuté au Conseil de l’entente il y a près de trente-quatre ans déjà.

Perpétré le 15 octobre 1987 par un commando parti du domicile de Blaise Compaoré, le numéro deux de la révolution progressiste installée par un coup d’État le 4 août 1983, le meurtre a fait l’objet d’une véritable omerta. Jusqu’à la chute de ce même Compaoré, à l’automne 2014, renversé par un soulèvement populaire mené au nom des idéaux d’un « sankarisme » plus vivace que jamais. Lors de la campagne présidentielle organisée l’année suivante, tous les candidats, de l’ex-poids lourd du système Compaoré, Roch Marc Christian Kaboré, à l’ultralibéral Zéphirin Diabré, ont revendiqué son héritage, tandis que la justice militaire ouvrait enfin une enquête contre « Blaise » et ses sicaires pour « complicité d’assassinats », « recel de cadavres » et « attentat à la sécurité de l’État ».

Le capitaine bouscule et dérange

L’instruction judiciaire, dont l’Humanité avait révélé en avril dernier des documents inédits impliquant des réseaux français, a confirmé la trame d’un scénario « shakespearien » signé Blaise Compaoré – que Thomas Sankara considérait comme son meilleur ami – et coécrit par des puissances étrangères bien décidées à chasser le leader autant patriote que panafricain. Son contexte et ses grandes lignes restituent l’histoire d’une révolution aux réussites indéniables, emmenée par le charismatique et intègre Sankara, imperméable à toute forme de corruption et peu enclin aux compromis.

 

Pionnier des combats écologistes, du développement endogène – le Burkina Faso avait réussi à atteindre l’autosuffisance alimentaire – comme des luttes féministes, le capitaine bouscule et dérange les structures traditionnelles et patriarcales. Son immense popularité auprès des jeunesses africaines, ses éloquents discours fustigeant le néocolonialisme, l’impérialisme ou le fardeau d’une dette qu’il refuse de payer donnent des sueurs froides aux dirigeants des pays voisins – Côte d’Ivoire et Togo en tête – mais aussi à Washington et à Paris.

La haine de Jacques Chirac

La CIA surveille comme le lait sur le feu ce militaire altruiste qui garde toujours son pistolet à la ceinture, même pour une audience avec le parrain régional de la Françafrique, l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, et ne quitte son treillis que pour le faso danfani, le tissu traditionnel fabriqué et cousu au pays. Quant aux décideurs français, ils bouillonnent d’une rage de moins en moins contenue. Thomas Sankara a beau exercer sur eux une fascination certaine, en particulier sur Jacques Foccart, inamovible chef d’orchestre des réseaux parallèles que pilote la République pour dompter ses anciennes colonies, son sort paraît scellé avec le début de la première cohabitation, en 1986. Devenu premier ministre, Jacques Chirac ne cache pas sa haine recuite contre le président du Conseil national révolutionnaire du Burkina Faso, qui a eu l’outrecuidance de parrainer une motion en faveur de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie aux Nations unies.

Quelques mois avant l’assassinat, le patron d’une droite française qui bénéficie à plein des valises de billets envoyées par Félix Houphouët-Boigny menace explicitement Thomas Sankara, en s’adressant ainsi au journaliste Elio Comarin : «Dites à votre “petit” capitaine qu’il range ses abattis (abats de volaille, pattes et ailes coupées – NDLR), d’ici six mois on se sera occupé de lui. » Reste à déterminer si l’indispensable feu vert de Matignon ou de l’Élysée s’est borné à cautionner le coup d’État perpétré par Blaise Compaoré, ou si la France a validé, voire commandité l’assassinat. Il est hélas peu vraisemblable que le procès public qui s’ouvre ce lundi et qui se déroulera sans la présence du principal accusé puisse répondre à ces brûlantes questions.

En attendant les conclusions des prochaines instructions, la justice militaire va donc s’en tenir à un volet strictement interne, même si de nouvelles révélations peuvent toujours surgir des contre-interrogatoires et des auditions. En 2017, Emmanuel Macron avait promis dans un discours tenu à Ouagadougou la déclassification des documents français concernant l’assassinat de Thomas Sankara. Si trois lots d’archives ont effectivement été remis à la justice burkinabée, la pertinence des masses de papier n’a pas convaincu les avocats des parties civiles, et aucun organisme indépendant n’a pu vérifier si l’engagement du président français relevait du vœu pieux, d’un écran de fumée ou d’une réelle sincérité.

Le trublion de la Françafrique

Le révolutionnaire burkinabé donnait des sueurs froides aux potentats du pré carré français, tout en exerçant sur eux une véritable fascination. Le complot qui a scellé sa chute trouve probablement sa source en Côte d’Ivoire, où le président, Félix Houphouët-Boigny, s’était imposé comme le parrain politique de Blaise Compaoré, mais Thomas Sankara dérangeait bien au-delà de la sphère d’influence française. Son aura agaçait jusqu’à la Libye du colonel Kadhafi, qui se rêvait en « roi d’Afrique » et ne goûtait guère la concurrence du bouillant capitaine. Ce dernier disposait aussi de soutiens parfois inattendus, à l’instar d’Omar Bongo, président du Gabon, qui s’est posé en protecteur de certains de ses proches ou de sa famille après son assassinat.

Mort de Thomas Sankara. Pour Bénéwendé Sankara, les soutiens extérieurs « ne font pas l’ombre d’un doute »
Lundi 11 Octobre 2021

L'avocat de la famille Sankara et actuel ministre burkinabé de la Ville décrypte les enjeux d’un procès historique. Entretien.

Le procès qui s’ouvre ce lundi permettra-t-il de connaître enfin la vérité sur la mort de Thomas Sankara ?

Bénéwendé Sankara Les témoignages qui impliquent éventuellement des puissances étrangères sont consignés au niveau du parquet. Nous avons déposé une nouvelle liste de témoins avec des noms français comme Jean-Christophe Mitterrand (fils de l’ancien président et conseiller aux affaires africaines au moment de l’assassinat– NDLR), Jack Lang et bien d’autres. Mais moi je n’attends pas grand-chose de ce côté-là, car la procédure est essentiellement instruite sur la base des charges qui pèsent sur Blaise Compaoré et la dizaine de personnes qui devaient comparaître avec lui. Je ne vois pas de rebondissement possible, sauf à ouvrir une nouvelle instruction sur la base d’une complicité française ou d’un complot international. En théorie, c’est parfaitement possible.

Pour vous, est-il établi qu’il y a eu des complicités internationales ?

Bénéwendé Sankara Bien sûr ! Dans mon esprit, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Reste à savoir si ces complicités ont simplement accompagné le coup d’État ou si elles concernaient également la décision d’éliminer physiquement Thomas Sankara. Encore une fois, il faudrait pour cela investiguer sérieusement les éléments qui sont contenus dans la procédure et qui appuient cette hypothèse. Pour l’heure, ce procès est intra-burkinabé et il m’étonnerait beaucoup que le juge aille fouiller dans les méandres de ces procès-verbaux.

Le fait de ne juger que les responsables burkinabés et pas leurs éventuels parrains étrangers correspond-il à une volonté politique ?

Bénéwendé Sankara Côté burkinabé, la volonté politique était de faire aboutir une affaire qui faisait l’objet d’un déni de justice jusqu’à la chute de Blaise Compaoré. N’oubliez pas qu’on a changé de nature de juridiction. D’une plainte déposée au départ devant un juge d’instruction civil, on est parti jusqu’en cassation, puis devant le Comité des droits de l’homme, qui a reconnu que le Burkina Faso avait violé le pacte relatif aux droits civils et politiques, mais l’État du Burkina est resté dans une inertie et dans un déni de justice. La présente procédure se déroule devant le tribunal militaire, suite à un ordre de poursuite donné par le premier ministre de la transition Yacouba Isaac Zida.

Les audiences vont se dérouler sans la présence du principal accusé, aujourd’hui réfugié en Côte d’Ivoire. Comment l’expliquer ?

Bénéwendé Sankara Il y a eu l’émission d’un mandat d’arrêt international, mais la Côte d’Ivoire a invoqué la nationalité ivoirienne obtenue par Blaise Compaoré pour refuser l’extradition. Récemment, le ministre en charge de la Réconciliation a pu le rencontrer pour le convaincre qu’il fallait maintenant rentrer au Burkina Faso. Mais qu’il allait forcément faire face à la justice car le président, Roch Marc Christian Kaboré, a été clair : on ne peut pas faire la réconciliation sur le dos de la justice et de la vérité. C’est pour cela qu’il s’est ravisé ! Mais je crois que la volonté politique de le ramener au pays existe réellement, comme elle existe concernant Yacouba Isaac Zida, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt et qui est actuellement réfugié au Canada.

Ce procès s’ouvre dans un contexte particulier, au lendemain d’un sommet Afrique-France à Montpellier. Que vous évoque ce télescopage?

Bénéwendé Sankara C’est évidemment un pur hasard, mais ce sommet n’enlève rien à la dimension néocoloniale qui marque toujours les rapports entre la France et son ancien pré carré, que ce soit au Burkina Faso, au Mali ou au Niger. La jeunesse africaine n’est plus celle d’il y a vingt ou trente ans, elle est moins docile, moins « domptable ». Elle a accès aux nouvelles technologies, elle s’informe et ne s’en laisse plus conter. Même si Emmanuel Macron a pu se complaire dans ses échanges avec cette jeunesse lors du sommet Afrique-France, celle-ci est bien décidée à faire entendre sa voix.

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:21
La sénatrice socialiste de New-York Julia Salazar

La sénatrice socialiste de New-York Julia Salazar

États-Unis. Qu'est-ce que le « caucus » progressiste, ce comité qui secoue le Capitole ?
Mardi 12 Octobre 2021- L'Humanité

Ils partirent à quelques-uns, parmi lesquels Bernie Sanders. Ils sont désormais 95. À la Chambre, les députés progressistes sont de plus en plus puissants.

 

Il se trouvait bien isolé en cette rentrée parlementaire. Ses nouveaux collègues le regardaient d’un œil distant, voire méfiant : qui pouvait bien être celui qui refusait d’appartenir à l’un des deux grands groupes de la Chambre et se réclamait encore du socialisme, malgré la chute du mur de Berlin, une année plus tôt ? Son allure – costume mal taillé, cheveux en bataille, humeur grincheuse – ajoutait à la singularité du nouveau venu, dont on retrouvait presque aussitôt la signature en bas du communiqué annonçant la création d’un nouveau « caucus » (comité informel au sein d’un groupe).

Début 1991, face au rouleau compresseur de « la fin de l’Histoire », quelques élus décidaient de fonder le Congressional Progressive Caucus (CPC). Membre fondateur : Bernie Sanders, 49 ans. Trente ans plus tard, ce caucus joue un rôle central au sein de la coalition démocrate : il y a une dizaine de jours, il a transformé sa puissance numérique (95 membres sur les 220 élus démocrates) en véritable levier politique.

Infrastructures, avancées sociales : deux lois sinon rien

Tout commence comme une presque banale affaire de procédure parlementaire et se termine comme une leçon de choses politique. Deux lois sont sur le bureau des députés. La première porte sur des investissements dans les infrastructures du pays. De compromis en compromis, la proposition initiale a été rabotée pour être ramenée à un montant de 550 milliards de dollars (475 milliards d’euros). Elle a été adoptée par le Sénat, avec l’apport de 19 voix des républicains, un fait rarissime en ces temps de polarisation extrême.

Les élus progressistes de la Chambre estimaient que l’état du pays, dont les infrastructures ont été délaissées au cours de trente années de néolibéralisme, nécessitait des investissements plus massifs. Ils considèrent néanmoins qu’il s’agit d’un premier pas. Surtout, ils misent beaucoup plus sur la deuxième grande loi en discussion. Elle porte en fait deux noms : Build Back Better (Reconstruire en mieux, le slogan de campagne de Joe Biden) et Reconciliation bills, car elle utilise une procédure parlementaire (dite de réconciliation budgétaire) qui empêche les républicains de brandir la menace de l’obstruction parlementaire, sous la forme du « filibuster ». Cette dernière nécessite une majorité qualifiée de 60 voix au Sénat, ce dont ne disposent évidemment pas les démocrates (au mieux, l’égalité 50-50 y est tranchée par la voix prépondérante de la vice-présidente Kamala Harris).

 

Cette loi comporte des mesures qu’un Européen pourrait trouver banales, mais qui constituent aux États-Unis de véritables avancées sociales : généralisation et gratuité de l’école maternelle, gratuité des deux premières années dans les community colleges, ces universités très prisées des catégories populaires qui délivrent des diplômes bac + 2, instauration des congés parentaux et congés maladie payés, pérennisation de l’allocation familiale de 300 dollars par mois et par enfant votée en mars.

La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait promis aux progressistes de solidariser les deux votes. Puis, à la veille du vote, elle se dédit. Les « modérés » exultent. Les progressistes identifient le piège. Élus ou pas à l’époque, ils ont tous en mémoire la « jurisprudence Obamacare » : les progressistes ont voté un compromis bancal négocié avec des républicains, avec la promesse d’une future « option publique » (un système de santé public concurrent des assurances privées) qui ne vint jamais. Quelques mois plus tard, les démocrates prenaient une raclée lors des élections de mi-mandat avec 64 sièges perdus, et leur majorité.

Joe Biden s’aligne sur la gauche du parti

Il faudra attendre la première campagne de Bernie Sanders en 2016, pour la primaire démocrate, pour que les progressistes se convainquent qu’ils ne sont plus des « marginaux », qu’une base sociale et militante très large leur permet de peser plus dans la vie politique. Le caucus progressiste n’est encore qu’un « club de lecture de Noam Chomsky », selon la formule du député Raul Grijalva. L’arrivée de nouveaux élus, le plus souvent des femmes, plus jeunes et beaucoup plus à gauche, va changer la donne. Dès 2018, Alexandria Ocasio-Cortez évoque la création d’un sous-comité, vraiment organisé, vraiment progressiste. En 2020, le caucus renforce ses conditions d’adhésion. Auparavant, un chèque de 4 000 dollars suffisait (3 458 euros). Certains élus, dont les votes étaient alignés sur l’establishment, s’achetaient ainsi à peu de frais une assurance contre des candidatures progressistes lors des primaires. Une présidence unique en lieu et place d’une coprésidence est établie, une façon d’être plus réactif dans les moments de tension. C’est Pramila Jayapal, entrée en politique en réaction à la déferlante nationaliste post-11 Septembre, qui occupe la fonction. Quelques escarmouches au sein du groupe démocrate passent sous les radars médiatiques, mais le CPC se fait les muscles.

La démonstration de force intervient donc fin septembre 2021. Les progressistes ne cèdent pas au chantage du « mieux vaut ça que rien ». Joe Biden se range « à la réalité » et s’aligne (momentanément ?) sur la gauche du parti : les deux votes auront lieu en même temps. Sur Twitter, un utilisateur adresse ses « félicitations au caucus progressiste et aux autres démocrates qui ont insisté pour que le Congrès vote ENSEMBLE la loi sur les infrastructures et la Reconciliation bills ». Signé : Bernie Sanders.

États-Unis. Qu'est-ce que le « caucus » progressiste, ce comité qui secoue le Capitole ? (Christophe Deroubaix, L'Humanité, 12 octobre 2021)
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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 15:58

 

Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie, des finances et de la relance, mais je sais que M. Dussopt me répondra.

En février dernier, un grand journal du soir révélait dans le cadre d’une enquête dénommée « Openlux », l’existence de 55 000 sociétés offshore détenant 6 500 milliards d’euros d’actifs au Luxembourg. Cette semaine, un consortium de journalistes publie une nouvelle enquête, les Pandora Papers – bien que la boîte de Pandore ait été ouverte il y a déjà bien longtemps – par laquelle nous apprenons que 29 000 autres sociétés offshore viennent d’être mises au jour, créées et gérées par quatorze cabinets et officines spécialisés.

M. le ministre Bruno Le Maire s’est déclaré « choqué », quand tous nos concitoyens sont ulcérés par ces révélations incessantes faites par la presse ces dernières années.

Pour les milliardaires concernés, responsables politiques de très haut niveau, sportifs et trafiquants en tout genre, l’objectif est d’échapper à l’impôt et aux juges grâce à cette industrie de l’opacité. Le problème est systémique.

Monsieur le ministre, comptez-vous en rester au choc et à la vérification ? (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE et SER, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)

 

M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics.

M. Olivier Dussopt, ministre délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et de la relance, chargé des comptes publics. Mesdames, messieurs les sénateurs, monsieur le sénateur Bocquet, nous ne comptons pas en rester au choc.

Je l’ai dit, nous avons développé des outils de lutte contre la fraude fiscale. Il faut rendre à César ce qui est à César : le développement des outils de lutte contre la fraude fiscale date de plusieurs années. Lorsque l’on regarde les quelques années écoulées, on peut citer la loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dite « loi Sapin II », ainsi que les lois pour la confiance dans la vie politique de 2014, 2017 et 2018.

À chaque fois, les gouvernements successifs ont travaillé pour que les administrations soient dotées d’outils plus performants.

La loi du 23 octobre 2018 relative à la lutte contre la fraude a créé une police fiscale. Les échanges d’information que j’évoquais à l’instant permettent de dégager au niveau communautaire plus de 100 milliards d’euros de revenus supplémentaires via la lutte contre la fraude fiscale.

Vous me demandez si je veux en rester au choc et à la vérification. Nous en restons avant tout à la vérification et, chaque fois que nous le pouvons, menons des contrôles et prononçons des redressements.

Vous avez évoqué un certain nombre d’affaires révélées. Je voudrais revenir sur celle dite des Panama Papers. En la matière, l’administration fiscale française a identifié un certain nombre de contribuables français concernés, nous avons mené à leur terme 657 dossiers soit de régularisation, soit de redressement, à moins qu’ils n’aient fait l’objet d’une judiciarisation. Cela a permis à l’État français de recouvrer plus de 200 millions d’euros (Exclamations sur les travées des groupes SER et CRCE.)

M. David Assouline. Sur 11 000 milliards !

M. Olivier Dussopt, ministre délégué. Vous dites 11 000 milliards, monsieur Assouline, comme s’il s’agissait de 11 000 milliards français ! Je vous parle, moi, des 657 contribuables français détectés dans les Panama Papers. Vous devriez vous en féliciter et féliciter l’administration plutôt que de faire des comparaisons qui n’ont ni queue ni tête. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

L’essentiel, pour moi, c’est que l’administration est au travail et que, quand elle travaille, cela paie et permet de sanctionner les fraudeurs. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. François Patriat. Très bien !

 

M. le président. La parole est à M. Éric Bocquet, pour la réplique.

M. Éric Bocquet. Ces scandales successifs qui se traduisent à chaque fois par des milliards en fuite pour la République nécessitent une réaction déterminée.

Vous le savez, nous sommes constructifs et nous nous permettons de vous suggérer trois pistes d’action immédiate.

Premièrement, vous pouvez recréer des postes de contrôleur dès le projet de loi de finances qui vient devant le Parlement dans quelques jours. Pour rappel, 38 000 emplois ont été supprimés depuis 2002 dans les finances publiques.

Deuxièmement, vous pouvez créer l’observatoire de la lutte contre la fraude fiscale, annoncé en 2018, jamais mis en place. Nous sommes candidats à titre bénévole. (Rires sur les travées du groupe CRCE.)

Troisièmement, la France va présider le Conseil de l’Union européenne à partir de janvier 2022. L’Union européenne a décidé hier de retirer de la liste des paradis fiscaux les Seychelles, en plein cœur des révélations du dernier scandale. Inscrivez à l’agenda de ce semestre une mise à jour de cette liste en y incluant notamment le Luxembourg et Chypre.

 

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8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 15:49

 

Par la voix de son secteur International, le PCF apporte son plein soutien à Rosa Moussaoui, grand reporter au quotidien l'Humanité, aux journalistes de la rédaction et à Patrick Le Hyaric et Fabien Gay, ancien et nouveau directeurs du journal, poursuivis en justice dans l'exercice de leurs fonctions par le roi du Maroc, Mohammed VI, qui invoque la "diffamation". Le PCF réaffirme ce faisant sa totale solidarité avec les démocrates marocains, les militant.e.s des droits de l'homme, les peuples marocain et sahraoui.

Mobilisons-nous pour la liberté de la presse !

 

 

Le 18 juillet 2021, un consortium de médias rassemblés autour de la plateforme Forbidden Stories a dénoncé un système mondial d'espionnage mondial par différents États à l'aide du logiciel israélien « Pegasus » de la société NSO Group. L'ampleur du phénomène, même s'il n'est pas nouveau, acquiert une dimension ahurissante. Plus de 50 000 numéros de téléphones ont été ciblés.

Depuis deux décennies, le régime marocain utilise la cybersurveillance avec l'aide de sociétés françaises et européennes. Cette solide infrastructure lui permet déjà de traquer ses opposants, de contrôler les réseaux sociaux et Internet. Avec « Pegasus », une étape a été franchie donnant accès aux données et à des écoutes téléphoniques.

Le Maroc nie, contre toutes les évidences, être client du logiciel Pegasus. Or Rabat, qui s'est rapproché de l’État hébreu, l'a acquis depuis 2017 et l'utilise abondamment depuis cette date.

Les révélations sont confortées par des analyses techniques conduites par Amnesty International, des universités canadiennes mais aussi les autorités françaises. Les preuves sont irréfutables.

Les opposants marocains en sont les premières victimes : avocats, militants des droits humains et journalistes dont Hicham Mansouri et Omar Radi. Il en va de même pour les dirigeants du Front Polisario et les militants de la cause sahraouie.

De nombreuses personnalités politiques françaises dont le président de la République, des ministres, des diplomates et des journalistes ont été ciblés. Des plaintes ont été déposées par différents médias contre Rabat dont celle de Rosa Moussaoui, grand reporter au quotidien l'Humanité, qui conduit depuis de nombreuses années un travail exemplaire pour faire entendre la voix des démocrates marocains.

Le roi Mohammed VI entend semer la terreur pour régner sans partage à la tête d'un système corrompu, prédateur et mafieux. Il veut aussi faire taire tous ceux qui en dehors du Maroc dénoncent les atteintes liberticides graves liées aux technologies de la surveillance numérique.

Il mène la contre-attaque sur le terrain judiciaire. Il a déposé plusieurs plaintes pour diffamation contre Le MondeRadio FranceMediapart, des publications allemandes, Amnesty International mais aussi l'Humanité et son directeur (de 2000 à septembre 2021), Patrick Le Hyaric.

Depuis sa fondation jusqu'aux heures les plus sombres, l'Humanité s'est tenu avec constance aux côtés des démocrates marocains, des peuples marocain et sahraoui. C'est la raison pour laquelle les bandits qui dirigent aujourd'hui le Makhzen les poursuivent de leur haine.

Le silence du gouvernement français sur l'affaire « Pegasus » et maintenant sur les tentatives de museler la presse sont inacceptables.

L'Humanité, fondé par Jean Jaurès, n'est pas de ceux que l'on peut intimider et continuera à faire vivre la solidarité internationale en faveur de la liberté et de la paix. C'est cet honneur que Patrick Le Hyaric et Fabien Gay qui vient de prendre sa suite, Rosa Moussaoui et tous les journalistes de l'Humanité, portent quotidiennement.

Lydia Samarbakhsh, Cécile Dumas et Pascal Torre

 

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 04:55
La gauche ne s’économise pas sur l’évasion fiscale
Mardi 5 Octobre 2021 - L'Humanité
Extraits de l'article

Les révélations des Pandora Papers remettent le sujet dans le débat pour la présidentielle. (...)

«Je souhaite un véritable débat sur l’évasion fiscale », ce « cancer pour notre économie » . Ce n’est pas la première fois que le candidat communiste Fabien Roussel porte le thème de la fraude internationale et des paradis fiscaux à l’agenda de la présidentielle, aujourd’hui encore saturé des éructations d’Éric Zemmour. « Les actifs financiers sont retenus dans des banques et des comptes offshore où l’argent produit par des salariés ici se retrouve mélangé à l’argent de la drogue, de la traite des humains et des trafics d’armes », s’est alarmé le secrétaire national du PCF ce lundi, en conférence de presse. Face à cela, il propose plusieurs mesures, parmi lesquelles des peines de prison ferme et la perte des droits civiques pour les fraudeurs, l’instauration d’un ministère dédié à la lutte contre la fraude fiscale, et la création d’une « COP fiscale mondiale » sur le modèle de la COP climat (propositions reprises des frères Éric et Alain Bocquet, auteurs de Milliards en fuite !).

« La nationalisation ou la fermeture » des banques délinquantes

Le député nordiste propose aussi le recrutement de 15 000 contrôleurs fiscaux supplémentaires. « Il y a eu une saignée ces dix dernières années dans nos services fiscaux. On devrait avoir une armée formée pour aller débusquer ces délinquants en col blanc », justifie le candidat. La parlementaire propose en attendant une filière de recrutement spéciale de la police judiciaire où l’on développerait les compétences spécifiques requises pour ce genre d’enquête.

Vient ensuite la question des sanctions, que certains appellent à durcir. « Il faut abroger tout de suite les lois mises en place par Darmanin permettant de négocier le montant des amendes avec les fraudeurs fiscaux », pose Fabien Roussel. Une référence à une disposition de la loi antifraude de l’automne 2018, votée alors que Gérald Darmanin était encore aux Comptes publics. Cette loi assouplit notamment le « verrou de Bercy », c’est-à-dire le monopole de l’administration fiscale sur la lutte contre la fraude, monopole problématique quand ledit fraudeur est à la tête de l’administration fiscale, comme dans l’affaire Cahuzac. Mais elle a aussi ouvert, au grand dam des oppositions de gauche, l’extension à la fraude fiscale de la convention judiciaire d’intérêt public, une mesure permettant à une entreprise de négocier son amende directement avec l’État afin d’éviter des poursuites et une reconnaissance de culpabilité.

Pandora Papers - Le nouveau scandale de l'évasion fiscale - L'Humanité, 5 octobre 2021
Pandora Papers : un nouveau scandale d’évasion fiscale à grande échelle
Mardi 5 Octobre 2021

Les révélations d’un pool international de journalistes d’investigation dévoilent l’ampleur des fraudes et mettent en cause des personnalités politiques de premier plan. Le phénomène progresse dans les pas de la financiarisation du capitalisme mondialisé.

 

Joliment baptisée « Pandora Papers », une nouvelle enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) vient révéler l’ampleur de la fraude fiscale et le degré de corruption de certaines personnalités membres de l’élite politique mondiale, voire de certains chefs d’État en exercice. Elle atteint la bagatelle de 11 300 milliards de dollars (9 400 milliards d’euros). Les individus haut placés pris en flagrant délit les ont fait « prospérer » dans une myriade de sociétés offshore, basées dans des paradis fiscaux.

336 dirigeants et responsables politiques

Les enquêteurs de l’Icij ont épluché quelque 11,9 millions de documents. Ils pointent comment 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan ont triché pour parvenir à leurs fins lucratives. Nous avons sélectionné et dressé ici le portrait de quelques-uns des plus emblématiques de ces personnages, auteurs souvent des envolées les plus solennelles contre la corruption ou la fraude fiscale (lire ci-contre). Les îles Vierges britanniques se taillent la part du lion dans cette affaire, puisqu’elles sont à l’origine des deux tiers des montages d’optimisations de la fortune de tous ces grands personnages publics.

Ces Pandora Papers s’ajoutent à une déjà longue liste de scandales du même type. Baptisés Offshore Leaks, Panama Papers, Paradise Papers, LuxLeaks ou OpenLux, ces investigations lèvent, à chaque fois, un coin du voile sur des pratiques qui permettent de soustraire des milliers de milliards d’euros au financement des services publics, des hôpitaux, des écoles, de la recherche médicale… Elles livrent un décryptage saisissant des méthodes les plus sophistiquées employées par des fraudeurs qui se sont entourés d’une armée de financiers pleinement intégrés à la planète boursière, de banquiers forts de leurs réseaux mondiaux et d’avocats fiscalistes ayant pignon sur rue.

Expansion et banalisation des paradis fiscaux

Au-delà de la ribambelle de personnages politiques sortis de la boîte de Pandora, l’un des mérites de cette dernière enquête en date est de révéler l’expansion et la banalisation des paradis fiscaux. Il apparaît, en effet, que ces derniers ont pu étendre leur périmètre d’activité bien au-delà des sphères traditionnelles, des Caraïbes au Luxembourg. De nouveaux flibustiers de la fraude fiscale sont venus s’ajouter aux champions d’un secteur déjà très fourni. Au sein de l’hyperpuissance mondiale, l’État du Dakota du Sud accueille ainsi depuis peu des fonds considérables venus de l’étranger au sein de sociétés-écrans en leur garantissant l’opacité la plus totale.

La qualité de ces investigations et les efforts fédérés par plusieurs grands titres de la presse internationale – ils vont en France du Monde à Libération en passant par Radio France – permettent à leurs auteurs de distiller, à chaque fois, de vraies révélations sans courir le risque d’un tir de barrage politique ou (et) juridique. Toutefois, l’extraordinaire accumulation de ce type d’enquête n’a jamais débouché sur un véritable tournant dans la lutte contre les fraudeurs mondialisés. Davantage de transparence, des régulations plus sévères, de nouvelles contraintes juridiques, voire la mise hors circuit des hôtes les plus avérés du dopage des fortunes personnelles ou des profits géants des plus grandes sociétés sont réclamées, à chaque fois, à juste titre et à cor et à cri. Sans jamais que rien ne change vraiment. Comme le prouvent les révélations publiées quelques mois ou quelques années plus tard. Un peu comme s’il s’agissait, à chaque fois, d’un nouvel épisode accablant versé à un dossier dont l’importance et la nocivité ne se réduisent pas. Mais qui fait preuve tout au contraire d’une résilience phénoménale, voire d’une capacité à continuer de croître et embellir.

Un environnement systémique des plus favorables

En fait, la plaie de la fraude fiscale n’est béante et hideuse que parce qu’elle bénéficie d’un environnement systémique des plus favorables. La financiarisation des économies encouragée, impulsée ces dernières années par les grandes puissances, et singulièrement par Washington et Wall Street, a débouché sur un mode de régulation de la sphère capitaliste dont la caractéristique essentielle est d’ouvrir toujours davantage de possibilités aux fraudeurs et autres optimiseurs de gros magots.

«  Au cours des 40 dernières années, l’industrie financière a pris un pouvoir considérable sur le reste de la sphère économique », relevait en 2020 un observateur allemand très en vue, longtemps membre de l’institut Ifo de conjoncture d’inspiration plutôt libérale. Cette évolution a été portée par un « assouplissement » des règles et des contrôles publics qui a démultiplié les possibilités de pratiquer les placements les plus lucratifs, assorti des moyens de leur faire éviter ou contourner les impôts et les taxes.

Tout a été subordonné aux résultats de la Bourse. Sans que les placements encouragés soient le plus souvent reliés au monde réel. Et ce sont les plus grosses sociétés d’investissement, comme l’États-Unien BlackRock, qui ont ainsi pu acquérir des pouvoirs d’influences nouveaux jusque dans les régulations, souvent codécidées avec la puissance publique. Elles ont pu ainsi lancer des produits au rendement exceptionnel. Nourrissant ce faisant une boursouflure financière mondiale au diamètre de plus en plus menaçant.

À quand des « Delaware Papers » ou un « Delaware Leaks » ?

Les États-Unis sont à l’avant-garde de cette évolution comme du combat pour atteindre la plus grande compétitivité financière. Outre les nouveaux aventuriers du Dakota du Sud repérés par les enquêteurs de l’Icij, ils disposent de très longue date d’un outil majeur d’optimisation fiscale : l’État du Delaware. Il permet à toutes les compagnies qui y déclarent leur siège social de bénéficier de taux d’imposition très réduits.

Dans cet État peuplé de moins d’un million d’habitants, quelque 1,2 million de sociétés, dont la plupart des géants de Wall Street, ont installé quelques bureaux, parfois juste une plaque. Ce qui leur permet de réduire considérablement leurs prélèvements. Une entreprise installée ne paie aucune taxe locale et doit seulement s’acquitter de l’impôt fédéral américain. Le système est bien rodé et défendu jusqu’au plus haut niveau. Le sénateur du Delaware depuis 1972 n’est autre qu’un certain Joe Biden, aujourd’hui président des États-Unis. À quand des « Delaware Papers » ou un « Delaware Leaks » ?

Les monnaies numériques, une alternative « paradisiaque »

Partout, les possibilités de placer son argent sans avoir à rendre le moindre compte à la puissance publique et à ses besoins d’investissements sociaux ou environnementaux ont atteint aussi une dimension nouvelle dans la dernière période, dont le bitcoin est le nom. Ces monnaies numériques, alternatives des devises émises par les grandes banques centrales, sont portées par les libéraux libertaires des États-Unis. Elles remplissent, à elles seules, tous les avantages offerts par les paradis fiscaux : aucun contrôle sur l’origine des fonds, aucune régulation publique et une promesse de rendements faramineux. Elles siphonnent aujourd’hui plus de 500 billions de dollars. Ce qui en fait le plus gros des récipients dévoués aux investissements hors taxes pour tous les agioteurs de la planète. Seule différence : le placement peut désormais s’avérer risqué quand la bulle des bitcoins se sent comme aujourd’hui des accès de faiblesse. Sur fond de risque bien réel d’éclatement de cette sphère ultraspéculative, qui pourrait bien menacer toute la planète financière.

Pandora Papers - Le nouveau scandale de l'évasion fiscale - L'Humanité, 5 octobre 2021
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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 09:07

 

Il s’appelait Esteban Mosquera. Vingt-six ans. Symbole des luttes sociales en Colombie. La brutale répression des manifestations étudiantes de 2018 par l’Escadron mobile anti-émeutes (Esmad) lui avait coûté un œil. Durant la longue mobilisation du « paro nacional », du 28 avril à fin juillet 2021 (70 morts), il demeura un acteur de premier rang de la contestation [1]. Le 23 août, Mosquera a été assassiné par des paramilitaires à Popayán.

La mort de Mosquera passerait presque inaperçue. Bien d’autres ont subi le même sort. Johan Bonilla Bermúdez, 26 ans, l’un des leaders des manifestants de la« Primera Línea » (la première ligne) à Cali en 2021.Jesús Gutiérrez, lui aussi meneur des contestataires et pilier du Conseil d’action communal d’El Plateado, à Argelia (Cauca), disparu le 21 août, retrouvé mort le 25. Carlos Londoño Bautista, professeur à Fuente de Oro, membre de l’Association des éducateurs du Meta. María Dorfenis López Cordón, du Syndicat des travailleurs indépendants agricoles, également dans le département du Meta. Blanca Rosa Monroy, ex-guérillera des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), signataire des Accords de paix de 2016, assassinée le 2 septembre à Pereira. Un an auparavant, exécuté le 20 octobre 2020, Gustavo Herrera, directeur de la campagne présidentielle du candidat d’opposition Gustavo Petro dans le département du Cauca...

D’après l’Institut d’études pour le développement et la paix (Indepaz), cent douze dirigeants communautaires et sociaux ont été assassinés entre le 1er janvier et le 24 août 2021 ; plus de 1 200, auxquels s’ajoutent 285 ex-guérilleros des FARC, depuis la signature des supposés « accords de paix » de 2016. Rien de très nouveau ni de particulièrement original dans ce constat. Depuis des lustres, ainsi devrait débuter tout article digne de ce nom consacré à la Colombie.

Pour se maintenir au pouvoir, le gouvernement du président Iván Duque mène une guerre ouverte contre le mouvement populaire. Les explosions sociales de 2018 et 2021 ont érodé sa domination. Portée par le désespoir ou la révolte, surgie des quartiers populaires et des universités, une génération de jeunes rebelles a pris la rue au cri de « Uribe, paraco, el pueblo está berraco ! » (« Uribe, paramilitaire, le peuple est furibond ! »). Dans la perspective des élections législatives (13 mars) et surtout présidentielle (29 mai) de 2022, l’ « uribisme » (du nom de l’ancien président Álvaro Uribe, précédemment cité) a le dos au mur. Regroupée au sein d’un Pacte historique, une vaste coalition politique et électorale monte en puissance. Elle rassemble entre autres des partis de gauche – Pôle démocratique alternatif (PDA), Union patriotique (UP), Parti communiste (PCC), Force citoyenne (FC) – des formations de toutes natures – Alliance démocratique afro-colombienne (ADA), Mouvement alternatif indigène et social (MAIS) –, des organisations sociales – Marche patriotique (MP), Mouvement pour la constituante populaire (MPCP) – et la Colombie humaine (CH) du probable futur candidat, le sénateur (plus centriste que de gauche) Gustavo Petro.

Pointant du doigt « un plan criminel qui implique des dirigeants du Centre démocratique [parti d’Uribe et Duque], des agents du renseignement militaire, des campagnes des réseaux sociaux, ainsi que des journalistes et des médias pro-Uribe », le sénateur du PDA Iván Cepeda a dénoncé le 1er septembre l’existence d’une « campagne sale » destinée à freiner l’avancée des secteurs de la gauche et du Pacte historique. Quelques jours auparavant, le 26 août, à des milliers de kilomètres de Bogotá, le député français Adrien Quatennens avait pour sa part présenté aux « insoumis » réunis à Valence pour la première journée de leurs « Amfis 2021 » l’un des participants à un débat sur l’Amérique latine : « Je tiens à saluer la présence du colombien Carlos Caicedo, gouverneur du département du Magdalena, qui est avec nous aujourd’hui en France parce que, en Colombie, il a reçu des menaces de mort de la part de narcotrafiquants proches du gouvernement. »

Une nouvelle peu commune, même pour la Colombie. Un gouverneur obligé de s’exiler. Encore que… Leader du mouvement Force citoyenne, partie prenante du Pacte historique, Caicedo est le seul gouverneur de gauche parmi les trente-deux que compte son pays [2] ! De la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon à Bruxelles et l’Union européenne, qu’il gagnerait ensuite, le « proscrit » parcourait le vieux continent en compagnie de sa compagne et de leur bambin d’un an pour exposer son cas, en recherche de protection.

Bordé au nord par la chaude mer des Caraïbes, le département du Magadalena a pour capitale Santa Marta (près de 500 000 habitants), l’une des agglomérations les plus anciennes de la Colombie. Meurtres, enlèvements, torture, extorsions, déplacements forcés : pendant trois décennies et jusqu’à 2006, la région que domine l’imposante Sierra Nevada de Santa Marta (5 575 mètres d’altitude) a été le fief du Bloc de résistance Tayrona, commandé par le redoutable narco-paramilitaire Hernán Giraldo – alias « El Señor de la Sierra », « El Patrón » ou « Taladro » (« Perçeuse », en référence aux innombrables viols de mineures qu’il a commis) [3]. Après 2006 et la pseudo démobilisation des paramilitaires organisée par le gouvernement de leur proche ami Álvaro Uribe, plus d’une dizaine de structures criminelles plus ou moins liées à Giraldo et impliquées dans le trafic de drogue ont poursuivi leurs exactions.

Depuis février 2021, Santa Marta subit un flux de pamphlets menaçants attribués aux Autodéfenses conquérantes de la Sierra Nevada (ACSN). Succédant depuis deux ans à un autre groupe paramilitaire – los Pachenca – ces ACSN disputent le territoire au Clan du Golfe, également connu sous le nom d’Autodéfenses gaitanistes de Colombie (AGC) [4]. Lequel Clan, pour sa part, couvre les murs des secteurs populaires d’inquiétants graffitis.

C’est dans ce contexte que, fin avril, le corps sans vie du leader populaire Francisco Giacometto, cofondateurs de l’Union patriotique (UP) [5] à Santa Marta, a été retrouvé à son domicile, avec des signes apparents de torture et plusieurs coups de couteau au cou. Face à un tel climat de violence et de démence meurtrière, le gouverneur Carlos Caicedo est monté au créneau en déposant plusieurs plaintes et en demandant l’intervention des organes de sécurité de l’Etat contre ces groupes armés organisés (GAO) afin d’empêcher leurs activités criminelles, dont les cultures illicites qui détruisent la biodiversité de la Sierra Nevada.

 

« Je regrette et condamne l’assassinat du fondateur et militant de l’UP Francisco Giacometto Gomez. Je demande au Parquet général et à la police de Santa Marta d’agir avec célérité pour identifier les responsables »

 

La réponse n’a pas tardé. Le 14 août, Caicedo était prévenu par une « source hautement fiable » que les AGC et l’extrême droite préparaient une opération pour l’assassiner. Immédiatement transmise au commandant de la Deuxième brigade de l’armée et aux chefs de la police du Magdalena, l’information a été confirmée par ces derniers après qu’ils se fussent réunis avec la source en question. Au terme d’une rencontre, le 17, entre ces officiers, les autorités judiciaires locales et Caicedo, il fut décidé que, dans l’urgence et compte tenu du danger, la meilleure solution était un départ du pays.

Rencontré en France quelques jours plus tard, Caicedo, entre deux communications par téléphone portable avec sa terre natale, résumait ainsi une trajectoire qui n’a pas commencé avec ce voyage forcé : « A travers ses clans politiques et narco-paramilitaires, l’uribisme a tenté à plusieurs reprises de me liquider moralement et judiciairement ; ils m’ont injustement détenu ; ils ont fait toutes sortes de montages et de campagnes diffamatoires ; aucun n’a fonctionné. Maintenant, ils prévoient de m’assassiner. »

Depuis des lustres, Caicedo et ses équipes livrent dans le Magdalena une âpre lutte contre les partis, les clans traditionnels de la côte et les puissantes ramifications de l’ « uribisme ». A ce titre, son histoire constitue un vivant symbole de ce qu’est la vie politique en Colombie.

Originaire d’Aracataca, petite ville assoupie au pied de la Sierra Nevada dont s’est inspiré Gabriel García Márquez pour le Macondo de ses Cent ans de solitude, Caicedo a très jeune milité « à gauche ». Dirigeant étudiant, candidat de l’Union patriotique lors de la convocation de l’Assemblée nationale constituante de 1991, il fut trois ans plus tard, porte-parole du Courant de rénovation socialiste (CRS) lors de négociations de paix entre ce secteur dissident de l’Armée de libération nationale (ELN) et le gouvernement de César Gaviria. Comme il se doit dans ce pays des « accords violés », soixante-quatre membres de la CRS seront assassinés après la signature des accords.

Un temps conseiller pour le développement social dans le cabinet du gouverneur du Magdalena Jorge Caballero, Caidedo va surtout se faire remarquer par sa gestion de l’Université du Magdalena, dont il devient recteur, par concours, en 1997. Lorsqu’il en prend le contrôle, l’établissement est en faillite. Il redresse la situation, instaure l’attribution de bourses, fait passer le nombre d’étudiants de 2000 à 9000, transforme l’institution en l’une des meilleures du pays. Ce succès lui vaut d’être élu président de l’Association colombienne des Universités (ASCUN). Mais là commencent pour lui les vraies difficultés.

En 2004, au terme d’un scrutin dont il est le seul candidat – les autres s’étant gentiment désistés après qu’ait été déclaré « objectif militaire » quiconque se présenterait contre lui – un certain Trino Luna Correa est élu gouverneur. Le genre d’homme qui, lorsqu’il convoite quelque chose, tend la main pour se l’approprier. L’UniMagdalena dispose désormais de ressources. Trino Luna convoque Caicedo, réclame l’attribution de contrats pour telle ou telle entreprise, quelques postes rémunérateurs pour ses amis.

Moins docile qu’on pouvait l’espérer, le recteur blinde le budget de l’université pour le protéger de l’ingérence des mafias politiques. Trois dirigeants universitaires sont assassinés. On accuse de ce crime… Caicedo (toujours poursuivi à ce jour pour ces faits bien que, en 2007, Hernán Giraldo ait reconnu que lui et un autre chef paramilitaire, « Jorge 40 », ont été les auteurs des meurtres).

Autre front : en pleine confrontation avec le gouverneur, Caicedo est poursuivi pour une sombre affaire de « conciliation » avec des enseignants à qui étaient dues des indemnités de licenciement. En prime, Trino Luna l’accuse d’être membre du PC4, bras politique des FARC, et d’avoir participé à un enlèvement de sa mère. Ce qui est absurde. En retour, le recteur dénonce les liens du gouverneur avec le paramilitarisme. Ce qui est avéré. Frère du « paraco » Juan Carlos Luna Correa, alias « El Cóndor », Trino Luna sera condamné en 2007 dans le cadre du scandale dit de la « parapolitique » [6].

Entretemps, la « justice » locale s’est occupée du « cas Caicedo ». En octobre 2007, un juge du Tribunal du Magdalena le condamne à huit ans de prison pour l’affaire de la « conciliation ». Il fait appel. La procédure traîne, enterrée pendant dix-huit mois. Il faudra qu’au terme de multiples recours le cas soit délocalisé auprès du Tribunal supérieur de Bogotá pour que, en 2011, après quatre ans et huit mois d’incarcération, puis de détention à domicile, Caicedo soit enfin acquitté et libéré.

L’épreuve a été particulièrement éprouvante. Pour payer ses avocats, l’ex-recteur a dû vendre sa maison. « Quelqu’un comme moi n’est pas préparé à une situation de cette nature, confie-t-il avec le recul. Cela dégrade tout ce qui a été construit au fil des ans, le nom, la réputation, le modeste patrimoine, une position dans la société, la reconnaissance dans le milieu universitaire… Heureusement, nous nous en sommes sortis progressivement. »

Blanchi par la justice, rendu à la vie publique, Caicedo ne renonce en rien à ses idéaux. Il se lance dans la vie politique en annonçant sa candidature à la mairie de Santa Marta. Il a fondé Force citoyenne. Il n’a ni appuis politiques ni argent pour « acheter des votes ». On le traite de fou. Il obtient deux fois plus de voix que son opposant, soutenu par la caste des barons électoraux – les Díaz-Granados et les Cotes (connus sous le sobriquet de « capos du Magdalena »). Elu pour la période 2012-2015, Caicedo prône le changement, entreprend de moderniser la ville, comme il l’a fait avec son Université. Il met l’accent sur le « social ». Il affronte les mafias locales et en dénonce la corruption. Met en cause les noms d’ « intouchables », dont l’ex-juge de la Cour constitutionnelle Jorge Pretelt (condamné en décembre 2019 à six ans de prison pour « concussion »).

Son rejet des règles imposées par la violence, sa réticence à obéir aux ordres des satrapes propulsent la réputation de Caicedo au-delà des limites de Santa Marta. A ses ennemis locaux, se joint la crème de ce que la Colombie compte de pire : Álvaro Uribe en personne, Germán Vargas Lleras (vice-président de 2014 à 2017), les clans de la côte atlantique (Gnecco Cerchar, Araujo, Char [7]…). Procureur général de la Nation de 2016 à 2019, Néstor Humberto Martinez ré-ouvre le cas des trois assassinats de l’UniMgdalena – les témoins instrumentalisés pour accuser Caicedo admettront ultérieurement avoir été payés par le clan Cotes. En un mot : Caicedo subit une campagne de déstabilisation pire que celle qu’a connue Gustavo Petro lorsqu’il était maire de Bogotá [8].

Cette suite d’événements aisément déchiffrables rend Caicedo populaire au sein de la masse des Colombiens de la côte qui, comme la majorité de leurs compatriotes, comptent et recomptent en permanence chaque peso pour survivre, se loger et manger. Le 27 octobre 2019, déjouant une nouvelle fois tous les pronostics, il bat le candidat de la droite et de l’extrême droite Luis Miguel Cotes et est élu gouverneur du Magdalena avec 58 % des voix. Force citoyenne devient la première formation politique du Département.

Refusant la défaite, son adversaire ne décolère pas.Le père du vaincu,Álvaro Cotes, encore moins : « Caicedo est un meurtrier et un voleur ; il a gagné ce département avec l’aide des FARC (...) Ce type doit être remis à sa place, nous ne pouvons pas permettre qu’il soit gouverneur [9] »

En annonçant son plan de développement 2020-2023 intitulé « le Magdalena renaît », Caicedo n’en promet pas moins « une révolution de l’équité ». Dans ce Département classé au rang de quatrième plus pauvre du pays, il s’agit en substance de réduire la mortalité maternelle et périnatale, la malnutrition, le nombre de grossesses chez les adolescentes, d’améliorer la qualité des services de santé, de renforcer le réseau hospitalier public… Le Covid-19 s’abattant sur la Colombie, Caicedo lance une stratégie de soins primaires universelle appelée « Docteur dans votre maison ».

Ex-gouverneure, Rosa Cotes a immédiatement déclenché les hostilités pour étouffer son successeur et son projet. Arguant de « déficiences juridiques, administratives, sociales et financières » accumulées au cours des années précédentes, la Surintendance nationale de la santé enchaîne en prenant le contrôle de l’Hôpital universitaire Julio Méndez Barreneche, l’établissement de référence pour la région. « Ils n’ont même pas prévenu le gouverneur, s’insurge Caicedo. C’est un acte arbitraire de politique politicienne que de remettre cet hôpital à la classe politique du Magdalena. » Mais il n’a encore rien vu… D’autant qu’il passe son temps à « aggraver son cas »… Le 17 juillet 2020 n’a-t-il pas demandé l’assistance de Cuba et de ses médecins pour lutter contre le Covid-19 et inverser la courbe de la pandémie [10] ? Ministre de la santé, Fernando Ruiz opposera alors une fin de non recevoir : faire venir des médecins d’autres pays ne peut être envisagé « que dans des circonstances extrêmes », car leur inclusion « n’est pas sans risque »… La notion de risque n’étant bien entendu pas la même pour tout le monde : la Colombie comptera 126 000 morts au 15 septembre 2021 [11].

Le 11 octobre 2020, vingt-neuf des trente maires du Magdalena se réunissent dans la municipalité de Ciénaga – là où, en décembre 1928, a eu lieu « le massacre des bananeraies » (l’assassinat de plusieurs centaines de travailleurs grévistes de la United Fruit Company par les forces armées [12]). Seule manque Virna Jhonson, membre de Force citoyenne, qui a succédé à Caicedo à la mairie de Santa Marta. En revanche, un certain nombre de sénateurs, tous de droite, ont fait le déplacement : Honorio Henriquez (Centre démocratique), Eduardo Pulgar et Hernando Guido (Parti de la U), Fabián Castillo et Carlos Mario Farelo (Cambio Radical), Kelyn González (Parti libéral) [13]. En maître de cérémonie, opère Luis Tete Samper, maire de Ciénaga, féroce détracteur de Caicedo. Le Département national de la planification (DNP) et son directeur Luis Alberto Rodríguez ainsi que certains ministères, dont celui de la Défense, se tiennent discrètement en arrière-plan.

Sous le slogan « Pour le développement du Magdalena », les comploteurs annoncent leur intention de créer une « association de municipalités » et « d’unir leurs forces pour gérer les ressources avec le gouvernement de la République et le Fonds de redevances, pour la mise en œuvre de projets favorisant le progrès dans leurs régions et le Département ». En d’autres termes : il s’agit pour eux de se faire attribuer directement par le gouvernement, via le DNP, les ressources légalement destinées au Département – 320 milliards de pesos (environ 71 millions d’euros) [14] – divisées en quotas municipaux. Un détournement de fonds (et de la loi !) sans précédent qui remet en cause le régime politique et administratif entre nation, département et municipalités [15]« Cette stratégie a pour objectif d’isoler l’action institutionnelle du gouverneur, d’empêcher que les propositions faites lors de sa campagne et contenues dans son plan de développement « le Magdalena renaît » soient réalisées et d’empêcher que son gouvernement prospère en tant qu’alternative réelle et efficace de changement », analyse Caicedo en dénonçant ce « Pacte de Ciénaga ». « En réalité, ajoute-t-il, cette association malveillante ne cherche pas à promouvoir les projets à fort impact social ou économique dont la région a besoin, mais plutôt à piller les ressources des redevances afin que ses promoteurs et sponsors puissent financer leurs prochaines campagnes électorales. »

Malgré les obstacles semés en travers de sa route par cette camarilla infernale, le plan « le Magdalena renaît » recevra en mars 2021 les félicitations du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

A peine avait-il été élu gouverneur que Caicedo s’en prenait aux narco-paramilitaires qui terrorisent la région. Un gouvernement parallèle allant jusqu’à établir des péages dans les zones touristiques de Santa Marta. Le 21 mai 2020, dans le quotidien national El Tiempo, il n’hésite pas à mettre les points sur les « i » : « Ce groupe criminel [l’ACSN] reçoit des informations directes de la police et de l’armée, ce qui a facilité le développement de ses activités illicites et son renforcement. » Dans le même temps, il organise des conseils de sécurité pour tenter d’empêcher les AGC de s’emparer définitivement de la Sierra Nevada pour la couvrir de cultures illicites.

Les barbares liturgies de la mise à mort se mettent en branle. Caicedo doit quitter précipitamment la Colombie. Ce qui ne l’empêche pas de communiquer : « Je tiens le président et Uribe pour responsables si l’AGC attente à ma vie, lance-t-il sur Twitter le 26 août ; d’une part pour avoir créé un climat de mépris à l’égard de mon gouvernement et du peuple du Magdalena, en faveur de l’impunité des groupes paramilitaires, et de l’autre pour avoir attisé l’extrême droite contre nous et la gauche colombienne. » Publiquement, il met en cause le chef de l’Etat et ses ministres pour ne pas avoir activé un appareil de sécurité lui permettant de gouverner – « un clin d’œil silencieux que les paramilitaires et la narco-politique savent comprendre ».

A Bogotá, le général Jorge Luis Vargas, chef de la Police nationale, et le ministre de l’Intérieur Daniel Palacio affirment sèchement ne pas comprendre la « fuite inattendue » du gouverneur hors de Colombie dans la mesure où il dispose « d’un des meilleurs schémas de sécurité du pays ». Ce à quoi, depuis l’Europe, Caicedo rétorque ironiquement : « [Ils] ont dit dans les médias que je dispose d’un dispositif de protection permanent de trente-trois hommes avec des armes lourdes et légères… J’aimerais qu’on me les présente car je ne les connais pas. Ils doivent confondre avec un ministre ou un ancien président ! » Affirmation immédiatement confirmée par la maire de Santa Marta, Virna Johnson, et le secrétaire à l’Intérieur du Magdalena, Adolfo Bula : « Le gouverneur Caicedo ne dispose que de cinq membres de la police pour sa protection [16]. »

Il arrive que l’ubuesque s’ajoute au tragique – plus qu’ailleurs en Colombie. C’est par un communiqué quasiment « officiel » que le groupe hors-la-loi des Autodéfenses gaitanistes de Colombie a, tout en le critiquant vertement, très rapidement démenti être derrière les menaces contre Caicedo. Ce qui a amené celui-ci à réagir : « C’est un pamphlet qui se réfère à moi de la même manière que le gouvernement national et les clans politiques du Magdalena. Qu’un groupe paramilitaire s’exprime avant le gouvernement devrait nous faire honte à tous. » D’autre part, pendant son séjour en Europe, le gouverneur rebelle a dû expliquer qu’il effectuait ce séjour quelque peu forcé en utilisant… des « jours de congés » : « Je n’ai la permission de quitter la Colombie que jusqu’au 6 septembre et je ne peux pas rester au-delà. Si je n’avais pas utilisé ce reliquat de jours de vacances, j’aurais dû, pour sortir, attendre une autorisation administrative [de l’Assemblée départementale ou de la présidence de la République] au risque que le plan de me tuer soit exécuté. »

« Vacances justifiées ou abandon de poste ? » Déjà la machine à broyer médiatique entre en campagne sur cette « absence injustifiée » d’un gouverneur qui se distingue par son caractère « autoritaire et populiste ». Seulement, son cas commence à bénéficier d’un retentissement international. Depuis la France, Caicedo obtient du ministère de l’Intérieur colombien une autorisation de sortie du pays en « mission officielle » jusqu’à la date fatidique du 6 septembre (décret 1007 du 26 août). Reste, pour le gouverneur, une décision difficile à prendre : rentrer en Colombie, malgré les risques, ou renoncer à sa fonction et demeurer à l’étranger ? « Non, décide-t-il, évoquant cette dernière hypothèse, c’est exactement ce qu’ils voudraient. »

Fort des soutiens obtenus auprès de l’Union européenne, de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH), de la représentation de l’ONU en Colombie, Caicedo est rentré le 7 dans son pays en lançant un appel au président Duque pour qu’il s’engage à affronter « les groupes illégaux qui effraient le Magdalena ». Car, qu’il s’agisse des AGC ou non, une structure criminelle a bel et bien menacé de l’éliminer.

Quel espace pour la gauche, ou même simplement la démocratie, en Colombie ? Lors de la flambée sociale qui a commencé le 28 avril de cette année, des civils ont ouvertement aidé les forces de l’ordre à réprimer mortellement. « Nous assistons à une paramilitarisation sans précédent du conflit social, a pu constater la chercheuse de l’Université nationale de Colombie Camila Esguerra, quand des images de collusion entre les forces armées de l’Etat et les civils armés sont enregistrées et diffusées en direct [17]. » Sous le coup d’une motion de censure pour répondre du nombre des victimes, le ministre de la Défense Diego Molano a été confortablement absous. « Ce qu’a fait le Sénat de la République, c’est cautionner l’assassinat de jeunes gens et le terrorisme d’Etat, a réagi à cette occasion Gustavo Petro. Les majorités de ce Congrès ont signé pour le massacre de leur propre peuple, et elles le font par corruption. »

Ce même ministre de la Défense vient d’annoncer la création d’un Front de sécurité citoyenne (FSC). Il existe certes de tels « fronts » organisés depuis 1997 pour lutter contre la délinquance dans les quartiers (fin 2020, on en comptait 980 à Bogotá). Mais Molano hausse sérieusement la barre en annonçant que ce FSC nouvelle mouture agira en étroite collaboration avec la Force publique et… les entreprises de sécurité privées. De sinistre mémoire, ainsi sont peu ou prou nées en 1994 les Coopératives de sécurité rurale (Convivir), particulièrement développées par un certain Álvaro Uribe lorsqu’il était (1995-1997) gouverneur du Département d’Antioquia. Organisés et coordonnés par les militaires, ces coopératives, après avoir servi de réseaux de soutien, se fondront rapidement au sein du complexe paramilitaire des Autodéfenses unies de Colombie (AUC).

Cerise sur le gâteau, à la demande de Claudia López, du Parti vert, première femme à occuper la mairie de Bogotá, 360 militaires patrouillent depuis le 15 septembre dans les rues de la capitale – 2 500 pouvant être appelés en renfort prochainement. Cette image de soldats en armes patrouillant dans les quartiers populaires et arrêtant les gens fait hurler la gauche et les démocrates tant sont présentes dans les consciences les innombrables violations des droits humains perpétrées par l’armée.

A quelques mois de l’élection présidentielle de 2022, la situation demanderait à être sérieusement prise en compte. D’autant que même la Commission des droits de l’homme de l’ONU vient d’interpeller le pouvoir. Toutefois, ce dernier a d’autres priorités. En visite en Espagne, où il a été cordialement reçu par le roi Felipe VI, le président Duque a une fois de plus exprimé son fort rejet des… négociations en cours à Mexico entre le gouvernement vénézuélien et son opposition radicale : « Toute solution qui perpétue la dictature ne fera qu’apporter plus de crises migratoires, plus de crises sociales et quelque chose qui a également été terrifiant, à savoir que le régime dictatorial du Venezuela protège sur son territoire des groupes terroristes qui ont fait beaucoup de dégâts dans des pays comme le nôtre et font partie de réseaux terroristes internationaux [18]. » D’où son insistance pour que soient amplifiées les mesures coercitives infligées à la population du pays voisin et pour que Madrid « maintienne la pression » sur Nicolás Maduro.

Pour sa part, la vice-présidente et ministre des Affaires étrangères Marta Lucía Ramírez a fermement demandé le 8 août au gouvernement haïtien de « fournir des garanties » aux dix-huit mercenaires colombiens, ex-militaires arrêtés pour leur participation à l’assassinat du président Jovenel Moïse et, des « irrégularités » entachant leur détention et l’assistance qui leur est due, « de se conformer aux traités internationaux relatifs aux droits humains [19] ».

Illustration : Carlos Caicedo, gouverneur du Magdalena.

 


[1Lire « Guerre totale contre le mouvement social » – https://www.medelu.org/Guerre-totale-contre-le-mouvement-social

[2La Colombie est divisée en 31 départements et un district (Bogotá). Les gouverneurs des départements sont élus au suffrage universel direct.

[3Démobilisé le 3 février 2006 avec 1 167 de ses hommes, Giraldo a été extradé en mai 2008 vers les Etats-Unis pour y répondre de crimes liés à l’exportation de drogues illicites vers ce pays. Après y avoir purgé douze années de prison, il est rentré en Colombie où il demeure incarcéré (pour viols commis entre sa démobilisation et son extradition).

[4Les AGC ont pour origine des membres du Bloc Elmer Cárdenas des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), qui ont refusé de se soumettre au processus de démobilisation convenu entre le gouvernement d’Álvaro Uribe et les paramilitaires entre 2003 et 2006 (loi Justice et Paix de 2005). Les AGC ont également été connues sous le nom de « Los Urabeños et « Clan Úsuga ».

[5Parti politique fondé en 1985, dans le cadre d’un accord avec le président Belisario Betancur, par diverses forces de gauche, dont des guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) démobilisés. Sous les coups des militaires et des paramilitaires, plus de 4 000 de ses membres et militants ont été tués ou ont disparu, dont les candidats à la présidence Jaime Pardo Leal et Bernardo Jaramillo, cinq membres du Congrès en exercice, 11 députés, 109 conseillers municipaux et huit maires élus.

[6Preuves rendues publiques démontrant qu’une fraction notable de la classe politique se trouvait sous l’influence des paramilitaires.

[7Lire « La Colombie aux temps du choléra », 24 mars 2020 – https://www.medelu.org/La-Colombie-aux-temps-du-cholera

[8A la tête de la mairie de la capitale depuis le 1er janvier 2012, Petro est destitué le 9 décembre 2013 par le procureur général Alejandro Ordoñez, inféodé au pouvoir, pour cause de « violation des principes constitutionnels de la concurrence » : en 2012, Petro a dépossédé du ramassage des ordures des entreprises privées se comportant en « mafia » pour le transférer à une entreprise publique. Après moult péripéties, il ne sera rétabli dans sa fonction que le 23 avril 2014 par le Tribunal supérieur de Bogotá.

[9https://noticierouniversal.com/colombia/familia-cotes-no-acepta-victoria-de-caicedo-en-magdalena/

[10La même démarche fut tentée par le maire de Medellin Daniel Quintero.

[11Johns Hopkins University Center for Systems Science and Engineering (JHU CSSE).

[12Lire Hernando Calvo Ospina, « En 1928, le massacre des bananeraies en Colombie », Le Monde diplomatique (« Les blogs du Diplo »)Paris, 16 décembre 2010.

[13Eduardo Pulgar est poursuivi par la Cour suprême de justice pour corruption d’un juge et Honorio Henriquez représente les intérêts des « terratenientes » – grands propriétaires – du Magdalena.

[14https://www.semana.com/nacion/articulo/la-oposicion-advierte-que-le-quieren-quitar-recursos-al-gobernador-caicedo/202044/

[15La Loi des redevances gère différents fonds, dont le Fonds de développement régional – réparti entre les départements en fonction de leur population et de leur pauvreté relative – et le Fonds de compensation régionale, dont 60 % sont distribués aux Départements, 30 % dans les communes les plus pauvres, et 10% dans d’autres communes.

[16https://www.elheraldo.co/magdalena/al-gobernador-caicedo-no-lo-protegen-33-policias-alcaldesa-de-santa-marta-845943

[17https://www.elsaltodiario.com/colombia/colombia-retorno-terror-paramilitar

[18https://www.elmundo.es/internacional/2021/09/15/614247b5fc6c83df188b45de.html

[19https://www.cancilleria.gov.co/newsroom/news/colombia-exige-garantias-colombianos-detenidos-haiti

 

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 05:49
Feyadin - Le combat de Georges Abdallah - le 6 octobre aux Studios à Brest à 20h, suivi d'un débat avec les réalisateurs du collectif Vacarmes

Le 6 octobre au cinéma les Studios, à BREST, projection du film sur George Ibrahim Abdallah, suivie d'un débat avec l'un des réalisateurs. A 20 h!

Fedayin, le combat de Georges Abdallah, une production du collectif Vacarme(s) film, retrace le parcours d’un infatigable communiste arabe et combattant pour la Palestine. Des camps de réfugié·e·s palestinien·ne·s qui ont forgé sa conscience, à la mobilisation internationale pour sa libération, nous allons à la découverte de celui qui est devenu l’un des plus anciens prisonniers politiques d’Europe.

Arrêté en France en 1984, Georges Abdallah est accusé de complicité d'assassinat de deux agents secrets, US et israélien. Il est libérable depuis 1999, mais l’État français, sous pression des États-Unis et d'Israël, refuse de le libérer malgré 8 demandes de libération et la requête de l’État libanais en 2012.

En dépit l’acharnement politique et judiciaire dont il est victime, des campagnes de presse calomnieuses, Georges Abdallah n’a jamais douté de la justesse de son combat

AFPS, groupe local de Brest

La mobilisation pour exiger la libération de notre camarade Georges Abdallah se poursuit, notamment pour que nous soyons toujours plus nombreux à la manifestation de Lannemezan du 23 octobre - alors que Georges Abdallah entrera, le jour suivant, dans sa 38e année de détention.
 
C'est en ce sens que la Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah a été à l'initiative d'un mois international d'actions - du 24 septembre au 23 octobre - appelant à multiplier les initiatives partout où nous sommes - sur le plan national et international - pour rendre visible l'étendue du soutien à notre camarade et ne pas laisser libre une seul espace politique sans que le combat et la libération de notre camarade ne soient à l'ordre du jour.
 
Un texte d'appel appelant à s'engager durant ce mois a été rédigé et est d'ores et déjà signé par de nombreux collectifs et organisations. Merci à ces premiers signataires. Vous trouvez en pièce jointe le texte signé.
 
L'appel est naturellement toujours ouvert aux nouvelles signatures. Merci de nous faire savoir si vous êtes signataires par retour de mail : campagne.unitaire.gabdallah@gmail.com
 

APPEL AU MOIS INTERNATIONAL D’ACTIONS POUR LA LIBERATION DE GEORGES ABDALLAH

du 24 septembre au 23 octobre 2021

Le 19 septembre 2020 dernier, la Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah appelait à un mois international d’actions pour la libération de notre camarade. Guidés par la ferme conviction que ce combat devait se mener sur le terrain politique puisque le refus par l’Etat français de libérer Georges Abdallah relève bien d’une décision politique, nombreux avaient été alors les organisations et collectifs à soutenir cet appel et à s’engager concrètement sur le terrain des luttes, partout en France et à l’international, afin d’amplifier la mobilisation et contribuer à faire connaître la situation et le combat de Georges Abdallah.

Cet appel reposait sur une ligne politique et une ligne de défense de notre camarade claires : l’identité politique que Georges Abdallah énonce lui-même dans ses déclarations. Une ligne rappelant que :

1. Georges Abdallah est un résistant arabe, communiste libanais, symbole aujourd’hui du combat contre l’impérialisme, le sionisme, le capitalisme et les Etats réactionnaires arabes.

2. Georges Abdallah est un combattant de la cause palestinienne qui s’est battu contre la guerre d’invasion du Liban par les sionistes et continue à se battre pour la libération de toute la Palestine.

3. Georges Abdallah est un prisonnier politique de l’Etat français depuis désormais plus de 37 ans et ce sous les applaudissements des Etats-Unis et de l’entité sioniste.

4. Nous nous reconnaissons pleinement dans le combat de Georges Abdallah. Nous nous reconnaissons dans son engagement révolutionnaire internationaliste sans faille durant ses trois décennies d’incarcération pour la fin du colonialisme à travers le monde, sous toutes ses formes, pour la fin du capitalisme et de l’exploitation et en soutien à la lutte des peuples contre toutes les oppressions.

5. Nous nous reconnaissons dans sa farouche détermination et sa conscience indéfectible à mener le combat pour sa libération non sur le terrain des « arguties judiciaires » d’une justice de classe mais bien au niveau des instances politiques – lieu véritable où l’on décide de la place et du poids du rituel judiciaire du moment où il est question des prisonniers politiques.

6. Nous partageons sa ligne de conduite quant au soutien à lui apporter pour sa libération : « C’est sur le terrain de la lutte que l’on peut et que l’on doit apporter le soutien le plus significatif à nos camarades embastillés ». Et en l’occurrence dans son cas, comme il le dit lui-même très clairement, « il ne suffit pas que l’État du Liban “exige” ou plutôt “demande” ma libération, il faut encore que le rapport de force réellement existant puisse faire comprendre aux représentants de l’impérialisme français que mon incarcération commence à peser plus lourd que les possibles menaces inhérentes à ma libération. C’est seulement dans ce cas que l’ordre de mon expulsion vers le Liban ne trouvera plus alors d’opposition. C’est pourquoi, cher·e·s Ami·e·s et Camarades, la solidarité la plus appropriée que l’on peut apporter à tout protagoniste révolutionnaire incarcéré, est celle que l’on développe toujours plus sur le terrain de la lutte contre le système d’exploitation et de domination ». (Lannemezan, le 19 octobre 2019).

Cette ligne de défense de notre camarade, sur cette base politique qui est la sienne, était la nôtre les années passées et le demeure toujours aujourd’hui.

Elle est plus que jamais d’actualité à l’heure où l’Etat français continue à maintenir Georges Abdallah en prison sans que soit signé par le Ministre de l’Intérieur l’avis d’extradition conditionnant sa libération. Elle est aussi plus que jamais d’actualité à l’heure où Georges Abdallah continue à faire face à ses geôliers, à ne rien céder, à résister et où la mobilisation pour sa libération se renforce toujours plus, jour après jour : partout en France, les initiatives pour exiger sa libération sont menées auprès des élus, au cœur des villes et devant les instances de l’Etat lors de campagnes d’affichage, de rassemblements et de tables tenues, lors de meetings, de repas et fêtes solidaires, par des appels à signatures et des courriers envoyés au plus haut représentant de l’Etat, lors des fêtes de partis politiques, et naturellement au sein des cortèges de toutes les luttes sociales et politiques. Georges Abdallah, au quotidien, est de nos luttes et pas un acte militant n’est mené sans que nous réaffirmions que nous sommes de son combat. Cet engagement en région et sur le plan national est désormais aussi large sur le plan international où Georges Abdallah compte des soutiens sur presque tous les continents (en Amérique latine - au Brésil, au Mexique, en Argentine, au Chili, aux Etats-Unis, au Maghreb et en Orient arabes - en particulier en Palestine et au Liban, en Inde, en Europe).

Temps est venu désormais de faire en sorte que Georges Abdallah ne soit pas seulement, comme le disait Leïla Khaled « un symbole pour les révolutionnaires à travers le monde » mais bien un symbole de la résistance unanimement reconnu dont tout un chacun exige la libération au nom du droit juste et légitime à se révolter et à résister. Temps est venu de faire reconnaître Georges Abdallah comme symbole unanimement reconnu de la résistance à l’heure où partout dans le monde, les contradictions certes s’aiguisent mais aussi les résistances des peuples, qui entrent désormais en confrontation directe avec le pouvoir et revendiquent par la révolte ce qui leur est dû ; à l’heure où la résistance du peuple palestinien, dans sa lutte de libération nationale, mène assaut sur assaut contre l’occupant sioniste portant ses coups jusqu’au cœur même des colonies les plus sécurisées ou de ses prisons de haute sécurité ; à l’heure où il est grand temps de réclamer des comptes et de faire en sorte que la peur change de camp !

Alors qu’au Liban vient de se constituer un nouveau gouvernement avec à sa tête comme Premier ministre M. Najib Mikati qui, en son temps, en 2012, avait revendiqué la libération de Georges Abdallah et réclamé son retour au pays en tant que citoyen libanais, temps est donc venu de durcir le rapport de force en amplifiant toujours plus la mobilisation pour la libération de notre camarade.

C’est en ce sens et pour toutes ces raisons - en restant fidèles aux principes d’action et à la ligne politique rappelés ici - que nous appelons aujourd’hui à un nouveau mois d’actions, du 24 septembre au 23 octobre 2021, pour que nous tous, les soutiens à notre camarade, nous ne laissions pas un espace politique libre sur le plan local, régional, national et international sans que soit mise à l’ordre du jour l’exigence de sa libération.

A Albertville, Amiens, Annecy, Aubagne, Aubervilliers, Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Gennevilliers, Grenay, Grenoble, Lannemezan, Lille, Lyon, Marseille, Montauban, Montpellier, Morlaix, Nanterre, Nîmes, Paris, Pau, Saint-Denis, Saint-Etienne, Tarbes, Thionville, Toulouse, Troyes ; dans les Alpes-Maritimes, en Corse, dans le Finistère, le Gers, en Gironde, en Haute-Marne, dans les Hautes-Pyrénées, l’Hérault, l’Ile de France, le Lot-et-Garonne, dans le Nord et le Pas-de-Calais, au Pays de Cornouailles, en Poitou-Charentes, au Puy-de-Dôme, en région Rhône-Alpes, en Seine-Maritime et dans le Tarn-et-Garonne. ; en Algérie, en Allemagne, en Angleterre, en Argentine, en Belgique, au Brésil, au Canada, en Espagne, en Grèce, en Inde, en Italie, au Kurdistan, au Liban, au Luxembourg, au Maroc, en Palestine occupée, au Pérou, en Pologne, en Roumanie, en Tunisie, en Turquie - partout en France et dans le monde où le combat de Georges Abdallah est relayé et l’exigence de sa libération portée, partout où nous sommes tous - soutiens solidaires actifs à notre camarade - , multiplions les actions de mobilisation et intensifions la pression sur les représentants et les lieux du pouvoir de l’Etat français pour qu’enfin soit signé par le ministre de l’Intérieur actuel l’avis d’expulsion conditionnant la libération de notre camarade et que soit gagné ce combat de mise à mort de cette perpétuité réelle inique.

Nous tous, - anarchistes, autonomes, antifascistes, anti-impérialistes, antisionistes, communistes, démocrates, écologistes, internationalistes, libertaires, marxistes-léninistes, marxistes-léninistes-maoïstes, républicains insoumis, révolutionnaires, trotskystes ; engagés dans des partis, syndicats, fronts, campagnes, associations, collectifs, comités, mouvements et réseaux multiples ; engagés aux côtés de notre camarade dans les luttes politiques pour la Palestine, en soutien à l’Intifada et contre la Normalisation ; pour la défense des luttes des peuples et de leurs résistances ; pour la défense des prisonniers politiques et des prisonniers révolutionnaires ; contre l’enfermement carcéral ; contre les violences policières ; pour la défense des immigrations et des quartiers populaires ; contre le racisme ; pour la défense des travailleurs, de leurs acquis et de leurs droits ; pour celle des gilets jaunes ; pour le combat de l’émancipation des femmes ; contre la torture et la peine de mort - mobilisons-nous une fois de plus, tous ensemble là où nous sommes, dans cette diversité qui est la nôtre, du 24 septembre 2021 au 23 octobre 2021 pour qu’à cette date, la onzième manifestation à Lannemezan soit la dernière et que nous puissions enfin être à ses côtés pour continuer la lutte.

Une, deux, trois, mille initiatives pour la libération de Georges Abdallah !

Il est de nos luttes, nous sommes de son combat !

Palestine vivra, Palestine vaincra !

La victoire ou la victoire !

Paris, le 19 septembre 2021 

campagne.unitaire.gabdallah@gmail.com


 

Premiers signataires : Campagne unitaire pour la libération de Georges Abdallah – Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah (CLGIA) – ANC (Association Nationale des Communistes) - Le Parti des travailleurs de Turquie (DIP) – Le Collectif Rouge Internationaliste pour la défense des prisonniers révolutionnaires (Le CRI Rouge) - Les Amis de la Palestine contre l’impérialisme et le sionisme (Turquie) - Comité d’actions et de soutien aux luttes du peuple marocain – Comité de défense populaire de Tunisie – Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie – Secours Rouge International – Secours Rouge de Belgique – Secours Rouge arabe – L’Appel belge pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah – Union syndicale solidaire – Collectif 65 pour la libération de Georges Abdallah – Réseau de solidarité des prisonniers palestiniens (Samidoun) – UL CGT Paris 18e – Collectif Palestine vaincra – L’Association Couserans-Palestine - Dimitri Konstantakopoulos, journaliste et écrivain, ancien membre du Secrétariat du Comité Central de SYRIZA (Grèce) – Comité international de soutien à la guerre populaire en Inde (Italie) - Proletari comunisti (Italie) - Soccorso rosso proletario (Italie) – Aline Pailler – L’AFPS 63 – Solidaire 31 – Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire – A2C (Autonomie de classe) -


 

Feyadin - Le combat de Georges Abdallah - le 6 octobre aux Studios à Brest à 20h, suivi d'un débat avec les réalisateurs du collectif Vacarmes
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