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3 décembre 2022 6 03 /12 /décembre /2022 06:11

 

La Fondation Acat pour la dignité humaine décerne, ce jeudi, le prix pour les droits humains 2022 au franco-palestinien Salah Hamouri, détenu arbitrairement en Israël depuis le 7 mars, sans charges ni procès. Tel-Aviv reste sourd aux campagnes médiatiques et aux appels de plus en plus nombreux à sa libération. Mercredi, les autorités Israëliennes ont annoncés expulser l'avocat vers la France.

Quelles sont les dernières informations au sujet de Salah Hamouri ?

Salah se trouve toujours à la prison de haute sécurité Hadarim. Il vit dans l’attente de la décision du 4 décembre. Ce jour-là, il saura s’il est libéré, s’il reste encore détenu ou s’il est expulsé vers la France. La situation est stressante pour nous tous. Il a pu, toutefois, recevoir la visite de sa mère, ce lundi. Le 28 septembre, il avait été placé à l’isolement dans une cellule de 4 m2, sans fenêtre, à la suite d’une grève de la faim commencée quatre jours auparavant, en même temps que 29 autres prisonniers palestiniens, pour dénoncer la mesure arbitraire de détention administrative. Lors de l’arrêt collectif de cette grève, le 13 octobre, il avait perdu 14 kg. Il n’est plus à l’isolement à présent.

Qu’en est-il des démarches entamées auprès de l’Élysée et du ministère des Affaires étrangères ?

Les réponses sont toujours les mêmes. Il est question de mobilisation diplomatique à tous les échelons, de prise de contact avec les autorités israéliennes au sujet de Salah. Notons toutefois une évolution, dans la réponse de la ministre des Affaires étrangères à la lettre du maire PCF de Grigny (en Seine-Saint-Denis), Philippe Rio, et à la question du sénateur communiste Pierre Laurent. Catherine Colonna évoque clairement la libération de Salah et son droit de vivre à Jérusalem avec sa famille. Reste que cela fait neuf mois qu’il est détenu sans motif et que rien n’a bougé. Les efforts diplomatiques n’ont même pas permis d’obtenir le droit à une communication téléphonique entre Salah et moi et nos enfants, toujours privés de visite. Le problème est peut-être celui de l’intensité et de la fermeté de la démarche française. Si les choses sont dites du bout des lèvres, on sait bien que cela ne fonctionne pas avec Israël. Ce pays a pour habitude de s’asseoir sur le droit international, d’ignorer les condamnations.

En février, la Cour suprême israélienne doit statuer sur la situation de Salah, lui reconnaître un droit permanent de résidence à Jérusalem ou le bannir de sa terre natale…

C’est le dernier échelon judiciaire et nous ne sommes pas rassurés. Cette Cour suprême est coutumière de décisions radicales et discriminantes envers les Palestiniens. Elle va toujours dans le sens de la répression. Avec les résultats des dernières élections en Israël, cela pourrait être encore pire. Rappelons que dans le programme de campagne de l’un des alliés de Netanyahou, le député d’extrême droite Ben-Gvir, en charge de la Sécurité nationale, figurait l’expulsion des Palestiniens, en particulier ceux de Jérusalem et ceux qui ont la nationalité israélienne. L’issue du dernier scrutin a confirmé un glissement sévère de la société israélienne vers l’extrême droite avec un racisme décomplexé. Le contexte va se durcir. La justice israélienne s’inscrit dans le projet colonial, nous n’en attendons pas une issue heureuse pour Salah. Le sort qui lui est infligé appelle une action forte de la diplomatie française.

Comment expliquer qu’Israël reste insensible aux réactions de l’opinion et aux campagnes médiatiques ?

Disons que cette mobilisation est très importante, elle a nécessairement un effet sur la diplomatie française. Pourquoi Israël ne bouge pas ? Globalement, c’est parce que le pays n’est jamais dérangé par une image négative. Il y a une machine de communication gouvernementale qui est là pour assurer le service après-vente de toutes les horreurs infligées aux Palestiniens. Les mécanismes sont bien rodés pour les déshumaniser, les qualifier de terroristes islamistes, faire le parallèle avec le terrorisme en Europe. Et il y a aussi, comme toujours, le chantage à l’antisémitisme. Sous cette pression, de nombreuses personnes n’osent pas se prononcer.

Supposons que la décision de la Cour suprême soit en faveur de Salah Hamouri…

Cela signifierait que ses soutiens, et la diplomatie française, l’ont défendu avec conviction jusqu’à la victoire du droit et de la justice. Si Salah n’est pas libéré et autorisé à vivre à Jérusalem, comment ne pas penser que la diplomatie française a perdu tout crédit, alors même qu’elle veut peser sur la scène internationale et jouer un rôle au Moyen-Orient ? Comment la France peut-elle prétendre faire respecter le droit international alors qu’elle est incapable de régler ce dossier d’un citoyen franco-palestinien qui est harcelé depuis vingt ans ? Son expulsion serait un échec qui signerait l’impuissance de notre pays à se faire entendre devant la politique de nettoyage ethnique menée par Israël.

Salah Hamouri doit être expulsé dimanche prochain vers France

« Ses avocats ont été notifiés à l'oral qu'il serait expulsé dimanche, a précisé Elsa Lefort auprès de l'AFP, c'est désespérant, ahurissant ».« Salah est expulsé de chez lui, ce qui nous rend tristes. On voulait vivre ensemble à Jérusalem, avec nos enfants, là où Salah est né. Vivre ensemble, c'est quelque chose qu'on n'a pas eu depuis qu'ils sont nés » a-t-elle ajouté.

Né à Jérusalem-Est, la partie de la ville sainte annexée et occupée par l’État hébreu, Salah Hamouri ne dispose pas de la nationalité israélienne mais d'un simple permis de résidence, révoqué l'an dernier par les autorités israéliennes. La diplomatie française avait demandé en vain à Israël à ce que Salah Hamouri soit libéré et puisse vivre à Jérusalem.

Selon son avocate, Lea Tsemel, le ministère de l'Intérieur israélien a notifié cette semaine les avocats de M. Hamouri de son intention de revoir la décision de lui retirer sa résidence de Jérusalem. Comme une nouvelle décision était attendue, l'audience à la Cour suprême avait été annulée.

Au final, le ministère de l'Intérieur « lui a dit aujourd'hui qu'il sera placé dimanche dans un avion pour la France », arguant qu'il pouvait toujours attendre en France, dont il a la nationalité par sa mère, une éventuelle nouvelle audience, a ajouté son avocate qui dénonce « procédure très étrange ». L'AFP a tenté hier soir de joindre le ministère israélien de l'Intérieur pour obtenir sa réaction, sans succès.

 

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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 06:40

Depuis 1978, le 29 novembre est célébrée la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. Cette date commémore le vote à l'Assemblée générale des Nations unies de la résolution, connue sous le nom de Plan de partage ou de la résolution 181 (II), destinée à créer un État arabe et un État juif, et qui a été adoptée le 29 novembre 1947.

 

 

En 2021, l’UNESCO déplorait déjà que « la question de la Palestine ne soit pas encore réglée et que le peuple palestinien ne jouisse pas encore de ses droits inaliénables, tels que définis par l’Assemblée générale, à savoir le droit à l'autodétermination sans ingérence extérieure, le droit à l'indépendance et à la souveraineté nationale, et le droit des Palestiniens de retourner dans leurs foyers, d'où ils ont été déplacés, et de retrouver leurs biens. »

A la suite des élections israéliennes de novembre 2022, les droits inaliénables du peuple palestinien sont en grand danger. A la Knesset, l’extrême droite israélienne s’exprime sans retenue. Dans les meetings d’Itamar Ben Gvir, nouveau ministre de la Sécurité nationale, on peut entendre crier « Mort aux Arabes » sans aucune sanction.

Depuis, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est, des colons extrémistes ont violemment agressé des Palestiniens sans que l’armée israélienne intervienne.

Auparavant, les Palestiniens avaient du affronter toutes formes d’attaque : tous les jours, des incursions ont lieu, des arrestations, des assassinats en toute impunité. Depuis le printemps dernier, la Cisjordanie a connu plus de 2000 raids de l’armée israélienne faisant plus de 125 morts, le plus lourd bilan depuis 7 ans, dans un silence assourdissant de la communauté internationale. Les Palestiniens sont sous la menace constante de l’armée israélienne mais aussi, de façon quotidienne, ils sont confrontés à des attaques de bandes de colons souvent jeunes qui blessent, tuent, détruisent des oliviers…

La répression s’attaque aussi à la liberté d’expression, les 6 ONG palestiniennes de défense des droits de l’homme ont sans preuves été qualifiées de terroristes et interdites.

Sheeren Abu Akleh, journaliste, a été assassinée par l’armée israélienne pendant qu’elle couvrait la répression à Jénine en mai dernier.

Le nettoyage ethnique se poursuit à Masafer Yatta.

Sans oublier la situation particulière de la Bande de Gaza qui vit sous blocus depuis 2007 et sous le feu des bombes comme ce fut encore le cas cet été où 40 Palestiniens sont morts dont 19 enfants au cours d’une opération « préventive ».

Amnesty international et des ONG palestiniennes et israéliennes ont présenté des rapports sur l’apartheid. En effet l’apartheid est devenu une réalité tant dans les territoires palestiniens occupés qu’en Israël, la poursuite de l’occupation depuis 1967, l’aggravation de la colonisation sont des paramètres majeurs qui ont modifié la politique israélienne vis-à-vis des populations non-juives comme l’a bien traduit la loi Etat nation votée en 2018.

Le sort des prisonniers politiques palestiniens notamment de Salah Hamouri est également en contradiction avec le droit international (4e convention de Genève).

La situation de Salah nous concerne particulièrement puisque citoyen français, mais il ne faut pas oublier le sort des 4760 prisonniers palestiniens parmi lesquels 820 en détention administrative, 160 enfants et 33 femmes et aussi des députés palestiniens, élus démocratiquement, comme c’est le cas de Marwan Bargouthi, enlevé au mépris du droit international depuis 2002.

N’oublions pas non plus le sort de Georges Ibrahim Abdallah qui est détenu depuis 35 ans dans les geôles françaises, qui est libérable et que le gouvernement français sous les pressions israéliennes et américaines refuse de libérer.

D’autre part, à l’ONU, un projet de résolution portant sur les pratiques israéliennes affectant les droits humains du peuple palestinien dans les Territoires occupés y compris Jérusalem-Est a été adopté par 98 voix pour, 17 contre et 52 abstentions dont la France. Dans les rues, dans les stades du monde entier, les peuples expriment leur inquiétude devant la violence de l’armée israélienne et des colons et manifestent leur soutien au peuple palestinien pour sa liberté.

De leur côté, les gouvernements européens et en ce qui nous concerne plus particulièrement le gouvernement français, persistent à afficher leur soumission aux gouvernements israélien et américain.

Le Parti communiste français (PCF) ne se résigne pas et plus que jamais demande avec détermination au gouvernement français de respecter le droit international :

  • La reconnaissance - telle que demandée par l’Assemblée nationale par sa résolution du 2 décembre 2014 confirmée par le Sénat le 11 décembre suivant - de l’État de Palestine dans ses frontières d'avant l'occupation en juin 1967, avec pour capitale Jérusalem-Est, à côté d'Israël.
     
  • Le droit au retour suivant la résolution 194 de l’ONU qu’Israël a signée.
     
  • La suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël en vertu de son article 2 qui demande à chaque partie le respect des droits de l’homme.
     
  • La libération des prisonniers politiques.
     
  • La levée du siège de Gaza.
     
  • L’abrogation des circulaires Alliot-Marie et Mercier qui pénalisent les campagnes BDS.

Le PCF soutient :

  • Le projet de résolution sur «  l’institutionnalisation par Israël d’un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien «  portée à l’Assemblée nationale par le député communiste Jean-Paul Lecoq et cosigné par 33 députés de gauche.
     
  • La campagne ICE [Initiative citoyenne européenne] lancée depuis février 2021 pour demander l’interdiction des produits des colonies.
     
  • L’ouverture par la Cour pénale internationale d'une enquête sur les crimes de guerre en Israël et en Palestine occupée.

 

Nathalie L'Hôpitault
membre du collectif Palestine
et de la commission des relations internationales du PCF

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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 06:18
Les bombardements de l'armée turque en Syrie et en Irak doivent cesser.  Les Sénateurs communistes solidaires du peuple kurde

Les sénatrices et sénateurs CRCE solidaires du peuple #kurde !
Les bombardements de l'armée turque en Syrie et en Irak doivent cesser. Soyons nombreux à clamer #StopErdogan !

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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 06:26

 

La 27ème conférence sur les changements climatiques vient de se terminer à Charm el-Cheikh (COP 27). Elle aurait dû être au rendez-vous de l'histoire et l'occasion d'un grand pacte de solidarité climatique mondial. C'est finalement un tout autre scénario qui est imposé aux peuples du monde, à la biodiversité, à la planète.

 

 

Alors que cette COP devait enregistrer des engagements très ambitieux de baisse d'émissions de CO2, compatible avec l'accord de Paris, et limiter ainsi le réchauffement climatique à 1,5 degré, nous nous retrouvons au même point qu'à l'issue de la COP26, et le monde se dirige tout droit vers un réchauffement de plus de 2,5 degrés.

La planète connaît déjà un réchauffement global de 1,2 degré, conséquence d'un usage encore massif des énergies fossiles. Les négociations n'ont même pas abouti à la mention explicite de la sortie du pétrole et du gaz dans l'accord final, et le charbon est quant à lui à peine mentionné. Les grands pays producteurs de gaz et de pétrole en tête, ainsi que la présence de nombreux lobbies représentant des multinationales américaines et européennes ont eu raison de cette mention.

Nous avons assisté à un exercice de procrastination climatique, avec de grands pays émetteurs renvoyant leurs objectifs de neutralité carbone à l'horizon de 2050-2070 et refusant obstinément de s'engager à court terme. Ainsi, l'engagement d'une baisse des émissions mondiales de CO2 avant 2025, pour suivre les conclusions du dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), n'a pas été pris. Le capitalisme et sa logique à court terme consistant à sécuriser les rentes et les installations en place liées aux énergies fossiles, ont encore joué à plein ! Pire, cette COP, par la présence de nombreux lobbies, a été l'occasion, en coulisses du sommet, de signatures de nombreux contrats gaziers !

C'est un tout autre chemin que l'Humanité doit prendre : comme le souligne l'AIE (Agence internationale de l'énergie), l'objectif de limitation à 1,5 degré nécessite de renoncer à 60 % des réserves de pétrole et de gaz déjà connues et à ne plus investir dans de nouvelles exploitations. Il s'agit aussi de décroître nos émissions de 40% d'ici 2030 par rapport au niveau d'aujourd'hui. C'est un effort colossal, effort que le capitalisme n'est pas prêt à engager, soucieux de sécuriser les profits des activités fortement émettrices. Le seul agenda du capitalisme n'est pas celui du climat mais celui des actionnaires!

Le PCF salue malgré tout la mention explicite d'un fonds destiné aux réparations et dommages pour les pays directement victimes du changement climatique, qui sont parmi les plus faibles émetteurs de CO2. Les modalités de financement de ce fonds restent encore à préciser pour la prochaine COP28. Si la taxation des profits des grands groupes pétroliers et gaziers doit contribuer à cette solidarité, les besoins en investissements pour l'atténuation, l'adaptation et les réparations, sont immenses et nécessitent de changer profondément le rôle des institutions financières internationales, en premier lieu le FMI, la banque mondiale, la BCE, et des banques. Ces institutions doivent résolument oeuvrer au développement et à la lutte pour le climat, plutôt que de satisfaire les logiques financières du capitalisme financier.

 

Le temps presse, cette décennie sera déterminante : chaque dixième de degré de réchauffement évité compte. Le PCF appelle toutes les forces progressistes et la société civile à se mobiliser pour faire respecter l'accord de Paris et tenir sur l'objectif d'un réchauffement limité à 1,5 degré.

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22 novembre 2022 2 22 /11 /novembre /2022 06:31
Rassemblement de protestation contre l'offensive contre le Kurdistan à Guingamp le vendredi 25 novembre à 18h30
A l’initiative de la Gauche Indépendantiste Bretonne ( War-Sav ) les organisations suivantes : Parti communiste, Jeunes Communistes Cotes D’Armor, le NPA Guingamp Lannion, l’Union Local Syndicales Solidaires de Guingamp Lannion, le Comité de vigilance antifasciste des Côtes d’Armor invitent à se mobiliser pour stopper les attaques en cours contre le peuple kurde en Iran, Turquie, Irak, Syrie.
 
Comme vous le savez sans doute l’armée Turque bombarde le nord du Rojava notamment la ville de Kobane depuis samedi 19 novembre.

Des bombardements ont eu lieu dans les villes de Kobane, Derik, Tirbespiye et Shehba. 

Par ailleurs, les avions de chasse turcs ont également pris pour cible les régions de Qandil, Shengal et Sulaymaniyah au Kurdistan irakien (nord de l’Irak). 

C’est toute la zone ou la Résistance Kurde et ses alliées ont menés la lutte contre l’état islamique mais en impulsant aussi  un autre projet de société basé sur le partage des richesses , le droit à l’autodétermination et l’égalité femmes hommes qui subit une offensive majeure d’une des armées composantes de l’OTAN :  l’armée Turque.
Une armée sous le contrôle d’Erdogan dont la proximité avec Daesh n’est plus à prouver.
 
Les forces syndicales et de gauche du pays de Guingamp sont appelées à participer au vaste mouvement qui en Europe se met en marche pour exiger la fin des bombardements Turcs sur le Kurdistan en invitant à un rassemblement qui s’inscrit dans le cadre des nombreux autres initiatives ayant lieux ailleurs en Bretagne ces jours ci : vendredi 25 novembre à 18H30 place du centre devant la Plomée autour des mots d’ordres suivants,   :
 
-Arrêt immédiat des bombardements contre le Rojava Démocratique et de l‘offensive Turque contre la résistance Kurde.
 
-Solidarité avec les femmes Kurdes en lutte en Iran, Irak, Syrie, Turquie et leurs alliées contre l’oppression patriarcale.
 
-Retrait du Parti des Travailleurs du Kurdistan ( PKK) de la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne.
 
-Libération de Abdullah Ocalan président fondateur du PKK et des milliers de prisonniers politiques Kurdes.
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19 novembre 2022 6 19 /11 /novembre /2022 06:37

 

De nombreux pays européens sont montés cette semaine avec force la voix des travailleurs contre la vie chère et pour l’augmentation des rémunérations. Des manifestations et des grèves ont lieu au Royaume-Uni, en Grèce, en Allemagne, en Belgique, en France avec notamment la journée du 10 novembre. De nombreuses mobilisations dans des entreprises obtiennent avec succès des augmentations de salaire. Un mouvement général contre les spéculations et la pression sur le travail est en germination. Il doit encore s’amplifier.

Réalisée sur plusieurs mois, l’enquête européenne du Secours populaire français, rendue publique le 4 novembre dernier, révèle que 42% des citoyens européens ont dû déjà demander à leurs proches de leur prêter de l’argent pour pouvoir finir le mois. Une personne sur quatre déclare être en situation précaire et faire face à des difficultés financières et matérielles. 62 % des personnes pour des millions de personnes, la vie quotidienne se dégrade considérablement. (Accéder ici à l’enquête du Secours populaire)

 

On a abondamment parlé ces dernières semaines des profits record d’un certain nombre de multinationales. La hausse des taux d’intérêt bancaire sous prétexte de lutte contre l’inflation fait flamber les bénéfices des banques européennes pendant qu’elle appauvrit les foyers populaires. Pendant que les populations souffrent en Allemagne, la Deutsche Bank a multiplié son bénéfice net par cinq. Au Royaume-Uni, Barclays augmente ses résultats de 10%, l’Espagnole Santander de 11%. En France, BNP Paribas augmente ses profits de 12%, soit de 8 milliards d’euros en 6 mois. Le Crédit Agricole engrange 6,1 milliards d'euros, la BPCE 3,4 milliards sur le dernier semestre.

Le gouvernement de gauche en Espagne envisage un impôt sur les bénéfices des banques. Pourquoi ceci ne deviendrait-il pas une possibilité en France aussi ?

 

La guerre déclenchée par le pouvoir russe contre l’Ukraine sert de prétexte au développement de spéculations de toutes sortes dans le cadre du capitalisme mondialisé, de ses guerres économiques et de ses guerres sociales contre les travailleurs.

 

Cette guerre touche désormais d’une manière ou d’une autre tous les êtres humains dans le monde et leur environnement. Les grandes multinationales de l’alimentation, de l’énergie, de l’armement, de la pharmacie et leurs commis politiques ne font rien pour rechercher un chemin de paix, car elles y trouvent intérêt, tandis que les gouvernements demandent aux peuples « sobriété» et « sacrifices ».

Dans ces conditions, les combats populaires devraient porter les aspirations au « pain et à la paix », à « la justice et la paix ».

La poursuite de la guerre va entraîner encore des détériorations de la vie des familles populaires et de nouveaux prétextes pour leur demander toujours plus de sacrifices.

L’effort de discussions et de réflexions à produire est très important au moment où le fond de scène qu’installent les dirigeants des États est celui de la préparation à la guerre généralisée.

 

Il en est ainsi du discours de M. Macron à Toulon mercredi dernier. Il confirme une mutation stratégique du concept de défense nationale pour l’insérer plus dans la militarisation en cours et pour insérer plus nos forces armées dans l’OTAN.

 

Désormais, on parle même en haut lieu « d’une plus grande opérabilité entre nos matériels militaires et ceux des États-Unis ». J’y reviendrai. Je veux simplement dire, aujourd'hui, qu'il ne faut pas croire que ces enjeux sont éloignés des vies des familles dans les quartiers et les villages. Il faut faire cesser cette folie. C’est la course au désarmement qu’il faudrait lancer. La bombe climatique peut consumer la planète en quelques années ; la bombe nucléaire en quelques heures. Il est temps de crier « STOP »

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:22
Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix

HISTOIRE. L’ÉTÉ 1972, WATTSTAX CHANTE LA FIERTÉ NOIRE ET CLAME LA COLÈRE (L’HUMANITE - Jeudi, 30 Juillet, 2020)

Avec son remarquable livre Wattstax, l’essayiste Guy Darol narre l’épopée du fameux rassemblement musical et politique de 1972 et analyse le violent contexte de l’oppression raciale. Entretien.

Dans son livre, Wattstax (2020), sous-titré 20 août 1972, une fierté noire, Guy Darol narre la journée où le festival Wattstax a commémoré le 7 e anniversaire de la révolte réprimée dans le sang à Watts, en 1965. Outre son passionnant récit qui détaille le concert initié par le label de soul Stax au Los Angeles Coliseum, l’écrivain et journaliste à Jazz Magazine contextualise le fameux rassemblement musical et politique. Plus de 100 000 spectateurs assistèrent aux performances scéniques ponctuées de discours enflammés. Se relayèrent sur scène de nombreuses figures de la soul, du funk, du blues, du gospel et du rhythm’n’blues, Rufus et Carla Thomas, The Staple Singers, Otis Redding, Kim Weston, Isaac Hayes…

Avec pertinence et profondeur, l’auteur développe une analyse aussi sensible que politique, reliant l’asservissement de l’esclavage et l’exploitation capitaliste, les insurrections qui se sont succédé du début du XX e siècle à nos jours, l’avènement du Black Power, le rôle de l’art et la culture au service de la lutte, le mouvement Black Lives Matter… Un travail remarquable, porté par une écriture lucide jusqu’à l’os, éclairée par l’intelligence du cœur.

 

Pouvez-vous rappeler les origines du soulèvement de Watts, écrasé au prix d’un massacre à l’instar des tragédies analogues qui ont jalonné l’histoire des États-Unis ?

Guy Darol L’embrasement du quartier de Watts dans la soirée du 11 août 1965 était la réponse furieuse des habitants de ce ghetto, majoritairement africains-américains, à la suite de l’interpellation brutale de Marquette Frye par la police autoroutière de Los Angeles, sous les yeux épouvantés de riverains. Les incendies et les pillages dénonçaient autant l’invariable série de violences qu’avait subies la communauté noire depuis des décennies que le système mercantile vanté par la publicité et que les populations toujours plus démunies regardaient sans y accéder. L’occasion se présentait de briser des vitrines, d’envahir des commerces et d’en sortir ces cuisinières et réfrigérateurs dont on avait le plus grand besoin.

 

D’autant que beaucoup d’habitants de Watts vivaient difficilement…

Guy Darol Oui, particulièrement éprouvés par le chômage, ils manquaient de tout. Ce qui faisait de cette révolte autre chose qu’une émeute épidermique, après la contestation de l’oppression raciale par les marches pacifiques de Selma, sévèrement réprimées, début 1965, mais un moment d’insurrection classe contre classe ciblant la conception de marchandisation – et son application – qui voyait l’Africain-Américain comme un rebut, une « chose » que l’on pouvait réduire en la martyrisant dès lors qu’elle était d’une matière valant zéro. Watts compta ses morts, au nombre de 34, tandis que les prisons s’emplirent de près de 4 000 protestataires. Une page venait donc de s’ouvrir, qui abandonnait la stratégie de l’engagement non violent prôné par le pasteur Martin Luther King.

 

Avec votre livre, souhaitez-vous aussi interpeller la France sur la répression policière exercée contre les personnes « non blanches » et sur les meurtres commis par certains gardiens de l’ordre ?

Guy Darol Dans mon ouvrage, je présente Black Lives Matter comme une continuité des actions musico-politiques menées par Al Bell (vice-président du label Stax), Jesse Jackson (candidat du Parti démocrate aux élections présidentielles de 1984 et 1988), mais également avec les soutiens du cinéaste Melvin Van Peebles et du « Black Moses » Isaac Hayes. Ce mouvement est brusquement entré en résonance avec la mort de George Floyd à Minneapolis et celle d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, dans des circonstances qui révèlent à chaque fois les violences policières visant des individus noirs.

Black Lives Matter implique désormais le réveil des consciences dans toutes les régions du monde, y compris en France, afin de dénoncer la banalisation de l’horreur. Il est important de souligner que les deux victimes sont décédées après un placage ventral en ayant prononcé ces mêmes mots : «  Je ne peux plus respirer. » Cette phrase partout reprise, comme pour expulser des poitrines un air irrespirable, définit désormais un combat global. Le réseau Black Lives Matter ignore les frontières. Il veille sur les opprimés du monde entier, dont la parole, on l’espère vivement, ne pourra plus être étouffée, en tout cas plus jamais comme avant.

 

Avec Memphis (2017), Dee Dee Bridgewater a rendu hommage à sa ville natale, où le label Stax avait vu le jour. Dans ce disque puis en tournée, en reprenant Why (Am I Treated so Bad), elle a braqué à nouveau les projecteurs sur cette chanson-manifeste et son auteur, Roebuck « Pops » Staples, qui avait participé à Wattstax…

Guy Darol Oui. D’ailleurs, on n’aurait pas été surpris de retrouver Dee Dee à Wattstax. Mais, en 1972, elle chantait dans l’orchestre jazz de Thad Jones et Mel Lewis. Peut-être songeait-elle déjà à graver son album enregistré en 1974 et récemment réédité, Afro Blue, si parfumé de saveurs soul. Pourquoi imaginer sa présence au Los Angeles Coliseum ? Parce qu’elle n’aurait certainement pas dépareillé au côté de Carla Thomas, et que le programme était largement ouvert aux femmes. Kim Weston avait été la première à donner le ton du concert, en interprétant , l’hymne sacré des Africains-Américains dont la poétesse Maya Angelou avait fait un des symboles de la lutte pour les droits civiques.

 

Lors des soulèvements de 1919, les lynchages perpétrés par dizaines marquèrent funestement le début du XX e siècle…

Guy Darol Oui. Le retour sur le sol américain des soldats noirs de la Première Guerre mondiale pouvait laisser penser qu’il serait l’occasion d’un accueil célébrant leur bravoure. Tel ne fut pas le cas. Le Ku Klux Klan, nouvellement reformé, saisit cette opportunité pour se livrer à ses pratiques routinières qu’étaient le lynchage et l’immolation. Ce fut, en été 1919, l’origine du Red Summer qui allait allumer une trentaine de feux à travers le pays. Le 27 juillet, des suprémacistes blancs avaient violemment attaqué de jeunes Noirs venus se baigner dans le lac Michigan en leur jetant des pierres. L’un d’eux se noya sans que la police ne trouvât rien à redire. Les bourreaux étaient toujours exonérés.

Les cinq jours qui suivirent cette envolée de lapidations donnèrent lieu à de violentes échauffourées à l’issue desquelles 23 Africains-Américains perdirent la vie. Et, à la fin de l’été, 83 protestataires avaient été liquidés par le recours à la torture, jusqu’à la pendaison. Le chemin qui menait à Wattstax était rougi de sang. Le nombre incalculable des victimes de la terreur blanche pourrait recouvrir les artères de Washington. Sur une avenue menant à la Maison-Blanche, Muriel Bowser, la maire de Washington, a demandé, en juin dernier, à des artistes urbains de peindre le slogan Black Lives Matter en lettres capitales, pour réprouver la longue cohorte des brutalités policières.

Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix
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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:09
Mondial au Qatar, l'odieux du stade - L'Humanité, 5 novembre 2022
Mondial au Qatar, l’odieux du stade

Enquête La Coupe du monde de football débute le 20 novembre. Face à un événement que beaucoup dénoncent comme une aberration écologique bâtie sur un charnier d’esclaves, des voix contestataires s’élèvent en France et dans le monde et pour certaines, jusqu’au boycott.

Publié le
Samedi 5 Novembre 2022
Bilan carbone déplorable, droits humains et des travailleurs bafoués avec plus de 6 500 ouvriers morts, criminalisation des personnes homosexuelles, soupçons d’achats de voix pour obtenir le Mondial… le Qatar cristallise toutes les critiques, et le débat sur l’opportunité de regarder ou non la compétition ne cesse de se poser dans la société.

« Un scandale humanitaire ! »

Le témoignage d’Abdeslam Ouaddou, ancien international marocain ayant entre autres joué pour le SC Lekhwiya au Qatar, est à ce sujet édifiant. Ce petit émirat, il le connaît et sous ses plus mauvais côtés. Privé de visa de sortie, interdit de disputer un match, non payé, obligé de s’entraîner sous près de 50 degrés parce qu’il ne voulait pas rompre son contrat sans toucher des indemnités, le Franco-Marocain sait de quoi il retourne. Ce Mondial, « c’est un scandale humanitaire ! Quand j’étais là-bas, il y avait des morts presque tous les jours. Des ouvriers venaient à la mosquée pour avoir de l’eau, alors qu’il faisait une chaleur infernale. Les Qataris dépensent des milliards pour améliorer leur image et pour construire des stades, mais ils versent des salaires de misère, quand ils les versent, à des immigrés qu’ils font trimer sans se soucier des normes de sécurité et qu’ils logent dans des taudis. Ce n’est rien d’autre que de l’esclavage » ! Qu’a fait la Fifa pendant toutes ces années pour faire bouger les lignes ? s’est-il interrogé. Pas grand-chose.

Éteindre ma télévision pendant toute la Coupe du monde

En France, selon un sondage Odoxa pour Winamax et RTL, seulement 46 % des personnes interrogées ont l’intention de suivre le Mondial 2022 au Qatar. Un chiffre en net repli par rapport aux 66 % avant la Coupe du monde 2018 en Russie. Selon ce même sondage, 78 % se disent préoccupées par la situation locale en matière de droits de l’homme et 77 % sont choquées par l’organisation de la compétition sous ce climat.

Fans de football, ils sont nombreux à dire non. Fabien Bonnel, membre fondateur des Irrésistibles Français, le groupe de supporters qui suit l’équipe de France, indique qu’une centaine de membres seulement feront le déplacement et beaucoup ne regarderont pas le tournoi. « C’est six fois moins qu’en Russie », dit-il et d’expliquer pourquoi : « Si j’y allais, je me suis dit que je célébrerais des buts dans un endroit où des ouvriers sont morts. J’ai donc décidé de condamner cette coupe. Mon action vise surtout la Fifa, afin que les enjeux sociétaux, environnementaux et humains soient bien pris en compte par la suite. Ma seule solution pour aller au bout de mes convictions, c’est d’éteindre ma télévision pendant toute la Coupe du monde. »

Mettre en avant les événements alternatifs au Mondial

Un acte citoyen loin d’être isolé. De nombreuses villes ont décidé de ne pas diffuser les matchs sur écrans géants. Besançon, Brest, Bordeaux, Clermont-Ferrand, La Courneuve, Limoges, Lyon, Marseille, Nancy, Paris, Reims, Rennes, Rodez, Saint-Étienne, Strasbourg, Tours, Lille et tant d’autres disent stop. Dans la capitale nordiste, Martine Aubry n’y va pas par quatre chemins : « C’est un non-sens au regard des droits humains, de l’environnement et du sport. » Un non-sens partagé par de jeunes Lillois, qui ont créé un site, Ramener la coupe à la raison, recensant tous les bars qui ne diffuseront pas les rencontres : « L’objectif n’est pas d’appeler ouvertement au boycott, mais de mettre en avant les événements alternatifs au Mondial, organisés par ceux et celles qui ont choisi que nos valeurs soient respectées », précise Antonin Lefebvre, porteur du projet.

Dans le monde politique, des voix très critiques se font entendre au sein des principaux partis de la Nupes (EE-LV, PS, FI et PCF), certaines appelant même au boycott, contrairement à la droite et l’extrême droite qui estiment que c’est désormais trop tard. « Si j’étais footballeur professionnel, je ferais le choix de ne pas aller à la Coupe du monde au Qatar », a déclaré Fabien Roussel, mi-septembre, rappelant qu’« il y a des milliers de morts sous les chantiers de la Coupe du monde au Qatar ; une gabegie de dépenses pour avoir des stades climatisés alors que nous parlons d’environnement, et (que) le Qatar est un pays qui criminalise toujours l’homosexualité ».

Les responsabilités de la Fifa et des États

L’équipe de foot et association les Dégommeuses, majoritairement composée de lesbiennes et de personnes trans, dont l’objectif est de lutter contre les discriminations dans le sport et par le sport, préfère, elle, dénoncer la responsabilité de la Fifa, plutôt que d’appeler au boycott. « On est évidemment contre l’organisation de ce Mondial, étant donné le contexte des droits des travailleurs et des droits humains, la question écologique ou la criminalisation des personnes LGBT au Qatar, explique Veronica Noseda. Mais, pour nous, ce qui importe, c’est de pointer les responsabilités de la Fifa et des États, je pense notamment à la France qui a bien œuvré pour que le Qatar soit le pays hôte. On ne veut pas culpabiliser les fans de foot. » D’autres voix commencent à s’élever dans le milieu sportif. « Je trouve déplorable que le sport passe au-dessus de toutes ces considérations humaines, politiques et environnementales ! » lance le cycliste français Romain Bardet, qui ne regardera pas la Coupe du monde.

Des artistes prennent position

Dans « la Nouvelle République », David Giguet, entraîneur de Contres, club du Loir-et-Cher de Régional 1, estime pour sa part que ce Mondial sort « du cadre footballistique. Il y a des problèmes écologiques mondiaux. Ça ne ressemble à rien, ça n’a aucun sens. Je ne sais même pas si je vais le regarder ».

Certains artistes prennent également position. « Je ne vais pas le suivre, évidemment », a fait savoir l’écrivaine interviewée dans « So Foot », Virginie Despentes, s’indignant du cynisme de la Fifa : « Comment ont-ils pu imaginer que personne ne remarquerait rien ? » Le rappeur Médine n’en sera pas non plus. « D’habitude, je suis toutes les Coupes du monde, mais celle-ci a un petit goût amer, a- t-il expliqué sur RMC Sport. (…) Je ne vais pas faire semblant, comme si de rien n’était, alors que je sais qu’il y a des Indiens, des Philippins, des Sri-Lankais qui ont versé du sang pour le plaisir de l’humanité. C’est assez glauque, quand même. »

Un site Facebook Boycott Qatar 2022

Sur les réseaux sociaux, les initiatives ne manquent pas. Fan de football, abonné à l’OM, l’avocat Alain Baduel, basé à Aix-en-Provence, a créé la page Facebook Boycott Qatar 2022. Véritable baromètre de ce mouvement de fond qui monte dans la société, elle est suivie par près de 10 000 personnes et son audience ne cesse de grimper. « L’argument qui consiste à dire : “C’est trop tard pour le boycott” n’est pas valable ! Le spectateur ne décide pas d’aller voir un spectacle douze ans avant qu’il soit à l’affiche, gronde-t-il. C’est lorsqu’il est à l’affiche qu’il se décide, et c’est donc maintenant que les téléspectateurs ont une décision à prendre. » Sa page, ouverte à tout le monde, même ceux qui n’ont pas de compte Facebook, met à disposition les enquêtes de journalistes et des documents. « Je n’ai pas l’ambition d’être le porte-parole du boycott mais un catalyseur, dit-il. J’invite les gens à réfléchir en partageant des outils qui permettent la réflexion. Une vraie conscience citoyenne est en train de se développer. On parle quand même de 6 500 travailleurs morts. Ça fout la nausée. »

« Saint Nicolas plutôt qu’Adidas, pain d’épice plutôt que Fifa »

À l’étranger aussi, le boycott prend de l’ampleur. Chez nos voisins allemands, sur le site boycott-qatar, qui a réuni les signatures d’une centaine d’associations sportives et de milliers de supporters, la devise est la suivante : « Saint Nicolas plutôt qu’Adidas, pain d’épice plutôt que Fifa. » En Belgique, Bruno Ponchau, « écœuré par la dérive totale du football menée par la Fifa », a créé son groupe Facebook au nom évocateur « Hérésie Qatar », dont certaines pages comptabilisent plus de 10 000 vues. Sa commune, Tournai, a annulé la fan-zone et ne retransmettra pas les matchs des Diables rouges, comme plus d’une dizaine de villes, dont Bruxelles, à travers le pays.

Reste une question : que vont faire tous ces fans de foot à travers l’Europe au lieu de suivre la compétition ? Bruno Ponchau a la solution : « Plutôt que de s’ennuyer chacun dans son coin les soirs de match, on a décidé de favoriser la convivialité. À chaque rencontre, on va organiser des apéros, des fêtes, pour que ce soit militant et festif en même temps ! »

Agir autrement : Le camp des pragmatiques

Ils veulent utiliser la mise en lumière du Mondial au Qatar pour décrire la réalité sur place et susciter ainsi des avancées sociétales. Rencontre avec celles et ceux qui ne croient pas à l’efficacité d’un boycott.

Dans le débat passionné sur le boycott autour de la Coupe du monde au Qatar, ils n’occupent pas vraiment la place la plus confortable. Pour eux, qu’importe, il ne s’agit pas de la meilleure solution pour protester contre les conditions d’organisation de cette compétition. « C’est une mauvaise réponse, explique le philosophe, journaliste et auteur Thibaud Leplat. En philosophie, on appelle les belles âmes ceux qui détournent le regard, qui préfèrent l’éthique de conviction à l’éthique de responsabilité. C’est une position maximaliste et pour ne pas dire naïve sur ce qu’est le réel des grandes organisations sportives et de la géopolitique. Le boycott est une sorte de fuite. Je préfère l’éthique de responsabilité qui consiste à regarder la réalité en face et avoir un effet dessus. »

Un pragmatisme que défend aussi Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. « Il y a eu des progrès incroyables, dit-elle. L’application de ces progrès reste un défi pour le gouvernement qatari, pour l’Organisation internationale du travail ainsi que pour nous, mais les lois existent. Notre message aux fans est : allez à la Coupe du monde et voyez par vous-même. Si vous voyez quelque chose de préoccupant, signalez-le. Et aidez-nous ensuite à faire pression sur les autres États du Golfe pour qu’ils se conforment aux mêmes standards. »

À l’image d’Amnesty International, les ONG n’appellent d’ailleurs pas au boycott. « Notre choix est de nous servir de l’attention suscitée par la Coupe du monde pour chercher à obtenir des changements pour la protection et le respect des droits des travailleurs migrants, indique l’ONG. Le Qatar veut profiter de cet événement sportif pour redorer son image et vendre un paysage de rêve aux supporters et au monde entier. Il est essentiel de combattre cette image en dénonçant l’envers du décor de l’organisation du Mondial. »

L’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet va plus loin. « Bien sûr qu’il faut dénoncer tous les problèmes que soulève l’organisation de cette Coupe du monde, mais c’est insuffisant, souligne-t-elle. On assiste à une instrumentalisation du sport par des États rétrogrades et totalitaires qui se portent candidats pour des raisons de rayonnement géopolitique et ça va se multiplier. Je fais une proposition : pourquoi ne pas imaginer que, demain, ce soit une fondation indépendante, cogérée et cofinancée comme l’Agence mondiale antidopage par le mouvement sportif international et par les États, qui décide de l’attribution des grands événements sportifs ? Une fondation avec des principes intangibles sur les droits humains, sociaux, l’environnement, etc. Ayons le courage de promouvoir cela ! »

JOEL SAGET / AFP

« Il faut s’attaquer à ceux qui attribuent ces grands événements »

Pour Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France, il est temps que les footballeurs s’unissent et soient représentés afin de devenir les acteurs de l’attribution des coupes du monde. De l’importance de jouer également collectif hors du terrain.

Une partie de la société se mobilise à l’heure actuelle pour demander le boycott de la Coupe du monde qui va avoir lieu au Qatar. Cela peut-il avoir un impact ?

Il y a eu des positions politiques ces derniers temps que je trouve bien tardives. Depuis 2010, on sait que ce sera là-bas et c’est seulement maintenant que l’on s’affole sur les problèmes écologiques, sur les droits sociaux non respectés et toute autre forme de discriminations. Mais je le dis et le répète en permanence : il faut s’attaquer à ceux qui attribuent ces grands événements sportifs.

Parlons des joueurs. Quels types d’actions peuvent-ils mener de leur côté ?

Je sais que c’est difficile pour eux, mais il est possible de prendre position, en le faisant de manière collective. À chaque fois que les footballeurs s’organisent, ils obtiennent gain de cause. Lorsque les joueuses américaines portent plainte pour obtenir l’égalité des salaires, elles gagnent contre leur fédération. Lorsque les joueurs de l’équipe de France demandent collectivement la révision des droits à l’image, ils remportent leur combat contre la Fédération française de football (FFF). Les footballeurs sont importants dans ce système. Ce sont eux qui travaillent et apportent de la valeur au spectacle. Si ces derniers avaient la possibilité d’être consultés, ils pourraient ne plus avoir à se retrouver dans cette position où on leur demande individuellement de dire s’ils sont pour ou contre le boycott. S’ils veulent agir, à eux d’aller truster les postes influents. Il faut monter des listes pour être dans le débat des fédérations, des instances internationales. Il faut qu’ils soient représentés.

Ne le sont-ils pas ? N’existe-t-il pas des syndicats ?

Je pense qu’il ne faut pas compter sur celui qui est en place en France – UNFP – et en créer un autre. J’ai moi-même été syndiqué toute ma carrière et, au moment où j’ai été licencié, il n’y avait plus personne. Ce syndicat ne soutient pas les footballeurs, ne les protège pas. On l’a vu récemment sur les propos racistes et homophobes, je n’ai pas entendu une seule prise de parole de sa part.

Mais alors, comment réformer ces instances et avec qui ?

On ne peut pas réformer ces instances. La seule chose à faire est d’en sortir et de créer autre chose pour bousculer ce vieux monde qui ne bouge pas. Dans les statuts de la FFF, l’un des premiers points est la lutte contre toutes les discriminations et les inégalités. Mais quand on pose une question au président Noël Le Graët sur l’homophobie, le racisme ou le sexisme, ses réponses sont nulles. Sur les droits sociaux au Qatar, c’est mauvais aussi. Ce monsieur aurait dû partir depuis longtemps face à de telles positions ou non-dits. Gagner la Coupe du monde est finalement un détail dans tout cela. La FFF gère le football de masse, pas seulement l’équipe de France. Enfin, quand on voit au niveau international que les présidents de la Fifa ou de l’UEFA sont réélus sans opposition, cela interroge. Gagner beaucoup d’argent est plus important pour eux que de développer le football ou de créer du lien social.

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:00
Qatar. À la rencontre de ces travailleurs Népalais qui ont connu l'enfer sur les chantiers du Mondial (Pierre Barbancey, L'Humanité, 14 novembre 2022)
Qatar. À la rencontre de ces travailleurs Népalais qui ont connu l'enfer sur les chantiers du Mondial

Pour tenter de s’extraire de la pauvreté, des centaines de milliers de Népalais partent travailler à Doha, capitale du Qatar. Ils s’endettent, rançonnés par des intermédiaires sans scrupule qui exigent des sommes colossales. Un business lucratif, « le plus gros au monde » selon le patron d'un agence de recrutement qui, pour l’Humanité, décortique ce système. Du mirage de l'eldorado aux portes de l'enfer. Reportage

Publié le Lundi 14 Novembre 2022
Som Bahadur Rahadi et Yamuna, son épouse, à Thulo Lumpek. En l’absence de son mari, parti à Doha, elle a dû tout assumer le quotidien, les enfants, l’exploitation agricole...

Banganga, Katmandou, Thulo Lumpek (Népal), envoyé spécial.

Som Bahadur Rahadi n’est pas du genre rêveur mais, depuis quelque temps, il voit la vie d’un autre œil. Il redécouvre Thulo Lumpek, son village, un chapelet de hameaux qui court sur la ligne de crête, à 2 000 mètres d’altitude, face à la chaîne himalayenne et ses sommets éternellement enneigés. En cette fin de mois d’octobre, la saison de l’après-mousson, le ciel n’en finit pas d’être bleu, le soleil rutilant et l’air, frais et pur. Rien à voir avec le Qatar plat et sablonneux où il a passé quatre années. Un cauchemar. Et un pays qu’il a quitté à tout jamais. C’est en tout cas ce qu’il espère.

Som Bahadur Rahadi cultivait du blé, ce qui lui permettait de nourrir la famille – un fils et deux filles. Parfois, il prenait ses outils et se faisait embaucher sur de petits chantiers. « Mais chaque jour qui passait, j’étais de plus en plus inquiet pour les enfants, se souvient-il. Je me demandais comment j’allais pouvoir leur assurer un avenir. À cette époque, nous étions aidés par les voisins, souvent en nourriture, parfois en argent. »

Le début d’un endettement terrible

Comme il l’explique, non sans euphémisme, pour conjurer cette « vie difficile », il lui fallait trouver une solution. Celle-ci s’est présentée presque naturellement : partir au Qatar. Là-bas, les chantiers de la Coupe du monde de football et la construction des infrastructures annexes (routes, hôtels…) emploient des millions de migrants parmi lesquels plus de 350 000 Népalais. Une main-d’œuvre dont se repaissent les pétromonarchies du Golfe. Seuls 5 % sont des travailleurs qualifiés, tandis que 74 % sont non qualifiés et 21 %, semi-qualifiés.

En accord avec son épouse, Som Bahadur prend sa décision. Le parcours du combattant commence. C’est le début d’un endettement terrible. Pour prétendre à un emploi au Qatar (mais cela vaut pour tous les pays du Golfe), il faut d’abord s’adresser à une agence spécialisée dans le recrutement. Il en existerait 854 au Népal. Un business lucratif –  « le plus gros au monde », prétend l’un de ces patrons d’agence qui tient à rester anonyme mais qui, pour l’Humanité, décortique le système.

Banganga, Katmandou, Thulo Lumpek (Népal), envoyé spécial.

Som Bahadur Rahadi n’est pas du genre rêveur mais, depuis quelque temps, il voit la vie d’un autre œil. Il redécouvre Thulo Lumpek, son village, un chapelet de hameaux qui court sur la ligne de crête, à 2 000 mètres d’altitude, face à la chaîne himalayenne et ses sommets éternellement enneigés. En cette fin de mois d’octobre, la saison de l’après-mousson, le ciel n’en finit pas d’être bleu, le soleil rutilant et l’air, frais et pur. Rien à voir avec le Qatar plat et sablonneux où il a passé quatre années. Un cauchemar. Et un pays qu’il a quitté à tout jamais. C’est en tout cas ce qu’il espère.

Som Bahadur Rahadi cultivait du blé, ce qui lui permettait de nourrir la famille – un fils et deux filles. Parfois, il prenait ses outils et se faisait embaucher sur de petits chantiers. « Mais chaque jour qui passait, j’étais de plus en plus inquiet pour les enfants, se souvient-il. Je me demandais comment j’allais pouvoir leur assurer un avenir. À cette époque, nous étions aidés par les voisins, souvent en nourriture, parfois en argent. »

Le début d’un endettement terrible

Comme il l’explique, non sans euphémisme, pour conjurer cette « vie difficile », il lui fallait trouver une solution. Celle-ci s’est présentée presque naturellement : partir au Qatar. Là-bas, les chantiers de la Coupe du monde de football et la construction des infrastructures annexes (routes, hôtels…) emploient des millions de migrants parmi lesquels plus de 350 000 Népalais. Une main-d’œuvre dont se repaissent les pétromonarchies du Golfe. Seuls 5 % sont des travailleurs qualifiés, tandis que 74 % sont non qualifiés et 21 %, semi-qualifiés.

En accord avec son épouse, Som Bahadur prend sa décision. Le parcours du combattant commence. C’est le début d’un endettement terrible. Pour prétendre à un emploi au Qatar (mais cela vaut pour tous les pays du Golfe), il faut d’abord s’adresser à une agence spécialisée dans le recrutement. Il en existerait 854 au Népal. Un business lucratif –  « le plus gros au monde », prétend l’un de ces patrons d’agence qui tient à rester anonyme mais qui, pour l’Humanité, décortique le système.

Pour se faire connaître, ces agences développent leur marketing dans les pays d’embauche comme le Qatar. Lorsque l’une d’entre elles obtient un marché, elle diffuse les offres d’emploi dans les médias. Mais certaines sous-traitent l’embauche à des agences moins regardantes, qui envoient des rabatteurs dans les villages. Dans les zones rurales et montagneuses éloignées du monde moderne, les arnaques sont faciles. Les « recruteurs de la ville » font miroiter un eldorado. Ces populations pauvres concluent des accords injustes avec ces agences qui, le plus souvent, exigent des sommes exorbitantes. Le plafond légal du Népal de 10 000 roupies (76 euros) sur les frais de recrutement est pulvérisé.

Le travailleur doit tout payer de sa poche

Le pillage orchestré par les agences peut alors commencer. Tout est facturé, de l’assurance au visa, du stage censé apprendre aux travailleurs les us et coutumes du pays de destination jusqu’au fonds de prévoyance ! La somme de 20 000 roupies (152 euros) – un plancher – est vite atteinte. Dans un pays où un habitant sur cinq vit avec moins de 2 euros par jour, ce montant est déjà astronomique.

Ce n’est pas tout. « Lorsque le visa a été obtenu et payé 300 riyals (soit 80 euros), on les envoie au Qatar Visa Center (QVC) pour des examens médicaux (analyses de sang, contrôle respiratoire, urine) et tests biométriques », précise le patron de l’agence, toujours sous couvert d’anonymat. « Normalement, ce QVC est gratuit. Mais certaines compagnies basées à Doha le facturent au fournisseur népalais de main-d’œuvre. Le paiement se fait ainsi au Népal, puis est transféré au Qatar. » Selon lui, seules 10 % des entreprises installées dans l’émirat prennent en charge tous les frais inhérents au recrutement. Dans 90 % des cas, le travailleur doit tout payer de sa poche. Des données difficilement vérifiables, mais que corroborent les témoignages que nous avons pu recueillir.

Le « meter interest »

« Pour payer, les Népalais contractent des prêts avec des intérêts exorbitants, de 48 % à 60 % », nous explique Rameshwar Nepal, directeur exécutif d’Equidem Research Nepal, une organisation de défense des droits de l’homme et de ceux des travailleurs. Krishna Neupane, secrétaire général du Réseau national de soutien aux migrants (NNMS), basé à Katmandou, déplore lui aussi l’attitude des banques qui refusent de prêter de l’argent. « Alors, les candidats au départ vont voir les riches de leur village, hypothèquent leur terrain et doivent rembourser en deux ou trois ans. »

Il dénonce également ce qu’on appelle au Népal le « meter interest », littéralement l’intérêt au compteur. « Si on vous fait un prêt à 36 % d’intérêt et qu’au bout d’un an, vous n’êtes pas parvenu à rembourser, alors l’année suivante, la somme de base due est augmentée de 36 % et les intérêts seront calculés à partir de ce montant. » Un puits sans fond, en quelque sorte. Une procédure qui peut durer toute une vie.

Poussés au désespoir ultime

Raj (un nom d’emprunt), qui travaille au Qatar, dénonce « la corruption du gouvernement qui permet à cette mafia des agences de recrutement de se développer ». On parle d’un brassage d’un milliard de roupies par mois (7,6 millions d’euros). Raj a lui-même été grugé une première fois en 2005. Après avoir versé 300 000 roupies (aujourd’hui 2 200 euros), il est parti d’abord à Delhi, en Inde, pour, lui avait-on promis, travailler en Afghanistan. Il est rentré bredouille au Népal, aucun job ne l’attendait à Kaboul.

Selon lui, « 15 % des travailleurs qui arrivent au Qatar n’ont, en réalité, pas d’emploi et doivent rentrer. Ceux qui sont malins ou éduqués arrivent à se faire rembourser par l’agence. Mais la très grande majorité ne fait rien et se retrouve dans une situation très difficile. »

Ce qui peut pousser certains migrants au désespoir ultime. « Un de mes amis s’est suicidé au Qatar, le mois dernier, témoigne Keshav, qui occupe un poste de superviseur depuis 2006 dans une grande entreprise pétrolière de l’émirat. Il était très endetté et ne savait plus comment s’en sortir. Certains ont mis fin à leur vie à cause des salaires retardés ou impayés, ce qui aggravait leur dette, d’autres à cause d’une embrouille et de peur d’aller en prison. »

Les congés ? Tous les deux ans, seulement

Som Bahadur Rahadi, lui, a dû payer 80 000 roupies (600 euros), somme qui n’englobe pas les coûts occasionnés par les déplacements et les logements à Katmandou, à huit heures de bus de son village. Un « beau » jour, il a enfin embarqué dans un avion qui l’amenait à Doha. Il s’est retrouvé à décharger les marchandises dans les supermarchés du Qatar. Réveil à 3 heures du matin et trajet d’une heure pour embaucher à 4 heures. Il ne sera de retour dans sa chambrée de quatre personnes qu’à 19 heures. Quatorze heures payées douze, « parce que le patron ne prend pas en compte le temps passé entre deux points de livraison ». Pas un seul jour de repos hebdomadaire. Les congés ? Tous les deux ans, seulement.

Sous la pression des syndicats internationaux et des organisations de défense des droits de l’homme, le Qatar a initié, à partir de 2017, une réforme du système du travail. Dans ce pays où les syndicats sont interdits, on se vante maintenant de la mise en place de « comités mixtes » (joint committees) censés porter la parole des salariés. Une structure que l’organisation népalaise General Federation of Nepalese Trade Unions, la Fédération générale des syndicats népalais (Gefont) qualifie d’« inutile et incapable d’aborder réellement les problèmes ».

Son représentant syndical (clandestin) au Qatar, que nous avons pu rencontrer à Katmandou (appelons-le Saurav), reconnaît qu’ « il n’y a plus de kafala (système qui soumettait le travailleur à son patron avec retenue du passeport – NDLR), plus d’obligation de fournir un certificat dit de non-objection (NOC) lorsqu’on veut changer d’employeur. Ce qui ne veut pas dire que tous les problèmes sont réglés. Il y a tellement de conditions à remplir que c’est beaucoup plus difficile qu’ils le disent ».

Quant aux comités mixtes, non seulement ils sont loin d’être mis en place par les patrons, mais aucune mesure de coercition n’est prévue. « Le 14 août, nous étions près de 4 000 manifestants dans la rue pour réclamer le paiement des retards de salaire », rappelle Saurav. Nombre d’entre eux ont été arrêtés puis expulsés.

Priés de disparaître du paysage

« Changement » encore, avec la mise en place d’un salaire minimum de 1 800  riyals (477 euros). Mais, en l’absence de véritables contrôles – que même l’Organisation internationale du travail est dans l’incapacité d’effectuer –, « des compagnies trichent et ne paient pas ce qu’elles doivent », dénonce Smritee Lama, responsable du syndicat Gefont.

Le mécanisme est le suivant : « Les cartes de retrait d’argent de chaque travailleur sont en réalité dans les mains de l’employeur, qui ponctionne 800 riyals » (212 euros). Ces retenues arbitraires couvriraient les frais de nourriture (300 riyals, 80 euros) et de logement (500 riyals, 133 euros). Comme les employeurs n’en parlent pas, « la plupart des travailleurs ne s’en rendent même pas compte ! s’insurge la syndicaliste. Et ceux qui le savent se taisent par peur d’être licenciés pour une raison ou pour une autre. Être licencié, cela signifie retour au pays où il y a un prêt à rembourser. Donc, ils se disent mieux vaut 1 000 riyals (265 euros) que rien du tout ». 

Rameshwar Nepal relève qu’« il y a eu des annonces à l’intention du reste du monde, mais je ne vois pas de changements significatifs dans la vie des travailleurs migrants. Ils restent sous la coupe des recruteurs et les décès sont toujours nombreux. Malgré les promesses des autorités qataries, les attaques contre ces migrants se poursuivent ».

La preuve aussi par l’expulsion de centaines, voire de milliers de travailleurs étrangers, ces dernières semaines, priés de disparaître du paysage pour laisser place nette à l’arrivée des supporters de la Coupe du monde, qui débute le 20 novembre. Cachez ces migrants que je ne saurais voir, en quelque sorte.

« Retour à la case départ »

Une pratique honteuse qui se traduit aussi par des ruptures de contrat sans indemnisation. « On avait déjà vu ça pendant la pandémie, rapporte Rameshwar Nepal. Leurs salaires n’étaient pas payés et, contrairement à ce qu’exige la loi au Qatar, les employeurs n’ont pas pris en charge le billet de retour. »

Il ajoute : « Officiellement, il n’y a plus de kafala. Mais il y a d’autres lois qui placent les travailleurs dans des situations où ils ne peuvent pas changer d’employeur ou même rentrer chez eux. Parce qu’ils ont des dettes qui s’accumulent, ils ne sont pas libres de faire ce qu’ils veulent. Ils se retrouvent dans une situation de travail forcé. » De l’esclavage moderne.

Après avoir réclamé une augmentation de salaire de 300 riyals (80 euros), qui lui a été refusée, Som Bahadur, âgé aujourd’hui de 40 ans, est rentré chez lui, au Népal. « Je ne supportais plus d’être loin de ma famille. Avec l’argent gagné, j’ai pu payer les études de mes enfants. Maintenant, c’est retour à la case départ. On fait de notre mieux pour arriver à couvrir les frais. »

Son épouse, Yamuna, ajoute en baissant les yeux : « Le plus difficile pendant ces quatre années a été de tout gérer seule. Il fallait préparer à manger, s’occuper des enfants avant leur départ à l’école, nourrir les animaux, cultiver les champs. Au début, mon mari ne pouvait pas nous envoyer d’argent, alors j’ai dû à nouveau emprunter ». Som Bahadur et Yamuna se serrent l’un contre l’autre. Comme pour faire face à l’adversité.

 

À savoir

  • Les envois de fonds des travailleurs migrants au pays représentent environ 25 % du produit intérieur brut du Népal.
  • Sur près de 2,7 millions d’habitants du Qatar, les Népalais représentent environ 432 000 personnes, soit 16 % de la population totale, selon les données de l’ONU de juillet 2022. La plupart d’entre eux sont employés sur des chantiers de construction.
  • Une campagne mondiale, #PayUpFIFA, a été lancée par Human Rights  Watch, appelant l’instance dirigeante du football international, la Fifa, à fournir un remède adéquat à la situation des migrants et éviter une « Coupe du monde de la honte ».

Témoignages

« Les menaces de nous conduire à la police »

Icon TitrePramina Saru, employée d’une entreprise de nettoyage

Pramina Saru, 35 ans, est arrivée au Qatar en 2017, après avoir payé 120 000 roupies (913 euros actuels). Son contrat était clair : elle devait être embauchée dans une entreprise de nettoyage affectée aux écoles. Huit heures par jour, pour 800 riyals par mois (212 euros). Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé. « À la fin de mon service, je devais travailler de 16 heures à 22 heures pour 400 riyals par mois (106 euros) chez un particulier, souvent différent. Si je refusais, la compagnie retirait ces heures de mon salaire. » Tous les matins, elle quittait le camp d’hébergement à 5 h 30 et n’était de retour qu’à 23 heures : 14 heures de travail quotidien. La jeune femme parle des harcèlements subis, des insultes pour un rien. « Le pire, quand on travaille dans une maison, ce sont les menaces de nous conduire à la police si quelque chose ne va pas. » Elle raconte qu’une jeune Népalaise, très peu instruite, venue d’une zone reculée du pays, employée de maison, a été battue parce qu’elle avait rangé les chaussures de son employeur dans le réfrigérateur.

Le gouvernement népalais interdit aux femmes, officiellement pour les protéger, de partir travailler à l’étranger comme domestiques. « Mais, en réalité, des milliers partent sans aucun document de travail et sont d’autant plus la proie des trafiquants et des violences sexuelles », dénonce Manju Gurung, cofondatrice de l’ONG Pourakhi, qui s’occupe des migrantes qui rentrent au pays. P. B.

« Il s’est endormi et ne s’est jamais réveillé »

Icon TitreHira Devi, veuve de Dilbahur Pulami

Hira Devi était enceinte quand, en 2014, elle a appris la mort de son mari, Dilbahur Pulami, 31 ans. « De retour du travail, il s’est endormi et ne s’est jamais réveillé. » Le corps est arrivé à Katmandou. Hira Devi ne le confie pas elle-même, mais, faute de moyens, il a été incinéré dans la capitale et non au village, à 8 heures de route de là. Trente ans et déjà veuve, elle élève ses quatre enfants grâce à la retraite de son beau-père, ancien de l’armée indienne : 100 000 roupies par an (760 euros). « La compagnie pour laquelle il travaillait m’a seulement versé son dernier salaire. Et aucune indemnité car, nous a-t-on dit, il est mort en dehors de ses heures de travail », explique- t-elle. Pour payer les études des enfants, chaque année elle contracte un nouveau prêt…

Entre 2008 et 2019, au moins 1 095 travailleurs migrants népalais sont morts au Qatar, ce qui représente près d’un tiers du total des décès de migrants survenus dans les pays du Golfe, selon l’Office népalais de l’emploi à l’étranger. Officiellement, les familles des défunts reçoivent une indemnisation de 700 000 roupies (5 300 euros) du Fonds de protection de l’emploi étranger. Mais, comme dans le cas de Hira Devi, beaucoup ne sont pas indemnisées. Faute d’informations ou parce qu’éloignées des centres administratifs, les familles n’en font pas la demande. P. B.

« Pour se nourrir, il fallait emprunter »

Icon TitreGobinda Thapa, agriculteur et électricien

Au Népal, il cultivait des tomates et des brocolis et était embauché parfois comme électricien. Impossible de s’en sortir. En 2004, Gobinda Thapa cherche à partir. « On m’a d’abord envoyé à Bombay en me disant que je travaillerais au Koweït mais en fait, je suis arrivé au Qatar. Je n’avais pas le choix, sinon on me renvoyait à Katmandou. On m’avait promis un salaire de 800 riyals (212 euros) ; en réalité, il était de 600 riyals (160 euros) et encore, on n’était pas payés tous les mois. Pour se nourrir, il fallait emprunter. » En 2006, il rentre au Népal, mais sa situation étant inchangée, il repart au Qatar en 2011. « J’avais un bon salaire au départ mais, après, ils ont embauché plus de travailleurs et ont réduit nos heures et nos salaires. On avait le droit à deux mois de vacances tous les deux ans. Mais, à l’époque, il y avait encore la kafala (subordination du salarié à son employeur qui lui confisquait son passeport – NDLR). On ne nous laissait partir qu’un mois en congés. En 2015, alors qu’on était sur un chantier, un de mes amis en train de visser des fenêtres est tombé de l’échafaudage. Il a été conduit à l’hôpital mais il est mort. Il n’y a pas eu de rapport et la compagnie n’a pas payé l’assurance à la famille. Chacun d’entre nous a donné une journée de salaire qu’on a envoyé à la famille. » Il raconte également le cas d’un autre ouvrier, tombé lui aussi. C’était en 2020. Il est maintenant sur une chaise roulante, paraplégique mais resté au Qatar, car il n’a pas encore perçu l’indemnisation de l’assurance. P. B.

BTP. Vinci mis en accusation de traite d’êtres humains au Qatar

Mondial 2022. La filiale qatarie du géant français du BTP devrait être mis en examen, ce mercredi 9 novembre, pour des pratiques esclavagistes sur certains chantiers d’aménagements de l’émirat pour la compétition sportive. Une plainte a été déposée par deux ONG et six ex-ouvriers.

Publié le
Mardi 8 Novembre 2022
 

À quinze jours de l’ouverture de la Coupe du monde de football, Vinci, le fleuron tricolore du BTP, est rattrapé par la justice française dans le cadre de ses investissements qataris. Il devrait être mis en examen, ce mercredi 9 novembre, pour des pratiques esclavagistes sur certains des chantiers d’aménagements de l’émirat pour la compétition sportive.

Une plainte a été déposée depuis 2015 contre la filiale qatarie de Vinci baptisée Qatari Diar Vinci Construction (QDVC) par l’ONG Sherpa, rejointe ensuite par le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) et par six ex-employés indiens et népalais de la firme.

Le chantier d'un métro et d'un hôtel  Sheraton

Chefs d’accusation : travail forcé, réduction en servitude, traite des êtres humains, travail incompatible avec la dignité humaine, mise en danger délibérée, blessures involontaires et recel. L’enquête judiciaire engagée par un juge d’instruction de Nanterre, en 2019, devrait se traduire par une mise en examen du groupe et de sa filiale ce mercredi 9 novembre.

L’ONG Sherpa, qui traque depuis vingt ans les crimes économiques commis par les multinationales dans le cadre d’une globalisation sans frein, a pu recueillir des témoignages accablants de personnes ayant travaillé sur trois chantiers pilotés par la filiale de Vinci : celui d’un métro dit léger ralliant Doha à Lusail, ville nouvelle qui accueillera la finale de la Coupe du monde ; celui des parkings souterrains de Lusail ; ainsi que ceux de l’hôtel de luxe Sheraton, au cœur de Doha.

Dans le dossier d’accusation, on retrouve toutes les caractéristiques d’un véritable système qatari d’exploitation esclavagiste de la main-d’œuvre immigrée, venue du Népal, de l’Inde, du Pakistan ou du Bangladesh : les passeports des ouvriers sont confisqués à l’entrée dans le royaume, puis utilisés comme moyen de chantage pour les obliger à accepter de travailler entre 66 et 77 heures par semaine, dans des conditions terribles, entassés dans des chambres exiguës aux sanitaires insuffisants.

Des conditions de travail dantesques

« J’ai signé un contrat dans une langue que je ne connaissais pas. Et sans mon passeport, confisqué. Je savais que je n’avais pas (d’autres) choix » que d’accepter les conditions de travail, témoigne ainsi l’un des plaignants, soutenu par l’ONG Sherpa.

Il y a quelques jours, une enquête diligentée par l’Organisation internationale du travail (OIT) confirmait l’ampleur de ce système d’asservissement qatari en rendant publique une enquête établissant qu’au moins 34 000 migrants employés sur les chantiers de la Coupe du monde avaient porté plainte pour non-versement de leurs rémunérations.

Les conditions de travail en extérieur par des températures qui, durant six mois de l’année, dépassent les 45 degrés, sont dantesques et ont alimenté un énorme taux de mortalité sur les chantiers. Une enquête très fouillée, réalisée par le quotidien britannique The Guardian, a pu chiffrer au moins en partie le nombre de vies humaines ainsi volées par les magnats locaux et multinationaux du BTP. Grâce à des recoupements et à des informations émanant des services consulaires des pays d’origine des migrants, le journal a pu chiffrer à 6 500 le nombre d’ouvriers disparus corps et biens dans la chaleur insupportable de leurs lieux de travail.

Une défense classique

La direction de Vinci, qui semble s’être résolue à une mise en examen, dit « réfuter vigoureusement » les allégations portées contre elle. « Nous avons vainement tenté de convaincre le magistrat qu’il n’était pas spécialement opportun après sept ans et demi d’enquête d’envisager une mise en examen dans la quinzaine d’ouverture de la Coupe du monde de football», a curieusement regretté, lundi 7 novembre, auprès de l’AFP, l’avocat de Vinci Jean-Pierre Versini-Campinchi.

Le géant français du BTP essaye de se dédouaner de toute responsabilité en s’abritant maladroitement derrière l’autonomie qu’aurait sa filiale, contrôlée, il est vrai, majoritairement par des capitaux de l’émirat. Mais bien mal nommée pourtant Qatari Diar Vinci Construction.

C’est une défense classique dans ce genre d’affaires, relève pour l’Humanité Laura Bourgeois, chargée de contentieux et de plaidoyer à Sherpa. « Les multinationales, dit-elle, font valoir systématiquement qu’elles ne seraient pas responsables de ce qui se passe dans leurs filiales. » Il reste que l’enclenchement de poursuites judiciaires aujourd’hui va rendre cette procédure bien plus compliquée.

Les forçats du Mondial, éditorial de Maud Vergnol, L'Humanité, 14 novembre 2022

« Où sont les victimes ? Avez-vous des noms ? » a osé le ministre qatari du Travail, en réponse aux appels d’ONG à la création d’un fonds d’indemnisation pour les travailleurs tués ou blessés sur les chantiers. Oui, nous avons leur nom, leur visage, leur histoire. Et nous continuerons de les publier chaque jour jusqu’à la fin de la Coupe du monde de football (lire page 6). Nous sommes aussi allés rencontrer ceux qui en sont revenus, sur la route de Doha à Katmandou, où s’organise cette exploitation infernale. Près d’un demi-million de Népalais partiraient travailler au Qatar dans des conditions épouvantables pour des salaires de misère. Chaque semaine, plusieurs d’entre eux reviennent dans leur pays dans des cercueils. En plus d’être privées de leur droit à une indemnité, les familles endeuillées doivent rembourser les frais de leurs proches décédés. Car la chaîne d’exploitation implacable de ces travailleurs, décrite dans notre reportage, comprend l’arnaque d’agences de « recrutement » qui facturent, à des montants exorbitants, assurances et autres visas que les ouvriers doivent payer de leur poche, alors qu’un Népalais sur cinq vit avec moins de 2  euros par jour.

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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 14:28

L’intégration européenne sous domination néo-libérale est-elle en train de se fracasser sous les coups de la guerre déclenchée par M. Poutine contre l’Ukraine et de la guerre intra-capitaliste. Plusieurs indices conduisent à le penser. La crise des relations entre la France et l’Allemagne en est l’un des symptômes sérieux. Ces deux pays ont le plus poussé à la rédaction, puis à l’approbation du traité de Maastricht – avec la monnaie unique – concevant une intégration européenne sous domination allemande et des firmes capitalistes, juste après l’effondrement de l’Union soviétique. Cette construction a connu son premier choc une douzaine d’années plus tard avec le rejet du Traité constitutionnel européen en 2005, puis l’inadmissible sort réservé à la Grèce, l’exact contraire d’une solidarité européenne. Le Brexit en fut un autre, retentissant, qui a eu pour conséquences de déplacer le centre de gravité de l’Europe politique vers l’Est, faisant perdre à la France un allié à l’Ouest, tandis que l’Allemagne s’appuyait de plus en plus sur les pays de l’Europe Orientale. Après sa réunification, ce grand pays a construit une industrie deux fois plus importante que celle de la France, tout en lui damant le pion sur la production agro-alimentaire. La richesse produite par habitant y est de 15% supérieure à celle de la France.  La conception même de l’Euro, dont une part essentielle de la valeur est calée sur l’ancien Mark allemand, combinée avec l’exploitation renforcée des travailleurs des pays d’Europe Orientale, a donné à l’Allemagne un avantage compétitif considérable. Il convient de compléter ces paramètres par le fait que les nouvelles générations actives en Allemagne ne sont en rien mêlées avec l’histoire du nazisme. Délestée de cette hypothèque, la stratégie de domination allemande repart de plus belle dans le contexte totalement nouveau de la sale guerre du maître du Kremlin contre l’Ukraine.

Un double mouvement semble ainsi s’opérer. D’une part, un retour pesant des États-Unis en Europe opéré grâce à une alliance prioritaire avec les pays d’Europe orientale. Cette stratégie incluant désormais l’Ukraine, a deux objectifs essentiels : en faire un débouché stable pour leur pétrole et gaz et, d’autre part, y renforcer encore leurs implantations militaires et les bases de l’OTAN, dans un face-à-face avec la Russie. En poussant aux sanctions et en contrôlant les approvisionnements énergétiques, les États-Unis pèsent considérablement sur le capitalisme industriel allemand, afin de l’affaiblir à leur profit. Voilà ce qui explique, pour une part essentielle, la décision du gouvernement allemand d’aider les ménages et pour tenter de défendre son industrie, avec une dépense pour cette seule année de 200 à 300 milliards d’euros de subventions pour réduire le prix de l’énergie, 7 à 8 fois plus cher que le gaz russe. Il le fait sous le coup de mobilisations populaires qui appellent à l’arrêt des sanctions et au rétablissement du commerce avec la Russie dans l’objectif de faire cesser la guerre et d’ouvrir des négociations. Dans le même temps, l’Allemagne qui a pour ambition de devenir la principale puissance militaire européenne, se soumet encore plus aux États-Unis en achetant des avions de chasse fabriqués par l’industrie militaire nord-américaine –F35- et en préparant avec 14 autres pays européens, sans la France, un bouclier antimissiles acheté à Israël et aux États-Unis, tout en donnant des gages à ces derniers dans sa politique anti-chinoise. Il convient de mesurer l’ampleur du basculement en cours. Dans celui-ci, la France, si elle ne retrouve pas sa voix originale pour la paix et la coopération, en sera plus encore affaiblie. Cela montre s’il en était besoin, l’absurdité de démanteler notre corps diplomatique !

Un tourbillon de crises est ainsi en train de saisir l’intégration européenne à base libérale. L’Allemagne cherche à se rapprocher de la Pologne, porte-voix zélé des États-Unis en Europe, plus antirusse que jamais, critiquée par ailleurs pour son « non-respect des valeurs européennes ». La France elle-même tente un rapprochement avec cette Pologne ne respectant pas « l’état de droit ». La Hongrie, considérée par le Parlement européen comme un régime « non démocratique », veut s’approvisionner librement en Russie et remet en cause les sanctions. L’Italie, avec la coalition d’extrême-droite alliée à la droite, demande à l’Autriche de laisser passer le gaz russe. L’Allemagne va fortement subventionner l’énergie dont les Nord-Américains décident du prix, alors que la France est dans l’incapacité de le faire.  Personne ne sait donc où va l’Union européenne sous l’égide d’une présidente de la Commission alignée sur les intérêts du capital international et des États-Unis. Elle est, en tout cas, très loin d’un projet coopératif au service des peuples. Une nouvelle fois ce sont eux qui servent de fantassins d’une guerre intra-capitaliste dont ils sont les grands perdants et qui, à la faveur des évènements dramatiques en Ukraine, s’accélèrent dangereusement. Cette nouvelle compétition au sein du capitalisme lui-même, conduit déjà à une incessante augmentation des prix, et servira à pressurer encore plus les travailleurs alors que pour une prétendue « compétitivité » à défendre les impôts sur le capital seront encore abaissés, les services publics affaiblis.

De leur côté, Israël et la Turquie jouent un double jeu pour des objectifs tout aussi impérialistes. Dans ce remodelage du capitalisme, les États-Unis sont les grands gagnants, tandis que les pays européens s’auto-sanctionnent lourdement, affaiblissent leurs capacités industrielles, participent à la violation des Accords de Paris sur le climat en faisant venir massivement du gaz de schiste américain obtenu grâce à la fracturation hydraulique, et menace le projet de construction européenne lui-même.

De ce point de vue le projet de construction en cours de « l’initiative Trimarium », ou « initiative des trois mers » -Baltique-Adriatique-mer Noire-, regroupant douze pays d’Europe centrale et du Sud-Est européens, dont l’Ukraine, est plus qu’inquiétant en ceci qu’il coupe l’Europe en deux. Les cercles dirigeants mondiaux veulent y créer ce qu’ils appellent « une OTAN orientale ». Elle se manifeste déjà avec la construction d’un gazoduc reliant la mer Baltique et la mer Adriatique, et des terminaux pour accueillir le gaz GNL américain. Les citoyens européens et du monde doivent s’en mêler, pour construire une Europe à partir des intérêts communs des peuples. Une Europe indépendante des États-Unis, unissant les nations et les peuples, les associant dans des projets communs pour la paix et le désarmement, l’autonomie énergétique, alimentaire, et la transition environnementale. Cessez la guerre est un impératif au risque de l’élargir dangereusement à toutes et tous. Faisons taire les canons, rangeons les chars et les missiles. Inventons une autre Europe-maison commune. Brandissons ensemble, haut le drapeau arc-en-ciel de la Paix

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