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18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 12:27
Un nouveau coup de force israélien d’une extrême gravité contre les ONG palestiniennes (AFPS, 18 août 2022)
Un nouveau coup de force israélien d’une extrême gravité contre les ONG palestiniennes
Ce matin, les forces d'occupation israéliennes ont envahi les bureaux de six des organisations palestiniennes de défense des droits de l’Homme parmi les plus importantes et les plus reconnues à l’échelle internationale : Addameer - association de soutien aux prisonniers et aux droits humains, Al Haq - Le droit au service des hommes, Bisan – centre de recherche et de développement, Defense for Children International - Palestine, l’Union des comités de travail agricole, l’Union des comités de femmes palestiniennes. Selon certaines informations, l’Union des comités de travail de santé aurait également été visée. Les portes des bureaux ont été enfoncées, le matériel confisqué et des ordres militaires ont été déposés déclarant la fermeture de force des ONG au nom de "la sécurité dans la région, et pour combattre une infrastructure du terrorisme".

Après les récentes attaques sur la bande de Gaza, après les incursions meurtrières de l’armée d’occupation dans les villes palestiniennes et les vagues d’arrestations qui se suivent en Cisjordanie ou à Jérusalem, les autorités israéliennes s’en prennent une fois de plus aux organisations qui protègent les droits de la société civile palestinienne dans son ensemble.

Ces ONG palestiniennes de défense des droits humains font l’objet d’un très large soutien en France et dans l’ensemble de l’Union européenne. L’Association France Palestine Solidarité assure à nouveau ces ONG, qui sont ses amies et partenaires, de toute sa solidarité. Elles avaient été désignées arbitrairement en octobre 2021 comme "organisations terroristes" et déclarées comme des "associations illégales " selon les ordres militaires israéliens. Depuis, les autorités israéliennes ont lamentablement échoué à apporter la moindre preuve à leurs assertions.

Ainsi, le 12 juillet, les porte-parole des ministères des affaires étrangères de Belgique, du Danemark, de France, d’Allemagne, d’Irlande, d’Italie, d’Espagne, de Suède et des Pays-Bas avaient publié une déclaration commune en soutien aux six organisations. La déclaration rejette la désignation par Israël des six comme "organisations terroristes" et déclare qu’"aucune information substantielle n’a été reçue d’Israël qui justifierait la révision de notre politique envers les six ONG palestiniennes". La déclaration réaffirme en outre que les neuf États membres de l’UE continueront à coopérer et à soutenir la société civile palestinienne, notamment pour son rôle indispensable dans la promotion des valeurs démocratiques.

Cette déclaration restait cependant dramatiquement insuffisante. Avec ses partenaires palestiniens, français et européens, l’Association France Palestine Solidarité a, depuis le début, demandé aux autorités françaises et européennes de condamner les décisions israéliennes concernant ces ONG et de mettre en place les pressions nécessaires pour qu’Israël revienne sur ces décisions.

Les organisations palestiniennes de défense des droits humains, leurs dirigeant⸱e⸱s, leurs militant⸱e⸱s, leurs locaux doivent être protégés afin qu’elles puissent accomplir leur mission, qui est absolument essentielle pour la défense de la population palestinienne et l’avancement de la cause du droit dans les instances internationales. Dans un immense élan de solidarité, la population palestinienne a entrepris de rouvrir les bureaux de ces ONG qui avaient été fermés par l’occupant. Mais les forces d’occupation peuvent revenir à tout moment.

L’heure n’est plus aux déclarations en demi-teinte. Il faut de toute urgence que la France et l’Union européenne condamnent de la manière la plus nette les exactions israéliennes contre les ONG palestiniennes, et exigent l’annulation immédiate des décrets gouvernementaux et des ordres militaires qui les visent depuis octobre 2021

C’est le rôle de la France et de l’Union européenne de prendre toutes les mesures de rétorsions nécessaires à l’encontre du gouvernement israélien afin qu’il mette un terme à une politique digne des États les plus totalitaires. De la même manière qu’elles doivent exiger la libération immédiate de Salah Hamouri.

Le Bureau national de l'AFPS, le 18 août 2022

>> Lire sur le site de l'AFPS

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18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 12:24
CETTE ALLÉGEANCE QUI PROSCRIT TOUT SENS CRITIQUE... - par Francis Wurtz
CETTE ALLÉGEANCE QUI PROSCRIT TOUT SENS CRITIQUE...
Trois faits convergents intervenus ces derniers jours sont suffisamment graves pour qu'il soit utile d'y revenir. Ils ont en commun de contribuer à installer dans le pays un climat d'intolérance en montrant du doigt quiconque exerce son sens critique sur des sujets réputés sensibles. Au nom du « Qui ne dit mot consent », ne pas réagir à ce rabougrissement du débat public pourrait être interprété comme une acceptation tacite de cette culture de l'allégeance au « camp » dominant dans chacun des domaines concernés. Parlons donc franchement.
La première de ces « affaires » est celle provoquée par -excusez du peu !- le Garde des sceaux en personne à propos du désormais fameux projet de résolution de 38 députés de la NUPES, qui condamnait « l'institutionnalisation par Israël d'un régime d'apartheid à l'encontre du peuple palestinien ». Le ministre, rappelons-le, avait, sur cette base, insidieusement accusé les députés de gauche d'antisémitisme, à l'instar de la pratique honteuse d'un Netanyahu comme de ses successeurs à l'égard de quiconque exprime une critique de fond de leur politique discriminatoire à l'égard des Palestiniens. Une chose est de désapprouver l'usage, en l'occurrence, du terme d'apartheid : cela fait partie du débat normal en démocratie , même si, outre Amnesty International ou Human Rights Watch, la très respectée organisation israélienne B'Tselem ou la courageuse journaliste du quotidien israélien Ha'aretz, Amira Hass, entre autres, prennent cette notion à leur compte, et que la loi de 2018 sur « l’Etat-nation du peuple juif » institue officiellement la ségrégation...Ce qui est, en revanche, totalement inadmissible est de proscrire le débat de fond par le chantage à l'antisémitisme ! Tout démocrate devrait s'insurger contre cette dérive ignoble.
La deuxième affaire, également déplorable, est l'entreprise de culpabilisation menée par nombre de commentateurs contre les auteurs du rapport d'Amnesty International (A.I.) accusant l'armée ukrainienne de mettre des civils en danger, notamment en établissant des bases militaires dans des écoles et des hôpitaux. Si le Président Zelensky estime que A.I. tente ainsi « d'amnistier l’État terroriste russe », c'est son affaire. Rien ne devrait, pour autant, altérer le débat : oui, l'Ukraine est l’agressée et la Russie l’agresseur, mais les exactions des troupes russes ne rendent pas caduque la question des pratiques éventuellement condamnables de l'armée de Kiev. La seule question qui vaille est donc de savoir si les preuves apportées par A.I. sont contestables ou non. Le débat de fond, pas l'allégeance.
Enfin, l'accusation de « reprendre les éléments de langage de Pékin » (Antoine Bondaz) lancée contre les rares dirigeants politiques qui ont désigné la visite de Nancy Pelosi à Taïwan en pleine crise internationale par le terme approprié (« provocation ») est, là encore, une façon de troquer le nécessaire débat de fond contre l'injonction à s'aligner sur les positions d'un « camp », en l'occurrence le camp occidental. « Ayez le culte de l’esprit critique ! » conseillait, en grand scientifique, Louis Pasteur. C’est plus vrai que jamais.
 
Francis Wurtz
Ancien député européen communiste, 18 août 2022
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18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 05:45

 

 

 

 

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16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 09:20


 À partir de la résolution déposée par mon ami Jean-Paul Lecoq à l’Assemblée nationale s’est déclenchée une vaste opération visant à assimiler toute critique du pouvoir de droite extrême israélien et de sa nouvelle constitution à de l’antisémitisme. C’est odieux. Et, le pouvoir, Première ministre en tête travaillent à diviser la coalition de gauche en faisant semblant de donner de bons points au Parti communiste contre la France Insoumise. On a déjà vécu cela durant les élections législatives. Je ne m’en réjouis pas.

 

Ce qui est visé c’est une lutte visant à empêcher la gauche, donc ses électrices et électeurs et au-delà les travailleurs de s’unir pour changer de société, de manifester leur solidarité internationaliste et faire en sorte que le bloc « euro-atlantiste » reste dominant à l’heure où le monde est en plein bouleversement.

 

Mais la raison fondamentale de ces attaques a pour objet l’idée communiste elle-même ; pour qui en douterait il suffit de lire les écrits du sieur Golnadel, celui de M. Babeau le 14 juin dernier dans Le Figaro et les délires de celui qu’on présente comme un philosophe dimanche dernier dans Le Journal du dimanche M. Onfray. Leur anticommunisme et leur haine d’une gauche de gauche se complètent de celle de M. Bernard-Henri Lévy.


Tout ce monde écrit et s’écrit contre… Le Parti communiste pour dénier son rôle dans les grands conquis sociaux et démocratiques, mais surtout son action dans la Résistance et pour la paix mondiale. Les mêmes et leurs semblables ont toujours critiqué, insulté le Parti communiste lorsqu’il a mené avec d’autres les combats pour la décolonisation et contre l’apartheid en Afrique du Sud. Ici, l’accusation d’antisémitisme vise à faire peur, à faire taire. Elle vise surtout à étouffer le combat pour l’application du droit international qui promeut la création de deux États : Un État israélien qui existe et un État palestinien que le premier s’obstine par tous les moyens à empêcher.

 

Le mot « apartheid » défrise un certain nombre de gens dans ce pays jusqu’au ministre de la Justice qui devrait relire ses classiques. Ces gens seraient choqués, car on ne peut comparer la situation avec l’Afrique du Sud et en Israël. Mais « le crime d’apartheid » n’est pas une comparaison pour juger le moindre mal s’il existe. D’ailleurs, ce sont les mêmes qui critiquaient toutes les initiatives de solidarité avec le peuple sud-africain notamment l’appel au boycott.

 

Aujourd’hui nous parlons d’une ségrégation spatiale ; d’inégalités d’accès aux droits et de violences d’État à l’encontre des Palestiniennes et Palestiniens en Israël, à Gaza hier encore bombardé et en Cisjordanie occupée. Des hommes politiques israéliens, dont d’anciens ministres, utilisent ce terme d’apartheid qui veut dire « séparation » « développement séparé ». En plus des trois ONG, B’tselem, Human Rights Watch, Amnesty International, l’organisation israélienne Yesh Din qualifiaient en 2020 le régime israélien d’apartheid. Sont-ils antisémites ?

 

Apartheid n’est ni un mot tabou, ni une insulte, ni de la propagande anti-israélienne, mais une qualification juridique inscrite dans le droit international dont le statut de Rome en 1998 et une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies datant de 1973.

 

Ajoutons que les autorités françaises ont parfois considéré que le rouleau compresseur du pouvoir israélien contre les Palestiniens leur refusant un État mène à l’apartheid. Ainsi Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères déclarait au grand jury RTL/ Le Figaro/ LCI le 23 mai 2021 « dans des villes Israéliennes, les communautés se sont affrontées ; c’est la première fois et ça montre bien que si d’aventure on avait une autre solution que la solution deux États, on aurait alors les ingrédients d’un apartheid qui durerait longtemps ». Quand on sait que la haute fonction d’un tel ministre oblige en permanence à peser ses mots, on mesure la signification de l’alerte. Et, M. Le Drian, pas plus que les ONG israéliennes B’tselem, ou Yesh Din n’est antisémite. Ils défendent simplement le droit international.

 

Un débat public noble doit avoir lieu sur la situation de la Palestine et les moyens de reconnaitre et de construire un État palestinien. C’est ce qui est refusé derrière le qualificatif d’antisémite. Il est pourtant de l’intérêt de tous, Israéliens compris de mettre en œuvre les résolutions de l’ONU. L’assassinat de notre amie ; la journaliste Shiren-Abu Akleh le 11 mai dernier, la prolongation de la détention arbitraire de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri sans aucune charge ; l’amplification de la colonisation depuis quelques semaines, les bombardements réguliers de Gaza appellent un débat, des délibérations et des actions de la France et de l’Union européenne.


On ne peut laisser la Palestine et les Palestiniens disparaitre dans le silence ou les vociférations irresponsables de quelques excités anti-communistes comme M. Onfray ou M. Dupont-Moretti. C’est le droit international qui doit s’appliquer ; rien que le droit international. Tout le droit international.

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15 août 2022 1 15 /08 /août /2022 09:19

 

 

Le statut politique de Taïwan est le résultat d’une délibération internationale dont la gestation a duré plusieurs décennies sous l’égide des Nations Unies. C’est donc l’héritage d’une longue histoire, depuis 1949 lorsque Mao Zedong met fin à la guerre civile et proclame la République populaire de Chine. Taïwan se déclare officiellement partie intégrante de la République populaire de Chine le 7 décembre 1949. L’ONU en reste le garant. Ce fut l’aboutissement d’une douloureuse période d’affrontements politiques et de guerre. Les États-Unis ont reconnu ce statut, même si leurs décisions et actions sont depuis longtemps ambiguës. Ils ont par exemple mis en place ce qu’ils appellent le « Taïwan Relation Act » dans lequel ils s’engagent à fournir à l’île les moyens de se défendre. Ils sont devenus ses premiers fournisseurs d’armes.

 

Taïwan étant à 130 km de la Chine continentale chacun comprend aisément que le gouvernement chinois de ne pas laisser installer, dans l’actuel contexte une grande base militaire américaine face à la Chine. Pourtant les États-Unis font partie de la majorité des pays qui aujourd’hui ne reconnaissent pas Taïwan. Ils reconnaissent le principe d’une seule Chine. La France depuis 1965 avec le général de Gaulle fait de même. Ce statu quo est sans doute la meilleure manière de stabiliser une situation déjà grosse de tensions et de dangers. Dans cette situation, le déplacement de Mme Nancy Pélosi ne peut être vécu que comme une provocation. Son déplacement a, semble-t-il, eu lieu sans l’accord de Biden qui aurait déclaré que « les militaires américains pensent que ce n’est pas une bonne idée maintenant ». 

 

C’est un fait ce voyage du troisième personnage des USA a lieu à un moment de confrontation exacerbée entre les États-Unis et la Chine qui porte pour beaucoup sur les enjeux de « leadership mondial » dans le cadre d’un recul du poids politique et demain économique de l’Occident. Il convient de ne pas parier sur le pire qui serait certainement une catastrophe pour tous les peuples de la région Asie-Pacifique, mais au-delà pour le monde entier qui pourrait être entrainé dans un conflit dévastateur 

 

Ces deux pays ne l’ont d’ailleurs pas facilité pour sa provocation. Preuve, que les inquiétudes montent après les réactions du pouvoir en Chine, notamment les démonstrations de force militaires auxquels celui-ci ne nous avait pas habitués. Il est urgent de faire diminuer les tensions partout, en faisant de l’ONU l’arène et l’institution garante de coexistence pacifique dans le cadre d’un nouveau système de sécurité globale, et le respect par tous des droits humains et politiques. (Lire ici la chronique de Francis Wurtz dans l’Humanité –Dimanche)

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13 août 2022 6 13 /08 /août /2022 08:00

Talibans Kaboul leur a quasiment été offerte. Les étudiants en religion ont pris la ville sans coup férir alors que l’armée américaine négociait son retrait. Depuis, le pays vit sous la charia et les femmes sont mises au ban de la société.

L’Afghanistan s’enfonce dans les ténèbres

Un an déjà. Après avoir pris Kaboul le 15 août  2021, les autorités talibanes ont imposé de sévères restrictions aux droits des femmes et des filles, réprimé les médias et détenu arbitrairement, torturé et exécuté sommairement des critiques et des opposants présumés. Économiquement, la situation, qui était déjà difficile auparavant, ne cesse de se dégrader. Aujourd’hui, plus d’un million d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë prolongée.

Comment les talibans ont-ils repris le pouvoir ?

Lorsque le 15 août 2021, les premières cohortes de talibans sont repérées dans Kaboul, c’est l’affolement général. Pratiquement aucun combat n’a lieu mais les habitants, craignant le pire, se ruent chez eux pour préparer leurs affaires, dans les banques pour retirer de l’argent et dans les commerces pour stocker des provisions. L’arrivée des « étudiants en religion » ne constitue pas une surprise à proprement parler mais, en revanche, la rapidité avec laquelle ils se sont emparés de la capitale, et donc du pays, en est une. À peine dix jours se sont écoulés entre la prise de la première capitale provinciale, Zarandj, au Sud-Ouest, et celle de Kaboul.

Chassés du pouvoir en décembre 2001 par l’arrivée des troupes américaines, britanniques, françaises et de l’Otan, les talibans se sont d’abord regroupés dans leurs bastions du Sud et de l’Est avant de déclencher une insurrection en 2008. La puissance de feu occidentale et les milliards de dollars injectés n’y pourront rien. Et pour cause. Au début de l’été 2021, l’étau a commencé à se resserrer autour des positions gouvernementales avec un double objectif de la part des talibans : prendre le contrôle des zones rurales, encercler les centres urbains et se positionner sur les points d’accès aux frontières afin d’isoler le régime. Une offensive favorisée par l’attitude des États-Unis. Ceux-ci négocient avec les talibans à Doha (Qatar) et signent un accord en février 2020 dont l’essentiel porte sur le retrait des troupes américaines (à l’origine, en mai 2021) et l’engagement de ne pas accueillir des groupes terroristes (on sait maintenant ce qu’il en est avec l’assassinat à Kaboul, le 31 juillet, par un drone américain d’Ayman Al Zawahiri, leader d’al-Qaida, successeur de Ben Laden), mais au détriment de l’avenir du peuple afghan et surtout des femmes. Conscients de la faiblesse de leur ennemi (le pouvoir de Kaboul est alors exclu des négociations), les talibans n’avaient plus qu’à pousser leur avantage face à des troupes étrangères sur le départ et une armée afghane en déconfiture.

Outre une stratégie militaire de contre-insurrection inadaptée, un autre facteur, et non des moindres, explique également l’effondrement rapide de ce régime : les Afghans ne voulaient pas le défendre. Car le bilan est désastreux. Entre 2013 et 2020, le taux de pauvreté est passé de 40 % à 55 % de la population. 75 % des Afghans étaient déjà en état d’insécurité alimentaire. Quant aux résultats dans le domaine de l’éducation, ils sont loin d’être probants. En 2020, seules 13 % des jeunes filles poursuivaient leurs études. À l’arrivée des talibans, à l’indice de développement humain (qui combine le PIB par habitant, l’espérance de vie et le niveau d’éducation), l’Afghanistan était en 208e position sur 228. On est loin de la réussite souvent présentée et mise à l’actif de ce pouvoir.

Et puis, il y a la corruption, qui a gangrené toutes les sphères du régime. Le dernier président, Ashraf Ghani, s’est enfui à la veille de l’entrée des talibans avec, dit-on, des valises pleines de billets. Le 30 août, le dernier soldat américain quittait le tarmac de l’aéroport de Kaboul, dans une débandade organisée.

Que s’est-il passé depuis un an ?

Avant même leur retour au pouvoir, les talibans avaient pris soin de prendre des contacts internationaux en lien avec la situation régionale et les réalités géopolitiques. Tout en négociant avec les Américains, ils ont participé à des conférences à Moscou et à Pékin. Leur but est de faire reconnaître l’émirat islamique d’Afghanistan par la communauté internationale. Ils n’y sont toujours pas arrivés, notamment parce que, malgré leurs promesses, ils n’ont pas constitué un gouvernement inclusif et continuent à empêcher les jeunes filles d’étudier (lire page 4). Leur boussole demeure la charia, la loi islamique, sans que l’on sache où est le véritable pouvoir. Le guide suprême, Haibatullah Akhundzada, rassemble son puissant cercle intime de combattants vétérans et de clercs religieux dans le sud de Kandahar, fief historique des talibans, pour imposer une interprétation sévère de la charia. Mais il existe également un cercle de pouvoir à Kaboul, même si les talibans ne veulent pas parler de gouvernement et utilisent le terme d’administration.

Tout cela n’est pas suffisant pour diriger un pays pris dans la tourmente économique. La situation est d’autant plus difficile que les 7 milliards de dollars d’avoirs de la banque centrale d’Afghanistan sont gelés aux États-Unis et environ 2,6 milliards de dollars bloqués en Europe, essentiellement au Royaume-Uni. Avec la suspension également de l’aide internationale, qui portait le pays à bout de bras, l’Afghanistan est depuis plongé dans une grave crise financière et humanitaire, et voit son chômage exploser. Plus de 70 économistes ont appelé l’administration Biden, dans une lettre ouverte publiée mercredi, à débloquer ces 7 milliards de dollars d’avoirs. « 70 % des ménages afghans sont incapables de répondre à leurs besoins essentiels. Quelque 22,8 millions de personnes – plus de la moitié de la population – font face à une insécurité alimentaire aiguë et 3 millions d’enfants risquent la malnutrition », écrivent les signataires, parmi lesquels l’Américain Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, ou encore l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis.

Pour les Afghans, le quotidien est difficile. À Kaboul, devant les boulangeries, de nombreuses femmes viennent demander de l’aide. Le prix de la farine a augmenté et, avec lui, celui du pain. Dans la capitale, le nombre de mendiants ne cesse de croître. L’Afghanistan dépend plus que jamais de l’aide internationale. Mais les pays donateurs comme les institutions ne veulent pas que ces sommes soient gérées par les talibans. Le ministre de l’Intérieur, Sirajuddin Haqqani, a redit que Kaboul ne se soumettra pas aux appels internationaux qui s’opposent à la charia. « Lorsque nous deviendrons autosuffisants, l’avantage sera que nous n’aurons plus besoin du monde », veut-il croire.

Quelle est la situation des femmes ?

Si la nouvelle génération des talibans est plutôt 3.0, surfant en permanence sur les réseaux sociaux, y compris en écoutant de la musique, ce qui était interdit il y a vingt ans, il est néanmoins des lignes rouges. Celles concernant les femmes sont infranchissables, du moins officiellement. L’une des premières mesures des talibans en s’installant au pouvoir a été de débaptiser le ministère des Femmes pour le nommer ministère de la Prévention du vice et de la Promotion de la vertu. Tout un symbole. Si les petites filles peuvent encore aller à l’école, les adolescentes sont priées de rester chez elles, de même que les femmes travaillant dans la fonction publique. Dans certaines régions, cependant, les gouverneurs tendent à assouplir les mesures en offrant des options aux femmes et aux filles.

Mois après mois, les pressions se sont accentuées. Désormais, les femmes ne peuvent plus voyager seules. Il leur est fortement conseillé de porter la burqa et le ministère a mis en place une police religieuse pour les contrôler. À Kaboul, l’injonction est loin d’être respectée, mais jusqu’à quand ? Les manifestations organisées par des femmes pour faire respecter leurs droits ont été durement réprimées, certaines ont été arrêtées et battues. En novembre 2021, la poétesse Hoda Khamosh, rencontrée à Kaboul, expliquait à l’Humanité : « Quand on est dans la rue, ils nous traitent de putes. Pour eux, une femme n’est là que pour faire des enfants et s’occuper de la maison » (voir aussi, page 4, le témoignage de Zahra Mandgar).

Pour les femmes journalistes, le danger est apparu dès le premier jour. Certaines se sont vu interdire l’accès à des conférences de presse, d’autres travaillant pour des chaînes de télévision sont maintenant contraintes de porter un masque en plus du voile. Beaucoup ont quitté le pays ou tentent encore de le faire, pas toujours avec succès.

Si tout n’est pas imputable aux talibans, la réalité économique accentue certaines pratiques comme les ventes d’enfants ou d’organes, pratiques malheureusement courantes, y compris avant le 15 août 2021. « En Afghanistan, tout contribue à favoriser les mariages précoces et les mariages forcés, explique ainsi Stéphanie Sinclair, de l’ONG Too Young to Wed (trop jeune pour se marier). Vous avez un gouvernement patriarcal, la guerre, la pauvreté, la sécheresse, des filles qui ne peuvent plus aller à l’école. Avec tous ces facteurs, nous savions que les chiffres du mariage des enfants allaient exploser. »

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12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 05:38

 

 

 

 

 

 

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9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 05:14

 

 

 

 

 

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7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 15:06

 

 

 

 

 

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3 août 2022 3 03 /08 /août /2022 06:01

 

 

 

 

 

 

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