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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 21:03
Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou, résistant communiste, originaire de Guimiliau, fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943

Albert Rannou ancien lieutenant des brigades internationales en Espagne, a été fusillé au Mont-Valérien le 17 septembre 1943 en même temps que 18 autres communistes brestois ou résidant à Brest: Lucien Argouach, Albert Abalain, André Berger, Louis Departout, Yves Guilloux, originaire des Côtes-du-Nord, Eugène Lafleur, venu de Paris, Louis Le Bail, Paul Le Gent, Paul Monot, Henri Moreau, Jean-Louis Primas, un ancien des Brigades Internationales en Espagne, Jean Quintric, Albert Rolland, Etienne Rolland, Joseph Ropars, Jean Teuroc, Charles Vuillemin, et Louis Leguen

(Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979)  

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Autre source d'information:

Albert Rannou. Né le 5 mars 1914 à Guimiliau (Finistère), fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ouvrier maçon ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant au sein des FTPF.

Fils de Jean Rannou, maçon, et de Marie-Anne Coat, couturière, Albert Rannou, ouvrier maçon, adhéra au Parti communiste en 1935. L’année suivante, il devint membre du comité de section à Brest (Finistère). Volontaire dans les Brigades internationales en Espagne, il y devint lieutenant du génie et fut grièvement blessé.
Dans la Résistance, il fut chef de groupe communiste, puis de l’Organisation spéciale (OS) et enfin d’un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Il se chargea de transports d’armes et participa à certaines actions, comme l’attentat contre la Kommandantur de Brest et celui contre la station électrique de l’Arsenal de Brest.
Il fut arrêté le 2 octobre 1942, interné à la prison Jacques-Cartier de Rennes (Ille-et-Vilaine), transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et condamné à mort par le tribunal allemand du Gross Paris, qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), le 28 août 1943.
Les Allemands le fusillèrent le 17 septembre 1943, au Mont-Valérien.

Source : notes d'Eugène Kerbaul (le Maitron Dictionnaire biographique Fusillés, Guillotinés, Exécutés, Massacrés 1940-1944)

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Avertissement

C'est Jacques Guivarch, ancien adhérent du PCF comme son père Jean, tous les deux tour à tour anciens commerçants à Saint-Martin des Champs à la marbrerie Guivarch de la barrière de Brest, qui a fait lire et confié à Alain David et à Ismaël Dupont, ces doubles de lettres de résistants condamnés à mort qui se trouvaient dans une commode de son père, ancien résistant du maquis de Morlaix, militant communiste, raflé dans un premier temps le 26 décembre 1943 à Morlaix avant d'être relâché (il cachait des tracts de la résistance sous le landau de Jacques Guivarch, qui avait quelques semaines à l'époque), ce dernier les ayant peut-être reçu de la famille de ces résistants condamnés à mort ou par un autre canal. Etaient-ils des connaissances? Des amis? Ou étaient-ce les parents de Jacques Rannou qui ont voulu confier ces lettres à un militant communiste et un ancien résistant?

Il y a dans le lot de 30 pages photocopiées les copies des dernières lettres de deux autres résistants condamnés à mort dont l'exécution a eu lieu en même temps que celle d'Albert Rannou, le 17 septembre 1943.

Les lettres originales d'Albert Rannou, s'étalant sur 6 mois du 20 mars 1943 au 17 septembre 1943, ont été remises il y a sept ans au frère d'Albert Rannou. 

Il faut les lire dans leur intégralité, car au delà de l'apparente trivialité de certaines lettres et du caractère bouleversant de certaines de plusieurs autres, et notamment de la lettre écrite le jour de l'exécution, elles livrent beaucoup du quotidien des résistants prisonniers et de leurs préoccupations, ainsi que de l'état d'esprit, des informations et des espoirs d'un résistant arrêté en 1943.

Elles témoignent aussi d'une foi inébranlable dans les idéaux communistes et en la victoire prochaine.  

Ces lettres sont présentées dans l'ordre chronologique. Les fautes d'orthographe les plus évidentes ont été corrigées par souci de compréhension. Certains passages sont peu lisibles et dans ce cas indiqués comme tels.

 

 

   

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini:  le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre 1939-1945, éditions de la Cité, 1979 - p.309. Commentaires de Jean-Claude Cariou sur Charles de Bortoli, photo en haut à gauche: Charles (Carlo) de Bortoli était un communiste italien venu se réfugier à Brest pour fuir le fascisme de Mussolini: le lieu de son exécution en Août 1943, qui n'est pas indiqué sous la photo, contrairement aux autres. C'est à Paris, mais pas au mont Valérien (en fait à Montrouge) comme la plupart des Résistants fusillés dans la capitale. Charles de Bortoli a été fusillé au stand de tir de l'armée de l'air (de l'époque) à Baltard , dans le XV ème arrondissement, à la limite de la ville d'Issy- les- Moulineaux, au sud de Paris. Le site a été détruit au moment de la construction du périph- 'dans les années 60 ' - mais il existe toujours un bâtiment militaire, avec une plaque indiquant les noms des 143 Résistants fusillés là. La caserne de Baltard était un repaire de la Gestapo, avec un centre de tortures, en plus du lieu d'exécutions.

Fais en Prison de Rennes le 20 mars 1943

Bien chers Parents, 

Je suis bien content d'avoir eu du papier à lettres ce matin pour pouvoir vous donner de mes nouvelles qui sont toujours pour le mieux. Je m'habitue peu à peu à une vie de prisonnier. Si ce n'était l'insuffisance de nourriture et le manque de tabac, on arriverait peut-être à s'y faire à la longue.  J'ai reçu une lettre du 3 Février de Papa et 2 de maman du 15 Février et du 15 Mars, avec plaisir de vous savoir toujours en bonne santé. Mais je suis peiné de voir que vous vous faites du mauvais sang à mon égard. Il n'est point besoin de vous en faire pour moi, on n'est pas si malheureux que vous le supposez ici, on est bien couché. C'est déjà une bonne chose. Là il aurait fait froid autrement et je n'ai pas à me plaindre des gardiens, qui sont corrects envers nous. Ce matin, je suis bien heureux, car à partir d'aujourd'hui on peut m'envoyer des colis. Je ne sais toujours pas jusqu'à quel poids ni rien, mais la Croix Rouge vous l'a peut-être expliqué. Envoyez moi un peu de savon ainsi qu'un peigne et surtout à manger si vous trouvez quelque chose de nourrissant avec, tel que beurre ou fromage car on manque surtout de matière grasse. Crêpes, biscuit ou même du pain. Je ne crois pas avoir le droit à mon tabac. Mettez-moi un peu quand même, on verra bien. Je vous le dirai car j'aurai sans doute le droit de vous écrire toutes les semaines maintenant. Maman pourrait peut-être me faire une autre paire de chaussons car ceux-ci commencent à s'user. C'est embêtant de ne pas avoir de nouvelles de Yfic non plus ni de sa femme. Quand vous en aurez, ça sera peut-être pour vous annoncer que vous êtres grand-père et grande mère. Moi ça ne me déplairait pas que l'on m'appelle "tonton" un jour aussi, vous ne pouvez pas vous imaginer combien j'ai le loisir de penser à vous tous ici. J'ignorais l'affectueux sentiment dont était doué le coeur d'un homme vis-à-vis de ses proches mais seul tout le temps, on a que ça à faire du matin au soir. Revoir en pensée les êtres qui nous sont chers en attendant d'être parmi eux un jour. Je termine en vous embrassant de loin. 

Votre fils Albert. 

***

Fais à la Prison de Rennes le 27 Mars 1943

Chers Parents, 

Depuis bientôt trois semaines, je n'ai pas eu de vos nouvelles, mais je pense que la santé est bonne. Quand à moi, ça va aussi, surtout maintenant que je puis vous écrire. Je vous sais plus heureux. J'espère au moins que vous avez reçu ma lettre de samedi dernier vous annonçant que j'ai le droit de recevoir des colis. Avec quelle joie il sera reçu ce premier paquet. Double joie, d'abord la joie d'avoir quelque chose de vous, et ensuite, de pouvoir se mettre un peu plus sous la dent (illisible)... Si malgré ces temps de restriction, vous pouvez trouver encore de quoi m'envoyer tant soit peu, toutefois sans vous priver, je crois que de votre vie, il y a le temps pour m'écrire, ce n'est pas un reproche que je vous fais, loin de moi, parce que je sais ce que c'est, loin de moi, (illisible) mais seul, ici on s'ennuie, à défaut de nouveau, c'est qu'il ne doit rien avoir de sensationnel à raconter de Guimiliau... (illisible). J'ajoute que vous m'envoyez un peigne et du savon, et à maman de bien vouloir me préparer une paire de chausson. Car dans la cellule ici, je les use beaucoup ne mettant mes sabots que pour le quart d'heure de promenade dans la cour. En attendant de vous lire je finis cette missive en vous embrassant bien affectueusement tous les deux et en pensant à mon frère Yves et à Marie-Louise (je crois que c'est ça le prénom de sa femme). Bien le bonjour à toute la famille par ailleurs, et dites leurs que je ne les oublie pas. 

Donc sur ceux je vous quitte. Votre fils Albert.

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Fais à la Prison de Rennes, le 3 Avril 1943 

Mes Chers Parents

Aujourd'hui je suis transporté d'allégresse, tous les bonheurs m'arrivent à la fois. Je viens de recevoir la lettre de Papa avec le message de mon frère et de ma belle-soeur. Jugez comme je suis heureux à présent de vous savoir tranquillisé sur leur sort. J'ai reçu la lettre de Maman aussi mardi datée du 18 mars (j'espère que vous recevrez la mienne toutes les semaines également) avec ça jeudi matin j'ai eu le plaisir de recevoir votre premier colis; comment (illisible) et le lard qu'est-ce qu'il est bon (illisible) poisson d'avril, c'était bien réussi. Et hier au soir, quand j'ai vu le gardien rentrer dans ma cellule avec un paquet, je n'en croyais pas mes yeux, quand je l'ai vu déballonner tout ça devant moi je me demandais si je ne rêvais pas. Aussi quand le soldat fut sorti, j'en pleurai de joie. Je me demandais par quoi commencer. Enfin j'ai mangé le pain avec du lard et des oeufs et bien entamé la crêpe avec le beurre (illisible) qui est toujours délicieux. Pour finir, une bonne pipe de tabac frais la dessus, rien de tel pour vous remonter un bonhomme. Aussi je vois qu'il est possible d'être heureux même en prison; quand on est choyé par les siens, comme je suis, et surtout d'avoir reçu des nouvelles d'Yfic; je n'ai plus d'inquiétude de ce côté là. J'ai assez de savon et de mouchoir comme ça, merci pour les chaussons et le peigne aussi car l'autre n'a plus que 3 dents. J'ai le droit de recevoir tout ce que je veux ici donc s'il est possible, et sans vous priver, profitez-en de m'envoyer car après on ne sait jamais si on pourra recevoir quelque chose, au premier mettez-moi une boîte d'allumette et un carnet de feuille et à chaque fois des journaux récents, car je ne sais absolument rien du dehors ici. J'ai droit au pinard aussi, mais ça je n'ai pas besoin, d'ailleurs j'ai une chopine le jeudi et le dimanche de la cantine en payant. J'ai même un quart de café tous les matins et une tranche de pâté et de la confiture le dimanche avec l'argent que j'ai en dépôt ici, la prochaine fois je vous retracerai mon emploi du temps quotidien en prison. Je comprends combien vous avez dû être malheureux avec tout ça depuis six mois, mais j'espère que le plus dur soit passé pour moi. J'ai le bon moral et je pense qu'il en est de même avec vous. Je termine ma lettre en vous embrassant de tout coeur. Votre fils Albert (dites-moi si vous recevez mes lettres). 

***     

Fais à la Prison de Rennes, le 10 Avril 1943

Bien chers Parents

Encore huit jours de passés depuis que je vous ai écrit. La santé est toujours bonne, et j'espère qu'il en est de même avec vous, depuis lundi on m'a mis avec d'autres camarades, dans une plus grande cellule. Je m'ennuie moins à présent après avoir passé 65 jours tout seul, c'est drôle de pouvoir causer avec quelqu'un, avec ça j'avais juste fini mes colis, mais mes copains venaient d'en recevoir et en ont eu encore depuis, donc j'ai pu manger à ma faim à peu près depuis le (illisible) de ce mois, je regrette de ne pas vous avoir dit plus tôt de m'envoyer des pommes de terre cuites dans les colis, comme ça vous auriez pu m'envoyer davantage, il est vrai que le transport aussi doit être assez cher, mais quelques livres de patates en plus par semaine feraient du bien. J'espère recevoir quelque chose de vous sous peu. J'aurai le plaisir de pouvoir partager avec mes collègues de cellule à mon tour. Autrement, voici ce qu'on a ici: à peine un quart de jus avec la cantine et la ration de pain de la journée (350 grammes environ) qui est avalée tout de suite naturellement, après on a 1/4 d'heure de promenade dans une petite cour. Entre 9 heure et 10 heure la soupe, deux louches (d'un quart environ) de bouillon et de légumes. Carottes (illisible) avec des rutas et des navets. Après ça (illisible)... en supplément le soir, à 4 heures repas du soir, une louchée de bouillon ainsi qu'une louchée de patates, haricots ou pois cassés, sauf le dimanche où c'est nouille et un morceau de viande, donc vous voyez que quand il n'y avait rien à ajouter à ces plats cétait maigre. Heureusement qu'on peut recevoir des colis maintenant,  ça relève drôlement. En attendant de vous lire et de recevoir quelque chose de votre part, je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-soeur. Albert. 

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Fais à la prison de Rennes, le 24 avril 1943

Mes Chers Parents

Je n'ai plus le droit de vous écrire que tous second samedi, donc vous devez sans doute attendre cette lettre depuis un moment. La santé est toujours bonne. J'ai eu un abcès à une dent au début de la semaine mais c'est guéri à présent. J'ai eu deux lettres de maman du 5 et du 12 avril, heureux de savoir que vous allez bien. J'ai également reçu un colis il y a 15 jours et un autre dimanche matin. Je devais écrire avec Jo Ropars mais depuis une huitaine on ne peut plus se voir, ils ne nous envoient plus ensemble à la promenade. J'espère que vous êtes en bonne santé mais que vous devez attendre impatiemment la fin de la guerre. Yfic et Marie-Louise doivent aussi avoir hâte à la victoire. Tout va bien pour le moment nous avions appris hier que Orel est pris par les Russes et que Palerme en Sicile par les Alliés (nouvelle de la radio). Si les anglo-saxons mettent un peu du leur les Allemands auront chaud cette année, n'importe comment. Je ne crois pas qu'ils passeront un autre hiver en Russie. Nous avons l'espoir d'être bientôt délivrés, à côté de nous il y a un gars de St Eutrope qui est condamné à mort depuis le mois d'avril. Mais il paraît qu'ils ne fusillent plus. Pourvu que ça soit vrai car autrement, si on est jugé, je ne me fais pas d'illusions. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mes 2 blessures où j'ai échappé à la mort. J'ai confiance d'échapper encore cette fois-ci. Sur une autre lettre, je vous ai demandé de m'expédier mes souliers bas et 100 ou 200 F car on dépense une moyenne de 100 F par mois pour la cantine. On a du café, du vin et de la charcuterie le dimanche. Comment que les crêpes sont appréciées par les copains et par moi-même. C'est à savoir lequel qui reçoit les meilleures choses, sitôt qu'un paquet nous arrive on le met sur la table et c'est moi qui est désigné pour faire les distributions entre nous six à mesure de nos besoins. Depuis le 1er avril, je peu dire que j'ai mangé à ma faim, on a tous repris un peu de graisses. J'aurais bien voulu pouvoir écrire à ses beaux parents à Yfic, vous n'avez qu'à leur souhaiter le bonjour de ma part, ainsi qu'à toute la famille et surtout aux cousins André, Henri, Thérèse et Célestin. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin. Votre fils qui ne cesse de penser à vous ainsi qu'à mon frère et belle-sœur.

Albert.

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Fais à la prison de Rennes le 6 juin 1943,

Chers Papa et Maman

J'espère que cette lettre vous parviendra sans tarder. J'ai eu une occasion pour vous écrire sans passer par la censure. Je ne sais pas si vous avez reçu mes lettres (bi mensuelles). Car depuis le 5 mai je n'ai pas eu de vos nouvelles. Les copains n'en reçoivent pas non plus. Je pense qu'elles doivent être jetées au panier. Ma santé est toujours excellente. Je souhaite qu'il en est de même avec vous. Nous attendons toujours le jugement. Certains disent qu'il aura lieu à Paris et d'autres parlent qu'il aura lieu dans peu de temps à Rennes. Enfin, rien ne presse pour ce qu'on a à en tirer, de l'instruction. J'ai demandé à l'inspecteur allemand quelle serait ma peine. Il m'a dit que je pouvais espérer mais que la loi est dure. On cause aussi de nous envoyer dans un camp de travaux en Allemagne. Mais je prends ça pour un calmant qu'on donne à un malade sur le point de calancher. Quand j'ai fait mon boulot, je savais à chaque fois à quoi je m'exposais, et maintenant j'attends stoïque qu'on décide de mon sort. Les premiers camarades arrêtés ont été cravaché sur tout le corps, leurs fesses étaient rendu comme du pâté de foie par la police française au service de l'ennemi (c'est joli ça). Par ça ils ont dû avouer. Ce qui m'a fait arrêter, ainsi que beaucoup d'autres. Mais il y a des mouchards aussi dans la bande. Raoul D. de Landerneau qui doit être en liberté maintenant et René R.* de St Marc le frère à Gabi. De mauvais communistes quoi mais ils payeront tôt ou tard, ainsi que les policiers collaborateurs et vichyssois. Nous sommes ici 45 de Brest avec les 5 femmes, donc certains ont déjà été jugés par les Français, mais qui doivent encore l'être par un tribunal Allemand. La moitié d'entre nous risquons le grand paquet. Le pire, c'est qu'il y a beaucoup de mariés et de pères de famille. Pour moi, si ça m'arrive j'aurai seulement le grand désespoir de vous quitter ainsi que mon frère et sa femme. Mais rien ne m'inquiète à votre sujet, votre santé est bonne et rien ne vous manque par ailleurs. Donc s'il faut se résigner un jour ça sera avec calme et fierté que je marcherai. J'ai fait mon devoir de Français et de communiste. Je suis allé en Espagne parce que là-bas se jouait le sort de la France et que l'Espagne Républicaine vaincue, c'était la guerre pour notre Pays. A présent le capitalisme est en train de creuser sa propre tombe, malheureusement qu'avant de disparaître il peut encore faire beaucoup de mal. Je viens d'apprendre que 3 jeunes classes vont partir pour l'Allemagne sur ordre de Pétain-Laval. Une fois là-bas, ils seront déguisés en mannequins du 3ème Reich et envoyez sur le Front pour combattre leurs camarades Russes contre leur propre liberté. La bête agonise mais elle a du mal à crever. J'aurais bien voulu pouvoir assister à sa fin. Si je n'y suis pas, vous pourrez dire que votre fils a maintes fois risqué sa vie pour le triomphe de son idéal et pour la victoire de notre juste cause. La défense de la République française que nous voulons voir prospérer dans une union des Républiques mondiale. Peut-être que les Alliés arriveront à temps mais ils n'ont pas l'air de se presser, quoi qu'il advienne ils ne perdent pas pour attendre, car les peuples anglo-américains ont aussi compris que leur salut est aux côtés de leurs camarades bocheviques, qu'il faut qu'ils luttent, pour écraser à jamais le fascisme fauteur de guerre et de misère.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage » (Karl Marx*)

Si Henri ou André plus tard ont l'intention d'apprendre le métier de maçon, Papa peut leur donner quelques-uns de nos outils pour commencer. Le bonjour à Thérèse aussi. J'espère que Baptiste va mieux à présent. S'il venait à manquer, ce serait triste pour mon filleul et sa petite sœur. Je me demande aussi ce qu'a pu devenir (illisible), sa femme et Riri là-bas en Tunisie pendant l'occupation, Célestin va probablement partir pour l'Allemagne. Dites lui de ma part qu'il fasse le mieux possible, car tout ce qu'il fera, c'est (illisible : contre lui?). Dites à Grand-mère et à toute la famille que j'ai bien pensé à eux pendant ma détention.

On a tous un moral extraordinaire ici. Je pense que de votre côté vous êtes bien courageux et le (prouverez?) bientôt car les temps sont durs mais il y aura des jours meilleurs bientôt. Si j'arrive à vous manquer, pas de prières ni surtout de service religieux, cette race là a déjà fait assez de mal à l'humanité. Lui donner un jour de plus, c'est un crime. Dans votre prochain colis, mettez des feuilles et des allumettes. J'aurais bien voulu goûter encore du (Churchill ?). Si vous voulez bien m'envoyer un peu dans un bock marqué (vinaigre) dessus. Sitôt reçu écrivez-moi en mettant (?). Reçu nouvelle du cousin René. Je vous embrasse.

Votre fils Albert Merci bien à vous

* Les noms figuraient dans la lettre mais nous ne voulions pas les reproduire.

** En réalité Jaurès.

 

***

Fais à la Prison de Rennes le 12 juillet 1943

Bien chers Parents

Il m'arrive d'avoir une occasion de vous écrire clandestinement donc je profite pour vous dire que je suis en bonne santé avec un moral épatant (suite illisible). J'ai reçu votre colis avec grand plaisir. Ne mettez pas de pain dedans car nous en avons largement, on en refuse même souvent. On est à 11 ensemble dans la même cellule et nous recevons une douzaine de colis par semaine. Hier matin j'ai reçu mon complet avec des chaussons et du beurre, et je vous ai retourné mon autre paletot et pantalon. Vous voudriez bien m'envoyer mes paires de souliers bas et une paire de chaussettes dans votre prochain paquet. Je n'ai pas eu le temps de réaliser hier matin. Sans ça je me serais dessaisi d'autres choses encore. Je continue à recevoir du tabac par la Croix-Rouge mais je ne sais pas d'où il vient. Je vois Jo Ropars tous les jours. Il est gros et gras signe qu'il se porte bien et que comme moi il ne s'en fait pas. Moi je n'ai jamais été aussi gros (illisible) J'ai presque un double menton comme un curé de campagne. Enfin les Alliés ont débarqué en Sicile. J'espère qu'ils arriveront bientôt à bout des (macaronis) et qu'ils débarqueront sans tarder ailleurs pour nous délivrer. Ma confiance augmente de jour en jour, car on n'est pas encore jugé et je commence à croire qu'on ne le sera jamais. Donc je crois que j'aurai bientôt le bonheur de vous voir, malgré que je ne suis pas trop sûr de moi tant que je serai entre leurs mains. La prison est archi-pleine, il y a des généraux, un (colonel?), un commissaire de police, un comte, un baron. Et aussi 3 ou 4 curés, il y a 8 Morlaisiens à côté pour vol d'huile d'aviation. On a appris aussi qu'il y a 2 trains de permissionnaires qui sont rentrés en collision près de Rennes. Il y aurait un millier de victimes. Je finis ma lettre en vous embrassant de loin, en espérant le faire bientôt de près si la chance me sourit, car la fin de la guerre est proche. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert.

 

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Fais à la Prison de Rennes le 25 juillet 1943

Bien chers Parents

J'espère que vous recevez ces quelques mots que je vous envoie par des voies détournées. J'ai reçu votre colis hier encore, mais des lettres, je n'en ai pas eu depuis longtemps, les copains non plus d'ailleurs. Nous sommes à 11 ensemble et on ne s'ennuie pas, on a également assez à manger grâce aux colis que nous recevons. Inutile de nous envoyer du pain. La semaine dernière, on a eu 2 kilos de pêche. Je suis avec Ernest Mazé et son fils du Forestou en St Marc. Le Roux dont la femme est institutrice à Bolazec. Jean Nedellec. Charles Cadiou et Théo Drogou, ouvriers de l'arsenal. Charles Bénard de la rue Louis Pasteur qui nous amuse avec ses équilibres, des fois on s'instruit avec Albert Abalain du Pont-de-Buis qui a son Bac et René Claireaux de Brest qui n'est pas trop seul, malgré qu'il a raté trois fois son bachot. Avec toute cette équipe, on ne sent pas le temps passer car on a aussi des journaux et des revues, on a fait des jeux de cartes et de dominos. André et Henri seraient jaloux de nous. S'ils nous voyaient avec nos jeux de gosse, je pense que Thérèse et Célestin doivent s'amuser quand même aux pardons. Dimanche, j'ai pensé à celui de Guimiliau. Je pense bien le voir l'année prochaine. Je termine en vous embrassant bien fort avec l'espoir de vous voir un jour prochain.

Albert qui pense à vous.

 

***

Fais à la Prison de Rennes le 28 juillet 1943

Chers Parents,

Je pars avec les copains pour une destination inconnue. Je vous embrasse bien fort.

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 17 Août 1943

Bien chers Parents

Quelques mots pour vous dire que je suis en bonne santé et je pense que vous soyez de même ainsi que Yfic et ma belle-sœur et les parents. Vous pouvez m'envoyer un colis de 5 kilos toutes les quinzaines avec du tabac et un peu de savon. L'adresser à la Croix-Rouge Française – 16 boulevard Raspail pour Albert Rannou 3ème division prison de Fresnes, Seine-et-Oise. Le jugement est commencé depuis ce matin. Il y en a pour un moment. Je finis ma lettre en vous embrassant bien fort. Votre fils Albert qui pense à vous.

P.S. Vous pouvez m'envoyer des journaux aussi. Ecrivez-moi à la prison de Fresnes, section allemande. Seine-et-Oise.

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 23 Août 1943

Bien Chers Parents

Je crois pouvoir vous écrire tous les mois ici. Pour le moment tout va bien et j'espère qu'il en est de même avec vous. Ne vous inquiétez pas pour ma santé car sur quatre que nous sommes dans la cellule il y a un docteur. J'ai eu la visite de tante Célestine jeudi qui m'a causé une grande joie. Elle m'a donné un paquet de tabac, des gâteaux et du raisin. J'ai reçu votre colis le lendemain, on peut en recevoir un par quinzaine. Tachez de m'avoir du tabac si cela est toujours possible. On est pas trop mal nourri donc ne vous privez pas de trop pour moi. J'aurai besoin d'une chemise, une serviette et quelques mouchoirs. Je termine en vous embrassant. Le bonjour à tous.

Votre fils Albert qui ne vous oublie pas.

 

 

 

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien

Fais à la Prison de Fresnes le Mardi 31 août 1943

Biens chers Oncle et tante

Je suis en bonne santé et j'espère que ma lettre vous trouvera de même. J'ai été condamné à mort samedi matin et j'attends le dénouement de l'affaire avec calme. Mon avocat espère que je serai gracié, ce que je crois aussi tout en restant dans le doute. Je saurai le résultat définitif dans une quinzaine. Je pense avoir la visite de Maman cette semaine si au moins elle veut venir à Paris. Je suis dans la même cellule que Jo Ropars à présent ainsi que d'autres Brestois. Donc Tante Célestine , tu voudras bien mettre Papa et Maman au courant de ce qui est et que dans ce moment pénible je pense beaucoup à eux ainsi qu'à mon cher frère et belle-sœur et aussi à grand-mère et toute la famille. En attendant de te revoir je t'embrasse ainsi que tonton Henri et mon jeune cousin espérant que vous aurez bientôt de ses nouvelles.

Votre neveu.

Albert Rannou

 

***

Fais à la Prison de Fresnes le 17 septembre 1943

Cher Papa et chère Maman

Il est 11 heures moins le quart, on vient de nous prévenir qu'on va être fusillés à 16 heures. Je vais donc donner ma vie à la France, pour ma patrie que j'ai toujours aimée et pour laquelle j'ai combattu. Je meurs content car mon sacrifice (j'en ai la certitude) n'aura pas été vain. J'ai lutté durant ma courte existence pour le bonheur des travailleurs et pour que la paix règne en ce monde.

(censuré)

Mes chers parents, vous savez que je vous ai toujours aimés et que vous me le rendez bien ainsi qu'Yfic. Ça me fait une peine immense de vous quitter à jamais. Je ne sais comment vous exprimer toute ma gratitude pour ce que vous avez fait pour moi. Vous m'avez choyé depuis mon enfance jusqu'à ma dernière heure. Si quelquefois je vous ai fait de la peine, vous m'avez pardonné. Je n'oublie pas non plus ma belle-sœur. Grand-mère et toute la famille auxquels vous voudrez bien envoyer mes amitiés dernières. Je pense à vous tous en ce moment qui est plus pénible pour vous que pour moi. Je viens de voir l’aumônier, j'ai refusé la communion. Donc aucun service religieux à mon intention. Mes amitiés aussi à tous les voisins et camarades, qu'ils sachent que j'ai fait mon devoir de Français et de communiste.

Papa, Maman, ma dernière pensée sera pour vous et pour mon frère. Je vous embrasse tous dans un même élan.

Soyez courageux.

Adieu tous.

Votre fils Albert.

Vive la France, Vive le parti communiste

Paix- Liberté- Justice

 

***

A remettre à Madame Berard. Fresnes le 17 Septembre 1943

Chers oncle et tante

Je pars… d'où l'on ne revient pas. Dans 4 heures, je vous aurai tous quittés. Embrassez tous mes parents pour moi, et votre fils Henri quand vous aurez le bonheur de le trouver.

Recevez les derniers baisers de votre neveu

Albert Rannou

      

Dernières lettres d'Albert Rannou  - 17 septembre 1943

Dernières lettres d'Albert Rannou - 17 septembre 1943

Albert Rannou: Lettres de prison d'un résistant communiste brestois né à Guimiliau fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien
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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 19:47
Jorge Semprun

Jorge Semprun

Jorge Semprun: une personnalité d'exception et un grand écrivain dans le tumulte du XXe siècle

" Mémorialistes et chroniqueurs n'ont pas coutume d'entremêler tendresses, confidences et débâcles du corps à l'évocation de leurs hauts faits. Les romanciers, eux, c'est leur travail, depuis Fabrice à Waterloo. Semprun croise les rubriques et donne une dimension romanesque à l'évènement réel. Il privatise l'Histoire tout en historicisant sa vie. La mémoire, on le sait, est un drôle de réfrigérateur: elle fait fondre les grandes lignes et conserve les détails au frais... Avec sa mosaïque en pointillé, Semprun annexe l'histoire à la mémoire".

Quelques lignes très justes de Regis Debray en avant-propos d'Exercices de survie, le dernier livre, publié à titre posthume, de Jorge Semprun, énorme romancier, grand intellectuel, dont le vécu aura épousé les tragédies, les espoirs et les désillusions du siècle: la guerre d'Espagne, la Résistance, Buchenwald et l'univers concentrationnaire nazi, le Communisme et son action clandestine en Espagne, le retour à la démocratie après le franquisme en Espagne. 

Il faut lire et relire Jorge Semprun, le Marcel Proust de la mémoire douloureuse du XXe siècle et de Buchenwald, mêlant l'auto-fiction à l'exercice de remémoration et l'esthétique de l'existence à la méditation sur l'histoire. 

Un travail fascinant et obsessionnel sur les dédales de la mémoire et de l'oubli, la permanence et la beauté de l'instant, l'écriture et la vie, l'écriture ou la vie, la quasi impossibilité de traduire ce que fut l'expérience concentrationnaire, et qui fait qu'on s'arrête toujours au seuil.    

Appartenant à une grande famille madrilène, petit fils par sa mère d'un chef de gouvernement, Antonio Maura, et neveu d'un ministre républicain modéré, fils d'un gouverneur civil de province devenu diplomate pendant la guerre d'Espagne et représentant de la République Espagnole à La Haye, Jorge Semprun arrive à Paris en 1939, à quinze ans. Son père est chrétien, proche des animateurs de la revue « Esprit ». Jorge Semprun est un élève ultra-brillant, qui maîtrise déjà très bien le français.

« Je l'avais connue en 1939 (Claude-Edmonde Magny, professeur de philosophie de dix ans son aînée qu'il retrouve pendant l'occupation et après la libération des camps), à l'occasion d'un congrès d'Esprit. Avant l'été, mais après la défaite de la République espagnole. C'était à Jouy-en-Josas, si je me souviens bien. Mon père avait été correspondant général du mouvement personnaliste de Mounier en Espagne. Il assistait à ce congrès, je l'avais accompagné. J'avais quinze ans, j'étais interne à Henri IV depuis la chute de Madrid aux mains des troupes de Franco ». (L'écriture ou la vie).

Semprun obtient le deuxième prix au Concours Général de Philosophie. Il fera une grande classe préparatoire à Paris en Lettres supérieures puis intégrera la Sorbonne pour y faire des études de philosophie où il se passionne pour Heidegger, Lévinas, Saint Augustin, Marx, Lukas, Wittgenstein, mais lit surtout beaucoup de littérature (Faulkner, Malraux, Giraudoux, Sartre) et de poésie (il fera des causeries sur Rimbaud organisées par l'appareil clandestin du camp à Buchenwald, récite à haute voix des centaines de poèmes) . Il fréquente la « meilleure société » parisienne, la jeune bourgeoisie intellectuelle bohème, enchaînant les surprise-parties dans les quartiers de l'ouest parisien, mais sa maturité intellectuelle, son exigence morale et politique, le conduisent aussi à s'engager.

Il aide par exemple un résistant juif des FTP-MOI à se cacher en 1943 chez une amie organisant une fête chez elle après que celui-ci, de son pseudonyme Koba, surnom de Staline, ait tué dans sa chambre d'hôtel un officier allemand (avec la prostituée qui couchait avec lui).

Auparavant, le 11 novembre 1940, Semprun participe à la manifestation patriotique à Paris des lycéens et étudiants, véritable défi à l'occupant, organisée notamment par l'Union des Étudiants communistes et les Jeunesses communistes. Il adhère au Parti Communiste Espagnol en 1941 et côtoie une agent communiste du Komintern, autrichienne des FTP-MOI, qui le forme politiquement et parle avec lui de Heine, Bertold Brecht. Mais ses contacts avec l'organisation communiste de résistance se rompent et il s'engage finalement dans la résistance, au groupe « Jean-Marie Action », dépendant du réseau Buckmaster mis en place par les services secrets britanniques. Ce réseau dirigé par Henri Frager, un homme de droite nationaliste, opère en Bourgogne en réceptionnant les parachutages d'armes et en les répartissant en Côte-d'Or et dans l'Yonne mais en ayant consigne de ne pas livrer d'arme à la résistance communiste. Dans le cadre de ses opérations, il se force à tuer dans un bois de Semur-en-Auxois avec son compagnon de résistance Julien, un beau et romantique soldat allemand, qui descendu de sa moto pour pisser auprès de la rivière, chantait "La Paloma". Un des récits inouïs et si tristes de ces temps atroces. 

Semprun est arrêté par la Gestapo à Joigny en septembre 1943, dénoncé par un traître de la hiérarchie du groupe de résistance, et il est torturé pendant plusieurs semaines à la prison d'Auxerre. Il raconte cette expérience fondatrice de la torture dans son dernier livre, labyrinthique comme ses précédents, inachevé et posthume, « Exercices de survie », publié en 2012, alors que Semprun meurt en 2011 à l'âge de 88 ans.

Il est envoyé en déportation à Buchenwald depuis le camp de transit de Compiègne : quatre jours et trois nuits de voyage dans un wagon de marchandise cadenassé sans air et sans eau, avec cent vingt déportés à l'intérieur, expérience qu'il racontera, avec la libération du camp de Buchenwald, dans le « Grand Voyage » (1963), son premier écrit publié, son premier récit, à dimension philosophique, éthique et esthétique, sur l'expérience concentrationnaire. Il y raconte avec maestria presque les mêmes scènes, celles de sa vie, que dans « L'écriture ou la vie », que dans « L'écriture ou la vie » (1994) ou dans « Exercices de style » (2011), mais avec dans ces derniers cas des interprétations, des éclairages, des interpositions fictionnelles nouvelles.

A Buchenwald, quelques jours après la Libération du camp le 11 avril 1945, Jorge Semprun fait visiter le camp à des volontaires françaises candides de la « Mission France »:

« Les deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il est descendu ces filles invraisemblables. C'était le 13 avril, le surlendemain de la fin des camps. Le bois de hêtres bruissait dans le souffle du printemps. Les Américains nous avaient désarmés, c'était la première chose dont ils s'étaient occupés, il faut dire. Ces quelques centaines de squelettes en armes, des Russes et des Allemands, des Espagnols et des Français, des Tchèques et des Polonais, sur les routes autour de Weimar, on aurait dit qu'ils en avaient une sainte frousse. Mais nous occupions quand même les casernes S.S., les dépôts de la division « Totenkopf » dont il fallait faire l'inventaire. Devant chacun des bâtiments il y avait un piquet de garde, sans armes. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et les copains fumaient et chantaient. Nous n'avions plus d'armes, mais nous vivions encore sur la lancée de cette allégresse de l'avant-veille, quand nous marchions vers Weimar, en tiraillant sur les groupes de S.S. isolés dans le bois. J'étais devant le bâtiment des officiers S.S. et ces deux automobiles se sont arrêtées devant nous et il en est descendu ces filles invraisemblables. Elles avaient un uniforme bleu, bien coupé, avec un écusson qui disait « Mission France ». Elles avaient des cheveux, du rouge à lèvres, des bas de soie, des lèvres vivantes sous le rouge à lèvres, des visages vivants sous les cheveux, sous leurs vrais cheveux. Elles riaient, elles jacassaient, c'était une vraie partie de campagne. Les copains se sont tout à coup souvenus qu'ils étaient des hommes et ils se sont mis à tourner autour de ces filles. Elles minaudaient, elles jacassaient, elles étaient mûres pour une bonne paire de claques. Mais elles voulaient visiter le camp, ces petites, on leur avait dit que c'était horrible, absolument épouvantable. Elles voulaient connaître cette horreur. J'ai abusé de mon autorité pour laisser les copains sur place, devant le bâtiment des officiers S.S. et j'ai conduit les toutes belles vers l'entrée du camp.

La grande salle d'appel était déserte, sous le soleil du printemps, et je me suis arrêté, le cœur battant. Je ne l'avais jamais encore vue vide, il faut dire, je ne l'avais jamais vue réellement. Ce qu'on appelle voir, je ne l'avais pas encore vue vraiment. D'une des baraques, d'en face jaillissait doucement, dans le lointain, un air de musique lente joué sur un accordéon. Il y avait cet air d'accordéon, infiniment fragile, il y avait les grands arbres, au-delà des barbelés, il y avait le vent dans les hêtres, et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Je voyais le paysage qui avait été le décor de ma vie, deux ans durant, et je le voyais pour la première fois. Je le voyais de l'extérieur, comme si ce paysage qui avait été ma vie, jusqu'avant-hier, se trouvait de l'autre côté du miroir, à présent. Il n'y avait que cet air d'accordéon pour relier ma vie d'autrefois, ma vie de deux ans jusqu'avant-hier, à ma vie d'aujourd'hui. Cet air d'accordéon joué par un Russe dans cette baraque d'en face, car seul un Russe peut tirer d'un accordéon cette musique fragile et puissante, ce frémissement des bouleaux dans le vent et des blés sur la plaine sans fin. Cet air d'accordéon, c'était le lien à ma vie de ces deux dernières années, c'était comme un adieu à cette vie, comme un adieu à tous les copains qui étaient morts au cours de cette vie-là. Je me suis arrêté sur la grande place d'appel déserte et il y avait le vent dans les hêtres et le soleil d'avril au-dessus du vent et des hêtres. Il y avait aussi, à droite, le bâtiment trapu du crématoire. A gauche, il y avait le manège, où on exécutait les officiers, les commissaires et les communistes de l'Armée Rouge. Hier, 1é avril, j'avais visité le manège. C'était un manège comme n'importe quel manège, les officiers S.S. y venaient faire du cheval. Ces dames des officiers S.S. y venaient faire du cheval. Mais il y avait dans le bâtiment une salle de douche spéciale. On y introduisait l'officier soviétique, on lui donnait un morceau de savon et une serviette éponge, et l'officier soviétique attendait que l'eau jaillisse de la douche. Mais l'eau ne jaillissait pas. A travers une meurtrière dissimulée dans un coin, un S.S. envoyait une balle dans la tête de l'officier soviétique. Le S.S. était dans une pièce voisine, il vivait posément la tête de l'officier soviétique et il lui envoyait une balle dans la tête. On enlevait le cadavre, on ramassait le savon et la serviette éponge et on faisait couler l'eau de la douche, pour effacer les traces de sang. Quand vous aurez compris ce simulacre de la douche et du morceau de savon, vous comprendrez la mentalité S.S.

Mais ça n'a aucun intérêt de comprendre les S.S., il suffit de les exterminer.

J'étais debout sur la grande place d'appel déserte, c'était le mois d'avril, et je n'avais plus du tout envie que ces filles aux bas de soie bien tirés, aux jupes bleues bien plaqués sur des croupes appétissantes, viennent visiter mon camp... » (Le grand voyage, 1963)

Semprun finira par montrer l'empilement des cadavres sur la place derrière les baraques. On les entreposait là depuis que les fours crématoires s'étaient arrêtés de fonctionner, quelques jours avant que la majorité des bourreaux nazis ne quittent le camp devant la pression de l'avance alliée. Semprun raconte les survivants qui meurent d'avoir trop mangé avec leur organisme affaibli une fois le camp libéré par les Alliés. Il donne la main ainsi à un ancien de la guerre d'Espagne et du plateau des Glières, Morales, qui meurt "d'une dysentrie foudroyante provoquée par une nourriture redevenue trop riche" après avoir survécu à Auschwitz et à des mois de camp de concentration. 

Les fours crématoires, dont certains firent des jeux de mot douteux, par où partirent en fumée beaucoup d'amis de Semprun, dans le professeur Maurice Halbwachs, à qui Semprun avant l'instant de basculement dans la mort récita les vers de Baudelaire :

« O mort, vieux capitaine, il est temps,

levons l'ancre »

« Étrange odeur », a écrit Léon Blum.

Déporté en avriol 1943, avec Georges Mandel, Blum a vécu deux ans à Buchenwald. Mais il était enfermé en dehors de l'enceinte proprement dite du camp : au-delà de la barrière de barberés électrifiés, dans une villa du quartier des officiers S.S. Il n'en sortait jamais, personne n'y pénétrait que les soldats de garde. (…) C'est la rigueur de cette clôture qui explique son ignorance. Léon Blum ne savait même pas où il se trouvait, dans quelle région de l4allemagne il avait été déporté. Il a vécu deux ans dans une villa du quartier des casernes S.S. de Buchenwald en ignorant tout de l'existence du camp de concentration, si proche pourtant. « Le premier indice que nous en avons surpris, a t-il écrit au retour, est l'étrange odeur qui nous parvenait souvent le soir, par les fenêtres ouvertes, et qui nous obsédait la nuit tout entière quand le vent continuait à souffler dans la même direction : c'était l'odeur des fours crématoires. (…). Étrange odeur, en vérité, obsédante. »

- « Le crématoire s'est arrêté hier, leur dis-je. Plus jamais de fumée dans le paysage. Les oiseaux vont peut-être revenir !

Ils font la grimace, vaguement écœurés.

Mais ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Ils ont saisi le sens des mots, probablement. Fumée : on sait ce que c'est, on croit savoir. Dans toutes les mémoires d'homme, il y a des cheminées qui fument. Rurales à l'occasion, domestiques, fumées des lieux-lares.

Cette fumée-ci, pourtant, ils ne savent pas. Et ils ne sauront jamais vraiment. Ni ceux-ci, ce jour-là. Ni tous les autres, depuis. Ils ne peuvent pas imaginer, quelles que soient leurs bonnes intentions.

Fumée toujours présente, en panaches, ou volutes, sur la cheminée trapue du crématoire de Buchenwald, aux abords de la baraque administrative du service du travail, l'Arbeitsstatistik, où j'avais travaillé cette dernière année.

Il me suffisait d'un peu pencher la tête, sans quitter mon poste de travail au fichier central, de regarder par l'une des fenêtres donnant sur la forêt. Le crématoire était là, massif, entouré d'une haute palissade, couronné de fumée.

Ou bien de flammes, la nuit.

Lorsque les escadrilles alliées s'avançaient vers le cœur de l'Allemagne pour des bombardements nocturnes, le commandement S.S demandait qu'on éteignît le four crématoire. Les flammes, en effet, dépassant de la cheminée, étaient un point de repère idéal pour les pilotes anglo-américains.

Krematorium, ausmachen ! Criait alors une voix brève, impatientée, dans le circuit des haut-parleurs.

« Crématoire, éteignez ! »

Nous dormions, la voix sourde de l'officier S.S. de service à la tour de contrôle nous réveillait. Ou plutôt elle faisait d'abord partie de notre sommeil, elle résonnait dans nos rêves, avant de nous réveiller. A Buchenwald, lors des courtes nuits où nos corps et nos âmes s'acharnaient à reprendre vie – obscurément, avec une espérance tenace et charnelle que démentait la raison, sitôt le jour revenu – ces deux mots, Krematorium, ausmachen ! qui éclataient longuement dans nos rêves, les remplissant d'échos, nous ramenaient aussitôt à la réalité de la mort. Nous arrachaient au rêve de la vie.

(…)

« S'en aller par la cheminée, partir en fumée » étaient des locutions habituelles dans le sabir de Buchenwald. Dans le sabir de tous les camps, les témoignages n'en manquent pas. On les employait sur tous les modes, tous les tons, y compris celui du sarcasme. Surtout, même entre nous, du moins. Les S.S et les contremaîtres civils, les Meister , les employaient toujours sur le ton de la menace ou de la prédiction funeste

Jorge Semprun, L'écriture ou la vie (1994)

Buchenwald, c'était aussi non loin des bourreaux Weimar, ses bois et ses douces collines, la maison de Goethe à deux pas de l'enfer et du mal radical, un lieu de sociabilité inouï dans les latrines où s'organisait la résistance du camp, les trafics, où l'on fumait à l'aise, un bordel et un groupe de jazz clandestin, le cinéma où les Allemands organisaient quelques projections à destination des déportés à base de films romantiques, une bibliothèque tenue par un communiste allemand sourcilleux sur le retour des livres, même après la libération du camp, où l'on trouve les livres de philosophie idéaliste allemande de Schelling et de Fichte. Ce sont les hauts-parleurs du camp d'où sort une chanson de Charles Trenet.   

« Il s'appelait donc Widerman, le jeune déporté français tellement doué, qui bouleversait ses camarades en leur chantant les succès de Charles Trenet.

Ménilmontant, mais oui, madame…

Un dimanche parmi les derniers dimanches de cet hiver-là, le dernier hiver, le plus rude hiver de toutes ces années-là, nous avons entendu la voix du jeune Français sur le circuit des haut-parleurs du camp. Sans doute, l'un des Lagerältester, des doyens de Buchenwald – poste le plus élevé dans la hiérarchie de l'administration interne des déportés – ou quelque vétéran communiste allemand, peut-être le kapo de l'Arbeit, Willi Seifert – il en était bien capable ! - avait dû convaincre l'officier SS, le Rapportführer , de laisser chanter Widerman, puisque tel était son nom.

Ce serait bon pour le moral des français, avait-il dû lui dire, d'entendre chanter dans leur langue, ça les changerait des sempiternelles chansonnettes allemandes de Zarh Leander ! Or ce qui était bon pour le moral était bon pour la productivité des déportés. (…) C'est probablement avec des arguments ou arguties de cette sorte, aussi spécieux, que le Lagerältester – peut-être Hans Eiden – avait réussi à persuader le Rapportführer de laisser Widerman chanter Ménilmontant sur le circuit des haut-parleurs. En tout cas, un dimanche, vers midi, alors que les déportés, par milliers, au garde-à-vous, se tenaient sur la place d'appel, soudain, l'un des derniers dimanches de ce terrible hiver, la voix du jeune Widerman avait éclaté : Ménilmontant, moi oui madame…

Une sorte de frémissement à peine perceptible, de halètement, de lourd sanglot de bonheur, a parcouru la foule des déportés. La plupart ne comprenaient pas la langue, certes : le sens exact des paroles leur échappait probablement. Mais c'était une chanson française : au rythme vif, entraînant, ça suffisait.

Aussi, soudain, pour ces milliers d'Européens, de toute origine – des russes, des polonais, des Tchèques, des Hongrois, des Espagnols, des Néérlandais, tous les Européens étaient là, en somme, il ne manquait que les Anglais, bien sûr, pour cause de liberté insulaire -, pour ces milliers de déportés, dans leur immense majorité combattant des maquis et des mouvements de résistance, la chanson de Trenet a soudain symbolisé la liberté : son passé de joie et de combats, son proche avenir victorieux ». (Jorge Semprun, Exercices de survie, 2012)

Plus qu'aucun autre, Semprun fait ressortir les éléments de sur-réalité ou d'irréalité d'un camp nazi. Peut-être à l'excès, comme quand il déclame des dizaines de poèmes à haute voix sur la place du camp ou à ses abords avec le lieutenant américain Rosenfeld, qui l'interroge sur le fonctionnement des S.S et l'administration du camp, car Semprun était affecté, grâce aux réseaux internationaux de la résistance communiste du camp, au bureau des entrées et sorties, ce qui lui permettait d'affecter par des inversions d'identité à des "bonnes places" des camarades prenant l'identité de prisonniers venant de mourir.

Semprun raconte aussi dans "L'écriture ou la vie" son difficile retour à la vie, à l'amour, sa volonté d'écrire et de faire oeuvre de ce vécu inouï et terrible, puis sa volonté d'oublier qui l'amènera à mettre presque quinze ans avant de commencer à raconter, la part de doute, de réinvention, de recomposition mémorielle dans la restitution de ce qui fut. 

Ses récits pleins de paradoxe, où la beauté côtoie l'horreur, et la poésie la brutalité, sont composés par des détours, des retours successifs, des sauts temporels, des cercles concentriques autour de l'événement, entre l'association d'idées, le libre jeu de la mémoire et l'art du conteur qui suggère en omettant et dissimule en disant. 

De 1945 à 1953, Semprun devient traducteur pour l'Unesco.

A partir de 1953, il coordonne les activités clandestines de résistance au régime de Franco au nom du Comité Central du Parti Communiste Espagnol en exil puis il entre au Comité Central et au bureau politique. De 1957 à 1962, il anime le travail clandestin du Parti Communiste dans l'Espagne de Franco sous le pseudonyme de Frederico Sanchez. En 1963, il publie "Le grand voyage". L'année suivante, il est écarté de la direction puis exclu du Parti Communiste par Santiago Carrillo en raison de divergences sur la ligne du parti. Il se consacre alors tout entier à son travail d'écrivain et de scénariste et en 1969, il reçoit le prix Fémina pour "La deuxième mort de Ramon Mercader" (l'assassin de Trotski), un livre d'espionnage à miroirs et à tiroirs où Semprun évoque aussi de manière détournée son rapport au communisme et son expérience de la vie clandestine. Dans "Exercices de survie", Semprun revient sur cette expérience de dirigeant clandestin du Parti Communiste espagnol avec un certain scepticisme, un jugement contrasté sur la portée effective des combats communistes et leur avenir. Son éloignement du communisme n'est pas non plus un reniement des idéaux humains, démocratiques du communisme et de la qualité de l'engagement des militants européens. Semprun restera attaché à un idéal démocratique de gauche jusqu'au terme de sa vie même s'il percevra le communisme comme un échec global et sans doute définitif. Après s'être rapproché du PSOE et de Felipe Gonzalez, il devient ministre de la culture du gouvernement espagnol de 1988 à 1991.  

 

 

     

   

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 17:18
Justice: Jerôme Cahuzac condamné à 3 ans de prison ferme (L'Humanité, 8 décembre 2016)

Procès. Jérôme Cahuzac condamné à 3 ans de prison ferme

L'Humanite
JEUDI, 8 DÉCEMBRE, 2016

L'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac a été condamné jeudi à trois ans de prison ferme, sans aménagement, pour son compte caché à l'étranger.

Le président de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, a en effet estimé que seule une peine d'incarcération effective, sans aménagement possible, pouvait sanctionner cette "faute pénale d'une exceptionnelle gravité, destructrice du lien social". Sa condamnation est conforme aux réquisitions du Parquet national financier (PNF), qui avait demandé une peine "sévère" envers un homme qui a "flétri l'honneur" de la France.
Jérôme Cahuzac a aussitôt annoncé, par la voix de ses avocats, qu'il ferait appel du jugement et n'ira donc pas en prison.
 
Jusqu'à deux ans, une peine de prison ferme peut en effet être intégralement aménagée (semi-liberté ou bracelet électronique). Mais à partir de trois ans, le condamné passe nécessairement par la case prison, au moins pour un temps. L'ex-ministre du Budget, également condamné à cinq ans d'inéligibilité, a été reconnu coupable des trois infractions pour lesquelles il était poursuivi : fraude fiscale, blanchiment et fausse déclaration de patrimoine.
 
Ses avocats avaient appelé le tribunal à prononcer une "juste" peine à son endroit, le décrivant comme un homme "fini", marqué du sceau "indélébile" de la "trahison" après les révélations sur son compte caché à l'étranger. Pourfendeur de la fraude fiscale lorsqu'il était ministre de François Hollande, Jérôme Cahuzac, 64 ans, a été contraint à la démission en mars 2013, après des mois de dénégations, jusque devant l'Assemblée nationale.
Durant son procès, il a expliqué s'être retrouvé pris dans une "mécanique" très dure à arrêter, après l'ouverture d'un premier compte en Suisse destiné, selon lui, à financer de manière occulte une éventuelle campagne présidentielle de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, en 1992-1993. S'ensuit une "fuite en avant" presque "logique et mécanique", dit-il : un autre compte, ouvert en Suisse et transféré à Singapour par "peur" d'être découvert, et des actes de blanchiment liés, selon lui, à son incapacité à renoncer à un certain train de vie. 
 
 
L'affaire Cahuzac en dix dates
 
- 4 déc 2012 -
Mediapart accuse le ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac d'avoir détenu jusqu'au début 2010 "un compte bancaire non déclaré à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève" avant de déplacer ses avoirs à Singapour. Le site d'information publie le lendemain un enregistrement de fin 2000, dans lequel un homme - M. Cahuzac, affirme le journal en ligne - s'inquiète de son compte "ouvert à l'UBS". Le ministre oppose dans un communiqué, puis à l'Assemblée nationale, un "démenti formel", assurant n'avoir "jamais disposé d'un compte en Suisse ou ailleurs à l'étranger".
 
- 19 mars 2013 -
Le parquet, qui menait une enquête préliminaire depuis début janvier, déclare que la voix de l'enregistrement est probablement, selon l'expertise de la police, celle de M. Cahuzac et ouvre une information judiciaire. Le ministre quitte le gouvernement en répétant qu'il est innocent.
 
- 2 avr 2013 -
Cahuzac reconnaît devant les juges avoir détenu un compte à l'étranger, ouvert en 1992 à l'UBS, en Suisse, rapidement transféré auprès de la banque Reyl à Genève puis, en 2009, à Singapour. Il est mis en examen. "Dévasté par le remords", il demande publiquement pardon pour "une faute inqualifiable". Fin 2013, le compte de Singapour est fermé et les plus de 600.000 euros qu'il contenait rapatriés.
 
- 1er oct 2013 -
Le rapporteur PS d'une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire, Alain Claeys, conclut que "la justice n'a été ni entravée, ni retardée", ce que contestent les membres UMP de la commission.
 
- 29 oct 2013 -
La banque suisse Reyl et ses dirigeants sont mis en examen.
 
- 13 mars 2014 -
Patricia Cahuzac, ex-épouse de l'ancien ministre, également mise en examen, avoue l'existence d'un compte sur l'île de Man, ouvert en 1997 à la Royal Bank of Scotland. Elle avait ensuite ouvert un compte à la BNP Genève en décembre 2006 dont les avoirs avaient été transférés à la banque suisse Gonet fin 2010. En 2014, plus de 2,7 millions d'euros sont rapatriés de l'île de Man.
 
- 17 juin 2015 -
Cahuzac et son ex-épouse sont renvoyés en correctionnelle pour fraude fiscale et blanchiment, ainsi que la banque Reyl. L'ex-ministre sera aussi poursuivi pour avoir minoré sa déclaration de patrimoine lors de son entrée au gouvernement en 2012.
 
- 8 fév 2016 -
Le procès s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Paris et est rapidement interrompu. Le tribunal décide de transmettre à la Cour de cassation une requête de la défense, une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), qui critique le cumul des poursuites fiscales et pénales.
 
- 24 juin 2016 -
Le Conseil constitutionnel, saisi de la QPC par la Cour de cassation, déboute Jérôme Cahuzac, autorisant le cumul de poursuites pénales et des sanctions administratives "dans les cas de fraudes les plus graves".
 
- 8 décembre 2016 -
Jérôme Cahuzac est condamné à trois ans de prison ferme et cinq ans d'inéligibilité par le tribunal correctionnel de Paris, son ex-épouse à deux ans de prison ferme et la banque Reyl à une amende de 1,875 million d'euros. Il va faire appel de son jugement, a annoncé son avocat.

 

 

 

 

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 17:13
Autoroutes: le marché de dupes dévoilé sur le "gel" des péages (L'Humanité, 8 décembre 2016)

Et un scandale de plus dans le dossier déjà épais de la privatisation des autoroutes. Selon un rapport rédigé par l’Autorité de la régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), le « gel » des tarifs des péages autoroutiers, décidé en 2015 entre l’Etat et les concessionnaires autoroutiers en plein scandale de la rente constituée sur le dos des usagers, devrait au final gonfler les poches des seconds. Car les hausses des tarifs qui suivront le « dégel » des tarifs, entre 2019 et 2023, permettra aux grandes sociétés de se « refaire » rapidement et abondamment. Au total, calcule l’Arafer, les augmentations devraient en effet rapporter plus d’argent que ce que leur coûte le gel des tarifs, avec une plus-value estimée à un demi-milliard d’euros.

Autoroutes : le marché de dupes dévoilé sur le « gel » des péages

TANIA MELLER
JEUDI, 8 DÉCEMBRE, 2016
HUMANITE
Un rapport indique que le prétendu « gel » des tarifs des autoroutes décidé par l’Etat en 2015 rapportera en fait 500 millions d’euros de plus aux grandes sociétés privées qui les exploitent.
Et un scandale de plus dans le dossier déjà épais de la privatisation des autoroutes.  Selon un rapport rédigé par l’Autorité de la régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), le « gel »  des tarifs des péages autoroutiers, décidé en 2015 entre l’Etat et les concessionnaires autoroutiers en plein scandale de la rente constituée sur le dos des usagers, devrait au final gonfler les poches des seconds. Car les hausses des tarifs qui suivront le « dégel » des tarifs, entre 2019 et 2023, permettra aux grandes sociétés de se « refaire » rapidement et abondamment. Au total, calcule l’Arafer, les augmentations devraient en effet rapporter plus d’argent que ce que leur coûte le gel des tarifs, avec une plus-value estimée à un demi-milliard d’euros.
Pour parvenir à cette estimation, le rapport se fonde sur des hypothèses jugées crédibles de trafic autoroutier et d’évolution des prix, faute d’obtenir de l’Etat celles qui ont servi de bases à la négociation avec les concessionnaires, le gouvernement ayant toujours refusé de dévoiler le détail des contrats passés avec les sociétés qui exploitent les autoroutes, et notamment les conditions de la prolongation des concessions, en dépit d’une décision de justice l’obligeant à le faire. Le secret des affaires a beau avoir tenu bon, l’Arafer a flairé ce qui se trame : avec des hausses comprises entre 0,23 % et 0,82 % selon les réseaux, les « recettes cumulées (seraient) de l’ordre de 500 millions d’euros » sur « la durée restant à courir des concessions ».
De quoi relancer le débat que le gouvernement avait brutalement refermé, en mars 2015, en retenant l’avis d’un « groupe de travail » ad hoc mis en place par Manuel Valls avec la complicité d’Emmanuel Macron. Celui-ci, composé de quinze membres, avait opportunément cautionné la négociation déjà en phase de conclusion avec l’Etat pour un allongement des concessions autoroutières, et tenté de discréditer la proposition d’une renationalisation par l’Etat portée notamment par les députés et sénateurs communistes, ou toute autre solution alternative défendue par la mission d’information parlementaire sur les autoroutes. Au point de pousser le rapporteur de cette dernière, le député PS Jean-Paul Chanteguet, à claquer la porte du « groupe de travail » de Valls et Macron en dénonçant une « parodie de consultation ». « La rente autoroutière existe bien et elle n’est pas justifiée », déclarait alors la sénatrice communiste Evelyne Didier, plaidant pour « le retour à une maîtrise totale de l’État par la nationalisation » des autoroutes. Une option qui confirme sa pertinence, à l’heure du marché de dupes révélé par le rapport de l’Arafer.
Journaliste
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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 16:52
Soirée Palestine avec Thierry Seigland autour de son carnet de voyage le vendredi 16 décembre au bar des Deux Rivières à la Madeleine

Où l'on retrouvera Thierry Seigland et des adhérents de l'Association France Palestine du Pays de Morlaix mais aussi nous amis du Théâtre de la Corniche pour une évocation en contes et poésie de ce pays meurtri.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 15:24
Morlaix: Pors-ar-Bayec a bientôt terminé sa mue (Ouest-France, Delphine Van Hauwaert - 6 décembre 2016)

Delphine VAN HAUWAERT.

Commencée en septembre 2015, cette opération à 7,5 millions d’euros devrait être terminée pour le printemps. À la clé, des logements moins énergivores et un quartier plus agréable.

Pourquoi ? Comment ?

Pourquoi cet important chantier à Pors-ar-Bayec ?

Construite dans les années 60, cette cité de 168 logements sur six bâtiments avait besoin d’un sérieux coup de jeune.

À l’intérieur, d’abord, du point de vue des performances énergétiques.

C’est le travail d’Habitat 29.

À l’extérieur aussi, pour contrer « cette emprise des trois B : béton, bitume, bagnole, en vogue à une époque où il fallait construire vite et pas cher », comme l’explique Eddy Blondeau, chargé d’affaires à Habitat 29. C’est la partie de la Ville.

 

Où en est-on ?

Le chantier n’est plus loin de la fin. Commencé en septembre 2015, il a déjà vu la réalisation de deux phases avec les immeubles donnant sur la place Saint-Nicolas et ceux de la rue Paul-Sérusier.

En cours, le bâtiment de la rue Pors-ar-Bayec devrait être terminé en février. La mairie achèvera ensuite les aménagements extérieurs.

Quels travaux ont été réalisés ?

Des enduits dans les tons ocre rouge, gris, blanc cassé et beige ont été posés.

À l’intérieur des bâtiments, les salles de bains ont aussi été changées. Les baignoires sabot très 60’s laissent place, dans les petits logements, à une douche, et dans les grands, à une vraie baignoire.

Sur le volet énergétique, des VMC ont été installées dans les cages d’escalier, « car un air humide est toujours plus compliqué à chauffer qu’un air sec ».

L’isolation a été refaite par l’extérieur et par les sous-sols.

Des chaudières à condensation, moins énergivores, ont également été installées, couplées à des robinets thermostatiques sur les radiateurs, permettant de moins chauffer les pièces au sud, qui conservent désormais mieux la chaleur.

Quid des extérieurs ?

La Ville se charge de redessiner l’espace, éloignant les voitures des pieds d’immeuble, troquant les enrobés noirs contre des ciments plus clairs, intégrant des bordures en pierre taillée.

Des conteneurs enterrés sont aussi en cours d’installation.

Enfin, « des arbres seront plantés pour redonner de la volumétrie au quartier ».

Combien ça coûte ?

Habitat 29, qui gère un parc de plus de 10 000 logements, l’admet : « C’est une des plus grosses opérations menées en ce moment. »

7 530 000 € au total, dont 6,7 millions pour les travaux de réhabilitation. Avec le soutien de Morlaix communauté et du Département, dans le cadre du contrat de territoire.

Quel impact pour les locataires ?

Ces importants travaux s’accompagnent d’une hausse de loyer. « Mais Habitat 29 a pris l’engagement que le couple loyer et charges après travaux n’excédera pas ce même couple avant travaux. »

Concrètement, les locataires doivent faire des économies sur l’énergie. Ça semble bien parti : « Fin novembre, des habitants avaient à peine allumé le chauffage », se réjouit Eddy Blondeau.

Les habitants testeront un boîtier connecté

Les 280 habitants de Pors-ar-Bayec seront les premiers à expérimenter un nouvel outil créé pour Habitat 29. Le bailleur social vient de remporter un appel à projets du ministère de l’Environnement concernant un boîtier communiquant, conçu par une start-up brestoise.

Comme l’explique Eddy Blondeau, d’Habitat 29, « il s’agit d’un écran tactile simple à utiliser », permettant aux locataires de programmer leur chauffage et de suivre leurs consommations d’énergie, mais aussi à Habitat 29 de faire des relevés, « et d’alerter les consommateurs en cas de problème ou d’événement anormal ». Actuellement en fabrication, il sera installé dans les logements au début du printemps.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 14:52

Abrogation de la loi Travail - Proposition de loi du groupe CRC au Sénat

Un marqueur essentiel de la rupture avec les politiques libérales

mercredi 7 décembre 2016[]

Les sénatrices et sénateurs du Groupe communiste, républicain et citoyen ont déposé une proposition de loi d’abrogation de la loi El Khomri qui sera débattue en séance le 11 janvier prochain.

Cette loi imposée à coup de 49-3 au printemps dernier et par une mobilisation policière hors norme contre le mouvement social, demeure rejetée par une majorité de l’opinion publique et sa mise en application progressive par décret démontre, semaine après semaine, les coups d’une exceptionnelle gravité portés contre le monde du travail, les salariés et leurs organisations syndicales.

Cette loi de casse du droit du travail, cette loi de soumission aux desideratas du Medef est l’un des points clef du bilan de François Hollande et de son premier ministre Manuel Valls. Elle figure au tableau du déshonneur de ce quinquennat aux côtés de la loi Macron, du CICE, de la ratification du Traité budgétaire ou du projet de déchéance de la nationalité.

L’heure est, à la veille d’importantes échéances électorales, au projet, au choix de société.

Les sénatrices et les sénateurs du groupe CRC estiment que l’abrogation de cette loi travail constituerait un marqueur essentiel de rupture avec la démarche libérale qui a prévalu ces dernières années.

C’est pourquoi, ils proposent de débattre le 11 janvier de cette proposition de loi qui permettra à chacun de prendre ses responsabilités pour l’avenir.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 14:47
Netanyahou donne des gages à droite avec une loi sur les colonies (Ouest-France, 8 décembre 2016)

À la tête d'une coalition conservatrice, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'est rallié à un projet de loi légalisant des colonies en Cisjordanie, une manoeuvre vue à Jérusalem comme une nouvelle parade pour satisfaire son aile droite.

Mais cette politique d'apaisement à droite pourrait avoir des conséquences internationales, bien que le texte ait de fortes chances d'être rejeté par la Cour suprême. 

Lundi, le passage en première lecture d'une version amendée a déclenché des réactions inquiètes des États-Unis, de l'Union européenne et des Nation unies, laissant envisager l'adoption d'une manière de résolution de l'Onu sur le sujet avant la fin du mandat de Barack Obama le 20 janvier. 

On craint la justice

En outre, certains responsables israéliens craignent que le projet de loi ne constitue un motif de poursuites pour la Cour pénale internationale de La Haye. 

Benjamin Netanyahu, un temps opposé à la législation, avait lui-même mis en garde contre de possibles procédures judiciaires lors de l'émergence du projet porté par le parti d'extrême-droite du Foyer juif et son chef de file, le ministre de l'Education Naftali Bennett. Les dirigeants palestiniens ont condamné un texte qui cautionne des expropriations sur les terres qu'ils revendiquent pour État. 

Colonies officielles et officieuses

En cinquante ans, Israël a construit environ 120 colonies officielles en Cisjordanie. Elles sont condamnées par une majorité d'acteurs internationaux. 

Outre ces colonies officielles, une centaines d'avant-postes y ont été construits sans l'aval du gouvernement. Plus de cinquante d'entre eux pourraient être légalisés par le projet de loi, estime l'association israélienne Peace Now. Le texte propose d'indemniser les propriétaires palestiniens des terres concernées. 

Assurer sa survie politique

Pour Benjamin Netanyahu, dans son quatrième mandat, ne pas soutenir la législation aurait eu valeur de défaite face à Naftali Bennett, et permis à son parti de ravir au Likoud des électeurs conservateurs. 

"Il craint plus Naftali Bennett que le gouvernement américain et que l'Union européenne. Même s'il est premier ministre depuis 11 ans, il reste un politicien plus qu'un dirigeant", juge Amnon Abramovitz, un analyste politique pour la chaîne de télévision Aroutz 2. 

Approuvé lundi dans une version amendée par 58 députés (51 contre), le projet de loi devra faire l'objet de deux nouveaux votes, probablement dès la semaine prochaine, pour devenir loi. La législation a des chances d'être invalidée par la Cour suprême israélienne, devant laquelle les groupes de défense des droits de l'homme devraient contester les expropriations de terrains privés qu'elle contient. Certains commentateurs estiment d'ailleurs que Netanyahu mise sur l'annulation de la loi par la haute cour. 

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 09:52

L’Humanité

Mercredi 7 décembre 2016

 

Amnesty International dénonce le déplacement d'un demi-million de personnes dans le Kurdistan turc.

Dans son dernier rapport intitulé « Déplacés et dépossédés : droit au retour pour les habitants de Sur », Amnesty International dénonce la politique de destruction et de répression implacable menée par le régime islamo-conservateur après une année de conflit au Kurdistan turc.

D'après l'ONG, environ un demi-million de personnes auraient été forcées de quitter leur domicile. « Ce qui pourrait constituer une sanction collective », précise le rapport. Après l'échec d'un cessez-le-feu signé en juillet 2015, des affrontements ont éclaté entre des personnes affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les forces turques de sécurité. En réaction aux déclarations d'« autogouvernance », à la mise en place de barricades et à l'apparition de tranchées à Sur, dans l'arrondissement central de Diyarbakir, et dans d'autres villes du Sud-Est, « les autorités ont commencé à imposer des couvre-feux 24 heures sur 24 et à mener des opérations de sécurité fortement militarisées », rappelle John Dalhuisen, directeur du programme Europe de l'observatoire.

Parmi les zones les plus touchées, le quartier de Sur, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, est quasiment rayé de la carte. Après les expulsions forcées, presque tous les biens immobiliers ont été confisqués par les autorités turques, et de nombreux immeubles ont aussi été démolis. Des dizaines de milliers de personnes sont aujourd'hui sans toit. « Des logements situés dans ce quartier qui débordait naguère d'activité ont été démolis et confisqués afin de faire place à un projet de réaménagement dont très peu de résidents sont susceptibles de bénéficier », dénonce le rapport. Au vu et au su de tous ­ Union européenne, Etats-Unis et Nations unies ­, le régime de Recep Tayyip aura réussi en moins d'un an à détruire le présent de familles entières, mais aussi à effacer méthodiquement leur mémoire inscrite dans des murs aujourd'hui réduits à l'état d'éboulis.

 

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 09:48

Article d’Yves DIMICOLI

Revue « Economie et Politique »

 

 

 

Beaucoup voient dans la révolution informationnelle et technique la source d’un chômage de masse irrécouvrable. Peu en revanche font le lien entre les effets de la révolution informationnelle et les logiques capitalistes utilisant cette révolution non pour développer les capacités humaines mais pour toujours plus rentabiliser les capitaux sur le dos des travailleurs. Or la révolution informationnelle contient un potentiel d’épanouissement civilisationnel extraordinaire, dont la concrétisation dépendra de la capacité collective à utiliser ses gains.

 

Des perspectives fatalement sombres pour l’emploi ?

 

Les estimations du « Forum économique » de Davos

Selon une enquête du centre de recherche du Forum économique mondial de Davos (01/2016) intitulée « The Future oh Jobs » et conduite auprès des 15 premières économies mondiales couvrant 65 % de la main-d’œuvre mondiale, les effets combinés de la robotisation croissante, de l’intelligence artificielle et de l’automatisation auraient un impact très négatif sur les marchés du travail.

L’impact brut serait une suppression de 7,1 millions d’emplois (52 % d’hommes et 48 % de femmes), surtout chez les « cols blancs » (travail de bureau) et les tâches administratives.

Mais, cette perte brute serait partiellement compensée par la création estimée de 2,1 millions de nouveaux emplois dans l’informatique, dans les activités requérant les mathématiques et dans l’ingénierie. Au total, l’effet net serait une suppression de 5 millions de postes de travail, principalement dans la santé, le secteur de l’énergie ainsi que dans les services financiers et d’investissements.

 

L’étude du cabinet Roland Berger

Une première vague de diffusion des technologies informationnelles (transformation digitale), entre 1980 et 2012, aurait concerné, en France, principalement la production de biens matériels et les métiers manuels. Sur les 2,18 millions d’emplois industriels perdus pendant cette période, 1,4 million (64 %) auraient disparu du seul fait des gains de productivité apparente du travail engendrés par le recours aux technologies numériques, loin devant les délocalisations et l’accentuation de la concurrence internationale.

Une nouvelle vague d’automatisation serait désormais à l’œuvre qui ne concernerait plus seulement les métiers manuels. Avec l’informatique avancée ou décisionnelle (machines apprenantes, big data, cloud…), les « objets connectés » et la robotique avancée, des emplois qualifiés à contenu intellectuel seraient maintenant concernés, du fait de la prise en charge par des logiciels de tâches de plus en plus nombreuses à pouvoir être automatisées.

Selon cette étude, 42 % des emplois français potentiellement automatisables seraient fragilisés à l’horizon de vingt ans : ce qui reste des emplois industriels peu qualifiés, les emplois de service peu qualifiés et des emplois intermédiaires (fonctions administratives en entreprises, métiers juridiques, fonctions d’encadrement intermédiaire).

L’étude évalue à 3,7 millions la perte brute d’emplois en France du fait de cette nouvelle transformation digitale. Celle-ci frapperait massivement, désormais, dans les couches moyennes et creuserait les inégalités entre les détenteurs d’emplois automatisables et les personnels de haute qualification dans les activités à fort contenu intellectuel.

Cette nouvelle vague de transformation digitale percuterait donc massivement les activités de services alors que, jusqu’ici, celles-ci ont constitué – même si c’est en France de la pire des manières (désindustrialisation, financiarisation, prolifération d’emplois de services à bas salaire et faible qualification) – un réservoir d’activités qui a en partie absorbé les baisses d’emploi dans le secteur industriel.

 

Le besoin de changer de logique

Ces études partent du principe que le monde est appelé à demeurer éternellement sous l’empire de la logique de croissance capitaliste : pour rentabiliser les capitaux accumulés on remplace les travailleurs en emploi par des machines de plus en plus évoluées et on les jette au chômage.

Une logique en cause

Cette logique de croissance devient folle avec les technologies numériques parce qu’elles économisent énormément, et de plus en plus, le travail.

Ceci est la base pour un formidable progrès de civilisation : on pourrait baisser fortement et continûment le temps de travail et accroître fortement et continûment le temps passé par chacun-e à se former, se cultiver tout au long de sa vie, à former d’autres personnes, à rendre service, à disposer de plus de temps libre, pendant que l’on créerait sans cesse de nouveaux emplois pour un travail toujours plus riche, utile et épanouissant.

Mais avec les capitalistes cela ne marche pas comme ça !

Pour accroître la rentabilité des capitaux investis ils réduisent le temps de travail, non en libérant du temps pour chaque travailleur, mais en supprimant des emplois, en les rejetant vers le chômage et en les y maintenant de plus en plus longtemps. Avec les technologies numériques très économes en travail, cela engendre un énorme chômage perdurable, lequel pèse en permanence sur les taux de salaire et favorise la multiplication des emplois précaires.

Dans le même temps, il a fallu aux capitalistes dépenser de plus en plus pour la recherche-développement et fidéliser la main-d’œuvre la plus hautement qualifiée. Cette envolée des dépenses informationnelles, à engager sans être assurés de pouvoir les amortir dans des productions vendables suffisamment rémunératrices, a placé les capitalistes devant le défi croissant de devoir les partager. Ils y ont répondu en multipliant les fusions et acquisitions (F&A) avec l’appel croissant aux marchés financiers et à l’endettement. Cela a engendré l’essor des prélèvements financiers (intérêts et dividendes) que les sociétés ont cherché à compenser par la recherche de plus en plus fébrile de revenus purement financiers.

Tout cela a conduit à installer la dictature des marchés financiers et à diffuser le cancer financier dans tout le corps social de l’humanité.

 

Rompre pour une nouvelle logique

Remplacer les humains au travail par des machines est une bonne chose. Mais il ne faut pas qu’ils soient rejetés vers le chômage et la précarité ni que cela soit synonyme de pression accrue pour ceux qui restent en emploi, ni encore que cela se fasse aveuglément : les machines doivent à la fois libérer du temps de travail pour le transformer en temps de formation, en temps social et en temps libre, et elles doivent aussi au travail être conçues pour décharger les êtres humains de charges superflues et leur permettre de se consacrer aux charges les plus « humaines », les plus spécifiques à la relation humaine. Dans les services à la personne, comme l’hôpital par exemple, cela devrait permettre une révolution du travail pour tout repenser autour de la relation avec les usagers que sont les « patients », ainsi que le diagnostic et l’échange entre pairs pour de meilleures pratiques et sur les diagnostics.

Il faut en finir avec ce traitement de l’emploi comme variable d’ajustement aux exigences du profit. Ce ne sont plus les gens qui doivent disparaître au nom de la disparition de leurs activités salariées, c’est l’activité qu’il faut changer et y préparer les gens en toute sécurité de droits et de revenus. Bref, il s’agit d’arracher l’emploi et le travail à la dictature du marché.

Il s’agit de développer toutes les capacités humaines et d’économiser systématiquement sur les gâchis de capitaux. Il faut « dépasser » le capital, cet argent qui cherche à faire plus d’argent, en utilisant autrement la monnaie, le crédit, l’argent des profits et des fonds publics ; il faut « flexibiliser » les coûts du capital.

1 - Il s’agit d’avancer en pratique, graduellement, vers la construction d’un système de sécurité d’emploi ou de formation (SEF) qui éradiquerait le chômage. Cela concerne, dans l’immédiat, quatre grands chantiers : Sécuriser le contrat de travail ; Promouvoir un grand service public de sécurisation de l’emploi et de la formation ; Conquérir de nouveaux pouvoirs d’intervention des salariés sur les gestions des entreprises pour les réorienter ; Mobiliser les fonds publics et le crédit pour responsabiliser socialement et territorialement les entreprises (Fonds publics régionaux et nouveaux critères du crédit)

2 - Il s’agit de faire prévaloir une nouvelle politique économique : rompre avec la politique dite de l’offre, sans pour autant revenir à une politique traditionnelle de « relance par la demande ». Il faut, tout à la fois, soutenir la demande et l’offre.

Cela passe, d’abord, par une politique salariale associant hausse des salaires, réduction du temps de travail et plans massifs de formation qualifiante avec des pouvoirs à la fois collectifs et individuels sur ces plans de formation. Cela implique un grand essor de tous les services publics pour répondre aux besoins. Ces dépenses publiques permettraient de soutenir la demande et d’accroître l’efficacité du système productif. Il s’agit, encore, de stimuler l’investissement matériel et de recherche en le conditionnant à un progrès contrôlable de l’emploi, de la formation et des qualifications. Cela implique aussi de tout autres relations des travailleurs avec les concepteurs des machines, y compris pour les choix d’investissement avec des pouvoirs sur les gestions. Enfin, et ce n’est pas le moindre, il s’agit, simultanément à une réforme de la fiscalité conjuguant justice sociale et efficacité, de mobiliser la monnaie et le crédit à ces fins avec un pôle bancaire et financier public. Autant d’initiatives politiques qui, de concert avec l’exigence, à développer dans toute l’Europe, de la création d’un « Fonds social, solidaire et écologique de développement européen », mobiliseraient, à l’appui des luttes et de besoins planifiés, la création monétaire de la BCE pour le financement concerté des services publics, au lieu du soutien des marchés financiers.

 

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