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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 05:58

L’Aide personnalisée au logement va baisser de 5 euros par mois dès le 1er octobre, suscitant une indignation d'autant plus forte, que le gouvernement multiplie les cadeaux fiscaux aux plus grandes fortunes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en quelques jours Emmanuel Macron a fait tomber le voile sur la politique budgétaire qu’il entend suivre et qu’il a donné instruction au gouvernement de mettre en œuvre. On savait déjà depuis quelques jours qu’elle donnerait lieu à d’immenses cadeaux pour les ultra-riches. Et voilà que l’on apprend, dans une symétrie lourde de sens, que les plus pauvres peuvent s’attendre, eux, à des mauvais coups. En somme, c’est une détestable politique budgétaire qui a pris forme en à peine quelques jours, celle de l’égoïsme social, offrant beaucoup à ceux qui possèdent déjà énormément, et faisant supporter l’austérité à ceux qui n'ont presque rien.

C’est évidemment la dernière mesure en date, annoncée par le gouvernement, visant à réduire l’Aide personnalisée au logement (APL), qui a mis le feu aux poudres, déclenchant une avalanche de protestations et d’indignations.

Au tout début, certes, nul n’a vraiment pris garde aux véritables intentions du gouvernement. Car cela fait des lustres que la direction du budget ressort perpétuellement de ses cartons ce projet de remise en cause de cette aide sociale si décisive qu’est l’APL, puisqu’elle profite chaque année à 2,6 millions de foyers parmi les plus modestes. Une aide qui concerne notamment près de 800 000 étudiants se trouvant souvent dans des conditions de forte précarité. À plusieurs reprises, pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le premier ministre de l’époque, François Fillon, avait ainsi annoncé son intention de s’en prendre à l’APL, dont le coût budgétaire approche les 20 milliards d’euros.

Mais face à la colère sociale, et à la fronde des organisations étudiantes, il avait chaque fois fait machine arrière. Et même quelques mois encore avant l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy avait concocté un plan secret, révélé par Mediapart, visant à diminuer d’un tiers les aides au logement (Lire : Logement : un violent plan d’austérité en préparation).

Sous le quinquennat de François Hollande, le projet est ressorti des cartons – même si les hiérarques socialistes ont la mémoire courte – et un premier plan d’austérité a été voté dans le cadre du projet de loi de finances pour 2016. Au 1er octobre de cette année-là, le patrimoine, et non plus seulement les revenus, ont été pris en compte dans les critères d’attribution de l’APL, de sorte que, au-delà de 30 000 euros de patrimoine, un demandeur ne puisse plus bénéficier de cette aide. Ce qui a eu à l’époque pour effet de diminuer de 10 % le nombre des bénéficiaires. Puis, dans le cadre de la loi de finances pour 2017, le gouvernement de Manuel Valls avait prévu d’autres mesures d’austérité sur les APL mais, à l’approche de l’élection présidentielle, ne les a pas mises en application.

Alors, quand, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, le bruit a de nouveau couru que les APL feraient aussi les frais de la nouvelle politique de rigueur voulue par le chef de l’État, personne n’y a vraiment cru ou n'a pris la menace au sérieux. Et pourtant, on a eu tort de ne pas prendre l’affaire au sérieux, car c’est à l’évidence un projet qui vient de loin : dès son accession à l'Élysée, Emmanuel Macron avait déjà l’APL dans le collimateur. Et plusieurs ministres, sans que l’on y prenne garde, l’avaient clairement annoncé.

D’abord, le 4 juillet, lors de sa déclaration de politique générale, Édouard Philippe avait déjà clairement fait comprendre que le gouvernement allait piocher dans les projets réactionnaires que la direction du budget ressort à chaque alternance. Il avait en effet annoncé qu’il entendait « repenser les politiques publiques qui pèsent sur nos actifs, sans suffisamment de résultats ». Avant d’ajouter : « Nous dépensons deux fois plus que nos voisins européens dans l’aide au logement et les Français éprouvent toujours autant de difficultés à se loger. Cet écart entre le niveau de dépenses et la faiblesse des résultats, les Français le constatent également dans la politique de l’emploi et de la formation professionnelle […] La France est dans les cordes et aucune esquive ne nous sauvera. J’ai conscience d’appeler à l’effort et au courage. »

Puis, le 12 juillet, lors d’une audition devant la commission des finances de l’Assemblée nationale du ministre de l’économie Bruno Le Maire, et du ministre de l’action et des comptes publics Gérald Darmanin, ce dernier a fait allusion aux mesures d’économies votées par la précédente majorité pour 2017 mais pas mises en pratique (c’est à écouter ici, à partir de 4’47’’35’’’), et a fait comprendre que le nouveau gouvernement passerait, lui, à l’acte.

Tout s’est accéléré ces derniers jours. Jeudi 20 juillet, le même Gérald Darmanin a annoncé, lors du traditionnel débat d’orientation budgétaire à l'Assemblée, que le gouvernement entendait bel bien ratiboiser les APL. Et finalement, deux jours plus tard, le couperet est tombé : Matignon a annoncé que dans le cadre du plan d’économie de 10 milliards d’euros pour renflouer le budget de 2017, les aides au logement allaient baisser uniformément de 60 euros par an, à compter du 1er octobre prochain, soit 5 euros par mois, ce qui constitue pour les populations les plus fragiles une somme importante.

Aussitôt, cela a été un tollé général. Sans grande surprise, c’est dans le monde étudiant que l’indignation a pris le plus d’ampleur. Ce qui s’explique pour une double raison. D’abord, l’université et la recherche font déjà partie des premières victimes des annulations de crédits pour 2017, décidées ces derniers jours par le gouvernement : soit au total un plan d’économies de 331 millions d’euros dans le cas de ces deux départements (Lire 331 millions d’euros en moins dans le supérieur : l’adieu à la démocratisation de l’université). Ce qui a été naturellement très mal perçu dans un monde universitaire, déjà asphyxié par l’austérité, comme le révèle l’affaire des bacheliers qui ne peuvent pas s’inscrire en faculté. La seconde raison est tout aussi évidente : pour les étudiants, dont beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté, une réduction de 5 euros par mois de l’APL est un très mauvais coup. Les deux principales organisations étudiantes ont donc dit aussitôt leur vive préoccupation.

L'indignation de la Fondation Abbé-Pierre

 

« Deux mois, c’est le temps qu’il aura fallu au gouvernement pour s’en prendre au budget de l’enseignement supérieur et pour désormais s’attaquer au porte-monnaie des étudiants […] Alors que plus de 60 000 bacheliers sont en détresse, faute d’affectation dans APB [le logiciel d'inscription à la fac – ndlr], la poursuite d’études se voit aujourd’hui doublement remise en cause », a ainsi protesté la Fage sur son site Internet. Et d’ajouter : « L’accès au logement est crucial pour permettre aux jeunes d’être autonomes. Dans un contexte où un étudiant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, le logement représente plus de la moitié du budget mensuel d’un étudiant. La Fage ne peut tolérer que l’on continue de précariser la jeunesse sous couvert de “mesures d’économie”. »

Même émotion du côté de l’Unef : « L’accès au logement autonome est indispensable afin de permettre l’accès à l’autonomie, à la filière de son choix, mais également la réussite au sein de l’enseignement supérieur. Pourtant de nombreux obstacles empêchent l’accès au logement autonome, en premier lieu le coût des loyers. Représentant près de 54 % des dépenses mensuelles, le loyer pèse lourdement sur le budget des étudiant-e-s et pénalise les plus précaires. Alors que les tarifs de loyer sont en constante augmentation d’année en année et que la mise en place de l’encadrement des loyers est retardée dans les principales villes universitaires, les étudiant-e-s ont plus que jamais besoin d’aides publiques importantes pour réussir à se loger », a fait valoir le syndicat étudiant sur son site Internet. Et d'insister : « Permettant de couvrir jusqu’à la moitié des dépenses de logement, les APL sont donc indispensables pour garantir un droit au logement au plus grand nombre. Ces 20 milliards de dépenses publiques que constituent les APL sont donc un investissement favorisant ainsi la réussite universitaire et l’autonomie des jeunes. Alors que la moitié des étudiant-e-s se salarient d’ores et déjà pour financer leurs études, une baisse des APL signifierait une dégradation des conditions de vie et une attaque contre la réussite à l’université. »

 

Mais l’indignation ne se limite pas au monde estudiantin. Dans tout le mouvement social ou associatif, cette annonce a déclenché une vague de protestations. Un exemple parmi de très nombreux autres, la réaction consternée de Christophe Robert, délégué général de la très respectée Fondation Abbé-Pierre : « Moins 5 euros par mois pour tous les bénéficiaires des APL, c’est 400 millions d’euros économisés sur les plus pauvres et modestes ! » s’est-il indigné sur son compte Twitter.

La même sidération s’est aussi propagée dans de nombreux cénacles de la gauche – ou de ce qu’il en reste. Témoin cet autre tweet, celui de Benoît Hamon : « Baisse des APL perçues par les plus modestes et réduction de l’ISF payé par les plus riches. C’est révoltant. » Car, tout est là, effectivement ! Si le plan d’économies sur les APL prend un si fort relief, c’est qu’il est annoncé dans un calendrier très particulier, qui risque de marquer d’autant plus les esprits.

 

On se souvient que le gouvernement avait fait comprendre que sa première priorité était de faire baisser les déficits publics. Aussi a-t-il annoncé initialement aux plus grandes fortunes qu’il respecterait certes sa promesse d’un démantèlement partiel de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), mais pas tout de suite. Il a donc été annoncé aux milieux les plus favorisés que les cadeaux fiscaux en leur faveur seraient votés dans le cadre du projet de loi de finances pour 2018, étant entendu que les mesures ne s’appliqueraient qu’en 2019.

Mais dans les milieux d’affaires et les milieux des grandes fortunes, cela a déclenché une tempête : certains des plus fervents soutiens d’Emmanuel Macron se sont publiquement indignés qu’il ne leur renvoie pas derechef l’ascenseur, en organisant une baisse sans délai de l’ISF. Or, on sait ce qu’il en est advenu : ledit Emmanuel Macron a aussitôt obtempéré (Lire Macron change de cap sous la pression des milieux d’affaires).

En bref, cette séquence politique, qui va du démantèlement de l’ISF jusqu'au plan d’économie sur les APL, forge du chef de l’État une image qui frappera immanquablement l’opinion. Un chef de l’État qui obéit, le petit doigt sur la couture du pantalon, aux milieux les plus favorisés, mais qui reste insensible aux souffrances sociales des plus modestes. En somme, le télescopage d’actualité qui vient de se produire marquera les débuts de ce quinquennat.

Ce télescopage est d’autant plus ravageur que l’on connaît maintenant dans le détail l’énormité des cadeaux fiscaux qu’Emmanuel Macron va offrir aux milieux d’affaires. Pour en prendre la mesure, il suffit de se replonger dans l’audit que Mediapart en a fait voici quelques jours, en s’adossant à des études récentes de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), au travers de cet article : La dangereuse contre-révolution fiscale de Macron. En résumé, au travers d’un démantèlement partiel de l’ISF et surtout d’un abaissement encore plus spectaculaire de la fiscalité pesant sur le capital, le gouvernement s’apprête à apporter plusieurs milliards d’euros de cadeaux à une infime minorité, celle des ultra-riches, les 0,1 % parmi les plus fortunés.

C’est ce qui rend la pilule de l’APL d’autant plus amère : Emmanuel Macron est devenu le « président des riches » ; et à l’égard des pauvres, il a le cœur sec… Sans doute politiquement le paiera-t-il très cher. Mais dans l’immédiat, cela ne soulagera pas les difficultés de ceux qui ont impérieusement besoin d’aides au logement.

 

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 05:55

 

Que le Conseil de sécurité de l'ONU soit dans l'obligation de se réunir à propos de la crise ouverte par l'installation illégale de détecteurs de métaux à l'entrée de l'esplanade des Mosquées à Jérusalem dit beaucoup de la gravité de la situation créée par le pouvoir israélien. Mais, si cette réunion ne servait, une fois de plus, qu'à calmer la protestation justifiée du peuple palestinien, l'ONU se rendrait elle-même responsable de la non application du droit international qu'elle édicte.

Le gouvernement de droite israélien agit ainsi car il bénéficie de criminels silences, de coupables complicités et de sordides encouragements, parmi lesquels ceux de M. Trump, de M. Macron et des cercles européens. Trop de gouvernements, dont le nôtre, tolèrent l'accélération des destructions de maisons de familles palestiniennes à Jérusalem-Est, la colonisation, l'allongement du sinistre mur de séparation, le vol de l'eau, l'emprisonnement de jeunes et de travailleurs palestiniens, l'étouffement de Gaza. Dans ces conditions, il faut être de mauvaise foi pour s'étonner de l'explosion de la bouilloire qui parcourt les rues palestiniennes. Il s'agit donc d'interpeller les autorités françaises pour qu'elles réclament des actes forts visant à faire appliquer le droit international. Cela suppose des initiatives politiques et des sanctions envers le pouvoir israélien, notamment en cessant la livraison d'armes et en réduisant certaines coopérations qui servent à renforcer la colonisation.

L'Union européenne doit avoir le courage de rompre l'accord d'association tant que l'ultradroitier pouvoir de Tel-Aviv ne s'engage pas dans un processus de négociations pour la reconnaissance de deux États. Deux vrais États ! Pas un État croupion palestinien comme on l'envisage dans quelques chancelleries, mais celui défini dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. Il en va de la sécurité de tous. Assez de parlottes, des actes maintenant !

 

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 05:52

L’installation controversée de détecteurs de métaux aux abords de l’esplanade des Mosquées a dégénéré vendredi, avec la mort de trois Palestiniens à Jérusalem, et de trois Israéliens en Cisjordanie.

 

D’Israël, de notre correspondante.-  Les connaisseurs du conflit israélo-palestinien ont coutume de dire qu’on ne peut jamais prévoir d’où la prochaine escalade de violences surgira. Depuis des mois, les regards se tournaient vers la bande de Gaza, où une crise humanitaire et énergétique sans précédent fait craindre le déclenchement par le Hamas d’une nouvelle guerre. Mais c’est au cœur de Jérusalem, autour de l’esplanade des Mosquées, que les tensions ont explosé.

Le 14 juillet, trois Arabes israéliens ont tué à l’arme à feu deux policiers israéliens à la porte des Lions dans l’est de la vieille ville. Les assaillants se sont enfuis et ont finalement été abattus par les forces de sécurité israéliennes sur l’esplanade des Mosquées. En réaction à cette attaque, le premier ministre Benjamin Netanyahou a ordonné l’installation de détecteurs de métaux aux abords du lieu saint. Mais la décision a suscité un large mouvement de protestation de la part des Palestiniens, qui accusent Israël de vouloir remettre en cause le statu quo instauré sur l’esplanade des Mosquées.

Après plusieurs jours d’échauffourées, la journée de vendredi s’est terminée dans le sang. Outre des centaines de blessés, trois Palestiniens ont perdu la vie en marge d’affrontements à Jérusalem-Est. Deux d’entre eux ont été abattus par les forces de sécurité israéliennes. Le troisième pourrait, selon les médias palestiniens, avoir été tué par un tir provenant d’un quartier juif. Dans la soirée, trois Israéliens sont également morts après avoir été attaqués à l’arme blanche dans leur maison dans la colonie israélienne d’Halamish en Cisjordanie. Neutralisé par un voisin, l’assaillant, un Palestinien de 19 ans originaire d’un village proche de Ramallah, avait publié un message sur Facebook un peu plus tôt indiquant que son passage à l’acte était motivé par la controverse autour de l’esplanade des Mosquées. Samedi, deux Palestiniens ont de nouveau été tués dans des heurts en Cisjordanie.

 

La tournure prise par les événements est d’autant plus surprenante que les services de sécurité israéliens, en coopération avec l’Autorité palestinienne, n’ont cessé de concentrer leurs efforts depuis la vague de violences de 2015 pour empêcher ce type d’embrasement. « Ce qui a été construit avec difficulté sur un an […] peut facilement être détruit en une semaine – spécialement quand des éléments religieux entrent dans le tableau », soulignait samedi matin le spécialiste des questions de sécurité du journal Haaretz, Amos Harel. L’esplanade des Mosquées (ou mont du Temple pour les juifs) reste plus que jamais la poudrière du conflit israélo-palestinien.

Depuis 1967, le troisième lieu saint de l’islam, sous contrôle jordanien, est régi par des règles tacites : les musulmans peuvent s’y rendre quand ils le souhaitent ; les juifs uniquement à certaines heures, et sans avoir le droit d’y prier. Mais depuis plusieurs années, les Palestiniens redoutent une remise en cause de ce statu quo. De fait, à la suite des attaques comme celle du 14 juillet ou en prévision de tensions comme vendredi, le gouvernement israélien a pris l’habitude de limiter ponctuellement l’accès de l’esplanade aux femmes et aux hommes musulmans de plus de 50 ans. « Je suis humilié. Je ne peux décrire à quel point je me sens mal. Aucun de ces jeunes n’a le droit d’entrer sur l’esplanade. C’est pire que tout pour moi », confiait un jeune Palestinien de Jérusalem-Est à la porte des Lions vendredi. « Je refuse de passer par ces portiques. Al-Aqsa [la mosquée – ndlr] n’est pas aux juifs, Al-Aqsa est à nous », protestait également une femme palestinienne.

À ces mesures sécuritaires, jugées arbitraires par les Palestiniens, s’ajoutent les prétentions grandissantes d’une partie de l’extrême droite israélienne en faveur d’un accès élargi des juifs au mont du Temple. Alors que la Halakha, la loi juive, interdisait aux pratiquants de fouler le lieu où se dressait autrefois le Temple tant que le messie ne serait pas arrivé, plusieurs rabbins et nouvelles figures du sionisme religieux, dont le ministre de l’éducation pro-colonisation Naftali Bennet, revendiquent désormais de pouvoir s’y rendre librement. Certains, comme le rabbin et député du Likoud Yehuda Glick, rêvent même de pouvoir y reconstruire le Temple, alimentant les peurs des Palestiniens.

Depuis la vague de violences de 2015, le gouvernement Netanyahou a interdit aux responsables politiques israéliens de se rendre sur l’esplanade des Mosquées. Le chef du gouvernement sait parfaitement combien ce type de visites officielles est un casus belli aux yeux des Palestiniens. Le déplacement d’Ariel Sharon sur les lieux en septembre 2000 reste dans les mémoires comme un des événements déclencheurs de la seconde Intifada. Pourtant, le premier ministre avait fait part ces dernières semaines de son intention de lever cette interdiction pour un test de sept jours. Une perspective qui semble désormais peu probable.

 

Le rôle joué par Benjamin Netanyahou dans les événements des derniers jours a de quoi déconcerter. Alors qu’une réunion sécuritaire du cabinet du premier ministre a lieu jeudi soir, les observateurs s’accordent à penser que les détecteurs de métaux controversés seront retirés par Israël avant la grande prière de vendredi. Depuis mercredi, l’ensemble des responsables de l’état-major israélien conseille en effet au chef du gouvernement de revenir sur sa décision. « Le bénéfice des portiques ne vaut pas le bain de sang qu’ils pourraient entraîner », mettent-ils en garde, selon des propos rapportés par Haaretz. Hormis le commissaire de police de Jérusalem, l’armée, le Shin Bet (le service de sécurité intérieure israélien) et le Cogat (l’organe gouvernemental chargé de la gestion des Territoires palestiniens) partagent cet avis, persuadés que les Palestiniens exploiteront la controverse pour enflammer la Cisjordanie. À la surprise générale, Benjamin Netanyahou annonce pourtant le maintien des détecteurs et déploie les forces de police en masse dans Jérusalem vendredi matin. Tous les ingrédients sont réunis pour l’explosion.

Pourquoi une telle obstination de la part du premier ministre israélien ? Ce dernier, poussé par le gouvernement américain, vient de donner un gage de paix aux Palestiniens, en annonçant le 13 juillet la signature d’un accord qualifié d’« historique » sur l’approvisionnement en eau en Cisjordanie et à Gaza. Mais dans les coulisses, des préoccupations beaucoup plus politiques entrent en ligne de compte. Concurrencé au sein de sa propre coalition par le parti nationaliste religieux de Naftali Bennet, HaBayit HaYehudi (Le foyer juif), Benjamin Netanyahou ne veut pas être accusé d’être « faible face à la terreur », suggère Amos Harel. L’hypothèse pourrait même être poussée plus loin : le premier ministre, rattrapé par une des nombreuses affaires dans lesquelles il est soupçonné de corruption, celle des sous-marins allemands, pourrait vouloir faire diversion. Benjamin Netanyahou ne se sent en effet jamais aussi fort aux yeux de l’opinion israélienne que lorsqu’il endosse son costume de chef de guerre face à l’ennemi extérieur.

Côté palestinien, la gestion de la crise interpelle également. Habituellement silencieux, plutôt modéré, le Waqf, qui gère l’esplanade des Mosquées, s’est fendu d’une conférence de presse mercredi pour inciter les pèlerins musulmans à protester contre les détecteurs de métaux. « Les Israéliens ont planifié le changement du statu quo en installant ces portiques de sécurité et en limitant toute liberté de mouvement des pèlerins qui vont prier sur l’esplanade des Mosquées. Ce n’est pas acceptable », a tonné le sheikh Azzam Khatib, directeur de l’institution islamique. « Nous sommes contre les violences qui dénaturent la sainteté des religions », a-t-il toutefois souligné.

 

Les experts s’accordent à penser que là encore des considérations politiques sont à l’œuvre. Alors qu’Israël ne cesse de grignoter du terrain en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, faisant s’éloigner chaque jour un peu plus la perspective d’un État Palestinien, l’esplanade des Mosquées est considérée comme un refuge par les Palestiniens. En soutenant les protestations, le Waqf tente ainsi de ne pas perdre son influence sur les lieux aux dépens de mouvances plus radicales, comme le djihad islamique ou le Hamas. Même analyse concernant le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui a annoncé vendredi le gel de sa coopération avec les autorités israéliennes. Une manière de ne pas apparaître en situation de faiblesse au cas où le Hamas voudrait tirer avantage de la situation.

Les événements meurtriers de vendredi ont été dénoncés par la Maison Blanche et les membres du quartet pour le Moyen-Orient, composé de la Russie, des États-Unis, de l’Union européenne et de l’ONU. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies doit en outre avoir lieu ce lundi à l’appel de la Suède, de la France et de l’Égypte pour discuter de la manière d’enrayer l’escalade de violences. Pour ne pas perdre le soutien de ses alliés internationaux, Benjamin Netanyahou pourrait finalement revoir sa décision.

Samedi soir, la mise en place d’une solution alternative aux détecteurs de métaux était évoquée. Et dans la nuit, des caméras ont été installées aux abords de l’esplanade des Mosquées sans que l’on ne sache si elles constituent l’alternative envisagée. Si tel est le cas, la solution devra néanmoins être approuvée par les Palestiniens. En attendant, Israël a renforcé sa présence militaire en Cisjordanie dans l’espoir d’éviter qu’une attaque de type “loup solitaire”, comme celle d’Halamish, ne se reproduise. Vingt-cinq membres du Hamas ont déjà été interpellés ce dimanche.

 

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 08:15
Les militants du PCF Morlaix présents sur le marché de Morlaix le samedi 22 juillet
Les militants du PCF Morlaix présents sur le marché de Morlaix le samedi 22 juillet
Les militants du PCF Morlaix présents sur le marché de Morlaix le samedi 22 juillet
Les militants du PCF Morlaix présents sur le marché de Morlaix le samedi 22 juillet
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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 08:02

BENJAMIN KÖNIG ET CÉDRIC CLÉRIN

JEUDI, 20 JUILLET, 2017

HUMANITÉ DIMANCHE

 

Classe contre classe ou cash pour cash ? Un choix clair pour tous ceux qui se sont opposés à la loi travail et qui remettront le couvert, le 12 septembre, avec la CGT .-  ZAKARIA ABDELKAFI

 

L'hôte de l'Élysée rêve d'une « start-up nation », à l'image de ces entreprises « jeunes pousses » qui fleurissent dans les nouvelles technologies, et d'un « État plateforme », sur le modèle Uber. Sous des dehors modernes et « cool », se dessine en fait un pouvoir autoritaire au seul profit des entreprises.

«Vous vivez au pays des start-up et de OuiOui. » Sébastien Jumel, député communiste de Seine Maritime, interpellait ainsi les députés LREM lors du débat sur les ordonnances visant à réformer le Code du travail. Par cette formule visant à fustiger la déconnexion de la réalité des parlementaires de la majorité, l'élu communiste a dévoilé l'une des supercheries du macronisme : tenter de masquer un pouvoir autoritaire, les rapports de classes et les archaïsmes sous le sceau de la modernité. « Je veux que la France soit une start-up nation. Une nation qui pense et évolue comme une start-up », a ainsi déclaré le chef de l'État le 15 juin dernier lors du Viva Technology 2017, le salon mondial des start-up. Une phrase qui résume sur le fond et la forme l'idéologie macroniste. La start-up (jeune pousse en français) est une jeune entreprise du numérique qui cherche à s'imposer sur un marché grâce, notamment, à d'importantes levées de fonds. Grâce à la jeunesse de leurs employés, leurs méthodes de management en apparence très cool, elles jouissent d'une image de modernité, d'innovation et d'esprit d'équipe, autant de qualificatifs que le président aimerait que l'on puisse accoler à la France. Mais la réalité de ces entreprises du XXIe siècle est beaucoup moins rose : des armées de stagiaires travaillent jour et nuit pour permettre à l'entreprise, et à son patron, de décoller.

« C'est un coup marketing réussi, une fabrique de rêves », explique Mathilde Ramadier, auteure de « Bienvenue dans le nouveau monde, comment j'ai survécu à la coolitude des start-up ». « On promet de la liberté aux salariés et derrière on découvre un univers totalitaire : un leader charismatique, un langage commun, une surveillance généralisée et en réalité une absence totale de marges de manoeuvre. » Une duplicité qui n'est pas sans rappeler la communication du nouveau président et sa gestion du débat parlementaire ou même de son propre parti.

« Si l'État est une plateforme, la nation un fichier clients, le citoyen est un utilisateur.» O. Ertzscheid, universitaire. 

L'analogie est également frappante avec l'écart entre promesse et réalité du macronisme. Emmanuel Macron avait basé sa campagne présidentielle, et auparavant son opposition à Manuel Valls, sur l'idée de son attachement aux libertés publiques et de sa vision libérale des questions de société. Une fois au pouvoir, le nouveau président s'empresse de vouloir faire entrer dans le droit commun ce qui était jusqu'alors l'« état d'urgence ».

Sur son libéralisme économique, en tout cas, le président n'aura pas menti. Une nation « start-up » est en effet, dans l'esprit d'Emmanuel Macron, une société tournée vers l'entreprise. « Je veux, en même temps ­ et j'assume pleinement cela ­, lever les contraintes, redonner des libertés de faire, de tenter, parfois d'échouer, et créer les protections qui vont avec le monde qui nous entoure », déclare-t-il ainsi, en guise de profession de foi de sa réforme du Code du travail. Le modèle de l'hôte de l'Élysée est brutal : 9 start-up sur 10 échouent, parfois d'une semaine sur l'autre, en laissant les salariés sur le carreau.

Dans la pure tradition libérale, chez Emmanuel Macron, l'État n'est pas là pour « réguler » le marché, mais pour l'aider à prospérer : « Je veux que notre État se comporte différemment avec le monde économique ; que ce soit non pas un État qui réglemente tout, mais qui facilite et qui accompagne », dit-il. Limpide. Dans la nation « sta r t-up », « nous devons construire un État plateforme qui facilitera, accompagnera, transformera nombre de ses procédures en solutions », explique également le chef de l'État. « État plateforme », du nom des « plateformes numériques » (Uber, Airbnb, etc.) qui font exploser des pans entiers de l'économie. « Si l'État est une plateforme, si la nation est un fichier clients (ou un ensemble de start-up), si la démocratie élective est un algorithme, alors le citoyen ne sera plus qu'un utilisateur » (1), craint pour sa part Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l'information à l'université de Nantes.

Voilà donc la France du XXI e siècle selon Emmanuel Macron : l'illusion de l'horizontalité, l'illusion de la liberté, mais une société tout entière régie par les règles de l'économie. Les patrons décident sans contre-pouvoirs, les citoyens sont des employés qui exécutent sans droit à la parole. La gestion « démocratique » du président depuis le début du quinquennat illustre la dérive que sous-tend sa nation « start-up ».

(1) « De la France comme une start-up nation (et de mon cul comme du poulet) », affordance.info

 

À l'Assemblée, ils se taisent d'une seule voix

« Ce texte prend en compte la réalité du monde, un monde qui bouge, un monde qui déménage. Et je ne comprends pas votre hostilité à un monde qui déménage. » Ces mots, dans la plus pure novlangue libérale, sont ceux d'Aurélien Taché, député LREM et coordinateur de la majorité sur la loi travail. Une armée de clones, étroitement encadrés, flexibles et efficaces comme des salariés de start-up : c'est un spectacle surréaliste qui s'est tenu à l'Assemblée à l'occasion de l'examen de la loi travail XXL.

En dix heures de débats en commission des Affaires sociales, les députés LREM n'ont pas pris la parole une seule fois, se contentant de lever le bras pour suivre les ordres de la ministre et du rapporteur, Laurent Pietraszewski. Dans l'Hémicycle, la majorité avait déposé... deux amendements, et n'est jamais intervenue quand le débat a porté sur des points « techniques », comme le motif de licenciement en cas de refus d'un accord d'entreprise de la part d'un salarié. La majorité ne discute pas, ne débat pas, ni du fond ni de la forme. « Ils veulent privilégier le dialogue social, mais on ne peut pas dire qu'ils privilégient le dialogue parlementaire », a moqué le député FI Alexis Corbière. Même à droite, où l'on voulait muscler le texte, on s'émeut : « Ils n'ont fait que lever le bras comme un seul homme. Je n'ai jamais vu ça », a lancé Gérard Cherpion (LR), vieux routier de l'Assemblée. Comme dans une start-up, la modernité de façade cache une réelle absence de liberté (de vote ou de parole, y compris auprès des journalistes) et une surveillance omniprésente.

S'organiser pour marcher... au pas de l'oie

Souvent décrit comme la « première start-up politique » en France dont Macron serait le « CEO » (PDG, en anglais), En marche ! en a adopté les codes et le langage : on « benchmarke » pour évaluer l'entreprise, on « disrupte » la politique pour bousculer les codes... Le mouvement s'est développé avec un concept d'horizontalité, au moins en apparence. Car, dans le parti comme au sein du groupe parlementaire, le fonctionnement est très vertical, voire dictatorial. C'est le « Canard enchaîné » qui a révélé l'info : le règlement intérieur du groupe LREM. Plutôt rigide, en l'occurrence : les élus d'En marche ! n'ont qu'un seul droit, celui de la « liberté d'expression garantie » lors des réunions de groupe. Pour le reste, c'est marche au pas : interdiction de déposer des propositions de loi ou même des amendements sans en référer au chef, Richard Ferrand. Interdiction de cosigner des amendements avec des députés issus d'autres groupes ­ même si ceux-ci soutiennent le gouvernement, comme « les Constructifs ». Un verrouillage qui va jusqu'à enjoindre les députés LREM à « respecter l'unité de vote lors des scrutins en séance publique », en commission comme dans l'Hémicycle.

Cette règle est pourtant totalement anticonstitutionnelle, puisque la liberté de vote des élus ne peut être remise en cause. Mais, comme dans une start-up, En marche ! est structuré de façon très centralisée, malgré un vernis de rénovation démocratique. Les « référents départementaux » du mouvement ne sont pas élus mais nommés par la direction, de même que les investitures aux législatives ont été décidées par un petit comité centralisé, dirigé par l'ancien chiraquien Jean-Paul Delevoye. Face à cette absence totale de démocratie interne, un collectif s'est créé : « Les marcheurs en colère ». Ils sont environ 8 000 adhérents à dénoncer les « seigneuries locales » et les « choix arbitraires ». Le député François-Michel Lambert, ex-EELV, prévient : « La marche forcée pour la conquête, OK, mais pas pour la conduite du mouvement. À trop innover, on se fourvoie. »

L'info ? Jamais mieux servi que par soi-même

En marche ! n'a pas seulement adopté les codes langagiers et managériaux du monde de l'entreprise, mais également ceux de la communication : une information totalement verrouillée, sur le modèle du « secret des affaires ». Transposé à la vie politique, cela conduit à des attaques d'ampleur contre la liberté de la presse : c'est la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui porte plainte contre « Libération », reprochant au journal d'avoir sorti des informations sur la loi travail ; c'est François Bayrou, alors garde des Sceaux, qui téléphone à France Inter à propos de l'affaire concernant le Modem pour se plaindre de « méthodes inquisitrices » ; c'est le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, demandant aux journalistes de ne pas enquêter sur Muriel Pénicaud afin de « ne pas l'affaiblir ». C'est, surtout, le chef de l'État lui-même, qui ne donne pas d'interview, et choisit un journal ­ le « JDD » du 16 juillet ­, pour mettre en scène « Ce que j'ai dit à Trump », mais refuse de répondre aux questions des journalistes sur l'affaire Pénicaud, du haut de sa superbe : « Je ne commente pas les péripéties du quotidien. » Lors de son discours au Congrès, le président s'est lancé dans une charge contre la presse, appelant à « en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec cette chasse à l'homme ». Il parlait des affaires Ferrand et Pénicaud, pas de Fillon : pendant la campagne, les enquêtes sur Fillon ­ qui lui ont ouvert la voie du pouvoir ­ ne le gênaient en aucune manière. Mais le plus grave est sans doute sa volonté de produire une propagande : En marche ! a ainsi annoncé vouloir « se constituer comme un média ». Exactement comme une entreprise produit sa communication.

 

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 07:53

Chaque semaine, Patrick Le Hyaric analyse et commente les temps forts de l'actualité.

Réalisation : Nicolas Bertrand

Point de vue du 14 juillet 2017

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 07:10

En effectif réduit, les cabinets ministériels travaillent désormais en étroite relation avec une administration qu’Emmanuel Macron entend façonner à sa main. Parité, diversité, cursus, parcours politique et professionnel… Malgré les promesses de renouvellement, les personnages de l’ombre du gouvernement ressemblent à tous ceux qui les ont précédés.

 

Les consignes d’Emmanuel Macron ont été gravées dans le marbre du Journal officiel quelques jours seulement après son élection : « Le cabinet d’un ministre ne peut comprendre plus de dix membres. Le cabinet d’un ministre délégué ne peut comprendre plus de huit membres. Et le cabinet d’un secrétaire d’État ne peut comprendre plus de cinq membres. » Un décret pour marquer les choses d’emblée. Et éviter qu’un membre du gouvernement, moins zélé que les autres, ne trahisse les promesses du président de la République, comme cela avait été le cas sous le quinquennat Hollande, durant lequel le plafonnement à 15 membres par cabinet n’avait jamais été respecté.

Pour épauler les 16 ministres, les 3 ministres délégués et les 10 secrétaires d’État, quelque 300 collaborateurs ont déjà rejoint les ors de la République au cours des deux derniers mois. Beaucoup appartiennent désormais aux cabinets pléthoriques que se sont accordés l’Élysée et Matignon, lesquels comptent une petite cinquantaine de membres chacun, dont dix conseillers communs. Le remaniement post-législatives a fait bouger les lignes, certaines personnes ont été remplacées, d’autres ont craqué sous la pression et tous les postes n’ont pas encore été officiellement pourvus. Mais les profils des personnes nommées donnent déjà une image assez nette de ceux qui, dans l’ombre, feront le quinquennat d’Emmanuel Macron.

 

 

Si le président a pris soin, comme il l’avait indiqué à Mediapart le 5 mai, de faire « monter des femmes et des hommes qui viennent de la société civile » dans son gouvernement, les cabinets qui accompagnent l'équipe ministérielle ressemblent à s’y méprendre à tous ceux qui les ont précédés. On y retrouve un nombre toujours aussi important d’énarques et de membres de grands corps de l’administration (Conseil d’État, Cour des comptes, Inspection des finances…). La moitié des 26 directeurs ou directrices de cabinet sont d’ailleurs diplômés de l’ENA. Quant à la grande majorité des autres, elle est passée sur les bancs de grandes écoles telles que Sciences Po, l’Essec ou Polytechnique.

Même constat sur la parité. Si le gouvernement compte autant d’hommes que de femmes, les cabinets, eux, sont encore largement masculins, puisque les femmes ne représentent que 36 % des effectifs. Elles sont seulement 6 (contre 20 hommes) à diriger un cabinet (ministère de la transition écologique et solidaire, ministère de l’agriculture et de l’alimentation, ministère des sports, secrétariat d’État chargé de l’égalité femmes/hommes, secrétariat d’État chargé des personnes handicapées, secrétariat d’État chargé du numérique). En revanche, elles sont bien plus nombreuses à occuper le poste de conseillère en communication : 16 contre 7 hommes seulement.

Même constat, aussi, sur la diversité. Comme à l’accoutumée, les cabinets ministériels sont en grande majorité composés d’élites de la République plutôt blanches de peau. Quant il est abordé, ce sujet provoque invariablement le soupir des interlocuteurs, d’aucuns regrettant que l’on sombre dans un culturalisme dangereux, avant de s’employer à chercher – longtemps – des exemples contraires. « C’est malheureusement culturel, reconnaît le directeur de cabinet d’une ministre. Beaucoup de collaborateurs sont issus des grandes écoles. Or, il est clair que tout le monde n’a pas accès à ces formations. Les choses évoluent, on l’a vu à l’Assemblée nationale d’ailleurs, mais c’est encore loin d’être ça… »

Malgré les promesses de renouvellement et d’ouverture, les cabinets ministériels sont encore et avant tout une affaire de réseaux, lesquels se forgent d’abord sur les bancs des grandes écoles : nombre de membres de cabinet sont issus des mêmes promotions de l’ENA, en particulier les promotions Averroès, René Cassin et Victor Schœlcher. On y retrouve également six anciens camarades d’Emmanuel Macron (promotion Léopold Sédar Senghor). À Matignon, Édouard Philippe a choisi comme directeur de cabinet Benoît Ribadeau-Dumas, lui aussi rencontré à Strasbourg (promotion Marc-Bloch).

 

 

Bien souvent issus des grands corps, les membres de cabinets ministériels ont pour beaucoup un profil « techno », qui tranche avec la promesse de « nouveau monde » vantée par le président de la République. Une nécessité à les entendre. « Heureusement que je suis là…, glisse le directeur de cabinet d’un ministre issu de la fameuse “société civile”. C’est quand même de l’administration tout ça, il y a des choses qui nous parlent à nous, les “technos”, mais qui ne parlent pas aux élus de terrain. Nous avons des réflexes et un vocabulaire qu’ils n’ont pas. Ce serait difficile pour quelqu’un qui n’est pas de cette formation technique de faire quelque chose. »

En outre, le choix de réduire les effectifs des cabinets ministériels a considérablement renforcé le poids de l’administration. « On est vraiment peu nombreux par rapport aux cabinets de l’Élysée et de Matignon, souffle un conseiller de Bercy. La pression est constante. Il y a toujours une réunion quelque part et comme on ne peut pas être partout, on envoie souvent des personnes des services à notre place. » « C’est dur, encore plus dur qu’avant, confie un autre conseiller, habitué des cabinets. Ça nous oblige à avoir une discipline, à travailler de concert avec l’administration, là où il y avait avant deux blocs en silos. On délègue beaucoup aux services, on leur donne des dynamiques politiques et on demande des produits plus fonctionnels, des notes plus stratégiques. »

Emmanuel Macron n’a jamais caché son intention de modifier le fonctionnement de l’administration en mettant en place une sorte de « spoil system » à l’américaine, pratique qui permet au président des États-Unis de nommer aux postes clés de l’administration des fonctionnaires en phase avec son programme. « Dans les deux premiers mois du quinquennat, je changerai ou confirmerai l’intégralité des postes de direction dans la fonction publique, avait déclaré le candidat d’En Marche! aux Échos, fin avril. C’est une mise sous tension de l’appareil d’État. » Le gouvernement entend s’assurer de la « loyauté » des hauts fonctionnaires. C’est d’ailleurs la raison qu’il avait invoquée pour justifier la plainte déposée par le ministère du travail après publication dans la presse de documents issus des services.

« Ça secoue tout le monde, c’est clair »

 

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, l’avait promis, fin mai : « Il n’y aura pas de chasse aux sorcières. » Pour autant, le nouveau rôle accordé aux directeurs d’administration nécessite, à son sens, une confiance totale et une vigilance accrue. « Avant, les directeurs de cabinet étaient des vice-ministres, avait-il encore expliqué. Ce n’était plus possible ! Le ministre, c’est le patron de l’administration. Les cabinets ne doivent plus faire tampon. » À Matignon, on se dit conscient des contraintes que cette nouvelle façon de procéder fait peser sur les cabinets, mais on préfère en vanter les avantages : « Les services travaillent différemment, cela valorise l’administration », assure un conseiller du premier ministre.

« Ça secoue tout le monde, c’est clair, indique le directeur de cabinet d’un secrétaire d’État. Quand on demande aux services une note, il faut que ce soit rapide et synthétisé, parce qu’on n’a plus personne derrière pour raccourcir les gros dossiers de fond. » « Il faut tout de suite mettre l’administration dans le lead, ajoute un conseiller en communication. C’est un peu chaud, ça nous force à bosser avec les directions, mais ça leur permet aussi d’avoir un rôle plus politique. » Ou de laisser à la technostructure encore plus de place, selon les interprétations. Car politiser de la sorte l’administration est aussi une façon pour Macron de garder la main sur ses ministres, lesquels se trouvent désormais coincés entre le duo de l’exécutif et les directeurs de services… bientôt choisis par le même exécutif.

Les membres du gouvernement et leurs petits cabinets sont étroitement surveillés. Pas une prise de parole qui n’ait été au préalable validée par Matignon, quand ce n’est pas directement par l’Élysée. La rue de Varenne relit tous les entretiens des ministres, et les amende si besoin. Une pratique que Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls avaient eux aussi tenté d’instaurer en leur temps, sans succès. « Il y avait à l’époque certains francs-tireurs qui n’acceptaient pas la mainmise de Matignon, raconte un ancien conseiller d’Ayrault, de retour en cabinet ministériel. Aujourd’hui, tout le monde est plutôt discipliné. Surtout, personne n’a envie d’être responsable du premier couac… »

Pour l’heure, chacun s’accommode de ces règles. Néanmoins, plusieurs conseillers com’ reconnaissent qu’elles freinent les velléités des ministres, notamment ceux issus de la « société civile », qui n’osent guère prendre d’initiative en la matière. Le résultat qui en découle est aussi logique que contre-productif à moyen terme : deux mois après leur prise de fonction, la plupart des membres du gouvernement sont encore inconnus de l’opinion publique, qui ne retient que la seule image du président « jupitérien ». Pas une tête ne dépasse. Ce qui permet d’éviter les fausses notes, mais créera nécessairement des complications une fois l’état de grâce passé, quand Emmanuel Macron devra se trouver des paratonnerres politiques face aux mouvements de contestation.

Pour mieux garder un œil sur ses ministres, le président de la République a veillé à placer plusieurs de ses fidèles dans les cabinets sensibles. Au ministère de la santé, Agnès Buzyn a ainsi nommé comme directeur de cabinet Gilles de Margerie, qui a coordonné les travaux liés à l’action publique au sein d’En Marche!, et recruté comme cheffe de cabinet Sophie Ferracci, qui occupait les mêmes fonctions dans le mouvement. Le mari de cette dernière, Marc Ferracci, ami d’Emmanuel Macron dont il fut le témoin de mariage avec Brigitte Trogneux, a quant à lui rejoint le ministère du travail, en qualité de conseiller spécial de Muriel Pénicaud.

Plusieurs membres du gouvernement issus de la « société civile » sont eux aussi épaulés par des proches du président. C’est le cas de Nicolas Hulot, dont la cheffe de cabinet, Anne Rubinstein, occupait le même poste aux côtés d’Emmanuel Macron à Bercy. La ministre de la culture Françoise Nyssen et la secrétaire d’État en charge de l’égalité femmes/hommes, Marlène Schiappa, ont également recruté des macronistes comme Marc Schwartz ou Thomas Brisson. « Ça ne répond pas forcément à une logique de placement, nuance un ancien membre de la campagne, lui aussi recasé dans un ministère. Le but du jeu, à l’issue d’une campagne, c’est quand même de faire en sorte que tout le monde ait un boulot après… »

« On nous a plutôt laissés tranquilles du côté de Macron », assure également le conseiller d’un autre ministre. Avant de poursuivre : « Dans tous les cas, je préfère une galaxie issue d’un mouvement politique, plutôt que des “Fouks boys” [du nom de Stéphane Fouks, président exécutif de Havas Worldwide, proche de Manuel Valls – ndlr], comme c’était le cas avant. Il y a toujours des gens qui ont bossé chez Havas [notamment Ismaël Emelien, le conseiller spécial d’Emmanuel Macron, issu, comme plusieurs proches du président de la République, de la galaxie Dominique Strauss-Kahn – ndlr], mais c’est moins tentaculaire. »

Dans un premier temps, Emmanuel Macron avait également tenté d’imposer comme directeur de cabinet d’Édouard Philippe à Matignon un autre de ses proches, Nicolas Revel, l’actuel directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), ancien secrétaire général adjoint chargé du social à l’Élysée, à l’époque où le président de la République exerçait les mêmes fonctions, pour l’économie, auprès de François Hollande. Mais le premier ministre ne l’a pas entendu de cette oreille et a finalement nommé son ancien camarade de promotion de l’ENA, Benoît Ribadeau-Dumas.

« Nous avons reçu des centaines de CV, explique un conseiller d’Édouard Philippe. Des préfets, des journalistes… Les gens se tueraient pour être à Matignon. Du coup, nous avons pu recruter la crème de la crème. » Cette « crème », le premier ministre est d’abord allé la piocher dans son cercle d’intimes, qui, pour beaucoup, ont travaillé, comme lui, au sein des équipes d’Alain Juppé. Qu’il s’agisse de son conseiller en communication Charles Hufnagel, de son conseiller tout court – et meilleur ami – Gilles Boyer, de son conseiller relations politiques et relations avec les élus Xavier Chinaud, de sa conseillère presse Zélia Césarion, de sa conseillère technique communication digitale Ève Zuckerman ou de son chef adjoint de cabinet Mohamed Hamrouni… Tous menaient, il y encore quelques mois, campagne pour le maire de Bordeaux.

Du privé au public, le spectre du conflit d’intérets

 

Emmanuel Macron a procédé exactement de la même façon pour constituer sa garde rapprochée. Son ancien directeur de cabinet à Bercy, Alexis Kholer, devenu secrétaire général de l’Élysée, s’est chargé de composer l’équipe du président de la République, en y plaçant ses très proches, à commencer par son conseiller spécial Ismaël Emelien, son conseiller politique Stéphane Séjourné, la plume chargée des discours et mémoires, Sylvain Fort, ou encore Sibeth N’Diaye, qui gère sa communication. Tous furent des pièces maîtresses de la campagne du fondateur d’En Marche!.

Pour éviter que l’Élysée et Matignon ne se transforment en camps retranchés de la macronie et de la juppéie, Emmanuel Macron et Édouard Philippe partagent également une dizaine de conseillers, parmi lesquels Cédric O, un autre proche du président de la République, ancien trésorier de sa campagne, aujourd’hui conseiller technique participations et économie numérique pour le duo de l’exécutif. Innovation sous la Ve République, ces conseillers communs doivent officiellement permettre de faciliter la coordination entre les deux maisons. Ils sont aussi un moyen sûr, pour Macron, de conserver une présence directe dans le cabinet de son premier ministre, ce qui n’était pas le cas sous le quinquennat Hollande.

Tous les personnages de l’ombre interrogés par Mediapart font le même constat : constituer un cabinet relève de la gageure. Le temps imparti et la nécessité de travailler avec « des gens de confiance » réduisent la sélection de façon drastique. Pour éviter de se laisser phagocyter par une centralisation de tous les pouvoirs à l’Élysée, les ministres les plus politiques du gouvernement ont pris soin de s’entourer de personnes auprès desquelles ils ont leurs habitudes. Rien de surprenant, donc, à retrouver au ministère de l’action et des comptes publics plusieurs anciens collaborateurs de Gérald Darmanin à Tourcoing. De même Jean-Yves Le Drian a-t-il emmené avec lui au ministère de l’Europe et des affaires étrangères la plupart de ceux qui l’avaient déjà épaulé sous le quinquennat de François Hollande.

Les équilibres politiques des ministres, venus de tous bords, sont transposés assez logiquement dans leurs cabinets, où plusieurs membres ont déjà occupé des fonctions dans l’ombre des gouvernements de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le cabinet de Bruno Le Maire au ministère de l’économie est ainsi dirigé par l’ancien numéro 2 de Christine Lagarde à Bercy, ex-conseiller économique de Sarkozy à l’Élysée et ami d’Alexis Kohler, Emmanuel Moulin ; tandis que Jérôme Fournel, ex-directeur des douanes et ancien conseiller budgétaire de Jean-Pierre Raffarin, puis de Dominique de Villepin à Matignon, travaille désormais aux côtés de Gérald Darmanin.

À la direction du cabinet de Jean-Yves Le Drian et à celle du porte-parolat du gouvernement, on retrouve respectivement Emmanuel Bonne, ancien conseiller de François Hollande à l’Élysée pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, et Olivier Gerstlé, son ex-conseiller adjoint prospective. Une dizaine de collaborateurs ayant travaillé auprès de Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et/ou Bernard Cazeneuve à Matignon ont également été recasés à l’Élysée, rue de Varenne, ou encore au ministère des Outre-mer, aux côtés d’Annick Girardin. À la culture, au travail et à l’agriculture, figurent encore cinq anciens collaborateurs de Myriam El Khomri. De même qu’à l’Élysée, où Pierre André-Imbert, son ancien directeur de cabinet, a été nommé conseiller social.

La droite issue des rangs de l’UMP devenue LR n’est pas en reste puisqu’au moins trois personnes ayant travaillé au sein du cabinet de Nicolas Sarkozy ont, elles aussi, rejoint les équipes des ministres d’Emmanuel Macron. Plusieurs anciens membres des cabinets de Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Luc Chatel ou François Baroin, ont également été nommés, tels Antoine Fouché, ancien directeur général adjoint du Medef et ex-conseiller de Bertrand au ministère du travail, devenu directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, et Nicolas Castoldi, ex-conseiller de Pécresse, qui a retrouvé le ministère de l’enseignement supérieur en qualité de directeur adjoint de cabinet de Frédérique Vidal.

© Reuters

Christophe Kerrero, le directeur de cabinet de Jean-Michel Blanquer, faisait partie des équipes de Chatel, lorsque l’actuel ministre de l’éducation nationale était lui-même directeur général de l’enseignement scolaire. Son chef de cabinet, Christophe Pacohil, occupait les mêmes fonctions auprès de son ami François Baroin, au ministère de l’économie. Mais le plus gros des troupes est issu de la droite des cabinets du gouvernement Raffarin, entre 2002 et 2005. Au moins quatre anciens collaborateurs de l’ex-premier ministre ont fait leur retour rue de Varenne pour travailler aux côtés d’Édouard Philippe, à commencer par son « dircab » Benoît Ribadeau-Dumas, et sa cheffe de cabinet, Anne Clerc, qui occupait déjà cette fonction entre 2002 et 2005.

Au-delà des écuries de chacun, les nominations revêtent bien souvent un caractère politique. En témoigne celle de l’énarque et conseiller d’État Stéphane Fratacci, directeur de cabinet de Gérard Collomb, qui a exercé les fonctions de directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’intérieur de 2001 à 2006, avant de devenir secrétaire général du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, du temps d’Éric Besson. Préfet du Doubs à compter de novembre 2012, il fut notamment chargé du dossier de Leonarda Dibrani, une collégienne rom expulsée avec sa famille vers le Kosovo en octobre 2013.

Nombre de membres de cabinets sont passés par le privé avant de retrouver les ors de la République. Areva, Dassault Systèmes, Danone, Mediterranean Shipping Company (propriétaire notamment de MSC Croisières)… Pour Emmanuel Macron, qui porte au pinacle l’expérience en entreprise, ces lignes dans le CV sont autant d’atouts. Elles posent toutefois la question d’éventuels conflits d’intérêts. La nomination d’Audrey Bourolleau au poste de conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural à l’Élysée a par exemple suscité la controverse. Lors de l’examen de la loi santé en 2015, celle qui était encore déléguée générale de Vin et société, l’organisme chargé de défendre les intérêts de la filière viticole, avait largement pesé sur le détricotage de la loi Évin. À l’époque, l’actuelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, alors présidente de l’Institut national du cancer, s’était même inquiétée de la « victoire des lobbies ».

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 07:07

 

En poussant à la démission le général Pierre de Villiers, le Président de la République s'en prend en réalité au Parlement et à ses prérogatives. Ce qui est en cause n’est ni le fond ni la forme des propos tenus par l'ancien chef d’état-major des armées lors de son audition à huis clos devant la Commission de la Défense nationale de l’Assemblée mais le pouvoir des parlementaires de contrôler l’action de l'armée et le budget de la nation. Si la parole des militaires n'est plus totalement libre devant les représentants de la nation auxquels ils ont des comptes à rendre, cela signifie que notre pays, la République, est aux portes d'un changement de régime qui tourne le dos aux principes démocratiques qui sont les siens.

Le Parti communiste français considère que l'Assemblée nationale et le Sénat doivent jouer un rôle central dans la définition, la mise en œuvre et le contrôle de la politique de défense nationale et de sécurité collective de notre pays.

Ce domaine, comme celui de politique internationale et européenne, ne sont pas des domaines réservés dont le chef de l’État peut exclure les citoyens et leurs élus. La décision de nommer au gouvernement un ministre « des Armées » et non plus de la Défense nationale était déjà éloquent du virage pris par Emmanuel Macron.

Les conditions d’expression et d’intervention des militaires dans le débat public doivent – sauf nécessité du service, devoir de réserve et dans le respect des valeurs de la démocratie et de la République – tendre à rejoindre celles des autres agents de l’État qui sont des citoyens à part entière. Les restrictions doivent être limitées à ces principes et ne laisser en aucun cas place, de la part de la hiérarchie militaire ou du pouvoir exécutif, à des interprétations étendues ou partisanes.

La nomination, hier, du général François Lecointre en remplacement du général Pierre de Villiers par Emmanuel Macron soulève plusieurs inquiétudes légitimes sur les orientations que le président et son chef d'état-major impulseront en matière de défense nationale, de participation de la France à l'OTAN, au projet de « défense européenne » et d'opérations extérieures, ainsi que les missions exactes qui seront assignées à nos forces armées.

Le PCF entend faire preuve de la plus grande vigilance pour que le Parlement comme les citoyens exercent leur maîtrise des décisions à venir.

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 07:05

Le général Pierre de Villiers, en poste depuis 2014, a annoncé mercredi sa démission après une semaine de bras de fer sur le budget des armées, en baisse cette année. Il s’agit d’une crise historique, et la première du quinquennat d’Emmanuel Macron, investi il y a seulement deux mois.

 

C’est une crise historique, et la première du quinquennat d’Emmanuel Macron, deux mois seulement après son investiture. Mercredi 19 juillet, le chef d’état major des armées, le général Pierre de Villiers, a annoncé sa démission, après une semaine de bras-de-fer sur le budget de la défense. Il a aussitôt été remplacé par le général François Lecointre, qui s’est notamment illustré en ex-Yougoslavie.

Jamais, sous la Ve République, un militaire d’un tel rang n’avait démissionné de plein gré. Le seul précédent remonte à 1961, avec le général Jean Olié, et il avait eu lieu pour des raisons de santé et après un désaccord sur les sanctions post-putsch des généraux. Cette fois, le contexte est totalement différent : il s’agit d’un débat budgétaire que le président de la République a lui-même envenimé, tout à sa volonté de se poser en « chef », deux semaines et demi seulement après avoir confirmé de Villiers à son poste pour un an.

« Je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays », a expliqué mercredi Pierre de Villiers pour justifier sa démission. « Dans le plus strict respect de la loyauté, qui n’a jamais cessé d’être le fondement de ma relation avec l’autorité politique et la représentation nationale, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à plusieurs reprises, à huis clos, en toute transparence et vérité », a-t-il ajouté. Selon une source gouvernementale, il avait prévenu lundi le ministère des armées et l’Élysée de sa décision, permettant à Emmanuel Macron de procéder à son remplacement dès le conseil des ministres de mercredi.

La crise ouverte entre le « CEMA » sortant et le président de la République a commencé après une audition à huis clos de la commission de la défense, la semaine dernière, à l’Assemblée nationale : les députés, pour la plupart novices au Parlement, entendent le chef d’état major des armées, alors que Bercy vient de remettre sa copie sur les demandes d’économies. Pour la Défense, elles sont drastiques : 850 millions d’euros (lire le décryptage de Romaric Godin).

De Villiers, normalement à l’abri du huis clos, conteste ce choix. Mais ses propos fuitent, notamment une petite phrase sur le fait qu’il s’est fait « baiser » par Bercy. Sur le fond, sa colère n’est pas une surprise. En poste depuis 2014, il s’était déjà battu, y compris publiquement, pour le budget de ses troupes et de leurs équipements. Cette année-là, après deux années de réduction budgétaire, les chefs d’état-major (air, terre, mer), ainsi que celui que les chapeaute, Pierre de Villiers, avaient vivement protesté, voire discrètement menacé de démissionner. Ils avaient alors le soutien de leur ministre de tutelle, Jean-Yves Le Drian.

Depuis, à la faveur des opérations extérieures décidées par François Hollande, au Mali, en Centrafrique, puis en Irak et en Syrie, et de l’opération Sentinelle sur le territoire national, le budget de la défense avait été sanctuarisé. En décembre 2016, en pleine campagne présidentielle, Pierre de Villiers avait encore plaidé pour un « effort de guerre », dans une tribune publiée dans Les Échos – un choix rare pour un militaire habitué à la discrétion. Après avoir repris l’avertissement de François Hollande, qui appelait à se préparer à une « guerre longue », le général estimait que « le moindre décalage de cohérence entre les menaces, les missions et les moyens s’apparente au grain de sable qui grippe le système et conduit à la défaite », et défendait une hausse du budget de la défense.

Le chef d’état-major des armées s’en était à nouveau expliqué lors d’une audition, publique, de la commission de la défense, en février dernier. « Depuis deux ans, nos armées ont été sollicitées sur tous les fronts et à un niveau inédit, rappelait le général. À l’heure où je vous parle, plus de 30 000 soldats sont en posture opérationnelle, à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières, de jour comme de nuit, et ce depuis maintenant plus de deux ans. »

Il avait aussi dressé un tableau alarmant de l’état des équipements de l’armée française. Concernant les drones, les avions ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance) et les ravitailleurs, la flotte de transport ou les hélicoptères, « nous sommes au bord de la rupture ». « Parfois, en tant que chef des opérations, je renonce à certaines cibles par incapacité, c’est-à-dire par insuffisance de capacités », affirmait-il. Il indiquait aussi que « plus de 60 % des véhicules de l’armée de terre engagés en opérations ne sont pas protégés ». Une alerte qui s’était notamment illustrée lors de l’opération Sangaris, où plusieurs soldats avaient témoigné de la faiblesse des équipements de l’armée française déployée en Centrafrique.

Logiquement, de Villiers avait qualifié le budget de 2018 de « première marche essentielle » pour atteindre l’objectif de 2 % du PIB pour les dépenses militaires en 2025, promis par Emmanuel Macron pendant sa campagne. « Je serai franc, avait glissé devant les députés le général, coutumier des formules chocs : on a déjà donné, pour ne pas dire qu’on a déjà tout donné. »

Le président de la République était donc prévenu. D’autant plus qu’il a eu des échanges avec de Villiers pendant sa campagne, comme le rapporte Le Monde. Pourtant, Macron a choisi le bras de fer, sur le fond comme sur la forme. Jeudi 13 juillet, lors de la traditionnelle réception au ministère de la défense avant la fête nationale, le président de la République a sidéré l’auditoire en tançant, sans le nommer, son chef d’état major devant ses subordonnés.

« Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique, a-t-il déclaré depuis l’hôtel de Brienne. Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. » Avant d’ajouter : « Je n’ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire. » Dimanche 16 juillet, dans le JDD, Macron a insisté : « La République ne marche pas comme cela. Si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major des armées change. »

« Je suis votre chef »

Entre ces deux déclarations, de Villiers s’est fendu d’un billet sur Facebook, où il s’adressait régulièrement au public, intitulé « Confiance ». « Méfiez-vous de la confiance aveugle, qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi », a-t-il écrit.

« Le chef d’état-major des armées est le subordonné du chef des armées », a rappelé mercredi, à la sortie du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, évoquant des « lectures stratégiques divergentes ». « C’est à peu près la même chose avec un directeur d’administration centrale, avec un premier ministre ou un ministre avec lequel [le président] aurait un désaccord », a ajouté l’ancien député socialiste, rappelant l’engagement de Macron de procéder à une évaluation de tous les directeurs d’administration centrale dans les six prochains mois.

De fait, constitutionnellement, le président élu a toute autorité sur les armés – il s’agit même d’un principe républicain essentiel. Mais, dans ce cas précis, les questions soulevées par la gestion d’Emmanuel Macron vont bien au-delà. Sur le fond d’abord, son choix de confirmer la baisse de 850 millions d’euros du budget de la défense en 2017 a stupéfié une grande partie des militaires, tant il semble contradictoire avec l’objectif d’un budget à 2 % du PIB en 2025, contre 1,7 % aujourd’hui, et tant les armées se vivent sur la corde raide.

Surtout, le chef de l’État choisit de diminuer les dotations à la Défense alors même qu’il a décidé de maintenir toutes les opérations en cours : Sentinelle sur le territoire français et les opérations extérieurs au Sahel et au Levant. Il a également choisi de conserver la dissuasion nucléaire. S’il avait décidé de réduire la projection des forces ou de réformer le modèle des armées françaises, la baisse du budget pouvait tout à fait s’entendre. C’est cette contradiction qui révulse de nombreux spécialistes du dossier, y compris au sein de la majorité.

Ainsi, le député Gwendal Rouillard, un très proche de Jean-Yves Le Drian, passé du PS à LREM, s’est dit « révolté » la semaine dernière. « Soit nous garantissons à nos militaires les moyens de leurs missions et la proposition de Bercy doit être recalée. Soit nous actons le retrait des troupes françaises et on doit l’assumer », a-t-il déclaré. Mercredi, il a rendu hommage au général de Villiers.

Mon Général, je vous adresse chaleureusement ma considération, ma reconnaissance & mon amitié. Notre armée est notre fierté ! @EtatMajorFR

Depuis, Macron a promis un effort inédit pour la Défense dans le budget de 2018 et réitéré l’objectif des 2 % en 2025.

Mais le débat ne s’arrête pas là : de fait, la crise de confiance entre le président de la République et le chef d’état-major a été déclenchée par des propos tenus lors d’une audition à huis clos de la commission de la défense. De Villiers, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas responsable de la fuite. La très vive réaction de Macron, déjà contestée pour sa pratique du pouvoir, interroge donc sur son respect du droit du Parlement à être informé, comme le souligne l’ancien garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas.

De cette démission du CEMA, on pourrait retenir que le chef de l'Etat ne reconnaît pas au Parlement le droit d'être informé...

— Jean-Jacques Urvoas (@JJUrvoas) 19 juillet 2017

Dans un communiqué, les députés LR « s’indignent de la manière dont l’Assemblée nationale et sa commission de la défense ont été traitées et considérées dans le traitement de cette affaire très grave ». « Le Parlement est souverain. La parole y est libre », rappellent-ils. Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon avait déjà répété son attachement au principe selon lequel « le devoir des militaires est de servir et d’obéir ». « Pour autant, au cas précis de l’intervention du général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, la violence du recadrage et son caractère inutilement humiliant font réfléchir, poursuivait le député de Marseille. Son devoir devant la représentation nationale est de répondre avec franchise et sincérité aux représentants du peuple. Dans un tel contexte, on ne peut lui reprocher d’avoir dit ce qu’il pense et ce qu’il croit juste à propos de la situation des armées. »

Interrogé à l’issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a tenté de déminer le débat en jurant que les propos tenus en commission n’étaient en aucun cas la raison de la crise ouverte entre le CEMA et l’Élysée, évoquant les prises de parole publiques de de Villiers pendant la campagne. À l’époque, Macron s’était pourtant gardé de toute critique.

Lui qui s’était glissé dès son élection dans l’uniforme de chef des armées, en défilant dans un véhicule militaire sur les Champs-Élysées, va désormais devoir rassurer les militaires, les chefs d’état-major comme les soldats en opérations extérieures, et calmer les critiques émanant de l’ensemble du champ politique. Macron en aura l’occasion dès jeudi, lors d’un déplacement prévu sur la base d’Istres, en compagnie du nouveau chef d’état-major des armées, François Lecointre, et de la ministre Florence Parly.

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 08:31

Humanité dimanche

Jeudi 6 juillet 2017

Chronique de Gérard Filoche

 

ON ESTIME À UN MILLIARD LE NOMBRE D'HEURES SUP' CACHÉES, L'ÉQUIVALENT DE 600 000 EMPLOIS.

L'Insee a interrogé 10 000 chefs d'entreprise. Seulement 18 % des patrons disent que le Code du travail est une barrière à l'embauche. Alors, pourquoi Macron et le Medef veulent-ils le déréguler ? 3 % des entreprises ont plus de 50 salariés et il n'y a des comités d'entreprise, des CHSCT, des délégués syndicaux que dans moins de la moitié de celles-ci. Sur 1,2 million d'entreprises, il n'y en a que 44 000 qui ont un CHSCT. Le droit à des délégués du personnel n'existe que dans les entreprises de plus de 11 salariés. Un million d'entreprises de 1 à 10 salariés n'ont aucune institution représentative du personnel (en Allemagne, les délégués, c'est à partir de 5). Licencier est extrêmement facile, contrairement à ce qu'on nous dit : il suffit d'avoir un motif réel et sérieux. C'est pour cela que seulement 180 000 salariés (sur 18 millions) se plaignent aux prud'hommes. Pourquoi protéger les 1 % de patrons délinquants ? Porter le seuil de déclenchement d'un plan social à 30 licenciés au lieu de 10, ça ne sert qu'à faciliter le chômage : les patrons vont faire des « paquets » de 29 licenciés. Ça augmentera leurs marges sans qu'ils soient obligés de partager leurs gains de productivité. En fait, Macron veut enlever les clapets, les freins, les droits qui empêchent les grandes entreprises de siphonner davantage les salaires afin d'augmenter leurs marges.

C'est quand on renforce le Code du travail et qu'on le contrôle qu'on crée de l'emploi. Il existe un milliard d'heures supplémentaires dissimulées, c'est l'équivalent de 600 000 emplois. Plus les droits sont précis, contrôlés, respectés, plus le travail est partagé et, c'est facile à comprendre, plus il y a d'emplois. Par contre, la flexibilité est l'ennemie de l'emploi, elle fait travailler plus longtemps en payant moins ceux qui ont déjà un boulot au détriment de ceux qui n'en ont pas. Macron, ce n'est pas le maître des horloges, c'est le maître du chômage de masse et des petits boulots.

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