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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 07:49
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
Il y a 7 ans disparaissait le grand réalisateur et scénariste militant communiste et anticolonialiste René Vautier
 
Il y a 7 ans, le 4 janvier 2015, le réalisateur et scénariste militant René Vautier décédait.
Né dans une famille ouvrière, il commence son engagement dans la résistance au nazisme alors qu’il n’a que 15 ans. Il reprend ses études à la libération et sort diplômé de l’institut des hautes études cinématographiques en 1948.
L’année d’après la ligue de l’enseignement lui commande un film visant à mettre en valeur « l’œuvre éducative » de la France dans les colonies africaines. Il se rend alors au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali et en Haute-Volta. Indigné par ce qu’il voit, il transforme son film en mise en accusation de la colonisation. La police s’empare alors de ses bobines. Il réussit cependant à sauver 15 minutes de bandes qui deviendront le film « Afrique 50 ». Le film sera interdit pendant plus de 40 ans mais sera diffusé clandestinement ce qui vaut à son auteur 13 inculpations et une condamnation à 1 an de prison.
Sorti de prison en juin 1952, il fait différents tournages anticolonialistes. En 1956, il rejoint clandestinement l’Algérie et se met au service du FLN. Il met sa caméra au service de la lutte en filmant la résistance des moudjahidines. Il réalise un nouveau film « l’Algérie en flammes » visant à faire connaître la lutte indépendantiste du peuple algérien. A l’indépendance, il s’installe à Alger pour aider à la naissance d’un cinéma algérien. Il sera ainsi le formateur de la première génération de cinéastes algériens.
De retour en France en 1968, il participe à la mise en place des collectifs cinéastes-ouvriers visant à faire de la caméra une arme de la lutte des classes. Il n’abandonne pas cependant son engagement anticolonialiste. En 1972, il sollicite ainsi en tant que producteur un visa d’exploitation pour la diffusion du film de Jacques Panijel « Octobre à Paris ». Devant le refus du pouvoir, il commence une grève de la faim en janvier 1973 pour exiger « la suppression de la possibilité, pour la commission de censure cinématographique, de censurer des films sans fournir de raisons ». Soutenu par de nombreuses personnalités, il obtient satisfaction au bout de 31 jours.
Toutes son œuvre témoigne de son engagement anticapitaliste (avec par exemple « Un homme est mort » en 1950 ou « Classe de lutte » en 1969), antiraciste (avec par exemple « les trois cousins » en 1970 ou « Vous avez dit français ? » en 1986), antifasciste (avec par exemple « A propos de …l’autre détail » en 1984 ou « Châteaubriant, mémoire vivante » en 1985.), féministe ( avec « Quand les femmes ont pris la colère » en 1977) et bien sûr anticolonialiste (avec « Afrique 50 » en 1950 ou « Avoir vingt ans dans les Aurès » en 1972).
Toute sa vie et son talent furent au service des luttes pour l’égalité.
 
FUIQP 59/62 - La mémoire au service des luttes
 
Lire aussi :

Disparition de René Vautier, cinéaste militant communiste et anti-colonialiste: article du Monde

Résistant sous l'occupation, emprisonné pour son premier film, passé du côté du FLN pendant la guerre d'Algérie, membre du groupe Medvedkine après mai 1968, défenseur de l'autonomie bretonne, le cinéaste René Vautier est mort le 4 janvier en Bretagne. Il avait 86 ans.

Le grand public a pris conscience de son existence en 1972, lorsque Avoir vingt ans dans les Aurès a été présenté à Cannes, à la Semaine de la critique. Le film racontait la désertion d'un soldat français en Algérie qui refusait l'exécution sommaire d'un prisonnier algérien. Mais ce n'est pas l'histoire de René Vautier. Il a passé le conflit algérien de l'autre côté, son itinéraire l'ayant porté depuis longtemps dans le camp des colonisés.

Né le 15 janvier 1928 à Camaret, dans le Finistère, ce fils d'ouvrier rejoint la Résistance en 1943. Après la guerre, il suit les cours de l'IDHEC et adhère au parti communiste. En 1950, la Ligue de l'enseignement le charge de réaliser un film sur l'éducation française en Afrique subsaharienne. Vautier détourne la commande et évoque une réalité méconnue : le travail forcé, les violences des autorités coloniales contre les populations entre la Côte d'Ivoire et le Mali. Le film qu'il rapporte de ce que l'on appelait alors l'A.O.F., Afrique 50, est non seulement censuré (il le restera quarante ans), mais vaut à son auteur une condamnation à un an de prison, exécutée dans les prisons militaires.

 

 UN FOCUS SUR L'ALGÉRIE

Au moment du déclenchement du conflit algérien, René Vautier part pour l'Afrique du Nord, d'abord pour la Tunisie, où il tourne deux courts métrages avant de gagner l'Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne deux documentaires, Une nation, l'Algérie, aujourd'hui perdu et L'Algérie en flammes. Cette collaboration lui vaut d'être poursuivi par les autorités françaises et René Vautier reste en exil jusqu'en 1966.

Peu après son retour en France, il rejoint en 1967 le groupe Medvedkine formé à Besançon autour de Chris Marker. Cette coopérative destinée à donner une image cinématographique des luttes ouvrières inspire René Vautier qui s'établit finalement en Bretagne où il fonde l'Unité de production cinématographique de Bretagne.

C'est dans ce cadre qu'il produit ses deux longs métrages de fiction Avoir vingt ans dans les Aurès et La Folle de Toujane (1973). D'Avoir vingt ans, Louis Marcorelles dira dans ces colonnes qu'il s'agit du « film le plus libre, le moins conformiste que nous ayons vu en France depuis longtemps ». Le cinéaste tourne aussi des documentaires sur les luttes ouvrières Quand tu disais Valéry (1975) ou Quand les Femmes ont pris la colère (1976) coréalisé avec Soazig Chappedelaine.

En 1972, René Vautier entre en grève de la faim après que le refus d'un visa d'exploitation pour le film Octobre à Paris, réalisé par Jacques Panijel après le massacre des manifestants algériens à Paris le 17 octobre 1961. Vautier voulait enfin sortir le film à travers sa société de distribution, et ne cesse sa grève qu'après avoir reçu du ministre de la culture de l'époque, Jacques Duhamel, l'assurance que les critères politiques n'entreront plus en ligne de compte dans les décisions de la commission de contrôle cinématographique.

En 1981, l'UPCB ferme, faute de financement, mais René Vautier ne cesse pas pour autant de tourner, des films sur les essais nucléaires dans le Pacifique, sur l'immigration, sur la Résistance. En 1985, lors du procès qui oppose Le Canard enchaîné à Jean-Marie Le Pen au sujet des tortures infligées par ce dernier pendant la guerre d'Algérie, l'hebdomadaire produit le témoignage d'une des victimes du lieutenant Le Pen, Ali Rouchaï que le cinéaste a tourné à Alger. René Vautier est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont Caméra citoyenne - Mémoires, publié en 1988.

Lire notre interview avec René Vautier datant de 2007 : "Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai"


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/01/04/mort-du-cineaste-francais-rene-vautier_4549027_3382.html#A0RDji57ZfwRhfWc.99

René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère

7/ René Vautier: 1928-2015

Né le 15 janvier 1928 à Camaret-sur-Mer (Finistère), mort le 4 janvier 2015 à Cancale où il vivait depuis des années, René Vautier est un cinéaste engagé, anticolonialiste, antimilitariste. René Vautier, jeune lycéen résistant dans le sud-Finistère dès 1943, décoré de la croix de guerre à 16 ans en 1945, adhère au PCF dans l'après-guerre.

Ses films et ses documentaires profondément novateurs sur le rapport au réel les plus connus sont "Afrique 50" (1950), "Un homme est mort" (1950), "Anneau d'or" (1956), "Avoir vingt ans dans les Aurès" (1971), "Frontline" (1976), "Marée Noire, colère rouge" (1978). 

Pendant la guerre d'Algérie, René Vautier eut le courage par conviction anti-colonialiste et par goût du témoignage inédit de suivre des fellagas du FLN pendant plusieurs mois à l'insu évidemment des autorités coloniales avant d'être arrêté par le FLN et de passer plus de deux ans dans ses prisons. 

Ce fut aussi un adhérent communiste jusqu'à sa mort, et un militant du Mouvement de la Paix. 

Dans le livre richement illustré Des enfants dans la Résistance (1939-1945) (édition Ouest-France), Philippe Chapleau nous fait revivre la naissance à l'engagement de René Vautier à Quimper, comme scout résistant, à travers la retranscription d'un interview passionnant. 

 

René Vautier revient sur son adolescence de résistant dans le Sud-Finistère et les blessures intimes que cela a engendré pour lui:  

" Je suis né le 15 janvier 1928 à Camaret. A 9 ans, j'ai quitté Brest pour Quimper, où ma mère était institutrice dans une école de la ville, sur le bord de la route de Pont-l'Abbé. Elle était divorcée. Nous vivions à trois, avec mon frère aîné, Jean, qui avait 16 ans. 

En 1939, mon père, que je n'avais pas vu depuis quelques temps, a été mobilisé. Il a été envoyé dans un casernement de Quimper, à 300 mètres de l'école de ma mère. Je suis allé lui rendre visite plusieurs fois; ça a été mon premier contact avec la guerre. Chez nous, on ne parlait pas beaucoup de la Grande Guerre. En revanche, dès que les Allemands sont arrivés, on a eu une réaction immédiate: il fallait faire quelque chose.

Mon frère et quelques-uns de ses copains des Éclaireurs de France ont échafaudé un plan: ils projetaient de quitter la France en allant prendre l'avion à Pluguffan pour gagner l'Angleterre. Nous, les plus jeunes des Éclaireurs, on était six ou sept: il y avait Bob, Jojo... On a décidé de retarder les Allemands en barrant la route et en faisant des barrages. On a commencé à creuser des trous, des tranchées... Il fallait qu'on donne du temps à nos aînés pour qu'ils puissent s'envoler de l'aérodrome de Pluguffan. C'était complètement dingue, mais ça nous a marqués parce qu'on s'est fait tirer dessus par les premiers soldats allemands qui sont arrivés; c'était en juillet 1940. Ils étaient en side-car, avec de grands cirés, un fusil-mitrailleur à l'avant du side-car. Impressionnant! On a quand même décidé de continuer à balancer des cailloux. Quand ils ont vu qu'ils étaient immobilisés par des rochers sur la route et par des gamins qui leur jetaient des pierres, ils ont tiré en l'air. On a couru très vite à l'abri...   Ce fait d'armes n'a guère impressionné les gens du coin qui nous en voulaient d'avoir creusé des tranchées: ça allait attirer les avions allemands. Certains d'entre nous se sont pris des gifles et on été condamnés à reboucher nos trous! 

Les adultes n'étant pas d'accord avec nous, nous avons décidé que nous mènerions notre résistance nous-mêmes. Comme le lycée avait été réquisitionné par les Allemands, les élèves de 6e, 5e et 4e, suivaient les cours de l'autre côté de la ville, route de Brest. Tous les matins, il fallait donc que je traverse toute la ville. C'est alors qu'on a eu une idée. Au début, c'était comme une plaisanterie: on déplaçait les poteaux indicateurs mis en place par les Allemands. Mais, quand les Allemands ont placé des sentinelles près des fameux poteaux de signalisation, on s'est pris au jeu et on leur a compliqué la vie autant qu'on pouvait. C'est à cette époque que j'ai trouvé des poèmes de Victor Hugo; je me suis mis à les lire aux copains. C'était des poèmes de résistance, de lutte contre les Prussiens. Je trouvais ça bien. 

Quand on partait camper avec le groupe des Éclaireurs de France qui continuait à fonctionner, je lisais aussi ces poèmes. Mon professeur de français m'a appelé un jour; il s'appelait Xavier Trélu. Il m'a demandé pourquoi je lisais ces textes. Je lui ai répondu qu'il fallait qu'on appelle les gens à la résistance contre l'occupant. Il s'est alors arrangé pour que je reçoive les premières éditions de littérature clandestine, des textes des Lettres françaises *. 

*Le journal du Front National pour la Libération de la France, à visée de rassemblement mais à base communiste, dont le responsable était Louis Aragon  

Je lisais ça dans la cour. Le groupe des Éclaireurs a ainsi été un petit peu éduqué dans cet esprit. Un jour Xavier Trélu a disparu. On a appris qu'il était parti en Angleterre. C'était en 1942. 

On a alors appris que les Allemands avaient tué des parachutistes qui avaient été largués le long de la côte. On n'a jamais su exactement ce qui s'était passé. Toujours est-il qu'on a pensé que ces paras étaient venus pour faire des relevés, dresser des plans de défense côtières, étudier les zones de tir... Pourquoi pas nous?   

En tant qu’Éclaireurs, on avait le droit de marcher le long de la côte: on pouvait aussi faire du renseignement. On a commencé à faire des relevés des angles de tir de casemates. Jusqu'au jour où le responsable du groupe nous a convoqués. Il s'appelait Albert Philippot. Il était professeur à l'école Jules-Ferry, c'est-à-dire le cours complémentaire qui était juste en face du lycée. Philippot nous a fait la leçon: "Vous faites des bêtises qui risquent de se retourner contre vous et contre beaucoup de monde". 

On a eu beau expliquer nos activités, ça ne l'a pas convaincu. Il nous a demandé de lui remettre nos relevés. On a tout donné. Mais quinze jours plus tard, il est revenu nous voir: "Bon, vous pouvez continuer; soyez quand même plus discrets". C'était en 1943. Philippot nous a même fourni du matériel, des compas par exemple. Ce qu'on ne savait pas, c'est qu'il allait devenir le chef des FFI du Sud-Finistère. 

Un jour de mai 1944, tout le lycée a été fouillé par les Allemands. J'avais sur moi des relevés que je devais remettre à Philippot. Notre professeur de français, dont on apprendra qu'il était lieutenant dans les FFI, a protesté quand les soldats ont fait irruption dans la classe. Il a entraîné les officiers allemands chez le proviseur. Il est seulement resté un garde dans notre salle de classe, un vieux soldat. Les élèves ont commencé à chahuter. Moi, j'étais au premier rang. Je voulais me débarrasser des trois feuilles de relevés. J'ai plié deux feuilles pour en faire des bateaux et une pour en faire un avion. J'ai engagé la conversation avec le soldat en lui parlant des cuirassés allemands et de la Luftwaffe et en m'expliquant avec mes bateaux de papier. A la fin, j'en ai fait des boulettes que j'ai jetées par terre. Heureusement, car les officiers sont revenus et ont fouillé mon sac et celui d'André, un copain. Ils sont repartis les mains vides. 

Nous, à partir de ce jour-là, on n'a plus remis les pieds au lycée. On s'est cachés prs d'Audierne, chez un certain Trividic. Comme on n'avait pas d'armes, on a projeté de piquer les revolvers des gendarmes locaux. A défaut, on a volé celui d'un Feldgendarm dans une salle de bal réservée aux Allemands. Un revolver et six balles qu'on n'a pas gardés longtemps puisque le frère de Jojo nous les a confisqués! 

Près des casemates, on avait aussi repéré des dépôts de munitions. On s'est dit alors qu'il devait y en avoir d'autres en ville, que ça pouvait être utile d'avoir des munitions parce qu'on parlait de maquis... Nos aînés, dont Jean, mon frère, apprenaient déjà à se servir de mitraillettes, toujours grâce au fameux Philippot! On a donc commencé à piller des dépôts allemands en 1944. Au début, on piquait cinq ou six grenades; à la fin, on y allait carrément avec des sacs! On a ainsi pu fournir des grenades à Jean et ses copains Éclaireurs et Routiers.  On est devenus des pourvoyeurs pour d'autres groupes de résistants. 

Fin 1944, on a failli se faire prendre, mon copain Bob et moi. Des Allemands nous ont pris en chasse, place de la Tour-d'Auvergne. Deux side-cars nous sont tombés dessus et nous ont coursés dans les rues. On a dû se séparer. J'ai réussi à me mettre à l'abri mais je n'avais pas de nouvelles de Bob. C'est alors qu'on m'a dit qu'un jeune homme avait été tué par des Allemands en side-car du côté de la gare. J'ai décidé de le venger. 

Il y avait, à Quimper, des convois en transit. Des camions quittaient Concarneau pour se rendre vers Brest ou vers la presqu'île de Crozon. J'ai pris mes grenades et j'ai "marché au canon", vers la sortie de la ville où les résistants tentaient de bloquer ces convois. J'ai attaqué un camion allemand en stationnement. J'ai balancé une grenade dans la cabine par le toit ouvert. Au même moment, un soldat allemand s'est redressé; la grenade l'a touché à la poitrine avant d'exploser. J'ai vu ce que cela donnait... Du coup, je suis reparti. 

Après, j'ai appris que Bob n'était pas mort du tout, qu'il me cherchait de son côté. J'avais conscience d'avoir tué. J'en ai parlé à Philippot. Lui et mon prof de français, André Monteil, qui commandait les FFI de Quimper et qui deviendra député MRP (Mouvement républicain populaire) du Finistère, ont décidé que nous, les plus jeunes, nous devions être épargnés, que nous devions éviter de tuer à 16 ans. Ils ont décidé de nous rattacher au commandement. Nous, c'était un groupe de de vingt et un gars des Éclaireurs de France. On a continué comme approvisionneurs. moi, de toute façon, je ne voulais plus du tout me servir d'une arme. Au total, sur les vingt et un jeunes du groupe, sept seront tués.

Je me suis fait coincer pour de bon pendant les combats pour la libération de Quimper. Au retour d'une expédition dans un dépôt, je m'étais réfugié avec un autre garçon dans un bâtiment de la préfecture auquel les Allemands ont mis le feu. On a été capturés. Je me suis retrouvé attaché à un tuyau dans la cave de la Kommandantur, passé à tabac (ils m'ont cassé deux dents) pour me faire taire! J'ai réussi à m'évader pendant mon transfert vers la gare: j'ai sauté du camion et j'ai rejoint les copains qui ont eu du mal à me reconnaître tant mon visage était tuméfié.

Quand Quimper a été libéré, on été rattaché à la 6e compagnie du bataillon FFI de Quimper, comme gardes de l'état-major. Philippot pouvait ainsi nous avoir à l’œil. C'était à l'époque où les combats se poursuivaient entre le Menez Hom et Brest. Les accrochages étaient fréquents entre FFI et Allemands. Un jour, le PC (poste de commandement) a été encerclé et investi. L'état-major a dû se replier. Nous, ce jour-là, on servait de vigies du haut d'un clocher. On est restés là-haut pendant toute une journée. Les copains nous avaient oubliés! 

C'est pendant cette période de combat, en août, qu'a eu lieu le bombardement de Telgruc, près de Crozon. Les canons allemands qui tiraient vers l'intérieur des terres devaient être détruits. La mission a été confiée aux FFI, appuyés sur les chars américains. Le 3 septembre, ils ont progressé mais l'aviation américaine ne le savait pas. Il y a donc eu un bombardement de Telgruc. Nous, on était restés bloqués à 5 ou 6 kilomètres, à cause d'une panne de camion. Ce qui nous a sauvé la vie. 

Les bombes des B-17 ont tué 52 civils, 25 FFI et 11 soldats américains. Trois éclaireurs, dont Roger Le Braz, le chef du clan, ont été tués ce jour-là au cours du bombardement, qui a fait beaucoup de victimes civiles. A partir de là, le clan des Éclaireurs a changé de nom. Il s'appelait le "clan René-Madec" et il est devenu le clan "Roger-Le Braz". C'est sous ce nom qu'il a été cité à l'ordre de la Nation. 

Pour moi, ce bombardement marque la fin de la guerre. On est rentrés pour enterrer les gars à Quimper. Le chien de Roger Le Braz a suivi le cercueil de son maître. 

J'ai alors été démobilisé, cinq jours avant de passer les épreuves du premier bac. J'avais déjà passé deux épreuves, français et latin, le 6 juin 1944; j'ai été reçu avec la mention "bien". Mon année de philo a été détestable. Je n'aimais pas les cours de philo. Je séchais souvent mais j'avais une bonne raison: j'étais en "mission". En fait, j'étais le porte-drapeau du clan. On m'appelait dès qu'il y avait une inauguration d'une rue qui portait le nom d'un résistant. 

Je suis ensuite entré à l'Institut des hautes études cinématographiques. J'avais passé le concours d'entrée en 1946. Je suis alors parti pour Paris. Sans jamais perdre de vue les copains du clan, j'ai commencé une carrière de cinéaste"      

Propos recueillis par Philippe Chapleau, Des enfants dans la Résistance (1939-1945), Ouest-France.    

Retranscrits par Ismaël Dupont qui remercie vivement notre ami France Chapa de St Malo, qui a bien connu René Vautier au sein de la fédé PCF d'Ille-et-Vilaine et lors des fêtes de section, pour nous avoir fait découvrir ce texte.  

Collection René Vautier - livre "Des enfants dans la résistance (1939-1945) Philippe Chapleau, Ouest-France - quatre photos du clan scout résistant en action: sur l'une des photos, on aperçoit bien les grenades allemandes passées à la ceinture de René Vautier (au centre) et de ses camarades

Témoignage de René Vautier dans "Caméra en dissidence" sur sa Libération et sa résistance en Finistère:

" Dans les vieilles rues de Quimper, le général de Gaulle a été acclamé par une foule en délires. Il était précédé par le groupe René Madec des éclaireurs de France de Quimper, entourant le drapeau du Clan décoré de la croix de Guerre avec l'étoile d'argent et le coussin sur lequel étaient épinglés les décorations des jeunes morts au combat". On pouvait lire ces lignes dans "Le Télégramme de Brest et de l'Ouest", en 1944 ou 1945 (je ne me souviens plus très bien de la date de la première visite chez nous du Général, c'est grave?).

Le "Groupe René Madec" ou "corps-franc Vengeance", c'était nous. Le Général de Gaulle s'était fait expliquer les "hauts faits" de ces jeunes décorés en culottes courtes - et, laconiquement - peut-être un peu vexé aussi parce que nous avions été, à Quimper, au moins aussi applaudis que lui! - il avait laissé tomber, saluant le drapeau que tenait Jo Legrand: "Ces jeunes ont suivi avec honneur la pente naturelle qui les menait vers la Résistance". 

Bob, avec un certain irrespect, mais bombant fort la poitrine où brillait sa croix de guerre (je devais bomber tout autant de mon côté), Bob avait sussurré entre les dents: "C'est ça, mon con, on a eu qu'à se laisser glisser sur le cul!" Mais en fait, je crois qu'il avait raison, le Général: dans notre milieu, il y a bien eu "pente naturelle" de la résistance - "pente naturelle" beaucoup plus que choix réfléchi. " ...      

 

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9 novembre 2021 2 09 /11 /novembre /2021 05:49
Affiche du film Papicha avec Lyna Khoudri au premier plan

Affiche du film Papicha avec Lyna Khoudri au premier plan

Lyna Khoudri : « Mes personnages sont des femmes qui ont des choses à dire »
Samedi 30 Octobre 2021 - L'Humanité

Révélée en 2019 dans « Papicha », de Mounia Meddour, Lyna Khoudri est à l’affiche du nouveau film de l’Américain Wes Anderson, « The French Dispatch ». D’Aubervilliers à Hollywood, une actrice en pleine ascension se raconte. Entretien.

Plus jeune, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, où elle a grandi, elle s’entraînait à « faire des discours avec des télécommandes ». Un soir de février 2020, c’est devant un prestigieux parterre mais sans télécommande que Lyna Khoudri a remercié, d’une voix à la fois ­bizarrement tremblante et assurée, ses parents et la cinéaste Mounia Meddour. Celle qui se sent « encore adolescente » venait d’être sacrée césar du meilleur espoir féminin pour son rôle dans « Papicha ».

Une pandémie mondiale et une poignée de films (« Gagarine », « Hors normes ») plus tard, la jeune femme de 29 ans s’est déjà imposée comme l’un des visages présents et futurs du cinéma français. Comme son mentor Marion Cotillard avant elle, Lyna Khoudri n’a pas tardé à attirer les projecteurs hollywoodiens.

Lors du dernier Festival de Cannes, la comédienne partageait le tapis rouge avec Bill Murray, Tilda Swinton ou encore Adrien Brody pour présenter « The French ­Dispatch », de Wes Anderson. Un film où, dans l’un des chapitres de l’histoire, elle prête ses traits à ­Juliette, une jeune révolutionnaire bornée, en plein Mai 68, face aux super­stars Frances McDormand et Timothée Chalamet. Pour cette fille d’Algériens communistes arrivés en France en 1994, l’avenir ne fait donc que commencer.

Que partagez-vous avec Juliette, votre personnage dans « The French Dispatch » ?

Lyna Khoudri Comme moi, c’est une personne déterminée, du genre têtue, qui va au bout de son histoire. Juliette remet toujours tout en question. Elle ne va jamais vers la facilité. Ça peut être insupportable, mais ces gens sont intéressants parce qu’ils font avancer le débat. Elle porte toujours un casque. Je le vois comme une métaphore : elle a la tête dure et on ne peut pas rentrer dedans.

Icon QuoteJouer me procure tant de plaisir que je ne réfléchis plus à l’énergie que ça me demande.

Que ce soit dans « The French Dispatch », « Papicha » ou « Gagarine », les personnages que vous interprétez sont toujours en mouvement, moteur de l’action. Voyez-vous des points communs entre ces rôles ?

Lyna Khoudri Il y a un fil rouge : ce sont des femmes qui ont des choses à dire. Elles sont indépendantes, fortes, et avec un parcours original. Mais elles sont toutes très différentes. Dans « Papicha », c’est une jeune créatrice de mode. Dans « Gagarine », c’est une jeune femme aux cheveux rouges qui vit dans un camp de Roms et qui vend de la ferraille. Et Juliette est une révolutionnaire. Je ne suis pas certaine qu’elles pourraient s’entendre entre elles, mais ce sont elles qui font ressortir l’énergie que j’ai au fond de moi. Toute mon adolescence, j’ai été comme elles. Maintenant, à 29 ans, je me pose davantage. C’est le moment de ma vie où jouer me procure tant de plaisir que je ne réfléchis plus à l’énergie que ça me demande.

Vous vous décrivez comme « engagée ». Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui ?

Lyna Khoudri Le réchauffement climatique. On ne peut plus faire semblant. La génération d’avant nous a prévenus : c’est maintenant ou jamais. C’est mon combat parce qu’il y a urgence. Mais, politiquement, plein de choses me déplaisent. Par exemple, pour revenir à « Gagarine », film pour lequel j’ai passé beaucoup de temps avec les Roms, j’ai vu à quel point la société les rejetait.

Icon QuoteL’Internationale était l’une de mes berceuses, c’est toute ma jeunesse.

Dans « Madame Figaro », vous dites : « Je ne me définis par aucun courant politique, je n’en ai pas besoin. Mais si je dis à mon père que je suis autre chose que communiste, ça peut partir dans des discussions sans fin. » Que vous reste-t-il de votre héritage communiste ?

Lyna Khoudri J’en suis fière. Ce sont mes racines, j’ai grandi dans cet environnement. « L’Internationale » était l’une de mes berceuses, c’est toute ma jeunesse. Il me reste les grandes valeurs du communisme à son âge d’or : le partage et la solidarité. Je n’ai pas fait les Jeunesses communistes, mais mon père m’a transmis cela : se soucier de l’autre en face de soi. Si je lui dis que j’ai voté pour un autre parti que le PCF, il va devenir fou ! Mais ce sont ses convictions. Aujourd’hui, je ne me reconnais nulle part. Je suis de gauche, mais la gauche m’énerve. La politique ne m’intéresse même plus… J’ai fait beaucoup d’actions humanitaires et associatives, c’est une autre forme d’engagement. L’acte est ­politique, car la politique n’est pas l’apanage des partis.

« The French Dispatch » est votre premier film américain. Comment se prépare-t-on à tourner avec Wes Anderson ?

Lyna Khoudri Au début, j’étais très stressée. J’ai rencontré Wes à Angoulême et on a commencé directement à travailler sur les costumes. Et puis j’ai revu tous ses films. Ça m’a beaucoup servi à comprendre le monde dans lequel il veut nous projeter, ce qu’il a dans la tête et comment il a évolué, de « Bottle Rocket », son premier long métrage, à « The French Dispatch ». Il reste l’essence de ce qu’il veut montrer : le rythme, les textes alambiqués, les grands sujets comme l’amour et la famille, l’humour et une subtile touche politique.

Vous affirmez avoir besoin que rien ne vous échappe. Comment se passe la rencontre entre une actrice qui a besoin de tout contrôler avec un autre obsédé du contrôle, Wes Anderson ?

Lyna Khoudri Je me laisse porter parce que j’ai trouvé pire que moi ! C’est un maître en la matière. J’ai passé des heures, fait cinq ou six allers-retours pour choisir mon costume. Parfois juste pour essayer une paire de chaussures ! C’est un plaisir de travailler avec des gens qui portent autant d’attention aux détails que moi.

On vous décrit comme le futur du cinéma français. N’est-ce pas trop lourd à porter ?

Lyna Khoudri Je sais qu’on parle de moi, mais je garde de la distance. J’espère ne décevoir personne, mais je ne fais pas ce métier pour plaire aux gens, mais pour m’amuser. Ça me plaît de mettre des belles robes et d’aller au Festival de Cannes, mais ce n’est pas ma partie préférée du job. Je préfère être sur un plateau de cinéma. 

Entretien réalisé par Emilio Meslet

 

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 06:26
Waiting for Gaza! - Ciné-débat au cinéma La Salamandre ce mercredi 20 octobre à 20h30 avec le réalisateur Guillaume Kozakiewiez

Au Cinéma La Salamandre - au SEW à l'ancienne Manufacture royale des Tabacs à Morlaix

Mercredi 20 octobre à 20h30, vous sera proposé le documentaire Waiting for Gaza sur les réalisateurs Arab et Tarzan Abu Nasser en présence de son réalisateur Guillaume Kozakiewiez. Alors que nous vous proposons cette semaine leur dernier film GAZA MON AMOUR!!!

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 06:32
Cinéma L'étoile à Carantec - WEEK-END DE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE AFGHAN les 22 et 23 octobre 2021 avec la projection de 4 films et des temps de débat

ÉVÉNEMENT EXCEPTIONNEL AU CINÉMA L’ÉTOILE DE CARANTEC

WEEK-END DE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE AFGHAN

AVEC LE SOUTIEN DE LA MUNICIPALITE DE CARANTEC

 

VENDREDI 22 ET SAMEDI 23 OCTOBRE 2021

EN PRÉSENCE DES RÉALISATEURS ET JOURNALISTES

TÉMOINS DIRECTS DE L’ACTUALITÉ

DÉBAT ANIMÉ PAR ALAIN MINGAM

 

Séance : 10 euros. La recette du week-end sera reversée à une association de femmes afghanes.

La destruction par les talibans en 2001 des boudhas géants de Bamyan avait provoqué un électrochoc à la face du monde. Le 15 août dernier suite à la débâcle des armées américaines et afghanes - est revenu au pouvoir un régime obsédé par le souci de rétrograder la femme au rang « d’esclave, d’animal domestique ». Assignées de nouveau à résidence dans la prison grillagée de leur burqa, les femmes afghanes luttent pour leur survie, contre ce constat qui accuse la bêtise humaine, la lâcheté. Pour faire appel à notre solidarité - avec pour éclatantes preuves

2 documentaires et 2 films inoubliables.

MASSOUD L’HÉRITAGE de Nicolas Jallot (documentaire - 52mn) Ce film raconte la vie du légendaire Commandant Massoud, depuis sa jeunesse, sa lutte armée contre l’envahisseur soviétique, À la fois le portrait d’un homme et d’un peuple, ce film révèle les dessous du dernier conflit de la Guerre froide, et de la naissance des Taliban. Une épopée toujours d’actualité car l’Histoire se répète en Afghanistan avec le retrait des Américains, le retour des Taliban et la menace Al Qaeda et de Daech ! Dans ce film, Ahmad, le fils de Massoud retrace la vie de son père et rappelle qu’au-delà de l’homme, c’est un état d’esprit, une volonté de résistance et de liberté.  Vendredi 22 octobre à 17h.

OSAMA de Sedigh Barmak (1h23)

L'Afghanistan au début du règne des taliban. Une jeune fille de 12 ans vit avec sa famille. Tous ont réussi à échapper à la répression brutale qui a suivi les manifestations de femmes afghanes. Comme les deux hommes de la maison - l'oncle et le père de l'adolescente - sont morts, la jeune fille, sa mère et sa grand-mère sont contraintes de rester cloîtrées. Les trois femmes décident que l'adolescente va désormais se faire passer pour un garçon sous le nom d’Osama avec un destin qui va très vite être bouleversé... Vendredi 22 octobre à 20h45.

VOYAGE AU CŒUR DES TALIBANS de Véronique de Viguerie, Paul Comiti et Régis Sommier. (documentaire - 54mn)

Le 15 août 2021, Kaboul, la capitale de l'Afghanistan, tombaient aux mains des taliban. Quelques semaines auparavant Régis Le Sommier et Véronique de Viguerie sont allés enquêter dans les territoires administrés par les nouveaux maîtres du pays. Les journalistes racontent ainsi comment les hommes et les femmes sont soignés séparément dans les hôpitaux, les stocks d'armes récupérés après la fuite de l'armée régulière ou encore comment fonctionnent désormais les tribunaux où les juges sont sommés de faire appliquer la chariaSamedi 23 octobre à 17 heures.

SYNGUÉ SABOUR de Atiq Rahimi (1h43)

Dans Kaboul sinistrée, un héros de guerre réfugié chez lui git dans le coma. Sa femme à son chevet prie pour le ramener à la vie. La guerre fratricide déchire la ville avec les combattants à sa porte. La femme est forcée à l’amour par un jeune taliban. Contre toute attente, elle prend conscience de son corps, libère sa parole auprès de son mari. Celui-ci, malgré lui, devient sa « syngué sabour », sa pierre de patience, pierre magique que l’on évoque pour lui souffler tous ses secrets, ses souffrances… jusqu’à ce qu’elle éclate. Samedi 23 octobre à 20h45.

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 05:49
Feyadin - Le combat de Georges Abdallah - le 6 octobre aux Studios à Brest à 20h, suivi d'un débat avec les réalisateurs du collectif Vacarmes

Le 6 octobre au cinéma les Studios, à BREST, projection du film sur George Ibrahim Abdallah, suivie d'un débat avec l'un des réalisateurs. A 20 h!

Fedayin, le combat de Georges Abdallah, une production du collectif Vacarme(s) film, retrace le parcours d’un infatigable communiste arabe et combattant pour la Palestine. Des camps de réfugié·e·s palestinien·ne·s qui ont forgé sa conscience, à la mobilisation internationale pour sa libération, nous allons à la découverte de celui qui est devenu l’un des plus anciens prisonniers politiques d’Europe.

Arrêté en France en 1984, Georges Abdallah est accusé de complicité d'assassinat de deux agents secrets, US et israélien. Il est libérable depuis 1999, mais l’État français, sous pression des États-Unis et d'Israël, refuse de le libérer malgré 8 demandes de libération et la requête de l’État libanais en 2012.

En dépit l’acharnement politique et judiciaire dont il est victime, des campagnes de presse calomnieuses, Georges Abdallah n’a jamais douté de la justesse de son combat

AFPS, groupe local de Brest

La mobilisation pour exiger la libération de notre camarade Georges Abdallah se poursuit, notamment pour que nous soyons toujours plus nombreux à la manifestation de Lannemezan du 23 octobre - alors que Georges Abdallah entrera, le jour suivant, dans sa 38e année de détention.
 
C'est en ce sens que la Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah a été à l'initiative d'un mois international d'actions - du 24 septembre au 23 octobre - appelant à multiplier les initiatives partout où nous sommes - sur le plan national et international - pour rendre visible l'étendue du soutien à notre camarade et ne pas laisser libre une seul espace politique sans que le combat et la libération de notre camarade ne soient à l'ordre du jour.
 
Un texte d'appel appelant à s'engager durant ce mois a été rédigé et est d'ores et déjà signé par de nombreux collectifs et organisations. Merci à ces premiers signataires. Vous trouvez en pièce jointe le texte signé.
 
L'appel est naturellement toujours ouvert aux nouvelles signatures. Merci de nous faire savoir si vous êtes signataires par retour de mail : campagne.unitaire.gabdallah@gmail.com
 

APPEL AU MOIS INTERNATIONAL D’ACTIONS POUR LA LIBERATION DE GEORGES ABDALLAH

du 24 septembre au 23 octobre 2021

Le 19 septembre 2020 dernier, la Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah appelait à un mois international d’actions pour la libération de notre camarade. Guidés par la ferme conviction que ce combat devait se mener sur le terrain politique puisque le refus par l’Etat français de libérer Georges Abdallah relève bien d’une décision politique, nombreux avaient été alors les organisations et collectifs à soutenir cet appel et à s’engager concrètement sur le terrain des luttes, partout en France et à l’international, afin d’amplifier la mobilisation et contribuer à faire connaître la situation et le combat de Georges Abdallah.

Cet appel reposait sur une ligne politique et une ligne de défense de notre camarade claires : l’identité politique que Georges Abdallah énonce lui-même dans ses déclarations. Une ligne rappelant que :

1. Georges Abdallah est un résistant arabe, communiste libanais, symbole aujourd’hui du combat contre l’impérialisme, le sionisme, le capitalisme et les Etats réactionnaires arabes.

2. Georges Abdallah est un combattant de la cause palestinienne qui s’est battu contre la guerre d’invasion du Liban par les sionistes et continue à se battre pour la libération de toute la Palestine.

3. Georges Abdallah est un prisonnier politique de l’Etat français depuis désormais plus de 37 ans et ce sous les applaudissements des Etats-Unis et de l’entité sioniste.

4. Nous nous reconnaissons pleinement dans le combat de Georges Abdallah. Nous nous reconnaissons dans son engagement révolutionnaire internationaliste sans faille durant ses trois décennies d’incarcération pour la fin du colonialisme à travers le monde, sous toutes ses formes, pour la fin du capitalisme et de l’exploitation et en soutien à la lutte des peuples contre toutes les oppressions.

5. Nous nous reconnaissons dans sa farouche détermination et sa conscience indéfectible à mener le combat pour sa libération non sur le terrain des « arguties judiciaires » d’une justice de classe mais bien au niveau des instances politiques – lieu véritable où l’on décide de la place et du poids du rituel judiciaire du moment où il est question des prisonniers politiques.

6. Nous partageons sa ligne de conduite quant au soutien à lui apporter pour sa libération : « C’est sur le terrain de la lutte que l’on peut et que l’on doit apporter le soutien le plus significatif à nos camarades embastillés ». Et en l’occurrence dans son cas, comme il le dit lui-même très clairement, « il ne suffit pas que l’État du Liban “exige” ou plutôt “demande” ma libération, il faut encore que le rapport de force réellement existant puisse faire comprendre aux représentants de l’impérialisme français que mon incarcération commence à peser plus lourd que les possibles menaces inhérentes à ma libération. C’est seulement dans ce cas que l’ordre de mon expulsion vers le Liban ne trouvera plus alors d’opposition. C’est pourquoi, cher·e·s Ami·e·s et Camarades, la solidarité la plus appropriée que l’on peut apporter à tout protagoniste révolutionnaire incarcéré, est celle que l’on développe toujours plus sur le terrain de la lutte contre le système d’exploitation et de domination ». (Lannemezan, le 19 octobre 2019).

Cette ligne de défense de notre camarade, sur cette base politique qui est la sienne, était la nôtre les années passées et le demeure toujours aujourd’hui.

Elle est plus que jamais d’actualité à l’heure où l’Etat français continue à maintenir Georges Abdallah en prison sans que soit signé par le Ministre de l’Intérieur l’avis d’extradition conditionnant sa libération. Elle est aussi plus que jamais d’actualité à l’heure où Georges Abdallah continue à faire face à ses geôliers, à ne rien céder, à résister et où la mobilisation pour sa libération se renforce toujours plus, jour après jour : partout en France, les initiatives pour exiger sa libération sont menées auprès des élus, au cœur des villes et devant les instances de l’Etat lors de campagnes d’affichage, de rassemblements et de tables tenues, lors de meetings, de repas et fêtes solidaires, par des appels à signatures et des courriers envoyés au plus haut représentant de l’Etat, lors des fêtes de partis politiques, et naturellement au sein des cortèges de toutes les luttes sociales et politiques. Georges Abdallah, au quotidien, est de nos luttes et pas un acte militant n’est mené sans que nous réaffirmions que nous sommes de son combat. Cet engagement en région et sur le plan national est désormais aussi large sur le plan international où Georges Abdallah compte des soutiens sur presque tous les continents (en Amérique latine - au Brésil, au Mexique, en Argentine, au Chili, aux Etats-Unis, au Maghreb et en Orient arabes - en particulier en Palestine et au Liban, en Inde, en Europe).

Temps est venu désormais de faire en sorte que Georges Abdallah ne soit pas seulement, comme le disait Leïla Khaled « un symbole pour les révolutionnaires à travers le monde » mais bien un symbole de la résistance unanimement reconnu dont tout un chacun exige la libération au nom du droit juste et légitime à se révolter et à résister. Temps est venu de faire reconnaître Georges Abdallah comme symbole unanimement reconnu de la résistance à l’heure où partout dans le monde, les contradictions certes s’aiguisent mais aussi les résistances des peuples, qui entrent désormais en confrontation directe avec le pouvoir et revendiquent par la révolte ce qui leur est dû ; à l’heure où la résistance du peuple palestinien, dans sa lutte de libération nationale, mène assaut sur assaut contre l’occupant sioniste portant ses coups jusqu’au cœur même des colonies les plus sécurisées ou de ses prisons de haute sécurité ; à l’heure où il est grand temps de réclamer des comptes et de faire en sorte que la peur change de camp !

Alors qu’au Liban vient de se constituer un nouveau gouvernement avec à sa tête comme Premier ministre M. Najib Mikati qui, en son temps, en 2012, avait revendiqué la libération de Georges Abdallah et réclamé son retour au pays en tant que citoyen libanais, temps est donc venu de durcir le rapport de force en amplifiant toujours plus la mobilisation pour la libération de notre camarade.

C’est en ce sens et pour toutes ces raisons - en restant fidèles aux principes d’action et à la ligne politique rappelés ici - que nous appelons aujourd’hui à un nouveau mois d’actions, du 24 septembre au 23 octobre 2021, pour que nous tous, les soutiens à notre camarade, nous ne laissions pas un espace politique libre sur le plan local, régional, national et international sans que soit mise à l’ordre du jour l’exigence de sa libération.

A Albertville, Amiens, Annecy, Aubagne, Aubervilliers, Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Gennevilliers, Grenay, Grenoble, Lannemezan, Lille, Lyon, Marseille, Montauban, Montpellier, Morlaix, Nanterre, Nîmes, Paris, Pau, Saint-Denis, Saint-Etienne, Tarbes, Thionville, Toulouse, Troyes ; dans les Alpes-Maritimes, en Corse, dans le Finistère, le Gers, en Gironde, en Haute-Marne, dans les Hautes-Pyrénées, l’Hérault, l’Ile de France, le Lot-et-Garonne, dans le Nord et le Pas-de-Calais, au Pays de Cornouailles, en Poitou-Charentes, au Puy-de-Dôme, en région Rhône-Alpes, en Seine-Maritime et dans le Tarn-et-Garonne. ; en Algérie, en Allemagne, en Angleterre, en Argentine, en Belgique, au Brésil, au Canada, en Espagne, en Grèce, en Inde, en Italie, au Kurdistan, au Liban, au Luxembourg, au Maroc, en Palestine occupée, au Pérou, en Pologne, en Roumanie, en Tunisie, en Turquie - partout en France et dans le monde où le combat de Georges Abdallah est relayé et l’exigence de sa libération portée, partout où nous sommes tous - soutiens solidaires actifs à notre camarade - , multiplions les actions de mobilisation et intensifions la pression sur les représentants et les lieux du pouvoir de l’Etat français pour qu’enfin soit signé par le ministre de l’Intérieur actuel l’avis d’expulsion conditionnant la libération de notre camarade et que soit gagné ce combat de mise à mort de cette perpétuité réelle inique.

Nous tous, - anarchistes, autonomes, antifascistes, anti-impérialistes, antisionistes, communistes, démocrates, écologistes, internationalistes, libertaires, marxistes-léninistes, marxistes-léninistes-maoïstes, républicains insoumis, révolutionnaires, trotskystes ; engagés dans des partis, syndicats, fronts, campagnes, associations, collectifs, comités, mouvements et réseaux multiples ; engagés aux côtés de notre camarade dans les luttes politiques pour la Palestine, en soutien à l’Intifada et contre la Normalisation ; pour la défense des luttes des peuples et de leurs résistances ; pour la défense des prisonniers politiques et des prisonniers révolutionnaires ; contre l’enfermement carcéral ; contre les violences policières ; pour la défense des immigrations et des quartiers populaires ; contre le racisme ; pour la défense des travailleurs, de leurs acquis et de leurs droits ; pour celle des gilets jaunes ; pour le combat de l’émancipation des femmes ; contre la torture et la peine de mort - mobilisons-nous une fois de plus, tous ensemble là où nous sommes, dans cette diversité qui est la nôtre, du 24 septembre 2021 au 23 octobre 2021 pour qu’à cette date, la onzième manifestation à Lannemezan soit la dernière et que nous puissions enfin être à ses côtés pour continuer la lutte.

Une, deux, trois, mille initiatives pour la libération de Georges Abdallah !

Il est de nos luttes, nous sommes de son combat !

Palestine vivra, Palestine vaincra !

La victoire ou la victoire !

Paris, le 19 septembre 2021 

campagne.unitaire.gabdallah@gmail.com


 

Premiers signataires : Campagne unitaire pour la libération de Georges Abdallah – Collectif pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah (CLGIA) – ANC (Association Nationale des Communistes) - Le Parti des travailleurs de Turquie (DIP) – Le Collectif Rouge Internationaliste pour la défense des prisonniers révolutionnaires (Le CRI Rouge) - Les Amis de la Palestine contre l’impérialisme et le sionisme (Turquie) - Comité d’actions et de soutien aux luttes du peuple marocain – Comité de défense populaire de Tunisie – Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie – Secours Rouge International – Secours Rouge de Belgique – Secours Rouge arabe – L’Appel belge pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah – Union syndicale solidaire – Collectif 65 pour la libération de Georges Abdallah – Réseau de solidarité des prisonniers palestiniens (Samidoun) – UL CGT Paris 18e – Collectif Palestine vaincra – L’Association Couserans-Palestine - Dimitri Konstantakopoulos, journaliste et écrivain, ancien membre du Secrétariat du Comité Central de SYRIZA (Grèce) – Comité international de soutien à la guerre populaire en Inde (Italie) - Proletari comunisti (Italie) - Soccorso rosso proletario (Italie) – Aline Pailler – L’AFPS 63 – Solidaire 31 – Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire – A2C (Autonomie de classe) -


 

Feyadin - Le combat de Georges Abdallah - le 6 octobre aux Studios à Brest à 20h, suivi d'un débat avec les réalisateurs du collectif Vacarmes
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19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 10:23
S.J. Eisenstein (3): Ivan Le Terrible - par Andréa Lauro

A lire aussi les deux premières études chronologiques consacrées par Andréa Lauro à Eisentein dans le "Chiffon Rouge" dans cette étude est la suite:

S.M. Eisenstein : de Sergueï Mikhaïlovitch à Sa Majesté: Les années 1920 - Un nouveau langage cinématographique (la chronique cinéma d'Andréa Lauro)

S.J. Eisenstein (2): Perspective Nevski - Les années 1930. Le long voyage, les films manqués et le chef-d’œuvre antinazi - la chronique cinéma d'Andréa Lauro

S.J. Eisenstein : Ivan le Terrible

Les années 1940. Le dernier chef-d’œuvre et l’affrontement avec le dictateur

Staline était à la recherche constante de supports historico-culturels fonctionnels servant au culte de sa personnalité. Même le cinéma devait s’adapter en exaltant la figure de héros individuels. Alexandre Nevski rentrait dans ce "nouveau cours" du cinéma soviétique. Grâce au succès du film, Eisenstein est contacté par Andreï Alexandrovitch Ždanov, l’homme qui dicte la ligne culturelle en URSS et qui l’a défendu après Le Pré de Béjine, et par Ivan Grigorievitch Bolshakov, Directeur du Conseil des commissaires du peuple de l’URSS et président de la commission des affaires cinématographiques, pour la réalisation d’un nouvel ouvrage centré sur une figure historique. La proposition, partagée par Staline, était de réaliser un film sur Ivan IV, le "Tsar de toutes les Russies", passé à l’histoire comme Ivan le Terrible. Sur cet adjectif, une précision est, cependant, nécessaire. Le terme "terrible" a dans notre langue une acception négative, mais pas autant en russe. L’original "Groznyj" porte en effet une signification positive.

Eisenstein commença à écrire le scénario, mais fut bientôt contraint de suspendre le travail.

La Seconde Guerre mondiale était entrée au cœur de l’URSS. Après l’opération dite "Barbarossa", l’invasion nazie de l’Union soviétique commencée le 22 juin 1941, les troupes allemandes étaient de plus en plus proches de la capitale. Le réalisateur se mobilisa lui aussi en participant, entre autres, au "Comité antifasciste juif". Le 3 juillet, il publia à la radio un message en anglais intitulé "Aux frères juifs du monde entier" dans lequel il exhortait à l’unité dans la lutte contre le nazisme. Le 25 août, il écrivit pour la "Pravda" un appel analogue "Frères juifs du monde entier!". Il intégra également une coordination pour la réalisation de films de propagande antinazie et commença à travailler, avec l’envoyé de guerre américain Quentin Reynolds, à un documentaire intitulé Moskva soprotivlyayetsya (Moscou résiste).

Le film, également appelé "La Guerre contre les nazis ou Le Vrai Visage du fascisme", fut interrompu à la fin de 1941 lorsque le journaliste américain fut transféré, avec d’autres correspondants étrangers, de Moscou à la ville de Kujbyšev.

L’offensive nazie entraîna d’énormes pertes et le cinéma subit de lourdes conséquences. Le tournage de beaucoup d’autres films, en plus du déjà cité Moscou résiste, furent interrompus et toute la production cinématographique et les archives (sauf "curieusement" Le Pré de Béjine) furent déplacées à Alma Ata (aujourd’hui Almaty) la ville la plus peuplée du Kazakhstan (puis siège d’importants accords et protocoles, notamment ceux de 1991 qui donnèrent naissance à la Communauté des États Indépendants, après la dissolution de l’URSS).

En Asie soviétique, la production était évidemment limitée. Des courts-métrages, des dessins animés, "agitka" (film d’agitation, entendu comme propagande) et des documentaires furent réalisés, comme La bataille pour notre Ukraine soviétique ou La bataille pour l’Ukraine soviétique (1943) dirigé par Julija Solnceva. A retenir également le plus important film à sujet de l’époque : Pir v Žirmunke (Banquet à Žirmunk, 1941) réalisé par Pudovkin et inséré dans la collection Boyevoy kinosbornik (Collection de films pour les forces armées).

Dans le film, en partie inspiré par une histoire vraie, une paysanne restée seule pendant une attaque nazie, prépare à un groupe d’Allemands un somptueux, mais empoisonné banquet et, pour écarter tout soupçon, la femme mange et meurt avec ses ennemis.

Eisenstein ne reprit le projet du film sur Ivan le Terrible qu'après la Bataille de Stalingrad, qui dura du 17 juillet 1942 au 2 février 1943, et qui vit les Soviétiques l'emporter sur les forces fascistes et nazies allemandes, italiennes, roumaines et hongroises.
 

S.J. Eisenstein (3): Ivan Le Terrible - par Andréa Lauro

Le long scénario d’Ivan Groznyj, approuvé par Staline lui-même, prévoyait la réalisation de deux films. Le casting mettait en valeur Nikolaï Tcherkasov, presque méconnaissable dans le rôle principal, avec d’autres acteurs importants de l’époque, plusieurs fois célébrés comme "artistes de l’année", de Serafima Birman à Pavel Kadochnikov, de Mikhaïl Jabrov à Amvrosy Boug en passant par Ljudmila Tselikovsky, dans le rôle du tsar.

Parmi les acteurs aussi l’éternel "rival", théorique et cinématographique, d’Eisenstein, Vsevolod Pudovkin, dans le rôle d’un vieux fanatique du nom de Nikolaï. Un travail qui a marqué la "pacification" entre deux grands réalisateurs soviétiques.

La photographie a été confiée à l’habituel Tissė pour les extérieurs, tandis que l’intérieur a été soigné par Andrei Moskvin (Carskoe Selo, 14 février 1901 - Leningrad, 28 février 1961) connu pour son travail avec Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg. La musique, après le succès d’Alexandre Nevski qui avait conduit à une version chantée de la bande-son, est de nouveau composée par Sergeï Prokofiev.

Le tournage débute le 23 avril 1943 à Alma Ata, puis se poursuit à Moscou. Le tournage dura environ un an, mais alors qu’Eisenstein montait la première partie du film, le même réalisateur décida de diviser la seconde en deux afin de composer une trilogie : la première partie sur l’ascension au pouvoir d’Ivan IV, la seconde sur la lutte contre les ennemis internes, la troisième sur la victoire finale. Le vieil ami Alexandre, devenu homme de régime, le lui déconseilla parce qu’il estimait que dans la troisième partie, "le linge sale d’une famille" se montrerait. En 1943, Tissė abandonne la production après une âpre dispute avec le réalisateur. Malgré les affrontements, la première partie d’Ivan Groznyj (Ivan le Terrible) sort dans les salles le 30 décembre 1944.

L'histoire:

En 1547, le grand-duc de Moscou Ivan IV (Adolphe Geri) est couronné tsar. Frappé par les conditions de misère de son peuple, avec l’appui du peuple, il centralise tous les pouvoirs et abolit les privilèges des classes aisées et les autonomies féodales que les aristocrates boyards veulent maintenir.

Parmi ceux-ci se détache la figure du boyards Evfrosinija Starickaïa (Serafima Birman), tante du tsar, qui voudrait sur le trône son fils Vladimir Andreïevitch (Pavel Kadochnikov), semi-fou, mais facile à manœuvrer et qui donnerait par conséquent aux boyards toute liberté.

Ivan épouse entre-temps la jeune Césarine Anastasia (Lyudmila Tselikovskaya), dont il est également amoureux le prince André Koubsky (Mikhaïl Nazvanov) que les boyards espèrent faire devenir une arme contre le souverain.

Aux ennemis internes, s’ajoutent les ennemis extérieurs : les Tatars envoient des menaces de guerre. Le tsar repousse les ambassadeurs, rassemble l’armée, marche sur Kazan, occupée par l’ennemi et, après avoir fait sauter les murs ("Mine et poussière, fantaisie du tsar!"), libère la ville.

Rentré à Moscou, Ivan tombe gravement malade, mais lorsque les boyards sont désormais convaincus qu’ils se sont libérés du souverain, le tsar guérit miraculeusement. La perfide Evfrosinija ne renonce pas et empoisonne la tsarine Anastasia qui a entre-temps donné naissance à un enfant. Resté seul, avec très peu d’amis sincères et dignes de confiance, Ivan, sur les conseils du prince Kurbuski, quitte la capitale et se retire dans un couvent, tandis que ses émissaires partent pour l’Angleterre pour y apporter des propositions d’alliance. Mais la population de Moscou l’acclame en se déplaçant dans un long cortège vers la retraite du tsar pour lui manifester affection et confiance. Souverain et peuple sont désormais unis pour affronter le destin de la Russie.

Le film fut un succès. Eisenstein, qui termine la deuxième partie d’Ivan le Terrible, remporte le Prix Staline en 1943 et 1944. Le soir de la cérémonie de remise du prix en février 1946 (la guerre l'avait inévitablement retardée), le réalisateur a eu une crise cardiaque, a été hospitalisé d’urgence et a été contraint à une longue hospitalisation.

Il écrivit : "Je suis déjà mort. Les médecins disent que, selon toutes les règles de la science, je ne devrais pas être plus vivant [...] Je veux m’amuser".

Il ne s’est pas trop amusé. Lavrentij Pavlovitch Berija, o ce Berija, découvrit, à travers ses fameuses et redoutables écoutes, que le réalisateur avait fini de monter son nouveau film. Il le regarda et trouva plus d’une ressemblance entre les massacres du Tsar évoqués dans le film et les "purges staliniennes", avec une référence particulière à ce qu’on appelle la "Terreur d’Iejov". Le Comité Central du PCUS commença ainsi à s’intéresser à Ivan Grozny II : Bojarsky zagovor (La Conjuration des Boyards).

La conjuration des boyards - Eisenstein

La conjuration des boyards - Eisenstein

La conjuration des boyards - Eisenstein

La conjuration des boyards - Eisenstein

Voici l'histoire de la "Conjuration des boyards", deuxième partie "d'Ivan le Terrible":

En 1565, Ivan (Nikolaï Tcherkasov) revient à Moscou, mais est trahi d’abord par le prince Kourbski, qui avait comploté avec les Lituaniens, puis par le métropolite de Moscou (Andreï Abrikosov), son vieil ami de jeunesse qui s’est retiré après le couronnement du tsar et est devenu "Pope", lui refusant la bénédiction. Ce dernier devient complice des boyards dans leur tentative de discréditer et assassiner Ivan. Le tsar, aidé par sa garde impériale (les Oprichniki), entre les souvenirs de l’enfance et de l’assassinat de sa mère par les boyards, comprend que sa tante Evfrosinija avait été responsable de la mort de la tsarine et découvre la conspiration. Ainsi, lors d’un banquet délirant, tourné dans une magnifique séquence de couleurs, Ivan met en scène un "jeu de pièces" fatal qui amène le tueur à gages d’Evfrosinija à tuer son fils Vladimir, désigné par les boyards comme successeur au trône. Avec le soutien du peuple Ivan continue ainsi la lutte contre les ennemis.

Les deux parties d’Ivan le Terrible furent une sublime reconstitution d’une histoire, le meilleur film historique selon Chaplin, ainsi que la synthèse parfaite du cinéma d’Eisenstein: en effet, il est considéré par beaucoup comme son meilleur film, entre la centralité du montage et l’utilisation symbolique de l’espace. Citons les intérieurs, les lignes, les lumières et les ombres qui découlent d’une relecture de l’art figuratif byzantin et qui renvoient à l’expressionnisme allemand.

On doit au même mouvement cinématographique, entre autres, la même figure d’Ivan, inspirée de l’interprétation de Conrad Veidt (inoubliable "somnambule" dans Le Cabinet du docteur Caligari) dans le film Das Wachsfigurenkabinett (Le Cabinet des figures de cire, 1924) réalisé par Paul Leni. Mais beaucoup voient dans l’Ivan d’Eisenstein la figure de Mejerchol’d, le père spirituel du réalisateur.

Mais Ivan le Terrible était aussi, sinon surtout, la représentation de l’URSS de ces années. D’un côté, il faisait écho à l'élan patriotique contre la menace nazie, de l’autre, en se référant explicitement à la figure de Staline, il attaquait le pouvoir et ses dégénérescences. Dans la magnifique scène finale du premier film, est présentée la procession du peuple vers le retrait inaccessible d’Ivan, une autre référence cinématographique claire cette fois au film Herr Arnes pengar (Le trésor d’Arne, 1919) de Mauritz Stiller, petits points noirs avançant avec des insignes, des croix, tandis qu’au premier plan se profile le tsar. Éloquente, précise et grandiose métaphore du pouvoir. Thème qui revint avec plus de vigueur idéologique dans la deuxième partie, "La Conjuration des Boyards", dans la célèbre séquence en couleurs, tournée par Moskvin, où sont montrés les aspects obscurs et délinquants du pouvoir et les doutes d’Ivan.

En août 1946, quelques mois après la crise cardiaque d’Eisenstein, Staline, après avoir lu les rapports de Berija, voit le film. Il était furieux, même pour le prétendu manque de "fierté russe", pour la longue barbe du protagoniste et pour les baisers d’Ivan. La revue "Sovietskoje Iskusstvo" a anticipé le jugement selon lequel Ivan Grozny II : Bojarsky zagovor fournissait "une preuve évidente des résultats négatifs auxquels peuvent conduire le manque de responsabilité, le mépris envers l’étude et la narration superficielle et arbitraire des arguments historiques". Le 4 septembre de la même année arriva la résolution officielle du Comité Central :

"Le réalisateur S. Eisenstein dans la deuxième partie du film "Ivan le Terrible" a montré son ignorance dans la représentation des faits historiques, présentant l’armée progressiste des gardes du tsar comme une bande de dégénérés semblable au "Ku Klux Klan américain", et Ivan le Terrible non pas comme un homme de forte volonté, mais comme un personnage faible et inerte, semblable à Hamlet". La diffusion du film est donc interdite.

Eisenstein fut contraint à une seconde autocritique douloureuse. Il écrivit à Staline pour lui demander de pouvoir terminer la trilogie, promettant de corriger la seconde partie.

Les deux se rencontrèrent à onze heures du soir le 25 février 1947 dans le "Petit coin", le studio du chef de l’URSS. D’un côté de la table, le réalisateur accompagné de l’acteur Tcherkasov, qui, en tant que député du Soviet suprême, espérait pouvoir influencer le jugement sur le film, de l’autre, Staline, Molotov et Jdanov. Le procès commença.

Staline : "Vous avez écrit une lettre et la réponse est un peu tardive. Je voulais immédiatement vous répondre par écrit, puis j’ai décidé qu’il était préférable de nous parler. Mais je suis très occupé, le temps me manque et c’est pourquoi nous sommes en retard. J’ai reçu votre lettre en novembre...".

Jdanov : "Oui, vous l’avez reçu à Soci".

Staline : "Avez-vous étudié l’histoire?"

Eisenstein : "Plus ou moins".

Staline : "Plus ou moins? Moi aussi, je connais un peu l’histoire. Vous avez montré l’Opritchina de manière incorrecte. L’Opritchina est l’armée du roi, une armée régulière, progressiste. Dans votre film, elle apparaît plutôt comme une sorte de Ku Klux Klan".

Eisenstein : "Ceux-ci sont couverts par des cagoules blanches, tandis que dans notre film les cagoules sont noires".

Jdanov : "Cette différence n’est pas fondamentale".

Staline : "Votre tsar est indécis, il ressemble à Hamlet. Tout le monde lui suggère ce qu’il doit faire et il ne prend aucune décision. Le tsar Ivan était un grand souverain plein de sagesse, et si on le compare à Louis XI, il le dépasse de dix têtes. La sagesse d’Ivan consistait dans le fait qu’il savait maintenir un point de vue national et ne laissait pas entrer les étrangers dans son pays, le protégeant contre la pénétration d’influences étrangères. Dans votre présentation d’Ivan le Terrible, des erreurs et des déviations ont été commises dans ce sens. Pierre Ier est un autre grand souverain, mais son attitude envers les étrangers est trop libérale, il a trop ouvert la porte et a permis la germanisation de la Russie. Catherine l’a permise encore plus. Et après, peut-être que la cour d’Alexandre Ier était une cour russe? Et celle de Nicolas Ier? Non. C'étaient des cours allemandes. Et puis voici une autre mesure remarquable d’Ivan le Terrible : il a été le premier à introduire le monopole du commerce extérieur. Lui le premier et Lénine le deuxième".

Jdanov : "Ivan le Terrible peint par Eisenstein est hystérique".

Molotov : "En général, l’accent est mis sur la psychologie, sur une présentation excessive des contradictions psychologiques intérieures et des émotions personnelles".

Staline : "Il faut montrer les figures historiques correctement en ce qui concerne le style. Ainsi par exemple dans le premier épisode il n’est pas correct qu’Ivan le Terrible se serre si longtemps avec sa femme. À cette époque, on ne faisait pas".

Jdanov : "Ce film présente une déviation byzantine. Mais même là, à Byzance, cette pratique n’était pas aussi courante".

Molotov : "Le deuxième épisode est trop renfermé dans les caves, dans les souterrains. On n’entend aucun bruit de Moscou, et le peuple ne se voit pas. On peut certes montrer des complots et des répressions, mais pas seulement celles-ci".

Staline : "Ivan le Terrible était extrêmement cruel. On peut montrer qu’il était cruel. Mais il faut montrer pourquoi il devait être cruel. Une des erreurs d’Ivan le Terrible est qu’il n’a pas exterminé jusqu’à la fin cinq grandes familles féodales. S’il l’avait fait, il n’y aurait pas eu l’Époque des Troubles. Mais il tuait quelqu’un et puis priait et se repentait longtemps. Dieu était pour lui un obstacle dans cette œuvre. Il fallait être encore plus résolu".

Tcherkasov : "Puis-je fumer?"

Staline : Il me semble que personne n’a interdit de fumer. Mais peut-être faut-il voter?"

Molotov : "Les événements historiques doivent être montrés sous une lumière correcte. Par exemple, prenons le cas de la pièce "Les braves" : l’auteur se moque du baptême de la Russie, qui avait été un phénomène progressiste à l’époque".

Staline : "Naturellement, nous ne sommes pas de très bons chrétiens. Mais il ne faut pas renier le rôle progressiste du christianisme à un certain stade. Cet événement eut une grande portée, car ce fut le tournant de l’État russe vers une union avec l’Occident [...]".

Jdanov : "On abuse trop de rites religieux dans votre film".

Molotov : "Cela donne une teinte mystique qu’il ne faut pas trop souligner". Tcherkasov : "Nous sommes convaincus que nous ferons un bon film. Je travaille sur le personnage d’Ivan le Terrible non seulement au cinéma, mais aussi au théâtre depuis longtemps. J’aime ce personnage et je pense que notre réécriture du scénario peut s’avérer correcte et véridique".

Staline : "Eh bien, essayons".

Tcherkasov : "Je suis convaincu que la reconstruction réussira".

Staline : "Que Dieu fasse que chaque jour soit une nouvelle année...".

Eisenstein : "Y aura-t-il des instructions particulières concernant le film?" Staline : "Je ne vous donne pas d’instructions, je présente les observations du spectateur. Par exemple, ces Oprichniki qui dansent ressemblent à des cannibales et rappellent les phéniciens ou les babyloniens... Eh bien, la question est clarifiée. Il faut donner aux camarades Tcherkasov et Eisenstein la possibilité de perfectionner l’idée et le film. Quant à l’interprétation d’Ivan le Terrible, son aspect physique est correct, il n’y a rien à changer. L’aspect extérieur d’Ivan est bon.

Tcherkasov : "Peut-on laisser dans le film la scène de l’assassinat?"

Staline : "On peut la laisser : il y a bien eu des assassinats".

Tcherkasov : "Dans notre scénario, il y a une scène où Maluta Skuratov étrangle le métropolite Filippo : faut-il conserver cette scène ?"

Staline : "Il faut la conserver. Ce sera historiquement correct".

Molotov : "En général, on peut et on doit montrer les répressions, mais il faut aussi montrer au nom de qui elles ont été faites, parce qu’elles étaient nécessaires. C’est pourquoi il faut montrer l’activité de l’État, sans se limiter à des scènes dans les caves, mais en montrant la sage conduite des affaires d’État [...]".

Tcherkasov : "Faudra-t-il présenter le projet du nouveau scénario pour approbation au Politbjuro?

Staline : "C’est inutile, débrouillez-vous. En général, il est difficile de juger d’un scénario, il est plus facile de s’exprimer sur une œuvre finie".

- Vous souhaitez lire ce scénario?".

Molotov : "Non, en fait je fais un autre métier".

Eisenstein : "Il serait bon que personne ne pousse pour accélérer la mise en scène du film".

Staline : "Ne vous pressez en aucun cas. Nous interdisons généralement la sortie de films faits à la hâte. Si la réalisation du film prend un an et demi, ou deux ans, ou même trois, il faut prendre le temps nécessaire pour qu’il soit bon et sculptural. Encore une chose. Le Tselikovskaya est mieux pour d’autres rôles. Elle joue bien, mais c'est une danseuse".

Eisenstein : "Mais il est impossible de convoquer une autre actrice de Moscou à Alma Ata".

Staline : "Un réalisateur doit être inflexible et exiger tout ce dont il a besoin. Nos cinéastes cèdent trop facilement".

Eisenstein : "J’ai dû travailler deux ans pour trouver une interprète pour le rôle d’Anastasia".

Staline : "L’acteur Jabrov n’a pas correctement joué son rôle dans Ivan. Il n’est pas un chef militaire sérieux".

Jdanov : "Ce n’est pas Maluta Skuratov, mais un clown".

Et vous, Eisenstein, vous êtes trop passionné par les ombres pour distraire le public de l’action du film avec la barbe du tsar. Ivan le Terrible soulève trop de fois la tête pour que l’on puisse mieux voir sa barbe.

Eisenstein : "Je raccourcirai la barbe au tsar".

Staline : "Que Dieu vous aide".

 

Le réalisateur continua à lire, à écrire et à concevoir la troisième et dernière partie d’Ivan Groznyj, prévue entièrement en couleur, qui raconterait la guerre aux frontières, la consolidation de l’État et la victoire finale d’Ivan, devenu le Terrible. Des séquences ont également été tournées. Mais dans la nuit du 10 au 11 février 1948, Sergueï Eisenstein mourut à la suite d’une seconde crise cardiaque violente.

Aleksandrov, Strauch et Tissė, collaborateurs et compagnons de toujours, accoururent tout de suite, mais ils ne purent que recomposer le corps et le couvrir d’une tapisserie mexicaine, souvenir du célèbre voyage, représentant le Dieu de la mort aztèque.

Après les funérailles solennelles à charge de l’État, le corps d’Eisenstein est incinéré le 13 février 1948. Son dernier film Ivan Groznyj II : Bojarsky zagovor (La Conjuration des Boyards) ne voit le jour qu’en août 1958, après la mort de Staline et de Prokofiev, le 5 mars 1953, et surtout après le fameux vingtième Congrès du PCUS où Nikita Khrouchtchev (Khrouchtchev) critiqua le culte de la personnalité de Staline.

Eisenstein a été l’un des représentants les plus brillants et créatifs de toute l’histoire du cinéma et un grand théoricien. Il est aussi, parmi les cinéastes, une figure dominante de la culture du vingtième siècle. Il vécut passionnément la Révolution d’Octobre, la saison culturelle des avant-gardes qui suivit et souffrit les régressions de l’URSS stalinienne. Mais même s’il ne s’est jamais inscrit au PCUS, il reste fidèle à l’idéologie communiste jusqu’à sa mort prématurée.

C’était un communiste libertaire, hétérodoxe, peut-être homosexuel. Libre. Et pour cela il a toujours de l'opposition à l'image du cinéaste en Russie, notamment de Poutine qui a entravé de projets autour de la mémoire du réalisateur.

Dans ses "Mémoires", écrites principalement pendant la longue convalescence qui suivit le premier infarctus, il affirma : "Biologiquement nous sommes mortels. Mais nous devenons immortels par nos actes sociaux, par la petite contribution individuelle que nous apportons au progrès de la société dans l’idéal relais de l’histoire".

La contribution d’Eisenstein fut énorme, entre films et écrits théoriques, publiés pour la première fois en six volumes entre 1963 et 1977, qui continuent à faire l’objet d’études et de citations. Il a inspiré le cinéma, entre autres, par Andreï Tarkovski, Stanley Kubrick, Alexandre Sokurov, Woody Allen, Ettore Scola, Bernardo Bertolucci et l’artiste Zbigniew Rybczyński qui, dans le travail Steps (1987), fait entrer dans la célèbre séquence de l’escalier d’Odessa des touristes américains, générant des effets étranges.

Eisenstein, comme beaucoup de grands (il suffit de penser au Napoléon manqué par Kubrick), nous laisse le regret de ses chefs-d’œuvre jamais réalisés, de ses films non terminés, Que viva México! ou des films perdus, Le Pré de Béjine, mais surtout cette oeuvre nous laisse des images inoubliables: la scène maintes fois citée de l’escalier du Cuirassé Potemkine, est au cinéma ce que le sourire de la Joconde est à la peinture ou le monologue d’Hamlet "To be, or not to be" de William Shakespeare est au théâtre. Œuvre immortelle d’un cinéaste immortel.

Andrea Lauro, 18 septembre 2021

S.J. Eisenstein (3): Ivan Le Terrible - par Andréa Lauro

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Littérature soviétique - Carnets de guerre de Vassili Grossman (Calmann-Lévy, présenté par Antony Beevor et Luba Vinogradova) - Suivi de Treblinka

Littérature soviétique - Mikhaïl Boulgakov, l'auteur du Maître et Marguerite, un génie baroque à l'époque du Stalinisme (1891-1940)

Communist'Art: Marc Chagall, compagnon de route de la révolution bolchevique

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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 19:11
Aube dorée, l'affaire de tous - le film-choc d'Angélique Kourounis sur l'extrême-droite grecque et Aube Dorée en tournée bretonne
Aube dorée, l'affaire de tous - le film-choc d'Angélique Kourounis sur l'extrême-droite grecque et Aube Dorée en tournée bretonne

Le flyer de la tournée bretonne du film "Aube dorée, l'affaire de tous"

Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, photo prise par Hervé Ricou la semaine dernière au festival du film de Douarnenez.

Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, photo prise par Hervé Ricou la semaine dernière au festival du film de Douarnenez.

Article du Télégramme, 27 août 2021, sur Aube Dorée, une affaire de Tous

Aube Dorée l'affaire de tous

Angélique Kourounis est la réalisatrice de deux documentaires sur le parti néo-nazi grec: l'Aube dorée.

En 2017 l'Association Bretagne Grèce Solidarité Santé a parrainé avec de nombreux partenaires locaux des projections-débats autour du film-Aube dorée-une affaire personnelle-  dans une quinzaine de salles de la région. Ce film décrivait l'installation du parti néo-nazi dans le pays et au parlement comme 3ème force politique.

Cette année Angélique Kourounis avec un nouveau film -Aube dorée-l'affaire de tous- décortique 6 années de procès qui ont abouti à la condamnation d'Aube dorée comme organisation criminelle. Bretagne Grèce Solidarité Santé parraine une nouvelle tournée de projections-débats dans 14 salles en Bretagne dont 5 dans le Finistère en présence et avec la participation d'Angélique Kourounis.

3 projections du premier film "Aube Dorée, une affaire personnelle" et 3 projections du film de 2021 "Aube Dorée l'affaire de tous" ont eu lieu au festival du film de Douarnenez du 21 au 28/08 qui avait comme thème Peuples et luttes en Grèce.

Standing ovation incroyable à la fin du dernier film!

la bande-annonce: https://vimeo.com/560771007

PJ: article du Télégramme du 27/08/2021 (édition de Douarnenez)

Les dates bretonnes pour voir le film en présence des réalisateurs, Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi:

> Le 3 septembre au cinéma Iris, Questembert, 56230, 20h30

> Le 5 septembre, à Brasparts, lieu-dit Tromac'h 29190, 17h

> Le 6 septembre, au cinéma Les Baladins, Lannion, 22300, 20h

> Le 7 septembre, au cinéma Le Vulcain, Inzinzac-Lochrist, 56650, 20h30

> Le 8 septembre, au cinéma Club 6, St Brieuc, 22000, 20h

> Le 9 septembre, au cinéma Rex, Pontivy, 56300, 20h

> Le 10 septembre, au Patronage Laïque Guérin, 1 rue Alexandre Ribot Brest, 29200, 20h

> Le 11 septembre, à Ti An Oll, Plourin-les-Morlaix, 29600, 16h

> Le 14 septembre, MJC Kerfeuteun, Quimper, 29000, 20h

> Le 16 septembre, au cinéma Ty Hanok, Auray, 56400

> Le 17 septembre, Local Fête de l'Ével, Baud, 56150, 19h30

> Le 21 septembre, au cinéma Arvor, Rennes, 35000, 20h15

> Le 23 septembre, au cinéma Le Vauban, St Malo, 35400, 20h

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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 19:04
Angélique Kourounis échangera avec le public, samedi. | OUEST-FRANCE

Angélique Kourounis échangera avec le public, samedi. | OUEST-FRANCE

https://www.ouest-france.fr/bretagne/plourin-les-morlaix-29600/ti-an-oll-fait-sa-rentree-avec-un-documentaire-7fe85bbf-0e52-4cab-922d-eab61dc90e96

 
Ouest-France, 8 septembre 2021

Ce sera la deuxième venue, samedi, de la réalisatrice et journaliste Angélique Kourounis à Ti an Oll - centre social. En mars 2017, lors d’une tournée dans toute la Bretagne, elle avait présenté Aube Dorée, une affaire personnelle. Un documentaire qui mettait en lumière le fonctionnement de ce parti grec néonazi. Le film avait reçu un large écho international. Il a reçu, entre autres, le Prix spécial du jury au festival de Los Angeles ou encore, en 2016, le Prix Averroès junior au Primed de Marseille (Bouches-du-Rhône). Il a également été projeté au Parlement européen.

Ce samedi, Angélique Kourounis revient avec Aube Dorée, affaire de tous : Quelle résistance ? Un documentaire tourné au moment du procès historique de l’Aube Dorée. Ce parti était la troisième force politique du pays et a siégé pendant sept ans au parlement grec.

Après six ans de procès avec 68 accusés, après l’assassinat du chanteur de rap Pavlos Fyssas par un partisan de l’Aube Dorée, le verdict est tombé, le 7 octobre 2020, qualifiant « Aube Dorée, organisation criminelle ».

Un débat après la projection

 

Le deuxième film d’Angélique Kourounis est sorti après la déclaration du verdict. Ce jour-là, plus de 15 000 manifestants étaient rassemblés devant le tribunal, applaudissant la décision. Le documentaire nourrit le débat autour des réponses à apporter « à la montée de l’idéologie nazie qui gagne du terrain partout en Europe ».

Le film fait l’objet d’une tournée dans treize villes de Bretagne, après sa présentation au Festival du film de Douarnenez en août. La projection sera suivie d’un échange avec la réalisatrice et le journaliste en Grèce, Thomas Iacobi.

Samedi 11 septembre, à 16 h, à Ti an Oll. Entrée au chapeau. Site internet, goldendawnapublicaffair.com/fr/accueil

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9 juillet 2021 5 09 /07 /juillet /2021 07:08
Le Parti du Cinéma - le documentaire de Pauline Gallinari et Maxime Grember sur le rapport du PCF au Cinéma dans son histoire en replay sur LCP jusqu'au 30 juillet 2021
LE PARTI DU CINÉMA
L'épopée cinématographique du PCF

Un documentaire de Pauline Gallinari & Maxime Grember.
Une coproduction La Générale de Production - Ciné-Archives.
En replay jusqu'au 30 juillet sur 
LCP

De sa création en 1920 jusqu’au début des années 1980, le PCF a développé une intense activité cinématographique, sans équivalent dans les autres formations politiques, en impulsant la production, la réalisation et la distribution de centaines de films pour diffuser et défendre ses idées. Pour la première fois dans un documentaire, et à partir d’archives inédites, Le Parti du cinéma raconte cette épopée politique et cinématographique.


Pour celles et ceux qui souhaiteraient le (re)découvrir, le programmer ou encore le chroniquer, voici le lien de visionnage sur le site de LCP.
 
********************************

Avant l'avènement de la télévision, le 7e art a longtemps été un levier politique majeur. Les communistes ont su l'utiliser, nourrissant l'imaginaire collectif. L'Humanité
*
Entre utopies, lavage de cerveau, innovations formelles, un voyage passionnant, et contrasté au cœur de l'image militante. Télérama
*
Les communistes français et le 7e art, une riche histoire. Des images d'archives inédites montrent comment le PCF a utilisé le film pour faire passer ses idées. Le Monde
 
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29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 17:42
Eisenstein rencontre Josef von Sternberg et Marlene Dietrich sur le plateau de Morocco

Eisenstein rencontre Josef von Sternberg et Marlene Dietrich sur le plateau de Morocco

S.J. Eisenstein : Perspective Nevski

Les années 1930. Le long voyage, les films manqués et le chef-d’œuvre antinazi.

 

Lire aussi, le premier volet de la chronique d'Andréa Lauro sur Eisenstein: S.M. Eisenstein : de Sergueï Mikhaïlovitch à Sa Majesté: Les années 1920 - Un nouveau langage cinématographique (la chronique cinéma d'Andréa Lauro)

Dans les années 1920, plus de 800 films ont été réalisés en Union soviétique. Tous n’étaient évidemment pas signés par Kulešov, Eisenstein, Pudovkin ou Dovženko, la production comprenait également de nombreux films de divertissement, sans aucune déviation idéologique dommageable, des films à succès.

Le plus connu, Medvezhya svadba (Le Mariage de l’ours, 1925) réalisé par Vladimir Gardin et Konstantin Eggert, eut plus du double du public de Bronenosec Potëmkin (Le Cuirassé Potemkine).

De cette riche production il reste peu, probablement la meilleure partie comme les films de Protazanov ou le comique Poceluj Meri Pikford (Le baiser de Mary Pickford, 1926) avec la "fiancée de l’Amérique" (en voyage en URSS avec son mari Douglas Fairbanks) protagoniste avec l’acteur russe le plus célèbre de l’époque, Igor Vladimirovitch Iliinsky, dirigés par Sergei Komarov.

Entre les films d'"agitation", de propagande, de divertissement, le "septième art" en Union Soviétique était en grande expansion.

Une preuve? 

À la fin de 1928 en URSS, le nombre de cinémas en URSS était de 7331 (2389 en campagne) avec 200 millions de spectateurs par an, alors qu’avant la Révolution d’Octobre, il n’y en avait que 1412 dont 133 en campagne (donnée de 1914).

Un élément si important qu’il a été inclus dans le Premier Plan quinquennal voulu par Staline.

En effet, le cinéma aussi devait cesser toute dépendance vis-à-vis des pays capitalistes, jusqu’alors le film était produit par la firme allemande Agfa, les caméras par la firme française Debrie, et surtout le son devait être développé.

En 1928, le "Manifeste sur l’asynchronisme", signé par Eisenstein, Aleksandrov et Pudovkin, avait déjà mis au centre le nouveau progrès technique en soulignant le fait qu’il n’était pas correctement exploité, en introduisant des concepts de contrepoint et de montage sonore. Selon la théorie des trois cinéastes soviétiques "Le son devra être utilisé dans le sens du contrepoint, c’est-à-dire non en synchronisation avec les images, car le synchronisme produit une dangereuse illusion de vérité, réduisant ainsi le cinéma à un cinéma-attraction, à une simple reproduction naturaliste du réel". Eisenstein, Aleksandrov et Tissė sont allés à l’étranger pour cela: l’objectif déclaré était d’étudier la technique du cinéma sonore.

Ils séjournent d’abord à Berlin où ils travaillent à la version allemande de "L’Ancien et le Nouveau", puis s’installent avec les réalisateurs d’avant-garde Hans Richter (Rhythmus 21, Rhythmus 23) et Walter Ruttmann (Berlin, symphonie d’une grande ville), en Suisse au château de La Sarraz, près de Lausanne, où se déroule du 2 au 6 septembre 1929 le Congress International du Cinéma Indépendant.

À l’événement, accueilli par la propriétaire Hélène de Mandrot, ont participé des artistes du monde entier : les Italiens Enrico Prampolini, Alberto Sartoris, le Japonais Hiroshi Hijo, les Anglais Ivor Montagu, Jack Icaacs, les Français Alberto Cavalcanti, Jean-Georges Auriol, Léon Moussinac.

Léon Moussinac - De la longue période française, le réalisateur rappela avec une affection et une admiration infinies le "camarade Léon", Léon Moussinac (Migennes, 19 janvier 1890 - Paris, 10 mars 1964) critique de cinéma, membre très actif du Parti communiste français depuis 1924. En 1927, il avait séjourné en URSS et, après avoir rencontré l’auteur du "Cuirassé Potëmkin", il importa en France le cinéma révolutionnaire et publia les volumes "Le cinéma soviétique" et l’essai "Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein". Son militantisme communiste le conduit, en avril 1940, à l’arrestation. Il fut interné dans le camp de Gurs, puis transféré dans la prison militaire de Nontron, mais, comme le rappela son ami réalisateur, "les souffrances indicibles n’ont pas affaibli sa fibre de révolutionnaire"...

Léon Moussinac - De la longue période française, le réalisateur rappela avec une affection et une admiration infinies le "camarade Léon", Léon Moussinac (Migennes, 19 janvier 1890 - Paris, 10 mars 1964) critique de cinéma, membre très actif du Parti communiste français depuis 1924. En 1927, il avait séjourné en URSS et, après avoir rencontré l’auteur du "Cuirassé Potëmkin", il importa en France le cinéma révolutionnaire et publia les volumes "Le cinéma soviétique" et l’essai "Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein". Son militantisme communiste le conduit, en avril 1940, à l’arrestation. Il fut interné dans le camp de Gurs, puis transféré dans la prison militaire de Nontron, mais, comme le rappela son ami réalisateur, "les souffrances indicibles n’ont pas affaibli sa fibre de révolutionnaire"...

Staroye i novoye du même Eisenstein, Un chien andalou de Luis Buñuel, La passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer, les films abstraits de Cavalcanti et Man Ray, les expérimentations de Richter, Ruttmann, ainsi que Branding le dernier film de Joris Ivens. Mais les objectifs du premier congrès du cinéma indépendant n’étaient pas clairs. Les réalisateurs soviétiques expliquent que "dans un système d’états capitalistes, le cinéma indépendant est une fiction comme la presse indépendante", ce qui n’a pas plu à la délégation italienne conduite par le peintre et scénographe Enrico Prampolini (Modène, 20 avril 1894 - Rome, 17 juin 1956) futuriste lié au fascisme (auteur en 1917 de la scénographie de Thaïs, réalisé par Anton Giulio Bragaglia), homme dont Eisenstein se souvint comme "figure rectiligne minuscule et désagréable". Lors de la rédaction de la résolution finale du "Congrès", les esprits se sont échauffés. Un document, introuvable même dans les revues de l’époque, affirmait : "l’art apolitique n’existe pas".

Durant ces journées, Eisenstein, Montagu et Moussinac tournent également un court-métrage intitulé The Storming of La Sarraz (L’Assaut de La Sarraz) qui avait pour sujet la libération du cinéma de ses chaînes commerciales, grâce à l’action des cinéastes indépendants. Le film, malheureusement perdu dans une archive non précisée de Berlin, a été écrit par Richter. Le réalisateur soviétique, en plus de diriger l’action, joue Don Quichotte.

Après le "Congrès" de Lausanne, les cinéastes soviétiques repartent pour Zurich, où un producteur nommé Wecler propose à Eisenstein un film sur le contrôle des naissances. La réponse de l’auteur de Le Cuirassé Potemkine fut ironiquement lapidaire : "Écoutez, si vous me laissez faire avorter tout Zurich, cela peut commencer à m’intéresser. Mais l’histoire d’une femme, non". Le film est finalement réalisé par Tissė et sort sous le titre Gore i radost' zhenshchiny (Misères de femmes, joies de femmes).

Puis c'est le retour à Berlin, où Eisenstein eut l’occasion de se confronter à la politique, au cinéma, au théâtre avec Ernst Toller, Erwin Piscator, George Wilhelm Pabst, Albert Einstein, Emil Jannings (qui lui proposa de réaliser un second Potëmkin avec lui comme protagoniste) Bertold Brecht et Luigi Pirandello.

Le dramaturge et le réalisateur se rencontrèrent dans un petit restaurant italien dans le quartier de Charlottenburg, en goûtant l’excellent "sabaglione", comme rappelé dans ses "Mémoires". L’écrivain sicilien admirait Eisenstein et en 1929 il avait confié à son amie Marta Abba qu’il aimerait l’inviter en Italie pour réaliser un film tiré de son "Gioca Pietro!". Mais sous Mussolini, un communiste soviétique ne pouvait pas mettre les pieds dans le pays et cet écrit, né pour le cinéma, devint des années plus tard "Acciaio", le seul film à sujet du réalisateur allemand Walter Ruttmann. Le poète rêvait de voir aussi sur le grand écran "Six personnages en quête d’acteur". C’est pourquoi il a écrit à Carl Laemmle de Universal et en a parlé avec Eisenstein. Les deux discutèrent de musique, de cinéma, de théâtre, d’art, mais finalement ils ne réalisèrent pas le film. La major, initialement intéressée par le projet, abandonna l’idée.

Le voyage de Eisenstein, Aleksandrov et Tissė se poursuit à Paris avec des entretiens avec Filippo Marinetti, Jean Cocteau, Blaise Cendrars, Man Ray, Abel Gance, Robert Desnos (poète interné comme Kurt Gerron dans le camp de Theresienstadt), Fernand Léger et James Joyce pour qui le réalisateur nourrissait une admiration démesurée au point de vouloir porter sur le grand écran son "Ulysse" ("Ulysse"). Film qui ne restera qu’une idée puisque Joyce, comme Freud, était tabou en Union Soviétique...

Les trois cinéastes se rendent ensuite à Londres, où Eisenstein joue pour son ami Hans Richter le rôle d’un policier dans le film Everyday (1929) et donne une conférence à la London Film Society. Puis en Belgique où il rencontra le peintre James Ensor et les mineurs de Liège. Il gagne les Pays-Bas pour étudier les tableaux de Van Gogh (à la Haye, son taxi risqua d’écraser la Reine Wilhelmine qui se promenait tranquillement) et de rencontrer le jeune documentaire Joris Ivens. Puis de nouveau en France, conduit par Jean Mitry et Léon Moussinac, puis de nouveau à Berlin et Londres.

Les trois Soviétiques sont partis en août 1929 avec seulement 25 dollars chacun, mais grâce à leur renommée ils n’ont pas de difficultés à pourvoir à leurs besoins. Alors qu’Eisenstein se trouvait encore à Londres, par exemple, un joaillier parisien engagea Aleksandrov et Tissė pour réaliser un film dédié à sa femme Mara Griy, une chanteuse lettone émigrée. Seule condition : le film devait être signé par "Sa Majesté". Eisenstein se contente d’un léger conseil, mais il est co-réalisateur pour le film "Romance Sentimentale". Dans le court-métrage expérimental (environ 20 minutes), le montage alterne d’abord des images "violentes", puis plus calmes, mais le protagoniste est la musique composée par Alexis Arkhangelsky et chantée par Griy elle-même.

À Paris, le 17 février 1930, la première française du dernier long-métrage du réalisateur, "L’Ancien et le Nouveau", est programmée à la Sorbonne. Tout était prêt. Eisenstein devait seulement faire un bref discours de présentation. Mais le climat à l’égard de l’Union soviétique était très lourd, au point que même un documentaire sur une performance de gymnastique a été qualifié de "propagande soviétique" et interdit parce qu’il montrait des athlètes souriants. En somme, on ne pouvait pas montrer qu’en URSS il y avait aussi le bonheur. Dans ce climat, Staroye i novoye n’avait pas encore obtenu de visa de censure, mais l’Université, cette Université, jouissait d’une sorte d’extraterritorialité et la projection, si privée, ne nécessitait aucune autorisation. Cependant, des milliers d’invitations furent préparées et envahirent la ville. Un de ces billets, imprimés sur papier bleu, finit sur le bureau de Jean Chiappe, tristement préfet de police de Paris depuis 1927 qui, comme première mesure, avait supprimé toute manifestation communiste. La projection devint ainsi publique.

Jean Chiappe, préfet (anticommuniste) de Paris

Jean Chiappe, préfet (anticommuniste) de Paris

La soirée, attendue avec impatience, était prévue dans la salle Richelieu de la Sorbonne. Une élégante pièce, avec une statue du cardinal, capable d’accueillir un millier de personnes. Il s'en présenta plus de trois mille.  Arriva l’interdiction des autorités. Chiappe s’assit près du projecteur placé aux pieds de la statue. Autour de lui, quelques policiers.

D’autres s’installèrent dans la cour et autour de la salle. Craignant des troubles et des affrontements, il y avait beaucoup de communistes que la police avait hâte d’arrêter, les organisateurs - l'habituel Léon Moussinac et le psychanalyste et professeur de la Sorbonne René Allendy - annulèrent la projection. Et ils ont invité le réalisateur à prolonger son discours, qui est devenu une véritable conférence. Eisenstein n’était pas un grand orateur, mais il parla pendant trois heures. Il illustra ses théories sur le montage et le "cinéma intellectuel" et irrita Chiappe, qui dut subir la gifle sans pouvoir intervenir. Ironie d'Eisenstein qui frappa la presse. Le lendemain, le quotidien bourgeois "Le Matin" écrivit : "Ne craignez pas les bolcheviks qui ont le couteau entre les dents, mais ceux qui ont le sourire sur les lèvres!".

Mais l’événement à la Sorbonne était important pour une autre raison. Durant la conférence, Eisenstein affirme pour la première fois en public de vouloir réaliser un film tiré d’un livre particulièrement important pour les communistes : "Le Capital" de Karl Marx.

Karl Marx

Karl Marx

L’idée est venue à Eisenstein après le tournage d’Octobre.

Dans un petit cahier daté du 12 octobre 1927 (retrouvé en 1976), le réalisateur note : "Décidé de filmer "Le Capital" sur un scénario de Karl Marx". Personne n’était au courant de son projet le plus ambitieux, ni ses collaborateurs, ni Staline ou les bureaucrates qui l’avaient souvent entravé et censuré. Le projet devient plus concret après la rencontre parisienne avec James Joyce. Le raisonnement du réalisateur était fascinant : "Si à partir d’un bol de soupe Joyce arrive à toute la flotte britannique, pourquoi un cinéma vraiment marxiste ne pourrait-il pas, en s’appuyant sur le détail d’un bas de soie, englober tout un tissu social?". Du concret à l’abstrait, de l’objet commun à la généralisation conceptuelle. Un exploit presque impossible, mais Eisenstein avait le cinéma pour y parvenir, il suffit de penser au montage du "Cuirassé Potëmkin" ou à celui du même "Octobre". Eisenstein en parla à la Sorbonne, mais le projet, aussi fascinant fût-il, resta dans le tiroir.

Eisenstein avait également entamé des négociations avec Hollywood, mais l’appel américain tardait à arriver. Pendant ce temps, au risque d’être expulsé de Paris pour propagande communiste, il continuait à étudier des sujets possibles pour les producteurs occidentaux en général et pour ceux des États-Unis en particulier. Avec Ivor Montagu, il travailla à la transposition cinématographique de Le chemin de Buenos-Aires un reportage d’Albert Londres sur le colonialisme et l’esclavage (Les aventures de Londres inspirèrent le dessinateur belge Hergé pour la réalisation du célèbre Tintin), mais le projet se termina après une première manifestation d'intérêt sans suite d’une maison de production française.

Le réalisateur s’intéressa donc à une biographie de Sir Basil Zaharoff, marchand d’armes, parmi les hommes les plus riches de son temps, en proposant l’idée à la fois aux producteurs français et anglais, et aux producteurs américains, mais là encore, il n’en fit rien. Toujours pour les Américains, Eisenstein envisagea de tirer parti au cinéma d’une comédie de George Bernard Shaw, proposée par le même auteur, intitulée Arms and the man, mais ne réussit pas à susciter l’intérêt.

Au début des années 1930, arriva par télégramme à l’invitation attendue pour Hollywood, suivi de la visite à Paris de Jesse Louis Lasky (San Francisco, 13 septembre 1880 - Beverly Hills, 13 janvier 1958), parmi les pionniers du cinéma américain, fondateur avec Adolph Zukor de Paramount Pictures. Eisenstein signe un contrat de six mois à 900 dollars par semaine, ainsi que l’engagement des camarades Aleksandrov et Tissė.

De la longue période française, le réalisateur rappela avec une affection et une admiration infinies le "camarade Léon", Léon Moussinac (Migennes, 19 janvier 1890 - Paris, 10 mars 1964) critique de cinéma, membre très actif du Parti communiste français depuis 1924. En 1927, il avait séjourné en URSS et, après avoir rencontré l’auteur du "Cuirassé Potëmkin", il importa en France le cinéma révolutionnaire et publia les volumes "Le cinéma soviétique" et l’essai "Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein". Son militantisme communiste le conduit, en avril 1940, à l’arrestation. Il fut interné dans le camp de Gurs, puis transféré dans la prison militaire de Nontron, mais, comme le rappela son ami réalisateur, "les souffrances indicibles n’ont pas affaibli sa fibre de révolutionnaire, de communiste, de patriote...". Il survécut Ses écrits sont conservés au département des arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France.

Revenant à l’engagement américain, les trois Soviétiques traversèrent l’Océan à bord du transatlantique "Europe" et arrivèrent aux États-Unis le 12 mai 1930. Le voyage des cinéastes fut critiqué aussi bien en URSS que dans les milieux conservateurs d’Hollywood qui ne comprennent pas un tel emballement pour des communistes.

Comme en Europe, l’agenda fut chargé entre voyages, rencontres, conférences. Eisenstein a parlé à l’Université Columbia à New York, à Harvard à Boston, à Yale à New Haven, ainsi qu’aux universités de Chicago et de Californie (les trois sont les premiers Soviétiques à accéder à cet État), devant les Afro-Américains de la Nouvelle-Orléans, à une convention des distributeurs de Paramount à Atlantic City et à Hollywood.

Mary Pickford

Mary Pickford

Jesse Louis Lasky

Jesse Louis Lasky

La série de rencontres est aussi très dense. Eisenstein dîne dans un restaurant de New York avec Douglas Fairbanks et Mary Pickford ; dans les studios Paramount il travaille avec Jackie Coogan désormais adolescent ; il rencontre Josef von Sternberg et Marlene Dietrich sur le plateau de Morocco. Avec Luis Buñuel, il parle du préfet Chiappe qui, sollicité par la droite et par des associations patriotiques et religieuses, avait également bloqué la distribution de L’âge d’or. Et encore King Vidor, Berthold et Salka Viertel. À Boston, on lui présenta même Rin Tin Tin.

Mais le réalisateur se lie en particulier avec deux autres cinéastes de génie : Walt Disney et Charlie Chaplin. Pour le premier, il nourrissait une grande admiration, notamment parce qu’il reconnaissait au premier "Mickey Mouse" une critique ironique de la société standardisée. Il en devint un grand ami. Avec le second, entre deux défis au tennis, il parla à plusieurs reprises du cinéma, mais surtout du communisme et de l’Union soviétique. Le réalisateur anglais se souvint dans son autobiographie : " Un jour, en discutant avec lui du communisme, je lui demandai s’il pensait que le prolétariat instruit était égal, mentalement, à l’aristocratique fort de la tradition culturelle des générations qui l’avaient précédé. Il me parut surpris de mon ignorance. Eisenstein, issu d’une famille de la bourgeoisie russe, dit : « Donnez-leur la possibilité de s’instruire et la fertilité célébral des masses sera comme un nouvel humus très riche". Aux deux amis, le cinéaste soviétique dédia deux livres intitulés simplement "Walt Disney" et "Charlie Chaplin".

Parallèlement, des idées pour de nouveaux sujets se développaient. À Paris, Eisenstein et Lasky avaient déjà discuté, sans succès, de certaines œuvres de Zola et de Menschen im Hotel (Grand Hotel) de l’autrichienne Vicki Baum (puis porté sur grand écran en 1932 avec Greta Garbo comme protagoniste). Aux États-Unis, le premier projet proposé au réalisateur fut la transposition du roman The War of the Words (La guerre des mondes) de H. C. Welles, mais l’idée, qui fit des années après la fortune d’Orson Welles, fut bientôt abandonnée faute de fonds.

Par contrat, Eisenstein pouvait également présenter des idées pour de nouveaux films. Il conçut ainsi le film Glass House inspiré du roman despotique My d’Evgenij Ivanovitch Zamjatin, mais l’absence d’une histoire capable d’exprimer cette idée fit capoter le projet. Il retient donc avec Aleksandrov et Montagu un sujet tiré de L’or de Blaise Cendrars intitulé Sutter’s Gold : une grande démystification du capitalisme américain. Mais les producteurs se demandaient : "Pouvons-nous permettre que des bolcheviks abordent le thème de l’or ?" et la réponse fut négative. Le Museum of Modern Art de New York conserve jalousement le plan de travail détaillé de cette œuvre manquée.

Un autre livre retint cependant l’attention du réalisateur, c’était An American tragedy de Theodore Dreiser. Publié en 1925, il représente une fresque de la société américaine du début du XXème siècle. Plusieurs versions du scénario, approuvées par le même auteur, sont présentées à la Paramount, mais la critique de la société américaine est rejetée par la major qui confie le même film, réécrit et sans le partage de Dreiser, à Josef von Sternberg.

Le 23 octobre 1930, Paramount annonce la résiliation du contrat avec Eisenstein. Le réalisateur a souligné : "L’opposition (à son travail) était constituée par les banquiers qui représentaient les intérêts des banques [...] et ne visaient que la sécurité, sans excès ni complications, et préféraient presque toujours produire les types de films qui avaient déjà réussi". À cela s’ajoute l’impréparation d’Eisenstein, d’Aleksandrov et de Tissė par rapport aux nouvelles techniques, qui s’étaient rendus à l’étranger pour les étudier, et la campagne anticommuniste naissante menée par le major Frank Pease et des organisations fascistes.

Le réalisateur et ses collaborateurs n’avaient plus d'autre choix que le retour en URSS. Cependant, Eisenstein a eu le temps d’obtenir de Sam H. Harris les droits de la comédie théâtrale Once in a Lifetime de Moss Hart et George S. Kaufman, avec l’idée de la mettre en scène à Moscou. Tout était prêt. Le voyage de retour ferait étape au Japon pour la réalisation d’un film sur le Pays du Soleil Levant.

Ichikawa Sadanji II

Ichikawa Sadanji II

Partie de tennis entre Eisenstein et Charlie Chaplin

Partie de tennis entre Eisenstein et Charlie Chaplin

La culture orientale avait toujours eu une grande influence sur le cinéaste. Tous les croquis, dessins, travaux graphiques, essais, scénarios montraient un trait capable de faire écho aux idéogrammes. Certaines de ses théories sur le montage, comme on le sait, sont issues de l’écriture chinoise et japonaise. Et après, il y avait aussi la passion pour le Kabuki, la forme théâtrale née à Kyoto en 1603, dont le nom est composé de trois idéogrammes “ka” (chant), “bu” (danse) e “ki” (habilité) et dérive du verbe “kabuku” c'est-à-direêtre dehors de l'ordinaire”. Eisenstein, qui l’était vraiment, admirait la "forme d’ensemble" de ces représentations qu’il vit en direct en 1928 lors d’un voyage à Moscou et à Leningrad du célèbre acteur kabuki Ichikawa Sadanji II.

Mais Eisenstein ne réalisa aucun film sur le Japon, changea d’itinéraire et s’installa au Mexique. En effet, le 24 novembre 1930, Eisenstein signe avec Mary Craig Sinclair, épouse de l’écrivain progressiste Upton Sinclair, un contrat qui lui assure 25 000 dollars "pour la réalisation d’un film appelé pour l’instant génériquement film mexicain".

La première nuit mexicaine, Eisenstein, Aleksandrov et Tissė la passent cependant en prison. L’anticommunisme "made in USA" les avait pratiquement présentés comme des "terroristes" et ce n’était pas une bonne carte de visite, même pour le social-démocrate Mexique. Albert Einstein et Charlie Chaplin, suivis par d’autres, se mobilisèrent par télégrammes et appels à la libération. Le réalisateur soviétique put ainsi commencer, même en Amérique centrale, son activité entre mondanité, politique et cinéma.

Il rencontre Diego Rivera, Frida Kahlo, Tina Modotti, David Alfaro Siqueiros, José Clemente Orozco. Il s’est rapproché de la culture mexicaine en lisant "The Golden Bough : A Study in Comparative Religion" de l’anthropologue James Frazer et "Idols behind altaros" de la journaliste Anita Brenner, volume enrichi par les photos de Tina Modotti. Il se passionne pour les dessins érotiques du lieu qu’il commence à reproduire.

Tina Modotti

Tina Modotti

S.J. Eisenstein (2): Perspective Nevski - Les années 1930. Le long voyage, les films manqués et le chef-d’œuvre antinazi - la chronique cinéma d'Andréa Lauro

Dans ses voyages mexicains, Eisenstein a été dirigé d’abord par Austin Aragon-Leiva, un ethnologue et spécialiste de l’art mexicain, puis par Jorge Palomino Cañedo, un jeune historien heureusement marié, que le réalisateur avait rencontré à Mexico quand il lui a été présenté par Diego Rivera et Frida Kahlo. Palomino a été un guide pour le réalisateur dans son séjour à Guanajuato, pendant que le Soviétique était à la recherche des lieux où tourner le "film mexicain". Une intense amitié naît entre les deux hommes, comme en témoigne une lettre que le soviétique envoie à son amie et confidente Pera Attacheva, et un échange épistolaire entre les deux hommes, y compris des dessins homoérotiques. Cet élément alimente les rumeurs sur l’homosexualité d’Eisenstein, jamais admise publiquement et peut-être jamais consommée.

Cependant, sur le sujet, une vaste littérature se développa et se développe encore : des voix qui le voyaient lié à son ami Grigori Vassili Alexandre aux nombreuses images sensuelles de ses films (des marins du Potëmkin, à l'écrémage de "L’Ancien et le Nouveau"), jusqu’à l’essai "Eisenstein" de Dominique Fernandez. Le cinéma a également abordé le sujet. Selon le réalisateur gallois Peter Greenaway, Eisenstein a découvert qu’il était gay au Mexique et, partant de cette conviction, avec son style provocateur et sensuel, Greenaway a réalisé en 2015 le film Eisenstein au Guanajuato (Que viva Eisenstein!), première partie d’une trilogie, avec Elmer Bäck dans le rôle du réalisateur et Luis Alberti dans celui de Palomino Cañedo. Le court-métrage Sergei/sir Gay (2017) réalisé par Mark Rappaport est également intéressant.

Ce qui est certain, c’est que l’homosexualité, présumée ou réelle, n’était pas appréciée en URSS et Eisenstein, peut-être pour faire taire les rumeurs, rentré chez lui en 1934, épousa Pera Attacheva (1900 - Moscou, 24 septembre 1965). Des voix et quelques certitudes, au point que selon Marie Seton, la biographe officielle d’Eisenstein, l’homme mourut vierge comme un célèbre poète, Giacomo Leopardi.

De retour au cinéma, Eisenstein est tombé amoureux, peut-être pas par hasard, du pays d’Amérique centrale et, dans ce climat culturel, a pensé à une "Synthèse retentissante de l’histoire du Mexique le long de l’axe d’un thème progressiste et libertaire, traversé violemment par une dominante érotique et religieuse".

Le film, d’une durée prévue de deux heures, devait comprendre un prologue, quatre épisodes titrés Sandunga, Maguey, Fiesta, Soldatera et un épilogue. Tous joués par des acteurs non professionnels.

Dans le prologue, situé dans le Yucatan, les images d’anciennes cérémonies mortuaires contrastent avec celles de l’érotisme vital d’un couple d’amants qui se balancent sensuellement sur le hamac. En Sandunga, la région de Tehuantepec est fortement contaminée par le colonialisme espagnol et la reprise de l’ancienne tradition folklorique devient une expression de la lutte des classes. Dans Maguey est raconté le thème du travail, l’extraction du jus de la plante maguey, comme centre de la révolte des peones contre les haciendados (les propriétaires terriens). Les rebelles sont vaincus et enterrés vivants. Seule la tête reste dehors avant d’être piétinée par un troupeau de chevaux. Un homme est tué sous les yeux impuissants de sa bien-aimée, victime de violence charnelle de la part d’un riche propriétaire terrien. A Fiesta, une procession de moines pénitents entre de grands crânes et la crucifixion du Christ parmi les voleurs sur le Calvaire, évoquent le sacrifice du peuple mexicain opprimé par un pouvoir tyrannique. Dans l’épilogue, qui marque la fin de la classe dominante, les gens retirent leurs masques mortuaires et montrent leurs visages souriants.

Avec Tissė, Eisenstein a tourné 160 bobines, plus de 70 000 mètres de film, pour un total de 40 heures de projection. Un parcours fascinant de luttes et de résistances dans l’histoire du Mexique, de la domination espagnole à la Révolution de Pancho Villa et Emiliano Zapata, mais ce film n’a jamais vu le jour. Le réalisateur ne réussit pas à tourner l’épisode Soldatera, qui raconterait les exploits d’un personnage féminin pendant la guerre civile mexicaine, et surtout il ne put monter Que viva México!.

Raison ? Plus d’une. D’abord les désaccords avec les Sinclair et avec H. Kimbrough, beau-frère de l’écrivain et directeur de production, qui n’aimait pas sa prétendue homosexualité. Le couple "progressiste" ne savait rien des coûts du cinéma (en peu de temps les dépenses avaient augmenté à 53 000 dollars, plus du double par rapport à l’accord initial) et Eisenstein, avec une équipe réduite, avait surestimé l’organisation mexicaine (à Mexico, il n’y avait pas de laboratoire de développement pour vérifier les mètres de film filmés quotidiennement) et tout le tournage était expédié à Los Angeles.

Mais une fois de plus, c’est la politique qui a tourmenté Eisenstein et l’a empêché de terminer Que viva México. Trois attaques subies par le cinéaste soviétique. La première venue de Upton Sinclair qui, bien qu’il soit considéré comme un progressiste aux États-Unis, demande expressément un film "apolitique", ne partageant pas la lutte radicale que le projet du film exprimait. La deuxième attaque provient de la censure mexicaine qui, se référant à l’épisode Maguey, prononça "il n’y a pas lieu d’insister sur l’antagonisme entre deux couches de la même collectivité nationale". La troisième attaque, la plus violente, venait de l’URSS. Les libertés de l’artiste n’étant plus tolérées, un financement capable de terminer le film fut refusé. Mais il y eut plus. Staline lui-même envoya le 21 novembre 1931 un télégramme à Sinclair pour discréditer le réalisateur : " Eisenstein perdit la confiance de ses camarades dans l’Union soviétique. STOP. Il est considéré comme un déserteur qui a rompu avec son pays. STOP. Je crains que les gens ici perdront bientôt intérêt pour lui. STOP. Je suis vraiment désolé, mais toutes ces affirmations sont des réalités. STOP. Je vous souhaite bien-être et la réalisation de votre plan pour nous rendre visite. STOP. Salutations".

Entre l’automne et l’hiver 1931, les relations entre Eisenstein et Sinclair deviennent impossibles et, à la mi-janvier 1932, peu avant le tournage de Soldatera, le travail est interrompu.

Le réalisateur, malgré tout, espérait pouvoir monter le tournage en URSS, mais Sinclair, qui avait initialement promis au cinéaste de lui envoyer les bobines, en vertu du contrat qui privait le réalisateur de tout droit sur l’œuvre, ne tint pas sa promesse. Comme si cela ne suffisait pas, pour financer sa campagne aux primaires du Parti démocrate pour le poste de gouverneur de la Californie, il vendit une grande partie du film à Sol Lesser, modeste réalisateur spécialisé dans les films d’aventure et dans la série de Tarzan. De ce matériau sont sortis Thunder Over Mexico (1933) avec des images principalement tirées de l’épisode Maguey, du prologue et de l’épilogue, et deux courts-métrages intitulés Eisentein au Mexique. En 1939, Marie Seton, déjà citée, réussit à trouver 5000 mètres de négatif et, réunissant des pièces des films déjà en circulation, réalise un nouveau film d’environ une heure intitulé Time in the Sun, fait avec une certaine affection pour le réalisateur, mais avec un montage purement narratif. La déchirure a continué. La société Bell & Howell acheta du matériel à Sinclair pour en tirer cinq documentaires didactiques, parfois regroupés sous le titre Mexican Sumphony. Eisenstein commenta : "Ce qu’ils ont fait, comme montage, est déchirant". Mais l’odyssée de Que viva México! continua. En 1955, Jay Leyda, critique américain passionné de cinéma soviétique, découvrit d’autres négatifs déposés à la cinémathèque du Museum of Modern Art de New York et, à juste titre, choisit de ne pas faire d’interventions personnelles, Mais il se limite à relier huit mille mètres de film sous le titre Eisenstein Mexican Film, Episodes for Study mettant en lumière la méthode de travail du réalisateur. Pour défendre Eisenstein et son film mexicain, un comité international est également né, mais le matériel tourné n’est arrivé en URSS qu’en 1970, après avoir été pendant des années "gardé" au Museum of Modern Art de New York. De ce film, l’ami Aleksandrov, qui avait participé au projet initial, réalisa Que Viva Mexico! - Da Zdravstvuyet Meksika! (1976) dans lequel il explique lui-même les vicissitudes du film. La version la plus connue et peut-être plus fidèle de l’œuvre, mais le Que viva México! pensé et tourné par Eisenstein.

Eisenstein, qui ne put jamais mettre la main sur son Que viva México! , pour beaucoup son meilleur film, fut contraint de rentrer en URSS. Après un arrêt forcé de six semaines dans la ville frontalière mexicaine de Nuevo Laredo (ville où Ed Wood a fait son premier film) le 14 mars 1932, il rentre aux États-Unis. Un mois plus tard, il embarque seul sur le paquebot transatlantique Europe pour Brême, puis rejoint l’Union soviétique par voie terrestre. Le séjour à l’étranger, riche d’espoirs et de déceptions, dura deux ans et neuf mois.

Viktor Kartashov (Le Pré de Béjine, Eisenstein)

Viktor Kartashov (Le Pré de Béjine, Eisenstein)

Durant le voyage de retour, Eisenstein, jamais satisfait, s’est concentré sur d’autres sujets. Il songea à un film sur la Russie qu’il voulait tourner pendant son retour à Moscou ; il essaya de développer un sujet étudié en Allemagne, A Modern "Götterdämmerung" (Un crépuscule moderne des dieux) centré sur l’histoire de deux milliardaires, l’industriel Ivar Kreuger et le financier Alfred Loewenstein ; il a écrit le scénario d’une comédie intitulée MMM pour laquelle il a contacté les acteurs Maksim Štrauch et son épouse Yudif Glizer, déjà actif avec le metteur en scène soit théâtre soit dans le premier long métrage La Grève. Il réfléchit encore sur L’Ulysse de Joyce et suggère une version cinématographique du roman La condition humaine d’André Malraux.

De plus, la fascination d’Eisenstein pour la culture orientale l’a amené à développer l’idée d’un cycle de films sur les cinq forces du Yang et du Ying : la terre, l’eau, le métal, le feu et le bois. La terre avait déjà été illustrée dans L’Ancien et le Nouveau; pour l’eau, il pensa à un film sur le condottiere ouzbek Tamerlan qui retira l’eau de son royaume et mourut dans une inondation; pour le métal il chercha à reprendre le projet de L’or de Sutter; il n’a pas développé de projets spécifiques sur le bois et le feu, mais ce qui est certain, c’est que les cinq forces, harmonisées avec l’utilisation du son et de la couleur, auraient dû être intégrées dans la fresque grandiose Moskva (Moscou) qui, dans les intentions du cinéaste, il devait raconter les événements de la ville à différentes époques. La réalisation de ce film aurait coïncidé avec le retour au théâtre d’Eisenstein pour le spectacle "Moskva II" ("Moscou II") édité avec le scénariste Nathan Zarchi, ancien collaborateur de Pudovkin, dont la mort prématurée fit échouer le projet.

Eisenstein considère enfin, à plusieurs reprises, dès le long séjour parisien, un film sur la révolution haïtienne intitulé Black Majesty (Sa Majesté noire) inspiré du roman homonyme écrit par John Vandercook, ainsi que des textes The Black Napoleon (Le Napoléon noir) de Percy Waxman, Čërnyj Konsul ("Le consul noir") d’Anatoli Vinogradov et à la comédie Der schawarze Napoleon ("Le Napoléon noir") de Karl Otten, tous centrés sur la figure de Toussaint Louverture. Eisenstein pense confier le rôle principal à Paul Robeson (Princeton, 9 avril 1898 - Philadelphie, 23 janvier 1976), acteur et chanteur afro-américain (Ol' Man River) à la vive sympathie communiste. Mais malgré deux voyages à Moscou de Robeson et de sa femme, qui lui coûtèrent cher aux États-Unis puisqu’il refusa d’aider les Américains emprisonnés en URSS et nia l’existence des goulags, le projet ne put aboutir.

Lorsque Eisenstein revint dans sa patrie, beaucoup de choses avaient changé en URSS. Staline, dont le portrait tyrannique s'affichait sur toute une page de la "Pravda" en 1929, était désormais le maître incontesté de l’Union soviétique. La culture aussi en subit les conséquences. Ce fut la saison du "Réalisme soviétique" ou "Réalisme socialiste", inaugurée par la résolution du Comité central du PCUS le 23 avril 1932 appelée "Sur la reconstruction des organisations artistiques et littéraires". Tout devait être plié à la "doctrine". Il n’y avait plus de place pour la liberté et l’expérimentation. La première à en faire les frais fut la littérature. Le Parti se lança contre les "bourgeois" qui avaient rendu grande la saison des avant-gardes. Le 14 avril 1930, Maïakovski se suicide d’une balle dans le cœur.

La même évolution a eu lieu au cinéma. En 1930, pour diriger les nouvelles installations cinématographiques soviétiques, Soyuzkino, Ankino et enfin GUKF (la direction d’État de l’industrie cinématographique), est nommé Boris Choumiatski (Ulan-Udė, 16 novembre 1886 - Moscou, 29 juillet 1938). L’homme n’avait aucun mérite ni compétence cinématographique, mais il avait été compagnon d’exil de Staline en Sibérie. C’est avec cette nomination que commença l’action visant à discréditer Eisenstein. Dans un essai de Sergueï I. Anisimov, daté de 1931, le réalisateur était accusé de ne pas pouvoir montrer authentiquement son temps. L’année suivante, l’Encyclopédie Soviétique l’a appelé "un représentant de l’idéologie de la couche révolutionnaire de l’intelligence petite-bourgeoise, qui est prêt à suivre les traces du prolétariat". Pour Staline, Eisenstein, il était "un trotskiste sinon pire".

Aleksandrov, très opportuniste, commença à réduire les contacts avec le réalisateur et fut récompensé par Choumiatski lui-même. On lui proposa, en effet, la réalisation d’une comédie intitulée Vesëlye rebjata (Joyeux Garçons, 1934) supervisée par Staline lui-même. Le film fut un succès et lança en URSS un nouveau genre, la comédie satirique musicale, qui se développa rapidement grâce à la diffusion du son. Aleksandrov devint le maître de ce type de films et réalisa, entre autres, Cirk (Le cirque, 1936) une condamnation du racisme face à l’amour et au bonheur et Volga Volga (1938) sur l’affrontement, à travers deux orchestres, entre la vieille mentalité bureaucratique et la nouvelle initiative populaire. Les deux films sont interprétés par son épouse Ljubov' Orlova. Aleksandrov réalise également quelques longs-métrages sur la figure et l’œuvre politique de Staline, mais ne travaille plus avec Eisenstein.

Pas encore satisfait, Choumiatski, qui avait refusé les financements pour mettre fin à Que viva México!, commença à rejeter toutes les idées d’Eisenstein, y compris celles qui étaient en préparation, comme les MMM et Sa Majesté noire. Les critiques et les attaques se multiplient aussi dans les quotidiens et au réalisateur, rentré en URSS en 1932, il ne reste plus qu’à accepter le "déclassement" et à retourner enseigner la mise en scène à l’Institut d'État de Cinématographie (VGIK). Durant cette période, "Sa Majesté" écrivit d’importants textes théoriques, y compris un traité, jamais achevé, sur la mise en scène et la récitation de l’acteur.

La nouvelle doctrine du "Réalisme socialiste", née au Comité central du PCUS et adoptée par la littérature en 1934, fut formalisée dans le cinéma pendant le XV Anniversaire du cinéma soviétique, événement qui se tint à Moscou le 8 janvier 1935. Staline y envoya un message. Parlant pour le Parti, c’est Dinamov qui critiqua ouvertement Eisenstein pour son formalisme et pour ses expérimentations. Le cinéaste répondit en parlant de l’évolution et de l’état du cinéma soviétique, mais les autres réalisateurs prirent leurs distances. Le grand Dovjenko, toujours épris de Staline, pontifia : "Tes films [...] sont mille fois plus chers que tes théories. Ton film vaut plus que tes idées irréalisées et tes discours sur les femmes polynésiennes". Ce ne fut pas moins Pudovkine : "C’était une exposition assez nébuleuse : loin d’être claire". Le seul Koulesov eut le courage d’admettre : "Cher Sergueï Mikhaïlovitch! On ne brûle pas pour trop de culture, quand on brûle pour trop de jalousie".

Trois jours plus tard, au Théâtre Bolchoï, Staline décerna l’ordre de Lénine, la plus haute distinction, aux réalisateurs soviétiques. Pour Eisenstein, il n’y eut que des prix de quatrième ordre. Le metteur en scène ne se désagrégeait pas, démontrant une supériorité évidente, et déclara vouloir plus que tout le seul retour derrière la caméra.

L’occasion se concrétisa lorsque Aleksandr Rzheshevsky, réalisateur et scénariste qui avait déjà travaillé avec Pudovkin, proposa à Eisenstein un scénario qu’il venait de refuser de Boris Barnet. Le manuscrit était inspiré du recueil Zapiski ohotnika (Mémoires d'un chasseur) de Ivan Tourgueniev, spécifiquement au récit Bežin lug (Le Pré de Béjine), l’histoire vraie de Pavlik Morozov, le garçon-héros, qui s’est révolté et a dénoncé le père "koulak".

Le thème de la collectivisation des terres avait été abordé dans L’Ancien et le Nouveau d’Eisenstein, dans La Terre de Dovjenko et il était de retour sur le grand écran en 1934 avec Schast'e (Le bonheur), film qui rendit célèbre le réalisateur Alexandre Ivanovitch Medvedkine, mais qui a irrité les dirigeants du PCUS... c’était une comédie. Le Pré de Béjine vint considérée, en revanche, comme un soutien à la collectivisation des fermes et utile à la construction d’un jeune héros. Le projet a donc été approuvé par le Komsomol (Union de la jeunesse communiste léniniste de toute l’Union).

Le réalisateur, qui fit recours une fois de plus à des acteurs non professionnels, pour le rôle du jeune protagoniste, rebaptisé Stepok, auditionna deux mille enfants. Il choisit finalement Viktor Kartashov, âgé de 11 ans, frappé par la croissance asymétrique des cheveux et la pigmentation de la peau. Le tournage débuta le 5 mai 1935 et alterna entre les études de la Mosfilm de Moscou, de l’Ukraine et du Caucase. En septembre de la même année, le tournage subit un arrêt. Le réalisateur tomba malade de la variole. Pas encore complètement guéri, il retourna au travail en décembre et revint en février. Mais Choumiatski, en août 1936, lui ordonna de réécrire le scénario en l’accusant de formalisme, d’intellectualisme et même de mysticisme. Avec la collaboration de l’écrivain Isaak Babel, malvenu dans les milieux culturels "officiels", Eisenstein réécrit le scénario et recommence le tournage. En janvier 1937, le réalisateur tombe de nouveau malade à seulement deux semaines de travail de la fin du tournage.

L’histoire racontée était celle du jeune Stepok (Viktor Kartashov), pionnier d’une commune agricole, qui dénonce le père violent Samokhin (Boris Zakhava), partisan des koulak, comme auteur d’un incendie provoqué pour saboter la récolte de blé de la communauté. Le jeune homme se bat pour ses idées, mais finalement il est tué par son parent dans un fusillade.

Mais Eisenstein, comme cela avait déjà été le cas pour Que viva México !, ne réussit pas à terminer Le Pré de Béjine. Le 17 mars 1937, Choumiatski ordonne l’arrêt définitif du tournage du film. L’accusation était de ne pas affronter la lutte de classe, mais de développer une lutte élémentaire et presque biblique entre le bien et le mal. Deux jours plus tard, le réalisateur convoqua une conférence de cinéastes qui, dans l’intention de l’intéressé, aurait dû contrecarrer la décision de Choumiatski, mais aucun des participants ne prit la défense d’Eisenstein qui, le 5 avril, fut contraint, comme d’habitude à l’époque stalinienne, à faire "autocritique" devant la direction de la Mosfilm.

Le matériel tourné de Le Pré de Béjine, coûtant plus de deux millions de roubles, dépassait les cinq heures et, compte tenu des nombreuses modifications, il existait plusieurs versions du film. On ne les verra jamais. Il semble, en effet, qu’un incendie en 1942 à Mosfilm, au début de la Seconde Guerre mondiale, brûla la seule copie existante de Bežin lug, même si on ne comprend pas pourquoi la copie n’a pas été mise en sécurité, avec d’autres, au début de la guerre. En 1962, le réalisateur russe Sergei Ioutkevitch aidé par Naum Kleiman, monta des parties du film gardées jalousement par la femme d’Eisenstein, Pera Attacheva, et plusieurs photos de scène. Le résultat fut un "film photo" d’environ une demi-heure (apparemment il y a aussi une version de 70 minutes) dans laquelle on peut voir, une fois de plus, les dons du réalisateur : des émouvantes images de l’enterrement de la mère du protagoniste, tuée par son père, à la triste fin qu’elle voit le jeune Stepok aller à la rencontre de son père, lui arracher son fusil et mourir parmi ses compagnons.

L’homme qui a coûté au réalisateur le film et de nombreux autres projets, Boris Choumiatski, a aussi eu une mauvaise fin. Entre le 8 et le 9 janvier 1938, il est destitué de ses fonctions et arrêté pour avoir saboté le cinéma soviétique. Victime d’une purge stalinienne, il est condamné à mort et fusillé le 29 juillet.

Au contraire, une réhabilitation partielle d’Eisenstein commença. Si Lazare Moïsseïevitch Kaganovitch prononçait : "On ne peut pas faire confiance à Eisenstein. Il a encore balancé des millions de roubles sans rien nous donner [...] parce qu’il est contre le socialisme", le réalisateur fut défendu par Molotov et Ždanov. Le dramaturge Vsevolod Višnevski a admis qu’au Mexique et en URSS "de vrais crimes avaient été commis" et a imaginé avec le cinéaste deux films, malheureusement jamais réalisés : l’un sur la guerre civile espagnole, l’autre sur l’organisation de l’Armée rouge en 1917, d’après un ouvrage du même auteur intitulé "My - ruskij narod" ("Nous, peuple russe").

Mais c’est surtout Staline, bien conscient du talent d’Eisenstein, qui le défendit et lui donna une autre chance. Alors que les tensions grandissent avec l’Allemagne nazie et avec la volonté de promouvoir le culte de sa personnalité, en effet, le chef de l’URSS en janvier 1938 commanda à Eisenstein la réalisation d’un film biographique sur un condottiere russe capable au XIIIème siècle de vaincre les envahisseurs teutoniques, Alexandre Nevski.

Eisenstein commença à travailler sur le nouveau projet avec une nouvelle équipe, le seul Tissė, qui avait entre-temps assuré la photographie d’Aerograd (1935) dirigé par Dovženko, était resté à ses côtés. Pour la première fois, il dirige des acteurs professionnels. Staline prétend que le rôle du protagoniste est joué par Nikolaï Konstantinovitch Tcherkassov (Saint-Pétersbourg, 27 juillet 1903 - Moscou, 14 septembre 1966). La raison ? Simple : l’acteur était député du Soviet Suprême et pouvait donc "contrôler" le réalisateur. Mais Tcherkassov était aussi un grand interprète, élève de Stanislavsky, il avait été danseur, acteur sur scène et sur grand écran. À signaler Deputat Baltiki (Le député de la Baltique, 1937) de Iossif Kheifitz et Alexandre Zarkhi et Pëtr Perviy (Pierre le Grand, la première partie sortie en 1937, la deuxième en 1938), film monumental de Vladimir Petrov. Sans doute l’acteur le plus talentueux de son époque en Union soviétique.

Pour Alexandre Nevski, le réalisateur avec la méticulosité habituelle étudia et reconstruit une époque à travers des esquisses, préparées par lui-même, qui concernaient les costumes, les armures, les ornements. Il recréa, dans le torride juillet 1938, la bataille qui eut lieu le 4 avril 1242 sur le gelé lac Peïpous en utilisant des radeaux pneumatiques et de la glace artificielle.Cette scène, comme le rappelait Tissė, a été filmée "à la vitesse de huit à douze images par seconde, au lieu de vingt-quatre, pour souligner le rythme particulier dramatique de la bataille".

Avec le nouvel opéra Eisenstein, le film sonore (le premier film sonore en URSS est Putyovka v zhizn (Le Chemin de la vie), réalisé par Nicolaï Ekk en 1931. Mais les dialogues approuvés par le Parti étaient faux et propagandistes, donc Eisenstein décida d’enrichir le film avec de la musique, parfaite comme contrepoint aux images. Ces notes ont été spécialement et magnifiquement écrites par Sergueï Prokofiev (Sontsivka, 23 avril 1891 - Moscou, 5 mars 1953) compositeur extraordinaire, accusé comme le réalisateur, de formalisme. Les deux génies devinrent inévitablement amis.

Eisenstein a déclaré à propos du tournage du film : "J’étais profondément conscient de faire un film, qui était d’abord, et surtout, contemporain : la ressemblance était frappante entre les événements décrits dans les chroniques et les récits épiques et les événements de nos jours. En substance, si ce n’est pas dans la forme, les événements du treizième sont émotionnellement proches des nôtres. Et, dans ce cas particulier, aussi dans la forme. Je n’oublierai jamais le jour où, ayant lu dans un journal la féroce destruction de Guernica par les fascistes, je consultai des documents historiques et trouvai une description de la conquête de Guernica par les croisés".

Conclu cinq mois avant le délai fixé, Alexandre Nevski est présenté pour la première fois en public à Moscou le 23 novembre 1938, près de dix ans après le dernier film du réalisateur (L'Ancien et le Nouveau sortit en 1929).

En 1242, les chevaliers de l’ordre teutonique envahissent de l’ouest la Russie bouleversée par les incursions et les dévastations mongoles. Le prince Alexandre Nevski (Nikolaï Tcherkassov) est appelé par le peuple à organiser l’armée qui devra vaincre les Germains. Et tandis que deux soldats russes Vassili Buslaj (Nikolaï Okhlopkov) et Gavrilo Oleksich (Andreï Abrikossov) se disputent le cœur de la belle Olga Danilovna (Vera Ivachova), le condottière parvient à unir le peuple de Nogodorov et d’autres villes aux paysans pauvres de la campagne, pour vaincre dans une bataille épique l’ennemi étranger sur le lac Peïpous, le lac gelé qui s’effondre sous le poids des armures teutoniques.

Bien qu’ Eisenstein le considérait comme son film le plus superficiel et le moins personnel, ou peut-être pour cette raison, Alexandre Nevski fut le plus grand succès du public du réalisateur qui réussit à dessiner non seulement le profil du héros, mais aussi celui d’un peuple entier où le prince n’est pas simplement le souverain, mais une partie homogène... Peu importe si l’histoire ne s’est pas passée comme ça. Impressionnant la scène de la bataille sur la glace, bien 37 minutes de film, dans lequel la comparaison entre les deux armées (blanches et ordonnées les teutoniques, les noirs et les russes désordonnés, inversant les attributs classiques du bien et du mal) devient une comparaison abstraite des masses, des volumes et des lignes.

Aleksandr Nevski est le film qui réhabilite Eisenstein aux yeux de Staline, en évitant son isolement définitif, et, pour cette raison, le réalisateur remporte en février 1939 l’Ordre de Lénine et le Prix Staline.

Eisenstein conçut alors de nouveaux sujets. Il écrivit avec Alexandre Fadeïev Perekop qu’il reconstruirait la poursuite menée par Fruenze en 1920 pour attaquer les "gardes blancs" du baron Wrangel ; il reprend le film déjà projeté sur le condottiere ouzbek Tamerlan qu’il perfectionne avec l’écrivain Pyotr Pavlenko pour en faire une fresque sur l’histoire de l’Asie centrale appelée Bolchoï fergansky kanal (Le Grand Canal de Fergana). La musique fut de nouveau confiée à Prokofiev. Des inspections et des tournages furent effectués, mais le projet fut définitivement abandonné. Les images tournées ont été insérées dans un documentaire projeté le jour de l’ouverture du canal en septembre 1939.

Quelques semaines auparavant avait été signé le tristement célèbre Pacte Molotov-Ribbentrop, le traité de non-agression entre le Reich et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Le cinéma en subit les conséquences : Alexandre Nevski est retiré et sa projection interdite.

Par la suite, Eisenstein travailla sur un film sur le poète Alexandre Pouchkine, pour lequel il pensait, comme le montrent certaines annotations de mars 1940, à une utilisation expérimentale de la couleur qui éviterait tout le spectre pour se limiter à quelques couleurs, choisis en fonction des besoins expressifs. Puis il esquissa le scénario Delo Bejlisa (L’affaire Bejlis), tiré du texte théâtral homonyme de Šejnin, centré sur le procès de Menahem Mendel Beilis, accusé de meurtre, qui déclencha une violente vague d’antisémitisme en Russie impériale.

Le 21 novembre 1940, Eisenstein retourne au théâtre, portant sur la scène Die Walküre (La Valkyrie), la deuxième partie de Der Ring des Nibelungen (L’anneau du Nibelungen) de Richard Wagner. Mais un autre Allemand allait engager l’URSS. Hitler, en effet, ne maintint pas le "Pacte" et, à l’été 1941, attaqua l’Union soviétique. Aleksandr Nevski, après dix-huit mois d’oubli, revint dans les salles avec plus de vigueur qu’auparavant, devenant un authentique manifeste antinazi.

Isaac Babel (1930)

Isaac Babel (1930)

L’histoire racontée était celle du jeune Stepok (Viktor Kartashov), pionnier d’une commune agricole, qui dénonce son père violent Samokhin (Boris Zakhava), partisan des koulak, comme auteur d’un incendie provoqué pour saboter la récolte de blé de la communauté. Le jeune homme se bat pour ses idées, mais finalement il est tué par son parent dans une fusillade.

Mais Eisenstein, comme cela avait déjà été le cas pour Que viva México !, ne réussit pas à terminer Le Pré de Béjine. Le 17 mars 1937, Choumiatski ordonne l’arrêt définitif du tournage du film. L’accusation était de ne pas affronter la lutte de classe, mais de développer une lutte élémentaire et presque biblique entre le bien et le mal. Deux jours plus tard, le réalisateur convoqua une conférence de cinéastes qui, dans l’intention de l’intéressé, aurait dû contrecarrer la décision de Choumiatski, mais aucun des participants ne prit la défense d’Eisenstein qui, le 5 avril, fut contraint, comme d’habitude à l’époque stalinienne, de faire son "autocritique" devant la direction de la Mosfilm.

Le matériel tourné de Le Pré de Béjine, coûtant plus de deux millions de roubles, dépassait les cinq heures et, compte tenu des nombreuses modifications, il existait plusieurs versions du film. On ne les verra jamais. Il semble, en effet, qu’un incendie en 1942 à Mosfilm, au début de la Seconde Guerre mondiale, brûla la seule copie existante de Bežin lug, même si on ne comprend pas pourquoi la copie n’a pas été mise en sécurité, avec d’autres, au début de la guerre. En 1962, le réalisateur russe Sergei Ioutkevitch aidé par Naum Kleiman, monta des parties du film gardées jalousement par la femme d’Eisenstein, Pera Attacheva, et plusieurs photos de scène. Le résultat fut un "film photo" d’environ une demi-heure (apparemment il y a aussi une version de 70 minutes) dans laquelle on peut voir, une fois de plus, les dons du réalisateur : des émouvantes images de l’enterrement de la mère du protagoniste, tuée par son père, et la triste fin  où elle voit le jeune Stepok aller à la rencontre de son père, lui arracher son fusil et mourir parmi ses compagnons.

L’homme qui a coûté au réalisateur le film et de nombreux autres projets, Boris Choumiatski, a aussi eu une mauvaise fin. Entre le 8 et le 9 janvier 1938, il est destitué de ses fonctions et arrêté pour avoir saboté le cinéma soviétique. Victime d’une purge stalinienne, il est condamné à mort et fusillé le 29 juillet.

Au contraire, une réhabilitation partielle d’Eisenstein commença. Si Lazare Moïsseïevitch Kaganovitch prononçait : "On ne peut pas faire confiance à Eisenstein. Il a encore balancé des millions de roubles sans rien nous donner [...] parce qu’il est contre le socialisme", le réalisateur fut défendu par Molotov et Ždanov. Le dramaturge Vsevolod Višnevski a admis qu’au Mexique et en URSS "de vrais crimes avaient été commis" et a imaginé avec le cinéaste deux films, malheureusement jamais réalisés : l’un sur la guerre civile espagnole, l’autre sur l’organisation de l’Armée rouge en 1917, d’après un ouvrage du même auteur intitulé "My - ruskij narod" ("Nous, peuple russe").

Mais c’est surtout Staline, bien conscient du talent d’Eisenstein, qui le défendit et lui donna une autre chance. Alors que les tensions grandissent avec l’Allemagne nazie et avec la volonté de promouvoir le culte de sa personnalité, en effet, le chef de l’URSS en janvier 1938 commanda à Eisenstein la réalisation d’un film biographique sur un chevalier russe capable au XIIIème siècle de vaincre les envahisseurs teutoniques, Alexandre Nevski.

Eisenstein commença à travailler sur le nouveau projet avec une nouvelle équipe. Seul Tissė, qui avait entre-temps assuré la photographie d’Aerograd (1935) dirigé par Dovženko, était resté à ses côtés. Pour la première fois, il dirige des acteurs professionnels. Staline souhaite que le rôle de l'acteur principal soit joué par Nikolaï Konstantinovitch Tcherkassov (Saint-Pétersbourg, 27 juillet 1903 - Moscou, 14 septembre 1966). La raison ? Simple : l’acteur était député du Soviet Suprême et pouvait donc "contrôler" le réalisateur. Mais Tcherkassov était aussi un grand interprète, élève de Stanislavsky, il avait été danseur, acteur sur scène et sur grand écran. À signaler Deputat Baltiki (Le député de la Baltique, 1937) de Iossif Kheifitz et Alexandre Zarkhi et Pëtr Perviy (Pierre le Grand, la première partie sortie en 1937, la deuxième en 1938), film monumental de Vladimir Petrov. Sans doute l’acteur le plus talentueux de son époque en Union soviétique...

Pour Alexandre Nevski, le réalisateur, avec sa méticulosité habituelle, étudia et reconstruisit toute une époque à travers des esquisses, préparées par lui-même, qui concernaient les costumes, les armures, les ornements. Il recréa, dans le torride juillet 1938, la bataille qui eut lieu le 4 avril 1242 sur le lac gelé lac Peïpous en utilisant des radeaux pneumatiques et de la glace artificielle. Cette scène, comme le rappelait Tissė, a été filmée "à la vitesse de huit à douze images par seconde, au lieu de vingt-quatre, pour souligner le rythme particulier dramatique de la bataille".

Avec le nouvel opéra Eisenstein, le film sonore (le premier film sonore en URSS est Putyovka v zhizn (Le Chemin de la vie), réalisé par Nicolaï Ekk en 1931. Mais les dialogues approuvés par le Parti étaient faux et propagandistes, donc Eisenstein décida d’enrichir le film avec de la musique, parfaite comme contrepoint aux images. Ces notes ont été spécialement et magnifiquement écrites par Sergueï Prokofiev (Sontsivka, 23 avril 1891 - Moscou, 5 mars 1953) compositeur extraordinaire, accusé comme le réalisateur, de formalisme. Les deux génies devinrent inévitablement amis.

Eisenstein a déclaré à propos du tournage du film : "J’étais profondément conscient de faire un film, qui était d’abord, et surtout, contemporain : la ressemblance était frappante entre les événements décrits dans les chroniques et les récits épiques et les événements de nos jours. En substance, si ce n’est pas dans la forme, les événements du treizième siècle sont émotionnellement proches des nôtres. Et, dans ce cas particulier, aussi dans la forme. Je n’oublierai jamais le jour où, ayant lu dans un journal la féroce destruction de Guernica par les fascistes, je consultai des documents historiques et trouvai une description de la conquête de Guernica par les croisés".

Conclu cinq mois avant le délai fixé, Alexandre Nevski est présenté pour la première fois en public à Moscou le 23 novembre 1938, près de dix ans après le dernier film du réalisateur ("L'Ancien et le Nouveau" sortit en 1929).

En 1242, les chevaliers de l’ordre teutonique envahissent l’ouest de la Russie bouleversée par les incursions et les dévastations mongoles. Le prince Alexandre Nevski (Nikolaï Tcherkassov) est appelé par le peuple à organiser l’armée qui devra vaincre les Germains. Et tandis que deux soldats russes Vassili Buslaj (Nikolaï Okhlopkov) et Gavrilo Oleksich (Andreï Abrikossov) se disputent le cœur de la belle Olga Danilovna (Vera Ivachova), le chevalier parvient à unir le peuple de Nogodorov et d’autres villes aux paysans pauvres de la campagne, pour vaincre dans une bataille épique l’ennemi étranger sur le lac Peïpous, le lac gelé qui s’effondre sous le poids des armures teutoniques.

Bien qu’Eisenstein le considérait comme son film le plus superficiel et le moins personnel, ou peut-être pour cette raison, Alexandre Nevski fut le plus grand succès du public du réalisateur qui réussit à dessiner non seulement le profil du héros, mais aussi celui d’un peuple entier où le prince n’est pas simplement le souverain, mais une émanation du peuple... Peu importe si l’histoire ne s’est pas passée comme ça. Impressionnante, la scène de la bataille sur la glace, 37 minutes de film, dans lequel la comparaison entre les deux armées (blanches et ordonnées les teutoniques, les noirs et les russes désordonnés, inversant les attributs classiques du bien et du mal) devient une comparaison abstraite des masses, des volumes et des lignes.

Aleksandr Nevski est le film qui réhabilite Eisenstein aux yeux de Staline, en évitant son isolement définitif, et, pour cette raison, le réalisateur remporte en février 1939 l’Ordre de Lénine et le Prix Staline.

Eisenstein conçut alors de nouveaux sujets. Il écrivit avec Alexandre Fadeïev Perekop qu’il reconstruirait la poursuite menée par Fruenze en 1920 pour attaquer les "gardes blancs" du baron Wrangel ; il reprend le film déjà projeté sur le condottiere ouzbek Tamerlan qu’il perfectionne avec l’écrivain Pyotr Pavlenko pour en faire une fresque sur l’histoire de l’Asie centrale appelée Bolchoï fergansky kanal (Le Grand Canal de Fergana). La musique fut de nouveau confiée à Prokofiev. Des inspections et des tournages furent effectués, mais le projet fut définitivement abandonné. Les images tournées ont été insérées dans un documentaire projeté le jour de l’ouverture du canal en septembre 1939.

Quelques semaines auparavant avait été signé le tristement célèbre Pacte Molotov-Ribbentrop, le traité de non-agression entre le Reich et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Le cinéma en subit les conséquences : Alexandre Nevski est retiré et sa projection interdite.

Par la suite, Eisenstein travailla sur un film sur le poète Alexandre Pouchkine, pour lequel il pensait, comme le montrent certaines annotations de mars 1940, à une utilisation expérimentale de la couleur qui éviterait tout le spectre pour se limiter à quelques couleurs, choisis en fonction des besoins expressifs. Puis il esquissa le scénario Delo Bejlisa (L’affaire Bejlis), tiré du texte théâtral homonyme de Šejnin, centré sur le procès de Menahem Mendel Beilis, accusé de meurtre, qui déclencha une violente vague d’antisémitisme en Russie impériale.

Le 21 novembre 1940, Eisenstein retourne au théâtre, portant sur la scène Die Walküre (La Valkyrie), la deuxième partie de Der Ring des Nibelungen (L’anneau du Nibelungen) de Richard Wagner. Mais un autre Allemand allait engager l’URSS. Hitler, en effet, ne maintint pas le "Pacte" et, à l’été 1941, attaqua l’Union soviétique. Aleksandr Nevski, après dix-huit mois d’oubli, revint dans les salles avec plus de vigueur qu’auparavant, devenant un authentique manifeste antinazi.

Andréa Lauro, 25 mai 2021

 

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