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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 06:48
Bernard Thibault: il faut ouvrir le chantier pour gouverner autrement (interview à Médiapart)

Bernard Thibault: «Il faut ouvrir le chantier pour gouverner autrement» 23 avril 2016 |

Par Rachida El Azzouzi

Réunie en congrès à Marseille, la CGT a élu Philippe Martinez secrétaire général. Sa tâche la plus immense sera de rassembler une famille désunie, marquée par la crise de gouvernance et l'affaire Lepaon.

Entretien avec son ancien leader, Bernard Thibault, qui publie un livre sur l'Organisation internationale du travail (OIT) qu'il a rejointe en 2014 : La troisième guerre mondiale est sociale.

Philippe Martinez a été consacré, vendredi 22 avril, secrétaire général de la CGT, lors du congrès du syndicat à Marseille. Avec un score sans appel : 95,4 % des voix. Propulsé en catastrophe à la tête de la centrale de Montreuil en février 2015 à la suite du “séisme” Thierry Lepaon, contraint à la démission après les révélations sur son train de vie, c’est la première fois que le métallo, qui a fait sa carrière chez Renault, est élu dans le cadre du congrès. Mais ce n’est pas pour autant le signe que la famille CGT marche comme un seul homme derrière lui. Une liste alternative a d’ailleurs été portée contre son équipe. Le défi de son mandat (de trois ans) est immense : ressouder les rangs d’une CGT isolée, qui paie encore cher la succession ratée du « sphinx » Bernard Thibault en 2013, et la crise de gouvernance qui s’en est suivie, aggravée par l’affaire Lepaon. Durant quatre jours, pendant lesquels le gouvernement, Pierre Gattaz, la CFDT, la délégation du Parti socialiste mais aussi Thierry Lepaon qui devrait être recasé par l’exécutif, ont été copieusement sifflés, l’essentiel des débats a tourné autour de la mobilisation contre la loi sur le travail. Après des échanges vifs, les partisans (à l’extrême gauche de l’organisation) d’une grève générale reconductible à partir du 28 avril jusqu'à l'obtention du retrait du texte n’ont pas été suivis par la direction confédérale. Mais Philippe Martinez n’a pas fermé la porte : « La question de la reconduction de la grève, nous la poserons, les salariés la poseront, et ce sera plus évident à condition d’être nombreux, très nombreux pour les arrêts de travail. » « Observateur pas tout à fait neutre » de la CGT, Bernard Thibault, qui a dirigé pendant 14 ans le syndicat, aujourd’hui membre du conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail 3 (OIT), participait au congrès. L’occasion de présenter aux militants son livre La troisième guerre mondiale est sociale, une plongée au sein de l’OIT, cette institution onusienne méconnue aux moyens limités.

Entretien.

Depuis votre succession ratée, la CGT traverse une crise sans précédent. Comment vivez-vous cette période ?

La CGT a traversé une mauvaise passe du fait de problèmes inhérents à sa direction. Mais à Marseille, au congrès, j’ai vu une volonté de se remettre sur les rails. C’est normal, dans un syndicat qui veut fonctionner de manière démocratique, qu’il y ait une pluralité d’expression. Je suis admiratif des syndicats qui prétendent que tout le monde est d’accord sur tous les sujets. Je vois même des comportements très autoritaires pour remettre tout le monde dans la ligne officielle. Ce n’est pas comme ça qu’on fonctionne à la CGT. Le débat, la polémique ont droit de cité. Puis des majorités se dessinent. Forcément, après, on trouvera toujours des membres pas d’accord avec ce qu’a décidé la majorité. Le congrès est une étape utile pour une plus grande cohérence de l’organisation.

Mais vous ne pouvez ignorer les fractures et les querelles internes causées par cette crise de gouvernance que vous avez participé à créer en ne préparant pas votre succession…

Oui, on peut m’attribuer une part de responsabilité et je l’assume, mais on ne va pas refaire l’histoire. J’ai voulu, après quatre mandats de direction, organiser un débat ouvert pour choisir celle ou celui qui prendrait ma suite. Aucune personnalité ne s’est imposée et on s’est lancé dans une compétition entre plusieurs personnes, au point d’arriver à une absence de majorité totale. Vous connaissez la suite des événements…

La CGT pourrait perdre en 2017 sa place de première organisation syndicale de salariés au profit de la CFDT. Cela vous inquiète-t-il ?

Je ne mesure pas l’influence que peut avoir tel ou tel syndicat au regard des voix obtenues aux élections professionnelles, même si c’est important. La capacité de mobilisation, d’interférer sur le débat public, sont d’autres éléments pour mesurer la puissance, le poids d’un syndicat et en termes de mobilisation, il n’y a quand même pas tant d’organisations capables de mobiliser comme la CGT. Certes, nous n’avons pas assez travaillé sur notre implantation syndicale. Mais la tâche syndicale est difficile dans le monde entier. Nous ne sommes pas le seul syndicat en difficulté. Dans certains pays – nous n’en sommes heureusement pas là –, il est même très périlleux de s’engager syndicalement. Il n’y a pas de zone du globe où le mouvement syndical soit en développement.

Thierry Lepaon a essuyé critiques et sifflets lors du congrès, notamment parce qu’il devrait être nommé à la lutte contre l’illettrisme par le gouvernement … Que vous inspire ce parachutage ?

Je n’en sais rien et je n’ai pas de commentaire à faire si cette nomination se confirmait.

Campagne « irresponsable et médiocre », diffamation… En début de semaine, l’affiche de la CGT contre les violences policières a suscité l’indignation des syndicats de police et de la classe politique. Pour le secrétaire général du PS, Jean-Christophe Cambadélis, cette affiche illustre « la gauchisation » de la CGT. Vous êtes d’accord avec lui ?

Les réactions politiques et le buzz médiatique ont été disproportionnés. Quant au procédé, il est surprenant : le ministre de l’intérieur fait la publicité d’une affiche de la CGT qui figure sur un site internet d’un syndicat de la CGT et qui n’aurait jamais eu une telle visibilité ! Si un caricaturiste avait fait le même dessin, il n’y aurait jamais eu une telle agitation. Quel était l’intérêt du ministre, sauf à vouloir mettre en difficulté la CGT à la veille de son congrès ? Et pour répondre au premier secrétaire du Parti socialiste, la CGT ne se gauchise pas. C’est le Parti socialiste qui s’est droitisé.

La CGT a appelé en congrès « à amplifier la riposte », dès le 28 avril, par la grève et des manifestations pour obtenir le retrait de la loi sur le travail. Vous croyez à un CPE bis ?

Le congrès l’a réaffirmé. Il faut progresser dans la mobilisation. Tout peut encore basculer.

Comment avez-vous accueilli ce projet de loi sur le travail ?

J'ai été stupéfait. D’abord par le procédé : refondre brutalement le code du travail sans aucune forme de concertation préalable, au point même de brandir l’arme du 49-3 pour passer en force. Ensuite, par les différentes mesures. Je parle au conditionnel, car on ne sait plus ce que ce projet va contenir et parce que le retrait est encore possible. La redéfinition du licenciement économique est très inquiétante, tout comme la primauté donnée à l’accord d’entreprise au détriment de l’accord de branche ou encore le référendum d’entreprise, proprement scandaleux. J’ai milité en mon temps avec la CGT pour une réforme des règles de la représentativité car pendant très longtemps, les accords collectifs négociés dans les entreprises pouvaient être signés par un ou des syndicats même s’ils représentaient 5 ou 10 % des salariés. C’était antidémocratique. Aujourd’hui, on nous parle de référendum ! Si l’on transposait ce système dans la vie politique, cela voudrait dire que les représentants des partis minoritaires à l’Assemblée nationale, par exemple, auraient la possibilité d’organiser un référendum dans le pays sur une question donnée et que le résultat s’imposerait à la représentation politique majoritaire de l’Assemblée nationale. Les députés l’accepteraient-ils ?

Comment les débats autour du code du travail en France sont-ils perçus au sein de l’OIT ?

Ils ont une résonance internationale forte, car la France a une bonne réputation sociale à l’échelle du monde. Nous avons la sécurité sociale, quand 73 % de la population mondiale n’a pas de système de protection sociale. Nous avons un système de retraite par répartition, quand un travailleur sur deux dans le monde n’a pas de retraite. Nous avons le principe de l’allocation chômage, certes pour un peu moins d’un chômeur sur deux mais à l’échelle mondiale, seuls 12 % des chômeurs ont droit à une indemnisation. Ce qui se joue en France va au-delà de la problématique franco-française. Il y a une symbolique de la manière dont on conçoit l’économie de demain. Aucun pays ne peut faire la démonstration d’une relation de cause à effet entre son code du travail et le niveau de l’emploi. Si, comme le martèlent le patronat et le gouvernement français, le code du travail était facteur de chômage, les pays où il est inexistant – et ils sont nombreux, puisqu’un travailleur sur deux n’a pas de contrat dans le monde – connaîtraient le plein emploi. Non ! Là où les droits sociaux sont les moins élaborés, c'est la précarité et la misère extrême qui dominent.

Que pensez-vous du mouvement Nuit debout et des nouvelles formes de mobilisation, comme la pétition virale #Loitravailnonmerci, qui remettent en cause les modes d’action traditionnels des syndicats ?

Nuit debout est né le 31 mars, un soir de mobilisation syndicale avec des acteurs, des citoyens très différents. Ils le disent eux-mêmes, cette réforme, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’insatisfaction, de l’exaspération, de l’incompréhension à l’égard de la politique économique et sociale et ils se mettent à chercher d’autres réponses. Je trouve cela très positif. Quant à la pétition partie d’Internet, je l’ai signée et je trouve cela bien qu’il y ait d’autres canaux, d’autres méthodes, d’autres façons de s’exprimer en plus des syndicats. 75 % des salariés dans notre pays ne croisent jamais un militant syndical. Tout ce qui peut aider à la prise de conscience, à la sensibilisation, à l’action est bienvenu.

En 2012, vous aviez appelé à voter pour François Hollande… Vous le regrettez ?

Je ne regrette pas d’avoir appelé à en finir avec Nicolas Sarkozy, et peu dans les rangs de la CGT doivent regretter d’avoir été plutôt favorables à un changement de président de la République. Mais comme l’immense majorité de ceux qui ont contribué à cette élection, la déception, la frustration et l’incompréhension m’animent. En même temps, je pense qu’on a atteint les limites des institutions de la Ve République. Il faut ouvrir le chantier pour gouverner autrement, collectivement, rééquilibrer les pouvoirs. Si l’on ne modifie rien, tout le monde sera déçu par le prochain homme ou femme qui régira le pays France. La présidentielle est devenu le moyen de dire tous les cinq ans « on n’est pas contents », mais cela ne résout rien.

Vous publiez La troisième guerre mondiale est sociale, un livre sur l’Organisation internationale du travail que vous avez rejointe en 2014. Institution méconnue, c’est la seule où siègent des travailleurs du monde entier. Pourquoi ce livre maintenant, assorti de ce titre choc ?

Le mot « guerre » a un fort pouvoir d’interpellation et il révèle la situation sociale à l’échelle internationale. Le système économique actuel organise une mise en concurrence des travailleurs, qui provoque une grande dégradation des conditions sociales et des millions de victimes. 2,3 millions de travailleurs décèdent chaque année du travail, soit des accidents du travail, soit des maladies professionnelles. C’est bien supérieur aux victimes des conflits et des guerres à travers le monde. Par ailleurs, toute l’histoire de l’OIT est liée aux guerres. L’institution est née après la Première Guerre mondiale en 1919. L’ambition était de promouvoir la justice sociale pour éviter que les peuples ne résolvent les conflits par les armes. Cela n’a pas suffi. Il y a eu la Seconde Guerre mondiale. Elle a marqué une deuxième étape pour l’OIT avec, en 1944, la déclaration de Philadelphie incitant les États à aller plus loin dans la promotion de la justice sociale pour la paix entre les peuples.

Mais cent ans après sa création, l’OIT sert-elle à quelque chose, quand on voit comme ses normes internationales du travail sont reléguées à l’arrière-plan, bafouées à l’échelle de la planète et aucunement contraignantes ?

Devant la dégradation des conditions de travail à l’échelle mondiale, certains peuvent considérer que l’OIT n’a pas fait son travail. Si nous en sommes là, c’est parce que les États se sont éloignés de la mission première de l’OIT. Ils ont laissé des institutions prendre le pas, le G20, le FMI, l’OMC et bafouer les normes internationales du travail. Il faut des décisions politiques pour que ces normes sociales deviennent incontournables. Il n’est pas normal que des pays de l’Union européenne ne ratifient pas toutes les conventions internationales du travail. L’Espagne et la France en ont signé 130, la Lettonie, 40. Il n’est pas normal non plus que sous couvert de plans dits de redressement, en Roumanie, en Grèce, au Portugal, on ait autorisé la troïka à exiger des États de mettre entre parenthèses tantôt le droit du travail, tantôt les résultats des conventions collectives, le barème des retraites, pourtant négociés dans les pays.

Comment renforcer l’OIT ? Peut-elle vraiment faire progresser les droits sociaux ?

Il faut réhabiliter les normes, les élargir. Le centenaire de l’OIT en 2019 sera un rendez-vous important. Est-ce qu’on considère que l’institution est dépassée ou est-ce qu’on lui redonne de la vigueur, avec des outils correspondant à l’économie d’aujourd’hui ? Il faut être beaucoup plus exigeant dans les accords commerciaux entre les pays sur le respect des normes du travail. La question des multinationales est fondamentale. Elles façonnent toute l’économie mondiale. L’OIT en dénombre 500 000. Elles emploient 200 millions de travailleurs et indirectement, à l’échelle du monde, un travailleur sur cinq. Leur poids économique ne cesse de croître, au point que certaines ont une assise financière supérieure aux budgets de nombreux États. La catastrophe du Rana Plaza a marqué les esprits partout dans le monde. Le Bangladesh s’est engagé à mieux assumer sa mission de contrôle des normes du travail mais, objectivement, cela va prendre des années avant que son administration ne se dote d’un corps d’inspecteurs du code du travail, formés et indépendants. L’un des leviers, c’est de rendre les donneurs d’ordre, donc les multinationales, responsables des conditions sociales dans lesquelles leurs produits sont confectionnés. Si des jouets sont fabriqués par des enfants dans certains pays d’Asie, on doit pouvoir porter plainte contre cette multinationale car c’est contraire à une convention internationale du travail.

Mais pour cela, il faut des moyens de contrôle, de pression ?

C’est le combat que nous devons mener, mais il faut se rendre à l’évidence. Aujourd’hui, si l’OIT n’existait pas, il serait peut-être impossible de la créer et d’avoir une majorité de gouvernements la défendant. Nous vivons un monde où la loi du marché apparaît comme le moteur du progrès social alors qu’elle ne fait qu’accroître la précarité, les tensions, les conflits. Ce n’est pas un hasard si ce sont dans les pays européens que les droits sociaux sont les plus évolués et les plus menacés. C’est là que les combats syndicaux ont été les plus intenses. La norme qui prend le pas, c’est celle du non-droit. On est très loin de la déclaration de Philadelphie, qui consacre la primauté des impératifs sociaux sur les impératifs économiques et financiers. Veut-on réaffirmer cette déclaration ou laisser cette loi du marché accroître les inégalités et les dégâts sociaux ?

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 07:00
L'Humanité Dimanche du 28 janvier au 10 février 2016: Interview de Jean-Claude Mailly (secrétaire général de Force Ouvrière)

Extraits

Criminalisation des syndicalistes de Goodyear, condamnés à de la prison ferme, état d'urgence et réforme pénale:

"Lorsqu'on pratique un libéralisme économique exacerbé, cela s'accompagne souvent d'un autoritarisme social... Bien sûr, on ne conseille pas à nos équipes de retenir leurs patrons dans leur entreprise, mais quand cela arrive, cela veut dire que les salariés sont à bout, que la situation est complètement bloquée. Il ne faut en aucun cas accepter cette criminalisation de l'action syndicale.

Entre l'état d'urgence, la loi sur le renseignement, la future réforme pénale qui va court-circuiter le pouvoir judiciaire...ça commence à faire beaucoup! Nous ne sommes pas les seuls à nous inquiéter de cette dérive sécuritaire, la commission des droits de l'homme de l'ONU s'interroge aussi sur les conséquences délétères sur les libertés individuelles".

Emmanuel Macron a déclaré "La vie d'un entrepreneur est souvent plus dure que celle d'un salarié":

"C'est une forme de provocation. Je n'ai rien contre l'homme mais quand il dit tout cela, il est couvert au plus haut niveau. D'autres ont dû démissionner pour moins que ça... Je ne dis pas que les chefs d'entreprise de PME ne prennent aucun risque. Mais au fil du temps, en facilitant les procédures de licenciement ou en précarisant le travail, on transfère de plus en plus les risques de l'activité économique sur les salariés. Quand vous n'avez qu'un CDD d'un mois, essayez donc de trouver un logement".

Que pensez-vous du rapport de la commission Badinter qui prépare le terrain à la future refonte du Code du travail?

"Ce rapport est surtout un catalogue de grands principes, il reste maintenant à savoir ce que le gouvernement en fera. Mais on peut d'ores et déjà pointer plusieurs ambiguïtés potentiellement dangereuses. Sur le temps de travail, la commission Badinter indique que la durée "normale" du travail est déterminée par la loi, que les accords peuvent y déroger? Au niveau de la branche ou de l'entreprise? Si c'est cette dernière option qui est retenue, la rémunération des salariés risque d'en faire les frais: c'est justement dans l'entreprise que la pression exercée sur les syndicats est la plus forte et que le chantage à l'emploi est monnaie courante. Quant au niveau de la majoration des heures supplémentaires, la commission ne dit rien. Le taux minimum restera t-il à 25% ou élargira t-on les dérogations? Autre ambiguïté, la relation entre accords collectifs et contrat de travail. Nous considérons que le contrat de travail, signé entre le salarié et le patron, ne peut pas être modifié sans avis du salarié. Aujourd'hui, par exemple, lorsqu'un salarié refuse une baisse de rémunération dans le cadre d'un maintien de l'emploi, il est licencié pour motif économique. Qu'en sera t-il demain? L'accord collectif s'imposera t-il au salarié? La commission Badinter laisse la porte ouverte à des dérives.

Que proposez-vous pour lutter efficacement contre le chômage?

"Selon nous, il y a trois priorités.

Tout d'abord la question de la demande. Combien de chefs d'entreprise se plaignent avant tout de l'insuffisance de leur carnet de commandes? Favoriser la demande passe par une hausse du pouvoir d'achat, à travers les deux leviers d'action dont dispose le gouvernement: la rémunération des fonctionnaires - je rappelle que le point d'indice est gelé depuis 2010 - et le SMIC... Pour notre part, nous revendiquons à terme un salaire minimum équivalent à 80% du salaire médian (soit un peu plus de 1700 euros brut).

Deuxième priorité, revisiter les aides publiques aux entreprises. Le pacte de responsabilité, c'est 41 milliards d'euros distribués la dernière année du quinquennat - et 100 milliards en tout - sans aucune contrepartie. Personne ne peut mesurer l'effet sur les emplois créés, c'est du gaspillage d'argent public. Est-ce utile que des multinationales réalisant plusieurs milliards d'euros de bénéfices puissent toucher le CICE? Il faut, en fonction d'une stratégie industrielle décidée par l'Etat, cibler ces aides et conditionner".

Troisième priorité: une politique de l'emploi doit reposer sur le soutien à l'investissement public. Son recul public se fait au détriment de l'activité. La baisse des dotations aux collectivités territoriales, qui assument 70% de l'investissement public, a affaibli le secteur des travaux publics ou de la construction, provoquant la perte de 10 000 emplois. Et je rappelle que le pacte de responsabilité, c'est 50 milliards d'euros de réduction de la dépense publique".

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 17:06

Questions à Patrick Le Goas, ex salarié à Gad Lampaul Guimiliau, syndicaliste FO et élu du personnel.

 

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Qui est responsable selon toi de la crise de l'agro-alimentaire breton et des licenciements en série?

Le principal responsable, c'est le dumping social, organisé par le gouvernement Merkel en Allemagne et par la dérèglementation qu'ont imposée les libéraux en Europe pour mettre en concurrence les travailleurs.

Ensuite, il y a la mauvaise gestion des patrons de l'agro-alimentaire qui ont voulu faire un maximum de profits pour un minimum d'investissements. On gave les actionnaires et on fait suer le burnous. Beaucoup de salariés de l'agro sont des bretons ruraux qui veulent rester vivre au pays et sont souvent (mais pas toujours) peu diplômés, la moitié peut-être des salariés sont arabes, blacks, asiatiques. Des gens qui n'ont pas le choix, qui acceptent de prendre des boulots « de merde » sous-payés. Ou qui acceptent la précarité et d'être mieux payés en intérim: 1300€ pour un CDI, 1800€ pour un intérimaire. J

usqu'à quand? Maintenant, on a de nombreux exemples d'entreprises agro-alimentaires bretonnes qui pour augmenter leurs profits emploient des travailleurs roumains détachés, gérés par des agences d'intérim, des prestataires de service étrangers domiciliés en Roumanie, à Malte ou à Guernesey.

Chez Jean Floch, on sait qu'il y a des roumains qui bossent pour 800€, sans avoir la couverture de la protection sociale française. On les rapatrie chez eux s'ils sont victimes d'un accident du travail, en s'évitant la déclaration à la médecine du travail.

 

Qu'est-ce qui n'a pas été fait pour sauver les emplois dans l'agro-alimentaire finistérien, et notamment les 850 emplois de Gad?

Tout d'abord, il y a une mesure que les syndicats réclament depuis longtemps et qu'aucun gouvernement n'a eu le courage de mettre en œuvre: c'est une traçabilité des fonds publics investis dans les entreprises privées. Si on n'avait réinvesti par exemple ne serait-ce que la moitié des restitutions perçues par Doux ou Tilly (avant peut-être l'arrivée de Sauvaget) dans l'outil de travail local et l'investissement productif, on n'en serait pas là. Au lieu de cela, Doux a fait des opérations financières au Brésil, et l'actionnaire s'est gavé d'argent public européen. Il y a deux ans, nous avons fait en tant que responsables syndicaux de GAD le tour de différents représentants politiques pour alerter sur le risque encouru à Gad avec la mauvaise gestion de la CECAB et les problèmes d'approvisionnement en cochon et de concurrence déloyale allemande.

Rien n'a été fait: ni par Agnès Le Brun, ni par les responsables PS.

Au niveau européen, il y a tout de même l'avancée récente de l'instauration d'un SMIC en Allemagne. Mais le gouvernement, Sapin et Le Foll en tête, avait, pour ce qui concerne GAD, la possibilité de faire pression sur la CECAB au niveau fiscal, au niveau du respect des conventions collectives, et par exemple de faire entrer l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) dans l'entreprise. Cela n'a pas été fait. La CECAB, qui a clairement bafoué la déontologie du mouvement coopératif, a pu compter sur des administrateurs judiciaires efficaces: des malfaisants qui se payent sur la misère des gens pendant le redressement judiciaire.

Pour ma part, j'aurais voulu qu'une réappropriation de l'abattoir par les ouvriers puisse se faire, ainsi que notre avocat, Maître Brun, en avait formé le projet. Mais il n'y a pas eu d'adhésion générale du côté des équipes syndicales: les gens se demandaient si leur argent ne serait pas menacé dans un tel cas... L'individualisme est bien ancré dans les têtes.

 

Qu'en est-il de la situation actuelle des salariés licenciés à Lampaul Guimiliau?

 

850 salariés ont été licenciés. La majorité conteste les licenciements et adhère à une association d'ex-salariés de Gad qui les aide à faire valoir leurs droits: nous avons 600 adhésions à l'association pour 380 dossiers constitués. Les avocats sont très confiants tant d'un point de vue réussite que financier. Pour ce qui est du premier bilan du reclassement, il n'est pas aussi bon.

Pour des gens qui ont toujours travaillé dans la viande, la remise en cause psychologique est énorme. Le marché de l'emploi est quasi nul en Finistère. Pour beaucoup, la perspective, c'est de devoir travailler à plus de 100 km. A ma connaissance, une trentaine du salarié à retrouvé du boulot (CDI, CDD, intérim), une trentaine d'autres est partie travailler à Gad Josselin, mais je doute que Gad Josselin tienne longtemps car l'usine n'est pas adaptée à la nouvelle donne d'approvisionnement en cochons. Elle est incapable d'absorber la production de Prestor, dont le président, Guillaume Roué, qui était l'actionnaire minoritaire de GAD Lampaul, commence à manifester des signes de lassitude... Comme les éleveurs qui perdent de l'argent car les cochons engraissent trop...

Pour le reste des licenciés, qui ont accepté le CSP (le contrat de sécurisation professionnelle), la situation est plus délicate. Ces licenciés ne sont pas considérés comme des chômeurs mais comme des stagiaires de Pôle Emploi, ce qui permet de ne pas les comptabiliser dans les chiffres du chômage.

Pour leur plan de formation, Pôle Emploi sous-traite avec des cabinets de reclassement privés aux méthodes plus que douteuses.

Pour vous donner un exemple, je connais un jeune collègue motivé pour devenir grimpeur-élagueur qui avait besoin d'une formation d'élagueur et d'un permis remorque/ poids lourd. On lui a répondu: « vous n'obtiendrez certainement pas les deux »...

Tous les licenciés de GAD se voient confrontés à des changements d'interlocuteurs tout le temps: normalement, il y aurait dû avoir un référent, un formateur unique pour X salariés victimes du plan social, et pas plus, pour garantir efficacité du reclassement. Mais le recrutement dans ces boîtes se fait à la petite semaine. C'est du n'importe quoi! Le sous-préfet de Morlaix Mr Loos doit superviser tout cela et nous allons lui dire ce qui cloche... Pour l'instant, nous avons reçu une écoute très attentive de sa part et il a été soucieux d'éviter que les choses s'enveniment avec les forces de l'ordre pendant le conflit. Cela a permis d'éviter des épisodes comme ceux de Josselin ou de Rennes.

Le problème, pour beaucoup d'ex salariés, c'est que la cellule de reclassement a mis trop de temps à se mettre en route pour qu'ils puissent accéder à la formation de leur choix cette année, les formations durant souvent 8 mois. Or, à partir de novembre 2014, les salariés ne toucheront plus que 53% de leur salaire en indemnité.

Il reste également 25 élus du personnel non licenciés qui attendent la décision de l'inspection du travail qui nous a dit que tous les licenciements étaient illégaux en droit mais qu'il y avait la barrière de la chose jugée, puisque un juge du commerce avait donné son avis favorable vis à vis du plan de continuation de la CECAB. L'inspectrice du travail refusera les licenciements de ces 25 élus, dont je fais parti.

 

Que penses-tu du mouvement des Bonnets Rouges?

 

Je pense beaucoup de mal du mouvement des « benêts rouges »...

Beaucoup de salariés sans arrière-pensée politique se sont retrouvés dragués, endoctrinés par des représentants Bonnets Rouges, voire gros Bonnets Rouges, ceux du patronat breton: je pense par exemple à Mr Glon, qui a mis en place le label « Produit en Bretagne » et qui se trouve à la tête du think tank breton régionaliste de droite Locarn, un réseau d'influence qui rêve d'une Europe fédérale de la concurrence entre les régions. On voit ce que ça donne en Belgique: aujourd'hui, c'est tout pour les Flamands, rien pour la Wallonie, les premiers gouvernés par l'extrême-droite tandis que la Wallonie l'est par une gauche tiède et molle.

 

Quelles répercussions vois-tu à la crise de l'agro et au mouvement des Bonnets Rouges dans les mois et les années à venir?

 

Le discours ambiant des salariés perdus sans cause qui arborent les Bonnets Rouges, c'est « essayons Marine Le Pen ». On a plus grand chose à perdre. Même des salariés syndiqués s'apprêtent à voter Le Pen. Il faut dire qu'il y a tant de poison distillé par les médias, et une telle absence de perspectives. Le racisme progresse dans ces périodes de crise et de tension sociale. A partir du moment où on a su que l'entreprise était en difficulté, on a pu observer des querelles motivées par la xénophobie à l'abattoir, chose qu'on ne voyait jamais auparavant. Il est urgent de faire la démonstration que les idées du FN sont des impasses totales et qu'une gauche de courage est capable de changer le rapport de force au profit des salariés.

 

Tu es candidat de la liste du Front de Gauche à Morlaix? Pourquoi t'engages-tu en politique?

 

Après le conflit à GAD, je mesure bien les limites de l'engagement syndical pour changer les choses dans le fond et pas sur une seule bataille. Les dérives du dumping social, de la dérèglementation, les attaques contre les droits des salariés, la financiarisation de l'économie sont autant de décisions politiques néo-libérales et réactionnaires qui ont un impact majeur sur la vie des gens.

Dans le contexte actuel, je vois surtout le Front de Gauche résister à ces logiques et tenter d'en imposer de nouvelles, favorables aux droits des salariés et aux conquêtes sociales. On souhaite des élus pour légiférer.

En tant qu'anarcho-syndicaliste, je me suis posé la question de mon engagement sur une liste aux municipales. Mais c'est fondamental de faire avancer des mesures d'urgence pour sauver l'économie et l'emploi en Bretagne comme ailleurs en France.

Par exemple, nationaliser les banques. Ramener ces messieurs les banquiers à leur fonction première: le développement économique et non pas l'engraissement de la finance avec des transactions virtuelles. Il faut par exemple interdire la spéculation sur les céréales: des cargaisons de blé peuvent changer quatre fois d'acquéreurs sans bouger de place... C'est dans ce sens là que je me sens bridé en n'étant que syndicaliste.

Si le projet de la CECAB a abouti, c'est aussi la responsabilité d'une banque, le Crédit Agricole, qui est tellement liée à la CECAB que si elle coulait, tout le Crédit Agricole, morbihanais d'abord, breton ensuite, se serait trouvé dans les pires difficultés. Cela veut dire pour les particuliers: plus d'accès au crédit, plus de facilités de paiement. On aurait pu croire qu'avec la crise de l'agro-alimentaire breton, les banques coopératives et mutualistes aient des gestes « commerciaux » vis à vis des populations et des salariés ayant perdu leur gagne-pain. Il n'en est rien!!!

 

Propos recueillis par Ismaël Dupont.

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 14:08

Ancien dirigeant de la FSU, membre du Front de gauche, le syndicaliste Gérard Aschieri est également membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese). 

 

Comment caractériseriez-vous le climat politique actuel ?

Gérard Aschieri. Nous avons une société en crise sous toutes ses formes, morale, politique et économique, on sent qu’il y a beaucoup de désespoir et pas de solution collective qui apparaisse comme crédible, les gens se précipitent sur le local, sur des batailles à court terme, pas toujours justes d’ailleurs. On voit bien la perte de confiance totale dans la capacité du politique à faire bouger les choses. Le Front de gauche lui-même n’est pas parvenu à convaincre de la crédibilité de ce qu’il propose. Ce qui est très frappant, c’est le discours « on a tout essayé sauf l’extrême droite », symptomatique à la fois d’une perte de repères et d’une perte de crédibilité. Cela devrait tous nous interroger, car se contenter de dénoncer sans se poser la question de notre propre responsabilité, à gauche, c’est rater quelque chose.

 

Cette perte de repères, la voit-on à travers ces manifestations où patrons et salariés défilent ensemble, malgré des intérêts divergents ?

Gérard Aschieri. Ça peut paraître anormal, voire scandaleux, mais une fois que l’on a dit ça, on n’a rien dit… La question est : pourquoi, par exemple, la politique de rigueur se traduit par le refus de l’écotaxe en Bretagne ? Dans cette affaire, la taxe n’était pas exempte de critiques, c’est sûr, mais en faire l’alpha et l’omega de la bataille qui unit à la fois ceux qui sont responsables de la crise et ceux qui la subissent, ça interroge : pourquoi ce ne sont pas nos solutions qui rassemblent ?

 

La marche du 1er décembre n’est-elle pas un élément de réponse à cette question, sur laquelle l’ensemble du Front de gauche se retrouve ?

Gérard Aschieri. Certes, mais nous ne serons crédibles que lorsque nous nous poserons la question des alliances à construire pour rendre possibles les alternatives. Je ne prends pas part aux débats sur les alliances aux municipales, mais je trouve que c’est la caricature du débat qu’on devrait avoir et que nous n’avons pas.

 

Comment traiter cette question de l’élargissement des forces ?

Gérard Aschieri. Nous n’obtiendrons pas seuls les changements profonds que nous voulons, et il faut se poser la question des forces avec lesquelles on va le faire en dehors du Front de gauche dans ses contours actuels. Il faut penser en termes nouveaux cette question, au-delà même de l’alliance entre partis. Ce que j’ai trouvé intéressant dans les débuts du Front de gauche, c’est la possibilité pour des gens qui ne sont pas membres d’un parti d’être partie prenante de ce mouvement. C’est vrai que le débat électoral rend difficile pour ces gens-là la possibilité de trouver une place, cependant, j’ai le sentiment que ça se perd un peu, qu’on patine.

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 19:14

 

Parole de syndicaliste: Philippe Le Roy, agent de maîtrise et électricien à la ville de Morlaix, syndicaliste CGT

 

Le Chiffon Rouge: Peux-tu nous dire quelles sont les raisons du mouvement revendicatif que les agents municipaux de la ville de Morlaix ont initié depuis plus d'un mois (préavis de grève reconductible, blocage de la cuisine centrale, entretiens avec les élus pour dénouer la situation de crise)?

 

Philippe Le Roy: Ces actions d'interpellation ont été engagées principalement par rapport au manque de personnel et de reconnaissance au travail. Au service menuiserie, il manque un agent (on est passé de 3 à 2 agents suite à la nomination d'une personne comme responsable qui n'a pas été remplacée). A la voirie, il manque aussi un poste: un agent décédé n'a pas été remplacé. Au service des sports, il manque deux postes: 2 départs non remplacés (un départ en retraite, un autre décédé l'an passé). Dernièrement, une personne en CDD a été priée par le Directeur Général des Services de rester à la maison du jour au lendemain, sans préavis.

A la cuisine centrale, en raison de la perte du marché de Saint-Pol et de communes de Morlaix Communauté qui ont fait le choix de commencer à travailler avec des cuisines privées, on va perdre 4 emplois probablement: dont 2 CDD qui pourraient ne pas être renouvelés à la fin juin.

Les relations avec le Directeur Général des Services et les élus ne sont pas fameuses. On nous impose l'austérité à travers le non remplacement des départs, le non renouvellement des CDD, la réduction des effectifs qui nous impose une surcharge de travail.

Les gens qui passent des examens en vue d'obtenir une promotion et qui l'obtiennent se voient refuser leur nomination aux postes de responsabilité auxquels leur réussite à l'examen leur donnait droit, sur des critères subjectifs, à la discrétion des responsables qui promeuvent « à la tête du client ».

 

Le Chiffon Rouge: Avez-vous des revendications au niveau des rémunérations? Où en êtes-vous sur ce point?

 

Philippe Le Roy: Les salaires ne sont pas élevés, principalement en raison du blocage du point d'indice décidé depuis des années au niveau national dans le cadre de la politique de rigueur. Nous demandons une amélioration du régime indemnitaire: actuellement, par rapport à la grille indiciaire de base des agents territoriaux, nous avons 139€ en plus par mois, contre 450€ par mois environ à Morlaix Communauté, mais nous avons un 13ème mois, contrairement à ce qui se passe pour les agents de Morlaix Communauté ( 650€ en juin et en novembre: cela fait 108€/mois en plus environ à l'année). Même avec cela, les salaires sont bas car toute une partie des agents plafonne au SMIC. Avec 1200€ par mois, il est difficile de se payer une mutuelle à 50€, ce pourquoi beaucoup d'agents n'ont pas de mutuelle. Nous avons donc une autre revendication forte: que la mairie de Morlaix participe au financement de mutuelles pour ses fonctionnaires territoriaux. C'est désormais possible avec la nouvelle législation. Le 14 mai, nous avons un rendez-vous avec le Directeur Général des Services à ce sujet et je suis particulièrement chargé de ce dossier parmi les élus CGT.

 

Le Chiffon Rouge: Comment décrirais-tu le climat social à la ville de Morlaix?

 

Philippe Le Roy: Il n'est pas terrible. Les gens sont tendus par rapport à un encadrement pas bon du tout. La communication est difficile entre les « chefs » et les agents à la base. C'est chacun dans son coin. Il y a une cassure. La relation de confiance n'existe plus. Depuis un moment, les gens étaient à bout: on peut le comprendre quand, par exemple, un responsable refuse des congés à ses gars sans justification. Le management n'est pas bon. Des petits chefs, qui se montrent durs et mettent sous pression les employés, disent qu'ils sont obligés de faire ce qu'on leur dit de faire. « On m'a dit de choisir son camp », ai-je entendu de la part de l'un d'entre eux: pourtant, ils sont aussi fonctionnaires, et le service public ne peut pas fonctionner sans l'implication et la motivation de la base. Nous n'avons pas assez de matériel pour fonctionner dans mon service: la mairie a fait des appels d'offre pour le renouveler, mais on attend toujours... Les personnels ne sont pas suffisamment consultés, pour prendre en compte la faisabilité technique des choses, dans les prises de décision, comme pour le choix des illuminations de Noël. Pour l'instant la mairie de Morlaix, en dehors des travaux, n'a pas fait le choix de l'externalisation de services auprès du privé. C'est heureux, mais nous sommes vigilants pour l'avenir.

L'exécutif municipal a une responsabilité importante par rapport à l'amélioration du climat social, des conditions de travail et à la satisfaction des revendications justes des agents. Jusqu'à présent, en dehors du blocage de la cuisine centrale et de quelques débrayages, il n'y pas eu de mouvement de grève effectif engagé, mais nous maintenons notre préavis de grève car nous voulons être écoutés. Le 16 mai, il y a un CTP, et nous pourrons faire le point sur les premières réponses apportées par la mairie.

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:22

C'est un homme obstiné, d'une détermination peu banale, qui travaille trois ou quatre heures par jour pour s'informer tout azimut, monter des dossiers, des argumentaires, interpeller les élus et ses camarades vendeurs colporteurs de presse. Cela fait sept ans que Fabrice Clémenceau, qui connaît son sujet sur le bout des ongles et se montre un militant passionné de la cause des VCP, est vendeur et livreur indépendant travaillant pour le Télégramme. Ayant débuté sa carrière professionnelle dans les Travaux Publics, il a commencé à assurer les livraisons de journaux pour avoir un salaire d'appoint en parallèle de son métier de pompiste à Pleyber-Christ. C'était un peu dur de travailler 35 heures et la nuit en plus, 7 jour sur 7, et il a décidé à l'époque de faire du boulot de VCP son unique occupation professionnelle alors que pour une partie des VCP, ce travail est perçu comme un complément de retraite ou de salaire. Depuis plusieurs années maintenant, il anime et initie la lutte des VCP pour améliorer leurs conditions de travail.

 

Le Chiffon Rouge: quelles sont vos conditions de travail en tant que VCP?

 

Fabrice Clémenceau: Je gagne environ 900 euros par mois (ceux qui ont le plus de clients et les meilleurs pourcentages peuvent avoir un peu plus de 1000 euros) en me levant tous les jours à 1h45 et en rentrant chez moi à 7h, et en occupant une demi-journée par mois à remplir les factures et les papiers en lien avec mes clients et mes livraisons. A cela, il faut enlever environ 250€ par mois d'essence utilisée pour le travail (un plein toutes les semaines), sans compter l'entretien du véhicule (frein, amortisseur, révision, usure...) et l'assurance. Sur une année complète, on peut très certainement enlever 300 à 350€ de frais à ces 900 €: vous pouvez constater vous-mêmes ce qui reste. On est payé sur le nombre de journaux livrés: on touche environ 13 centimes par journal vendu au client 85 centimes d'euros. On a également une indemnité de 13 centimes par kilomètre effectué, alors que la base fiscale oscille entre 34 et 40 centimes. Le Télégramme, contrairement au Ouest France qui emploie 80% de livreurs salariés, ne travaille qu'avec des VCP indépendants.

Les travailleurs indépendants dits " vendeurs colporteurs de presse" exercent sous plusieurs statuts différents, sans vrai contrat de travail, dans la précarité la plus totale. Ils sont 32000 en France et 700 à travailler pour le Télégramme (12 rien que sur Morlaix), dont ils réalisent 80% des ventes (le reste étant assuré par la grande distribution, les maisons de la presse).

Ils sont obligés à une assiduité sans faille, ils travaillent 364 jours par an, la nuit entre 1h et 8h, par tous les temps... Ils n'ont aucun repos légal, aucune vacance, ni dimanche, ni jour férié.

Ils ont environ 3 à 4 heures de livraison par nuit mais ils doivent aussi compter quelques heures gratuites en plus le jour pour téléphoner aux clients, organiser les tournées, encaisser les factures, interrompre provisoirement des abonnements, tous ces frais de gestion étant à leurs charges, comme l'avancement des impayés des clients. Ils sont payés environ 8,50€ de l'heure, sans compter l'amortissement de la voiture, soumise à rude épreuve, et ne peuvent  donc toucher ni indemnité maladie, ni congé payé, ni chômage. Quand ils ont besoin d'un remplaçant pour assurer leur tournée en cas d'absence contrainte ou volontaire, ils doivent débourser 30€ pour lui par jour, avec une indemnité maladie de 2/3€. Sur les 25€ par mois que fournit un client au Télégramme pour son abonnement, le VCP ne touchera que 3,50€.  

Beaucoup de ces VCP ont par nécessité un deuxième boulot la journée (ou le métier de VCP est lui-même un appoint à un premier travail pas assez rémunérateur), car ils ne parviennent évidemment pas à vivre sur les seules commissions, indemnités kilométriques et pourcentages (dépendant du nombre de journaux à distribuer et du nombre de kilomètres à réaliser: entre 15 et 21%) liés à la distribution des journaux: certains travaillent à 35h pour la distribution de la publicité où ils sont tout aussi mal payés par les grosses entreprises qui ont aussi des liens avec les journaux (Adrexo avec Ouest-France, Mediapost avec le Télegramme), d'autres travaillent dans des entreprises de nettoyage, soit dans des emplois tout aussi précaires.

Ils peuvent avoir une prime de prospection de 30 euros pour un nouveau client trouvé, mais ceux-ci ne courent pas les rues, et la plupart du temps, c'est l'éditeur qui leur assigne leurs tournées.

La protection sociale, jusqu'à présent, est très très défaillante. On a 2 à 3€ la journée quand on est en arrêt maladie et le remplaçant qu'il nous faut trouver nous coûte 30 à 35%. Du coup, la plupart des VCP continuent à travailler malades.

Le calcul des trimestres de cotisation pour les retraites est basé sur le nombre de journaux vendus. De fait, les VCP n'ont que 1 trimestre et demi ou 2 trimestres validés par année. Ils n'ont actuellement que des droits à la retraite ouverts à 67 ans et sont bien souvent condamnés au minimum vieillesse. Pour améliorer leurs pensions de retraite, les VCP réclament de pouvoir cotiser au réel et non sur une base forfaitaire. Cette mesure ne coûterait rien à l'Etat.

L'URSAFF permettrait qu'on cotise au réel, 4 trimestres par an. Mais souvent les éditeurs de presse ne veulent pas.

 

Le Chiffon Rouge: quelles sont vos revendications?

Fabrice Clémenceau: De l'Etat, les VCP attendent une prise en charge de leurs absences pour raisons de maladie par des indemnités journalières dignes de ce nom leur permettant de payer le remplaçant.

Pour les dimanches et les jours fériés, ils réclament une prime identique pour les VCP à la hauteur de 8€.

Comme d'autres travailleurs indépendants, ils veulent un droit à bénéficier d'une récupération de la TVA payée:

- sur le carburant, en prenant en compte le nombre de kilomètres parcourus dans l'année pour la livraison et le prix moyen annuel du carburant multiplié par 19,6%.

- sur l'achat du véhicule, car il est anormal qu'ils payent une taxe sur leur seul outil de travail.

Les VCP attendent aussi une meilleure protection contre le licenciement: actuellement, les éditeurs peuvent se passer d'eux entre 48h et 15 jours, ce qui est un formidable moyen de pression. Les VCP doivent aussi pouvoir cotiser aux Assedic pour bénéficier d'une indemnité chômage, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Plus immédiatement, les VCP du Télégramme attendent un relèvement des indemnités kilomètriques de 13 à 20 centimes d'€ le kilomètres, sachant qu'ils travaillent avec leurs voitures, bonnes à changer au bout de 4-5 ans, dont les frais d'entretien augmentent, les disques et les roues s'usent, sachant aussi que l'indemnité kilométrique au Ouest France est de 20 centimes d'€ le kilomètre, à Médiapost de 39 centimes du km, et que c'est encore inférieur au forfait fiscal standard pour remboursement des frais de transport aux salariés.

Depuis 2009, une aide directe au portage a été donnée par l'Etat aux groupes de presse - et ainsi le Télégramme a récupéré 8 millions d'euros d'aide d'Etat en 3 ans, mais cette aide n'a aucunement été redistribuée au VCP. Certains éditeurs de presse ont embauché, mais en réduisant les tournées des VCP déjà installés, ce qui a créé une nouvelle perte de pouvoir d'achat pour eux.

Sarkozy voulait de l'embauche comme contrepartie aux aides d'Etat: les éditeurs ont coupé les tournées en deux ou les ont amputé d'un tiers, ce qui leur a permis d'embaucher à moindre frais, en rognant sur le pouvoir d'achat des VCP déjà installés. Une tournée de 300 clients, ils l'ont ramené à 200. Les VCP qui ont travaillé pendant des mois à récupérer des clients alors qu'on leur en a enlevé d'autres d'autorité et du jour au lendemain, l'ont eu mauvaise. C'est ça qui est ambigü et désaventageux dans notre statut: nous avons tous les désavantages du travailleur indépendant mais un lien de subordination réel existe avec notre éditeur de presse, en l'occurrence le Télégramme, qui décide de nos tournées, de nos clients....

Augmenter les revenus des VCP du Télégramme n'a sans doute pas été la priorité de l'entreprise qui a préféré investir dans Tébéo ou dans des nouveaux locaux à Brest.

La solution optimale et la plus protectrice pour les VCP du Télégramme serait probablement d'obtenir pour ceux qui le souhaitent un statut de salariés. Le Télégramme y avait pensé à un moment mais s'était ravisé car des études avaient montré que cela lui coûterait plus cher. Les salariés y trouveraient toutefois une toute autre sécurité professionnelle avec un droit à bénéficier de conventions collectives, de contrats de travail, de protections contre le licenciement, le chômage, pour la retraite et les congés-maladie. Ils pourraient peut-être même à terme exiger qu'on leur fournisse des véhicules.

Avant cela, nous avons fait des propositions plus immédiatement réalisables au Télégramme avec qui nous sommes en négociation depuis le 13 mars, des mesures qui ne coûtent rien ou presque, sur lesquels nous demandons que le Télégramme se prononce: participer à la négociation pour fournir une mutuelle à moindre coût pour ses 700 VCP, prendre un partenariat privilégié avec un garage afin de baisser de 20 à 30% le coût de l'entretien de la voiture pour les VCP.

 

Le Chiffon Rouge: quel est ton parcours au niveau syndical et où en êtes-vous de vos démarches de revendication et de sensibilisation pour que votre situation s'améliore?

Fabrice Clémenceau: Au départ, j'étais plutôt proche de la CGT. Au Télégramme, il existait un syndicat CGT des VCP dont j'étais le secrétaire général. On était entre 15 et 20 adhérents.

Mais au Télégramme, il existait un syndicat CGT des VCP. J'y ai adhéré: on était entre 15 et 20 adhérents.

J'ai quitté ce syndicat à la suite de divergences d'opinions sur les actions à mener. Moi, je voulais qu'on aille plus loin dans les actions: qu'on aille voir un avocat pour voir si on ne pouvait pas lancer une procédure pour que le Télégramme nous reverse une partie de ses exonérations de charge patronale, qu'on aille au ministère de la culture, qu'on engage un bras-de-fer avec la direction.

Les VCP syndiqués étaient d'accord pour engager les frais au nom du syndicat pour que l'avocat lance les poursuites judiciaires qu'il pensait parfaitement gagnables mais le bureau de mon syndicat n'a pas suivi. J'ai été un peu écœuré et j'ai décidé avec quelques autres de monter un syndicat indépendant des vendeurs colporteurs de presse où l'on fonctionne sur un principe de consultation de tous en permanence, de mobilisation constante pour nos propres intérêts en tant que VCP.

Au début, ce syndicat que j'anime recrutait seulement au Télégramme mais l'ambition à toujours été de l'élargir aux VCP d'autres titres de presse désormais des VCP de Sud-Ouest et d'un autre journal du midi s'apprêtent à nous rejoindre.

L'Etat nous reconnaît comme un interlocuteur national et nous invite à la table des négociations et des discussions sur l'avenir de la presse. Nous sommes logés à la même enseigne que la FILPAC-CGT.

Notre travail trouve là une première récompense. Il faut dire que nous avons multiplié les démarches pour obtenir des rencontres sur la base de la transmission d'éléments solides.

J'ai été reçu deux fois par Marylise Lebranchu (le 12 octobre 2011 et le 21 mai 2012), une fois par Agnès Le Brun (le 7 juin 2012), une fois à la préfecture avant une opération escargot (le 8 mars 2012), deux fois par le ministère du travail à Paris ( 12 avril et 14 novembre 2012), deux fois par le ministère de la culture (8 décembre 2012 et 1er mars 2013), une fois au cabinet du Premier Ministre (3 octobre 2012). Le prochain rendez-vous, c'est en avril à l'Elysée, auprès de collaborateurs du Président Hollande. A chaque fois, nous allons à Paris avec nos deniers personnels et nous faisons l'aller-retour dans la journée pour pouvoir prendre le service dans la foulée. C'est éreintant, cela représente beaucoup d'investissement pour nous, mais nous avons une détermination partagée et sans faille. Je sais qu'on ira jusqu'au bout et qu'on va y arriver. Déjà, à force de "harceler" les décideurs par mails et téléphone, on finit par être écouté. Il ne faut pas être complexé. Notre situation est inacceptable. Il faut que ça se sache et que ça change car on ne peut tolérer une telle exploitation, une telle précarité. On travaille bien ensemble: tout se décide collectivement - les contacts, les manifs, les actions. Malheureusement, beaucoup de VCP ont peur pour leur emploi, peur de se faire virer, peur pour leur pouvoir d'achat, et comme on ne se connaît pas tous et que nous avons parfois des situations distinctes, il n'est pas évident de se mobiliser très fortement et nombreux. Mais ça finira par se faire, et là, ça pourra aller loin.

Aujourd'hui, j'ai bon espoir qu'une nouvelle charte des VCP soit signée, plus intéressante et protectrice pour nous, au niveau national à l'occasion de la réorganisation de l'économie de la presse. On m'a donné des éléments tendant à penser qu'il y allait avoir des choses de débloquées dessus. Par contre, il faudra toujours se battre pour que cette nouvelle charte que nous attendons tous soit appliquée au niveau du Télégramme.

 

 Entretien réalisé le 24 mars 2013.

 

 

 

JOURNAL REGIONAL DE FRANCE 3

Colporteurs de presse cherchent statut

Ils travaillent 362 jours par an pour livrer les quotidiens aux abonnés dès le petit matin. Salariés pour l'URSSAF, travailleurs indépendants pour les impôts... leur statut hybride les handicape.

  • Par Antonin Billet, publié le 30/03/2013
Fabrice livre chaque matin environ 250 exemplaires du Télégramme aux abonnés du quotidien.
Fabrice livre chaque matin environ 250 exemplaires du Télégramme aux abonnés du quotidien.
 
 
Dans notre reportage vidéo, nous suivons Fabrice qui livre chaque matin environ 250 exemplaires du quotidien le Télégramme. Il travaille 362 jours par an : pas de jours fériés ni de congés payés. Sa journée de travail commence vers 2h du matin pour s'achever vers 7h.

Sa paie : entre 14 et 20 centimes d'euros par journal livré. Cela lui fait un salaire d'environ 900 euros par mois.

Côté protection sociale, cela n'est pas terrible : l'une de ses collègues qui avait pris dix jours d'arrêt maladie a touché... 28 euros !

Pour défendre sa profession et lui donner un vrai statut, il se rendra le 10 avril prochain à l'Elysée.

 

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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 07:36

Le Chiffon Rouge: Est-ce que tu peux nous décrire un peu le profil et l'historique de ton entreprise?

 

Notre entreprise- Narvik à l'origine- a été créée par René Gad, le maire de Lampaul Guimiliau, en 1988. Cela a été une entreprise familiale jusqu'en 1997. Elle a été ensuite revendue à Serge Pasquier, de Cholet. Il n'avait pas dans ses entreprises agro-alimentaires d'entrée de gamme: on s'est mis alors à faire des blinis, des surimis, alors qu'on était spécialisée auparavant dans la préparation du saumon. Pasquier a introduit une façon de travailler qui axait sur la maîtrise, la responsabilisation, le sentiment d'appartenance à un groupe: on nous a fait visiter les usines Pasquier de La Rochelle. C'était un peu du management à l'américaine.

Puis il y a eu la crise du saumon en 2000. Celui-ci s'achetait à un prix très élevé. Pasquier a délocalisé la fabrication des blinis et des surimis à Cholet et nous a laissé une dette de 3 millions d'euros.

En 2001, nous avons été rachetés par Gilles Charpentier, président de Meralliance-Armorik à Quimper, producteur de saumon. Du coup, ça faisait deux sites de production (c'est à dire découpe, préparation du saumon acheté en Norvège): à Quimper et à Landivisiau. En 2004, Charpentier a licencié ou proposé des reclassements à 12 personnes et a rapatrié l'atelier de production à Quimper.

A landivisiau, on préparait des plats traiteurs et leur Expédition. Aujourd'hui, et depuis 2009, on ne fait que du conditionnement et de l'expédition des produits fabriqués à Quimper et en Pologne.

En 2008, il y a eu un Plan Social avec pour motif invoqué la mise en conformité de l'installation frigorifique aux nouvelles normes interdisant en décembre 2014 l'utilisation du gaz Fréon dans ces systèmes, l'investissement n'étant pas économiquement faisable selon la direction sur les deux sîtes de Quimper et Landivisiau.

Charpentier a voulu que 56 salariés en CDI rejoignent le site de Quimper. Deux ont accepté: tous les autres ont refusé.

Heureusement, grâce à un dispositif gouvernemental expérimental et spécifique pour lequel le bassin de Morlaix, sinistré économiquement et socialement, était éligible, plusieurs salariés ont pu se reconvertir – ce qu'ils ont souvent perçu comme une aubaine - grâce à un CONTRAT DE TRANSITION PROFESSIONNELLE (CTP). Pendant un an, ils recevaient 80% de leur salaire net et ils pouvaient accéder à des formations longues.

Ils étaient COACHES dans le cadre du CTP. Les collègues se sont toutes recyclées dans d'autres métiers: assistance maternelle, infirmière, etc. Il faut dire que certaines avaient déjà une formation de base qui les disposait à cela plutôt qu'à devenir ouvrière dans l'agro-alimentaire et le saumon. C'était nettement mieux pour mes collègues de changer complètement de métier en se formant et en acceptant un départ volontaire que, en cas de suppression d'emploi avec une indemnité licenciement minime de se voir proposer de poste que chez Kritsen, le concurrent à Landivisiau, ou à Gad. Quand on vient de l'agro, on ne veut pas forcément y retourner: on sait qu'il y a peu d'avenir dans l'agro et le métier est usant et sous-payé.

Quand on leur a dit qu'elles pouvaient complètement se réorienter, les salariés, des filles souvent, avaient une autre vision du reclassement.

Il n'y a donc pas eu de manifestations, les gens en avaient ras-le-bol. Ils perdaient leur savoir-faire, on ne savait pas si les investissements froid seraient faits et sans ça on ne pouvait plus fonctionner; ils ont choisi de prendre le CTPt pour aller dans d'autres secteurs moins pénibles où ils sont mieux reconnus. La direction savait que les personnes adhéraient au CTP et était moins encline à faire des propositions de reclassement dans le PSE. On a aussi négocié des départs anticipés FNE pour les salariés de +55 ans qui étaient pris en charge par l'Etat jusqu'à leur retraite.

Depuis, il y a un an, on a voulu nous faire changer de nom: passer de « Narvik » à « Meralliance » puisqu'on n'était plus qu'une plate forme d'expédition pour l'ensemble du groupe Meralliance. Derrière des montages juridiques le « simple changement de nom » visait à supprimer l'historique de Narvik. Nous avons demandé l'assistance d'un expert CE. Car puisqu'on changeait de statut juridique on repartait à zéro: tous les acquis tombaient. On a négocié un accord de transfert de tous les accords d'entreprise Narvik et des avantages individuels et collectifs vers la nouvelle société. On craignait aussi d'être revendu plus facilement à d'autres logisticiens.

Depuis peu, on change encore, on nous intègre dans une structure France comprenant Meralliance Logistique Landivisiau, Meralliance production armoric Quimper et Meralliance. La direction veut se developper au niveau européen. La Pologne produit les premiers prix, Esco en Ecosse rachetée l'an passé produit avec ses 340 salariés du frais vendu en Angleterre.A Armoric Saumon fumé Quimper, il y a 340 salariés; en Pologne 120; à Esco en Ecosse 340; et à Landivisiau 70 titulaires et à peu près 100 personnes à travailler avec les intérimaires. En 2004, on était 300 salariés sur le site de Landivisiau. On a perdu 200 salariés depuis.

 

Le Chiffon Rouge: Comment ont évolué vos conditions de travail?

 

Il faut savoir que les conditions de travail sont dures. Les gens sont cassés par le boulot, les troubles musculo-squelettiques, les tendinites. On fait des gestes répétitifs port charges, au froid, qui font travailler les épaules, les coudes, le dos, et qui nous esquintent au bout du compte... Si l'on se plaint et revendique des améliorations, la direction répond qu'elle va automatiser.

Aujourd'hui, on est six par lignes. Quatre sur l'automatique. Avec l'évolution de l'automatisation, on pourrait rapidement perdre des emplois. En logistique, ça peut aller très vite. En production, cela exigeait un savoir-faire qui ne s'acquiérait pas en cinq minutes: on mettait des tranches de saumon sur des plaques, il fallait répartir les saumons coupés en grande tranche, apprécier le poids et l'aspect de chacune, les répartir sur la plaque afin d'avoir un rendu uniforme, esthétique, correspondant au cahier des charges établi sans pertes.

En 2008, on nous a enlevé notre métier: on reçoit désormais des produits déjà préparés de Quimper et de Pologne.

On ne fait plus que du sur-conditionnement et de l'expédition. Il n'y a plus de savoir-faire très loin à avoir. C'est pourquoi, depuis le plan social de 2008, la boîte n'a jamais embauché autant d'intérimaires. Il y a des gens qui sont là 18 mois durant à temps plein: on les maintient dans la précarité sans leur offrir de CDI.

Certains préfèrent rester en intérim plutôt que d'être titularisé. Ils gagnent plus (surtout qu'ils sont quasi assurés d'un boulot à plein temps vu la gestion douteuse des contrats entre agence intérim et ML (délai de carence pas identique à tous...). Selon eux, ils peuvent avoir 2000 euros/mois: or, un CDI ne vous donne qu'à pleine plus que le SMIC grâce à l'ancienneté et aux primes diverses.

 

Moi, je suis élue du personnel depuis 20 ans J'ai été élue en 1994 déléguée syndicale. J'ai à peu près le double de boulot avec les mandats CE CHSTT et une direction éloignée pas disponible. Aujourd'hui, quasiment tout se passe par mail mais il faut faire encore plus de boulot personnel pour ne pas se faire dépasser par la direction qui ne demanderait pas mieux et laisser passer des choses.

Mon rôle, tel que je le conçois, est la défense des droits des salariés, de maintenir les emplois et d'obtenir des CDI pour que le recours à l'intérim ne soit pas normalisé quand il occupe l'activité normale de l'entreprise. La direction reconnaît pourtant qu'elle risque la requalification du CDI mais les salariés ne contestant pas, cela persiste. C'est pourquoi je me suis battue parfois sans être comprise des collègues.

 

Le Chiffon Rouge: Quelle est la proportion d'hommes et de femmes parmi les salariés? Il y a t-il des fonctions très différentes dans l'entreprise?  

 

C'est moitié-moitié, par contre parmi les caristes, les précaires, il y a plus d'hommes. Les métiers manuels, à la production, quand il s'agissait de placer les tranches, étaient davantage réservés aux femmes. Aujourd'hui, il y a un petit clivage entre les jeunes de 40 ans et moins qui ont toujours fait de l'expédition depuis qu'ils sont ici, et les femmes de 55 ans et plus qui étaient à la production, qui ont perdu leur métier, sont affaiblies parce qu'elles ont été soumises pendant des années à des cadences en ligne très éprouvantes physiquement. La direction ne se dispense pas de faire plutôt passer les anciennes pour des gens qui refusent le changement. La production, c'était pénible physiquement mais plus intéressant que l'expédition d'un côté, car moins répétitif, plus complexe. Aujourd'hui, nous ne faisons pas un métier dit « basique » selon la direction, sans touche personnelle apporter. Pour autant, ce que je dis aux collègues, c'est que nous n'avons aucune raison de nous dévaloriser. Nous sommes ouvrières et nous devons être fières de l'être. C'est un métier dur, utile, et qui, en plus, ne nous définit pas. Pourquoi est-ce que nous aurions à rougir d'exercer ce métier là?

 

Le Chiffon Rouge: Quelles conséquences pourrait avoir la ratification de l'ANI – l'accord dit de « sécurisation de l'emploi » MEDEF-CFDT-Gouvernement – sur une entreprise comme la tienne?

 

C'est une bombe.

L'ANI, dans un contexte très tendu et avec des personnes comme celles-là, repliés sur leurs intérêts personnels c'est une bombe. Les gens finiraient vite par se tirer dans les pattes car il y a déjà des « jalousies » sans être en plan social. Qu'est-ce que les compétences? Comment peut-on les juger équitablement. Je ne me vois négocier un plan social dans ces conditions.. Les gens entre eux risquent de se tirer dans les pattes: « qu'est-ce vous faites vous, vous n'avez pas de compétences » … Avant, on avait des critères objectifs pour fixer l'ordre des licenciements qui donnaient moins lieu à l'arbitraire: âge, ancienneté dans le poste, situation de famille, situation de handicap qui vous rajoutait des points. Maintenant, la situation de handicap n'est plus considérée: les gens qui ont contracté au boulot des troubles musculo-squelettiques seront doublement pénalisés et ce seront probablement les premiers licenciés.

L'ANI prévoit aussi de transformer le mode d'information des élus du personnel: ils ne pourront plus demander à voir les documents qu'ils veulent, ils auront accès à une banque de donnée globale, où la direction mettra ce qu'elle veut, ce qui l'arrange. Ma crainte, c'est qu'il n'y ait rien dans cette information accessible à tous et tout le temps.

On a peine déjà à avoir des infos.

On va nous enfumer avec l'équivalent des power-points consensuels, lisses et optimistes qu'on diffuse en CA: on ne saura plus rien des mauvais coups qui se préparent. Or, les élus ne peuvent rien faire sans les documents. Ils ont besoin d'une vision économique de ce que l'entreprise est en train de faire. Ils peuvent se faire aider par des experts à condition d'avoir accès aux documents réellement significatifs. Aujourd'hui, le code du travail garantit aux représentants du personnel l'accès aux documents à la demande et selon une procédure très réglée. Demain, avec l'ANI, on risque de n'avoir que des données expurgées, alimentées par les employeurs en fonction de leurs intérêts: on aura un écran, plus d'écrits. Et plus de temps pour le faire comme on veut correctement puisque l'accord met en place des délais pré-fixés et l'expertise sera aux frais du CE donc limité.

De la même manière, avant, un plan social, c'était très réglementé. Désormais, le plan social sera facilité pour l'employeur. Même si les difficultés économiques invoquées sont de l'ordre du prétexte, l'employeur pourra faire avaliser un accord prévoyant des régressions sociales sous la menace de la suppression d'emplois.

Lors de notre plan social de 2008, Charpentier avait invoqué qu'il ne pouvait pas investir sur deux sites en même temps (à Quimper et à Landivisiau) pour se mettre aux nouvelles normes froid industrielles dans la branche froid proscrivant au niveau des chambres froides l'utilisation du fréon. En même temps, ils auraient pu anticiper et faire des travaux. Ils ne l'ont pas fait, ils ont attendu qu'on se rapproche de l'échéance: ça leur a servi de prétexte.

Avec l'ANI, il sera difficile pour les syndicaux de contester en justice des prétextes pour licencier et pour réduire les droits des salariés: seule comptera la menace de la suppression d'emplois permettant aux employeurs de conclure des accords régressifs sous la contrainte.

Chez nous, l'ANI va certainement faciliter les mobilités forcées. Déjà, l'entreprise joue sur la polyvalence et le changement de poste régulier pour éviter les tendinites. C'est une polyvalence imposée. L'entreprise a utilisé 90000€ de fonds de formation professionnelle pour payer un programme de lutte contre les TMS. Un formateur validé par la CRAM afin qu'il revoit l'organisation du travail pour éviter les troubles musculo-squelettiques a établi une « cartographie de la douleur » des différents postes et fait des préconisations en conséquence pour modifier les postes et changer des choses à l'organisation. Les salariés n'ont pas eu leur mot à dire comme ils le souhaitaient. Les salariés sont dépossédés du sens de leur travail et on ne les consulte pas vraiment pour trouver les moyens d'améliorer leurs conditions de travail. L'intervenant extérieur, ça été une caution pour la direction afin de ne pas écouter les salariés.

L'intervenant extérieur, validé par la CRAM, ça été une caution pour la direction car on débutait la négociation pénibilité au travail et sa responsabilité sur la dégradation de la santé par le nombre de TMS relevés était engagée. Elle a aussi profité pour mettre en place la polyvalence imposée qui limite les recrutements nécessaires sans augmenter la masse salariale.

 

De la même manière, le délai pour poursuivre un employeur aux prud'hommes est raccourci et passe à deux ans et non plus cinq ans. On sécurise la situation de l'employeur déjà en position de force: on facilite les abus et les entorses au droit du travail. On désarme les salariés et le code du travail déjà très souvent bafoué en raison de la faiblesse des effectifs de l'inspection du travail et de la difficulté des salariés à faire valoir leurs droits.

Les indemnités lors d'un plan social seront certainement revues à la baisse: ce sera un forfait à prendre ou à laisser, quelque soit la faute ou l'irresponsabilité de l'employeur.

Avec l'ANI, il n'y aura plus non plus de compensations, de majorations pour les salariés à temps partiel à qui on demande de faire des heures supplémentaires pour s'adapter à l'évolution des commandes. Cela concerne beaucoup de salariés, chez nous, surtout des femmes, qui vont ainsi perdre du pouvoir d'achat. Nous avons beaucoup de temps partiels choisis chez nous (des gens qui travaillent aux 4/5, à 80%): demain, ils n'auront pas le choix de déterminer leur temps de travail, ils n'auront pas de majorations quand ils travaillent davantage.

 

Le Chiffon Rouge: Est-ce que l'environnement économique de votre entreprise vous semble rassurant pour les salariés de Narvik Meralliance?

 

Nous ne sommes pas à l'abri d'une nouvelle crise du saumon avec une augmentation fulgurante des prix de la matière première comme en 2003. Déjà, depuis le début de l'année, la matière première a pris 1€ le kilo. Or, les clients pour lesquels nous travaillons, toutes les grandes enseignes de grandes distributions – système U, Casino, Leader Price, Leclerc... - tirent au maximum sur les prix pour accroître leurs marges.

Il y a souvent des appels d'offre. Certains imposent la suppression des étuis. Comme nous travaillons au conditionnement avec étuis, cela impacte directement notre emploi s'ils font ce choix.

La mode en matière d'emballage, de conditionnement, est versatile: cela dépend des tendances marketing, des nouvelles exigences des consommateurs. Comme nous travaillons au conditionnement, nous pourrions perdre notre emploi dans ces conditions. Il faut aussi prendre en compte l'arrivée de l'éco-taxe qui conduirait à 6% d'augmentation des frais de transport et l'augmentation des cours du pétrole. Augmentation qui pourrait difficilement être refacturée au client.

Dans le contexte actuel, ça nous met en danger. En même temps, peut-être qu'en 2008 cela aurait dissuadé Charpentier de centraliser la production à Quimper pour nous envoyer les produits finis pour le conditionnement et l'expédition en justifiant à chaque fois des déplacements de marchandises entre Quimper et Landivisiau.

Nous pouvons aussi craindre la concurrence des autres entreprises: notre concurrent historique Kritsen, Marvin Harvest vient d'acheter le géant polonais MORPOL et depuis ainsi le leader mondial du saumon. MORPOL s'est installé en Bourgogne avec l'appui du conseil général et un financement public conséquent il y a peu, et qui casse tous les prix depuis (cf: http://www.tracesecritesnews.fr/actualite/morpol-batit-une-usine-pour-ses-saumons-en-saone-et-loire-17746).

 

Propos recueillis le 17 mars 2013. Nos remerciements chaleureux à Danielle Guyot.

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 16:34

 

Frédéric L'aminot, délégué du personnel CGT à Celtys Landivisiau (Queguiner)

 

Le Chiffon Rouge: Est-ce que tu peux nous décrire le profil et la situation de ton entreprise, la conjoncture qu'elle traverse et les conditions de travail de ses salariés actuellement?

 

Fréderic L'aminot: Queguiner, c'est un groupe de 1000 salariés repartis sur toute la Bretagne, avec quatre boîtes indépendantes dans le groupe, de telle sorte que les difficultés des unes n'empiètent pas forcément sur les autres: Leader Mat, Queguiner Transports, Queguiner matériaux, Celtys. Queguiner a aussi tendance à racheter les boîtes qui vont mal pour endiguer la concurrence: Vézo, Bleunven à Plabennec, Jacques à Henvic. C'est à Celtys Landivisiau que je travaille: on fabrique et on vend des produits en béton, béton de résine et composite, béton prêt à l'emploi.

Il y a 230 CDI dans la boîte mais depuis quelques années on préfère embaucher des CDD plutôt que des CDI. On est passé de 50 intérimaires à 20, ce qui est un signe que les commandes ont tendance à se réduire un peu. On paie dans une certaine mesure la crise du bâtiment, la soumission des collectivités aux mesures de rigueur qui génèrent une baisse des travaux publics et de voirie, mais inversement, on a bien bénéficié ces dernières années pour amortir les conséquences de la crise financière des aides européennes aux agriculteurs pour qu'ils adaptent leurs bâtiments d'élevage aux nouvelles normes « bien-être animal ». Qu'est-ce que cela va donner maintenant que ces aides s'interrompent et que la crise s'intensifie? Je ne sais pas.

Il faut aussi prendre en compte la mise en place de l'écotaxe sur le carburant: les entreprises bretonnes, la nôtre en particulier, en raison de la péninsularité de notre région et de son enclavement, risquent de payer assez cher le passage à cette fiscalité écologique. On a évalué les dépenses supplémentaires à 150000€/ an pour la boîte. En même temps, cette prise en compte des enjeux environnementaux est aussi positive, par elle-même et pour l'entreprise. La boîte travaille plus propre, se lance dans l'écologie, la récupération des déchets, leur recyclage (déchets reconcassés, réutilisés). De plus en plus, il y a des clients qui prennent en compte des critères sociaux et écologiques.

On est loin de la situation de crise absolue de 2008, quand on avait viré tous les intérimaires. C'est en 2008 quand est passé de 37h à 35h car il n'y avait pas assez de commandes, donc de travail: on était sur notre dos pour nettoyer l'atelier, entretenir les talus... Car il n'y avait rien d'autre à faire. On s'était mis au 37h suite à un référendum interne quelques années avant à l'issue duquel cette option l'avait emporté. Perso, j'aurais préféré à l'époque qu'on reste aux 35h avec une augmentation de salaire. Depuis le retour au 35h, la productivité a augmenté, mais si entretemps on est repassé aux 37h. On est passé d'une entreprise familiale et paternaliste où chacun se sentait respecté quand le travail était fait à un groupe avec les méthodes de management peu humaines répandues aujourd'hui dans les grosses entreprises: pression constante sur les temps, nécessité d'aller toujours plus vite pour gagner plus d'argent, rendre productif par la pression, la peur, la culpabilisation. Ce sont des petits jeunes sortis de leurs écoles qui donnent des ordres et recadrent des salariés qui ont 15 ou 20 ans de boîte. Si t'a mal fait le ménage, on t'envoie direct une lettre à ton poste. Les jeunes ont tellement peur de tomber dans la dépression suite à la pression de leurs cadres qu'on parvient à en syndiquer beaucoup plus. On vient de loin mais en 3 ans, alors qu'il n'y avait pas de syndiqué CGT à Celtys, on a fait 20 adhésions. On bien devant la CFDT qui compte 5 syndiqués. Et encore, il y a beaucoup de sympathisants qui hésitent encore à prendre leur carte. Quand les cotisations syndicales donneront droit à un crédit d'impôt, l'an prochain, on devrait encore augmenter le nombre de syndiqués. Toutefois, la syndicalisation reste minoritaire: les plus anciens ne sont pas habitués, les gens se taisent, ont peur: ils veulent garder leur travail. Il y a un mal-être des salariés qui grandit: ça se traduit par des arrêts de travail, des arrêts-maladie qui n'en sont pas vraiment, ça râle beaucoup. Pour la manifestation du 5 mars contre l'ANI, l'accord national interprofessionnel MEDEF-CFDT qui précarise les salariés et casse le droit du travail, je croyais avoir convaincu beaucoup de mes collègues de la nocivité du texte, mais très peu ont fait grève et sont allés manifester. Les gens ont peur, s'accrochent à leur emploi, surtout quand on voit ce qui se passe à GAD, où travaillent beaucoup de conjoints de mes collègues.

 

Le Chiffon Rouge: Quel est le niveau des salaires chez vous?

 

Fréderic L'aminot: On est un peu au-dessus de la moyenne conventionnelle des entreprises du secteur régi par la convention « carrière et matériaux ». Dans les années 2000, on a gagné 100€ en passant aux 37h: ils ont été perdus avec le retour aux 35h en 2008. En 2009, on est revenu aux 37h. Avec la baisse de l'activité et des bénéfices de la boîte, la partie variable du salaire à l'intéressement diminue.

 

Le Chiffon Rouge: Quelles seraient selon toi les conséquences les plus significatives de l'ANI, l'accord MEDEF-CDFT de flexibilisation des salariés et du droit du travail, s'il était inscrit dans la loi comme le veut le gouvernement?

 

Fréderic L'aminot: J'ai été syndiqué pendant un moment à la CFDT, je ne regrette vraiment pas d'avoir quitté ce syndicat vu ce qu'ils ont accepté de signer: c'est dans l'ensemble la porte ouverte à des reculs terribles des droits des salariés. Certes, il y a la généralisation des complémentaires santé, mais le financement est indéterminé, indécis, soumis à négociation future, tandis que les reculs, eux, sont immédiats. Les syndicalistes n'auront plus le droit de parler de ce qui se passe en réunion: beaucoup de choses seront confidentielles, on ne pourra plus en parler aux salariés. On va demander aux CE de préparer des plans sociaux par avance, indépendamment des situations d'urgence. Avec un chantage à l'emploi permanent, on pourra imposer aux salariés d'accepter la baisse de leurs salaires, la modification de leurs horaires, des déplacements de postes et de lieux de travail, des augmentations du temps de travail. Les gens ont des maisons sur le dos, ils ont tendance à être fatalistes, ils veulent sauvegarder leur emploi coûte que coûte: il est à craindre qu'ils acceptent ce qu'on ne manquera pas de leur imposer pour augmenter la rentabilité des entreprises et les profits de leurs patrons ou actionnaires. Par exemple, Queguiner a acheté un terrain du côté de Notre-Dame-des-Landes en prévision de la construction de l'aéroport: si celui-ci est bien construit, on peut imaginer qu'il y aura des pressions pour favoriser la mobilité des salariés vers la Loire-Atlantique. Demain, les salariés qui refusent l'application d'un accord collectif régressif et obtenu sous la contrainte prétendument de « maintien dans l'emploi » seront licenciés: c'est inacceptable.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 10:58

Nous inaugurons ici une nouvelle rubrique du Chiffon Rouge intitulé "Parole de Syndicalistes". Nous interrogerons plusieurs militants syndicaux de la région pour découvrir la réalité des conditions de travail dans leurs entreprises, leur milieu professionnel, les enjeux actuels des évolutions du monde du travail, mais aussi les laisser nous raconter leur expérience des batailles menées et gagnées qui montrent que l'engagement syndical est nécessaire, quoique souvent difficile et ingrat. Cette rubrique sera l'occasion de réhabiliter le rôle des syndicats et des syndicalistes, souvent minimisé ou décrié dans le discours médiatique dominant. Elle cherchera à nous donner à tous des clefs pour mieux comprendre les réalités économiques et sociales de la région en faisant parler des acteurs qui, en dehors de leur secteur et de leur syndicat, sont rarement entendus.  Dans le contexte de la ratification annoncée de l'accord MEDEF-CFDT-Gouvernement de flexibilisation des salariés et de casse du code du travail, il est également utile de montrer par l'exemple que la défense syndicale des salariés à une dimension politique et qu'elle doit être soutenue par un combat politique en faveur de la justice sociale et de l'émancipation des travailleurs.  

 

 Jean-Jacques Labous au service des « petites mains » de l'agriculture léonarde.

 

Jean-Jacques Labous, qui fut manipulateur radio dans une clinique jusqu'à sa retraite, est secrétaire de l'UL CGT de Saint Pol de Léon, où il n'a jamais été permanent. Depuis plus de trente ans, il aide principalement les petites mains de l'économie agricole léonarde à s'organiser pour défendre leurs droits et améliorer leurs conditions de travail. C'est un très bon connaisseur de la situation des salariés précaires et sous-payés de l'agriculture: emballeurs, conditionneurs, tresseurs d'échalotes, ouvriers des serres de tomates et des pépinières, ramasseurs saisonniers.

 

Le Chiffon Rouge: peux-tu évoquer à partir d'exemples concrets la situation des salariés du secteur agro-alimentaire léonard dont tu défends les intérêts et que tu aides à s'organiser, de leurs luttes pour améliorer les salaires et leurs conditions de travail?

 

Jean-Jacques Labous: Je peux d'abord évoquer la situation d'une entreprise que je suis depuis quelques années, l'entreprise Prigent au croissant de Plougoulm, qui fait travailler à domicile 20 tresseurs d'échalotes, majoritairement des femmes, dont plusieurs élèvent seules leurs enfants, 4 autres employés restant avec un statut de titulaire au dépôt. Ces tresseurs d'échalotes sont des tâcherons, ils sont payés à la pièce, au poids de ce qu'ils traitent parmi les échalotes que l'employeur envoie en vrac: s'ils râlent, ils sont punis immédiatement et on ne leur donne plus de travail, un point c'est tout. Ce sont des gens qui travaillent depuis plusieurs années pour l'entreprise. Leurs conditions de travail ne sont pas soumises à une convention collective: le profit fixe les règles pour les salaires. Il y a quelques années, je suis intervenu directement dans cette entreprise dont je connaissais le patron grâce à une commune appartenance au club de foot de Saint Pol pour lui dire: « il y a des choses ici qui ne vont pas ». Il m'a dit tout de go, « le Smic pour mes employés, pour moi, c'est trop! ». Et pourtant, il gagnait de l'argent, assez pour réinvestir dans l'immobilier, le tourisme. Lors de l'élection des délégués du personnel, ses employés qui ne venaient jamais au magasin s'y sont réunis. J'étais là, pour veiller à ce que tout se passe dans les règles et informer les employés de leurs droits. Il leur a dit: « c'est lui qui veut fermer la boîte ». J'ai senti tout à coup une vague d'agressivité dirigée contre moi. Avant de partir, je leur ai tout de même dit: « Si vous voulez vivre avec 400€ par mois, c'est votre choix ». J'ai été foutu à la porte comme un malpropre en parfaite négation des droits syndicaux: il n'empêche, Mr Prigent a été condamné à verser 5000 € d'amende à la CGT. Depuis, pour cette entreprise, la CGT est parvenue à faire signer une convention avec la préfecture il y a 4 ans: cela a pris plusieurs années pour la mettre au point. Mais les salaires ont augmenté de 37%, des quotas doivent désormais être respectés dans le calibrage des échalotes, la proportion de déchets est limitée à 15% sur 100 kg qu'on amène aux tresseurs d'échalote (il s'agissait d'échalotes sans queue, pourrie, trop petite, qu'on devait jeter et pour lesquelles les employés n'étaient pas payés). Se mobiliser syndicalement, ça paie. Ces salariés arrivent maintenant péniblement au SMIC en travaillant largement 35h et en utilisant leurs 10% de salaire dédiés aux congés pour, non pas prendre des vacances, mais améliorer leur rémunération très faible. Il y a des centaines de tresseurs d'échalotes dans le Léon, mais beaucoup sont soumis à la convention collective de l'agriculture parce qu'ils travaillent pour des groupements de cultivateurs. Certains tresseurs d'échalotes travaillent aussi non pas à domicile, mais à l'intérieur d'une entreprise, comme à Plounevez-Lochrist.

 

Le Chiffon Rouge: A quelle autre type de situations professionnelles tu as affaire dans le domaine de la défense des salariés agricoles?

 

Jean-Jacques Labous: Je peux vous parler des conditions de travail dans les serres de tomates. Je m'occupe de soutenir les salariés d'une grosse entreprise familiale gérée par trois frères qui ont deux serres à Cleder, une serre à Mespaul, une serre à Saint Eloi. Malheureusement, il n'y a pas assez de lien au niveau des revendications et des transmissions d'informations entre les salariés de ces serres. Une des serres de Cleder a une forte organisation CGT.

Dans ces serres, tout était à revoir: salaires, primes, conditions de travail, sécurité au travail. J'ai été obligé de faire intervenir l'inspection du travail: il y avait des vitres endommagées et vétustes qui risquaient de tomber sur les salariés, des prises électriques non sécurisées à proximité de l'eau, des chaudières marchant au bois récupéré très dangereuses pour les salariés venant les nettoyer en rentrant dedans. Il y a eu beaucoup d'accidents du travail, de TMS, troubles musculo-squelettiques. Avec un matériel vieillot et endommagé, les salariés se mettent en danger. La législation sur le travail, le patron n'en avait rien à foutre. L'inspection du travail a des moyens réduits: elle constate les carences de sécurité mais ne peut pas toujours vérifier que les travaux exigés ont été effectués.

Il désignait lui-même les salariés qu'il voulait voir devenir délégués du personnel. Quand j'ai essayé de le raisonner au téléphone, il m'a dit: « les syndicats, j'en ai jamais eu, j'en aurai jamais ». Il a fallu le contraindre à faire élire les délégués du personnel avec un protocole d'accord formel, carré. Au 1er tour, seules les organisations syndicales ont eu le droit de présenter des candidats. Au second tour, des délégués qui ne déplaisaient pas au patron ont battu le candidat de la CGT. Depuis, ces délégués sont passés à la CGT et font un travail formidable: ils se sont rendus compte de l'utilité du syndicalisme revendicatif. Ils ont réussi à faire plier le patron en le faisant revenir sur sa décision de ne plus payer des heures supplémentaires au salaire qu'il avait un moment annoncé.

Je peux aussi vous parler des pépinières de Plouénan. Là encore, les salariés ont des conditions de travail déplorables. Leur sécurité n'est pas assurée. On emploie des salariés COTOREP (handicapés) à utiliser des machines qui ne sont pas adaptées pour eux, avec du matériel désuet. Avec une responsable syndicale CGT, il y a pour les semaines à venir un projet très intéressant de table-ronde pour l'amélioration des conditions de travail dans les serres avec un inspecteur du travail, la médecine du travail, l'organisation syndicale.  

J'assiste aussi les emballeurs de légumes de Saint Pol de Léon dans leur effort pour défendre leurs intérêts. Ils sont aujourd'hui 35 salariés en entreprise, dont 15 en CDI après avoir été 600 à la fin des années 60 (dont 450 étaient syndiqués à la CGT!). Beaucoup du conditionnement s'effectue aujourd'hui directement sur les exploitations. Avec la création différée pour des raisons judiciaires mais toujours voulue par la SICA de la grande plateforme de conditionnement de légumes de la Vilargren à Plougoulm, c'est tous les postes de saisonniers (des gens qui ne vivent quasiment qu'avec les saisons d'artichauts et de choux fleurs: peut-être 200 à 250 personnes) qui vont sauter, et probablement la majorité des CDI d'emballeurs qui ne seront pas formés et aptes à se requalifier dans un centre beaucoup plus automatisé où leurs tâches vont évoluer vers l'administratif, l'informatique. Jacques Le Guen, l'ancien député de droite de Landivisiau, a dit un jour que la future plateforme de la SICA valait 5000 emplois créés ou conservés. On est en plein délire: je lui ai écrit en lui demandant ses sources. Il ne m'a jamais répondu. Les ouvriers emballeurs ne sont déjà plus très nombreux: il est fort à penser que la plupart d'entre eux se retrouveront au chômage avec la création de la plateforme dont la CGT a montré les effets pervers.

Aujourd'hui, dans la région de Saint Pol de Léon, la syndicalisation à la CGT relève la tête: on a créé trois sections d'entreprise depuis le début du mois, à la CCI (criée de Roscoff), à la mairie de Plouescat, chez Prigent échalotes. Ce n'est pas le travail qui manque mais cette remontée de l'engagement syndical sous la pression des évènements (la crise, la pression de plus en plus forte mise sur les salariés) est prometteuse.

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