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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 16:39
Vendredi 12 novembre - Conférence d'Anne Guillou sur Nathalie Le Mel à la Maison du Peuple de Morlaix

A l'occasion du 150ème anniversaire de la Commune de Paris et du 100ème anniversaire du décès de la Communarde Nathalie Le Mel, Anne Guillou, écrivaine et sociologue, évoquera l'engagement et la vie de cette communarde bretonne née à Brest, ouvrière, syndicaliste, féministe, combattante de l'égalité et de la solidarité.

Maison du Peuple de Morlaix - 12 novembre 18h00.

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 09:06

« Dimanche 17 octobre 2021, nous allons célébrer le 80e anniversaire de l’exécution de 48 otages à Châteaubriant, Nantes et au Mont-Valérien. J’avais 17 ans et j’étais internée comme eux, dans le camp de Choisel, à Châteaubriant, quand ils ont été fusillés comme otages en représailles, après que le lieutenant-colonel Hotz ait été abattu à Nantes. C’étaient des pères, des frères, des oncles, des cousins, dont le seul tort était d’avoir défendu leurs idéaux et refusé le joug allemand. 27 de mes camarades sont morts pour la France ce jour-là. Il y avait des jeunes, comme moi, qui auraient eu toute la vie devant eux. Comme Guy Môquet, qui s’était épris de moi

 

Contrairement à nous autres, détenus, ils ont vite compris qu’ils allaient être exécutés. Mais ils n’ont pas cherché à se rebeller, à provoquer une mutinerie car ils savaient qu’elle se terminerait dans un bain de sang. Ils ont choisi de monter, le front fier, dans les camions, qui les menaient vers une mort certaine, en hurlant une Marseillaise, reprise par les 600 internés. Elle résonna dans tout Châteaubriant, ce mercredi, jour de marché. Comme elle me hante encore aujourd’hui. Ils voulaient que leur sacrifice bouscule les consciences et nourrissent un vent d’indignation et de révolte.

Partout, en France et dans le monde, on a entendu parler des fusillés de Châteaubriant. Hélas, cela n’a été que la première d’une trop longue série d’exécutions massives. J’ai perdu d’autres camarades. Mais je reste persuadée que le retentissement de ces exécutions a définitivement fissuré la politique de Vichy et l’image de l’occupant nazi aux yeux de la population.

De tout mon cœur, à bientôt 99 ans, je souhaite qu’on ne les oublie jamais et qu’on célèbre leur mémoire, de nombreuses décennies encore, bien après ma mort, comme ils nous l’ont demandé. »

Odette Nilès, officier de la Légion d’Honneur et présidente de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt.

 

Oui, ils sont devenus immortels ou intemporels car porteurs d’un combat de classe, du refus de l’oppression, de la soumission, toujours d’actualité, ici et dans le monde. Ils avaient en commun un idéal politique et c’est celui-là qui les a conduits à mourir pour lui. Mais leur objectif final était supérieur : c’était la liberté et la paix pour leur pays, la France.

Leurs dernières lettres sont porteuses d’espoir et irrémédiablement tournées vers l’avenir, vers la vie, vers des jours heureux. Les familles de fusillés, d’internés et de déportés qui ont créé notre Amicale en 1945, avaient ce même objectif de transmission et de construction pour l’avenir. Elles ont collecté chaque centime pour acheter, rénover, développer le site même de l’exécution devenu un musée, inauguré en 2001, porteur d’un projet mémoriel et vivant d’objets personnels des familles, d’anecdotes et de photos. Le projet pédagogique de collecte de terres de lieux d’internement, de déportation ou de résistance s’inscrit dans ce schéma avec des établissements scolaires qui collectent chaque année la terre et des données pour alimenter les 185 alvéoles du monument et la base de données numériques.

Demain s’écrit avec les lettres d’hier, les mots « résistance et détermination ». Voilà ce que l’Amicale, 80 ans après, continue à transmettre pour « rester dignes » de ces hommes, morts pour la France.

Notre association est fière d’organiser une cérémonie, largement rassembleuse, pour rendre un vibrant hommage de la Nation à ses fusillés, dimanche 17 octobre 2021 à Châteaubriant, à 14 h, avec plus de 200 jeunes scolaires, des milliers d’hommes et de femmes venus de toute la France, de l’Italie, de l’Espagne, de l’Algérie, des élus locaux ou nationaux de toutes mouvances, des parents, des grands-parents, des syndicalistes et des personnalités avec, entre autres, Fabien Roussel du Parti communiste français, Philippe Martinez de la CGT, des associations d’anciens combattants et de la mémoire, et tout cela sous le haut patronage de Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants.

C’est la mémoire qui doit nous rassembler pour transmettre le flambeau de la résistance.

Carine Picard Nilès, secrétaire générale de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt.

 

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 08:57

 

 

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 05:31
Histoire des luttes: 13 octobre 1970. Arrestation d'Angela Davis

13 octobre 1970 : Arrestation à New York de la militante communiste afro-américaine Angela Davis.

Le FBI l'accusait d'avoir procuré des armes au groupe qui a essayé de libérer George Jackson. En cavale depuis 2 mois, elle sera jugée et condamnée à la peine de mort pour séquestration et meurtres !

Toutefois, une grande mobilisation internationale se met en place pour la faire libérer. À Paris, en octobre 1971, à l'appel du Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF),

Histoire des luttes: 13 octobre 1970. Arrestation d'Angela Davis
"Cette militante communiste, deux fois candidate à la vice présidence des USA pour le Parti Communiste Américain, féministe et anti-raciste, fut aussi membre du fameux Black Panther Party for self defense, aux côtés des Huey Newton, Boby Seale et Mumia Abu Djamal !
Pour mieux connaitre son histoire, voir l’excellent film documentaire "free Angela" qui raconte comment cette professeur de philosophie à l'université de Californie, militante en vue à l'époque, se retrouva menacée de la peine capitale pour un crime qu'elle n'avait pas commis.
Et surtout comment la mobilisation nationale et internationale a réussi à faire reculer les autorités américaines.
 
 
26 janvier 1944: Naissance d’Angela Davis, militante antiraciste, communiste, féministe et révolutionnaire américaine !
Son engagement débute contre la guerre du Viet Nam. En militant, elle découvre le marxisme qui constituera la base de sa réflexion politique et idéologique. Elle s'engagera dans des mouvements de libération des Noirs et notamment elle militera au Black Panther Party dont elle deviendra une des leadeuses.
Étant très active politiquement et membre du Parti Communiste Américain, le FBI la surveillera de très près.
En 1970, une prise d’otages visant à libérer George Jackson, membre des Black Panthers condamné à la prison à vie à l’âge de dix-huit ans pour un vol de 70 $, tourne mal. Quatre personnes sont abattues et trois autres sont grièvement blessées. Davis étant membre du comité de soutien de George Jackson, le FBI l'accuse d'avoir procuré des armes au groupe qui a essayé de libérer Jackson. Le FBI émet donc un mandat d'arrêt contre Angela Davis. Durant 2 mois, alors qu'elle est la femme la plus recherchée des États-Unis, Angela Davis réussit à échapper à la police. Cependant, le 13 octobre 1970, elle est arrêtée. Accusée de séquestration et de meurtres, elle est condamnée à la peine de mort...
Toutefois, une grande mobilisation internationale se met en place pour la faire libérer. À Paris, à l'appel de la Jeunesse Communiste, plus de 100 000 personnes manifestent avec en tête de cortège de grands écrivains comme Louis Aragon et Jean-Paul Sartre.
Grâce à la pression internationale, elle est acquittée le 4 juin 1972 de toutes les charges qui pèsent contre elle par un jury composé uniquement de blancs, au cours d’un procès hyper médiatisé qui met à jour une machination du FBI.
Elle continue dès lors ses multiples combats contre les inégalités, contre l'impérialisme, pour un monde de paix. Elle devient aussi par ses écrits, une référence féministe pour nombre de militant·e·s.
MJCF

Angela Davis: "Les Etats-Unis sont en train de vivre une contre-révolution" (Médiapart, 30 novembre)

Angela Davis a raison... en France aussi

Guillaume Galliene rend hommage à Angela Davis, militante communiste, des droits de l'homme, et de la lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis, sur France Inter

https://www.cinearchives.org/Films-447-740-0-0.html

Angela Davis reste une icône révolutionnaire, une grande figure du combat d’émancipation, du combat féministe, un symbole des luttes des Noirs américains pour l’égalité.

Les lieux du monde où nous grandissons nous forgent.

S’agissant de ségrégation raciale, Angela Davis a vu le jour dans le premier cercle de l’enfer. Birmingham, Alabama, au cœur de ce Sud raciste et sécessionniste où Rosa Parks osa, en 1955, un acte de révolte fondateur. Ses premiers souvenirs d’enfance ? Les Davis habitent dans un quartier où l'on accepte difficilement l'installation de familles noires modestes.  Les déflagrations des bombes posées par les fascistes du Ku Klux Klan, si nombreuses que son quartier est surnommé « Dynamite Hill » (Colline Dynamite). Les récits d’une grand-mère se remémorant les temps de l’esclavage. Les pancartes « white only ». Alors qu'elle n'a que 12 ans, le boycott d'une compagnie de bus pratiquant la ségrégation raciale marque Angela; les Afro-Américains ne revendiquent que le droit de s'asseoir où ils le souhaitent dans le bus, comme les Blancs, ce qui leur était dénié jusque là. Le 16 septembre 1963, un attentat à la bombe dans une église baptiste de Birmingham tue quatre filles noires que connaissait Angela; les assassins sont des racistes du Ku Klux Klan. 

Ses parents, des professeurs communistes, militent activement contre les lois Jim Crow instituant l’apartheid à l’américaine. À quatorze ans, la jeune fille quitte l’Alabama pour New York, à la faveur d’une bourse d’études.

Au lycée, elle découvre le Manifeste du Parti communiste et fait ses premiers pas de militante dans une organisation marxiste, Advance.

Angela Davis est une élève brillante. En 1962, elle entre à l’université de Brandeis. En première année, elles ne sont que trois étudiantes noires. Elle y découvre Sartre, Camus, s’initie à la philosophie d’Herbert Marcuse, dont elle suit les cours. Marcuse est alors un des maîtres à penser de la lutte contre la guerre du Vietnam. En 1964, elle part, une première fois, pour Francfort, creuset, à l’époque, d’un marxisme hétérodoxe. Elle y étudie Marx, Kant, Hegel et suit les conférences de Theodor W. Adorno. Aux États-Unis, un nouveau vent de contestation se lève, contre l’oppression raciste, contre la guerre du Vietnam.

Angela s'intéresse aux sorts de tous les Afro-Américains, en particulier celui des femmes et des prisonniers. En août 1965, six jours d'émeutes dans le ghetto noir de Watts, un quasi bidonville de Los Angeles, ébranlent le mythe américain de la démocratie et du bien-être pour tous: "l'ordre" y est rétabli au prix de 30 morts. Partout, les ghettos noirs sont en ébullition, comme à Détroit en 1967. Les Afro-Américains ne veulent plus être considérés comme des citoyens de seconde zone.

À son retour, en 1968, la jeune philosophe rejoint les Black Panthers et adhère au Che Lumumba Club, un cercle affilié au Parti communiste. Un an plus tard, titulaire d’une thèse de doctorat dirigée par Marcuse, elle est nommée professeure à l’université de Californie Los Angeles, pour enseigner la philosophie marxiste. Elle adhère au Parti communiste des Etats-Unis.

Le profil de la jeune femme de vingt-cinq ans, sa couleur de peau, ses convictions, ses engagements concentrent la haine de l’Amérique blanche et ultraréactionnaire que veut incarner un certain… Ronald Reagan, alors gouverneur de Californie. À la demande de celui-ci, Angela Davis est exclue de l’université comme dangereuse communiste.

Angela souhaite une révolution socialiste, qui bouleverserait l'ordre social et instaurerait enfin l'égalité entre les êtres humains, quelque soit leur sexe ou leur condition sociale. Elle est de tous les combats contre la discrimination raciale, sans oublier celui pour l'égalité hommes-femmes: "Les femmes noires, écrit-elle, sont victimes d'une pluralité d'oppressions: en tant que femmes, en tant qu'Afro-Américaines et, pour leur quasi-totalité, en tant que travailleuses pauvres. Pour que la femme noire se libère réellement, elle doit mener les trois combats de front".  

Premier acte d’une machination politico-judiciaire dirigée contre la militante communiste. Déjà engagée contre l’industrie carcérale qui broie la jeunesse noire, la jeune femme a pris fait et cause pour trois détenus de la prison de Soledad. Avec l’un d’entre eux, George Jackson, elle entretient une liaison épistolaire, amoureuse. George Jackson est emprisonné depuis des années pour un vol de 70 dollars dans une station-service. La tentative désespérée du jeune frère de ce détenu pour le faire évader tourne au drame. Le 7 août 1970, Jonathan Jackson, le frère de George, fait irruption dans un tribunal de Californie et prend des otages, dont le juge, exigeant la libération de son frère. La prise d'otage se termine par une fusillade entre la police et les preneurs d'otages. Jonathan Jackson, deux autres prisonniers accusés ainsi qu’un juge sont tués au cours de la fusillade.

Angela Davis est soupçonnée d’avoir fourni une arme aux assaillants. Désignée comme ennemie publique numéro un,elle est inscrite sur la liste publiée des dix personnes les plus recherchées des États-Unis.

Par crainte d’être tuée, elle prend la fuite. L’avis de recherche la décrivant comme « armée et dangereuse » est placardé dans tout le pays. Une vague ressemblance avec Angela Davis, une simple coupe afro, valent à des centaines de femmes d’être arrêtées. Le FBI déploie, dans le cadre de son programme de contre-intelligence visant les communistes et les Blacks Panthers, des moyens démesurés pour traquer celle que l’establishment blanc et réactionnaire surnomme « la panthère rouge » ou « la terroriste noire ». Mais, déjà, la solidarité s’exprime. Elle s’affiche au seuil des maisons amies, sur des pancartes : « Nous accueillerons volontiers Angela Davis. »

La fugitive est finalement arrêtée le 13 octobre 1970, à New York.

À la télévision, le président Nixon la condamne avant même qu’elle ne comparaisse en justice. « Cette arrestation servira d’exemple à tous les terroristes », se réjouit-il. Le 5 janvier 1971, l’État de Californie l’inculpe de meurtre, kidnapping et conspiration. Placée à l’isolement, elle risque par trois fois la peine capitale. Un extraordinaire mouvement de solidarité international se développe alors. En Inde, en Afrique, aux États-Unis, en Europe, des millions de voix exigent la libération d’Angela Davis. Les Rolling Stones lui consacrent une chanson, Sweet Black Angel, et John Lennon et Yoko Ono écrivent, Angela tandis que Jacques Prévert écrit pour elle: "Ceux qui enferment les autres sentent le renfermé; ceux qui sont enfermés sentent la liberté"

En France, Sartre, Aragon, Prévert, Genet dénoncent le racisme, le maccarthysme persistant, l’arbitraire de sa détention.

À l’initiative de la Jeunesse communiste, 100 000 personnes foulent le pavé parisien, le 3 octobre 1971, en compagnie de Fania, la jeune sœur d’Angela Davis. L’Humanité se fait le porte-voix de ce mouvement de solidarité.

Celle qui entrait toujours poing levé dans la salle d’audience est finalement acquittée le 4 juin 1972 par un jury exclusivement blanc. Son innocence est reconnue lors du procès.

Le verdict n’efface pas le racisme de la société américaine, mais il lui porte un coup sérieux. Libérée, Angela Davis ne renonce pas au combat pour l’émancipation, pour un autre monde, libéré de l’oppression et de toutes les formes de domination. En la rencontrant, Genet dit avoir acquis « la certitude que la révolution serait impossible sans la poésie des révoltes individuelles qui la précèdent ». Angela Davis incarne toujours cela, cette grâce qui donne sens et noblesse à l’engagement politique.

Une fois libre, Angela poursuit son combat, en reprenant ses cours de philosophie, en publiant de nombreux ouvrages politiques, dont plusieurs sont traduits en français. Elle est aux côtés des Amérindiens qui occupent symboliquement, en 1973, le lieu du massacre historique de Wounded Knee; elle se présente aux élections américaines en 1980 et 1984 pour le parti communiste. Elle s'engage contre la guerre en Irak en 2003 et en 2012 participe à un film documentaire sur la libération des prisonniers politiques à travers le monde.

Sources:

L'Humanité (article de 2013)

ELLES ont réalisé leur rêve de Philippe Godard et Jo Witek, De La Martinière jeunesse 

Une émission récente de France inter à écouter sur le combat d'Angela Davis. On y retrouve l'histoire et la parole de cette militante déterminée des droits de l'homme, professeur de philosophie et militante communiste, membre des Black Panthers :

 

Angela Davis et son combat pour la liberté : émission « ça peut pas faire de mal » par Guillaume Galliene

 

" Il était temps de partir. Pour la première fois depuis que nous avions découvert que la police me recherchait, je sortis. Il faisait bien plus sombre que je ne l’avais cru, mais pas assez pour que je cesse de me sentir vulnérable.

Dehors, à découvert, mon chagrin et ma colère s’alourdissaient de peur. Une peur pure et simple, si puissante et si élémentaire que la seule chose à laquelle je pus la comparer était le sentiment d’engloutissement que je ressentais lorsque, enfant, on me laissait dans le noir. Cette chose indescriptible, monstrueuse, était dans mon dos, elle ne me touchait jamais mais elle était toujours prête à l’attaque. Ma vie était maintenant celle d’une fugitive. Toute silhouette étrange pouvait être un agent déguisé, entouré de limiers qui attendaient dans les bosquets les ordres de leur maître. Je devais apprendre à éviter l’ennemi, à le déjouer. Ce serait difficile, mais pas impossible" (Angela Davis)

 

Cette femme qui fuit la police dans les rues de Los Angeles s’appelle Angela Davis.

En 1970, elle a 26 ans. Elle vient juste d’être nommée professeur de philosophie à l’université de San Diego, en Californie.

Mais elle est aussi communiste, proche des Black Panthers, et elle se bat depuis des années pour libérer le peuple Noir de l’oppression, dans une Amérique encore très ségrégationniste.

Après avoir été accusée (à tort) de complot et de meurtre, elle est contrainte de se cacher.

Au terme d’une traque qui va durer plus de 3 mois, Angela Davis est arrêtée, emprisonnée et risque la peine de mort.

Partout, en Amérique et en Europe, l’opinion publique se mobilise pour crier son innocence. Les Rolling Stones et John Lennon lui écrivent une chanson, Aragon et Sartre défilent à Paris, Jacques Prévert lui adresse un poème.

Ce soir, je vous propose de partir à la découverte de cette héroïne moderne et insoumise, icône du Black Power, pour qui la révolution était une affaire d’honneur : « Quand on s’engage dans la lutte », écrira-t-elle, « ce doit être pour la vie ».

Alors, comment Angela, arrière-petite-fille d’esclave née en 1944, a fait basculer l’histoire des Etats-Unis ?

Voici son autobiographie, écrite « à chaud » à la fin des années 1970, et publiée par la romancière Toni Morrison. Elle est traduite pour la première fois en français, par Cathy Bernheim, aux éditions Aden.

Histoire des luttes: 13 octobre 1970. Arrestation d'Angela Davis
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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 05:12
Hommages à notre camarade Michel Etievent, historien, spécialiste d'Ambroise Croizat et de la création de la Sécu
L'Humanité, 14 octobre 2021

L'Humanité, 14 octobre 2021

Disparition de Michel Etievent : continuer le combat de ce « fils d’usine » (Fabien Roussel)
 
C’est avec une grande émotion, un profond sentiment de tristesse et de perte que j’ai appris la disparition brutale de notre camarade Michel Etievent. Je pense d’abord à sa famille, à sa Lysiane, à son Aurélien, le «colporteur de rêves» dont il était si fier, à toutes «les petites gens» de sa vallée de la tarentaise dont lui, «le fils d’usine» était l’ami et pour l’amour desquels il était devenu et poète et conteur.
Ce journaliste communiste, qui disait avoir appris le métier à l’Humanité dont il fut le correspondant, alimentant dans les années 70, la rubrique «luttes» de reportages sur les conflits ouvriers, la rubrique sport au moment des Jeux d’Albertville, était devenu le biographe d’Ambroise Croizat. Sa biographie «Ambroise Croizat ou l’invention sociale» est un livre de référence pour le mouvement ouvrier. Conférencier, cet ardent défenseur de la sécurité sociale répétait inlassablement que «chaque Français possède une carte du parti communiste en poche. C’est la carte vitale qui donne la plus grande dignité à tous. Cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins». Michel avait également fait sienne l’affirmation d’Ambroise Croizat « Nous devons parler de conquis sociaux et non d’acquis car le patronat ne désarme jamais».
Écrivain, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, Michel dédicaçait encore son dernier livre à la fête de l’Humanité, et il y a trois jours encore au salon du livre à Hermillon.
Sa disparition est un coup au cœur. Il nous laisse le souvenir de sa belle personne, ses livres, ses combats, ses rêves. Nous te continuerons, camarade.
Fabien Roussel.
MICHEL ÉTIÉVENT : ADIEU À L’AMI,
AU FRÈRE, AU CAMARADE
Les mots manquent, ce matin, après une nuit cauchemardesque, d'incompréhension et de retour de souvenirs émus. Michel Etiévent, l’ami de trente ans, le camarade de toujours, nous a donc quittés. Difficile à imaginer, en vérité. Il y a quelque chose d’abstrait dans cette disparition, et pourtant elle est là, cruelle dans sa vérité nue, injuste et brutale.
Michel, je l’ai connu en 1991, avant les Jeux olympiques d’Albertville, durant lesquels il chroniqua pour l’Humanité, avec talent et vivacité politique. Depuis, nous ne nous étions jamais quittés et il avait publié dans le journal de Jaurès de très, très nombreux articles marquants, indispensables. Il était un compagnon rare et précieux de l’Humanité. Il était un frère fidèle, tenace et présent.
Écrivain, essayiste, historien et conférencier, notre conteur de la Tarentaise, véritable mémoire de la vallée, de son passé industriel et de sa vie pastorale, a toujours été au côté des humains, des «petits», narrant à l’infini les existences de ceux qui firent tout avec la modestie du peuple. Poète à la langue unique, au talent oratoire hors norme, il a beaucoup écrit, publié, nous laissant une trace de son engagement et de ses combats. Communiste et cégétiste, il avait depuis une dizaine d’années embrassé la défense de la Sécurité sociale, rendant vivante l’œuvre d’Ambroise Croizat, son héros. Reconnu nationalement pour ce combat, il donna un sens profond et véritable à l’Idée, héritée du Conseil national de la Résistance. Il répétait souvent : "Chaque Français possède une carte du Parti communiste dans sa poche. C'est la carte Vitale, qui donne la plus grande dignité à tous. Cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins."
Michel, ce n'est pas possible.
Nous ne parlerons plus de tes écrits, nous n’imaginerons plus ensemble l’avenir de la montagne à l’heure du réchauffement climatique et du néolibéralisme, nous n’échangerons plus sur les conséquences de la désindustrialisation. Nous n’irons plus aux champignons, sur les hauteurs de Petit-Cœur, au-dessus de La Léchère, à humer l’air des cimes, le cœur levé, le poing dressé et l’âme légère. Mais nous te lirons toujours, nous t'écouterons à jamais.
Pour clore une discussion, avant la prochaine, il disait toujours : "Sois fort." Alors, continuons à être forts.
Je pense à ta Lysiane, à ton Aurélien, devenu lui aussi l'un des Colporteurs de Rêves. Je pense à toi, à tes montagnes, à ton savoir, à ce qu’il y a de plus précieux en ce monde : la transmission.
Tristesse infinie. Et déjà ce manque irréparable.
Jean-Emmanuel Ducoin, journaliste à l'Humanité
J’apprends la disparition de Michel Etievent. Je suis bouleversé.
Écrivain, essayiste, historien, conférencier, collaborateur de plusieurs journaux dont l’Humanité, Michel Etievent à mis, sa vie durant, son talent et son amour de l’écriture au service du mouvement ouvrier et des valeurs de progrès social et humain.
C’est un militant de l’émancipation humaine qui disparaît. L’un de ses combats les plus emblématiques fut sa volonté de faire connaître Ambroise Croizat et cette conquête sociale historique que fut en France la construction de la sécurité sociale.
Il participait régulièrement à l'inauguration de Places Ambroise Croizat dans les villes. Son livre "Ambroise Croizat ou l’invention sociale" est un livre référence pour toutes celles et ceux engagé·e·s aujourd'hui pour de nouvelles inventions sociales.
Michel Etievent ne supportait pas l’injustice. En avril dernier, il réagissait à la fermeture de l’usine Ferropem en ces termes : "Je suis un fils d’usine, cette fermeture est pour moi un arrachement, une mutilation."
Le mouvement ouvrier, celui de la création, se sent orphelin aujourd’hui. Mais nous sommes déterminés à poursuivre dans la voie qu’il a tracée, celle de la connaissance du monde ouvrier et de ses luttes, pour construire un monde de justice, d’égalité, et de droits gagnés pour tous.
Pierre Laurent, président du Conseil National du PCF
Quelle tristesse d'apprendre le décès de notre camarade Michel Etiévent, historien qui à contre-courant pendant les années de glaciation néo-libérale a défendu la mémoire du ministre communiste Ambroise Croizat, bâtisseur de la Sécurité Sociale. Nous échangions régulièrement avec Michel Etiévent sur facebook et je l'avais rencontré à la Fête de l'Huma Bretagne avant de lire son livre passionnant sur Ambroise Croizat et ses nombreuses contributions à l'Humanité. Nous l'avions invité pour un ciné-débat à Plourin les Morlaix sur la naisse de la Sécurité Sociale au nom du PCF Pays de Morlaix en 2015 mais un mal de dos avait contrarié l'initiative. 
C'est un homme, une voix, une rigueur, une énergie et un enthousiasme qui vont beaucoup nous manquer! Toutes mes pensées pour ses proches, sa famille, ses amis.
Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF Finistère
Hommages à notre camarade Michel Etievent, historien, spécialiste d'Ambroise Croizat et de la création de la Sécu

Qui se souvient de Ambroise Croizat?... En dehors de quelques lecteurs de l'Humanité, de militants de la CGT ou du Parti Communiste, et plus récemment des lecteurs du Fakir ou autres auditeurs de Là-bas si j'y suis qui grâce au travail du brillant François Rufin, ont pu redécouvrir ce personnage historique extraordinaire mais aujourd'hui partiellement tombé dans l'oubli?

Quel média, quel éditorialiste, quel intellectuel médiatique aborde l'œuvre révolutionnaire et néanmoins si proche de nous de ce député communiste ouvrier, fils du peuple, que la République capitularde, puis Vichy, firent croupir dans leurs prisons abjectes, à Paris puis en Algérie, avant qu'il ne soit libéré en 1943 et ne contribue à mettre en place les bases de la démocratie sociale à la française au sortir de la guerre, après avoir été un des contributeurs du programme du CNR: « Les jours heureux ».

Le devoir de mémoire, on s'y astreint volontiers quand il s'agit de remuer les plaies avec une certaine complaisance voyeuriste ou sensationnaliste, de confronter l'homme et la nation à leurs limites, à leurs souffrances passées, à leurs puissances de destruction et de division, mais surtout, se disent les gardiens de la mémoire, petits ou grands bourgeois serviteurs du système qui se conçoivent aussi souvent comme des gardiens du troupeau, n'allons pas montrer, en faisant revivre des figures héroïques et populaires de la conquête sociale, que la volonté du peuple a su être souveraine, que le progrès social rapide et réel, facteur d'émancipation immédiate des travailleurs, ont pu être d'actualité.

On efface les traces ...

Les traces de la fierté et de la combativité ouvrière, de la République sociale et de la contribution décisive qu'y ont apporté les luttes des travailleurs et des communistes admirablement dévoués, intelligents et rassembleurs, formés par l'expérience de l'injustice sociale, les combats ouvriers, les jours lyriques du Front Populaire, la répression sans pitié d'une droite revancharde et collaboratrice, la Résistance et l'espérance d'un monde meilleur.

L'historien Michel Etiévent, universitaire de Grenoble qui a collaboré récemment au film « Les jours heureux » de Gilles Peret, nous permet de découvrir ce si noble modèle d'humanité et d'action politique au service du peuple dans une biographie magnifiquement illustrée qui fait la part belle aux dits et écrits de Croizat et de ses compagnons, Ambroise Croizat ou l'invention sociale (Editions GAP, 20€).

J'ai rencontré Michel Etiévent à la fête de l'Humanité Bretagne de Lanester et nous espérons pouvoir l'inviter à venir parler à Morlaix au printemps prochain d'Ambroise Croizat et de ses réalisations comme député, négociateur du programme du CNR, ministre du Travail de la Libération.

Les éléments d'information qui suivent sont tous empruntés au livre de Michel Etiévent dont on ne saurait trop recommander l'achat et la lecture. 

Ambroise Croizat est né en 1901 dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie.

Son père, originaire de Chambéry, est ferblantier dans la métallurgie et « travaille douze heures par jour, face à l'éclat des fours, sept jours sur sept (la loi sur l'attribution du congé hebdomadaire ne date que du 13 juillet 1906), le visage et les mains brûlés par les ébarbures de métal en fusion ». Ils travaillent d'abord à Notre-Dame de Briançon et vivent dans une maisonnette de deux pièces bien exigües pour une famille de cinq, mais c'était le lot commun du peuple à l'époque. En 1906, son père, ayant récemment adhéré au Parti Ouvrier Français et à la CGT est un des meneurs d'une grande grève organisée après un accident de travail ayant causé la mort de huit ouvriers. Il est licencié et doit embaucher à Ugine, dans une autre usine, dont il sera à nouveau chassé pour activités syndicales.

Ambroise commence à travailler à treize ans comme apprenti ajusteur-outilleur dans une usine de Lyon. A 19 ans, au sortir de la guerre, il adhère à la Jeunesse socialiste qui rejoint la IIIème Internationale et prend vite des responsabilités dans le Syndicat CGTU des Métaux. Dans les années 1920, Ambroise Croizat milite contre le militarisme, pour une paix plus juste avec l'Allemagne, contre le colonialisme et la guerre du Rif au Maroc, quand Pétain et Franco s'associent pour éliminer les insurgés dans les montagnes du Nord du Maroc. En 1926, il devient permanent du PCF à Paris, puis secrétaire général de la Fédération CGTU des métaux, pour laquelle il organise des grèves partout en France pour les salaires, la réduction du temps de travail, contre le chômage. En 1934, le PCF et la CGTU lancent une stratégie de Front Populaire face à la montée de la menace fasciste et la tentative de coup d'état du 6 février 1934. Les mots d'ordre de la gauche unifiés sont « Pain, Paix, Liberté ». L'unité de la CGT sera finalement réalisée le 1er mars 1936, deux mois avant l'arrivée du Front Populaire au pouvoir. Aux élections législatives du 28 avril 1936, Croizat devance le candidat socialiste sortant de 900 voix environ dans la circonscription de Plaisance, 14e arrondissement de Paris puis il est élu député avec trois mille voix d'avance sur le candidat de droite.

« Devant la porte de l'usine,

Le travailleur soudain s'arrête.

Le beau temps l'a tiré par la veste,

Et comme il se retourne

Et regarde le soleil,

Tout rouge, tout rond,

Souriant sous un ciel de plomb,

Il cligne de l'œil

Familièrement:

Dis-donc camarade soleil,

Tu ne trouves pas

Que c'est plutôt con

De donner une journée pareille

A un patron? »

A l'image de ces Paroles de Jacques Prévert, l'été 1936 est lumineux. Dès la victoire du Front Populaire, un vaste mouvement de grèves avec occupations d'usines traverse la France. Le but est autant d'aider le gouvernement face au patronat que de le pousser à entreprendre les profondes réformes réclamées depuis longtemps par la classe ouvrière. Tout commence à l'usine Bréguet-Le Havre, une usine de construction d'avions, le 9 mai, à l'initiative des métallos. Croizat est présent sur place. Il encourage le mouvement qui s'étend à l'ensemble de la métallurgie: dès le 14 mai, les ouvriers de Block à Courbevoie, de Lavalette à Saint-Ouen, d'Hochkiss à Levallois prennent en main leurs usines. Les 33 000 travailleurs de Renault à Billancourt les rejoignent le 28 mai. Le mouvement s'étend aux grands magasins pour paralyser, fin mai, la France entière. Partout, on prend possession des ateliers. On y entretient l'outil, on y découvre les loisirs et la culture. Le 7 juin s'ouvrent les discussions qui aboutiront aux Accords de Matignon qui donneront à la classe ouvrière les congés payés, les 40 heures, les conventions collectives, le libre exercice du droit syndical.. Dans les entreprises, les salaires augmentent de 15 à 40%, doublent parfois. Une énorme flambée syndicale accompagne le mouvement. Le 25 novembre 1936, à la tribune du Congrès d'unité de la Fédération des métaux, Croizat dresse un premier bilan: « En mars dernier, nous étions 40 000, en juin 100 000, aujourd'hui 700 000, repartis en 725 syndicats. A Lyon, de 1000 adhérents en trois syndicaux lors de l'unité, le syndicat unifié enregistre aujourd'hui 25 000 cartes. Marseille passe de 600 à 15 000 adhérents, Bordeaux de 300 à 10 000, dans le Haut Rhin, 97% des ouvriers se sont syndiqués. Partout, les métallos ont été à la pointe du mouvement et s'enorgueillissent aujourd'hui de l'avoir déclenché. La France vit de belles heures. Jamais de son histoire, le mouvement ouvrier n'aura connu de telles conquêtes. En un mois a té réalisé ce que trente législatures n'étaient jamais parvenues à accomplir. Le patronat a cédé mais restons vigilants. Tout reste à faire. Dans chaque secteur, chaque entreprise, il faut maintenant défendre et faire germer les acquis obtenus. Tout dépendra du syndicat, de sa puissance. Tout dépendra de nous, et de nous seuls...  ».

Depuis mai 1936, Croizat siège à la « Commission spéciale » du gouvernement qui a été chargée d'élaborer les réformes et veille à leur application sur le terrain. En 1937, il inaugure des maisons de repas, des parcs de loisirs, des colonies de vacances pour la classe ouvrière. Mais dès février 1937, le gouvernement, sous la pression du patronat, décide d'une pause dans les réformes. La guerre civile en Espagne, et le refus de Blum et du gouvernement, sous la pression anglaise notamment, de venir en aide à la République assiégée par les fascistes, éloigne les communistes de leurs alliés socialistes et radicaux. Le 12 novembre 1938, le gouvernement Daladier publie une série de décrets-lois qui instaurent la baisse des salaires, déjà fortement grignotés par l'inflation (50% en 2 ans), des impôts nouveaux et surtout la fin de la semaine des 40 heures, qualifiée pour l'occasion de « loi de paresse et de trahison nationale ». Entre ces parlementaires qui vont remettre la République dans les mains de Vichy et l'UMP actuelle, la comparaison s'impose... Daladier le capitulard s'écrie déjà tel un Jean-François Copé, reprenant le discours haineux des privilégiés vis à vis de la classe populaire: « Cette loi est responsable de tous les maux de l'économie. On ne peut avoir une classe ouvrière à deux dimanches et un patronat qui s'étrangle pour faire vivre le pays ». En novembre 1938, suite à de grandes grèves ouvrières suivies de licenciements arbitraires et d'états de sièges policiers, le gouvernement envoie les troupes devant les entreprises. Le 1er décembre 1938, 36 000 ouvriers sont licenciés dans l'aéronautique et les arsenaux, 8000 dans la chime et l'autombile. Plus de la moitié sont des responsables syndiquaux CGT. Dans son modeste appartement du 79, rue Daguerre où il vit depuis 1936, Croizat rédige son édito: « Le 30 novembre, le patronat a opéré le savant triage qu'il attendait. Il tient sa revanche sociale sur 1936. Des femmes ont faim, des enfants ont froid. L'homme n'est plus au travail. Partout, les consignes ont été données par les patrons revanchards. Des listes noires circulent. Les sous-traitants des grandes entreprises ont été sommés de ne pas embaucher des ouvriers licenciés sous peine de voir leurs commandes supprimées. La haine est partout. Ils ont défendu leurs outils parce qu'ils croyaient en la grandeur de la France, en ses traditions de dignité, en cet espoir que mai 1936 avait fait éclore. Plus que jamais, nos solidarités vont vers eux. C'est eux, la France. Cette France bafouée par ceux qui ne rêvaient que de revanche ».

Le mouvement ouvrier est décapité. Début 1939, avec l'aval de Daladier, Hitler s'empare de la Tchécoslovaquie. Le pacte germano-soviétique signé à l'été 1939, les communistes, contre lesquels on avait déjà prévus des mesures de rétorsion en cas de conflit avant la connaissance du pacte, sont jetés en pâture. Le 27 août, l'ensemble de la presse communiste est interdite. Le 26 septembre, le PCF est dissous. 666 élus sont déchus. Le 7 octobre 1939, Croizat est arrêté sur les marches de l'Assemblée Nationale, puis enfermé à la Prison de la Santé avec d'autres députés communistes, dont le père de Guy Môquet, bientôt fusillé à Chateaubriand, Prosper. L'extrême-droite réclame purement et simplement la loi martiale pour les communistes. En Janvier 1940, Croizat fait parti des 36 députés communistes condamnés à 5 ans de prison au terme d'un simulacre de procès, sous l'impulsion des anciens collègues de l'Assemblée Nationale, dont certains appartenaient à la majorité du Front Populaire. En octobre 1941, Croizat est au côté de Prosper Môquet quand le député communiste apprend l'assassinat de son fils Guy, arrêté le 13 octobre 1940 alors qu'il distribuait des tracts, le plus jeune des otages cégétistes ou communistes fusillés à Châteaubriand. Dans son ouvrage « Le temps des illusions », le chef de cabinet de Pétain révéla, quelques temps plus tard, que le nom de Guy Môquet ne figurait pas sur la liste des otages de Châteaubriand. Le ministère de l'Intérieur l'avait « rajouté ».

En avril 1941, Croizat et ses camarades communistes sont envoyés en prison en Algérie, où ils vivent dans des conditions de détention très dures. Le débarquement allié à Alger a lieu le 8 novembre 1942 mais les députés communistes ne sont libérés que le 5 février 1943, après trois ans d'enfermement. Les communistes dérangent, inquiètent. Les Américains craignent qu'une fois libérés, ils ne deviennent vite les principaux animateurs de la politique anti-vichyste et soulèvent entre autre le problème du droit à la Liberté des pays du Maghreb. Et de fait, une fois libéré, Ambroise Croizat contribue à réorganiser le mouvement communiste et le syndicat au Maghreb, à tel point qu'en janvier 1944, la CGT affiche 120 000 adhérents en Afrique du Nord. Dès août 1943, dans un discours devant un public d'ouvriers, il parle de cette France nouvelle qui naîtra de la Libération: « Redonner à la Nation sa grandeur et aux travailleurs la place qu'ils méritent par leur effort et leur sang versé sera notre tâche. Les larmes et la mort n'auront pas été vaines. Elles accoucheront d'une France nouvelle, celles des nationalisations et de la Sécurité Sociale ».

« En septembre 1943, Ambroise Croizat rejoint, au titre de la CGT clandestine, l'Assemblée Consultative instaurée autour du Conseil National de la Résistance créé par De Gaulle à Alger le 3 juin 1943. Il préside la commission du Travail. C'est là que va prendre vie le programme du Conseil National de la Résistance. «Véritable déclaration des droits nouveaux, charte des futures grandes réformes nées dans la nuit et le feu du maquis ». (Michel Etiévent).

Le lien de la résistance aux conquêtes sociales de la Libération, c'est d'abord un contexte politique: c'est la gauche et les communistes qui à partir de 1943 constituent les gros bataillons de la résistance armée intérieure tandis que même la résistance de droite ou de centre-droit se déporte vers la gauche en voyant le patronat et la droite traditionnelle s'enfoncer dans la collaboration en France occupée et en mesurant combien l'unité de la Résistance, qui ne peut se faire que sur un projet politique commun, est précieuse pour gagner et la guerre et préparer l'après-guerre, éviter une soumission de la France aux probables vainqueurs américains. C'est aussi une donnée existentielle: la lutte forge et se nourrit du rêve, de l'exigence, de l'optimisme: elle est surtout le fait d'hommes jeunes qui rêvent d'un pays neuf débarrassé des injustices, des faillites démocratiques et sociales de l'avant-guerre, celles-ci s'étant encore aggravées pendant l'occupation. Dans la douleur, la soif de vivre est immense: c'est elle qui permet d'endurer en attendant des lendemains meilleurs, de s'astreindre à une discipline de fer, de consentir au sacrifice de sa vie en sachant qu'il prépare un monde meilleur, que le combat ne sera pas vain. « La souffrance engendre les rêves, écrit Michel Etiévent, et les rêves parlent tout haut ». Et l'auteur de citer De Gaulle lui-même, homme d'ordre qui a cette époque considère la réforme sociale et morale de la France inéluctable: « Impossible de ne pas entendre la voix profonde du peuple comme on entend la rumeur de la mer... La France délivrée ne voudra ni reprendre la route de l'abîme, ni demeurer dans celle de l'esclavage. D'avance, elle a choisi un chemin nouveau. Elle aura subi trop d'épreuves pour ne pas être résolue à de profondes transformations. Elle veut que cesse un régime économique dans lequel les grandes sources de la richesse nationale échappaient à la Nation, où la conduite des entreprises excluait la participation des organisations des travailleurs ».

 

Le Conseil National de la Résistance, né le 27 mai 1943 grâce aux efforts de Jean Moulin notamment, chargé par le général de Gaulle de travailler à unifier la résistance intérieure et à la soumettre à l'autorité du général, à l'époque rival de Giraud, soutenu par les américains et même les anglais en sous-main, trace les contours de son programme révolutionnaire par l'ampleur et le caractère structurel des réformes proposés, même s'il ne met pas à bas le capitalisme, se contentant de le neutraliser en partie et de créer de nombreuses espaces de socialisation des richesses, est arrêté le 15 mars 1944. Il paraît en zone sud sous le nom simple et magnifique « Les jours heureux » et décline au futur liberté, démocratie économique, solidarité, avec pour fondement L'humain et l'intérêt général d'abord. « Mettre définitivement l'homme à l'abri du besoin, en finir avec l'indignité, la souffrance, le rejet, l'exclusion ». Les mots esquissent les grandes réformes qui fondent une nouvelle République de citoyens ayant conquis une égalité fondamentale. L'invention sociale est en marche: « Instaurer une véritable démocratie économique et sociale impliquant l'éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l'économie... Retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sol-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques... Droit d'accès dans le cadre de l'entreprise aux fonctions de direction et d'administration pour les ouvriers et participation des travailleurs à la direction de l'économie... Droit au travail... Liberté de pensée et d'expression ».

Le chantier s'ouvre à la Libération avec une classe ouvrière grandie par engagement dans la résistance, une CGT à cinq millions d'adhérents, un parti communiste à 27% des voix... Le « Parti des Fusillés », premier parti de France, a acquis le prestige et l'autorité d'un parti national, d'autant que les groupes FTP ont accepté de rendre les armes pour que s'installent les commissaires de la République et l'autorité des lois plutôt que celles des maquis. En Octobre 1945, 5 millions de voix se portent aux législatives sur les communistes, qui obtiennent 151 députés à l'Assemblée Nationale. Le 13 novembre 1945, De Gaulle, chef du gouvernement provisoire, fait appel à cinq communistes. Aucun grand ministère régalien mais Charles Tillon au ministère de l'armement, François Billoux à l'Economie Nationale, Marcel Paul à la Production Industrielle, tandis que Maurice Thorez se voit confier un ministère d'état et qu'Ambroise Croizat hérite du travail et de la Sécurité Sociale.

 L'ordonnance qui crée la Sécurité Sociale paraît le 4 octobre 1945. La protection sociale, qui relevait jusque là des « Assurances sociales » (loi du 5 avril 1928, combattue par les patrons d'entreprises jusqu'à la nouvelle loi du 1er juillet 1930), ne protégeait contre la maladie qu'une faible partie des salariés et de leurs ayant droit. A peine un tiers de la population française... Le système était anarchique, avec une multitude de caisses patronales, confessionnelles, syndicales, mutuelles, concurrentes entre elles et n'offrant pour la plupart qu'une protection aléatoire. Pour les retraites (loi de 1910), la couverture est dérisoire ou inexistante. Pas plus d'un million de Français en bénéficient, alors que 5 millions d'entre eux pourraient y prétendre et n'ont pour seuls recours que la charité et leurs économies. 

 

"Désormais, analyse Michel Etiévent, la sécurité sociale devient un droit fondamental, universel, obligatoire et solidaire et non un mécanisme d'assurance couvrant un risque. Dans l'esprit d'Ambroize Croizat, la Sécurité Sociale devait couvrir tous les travailleurs, salariés ou non (loi du 22 mars 1946). Les non-salariés (petits commerçants, professions libérales et artisans notamment) refusèrent par la voix de leurs responsables, qui n'acceptaient pas de se laisser assimiler à de "vulgaires prolétaires". Beaucoup le regretteront. 

Le nouveau système va "digniser" l'ensemble autour de quatre mots clefs: 

L'unicité: une institution unique, obligatoire, couvrira désormais l'ensemble des domaines de la protection sociale, des "risques sociaux", dit-on à l'époque (maladie, vieillesse, décès, invalidité ainsi que les accidents du travail, gérés jusque-là par les assurances privées). "L'ambition, déclarait Croizat à l'Assemblée, le 20 mars 1946, est d'assurer le bien-être de tous, de la naissance à la mort. De faire enfin de la vie autre chose qu'une charge ou qu'un calvaire". 

L'universalité: la couverture est étendue à tous les citoyens, avec la volonté de généraliser à court terme le nouveau système. Et ceci malgré l'opposition de certaines professions qui refuseront de s'y intégrer....

La solidarité: c'est la pierre angulaire du système. Solidarité inter-générations, solidarité actifs-inactifs, malades bien-portants. Le tout financé par les richesses créées dans l'entreprise. En ce qui concerne le financement de l'institution, les propos de Croizat sont d'une modernité brûlante: "Outre le fait que cela grèverait fortement les contribuables, disait-il, faire appel au budget de l'Etat serait subordonner l'efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières qui paralyseraient les efforts accomplis". 

Démocratie enfin, et c'est là "l'exception française" car seule une gestion par les intéressés eux-mêmes peut garantir que la santé restera un droit fondamental pour tous. Là encore, les mots du ministre sont novateurs: "Pour la première fois, l'appareil nouveau met la gestion de l'intérêt des travailleurs dans les mains des travailleurs eux-mêmes. Ceci est d'autant plus important car l'assurance (et particulièrement pour les accidents du travail) relevait jusqu'à ce jour de compagnies commerciales et, pour les allocations familiales, d'une gestion purement patronale". 

L'ordonnance n'avait fait qu'énoncer les principes. Il restait à bâtir l'édifice. Ce sera l'oeuvre principale de Croizat. Entouré d'une équipe au sein de laquelle on retrouve entre autres, Marcel Willard, Jean Briquet, Maurice Patinaud, Marcel Lamour, Le Quéré, Henri Raynaud, le "bâtisseur de la Sécu" y consacrera l'essentiel de ses deux années de ministère. Deux ans d'un chantier immense, rendu possible par l'élan de solidarité et le nouveau rapport de forces politiques qui suit la Libération. Tout est à faire, substituer à l'immense fatras des 1093 Caisses diverses et organismes privés un système cohérent, décentralisé, bâti autour de 138 Caisses primaires d'assurance-maladie et 113 caisses d'allocations familiales, essentiellement gérées - au début tout du moins- par les travailleurs...".. 

En mai 1946, grâce aux efforts d'Ambroise Croizat, une loi accorde une pension de retraite à tous les salariés âgés de plus de 65 ans. Quand Croizat quittera le gouvernement en mai 1947, le montant des retraites sera majoré de 130 à plus de 200%. 4 millions de français bénéficient de la retraite.

Croizat présente ainsi dans un discours à l'Assemblée Nationale le 4 août 1946 le sens de son action gouvernementale:

"La sécurité sociale, née de la terrible épreuve que nous venons de traverser, appartient et doit appartenir à tous les Français et à toutes les Françaises, sans considération politique, philosophique ou religieuse. Ce qu'elle donne aux Français ne résulte pas de la compassion ou de la charité, elle est un droit profond de la nature humaine. Elle sera, nous en sommes sûrs, d'une portée considérable à long terme. Elle permet d'espérer, en raison des perfectionnements postérieurs qui pourront lui être apportés, voir la France et la République se placer au premier rang des nations du point de vue du progrès social...".

Le travail de Croizat au ministère du travail ne s'arrête pas là. Le 25 février 1946, il fait voter la loi sur la majoration des heures supplémentaires (25% entre 40 et 45h, 50% au-delà, 100% les dimanches et jours fériés). Il fit de même pour l'augmentation des primes et le travail de nuit et du dimanche. C'est également Croizat qui fixe la durée des congés payés à un mois pour les jeunes de moins de 18 ans et à 3 semaines pour la classe d'âge entre 18 et 21 ans. Il est également à l'origine d'un vrai service public de l'emploi, de la refonte d'une grande partie du Code du Travail, de la revalorisation des rentes des mutilés du Travail et des vieux mineurs, de la création d'un Conseil national du Travail chargé d'examiner les projets relatifs à la législation sociale, mais également d'innover en la matière. Il engage un vaste chantier dans le domaine de la formation professionnelle pour libérer l'enseignement technique de la tutelle patronale ou confessionnelle. Grâce à ses efforts et à ceux de Maurice Thorez, de nouveaux statuts de la fonction publique sont adoptées. "On y trouve des avancées extraordinaires comme la reconnaissance intégrale du droit syndical, la participation des syndicats à la gestion du personnel, la démocratisation du recrutement, l'égalité des sexes pour l'accès à la promotion dans les services publics". On développe la prévention des accidents et des maladies du travail en créant la médecine du travail, les ancêtres des comités hygiène et sécurité. On attribue pour la première fois un rôle économique et décisionnel aux comités d'entreprise. En avri 1946, Croizat propose d'instituer l'égalité de salaire entre homme et femme: "Si l'égalité politique est une victoire partielle, l'égalité économique est une victoire complète" dit-il alors. 

" Aux côtés de Marcel Paul, complice de longue date, il se battra avec acharnement pour imposer le statut des mineurs (14 février 1946) et celui du personnel du gaz et de l'électricité (22 juin 1946). Il cosignera d'ailleurs ces documents, qui vont transformer les conditions matérielles, sociales et culturelles des agents de ces deux services publics. On retrouve en effet, dans les deux statuts, des avancées considérables: sécurité d'emploi, protection sociale de haut niveau, unicité de traitement, activités sociales gérées par les travailleurs eux-mêmes, 1% des recettes d'EDF pour les électriciens et les gaziers".

Pour faire comprendre et obtenir une mise en oeuvre concrète de ces mesures en contournant les obstacles et les difficultés, Croizat effectue des centaines de déplacements, aussi bien à Paris qu'en province. Il y démontre sa capacité d'écoute et son humilité, en même temps que son sens de l'efficacité et du travail bien fait.

Cette profond mouvement de rénovation sociale de la société française pour l'universalité de l'accès au droit et la souveraineté du travail va pourtant s'interrompre.

En 1946, le patronat redresse la tête, sabote l'application du programme du CNR. Les tensions au sein du gouvernement croissent. Droite et socialistes freinent les nationalisations ou remettent en cause les statuts des mineurs, des gaziers et électriciens, des cheminots et des travailleurs de chez Renault... Ils entament la guerre d'Indochine. Le blocage des salaires et la flambée des prix créent un climat social tendu. Les pressions des Américains sur le gouvernement s'accentue pour faire sortir les communistes.

L'éviction a lieu le 5 mai 1947. Le motif est la solidarité trop voyante des communistes aux revendications des ouvriers de Renault. En réalité, dans un contexte de début de guerre froide, les Américains monnayent leur aide à la France contre une marginalisation des communistes.  

Evincé du gouvernement, Croizat reprend à plein temps la tête de la Fédération CGT de la métallurgie. En cette année charnière, les grèves contre le blocage des salaires et la vie chère se multiplient: mineurs, métallos, dockers, ouvriers de chez Renault. "La police intervient. Elle embarque, incarcère. Partout, au coeur des carreaux de Lorraine ou du Pas de Calais, la violence s'installe. A Firminy, dans le bassin de la Loire, la grève lancée le 4 octobre 1948 tournera à l'émeute entre mineurs et CRS pour la possession du puits". 2 mineurs sont tués par balle.

Croizat tonne en décembre 1947 dans l'Union des métallurgistes: "Ce gouvernement n'a pas hésité à faire tirer sur les grévistes, à employer des gaz lacrymogènes, en un mot, à mettre tout en oeuvre pour venir à bout de la résistance ouvrière. Rien n'a été ménagé. On a utilisé des mesures répressives et spéculé à fond sur la misère et la faim des valeureux combattants... Si Hitler n'a pas réussi à mater le peuple, ce n'est pas Jules Moch et ses sbires qui y parviendront".  

Plus tard, en 1950, Croizat bataille contre le plan Schuman et le projet de Communauté du Charbon et de l'Acier avec l'Allemagne. Il y voit un projet de mise sous tutelle américaine, de réduction de l'indépendance industrielle de la France. Il remet aussi en cause les cadences et la productivité imposés par le patronat dans les industries.

En juillet 1950, Croizat, déjà éprouvé par un cancer du poumon, perd son fils, ouvrier électricien de 26 ans, dans un accident du travail à Lyon. Il meurt le 12 février 1951 après une opération qui n'a pas suffit. Son cortège funèbre, le 17 février 1951, rassemble des centaines de milliers de personnes venus lui rendre hommage.

A cette vie exemplaire et si riche de réalisations durables et révolutionnaires, nous avons le désir d'être fidèles à notre humble niveau en perpétuant et prolongeant l'héritage et surtout en commençant par le défendre face à la réaction capitaliste progressant depuis 30 ans sous des gouvernements de droite comme (prétendument) de gauche sous couvert de modernisme, d'adaptation à la mondialisation, à la concurrence internationale.

Ismaël Dupont

 

Hommages à notre camarade Michel Etievent, historien, spécialiste d'Ambroise Croizat et de la création de la Sécu
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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:49
Une magnifique affiche de Dugudus sur le 80e anniversaire de l'exécution des otages de Chateaubriant

Une magnifique affiche de Dugudus sur le 80e anniversaire de l'exécution des otages de Chateaubriant

Châteaubriant - 17 octobre - 80e anniversaire de l'exécution des 27 dans la Sablière le 22 octobre 1941
 
Le 22 octobre 1941, 48 hommes, qui ne s’étaient pas résignés à voir leur pays tomber aux mains de l’Allemagne nazie, furent exécutés à Châteaubriant, Nantes et Suresnes, au Mont-Valérien.
 
27 patriotes français, détenus au camp de Choisel, ont été fusillés par les Allemands dans la carrière de Châteaubriant, le mercredi 22 octobre 1941 entre 15h50 et 16h10.
 
Ces militants du Parti communiste français et/ou de la CGT ont été assassinés en représailles à l’exécution du Feldkommandant de Nantes, Karl Hotz, par un résistant communiste.
 
Cette exécution de masse généra immédiatement une vague d’émotion qui peu à peu s’étendit dans tout le pays ainsi que dans le monde libre.
 
La fédération du Finistère du PCF invite ses adhérents et nos sympathisants à participer à la commémoration du  80e anniversaire de l'exécution de nos camarades, et parmi eux, avec le député communiste Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud, le responsable de la CGT des Métaux, le jeune Guy Môquet, dirigeant de la Jeunesse Communiste à Paris, plusieurs militants finistériens: Pierre Guéguin et Marc Bourhis (devenu trotskyste) de Concarneau, Eugène Kerivel de Douarnenez, Fernand Jacq de Huelgoat, détenu aussi au camp de Choisel étant fusillé deux mois plus tard, à Juigné- les- Moutiers, près de Châteaubriant ,dans la forêt de la Blisière ,à l'âge de 32 ans, le 15 décembre 1941.
 
Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français, et Philippe Martinez, le secrétaire national de la CGT, assisteront à la cérémonie en l'honneur de nos camarades victimes du fascisme.
 
Le comité brestois du souvenir et les fédérations du PCF Finistère et des Côtes d'Armor organisent un déplacement collectif depuis le Nord Bretagne.
 
- Par une place dans le car du nord Finistère le dimanche 17 octobre (participation de 20€ pour le transport).
- Départ 7h15 : Parking de Géant – Brest
- Passage vers 8h : Parking de Géant – Morlaix
- Passage vers 9h : Gare – Saint Brieuc
 
- Un car part du sud-Finistère  - de Concarneau- avec 32 personnes ayant réservé jusqu'à présent.
 
Des co-voiturages sont aussi organisés de Brest, Morlaix, du Pays Bigouden.
 
Les Finistériens sont présents nombreux cette année pour le 80e anniversaire de l'exécution des 27 de Châteaubriant, où on attend près de 5000 personnes.
 
 
La fédération du PCF Finistère
federation@29.pcf.fr / dupont.ismael@yahoo.fr
5 rue Henri Moreau 29 200 BREST
06 20 90 10 52
 
« Les Fusillés de Châteaubriant »

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour
Ils n’ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

René-Guy Cadou, « Les Fusillés de Châteaubriant », in René-Guy Cadou, Pleine Poitrine, Périgueux, P. Fanlac, 1946.
Repris dans Pierre Seghers, La Résistance et ses Poètes : France 1940-1945, Paris, Éditions Seghers, 1974.
© Éditions Seghers, 1974

 
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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:32
Affiche de Dugudus - 80e anniversaire de l'exécution des 27 à Châteaubriant

Affiche de Dugudus - 80e anniversaire de l'exécution des 27 à Châteaubriant

Les derniers jours des 27 de Châteaubriant. #1 Mémoire et dignité
Mardi 12 Octobre 2021

Il y a 80 ans, le 22 octobre 1941, 27 résistants, dont Guy Môquet, 17 ans, étaient exécutés par les nazis après désignation par le gouvernement de Vichy. Découvrez chaque jour le feuilleton que leur a consacré l’écrivain et journaliste Pierre-Louis Basse.

 

Qu’y faire ?

Pour les 27 de Châteaubriant, comme pour le dernier poème de Missak Manouchian et ses camarades de l’Affiche rouge ; pour Gabriel Péri, comme pour Politzer, d’Estienne d’Orves ou Bertie Albrecht ; pour l’ultime sourire de Sophie Scholl et les décapités de la Rose blanche ; pour tous ceux et celles qui ont vécu à en mourir, c’est toujours la même supplique qui s’impose, quand nous voulons les regarder avec le plus de justesse possible.

Et je vous le dis ce matin : cette fierté de pouvoir les accompagner, comme bras dessus bras dessous, dans ce journal qui n’a pas eu 100 ans par hasard.

Faut-il, sans perdre de temps, rappeler au lecteur qu’au moment de forcer le corps robuste et mince de Guy Môquet dans le cercueil quelques heures après le crime, c’est à grands coups de barre de fer que le bourreau nazi, Kristucat, fit le travail. Il ajoutait, vociférant dans les caves du château de Châteaubriant : « Kommunist, pas Français. »

Quelques bonimenteurs, lesquels n’aiment rien tant que refaire l’histoire en fonction de l’époque qui les gouverne, n’y peuvent rien : la supplique nous vrille les tympans de toute sa vérité, sa beauté, son impérieuse nécessité, quatre-vingts ans après le crime. Oui, j’entends encore la voix du philosophe, résistant, Vladimir Jankélévitch : « Ceux qui ont disparu à tout jamais n’existent plus que par nous et dans la pieuse fidélité de notre mémoire ; si nous perdions leur souvenir, ils n’existeraient plus du tout. Le passé, comme les morts, a besoin de nous ; il n’existe que dans la mesure où nous le commémorons (…). Nous parlerons donc de ces morts, de peur qu’ils ne retombent, comme disent les chrétiens, dans le lac obscur, de peur qu’ils ne soient à jamais engloutis dans le lac des ténèbres. »

Enfant, je m’étais habitué à cette image collective du grand sacrifice : les 27 de Châteaubriant, Guy Môquet, Jean-Pierre Timbaud, Claude Lalet, Jean Poulmarc’h, le député Charles Michels, le jeune violoniste de Concarneau, Bourhis et tous les autres, avaient eu une heure à peine pour se dire au revoir. Ils quittèrent la vie, mais ce sont les autres qui pleuraient de rage et de douleur. Rarement hommes avaient respiré jusqu’au bout, avec tant de force et de générosité.

Imaginez la scène de notre histoire : les assassins étaient bons Français des ministères et désignèrent, les uns après les autres, des types qui avaient mouillé la chemise en 1936 pour que la vie des humbles fût moins dure. « Parmi les détenus, prenez les plus dangereux », osa le sous-préfet Lecornu.

Oui, imaginez la scène : jusqu’au Conseil des ministres de Pétain, c’est un ministre d’État, Romier, qui reproche à Pucheu sa servilité : « Vous n’aviez pas à faire un choix. Vous n’aviez pas à prendre parti. Il fallait laisser aux Allemands la responsabilité de ce massacre. Vous la partagez désormais. »

Pour Vichy et leurs supporters – lesquels ne tarderaient pas à reprendre le flambeau quelques décennies plus tard –, fusiller ces représentants du peuple n’était pas suffisant. Il aurait fallu qu’ils n’eussent jamais existé.

Avec discrétion, presque grand silence, ce fut chagrin d’écouter le récit des miens.

Esther, ma mère, la jeune fille au baluchon qui s’en alla porter planches et ultimes messages des suppliciés vers la lumière des mots d’Aragon. Mon grand-père, Pierre Gaudin, qui s’était proposé d’être fusillé à la place des jeunes Nantais le 22 octobre. Et s’évada en novembre 1941 avec Auguste Delaune.

Je l’ignorais. C’est beaucoup plus tard qu’un ancien détenu m’en fit le récit. Les ans passèrent.

On aurait dit que les fusillés de Châteaubriant portaient sur leurs lèvres, dans le soleil d’octobre 1941, tout à la fois le pacte inique Staline-Hitler et la trahison future d’une utopie de partage et de liberté qui leur avait permis de chanter jusqu’au bout.Au fil du temps, l’effraie d’une mémoire défigurée nous obligeait à veiller sur l’immense sacrifice. Souvent, les poètes demeuraient seuls capables de placer notre mémoire au garde-à-vous du temps qui passe. Aragon et le Crime contre l’esprit : « On dira : c’étaient des communistes. Est-il possible que des Français, est-il possible que des hommes, unis à d’autres hommes, à d’autres femmes par les liens de la chair, de l’affection, de l’amitié, puissent se satisfaire d’une phrase pareille ? »Qu’un gamin de 17 ans à peine, massacré évanoui, fût élevé par le général de Gaulle au rang de héros de la nation ne suffisait pas.

Ils avaient refusé d’avoir les yeux bandés. Ils ont crié « Vive la France », « Vive 1789 ». C’était à n’y pas croire : on osait défigurer leur combat, au seul prétexte que la plupart étaient communistes.

Non, les 27 de Châteaubriant n’étaient pas seulement des otages. Non ! Dans la cour du lycée Carnot en 1937 et 1938, Guy avait 14 ans quand il donnait quelques bourre-pifs et coups de cartable aux antisémites en culotte de golf, lesquels s’en prenaient à ses copains fils de bijoutiers, Pierre Chalon et Maurice Cohen. Combien de fois ces deux copains, venus de milieux si différents, m’avaient intimé l’ordre de rappeler ce courage, cette gouaille de l’enfant de la rue Baron et des Batignolles.

Pour Vichy, fusiller ces représentants du peuple n’était pas suffisant. Il aurait fallu qu’ils n’eussent jamais existé.

Quatre-vingts ans après le crime, les faussaires de l’histoire s’efforçaient même de reprendre la main, en chantant les louanges de Pétain. La télévision invitait les faussaires. La France croupion du Maréchal n’en revenait pas de reprendre ainsi toutes ses couleurs. Très en forme, les maréchalistes des temps modernes allaient jusqu’à prétendre que les otages de Châteaubriant n’étaient pas résistants puisqu’ils étaient communistes !

Ainsi, au seuil des années 2000, les cagoulards de bac à sable se rappelaient avec mélancolie ce bon temps de Daladier, où les communistes étaient en prison et les juifs déjà menacés avant d’être anéantis.

Comme si tout devait recommencer. Comme si tout était vrai.

Les faussaires avaient oublié que le jeune Claude Lalet, étudiant à la Sorbonne, fusillé dans la sablière de Châteaubriant, avait beaucoup donné les 8 et 11 novembre 1940, au cours des premières grandes manifestations anti-allemandes à Paris. Pour que la réécriture de l’histoire fonctionne à plein régime, il fallait donc oublier les jeunes communistes, gaullistes, chrétiens de la première heure. Il fallait oublier l’arrestation, dès 1940, du professeur Paul Langevin. Oublier le courage de Germaine Tillion, les premiers résistants du musée de l’Homme. Et toutes ces revues, ces feuilles, dès l’automne 1940 ; de l’Université libre, avec Solomon et Politzer, à François de Lescure, qui imprime tracts et publications clandestines, jusqu’aux lycéens de Buffon et leurs collages sur les murs de Paris…

Et il fallait en urgence oublier que les 27 de Châteaubriant avaient été désignés par les hommes de Pétain, Pucheu, ministre de l’Intérieur, en tête de sinistre gondole…

Il faut se rendre à la carrière de Châteaubriant. Il faut marcher seul, avec les amis, en famille, dans cette jolie clairière du pays de la Mée. Le chemin tout en pente ignore le cours des années.

J’ai dix ans.

Et je sais bien qu’au retour de la mer, Esther, la jeune fille au baluchon, va me lire l’ultime lettre de Guy.

Quatre-vingts ans. « Ils n’avaient réclamé ni la gloire, ni les larmes ».

Le chemin, toujours le même, où les trois camions s’étaient rangés, quelques instants avant la fusillade. Et il y a maintenant, juste dans la grande plaine qui invite à regarder les neuf poteaux du crime, ces quelques chevaux tranquilles ; on dirait qu’ils apaisent le paysage alentour. Ils s’ébrouent dans le lourd silence d’été de la campagne.

Il faut se rendre à la carrière de Châteaubriant. Le chemin tout en pente ignore le cours des années.

Quatre-vingts ans. Les cris, la fusillade saccadée, le rythme fou du peloton d’exécution venu tout exprès d’Angers, les petites lunettes rondes de Pierre Guéguin, qui volent en éclats. Tout a disparu. La désolation des hommes s’est enfuie dans la nuit des temps. C’est à peine s’il reste dans l’air la dernière bravade de Timbaud avant de tomber : « Vive le Parti communiste allemand ! » Ou le poing serré de Guy autour du petit mouchoir de Cholet.

Plus rien. Presque une forme de soleil retrouvé. Comme si la vie de chacun avait fini par triompher. Comme si nous, les vivants, les rescapés, les enfants des enfants, nous avions recueilli tous les cœurs vaillants des 27 de Châteaubriant.

Comme si le poète René Guy Cadou avait eu le dernier mot. Le seul. Celui qui sauve à jamais la mémoire des 27. Cadou, qui n’en pouvait plus de voir le sang sécher sur la route. L’instituteur de Louisfert avait laissé son petit village situé à 8 kilomètres de la carrière. Le mercredi 22 octobre, il était venu à vélo chercher une rame de papier à Châteaubriant. Il s’est arrêté en haut du chemin. Il s’est arrêté pour toujours en haut du chemin. Le seul à avoir trouvé les mots de la mémoire. Les mots de la dignité et de l’espoir. Tout ce qu’ils nous ont laissé, les 27 de Châteaubriant.

Icon Quote Ils sont appuyés contre le ciel.
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel.
Avec toute la vie derrière eux.
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule.
Qui est un monument d’amour.
Ils n’ont pas de recommandation à se faire.
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus.
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
qui les regardent mourir.
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres.
Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple.
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.
 

 

Pierre-Louis Basse, journaliste et écrivain,  
est notamment l’auteur de
♦ Guy Môquet, une enfance fusillée, 
 
Éditions Stock, 2000.
Dernier livre paru : 
Rien n’est perdu, 
Éditions Le cherche midi, 2020.

Les derniers jours des 27 de Châteaubriant - Pierre-Louis Basse, L'Humanité, 12 octobre 2021
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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:26
Burkina Faso. Assassinat de Thomas Sankara : 34 ans après, un procès pour l'histoire (Marc de Miramon, L'Humanité, 11 octobre 2021)
Burkina Faso. Assassinat de Thomas Sankara : 34 ans après, un procès pour l'histoire
Lundi 11 Octobre 2021 - L'Humanité

Le procès des assassins du « Che africain » s’ouvre ce lundi à Ouagadougou, un épilogue judiciaire attendu depuis près de trente-quatre ans. Si les circonstances de l’exécution du président burkinabé, perpétrée le 15 octobre 1987, sont connues, il reste à faire la lumière sur ses commanditaires.

 

Ravagé par les conséquences de la « guerre contre le terrorisme », ses tueries de civils commises par des groupes armés se revendiquant pour la plupart du djihad, ses déplacements de population fuyant les zones de combat, le « pays des hommes intègres » retient son souffle. Ce n’est cependant pas l’avenir sombre et la dégradation du climat sécuritaire qui préoccupe ce lundi le peuple burkinabé, mais l’exploration judiciaire d’un « passé qui ne passe pas ». « Le 11 octobre 2021 restera gravé dans les annales de l’histoire du Burkina Faso », promet le quotidien le Pays, alors que s’ouvre le procès public des assassins présumés de Thomas Sankara, exécuté au Conseil de l’entente il y a près de trente-quatre ans déjà.

Perpétré le 15 octobre 1987 par un commando parti du domicile de Blaise Compaoré, le numéro deux de la révolution progressiste installée par un coup d’État le 4 août 1983, le meurtre a fait l’objet d’une véritable omerta. Jusqu’à la chute de ce même Compaoré, à l’automne 2014, renversé par un soulèvement populaire mené au nom des idéaux d’un « sankarisme » plus vivace que jamais. Lors de la campagne présidentielle organisée l’année suivante, tous les candidats, de l’ex-poids lourd du système Compaoré, Roch Marc Christian Kaboré, à l’ultralibéral Zéphirin Diabré, ont revendiqué son héritage, tandis que la justice militaire ouvrait enfin une enquête contre « Blaise » et ses sicaires pour « complicité d’assassinats », « recel de cadavres » et « attentat à la sécurité de l’État ».

Le capitaine bouscule et dérange

L’instruction judiciaire, dont l’Humanité avait révélé en avril dernier des documents inédits impliquant des réseaux français, a confirmé la trame d’un scénario « shakespearien » signé Blaise Compaoré – que Thomas Sankara considérait comme son meilleur ami – et coécrit par des puissances étrangères bien décidées à chasser le leader autant patriote que panafricain. Son contexte et ses grandes lignes restituent l’histoire d’une révolution aux réussites indéniables, emmenée par le charismatique et intègre Sankara, imperméable à toute forme de corruption et peu enclin aux compromis.

 

Pionnier des combats écologistes, du développement endogène – le Burkina Faso avait réussi à atteindre l’autosuffisance alimentaire – comme des luttes féministes, le capitaine bouscule et dérange les structures traditionnelles et patriarcales. Son immense popularité auprès des jeunesses africaines, ses éloquents discours fustigeant le néocolonialisme, l’impérialisme ou le fardeau d’une dette qu’il refuse de payer donnent des sueurs froides aux dirigeants des pays voisins – Côte d’Ivoire et Togo en tête – mais aussi à Washington et à Paris.

La haine de Jacques Chirac

La CIA surveille comme le lait sur le feu ce militaire altruiste qui garde toujours son pistolet à la ceinture, même pour une audience avec le parrain régional de la Françafrique, l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, et ne quitte son treillis que pour le faso danfani, le tissu traditionnel fabriqué et cousu au pays. Quant aux décideurs français, ils bouillonnent d’une rage de moins en moins contenue. Thomas Sankara a beau exercer sur eux une fascination certaine, en particulier sur Jacques Foccart, inamovible chef d’orchestre des réseaux parallèles que pilote la République pour dompter ses anciennes colonies, son sort paraît scellé avec le début de la première cohabitation, en 1986. Devenu premier ministre, Jacques Chirac ne cache pas sa haine recuite contre le président du Conseil national révolutionnaire du Burkina Faso, qui a eu l’outrecuidance de parrainer une motion en faveur de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie aux Nations unies.

Quelques mois avant l’assassinat, le patron d’une droite française qui bénéficie à plein des valises de billets envoyées par Félix Houphouët-Boigny menace explicitement Thomas Sankara, en s’adressant ainsi au journaliste Elio Comarin : «Dites à votre “petit” capitaine qu’il range ses abattis (abats de volaille, pattes et ailes coupées – NDLR), d’ici six mois on se sera occupé de lui. » Reste à déterminer si l’indispensable feu vert de Matignon ou de l’Élysée s’est borné à cautionner le coup d’État perpétré par Blaise Compaoré, ou si la France a validé, voire commandité l’assassinat. Il est hélas peu vraisemblable que le procès public qui s’ouvre ce lundi et qui se déroulera sans la présence du principal accusé puisse répondre à ces brûlantes questions.

En attendant les conclusions des prochaines instructions, la justice militaire va donc s’en tenir à un volet strictement interne, même si de nouvelles révélations peuvent toujours surgir des contre-interrogatoires et des auditions. En 2017, Emmanuel Macron avait promis dans un discours tenu à Ouagadougou la déclassification des documents français concernant l’assassinat de Thomas Sankara. Si trois lots d’archives ont effectivement été remis à la justice burkinabée, la pertinence des masses de papier n’a pas convaincu les avocats des parties civiles, et aucun organisme indépendant n’a pu vérifier si l’engagement du président français relevait du vœu pieux, d’un écran de fumée ou d’une réelle sincérité.

Le trublion de la Françafrique

Le révolutionnaire burkinabé donnait des sueurs froides aux potentats du pré carré français, tout en exerçant sur eux une véritable fascination. Le complot qui a scellé sa chute trouve probablement sa source en Côte d’Ivoire, où le président, Félix Houphouët-Boigny, s’était imposé comme le parrain politique de Blaise Compaoré, mais Thomas Sankara dérangeait bien au-delà de la sphère d’influence française. Son aura agaçait jusqu’à la Libye du colonel Kadhafi, qui se rêvait en « roi d’Afrique » et ne goûtait guère la concurrence du bouillant capitaine. Ce dernier disposait aussi de soutiens parfois inattendus, à l’instar d’Omar Bongo, président du Gabon, qui s’est posé en protecteur de certains de ses proches ou de sa famille après son assassinat.

Mort de Thomas Sankara. Pour Bénéwendé Sankara, les soutiens extérieurs « ne font pas l’ombre d’un doute »
Lundi 11 Octobre 2021

L'avocat de la famille Sankara et actuel ministre burkinabé de la Ville décrypte les enjeux d’un procès historique. Entretien.

Le procès qui s’ouvre ce lundi permettra-t-il de connaître enfin la vérité sur la mort de Thomas Sankara ?

Bénéwendé Sankara Les témoignages qui impliquent éventuellement des puissances étrangères sont consignés au niveau du parquet. Nous avons déposé une nouvelle liste de témoins avec des noms français comme Jean-Christophe Mitterrand (fils de l’ancien président et conseiller aux affaires africaines au moment de l’assassinat– NDLR), Jack Lang et bien d’autres. Mais moi je n’attends pas grand-chose de ce côté-là, car la procédure est essentiellement instruite sur la base des charges qui pèsent sur Blaise Compaoré et la dizaine de personnes qui devaient comparaître avec lui. Je ne vois pas de rebondissement possible, sauf à ouvrir une nouvelle instruction sur la base d’une complicité française ou d’un complot international. En théorie, c’est parfaitement possible.

Pour vous, est-il établi qu’il y a eu des complicités internationales ?

Bénéwendé Sankara Bien sûr ! Dans mon esprit, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Reste à savoir si ces complicités ont simplement accompagné le coup d’État ou si elles concernaient également la décision d’éliminer physiquement Thomas Sankara. Encore une fois, il faudrait pour cela investiguer sérieusement les éléments qui sont contenus dans la procédure et qui appuient cette hypothèse. Pour l’heure, ce procès est intra-burkinabé et il m’étonnerait beaucoup que le juge aille fouiller dans les méandres de ces procès-verbaux.

Le fait de ne juger que les responsables burkinabés et pas leurs éventuels parrains étrangers correspond-il à une volonté politique ?

Bénéwendé Sankara Côté burkinabé, la volonté politique était de faire aboutir une affaire qui faisait l’objet d’un déni de justice jusqu’à la chute de Blaise Compaoré. N’oubliez pas qu’on a changé de nature de juridiction. D’une plainte déposée au départ devant un juge d’instruction civil, on est parti jusqu’en cassation, puis devant le Comité des droits de l’homme, qui a reconnu que le Burkina Faso avait violé le pacte relatif aux droits civils et politiques, mais l’État du Burkina est resté dans une inertie et dans un déni de justice. La présente procédure se déroule devant le tribunal militaire, suite à un ordre de poursuite donné par le premier ministre de la transition Yacouba Isaac Zida.

Les audiences vont se dérouler sans la présence du principal accusé, aujourd’hui réfugié en Côte d’Ivoire. Comment l’expliquer ?

Bénéwendé Sankara Il y a eu l’émission d’un mandat d’arrêt international, mais la Côte d’Ivoire a invoqué la nationalité ivoirienne obtenue par Blaise Compaoré pour refuser l’extradition. Récemment, le ministre en charge de la Réconciliation a pu le rencontrer pour le convaincre qu’il fallait maintenant rentrer au Burkina Faso. Mais qu’il allait forcément faire face à la justice car le président, Roch Marc Christian Kaboré, a été clair : on ne peut pas faire la réconciliation sur le dos de la justice et de la vérité. C’est pour cela qu’il s’est ravisé ! Mais je crois que la volonté politique de le ramener au pays existe réellement, comme elle existe concernant Yacouba Isaac Zida, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt et qui est actuellement réfugié au Canada.

Ce procès s’ouvre dans un contexte particulier, au lendemain d’un sommet Afrique-France à Montpellier. Que vous évoque ce télescopage?

Bénéwendé Sankara C’est évidemment un pur hasard, mais ce sommet n’enlève rien à la dimension néocoloniale qui marque toujours les rapports entre la France et son ancien pré carré, que ce soit au Burkina Faso, au Mali ou au Niger. La jeunesse africaine n’est plus celle d’il y a vingt ou trente ans, elle est moins docile, moins « domptable ». Elle a accès aux nouvelles technologies, elle s’informe et ne s’en laisse plus conter. Même si Emmanuel Macron a pu se complaire dans ses échanges avec cette jeunesse lors du sommet Afrique-France, celle-ci est bien décidée à faire entendre sa voix.

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 05:18
REPORT DE LA REPRESENTATION DU SPECTACLE « LES MAUVAIS JOURS FINIRONT »

REPORT DE LA REPRESENTATION DU SPECTACLE « LES MAUVAIS JOURS FINIRONT » Suite à un accident qui immobilise l'un des comédiens, le Théâtre de la Corniche est au regret d’annoncer le report de la présentation de son spectacle, Chroniques en chanson de la Commune de Paris, qui devait se tenir à la M.J.C. de Morlaix le lundi 18 octobre. De nouvelles propositions de dates seront annoncées d'ici la fin

Dans le cadre du 150ème anniversaire de la Commune, le Théâtre de la Corniche (qui avait joué la pièce de théâtre pacifiste "Bonsoir m'amour" sur la guerre 14-18 en 2018) présente le lundi 18 octobre à 19h à la MJC de Morlaix son spectacle "Les mauvais jours finiront" sur la Commune de Paris.
Chronique en chansons de la Commune de Paris. Le Théâtre de la Corniche revisite ces 72 journées du printemps 1871, remises dans son contexte historique de la capitulation de l'armée de Napoléon III et du siège de Paris par les Prussiens, d'une proclamation d'une république dans un pays resté profondément monarchiste et d'une opposition de plus en plus marquée entre la France rurale et la capitale.
 
Pour en savoir plus, visitez le site du Théâtre de la Corniche: https://www.theatredelacorniche.fr/ete-2021/les-mauvais-jours-finiront/
 
INFOS PRATIQUES:
 
Date le lundi 18 octobre à 19h
 
Organisateur MJC Morlaix, Morlaix, place du Dossen
 
Téléphone 02 98 88 09 94
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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 05:19
Journal l'Unité du PCF Concarneau, 1977

Journal l'Unité du PCF Concarneau, 1977

Journal l'Unité du PCF Concarneau, 1977

Journal l'Unité du PCF Concarneau, 1977

1920-2020: 110/ Joseph Argouac'h, résistant, artisan de la Sécurité sociale, maire communiste de Concarneau (1915-1997)

Il fut maire de Concarneau entre 1980 et 1983, secrétaire général de la mairie de Concarneau pendant 35 ans, de 1939 à 1974, Joseph Argouarc'h a eu pendant les années d'occupation une action déterminante au sein de la Résistance. Ce qui lui a valu de recevoir du gouvernement provisoire du Général de Gaule la médaille d'argent du courage et du dévouement. « Plusieurs centaines de patriotes lui doivent leur salut grâce aux faux papiers qu'il leur fournissait », soulignait Pierre Le Rose au moment de son décès en mai 1997 (Le Télégramme, 12 mai 1997). Il était membre du réseau "Vengeance".

Membre du parti communiste auquel il a adhéré en 1937, Joseph Argouarch fut un actif militant avec un souci prioritaire pour le social.

A la Libération, en 1944, il reconstitua le syndicat CGT des communaux de Concarneau et en devint secrétaire. Il fut aussi membre fondateur du syndicat national des cadres des services de la fonction publique et de santé CGT, responsable de l'Union locale CGT de Concarneau.

Joseph Argouarc'h s'impliqua fortement dans la création de la Sécurité sociale et, à Brest, en juin 1948, il fut désigné pour présenter un exposé sur la Sécurité sociale lors du congrès de l'Union départementale CGT du Finistère. Présenté en avril 1947, sur la liste CGT, aux élections du conseil d'administration de la caisse de sécurité sociale du Sud-Finistère, il en fut membre jusqu'en 1978. De 1950 à 1962, il en occupa la vice-présidence puis la présidence. Il fut aussi président de l'URSAFF, président du conseil d'administration de la caisse primaire d'assurance maladie du sud-Finistère.

En 1977, Joseph Argouarc'h est élu au conseil municipal sur la liste d'union de la gauche conduite par Robert Jan dont il devient le premier adjoint. En 1980, après la démission de Robert Jan pour raisons de santé, il est élu maire de Concarneau. Poste qu'il occupera jusqu'aux élections de 1983.

De son action comme maire, on retiendra plusieurs réalisations notamment la création du centre de loisirs, des classes de neige, la construction du foyer-logements pour personnes âgées et de la maison de cure, la mise en place du quotient familial.

On n'oubliera pas non plus son action déterminante dans la création des jumelages avec Senne et M'bour.

Président en tant que maire du comité de jumelage, il était également membre de la fédération mondiale des villes jumelées.

Lors de ses obsèques, Jean Bottereau, responsable de l'union locale CGT rappela "son souci de développer la santé et la solidarité au-delà du simple soin par la prévention", son attachement à la paix: "homme de conviction, de parole et de confiance, tu savais encourager et aider ceux qui prenaient place à tes côtés pour amplifier ton combat pour l'homme et le progrès".

Sources:

- Journal Le Télégramme, 12 mai 1997

- Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social

- "Mémoire vivante", le bulletin de l'Institut d'histoire sociale IHS Bretagne, mars 2021

Photo Mémoire vivante IHS CGT Bretagne, mars 2021

Photo Mémoire vivante IHS CGT Bretagne, mars 2021

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1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 88/ René Lijour (1900-1979) et Lucie Lijour, née Le Goff (1909-1986)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 87/ Eugène Le Bris (1913-1943)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 86/ Alphonse Duot (1874-1964)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 85/ Alain Signor (1905-1970)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 84/ Marc Scouarnec (1894-1968)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 83/ Germain Bournot (1915-2007)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 82/ Michel Nédelec (1940-2009)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 81/ Eric Texier (1902-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 80/ Théophile Kerdraon ( 1891-1984)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 79/ André Guéziec (1922-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 78/ Jean Kérautret (1918-1942) et Vincent Guivarc'h (1918-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 77/ Emile Le Page (1922-1942) et Pierre Jolivet (1921-1942)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 76/ Louise Tymen (1925-2015)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 75/ Yves Giloux (1921-1943)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 74/ André Garrec (1922-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 73/ Frantz Boucher (1924-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 72/ François Echardour (1925-1988)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 71/ Marie Le Manchec (1914-1999)

100 ans d'engagements communistes en Finistère: 70/ Charles Moigne (1894-date de décès inconnue)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 69/ Jean Le Tréis (1884-1970)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 68/ François Tanguy (1925-1987)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes: 67/ François Tournevache (1919-1993)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 66/ Jos Quiniou (1900-1976)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 65/ François Gaonac'h (1901-1978)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 64/ Paul Lespagnol (1949-2003)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 62/ Le docteur Tran

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 60/ Guillaume Bodéré

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 58/ Guy Laurent (1940-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 56/ Pierre Cauzien (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 55/ Albert Jaouen (1909-1976)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 54/ Pierre Hervé (1913-1993)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 53/ Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier (1910-2007)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 52/ Yves Le Meur (1924-1981)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 51/ Jean Burel (1921-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 50/ Jacob Mendrès (1916-2012)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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