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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 06:21
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax

Avec Guy Darol, une superbe conférence des mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix et de grands moments de musique, d'émotion, et de compréhension des implications politiques et sociales du foisonnement esthétique soul, funk, blues du festival Wattstax, une fierté noire commémorant le 22 août 1972 la répression sanglante de la révolte du quartier noir de Los Angeles en 1965 avec les artistes du label Stax de Memphis, une ville historiquement raciste et ségrégationniste, où le Klan est très présent, des chanteurs et des musiciens noirs engagés contre les discriminations raciales, pour l'égalité des droits et la fierté retrouvée noire. Des chansons et une énergie formidable qui résonnent toujours aujourd'hui à l'heure du black lives matter et des violences policières persistantes. Avec Isaac Hayes, Rufus Thomas, Clara Thomas, Jesse Jackson, The Bar Kays, Johnnie Taylor, la playlist de WaTTstax! Avec un bonus la chanteuse de soul contemporaine Janelle Monae et sa chanson criée en mémoire des victimes des crimes racistes.

Wattstax où l'on chanta au final  "If I had a hammer" ("Si j'avais un marteau", 1949), une chanson d'influence communiste écrite par Pete Seeger, Guy Darol montrant aussi à travers son propos érudit et passionné, embrassant la longue durée de la conquête des droits civiques et de l'égalité, l'influence du Parti communiste américain depuis les années 20 dans l'organisation des afro-américains pour leur émancipation et l'égalité (Angela Davis), et la dénonciation du racisme structurel et institutionnel.

Merci à Mariane et à Zelda pour la logistique de ce Mardi de l'éducation!!!

 

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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 06:15
Les ouvrages ont été remis à chacun des représentants des déportés par une personnalité morlaisienne, comme ici Lucienne Nayet, présidente du Réseau national des musées de la Résistance.

Les ouvrages ont été remis à chacun des représentants des déportés par une personnalité morlaisienne, comme ici Lucienne Nayet, présidente du Réseau national des musées de la Résistance.

Morlaix
Des livres pour ne pas oublier la Déportation.
Les Amis de la fondation pour la mémoire de la Déportation organisaient samedi, au théâtre, une cérémonie en hommage aux déportés. Des livres ont été remis à leurs descendants, dont 25 ayant un lien étroit avec le Pays de Morlaix.
Samedi, 150 personnes dont des familles, élus et membres d’associations d’anciens combattants, ont assisté, au théâtre, à un événement organisé par Les Amis de la fondation pour la mémoire de la Déportation (AFMD) avec le soutien de la Ville de Morlaix. Une trentaine de cérémonies de ce type ont eu lieu en divers points de l’Hexagone, destinées à remettre aux descendants de déportés un exemplaire numéroté, publié en 2020, du « Livre des 9 000 déportés de France au camp de Mittelbau-Dora ».
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21 novembre 2022 1 21 /11 /novembre /2022 14:10
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora
Morlaix rend hommage aux déportés victimes du camp de concentration et d'extermination par le travail de Mittelbau-Dora

Un moment très fort au Théâtre du pays de Morlaix ce samedi 19 novembre autour de la mémoire de la déportation avec la remise à une trentaine de familles de déportés du Livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora, le camp de concentration souterrain où les ingénieurs nazis comme Von Braun construisait les V1 et les V2 qui servirent ensuite de base à un transfert de technologies pour les constructions du fusées spatiales au profit de la NASA, et des Français et des Soviétiques dans une moindre mesure, ce pourquoi le procès des crimes contre l'humanité des camps de Dora ont été classés secrets défense.

Plus du tiers de 60 000 déportés moururent dans ce camp de concentration et d'extermination par le travail parmi les plus meurtriers et infernaux du système concentrationnaire nazi, traités comme des esclaves dont la vie n'avait aucun prix !

Bravo à Maryvonne Moal, à la Fondation pour la mémoire de la déportation, à l'historien et chercheur Laurent Thiery qui a assuré une conférence passionnante sur l'histoire et la raison d'être de ce camp de travail commandité par des scientifiques et ingénieurs nazis, et son équipe de chercheurs bénévoles à l'origine de ces milliers de notices biographiques sortant de l'oubli des vies sacrifiées, bravo et merci aussi aux collégiens du collège du Château et du collège de Lanmeur et à leurs enseignants, aux militants infatigables de la mémoire d'avoir rendu hommage aux déportés bretons et finistériens de Dora, notamment ceux de la région morlaisienne et brestoise et de l'île Tudy, ainsi qu'aux agents de la ville et élus travaillant autour de la mémoire, et à l'équipe du Théâtre pour la mise à disposition du lieu et l'organisation logistique et technique.

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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 06:43

 

L’héritage de Marcel Paul nous rend plus forts dans la bataille pour la reconstruction d'un grand service public de l’énergie

Voici quarante ans, disparaissait Marcel Paul à l’âge de 82 ans.

L’ancien président de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) revenait de la cérémonie du 11 novembre 1982 à l’Arc de Triomphe, où il s’était entretenu avec le président de la République François Mitterrand, quand il décédait dans son appartement de Saint-Denis, en début d’après-midi.

Rescapé du camp de concentration de Buchenwald, Marcel Paul se consacrait depuis 1963 à entretenir le souvenir des combattants de la liberté pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait été, à Buchenwald, l’un des principaux artisans du « comité des intérêts français », organisation créée dans ce camp de concentration à l’image du Conseil national de la Résistance, et présidée par le colonel Henri Manhès.

Quand la Deuxième Guerre mondiale éclata, cela faisait déjà plus de quinze ans que Marcel Paul s’était engagé, d’abord à sein de la CGT, puis dans les rangs du Parti communiste.

Enfant de l’assistance publique, Marcel Paul était devenu ouvrier électricien au lendemain de la Première Guerre mondiale, grâce à la formation qu’il avait reçue en s’engageant dans la Marine nationale.

Embauché en 1923 à la Compagnie Parisienne de Distribution de l’Electricité – dont on peut lire le sigle CPDE encore aujourd’hui sur quelques trottoirs parisiens –, Marcel Paul travaillait d’abord à la production d’électricité à la centrale de Saint-Ouen, puis à la distribution dans l’un des arrondissements du centre de Paris.

Le jeune militant s’engagea alors progressivement dans la bataille pour un statut unique des personnels des sociétés électriques de la région parisienne.

En parallèle, il contribua à mettre sur pied, au début des années 1930, un premier réseau d’œuvres sociales pour le personnel des services publiques comprenant un dispensaire, un service juridique et un groupement d’achats en commun.
C’était l’époque où les syndicalistes de la CGTU mettaient en pratique la théorie du syndicalisme à bases multiples qui connaitra son apogée après la victoire électorale du Front populaire (avec la création de colonies de vacances pour les enfants, de centres de formation professionnel pour les chômeurs, de maisons de repos pour les travailleurs convalescents, etc.).

Conseiller municipal de Paris de 1935 à 1938, Marcel Paul défendit à l’Hôtel de Ville la vie quotidienne des habitants des quartiers populaires ou encore les revendications du personnel des services publics.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il était désigné secrétaire général de la fédération CGT réunifiée de l’éclairage. Il y défendit entre autres la constitution d’un syndicat de cadres affilié à la CGT. Par ailleurs, il s’intéressait de plus en plus aux questions de politiques énergétiques.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Marcel Paul devint ministre de la Production industrielle. Son nom allait définitivement être attaché à cette grande réalisation directement inspiré du programme du Conseil national de la Résistante : la nationalisation du gaz et du l’électricité et la création d’EDF – GDF.

 

Considérant l’incapacité du marché du gaz et de l’électricité à satisfaire les besoins de la population, Marcel Paul s’employa à la nationalisation d’un maximum d’entreprises, sans pour autant faire disparaître toutes les compagnies privées.

En parallèle, il accompagna cette nationalisation d’une politique sociale ambitieuse, offrant à l’ensemble des électriciens et des gaziers un statut national du personnel imaginé à partir de tous les statuts existants jusqu’alors.

Pour finir, il avait prévu de donner aux usagers une place au sein du conseil d’administration, mais la Guerre froide eut raison de ce projet.

C’est alors que Marcel Paul redevint secrétaire de la fédération CGT de l’éclairage, après un passage à la tête du Conseil central des œuvres sociales (CCOS).

C’est cet héritage si précieux, garant de l’indépendance de la France et du droit à l’énergie pour tous, qui est aujourd’hui fragilisé par plus de deux décennies de libéralisation européenne accompagnée par les gouvernements français successifs.
Pire, ces politiques nourrissent la grave crise énergétique en France et en Europe en désarmant notre pays face aux mécanismes spéculatifs mondialisés.

Avec la création d’un « marché de l’énergie » et la mise en concurrence des opérateurs publics, avec la loi NOME de 2010 et la création de l’Arenh, avec les projets de démantèlement de notre opérateur public intégré, les gouvernements libéraux s’attaquent pierre par pierre à cet édifice, imaginé, construit sous l’impulsion de Marcel Paul et des travailleurs de l’énergie.

Les communistes de 2022 sont quant à eux fidèles à cet héritage en s’opposant aux logiques capitalistes et en rassemblant les usagers, les travailleurs de l’énergie, les acteurs économiques et les collectivités publiques autour d’un projet : la reconstruction d’un grand service public de l’énergie, de la production à la distribution, adossé à un opérateur public intégré au nom d’EDF, et l’abrogation de la loi NOME et de l’ARENH.

C’est cette voie, initiée par Marcel Paul dans les conditions de son époque, qui permettra aujourd’hui de résoudre la crise énergétique, source de pénuries et de restrictions pour les familles, d’explosion des prix pour les collectivités publiques, des coûts pour les entreprises et de perte de souveraineté pour notre pays.

C’est donc ce combat que le PCF, ses parlementaires, ses élus et militants, vont amplifier dans les prochaines semaines, avec la même détermination que celui qui nous a quittés il y a 40 ans, et à qui nous rendons aujourd’hui hommage, notre camarade Marcel Paul.

 

Fabien Roussel

Secrétaire national du PCF

 

 

 

 

 

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13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 07:45
Conférence-débat avec Julian Mischi à Brest le mercredi 16 novembre au Pilier Rouge, 20h - Organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ? (Cercle Nathalie Le Mel)

Organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ?

Le Cercle Nathalie Le Mel organise une soirée conférence / débat le mercredi 16 novembre à 20h00 au Patronage Laïque du Pilier Rouge à Brest, 2 rue Fleurus sur le thème : organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ? Avec Julian Mischi. 
 
 

Les classes populaires ont besoin de s’organiser pour se faire entendre. S’engager politiquement et s’impliquer dans des structures collectives leur permet d’établir un rapport de force moins favorable aux classes dominantes. Or, depuis plusieurs décennies, l’engagement politique est de moins en moins répandu dans les milieux populaires.

Pour réfléchir à cette problématique, le Cercle Nathalie Le Mel invite Julian Mischi, sociologue et politiste, spécialisé dans l’engagement des classes populaires et l’histoire du Parti Communiste Français. Un parti politique qui a permis l’engagement et l’auto organisation des ouvriers et des employés, grâce à des particularités comme son lien avec le monde du travail et les entreprises, sa capacité à former des dirigeants d’origine ouvrière ainsi que ses puissants réseaux syndicaux et associatifs. Nous reviendrons sur cette histoire et les leçons à en tirer pour l’action aujourd’hui.

Pour découvrir brièvement le travail de notre invité : Julian Mischi chez Mediapart , «Un processus de marginalisation politique des ouvriers»

 

Entrée et participation libres.
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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 08:34
Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Seuil, 820 pages, septembre 2022, 35€)

Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Seuil, 820 pages, septembre 2022, 35€)

Il faut lire "Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Seuil, 820 pages, septembre 2022, 35€), un livre qui croise les résultats de travaux universitaires et d'expériences de combats et de répressions de dizaines de chercheurs français et arabes, et de militants et intellectuels et écrivains syriens, pour faire comprendre le fonctionnement de la terreur et son évolution sous le régime des Assad, Hafez et Bachar, jusqu'au paroxysme de la violence et de la cruauté, des crimes de guerre et contre l'humanité, atteint lors de la répression de la révolte populaire et démocratique pour la liberté et la dignité de 2011 et la guerre féroce qui a suivi et qui n'est toujours pas terminée.

Cette série d'articles et d'extraits d'ouvrages compilés et commandés judicieusement sous la direction de Catherine Coquio, Joël Hubrecht, Naïla Mansour, Farouk Mardam Bey est extrêmement éclairante sur les 50 dernières années de l'histoire syrienne et le déroulement de la guerre en Syrie, les stratégies et fonctionnements du pouvoir des Assad.

C'est une autopsie clinique alliant la distance réflexive et la rigueur objective de l'enquête scientifique et la précision de détail dans l'exposé des horreurs et de leur fonction stratégique qui permettent de reconstituer en quoi la violence terroriste peut devenir un système de domination, et ses effets d'aliénation sur les bourreaux, les complices, comme sur les victimes. Les articles, d'entre 5 et 10 pages, sont denses et passionnants, renvoyant à des années de recherche, assortis de notes nombreuses et de références à des documents disponibles sur internet ou à des œuvres publiées en France, mais peuvent se lire séparément tout en entrant en résonance les uns avec les autres.

C'est le premier effort de documentation aussi exhaustive publié en France de l'ensemble des crimes commis par le régime tyrannique et sanguinaire des Assad (Hafez et Bachar) et la diversité de ces articles permet de comprendre le fonctionnement de ce régime, dans sa complexité, ses contradictions, et sa monstruosité ordinaire, tout en rendant justice à ses centaines de milliers de victimes alors que, sous protectorat russe et iranien, il continue à écraser son peuple, en grande partie exilé et décimé, et à faire ses affaires mafieuses en toute impunité. 

Dans le Prologue, on ne saurait guère mieux résumer le destin de la révolution syrienne que Mustafa Khalifé (arrêté en 1982 alors qu'il était membre de la Ligue d'Action Communiste, et relâché 12 ans plus tard simplement, en 1994), l'auteur de La Coquille, un livre puissant sur l'horreur carcérale et la terreur du régime vis-à-vis de ses prisonniers politiques sous Hafez al-Assad (aux éditions Actes Sud, 2007):

"Il est important de la souligner: la Syrie se trouvait en fait depuis 1966, et surtout 1970, en pleine guerre civile, mais une guerre larvée, muette, gagnée d'avance par le belligérant le plus puissant qui détenait l'appareil d’État et le monopole de la violence. Le feu est resté sous la cendre jusqu'à la confrontation armée, vers la fin des années 1970, entre le communautarisme assadien et celui des organisations islamistes djihadistes. La guerre civile encore silencieuse s'est alors bruyamment révélée au grand jour, et ses ravages pendant une bonne dizaine d'années ont marqué à jamais l'histoire du pays.

Depuis mars 2011, comme évoqué plus haut, les évènements se sont succédé en trois temps.

Les protestations pacifiques d'abord, passablement timides. Les Syriens savaient bien qu'ils avaient affaire à un régime sanguinaire. Ils se sont donc contentés, avec leurs mots d'ordre de liberté et de dignité, et en insistant sur l'identité nationale, de revendiquer des réformes qui amélioreraient leurs conditions de vie. C'est la réaction brutale du régime, ainsi que l'extension des manifestations à l'ensemble du pays, qui ont radicalisé le mouvement, six ou sept semaines après son déclenchement, et l'ont transformé en une véritable révolution populaire. Il n'était plus question de réforme du régime mais de sa chute, de l'émergence d'un nouveau pouvoir et de l'édification de l’État démocratique appartenant à tous les citoyens. Révolution qui est demeurée toutefois fondamentalement pacifique pendant au moins six mois, et malgré les premiers signes de sa militarisation, elle a gardé ses traits originaux jusqu'au milieu de 2012.

Dans les débats sur ce qui s'est passé en Syrie, on a parfois prétendu que la guerre civile n'était qu'une conséquence de la révolution. Il est pour moi évident, au contraire, que celle-ci, si elle l'avait emporté au terme de cette première étape, aurait mis fin pour de bon à la guerre civile menée par le régime depuis des décennies.

La deuxième étape a donc commencé vers le milieu de 2012 avec la militarisation, mais le paysage n'a changé de fond en comble qu'un an plus tard, quand les formations militaires djihadistes ont pris le dessus sur toutes les autres. Aux deux belligérants, le régime despotique d'un côté et de l'autre les forces révolutionnaires en lutte pour la démocratie, s'est ainsi ajouté un troisième, opposé certes au premier mais tout autant, sinon plus, au second. Totalement étranger aux mots d'ordre de la révolution, il n'a cessé de la combattre par les armes, réprimant ainsi avec férocité les militants civils qui lui tenaient tête dans les zones qu'il est parvenu à contrôler. Il n'est pas exagéré de dire qu'il s'est ainsi comporté comme un allié objectif du régime et que celui-ci a su tirer profit de ses exactions sur tous les plans.

Cette étape a duré jusqu'à la fin de 2015, c'est à dire jusqu'à l'intervention directe et massive de la Russie dans le conflit. Certes, les interventions étrangères, régionales et internationales, n'y étaient pas absentes, mais c'est à partir de cette date qu'elles sont devenues décisives et que la situation a définitivement échappé à toutes les parties syriennes en présence, y compris au régime de Bachar al-Assad. La Syrie est depuis lors un pays occupé par plusieurs puissances étrangères, défendant chacune ses intérêts avec le seul souci d'éviter un affrontement militaire avec les autres." (...)

"Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021" (Sous la direction de Catherine Coquio, Joël Hubrecht, Naïla Mansour, Farouk Mardam Bey, Seuil, septembre 2022, p. 145 à 158).

Univers carcéral syrien, torture, et littérature de prison.
 
Extraits d'une excellent article de synthèse de Catherine Coquio:
 
"Le système carcéral, de Hafez à Bachar: violations et exterminations"
dans Syrie: le pays brûlé. Le livre noir des Assad - 1970-2021 (Sous la direction de Catherine Coquio, Joël Hubrecht, Naïla Mansour, Farouk Mardam Bey, Seuil, septembre 2022, p. 145 à 158).
 
"Selon le Réseau syrien des droits de l'homme (SNHR), en août 2020, 215 000 Syriens auraient été détenus depuis 2011 dans les geôles du régime (90% des détenus de la guerre dans les geôles du régime, 8,4% dans les prisons de Daesh et de Al-Nosra, et 2,7% dans celles des autres groupes armés), et 83 971 y auraient disparu, morts sous la torture. Dès 2012, Human Rights Watch appelait "archipel de torture" un réseau de 27 centres de détention (bâtiments, caves, hangars, hôpitaux et écoles réquisitionnés) géré par quatre services de renseignements différents, où les détenus subissaient torture, viol et famine, femmes et enfants compris. En juin 2019, le réseau syrien des des droits de l'homme avait identifié 14 227 personnes mortes sous la torture, dont 62 femmes et 177 enfants. (...). Le régime assadien a institué pour tous une culture de la cruauté dotée de méthodes dont la technologie artisanale - chaise allemande, pneu, shabah, câble tressé, jets d'eau glacé, brûlures, mutilations, coups de toutes sortes.. - s'accompagne d'un système d'offense morale qui passe aussi par le verbe: le juron, l'insulte obscène et la plaisanterie pornographique, la scène d'humiliation et d'abjection dégradante sont de mise et se retrouvent, constamment répétés, d'un témoignage à l'autre. Banalisée et ritualisée, la torture est d'ailleurs utilisée aussi contre les droits communs, mais à une moindre intensité: l'acharnement contre les corps et les âmes des dissidents est patent. (...). L'autre règle indifférenciée est celle de la violation et du viol. En décembre 2017, l'enquête d'Annick Cojean et Manon Loizeau, "Syrie, le cri étouffé", consacrée au sort des femmes dans les prisons syriennes montrait que dès 2011 le viol carcéral, très souvent infligé à un détenu pour en torturer un autre, avait été systématisé pour déchirer les familles et les solidarités, celui des femmes visant à briser les hommes comme celui des enfants vise à briser les parents. Il montre aussi, comme les rapports d'ONG, que cet usage de la violence sexuelle et de la violation psychique, loin d'atteindre les seuls opposants sunnites, s'est acharné contre ceux censés soutenir le régime, chrétiens, Kurdes, alaouites. (...).
Au sein de cette culture généralisée de la cruauté, certains lieux se sont spécialisés dans des formes de destruction plus radicale et massive, qui font de ce système concentrationnaire un instrument d'extermination et pas seulement de déshumanisation. En 2014, l'horrifique dossier "César" né d'une fuite faisait apparaître un usage des tortures et exécutions dont "l'échelle industrielle" et le degré de violence ont suscité la comparaison avec le système nazi: 53 275 clichés dont 28 707 personnes mortes, concernant 11 847 victimes, dont 6 786 étaient des détenus, 1 036 des soldats et 4 025 des civils non détenus, cadavres marqués, mutilés ou démembrés; ces clichés, pris essentiellement dans deux centres de Damas entre 2011 et 2013, avaient été exfiltrés par le policier photographe. En novembre 2015, Amnesty International qualifiait de "crime contre l'humanité" les disparitions forcées, qui ont fait parler de "guerre invisible", dont le chiffre, d'après le Réseau syrien des droits de l'homme (SNHR), s'élevait au début 2018 à 82 000 depuis 2011. (....)
Les arrestations sommaires et la torture n'avaient pas commencé en Syrie avec Hafez al-Assad. Utilisées sous le mandat français pour "pacifier" le pays, ces pratiques s'étaient développées après l'indépendance (1947) au gré des coups d’État, chaque régime incarcérant ses rivaux: à l'époque nassérienne (1958-1963), les communistes furent arrêtés, puis les nassériens après le coup d’État du Baath (1963); puis la seconde équipe baathiste (1966-1970) fit arrêter ses prédécesseurs et les communistes (voir Yassin al-Haj Salah, "Aperçu historique de l'arrestation politique en Syrie", dans "Récits d'une Syrie oubliée. Sortir la mémoire des prisons", Paris, Les Prairies ordinaires, 2015). Après le coup d’État de Hafez en 1970, une nouvelle étape fut franchie: l'institution des tribunaux d'exception destinés aux "ennemis de la révolution" et le programme d'"assainissement" sous le nom de "question publique et nationale" permirent d'envoyer en prison des civils de tous horizons: islamistes, communistes, baathistes irakiens, journalistes démocrates, opposants kurdes, ou encore simples citoyens dénoncés par tel voisin ou rival, dans une société qui comptait plus d'informateurs que de prisonniers. La population carcérale se composait donc des militants de tous les partis ou formations d'opposition: Frères musulmans, parti communiste-bureau politique (de Riyad al-Turk), parti de l'Action communiste, formations d'extrême-gauche, baathistes irakiens et rivaux politiques, rassemblés dans la catégorie des "ennemis" du peuple syrien.
Un véritable univers concentrationnaire s'installa, systématisant la détention arbitraire avant de déférer en justice, infligeant des peines de dix, quinze, vingt ans, parfois plus, qui venaient s'ajouter aux longues années déjà passées en prison à attendre son "procès". Les écrivains Moustafa Khalifé, Aram Karaber, Yassin al-Haj Saleh et Faraj Bayrakdar, ont fait respectivement douze, treize, seize et dix-sept ans de prison.(...).
La torture était partout, et elle allait fréquemment jusqu'à la mort. Selon Amnesty International, 17 000 personnes ont disparu dans les prisons entre 1980 et 2000: Frères musulmans, opposants de gauche, Palestiniens, Libanais (du fait de l'occupation du Liban entre 1976 et 2005). (...).
La violente répression des années 1980-1990 qui avait envoyé nombre d'intellectuels et artistes en prison, forçant les autres à l'exil et l'autocensure, fit que l'expérience carcérale, à moins de se raconter sous la forme d'entretiens et d'articles parus ailleurs, souvent après la mort des détenus, fut d'abord évoquée de biais, à travers ses effets intimes ou par paraboles, dans des fictions... En 1999 parut Le Cocon de Hassiba Abdel-Rahman, fiction autobiographique où une militante communiste, double de l'auteure, qui avait passé sept ans à la prison de Douma, racontait sa résistance à l'écrasement en s'efforçant de se soustraire à l'imagerie héroïque. L'auteure y utilisait un journal clandestin qu'elle avait rédigé durant sa détention et qu'elle avait pu faire sortir. Cette réécriture de notes griffonnées en prison s'est pratiquée aussi en poésie: Faraj Bayrakdar, arrêté pour son appartenance au parti de l'Action communiste au début des années 1980, dit avoir écrit sur du papier à cigarettes ou mémorisé et fait mémoriser à ses codétenus les poèmes qui ont formé la trame de "Ni vivant ni mort", recueil paru en France en 1998 alors que son auteur était en prison depuis onze ans. Un Comité international contre la répression avait réclamé sa libération: "Nous voulons l'entendre", avait dit Maurice Blanchot en 1997, à quoi l'ambassade de Syrie répondit de manière éloquente: "Faraj Bayrakdar n'existe pas". En 2006, un autre livre, "Les Trahisons de la langue et du silence", restituait par fragments la très lourde expérience carcérale de l'inexistant: trois arrestations, une détention quasi ininterrompue entre 1983 et 2000, dont quatre ans à Palmyre et treize ans à Saidnaya. "La poésie m'a aidé à emprisonner la prison", dit l'auteur.
(...) C'est une autre espèce de témoignage qui advient lorsque les détenus de l'ère Hafez, libérés à la fin des années 1990 ou au début des années 2000, sortis de leur militantisme premier par l'expérience de la prison, se mettent à écrire et chercher une langue. Entre 2007 et 2015 ont paru trois livres majeurs écrits en exil par d'ex-détenus communistes, qui, tout en dessinant une autre histoire du pays, témoignent d'une expérience carcérale vécue comme épreuve du pire mais aussi "révolution intime" (Yassin al-Haj Salah), qui leur fait nouer des rapports profonds avec le soulèvement révolutionnaire: en 2007, le très sombre roman La Coquille (Al Qawqa'a) de Moustafa Khalifé, publié en français avant de paraître en arabe au Liban avec le sous-titre original, "Mémoires d'un voyeur"; en 2009, Voyage vers l'inconnu d'Aram Karabet, paru à Alexandrie, avant de paraître en français en 2013 sous le titre Treize ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l'inconnu; en 2012, Pour votre salut, les jeunes! Seize ans dans des prisons syriennes de Yassin al-Haj Saleh, paru en arabe à Beyrouth puis en français, en 2015, sous le titre Récits d'une Syrie oubliée. Sortir la mémoire des prisons. Ce dernier livre reprend des textes rédigés entre 2003 et 2011, et un précieux entretien mené en 2009 par l'avocate Razan Zaitouneh (...).
Leurs textes sont précieux, à plus d'un titre: documents historiques majeurs, ils témoignent aussi d'expériences de pensée vécues comme des actes de résistance et s'aventurent dans une sorte d'anthropologie et de philosophie en acte: en disant "je", les témoins font exister la prison comme monde singulier à l'intérieur du monde singulier qu'était cette Syrie bouclée sur elle-même. Ces grands témoins de l'ère Hafez, issus d'origine différentes (d'une famille arménienne pour Karabet, sunnite pour Khalifé et Yassin al-Haj Saleh, mais les trois auteurs refusent toute assignation identitaire), furent arrêtés en tant qu'activistes communistes, mais leurs textes rompent avec toute idéologie carcérale, y compris communiste (voir l'entretien d'Aram Karabet avec Pierre Barbancey dans L'Humanité du 12 août 2013*). Cette rupture passe par leurs choix d'écriture, qui rend compte de réalités corrosives par un effort de véridiction peu soucieux des tabous sociaux d'où qu'ils viennent: fiction ironique chez Khalifé, chronique testimoniale chez Karabet, essai critique chez Yassin al-Haj Saleh. Une tension nouvelle s'exprime entre témoignage et fiction. En jetant une lumière crue sur des réalités partagées, ces textes interrogent l'espèce humaine, les zones grises, la mutation des sentiments et la plasticité morale, de sorte qu'ils rejoignent les grands récits de Rousset, Antelme, Borowski, Levi, Améry, Chalamov..."

* Interview de Aram Karabet avec Pierre Barbancey dans "L'Humanité":

Aram Karabet "La révolution syrienne 
a échappé aux Syriens"

Communiste, 
Aram Karabet a passé treize ans dans 
les geôles du régime baasiste des Al Assad, dans la prison de Saydnaya. Une expérience qu’il raconte dans un livre. Il dénonce aujourd’hui les pressions régionales et internationales 
et la militarisation 
de la révolte. 

Aram Karabet, né en 1958 à Kamchli, au nord-est de la Syrie, est issu d’une famille arménienne. Membre du Parti communiste syrien-Bureau politique, dirigé par Ryad Al Türk, il est arrêté en 1987 de façon arbitraire. « Notre seul crime était de demander un changement de pouvoir, une Constitution démocratique », dit-il. Il est resté en prison treize ans. C’est ce qu’il raconte dans un livre émouvant: Treize Ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l’inconnu, Aram Karabet, traduit 
de l’arabe (Syrie) par Nathalie Bontemps, Actes Sud. 19 euros.

Une expérience qui n’a fait que renforcer ses convictions.

Publié le Lundi 12 Août 2013 par Pierre Barbancey, L'Humanité
 

Vous avez écrit ce livre avant 
le soulèvement. Comment faut-il 
le lire aujourd’hui ?

Aram Karabet. Le livre montre jusqu’où peut aller ce régime dans sa répression. Mais il faut noter que toute cette période – ces années 1980 où des dizaines de milliers de Syriens sont passés en prison, ont connu la torture parce que le pouvoir voulait les « transformer en insectes » comme il disait – a déformé la société. Lorsque je suis sorti en 2000, la première fois que je me suis vu dans un miroir, je ne me suis pas reconnu. Toute la société syrienne était ainsi. Un visage défait, méconnaissable. Je veux montrer comment toute notre société a été minée par le despotisme durant ces quarante ans. Ceux qui veulent ­comprendre la violence en Syrie peuvent le faire en lisant ce livre. On a cherché à déshumaniser une grande partie des Syriens. Et cela se retourne contre le pays lui-même.

Vous avez combattu le régime, 
vous êtes un homme de gauche, laïque, démocrate. Comment 
voyez-vous ce qui se passe en Syrie depuis plus de deux ans ?

Aram Karabet. Le régime syrien est un régime particulièrement dur et coriace. Il y a donc de nombreuses raisons qui expliquent le soulèvement qui a commencé en mars 2011. ­Pendant des mois et des mois, ce soulèvement est resté pacifique et ses mots d’ordre n’avaient rien du tout de religieux ni de confessionnel. Je pense que le soulèvement syrien n’était dans l’intérêt d’aucune puissance régionale ou internationale. Le régime a évidemment ses propres soutiens. Mais ceux qui ont prétendu être les amis du peuple syrien n’ont aucun intérêt non plus à ce que celui-ci se libère par ses propres moyens et qu’il réalise un projet national et social de réforme du pays. Les Syriens ne sont pas intolérants sur le plan religieux. Ils sont habitués au pluralisme confessionnel. L’islamisation est essentiellement le fait d’interventions étrangères. Il est clair que c’était aussi dans l’intérêt des puissances occidentales. Parce que c’était le moyen de pousser la Syrie vers les extrêmes et de laisser les Syriens se massacrer entre eux, le but étant la destruction des infrastructures du pays, la destruction de l’armée syrienne. Ce qui ne pouvait que servir les intérêts israéliens. Ce à quoi on assiste est la rencontre d’intérêts à la fois de forces régionales et internationales qui, toutes – qu’elles se prétendent être du côté du régime ou au contraire être les amis du peuple syrien –, amènent les ­Syriens vers cette situation terrible dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui.

Que faire ? Quelle est la solution ?

Aram Karabet. Personnellement, je me suis opposé à la militarisation du soulèvement. Je savais que le régime était très dur et qu’il allait utiliser la force. Mais le fait de militariser le soulèvement ne pouvait que subordonner une partie de l’opposition à des forces régionales ou internationales opposées au régime de Damas. La révolution syrienne a, en réalité, échappé aux Syriens. D’un côté, les Russes et les Iraniens défendent leurs intérêts, soutiennent le régime et l’ont poussé à militariser la répression en envoyant l’armée régulière contre les opposants. De l’autre, les forces régionales (Qatar, Arabie saoudite, Turquie) et occidentales ont aidé à la militarisation du soulèvement. Aujourd’hui, il n’y a plus de solution syro-syrienne. La solution est aux mains de la ­communauté internationale.

Quand on est un militant politique 
en exil, quel combat peut-on mener dans ce contexte ?

Aram Karabet. Pour ma part, je souhaite le départ de toutes les forces, de toutes tendances, qui se sont introduites en Syrie, aidées par les services de renseignements des pays alentour. Et surtout, que l’opposition syrienne puisse s’unir sur un programme démocratique, pacifique, de transition. Mais je crains que notre destin ne nous échappe complètement. Nous, les opposants de gauche, laïques, qui avons un programme de justice sociale, ne pouvons pas remporter une victoire par la force. Au début de la révolte, il y avait une véritable fusion entre les gens qui nous laissait espérer une transition vers un régime qui, peu à peu, pouvait vraiment devenir démocratique. Maintenant, cela paraît difficile à imaginer.

Qu’est-ce qui empêche l’unité 
de l’opposition aujourd’hui ?

Aram Karabet. Il y a un divorce entre le soulèvement populaire syrien et l’opposition telle qu’elle se présente, toutes tendances confondues. Pourquoi l’opposition est-elle dans cet état ? À l’origine et durant de longues années, il y avait énormément de méfiance entre ses différentes composantes. Elle est due à l’absence pendant longtemps de libertés démocratiques, de dialogues. Je me souviens qu’en prison même, nous communistes, n’osions pas discuter avec les Frères musulmans ou avec ceux du groupe Action communiste. Chacun se méfiait des autres. Dans ces conditions, ils sont incapables, tous, de se présenter comme la direction d’un soulèvement d’un genre aussi neuf. D’où le divorce. De plus, une véritable direction révolutionnaire ne peut être à l’extérieur. Elle devait d’abord être dans le pays, ce qui lui aurait évité d’être soumise aux pressions régionales et internationales comme le sont les opposants exilés. Le régime syrien s’est toujours légitimé par la situation régionale et internationale et en se situant dans un camp contre dans un autre. Il a réussi à faire que l’opposition soit comme lui : qu’elle soit légitimée par ses alliances avec les pays du Golfe, la Turquie, la France ou autres.

(1) Treize Ans dans les prisons syriennes. Voyage vers l’inconnu, Aram Karabet, traduit 
de l’arabe (Syrie) par Nathalie Bontemps, Actes Sud. 19 euros.

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18 octobre 2022 2 18 /10 /octobre /2022 06:06
23 octobre 2022 - Hommage à Châteaubriant aux fusillés d'octobre 1941 - Châteaubriant, Nantes, Mont Valérien
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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 05:08
Décès du grand historien de l'Antiquité greco-romaine, Paul Veyne: hommage de Pierre Chaillan dans L'Humanité
Paul Veyne, la révolution de l’historien de l’Antiquité

Disparition Complice intellectuel de Michel Foucault, le professeur honoraire du Collège de France, chercheur aux théories novatrices, est décédé à l’âge de 92 ans.

Publié le
Vendredi 30 Septembre 2022

L’historien de l’Antiquité Paul Veyne, grand connaisseur des mondes grec et romain, est mort à l’âge de 92 ans, ont annoncé, jeudi, les éditions Albin Michel. Ce natif d’Aix-en-Provence est décédé à Bédoin (Vaucluse), village situé au pied du mont Ventoux, où il s’était installé pour sa retraite.

Issu d’un milieu modeste provençal, il est le premier de sa famille à obtenir son baccalauréat. Dès son enfance, atteint d’une malformation congénitale dite « Leontiasis ossea » qui lui relève en bosse la joue gauche, il est fasciné par les choses antiques, notamment par la découverte à 8 ans d’une pointe d’amphore romaine gisant dans la terre près de Cavaillon. Dans cette orientation, il est logiquement passionné dans son adolescence par l’Odyssée. En 1951, il entre à l’École normale supérieure. Reçu au concours de l’agrégation de grammaire, il devient élève de l’École française de Rome. Ce sont les années 1950 et nous sommes en pleine guerre froide. S’élevant contre l’usage de la torture par les troupes françaises dans les guerres coloniales, il prend sa carte au Parti communiste, qu’il quittera à la suite de Budapest, en 1956.

Après cette période étudiante, il débute son parcours d’universitaire à la Sorbonne comme assistant. Mais, il retrouve, en 1961, Aix-en-Provence et son université, où il achèvera sa carrière en tant que professeur. En 1975, il entre au Collège de France grâce à l’appui de Raymond Aron, qui, délaissé par Pierre Bourdieu, voudrait bien voir en lui un héritier. Mais Paul Veyne ne cite pas son nom lors de sa leçon inaugurale, ce qu’Aron ne lui pardonne pas. Le professeur y œuvrera de 1975 à 1998 en tant que titulaire de la chaire d’histoire de Rome.

interroger le passé à partir du présent

Historien mais aussi théoricien de l’histoire, il engage une réflexion sur le travail historiographique. Les plus importantes de ses thèses pour repenser l’histoire seront rassemblées dans son œuvre Comment on écrit l’histoire (Seuil, 1971). Son apport bousculera les façons de voir en interrogeant toujours frontalement le passé à partir du présent. Il soutient sa thèse de doctorat sur la pratique du don dans l’Empire romain et la publie sous le titre le Pain et le cirque (Seuil, 1976). Il va utiliser ses approches novatrices pour révolutionner l’histoire de l’Antiquité, notamment sur la mythologie grecque, sur le christianisme antique ou encore sur la société et la sexualité à Rome. Professeur émérite au Collège de France, l’historien deviendra une référence en science politique.

Complice intellectuel de Michel Foucault toute sa vie, il publie de nombreux écrits sur ce dialogue avec notamment Foucault. Sa pensée, sa personne (Albin Michel, 2008). En février 1979, le chercheur en histoire fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Pierre Vidal-Naquet pour réfuter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson. Il est aussi un fidèle lecteur du poète René Char. En 2014, il reçoit le prix Femina de l’essai pour Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas (Albin Michel) et en 2017, celui de la Bibliothèque nationale de France pour l’ensemble de son œuvre.

Dans la dernière période, il rencontre un plus large public, notamment lors de la parution de son livre Palmyre. L’irremplaçable trésor (Albin Michel, 2015). Il a aussi participé à la série d’émissions l’Apocalypse (2008), de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, sur les débuts du christianisme, qui a aussi recueilli un grand succès après sa diffusion sur la chaîne Arte. 

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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 04:56
Le sociologue Michel Pinçon est mort - Hommage de Fabien Roussel et de L'Humanité (Pierre Chaillan, 28 septembre 2022)

Une pensée émue d'apprendre le décès de Michel Pinçon, sociologue de la grande bourgeoisie, que nous avons écouté plusieurs fois à la fête de l'huma avec sa femme Monique, et dont nous avons lu avec beaucoup d'inttérêt les enquêtes richement documentées et plaisantes à lire dans plusieurs livres (Les ghettos du Gotha, Le président des riches, etc...).

Chapeau et merci à ce couple détonnant et attachant d'avoir éclairé avec son regard malicieux et attentif aux détails révélateurs la boîte noire de la société de caste qui subsiste en France, encore renforcée par le capitalisme financier.

Ismaël Dupont

Le sociologue Michel Pinçon est mort

Hommage. Référence en sciences sociales, avec son épouse Monique Pinçon-Charlot, pour ses travaux sur les classes dominantes, l’ancien directeur de recherche au CNRS est décédé à l’âge de 80 ans.

Publié le
Jeudi 29 Septembre 2022

Michel Pinçon est décédé lundi. Il avait 80 ans et était très affaibli depuis plusieurs années par la maladie. Dans la soirée de mardi, son épouse Monique Pinçon-Charlot a envoyé un message à une liste d’amis où elle exprimait son chagrin : « Je suis très triste de vous annoncer la mort de Michel, survenue le 26 septembre, à l’âge de 80 ans, des suites de la maladie d’Alzheimer. » L’équipe des éditions la Découverte, qui travaille avec le couple depuis de nombreuses années, a rendu publique l’information, ce mercredi, par ces mots en sa direction : « Nous adressons nos pensées amicales à son épouse et complice de toujours, Monique Pinçon-Charlot, avec qui il a partagé six décennies d’une vie studieuse, amoureuse et engagée. » Et, en effet, on parle très rarement de Michel Pinçon et de Monique Pinçon-Charlot séparément, tant leurs parcours et leurs travaux sociologiques sont liés depuis les années 1960. Et si l’ancien directeur de recherche au CNRS tire aujourd’hui sa révérence, leur œuvre commune reste une référence pour les sciences sociales.

Une rencontre décisive

Michel Pinçon naît le 18 mai 1942 dans la commune de Lonny (Ardennes), dans une famille d’ouvriers. Son père est un temps ouvrier polisseur à Nouzonville. C’est donc avec fierté que le jeune homme, une fois le bac en poche, rejoint l’université. Et c’est là, début novembre 1965, qu’une rencontre décisive a lieu : à la bibliothèque de sociologie de la faculté des lettres et sciences humaines de Lille, il parle pour la première fois à une jeune étudiante, Monique Charlot. Deux ans plus tard, Michel se marie avec elle. Ce mariage permet à son épouse de le suivre pendant la période de service national en coopération au Maroc, où tous deux enseignent le français, tirant de cette expérience un mémoire supervisé par le grand sociologue Jean-Claude Passeron. À leur retour, ils terminent leur formation à l’université libre de Vincennes. Le couple a un fils, Clément, qui naît à la clinique des métallos, les Bluets, en 1974. Les deux jeunes sociologues rejoindront le CNRS. Lui travaille sur le monde ouvrier, elle, sur la ségrégation urbaine. Fruit de ses premières recherches, Michel publie ainsi, seul, son premier ouvrage. Il s’intitule Désarrois ouvriers, familles de métallurgistes dans les mutations industrielles et sociales (l’Harmattan, 1987). Nous sommes dans les années 1980, le couple compte parmi les auditeurs du cours de Pierre Bourdieu au Collège de France…

Et, dans ce mouvement critique des sciences sociales vis-à-vis d’une doxa néolibérale qui se veut triomphante, leurs importants travaux en commun et leurs études de plusieurs décennies sur les élites françaises et la ségrégation de classe opérée par les plus riches vont marquer les sciences sociales en cette fin du XXe siècle, puis au début de ce XXIe siècle. Pour la première fois, de longues enquêtes sociologiques sont engagées sur le terrain en s’introduisant au sein même de la haute bourgeoisie et du gotha parisien. Leur description de la véritable « guerre de classes » engagée par les riches et par les dominants n’en devient que plus éloquente. Ces enquêtes trouvent rapidement un écho bien au-delà du champ universitaire et ce, au travers de la parution d’ouvrages comme  Dans les beaux quartiers (PUF, 1989), la Chasse à courre, ses rites et ses enjeux (Payot, 1993), Voyage en grande bourgeoisie (PUF, 1997), Sociologie de la bourgeoisie (la Découverte, 2000) ou encore la Violence des riches (Zones/la Découverte, 2013). Dans leur dernier ouvrage en commun, Notre vie chez les riches (Zones/la Découverte, 2013), ils racontent leur « voyage dans une caste dont ils ne partageaient ni les codes ni les objectifs sociaux et politiques ». Cette mise en lumière des mœurs des classes dominantes leur vaut d’être souvent critiqués par les journaux et sites de droite extrême et d’extrême droite .

Dans les allées de la Fête de l’Humanité ou dans les colonnes du journal, ils sont respectés et leur analyse sur la lutte des classes dans les conditions d’aujourd’hui fait mouche. 

« Compagnons de route du PCF », ils sont des invités réguliers, avec le rendez-vous au stand des Amis de l’Humanité, et leur présence enthousiasme le Village du livre, où le public se presse pour se faire dédicacer leur dernier ouvrage. Charles Silvestre, vice-président des Amis de l’Humanité, témoigne : « Au travail, sans relâche, contre la monstrueuse inégalité sociale devenue béante, leur pro­duction de sociologues faisait un bien énorme. »

En septembre, Monique Pinçon-Charlot était venue seule. Affecté toujours davantage par la maladie d’Alzheimer, Michel Pinçon ne l’accompagnait pas. Ses obsèques auront lieu le 4 octobre, à 11 heures, au cimetière communal 27, rue de la Bièvre, à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine). L’Humanité présente ses condoléances à Monique, à la famille et aux proches.

Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a  adressé un message sur twitter : « C'est avec tristesse que j'ai appris le décès de Michel Pinçon. Je rends hommage à ce compagnon de route, grand sociologue, qui n'a eu de cesse, avec Monique Pinçon-Charlot, de décrypter les rapports de domination sous toutes ses formes. Mes pensées sont tournées vers Monique et sa famille » . 

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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 05:45
Histoire du Breton écrit des origines au XVIIIe siècle, Francis Favereau, Skol Vreizh, 2022, 18€

Histoire du Breton écrit des origines au XVIIIe siècle, Francis Favereau, Skol Vreizh, 2022, 18€

Les éditions Skol Vreizh viennent de publier une nouvelle étude de Francis Favereau, l'érudit au gai savoir, linguiste et spécialiste de la littérature bretonne et bretonnante, ancien agrégé d'anglais et enseignant de breton à l'Université, auteur en particulier d'un Dictionnaire de référence du breton, d'une Anthologie en 4 volumes de la littérature bretonne du XXe siècle (publiés de 2002 à 2020 chez Skol Vreizh), de "Babel et Baragouin - Le Breton dans la Mondialisation" (Skol Vreizh, 2006), ou encore d'un livre d'histoire et sociologique sur la société bretonne: Bretagne contemporaine : Langue, Culture, Identité ; Skol Vreizh (1993-2005).

Cette "Histoire du Breton écrit des origines au XVIIe siècle", superbement illustrée par des photos de manuscrits ou d'édifices et d’œuvres d'art du patrimoine, des cartes, des schémas, comme souvent les ouvrages de Skol Vreizh, nous fait voyager dans l'histoire de la langue bretonne armoricaine, langue britonnique comme le cornique (Cornouailles anglaise) et le gallois, elle-même langue celtique comme le gaulois (Belgique, France, Suisse, Nord de l'Italie, Galates de Turquie dans l'Antiquité), ou le gaélique d'Ecosse, d'Irlande, ou le manxois parlé à l'Ile de Man.   

La Bretagne apparaît au Ve siècle avec l'exil des Bretons de Grande-Bretagne, prêtres, nobles, et clans, au sein de l'Armorique gallo-romaine. La langue des bretons est très certainement très proche du gaulois et partiellement compréhensible pour ceux qui en auraient conservé la connaissance. Les premiers toponymes en Plou- (Ploe-), Lan-, Tre-, remontent à l'installation des Bretons en Armorique après 500. Ple-/ ou Plou- renvoie à une communauté rurale résolument chrétienne, Lan- à la notion de lande, d'ermitage, tre- à l'habitat. Loc- arrive plutôt au 9e siècle et renvoie au lieu de culte d'un saint (Lochrist, Loqueltas, Loctudy).

Les premières inscriptions écrites de la langue bretonne (vieux breton) sont gravées dans la pierre, outre Manche, en Cornouailles Britannique. On trouve aussi un étalon comparatif dans des transcriptions écrites de la langue des Galates d'Anatolie. Le premier manuscrit avec des commentaires écrits en breton est le manuscrit de Leyde conservé aux Pays-Bas, datant de la fin du 8e siècle ou du 9e siècle. C'est un traité de pharmacie...

Dans son "Histoire du Breton écrit des origines au XVIIe siècle", Francis Favereau passe en revue les traces de commentaires en langue bretonne au Moyen-Age dans les manuscrits latins des Abbayes du Moyen-âge (traité de médecine, cartulaires, évangiles). Ces traces écrites en langue bretonne au Moyen-âge sont rares, elles n'apparaissent qu'en marge de manuscrits rédigés en latin, la langue de l’Église, par des clercs bretonnants alors que le français n'est lui aussi à cette époque qu'une langue essentiellement orale.

Il traduit aussi les devises bretonnes de la noblesse du Moyen-âge, les inscriptions d'église et de cimetières.

Le Catholicon, premier dictionnaire breton, dictionnaire trilingue breton-latin-français, imprimé à Tréguier par Jehann Calvez, chanoine du diocèse de Tréguier, et dédié à Maître Auffret de Quoatqueveran, ancien recteur de Plourin-les-Morlaix, date lui de 1499, et est attribué à Lagadeuc de Plougonven. Le Catholicon contient 5000 mots du parler usuel breton armoricain entre Saint-Hernin ou Poullaouen jusqu'à Plougonven. Et le breton a assez peu changé depuis.

A la Renaissance et au 16e siècle, le breton va se généraliser dans la littérature écrite religieuse: hagiographies ou vies de saints qui témoignent d'une versification savante et d'une vraie maîtrise littéraire en breton. A partir du 16e siècle, textes religieux et profanes en breton se multiplient grâce à l'imprimerie, et à l'apprentissage de la culture qui progresse dans les campagnes. Les vies de saints, mais aussi les récits humoristiques, picaresques et grivois connaissent alors de vrais succès populaires.

Un des premiers ouvrages significatifs en prose bretonne, petit livre de 31 pages, de la Renaissance est Buhez an itron sanctes Cathell (Vie de Sainte Catherine), traduction du latin au breton imprimé à Morlaix au monastère Saint-François (aujourd'hui maison de retraite), en 1576. A la Renaissance (16e) siècle, le théâtre populaire s'écrit aussi en langue bretonne: mystères, tragédies laïques ou bibliques. "La Farce de Maître Pathelin" (1460) contient elle-même un bref dialogue en breton.

L'intérêt de ce livre de Favereau est qu'il donne à lire et à traduire les ouvrages bretons de la Renaissance et de l'Ancien Régime, qu'il multiplie les allers-retours comparatifs entre les univers culturels, qu'il contient énormément d'anecdotes truculentes et qu'il donne à lire la beauté d'une certaine littérature religieuse ou légendaire populaire. Toujours questionnant, cet essai approche certaines questions débattues sans toujours donner dans l'affirmation définitive. Il se termine par une présentation d'affiches et de placards révolutionnaires en breton, signe que si l’Église a choisi de faire du breton une langue officielle à des fins d'évangélisation et de généralisation de son enseignement, la langue bretonne appartient au patrimoine commun des Bretons (et même de l'humanité), et peut traduire tous les idées et sentiments, pas seulement ceux de la tradition ou de la conservation.   

Ismaël Dupont - 19 septembre 2022

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