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10 août 2022 3 10 /08 /août /2022 05:10

 

Le 11 décembre 1964, en pleine guerre froide, le commandant de la révolution cubaine dénonce à la tribune des Nations unies l’interventionnisme des puissances occidentales, frein à toute « coexistence pacifique des peuples ».

Vêtu de son treillis vert olive, Ernesto Guevara est à la tribune de l’Assemblée des Nations unies. Ce 11 décembre 1964, le palais de verre de New York tremble. Rarement un dirigeant s’est livré dans cette enceinte à un tel réquisitoire contre l’impérialisme des puissances occidentales, particulièrement des États-Unis qui ensanglante l’Amérique latine, le Congo de feu Patrice Lumumba, le Vietnam, etc.

Le commandant de la révolution cubaine en sait quelque chose. Depuis l’avènement de la révolution en 1959, Cuba, autrefois bordel de la mafia et des États-Unis, est la cible d’attaques de la Maison-Blanche, comme l’illustre l’invasion de la baie des Cochons, en 1961, par des mercenaires entraînés par la CIA. Depuis, le pays est soumis à un terrible blocus toujours en vigueur. En 1962 encore, la Grande Île a été le point névralgique de la guerre froide avec la crise des missiles.

Dans son adresse à l’ONU, en porte-voix des pays non alignés, le Che dénonce « la bande de chacals et de hyènes » que « la civilisation occidentale dissimule derrière sa façade somptueuse ». Et de plaider pour la libération des peuples, seule condition d’une véritable coexistence pacifique. 

Extrait du discours

La dernière heure du colonialisme a maintenant sonné, et des millions d’habitants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine se lèvent à la recherche d’une nouvelle vie et imposent leur strict droit à l’autodétermination et au développement indépendant de leur nation. (…)

Notre pays est un des points constants de friction, un des lieux où les principes qui fondent les droits des petits pays à leur souveraineté sont mis à l’épreuve jour après jour, minute après minute, et, en même temps, il est une des tranchées de la liberté du monde située à petite distance de l’impérialisme nord-américain.

La coexistence pacifique doit s’exercer entre tous les États...

De tous les problèmes brûlants qu’il faut traiter dans cette Assemblée, un de ceux qui ont pour nous une signification particulière (…) est celui de la coexistence pacifique entre États de régimes économico-sociaux différents. Le monde a fait de grands progrès dans ce domaine, mais l’impérialisme – surtout l’impérialisme nord-américain – a prétendu faire croire que la coexistence pacifique était réservée à l’usage exclusif des grandes puissances de la Terre. (…) La coexistence pacifique doit s’exercer entre tous les États, indépendamment de leur taille, des rapports historiques antérieurs qui les ont liés et des problèmes qui se sont posés parmi certains d’entre eux à une époque donnée (…).

Nous considérons qu’une conférence dont l’objectif serait la destruction totale des armes thermonucléaires, avec pour première mesure l’interdiction totale des essais, est nécessaire. Dans le même temps doit être clairement établie l’obligation pour tous les pays de respecter les frontières actuelles des autres États, de n’exercer aucune action agressive même menée avec des armes conventionnelles.

En unissant notre voix à celle de tous les pays du monde qui demandent le désarmement général et total, (…) nous croyons nécessaire que l’intégrité territoriale des nations doit être respectée et que le bras armé de l’impérialisme doit être arrêté car, pour n’utiliser que les armes conventionnelles, il n’en reste pas moins dangereux. (…)

Nous déclarons une fois de plus que les vices coloniaux qui empêchent le développement des peuples ne s’expriment pas seulement dans des rapports de type politique : la fameuse détérioration des termes de l’échange n’est autre que le résultat de l’échange inégal entre pays producteurs de matières premières et pays industriels qui dominent les marchés. (…)

Tant que les peuples économiquement dépendants ne se libéreront pas des marchés capitalistes (...), il n’y aura pas de développement économique solide ; on reculera...

Tant que les peuples économiquement dépendants ne se libéreront pas des marchés capitalistes pour imposer, fermement unis aux pays socialistes, nos rapports entre exploiteurs et exploités, il n’y aura pas de développement économique solide ; on reculera, et dans certains cas, les pays faibles retomberont sous la domination politique des impérialistes et des colonialistes. (…)

Nous ne pouvons nier notre sympathie envers les peuples qui luttent pour leur libération et nous devons remplir l’obligation de notre gouvernement et de notre peuple en exprimant catégoriquement devant le monde que nous soutenons moralement les peuples qui, n’importe où dans le monde, luttent pour que les droits de pleine souveraineté proclamés dans la Charte des Nations unies deviennent une réalité. » 

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9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 05:09

 

Le 14 février 2003, le ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac fait entendre une France indépendante au Conseil de sécurité de l’ONU face à des États-Unis menteurs pour justifier leurs menées bellicistes.

 

«Saddam Hussein et ses fils doivent quitter l’Irak dans les 48 heures. » L’ultimatum est fixé par le président des États-Unis, Georges Bush, le 18 mars 2003, au dictateur irakien. Deux jours plus tard, 250 000 GI et 45 000 soldats britanniques déferlent sur l’Irak, à la tête d’une coalition internationale. Mais, sans mandat de l’ONU. Un discours de Dominique de Villepin a convaincu le Conseil de sécurité de ne pas voter en faveur du recours à la force.

L’origine de cette intervention remonte au 11 septembre 2001. À la suite de l’attentat du World Trade Center, les États-Unis s’attellent à combattre un « axe du mal » composé de la Corée du Nord, de l’Iran et de l’Irak. Dans un rapport remis aux Nations unies en septembre 2002, l’administration américaine accuse le régime baasiste de détenir des armes de destruction massive. Des affirmations « exagérées ou non étayées », confirmera un rapport du Sénat américain en 2004. Le 8 novembre 2002, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1441, confiant à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) les soins de réaliser des inspections. Mais Washington fait le forcing. En janvier 2003, le secrétaire américain de la Défense, Donald Rumsfeld, qualifie de « vieille Europe » la France et l’Allemagne, qui s’opposent à un conflit armé. Le 5 février, Colin Powell, secrétaire d’État, pense remporter l’adhésion du Conseil de sécurité en exhibant une fiole censée prouver la possession d’armes biochimiques par l’Irak. Le 14 février, la France fait entendre une voix singulière par son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. 

 

Extrais du discours

 

« Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein. (…)

La France a deux convictions : la première, c’est que l’option des inspections n’a pas été conduite jusqu’à son terme et peut apporter une réponse efficace à l’impératif du désarmement de l’Irak ; la deuxième, c’est qu’un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité. (…)

L’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a l’alternative offerte par les inspections qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Irak. (…)

Nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience.

Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. (…)

 

Il y a dix jours, le secrétaire d’État américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre al-Qaida et le régime de Bagdad. En l’état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d’établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l’impact qu’aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d’aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ? (…)

La France l’a toujours dit : nous n’excluons pas la possibilité qu’un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l’impossibilité pour les inspections de se poursuivre. (…)

Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.

Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur. »

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8 août 2022 1 08 /08 /août /2022 15:08

 

La résistante lance un appel depuis Londres, le 20 avril 1944, sur les ondes de la BBC et, parlant au nom des Françaises, dénonce la barbarie nazie.

Photo de la carte d'identité de Lucie Aubrac (1912-2007) pendant la Seconde Guerre Mondiale. © Florence Bochoire/editingserver.com

Comment résumer une vie aussi riche, intense et digne que celle de Lucie Aubrac ? Quand elle prononce ce discours, le 20 avril 1944, à 21 h 25, au micro de la BBC, voici deux mois qu’elle est arrivée à Londres, après déjà plusieurs années de résistance. L’année précédente, en 1943, elle a organisé l’évasion de son mari, Raymond Samuel – qui prendra le pseudonyme « Aubrac » dans la clandestinité –, à Caluire, près de Lyon, où il avait été arrêté avec Jean Moulin. Lucie Bernard, de son nom de naissance, était arrivée à la fin des années 1920 à Paris, menant des études d’histoire et militant aux Jeunesses communistes.

Depuis juillet 1940, l’émission Honneur et Patrie est diffusée quotidiennement par la BBC, et Lucie Aubrac veut mettre en lumière le rôle des femmes dans l’ensemble des actions de la Résistance : le soutien, la solidarité, mais aussi la lutte, qu’elle soit logistique ou parfois armée. Et les déportations, citant les « 347 du camp d’Auschwitz ». Pour que ne soit jamais rabaissé ou oublié leur combat pour la paix. La guerre n’est jamais une seule « affaire des hommes ». 

 

Extraits du discours

 

Le Conseil national de la Résistance a lancé un appel à la conscience mondiale pour que soient connues les terribles conditions de vie et de mort que l’Allemagne fait subir aux patriotes français. Il signale dans son appel les 270 femmes françaises mortes au camp d’Auschwitz, en Silésie ; 270 sur 347 qui y furent déportées en janvier 1943, 270 femmes françaises dont certaines paient le crime d’être veuves d’otages fusillés à Paris. À cette longue liste il faut ajouter toutes celles qui, en France même, dans les prisons de Vichy et dans les prisons allemandes, connaissent souvent le même sort. “La guerre est l’affaire des hommes.” Mais les Allemands, qui ont menacé des femmes et asphyxié des enfants, ont fait que cette guerre est aussi l’affaire des femmes. Mais les Allemands et la police de Vichy ne connaissent pas le droit international, et cette guerre est aussi l’affaire des femmes.

Nous, les femmes de France – je dis “nous” car il y a deux mois seulement que j’ai quitté mon pays, nous, les femmes de France, avons dès l’armistice pris notre place dans ce combat. Notre foyer disloqué, nos enfants mal chaussés, mal vêtus, mal nourris ont fait de notre vie depuis 1940 une bataille de chaque instant contre les Allemands. Bataille pour les nôtres, certes, mais aussi bataille de solidarité pour tous ceux qu’a durement touchés l’occupation nazie.

Arrêtées, torturées, déportées, exécutées, vous restez dures et pures, sans confidences pour le bourreau.

 

La grande solidarité des femmes de France : ce sont les petits enfants juifs et les petits enfants de patriotes sauvés des trains qui emmènent leurs parents vers les grands cimetières d’Allemagne et de Pologne ; ce sont dans les prisons et les camps de concentration en France les colis de vivres, les cigarettes, le linge nettoyé et raccommodé, qui apportent aux patriotes entassés derrière les murs un peu d’air civilisé et d’espoir ; ce sont les collectes de vêtements et de vivres qui permettent aux jeunes hommes de gagner le maquis ; ce sont les soins donnés à un garçon blessé dans un engagement avec les Allemands.

Et puis maintenant que tout le pays est un grand champ de bataille, les femmes de France assurent la relève des héros de la Résistance. Dans la grande armée sans uniforme du peuple français, la mobilisation des femmes les place à tous les échelons de la lutte : dactylos, messagères, agents de liaison, volontaires même dans les rangs de groupes francs et de francs-tireurs, patiemment, modestement, les femmes de France menèrent le dur combat quotidien.

Vous n’êtes qu’un prénom, Jeannette ou Cécile, mais arrêtées, torturées, déportées, exécutées, vous restez dures et pures, sans confidences pour le bourreau. N’est-ce pas vous, héroïne anonyme, qui, arrêtée par la Gestapo, frappée au visage, défigurée, un œil perdu, vous évanouissant aux terribles coups de cravache sur le haut des cuisses, êtes restée silencieuse ? Ils vous ont enfermée avec les prostituées, sans soins pour vos plaies infectées.

C’est peut-être dans la cellule voisine que mourut Thérèse Pierre, les reins brisés par la torture, que Mme Albrecht attendit la hache du bourreau… Battues, méprisées, toutes seules devant la souffrance et la mort, si notre martyrologe est long, nous savons, nous, femmes de France, nous qui connaissons le prix de la vie, qu’il faut nos pleurs, nos souffrances et notre sang pour que naisse le beau monde de demain. » 

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7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 15:02

 

L’Incorruptible démontre comment la guerre contre les royaumes d’Europe qui enthousiasme les Girondins affairistes et la royauté revancharde est une entreprise contre-révolutionnaire. Il le dit et le répète à la tribune du club des Jacobins, le 18 décembre 1791, puis le 2 janvier 1792. C’est à cette occasion qu’il s’écrie : « Personne n’aime les missionnaires armés. »

Janvier 1792. Maximilien Robespierre à la tribune du Club des Jacobins. © API/Gamma-Rapho/Getty Images

À partir de l’automne 1791, la question de la guerre se pose de manière aiguë. La Révolution est confrontée aux menaces des puissances européennes et une partie des révolutionnaires voit dans le conflit une manière de résoudre la crise. Mais les partisans de la guerre forment en réalité une coalition bien plus vaste, dont les différents membres ont des objectifs différents avec une finalité commune : en finir avec la Révolution. La Fayette espère rétablir l’ordre dans l’armée, obtenir la neutralité de la Prusse, puis retourner les militaires contre Paris pour mater les Jacobins. 

 

Le roi et la Cour misent sur une défaite pour ­restaurer Louis XVI dans son pouvoir absolu. Le ­député Brissot et ses amis jugent qu’« elle (la guerre) renverse l’aristocratie, consomme la Révolution, cimente notre indépendance, ­ramène le crédit et la pros­périté ». « Consommer » la Révolution, c’est-à-dire l’arrêter et faire taire les revendications croissantes des « floués » de la révolution bourgeoise. Robespierre comprend que la guerre représente un grand danger pour la Révolution d’autant que les plus enragés se refusent à mettre en œuvre les moyens de la gagner. La guerre n’est qu’un piège tendu à la Révolution et une menace mortelle pour la liberté. Robespierre monte à la tribune des Jacobins pour le démontrer.

 

Extrait du discours

La guerre est toujours le premier vœu d’un gouvernement puissant qui veut devenir plus puissant encore. (…) C’est pendant la guerre que le pouvoir exécutif déploie la plus redoutable énergie, et qu’il exerce une espèce de dictature qui ne peut qu’effrayer la liberté naissante ; c’est pendant la guerre que le peuple oublie les délibérations qui intéressent essentiellement ses droits civils et politiques pour ne s’occuper que des événements extérieurs, qu’il détourne son attention de ses législateurs et de ses magistrats pour attacher tout son intérêt et toutes ses espérances à ses généraux et à ses ministres, ou plutôt aux généraux et aux ministres du pouvoir exécutif. C’est pour la guerre qu’ont été combinées, par des nobles et par des officiers militaires, les dispositions trop peu connues de ce code nouveau qui, dès que la France est censée être en état de guerre, livre la police de nos villes frontières aux commandants militaires et fait taire devant eux les lois qui protègent les droits des citoyens.

C'est pendant la guerre que le pouvoir exerce une dictature qui ne peut qu'effrayer la liberté naissante. Robespierre

C’est pendant la guerre que la même loi les investit du pouvoir de punir arbitrairement les soldats. C’est pendant la guerre que l’habitude d’une obéissance passive, et l’enthousiasme trop naturel pour les chefs heureux, fait des soldats de la patrie, les soldats du monarque ou de ses généraux. Dans les temps de troubles et de factions, les chefs des armées deviennent les arbitres du sort de leur pays et font pencher la balance en faveur du parti qu’ils ont embrassé. Si ce sont des César ou des Cromwell, ils s’emparent eux-mêmes de l’autorité. Si ce sont des courtisans sans caractère, nuls pour le bien mais dangereux lorsqu’ils veulent le mal, ils reviennent déposer leur puissance aux pieds de leur maître, et l’aident à reprendre un pouvoir arbitraire, à condition d’être ses premiers valets. (…)

La guerre, habilement provoquée et dirigée par un gouvernement perfide, fut l’écueil le plus ordinaire de tous les peuples libres. Ce n’est point ainsi que raisonnent ceux qui, impatients d’entreprendre la guerre, semblent la regarder comme la source de tous les biens, car il est bien plus facile de se livrer à l’enthousiasme que de consulter la raison. Aussi croit-on déjà voir le drapeau tricolore planté sur le palais des empereurs, des sultans, des papes et des rois : ce sont les propres expressions d’un écrivain patriote qui a adopté le système que je combats. D’autres assurent que nous n’aurons pas plutôt déclaré la guerre que nous verrons s’écrouler tous les trônes à la fois.

Pour moi, qui ne puis m’empêcher de m’apercevoir de la lenteur des progrès de la liberté en France, j’avoue que je ne crois point encore à celle des peuples abrutis et enchaînés par le despotisme. (…) Quand je fixe les yeux sur les circonstances réelles où nous sommes ; lorsque, à la place de ce peuple, je vois la Cour, et les serviteurs de la Cour ; lorsque je ne vois qu’un plan imaginé, préparé, conduit par des courtisans ; lorsque j’entends débiter avec emphase toutes ces déclamations sur la liberté universelle, à des hommes pourris dans la fange des cours, qui ne cessent de la calomnier, de la persécuter dans leur propre pays ; alors je demande au moins que l’on veuille bien réfléchir sur une question de cette importance. »

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2 août 2022 2 02 /08 /août /2022 05:56

 

Dans cette prise de parole historique, devant l’ONU en 1984, le jeune président burkinabé expose avec éloquence les défis qui guettent une planète en guerre et un continent africain ravagé par l’exploitation capitaliste.

 

Lorsqu’il s’adresse, le 4 octobre 1984, lors de sa 39 e session, à l’Assemblée générale des Nations unies, Thomas Sankara dirige le Burkina Faso depuis à peine un an. Le jeune capitaine, « mandaté par le Conseil national de la révolution », avance vers la tribune, vêtu de son treillis militaire, pour « parler au nom d’un peuple qui a choisi de s’affirmer et d’assumer son histoire, sans complexe aucun ».

Pendant près d’une heure, il livre un réquisitoire accablant sur l’état d’un monde « où des nations, se soustrayant à la juridiction internationale, commandent des groupes hors la loi, vivant de rapines et organisant d’ignobles trafics, le fusil à la main ». Il y pose, surtout, les conditions indispensables pour parvenir à une paix durable, en fustigeant notamment les choix des pays dits développés d’investir massivement dans des programmes d’armement au lieu d’œuvrer à extraire l’humanité du sous-développement et de la pauvreté. Un réquisitoire, hélas, toujours d’une brûlante actualité, comme l’illustre sa violente charge contre la politique menée par les autorités israéliennes, avec le soutien du « protecteur américain », à l’encontre du peuple palestinien. 

Extrait du discours

Il faut, à notre avis, des études sérieuses prenant en compte tous les éléments qui ont conduit aux calamités qui ont fondu sur le monde. À ce titre, le président Fidel Castro, en 1979, a admirablement exprimé notre point de vue à l’ouverture du sixième sommet des pays non alignés lorsqu’il déclarait : “Avec 300 milliards de dollars, on pourrait construire en un an 600 000 écoles pouvant recevoir 400 millions d’enfants ; ou 60 millions de logements confortables pour 300 millions de personnes ; ou 30 000 hôpitaux équipés de 18 millions de lits ; ou 20 000 usines pouvant employer plus de 20 millions de travailleurs ou irriguer 150 millions d’hectares de terre qui, avec les moyens techniques adéquats, pourraient alimenter un milliard de personnes…”. En multipliant aujourd’hui ce chiffre par 10, je suis certainement en deçà de la réalité, on réalise ce que l’humanité gaspille tous les ans dans le domaine militaire, c’est-à-dire contre la paix.

On perçoit aisément pourquoi l’indignation des peuples se transforme rapidement en révolte et en révolution devant les miettes qu’on leur jette sous la forme ignominieuse d’une certaine “aide”, assortie de conditions parfois franchement abjectes. On comprend enfin pourquoi, dans le combat pour le développement, nous nous désignons comme des militants inlassables de la paix. Nous faisons le serment de lutter pour atténuer les tensions, introduire les principes d’une vie civilisée dans les relations internationales et les étendre à toutes les parties du monde. Ce qui revient à dire que nous ne pouvons assister, passifs, au trafic des concepts. Nous réitérons notre résolution d’être des agents actifs de la paix ; de tenir notre place dans le combat pour le désarmement ; d’agir enfin dans la politique internationale comme le facteur décisif, libéré de toute entrave vis-à-vis de toutes les grandes puissances, quels que soient les projets de ces dernières.

La recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome.

Mais la recherche de la paix va de pair avec l’application ferme du droit des pays à l’indépendance, des peuples à la liberté et des nations à l’existence autonome. Sur ce point, le palmarès le plus pitoyable, le plus lamentable – oui, le plus lamentable – est détenu au Moyen-Orient en termes d’arrogance, d’insolence et d’incroyable entêtement par un petit pays, Israël, qui, depuis, plus de vingt ans, avec l’inqualifiable complicité de son puissant protecteur les États-Unis, continue à défier la communauté internationale.

Au mépris d’une histoire qui, hier encore, désignait chaque juif à l’horreur des fours crématoires, Israël en arrive à infliger à d’autres ce qui fut son propre calvaire. En tout état de cause, Israël, dont nous aimons le peuple pour son courage et ses sacrifices d’hier, doit savoir que les conditions de sa propre quiétude ne résident pas dans sa puissance militaire financée de l’extérieur. Israël doit commencer à apprendre à devenir une nation comme les autres, parmi les autres.

Pour l’heure, nous tenons à affirmer du haut de cette tribune notre solidarité militante et agissante à l’endroit des combattants, femmes et hommes, de ce peuple merveilleux de la Palestine, parce que nous savons qu’il n’y a pas de souffrance sans fin. » 

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1 août 2022 1 01 /08 /août /2022 05:51

 

Le chancelier social-démocrate est le concepteur de l’Ostpolitik allemande, l’ouverture au camp socialiste. Les coopérations qu’il proposa en 1971 favorisèrent la détente.

Le discours que prononça Willy Brandt à Oslo, le 11 décembre 1971, après avoir reçu le prix Nobel de la paix ne vaut pas seulement pour sa dimension salutaire dans l’Histoire. Brandt, premier chancelier ouest-allemand venu de l’exil et de la résistance au nazisme, fut l’un des grands orchestrateurs de la détente sur le Vieux Continent.

Son œuvre résonne très fort aujourd’hui, tant elle est mise en péril par l’agression russe contre l’Ukraine et la réhabilitation des logiques de blocs de la guerre froide. L’Ostpolitik du dirigeant social-démocrate était marquée par un souci majeur : empêcher que l’humanité ne sombre dans l’apocalypse nucléaire. Elle misait sur le dialogue et l’instauration de relations dans tous les domaines, politique, économique ou culturel. Elle déboucha sur des traités de paix avec les capitales du « camp » socialiste. Elle impulsa le lancement de la conférence qui préludera à la création, à Helsinki, en 1975, de la si précieuse Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE).

Un embrigadement dans l’offensive surarmée de Washington et de l’Otan contre Moscou et Pékin fait resurgir le spectre d’un anéantissement atomique. Allemagne et Europe se doivent d’une autre géopolitique. Un nouvel âge du pacifisme de Brandt est nécessaire. 
 
Extraits du discours

Je voudrais relever sur quoi reposent mes principes fondamentaux : la guerre ne doit pas être un moyen de la politique. Il s’agit d’abolir les guerres, pas seulement de les limiter. Aucun intérêt national ne se laisse plus dissocier aujourd’hui de la responsabilité globale pour la paix. Toute politique étrangère doit servir cette idée. En tant qu’instrument d’une politique de sécurité européenne et mondiale, elle doit réduire les tensions et promouvoir la communication au-delà des frontières (…).

La guerre n’est plus l’ultima ratio, mais l’ultima irratio. Même si ce point de vue n’est toujours pas communément admis : je conçois une politique pour la paix comme la véritable realpolitik de cette époque (…).

Sous la menace d’une autodestruction de l’humanité, la coexistence est devenue la question de l’existence elle-même. La coexistence n’est pas une parmi plusieurs options acceptables, elle est la seule chance de survie (…).

La prise de conscience des abîmes de la guerre mondiale a suivi la conscience que des problèmes d’ampleur planétaire nous assaillent : famine, explosion démographique, risques environnementaux, diminution des stocks naturels. Ces dimensions ne peuvent être ignorées que de ceux qui acceptent le naufrage de ce monde ou même l’accueillent avec une certaine jubilation.

Je conçois une politique pour la paix comme la véritable realpolitik de cette époque.

À notre époque, les savants nous fournissent des livres excellents, caractérisés par l’approfondissement objectif de la connaissance. Désormais, il ne s’agit plus de cerner les contradictions entre idéologies et systèmes de société, mais de l’avenir de l’humanité, et de savoir si elle a un avenir. Désormais, il s’agit de tâches qui dépassent les frontières de chaque État et de chaque continent (…).

Nous avons besoin de la paix, pas seulement dans le sens d’un état non violent. Nous en avons besoin comme condition préalable à l’établissement de coopérations salvatrices. Tout comme celles-ci supposent la paix, elles peuvent aussi aider à créer la paix (…).

Résoudre les problèmes communs, c’est créer des liens et des relations par une coopération pleine de sens entre les États par-delà les frontières des blocs. Cela signifie une transformation du conflit. Cela signifie démonter des barrières réelles ou imaginaires pour prendre mutuellement le risque de la paix. Cela signifie créer la confiance par le biais de réglementations pratiques. Et cette confiance pourrait alors devenir la nouvelle base sur laquelle d’anciens problèmes non résolus pourraient l’être. Se saisir de cette chance peut être l’occasion pour l’Europe de s’affirmer dans un monde dont il est prouvé qu’il ne peut être dirigé seul par Washington, Moscou ou Pékin (…).

Pour les travaux pratiques de la politique, deux défis émergent dans un proche avenir : une conférence sur la sécurité et la coopération en Europe et des négociations sur la réduction des troupes. Dans le même temps, les États d’Europe doivent commencer à développer leurs coopérations sur les plans économique, technique et culturel, qu’ils soient ou non lié

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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 05:44

La réalité de la colonisation israélienne a longtemps été mise sous le tapis. Le leader de l’Organisation de libération de la Palestine la met en lumière, en 1974, à New York, en prononçant son discours le plus célèbre. Il y invite les États à œuvrer en faveur d’une solution pacifique.

Le dirigeant palestinien à la tribune des Nations unies, le 13 novembre 1974. © AFP

Ce 13 novembre 1974, lorsqu’il monte à la tribune de l’ONU, Yasser Arafat sait qu’il est au rendez-vous de l’Histoire. Grâce à leur lutte, les Palestiniens sont passés, aux yeux du monde, d’une condition de réfugiés à celle d’un peuple luttant pour ses droits. Lutte politique, diplomatique et armée. Le leader de ­l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), est parvenu à faire reconnaître son organisation comme seule et unique représentante du peuple palestinien. Dans son allocution, il compare la volonté d’indépendance de la Palestine à celles de l’Afrique du Sud et du Vietnam, dénonce le néocolonialisme et l’impérialisme. Il met le sionisme en accusation. « Notre révolution (…) n’a jamais été dirigée contre l’homme juif en tant que tel, mais contre le sionisme raciste et l’agression flagrante », souligne-t-il. Enfin, il évoque un État de Palestine démocratique dans lequel toutes les communautés et toutes les confessions, y compris juive, vivraient en harmonie avec des droits égaux. La solution à un seul État sera abandonnée en 1988.

À l’issue de ce discours qui ouvre une porte vers la paix, l’Assemblée générale de l’ONU vote à une majorité écrasante la reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination et à l’indépendance nationale. L’OLP devient une observatrice permanente aux Nations unies. Et en 1976, l’ONU accepte le principe d’un État palestinien.


Extrait du discours

(…) À l’instar du colonialisme et de ses démagogues, qui ont essayé d’ennoblir leurs conquêtes, leurs pillages et leurs attaques perpétuelles à l’encontre des peuples africains en prétendant qu’ils accomplissaient une mission “de civilisation et de modernisation”, les dirigeants sionistes ont dissimulé leur objectif pour conquérir la Palestine, comme le colonialisme en tant que système, et les colonialistes en tant qu’instruments ont utilisé la religion, la couleur, la race et la langue pour justifier l’exploitation des Africains et leur assujettissement cruel par la terreur et la discrimination. Les mêmes méthodes ont été employées en Palestine pour usurper notre terre et chasser notre peuple de son foyer national.

L’idéologie sioniste a été employée contre le peuple palestinien. Il ne s’agissait pas seulement d’installer des colonies à la mode occidentale. Mais également de déraciner les juifs de leurs différents pays et de les séparer des autres nations. Le sionisme est une idéologie impérialiste, colonialiste et raciste, elle est profondément réactionnaire et discriminatoire, elle peut être comparée à l’antisémitisme par ses aspects les plus rétrogrades et, partant, elle en constitue l’autre volet. Lorsqu’on propose que les juifs, quels que soient leurs foyers nationaux, ne portent pas allégeance à leur pays et ne vivent pas sur un pied d’égalité avec les citoyens non juifs, cela va dans le sens de l’antisémitisme. Lorsqu’on dit que la seule solution au problème juif serait que les juifs abandonnent des communautés ou des nations auxquelles ils ont appartenu pendant des centaines d’années et lorsqu’on dit que les juifs devraient régler le problème juif en émigrant par la force sur le territoire d’un autre peuple, on adopte, ce faisant, la même position qu’adoptent les antisémites à l’égard des juifs.

Les Palestiniens qui vivent sous l’occupation sioniste luttent contre l’oppression, la tyrannie et le terrorisme.

En 1947, les juifs étaient au nombre de 600 000, ils possédaient environ 6 % de la terre palestinienne arable. Ce chiffre devrait être comparé avec celui de la population de Palestine qui, à cette époque, s’élevait à 1 250 000 habitants. (…) L’Assemblée générale (de l’ONU – NDLR) a divisé ce qu’elle n’avait pas le droit de diviser : un territoire indivisible. Lorsque nous avons rejeté cette décision, notre attitude a été celle de la mère naturelle qui avait refusé au roi Salomon de couper son fils en deux alors que l’autre femme qui le réclamait aussi était disposée à accepter cette solution. En outre, malgré la résolution du partage qui accordait aux colonialistes 54 % de la terre de Palestine, ceux-ci ont été mécontents de cette décision et ont commencé une guerre terroriste contre la population civile arabe. Ils ont occupé 81 % de l’ensemble de la terre de Palestine, déracinant ainsi un million d’Arabes. Les Palestiniens qui vivent sous l’occupation sioniste résistent à l’arrogance et luttent contre l’oppression, la tyrannie et le terrorisme. (…)

Je suis venu ici tenant d’une main le rameau d’olivier et, de l’autre, mon fusil de révolutionnaire. Ne laissez pas le rameau d’olivier tomber de ma main. »

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19 juillet 2022 2 19 /07 /juillet /2022 05:02

Intervention de Yoann DANIEL

 

Mesdames, Messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,

Mesdames, messieurs, les représentants de la gendarmerie et pompiers,

Mesdames et messieurs, amis de la résistance et fidèles du devoir de mémoire,

Lorsque ce petit matin de juillet 1942, à Paris, des policiers français frappent à sa porte, un père de famille juif, d'origine polonaise et installé en France depuis 20 ans, se retourne vers sa femme et ses deux petites filles âgées de 8 et 10 ans. Elles sont terrorisées. Convaincu par l'invraissemblance de la situation, il leur dit : « Ne vous inquiétez pas. Au pays de Zola, d'Hugo, de Voltaire et de Rousseau, cela ne peut se produire ». Et pourtant.

Bien avant qu'il ne soit assassiné et que soit déclenchée la Première guerre mondiale, dans la société sereine et prospère de la Belle Epoque, Jean Jaurès s'adressait par ces mots aux députés : « Toujours votre société violente et cahotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l'état de l'apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l'orage ». En ce début de 20e siècle qui ressemble à bien des égards au monde dans lequel nous vivons, c'est en autre l'insouciance, les certitudes, le nationalisme et la xénophobie qui conduisirent les peuples européens au pire, tandis qu'en France était diffusé à des centaines de milliers d'exemplaires un journal intitulé « L'anti-juif ». Jean Jaurès était un lanceur d'alerte, il avait raison, on le fit taire brutalement. A l'instant même où le vent d'Est porte des odeurs de souffre, au moment même où nos concitoyens semblent s'éloigner de la démocratie en délaissant les urnes, et se laisser convaincre par l'idéologie d'extrême-droite, il y a aujourd'hui dans chaque passeur de mémoire, un peu de Jean Jaurès. C'est notre combat. C'est notre plus bel hommage.

« La flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas » exhortait le Général De Gaulle. Depuis plus de 80 ans, nous sommes des milliers à approvisionner ce feu, mais nos forces diminuent, les souvenirs s'effacent, la reconnaissance se mue en méconnaissance. L'inéluctable usure du temps diront certains, l'insouciance et les certitudes diront d'autres, l'implacable fatalité du destin des Hommes concluront les derniers.

Or le monde dans lequel nous vivons n'est pas un dû, il est fruit de nombreuses luttes sociales bien sûr, mais nous le devons en grande partie au prix du sang, à celui qu'ont versé par les 18 jeunes hommes de Kernabat et de tant d'autres de leurs camarades résistants. La transmission de la mémoire est une longue course de relais entre les générations. Lorsque le bâton tombe à terre, il faut alors pouvoir le ramasser et le transmettre à nouveau pour que la course de l'Histoire ne s'arrête pas brutalement, pour que notre histoire ne tombe pas dans l'oubli. C'est tout l'enjeu de notre présence ici : Se rappeler et ne rien céder à ceux qui voudrait nous conter une histoire « différente ». L'ANACR tient à saluer pour l'occasion la mémoire de Cécile Rol-Tanguy, née le Bihan, à Bannalec, combattante incontournable de la résistance, figure de proue de la place des femmes après-guerre dans une France libre imaginée par le Conseil National de la Résistance.

Nous rappelons à chacun de nos rassemblements, non loin de ce talus où furent entassés les corps victimes de la barbarie nazie, à quelques jours des combats de la libération qui feront, eux aussi des dizaines de victimes, le drame qui s'est déroulé ici il y a 78 ans. Il faisait très chaud, un peu comme aujourd'hui.

Tout avait bien commencé. Un premier parachutage réussi, dans la nuit du 9 au 10 juillet, dans le cadre de l'opération Jedburg, permit de récupérer un commando, une radio, et 16 tonnes de matériels. Il s'agit d'harceler partout où c'est possible les Allemands, de leur infliger des pertes matérielles et humaines, de couper leurs approvisionnements, d'affaiblir leur moral alors que le sort de la guerre ne fait plus aucun doute. La réception se passe bien… Mais des échanges de coups de feu ont lieu avec une troupe de la Wermacht, probablement en route vers une permission. Le maquis est repéré !

« Ici Radio Londres ! Les Français parlent aux Français ! Message personnel : Le vent souffle dans les blés ». Le message est capté le 14 juillet, vers 11 heures, au PC installé à Guerveur. Il annonce un second parachutage de vivres et de matériels le soir même sur le terrain « pêche » à Miné Kervir. Le vent souffle dans les blés pour les maquisards de Scaër, Tourc'h, Rosporden, et communes alentours. Il porte en lui les premières effluves des combats de la libération !

Démasqués par l'occupant allemand, ils sont plus de 200 combattants de l'ombre mobilisés pour l'opération. Le balisage du terrain est en place, et au début de la nuit du 15 juillet vers minuit 30, plus de 16 tonnes sont larguées à l'endroit indiqué, puis acheminées vers le lieu de stockage à Kernabat. La mission est accomplie mais dès l'aurore, un millier de soldats allemands, ratissent les environs de Coadry. La bataille de Kernabat-Quillien est engagée avec un rapport de force que même le courage le plus absolu ne peut inverser. 18 jeunes hommes, âgés de 19 à 32 ans, sont tués. Ils laissent, désemparés, femmes, enfants, parents, frères et sœurs, camarades de combats. Tous sauront que leur sacrifice ne fut pas vain.

Lorsqu'elle s'échappa miraculeusement de l'enfer du Vel d'Hiv, la plus jeune des filles de la famille juive, que nous évoquions au début de notre intervention, erra un moment dans les rues de Paris, avant d'être recueillie par une famille. Elle cherchait. Elle ne fuyait pas, non elle cherchait. Elle cherchait désespérément où trouver Zola, Hugo, Voltaire et Rousseau, les copains de son père. Elle les cherchait parce qu'il lui avait dit qu' en France et avec eux ça ne pouvait pas se produire. Elle les cherchait, du haut de ses 8 ans, pour qu'ils aillent libérer sa famille.

Elle témoigne encore aujourd'hui, comme les 400 résistants encore vivant de l'ANACR, et n'eut jamais l'opportunité de dire à son papa qu'elle comprit qu'en chaque combattant de la résistance, qu'en chaque homme et femme tombés, qu'en chacun des 18 de Kernabat, il y avait un peu de Zola, Hugo, Voltaire et Rousseau.

Dans les valeurs que nous défendons ardemment, nous ne sommes pas seuls. Si lorsqu'il s'isole, l'Homme est capable du pire, lorsqu'il fait « poings serrés » comme les combattants de l'armée de l'ombre, il est capable du meilleur. C'est ce que disait Nelson Mandela en substance: « La guerre n'est pas un accident. Comme l'esclavage et apartheid, comme la pauvreté, elle a été faite par l'Homme, et peut être supprimée par des actions communes de l'Humanité ».

Que l'esprit et les valeurs de la résistance nous accompagne tous !

Merci pour votre attention et votre présence ici à Kernabat.

 

 

 

 

 

 

 

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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 20:08
Mairie de Morlaix, 17 juillet 2022 - Emouvante cérémonie en mémoire des victimes des persécutions antisémites de l'état français sous l'occupation et d'hommage aux Justes de France (photos Jean-Luc Le Calvez)
Discours de Marie-Noëlle Postic qui a travaillé sur les persécutions dont ont été victimes les Juifs du Finistère pendant l'occupation et qui a reconstruit leur histoire dans deux livres formidables - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Discours de Marie-Noëlle Postic qui a travaillé sur les persécutions dont ont été victimes les Juifs du Finistère pendant l'occupation et qui a reconstruit leur histoire dans deux livres formidables - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 16 juin 2022, photo JL Le Calvez

Discours d'Yvon Laurans - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Discours d'Yvon Laurans - Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez -- réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez - réception en mairie

Cérémonie à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l'Etat français, Morlaix, 17 juillet 2022, photo JL Le Calvez - réception en mairie

Photos de Jean-Luc Le Calvez, merci à lui!
 
Ce dimanche 17 juillet au matin nous commémorions à Morlaix la journée d'hommage et de mémoire pour les Justes et les juifs, tsiganes, homosexuels victimes des crimes contre l'Humanité dont s'est rendu complice l'état français pendant l'occupation nazie.
 
C'était le jour du 80e anniversaire de la terrible rafle du Vel d'hiver des 16 et 17 juillet 1942.
 
13 152 personnes dont 4 115 enfants ont été arrêtés ce jour-là, par la police française, sur ordre du gouvernement de Pétain et Laval, dans le cadre de la collaboration avec l'occupant nazi et sa politique de déportation et d'extermination des juifs.
 
La plupart ont péri dans des conditions épouvantables.
 
Marie-Noëlle Postic, sociologue et historienne qui a restitué l'histoire des juifs du Finistère pendant la seconde guerre mondiale, Yvon Laurans, adjoint au sport, aux relations internationales et aux cérémonies patriotiques, Jean-Paul Vermot, maire de Morlaix, ont rendu des hommages aux victimes juives de la barbarie antisémite nazie et du régime de Vichy, et aux Justes qui ont tenté de les sauver.
 
Plusieurs élu.e.s, des invités des comités et associations de mémoire de la seconde guerre mondiale, des gendarmes, anciens combattants, familles des victimes des rafles et persécutions antisémites. Notre camarade Lucienne Nayet aussi, enfant cachée à la naissance dont le père est mort à Auschwitz.
 
Nous avons rendu un hommage particulier très émouvant, devant la plaque d'hommage à Esther Levy et David Sellinger inaugurée en 2018, aux deux morlaisiens de confession juive déportés et assassinés en déportation en présence de la famille d'Esther Levy: Esther Levy, arrêtée à son domicile rue Gambetta, en octobre 1943, déportée en janvier 1944, et David Sellinger.
 
Leur histoire a été relatée dans deux livres passionnants (Sur les traces d'une famille juive morlaisienne, Les juifs du Finistère sous l'occupation) par la sociologue et historienne Marie-Noëlle Postic. La famille Le Quéré, des protestants de Tremel, juifs parmi les Nations, a permis de sauver les autres membres de la famille Levy. 
 
Alors que l'actualité politique française et internationale nous montre que "le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde", comme l'écrivait le dramaturge antifasciste allemand, Bertold Brecht, il est important de combattre résolument le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie sous toutes leurs formes, et de se souvenir qu'ils conduisent au pire.
 
En mairie de Morlaix, Jean-Paul Vermot a rendu un hommage appuyé à Marie-Noëlle Postic et à son travail de recherche historique avant de lui offrir le dernier livre de Christian Bougeard sur Tanguy Prigent chez Skol Vreizh au nom de la ville de Morlaix.
 
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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 05:54

 

Effet sans doute du surmenage lié à la révision du bac, deux éminents historiens, Olivier Dard et Fabrice Grenard, respectivement professeur à la Sorbonne et directeur à la Fondation de la Résistance, ont été pris la main sur une antisèche suspecte en répondant à Jean-Pierre Gratien, au cours de l’émission de LCP DébatDoc du 21 juin. Ils ont ainsi affirmé le fait que les députés communistes n’avaient pas voté contre les accords de Munich, en octobre 1938. « Tout le monde a été quasiment munichois, en dehors de trois ou quatre députés qui votaient contre », a expliqué Fabrice Grenard. « Non, ils ne votaient pas contre, bien sûr ! » s’est exclamé pour sa part Olivier Dard. Pas de chance, les 73 députés communistes, le 4 octobre 1938, ont bel et bien voté contre lesdits accords. L’information de l’antisèche avait sans doute été mal recopiée. Verdict de l’oral : recalés.

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