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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 17:47

 

 

cadeau La France RougeCe beau livre-objet de Bruno Fuligni mis en page par Jerôme Pecnard est une sélection commentée de documents historiques (photographies, lettres, affiches, tracts, manuscrits, journaux, documents de police et de parti...) réunis dans les Archives du PCF, ouvertes depuis 1993 et classées par l'Etat en 2003 dans les Archives Départementales de Seine Saint Denis. 

En même temps qu'il donne toute sa place au visuel et aux fac-similés détachables pour les fétichistes et les militants, ce livre raconte, souvent avec une bienveillance et une admiration non dissimulées, une histoire de l'engagement communiste à travers des éclairages sur plusieurs personnalités et destinées marquantes.

Par exemple, le communard déporté en Nouvelle-Calédonie Alexis Trinquet, l'institutrice égérie de la Commune Louise Michel, le député ouvrier Zéphirin Camélinat, Jaurès, les poilus rebelles de 1917, le mutin de la Mer Noire André Marty, les fonctionnaires des PTT anti-colonialistes François Vittori et Edouard Planque organisant des grèves à Madagascar en1930, le volontaire des brigades internationales victime des fascistes, Gaston Roger,  Marcel Cachin, le rédacteur en chef breton de l'Humanité, Guy Môquet et son père, Prosper, le cheminot syndicaliste élu député du XVIIe arrondissement, le journaliste et intellectuel antifasciste Gabriel Péri, fusillé comme otage au Mont Valérien le 15 décembre 1941, Missak Manoukian du réseau MOI, Pierre Georges, dit le "colonel Fabien", héros de la guerre d'Espagne et de la Résistance.

A partir de l'après-guerre et de la guerre froide, le propos est davantage centré sur la direction et l'évolution politique du PCF. Evocation du culte de la personnalité avec les mille cadeaux envoyés de toute la France à Maurice Thorez pour son 50 ème anniversaire. Allusion à l'engouement des intellectuels et des artistes et écrivains pour le communisme, force de renouveau et de rupture avec les conventions et hiérarchies bourgeoises sentant le formol et la collaboration, et aux désillusions ou frustrations générées chez eux par le stalinisme et les prescriptions politiques en matière d'art , à travers l'épisode du départ contraint de Marguerite Duras en 1950, militante communiste très engagée depuis 1944, ou encore le scandale du dessin irrévérencieux de Picasso à la mort de Staline, paru dans les "Lettres Françaises" d'Aragon. Attitude incrédule et fâchée de la direction communiste devant le coup de tonnerre et de massue de l'annonce du rapport Khrouchtchev en 1956, le rapport à l'internationale communiste et aux régimes autoritaires communistes d'Europe de l'Est ou d'Asie, le PCF et mai 68, Marchais et Krazucki...

Ce livre illustré de photographies peu connues donne toujours la première place au document d'archive par rapport au commentaire, celui-ci permettant juste de comprendre celui-là, mais la sélection des documents dit beaucoup de la grandeur des combats communistes, du caractère frondeur et de l'esprit libre des militants, de leur générosité et de leur courage, de leur sens du sacrifice et de leur esprit de suite, de leur résolution implacable mais aussi, et cela va ensemble souvent, de leur aveuglement à demi choisi ou de leur silence volontaire face aux dérives du stalinisme, du socialisme réel et de l'autoritarisme dans le Parti.

Des vies dédiées à une cause, c'est un poncif de la dire mais c'est tellement vrai, des vies nourries et exaltées par cette cause, bouffées et parfois saccagées par elle également.

Et au milieu de tout, la fraternité, l'orgueil d'appartenir, non pas tant à une contre-société combative, mais à la société pleinement humaine, moderne et rationnelle qui se lève et promet à l'humanité une aube nouvelle.

Rebelles au conformisme bourgeois ou petit-bourgeois, adversaires de l'ordre social au service des dominations, les militants communistes ont souvent été à la pointe des combats les plus nobles du XXème siècle même si les appareils ont pu parfois se conduire de manière plus équivoque ou cynique, soumis aux diktats de Moscou: laïcité, pacifisme et antimilitarisme, anti-colonialisme, anti-fascisme, modernité artistique, invention de la culture et du loisir pour tous, affirmation de l'égalité et de la majorité politique des femmes, lutte contre le racisme vis à vis des immigrés, résistance au nazisme, développement du droit social et des conquêtes salariales pour améliorer la vie du plus grand nombre, combat contre l'arme nucléaire, contestation de l'impérialisme américain et de la Vème République, lutte contre le renforcement de l'Europe libérale au service du capital.

Sans occulter les épisodes peu glorieux de l'histoire communiste française, ce livre est une forme de réhabilitation d'un engagement pour la justice et la fraternité qui, depuis les années 1980, est trop souvent identifié au totalitarisme, à la terreur, à une utopie sanglante, à la bureaucratie, au pouvoir d'hommes gris, ternes et vieillissants dépassés par leur époque et se raccrochant à une vieille science dépassée, à des souvenirs et à des chimères. Le fait que l'on puisse écrire un livre d'histoire empathique et nostalgique sur le communisme français ne veut pas dire qu'il est mort, mais donne des arguments pour prolonger l'oeuvre de ces glorieux anciens dans un monde qui a changé mais où les vieux problèmes de l'exploitation de l'homme (et de sa bêtise) par l'homme et de la nocivité du capitalisme rapace demeurent.  

 

cadeau un siècle d'affiches communistes         Ce livre présentant les affiches de propagande et de combat d'idées du PCF entre le congrès de Tours et 2011, documents parfois magnifiques contextualisés par le jeune historien, spécialiste du communisme français, Romain Ducoulombier, est moins bienveillant mais tout aussi instructif et plaisant à parcourir que le précédent.

L'introduction de l'auteur situe assez bien l'intérêt historique et esthétique de réunir et de commenter un siècle d'affiches du PCF: 'le Parti communiste en France est né d'une catastrophe et d'un espoir. Sorti des entrailles de la Grande Guerre, il est veillé dans ses premiers moments par la révolution d'Octobre. Lorsqu'il se constitue, en décembre 1920, le nouveau parti n'a, pour se construire, qu'un matériau idéologique épars qu'il doit rassembler. Il possède pour lui l'élan de la jeunesse et le fanatisme des nouveaux convertis, qui jettent alors les fondements de la tradition graphique la plus prolifique de l'histoire contemporaine de notre pays. C'est à son histoire que ce livre est consacré... Le Parti communiste a disposé, depuis ses origines, du dévouement assez désintéressé, il faut bien le dire, d'une panoplie d'artistes et de graphistes particulièrement talentueux. Le lecteur en retrouvera certains et en découvrira d'autres. C'est leur oeuvre qu'on va suivre, dans sa succession historique qui en dit long sur les changements et les organisations d'une organisation réputée monolithique. Entre Fougeron et Picasso, Grandjouan, Quarez ou le groupe Grapus, on pourra avoir ses préférences, mais ils ont, chacun à leur manière, modelé la face visible du parti. Ephémère, l'affiche est toujours référentielle: elle nous parle de quelque chose qui lui est extérieur et qui ne vise pas le beau de l'oeuvre d'art... Voilà ce qu'est l'affiche: un média politique de masse. Elle est née au début du XXe siècle, dans le milieu de la presse satiriste illustrée. La presse à grand tirage et le suffrage universel sont les deux conditions nécessaires à son existence, mais il est remarquable qu'elle soit apparue dans les marges du mouvement ouvrier. Cela s'explique: elle devait servir d'instrument d'éducation, d'élévation de la "conscience de classe" au degré suffisant de révolte. Mais elle doit aussi combattre, dénoncer ou mobiliser ponctuellement. Dès 1919, la droite l'a compris: pour les élections législatives, elle représente le bolchevik russe en "homme le couteau entre les dents", avec un  succès immense qui résonne sur tout le siècle. Les communistes, avec la colombe de Picasso, auront leur coup de génie. L'affiche est une arme de guerre psychologique dans un pays où la politique n'est jamais tendre. Ce n'est donc pas un hasard si elle atteint son apogée avec la guerre froide. L'image mobile et sonore de la télévision ne l'a pas encore supplantée".

Ce livre est surtout intéressant parce ce qu'il montre de l'évolution des combats et de la stratégie politique du PCF:

- A partir de 1923, le jeune parti des têtes brûlées pacifistes et idéalistes refusant l'opportunisme politicien des partisans socialistes de l'Union Sacrée, de plus en plus réformistes, mène des campagnes internationalistes et anti-impérialistes pour la libération des mutins de la Mer Noire (ayant refusé de combattre les révolutionnaires bolcheviks), la libération des prisonniers politiques incarcérés par les "russes blancs", contre le Traité de Versailles, l'esprit revanchard et l'occupation militaire de la Ruhr, contre les assassins coloniaux français du Maroc (guerre du Riff) et de la Syrie, pour la libération de Sacco et Vanzetti (1927). Le PCF assume une stratégie "classe contre classe", n'hésite pas à valoriser la dictature du prolétariat et sa lutte de libération armée. Il met les socialistes, il est vrai farouchement anti-communistes, dans le camp des serviteurs de la bourgeoisie à combattre. Grandjouan est le dessinateur le plus utilisé par le parti à ce moment là.

- Vers 1934, avec la stratégie du Front Populaire, il y a une nette inflexion. Le PCF cherche à réutiliser dans ses affiches des symboles nationaux oecuméniques (le drapeau tricolore, le bonnet phrygien des sans-culottes, Mirabeau). Il met au premier plan le combat pour la paix et contre le fascisme et le nazisme. Il met l'accent sur les revendications immédiates pour améliorer le sort des vieux, des ouvriers et des paysans, plutôt que sur les objectifs révolutionnaires.

- A la Libération, très logiquement, le PCF célèbre les héros et martyrs de la résistance (Rol-Tanguy et le Colonel Fabien entre autre), histoire de souligner la part prise par les communistes dans la libération nationale. Il souligne dans ses affiches les grandes conquêtes sociales de l'après-guerre (sécurité sociale, conventions collectives, congés payés, semaine de 40h), dix ans après celles du Front Populaire. Il encourage à participer à la bataille de la production et à l'effort de reconstruction du pays. A cette date, le PCF s'affirme publiquement comme un parti national, patriote, la pointe avancée et le coeur battant de la démocratie française.

- Avec le début de la Guerre Froide, dans les années 50, le PCF utilise sans nuances, en rappelant le souvenir des camps, du SS, et d'Oradour, quite à nourrir la germanophobie contre laquelle il luttait après la première guerre mondiale, les peurs compréhensibles liées à un réarmement allemand pour dénoncer le projet d'union militaire européenne sous le patronage des Etats-Unis. Il lutte farouchement au nom de la paix, mais déjà aussi dans une logique de guerre froide, pour dénoncer les crimes de guerre de l'impérialisme américain en Corée. Les Etats-Unis sont aussi accusés de vouloir coloniser la France et l'Europe avec la création de l'OTAN et leurs bases de lancement d'armes nucléaires.  Le PCF célèbre les anniversaires de Staline, de la mort de Lénine, de la révolution socialiste d'octobre. Il sait utiliser des mots d'ordre très rassembleurs, pour la Paix et la baisse des dépenses d'armement, pour l'école laïque, la retraite digne et décente des vieux, contre la vie chère, la corruption. Il adapte sa communication en fonction des publics ciblés: femmes actives, mères de famille, petits paysans.  

- Dans les années 60, le PCF plaide avec des photos et des dessins-chocs pour la paix en Algérie, contre l'OAS, contre l'installation de la Ve République et du pouvoir personnel du général de Gaulle, contre la guerre du Vietnam.  

- A partir des années 70 et 80, l'affiche du PCF intègre de plus en plus la photo, fait davantage appel à l'émotion et est d'une construction plus élaborée et toujours aussi inventive.

 

cadeau journal intime etienne Manach        

Les éditions Skol Vreizh de Morlaix ont déniché il y a quatre ans une pépite inconnue et inépuisable, le « Journal intime » d'Etienne Manach, récupéré dans des circonstances rocambolesques par la fille de l'ambassadeur de France en Chine de 1969 à 1975, Bérénice Manach.

Depuis quelques mois, je confesse que ces écrits d'une grande force littéraire d'un fort caractère épris d'amour, de beauté et d'action politique rendent beaucoup de mes soirées passionnantes et me rapprochent des passions complexes d'une époque tourmentée et grosse d'une nouvelle nuée d'orage, pour paraphraser Jaurès, celle qui va du milieu des années 20 à l'avant-guerre. Comme le premier tome du Journal Intime d'Etienne Manac'h, peu remarqué par les journalistes de la presse nationale malgré son intérêt historique extraordinaire et ses qualités littéraires peu communes, ne s'est vendu qu'à un peu plus de sept cent exemplaires, et que le second tome, parcourant les années de guerre jusqu'en 1951, a connu une moins bonne fortune éditoriale encore, je me permets de vanter avec chaleur ces ouvrages magnifiquement mis en page à l'attention des lecteurs intéressés par l'histoire du XXème siècle, les milieux intellectuels parisiens de l'entre-deux guerres, les ressorts intimes de l'engagement communiste, et l'écriture de soi.

Un journal intime, c'est un moyen de saisir les espoirs, les conflits et l'état d'esprit d'une époque sur un mode subjectif. En l'occurence, il s'agit d'une époque héroïque,  partagée entre un optimisme historique  porté par les succès des mobilisations sociales et l'histoire en marche à l'est, inquiétude vis à vis de la montée du fascisme et du national-socialisme, un grand dégoût  vis à vis de la société bourgeoise et de ses valeurs conventionnelles discréditées par la grande guerre, une époque qui allait basculer dans la tragédie.

Ce journal intime, c'est aussi le moyen d'appréhender la construction d'une personnalité qui fait le clair en elle, n'est pas dupe de ses mensonges, de ses cruautés, de ses passions, de saisir ses évolutions et ses constantes au contact des évènements intimes et historiques. Ces derniers sont toujours à l'arrière-plan: c'est la passion amoureuse, la description du quotidien, des personnes et des lieux, particulièrement en voyage, et la discussion avec soi qui occupe le devant de la scène.

Ce Journal Intime ne s'apparente ni à des Confessions, écrites pour se justifier, ni à des Mémoires, écrites pour glorifier son rôle historique ou analyser une suite d'évènements et une époque d'un point de vue particulier, dans une volonté de témoignage. Etienne Manach n'écrit pas sur lui, me semble t-il, pour se faire connaître, se mettre en scène, s'exhiber, se pourfendre ou se réhabiliter  devant des lecteurs. L'écriture est tantôt "un exutoire authentique à ses émotions les plus intimes" (introduction de Bérénice Manac'h), une catharsis qui lui permet de se soulager à déchargeant ses inquiétudes, ses souffrances, sa nostalgie, tantôt un moyen de s'élever lui-même en prenant conscience de ce qu'il est et de ce qu'il pourrait et devrait être, tantôt un moyen de vivre deux fois et de manière peut-être plus approfondie encore dans les mots que dans la vie le plaisir de désirer et d'aimer, tantôt un moyen de faire le clair en lui-même, un point d'épape sur ses sentiments et sa vie.

C'est toujours l'individualité singulière qui est mise en avant, sans orgueil excessif (Etienne ne prétend pas à l'unicité comme Jean-Jacques Rousseau), et non l'expérience de soi et le développement de ses pensées personnelles au travers d'un dialogue solitaire comme moyen d'approcher une sagesse et une connaissance de soi valable pour tous les hommes, comme dans les Essais de Montaigne.  

Ce Journal Intime répond aussi à une vocation littéraire ressentie dès l'adolescence par ce fou de lecture, à un besoin de s'exprimer, et de le faire avec un souci du style et de la beauté de la langue qui ne trouve pas forcément à se traduire dans l'écriture d'oeuvres romanesques tant la vie d'Etienne Manach fut, par volonté ou contrainte des circonstances, dédiée à l'action et à l'amour.     

Bérénice Manac'h a accompli un travail de fourmi pour trouver des photos correspondant aux relations et aux évènements décrits par son père et pour documenter les notices biographiques de tous les connaissances auxquelles il fait référence au jour le jour dans son journal intime. On découvre au travers de ces notes, d 'abord les personnalités obscures mais rayonnantes qui ont accompagné ses premières années à Plouigneau, puis les intellectuels (Barbuse, Merleau-Ponty, Vernant, Maitron) et militants politiques anti-fascistes, communistes français, espagnols, italiens, russes qui ont été les camarades de combat d'Etienne Manac'h pendant une dizaine d'années avant qu'il ne quitte le Parti Communiste suite au pacte germano-soviétique.

A l'entame du premier tome publié de ce journal intime, un gros volume de plus de six cent pages qui se lit comme un roman même si la réalité, passée au filtre d'une sensibilité extrêmement riche et d'un talent de conteur et de portraitiste, y est souvent plus surprenante et fascinante que dans bien des fictions historiques, Bérénice Manac'h présente sans complaisance excessive son père dans une très belle introduction dont je voudrais citer quelques passages tant ces lignes éclairent sur le sujet du livre tout en laissant entier le mystère de la personnalité de ce grand écrivain romantique méconnu, qui ne cesse lui-même de chercher à s'élucider à mesure qu'il s'étonne de ce qu'il est, doué pour la joie folle, l'action enthousiaste et le plaisir, mais rattrapé sans cesse aussi par la mélancolie, le sentiment de l'échec, de l'inachevé, de l'insincérité.

 

« Ce livre, écrit Bérénice Manac'h, reproduit les premiers cahiers du journal d'un jeune Breton à travers l'époque de l'entre-deux guerres. Arraché à sa Bretagne natale en pleine adolescence, épris de littérature et rêvant lui-même d'être écrivain, passionné et révolté par les remous politiques de son temps, aimant éperdument les femmes, il décrit sa vie intérieure, ses émotions, ses désespoirs. De ses nombreux voyages à travers l'Europe, il ne rapporte pas une analyse politique, mais un portrait vivant: il n'est pas le chroniqueur de son époque et le lecteur sera déçu s'il cherche une relation précise des évènements de ce temps. Il s'agit véritablement d'un journal intime, où l'auteur se livre à l'analyse de ses sentiments. Orgueilleux mais sensible, souvent de mauvaise foi, parfois cruel sans comprendre lui-même les forces qui le poussent, il cherche à se justifier à ses propres yeux lorsqu'il se trouve odieux. Solitaire, il n'a que les pages de son journal pour épancher son désarroi et sa douleur, avouer ses faiblesses. Le souvenir de sa chère Bretagne vient souvent le consoler lorsqu'il ne sait plus vers quoi tourner son cœur trop plein.

Etienne Manac'h, mon père, est né le 3 février 1910 dans un foyer très modeste du Trégor finistérien, dans le bourg de Plouigneau. Il était le second enfant d'une famille qui en comptera cinq. Sa mère, Françoise Colleter, était « tricoteuse ». Née en 1884, elle ne savait pas écrire, contrairement à ses frères et sœurs plus jeunes. Le père, Jean François Marie Manac'h, comme le grand-père paternel, tous deux maçons, écrivaient assez bien le français. Mais la langue parlée en famille était naturellement le breton et c'est seulement à l'école que le petit Etienne apprendra le français. En 1916, Jean François Marie Manac'h meurt en Champagne, quatre mois avant que son jeune frère ne soit tué à son tour à Verdun ».

 

Cette mort absurde et cruelle du père tué loin de chez lui, alors que Etienne avait tout juste six ans, a été déterminante dans la révolte du jeune homme face à la société bourgeoise, au militarisme, qui le conduira à adhérer au mouvement communiste après en avoir été longtemps un compagnon de route alors qu'il était étudiant. Âgé de 16 ans, alors qu'il écrit les premières pages de son journal intime lors de vacances en forme de pèlerinage nostalgique et douloureux à Plouigneau, Etienne évoque ainsi de manière poignante en imaginant ses pensées à l'aune de connaissances acquises par la suite les derniers moments qu'il a passés avec son père et que l'oubli ne lui a pas ravis:

« Le dernier souvenir que j'aie, concernant mon père, se place en pleine Grande Guerre, au début de 1916, alors qu'il était en permission de vingt jours au village. Ce fut sa dernière permission... Je vois papa, lisant, auprès de la fenêtre, les nouvelles du front, avec de légers hochements de tête. Dehors, c'est le soleil pâle d'une froide journée de janvier, une journée rude, sèche et comme sonore dans sa calme lucidité.

Papa lit...Il est en costume demi-militaire, une veste de soldat, un pantalon de civil, un képi à la visière presque cassée, de pacifiques pantoufles, un menton noir de barbe. Papa lit... Il fait bon dans la salle; la cheminée flamboie; là-bas, au front, on se bat. Il doit faire mauvais, en ce moment, à la Haute-Chevauchée là-bas, en Argonne! Terrible tout de même: deux ans de mitraille, de boue, de tranchées, de bombe, de morts, et pas encore fini! Du moins, s'il n'y avait pas d' »embusqués »! Pourquoi reste t-il chez lui, aussi, ce notaire? Quelle ironie! Est-ce pour régler le testament de ceux qui tombent, là-bas, au froid, parmi les croix de bois? Terrible tout de même! Ce qu'il doit faire noir, sous les nuages de l'Argonne! … Tiens! Voilà la cloche du village qui sonne! C'est sans doute un baptême... Ah! les pauvres copains, ce qu'ils doivent mourir à cette heure! Ont-ils changé de tranchées? Oh! Ces embusqués...! Tout de même, ce qu'il fait bon ici parmi la tendresse des enfants et du village... Voilà la soupe qui chante dans la marmite! Comme ça sent bon!... Qu'est-ce qu'ils doivent manger, à c'te heure, là-bas, en Argonne, les pauvres copains! C'est terrible tout de même!

Soudain entrent dans la maison deux graves personnages, vêtus de noir. Le maire, le secrétaire de mairie! Pendant que mon père parlemente avec eux, j'opère une prudente retraite vers ma maire: c'est peut-être pour nous arrêter qu'on vient! Mais non! Papa vient vers nous en souriant, donne quelques graves explications à maman, auxquelles je ne comprends rien; puis il court dans la pièce contiguë, en revient cinq minutes après avec son resplendissant uniforme bleu horizon et sort enfin, encadré des deux mêmes personnages graves et noirs.

Pour moi, je m'empresse aussitôt de réclamer à maman des explications. « Ton père, me dit maman en m'embrassant, ton père va tenir le drapeau, pendant que l'on va décorer de la Légion d'honneur un soldat mutilé en face de la mairie ». Je bondis. « Viens donc, criai-je à mon frère Edouard, viens donc! Viens vite voir papa, le drapeau et la légion d'honneur! » Quelle joie! Nous partîmes tous deux en chantant, dans la rue du bourg, bras dessus, bras dessous .(…)

Une semaine plus tard, papa s'en alla de nouveau en Champagne. Nous allâmes tous le conduire jusqu'à mi-chemin de la gare, à travers le bois dans les feuilles jaunies, écrasées par terre en humus, exhalaient encore les senteurs fades et mouillées de l'automne dernier. Papa nous quitte en nous embrassant avec une insouciance affectée, mais, au fond du cœur, avec une angoisse mortelle. Nous montâmes sur un talus de coudriers assez proche de la voie ferrée et lorsque le train passa nous fîmes nos derniers adieux. « Je reviendrai bientôt! » nous cria-t-il.

...Il ne revint que trois ans plus tard, lorsque les trains remportèrent du Nord les convois de cercueils. Je vis quelques os, parmi lesquels trois tibias, et un peu de poussière puante. C'était tout ce qui restait de toute une vie, de tout un cœur vibrant d'amour et de courage et de toute une âme saintement passionnée de l'honneur ».

 

Ces « restes » du père, c'est la mère d'Etienne elle-même, son frère et ses enfants qui sont allés les chercher en Champagne à l'automne 1920, en passant par Paris, sa future résidence qu'Etienne découvrit ainsi en de sinistres circonstances. Etienne raconte à seize ans en une page de désolation hallucinée ce cheminement vers le lieu symbolisant toutes les douleurs de sa jeune vie:

« Nous prîmes le train à la gare de l'Est et nous arrivâmes à Châlons-sur-Marne à deux heures du matin où nous attendîmes quatre ou cinq heures un train de correspondance, dans une salle d'attente encombrée de soldats ivres. Puis nous continuâmes notre route et je me penchai à la portière, au vent froid du matin d'automne. Je revois encore en idée le paysage en ruines, morne, les murs à demi-écroulés, des maisons percées de trous, et, par endroits, dans la plaine désolée, de grands troupeaux de moutons. Ça et là, de petits cimetières blancs, avec des drapeaux tricolores et allemands, et des milliers de petites croix de bois.

A Somme-Suippe, nous descendîmes. Une seule maison restait encore debout, à proximité de la gare: c'était un restaurant, où nous entrâmes tout glacés, pour boire une tasse de café et demander le chemin de Croix. Plus d'une heure à pied par une large route à peu près déserte, défoncée, aux talus encombrés de fils et de poteaux de télégraphe. Par malheur, une averse nous surprit en chemin, une lourde pluie d'automne qui eut tôt fait de détremper le sol... Nous nous réfugiâmes, à la suite de mon oncle, dans une sape profonde qui menaçait ruine, et nous attendîmes là la fin de l'ondée, grelottants de froid... Nous attendîmes une demi-heure, une heure, puis, comme la pluie persistait à tomber, nous résolûmes d'avancer coûte que coûte: le ciel était sombre, orageux. La terre, argileuse, collait à nos pieds et rendait la marche extrêmement pénible. Autour de nous, de tous côtés, la plaine était inculte, sans arbres, sans buissons, creusée par endroits seulement par les obus; ça et là des vestiges de camps: des tranchées, des sapes, d'immenses réservoirs d'eau, cylindriques, un inextricable fouillis de fils de fers barbelés... C'était cela la guerre!

A Croix, ruisselants de pluie, nous trouvâmes, dès l'entrée du bourg, un refuge dans l'église, dont la toiture en partie effondrée laissait voir un coin de ciel noir. Une statue de la Vierge, décapitée, gisait dans une encoignure et cette retraite était toute pleine d'un silence froid et apaisant.

Le cimetière, où le maire du village nous conduisit aussitôt pendant une éclaircie, était un vaste fouillis de tombes, une forêt de grossières croix blanches. Rien n'est funèbre comme ce petit cimetière de campagne sous le vent claquant de l'automne: un sol boueux, blanchâtre, la sale craie de Champagne, molle et glissante; des ruisselets d'eau courant de toutes parts; pas le moindre gazon. Rien que quelques centaines de tertres où gisent dans la boue les os épars de quelques inconnus, avec une étiquette, une plaque de zinc avec un nom écrit en pointillé, patiemment autrefois, avec une pointe; au-dessus de ce champ lugubre, au sommet d'une perche, un vaste drapeau pendant, et les croix, dans le brouillard qui s'étend peu à peu laissant tomber des gouttes d'eau, comme des larmes... Et nous avons cherché la tombe, prenant chacun une file, nous penchant, pour lire sur chaque croix, le nom du soldat enseveli. Et nous l'avons trouvée enfin, dans un coin, cette tombe que nous étions venus chercher de si loin, un tertre de sable lavé, à demi-dispersé dans la pluie; un vieux bouquet de fleurs artificielles et fanées, mis dans une boîte près de la croix, et c'est tout. Mais qui donc a mis ce bouquet? Quel ami inconnu?

Et nous sommes tombés à genoux dans la boue, d'un seul mouvement, pour prier Dieu et pleurer... ».

 

De Dieu, il n'en sera bientôt plus question pour Etienne. Un vicaire de Plouigneau, M. Pape, avait pris Etienne en affection, lui qui lui paraissait déjà intelligent à huit ans et sensible aux livres comme aux choses spirituelles. Etienne dut à des causes triviales et à l'obstination de son instituteur laïque qui avait su, lui aussi, reconnaître les promesses de ce jeune esprit de n'avoir pas eu à quitter l'école publique de Plouigneau pour se former en tant que futur prêtre, carrière ouverte à bien des enfants pauvres forts en thème, au collège du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon. « Après deux ans de... vaines contemplations, écrit-il jeune adulte au scepticisme et l'athéisme déjà bien enracinés, après deux ans de vie irréelle et intérieure, après avoir promené longtemps sous la nef et près de l'autel mon innocence d'enfant de chœur, marchant dans l'ombre du prêtre, vêtu de ma soutane bleue et de mon surplis blanc aux larges manches, après tout cela, je me sentis vaincu, lié, plongé pour jamais dans la molle apathie de l'adoration perpétuelle; j'étais mûr pour l'oubli du monde et du réel, et pour la poursuite toujours inassouvie de l'intangible au-delà. Le vicaire avait su réduire mon cœur malléable par le charme, la magique incantation du rêve, de la poésie, de la nature. Pourquoi ne suis-je pas aujourd'hui prêtre? M. Pape voulut me mener aux collèges des jésuites de Saint-Pol-de-Léon. L'instituteur s'y opposa et me fit passer l'examen des bourses pour le collège municipal de Morlaix. Ma mère mettait en tous mes protecteurs une confiance aveugle et tacite. Pour moi, j'étais trop jeune, trop insouciant, et j'avais coutume de me laisser mener. J'eusse certainement préféré faire mes études à Saint-Pol-de-Léon, mais, à cause des soucis matériels, le laïc l'emporta sur l'ecclésiastique ».

 

Grâce à la confirmation de ses dons scolaires, Etienne est repéré par son directeur d'école de Plouigneau M. Le Fur et commence l'Ecole primaire supérieure de Kernégues à Morlaix (le futur lycée Tristan Corbière) pour préparer l'Ecole Normale de Quimper. Il passe trois années d'internat au collège de Morlaix.

A l'été 1925, sa mère quitte définitivement Plouigneau pour rejoindre son fils aîné, le frère d'Etienne, déjà installé à Paris. La famille comme beaucoup de Bretons s'installe dans le quartier de la gare Montparnasse et Etienne sera scolarisé parmi les bourgeois dans l'établissement d'élite du lycée Buffon. C'est là qu'il fait sa première éducation politique, en méditant sur sa différence d'enfant du peuple au milieu des héritiers. Tenant son journal quasiment au jour le jour, il écrit à 18 ans: " Au lycée, je ne suis guère dans mon "milieu". Je suis seul, cuirassé dans une solitude amère, contre la raillerie, les cris, la continuelle expansion fétide des vices, le bourdonnement confus des craintes, des désirs et des passions morbides. Seul, à quoi bon lutter? Je sens la raison gronder impérieusement en moi, mais, par malheur, mes poings n'ont pas le droit d'obéir à ma raison. A quoi bon chercher à me venger? La vengeance me paraît lâche et m'est odieuse... Le mépris froid est plus beau." 

 Une semaine plus tard, ce sentiment d'humiliation se décline politiquement sous la forme d'une aspiration plus nette à l'égalité: "J'ai lu La Bruyère, voluptueusement allongé sur des coussins, plongé dans une douceur délicieuse à la lecture des fines remarques du moraliste. J'ai évoqué, à grands traits, la figure froide et sereine du penseur, qui a su glaner ses pensées au crépuscule d'un siècle merveilleux, qui a pénétré habilement les dessous de la société, qui a démasqué les financiers, "âmes pétries de boue et d'ordures", les "grands", insolents et vains, et qui a vu avec effroi, par-dessus les murs de paris, "répandus par la campagne, certains animaux farouches, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible" et "qui sont des hommes". Depuis ce temps, la grande roue de l'égalité a continué à rouler, lentement, inexorablement; elle a roulé sur des gens, des choses, des traditions, des cultes, des superstitions; et, calme, la formidable meule avance toujours, incoercible, férocement muette, sans entendre les cris de désespoir ou de rage, écrasant toujours sur son passage les rêves, les vaines fictions, la fausseté et le mal, l'hydre hurlante aux cent bras". 

 

Orgueilleux de caractère, rêveur, mélancolique, tourmenté, secret, mystérieux et impérieux,  Etienne lit beaucoup, avec passion, découvre la musique avec les débuts de la TSF, s'initie au combat ouvrier communiste avec les pièces de théâtre militante d'Upton Sinclair. Son modèle en révolte contre l'iniquité, les faux-semblants et en intégrité morale est Rousseau, qu'il ne supporte pas de voir raillé par des professeurs persifleurs faisant de l'esprit à bon compte: "Aujourd'hui, M.Rolland m'a mis dans l'indignation. Il faisait le cours sur Rousseau et il n'a cessé de raillé Jean-Jacques d'un bout à l'autre: mes camarades ont naturellement ri avec une certaine suffisance et un mépris hantain du pauvre fils d'horloger. Moi, j'ai mis ma tête dans mes mains et, à la barbe de M. Rolland, j'ai lu "La Nouvelle Héloïse" pour ne pas l'écouter. Pour finir, il s'est demandé si Rousseau est le futur, s'il est l'homme de demain. Et pourquoi pas? Les élections législatives, qui font tant de bruit ces jours-ci, ont donné plus d'un million de voix aux communistes. Le géant marche" . (27 avril 1928).

Les sympathies communistes de Etienne sont nourries, en dehors de l'expérience intime et douloureuse du clivage de classes, par le souvenir de la boucherie de 14-18, de la mort absurde de son père, qui font de lui un anti-militariste convaincu: " Pour moi, je ne demande qu'à ne pas être soldat. L'uniforme me déplaît car il "faut" le porter, car il faut obéir, car il faut accomplir un geste qui vient d'un autre, un geste machinal, odieux. Oh! le beau mépris que je me promets d'avoir pour toutes ces entités belliqueuses, restes d'une "Iliade" en décomposition, monde pourri vivant sur un monde suant, sanglant de pauvres! Je porterai mon fusil sur l'épaule, intact à jamais de poudre malgré les ordres, vinssent-ils même d'un général! Moi tuer, dont le père a été tué! Ironie! Moi avoir de la haine pour ceux qui ont tué mon père! Non! C'est un combat! Pour avoir la paix, il faut que l'un cesse d'abord et je me sens assez plein d'humanité pôur être celui-là! " (1er mai 1928). 

 

A l'été 1928, comme chaque année pendant les grandes vacances, Etienne retrouve la Bretagne, son paradis perdu de Plouigneau où il aide au battage, dont il décrit magnifiquement les journées et retrouvailles familiales, et découvre l'amour charnel.

En 1929, il rentre en classe préparatoire à Louis-le-Grand, se fait arrêté pour la première fois pour participation à une manifestation internationaliste et pacifiste organisée par le Parti Communiste. Il professe l'anticolonialisme à ses camarades, se laisse éblouir par le poète martiniquais René Maran, précurseur de la négritude et de l'anticolonialisme: "Que tout se rebelle! Que l'Inde saute! Que l'Indochine se secoue! ... Les Algériens doivent être des citoyens français"? (21 décembre 1929).

Il voue un amour inquiet, douloureux et inquisiteur à une jeune parisienne d'origine bretonne, Jeanne, avec laquelle il lui est très difficile d'aller plus loin que les déclarations platoniques. "J'ai le coeur en sang, écrit-il le 30 novembre 1929. J'ai maintenant une haine atroce pour moi-même, si faible. Mes vingt ans morbides, rongés de fièvres et de veilles. Je voudrais aller, venir, m'anéantir dans d'immenses espaces, laisser vivre mes sens, et laisser s'apaiser le feu de ma cervelle. La vie de la ville me sera funeste. Je suis rompu. Car j'ai la solitude qui m'est fatale. Nous traduisons Sénèque: la solitude es mauvaise. Libidinem irritat. (...)". (30 novembre 1929). "Fou, triple fou que je suis! Cruel et malhonnête, maladif, le coeur plein d'amour et ne montrant que la méchanceté pour ceux que j'aime! Je m'étonne aujourd'hui de mes vices. D'ailleurs, c'est toujours mon corps qui me conduit, mon pauvre corps torturé, fatigué, plein de désirs qu'il se refuse à assouvir, impatient. Jeanne répondra t-elle?" (fin décembre 1929).   

En 1930, Etienne connaît enfin la joie dans la vie en s'eprenant d'une jolie communiste tchèque aux cheveux courts, indépendante et nullement farouche, Véra Prokopova, à qui il fait découvrir Paris. Pendant un peu moins de deux ans, il va vivre une passion tumultueuse et un peu dyssimétrique avec cette danseuse sensible qui est plus âgée que lui et a connu déjà plusieurs aventures. Elle finira par le quitter pour un amant tchèque alors qu'il est retenu par l'enseignement de la philosophie à Beauvais (avec pour collègue Merleau-Ponty).  Etienne se remettra très difficilement de son abandon par Véra, avec qui il continuera longtemps à entretenir une correspondance pleine de reproches et d'amour contrarié, et il se conduira avec ses différentes futures compagnes avec une cruauté semblable à celle qu'il a lui-même ressenti avec la "trahison" de Véra.

En 1933, Etienne visite pour la première fois l'URSS avec Jean Maitron et raconte par le menu son voyage. Il n'est pas très critique sur ce pays neuf qu'il aime immédiatement pour lui-même et ses habitants et où il voit le monde égalitaire et rationnel de demain en voie de construction mais sa curiosité et sa sociabilité lui font discutter avec les gens et, de fait, il est forcé de remarquer que l'opulence est loin de régner, et que la misère et la famine guettent l'Ukraine en particulier. La peur de la police politique domine aussi, Etienne ne peut qu'y prêter attention.

"Une jeune femme conduit ses deux enfants à l'église. Elle parle français. M. et moi sommes restés un peu à l'écart avec elle et nous avons parlé. Elle était plus heureuse avant la révolution, dit-elle. Elle est dactylographe et gagne 140 R. Son mari est ingénieur à 350 R. Et elle prétend vivre pauvrement. Quelle vie menait-elle donc avant la révolution? Sans doute, d'ancienne famille bourgeoise. Qu'elle sache le français est déjà un signe. En Ukraine, les choses vont mal: beaucoup de morts de misère l'an dernier. Il n'y a pas assez de pain pour les coopératives. Mais, nous dit-elle, cette année la récolte sera bonne et le pain sera à 45 Kc. Pendant que nous parlons, une amie qui l'accompagne s'impatiente, la tire par le bras. Visiblement, elle a peur de nous et fait des efforts pour entraîner son amie. Nous lui avons donné rendez-vous pour ce soir à 16h, rue (...). Elle n'est pas venue. Elle a eu peur du Parti et du GPU. C'est elle aussi qui nous a dit que la famille de la servante est en partie morte, de famine et de misère".  (Kiev en Ukraine, 24 août 1933). Le constat de la misère et de la répression n'ébranle pourtant pas la confiance de Etienne dans le bien-fondé des mesures d'embrigadement et de rééducation idéologique de la population: "Notes: 80000 enfants organisés dans les pionniers. Effort pour embrigader les petits mendiants, les loqueteux, les petits enfants nu-pieds qui vendent des cigarettes. Leur donner la joie, l'amour de l'organisation collective. Ici encore, parmi les enfants de la fête, beaucoup marchaient nu-pieds, mais la majorité est déjà entraînée dans une vie nouvelle qui leur permettra de se donner à leur mesure, de se développer progressivement selon leurs aptitudes".

On ne fait pas de révolution, de société nouvelle, avec des bons sentiments et des scrupules philanthropiques, mais avec des mesures énergiques...

 

Au retour de l'URSS, Etienne Manac'h s'arrête à Berlin en 1933 où il va retrouver Eva, une guide communiste allemande, avec qui il a mission d'envoyer des messages aux communistes disséminés dans la clandestinité pour transmettre des informations ( en particulier sur leurs camarades en camp de concentration) et des directives.    

 

Puis, au mois de septembre, avec Lucienne, sa nouvelle amante parisienne, toujours missionné probablement par l'Internationale, il gagne Barcelone en pleine ébullition politique, en proie à l'agitation anarchiste qui fait anticiper une révolution prochaine: la CNT exerce alors son influence sur un million de membres. Le couple sympathise très vite avec José Balaguer, un cadre, cultivé et bon vivant, du Parti Communiste de Maurin. Les pages sur le mois passé à Barcelone sont passionnantes historiquement - comme celles sur la découverte de l'Allemagne nazie- et magnifiques d'un point de vue littéraire. Aux vacances de Noël 1933-1934, Etienne Manac'h retourne en Allemagne nazie. Pour quoi faire? :

"1°) Faire parvenir à Berlin, aux membres d'une cellule du PC, des documents, huit rouleaux de photo-films; quelques centaines de petites pellicules, filmant des colonnes de journaux communistes allemands de l'immigration (Rundschau, etc.)

2°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que la militante communiste Marie Zielke, parente du député au Riechstag, Koenen, sorte de la prison hitlérienne et, pour cela, voir de nombreuses personnes influentes.

3°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour ramener de Berlin à Paris le fils de "Ulrich", secrétaire pour l'Europe centrale du Comité mondial contre le fascisme.

4°) Rapporter de l'argent pour Frieda Bohm et un artiste de cinéma, M. Otten, ami et collaborateur de Pabst...".  

 

Etienne passe le nouvel an à Berlin en compagnie d'une connaissance française et de son amie allemande, qu'il décrit admirablement avec un sens de la formule laconique et un cynisme certain, non dénué de misogynie: "C'est un pauvre amour. Peut-être aussi la rudesse de Jean, sa franchise un peu grosse lui déplaisent. Elle est fort surveillée par ses parents, une tante en particulier qui lit toutes ses lettres. Aucun abandon ne serait excusé de sa part si ce n'était celui qui accompagne le mariage. Le père, sorte d'ouvrier des postes, est hitlérien; Théa sympathise fort. Hitler est bon; il a donné du travail aux ouvriers, et il ne veut nullement la guerre; il a relevé l'Allemagne. Théa est maigrement payée: 50 M par mois, et Elli à peine 80. Voilà du bon gibier pour l'hitlérisme. Ces jeunes filles aiment la parade, le café chic, où l'on peut un jour, par chance, trouver un mari nanti d'une profession potable, les promenades en automobile, etc. Ces pauvres petites ouvrières ne sont faites, psychologiquement, que d'une tendance désespérée vers la bourgeoisie. Besoin de parvenir. Et comment? Par l'homme. Leur deuxième trait psychologique, c'est celui du crochet lancé au premier coeur bénévole. Tout le charme puéril de la blonde Théa en est obscurci". 

 

En août 1934, Etienne retourne à Berlin, à nouveau missionné, puis gagne l'URSS pour son second voyage à l'occasion duquel il tombe amoureux d'une guide touristique de Leningrad, Alissa, et fréquente un couple de communistes italiens exilés, Nella et Emilio. Nella deviendra quelques années après sa femme à Istambul (il se marie avec elle en 1943) : c'est la mère de Bérénice Manac'h. Etienne rompt avec le Parti Communiste quelques années plus tard, au moment du Pacte Germano-Soviétique et de l'invasion de la Pologne, mais, toujours engagé et anti-fasciste convaincu, il travaille pendant la guerre au côté de la France Libre et du général de Gaulle dont il devient le délégué auprès de la Turquie et des pays balkaniques.

 

Je rendrai compte du deuxième tome de son Journal Intime, journal des années de guerre et de diplomatie, dans un article postérieur et j'espère que ce compte-rendu déjà trop long et pourtant incomplet donnera envie de découvrir cette personnalité et cet écrit d'une valeur exceptionnelle.                    

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 17:38
Lettre de Philippe à Gérard
Tu ne veux plus être français…? Tu quittes le navire France en pleine tempête ? Tu vends tes biens et tu pars avec ton magot dans un pays voisin aux cieux plus cléments pour les riches comme toi ? Evidemment, on cogne sur toi plus aisément que sur Bernard Arnault ou les héritiers Peugeot… C’est normal, tu es un comédien, et un comédien même riche comme toi pèse moins lourd ! Avec toi, on peut rattraper le silence gêné dont on a fait preuve pour les autres… C’est la nature de cette gauche un peu emmerdée d’être de gauche.
 
Mais Gérard, tu pensais qu’on allait approuver ? Tu t’attendais à quoi ? Une médaille ? Un césar d’honneur remis par Bercy ? Tu pensais que des pétitions de soutien de Français au RSA allaient fleurir un peu partout sur la Toile ? Que des associations caritatives allaient décrocher leur abbé Pierre, leur Coluche encadrés pour mettre ta tronche sous le plexi ? Le Premier ministre juge ton comportement minable, mais toi, tu le juges comment ? Héroïque ? Civique ? Citoyen ? Altruiste ? Dis-nous, on aimerait savoir…
Le Gérard «national», le rebelle de Châteauroux, le celui qui, s’il n’avait pas rencontré le cinéma, serait en taule à l’heure qu’il est comme tu le disais, le poète de l’écran la rose à la main quand ça devait faire bien d’en avoir une, qui nous sort un «c’est celui qui le dit qui y est»… Tu prends la mouche pour un petit mot et tu en appelles au respect, comme le fayot dans la cour de récré… Tu en appelles à tes gentils potes de droite pour que le grand méchant de gauche arrête de t’embêter… Tu voudrais avoir l’exil fiscal peinard, qu’on te laisse avoir le beurre et l’argent du beurre et le cul de la crémière qui tient le cinéma français… Tu voudrais qu’on te laisse t’empiffrer tranquille avec ton pinard, tes poulets, tes conserves, tes cars-loges, tes cantines, tes restos, tes bars, etc.
 
Et nous faire croire en tournant avec Delépine qu’un cœur social vibre encore derrière les excès et les turpitudes de l’homme… Nous faire avaler à coups de «han» de porteur d’eau que tu sèmes dans tes répliques trop longues, que l’homme poète, l’homme blessé, l’artiste est encore là en dépit des apparences… Le problème, Gérard, c’est que tes sorties de route vont toujours dans le même fossé : celui du «je pense qu’à ma gueule», celui du fric, des copains dictateurs, du pet foireux et de la miction aérienne, celui des saillies ultralibérales…
Tout le monde ne peut pas avoir l’auréole d’un Rimbaud qui, malgré ses trafics d’armes, fut et restera un poète… à jamais. Toi, tu resteras comme un type qui a fait une belle opération financière sur le cinéma français, un coup de Bourse, une OPA… Tu as transformé tes interprétations les plus réussies en stratégie de défiscalisation. Il doit y en avoir un florilège de répliques que tu as jouées et qui résonnent bizarrement maintenant !
Des répliques de poète, d’homme au grand cœur, d’yeux grands ouverts sur la misère du monde, orphelines de pensée et violées par leur interprète, parce que l’homme a les rognons couverts, mais l’acteur a fait faillite… L’homme est devenu riche mais sa fortune lui a pété à la gueule. Tu sais, ces gros pets foireux dont tu te vantes et que tu lâches sur les tournages en répondant à tes 12 téléphones au lieu de bosser ?
Tu votes pour qui tu veux, et tu fais ce que tu veux d’ailleurs, mais ferme-la, prends ton oseille et tire-toi, ne demande pas le respect, pas toi ! Sors de scène, Montfleury, «ce silène si ventru que son doigt n’atteint pas son nombril !» Et puisqu’on est dans Cyrano, te rappelles-tu de cette réplique, mon collègue, qu’il adressait à De Guiche sauvant sa peau au combat en s’étant débarrassé de son écharpe blanche ? Il demande à Cyrano ce qu’il pense de sa ruse et ce dernier lui répond… «On n’abdique pas l’honneur d’être une cible.» Tu t’en souviens ? Tu devrais… En ce temps-là, tu apprenais ton texte…
On va se démerder sans toi pour faire de ce pays un territoire où l’on peut encore, malgré la crise, se soigner correctement, où l’on peut accéder à la culture quelle que soit sa fortune, où l’on peut faire des films et monter des spectacles grâce à des subventions obtenues en prélevant l’impôt… Un pays que tu quittes au moment où l’on a besoin de toutes les forces, en plein siège d’Arras, sous les yeux des cadets médusés… Adieu.
Philippe Torreton - COMEDIEN "

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:49

En lien avec ce sujet brûlant, cette déclaration de l'association ATTAC, que je trouve intéressante:

 

Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ?
Le départ en exil fiscal d’Obélix-Gérard Depardieu suscite une légitime levée de boucliers. Mais la polémique entretenue par les déclarations du Premier ministre et du ministre du Travail ne risque-t-elle pas de faire oublier les éclaircissements attendus concernant l’affaire du compte suisse du ministre du budget, Jérôme Cahuzac, révélée par Médiapart ? En tout cas la polémique ne saurait dédouaner les autorités françaises, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes contre l’évasion fiscale. Attac propose cinq mesures clés qui permettraient à la France de rétablir sa crédibilité dans ce domaine.
 
Après l’affaire Woerth-Bettencourt, les soupçons qui pèsent sur le ministre du Budget Jérôme Cahuzac concernant son usage d’un compte à l’Union des Banques Suisses (UBS) entachent à nouveau la crédibilité de l’administration fiscale à son plus haut niveau. Pour montrer sa réelle détermination dans ce domaine la France doit sans délai  :
- établir une liste crédible des paradis fiscaux, en lien avec les associations spécialisées
-  exiger la communication de l'identité de tous les ressortissants français détenteurs de comptes dans les paradis fiscaux, à commencer par la Suisse : l'administration des États-Unis l'a imposé à UBS en 2010, démontrant qu'il suffit d'une volonté politique. 
- donner 12 mois aux banques opérant en France pour fermer leurs filiales dans ces territoires, sous menace de retrait de la licence bancaire. Selon l'étude de référence du CCFD-Terre Solidaire, les banques françaises ont 527 filiales dans les paradis fiscaux dont 360 pour la seule BNP Paribas !
embaucher sous 12 mois au moins 1000 agents de contrôle fiscal pour renforcer les 5000 vérificateurs actuellement en poste: chacun d'entre eux rapporte 2,3 millions d'euros par an à l'Etat grâce aux redressements fiscaux opérés, soit 40 fois le montant de son traitement !
- s'engager fortement auprès des organisations internationales (OCDE, G20...) en faveur du "reporting par pays"[1] pour les multinationales, seul outil efficace pour lutter contre l'évasion fiscale qui permet à Total ou Google de ne payer quasiment aucun impôt sur les bénéfices.

[1] Le reporting par pays oblige les multinationales à rendre transparents le volume d’activité économique réelle, les profits et les impôts qu’elles payent dans chacun des pays où elles sont implantées. Il limite fortement les possibilités d’évasion fiscale.
Attac France, Paris, le 17 décembre 2012



 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:11

 

Indexons la revalorisation du SMIC sur celle des salaires des patrons du CAC 40 !

 

Michel Sapin, le ministre du Travail, l'a annoncé. Il n'y aura pas de coup de pouce pour le SMIC autre que la revalorisation automatique de 0,3% du 1er janvier. C'est une déception et un mauvais service rendu à l'économie du pays qui nous conduit inéluctablement à  la récession. Pierre Moscovici vient d'ailleurs de l'avouer en baissant les prévisions de croissance pour 2013.

Les faits sont têtus, la stagnation des salaires étouffe l'économie. Cette tendance se vérifie dans tous les pays qui font le choix de l'austérité et du gel des salaires. Tous, sans exception, voient leurs perspectives de croissance et de développement s'assombrir. Il est temps de changer de logique.

Pourquoi ne pas indexer le Smic sur l'augmentation des salaires des patrons du CAC 40?  Soit 5% de plus pour cette année. Pourquoi ce qui est possible pour un grand patron ne pourrait pas l'être pour un smicard ?

 

Olivier Dartigolles, porte parole du PCF

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 12:52

   

ASSEMBLEE PLENIERE DU CONSEIL GENERAL DU MORBIHAN

4 et 5 décembre 2012

 

Intervention de M. Gérard Perron

Conseiller Général PCF-Front de Gauche du Morbihan

Maire d’Hennebont

GRARD--1.PNG 

 

Objet : Voeu sur Notre Dame des Landes

 

C’est la première fois que vous nous proposez de débattre sur ce dossier en dehors du vote de la subvention au Syndicat Mixte pour la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Il aurait été intéressant qu’un véritable débat s’engage sur un tel projet consommateur d’espaces naturels et de terres agricoles et concernant un « aéroport à vocation internationale, capable d’accueillir des appareils gros porteurs, aux portes de la Bretagne et situé entre Nantes et Rennes avec un atout sur le développement économique du Grand Ouest et du Morbihan en particulier ».

En dehors de quelques instances régionales composées certes d’experts et d’élus éclairés, comment a-t-on associé les populations concernées, les différents acteurs économiques, notamment ceux qui gèrent les différents aéroports de Bretagne ?

Je pourrai ici énumérer les nombreux arguments avancés par tous ceux qui luttent contre ce projet inutile, coûteux, destructeur de zones humides et de terres agricoles précieuses et contraire à nos orientations pourtant si généreuses de développement durable. Je me contenterai de rappeler que le Morbihan dispose sur son territoire d’un aéroport qui pourrait, si on s’en donnait les moyens, devenir lui aussi un aéroport à vocation internationale, je veux parler de l’aéroport de Lorient Bretagne Sud de Lann Bihoué. Vous me répondrez qu’il est militaire et qu’il est simplement

prêté à la Chambre de Commerce pour des lignes régulières civiles. Exact mais la Bretagne dispose de 2 aéroports militaires, est-ce bien une nécessité ? Voilà une question qui aurait pu être prise en compte dans un débat démocratique sur l’aménagement du territoire breton !

La construction de Notre Dame des Landes signifierait la fin de l’aéroport de Lann Bihoué mais aussi celui de Quimper voire de St-Jacques à Rennes, avec aussi sans doute une mise en difficulté de celui de Brest Guipavas qui vient d’être modernisé.

Alors vous me dites, ce projet existe depuis longtemps, que les terrains sont acquis depuis 1974 et qu’il est reconnu d’Utilité Publique.

Cela me rappelle un autre projet auquel je tiens particulièrement qui lui aussi existe depuis longtemps, que les terrains sont acquis, que l’Utilité Publique existe et pourtant vous avez accepté dans notre Session de juin de reprendre l’étude de ce projet de désenclavement d’Inzinzac-Lochrist pour obtenir une solution moins coûteuse, moinsconsommatrice et moins destructrice d’espaces naturels.

Vous allez me répondre que nous ne sommes pas au même niveau et que les projets n’ont pas la même importance. Certes mais tout le monde reconnait aujourd’hui que nous ne pourrons continuer à « consommer » les terres agricoles au même rythme que ce qui pouvait se faire en 1974.

Enfin, j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer ici sur les Partenariats Publics Privés et toutes les craintes que l’on peut avoir sur ce type de contrat qui a pour seul avantage d’éviter aux collectivités publiques de mobiliser des emprunts pour assurer le financement d’équipements publics utiles à nos populations mais qui a aussi les inconvénients de laisser à ces collectivités les pertes et déficits et par contre de privatiser les bénéfices au profit d’actionnaires de ces grands groupes internationaux comme le groupe Vinci qui a obtenu le marché de construction et de gestion de Notre Dame des Landes et de gestion des aéroports actuels de Nantes Atlantique et de St-Nazaire.

Alors vous comprendrez que je ne peux suivre nos collègues qui sont les rédacteurs de ce voeu même si leurs cantons pourraient en tirer quelques avantages.

 

Gérard PERRON

Conseiller Général PCF-FdG du 56

source: http://pcf-morbihan.over-blog.com/1-index.htm

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 09:54

A lire ce dimanche 15 décembre sur le site internet du Figaro:

 

Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, estime que le chef de l'Etat François Hollande doit "changer de cap" et "écouter davantage ses propres électeurs", dans un entretien au Parisien dimanche. "Les premiers mois n'ont pas été marqués par une grande capacité d'écoute ou de dialogue. C'est une des choses qui doit changer", insiste le sénateur communiste au lendemain du rejet au Sénat du budget rectificatif 2012, avec les voix des sénateurs PCF.

Pour M. Laurent, "la politique depuis six mois s'est faite au rythme des pressions du patronat". Désormais, "il faut que la politique du gouvernement se fasse sous la pression des citoyens qui l'ont élu !" Le numéro un communiste juge qu'"il y avait beaucoup d'ambiguïtés dans le programme de François Hollande" car "on ne pouvait pas promettre à la fois la ratification du traité européen et le redressement social".  "Mais ce qui me frappe, c'est la vitesse avec laquelle le versant social libéral l'a emporté sur les intentions sociales", déplore-t-il.

 

pierre laurent

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 09:49
On ne combat pas la misère en maintenant des millions de personnes sous le seuil de pauvreté

 

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé mardi plusieurs mesures de lutte contre la pauvreté. Il faut se féliciter de la volonté affichée par le gouvernement de vouloir combattre ce fléau qu'est la pauvreté qui touche maintenant 1 Français sur 8. Cela marque une rupture attendue avec la droite pour qui, les plus pauvres, étaient considérés avec cruauté comme des assistés.

 

Reste que la volonté affichée ne sert pas à grand chose si les moyens ne sont pas aux rendez-vous. Et hélas, il est à craindre que ce soit le cas. Annoncer l'augmentation de 10% en 5 ans ce n'est jamais qu'un retour au montant du RMI, équivalent à un demi SMIC lors de sa création. Cela ne met pas plus de beurre dans les épinards ! Une réelle rupture aurait été de se fixer comme objectif d'augmenter le cumul des minima sociaux au dessus du seuil de pauvreté, soit 950 euros par mois. On ne combat pas la misère en maintenant des millions de personnes sous le seuil de pauvreté.

 

Le contrat d'insertion destiné aux jeunes non qualifiés pour bénéficier d'un RSA laisse un goût amère. Une fois encore, il est demandé plus aux jeunes pour qu'ils bénéficient ce qu'ont, de plein droit, les plus de 25 ans. C'est regrettable et infantilisant. Les travaux annoncés sur le sur-endettement ou l'"amélioration conséquente des aides aux familles mono-parentales" peuvent être positifs si le gouvernement consent à desserrer l'étreinte d'une austérité qui fait plonger le pays. Il ne sert à rien de faire des économies sur le dos de la solidarité. Plus les difficultés sociales sont traitées en amont, moins elles coûtent chères en terme de santé, d'école, ou d'emploi. La générosité rapporte plus qu'elle ne coûte !

 

Enfin, un autre grand chantier reste toujours devant nous : celui de mettre fin à la méfiance des usagers et des allocataires à l'égard des services sociaux ou de la Caisse d'allocation familiale qui ont été instrumentalisés dans le cadre d'une politique de contrôle social et non d'accompagnement social. Il en est grand temps.

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 09:43

 

Les adhérents du Parti communiste français étaient appelés aux urnes ce 14 et 15 décembre 2012 afin de déterminer leur base commune de discussion pour leur 36ème congrès, qui se tiendra du 7 au 10 février 2013 à Aubervilliers. Dans un processus de travail qui commence à prendre son essor, 54,19% des inscrits se sont déplacés pour départager les quatre propositions qui étaient en débat.

 

Le texte proposé par le Conseil national du PCF, « Il est grand temps de rallumer les étoiles - Humanifeste du Parti communiste à l'aube du siècle qui vient », a été adopté à 73,15% des suffrages exprimés.

Le texte alternatif numéro 1, « Unir les communistes pour un PCF de combat, marxiste, populaire et rassembleur » a obtenu 11,08% ;

le texte alternatif numéro 2, « Combattre l'austérité, en finir avec le capitalisme », a obtenu 9,95% :

et le texte alternatif numéro 3, « Un parti résolument communiste dans l'affrontement de classe ni abandon ni effacement », a obtenu 5,82%.

 

Ce résultat marque une forte volonté des communistes de poursuivre et amplifier la dynamique engagée depuis leur dernier congrès. Il témoigne également du souffle et de l'ambition par lesquels ils veulent nourrir leur combat face à la crise et au capitalisme, dans une Révolution citoyenne plus que jamais nécessaire.

Le texte adopté est désormais le bien commun de l'ensemble des communistes. Mais ce vote est loin de clore les débats. Il ouvre une nouvelle phase de notre réflexion qui doit nous permettre d'approfondir et de préciser nos analyses comme nos orientations. Qui doit nous permettre également nous rassembler plus encore. Dans les semaines qui viennent, nous appelons les communistes à poursuivre le travail engagé afin d'enrichir cette base commune et de faire de notre congrès un évènement politique retentissant pour notre peuple.

 

Pierre Dharréville, membre du Conseil national du PCF, responsable de la commission du texte.

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 13:03

Le 36e congrès du Parti Communiste se déroulera du 7 au 10 février, à Aubervilliers. Il est préparé sur la base d'une texte "base commune de discussion". Dans un premier temps les communistes étaient appelés à se pronocer, par un vote, pour définir, parmi les quatre textes proposés, celui qui allait devenir "base commune de discussion".

 

Le vote à la section de Morlaix a eu lieu aujourd'hui, samedi 15 décembre jusqu'à midi, et hier soir, vendredi 14 décembre.  

Voici les résultats:

 

Voici les résultats du vote d'hier et d'aujourd'hui ; nous avons 81 inscrits et 71 à jour de cotisations .

  

   il y a 35 exprimés :

   - Sur la base commune proposée par le Conseil National du PCF "Humanifeste du Parti communiste à l'aube du siècle qui vient": 24 voix (68% des suffrages exprimés).

   - Sur l'alternatif 1 "Faire vivre et renforcer le PCF - Unir les communistes pour un PCF de combat marxiste, populaire et rassembleur" : 2 voix (5,7%)

   - Sur l'alternatif 2 "Combattre l'austérité, en finir avec le capitalisme" : 9 voix (25,7%)

   - Sur l'alternatif 3 "Un parti résolument communiste dans l'affrontement de classe - Sans abandon ni effacement!" : 0 (0%)

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 08:18

Communiqué paru dans le Ouest France hier, 14 décembre:

 

Le Parti communiste français, par la voix d'Eric Le Bour, appelle à manifester samedi à Brest: "Il n'est plus possible que dans ce pays des couples n'aient pas des droits semblables. Droits au mariage, à l'adoption, ou encore à la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes. Partout dans le pays, des manifestations sont organisées ce week-end pour soutenir ces revendications. Le Parti communiste, le Front de Gauche en sont partie prenante. Au niveau départemental, le collectif LGBT du PCF Fier-e-s et Révolutionnaires soutient l'action de l'inter LGBTH".

La Fédération du Parti communiste du Finistère soutient "les revbendications exprimées par les associations diverses qui militent pour les mêmes droits pour toutes et tous et vous demande de venir nombreux au rassemblement de samedi 15 décembre à 14h, place de la Liberté à Brest".

 

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