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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 05:30

 

L’exemple d’une candidate PDG à la Française des jeux (FDJ) -  Eric Bocquet  -  12 juillet 2019

Qu’est-ce que c’est que ce machin ? Le mot apparaît souvent dans le débat public depuis quelques années. Bizarrement, je ne sais pas pourquoi, le mot oligarque est associé à l’adjectif « russe », propriétaire de yachts somptueux ou encore de clubs de football très prestigieux.

Consultation d’un dictionnaire de la langue française, le Robert pour ne pas le nommer, selon cette étrange formule de notre belle langue de Molière, voici comment est défini le terme, oligarchie : « régime politique dans lequel la souveraineté appartient à un petit groupe de personnes, à quelques familles, à une classe restreinte et privilégiée. Par analogie : élite puissante, par exemple une oligarchie d’hommes d’affaires, de hauts fonctionnaires ». Fin de la définition.

Eh bien, cette situation nous l’avons touchée du doigt à l’occasion de la réunion de la commission des finances du Sénat la semaine dernière. Il y avait, ce mercredi-là, au menu, l’audition de la candidate aux fonctions de PDG de la FDJ, la Française des Jeux.

La personne en question s’appelle Madame Stéphane Pallez (oui une dame), PDG sortante reconduite sur proposition de Jupiter en son palais de l’Elysée. Comme la procédure est « démocratique », les deux commissions des finances du Parlement auditionnent l’intéressée et émettent un vote. L’on nous communique son CV, il est édifiant.

Sortie de l’ENA en 1984, Madame Pallez a occupé 28 fonctions jusqu’à aujourd’hui. Haut fonctionnaire de Bercy, finances, budget pour la partie publique… passage à France Telecom, CNP assurances, Crédit Agricole, administratrice pour l’Etat de GDF-Suez devenue Engie en 2015.

Le même CV indique, en préambule, ceci : « Fille de M. Gabriel Pallez, Inspecteur général des Finances Publiques et Président d’honneur du Crédit Commercial de France (je viens de comprendre enfin le sens du « en même temps » macronien), sœur de M. Christophe Pallez, Secrétaire général de la Questure de l’Assemblée Nationale, et enfin, mariée à François Auque, Cour des Comptes et Président de François Auque Consulting »… Du beau linge à l’évidence ! Un cas d’école qui devrait passionner nos amis sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot.

Mais au bout de l’audition, après une petite recherche sur Internet, on comprend les raisons du choix présidentiel, Madame Pallez a piloté, en son temps, les privatisations de Air France, Thomson et le GAN. C’est bien pour ses compétences qu’elle a été choisie.

Décidément, ce nouveau monde jupitérien fleure tellement bon l’Ancien Régime… Ce n’est plus du Macron, c’est du Bourbon. Pour notre part, nous n’avons pas pris part au vote.

 

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 05:26

 

Rencontre avec les citoyens qui font vivre le combat contre la privatisation d’ADP sur le terrain et se démènent  pour obtenir la tenue du premier référendum d’initiative partagée de l’histoire.

C’est l’été, l’heure devrait être au farniente. Avec un peu de chance, on pourrait même prendre un avion pour s’envoler vers une plage dorée. « Oui, bah, en parlant d’avion, moi, je ne veux pas qu’on privatise Aéroports de Paris. » Christiane a les bras remplis de tracts et pas mal de réserves dans un chariot. « Bonjour ! La vente des aéroports, ça vous parle ? » Au marché Daumesnil, samedi, à Paris, elle concurrence les vendeurs qui haranguent les passants. L’un d’eux s’arrête, échange quelques mots et tombe de très haut. Il blanchit. « J’étais très mal renseigné. Je croyais que c’était seulement la galerie marchande qui allait être vendue. Pas tout l’aéroport ! » souffle Yannick. Dégoûté, il se dit prêt à signer pour l’organisation du référendum sitôt rentré chez lui. « Ils vont vendre Charles-de-Gaulle au privé, se désole Roger, qui rejoint la conversation. Roissy, Orly, Le Bourget et tout le foncier qui appartient à ADP, soit plus de 8 600 hectares. C’est n’importe quoi. J’ai pas mal galéré, mais j’ai déjà signé. » Les deux interlocuteurs se quittent, l’air entendu. Une vieille dame passe quelques instants après et demande si elle peut prendre un bon paquet de tracts pour les mettre dans les boîtes aux lettres de sa résidence. « Après le scandale des autoroutes, on ne va pas se laisser faire. Vous savez que les sociétés privées se sont déjà remboursées et ont fait plus de 20 milliards de profits ? Tout ça, c’est sur notre dos. C’est autant de manque à gagner pour l’État », expose-t-elle.

Le rôle précieux des militants

Ce genre de scène a lieu à plusieurs endroits d’Île-de-France et du pays, depuis quelques mois. Des militants PCF, FI, PS, EELV, Génération.s, Attac et d’autres tiennent le pavé et les bouches de métro pour organiser le tout premier référendum d’initiative partagée (RIP). Plusieurs étapes ont déjà été franchies. Il a d’abord fallu que suffisamment de parlementaires s’accordent pour lancer le processus. Cela a été possible grâce à l’entente de 248 députés et sénateurs de tous bords (hors RN). Puis il a fallu que le Conseil constitutionnel valide la démarche. Il faut désormais franchir la marche la plus haute et recueillir 4,7 millions de signatures d’ici au 12 mars pour que le référendum ait bien lieu. Un travail de titan dans lequel les milliers de militants et de citoyens engagés jouent un rôle précieux. « L’État n’agit pas suffisamment. Il fait le minimum et ne joue pas du tout le jeu de la démocratie », regrette Lucille, présente dimanche place des Fêtes, à Paris. Aucune campagne d’information publique n’est prévue. « Le site lancé par le gouvernement est indigent. La démarche trop complexe. Il y a de gros bugs. C’est vraiment scandaleux, cette façon de décourager l’esprit civique et la participation citoyenne », reprend un passant.

Ni une, ni deux, il faut trouver des réponses. Au marché Daumesnil, Christiane a une solution : « Si vous avez un souci avec le site, allez à la mairie. Il y a quelqu’un qui vous fait signer en cinq minutes. » Place des Fêtes, Myriam est venue avec son ordinateur personnel et réalise elle-même les démarches de tous ceux qui s’arrêtent. « Ce n’est pas évident. Il faut parfois faire plusieurs essais avec la carte d’identité et aussi la carte électorale, car les informations inscrites dessus ne sont pas toujours les mêmes », pointe cette chargée en communication. Elle compte revenir tous les dimanches jusqu’en décembre : « C’est très chaleureux. C’est un beau moment de sensibilisation politique. Ce RIP, c’est un outil démocratique. Il est essentiel de s’en saisir. » À ses côtés, Vincent, gilet jaune, appelle lui aussi à se mobiliser pour ADP. Et au-delà. Pour lui, comme pour d’autres, il y a urgence à mettre un coup d’arrêt au rouleau compresseur lancé par Emmanuel Macron. « Il faut arrêter avec cette façon de faire de la politique sans nous, contre nous. Le RIP, c’est un outil pour envoyer un signal fort et reprendre peu à peu le pouvoir pour le mettre là où il doit être : dans les mains des citoyens ! » assène François.

Arrêtés par des militants au métro Jules-Joffrin, Jean, puis Nicole, sont plus que dubitatifs. « J’irai voter si le référendum a lieu. Mais je ne signe pas en ligne. Il faut s’identifier. On se retrouve fiché dans la boîte. Je ne vais pas faire ce cadeau au pouvoir macroniste qui menace de plus en plus les libertés publiques et individuelles », argumente le premier. « Qu’est-ce qui garantit que le résultat d’un tel référendum soit respecté ? On a bien voté contre le projet de Constitution européenne, qui est finalement passé dans notre dos avec le traité de Lisbonne », souligne Nicole. Interloqués, les promoteurs du RIP font une pause. Puis se reprennent. « Non, mais le RIP est un droit. Il est dans la loi. Il faut utiliser les outils à notre disposition. On ne peut pas se laisser déborder tout le temps. On ne fait rien, sinon », expose Matthieu, tracts en main. Peine perdue, cette fois-ci. Le passant suivant sera, lui, convaincu, malgré un début d’échange difficile. « Mais ça sert à rien, les pétitions ! Depuis quand ça change les choses ? » démarre le nouveau venu. Matthieu sourit, et fait mouche : « Là, si on atteint le bon nombre de signatures, il y aura forcément un référendum. C’est la loi. » En voilà un de plus qui s’éloigne, décidé à signer. Il se retourne et balance : « C’est dingue ce truc, j’étais même pas au courant que ça existe ! »

Un autre ignorait qu’ADP doit être vendu. « Et même la Française des Jeux et Engie ! » ajoute Christiane. Ravie d’être bien mieux accueillie ce samedi que quand elle « tracte pour les élections », l’insoumise mesure que la plupart des passants s’opposent à ces privatisations : « Il y en a bien qui s’en foutent ou trouvent ça bien : c’est vrai que vendre au privé, c’est un peu passé dans les mœurs. Mais la majorité des personnes croisées trouvent que ce projet est scandaleux, ça rassure. » 

« J’ai fait signer 65 personnes »

Ce qui ne rassure pas, par contre, ce sont les 4,7 millions de signatures à recueillir fissa pour que le référendum ait bien lieu. Hier, le score était de 573  769. Après un démarrage en trombe, la courbe s’est mise à décliner. « C’est pas mal du tout, vu que le gouvernement fait tout pour tasser l’initiative. Mais on va devoir mettre les bouchées doubles et multiplier les initiatives et rendez-vous partout, en région parisienne comme en province, où les signatures sont plus difficiles à obtenir », mesurent les chevilles ouvrières de la mobilisation. Il y a largement de quoi convaincre, à les entendre. ADP est la première frontière de la France et son principal point d’entrée. Comment confier au privé un rôle si régalien ? ADP est rentable : le groupe a généré plus de 600 millions d’euros de bénéfices en 2018 et rapporté à l’État plus d’un milliard d’euros de dividendes entre 2006 et 2016. Pourquoi se priver de cette manne ? ADP est aussi au cœur des questions d’aménagement du territoire et de régulation des flux, indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique. « Tout pousse à rejeter cette privatisation », estiment les opposants au projet, qui veulent faire tache d’huile. Matthieu, contrôleur aérien à Aix-en-Provence, appelle à ce qu’un maximum de monde se jette dans la bataille. « J’ai fait signer 65 personnes à mon boulot ! » lance celui qui prévoit de continuer toute l’été.

Aurélien Soucheyre avec Ilona Cler

 

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 05:23

À propos de « Cause commune »

La revue « Cause Commune » est la revue d'action politique du PCF.

Aller au-delà des apparences pour mieux comprendre et agir plus efficacement ; suivre les élaborations et les décisions du Parti communiste ; préparer des initiatives militantes efficaces : Cause commune, c'est tout cela et plus encore.

La revue donne la parole aux communistes mais aussi aux chercheurs et artistes de tous horizons. Ils font le point des débats et nous emmènent au-delà des sentiers battus de l'idéologie dominante.

Cette revue paraît tous les deux mois.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Cause Commune » parus entre novembre 2018 et août 2019.

 

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Le temps a passé depuis la naissance de Karl Marx : deux cents ans ! Et il est tentant – gardons-nous toutefois de la grandiloquence que ce genre d’exercice appelle – de dire que sa pensée n’a pas pris une ride. Pourtant, le communisme n’a-t-il pas été déclaré à maintes reprises mort et enterré ? Comment ce mouvement, présenté avec obstination comme la relique recroquevillée d’un mouvement précipité du côté des vaincus de l’histoire, pourrait-il contribuer aux aspirations humaines du présent et éclairer les enjeux du futur ?

Affiche de Jean Solé

Ceux qui veulent réduire Marx au rang de penseur du passé disposent d’un argument massue : son héritage politique et les « réalisations du communisme », autrement dit le bilan politique, social, économique et environnemental des régimes qui se sont revendiqués de Marx. Il est indéniable que cet argument porte, surtout à propos d’un homme qui revendiquait la primauté de l’action consciente sur la stérilité des discours sans visée transformatrice. « Marx est mort car les régimes qui se sont revendiqués du marxisme ont échoué », disent-ils en substance. Mais le bilan du communisme (et, à travers lui, des idées politiques de Marx) ne se réduit pas à ce verre d’eau à moitié vide : le communisme au XXe siècle, c’est aussi les grandes conquêtes sociales et démocratiques obtenues au prix des luttes, et dont la remise en question par la bourgeoisie est ardue ; et la démonstration qu’il est possible de « régler la production nationale selon un plan commun [...] mettant fin à l’anarchie constante et aux convulsions périodiques qui sont le destin inéluctable de la production capitaliste » (Karl Marx, La Guerre Civile en France, 1871). Cette démonstration a même fait école dans les pays capitalistes, qui se sont presque tous dotés – avec plus ou moins de succès – d’outils destinés à mieux encadrer les phénomènes économiques afin de les stabiliser. Si l’idée d’un capitalisme moralisé, parfaitement encadré et stabilisé grâce à de nouvelles institutions apparaît comme de plus en plus chimérique au fur et à mesure que s’aggrave la crise du capitalisme, ne peut-on pas imaginer que ces efforts de régulation posent involontairement les bases de nouvelles régulations post-capitalistes, éloignées de la logique du profit ?

« La perspective politique de Marx, l’émancipation du genre humain, reste l’horizon que nous nous fixons. »

Un autre argument, symétrique, consiste à minimiser la portée du marxisme. Marx serait un homme du XIXe siècle et sa pensée serait, par conséquent, datée. Or qu’observe-t-on ? Sur le plan politique, les analyses de Marx, ses critiques de l’exploitation, de l’aliénation, des multiples formes d’oppression, sont plus que jamais d’actualité. Les luttes féministes et écologiques ont trouvé, et trouvent toujours, dans les écrits de Marx et d’Engels, des armes théoriques puissantes et permettant de dessiner des chemins pour l’action. Leur dénonciation de la domination masculine, qui s’appuie sur une critique matérialiste de la famille – maillon essentiel des modes de production précapitalistes – permettait de fixer à l’émancipation féministe des perspectives concrètes. La critique des ravages de l’écosystème dus au capitalisme dans les villes industrielles d’Angleterre, ainsi que la critique de la surexploitation de la terre (appuyée sur les travaux du chimiste et agronome Liebig) ouvrent chez Marx la voie à une critique écologiste du capitalisme. Marx reste également une référence incontournable sur le plan scientifique. Les sciences sociales restent tributaires des apports de Marx, qui a su conjuguer les dimensions économique, sociale, historique, voire écologique, dans le cadre d’une étude totalisante des sociétés humaines – cette dette est souvent ignorée des chercheurs eux-mêmes. C’est notamment le cas en économie où, souvent par ignorance ou par autocensure, des chercheurs « redécouvrent » des concepts ou des résultats de Marx, les développent et se les approprient.

Si le communisme du XXe siècle est mort, écrions-nous donc : « Vive le communisme du XXIe siècle ! » Car, une fois n’est pas coutume, l’histoire semble avoir progressé de façon contradictoire. Les sociétés humaines portent toujours en elles les germes disséminés par le communisme défunt – ou plutôt, endormi. Le spectre du communisme qui hantait déjà l’Europe façonnée par le congrès de Vienne (1815) avant le Printemps des peuples (1848) a donné naissance à un génie, auteur de transformations politiques et sociales majeures à l’échelle mondiale. Il est aujourd’hui retourné dans la lampe, mais pour combien de temps ? La société française de la Restauration portait en elle des tendances qui devaient l’amener à se muer en république – ou du moins, en régime bourgeois débarrassé définitivement des oripeaux surannés de l’Ancien Régime. La Révolution française a duré un siècle. Ne pourrait-il pas en être de même de la révolution communiste ?

 

Pour tuer Marx, il faudra d’abord tuer le capitalisme

Enterrons Marx : chiche ! Mais donnons-nous les moyens pour que cette entreprise soit couronnée de succès. Pour tuer Marx, il faudra d’abord tuer le capitalisme. Et ce dernier est coriace. Car, à chaque nouvelle crise, on constate que les experts et autres commentateurs médiatiques peinent à rendre raison des tenants et des aboutissants des difficultés dont ils doivent rendre compte. Le constat, limpide, qui se dessine, est toujours le même : les peuples paient la crise, les puissants y font des affaires. Difficile également d’expliquer la persistance de difficultés économiques non résolues depuis les années 1970. Un demi-siècle de crise structurelle du capitalisme : ça se fête ! Et quiconque considère un peu sérieusement les problématiques sociales, économiques et environnementales actuelles, dans une perspective historique longue, ne peut qu’être frappé par l’actualité des analyses marxistes : suraccumulation de capital, fluctuations du taux de profit et tendances à la baisse de plus en plus difficiles à contrer dans les activités productives, aliénation, lutte des classes, armée de réserve… Les catégories marxistes, les théories de Marx ne peuvent être éludées qu’au prix d’un énorme effort de refoulement tant elles semblent puissamment explicatives des difficultés du système capitaliste à se maintenir aujourd’hui. En ce sens, le marxisme est, comme l’a dit Jean-Paul Sartre, une philosophie indépassable de notre temps.

« Les sciences sociales restent tributaires des apports de Marx, qui a su conjuguer les dimensions économique, sociale, historique, voire écologique, dans le cadre d’une étude totalisante des sociétés humaines. »

Faut-il pour autant prôner le « retour à Marx » ? Certainement, pour se réapproprier ses théories, ses concepts et surtout ses méthodes ; et construire à partir de lui des analyses valables dans le contexte actuel. Certainement pas, s’il s’agit de sacrifier « l’analyse concrète des situations concrètes » à l’exégèse de textes sacrés de la marxologie. De l’analyse de Marx subsistent deux impressions contradictoires : l’idée que nous sommes des nains, assis sur les épaules d’un géant. Mais aussi que certaines de ses analyses sont dépassées. Par exemple, l’idée que la socialisation des moyens de production permettrait de produire directement des valeurs d’usage non marchandes, directement et exactement conformes aux besoins des con­som­mateurs, a fait long feu. Quand la production et la consommation sont séparées, il faut nécessairement une « médiation sociale des valeurs d’échange », telle la monnaie, même en régime socialiste. Les expériences soviétique, cubaine, chinoise, vietnamienne… montrent aussi que la suppression totale du marché ne semble pas non plus possible (ni souhaitable) : la planification socialiste n’a pu, là où elle a été mise en place, remplacer totalement les mécanismes marchands décentralisés par des chaînes de commandement administratif, ce qui a conduit dans les pays concernés à l’apparition de nouvelles façons d’appréhender la planification et son rapport au marché.

Marx n’est pas seulement un théoricien pour universitaires subversifs, il est un acteur politique situé historiquement. Comment Marx vit-il toujours politiquement aujourd’hui, dans le champ politique, celui dans lequel lui-même s’inscrivait ? C’est le questionnement dans lequel s’inscrit ce numéro de Cause commune. La perspective politique de Marx, l’émancipation du genre humain, reste l’horizon que nous nous fixons. Faire vivre la pensée de Marx, c’est permettre l’action politique populaire, internationaliste, universelle, que celui-ci appelait de ses vœux. La crise structurelle du capitalisme ne trouve pas de réponses à l’intérieur du système, dont les contradictions paraissent au contraire s’aiguiser de façon alarmante. Les rapports sociaux capitalistes doivent être brisés pour répondre aux exigences d’émancipation de l’humanité. Alors que la crise écologique, économique, sociale et anthropologique du capitalisme met au jour l’exigence fondamentale de nouvelles perspectives pour l’avenir de nos sociétés, il est grand temps de mettre à profit les potentialités de notre époque pour organiser les solidarités qui nous font tant défaut. À l’heure de l’Internet, des biotechnologies et de l’automation, il est extravagant de prétendre que les solutions techniques aux problèmes de l’humanité n’existent pas : c’est au niveau des rapports sociaux, et notamment des rapports de propriété et de production, que se situent les blocages qui interdisent aux forces productives de prendre un nouvel essor favorable à l’émancipation du plus grand nombre. Les luttes sociales et politiques joueront un rôle déterminant pour faire en sorte que ce qui n’est que potentiel en germe devienne élément constitutif de notre réalité.

 

Florian Gulli et Constantin Lopez sont membres de la rédaction de Cause commune. Ils ont coordonné ce dossier.

Cause commune n°8 • novembre/décembre 2018

 

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 05:20

 

Alors que la rencontre des sept chefs d’État se concluait, Oxfam France alertait, hier, quant aux reculs enregistrés à Biarritz. Rien de concluant pour la lutte contre les inégalités. Entretien.

Engagée dans la lutte contre les inégalités, Oxfam France a fait le choix d’avoir un pied au G7 pour y porter son plaidoyer, un pied dans le contre-G7 pour y joindre sa voix. Hier, à l’heure où le sommet était en passe de se conclure, l’ONG de développement manifestait son désarroi concernant ce qu’il en sortira.

 

À l’ouverture du G7, Oxfam affichait son scepticisme quant à ce que l’on pouvait en attendre. Qu’en est-il à l’heure de la clôture ?

ROBIN GUITTARD Nous sommes définitivement déçus. Vu l’agenda ambitieux que le président Macron s’était fixé, nous pouvions espérer quelques actes en matière de lutte contre les inégalités. Mais rien ne sortira de Biarritz sur cette question. Pire : tout indique que le logiciel à travers lequel nos chefs d’État voient le monde ne change pas. Vendredi, par exemple, des multinationales ont promis de se mobiliser contre les inégalités. Or, laisser les grandes entreprises s’autoréguler, c’est laisser faire le système qui a généré les crises dans lesquelles nous nous trouvons. Ce que nous demandons, ce n’est pas la charité, ni des contributions volontaires de la part des multinationales. C’est que soient mises en place des règles contraignantes pour que les plus riches paient leur part.

 

Des règles de justice fiscale, par exemple ?

ROBIN GUITTARD Oui. Voilà des mois que nous défendons le principe de nouvelles règles internationales de taxation minimale des entreprises, pour que celles-ci paient leurs impôts là où elles réalisent leurs bénéfices. C’est une mesure essentielle de lutte contre les paradis fiscaux et les inégalités qu’ils génèrent. L’évasion fiscale coûte près de 180 milliards de dollars aux pays en voie de développement. Pourtant, ce sujet n’a pas vraiment été à l’agenda du G7. L’approche des problèmes y a été morcelée et débouche sur des déclarations sans cohérence. C’est d’autant plus dommageable que, ces dernières années, le G7 avait su prendre quelques initiatives contre la pauvreté. Celui de Biarritz, celui du président Macron, marque, lui, l’abandon des questions de développement international.

 

Le soutien aux pays d’Afrique était cependant au cœur de ce G7…

ROBIN GUITTARD Les annonces faites, ­dimanche, lors d’un point commun entre la chancelière Merkel, le président Macron et le président Kaboré, du Burkina Faso, qui préside le G5 Sahel, témoignent précisément de ce renoncement. Toutes ces bonnes intentions affichées se concluent par un partenariat qui n’implique au final que la France et l’Allemagne et porte uniquement sur les questions militaires.

Or, l’enjeu du développement est particulièrement emblématique au Sahel. Les inégalités sont à la base de toutes les crises que la région traverse. Elles y génèrent un sentiment d’injustice sociale extrêmement fort, lequel provoque à son tour des tensions extrêmes. Nous attendions du G7 qu’il soutienne les politiques sociales des pays du Sahel, aujourd’hui pressurées par l’augmentation incessante de leurs budgets militaires. Les sept puissances auraient pu créer un fonds dédié au développement de l’éducation, de la santé, de la protection sociale… À l’inverse, ils ont choisi d’alimenter le cercle vicieux de la militarisation.

 

Le G7 avait aussi promis d’être féministe. Qu’en reste-t-il ?

ROBIN GUITTARD Il semble que le mieux que l’on obtiendra à ce sujet sera la présentation d’une liste de bonnes pratiques des pays du G7 sur les questions de genre, et une invitation faite aux pays africains d’adopter une de ces mesures dans les prochains mois ou prochaines années. Peu de chance que le droit des femmes s’en trouve bouleversé à partir de demain…

 

Y a-t-il encore quelque chose à attendre de ce type de sommet ?

ROBIN GUITTARD Nous assumons pleinement notre choix de continuer à porter des recommandations au niveau du G7. Mais nous tenons aussi à faire entendre notre voix à travers les contre-G7, comme il vient de s’en tenir un. Ce sont eux, les laboratoires permettant d’inventer de nouvelles options pour une société plus humaine. C’est là que les idées se créent.

 

Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand

 

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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 13:07

 

Après des économies sur les aides au logement et le financement des HLM, l’État se sert dans l’organisme qui gère les cotisations destinées à loger les salariés.

Le logement décidément n’est pas une priorité du gouvernement. C’est même un des secteurs les plus mis à contribution pour honnorer ses promesses en matière budgétaire. La semaine dernière, une information diffusée par les Échos révélait que l’État avait décidé de puiser 500 millions d’euros dans la trésorerie d’Action Logement, l’organisme paritaire (ex-1 % logement) qui gère les cotisations patronales destinées à loger les salariés. « On assiste encore une fois à une logique de pillage du 1 % logement. C’est pourtant l’argent des salariés, pas celui de l’État ! » s’agace Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement.

Action Logement n’est pas en difficulté. Pour la première fois en juillet dernier, il a publié ses résultats et ils sont florissants. « Le bilan consolidé du groupe s’élève à plus de 83,4 milliards d’euros, dont 55,2 milliards d’euros de patrimoine immobilier », soulignait un communiqué du groupe, surtout administré, dans les faits, par le Medef. Sa vocation est pourtant d’utiliser ces fonds pour offrir des logements accessibles aux salariés, notamment via ses filières HLM. Pas de remplir, comme il le fait régulièrement, les trous du budget de l’État. Souvent accusé de garder sa trésorerie en réserve au lieu d’investir dans cette mission première, Action Logement avait d’ailleurs annoncé, lors de la présentation de ses résultats, le doublement du nombre de logements sociaux construits, pour atteindre 45 000 en 2023, contre 22 000 en 2018. « C’est la fin de l’argent qui dort », avait promis son directeur général, Bruno Arcadipane.

le gouvernement a puisé dans l’argent des HLM

Action Logement n’est pas la première victime du peu d’intérêt du gouvernement pour un secteur qui a pourtant un impact essentiel sur le niveau de vie de beaucoup de Français, à commencer par les plus modestes. En plus de la très médiatisée baisse de 5 euros des aides personnelles au logement (APL), à l’été 2017, le gouvernement a puisé dans l’argent des HLM. Pour la première fois depuis des décennies, il a réduit à zéro la participation de l’État à leur financement. Surtout, il leur a fait porter seuls, via une réduction des loyers, une nouvelle baisse des APL de 60 euros. Avec les autres mesures, comme la hausse de la TVA sur la construction et les réparations, le gouvernement a ainsi fait près de 6 milliards d’euros d’économies en trois ans au détriment du logement social. Action Logement avait été mis à contribution pour amortir le choc en proposant des prêts avantageux aux organismes HLM. Il a aussi augmenté sa contribution au programme de rénovation urbaine (NPNRU) de 5 à 7 milliards d’euros.

Sans cesse menacé de voir l’État mettre définitivement la main sur ses fonds en les transformant en impôts, Action Logement n’est pas en mesure de protester contre les ponctions décidées par le gouvernement. Face à l’appétit de Bercy, l’organisme a multiplié les gestes de bonne volonté. L’annonce, en avril, d’un plan d’investissement de 9 milliards d’euros pour aider au financement de toute une série de plans gouvernementaux, de la rénovation des salles de bains à celle des passoires thermiques, n’aura pourtant réussi qu’à limiter les appétits de l’exécutif.

Malgré cette foire d’empoigne sur les fonds, Action Logement partage une certaine vision du secteur avec le gouvernement. L’organisme piloté par le Medef, qui gère un nombre important de logements sociaux, est à la pointe de la logique de regroupement des organismes HLM prônée par la loi Elan. Il est surtout très favorable à leur vente, porte ouverte à une privatisation. En février, il a ainsi créé un opérateur national de vente ouvert à tous les bailleurs sociaux. « On assiste à une sorte de médéfisation du secteur, soutenue par la partie du logement social liée aux entreprises », résume Eddie Jacquemart.

Camille Bauer

 

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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 13:05

 

Une note du 12 juillet du nouveau patron de l’administration fiscale, que révèle Mediapart, a choqué les syndicats de Bercy. Elle ordonne aux agents du fisc de se montrer accommodants avec les entreprises jugées « de bonne foi », en favorisant remises et transactions. Sollicité, Bercy assume une approche « pragmatique ».

Le titre de la note parle de lui-même : « Orientations générales en faveur d’une conclusion apaisée des contrôles fiscaux. » Ce document, que Mediapart s’est procuré, est signé par Jérôme Fournel, directeur général de l’administration fiscale depuis trois mois et ancien directeur de cabinet du ministre de l'action et des comptes publics Gérald Darmanin. Envoyée le 12 juillet à tous les services chargés du contrôle fiscal, cette « note de service » ordonne aux agents de se montrer accommodants avec les entreprises.

Ces instructions sont l’application de la loi Essoc de juillet 2018, qui introduit un « droit à l’erreur » pour les usagers de l’administration se trompant de bonne foi. En application du « en même temps » cher à Emmanuel Macron, une seconde loi renforçant la lutte contre les plus gros fraudeurs a été votée trois mois plus tard.

Reste que la note d’application de la loi Essoc envoyée le 12 juillet dernier traduit l’orientation très pro-entreprises d’Emmanuel Macron. Le patron de la DGFIP (Direction générale des finances publiques) y indique à ses agents qu’ils doivent créer une « nouvelle relation de confiance avec les entreprises » tournée vers « l’acceptation sociale » des contrôles fiscaux (notre document ci-dessous).

La note envoyée le 12 juillet 2009 par le patron de la DGFIP (l'administration fiscale), Jérôme Fournel. © Document Mediapart

La note envoyée le 12 juillet 2009 par le patron de la DGFIP (l'administration fiscale), Jérôme Fournel. © Document Mediapart

Les contrôleurs doivent désormais « privilégier des modalités de conclusion plus consensuelles et plus rapides des opérations de contrôle, toutes les fois que cela est possible » : réduction des pénalités, « règlement d’ensemble » des litiges complexes, et recours aux transactions pour éviter les contentieux judiciaires devant les tribunaux.

Les agents sont invités à mettre en œuvre « une application mesurée de la loi » avec les contribuables de bonne foi. « Une application à la lettre de la loi fiscale peut en effet être mal comprise et perçue comme injuste, précise la note. Elle est susceptible dès lors d’alimenter la défiance envers l’administration, à rebours des orientations gouvernementales et de délégitimer les sanctions sévères qu’appellent les comportements les plus frauduleux. »

Cette note a choqué les principaux syndicats de Bercy dans un contexte déjà lourd, avec la suppression de 2 130 postes dans l’administration fiscale cette année. « Pour nous, cela revient à laisser libre cours aux fraudeurs et leur dire indirectement que frauder n’est pas grave », réagit Olivier Villois, secrétaire national de la CGT Finances publiques.

Pour Vincent Drezet, secrétaire national de Solidaires Finances publiques, ces instructions traduisent un « basculement » déjà à l’œuvre depuis plusieurs années, qui « s’est accéléré » avec la loi Essoc. « L’idée est de préserver l’attractivité fiscale de la France, de ne pas se montrer trop intrusifs, regrette-t-il. Le contrôle fiscal tend à devenir une mission de conseil ou de prestation de services aux contrôlés plutôt qu’un contrôle de la loi dans l’intérêt général. »

Hélène Fauvel, secrétaire générale de FO DGFIP, n’est pas surprise par le contenu de la note : il s’agit selon elle de la stricte application de la loi Essoc, que son syndicat avait qualifiée de « câlinothérapie ».

 

 

Interrogée par Mediapart, la DGFIP répond que la note de son directeur général « s’inscrit pleinement dans les orientations générales fixées par le ministre [des comptes publics Gérald Darmanin – ndlr] en matière de contrôle fiscal, consistant à nouer une relation fondée sur la confiance, et non sur la suspicion, avec les contribuables de bonne foi et d’adopter une attitude différenciée selon que les contribuables ont commis des erreurs de bonne foi ou qu’ils enfreignent intentionnellement la législation fiscale ».

La DGFIP souligne que le gouvernement a aussi décidé un « renforcement de la lutte contre la fraude » au travers de la loi d’octobre 2018, qui a créé une police fiscale, renforcé les sanctions, ou encore levé partiellement le « verrou de Bercy » qui laissait au ministère l’exclusivité des poursuites pénales.

Les syndicalistes soulignent que toutes les mesures accommodantes prévues dans la note du 12 juillet 2019, comme la réduction des pénalités ou l’« application mesurée de la loi » pour les contribuables qui se trompent de bonne foi, ne sont pas nouvelles. Elles sont déjà appliquées sur le terrain au cas par cas, par exemple en cas d’erreur de déclaration sur un point législatif récent ou complexe, ou en faveur des entreprises en difficulté. 

« Ce qui est choquant, ce ne sont pas ces dispositifs, c’est qu’on nous demande d’en faire une application démesurée, souligne Vincent Drezet, de Solidaires. On nous incite à mettre en œuvre tout ce qui peut alléger le contrôle et la note finale. » « Le problème, c’est que ça devient systématique, c’est une remise en cause claire de notre mission de contrôle », ajoute Olivier Villois, de la CGT.

Les syndicalistes redoutent que cette note ne renforce les inégalités devant l’impôt, car les nouvelles mesures bénéficieront avant tout aux plus grandes entreprises, qui sont aussi « les mieux conseillées ».

« Il n’y a aucune incitation à baisser les bras face aux fraudeurs », dément la DGFIP, qui ne voit « rien de choquant à rappeler l’utilité d’outils parfaitement connus des vérificateurs, qui existent depuis longtemps ».

Pour justifier les contrôles « apaisés », le directeur général des finances publiques indique dans sa note que cela favorise « le consentement à l’impôt du contribuable » et permet de « sécuriser le recouvrement » (c’est-à-dire faire rentrer l’argent dans les caisses de l’État) et de « réduire le contentieux ».

Le souci, c’est que la note ne se limite pas à accorder des facilités aux contribuables de bonne foi. Le patron de la DGFIP demande à ses agents de privilégier au maximum les transactions amiables en cas de conflit, afin d’éviter que les contribuables ne contestent le redressement devant les tribunaux. « Il est préconisé de transiger lors du recours pré-contentieux, sur les montants accessoires aux droits », précise la note.

Ces instructions concernent aussi les dossiers complexes, comme les montages d’optimisation fiscale des grandes entreprises. En cas d’incertitude juridique, les directions du contrôle fiscal « sont invitées à envisager un règlement d’ensemble du dossier pour favoriser sa résolution avant le stade contentieux ».

Ce dispositif, qui consiste pour le fisc à négocier globalement les droits et pénalités à la baisse pour éviter un procès, a été critiqué en 2018 par la Cour des comptes, qui dénonce son absence de « base légale », mais aussi de « règles de procédure » garantissant l’égalité des contribuables devant la loi. En réponse au rapport de la Cour, la note de Bercy invite d’ailleurs les directions à créer « un dispositif adapté d’harmonisation des décisions ».

La note de la DGFIP du 12 juillet dernier peut laisser penser que le fisc baisse les bras sur le terrain judiciaire face à la puissance de feu des multinationales adeptes de l'optimisation fiscale agressive, qui peuvent s’offrir des armées d’avocats fiscalistes redoutablement efficaces.

La DGFIP a ainsi perdu ses procès contre Google, dont le redressement fiscal de 1,1 milliard d’euros a été annulé par le tribunal administratif en 2017, puis en appel le 26 avril dernier. En juin dernier, le fisc a préféré, après plusieurs contentieux judiciaires, trouver un accord amiable avec Microsoft, tout comme il l’avait fait auparavant avec Amazon et Apple.

« La tentation historique de Bercy a toujours été de sécuriser les rentrées d’argent, indique Vincent Drezet, de Solidaires. Si la loi est floue, c’est positif pour l’État. Mais dans la version négative, cela peut signifier que face à des entreprises mieux conseillées que nous, on semble renoncer à investir dans l’expertise et le renforcement des moyens pour faire respecter ou évoluer certains aspects du droit. »

Sollicitée par Mediapart, la DGFIP « assume […] une approche pragmatique » : « Les contentieux sont longs et coûteux pour tout le monde, que ce soit pour l’administration comme pour les contribuables (certains peuvent durer plus de dix ans). Et comme vous le savez, leur issue est incertaine quand les problématiques sont complexes. »

La note du patron de la DGFIP rappelle également une nouvelle disposition issue non pas de la loi Essoc sur le droit à l’erreur, mais de la loi d’octobre 2018 renforçant la lutte contre les gros fraudeurs : « Il est désormais possible de conclure une transaction, y compris lorsque les contrôles doivent faire l’objet d’une dénonciation au procureur […] ou lorsque l’administration fiscale a déposé plainte », alors que c’était jusqu’à présent interdit.

S’il s’agit là encore de l’application stricte de la nouvelle loi, cette mesure passe mal à Bercy. Comme le souligne la secrétaire générale de FO DGFIP, Hélène Fauvel, « on a du mal à comprendre comment on peut faire une transaction avec un contribuable alors qu’on a (porté plainte) ou qu’on envisage de porter plainte ».

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

 

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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 13:02

 

Selon un document de travail de l’Unédic, l’organisme qui gère l’argent de l’assurance-chômage, l’ensemble des mesures impactera négativement au moins 1,2 million de personnes… sur les 2,6 millions qui touchent chaque mois une somme de Pôle emploi.

La réforme des conditions d’accès à l’assurance-chômage, annoncée le 18 juin par le gouvernement, aura des conséquences néfastes pour près de la moitié des demandeurs d’emploi indemnisés par Pôle emploi. Selon un document de travail de l’Unédic, l’organisme qui gère l’argent de l’assurance-chômage, l’ensemble des mesures impactera négativement au moins 1,2 million de personnes… sur les 2,6 millions qui touchent chaque mois une somme de Pôle emploi (1 010 euros en moyenne).

Mediapart dévoile ce document, également publié en partie par RTL et évoqué par Les Échos (qui indiquent faussement que seules 500 000 personnes seront affectées). La note, préparée en vue d’une « réunion des conseillers techniques » de l’Unédic qui a eu lieu le 2 juillet, fait le tour, à un « premier niveau d’approximation », des mesures telles que détaillées dans le dossier de presse. Elle bat en brèche l’estimation du gouvernement, qui avait comptabilisé 600 000 à 700 000 personnes impactées par au moins l’une des mesures présentées. Ce sont en fait deux fois plus de chômeurs, en grande partie les plus précaires, qui seront touchés, en partie dès le mois de novembre, puis à plein en avril prochain. 

Le ministère du travail précise systématiquement que l’on ne peut pas parler de « perdants », puisque cela serait supposer que « les personnes et les entreprises ne modifieront pas leurs pratiques, ce qui reviendrait à dire que la réforme n’aura aucun impact ». Peut-être. Il est néanmoins incontestable que la réforme réduira les droits des chômeurs, avec un net durcissement des conditions d’accès à l’assurance-chômage et de renouvellement des droits, ainsi qu’une nouvelle façon de calculer les indemnités versées, qui pénaliseront les demandeurs d’emploi ayant occupé des emplois peu stables.

L’Unédic anticipe trois effets à la réforme, qui pourront d’ailleurs toucher plusieurs fois les mêmes personnes : « moins de demandeurs d’emploi ouvriront un droit » ; « pour certains allocataires la durée du droit sera plus courte » ; « l’allocation journalière sera plus faible pour les personnes ayant travaillé de manière discontinue ». 

« Ces mesures vont contribuer efficacement à lutter contre le chômage de masse », avait assuré Édouard Philippe le 18 juin. Le premier ministre table sur une baisse « de 150 000 à 250 000 » demandeurs d’emploi, rien que par les mesures dévoilées. Au vu de leur sévérité, on peut en effet penser qu’elles pousseront certains chômeurs à reprendre à tout prix un emploi, même sous-qualifié, privant par là-même de postes d’autres demandeurs d’emploi moins diplômés. D’autres chômeurs seront tout simplement éjectés du régime d’indemnisation, sans garantie de retrouver réellement un emploi.

L’Unédic souligne d’ailleurs que les « éjectés » du régime vont peser sur les minimas sociaux, eux aussi sous la menace d’une réforme qui pourrait contribuer à leur amoindrissement (lire ici notre papier sur le RUA) : « Des effets de transferts sont à attendre vers d’autres prestations sociales, notamment la prime d’activité, le RSA et les aides au logement. En particulier, sous conditions de ressources du foyer, 1 euro d’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) se substitue à 1 euro de prime d’activité. »

Dans le détail, la mesure qui permettra à l’État d’économiser le plus d’argent (80 % des 3,4 milliards d’euros d’économies programmées d’ici à la fin 2021) concernera environ 500 000 personnes, selon l’Unédic. Il s’agit du durcissement des conditions d’entrée dans le régime de l’assurance-chômage : pour être indemnisé par Pôle emploi, il faudra avoir travaillé l’équivalent de 6 mois durant les 24 mois précédents, alors qu’aujourd’hui, seuls 4 mois travaillés sur 28 (et sur 36 mois pour les plus de 53 ans) sont nécessaires. Tous les allocataires ayant une affiliation inférieure à 6 mois, y compris ceux qui rechargent leur droit, seront donc concernés. 

Par ailleurs, l’organisme de gestion de l’assurance-chômage estime que le passage de la période de référence de 28 à 24 mois pour les moins de 53 ans devrait raccourcir la durée de droit « d’un peu moins de 250 000 allocataires ».

La note rappelle aussi cette évidence : c’est la fin des « droits rechargeables », qui furent pourtant considérés comme une avancée notable, notamment aux yeux de la CFDT. Aujourd’hui, un mois travaillé suffit à rouvrir des droits au chômage. À partir du 1er novembre, il faudra avoir travaillé six mois. « La notion de rechargement ne présente plus aucune spécificité au regard d’une ouverture de droits, dans la mesure où la condition d’affiliation minimale est identique à une admission », rappelle l’Unédic. À compter du 1er avril, les règles de calcul de l'indemnisation seront aussi revues. 

Au lieu d’être calculées à partir des jours travaillés seulement (comme elles le sont depuis exactement 40 ans), les indemnités le seront à partir du revenu moyen des mois où un salarié a travaillé. Y compris s’il n’a rien gagné pendant plusieurs semaines de ce mois.

Pour l’Unédic, « il est délicat à ce stade d’estimer la population concernée ». Mais en se basant sur diverses analyses élaborées depuis trois ans, elle évalue à environ 1,2 million de personnes touchées par ce nouveau mode de calcul, qui pourra aboutir à des baisses importantes d’indemnisation, soit « environ la moitié des entrants » à Pôle emploi ! Économies attendues : 690 millions d’ici à 2021.

 

Le « bonus-malus » sera effectif en 2021 et non en 2020 comme annoncé au départ

Ces mesures très dures contre les chômeurs sont à mettre en balance avec la prudence du gouvernement pour mettre en place le « bonus-malus » sur les cotisations sociales payées par les entreprises utilisant trop d’emplois courts. Déjà évoquée par le candidat Macron pendant la campagne présidentielle, la mesure est citée comme primordiale au ministère du travail depuis le lancement des premières pistes sur la réforme, en octobre 2017.

Pourtant, seuls sept secteurs professionnels sur trente-huit seront finalement concernés, et deux mastodontes ayant massivement recours aux contrats courts y échapperont : le bâtiment et le médico-social. Les petites entreprises de moins de douze salariés ne seront pas visées et le montant de la modulation maximale sera faible : les employeurs dont les effectifs tournent beaucoup verront leurs cotisations sociales alourdies de 0,95 % au maximum. Et ceux dont la main-d’œuvre est la plus stable auront droit à un bonus pouvant aller jusqu’à 1,05 %. Et surtout, alors que le ministère du travail avait annoncé que les « bonus-malus » entreraient « en application au 1er janvier 2020 », la mesure ne sera en fait effective qu’un an plus tard, à partir du 1er janvier 2021.

À plusieurs reprises, l’Unédic pose la question du coût et du financement des dispositifs d’accompagnement. La réforme propose ainsi trois nouveautés, un « pack démarrage » pour les chômeurs qui s’inscrivent à Pôle emploi, un « pack de remobilisation » pour les inscrits qui cumulent emploi et chômage, et un renforcement de l’accompagnement à la formation. 

« Le recours à des opérateurs privés se fait-il à moyens constants ? », interrogent benoîtement les rédacteurs de la note. « Les recrutements supplémentaires à Pôle emploi correspondent-ils à des postes pérennes ? », puisque pour le moment le renfort se limite selon le gouvernement à 1 000 CDD de longue durée. Et surtout : « Comment le budget de Pôle emploi est-il abondé pour financer ces postes ? ». Des sujets plus épineux qui devraient être tranchés dans le cadre de la « convention tripartite » entre Pôle emploi, l’Unédic et l’État, qui devrait être signée en septembre, avec 9 mois de retard sur les délais prévus.                         

D’autres interrogations, multiples, parsèment la note concernant les conséquences concrètes de la réforme annoncée, et son articulation avec les mesures déjà existantes. Elles montrent le flou dans lequel évoluent les acteurs institutionnels du dossier, et il n’est pas certain que les décrets détaillant les mesures annoncées, attendus dans les semaines à venir, apportent toutes les réponses. Un seul exemple des effets de bords non mentionnés par le gouvernement : « La baisse du montant de l’allocation entraînera une diminution du financement des points de retraite complémentaire » des demandeurs d’emploi indemnisés.

Le 18 juin, dans un gigantesque lapsus, Muriel Pénicaud avait vanté « une réforme résolument tournée vers le travail, vers l’emploi, contre le chômage et pour la précarité » (à 40’30” de cette vidéo). Elle n’avait pas menti.

 

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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 06:00
Les grands textes de Karl Marx - 11 - Les luttes de classe en France - les leçons de la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848

Karl Marx, Les luttes de classes en France (1848-1850) - éditions sociales

" Nous avons vu que la République de Février n'était, en réalité et ne pouvait être qu'une République bourgeoise, que, d'autre part, le Gouvernement provisoire, sous la pression directe du prolétariat, fut obligé de la proclamer une République pourvue d'institutions sociales, que le prolétariat parisien était encore incapable d'aller au-delà de la République bourgeoise autrement qu'en idée, en imagination, que partout où il passait réellement à l'action, c'était au service de cette dernière qu'il agissait; que les promesses qui lui avaient été faites devenaient un danger insupportable pour la nouvelle République et que toute l'existence du Gouvernement provisoire se réduisait à une lutte continuelle contre les revendications du prolétariat.

Dans l'Assemblée nationale, c'était la France tout entière qui s'érigeait en juge du prolétariat parisien. Elle rompit aussitôt avec les illusions sociales de la révolution de Février, elle proclama carrément la République bourgeoise et rien que la République bourgeoise. Elle exclut aussitôt de la commission exécutive qu'elle nomma les représentants du prolétariat: Louis Blanc et Albert; elle rejeta la proposition d'un ministère spécial du Travail, elle accueillit par une tempête d'applaudissements la déclaration du ministre Trélat: "Il ne s'agit plus que de ramener le travail à ses anciennes conditions". 

Mais tout cela ne suffisait pas. La République de Février fut conquise par les ouvriers avec l'aide passive de la bourgeoisie. Les prolétaires se considéraient à bon droit comme les vainqueurs de Février et ils avaient les prétentions arrogantes du vainqueur. Il fallait qu'ils fussent vaincus dans la rue, il fallait leur montrer qu'ils succombaient dès qu'ils luttaient non avec la bourgeoisie, mais contre elle. De même que la République de Février avec ses concessions socialistes nécessita une bataille du prolétariat uni à la bourgeoisie contre la royauté, de même une seconde bataille était nécessaire pour détacher la République de ces concessions socialistes, pour mettre en relief la République bourgeoise, détenant officiellement le pouvoir. C'est les armes à la main qu'il fallait que la bourgeoisie réfutât les revendications du prolétariat. Et le véritable lieu de naissance de la République bourgeoise n'est pas la victoire de Février, c'est la défaite de Juin.

Le prolétariat précipita la décision lorsque, le 15 mai, il envahit l'Assemblée nationale, tentant vainement de reconquérir son influence révolutionnaire sans autre résultat que de livrer ses chefs énergiques aux geôliers de la bourgeoisie. Il faut en finir! Par ce cri, l'Assemblée nationale donnait libre cours à sa résolution de contraindre le prolétariat au combat décisif. La Commission exécutive promulgua une série de décrets provocants, comme l'interdiction des attroupements, etc. Du haut de la tribune de l'Assemblée nationale constituante, les ouvriers furent directement provoqués, injuriés, persiflés. Mais, comme nous l'avons vu, les ateliers nationaux offraient un but à l'attaque proprement dite.  Ce sont eux que l'Assemblée constituante désigna d'un geste impérieux à la Commission exécutive qui n'attendait que le moment d'entendre son propre projet devenir un ordre de l'Assemblée nationale.

La Commission exécutive commença par rendre plus difficile l'entrée dans les ateliers nationaux, par remplacer le salaire à la journée par le salaire aux pièces, par bannir en Sologne les ouvriers qui n'étaient pas natifs de Paris, sous prétexte de leur faire faire des travaux de terrassement. Ces travaux de terrassement n'étaient en réalité qu'une formule de rhétorique dont on parait leur expulsion, comme l'apprirent à leurs camarades les ouvriers revenus désillusionnés. Enfin, le 21 juin, parut un décret au Moniteur, ordonnant le renvoi brutal des ouvriers célibataires des ateliers nationaux ou leur enrôlement dans l'armée. 

Les ouvriers n'avaient plus le choix: il leur fallait ou mourir de faim ou engager la lutte. Ils répondirent, le 22 juin, par la formidable insurrection où fut livrée la première grande bataille entre les deux classes qui divisent la société moderne. C'était une lutte pour le maintien ou l'anéantissement de l'ordre bourgeois. Le voile qui cachait la République se déchirait.

On sait que les ouvriers, avec un courage et un génie sans exemple, sans chefs, sans plan commun, sans ressources, pour la plupart manquant d'armes, tinrent en échec cinq jours durant l'armée, la garde mobile, la garde nationale de Paris ainsi que la garde nationale qui afflua de la province. On sait que la bourgeoisie se dédommagea de ses transes mortelles par une brutalité inouïe et massacra 3.000 prisonniers.

Les représentants officiels de la démocratie française étaient tellement prisonniers de l'idéologie républicaine qu'il leur fallut plusieurs semaines pour commencer à soupçonner le sens du combat de Juin. Ils furent comme hébétés par la fumée de la poudre dans laquelle s'évanouissait leur République imaginaire.

Quand à l'impression directe que la nouvelle de la défaite de Juin produisit sur nous, le lecteur nous permettra de la décrire selon les termes de la Neue Rheinische Zeitung (Nouvelle Gazette Rhénane):  

"Le dernier vestige officiel de la révolution de Février, la Commission exécutive, s'est évanoui comme une fantasmagorie devant la gravité des évènements. Les fusées lumineuses de Lamartine sont devenues les fumées incendiaires de Cavaignac. La fraternité des classes antagonistes dont l'une exploite l'autre, cette fraternité proclamée en Février, inscrite en grandes lettres au front de Paris, sur chaque prison, sur chaque caserne, - son expression véritable, authentique, prosaïque, c'est la guerre civile, la guerre civile sous sa forme la plus effroyable, la guerre entre le Travail et le Capital. Cette fraternité flamboyait à toutes les fenêtres de Paris, dans la soirée du 25 juin, quand le Paris de la bourgeoisie illuminait, alors que le Paris du prolétariat brûlait, saignait, râlait. La fraternité dura juste le temps où l'intérêt de la bourgeoisie était frère de l'intérêt du prolétariat. Pédants de la vieille tradition révolutionnaire de 1793, méthodistes socialistes, mendiant pour le peuple auprès de la bourgeoisie, et auxquels on permit de faire de longues homélies et de se compromettre aussi longtemps qu'il fut nécessaire d'endormir le lion prolétarien; républicains qui réclamaient tout l'ancien ordre bourgeois, moins la tête couronnée; gens de l'opposition dynastique auxquels le hasard substituait le renversement d'une dynastie au changement d'un ministère; légitimistes qui voulaient non pas se débarrasser de leur livrée, mais en modifier la coupe, tels étaient les alliés avec lesquels le peuple fit son Février. La révolution de Février fut la belle révolution, la révolution de la sympathie générale, parce que les antagonismes qui y éclatèrent contre la royauté sommeillaient, embryonnaires, paisiblement côte à côte, parce que la lutte sociale qui formait l'arrière-plan n'avait acquis qu'une existence vaporeuse, l'existence de la phrase, du verbe. La révolution de Juin est la révolution haïssable, la révolution répugnante, parce que la chose a pris la place de la phrase, parce que la République a mis à nu la tête du monstre, en abattant la couronne qui le protégeait et le dissimulait. Ordre!  Tel était le cri de guerre de Guizot. Ordre! cria Sébastiani, ce Guizot au petit pied, quand Varsovie devint russe. Ordre! crie Cavaignac, écho brutal de l'Assemblée nationale française et de la bourgeoisie républicaine. Ordre!  tonnaient ses coups de mitraille en déchiquetant le corps du prolétariat. Aucune des nombreuses révolutions de la bourgeoisie française depuis 1789 ne fut un attentat contre l'ordre, car chacune laissait subsister la domination de classe, laissait subsister l'esclavage des ouvriers, laissait subsister l'ordre bourgeois, aussi souvent que fut modifiée la forme politique de cette domination et de cet esclavage. Juin a porté atteinte à cet ordre. Et malheur à Juin.

( Neue Rheinische Zeitung, 29 juin 1848)        

Malheur à Juin! répète l'écho de l'Europe.

Ce fut la bourgeoisie qui contraignit le prolétariat de Paris à l'insurrection de Juin. De là son arrêt de condamnation. Ni ses besoins immédiats avoués ne le poussaient à vouloir obtenir par la violence le renversement de la bourgeoisie, il n'était pas encore de taille à accomplir cette tâche... seule la défaite le convainquit de cette vérité que la plus infime amélioration de sa situation reste une utopie au sein de la République bourgeoise, utopie qui se change en crime dès qu'elle veut se réaliser. A ses revendications, outrées par la forme, puériles par le contenu et par là même encore bourgeoises dont il voulait arracher la concession à la révolution de Février, se substitua l'audacieux mot d'ordre de lutte révolutionnaire: Renversement de la bourgeoisie! Dictature de la classe ouvrière!

En faisant de son lieu funéraire le berceau de la République bourgeoise, le prolétariat força celle-ci à apparaître aussitôt sous sa forme pure comme l’État dont le but avoué est de perpétuer la domination du Capital, l'esclavage du Travail. Les yeux toujours fixés sur l'ennemi couvert de cicatrices, implacable et invincible, - invincible parce que son existence à lui est la condition de sa propre vie à elle - force était à la domination de la bourgeoisie libérée de toute entrave de se muer aussitôt en terrorisme bourgeois

(...) Ce n'est que trempé dans le sang des insurgés de Juin que le drapeau tricolore est devenu lz drapeau de la révolution européenne, le drapeau rouge. Et nous crions: 

"La révolution est morte! Vive la révolution!"

lire aussi:

Les grands textes de Karl Marx - 1 : la critique des libertés formelles de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont le pivot est le droit de propriété - une critique des déterminants bourgeois de la Révolution Française

Les grands textes de Karl Marx - 2 - La religion comme opium du peuple

Les grands textes de Karl Marx - 3: l'aliénation produite par la propriété privée et le capitalisme dans les Manuscrits de 1844

Les grands textes de Marx - 4: Les pouvoirs de l'argent (Ebauche d'une critique de l'économie politique, 1844)

Les grands textes de Karl Marx - 5: le matérialisme historique théorisé dans l'Idéologie allemande (1845)

Les grands textes de Karl Marx - 6 - L'idéologie, antagonismes de classes sociales et idées dominantes

Les grands textes de Karl Marx - 7 - Le Manifeste du Parti communiste - Les conditions du communisme se développent dans le développement du capitalisme et de la domination de la bourgeoisie

Les grands textes de Karl Marx - 8 - Qu'est-ce qu'être communiste? - Manifeste du Parti communiste (1848)

Marx et Engels: les vies extravagantes et chagrines des deux théoriciens du communisme!

Les grands textes de Karl Marx - 11 - Les luttes de classe en France - les leçons de la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848
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1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 13:00

 

Les chroniques Latines de Jean Ortiz portent un regard loin des clichés sur les luttes de libération du continent sud-américains... Toujours un œil vif sur l'Espagne et les enjeux sous-jacents du quotidien...

Nous avons souvent écrit ici que le franquisme ne fut pas une « simple dictature » « comme les autres », mais un système de terreur, concentrationnaire. « L’holocauste espagnol » fut même théorisé, programmé, afin de terroriser l’adversaire. Pour lui, « l’anti-Espagne », le nombre élevé d’irrécupérables » (d’anticléricaux) tenait à la présence dans leur corps, d’un « gène rouge » qu’il fallait identifier, localiser, éradiquer. Folie fasciste !

Pour le chef des services psychiatriques militaires, le fasciste Vallejo Nájera, comme tous ses acolytes, La République, le communisme, les anarchistes, etc. incarnaient le mal absolu. La revanche des prolétaires sur la monarchie d’Alphonse XIII, et la dictature militaire de Primo de Rivera. Il fallait donc, au nom de Dieu, de l’Eglise, de la patrie, « nettoyer », et même trier la population des progressistes et des révolutionnaires, « purifier » ces millions de sauvages espagnols « qui s’étaient égarés », un programme appliqué à la lettre, systématiquement, méthodiquement. Et à grande échelle. Tout fut systématiquement, froidement appliqué, planifié, méthodiquement mis en place. Un système de 300 « camps » de concentration » fut aménagé à la hâte pour y entasser des centaines de milliers de « rouges », de « desafectos » (des indifférents) relevaient de l’enfer : manque de nourriture, d’hygiène, de respect des prisonniers, viols, tortures... Le journaliste-historien Carlos Hernández de Miguel, dans son ouvrage : « Les camps de concentration de Franco », (éditions B, Groupe éditorial Penguin Random House, Barcelone, 2019) en a dressé une liste quasi exhaustive. Il indique qu’au camp d’Albatera (Alicante), pour le seul mois d’avril 1939, on compte 138 décès par mort et maladies.

827 exécutions au total dans les premiers jours de fonctionnement des « camps de concentration » ouverts à Santander, dont un au stade du « Sardinero ». Des arènes comme celles de Teruel, de Badajoz , devinrentse en véritables abattoirs pour républicains. Le stade de foot où jouait le Real Madrid (Chamartín), devinrent des centres de détention où des milliers de prisonniers mourraient de tuberculose, de typhus, de faim, de froid... Des citoyens ordinaires affamés, en proie aux parasites, s’effondraient en quelques jours d’internement.

 

Le camp « Los Almendros » faisait partie des plus redoutables. En effet, les camps étaient classés en fonction du rôle qu’ils jouaient, et des difficultés de survie. Les Espagnols, affectés par le « gène rouge », jugés irrécupérables, étaient soit liquidés, soit maltraités jusqu’à ce que mort s’en suive. Cette découverte de l’Espagne des camps, qui n’a rien à envier à l’Allemagne de Himmler, a été pendant longtemps sous-estimée. Les historiens commencent à peine, depuis quelques années, à étudier les archives de ces horribles lieux. Ils semblent s’accorder pour chiffrer entre 700 000 et un million de personnes, le nombre de détenus qui passèrent dans ces « camps de la mort ». 15% de ces derniers furent ouverts dans des couvents, des monastères, ou des édifices de valeur historique. Chaque jour, dans le cadre de la campagne de « rééducation », les détenus, considérés comme des sous êtres humains, devaient assister à la messe, chanter l’hymne franquiste, et faire le salut franquiste... Sans parler du travail esclave. Aucun des camps officiels ne fut destiné à recevoir des femmes.

 

Les groupes de phalangistes s’y approvisionnaient en « chair humaine » : ils amenaient des groupes de prisonniers dans la nature, et les tuaient dans le dos (c’est ce que l’on appelait les « paseos »).

 

Mis à part les fours crématoires, Franco et les fascistes espagnols utilisèrent toute la panoplie de l’horreur nazie.

 

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE
1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 07:50

 

Dans l’ombre d’Uber et de Deliveroo, d’autres plateformes de travail s’adressent aux étudiants ou aux personnels de l’hôtellerie. Plutôt qu’une « ubérisation » généralisée, ces acteurs mettent en lumière les failles de notre modèle social.

«Nous, les plateformes de travail, sommes très différentes des Uber et Deliveroo. On est vraiment tripartites, il y a un travailleur, un employeur, et une plateforme qui sert d’intermédiaire », explique Florent Malbranche, visiblement sur la défensive lorsqu’il réalise qu’il s’adresse à l’Humanité. Le cofondateur de Brigad était présent à Vivatech, énorme raout de la « start-up nation », qui s’est tenu mi-mai, à Paris, à la porte de Versailles. Sa plateforme s’adresse avant tout aux métiers de la restauration et de l’hôtellerie. « Déjà, nous, on paye à l’heure, pas à la tâche », assure-t-il. Sur le stand d’à côté, Staff Me. Cette application met à disposition d’étudiants des petits boulots, principalement dans l’événementiel. Student Jobs ou Side proposent le même genre d’emplois, d’autres encore tentent de se placer sur le créneau de l’intérim.

Augmentation de l’externalisation de la main-d’œuvre

Toutes, en tout cas, prennent leurs distances avec les Uber et Deliveroo, qui donnent une mauvaise image du travail sur les plateformes. « Si on peut remarquer des différences, on retrouve tout de même des constantes. Les plateformes représentent un nouvel espace qui autorise ou augmente l’externalisation de la main-d’œuvre, principalement des petits boulots peu qualifiés, via l’autoentreprenariat », explique la sociologue Sarah Abdelnour, chercheuse à l’université Paris-Dauphine. Le monde académique n’utilise pas le mot « ubérisation », mal défini. Le centre de recherche de Dauphine étudie plutôt la plateforme comme occasion, avec le passage en ligne, de faire basculer des activités qui relevaient du salariat, vers l’indépendance. Ce phénomène n’est pas nié par ces plateformes. Brigad défend même le statut. « Cela permet une flexibilité autant appréciée des travailleurs que des hôtels et restaurants. La preuve, alors qu’il y a une quantité de CDD et CDI non pourvus dans le secteur, les 300 personnes qui travaillent tous les jours sur notre plateforme ont choisi l’indépendance », argumente Florent Malbranche. Pour lui, c’est l’État qui doit aligner la Sécurité sociale de l’indépendant sur celle du salarié, quitte à augmenter les prélèvements obligatoires. « On n’est pas contre cotiser plus. En attendant, on s’organise. Par exemple, on a soumis au vote de nos travailleurs l’idée que la plateforme prenne un pourcentage supplémentaire sur leurs revenus, pour créer une caisse de chômage », poursuit le cofondateur de Brigad. 

Du côté de Staff Me, l’autoentreprenariat n’est pas sacré, mais est actuellement la solution la plus simple. « On aimerait qu’il existe en France une forme de contrat étudiant, un peu comme il y a en Allemagne, propose Jean-Baptise Achard, directeur général de la plateforme. Un contrat encadré, avec un certain nombre d’heures sur un an, qui permette à l’étudiant de travailler lorsqu’il le peut, par exemple en vacances, mais pas en période d’examens, et de lisser ses revenus sur l’année scolaire. » Une idée qui séduit tout autant Ouriel Darmon, cofondateur de Student Pop : « Les étudiants devraient avoir un statut spécifique, protégé. Il faut d’autant plus les aider que le prix des études augmente, mais pas le montant des bourses. Et dans certains secteurs comme le commerce, les écoles privées sont de loin les plus côtées… » Raison pour laquelle ces plateformes répondent à une demande réelle. Elles offrent des petits boulots, comme de la distribution de prospectus dans la rue, des opérations marketing en magasin, mais aussi de l’hôtessariat dans l’événementiel, du remplacement de vendeur en boutique, ou encore des missions de service client sur Internet ou par téléphone. Avec des revenus moyens à 11 euros de l’heure pour ces petits boulots, ou à 17 euros pour les missions dans l’hôtellerie et la restauration, les travailleurs disent y trouver leur compte. « Le succès de ces plateformes est en tout cas symptomatique d’une faillite de l’État social. Que ce soit pour les jobs étudiants ou les livreurs à vélo, il y a une demande de leur côté de trouver des emplois rapides, pour faire rentrer de l’argent rapidement, et c’est bien souvent la seule possibilité, pour une petite partie d’entre eux, de dépasser un peu le Smic horaire. Même s’il faut rappeler que la majorité des indépendants touche, à la fin du mois, bien moins que le salaire minimum », explique Sarah Abdelnour. Observatrice des autoentrepreneurs depuis la création de ce statut, la sociologue estime que ces formes d’indépendance représentent « un arbitrage à court terme.  Sans chômage, ni fiche de paye, ni moyen de faire un emprunt, de louer un appartement, la souplesse proposée par ces statuts tient mal sur le moyen-long terme ».

Cette position des plateformes comme intermédiaires les amène à se placer en situation d’organiser une forme de dialogue social. Plusieurs proposent chaque semaine des accueils pour leurs travailleurs. Ils y reçoivent de brèves formations, partagent leurs expériences, et font remonter les problèmes techniques, les revendications sur les tarifs… « La valeur des plateformes, ce sont les gens qui sont dessus », assure Florent Malbranche. Ce n’est pas que le slogan de Brigad : ces entreprises se rémunèrent en ponctionnant un pourcentage de la paye du travailleur, donc pour eux, plus le salaire est élevé, plus la plateforme gagne de l’argent, cela crée une forme de communauté d’intérêts. « J’ai déjà contacté la CGT et la CFDT pour essayer de leur expliquer ce qu’on fait, leur montrer que l’image qu’ils ont du travail de plateformes est erronée, poursuit Florent Malbranche. Il faut qu’ils viennent nous voir, plutôt que de rejeter le phénomène en bloc, qu’ils essayent de comprendre ce qui se passe chez nous, pour protéger les travailleurs de demain. » C’est un dialogue à trois : employeurs, travailleurs et plateforme, dans lequel tout le monde se dit en faveur d’un dialogue social. « Si tout le monde se dit d’accord, c’est qu’il faut se méfier, tempère Sarah Abdelnour. Est-ce qu’il y a vraiment un accord sur la finalité de ce dialogue social ? Et sur le cadre juridique général, la discussion se passe-t-elle entre travailleurs et employeurs, ou entre fournisseurs de services et clients (puisque certaines plateformes revendiquent d’être de simples intermédiaires qui vendent un service à des travailleurs qui seraient dès lors leurs clients) ? »

Le gouvernement très favorable à ces nouvelles formes d’emploi

Son expérience de la tentative de création d’un dialogue du côté d’Uber et de ses chauffeurs a rendu la sociologue méfiante. « C’est à double tranchant, la plateforme accepte de créer des espaces de discussion et un accès à des formations tant que l’État garantit qu’il ne verra pas cela comme un salariat déguisé », prévient-elle. Le gouvernement actuel est de ce point de vue très favorable à ces nouvelles formes d’emploi. Il s’évertue à passer un texte de loi, réintroduit récemment dans la loi d’orientation sur les mobilités, qui garantit les plateformes contre le salariat s’ils rédigent une charte de bonne conduite, facultative. « Il reste l’arène juridique, encore ouverte, même si il n’y a pas de jurisprudence incontestée, avance Sarah Abdelnour. Des entreprises traditionnelles à l’activité encadrée, si elles se sentent en danger, attaqueront les plateformes en justice pour concurrence déloyale. » Mi-juin, la plateforme Side s’est d’ailleurs transformée en agence de travail temporaire, afin d’éviter ces risques judiciaires. Les autoentrepreneurs deviendront des intérimaires.

La mobilisation des travailleurs eux-mêmes n’est pas à négliger, même si, à part chez les livreurs à vélo dont les conditions de travail concentrent tous les abus, elle ne semble pas engagée. « En travaillant sur les autoentrepreneurs, je retrouve ce que décrivait le sociologue Robert Castel dans ses derniers écrits, autour du précariat, constate Sarah Abdelnour. Il montrait qu’il y a, notamment chez les jeunes des quartiers populaires, une forte résignation. Ils ne croient plus qu’ils bénéficieront un jour d’un emploi qui les protège, et encore moins d’une retraite correcte. Cette résignation est doublée par la banalisation du travail indépendant dans les emplois non qualifiés. » La sociologue estime aussi que, lorsque le gouvernement attaque les garanties autour du salariat, c’est une manière de rendre le travail indépendant moins inquiétant. D’autres activités, comme le nettoyage, les aides à domicile où les caissières, sont ainsi susceptibles d’intéresser les plateformes. Des métiers peu qualifiés déjà grandement externalisés, mais où le salariat résiste encore.

Pierric Marissal

 

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