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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 06:19
Avec son exposition, « Sur la route des yeux du monde », accrochée dans la cour intérieure de la maison Penanault, Pierre Chanteau invite le public à un jeu de piste dans la baie de Morlaix.

Avec son exposition, « Sur la route des yeux du monde », accrochée dans la cour intérieure de la maison Penanault, Pierre Chanteau invite le public à un jeu de piste dans la baie de Morlaix.

"L’autre exposition, intitulée « Sur la route des yeux du monde », accrochée le 10 juillet dans la cour intérieure, invite à un jeu de piste dans la baie de Morlaix. On y part à la recherche des 113 yeux de céramique posés par Pierre Chanteau, dont treize dans la baie, tout premier site d’expérimentation de l’artiste. Jusqu’au 31 octobre, les clichés de quatre photographes, Jean-Marc Nayet, Philippe Grincourt, Georges Grosz et Quentin Fagart proposent ainsi un autre point de vue sur cette démarche"

 

Carantec. La dédicace de Pierre Chanteau a attiré de nombreux amateurs (Le Télégramme, 24 mai 2020)

 

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 06:16
Hommages à Max Jacob, poète né le 12 juillet 1876 à Quimper, décédé à Drancy en déportation le 6 mars 1944
Modigliani, Picasso et Max Jacob

Modigliani, Picasso et Max Jacob

Le poète, Max Jacob, est né le 12 juillet 1876 à Quimper. « Un poète cocasse comme le rêve » dira de lui, Jean Cocteau.
Arrêté en février 1944 par la Gestapo d’Orléans, il est déporté au camp de Drancy sous le n° 15872. Il y décède dans la nuit du 5 au 6 mars 1944. Le 17 novembre 1960, Max Jacob est reconnu officiellement « poète mort pour la France ». Pierre Seghers, dans son témoignage militant La Résistance et ses poètes, le consacre comme père de tous les « poètes casqués » de la Seconde Guerre mondiale et des générations futures.
Il écrit ce poème adressé au curé de Saint-Benoît pendant son transfert vers Drancy:
 
"Amour du prochain
Qui a vu le crapaud traverser une rue ?
C’est un tout petit homme : une poupée n’est pas plus minuscule.
Il se traîne sur les genoux : il a honte, on dirait… ? Non !
Il est rhumatisant. Une jambe reste en arrière, il la ramène !
Où va-t-il ainsi ? Il sort de l’égout, pauvre clown.
Personne n’a remarqué ce crapaud dans la rue.
Jadis personne ne me remarquait dans la rue.
Maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune.
Heureux crapaud ! Tu n’as pas l’étoile jaune"
Portrait de Max Jacob par Modigliani

Portrait de Max Jacob par Modigliani

Mardi, 16 Novembre, 2004 - L'Humanité

L'étoile jaune d'un poète

Quimper,

envoyé spécial

«Le paradis est une ligne de craie sur le tableau noir de ta vie, vas-tu l'effacer avec les diables de ce temps ?»

Max Jacob s'interroge en ces années 1943-1944, dans ce qui seront ses Derniers Poèmes. L'homme est retiré depuis 1936 à Saint-Benoît-sur-Loire, qu'il avait découvert dans les années vingt. Le zèle vichyste à devancer les mesures antisémites nazies rattrape le natif de Quimper. Et la police de l'État français veille depuis juin 1942. « Deux gendarmes sont venus enquêter sur mon sujet, ou plutôt au sujet de mon étoile jaune. Plusieurs personnes ont eu la charité de me prévenir de cette arrivée soldatesque et j'ai revêtu les insignes nécessaires », écrit-il dans une lettre.

La solidarité des religieux et de la population n'assure au poète qu'un calme précaire. Alors que la guerre est à son tournant, la menace sourde traverse des textes partagés entre son ironie mordante et un désespoir fondé.

Dans une forme sèche à la Félix Fénéon, il compose sur l'époque Folklore 1943 : « Ali Baba ou les quarante mille voleurs ». Ainsi du poème intitulé Amour du prochain, dédié à son ami Jean Rousselot : « Qui a vu le crapaud traverser une rue ? C'est un tout petit homme, une poupée n'est pas plus minuscule. Il se traîne sur les genoux : il a honte, on dirait... ? Non ! Il est rhumatisant. Une jambe reste en arrière, il la ramène ! Où va-t-il ainsi ? Il sort de l'égout, pauvre clown. Personne n'a remarqué ce crapaud dans la rue. Jadis personne ne me remarquait dans la rue, maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Heureux crapaud, tu n'as pas l'étoile jaune. »

Son frère Gaston et sa sœur Mirté ont été déportés de Bretagne à Auschwitz, où ils meurent en 1943.

Le 20 février 1944, il dit « Au revoir les enfants » à ses amis venus le visiter. Quatre jours plus tard, il sert la messe du matin. À peine sorti de la basilique, la Gestapo l'arrête au seuil de la maison où il est hébergé. Trois jours à la prison d'Orléans, avant d'être transféré à Drancy. Un gendarme postera une lettre à la gare d: « Cher Jean (Cocteau - NDLR), je t'écris dans un wagon par la complaisance des gendarmes qui nous encadrent. Nous serons à Drancy tout à l'heure. C'est tout ce que j'ai à dire. Sacha (Guitry - NDLR), quand on lui a parlé de ma soeur, a dit : " Si c'était lui, je pourrais quelque chose !" Eh bien, c'est moi. Je t'embrasse. Max. » Ses amis vont, cette fois, tout tenter. Le 6 mars, la Gestapo signe l'ordre de libération. Max Jacob est mort la veille, d'une maladie respiratoire. Il avait soixante-sept ans.

En cette année marquant le soixantième anniversaire tragique de sa mort, les musées des Beaux-Arts de Quimper et d'Orléans se sont associés pour présenter un hommage original ressuscitant la figure du poète. Ayant beaucoup oeuvré à la connaissance de son travail, ils ont choisi, sous la direction respective d'André Cariou et d'Isabelle Klinka-Ballesteros, de le faire vivre au travers des portraits qu'en firent ses amis artistes, rencontrés tout au long de sa vie, dans sa Bretagne natale, qui enflamma ses sentiments religieux et dont les légendes nourrirent son inspiration, puis à Paris, avec le groupe des surréalistes, dont Picasso, ou, plus tard, avec Cocteau et Jouhandeau. On sait, en peinture, que le genre « portrait » a toujours à voir avec « l'autoportrait » du peintre lui-même.

« un homme très chrétien »

Et en ce sens, l'exposition, par ces dizaines d’œuvres, évoque tout autant la présence fantomatique du poète assassiné qu'elle brosse la contribution de sa figure à une histoire de la peinture moderne. Les documents photographiques, quant à eux, illustrent au mieux le style de l'homme, qu'un Maurice Sachs - intellectuel juif plus tard fourvoyé dans la collaboration, avant de mourir, tué à Hambourg en 1945 - résume au mieux dans un des cartouches qui rythment l'ensemble en autant de témoignages écrits.

Max Jacob, dit-il, « était un homme très chrétien qui blasphémait à ses heures, un esprit très libre qui pouvait tomber dans toutes les formes de superstition, un anticlérical qui était parfois très cagot (faux dévot - NDLR), un anarchiste qui aimait beaucoup les honneurs officiels, un homme rude assez paysan de mœurs, se lavant peu, mais fou de parfum, qui ne craignait ni de se raser à l'eau froide ni la grave lame, mais à qui il arrivait de porter trois ou quatre pierres semi-précieuses dans ses poches. » Orgueil de pauvre, bien breton pour ce descendant de juifs lorrains, au plus fort de sa misère du Bateau-lavoir, que de manifester par le dandysme la puissance de l'esprit. « Les portraits de peintre ne sont jamais ressemblants, écrit Max Jacob à Man Ray le 22 septembre 1922, tandis qu'ici je suis moi-même ! Pas très beau ! Pas trop laid ! Pas rajeuni. Plus très jeune ! Avec un gros nez maternel et une bouche de femme pas mal démoniaque. Je suis ravi de vous et du portrait. » L'ensemble donne envie de se replonger dans l’œuvre, c'est là l'essentiel.

Une pièce, à l'initiative de la bibliothèque municipale de Quimper figurait dans cette exposition. Une création vidéo a été réalisée par le plasticien Pol Le Meur. Elle donne à voir le parcours en trois stations qu'a réalisé l'artiste sur les lieux qu'a habités Max Jacob, Quimper, Paris, Saint-Benoît. Mêlant scènes de rue d'aujourd'hui, fondus des recueils du poète, le film donne à entendre l'essentiel de l'activité du poète reclus, épistolaire en ces années de persécution. Une poésie rare émane de cette contribution dont on ne peut que souhaiter qu'elle puisse être reprise ailleurs.

« La plus vivace intelligence »

On verra aussi la très belle sculpture en bronze sensuel d'Henri Laurens, l'Archange foudroyé, restée depuis 1946 à l'état de projet de la sculpture destinée à saluer la mémoire de Max Jacob dans le jardin de la cathédrale de Quimper... Paul Eluard dira en mars 1944 : « Après Saint-Pol-Roux, Max Jacob vient d'être assassiné par les nazis. Comme Saint-Pol-Roux, Max Jacob a eu contre lui son innocence : la candeur, la légèreté, la grâce du cœur et de l'esprit, la confiance et la foi. La plus vivace intelligence, la véritable honnêteté intellectuelle. Il était, avec Saint-Pol-Roux, un de nos plus grands poètes [...]. On a pu dire de lui qu'il fut non seulement poète et peintre, mais précurseur et prophète : son œuvre, si diverse, où l'ironie laisse toujours transparaître la plus chaude tendresse et la sensibilité la plus fine, marque une véritable date dans la poésie française. Depuis Aloysius Bertrand, Baudelaire et Rimbaud, nul plus que lui n'avait ouvert à la prose française toutes les portes de la poésie. Entre les poèmes en prose du Cornet à dés et les poèmes en vers du Laboratoire central, entre les Œuvres mystiques et Burlesques du frère Matorel et le Terrain Bouchaballe, la poésie occupe le domaine entier de la vie parlée, dans la réalité, et en rêve. »

Michel Guilloux

Exposition « Max Jacob, portraits d'artistes ».

Samedi, 28 Janvier, 1995 - L'Humanité

Parce que c'étaient eux

RENCONTRE entre un pinceau et un stylo. La scène initiale se passe en 1901 dans la galerie d'Ambroise Vollard. Picasso, jeune peintre de dix-huit ans, expose. Max Jacob, critique d'art, s'enflamme. Début d'une amitié de quarante-trois ans. Le premier révèle au second sa vocation: «Il m'a dit que j'étais poète: c'est la révélation la plus importante de ma vie, après l'existence de Dieu.»

En 1944, Max Jacob mourait, interné par les nazis au camp de Drancy. Dix ans plus tard, Picasso s'interroge: «Que serait-il devenu si Apollinaire et lui avaient continué à vivre?». Faire traverser aux morts les années qu'ils n'ont pas vécues. C'est un peu le propos de l'exposition qui se tient au musée Picasso de Paris jusqu'au 6 février. Créée au musée de Quimper cet été, cette rétrospective singulière émeut à plus d'un titre. L'homme de lettres a l'amitié jalouse. Le plasticien la place sur un piédestal. Le succès et la fortune de ce dernier et la pauvreté de l'autre fragiliseront bientôt leur relation. En attendant, Max Jacob, poète et Juif breton, se fait baptiser, en 1915, dans sa petite chambre de la rue Ravignan. Picasso est son parrain et lui offre une petite édition de «l'Imitation de Jésus-Christ» - que l'on peut voir actuellement à l'hôtel Salé. Bouleversante, la dédicace: «A mon frère Cyprien Max Jacob, souvenir de son baptême, jeudi 18 février 1915. Signé: Pablo.» Il en résulte, pour le poète, une foi à déplacer les montagnes. Un an plus tard, Picasso expose à Lyre et Palette. On y lit des poèmes de Max Jacob et l'on y vend son portrait reproduit et accompagné d'un court poème du «Cornet à dés». 12 juillet 1917, le peintre épouse Olga. Max Jacob est son témoin.

Échanges épistolaires. Voyages ensemble et séparés. Les lettres que reçoit le poète sont ornées de dessins où l'Espagnol commente l'avancement de ses travaux. L'écrivain en vendra certaines pour ne pas mourir de faim. Nombreux rendez-vous poétiques illustrés. «Le Phanérogame» en 1918, et «la Défense de Tartuffe» en 1919. En retour, Pablo a intégré son ami dans son univers. Dès 1905, il apparaît déguisé en petit marin dans les dessins préparatoires aux «Demoiselles d'Avignon». 1937: ultime étincelle. Picasso rend visite à Max Jacob qui fait le guide à la basilique de Saint-Benoît en Bretagne. 21 mars 1944. Picasso assiste à la messe célébrée à la mémoire du poète, mort d'une pneumonie au camp de Drancy au début du mois.

L'exposition dit avec assez de clarté comment chacun s'est enrichi de l'autre. Le plasticien athée du poète mystique, et l'écrivain secret du géant prolifique. Sous les vitrines, des textes qui brûlent les doigts. On meurt d'envie de tourner la page des manuscrits exposés. La rencontre entre Max Jacob et Picasso n'a rien d'une production à quatre mains. On se prend à songer, en sortant de la visite, à cette phrase de Montaigne à propos de son ami La Boétie: «Parce que c'était lui, parce que c'était moi.»

Max Jacob et Picasso, musée Picasso, hôtel Salé (5, rue Thorigny, Paris 3e. Téléphone: 42.71.25.21). Jusqu'au 6 février. Catalogue: 380 pages, 390 francs.

ARNAUD SPIRE.

Mardi, 29 Mars, 2005 - L'Humanité

Max Jacob, poète et peintre

"Max Jacob n'avait qu'une seule école: la sienne. Elle resta figurative et n'eut qu'en de rares circonstances des velléités modernistes".

 

Max Jacob,

de Béatrice Mousli, Éditions Flammarion, 2005. 514 pages, 25 euros.

De tous les écrivains qui se sont adonnés à la peinture et au dessin (et dieu sait s'ils sont nombreux, de Michaux à Cocteau, de Montherlant à D. H. Lawrence, de Wyndham Lewis à William S. Burroughs...), Max Jacob ne compte pas parmi les amateurs. Parallèlement à son œuvre poétique, il a poursuivi un travail plastique qui, s'il n'atteint pas des sommets vertigineux, n'en est pas moins respectable. Sans doute parce que l'auteur du Cornet à dès s'est toujours montré assez modeste (dans un texte autobiographique, ne s'exclame-t-il pas : « Dans l'histoire de la peinture il n'y a pas de génie, hélas ! » ?). Ami intime de Picasso (qui fut son parrain quand il se convertit au catholicisme), il ne l'a jamais suivi, même de loin, dans le champ miné du cubisme. Ami intime de Modigliani, il s'est contenté de lui adresser un merveilleux poème (« Pour lui prouver que je suis poète »). Max Jacob n'avait qu'une seule école : la sienne. Elle resta figurative et n'eut qu'en de rares circonstances des velléités modernistes. Cela n'en fait pas nécessairement un mauvais artiste. Dans la bonne biographie qu'elle vient de lui consacrer, Béatrice Mousli ne semble pas prendre en considération les fruits de son art. Elle se contente de signaler ses expositions et les réactions qu'elles suscitent. Mais rien sur le créateur, comme si l'homme et le peintre avaient été dissociés sur la table de dissection du légiste (en l'occurrence, le biographe). C'est dommage, car l'entreprise est honnête et même utile. Mais il y a des légèretés : par exemple, elle rappelle les circonstances de l'arrestation de Max Jacob, son internement à Drancy, mais elle oublie de dire à quel point Picasso, Cocteau et Sacha Guitry se sont démenés pour obtenir l'élargissement du malheureux poète, qui est mort le jour où arriva l'ordre de sa libération, le 5 mars 1944. Par contre elle cite l'article nécrologique paru dans Je suis partout - « Max Jacob est mort. Juif par sa race, breton par sa naissance, romain par sa religion, sodomite par ses mœurs, le personnage réalisait la plus caractéristique figure de Parisien qu'on pût imaginer, de ce Paris de la pourriture et de la décadence dont le plus affiché de ses disciples, Jean Coteau, demeure l'échantillon également symbolique. » Heureusement, en avril, les Lettres françaises évoquent ce décès en d'autres termes : « Après Saint-Pol Roux, Max Jacob vient d'être assassiné par les Allemands. Comme Saint-Pol Roux, Max Jacob a eu contre lui son innocence. Innocence : la candeur, la légèreté, la grâce du coeur et de l'esprit, la confiance et la foi. La plus vivace intelligence, la véritable honnêteté intellectuelle. » Depuis lors, le poète est resté vivant dans nos mémoires. Mais le peintre, pas assez.

Gérard-Georges Lemaire

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 06:07

 

Depuis le 18 juin, une commission d’enquête enchaîne les auditions de responsables politiques, de directeurs d’agence et de scientifiques pour déterminer l’impact, la gestion et les conséquences de l’épidémie du coronavirus.

Pierre Dharréville, qui en est membre, en détaille les enjeux et en dresse un premier bilan pour « l’Humanité Dimanche ».

 

Qu’attendez-vous de cette commission d’enquête parlementaire sur le Covid-19, qui va se poursuivre tout l’été ?

Nous devons tirer toutes les leçons de la crise et des dysfonctionnements de sa gestion, en établir les causes afin de mettre les autorités devant leurs responsabilités. Les politiques libérales mises en œuvre ces dernières décennies ont conduit à placer notre système sanitaire dans un profond dénuement. Les auditions des anciens ministres de la Santé et de leurs décisions – coupes budgétaires, réduction du personnel, suppression du nombre de lits d’hospitalisation – l’ont démontré.

Après l’expérience de la commission d’enquête parlementaire sur « l’affaire Benalla », il serait catastrophique de ne pas parvenir à effectuer un travail sérieux, à la hauteur des attentes. Cette commission, où LaREM est majoritaire, devra aller au bout et rendre un rapport sans entraves. Pour autant, nous ne sommes pas la justice, même si des éléments peuvent lui être transmis en cas de constat de graves manquements.

 

Quel bilan tirez-vous des premières semaines d’auditions, pendant lesquelles vous avez entendu le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, des membres du conseil scientifique, des anciens ministres, des scientifiques ?

On a pu mieux comprendre le déroulement des événements, notamment en matière de stocks stratégiques, qui ont manqué au moment de la crise. C’est le cas pour les masques, avec des changements de doctrine en 2011 et 2013 qui n’ont pas toujours été suivis, la destruction de masques périmés en 2018 et leur non-renouvellement. Ce point a créé du trouble, l’investigation est donc importante. L’ancienne ministre Agnès Buzyn (auditionnée le 30 juin – NDLR) a déclaré qu’elle n’était pas au courant de ces faits. Si ces informations ne lui ont pas été remontées, c’est un problème. Comment se fait-il qu’après la destruction de 600 millions de masques, il n’en soit commandé que deux fois 50 millions ? Les instructions sont données par le ministère, donc une responsabilité politique est engagée, quoi qu’il arrive.

Nous avons pu voir les conséquences de l’intégration des différentes agences sanitaires au sein de Santé publique France, en 2016, dans un contexte de compression des dépenses et des effectifs réduits de 20 % en moins de dix ans. Avec des moyens diminués, des missions ont dû être abandonnées.​

 

Quels sont les autres thèmes que vous espérez aborder ?

Nous avons très peu parlé pour l’instant des pénuries de médicaments, il va falloir y venir. Nous devons aussi nous intéresser aux questions des conflits d’intérêts dont plusieurs scientifiques nous ont parlé. Le capitalisme s’est insinué profondément dans le domaine de la santé et ce n’est pas sans poser problème. C’est aussi pour cela que la santé doit relever de politiques publiques fortes. Notre groupe parlementaire tient d’ailleurs toujours à disposition une proposition de loi pour créer un service public du médicament.

Le pilotage de la gestion de la crise doit également être interrogé. On nous vante le conseil scientifique, dont les membres ont été choisis par le président de la République lui-même. Une sorte de conseil du prince qui prend le pas sur les institutions, sans stratégie véritablement lisible. Le fait d’avoir renvoyé les décisions politiques à un avis scientifique ou technique doit être questionné. Cet avis est nécessaire mais ne doit pas prendre le pas sur la démocratie. Or, celle-ci a été mise sous cloche.

Entretien réalisé par Florent Le Du

 

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 06:05

 

Drôles de mœurs politiques ! Quelques heures seulement avant de changer de premier ministre, le président de la République convoque la presse régionale, chargée d’imprimer ses mots. Ceux du sang, de la sueur et des larmes. « La rentrée sera difficile, il faut s’y préparer » : tel est son message. Il n’a pas précisé « surtout pour les classes populaires », mais les détenteurs de capitaux auront compris que cette prédiction ne les concernait guère.

Sans débat, sans bilan, sans analyse publique du scrutin municipal et n’ayant retenu de ce dernier que la forte résistance de la droite, il refuse d’écouter le grand silence des urnes qui confine à la sécession civique. Peu lui importe l’expression majoritaire d’un peuple qui n’est plus dupe de rien et cherche à se débarrasser d’un système qui l’étouffe et le spolie, tandis que les puissants ripaillent à la table du festin. Le problème de M. Macron n’est pas le pays, les travailleurs, l’avenir des jeunes, mais sa réélection dans deux ans. Voilà ce que cachent les mots « nouvelle phase du quinquennat ».

Il échoit à M. Castex, fortement recommandé par M. Sarkozy, de la mener à partir des orientations du monarque et de son obsession à servir les intérêts du capital, alors que les ordonnances dérogeant au droit commun prises pendant le confinement sont toujours en vigueur. Il s’agit d’arrimer la politique du côté droit et d’empêcher un candidat de droite d’émerger d’ici à l’élection présidentielle.

La seconde signification, la plus importante et liée à la première, réside dans la volonté de renforcer la présidentialisation du pouvoir dans des proportions jusqu’ici inconnues. Réputé fin technicien, connaisseur des rouages étatiques, fin politique proche des territoires, M. Castex aura pour mission de préparer les élections régionales et départementales dans la perspective de la présidentielle. Il n’aura pas à mettre en œuvre la politique d’un gouvernement en débat avec le Parlement, mais bien celle décidée depuis le palais présidentiel. La fonction constitutionnelle de premier ministre est ainsi sacrifiée à l’aune d’une prétendue « efficacité » et au mépris des principes démocratiques. Et il faudra attendre l’adresse du président à la nation, le 14 juillet, pour que le premier ministre soit autorisé à prononcer son discours de politique générale. Du jamais-vu !

C’est donc le président, et lui seul, qui conduira la politique de la nation sans, qui plus est, avoir de comptes à rendre devant le Parlement, de toute façon totalement caporalisé. Le scénario du duel Macron-Le Pen va sans doute être réactivé car on sait en haut lieu la nécessité d’un épouvantail pour garantir une réélection et surtout pour faire avaler les destructions sociales envisagées, dont la réactivation d’une contre-réforme des retraites.

Déjà, le vieux refrain selon lequel « il n’y a pas d’argent magique » est répété en boucle alors que des milliards ont été débloqués pour venir en aide aux grandes entreprises qui multiplient pourtant les plans de licenciement. Les envolées lyriques sur de possibles « nationalisations » au début de la crise sanitaire ont laissé place au « laisser-faire » actionnarial arrosé d’argent public. Airbus, Renault, Alcatel, Air France, Smart et tant d’autres : combien de salariés dans les entreprises directement concernées et la sous-traitance vont aller rejoindre la cohorte de chômeurs sans que l’État ne daigne intervenir autrement qu’en garantissant, grâce aux aides publiques, les performances financières des grands groupes ? Combien de jeunes sur le carreau ?

La crise sanitaire sert ainsi de prétexte pour imposer l’allongement de la durée du temps de travail, l’une des priorités de cette fin de quinquennat, tandis que les privés d’emploi seront amputés de leurs droits. Le pouvoir entend ainsi mener une guerre sociale soutenue. Pour s’y opposer victorieusement, l’été doit servir à préparer un indispensable automne de luttes, mais aussi à construire un autre cap politique pour faire émerger une majorité de changement social, écologique et démocratique.

Patrick Le Hyaric

 

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:53

 

L’Académie des sciences préoccupée des conséquences du changement climatique, alors que l’accord de Paris apparaît comme étant déjà hors de portée, a consacré un colloque à examiner les possibilités pour faire face.

*Ivan Lavallée est directeur de la rédaction de Progressistes

**Geoffrey Bodenhausen est chimiste, professeur à l’ENS

 

Dans l’atmosphère feutrée de l’auditorium André-et-Liliane-Bettencourt, l’Académie des sciences a organisé les 28 et 29 janvier 2020 un colloque consacré à la crise climatique.Nous revenons ici sur ces deux journées, dont les organisateurs principaux furent Sébastien Balibar, Jean Jouzel et Hervé Le Treut. Le colloque était introduit comme suit :

« Notre planète se réchauffe, l’acidité des océans augmente, la sécheresse sévit par-ci et les pluies torrentielles par-là, les forêts prennent feu, les ouragans battent tous leurs records, les glaciers fondent, la biodiversité recule… »

Réunis à Paris en 2015 pour la 21ème édition de la COP (conférence des parties), les pays du monde entier avaient reconnu la responsabilité humaine dans ce changement climatique et proposé de limiter le réchauffement nettement en dessous de 2 °C par rapport aux années 1880-1900. Pour y parvenir, chaque pays avait présenté des transitions énergétiques ambitieuses. Mais quatre ans plus tard, les transports, l’habitat, l’activité industrielle et agricole émettent toujours plus de gaz à effet de serre, et l’objectif semble hors d’atteinte. Il faudra s’adapter au réchauffement, mais les transitions énergétiques doivent être engagées d’urgence sur la base de solutions réalistes. Cela nécessite des efforts solidaires, de la recherche et beaucoup d’information.

Au lendemain de la COP 25 tenue en Espagne sous la présidence du Chili, et à l’occasion de ce colloque ouvert à tous, l’Académie des sciences propose au public de venir débattre des problèmes scientifiques, sociaux et politiques qui se posent à nos sociétés. »Des vingt-quatre interventions nous avons relevé les propos particulièrement alarmants de Valérie Masson-Delmotte sur les mesures de température et les conséquences du réchauffement degré après degré. Nicolas Meilhan a fait remarquer que les malus sur les voitures lourdes étaient tout à fait inopérants, que la mode des SUV a complètement annulé les progrès de l’efficacité des moteurs thermiques, que les mesures d’émissions de CO2 se feront en laboratoire, et non en conditions réelles, jusqu’en 2030.

 

DES PERSPECTIVES

Nous avons aussi relevé les propos qui, à défaut d’être rassurants, ouvrent des perspectives nouvelles. Ainsi, Isabelle Czernichowski-Lauriol a parlé du captage et du stockage du CO2 à grande échelle ; Philippe Malebranche de l’Alliance solaire internationale, donnant une vision assez optimiste des sources d’énergie renouvelables (éoliennes et panneaux photovoltaïques), sans trop s’attarder toutefois sur les problèmes d’intermittence ni de la logistique associée (quantité de béton nécessaire, centrales à gaz de recouvrement…). Jean-Marie Tarascon a évoqué des batteries moins coûteuses basées sur des matières abondantes, équipées de circuits de diagnostic, voire d’autoréparation en cas de défaillances.

Yves Bréchet a brossé des perspectives du potentiel de la production électrique nucléaire en circuit fermé avec recyclage partiel des combustibles, qui permettrait de retarder l’épuisement de ressources non renouvelables de 100 à 1000 ans, sans émettre du CO2, ce qui rejoint le propos de Valérie Masson-Delmotte sur la nécessaire électrification massive des activités humaines.

Posant le problème de la globalisation prise comme une possible chance pour l’humanité, Mireille Delmas-Marty a brossé un tableau des ressources contestées du droit supranational (« flou, mou ou doux ») et d’une refondation des nations, qui ne seraient plus fondées sur un récit national plus ou moins mythologique mais sur une anticipation commune du futur sanctionnée par un droit international RCD, à savoir responsabilité commune et différenciée. Elle pose là de fait un problème fondamentalement politique auquel d’une façon où d’une autre l’humanité sera confrontée bon gré mal gré, et plus tôt que tard. Pierre Léna a appelé à une meilleure préparation des instituteurs et autres enseignants.

Céline Guivarch et Henri Waisman ont essayé de nous montrer à quoi pourrait ressembler un monde atteignant l’objectif de l’accord de Paris « de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement sous les deux degrés ». Hervé Le Treut a abordé l’évolution des territoires sous l’influence des changements climatiques. Il note que nous avons de moins en moins la possibilité de modifier significativement l’évolution climatique par nos actions locales. Il est donc nécessaire de nous adapter préventivement à des évolutions qui relèvent à la fois de la part déjà irrémédiable des changements à venir et des retards ou échecs possibles des actions internationales. Les territoires ont dans ce cadre un rôle privilégié à jouer.

 

LE FONCTIONNEMENT DU SYSTÈME CLIMATIQUE

Anny Cazenave a discuté du fonctionnement complexe du système climatique et de son évolution sous l’effet des forçages naturels et anthropiques, ainsi que des impacts du changement climatique sur les systèmes naturels et les sociétés humaines, les grands organismes internationaux et les agences spatiales que nombre de pays ont mis en place depuis environ trois décennies, qui fournissent une grande variété de systèmes d’observation de paramètres climatiques, aux échelles globales, régionales et locales. Ainsi, le GCOS (Global Climate Observing System) a permis de définir plusieurs dizaines de variables climatiques, essentielles appelées ECV (Essential Climate Variables), devant être observées de façon très précise sur le long terme, depuis l’espace ou du sol, pour mieux comprendre les processus en jeu et leurs interactions, et valider les modèles simulant les évolutions futures. Jean-Pierre Gattuso évoqua les services que nous rendent les organismes et les écosystèmes marins, soulignant les risques qu’ils encourent du fait de l’acidification de l’océan. Deux scénarios seront pris en compte : la poursuite des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur le rythme actuel et leur diminution de manière à limiter la hausse de la température de la planète au-dessous 2 °C d’ici à 2100, en adéquation avec l’accord de Paris.

Le niveau de l’océan est monté de 5 cm en un siècle. L’océan est à la fois un acteur et une victime des changements climatiques. Olivier Boucher disserta sur les modèles  du  climat et  leurs limites. Ce propos est poursuivi par les  interventions de Venkatrami Balaji, Sonia Seneviratine et Isabelle Chuine, qui précisa les technologies disponibles et la prise en compte des événements extrêmes. Elle a donné une perspective de ces événements extrêmes : ainsi, une augmentation moyenne de 1,5°C n’exclut pas des augmentations locales de 5, voire 8 °C. Isabelle Chuine a montré à quel point la biosphère est menacée, et comment les arbres et autres végétaux auront de la peine à migrer vers des latitudes plus clémentes.

 

UN PEU DE POLITIQUE TOUT DE MÊME

La rédaction de Progressistes, invitée et présente en force, a été frappé par l’absence de toute dimension politique des débats. Le terme « capitalisme » n’a pas été mentionné une seule fois, le terme « sociétal » permettant de masquer les enjeux réellement politiques. Les appels aux normes et aux règles qui devraient être édictées par les États n’ont jamais été accompagnés d’avertissements du fait que nombre de ces mêmes États sont tombés sous la coupe d’oligarques peu enclins à se battre pour la planète. L’enjeu qui apparut en filigrane tout au long des exposés est que la préservation du climat et de l’environnement est incompatible avec une vision à court terme à l’échelle d’un territoire ou d’un pays. La question se pose à l’échelle  planétaire, comme relevé par Mireille Delmas-Marty, et nécessiterait une gestion à cette échelle et sur des constantes de temps incompatibles avec la boulimie d’accumulation de capital qui caractérise le système actuel de production et d’échanges. Mais, comme lors d’un célèbre procès,« la question ne sera pas posée ».

Ce sont là les limites de l’exercice, car si la technique et la science ne sont que des outils, c’est au niveau politique que ces outils doivent être mis en œuvre. Si le capital trouve profit dans le dérèglement climatique, alors il n’y a pas de raison pour qu’il actionne résolument lesdits outils. Une quinzaine de jeunes étudiantes et étudiants, emmenés par Serge Planton, avaient préparé quelques questions, assez timorées au demeurant, par exemple sur le rôle de l’expertise scientifique dans la parole politique. En effet, nombre de politiques émettent des avis, voire des injonctions, sans justification scientifique. Seule une question, du troisième groupe de jeunes intervenants, faisant allusion aux politiques publiques, aux innovations sociales et sociétales, aux conséquences de la sobriété choisie, a attiré quelques applaudissements. Les journées se sont conclues par quelques mondanités assez convenues de Cédric Villani, du prince de Monaco et de Laurent Fabius.

 

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:50
Albert Pennec (à gauche) et le poète morlaisien Jean-Albert Guennégan, lors l’ouverture de cette exposition de photos consacrées aux Gitans, durant tout l’été au Musée Yan' Dargent de Saint-Servais. | OUEST-FRANCE

Albert Pennec (à gauche) et le poète morlaisien Jean-Albert Guennégan, lors l’ouverture de cette exposition de photos consacrées aux Gitans, durant tout l’été au Musée Yan' Dargent de Saint-Servais. | OUEST-FRANCE

Ouest-France

Saint-Servais. Les gitans à l’honneur au Musée Yan’Dargent

Publié le 11/07/2020

Le Musée Yan' Dargent, à Saint-Servais (Finsitère) vient d’ouvrir ses portes au public. Jusqu’au 20 septembre 2020, il fera la part belle aux photos des Gitans, réalisées par le Landivisien Albert Pennec.

 

Si les travaux de l’église ne permettent pas cet été encore, la visite de l’édifice, le Musée Yan' Dargent offre toutefois aux visiteurs de découvrir tous les jours (sauf le jeudi), entre 14 h et 18 h, les trésors de l’enclos et de l’exposition consacrée aux photographies et ouvrages illustrés de Yan' Dargent. Notre coup de cœur est l’exposition Les Gitans, forte de 47 photos du photographe landivisien Albert Pennec. La plupart d’entre elles sont accompagnées par de superbes textes du poète morlaisien Jean-Albert Guennégan.

Amour pour un monde méconnu

À l’image du photographe, les visiteurs pourront faire voyager dans un monde méconnu. Comme Albert Pennec lui-même, dès 1976, lorsqu’il participa pour la première fois, pendant trois jours, à la convention que les gitans tenaient à Plounéour-Trez. Une rencontre qui déboucha sur de nombreuses autres, jusqu’aux pèlerinages aux Saintes-Maries-de-la-Mer, en 2018 et 2019. Des milliers de photos, parmi lesquelles le Landivisien a choisi près d’une cinquantaine. Il multiplie les techniques, de l’argentique au numérique, en passant par les photos en noir et blanc ou en couleur, les scans et les montages. De la procession de Sara aux scènes de rue, égayées par les guitares et les danses, en passant par la vie dans les roulottes et de superbes portraits, Albert Pennec a su magnifiquement montrer tout l’amour qu’il portait à cette communauté. Il y a rencontré Pauline, une jeune gitane landivisienne, dont les visiteurs pourront apprécier la grâce, dans une danse photographiée lors d’un pèlerinage aux Saintes- Maries. Albert Pennec, lors de l’ouverture de cette exposition, s’est dit « fier des textes de Jean-Albert Guennégan, qui a parfaitement compris la nature des clichés que je lui ai proposés, et superbement traduit l’émotion que je ressentais en les faisant ».

Le photographe landivisien aura aussi une exposition cet été dans le parc de Créac’h Kélenn. Elle était officiellement programmée le 16 mai dernier dans le cadre de l’opération « Photos en poésie ». L’occasion de découvrir 41 clichés : portraits d’enfants, de jeunes ou de mariés, mais également des pardons et voyages à Haïti et au Maroc. « Un aperçu de 53 années à accompagner la vie des gens. »

https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-servais-22160/saint-servais-les-gitans-a-l-honneur-au-musee-yan-dargent-6903258

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:43
Bolivie. La droite putchiste prête à orchestrer un coup d'état judiciaire (Rosa Moussaoui, vendredi 10 juillet, L'Humanité)
Vendredi, 10 Juillet, 2020

Bolivie. La droite putschiste prête à orchestrer un « coup d’État judiciaire ».

Donné favori de l’élection présidentielle du 6 septembre, Luis Arce, le candidat de gauche, est visé par d’opportunes plaintes pour « corruption ».

 

Désigner Evo Morales comme un « terroriste » et son camarade Luis Arce, favori de l’élection présidentielle du 6 septembre prochain, comme un corrompu, déclarer hors la loi leur parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), en vue des élections législatives. En Bolivie, le gouvernement de facto qui s’est emparé du pouvoir l’automne dernier est donné battu sur le terrain électoral et politique : il choisit donc la stratégie du harcèlement judiciaire déjà éprouvée en Amérique latine contre plusieurs anciens chefs d’État : Luis Ignacio Lula da Silva au Brésil, Rafael Correa en Équateur, Cristina Fernandez de Kirchner en Argentine. Objectif : laisser les putschistes et leurs alliés seuls en piste.

Evo Morales poursuivi pour « terrorisme »

Le 6 juillet, le procureur général a ainsi fait état de l’instruction d’une plainte pour « terrorisme » et « financement du terrorisme » contre l’ancien président Evo Morales, contraint de quitter le pouvoir et le pays sous la menace de la police et de l’armée, le 11 novembre dernier, après avoir été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle – résultats contestés par ses adversaires sur la base de données truquées de l’Organisation des États américains (voir notre édition du 11 juin). Depuis le Mexique, première étape de son exil, accuse le parquet, il aurait commandité un « blocus alimentaire » et « l’encerclement » des chefs-lieux de région en suggérant au chef des cultivateurs de coca, Faustino Yutra, de hérisser les routes de barrages pendant le conflit postélectoral. Depuis Buenos Aires où il est aujourd’hui réfugié, Evo Morales, déjà poursuivi pour « sédition » et « fraude électorale », a fustigé une procédure « illégale », « inconstitutionnelle », relevant d’une « persécution politique systématique » orchestrée par l’exécutif de facto.

Autre cible de ces manigances ­politico-judiciaires : Luis Arce, candidat du MAS à l’élection présidentielle, crédité dans les derniers sondages de 42 % des intentions de vote, soit quinze points de plus que son adversaire de droite Carlos Mesa (27 %) et loin devant l’autoproclamée présidente par intérim Jeanine Añez (13 %). L’ancien ministre de l’Économie d’Evo Morales est visé par une plainte rendue publique le 30 juin dernier pour l’achat de deux programmes informatiques destinés à un fonds de pension public dont il présidait le conseil d’administration, commande publique qui aurait causé « un préjudice économique » à l’État. Il est par ailleurs accusé de « manquement à son devoir » dans une affaire de détournements présumés concernant le Fonds de développement pour les peuples indigènes et les communautés paysannes.

Le ministre de la Justice, Alvaro Coimbra, promet par ailleurs la relance prochaine d’une soixantaine de procès pour corruption présumée sous les mandats d’Evo Morales. Par contre, les innombrables affaires qui cernent la droite putschiste au pouvoir, comme le scandale des fausses factures établies pour l’achat, à prix d’or, de respirateurs (voir notre édition du 22 mai), tiendraient, elles, à des « complots » fomentés par le MAS. Le parti d’Evo Morales, qui détient toujours une large majorité dans chacune des deux chambres du Parlement bolivien, s’insurge contre un « coup d’État judiciaire » en préparation : « Le pari est de participer à une élection mais sans le principal concurrent. » Faute de pouvoir le battre loyalement, il s’agit d’écarter l’adversaire. Pour mieux ancrer le « retour au néolibéralisme » voulu par une droite raciste, intégriste, décidée à brader les ressources du pays et les services publics de première nécessité, dont la gauche a fait des biens communs relevant de la réponse aux « droits humains ».

Rosa Moussaoui

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:38
Gouvernement: Elisabeth Borne danse avec les lobbys (Cyprien Caddeo, vendredi 10 juillet 2020)
Vendredi, 10 Juillet, 2020

​​​​​​​Élisabeth Borne danse avec les lobbys

Sommée de compléter sa déclaration d’intérêts, dans laquelle elle avait omis plusieurs mandats, la nouvelle ministre du Travail, bientôt en charge de la réforme des retraites, a des liaisons dangereuses avec le privé.

 

Élisabeth Borne a fort à faire. À 59 ans, l’ex-ministre de la Transition écologique hérite du portefeuille du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. À son ancienne fonction, elle avait pour tâche de faire oublier François de Rugy, pincé en plein « homardgate ». Rue de Grenelle, elle devra faire mieux que Muriel Pénicaud, coutumière des boulettes et des « à peu près ». Surtout, l’ancienne directrice stratégique de la SNCF aura pour mission de remettre sur les rails la réforme honnie des retraites (précédemment portée par le ministère de la Santé), qu’Emmanuel Macron ne compte pas abandonner.

Omission de mandats

Mais Élisabeth Borne est rattrapée, depuis la fin juin, par des potentiels conflits d’intérêts. Le 23 juin, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a sommé la ministre de modifier sa déclaration d’intérêts. La raison ? Six mandats y ont été omis, liés pour la plupart à sa fonction antérieure de présidente-directrice générale de la RATP (transports parisiens), de mai 2015 à mai 2017.

Lire aussi : La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique demande plus de pouvoirs

L’affaire remonte à janvier dernier. L’hebdomadaire Marianne dévoilait qu’Élisabeth Borne n’avait pas indiqué, dans sa déclaration d’intérêts transmise à la HATVP, sa participation au conseil d’administration de l’Institut de la gestion déléguée (IGD), un lobby favorable à la délégation des services publics vers le privé. Ou, pour le dire plus clairement, à la privatisation. De quoi jeter une ombre sur l’action d’une ministre en charge des infrastructures stratégiques de l’État : Élisabeth Borne était déjà, en tant que secrétaire d’État aux Transports en 2018, à la manette de la réforme de la SNCF qui a ouvert le transport ferroviaire à la concurrence et acté l’abandon de son statut d’entreprise publique.

Fondée en 1996, l’IGD se présente comme un « organisme indépendant à but non lucratif » qui a pour objet « de promouvoir l’amélioration de la qualité et de la performance des services publics, notamment lorsque leur gestion est déléguée ». Dirigé par Hubert du Mesnil, également à la tête de la société en charge de la controversée ligne « euralpine » censée relier Lyon et Turin, ce lobby réunit dans son conseil d’administration des acteurs de la vie publique, des grandes entreprises privées du secteur de la construction et des établissements publics susceptibles de privatiser une partie de leurs activités, comme la SNCF ou la RATP.

Sur la défensive

Siègent pêle-mêle en son conseil d’administration Vinci, Eiffage, HSBC France, Bouygues Construction, Keolis, Veolia, Engie, mais aussi des personnalités politiques comme le maire de Troyes François Baroin, en sa qualité de président de l’Association des maires de France, Renaud Muselier (Régions de France) ou encore l’édile toulousain Jean-Luc Moudenc, président de France urbaine (association des grandes villes et métropoles).

Dans un premier temps, Élisabeth Borne, sur la défensive, avait taxé l’article de Marianne de « scandaleuses insinuations », affirmant « ne jamais avoir siégé au CA de cette fondation » et n’avoir commis aucune omission. « Cela n’a pas à figurer dans ma déclaration », avançait-elle, arguant que cela aurait été « automatiquement » relié à son poste au sein de la RATP. Certes, son successeur à la tête de la régie, Catherine Guillouard, y siège dorénavant, selon l’organigramme de l’IGD. Mais les rapports annuels du lobby exhumés par Marianne démontrent au contraire que le nom d’Élisabeth Borne figure bien au conseil d’administration et qu’elle avait été choisie, selon les statuts de l’IGD, « en fonction de ses compétences ».

Trois mois de sursis

Du reste, la décision de l’HATVP est un camouflet pour la nouvelle ministre du Travail. Elle dispose d’un délai de trois mois pour compléter sa déclaration. Parmi les cinq autres mandat omis, outre l’IGD, Élisabeth Borne appartenait aux conseils d’administration d’autres organismes, comme l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), la fédération d’entreprises Paris Île-de-France Capitale économique, la Fondation Groupe RATP et le comité stratégique de Fer de France.

Si la Haute Autorité estime toutefois que les « participations (omises dans la déclaration d’intérêts) ne sont pas de nature à caractériser un risque de conflit d’intérêts avec les fonctions de ministre, dès lors notamment que les intérêts en cause sont passés et que madame Borne participait à la plupart de ces organismes en raison de ses fonctions de présidente de la RATP », le parcours de la haut fonctionnaire montre des proximités avec des acteurs aux intérêts privés.

Marque de fabrique de la Macronie

Avant d’intégrer le casting gouvernemental en 2017, Élisabeth Borne, formée à l’École polytechnique et au Collège des ingénieurs, a fait un aller-retour dans sa carrière entre public et privé, entre cabinets politiques et conseil d’entreprise. Ainsi, entre 2002 et 2014, la retrouve-t-on tantôt à la SNCF, tantôt à l’urbanisme de la mairie de Paris, ou préfète de la Vienne, mais aussi directrice des concessions au sein du géant du BTP Eiffage, en 2007. Ces franchissements de la frontière public-privé sont une marque de fabrique de la Macronie : à l’image d’Emmanuel Macron qui est passé de la haute fonction publique à la banque Rothschild, ou bien de son secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, éphémère directeur financier chez MSC (fret maritime).

Le « dossier Borne » ne fait pas tant écho à l’affaire Jean-Paul Delevoye, qui avait, lui, dissimulé des rémunérations à l’HATVP, qu’il met en lumière une nouvelle fois les liaisons dangereuses entretenues entre le pouvoir et les puissances économiques privées. Et pose une question : après toutes ces polémiques, quand les ministres macronistes apprendront-ils enfin à être exhaustifs dans leur déclaration d’intérêts ?

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13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 05:30
Après Plouigneau, Morlaix, Lanmeur, Guimaëc, etc, les élus du Relecq-Kerhuon adoptent un soutien aux salariés de Hop! Morlaix

Merci à nos camarades du Relecq Kerhuon d'avoir présenté et adopté ce voeu de soutien aux salariés de Hop! Aux élus de Guimaëc aussi d'avoir adopté à l'unanimité le même voeu que celui présenté à Morlaix. Le combat continue.

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 06:19
Jacques Rannou - Cheminot retraité - maire délégué de Kernevel (commune associée à Rosporden) - conseiller communautaire Concarneau Conouaille Agglomération

Jacques Rannou - Cheminot retraité - maire délégué de Kernevel (commune associée à Rosporden) - conseiller communautaire Concarneau Conouaille Agglomération

Karen Le Moal - Cheminote gare de Rosporden - Partenaire PCF - Adjointe au maire – sports  et équipements sportifs - conseillère communautaire. CCA

Karen Le Moal - Cheminote gare de Rosporden - Partenaire PCF - Adjointe au maire – sports et équipements sportifs - conseillère communautaire. CCA

Anita Richard –Retraitée de l’enseignement  Adhérente PCF – Conseillère municipale –

Anita Richard –Retraitée de l’enseignement Adhérente PCF – Conseillère municipale –

Jean-Marie Cloarec - Professeur de musique Partenaire PCF Adjoint au maire - culture

Jean-Marie Cloarec - Professeur de musique Partenaire PCF Adjoint au maire - culture

Françoise Nioche  Retraitée de l’enseignement  Adhérente PCF – Conseillère municipale –

Françoise Nioche Retraitée de l’enseignement Adhérente PCF – Conseillère municipale –

Djelloul Benhenni -Agent territorial Adhérent PCF - Conseiller municipal

Djelloul Benhenni -Agent territorial Adhérent PCF - Conseiller municipal

Quentin Rannou - Chargé d’affaires « réseaux » Partenaire PCF- Conseiller municipal

Quentin Rannou - Chargé d’affaires « réseaux » Partenaire PCF- Conseiller municipal

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