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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 05:25

 

L’exécutif détaille ce jeudi matin son plan de 100 milliards d’euros. Emmanuel Macron et Jean Castex préparent aussi plusieurs réformes afin d’enterrer définitivement le monde d’après dès cet automne.

La présentation du plan de relance du gouvernement, sur RTL, marque une rentrée politique décidément très à droite pour la Macronie. Loin de relever les défis posés par le Covid, en s’attaquant à toutes les injustices mises en lumière, l’Élysée cherche à enterrer le monde d’après pour imposer des réformes qui risquent d’aggraver la crise.

Au moins, le gouvernement n’avance pas masqué : « C’est un plan de relance de l’offre et de l’investissement », a annoncé Jean Castex, lors des universités d’été du Medef. Sans surprise, le plan de relance sera donc de droite, en grande partie dirigé en faveur des grands patrons et des actionnaires. L’exécutif privilégie les cadeaux au capital au détriment des travailleurs et des ménages, au motif que leurs revenus auraient déjà été « préservés ». Le premier ministre fait ainsi fi des grandes inégalités économiques et sociales exacerbées par la crise sanitaire et de l’occasion historique de relancer l’économie à partir de la réponse aux besoins des populations et de la répartition des richesses créées.

 

Un plan de relance pro-CAC 40

Sur les 100 milliards d’euros mis sur la table, un tiers de la somme sera même consacré à la « compétitivité ». Comprendre, la baisse de la fiscalité des entreprises, qui n’auront à souffrir d’aucune conditionnalité sociale ou environnementale en contrepartie. Le tout après avoir déjà bénéficié de plus de 100 milliards liés au Cice sans pour autant créer le million d’emplois promis alors par Pierre Gattaz, ex-patron du Medef. Ces pertes de recettes massives pour l’État annoncent déjà la rigueur budgétaire à venir : le déficit devra « retrouver son niveau de fin 2019 d’ici à la fin du quinquennat », affirme Jean Castex. Les services publics, pourtant si utiles et d’autant plus en temps de crise, sont déjà dans le viseur.

Au plus fort de la crise, Emmanuel Macron n’avait plus assez de mots pour louer le travail indispensable des « métiers essentiels » : caissières, éboueurs, manutentionnaires, professeurs, chauffeurs livreurs… Ces femmes et ces hommes « que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Si, à l’issue des négociations du Ségur de la santé, les personnels soignants, en première ligne pendant la crise, ont obtenu des revalorisations salariales qu’ils estiment d’ailleurs insuffisantes, les salariés de la deuxième ligne attendent toujours des actes. Mi-mai, Muriel Pénicaud, alors ministre du Travail, avait assuré que les branches professionnelles seraient convoquées afin de prendre en compte ces métiers « qui ont besoin d’être valorisés ». En septembre, toujours rien. Pis, ceux qui étaient aux avant-postes pendant le confinement, souvent précaires, vont recevoir en guise de récompense deux réformes particulièrement nocives que le gouvernement ne veut pas abandonner malgré les larges oppositions. Celle de l’assurance-chômage, dont certaines mesures sont reportées à 2021, et celle des retraites promise « avant la fin du quinquennat » par Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État en charge du dossier.

 

 

La grande diversion sur l’insécurité

La crise du Covid a mis en lumière toute la nocivité des choix politiques pris par Emmanuel Macron depuis son élection. Comment faire diversion, tout en préparant au passage le terrain pour 2022 ? En multipliant les déclarations sur l’insécurité et en promettant une loi contre les « séparatismes » pour la rentrée, comme le fait le premier ministre, Jean Castex. Son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, va encore plus loin, multipliant quotidiennement les provocations. Loin de porter jusqu’à présent des mesures concrètes pour lutter contre les incivilités et l’insécurité, il s’attelle méthodiquement à instiller un climat d’insécurité pour détourner les esprits du monde d’après à bâtir. Celui qui parle d’ « ensauvagement » de la société malgré des statistiques stables assène également qu’ « avoir le droit d’asile ne créer par le droit de mettre le bordel », dans le plus pur style sarkozyste. Si le droit à la sécurité doit bien sûr être garanti à tous, les coups de menton de l’exécutif visent surtout à masquer un « séparatisme » qu’il organise lui-même : celui des plus riches d’avec les pauvres.

 

Des territoires mis en concurrence

Dans les discours, Emmanuel Macron et son premier ministre, Jean Castex, ne cessent de louer les territoires. À les entendre, ils souhaiteraient confier un rôle toujours plus important aux maires, aux départements et aux régions pour relever la longue liste des défis posés par le Covid. Celui du respect des règles sanitaires, bien sûr, mais aussi celui de l’amortisseur social, de la relance économique et du débat citoyen. Problème : la loi 3D que concocte l’exécutif est une bombe à retardement pour les collectivités locales. Derrière son surnom se décline une volonté de « décentralisation, déconcentration et différenciation ». Officiellement, l’objectif serait de « faire confiance au terrain », mais la réalité du projet est tout autre.

Le gouvernement veut poursuivre à tout prix la mise en concurrence des territoires, qui donc fera des gagnants et des perdants, en les montant les uns contre les autres sur le terrain économique. Il souhaite aussi faire voler en éclats le principe d’unicité de la République en permettant de « différencier » les lois selon les territoires, au risque de rompre avec la promesse d’égalité. De quoi renforcer les conséquences négatives du Covid plutôt que d’y remédier. Enfin, le projet suscite l’ire des représentants des associations d’élus locaux, qui le trouvent trop « technique » et sans garantie de pouvoirs et moyens suffisants.

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4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 05:24

 

Alors que le gouvernement tente de survendre le « Plan de relance » qui sera publié demain, il n’est pas inutile de rappeler ce que le futur président Macron vint dire aux salariés de Whirlpool entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017. D’autant que le quotidien « Les Échos », plutôt pro-Macron, vient de publier un article qui retrace les étapes du fiasco de la réindustrialisassions du site d’Amiens promise par le candidat Macron et totalement oubliée après son accession à l’Élysée.

Tandis que le « Plan de relance » du gouvernement prévoit d’évoquer certaines relocalisations de productions industrielles, il n’est pas inutile de revenir de sur ce que fut la première promesse non tenue d’Emmanuel Macron concernant l’emploi en France. Courant derrière Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle, il s’était rendu auprès des salariés de Whirlpool qui luttaient contre la fermeture du site d’Amiens, alors que la firme américaine délocalisait la production de ses lave-linge en Pologne. Fidèle à ses convictions d’ancien banquier et d’ancien ministre de l’Économie favorable aux décisions patronales, Emmanuel Macron déclara ce jour-là aux salariés en lutte : « Je ne suis pas en train de vous dire que je vais sauver vos emplois, parce que personne ne peut le faire dignement ». Évoquant la décision du groupe américain, il s’était contenté d’ajouter : « Ils ont une responsabilité compte tenu des dividendes qu’ils ont versés ».

Le quotidien « Les Échos » n’est pas du genre à cogner sur le patronat. Néanmoins, dans l’édition datée du 27 août dernier, Guillaume Roussange, correspondant de ce journal à Amiens, retrace, en page 20, ce que fut le fiasco de la réindustrialisation du site que promettait Emmanuel Macron. Notre confrère commence par rappeler que l’annonce de la fermeture datait de l’hiver 2017 et que les dirigeants de la firme justifiaient « la fermeture de l’unité amiénoise par des prix français de fabrication supérieurs de 7,5 % par rapport à la Pologne ». Un tel chiffre n’a rien de surprenant quand on sait que les salaires en Pologne sont trois fois plus bas qu’en France en moyenne. Mais, la Pologne étant membre de l’Union européenne, ses produits entrent en France sans le moindre droit à verser aux douanes.

 

Le fiasco du président du MEDEF de la Somme

Guillaume Roussange rappelait aussi que Whirlpool, en rachetant un peu plus tôt l’entreprise italienne Indesit, s’était retrouvé avec plusieurs sites en doublon. Dans un premier temps, trouver un repreneur pour le site d’Amiens s’avéra difficile. Dans un second temps, Nicolas Decayeux, président du MEDEF dans la Somme et producteur de boîtes aux lettres, s’engagea sur les 55,000 m2 libérés par Whirlpool afin d’y produire « des casiers connectés réfrigérés » pour le commerce de produits alimentaires commandés sur internet et livrés par de nouveaux esclaves. S’y ajoutaient une possible production de véhicules électrique et d’autres activités, dans le cadre d’un projet d’entreprise baptisé « XN », le tout devant permettre d’embaucher à terme 277 personnes.

Le correspondant des Échos indique qu’une centaine de personnes furent embauchées dans un premier temps avant de poursuivre en ces termes : « Las ! C’est déjà trop pour une activité dont la feuille de route semble de plus en plus confuse, et dont le carnet de commandes semble désespérément vide. Rapidement, les salariés donnent l’alerte sur l’inactivité patente de WN. La préfète de la Somme commande un audit indépendant qui révèle « l’impasse financière » de l’entreprise et recommande qu’elle se place sous la protection du tribunal de commerce ».

Ce projet avait obtenu 12 millions d’euros de fonds publics et privés. Mais il n’a finalement débouché sur rien. Pourtant, que ce soit Emmanuel Macron à l’Élysée, Édouard Philippe à Matignon, Bruno Le Maire à Bercy avec Gérald Darmanin en charge des comptes publics, ou encore Muriel Pénicaud au ministère du Travail, on ne trouve aucune trace d’intervention de ces cinq personnalités afin que soit tenue la promesse faite aux salariés de Whirlpool par Emmanuel Macron. Il leur avait pourtant dit : « Je serai là pour protéger un plan social qui défend vos intérêts ».

 

La « Révolution » vue par le candidat de patrons

Faut-il s’en étonner ? Non si on relit le livre programme publié en 2016 par Emmanuel Macron sous le titre « Révolution » (1). On peut y lire en pages 86 et 87 ces quelques phrases révélatrices de ses choix : « Nous devons apprendre à célébrer et à consacrer ceux qui réussissent dans tous les domaines (…) Pour que cet entreprenariat réussisse et se développe en France, je souhaite deux choses simples. D’abord une fiscalité qui récompense la prise de risques, l’enrichissement par le talent, le travail et l’innovation plutôt que la rente et l’investissement immobilier. Notre fiscalité, et j’inclus ici l’actuel impôt sur la fortune, ne dois plus pénaliser ceux qui réussissent de leur vivant et investissent dans les entreprises et dans l’innovation ».

Avant même l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée, les dirigeants de Whirlpool appliquaient ses préconisations comme l’ont montré les « Paradise Papers », en révélant une note du cabinet de conseil Backer-McKenzie fournissant aux dirigeants de la firme ces éléments de langage : « En tant que compagnie cotée en Bourse nous avons la responsabilité envers nos actionnaires de gérer au mieux nos opérations mondiales et de fournir du retour sur investissement. Ce sont des activités d’optimisation fiscales et financières normale ».

Voilà une stratégie patronale qui cadre bien avec cette partie du texte citée plus haut et tirée du livre d’Emmanuel Macron. Là encore, faut-il s’en étonner ? Non, quand on se souvient que cet homme fut chargé de négocier des fusions acquisitions entre grandes firmes à la Banque Rothschild après avoir pris la lumière quand il rédigea le rapport de la Commission Attali demandé par Nicolas Sarkozy en 2007. À partir des préconisations de ce rapport, la droite vota en 2008 une loi qui permet toujours à la grande distribution de piller les paysans.

 

Un « pognon de dingue » empoché chez Rothschild

Chez Rothschild, en 2011, avant de devenir le conseiller économique de François Hollande à l’Élysée à partir du printemps 2012, Emmanuel Macron empocha un salaire annuel de 403 600 € auquel s’ajoutèrent 706 300 € de « bénéfices industriels et commerciaux » et encore 291 300 € provenant de « parts de dividendes dans les sociétés du groupe Rothschild ». Ainsi, sur une rémunération totale de 1,4 million d’euros perçus par Macron chez Rothschild en 2011, quelque 997 600 € provenaient d’une « fiscalité qui encourage la prise de risque », au détriment des salariés qui perdent leur emploi ; condition pour parvenir à « l’enrichissement par le talent » des patrons et de leurs serviteurs zélés comme le fut Macron chez Rothschild ! Devenu président de la République, il dénoncera en juin 2018 le « pognon de dingue » consacré aux minima sociaux dans un pays miné par le chômage et la précarité de l’emploi, une situation qui dure depuis et dont on a de bonnes raisons de redouter une forte dégradation dans les prochains mois.

Car, en dépit du « Plan de relance » annoncé demain, voire à cause de lui, on imagine que beaucoup de grands patrons et leurs proches collaborateurs seront tentés de profiter de la conjoncture incertaine pour mettre faire leurs préconisations rédigées en 2016 par Macron dans son livre programme. Sauf qu’il n’avait rien d’une révolution !

Gérard Le Puill

(1) Révolution, d’Emmanuel Macron, XO éditions

 

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 18:13
Désormais aux affaires, Ismaël Dupont compte donner un nouveau souffle à Morlaix. « On a du travail et on va le faire avec humilité ». (Le Télégramme/Gwendal Hameury)

Désormais aux affaires, Ismaël Dupont compte donner un nouveau souffle à Morlaix. « On a du travail et on va le faire avec humilité ». (Le Télégramme/Gwendal Hameury)

Lire aussi:

Portrait de Fréderic L'Aminot, nouvel adjoint aux affaires scolaires à Morlaix - Frédéric L’Aminot, le militant de Kerfraval (Le Télégramme, Yann Clochard, 19 août 2020)

Valérie Scattolin, pilote du commerce et du tourisme (LE TELEGRAMME – 12 août 2020)

Le sixième volet de notre série sur les adjoints est consacré à Ismaël Dupont, chargé des finances, des ressources humaines et de la police municipale. Un communiste amoureux de sa ville.

D’aucuns le craignaient, pendant la campagne des Municipales. Mais force est de constater que depuis l’élection du communiste Ismaël Dupont, les chars russes n’ont toujours pas débarqué en ville. « Je n’ai pas non plus planté de drapeau rouge sur la mairie, car je n’ai jamais eu la culture de l’arrogance ni du triomphalisme. J’ai mes idées, bien sûr, mais je suis avant tout au service des Morlaisiens. Y compris de ceux qui ne pensent pas comme moi. Je ne suis ni sectaire ni fanatique », réplique l’intéressé, premier adjoint chargé des finances, des ressources humaines et de la police municipale.


 

Première victoire politique

Âgé de 40 ans, ce père de deux enfants, professeur documentaliste au collège Mendès-France (il est professeur de philosophie à l’origine), est un amoureux de Morlaix, où il s’est installé il y a un peu plus d’une décennie. « Cette ville a tellement d’atouts ; elle me fait vibrer. Malheureusement, c’est aussi l’une des villes les plus malades de Bretagne. Elle a besoin d’un nouveau souffle », juge le natif de Vannes, qui a passé sa jeunesse entre le Morbihan et les terres léonardes paternelles. Un constat qui l’a poussé à s’engager au côté du socialiste Jean-Paul Vermot, lui, le secrétaire départemental du PCF, membre de son conseil national, qui avait tenté sa chance en solo, en 2014. À l’époque, la fusion d’entre deux tours n’avait pas suffi pour battre la droite. Cette année, il a donc changé de stratégie, intégrant « une liste de rassemblement » dès le premier tour. Ce qui l’a conduit à sa toute première victoire électorale. Jusqu’au 28 juin dernier, l’ancien candidat aux municipales, aux législatives, aux départementales et aux sénatoriales, n’avait, en effet, cumulé que des échecs.

Conscient des responsabilités

« Collectivement, on a vécu une campagne très riche humainement. J’ai fait de belles rencontres. Il y a chez nous une grande fraternité et beaucoup de tolérance », souffle le quadragénaire, qui n’a jamais renié ses idées. Il faut dire qu’elles ne datent pas d’hier. « Je me suis engagé très jeune en politique. J’avais 15 ans lorsque je me suis mobilisé contre le plan Juppé sur les retraites et la Sécurité sociale, en 1995. Je me suis engagé au MJS (Mouvement des jeunes socialistes), puis j’ai fait mon chemin idéologiquement », rappelle Ismaël Dupont. Qui a intégré le PCF en 2006, séduit par les discours de Marie-George Buffet.

Issu d’une famille comptant « deux grands-pères cathos sociaux, adjoints dans leurs communes respectives », et des parents de gauche, « post-soixante-huitards non militants », trop tôt disparus (il est orphelin depuis ses sept ans), ce passionné d’histoire et de littérature est fier de pouvoir ceindre l’écharpe tricolore. Fier aussi de la mission de premier adjoint qui lui a été confiée. Mais, il a surtout conscience des responsabilités très fortes qui pèsent désormais sur ses épaules. « Il y a beaucoup d’attente. La situation sociale est difficile, les enjeux énormes ».

Un homme de défis

Ça tombe bien : doté d’une grande capacité de travail, Ismaël Dupont aime les défis. Ses ambitions ? Côté RH : « Améliorer les conditions de travail des 400 agents de la ville, créer un climat de confiance réciproque ». Côté finances : « En lien avec les services, dégager des marges de manœuvre pour appliquer notre programme. Un travail que l’on va mener collectivement, avec humilité ». Et de préciser que les choix budgétaires seront expliqués aux Morlaisiens, lors de présentations publiques. Le social, l’attention portée aux plus démunis, le collectif, la démocratie participative… Ismaël Dupont est définitivement un vrai rouge. Et il l’assume.

 

Gwendal Hameury

Gwendal Hameury

Le portrait chinois d’Ismaël Dupont

Si vous étiez un livre ?

« L’Odyssée », d’Homère. Ça m’inspire depuis mon enfance et nourrit mon imaginaire. La Grèce antique, le voyage… Ça me parle.

Si vous étiez un artiste ?

L’écrivain russe Fiodor Dostoïevski, un sorcier de la littérature.

Si vous étiez une chanson ?

« Suzanne », de Léonard Cohen. J’adore le caractère rocailleux de sa voix. Et puis c’est une chanson qui évoque le voyage… J’aime aussi beaucoup la version française interprétée par Alain Bashung.

Si vous étiez un film ?

« Mulholland Drive », de David Lynch. Je l’ai vu dès sa sortie au cinéma en 2001. Et revu quatre ou cinq fois depuis. C’est envoûtant, mystérieux.

Si vous étiez un animal ?

La chèvre. Parce que l’un de mes contes préférés est « La Chèvre de Monsieur Seguin ». J’ai toujours été emballé par cet animal, son esthétique et son caractère indépendant.

Si vous étiez un lieu ?

La Syrie, visitée à l’été 2010. L’un de mes plus beaux voyages. Magnifique. C’est une grande souffrance de voir les malheurs dans lesquels est plongé ce peuple qui nous avait offert un visage si accueillant.

Si vous étiez un quartier de Morlaix ?

Le mien, bien entendu : le carmel. Pas loin de l’école Corentin-Caër où mes deux enfants ont fait leur scolarité.

Si vous étiez un monument ?

Le cairn de Barnenez, à Plouezoc’h, l’un des plus anciens monuments d’Europe. Car je m’intéresse beaucoup à l’histoire en général, à l’histoire de Bretagne notamment, et plus particulièrement à l’histoire d’avant l’écriture. Il y a aussi une relation affective, en lien avec ma famille, avec ce cairn.

Si vous étiez un objet ?

Sans aucun doute un livre. J’en ai plusieurs milliers à la maison. Je suis un passionné de lecture.

Si vous étiez une couleur ?

Le rouge évidemment. Car c’est une belle couleur. Mais je l’aime aussi pour ce qu’elle représente. Le rouge, c’est la couleur de la révolution, du sang des ouvriers, de la mémoire sociale de lutte contre l’exploitation.

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 08:04

 

Ebru Timtik est morte en détention le 27 août, après 238 jours de grève de la faim. Elle exigeait la tenue d’un procès équitable. Elle appartenait à l’Association des avocats progressistes. Ceren Uysal dénonce les attaques en cours. ENTRETIEN.

 

Pourquoi les avocats en Turquie sont-ils souvent la cible du pouvoir ?

Ceren Uysal Tout d’abord, je tiens à souligner que nous ne discutons pas de quelque chose de nouveau. Dans l’histoire de la Turquie, les avocats, qui représentent les gens de gauche ou le peuple kurde, ont toujours été attaqués. Dans les années 1990, de nombreux avocats ont été abattus, enlevés ou torturés. Dans notre génération, la première opération de masse contre les avocats a été en 2011 : 45 collègues ont été arrêtés à la suite d’une opération de police et accusés d’être membres de KCK (Union des communautés du Kurdistan) simplement parce qu’ils étaient les avocats d’Abdullah Öcalan.

Plus tard, en 2013, la police a lancé une opération de masse contre l’Association des avocats progressistes à laquelle j’appartiens et 9 collègues ont été arrêtés. Ils ont également été accusés d’être membres d’une organisation terroriste. L’accusation du procureur était basée sur le profil de leurs clients. C’était un simple problème mathématique pour le procureur : « Vous représentez X nombre de personnes qui ont été accusées d’être membres de cette organisation, donc vous devez également en être membre. » Cette interprétation est une simple violation de tous les principes de la profession juridique. Ces procès sont tous deux en cours.

Les avocats sont attaqués en Turquie, parce que c’est nous qui sommes entre l’État et ses cibles.

Après l’état d’urgence, les attaques du gouvernement turc se sont élargies. Maintenant, ils attaquent simplement « quiconque » ne les soutient pas. En 2016, mon association a été interdite par un décret gouvernemental et accusée d’être en relation avec le terrorisme. À ce moment-là, nous avions plus de 2 000 membres ! Après l’interdiction, ils ont de nouveau fait une opération de police contre les avocats membres de l’association. Cette fois, ils en ont arrêté 17 du même bureau juridique, le « bureau du droit du peuple ». L’accusation est la même que précédemment.

Les avocats sont attaqués en Turquie, parce que c’est nous qui sommes entre l’État et ses cibles. L’État veut attaquer les prisons, l’environnement, les droits des travailleurs, etc. Et nous défendons le contraire et essayons d’éviter les dommages. Nous travaillons contre la torture, nous soutenons les femmes qui font l’objet de violences domestiques, nous défendons les familles des jeunes qui ont été abattus par la police, etc. Par conséquent, nous sommes une sorte d’ennemis publics.

 

Une nouvelle loi concernant les barreaux a été votée au début de l’été. Qu’en est-il ?

Ceren Uysal Le nouveau règlement met l’accent sur deux choses. Avant, nous avions un système très similaire avec l’Europe. Chaque ville a un barreau local et un barreau national. Le conseil exécutif du Conseil national du barreau est élu par les délégués des barreaux locaux. Maintenant, tout d’abord, si 2 000 avocats se réunissent et veulent établir un barreau, ils peuvent le faire. Cela n’aura pas d’effet sur les petites villes, mais pour les plus grandes comme Istanbul, Izmir, etc., à l’avenir, cela aura des répercussions.

Pendant des années, le régime de l’AKP visait à restructurer les institutions. Mais il n’a pas réussi avec les barreaux.

Le nombre de délégués sera limité. Ainsi, les barreaux les plus importants en nombre ne seront pas en mesure d’envoyer plus de délégués. Ce qui signifie que leur ratio de représentation diminuera. C’est une tactique typique du parti de Recep Tayyip Erdogan, le parti de la Justice et du Développement (AKP). Pendant des années, le régime de l’AKP visait à restructurer les institutions. Mais il n’a pas réussi avec les barreaux. Les associations de barreaux sont toujours en mesure d’agir de façon indépendante. L’AKP veut changer cette situation et au moins avoir des associations de barreaux qui le « soutiennent » directement. Des attaques similaires pourraient avoir lieu contre l’ordre des médecins.

 

Quelle est la situation actuelle ?

Ceren Uysal Les gens doivent comprendre que les accusations de terrorisme, les nouveaux systèmes électoraux, etc. sont autant d’« excuses ». Nous parlons d’un régime autoritaire qui veut faire taire tout le monde. Et s’il n’est pas possible de les faire taire, alors la prochaine étape est de les arrêter, de les torturer, de mentir à leur sujet, etc. Ce 1er septembre était le jour de l’ouverture de la nouvelle année judiciaire en Turquie. Et le président Erdogan a une fois de plus fait un discours haineux qui nous menace tous. Il a qualifié Ebru Timtik – notre collègue qui est décédée de sa grève de la faim alors qu’elle réclamait simplement un procès équitable – de terroriste. Et il a accusé de même tous les avocats qui ont participé à ses funérailles en robe, ainsi que l’Association du barreau d’Istanbul en raison de la cérémonie qui a été organisée en mémoire d’Ebru devant le bâtiment du barreau. Et, finalement, il a dit :  « Ce genre d’avocats » (c’est-à-dire nous) ne devraient pas continuer à pratiquer leur profession. Oui, maintenant, il veut nous retirer nos licences… Nous pensons qu’il s’agit d’un signal pour de nouvelles attaques à venir.

 

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 08:01

 

Depuis des mois nous savons que la rentrée 2020 ne sera pas une rentrée comme les autres. D’abord parce que le virus circule toujours, et qu’il faut assurer la sécurité sanitaire des enfants, des personnels et de leurs familles ; ensuite parce que les élèves ont été privés d’école pendant près de six mois, et que cette interruption les a éloignés de la culture et des habitudes scolaires, tout en accroissant les inégalités. Pourtant, rien n’a été fait pour répondre à ce double défi.

 

 

Le ministre annonce une rentrée « comme les autres » : il préfère ignorer les difficultés plutôt que de donner au service public d’éducation nationale les moyens de les surmonter. C’est irresponsable !

L’impréparation de cette rentrée pousse les familles qui ont le choix vers l’enseignement privé, tandis que le risque de déscolarisation des élèves les plus éloignés de l’école est réel. Le service public d’éducation nationale risque de devenir un service minimal pour ceux qui n’ont pas d’autre choix. C’est la stratégie du choc : le gouvernement prend prétexte de la crise sanitaire pour en finir avec l’ambition d’une école commune à toutes les classes sociales.

Que se passera-t-il dans quelques jours, dans quelques semaines, quand des élèves tomberont malades ? Le ministère s’en lave les mains : aux collectivités locales de décider quand et comment fermer les établissements et d’organiser l’accueil des enfants, aux familles de s’organiser si elles comptent des personnes vulnérables. Le virus sert de prétexte pour en finir avec le cadre national du service public d’éducation : à chaque commune son école ! Dans tel département, les masques seront gratuits, dans le département voisin, les familles des collégiens et des lycéens devront les payer. Les collectivités locales sont mises dans une situation impossible : comment répondre aux attentes légitimes des populations et assurer la sécurité des enfants, sans moyens supplémentaires ? Comment pallier la défaillance de l’État sans faire le jeu de la dénationalisation de l’éducation ?

Pour défendre et renforcer l’école commune, cette rentrée doit être une rentrée de luttes. Face à la crise, l’éducation a besoin d’un plan d’urgence.

L’État doit prendre ses responsabilités : les conditions de l’enseignement doivent être définies et financées nationalement ; la gratuité des masques doit être garantie et un fonds national doit être mis en place pour aider les collectivités locales à faire face aux dépenses nouvelles occasionnées par la crise.

Les programmes scolaires doivent être aménagés pour tenir compte de l’interruption scolaire et permettre un rattrapage progressif. Quand M. Blanquer affirme que le retard sera rattrapé en un trimestre, il se moque du monde ! Élèves et enseignants ont besoin de temps. Cela fait des années que les réformes successives réduisent le temps dédié aux apprentissages. Aujourd’hui il est évident que profs et élèves ont besoin de plus de temps, qu’il faut revenir sur ces réformes et augmenter le temps scolaire.

Pour assurer la sécurité des élèves et pour permettre à toutes et tous de rattraper le retard pris ces derniers mois, les effectifs doivent être réduits. Il faut donc recruter d’urgence des personnels nouveaux : plus d’enseignants, de personnels éducatifs, mais aussi administratifs et techniques, de personnels de santé pour reconstruire une médecine scolaire... Commençons par recruter l’ensemble des admissibles au concours et par titulariser les contractuels, tout en développant la formation continue. Ces recrutements d’urgence doivent s’inscrire dans un plan pluriannuel, appuyé sur une revalorisation des salaires.

Dès maintenant, nous revendiquons le recrutement de milliers de jeunes sous le statut de MISE pour soutenir les enseignants et accompagner les élèves.

La crise révèle à quel point les politiques libérales imposées ces dernières années ont affaibli le service public d’éducation nationale. Au-delà de mesures d’urgence, c’est d’un changement radical de politique dont notre école a besoin. Il faut en finir avec les logiques d’individualisation et de sélection pour construire une école véritablement commune, dans laquelle tous les enfants pourront s’approprier des savoirs complexes et construire une culture commune. C’est pourquoi nous appelons à un moratoire sur l’ensemble des réformes en cours et à l’ouverture d’un grand débat national sur l’école dont nous avons besoin. Dans les salles des maîtres, dans les préaux, dans nos villages et dans nos cités, il est temps de reprendre la main sur l’avenir de l’éducation et de dessiner ensemble le projet d’une école véritablement commune, qui donnera aux citoyennes et aux citoyens de demain les moyens de maîtriser leur avenir. 

Marine Roussillon, membre du CEN, responsable du collectif Révolution de la connaissance, éducation, enseignement supérieur et recherche.

 

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 07:58

 

Les données françaises de santé, qu’elles proviennent de la Sécurité sociale, du système hospitalier ou du fichier des causes médicales des décès, sont pour l’instant utilisées essentiellement à des fins administratives ou budgétaires. Mais comme le montre déjà certaines expérimentations et recherches, leurs exploitations informatiques généralisées à des fins médicales pourraient amener d’importants progrès thérapeutiques.

 

 

Cependant ce trésor national de données, quasi unique au monde pour leur qualité, excite bien des convoitises de la part de l’industrie pharmaceutique mais aussi des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), des assurances, des banques, et voire des directions des ressources humaines.

Suite aux préconisations du rapport Villani sur l’intelligence artificielle et son corolaire le « big data » (1), la loi de juillet 2019 relative à la transformation du système de santé incluait la création d’une « plateforme de données de santé » rassemblant l’ensemble de celles-ci à partir du « Système national des données de santé » créé par la loi de janvier 2016. Il s’agit des informations de santé des 67 millions de Français incluant entre autres les données cliniques recueillies par les soignants, les pharmaciens, les centres hospitaliers : dates d’entrée et de sortie, diagnostic, traitements administrés, résultats d’examens complémentaires, comptes rendus médicaux, génomique et imagerie médicale,…

Outre un débat réel questionnant la nécessité et le danger de regrouper toutes les données de santé sur une plateforme unique, la constitution de cette plateforme aurait pu être l’occasion d’une coopération fructueuse et d’avenir entre soignants, informaticiens, chercheurs des différentes institutions de santé publique, entreprises (2) et organismes (3) de recherche français travaillant dans les domaines de l’intelligence artificielle, du « Cloud » (4), de la sécurité informatique et des supercalculateurs, avec bien sûr le contrôle de la CNIL (5) et de l’ANSSI (6). On aurait pu, par exemple, s’appuyer sur des plateformes existantes comme Teralab, développée au sein d’un institut de recherche de Mines Télécom, qui peut stocker et analyser de très grandes quantités de données. Ses machines sont à Douai et fonctionnent grâce à des logiciels libres, l’équipe technique est à Rennes et le reste à Paris et elle héberge déjà des données de santé.

Malheureusement, à partir de la loi de juillet 2019, c’est tout le contraire d’une telle démarche qui se mit en place sous la houlette de Cédric O, sous-ministre au numérique et obscur petit marquis de la macronie. La plateforme fut baptisée « Health Data Hub » : tout un programme en soi. Un consortium public-privé nageant dans le conflit d’intérêts fut institué afin de mettre en œuvre la plateforme et proposer les prestataires « techniques » pour la réaliser et l’héberger. Ainsi, le principal architecte du « Health Data Hub », le haut fonctionnaire Jean-Aubert (7), vient de rejoindre la société étatsunienne Iqvia qui est le plus gros marchand de données de santé du monde.

Malgré les très fortes réserves de la CNIL et de l’ANSSI, et en dehors de tout appel d’offre propre à tout marché public, Cédric O a imposé Microsoft comme maître-d’œuvre de la plateforme des données de santé de 67 millions de Français, c’est-à-dire l’hébergement mais aussi les outils logiciels d’analyse et de traitement des données.

Interpellé par le Sénat sur ce choix de confier les données de santé des Français à Microsoft, Cédric O osait se justifier ainsi : « Nous avions le choix entre prendre une solution française, et l’évaluation technique était très claire, qui ne nous permettait pas, et je le regrette, de faire les recherches scientifiques que nous souhaitions faire sur les données de santé (…) Étant donné le retard européen dans le Cloud, nous n’avions pas la possibilité de faire tourner des algorithmes d’intelligence artificielle aussi développés sur une infrastructure française que sur une infrastructure américaine. »

À cet énorme mensonge de Cédric O, la société française « OVH », spécialisée en Cloud et concurrente en la matière de Microsoft, répliquait par la voix de son créateur Octave Klaba : « Comment dire qu’on est « pas capable » alors qu’il n’y a toujours aucun cahier de charge ? Vous avez fini par décrire ce dont vous avez besoin ? [... ] Pas de cahier de charge. Pas d’appel d’offres. Le POC (8) avec Microsoft qui se transforme en solution imposée. Tout ceci à la limite je m’en fous. Mais de là à dire que l’écosystème qu’on représente est incapable de proposer mieux et moins cher, c’est non ! »

Pour défendre sa décision, Cédric O argue que les données seront anonymisées, chiffrées et stockées sur les centres de données de Microsoft en Hollande, donc en théorie sous le régime du règlement européen de protection des données. Il s’agit d’un triple mensonge.

En effet, les données ne seront pas anonymisées mais pseudonymisées, c’est-à-dire qu’on remplace les nom, prénom, numéro de sécurité sociale… d’une personne par un identifiant verrouillé par une clé de cryptage. Or, une étude de l’université de Louvain et de l’Impérial Collège de Londres a montré que sur les données de santé pseudonymisées des États-Unis, il suffisait d’accéder à trois variables pour ré-identifier 83 % des personnes. Le chiffrage des données n’offre aucune garantie de sécurité par rapport à Microsoft car cette entreprise ne se contente pas d’héberger les données, elle en assure l’analyse et le traitement et à donc accès aux clefs de déchiffrement comme l’a révélé l’analyse du Conseil d’État (9). Enfin l’hébergement aux Pays-Bas ne garantit rien car Microsoft étant une société américaine, elle est soumise au Cloud Act des États-Unis qui permet aux autorités des États-Unis d’accéder aux données gérées par une entreprise sur le territoire américain comme à l’étranger en vertu de l’extra-territorialité de la loi américaine. Notons de plus que la Cour de justice de l’Union européenne a annulé le 16 juillet l’accord de protection juridique des transferts de données personnelles entre les États-Unis et l’Europe.

Poursuivant sa fuite en avant au bénéfice de l’entreprise de Seattle, et passant une nouvelle fois outre l’avis de la CNIL, Cédric O, avec son complice Olivier Véran, a profité du régime d’état d’urgence sanitaire en mai pour faire transférer les données du nouveau fichier relatif aux individus infectés par la Covid-19 à Microsoft sans le consentement des personnes concernées.

Cette forfaiture au profit de Microsoft montre le peu de crédit que l’on peut accorder à la communication de Macron et de son gouvernement sur une relocalisation des productions stratégiques de santé. La réalité est loin de la fiction du discours macronien : On paye avec l’argent public le M de GAFAM pour exploiter les données de santé de notre pays.

Heureusement la résistance s’organise, plusieurs associations de soignants, d’informaticiens, de chercheurs, de partisans du logiciel comme InterHop (10), des syndicats s’opposent à cette trahison du gouvernement et proposent des alternatives. Pour sa part, le PCF soutient toutes ces actions et considère qu’un grand service public des données de santé associant expertises des soignants, organismes de recherche public et entreprises nationales, assis sur une renaissance industrielle de notre pays, est nécessaire et qu’il participerait à la construction d’une souveraineté numérique de la France dans le cadre de coopérations européennes et internationales. µ

Yann Le Pollotec, responsable de la commission Révolution numérique du PCF.

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1. En effet le fonctionnement d’un algorithme d’intelligence artificielle nécessite de gigantesques jeux de données et inversement les masses de données que constitue le big data impliquent pour être exploitées des algorithmes d’intelligence artificielle.

2. OVH, Dassault système, Atos…

3. L'Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA) par exemple.

4. Un serveur Cloud, ou serveur nuage en français, est une infrastructure informatique physique ou virtuelle puissante en réseau qui mutualise des capacités de calcul et de stockage et qui exécute des applications et stocke des données.

5. Commission nationale informatique et liberté.

6. Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.

7. https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/12/24/donnees-de-sante-conflit-d-interets-au-c-ur-de-la-nouvelle-plate-forme_6023918_3244.html

8. POC : La preuve de concept (proof of concept) désigne le fait d'avoir des preuves tangibles qu'un produit ou service potentiel peut fonctionner.

9. https://www.conseil-etat.fr/ressources/decisions-contentieuses/dernieres-decisions-importantes/conseil-d-etat-19-juin-2020-plateforme-health-data-hub

10. https://interhop.org/nous/

 

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 07:44

 

 

 

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 07:41

 

Élèves et enseignants se retrouvent ce mardi matin avec pour premier défi de rattraper les dégâts du confinement. Une situation exceptionnelle, dont le ministre n’a pas pris la mesure, en termes de moyens comme en termes pédagogiques.

Une « rentrée normale », dans une école qui est « prête » et qui doit « maintenir le cap des réformes » : tout va bien pour Jean-Michel Blanquer. Comme si rien ne s’était passé entre le 13 mars et aujourd’hui. Comme si, surtout, l’immobilisme et l’impréparation qu’il a soigneusement organisés allaient permettre à 12 millions d’élèves et 1,2 million de personnels de relever le défi de cette rentrée semblable à aucune autre. Décryptage.

 

1 Covid : le protocole impossible

Le protocole sanitaire mis à jour le 19 août et assorti depuis de fiches thématiques pour les cantines, le sport ou les récréations réussit un tour de force : être jugé à la fois peu protecteur et inapplicable. Distanciation physique, limitation du « brassage » des élèves, nettoyage et désinfection systématiques… deviennent facultatifs. De toute façon, assurait Jean-Michel Blanquer le 25 août, dans le secondaire, « normalement, les emplois du temps sont conçus pour limiter les croisements d’élèves ». Surréaliste, d’autant que la réforme du lycée voulue par le ministre oblige chaque élève à croiser en quelques jours la totalité des autres élèves du même niveau !

Le port du masque devient obligatoire pour tous les adultes et pour les élèves à partir de 11 ans. Obligatoire mais pas gratuit, ce qui posera problème aux familles les plus fragiles sur le plan économique. Le lavage des mains reste obligatoire… et tout aussi impraticable, quand environ 25 % des écoles ne disposent toujours pas de lavabos en nombre suffisant. Les fiches thématiques sont à l’inverse constituées de préconisations assez fortes : retour au non-brassage des élèves à la cantine et pendant les récrés, où la distanciation doit être « recherchée », respect de la distanciation – sans masque – pendant le sport… Mais, comme il s’agit de recommandations, non d’obligations, et comme elles sont quasi impossibles à mettre en pratique, elles apparaissent pour ce qu’elles sont : un moyen pour le ministre de rejeter les responsabilités sur les directions des établissements et les collectivités locales, en cas de contamination.

 

2 Rattraper le temps perdu

Pour les élèves, l’école s’est, en pratique, arrêtée le 13 mars. Les efforts des équipes pédagogiques pour maintenir le contact avec les élèves, les dispositifs numériques… tout cela n’a permis au mieux que de consolider des acquis. Les programmes n’ont pas été bouclés. Le bon sens (et les organisations syndicales) demandait que ces derniers puissent être lissés sur deux, voire trois années, afin de ne pas transformer l’année 2020-2021 en un impossible marathon couru au sprint. Refus du ministre : il ne faut pas « édulcorer les contenus » afin de permettre une « élévation du niveau général ».

Au lycée, où les programmes sont ressortis alourdis de la réforme, l’opération risque de tourner à la boucherie pédagogique avec, en pratique, quelques semaines pour remettre tout le monde à peu près à niveau avant de se préparer aux premiers examens de contrôle continu, en janvier. Mais, pour le ministre, tout est prévu : les « vacances apprenantes », les évaluations standardisées imposées dès le 14 septembre, alors que de nombreux professeurs dénoncent leur inutilité, le dispositif – volontaire – « devoirs faits » : l’existant y pourvoira. Pas d’embauches, ni de locaux supplémentaires pour permettre un travail qualitatif en petits groupes de niveau. « Accueillez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », pourrait-on résumer, parodiant l’appel au massacre des hérétiques lancé par le légat du pape devant Béziers en 1209…

 

3 Collèges, lycées : les sacrifiés

Quand l’Italie recrute 50 000 encadrants supplémentaires avant cette rentrée exceptionnelle, Jean-Michel Blanquer se rengorge des moins de 1 300 postes offerts à l’école primaire, prioritaire, et du quasi-moratoire sur les fermetures de classes en milieu rural. Mais passe sous silence le fait que, dans les collèges et lycées, qui s’apprêtent à accueillir entre 18 000 et 20 000 élèves de plus, ce sont, selon le Snes-FSU (premier syndicat du secondaire), 440 postes en moins qui sont prévus.

Le ministre sort alors de sa manche 1,5 million d’heures supplémentaires, censées permettre d’absorber le choc et de déployer le fameux dispositif « devoirs faits ». Sauf que, l’an dernier, seulement un tiers des heures supplémentaires déjà budgétées ont pu être utilisées, faute de professeurs pour les endosser. Une situation qui rend d’autant plus incompréhensible le choix de n’embaucher que 4 000 des 8 000 candidats admissibles aux concours internes du professorat, les 4 000 refusés étant déjà des enseignants expérimentés et employables, dont les établissements auraient le plus grand besoin. Et comme il n’est décidément pas à une incohérence près, le ministre assure que les personnels malades – qui risquent fort d’être plus nombreux qu’en temps normal – seront bien remplacés.

 

4 Le risque d’une « vente à la découpe »

« Nous allons maintenir le cap des réformes. » C’est bien là l’essentiel aux yeux de Jean-Michel Blanquer, ministre en mission. Celle des bacs – général comme professionnel – continuera donc son chemin ; les dédoublements en CP, CE1 et à présent en maternelle pour les grandes sections de l’éducation prioritaire, resteront l’alpha et l’oméga de sa politique en primaire, fût-ce au détriment des autres classes.

Mais, tout indique que le ministre a, avec un bel opportunisme, utilisé la crise sanitaire pour avancer d’autres pions. La place du numérique, par exemple : en dépit du constat général que, faute d’un accès égal de tous, le « distanciel » creuse les inégalités sociales devant l’éducation, Jean-Michel Blanquer compte bien faire des États généraux du numérique une occasion d’ancrer ces outils à l’école, confiant ainsi tout un pan des missions de l’éducation nationale aux entreprises, privées, de l’EdTech.

Pas besoin non plus d’être médium pour comprendre que, derrière le dispositif « 2S2C » (Sport, santé, culture, civisme), il s’agit de sortir des disciplines comme le sport, la musique ou les arts plastiques du périmètre de l’école (mais, à terme, sur le temps scolaire) pour les confier aux collectivités locales. Avec, là encore, l’assurance d’un accès inégal selon les choix et les moyens de celles-ci. Ce que le coprésident de la FCPE (première fédération de parents d’élèves), Rodrigo Arenas, a qualifié récemment de « vente à la découpe » de l’école publique. Personne, jusqu’ici, n’a osé le contredire.

Olivier Chartrain

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L’arlésienne de la revalorisation des profs

Les profs sont « désabusés ». Voilà comment Frédérique Rolet, porte-parole du Snes-FSU, qualifie l’état d’esprit du corps enseignant. 10 milliards d’euros, puis 500 millions, puis 400 millions : l’enveloppe qui devait être consacrée à la revalorisation du métier rétrécit sans cesse. La « prime d’équipement » informatique reste dans le flou. Comme celle promise aux directeurs. Et tout cela conditionné à une « transformation profonde » du métier, à travers un « Grenelle des professeurs » annoncé par un ministre qui devrait prendre garde, quand même, que ces désillusions enchaînées ne finissent par déchaîner la colère.

 

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 07:37

 

Une fois de plus, le journal Valeurs Actuelles connu pour sa ligne éditoriale raciste, xénophobe, romophobe et islamophobe fait scandale. L'unanimité, ou presque de la réprobation est porteuse d'espoir pour le mieux vivre ensemble demain. Le directeur de la publication doit désormais rendre des comptes car un tel acte tombe sous le coup de la Loi Gayssot contre le racisme. L'Etat devrait se porter partie civile et déposer plainte plutôt que de labourer le terrain de l'extrême droite avec son projet de loi contre les séparatismes.

 

 

Car ce  journal d'extrême droite est un habitué du genre, connu  aussi pour ses unes nauséabondes sur des femmes politiques comme Christiane Taubira, Najet Belkacem, a franchi un nouveau pas dans l'abject : sous prétexte d'une fiction,  la député insoumise Danielle Obono, enchaînée comme une esclave, expérimente la responsabilité des africains dans les horreurs de l'esclavage avant d'être sauvée par un religieux catholique blanc : cette fiction humiliante et dégradante pour une élue de la république vise, de surcroît, à atténuer la responsabilité des états occidentaux dans l'organisation de la traite négrière alors que c'est le commerce triangulaire reconnu comme crime contre l'humanité qui leur a permis d'assoir leur domination sur le monde en enfermant l'Afrique dans le sous-développement.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête contre le journal pour injures à caractère raciste et c’est une bonne chose ! Contre le racisme il ne faut jamais baisser la garde. Le PCF réaffirme un soutien inconditionnel à Danielle Obono et entend participer aux manifestations de protestation et de solidarité qui pourraient être initiées.

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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 05:33
Violences racistes et fascistes, suprématisme blanc, extrême-droitisation du Parti Républicain: L'Humanité au coeur de l'Amérique de Trump
Vendredi, 28 Août, 2020

États-Unis. À Kenosha, l’extrême-droite désormais à découvert

 
 
Le meurtre de deux manifestants antiracistes par un jeune milicien blanc de 17 ans plonge la petite ville du Wisconsin – et peut-être le pays – dans un état de tension inédit, renforcé par la rhétorique de « la loi et de l’ordre » de Donald Trump. Mais l’Amérique antiraciste n’abdique pas et poursuit sa mobilisation.
 

Les deux vidéos ont désormais fait le tour des réseaux sociaux et sans doute du monde entier. La première montre un policier tirer à sept reprises dans le dos de Jacob Blake, un Africain-Américain de 29 ans. À bord de la voiture dans laquelle la victime voulait entrer, se trouvaient trois de ses enfants âgés de 8, 5 et 3 ans. La seconde intervient quelques jours plus tard, dans la même ville de Kenosha (Wisconsin) où, chaque soir, en dépit du couvre-feu, se déroulent des manifestations pacifiques et où, en marge de celles-ci, la colère conduit à des saccages et incendies volontaires. On y voit Kyle Rittenhouse, 17 ans, arme automatique en bandoulière, mains en l’air, passer tranquillement devant les forces de police sans que celles-ci n’interviennent, alors que le milicien d’extrême droite vient de tuer deux manifestants antiracistes.

Kenosha marque sans doute une nouvelle étape dans l’état de tension d’un pays violent et injuste, scindé en deux blocs : pour la première fois, des manifestants antiracistes ont été tués par un milicien d’extrême droite. La polarisation du pays – cette grande divergence politique, idéologique et sociétale entamée il y a quarante ans et accélérée par le trumpisme – est devenue physique et meurtrière. C’est un précédent. L’Histoire dira si ce drame est « isolé » ou annonciateur, si le spectre de la « guerre civile » (nom donné à ce que nous appelons en France, la « guerre de Sécession ») ressurgit.

En tout cas, certains le souhaitent et… y travaillent. Ils s’appellent les boogaloo boys, portent des chemises hawaïennes qui les rendent visibles et se préparent à une guerre civile afin d’empêcher le gouvernement de les priver de leurs droits, notamment celui de porter une arme. Ils constituent une frange de la mouvance des milices d’extrême-droite, dont la diversité ne masque pas l’objectif commun : la suprématie blanche.

Depuis le début du puissant mouvement de protestation après le meurtre de George Floyd, le 25 mai, ces miliciens de tout acabit ont marqué leur présence en marge des manifestations. « Quand vous avez tous ces éléments – un moment politique chargé, beaucoup de désinformation et des groupes lourdement armés –, c’est juste une question de temps avant que quelque chose de dangereux ne survienne », explique au Washington Post Lindsay Schubiner, directrice d’études de l’ONG Western States Center. Cela est donc survenu à Kenosha, que la nébuleuse milicienne a vu comme un terrain de répétition générale. Kyle Rittenhouse est venu d’Antioch – Illinois –, à trente minutes de là, avec son arme chargée. Il a abattu deux hommes – de 26 et 36 ans – et en a blessé un troisième. Les enquêteurs ont découvert sur les réseaux sociaux ses affinités pour les armes, les forces de police et… Donald Trump.

Il ne faut pas attendre de ce dernier qu’il prenne quelque distance que ce soit avec l’auteur de ce double meurtre. Le président sortant s’en tiendra certainement à sa stratégie encore et toujours déroulée lors de la convention qui s’est terminée hier (lire p. 3) : accabler les démocrates de tous les maux, appeler à la « loi et l’ordre » afin de galvaniser sa base, dont ces groupes d’extrême droite constituent une partie essentielle, comme le souligne Mark Potok (lire entretien p. 4). « L’un des avertissements les plus pessimistes à propos de la présidence Trump devient une réalité. Les milices d’extrême droite sortent de l’ombre et se positionnent aux côtés de la police et parfois de responsables du parti républicain pour contrer les manifestations contre les brutalités de la police raciste », alerte le site de gauche AlterNet.

Le site journalistique The Trace, spécialisé sur les questions d’armes à feu, se montre encore plus précis : « Désormais, dans une poignée d’États avec une tradition d’extrême droite, des sections de groupe comme les Oath Keepers et les Three Percenters émergent comme des acteurs politiques directs, fournissant le service d’ordre des élus pro-Trump et des organisations républicaines. Dans un cas, un de ces miliciens était même le collaborateur d’un élu. »

Si la trumpisation du parti républicain, avec sa nouvelle garde prétorienne, est l’une des facettes de la polarisation galopante, quel est son équivalent « progressiste » ? Dans un article publié dans Vanity Fair, Ta-Nehisi Coates le discerne dans l’émergence, « pour la première fois dans l’histoire américaine (…), d’une majorité antiraciste légitime (…) qui peut donner naissance à un monde au-delà de l’idolâtrie des pères fondateurs, où nous pouvons chercher non pas seulement à défaire le président sortant, mais aussi à sortir sa philosophie entière de l’humanité ». Trop optimiste, l’écrivain et journaliste réputé pour son magnifique livre, Une colère noire ?

L’action historique des joueurs de l’équipe de basket de Milwaukee (lire encadré) donne du crédit à son hypothèse d’un « grand feu » naissant. Le « mouvement » né après le meurtre de George Floyd franchit lui aussi un cap, et il pourrait emprunter les mots de Letetra Widman, la sœur de Jacob Blake : « Je ne suis pas triste, je ne suis pas désolée, je suis en colère et je suis fatiguée (…) Je ne veux pas de votre pitié, je veux le changement ! »

Christophe Deroubaix

Un boycott des sportifs sans précédent

Aux États-Unis, le monde sportif a démarré un mouvement sans précédent de boycott des compétitions, en réaction à l’affaire Jacob Blake. Enclenché par l’équipe de basket-ball des Milwaukee Bucks, qui a boycotté un match et contraint l’Association nationale de basket (NBA) à reporter plusieurs autres rencontres, mercredi, le mouvement s’est propagé à grande vitesse. « Nous demandons le changement. On en a marre », a déclaré la superstar des Los Angeles Lakers, LeBron James.  La joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka, dont le père est d’origine haïtienne, a quant à elle refusé de disputer la demi-finale du tournoi de Cincinnati, dont les organisateurs ont reporté d’un jour tous les matchs prévus ce jeudi 27 août.  Des matchs de football américain et de baseball ont également été repoussés pour les mêmes raisons.

Vendredi, 28 Août, 2020

La trumpisation achevée du Grand Old Party

La convention du parti républicain a consacré la prise de pouvoir du président nationaliste et de son idéologie. Il n’y a plus ni débats, ni d’opposants dans le parti fondé par Abraham Lincoln, juste un chef  : Donald Trump. (MAJ 28/08 à 9h45)

 

«Ce n’est plus le parti républicain, c’est un culte à Trump. » La féroce critique ne provient pas d’un opposant démocrate ou d’un éditorial de journal « liberal » que Trump aime tant à attaquer, mais de l’essayiste Bill Kristol, fils d’Irving Kristol, considéré comme le fondateur du mouvement néoconservateur. La formule est cinglante mais elle se révèle… fausse. Si les quatre jours de la convention républicaine ont bel et bien tourné au « culte à Trump », il s’agit toujours du « parti républicain ». « Les conservateurs ont enfanté un monstre : c’est Trump. C’est leur Frankenstein. Ils ne se sont d’abord pas reconnus dans cet enfant illégitime, puis ils s’y sont ralliés car Trump a gagné », analyse l’historien Romain Huret, directeur de recherches à l’EHESS. « Cette évolution remonte aux années 1960 et à la capture du parti républicain par Barry Goldwater (candidat battu à plate couture lors de l’élection présidentielle de 1964 par Lyndon Johnson et considéré comme le père de la révolution conservatrice – NDLR). Trump est la version la plus extrême, la plus aboutie de l’aile droite », ajoute-t-il.
La « trumpisation » du GOP (Grand Old Party, son surnom) s’est achevée entre vidéos enregistrées et harangues devant une salle de conférence vide. Les voix dissonantes n’ont pas été invitées. Elles n’y tenaient pas plus que cela. « Ne pas être publiquement loyal à Trump peut se payer cher : disqualification sur Twitter, campagne négative en circonscription, insultes, etc. », indique Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’Iris. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, toute la famille Trump est passée derrière le pupitre, des enfants aux beaux-enfants en passant par l’épouse. « Du reste, le parti ne publie pas de plateforme (programme) différente de celle de 2016, ce qui est exceptionnel. C’est aussi un indicateur que le parti est uni derrière Trump et n’engage pas de débats internes », poursuit la spécialiste.

Le renoncement à l’élaboration d’un programme actualisé en dit long sur la vampirisation du vieux parti par le milliardaire. Pour autant, ce programme existe bien, mais il est, selon David Frum, ancien conseiller de W. Bush et républicain en rupture de ban, « trop effrayant pour être rendu public ». Les choix et propos des orateurs, ainsi que les mises en scène ont dessiné le projet trumpiste entre darwinisme social, nationalisme, dérégulation (sociale et environnementale) et nativisme assumé (« Le parti républicain tient un meeting du Klan », a tweeté l’élue socialiste de Pittsburgh, Summer Lee). « C’est un conservatisme sans filtre, sans garde-fous », résume Romain Huret. À titre d’exemple : en rupture avec la coutume, et sans doute en violation des règles administratives américaines, Mike Pompeo, le chef de la diplomatie, s’est immiscé dans le débat électoral en diffusant une vidéo de soutien à Donald Trump enregistrée depuis Jérusalem. Un signal on ne peut plus clair envoyé aux électeurs évangéliques blancs, noyau dur de la base républicaine. « Le seul but de la convention de Donald Trump était de parler aux spectateurs de Fox News », constate David Frum. Lors de son discours d’acceptation, jeudi soir devant un millier de personnes, l’immense majorité sans masques, il a accusé les démocrates de vouloir livrer les villes aux «anarchistes» de «démolir les banlieues», bref rien de moins que de détruire le fameux «American way of life». Solidifier sa base en la chauffant à blanc : Donald Trump ne déroge pas à la règle de 2016, mais en l’appliquant dans un climat de tension supérieure, il contribue à l’exacerber un peu plus.

Vendredi, 28 Août, 2020

« La droite radicale a infiltré le courant politique dominant »

Les milices armées, composées de suprémacistes et de nationalistes blancs sont de plus en plus présentes, explique Mark Potok. À Kenosha, elles ont tué. Entretien.
Mark Potok

 

Mark Potok

Chercheur au Centre for Analysis of the Radical Right

Êtes-vous surpris par ce qui s’est passé à Kenosha ?

Mark Potok Non ! Depuis plusieurs années, en remontant au moins aux troubles civils à Ferguson, dans le Missouri, en 2014, des groupes extrémistes armés, d’extrême droite, se livrent à des actes de violence contre les Noirs et menacent les manifestants. Cela s’est produit maintes et maintes fois, et encore très récemment à Portland, un autre point chaud de protestation contre la violence policière.

Comment décririez-vous ces milices et leurs membres ?

Mark Potok Parmi les groupes d’extrême droite engagés dans cette « protection » armée des biens contre les manifestants de Black Lives Matter (BLM) figurent les Gardiens du serment (Oath Keepers) et les Fiers Garçons (Proud Boys), qui manifestent en étant lourdement armés. Nous savons qu’un homme blanc nommé Josh Binninger a déclaré aux journalistes qu’il avait utilisé une page Facebook pour organiser un groupe d’environ 200 personnes qui sont allées à Kenosha mardi soir. Il semble que le tireur ne faisait pas partie de ce groupe. Mais, si vous regardez la page Facebook de Binninger, vous verrez un certain nombre de messages d’extrême droite, y compris celui qu’il a posté il y a six jours qui représente une femme avec une pancarte disant : « Cessez de financer Hollywood, Arrêtez d’idolâtrer les pédophiles. » Clairement Binninger adhère à la théorie du complot QAnon (1), que le FBI a décrite comme une source potentielle de terrorisme intérieur. Trump a déclaré que ceux qui croient au QAnon sont des patriotes « qui aiment notre pays ».

Quel est leur but ?

Mark Potok Ces hommes blancs représentent une réaction nationaliste blanche contre les manifestants de Black Lives Matter et l’influence croissante des Noirs et d’autres personnes de couleur en Amérique. Ce sont des ethno-nationalistes d’extrême droite qui se sentent menacés par des changements sociaux majeurs en Amérique. Il est à noter qu’ils apparaissent régulièrement dans les villes pour « protéger » les biens et les citoyens censés être menacés par les Noirs ou leurs alliés. Ils ne se présentent absolument jamais pour défendre les Noirs qui sont menacés par les Blancs. Ce sont des gens que notre président raciste essaie d’atteindre quand il avertit que Joe Biden et sa coalition démocrate veulent détruire les banlieues résidentielles.

Peuvent-ils s’immiscer dans le processus électoral ?

Mark Potok Paradoxalement ils peuvent avoir pour effet de désamorcer la critique de droite des manifestations BLM comme violentes. Bien qu’il y ait certainement eu une certaine violence de la part des manifestants de BLM, la véritable tuerie est venue de leurs opposants de droite. Ce dernier double meurtre à Kenosha pourrait enfin ramener ce message aux Américains.

Ces activistes blancs représentent-ils un danger pour les États-Unis ?

Mark Potok La droite radicale est aujourd’hui, et depuis une vingtaine d’années, une grave menace pour la démocratie américaine. Ils ont contribué à amener Donald Trump au pouvoir, qui est une menace existentielle pour la démocratie, l’équité et l’égalité, la décence humaine. Les types de commentaires racistes, nativistes et misogynes qui sont maintenant régulièrement faits par Trump n’auraient pas pu se faire publiquement il y a quelques années sans réaction majeure. Aujourd’hui, grâce à la droite radicale, Trump et nombre d’élus républicains sont considérés comme acceptables par des dizaines de millions d’Américains.

Y a-t-il un lien entre les milices et la police ?

Mark Potok Le mouvement des milices a beaucoup interagi avec certaines organisations chargées de l’application de la loi, même si la majeure partie d’entre elles considèrent les milices comme une véritable menace. Beaucoup de policiers sont membres de Oath Keepers. Un autre grand groupe, la Constitutional Sheriffs and Peace Officers Association, est principalement composé de shérifs et de leurs adjoints.

Quelle pourrait être la réponse politique pour lutter contre ce phénomène ? Joe Biden pourrait-il agir contre eux ?

Mark Potok Il sera très difficile de faire reculer la droite radicale qui a maintenant infiltré si profondément le courant politique dominant en Amérique. Cependant, un raz-de-marée démocrate en novembre, y compris une reprise du Sénat, pourrait inaugurer une nouvelle ère. Dans les années 1920, le Ku Klux Klan rassemblait près de 4 millions. Ce qui a abouti à la loi raciste sur l’immigration de 1924. Dans les années 1930 de nombreux groupes fascisants se sont développés. Cependant, au pire moment de la Grande Dépression, le pays a élu Franklin D. Roosevelt président. Il a institué l’État providence moderne et a combattu du bon côté pendant la Seconde Guerre mondiale. Si les démocrates remportent une victoire majeure en novembre, le pays pourrait enfin se détourner d’une histoire de racisme et d’autres maux sociaux. Biden pourrait en fait conduire le pays dans une direction beaucoup plus ensoleillée, plus optimiste et socialement progressiste.

(1) Théorie du complot d’extrême droite selon laquelle Trump livrerait une guerre secrète contre des élites implantées dans le gouvernement, les milieux financiers et les médias.
Entretien réalisé par Pierre Barbancey

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