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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 07:56

Retrouvez sur notre chaîne YouTube Rouge Finistère PCF29 notre nouvelle vidéo d’éducation populaire

A l’occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin et de la fin de la RDA, conférence-débat avec Saskia HELLMUND, qui nous parla de la RDA « ex Allemagne de l’Est » où elle est née et a vécu sa jeunesse et étudié, sur la base des deux livres qu’elle a déjà publiés:

– La fille qui venait d’un pays disparu

– Pays perdu, pays choisi. Journal d’une jeune Allemande de l’est (chez Skol Vreizh)

Saskia est née en 1974 en RDA et a fait des études d’histoire à Leipzig, Berlin et Paris. Après un doctorat sur la médiation culturelle transfrontalière, elle a enseigné à la Sorbonne. Depuis 2012, elle est installée en Bretagne, dans la Baie de Morlaix. L’été, y travaille comme guide touristique et guide de randonnée, l’hiver, elle enseigne sa langue maternelle à l’UCO de Guingamp. En ce moment, elle prépare la création d’une pièce de théâtre sur la chute du Mur vue de l’Est.

N’hésitez pas à liker et à partager massivement nos vidéos et à vous abonner à notre chaîne YouTube Rouge Finistère PCF29

https://m.youtube.com/chann…/UC_JA1gtX_4_vDNQiU5SbkyQ/videos

#RougeFinisterePCF29
#EducationPopulaire

 

A l’occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin et de la fin de la RDA, conférence-débat avec Saskia HELLMUND, qui nous parla de la RDA « ex Allemagne de l’Est » où elle est née et a vécu sa jeunesse et étudié, sur la base des deux livres qu’elle a déjà publiés: – La fille qui venait d’un pays disparu – Pays perdu, pays choisi. Journal d’une jeune Allemande de l’est (chez Skol Vreizh) Saskia est née en 1974 en RDA et a fait des études d’histoire à Leipzig, Berlin et Paris. Après un doctorat sur la médiation culturelle transfrontalière, elle a enseigné à la Sorbonne. Depuis 2012, elle est installée en Bretagne, dans la Baie de Morlaix. L’été, y travaille comme guide touristique et guide de randonnée, l’hiver, elle enseigne sa langue maternelle à l’UCO de Guingamp. En ce moment, elle prépare la création d’une pièce de théâtre sur la chute du Mur vue de l’Est.

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:52

 

Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre en charge de la transition écologique et solidaire, nous promet pour bientôt le vote d’une loi « antigaspillage pour une économie circulaire ». En attendant, nos boîtes aux lettres regorgent de dépliants vantant toutes sortes promotions à l’approche des fêtes de fin d’année. En milieu rural, tout près de Lannion, une retraitée de 76 ans nous indique avoir trouvé 316 pages pour un total de 13 dépliants publicitaires dans sa boîte aux lettres.

Gérard Le Puill

Le 9 décembre, devant les députés, la secrétaire d’État Brune Poirson a entamé son discours sur le « projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire » en ces termes : « Aujourd’hui, mesdames et messieurs les députés, le projet de loi antigaspillage comprend 106 articles (…). Quelle est l’ambition de cette loi ? Réaliser la transition entre deux mondes. Aller de celui du tout-jetable, qui caractérise trop notre société, vers celui du tout-réutilisable (…). Concrètement, pour être à la hauteur du XXI e siècle, nous devons rompre avec le système capitaliste vorace et injuste qui est le nôtre (…). Dans ce contexte, les objectifs sont clairs : nous devons nous attaquer à toutes les formes de gaspillage, à tous les niveaux : dans les familles, dans les entreprises ou dans les administrations (…). Le gaspillage est le symbole des excès de notre système économique et des injustices qu’il produit (…). L’objectif de ce projet de loi, vous l’aurez compris, c’est d’entrer dans l’ère du “zéro déchet” le plus vite possible (…). Nous allons accélérer le passage d’une société du tout-jetable à une société du tout-réutilisable. »

Treize dépliants publicitaires le même dans la boîte !

Le jour où Brune Poirson prononçait ce discours écologique devant les députés, une retraitée de 76 ans habitant sur une colline côtière peuplée de plusieurs centaines de maisons entre Lannion et Trébeurden, dans le département des Côtes-d’Armor, nous informait sur le contenu de sa boîte aux lettres. Il faut ici savoir que Lannion compte près de 20 000 habitants. Dans la ville basse les immeubles et les commerces bordent le Léguer, un fleuve côtier qui se jette dans la Manche quelques kilomètres plus bas. Ces habitations et ces commerces voient déjà l’eau monter jusqu’à leur porte les jours de fort coefficient des marées. Lannion ayant absorbé quatre autres communes dont Servel. Notre retraitée habite sur le territoire de Servel. Elle se trouve bien en hauteur avec vue sur la mer et ne redoute pas les inondations dans les prochaines décennies. Mais elle s’étonnait d’avoir reçu pas moins de 13 dépliants publicitaires totalisant 316 pages dans sa boîte aux lettres le jour où Brune Poirson nous promettait la fin des gaspillages en tous genres.

Les plus gros volumes étaient édités par Leclerc avec deux journaux de 56 pages pour l’un, de 16 pages pour l’autre. Toutefois, la pagination totale de Leclerc était inférieure à celle de Géant Casino, avec son dépliant de 80 pages. Lidl était loin derrière, avec 44 pages, tandis que les surgelés de la marque Picard étalaient leur offre sur 24 pages. Tous ces journaux ont été financés par des enseignes qui n’en finissent pas de bétonner des terres agricoles pour augmenter leurs surfaces de vente. Sur le plateau qui domine la ville de Lannion, beaucoup d’emplois industriels ont été perdus tandis que des zones de chalandise prenaient la place des usines de la téléphonie délocalisées vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

La concurrence étant rude entre les enseignes, le bilan carbone de cette publicité inutile s’ajoute au gaspillage de toutes sortes de produits, périssables ou pas. Dans le bilan carbone des dépliants publicitaires, il y a la fabrication de la pâte à papier, l’impression, puis la distribution de ces journaux. Ils sont utilisés par chaque enseigne pour tenter de gagner des parts de marché au détriment des autres en jouant sur la guerre des prix dont elles font payer la note par leurs fournisseurs de l’industrie agroalimentaire, lesquels réduisent leurs coûts en important de la viande et d’autres produits bon marché pour faire chuter les cours payés aux paysans français. Mais il n’y avait aucune remarque sur le sujet dans le discours de Brune Poirson.

Des promotions limitées à six jours, en attendant les suivantes

Limitée à six jours, dimanche compris, telle enseigne proposait la côte de porc à 3,65 euros le kilo, la côte de bœuf à griller à 10,95 euros le kilo, quand telle autre mettait le rôti de bœuf à 8,48 euros le kilo et le poulet de Loué à 4,87 euros le kilo. Tranquilles ou pétillants, la plupart des vins étaient affichés à moins de 5 euros la bouteille, en prévision des fêtes de fin d’année. Quand ces dernières seront sur le point de se terminer, on verra poindre de nouvelles promotions dans une nouvelle vague de magazines publicitaires pour écouler les stocks, y compris et surtout de viande, dont une partie de l’offre très diversifiée sera en promotion. Il y aura des « achats malins » qui mettront un peu de réserve dans les congélateurs et des clients seront contents d’avoir réalisé de bonnes affaires.

Il reste toutefois deux ou trois questions qu’il convient de poser à Brune Poirson. La première porte sur le bilan carbone de cette publicité écrite par une multitude d’enseignes dans l’offre alimentaire comme celle des produits d’équipement des ménages. La deuxième concerne le revenu des paysans, qui restent souvent la principale victime des promotions sur la viande chaque fois qu’une baisse de la demande succède aux achats opportunistes effectués durant les promos. La troisième conséquence tient au fait que cette omniprésence et cette pression permanente de la politique de l’offre ne sont guère compatibles avec le débat qu’il conviendrait d’avoir sur la nécessaire réduction de la part des protéines animales dans nos assiettes si nous voulons que la lutte contre le réchauffement climatique devienne aussi l’affaire de tout un chacun.

 

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:35

 

Tribune Le Monde, 16 décembre 2019


Dans l’Antiquité, certains philosophes ambitionnaient le rôle de conseiller du prince. Depuis quelques décennies, capitalisme oblige, ce rôle est dévolu aux économistes. Ainsi, quatre économistes mainstream parmi les plus reconnus, qui avaient participé à la rédaction du programme du candidat Macron, ont publié dans Le Monde du 11 décembre une une tribune dans laquelle ils se désolent de ne pas avoir été écoutés par le gouvernement. Ils se plaignent que la mise en place d’un régime unique par points ne se fasse pas dans sa pleine pureté « systémique ».


Ils pointent très justement la contradiction dans laquelle se noie le gouvernement : « Si la réforme est injuste ou anxiogène, les délais (pour l’appliquer) ne résoudront rien. Si comme nous le pensons, elle est socialement juste et économiquement efficace, pourquoi la retarder ? » C’est le bon sens même. Mais cette réforme est-elle socialement juste et économiquement efficace ? C’est toute la question…

Pour nos quatre économistes, « le principe qui la fonde – “à cotisations égales, retraite égale” – traduit l’équité des règles d’acquisition des droits contributifs ». Derrière ce vocabulaire se cache une conception de la retraite qui veut en faire une assurance individuelle, où chacun cotise pour sa propre pension. Il s’agit in fine, de rapprocher le plus possible celle-ci de la somme (actualisée) de ses cotisations.


Ainsi, dans un régime par points, le calcul de la pension, au-delà même des manipulations sur la valeur du point, est basé sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les meilleures années, comme actuellement dans le cas du régime général de la Sécurité sociale, ou sur le salaire des six derniers mois (sans les primes) dans la Fonction publique. Cette conception trouve son plein aboutissement dans un régime dit à comptes notionnels, qui intègre en plus l’espérance de vie moyenne de manière à ce que la somme des pensions reçues par une personne pendant sa retraite corresponde le plus possible à la somme des cotisations versées au cours de sa vie active.


Dans cette logique, quelle que soit la carrière d’un salarié, les interruptions dues aux périodes de chômage ou de prise en charge des enfants, ses conditions de travail, etc., les règles sont les mêmes pour toutes et tous. L’équité selon cette définition consiste donc à traiter de la même façon des individus placés dans des situations professionnelles inégales. Elle a donc pour effet pratique d’amplifier les inégalités de retraite.



La contradiction interne à leur raisonnement


Pourtant, disent-ils, le régime par points « est pleinement compatible avec le renforcement de la solidarité du système et la prise en compte de la pénibilité ». « Dans un tel système, plus rien ne justifiera les régimes spéciaux. » Il faut d’abord noter la contradiction interne à leur raisonnement. Ainsi, ils reconnaissent la nécessité de prendre en compte la pénibilité, mais refusent les régimes spéciaux dont l’origine a justement été cette prise en compte. Comprenne qui pourra…

Au-delà, ce sur quoi ils sont particulièrement taiseux, ce sont les moyens de la solidarité. Alors que ceux-ci devraient nécessairement être accrus si l’on veut pouvoir compenser les inégalités actuelles et celles que générera le système par points, « le poids de la solidarité dans les dépenses de retraite restera stable », comme l’annonce le rapport Delevoye. Et encore cette stabilité, hors pensions de réversion, n’est-elle garantie que lors du basculement dans le nouveau système.

Les auteurs de la tribune affirment refuser « des considérations budgétaires qui détournent de l’essentiel », telles que des « réformes paramétriques » qui allongeraient la durée de cotisation et/ou prendraient des mesures d’âge car, expliquent-ils benoîtement, en tout état de cause « cela n’empêchera pas l’âge effectif de départ à la retraite d’augmenter […]. Le nouveau système y incitera ». On comprend leur agacement ! Pourquoi focaliser l’attention sur des mesures paramétriques, alors même que le régime par points peut y pourvoir tranquillement ?

Il aurait été si facile, si on les comprend bien, de tromper le chaland si le gouvernement avait suivi leurs conseils avisés. Surtout, nous disent-ils, pourquoi de telles mesures, puisqu’il est prévu que « les dépenses (en matière de retraites) sont stabilisées autour de 14 % du PIB » ? Alors que, c’est une certitude, la proportion de retraités dans la population augmentera dans le futur, c’est donc l’appauvrissement des retraités qui est ainsi tranquillement programmé. C’est sans doute ce qu’ils appellent « l’efficacité économique », au prorata des facilités accordées pour que les hauts salaires souscrivent à des plans de retraite par capitalisation.


Après s’être félicités de sa stabilisation promise, les auteurs de la tribune se prononcent pour « un accord social aussi large que possible » sur la part des pensions dans le PIB. Mais la question du partage de la valeur ajoutée, de la richesse créée par la production, entre la masse salariale et les profits, n’est pas abordée. Si la part des profits ne peut bouger, rémunération des actionnaires oblige, alors évidemment la part salariale ne peut au mieux que stagner et donc aussi le financement de la Sécurité sociale, puisque la hausse des cotisations est par avance exclue. C’est là tout l’enjeu caché du débat actuel.



Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa, Christiane Marty et Jacques Rigaudiat sont économistes, membres d’Attac et de la Fondation Copernic 

 

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:09

Ensemble, Europe Écologie Les Verts, Gauche Démocratique et Sociale, Gauche Républicaine et socialiste, GénérationS, Les Radicaux De Gauche, Parti Communiste Français, Parti Socialiste, Pour une Écologie Populaire, Place Publique, République et socialisme, Union des démocrates et Écologistes

 

Le Premier Ministre s’est exprimé mais rien ne change.

Le Premier Ministre assure qu’il n’y a pas d’autres choix que de travailler plus longtemps pour améliorer notre système de retraite. Nous lui répondons le contraire : Il y a d’autres choix.

Notre pays vit une crise sociale majeure. La colère des français-es contre la réforme des retraites du gouvernement est à la mesure des deux ans et demi de régression sociale, de mauvais coups portés contre la grande majorité de nos concitoyen-nes, contre nos services publics et  devant l’absence de politiques permettant de répondre à l’urgence sociale et climatique.

Nous, forces politiques issues de la gauche et de l’écologie, condamnons la méthode et le fond de cette réforme des retraites confirmés par le Premier Ministre qui va aggraver la situation des retraité-es et futurs retraité-es de notre pays. Nous demandons que le gouvernement engage de véritables négociations, sans imposer une réforme dont il ne sait pas lui même simuler les conséquences. Nous demandons que s’ouvre un vrai débat qui mette en balance toutes les propositions pour améliorer le système de retraite actuel sans régression sociale.

Le dépôt du projet de loi constituerait un passage en force alors même qu’il n’est soutenu que par le MEDEF et le parti présidentiel. Il doit être retiré pour apaiser la situation, renouer les fil du dialogue et sortir de la situation de blocage du pays. 

Nous partageons ensemble le même diagnostic : le système de retraite actuel n’est pas déficitaire comme l’affirme le gouvernement et ne le deviendra que si les choix budgétaires injustes faits par ce gouvernement n’étaient pas corrigés. Aucune raison budgétaire ou démographique n’impose d’exiger des Français un sacrifice sur leur pension pour sauver notre système de retraite.

Quand les hôpitaux, l’éducation, les forces de l’ordre, la justice, demandent plus de moyens, quand la population réclame plus de services et de répondre l’urgence écologique et climatique, nous devons sans délai changer de cap. 

Nous dénonçons la méthode du gouvernement qui communique sur un supposé “dialogue” mais “en même temps” renvoie aux partenaires sociaux le devoir de trouver des mesures d’économie en un temps record, là où le débat demande du temps et alors qu’aucune urgence n’existe. Mais la méthode est rodée, c’est celle déjà imposée avec l’assurance chômage et qui conduit à la précarisation d’un million sept cent mille chômeurs. 

A l’écoute des besoins de la population, nous voulons offrir aux françaises et aux français des pensions permettant de vivre dignement, supprimer les insupportables inégalités existant entre les femmes et les hommes et une meilleure prise en compte de la pénibilité, des carrières longues ou hachées. Nous voulons garantir aux plus jeunes un haut niveau de protection sociale, dans une France solidaire entre les générations et sans dette écologique.

Toute personne a droit à une retraite en bonne santé et cet objectif doit être le fil rouge de la réforme à venir. Ce projet doit assurer à toutes et tous des conditions de vie digne et une insertion sociale tout au long de la vie.

Ensemble, nous proposons d’améliorer le système de retraite solidaire par répartition sans pour autant augmenter l’âge de départ en retraite ou allonger la durée de cotisations. Des solutions alternatives, progressistes, existent qui permettent d’élargir l’assiette de financement de notre système de retraite et de créer plus d’emplois pour plus de justice sociale.

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 08:09

 

Les réformes des retraites instaurées voilà plus de 15 ans ont grevé le système par répartition, faisant fondre le montant des pensions. Au point que l’indigence des retraités est devenue outre-Rhin l’un des sujets les plus sensibles du débat public.

« J e me fais un sang d’encre. Je ne dors plus la nuit. » La Berlinoise Inge Vogel, qui travaille encore pour quelques mois dans une société spécialisée dans le matériel paramédical, s’apprête à prendre sa retraite. « J’ai plein de projets et je sais que je ne manquerai pas d’activités diverses dans le domaine politique ou culturel », précise-t-elle pour bien indiquer que ce n’est pas du blues classique du nouveau retraité dont elle souffre. Non l’angoisse d’Inge Vogel tient au brutal décrochage annoncé de son niveau de vie dès lors qu’elle sera pensionnée. À l’aube de sa cessation d’activité, Inge (66 ans) touche un salaire correct, environ 2 500 euros net par mois. Ce revenu va être réduit de plus de la moitié, compte tenu de l’évolution outre-Rhin du taux de remplacement (la différence entre le dernier salaire net et le montant de la première pension). Ce qui va ramener ses revenus à environ 1 200 euros, soit tout juste au-dessus du niveau du salaire minimum. « Et je ne suis pas la plus à plaindre », lâche la bientôt ex-salariée. Quelqu’un payé aujourd’hui 1 500 euros net – « ce n’est malheureusement pas une rémunération exceptionnellement basse ici », précise Inge – ne va plus percevoir qu’un peu plus de 700 euros par mois pour ses vieux jours. « Une misère. » Et l’ex-assistante médicale ne mentionne même pas le cas de ses compatriotes innombrables qui ne toucheront pas le taux plein car ils n’auront pas accompli les exigibles 45 à 47 annuités.

Des mesures ressemblant à celles déployées par Emmanuel Macron

L’extension de la pauvreté chez les seniors et la perspective généralisée de retraites peau de chagrin provoquent un tel traumatisme dans la société allemande que ces thèmes figurent parmi les sujets les plus sensibles, régulièrement en première ligne du débat public. Les réformes lancées en 2002 et 2005 par l’ex-chancelier Gerhard Schröder furent présentées comme « le seul moyen de sauvegarder » le système et singulièrement la retraite de base par répartition dont l’écrasante majorité des Allemands demeure tributaire aujourd’hui. Encouragement fiscal aux plus riches à souscrire des assurances privées, amélioration de la compétitivité d’entreprises qui crouleraient sous les « charges sociales », instauration d’un indice dit de « durabilité » (Nachhaltigkeit) permettant de faire évoluer la valeur du point sur lequel est calculé le montant des retraites versées par les caisses légales (Gesetzliche Kassen) par répartition, allongement de la durée du travail et report à 67 ans de l’âge de départ à taux plein : la panoplie des mesures adoptées par le gouvernement SPD-Verts de l’époque ressemble à s’y méprendre à celle déployée aujourd’hui par Emmanuel Macron pour justifier sa réforme. Jusqu’aux éléments de langage sur « la nécessité absolue de moderniser le système ».

Pour se faire une idée des effets pratiques à moyen terme de la réforme des retraites d’Emmanuel Macron, il suffit ainsi de jeter un œil de l’autre côté de la frontière. Le bilan social des transformations allemandes, plus de quinze ans après leur entrée en vigueur, est dévastateur. La part des retraités allemands, précipités sous le seuil de pauvreté, a explosé. 16,8 % des seniors sont touchés aujourd’hui. Un retraité allemand sur deux – soit quelque 8,6 millions de personnes – doit survivre avec une pension inférieure à 800 euros par mois. Une enquête prospective publiée en septembre dernier par l’institut de recherche économique de Berlin (DIW) montre que plus d’un retraité sur 5 (21,6 %) sera misérable à l’horizon 2039. Et cette estimation est sans doute très optimiste puisque les auteurs de l’étude ont choisi de se baser sur la poursuite bon an mal an de la conjoncture économique favorable de ces dernières années (avec taux de chômage réduit).

L’introduction de la retraite Riester par capitalisation, présentée comme le troisième pilier du « modèle » germanique, a profondément ébranlé le système de base par répartition. Les placements réalisés par les citoyens généralement les plus aisés, attirés par d’alléchantes incitations fiscales, ont mécaniquement asséché les ressources des caisses légales qui organisent le financement solidaire des retraites par les cotisations des salariés actifs. Le manque à gagner sera d’autant plus conséquent qu’une partie des fonds est déjà drainée vers les retraites « maison » des entreprises, particularité ancienne du « modèle » et deuxième pilier du système reposant sur la capitalisation. Sachant qu’à ce titre seule une minorité de salariés appartenant le plus souvent aux plus grands groupes bénéficie aujourd’hui d’une rente complémentaire digne de ce nom.

La peur que le passage au troisième âge rime avec un rapide déclassement social, hante toute une société. Si bien que la question s’impose outre-Rhin depuis plusieurs années tout en haut du débat public. La grande coalition a dû bricoler des pare-feu en catastrophe pour éviter un emballement de la mécanique enclenchée par les réformes. On a suspendu d’ici à 2025 l’effet de l’indexation de la valeur du point de la retraite par répartition sur le montant des pensions en bloquant jusqu’à cette date à 48 % un taux de remplacement. Celui-ci avait dégringolé de plus de 10 % sur les dix dernières années.

Les travailleur pauvres grossissent le flot des retraités miséreux

CDU et SPD se sont mis aussi laborieusement d’accord sur l’introduction d’une retraite plancher (Grundrente), une revalorisation des pensions soutenue par l’État pour qu’elles atteignent le niveau des… minima sociaux (de 600 à 900 euros par mois). La mesure est censée éviter à nombre de retraités pauvres de prendre le chemin humiliant du bureau d’aide sociale pour toucher un complément de revenu pour accéder au minimum vital. Beaucoup préfèrent en effet effectuer n’importe quel petit boulot plutôt que d’avoir à mendier une aide. Là encore les chiffres des études les plus récentes sont aussi éloquents qu’effarants : plus d’un million de seniors, souvent âgés de plus de 70 ans, sont contraints aujourd’hui d’exercer des « mini-jobs » pour survivre. Soit une hausse d’environ 40 % sur dix ans. On les voit de plus en plus fréquemment dans les rues allemandes, ombres furtives qui distribuent des prospectus publicitaires, portent des journaux à domicile ou ramassent à la sauvette des canettes de verre ou de plastiques à la terrasse des cafés dans l’espoir de récupérer des consignes pratiquées sur ces produits outre-Rhin un maximum de centimes.

Cette pauvreté qui se répand si massivement chez les seniors allemands n’est pas sans lien avec l’extrême précarité imposée à de nombreux salariés par les lois Hartz de dérégulation du marché du travail. Lancées au même moment que les réformes des retraites, elles ont été présentées de la même façon qu’elles comme une étape majeure pour propulser « la compétitivité » (financière) des firmes allemandes. Les travailleurs pauvres, ou ceux dont la carrière a été entrecoupée de longues périodes de travaux sous-rémunérés et le plus souvent exonérés de cotisations sociales, contribuent évidemment à faire grossir le flot des retraités miséreux. Là encore, le parallèle avec la logique macronienne est frappant. L’aménagement au forceps du Code du travail décidé au début du quinquennat accroît la précarité, ce qui va accentuer l’appauvrissement programmé de la majorité des salariés par la réforme française des retraites.

Les effets contre-productifs des réformes antisociales engagées outre-Rhin au début de la décennie 2000 deviennent de plus en plus manifestes. L’apparition d’une société cloisonnée, devenue très inégalitaire, où « l’ascenseur social ne fonctionne plus », est dénoncée de plus en plus régulièrement dans les travaux de plusieurs économistes. Un handicap profond qui n’est pas sans lien avec l’entrée en stagnation, depuis quelques mois, de la première économie de la zone euro.

Bruno Odent

 

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 08:08

 

De l’avis du gouvernement, les mesures proposées représentent « un vrai progrès social » pour les agriculteurs. Une affirmation qui ne fait pas l’unanimité dans la profession.

Les agriculteurs, grands gagnants de la réforme des retraites ? Telle est la petite musique répétée par le gouvernement ces derniers temps. Le premier ministre a ainsi « garanti » aux « oubliés du système » que sont les agriculteurs une « pension minimale de 1 000 euros net par mois pour une carrière complète au Smic » dès 2022, puis de 85 % du Smic en 2025. Selon le rapport établi en juillet par le haut- commissaire aux retraites d’alors, Jean-Paul Delevoye, « 40 % d’entre eux verront leur pension sensiblement s’améliorer et leurs prélèvements légèrement diminuer ». Une vraie « révolution sociale », s’est même félicité Édouard Philippe. Vraiment ?

Pas sûr que les principaux intéressés partagent cet enthousiasme. Seule la FNSEA, syndicat majoritaire et fervent soutien du gouvernement, juge cette réforme « ambitieuse »« Nous étions demandeurs d’une réforme systémique depuis 2013. (…) L’essentiel, c’est d’avoir une amélioration de la retraite, on n’a rien sans rien », estime ainsi Robert Verger, chargé de la question des retraites au sein de la FNSEA.

La nécessité d’une revalorisation des retraites

Seul regret pour le syndicat : que la réforme « oublie les retraités » actuels, au nombre de 1,3 million. Compte tenu de la faiblesse des revenus des paysans, le niveau moyen de pension est extrêmement bas, souvent même inférieur au seuil de pauvreté. Tous les syndicats agricoles s’accordent d’ailleurs sur ce constat et la nécessité de les revaloriser sans attendre. Les annonces du premier ministre « n’apportent pas de réponses à nos revendications pour une revalorisation immédiate des pensions les plus basses, qui sont de 930 euros pour les hommes et 670 euros pour les femmes, et encore pire en outre-mer, avec 350 euros en moyenne », regrette Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.

En 2003, la loi Fillon sur les retraites prévoyait déjà une pension à 1 000 euros minimum… Une mesure jamais appliquée par les gouvernements successifs. « L’absence de mesures sur ce sujet est d’autant plus incompréhensible que, l’année dernière, la proposition de loi du député PCF André Chassaigne, destinée à revaloriser les retraites agricoles, avait été bloquée par le gouvernement justement sous prétexte d’intégrer cette question à la réforme des retraites », précise Nicolas Girod.

Les 1 000 euros, une escroquerie intellectuelle

Au-delà de cet état des lieux, l’instauration d’une retraite plancher à 1 000 euros cristallise aussi en elle-même les divergences syndicales. Même si cela peut paraître, à première vue, une avancée. Car, pour en bénéficier, il faudra avoir payé une cotisation calculée sur la base d’un revenu annuel d’un peu plus de 6 000 euros pour une carrière complète « alors qu’aujourd’hui, les agriculteurs ne gagnent pas leur vie », rappelle Pierre Thomas, président du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), qui parle de « poudre aux yeux »« Le monde paysan n’en a pas les moyens », confirme Nicolas Girod, rappelant au passage que « la loi Egalim n’a pas réussi à imposer un meilleur partage de la valeur ajoutée »« Le rapport Delevoye convient lui-même que 40 % au moins des agriculteurs ont de très faibles revenus. Cette situation explique d’ailleurs la détresse de certains, poussés au suicide, quand ils voient débarquer les huissiers pour cotisations non payées », argue Armand Paquereau, de la Coordination rurale .

Au-delà, « le compte n’y est pas », notamment pour la Confédération paysanne. « Un système à points qui reproduit les inégalités de la vie professionnelle dans les retraites n’est pas un système équitable et solidaire. On est sûrement les gagnants, on part de tellement bas ! Mais on n’a pas envie, nous paysans, d’être les gagnants sur les retraites des cheminots, des enseignants, etc. Il est possible d’aller chercher ailleurs que ces soi-disant “privilégiés” », insiste le militant, qui plaide pour une retraite plancher « quel que soit le parcours professionnel » et un plafonnement des plus grosses pensions. Il appelle donc à « poursuivre la mobilisation » contre la réforme des retraites « aux côtés des travailleurs et travailleuses qui luttent pour plus d’égalité ».

Alexandra Chaignon

 

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 08:06

 

Les Français ne s’y trompent pas et leur soutien (64 %) à la mobilisation a même progressé dans l’opinion depuis trois semaines. Alors le gouvernement et sa meute de chiens de garde s’étranglent, déversant leur fiel sur la CGT, bouc émissaire favori de ceux qui voudraient spolier tranquillement. 

Le chiffre fait frémir : un peu plus de quinze ans après les «réformes» des retraites mises en œuvre en Allemagne, la moitié des seniors touchent moins de 800 euros. Une tragédie sociale qui jette plus de 8 millions de personnes dans la misère ou la précarité. Voilà la face cachée du fameux « modèle » allemand, dont les candidats François Fillon et Emmanuel Macron nous avaient ressassé les prétendues vertus pendant la campagne présidentielle de 2017. On sait aujourd’hui ce qu’il en est. Et ce qu’il en sera dans vingt ans en France si le gouvernement ne retire pas son projet.

Les Français ne s’y trompent pas et leur soutien (64 %) à la mobilisation a même progressé dans l’opinion depuis trois semaines. Alors le gouvernement et sa meute de chiens de garde s’étranglent, déversant leur fiel sur la CGT, bouc émissaire favori de ceux qui voudraient spolier tranquillement. Pourtant que leur doit-on à ces syndicalistes ! Sur tous les grands sujets sociaux de ces dernières années, de la loi travail au Cice, l’expérience leur a donné raison. Tous les dangers qu’ils pointaient et contre lesquels ils se sont battus, encaissant les coups de la répression, se sont vérifiés.

à moins d’une semaine de Noël, le bras de fer va encore s’intensifier avec le gouvernement. Le président de la République, aux abonnés absents, envisagerait des « améliorations autour de l’âge pivot », a fait opportunément savoir hier son entourage, pour tenter de ramener la CFDT dans son giron. Et, après le fiasco Delevoye, l’executif n’a rien trouvé de mieux que de nommer Laurent Pietraszewski. Ce député LaREM du Nord coche toutes les cases du CV idéal de la Macronie. Il s’était illustré comme DRH chez Auchan. Une salariée syndiquée CFDT avait été mise à pied et placée en garde à vue pour une « erreur de commande de 80 centimes d’euro et un pain au chocolat cramé donné ». Ça promet pour le « dialogue social »…

Par Maud Vergnol

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 09:53

 

Il y a près d'un million de demandeurs d'emploi de plus de 55 ans.

Une société internationale d’étude des problèmes de consommation, l’Institut Nielsen, vient de révéler qu’en France, les ventes des magasins alimentaires après 21 heures sont marginales. Les points de vente qui ouvrent la nuit ne réalisent à cette occasion que de 1 % à 2 % de leur chiffre d’affaires total. C’est dire qu’il est exigé beaucoup des salariés pour faire entrer si peu d’argent dans les tiroirs-caisses. On se demande pourquoi le Medef réclame une telle ouverture de 21 heures à minuit, et aussi pour quelle raison le gouvernement se dit prêt à l’imposer par ordonnance.

On sait aussi que le recul de l’âge de la retraite pèse sur l’emploi à tous les âges. Il contribue à accroître le chômage et la précarité des plus jeunes, sans pour autant que les plus âgés soient épargnés par ces fléaux. Ainsi, le service statistique du ministère du Travail, la Dares, ou l’Insee constatent que le taux d’activité, taux qui prend en compte à la fois les actifs en emploi et ceux au chômage, s’accroit fortement pour les 55‑64 ans : il a progressé de 16,2 points en dix ans, entre 2008 et 2018. En 2018, le taux d’activité des 50‑64 ans s’établit à 66,5 %. Celui des 55‑64 ans passe de 39,8 % en 2008 à 56,0 % en 2018. Le taux d’emploi des 60-64 ans, qui, lui, prend en compte uniquement ceux ayant un emploi, est passé, de début 2003 à début 2019, de 13 % à 32,5 %, tandis que, durant la même période, il a évolué de 3 % à 7,9 % pour les 65-69 ans. Le taux de chômage est, lui, passé de 4 % à 6,5 %. Il y a près d’un million de demandeurs d’emploi de plus de 55 ans, dont 48 % le sont depuis au moins deux ans. 47,5 % d’entre eux occupent un emploi inférieur à un mi-temps et correspondant souvent à un emploi aidé, subventionné par les deniers publics. Ces hausses s’expliquent essentiellement par le relèvement progressif de l’âge minimum de départ à la retraite pour les générations nées après 1951, pour atteindre 62 ans à partir de la génération née en 1955. Dès lors, on peut se demander pourquoi reculer l’âge de la retraite si une bonne partie des seniors se retrouve au chômage ou en emploi aidé ?

Oui, pourquoi diable déréglementer le temps de travail des actifs et l’âge du départ pour les retraités sachant que cela est socialement et économiquement inefficace pour la communauté nationale ? Il y a assurément plusieurs raisons, notamment la volonté de casser les solidarités salariales, et aussi de faire payer à ceux qui vivent de leur travail les baisses de cotisations à la charge des entreprises. En 2019, elles représentent près de 60 milliards de manque à gagner, soit 2,5 % du PIB.

Pierre Ivorra

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 09:50

 

Mercredi 11 décembre, le premier ministre a présenté les principales mesures de sa réforme, entraînant une véritable levée de boucliers.

Nasser Mansouri-Guilani Économiste et syndicaliste  Annie Jolivet Économiste, Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam
Pascal de Lima Économiste de l’innovation et enseignant à Sciences-Po Paris et  Gilles Raveaud Professeur d’économie, université Paris-VIII Saint-Denis

L’ouverture à la capitalisation - Nasser Mansouri-Guilani  - Économiste et syndicaliste

 

Pour apprécier le projet du gouvernement, il faut revenir à l’origine du système dont la pierre angulaire est le travail. Travail non comme catégorie abstraite qui sert aujourd’hui d’échappatoire : tout le monde tente de justifier ses projets au nom du travail, gouvernement et patronat compris. Travail comme un moyen qui permet à chaque individu de mettre ses capacités au service de la collectivité ; une obligation aussi pour cette dernière de donner à chaque individu la possibilité de le faire.

Cette obligation mutuelle a pour ambition de démultiplier les emplois stables et correctement rémunérés. D’où deux principes : la solidarité entre différents secteurs de l’économie et entre générations et la présence des représentants des travailleurs dans la gestion du système. Celui-ci présente ainsi une garantie, une sécurité aux travailleurs qui acceptent, dans un esprit collectif et solidaire, de cotiser aujourd’hui pour bénéficier, avec un haut degré de certitude, d’une pension correcte à l’issue de leur carrière professionnelle. Dans cette construction, les régimes spéciaux nourrissent l’espoir de tirer vers le haut les droits des travailleurs dans les autres secteurs. Ce système correspond à une avancée historique pour le monde du travail ; synonyme de recul pour le capital.

Différentes réformes ont affaibli ce système. Les libéraux se cachent derrière la hausse de l’espérance de vie pour justifier la nécessité de réduire ces droits. L’argument est irrecevable car, parallèlement, la capacité de produire et le volume de la production des richesses ont augmenté nettement plus vite. Le vrai changement tient au fait que les rapports de forces ont basculé en faveur du capital, qui veut récupérer ce qu’il a perdu par le passé. Le projet gouvernemental s’inscrit dans cette volonté de revanche du capital sur le travail. Il est le complément des autres « réformes » : loi El Khomri, nouvelle convention de l’Unédic, privatisations…

Sous couvert d’équité, le projet du gouvernement ouvre la voie à plusieurs choses : justifier la précarité ; en finir avec la solidarité ; mettre en concurrence les travailleurs pour niveler leurs droits vers le bas ; reculer l’âge de départ à la retraite ; promouvoir la retraite par capitalisation ; réduire, voire anéantir le pouvoir des travailleurs dans la gestion du système ; accroître l’incertitude sur le montant de la pension.

Le slogan « chaque euro cotisé doit donner droit à la pension » résume tout. Peu importe comment et dans quelles conditions cet euro est gagné. Le montant des pensions va baisser. La précarité et les bas salaires sont légitimés : la « pension minimale de 1 000 euros » pour une carrière complète condamne ces salariés à la pauvreté perpétuelle car déjà le « seuil de pauvreté » est de 1 040 euros. En revanche, les « premiers de cordée » seront bien servis : pensions convenables et surtout nouvelles possibilités de constituer une épargne retraite. La promotion de la retraite par capitalisation affaiblira le système par répartition. La valeur du point sera de fait déterminée par le gouvernement (à l’instar du coup de pouce du Smic). À l’incertitude sur le montant de la pension s’ajoute l’affaiblissement du pouvoir des travailleurs dans la gestion du système. Enfin, la disparition des régimes spéciaux enterre l’espoir de tirer les droits vers le haut.

En revanche, le projet gouvernemental renforcera la financiarisation de l’économie (par exemple par la promotion de la capitalisation), ce qui risque d’affaiblir le potentiel productif du pays, rendant plus difficile le financement d’un système appauvri.

L’impasse du projet - Annie Jolivet  - Économiste, Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam)

 

Le projet présenté met l’accent sur le maintien d’un régime par répartition. Les cotisations versées pendant une année par les actifs de tous âges permettront toujours de financer les pensions des retraités. Toutefois, plusieurs éléments du projet fragilisent le principe même de la répartition. Les personnes qui perçoivent plus de 120 000 euros brut par an n’auraient plus droit à la moindre pension de retraite sur les revenus au-delà de ce seuil. En contrepartie, elles contribueraient désormais moins au financement des pensions sur cette partie de leurs revenus. Cela priverait de recettes le système par répartition. C’est aussi une rupture avec le principe que toute cotisation ouvre des droits. Et les personnes à très hauts revenus seraient poussées à se tourner vers des dispositifs d’épargne pour compenser la baisse de leur pension.

Le projet vise à opérer à la fois une redistribution horizontale (entre des personnes aux statuts d’emploi différents qui n’auraient aujourd’hui pas les mêmes droits à une pension de retraite) et une redistribution verticale (entre des personnes qui ne perçoivent pas les mêmes niveaux de rémunération). Les choix du gouvernement sont présentés comme inéluctables en raison des contraintes financières et en raison d’objectifs de justice sociale. Pourtant, certaines dispositions auraient pu être mises en place dans le système actuel (et parfois existent déjà), comme la prise en compte de la pénibilité du travail. Les choix faits, par exemple sur la réversion, ne sont pas expliqués. Parce que les évolutions de la protection sociale sont complexes, il est nécessaire d’éclairer les logiques sous-jacentes et d’en débattre.

Le projet de réforme pose aussi la question de la souplesse du futur système face à des variations de la conjoncture économique. Les régimes autonomes et le régime Agirc-Arrco avaient créé des réserves pour faire face à des chocs éventuels. Or il semble que rien n’est prévu pour y faire face dans le futur système. Y aura-t-il un fonds de réserve ? Que devient le Fonds de réserve des retraites, qui était censé faire face aux évolutions démographiques actuelles ? La seule option non discutée, ouverte par la loi Pacte, semble être de recourir à des dispositifs individuels ou à des dispositifs d’entreprise d’épargne retraite pour se protéger d’une baisse de pension. Or ces dispositifs s’appuient sur des avantages fiscaux qui réduisent les recettes fiscales.

La discussion sur les apports d’un régime universel a par ailleurs donné lieu à des affirmations perturbantes de la part de membres du gouvernement et de membres de la majorité parlementaire. Dire que le système actuel n’est pas viable (« vos enfants n’auront pas de retraite ») ou que « les personnes qui travaillent moins de 150 heures au Smic ne gagnent aucun droit » (alors qu’il s’agit d’un seuil de rémunération, pas d’un nombre d’heures en tant que tel, pris en compte sur une année et pas seulement sur un trimestre) fragilise la confiance dans un système par répartition.

Depuis la présentation du rapport Delevoye, le processus en cours a fait basculer la réforme d’un projet de société vers un projet technico-politique. Or l’enjeu est de déterminer une évolution souhaitable et tenable, qui préserve un équilibre des intérêts. Cela implique d’abord que le gouvernement explique en détail les ajustements auxquels il procède. Cela implique aussi une évaluation indépendante et globale du projet, par le Conseil d’orientation des retraites (COR) par exemple. Et peut-être de sortir de l’impasse en proposant un projet plus réaliste.

Le travail paiera - Pascal de Lima  - Économiste de l’innovation et enseignant à Sciences-Po Paris

 

La question qui me paraît la plus importante aujourd’hui est celle de savoir si les propositions concernant la réforme des retraites vont casser le modèle par répartition. Il nous semble que d’une certaine façon cette réforme peut remettre en cause le système par répartition. Aujourd’hui, la mondialisation pousse à ce que les spécificités locales disparaissent. Il en est du régime de retraite français comme des autres spécificités franco-françaises (35 heures, État providence français de façon générale…). Malheureusement, la France n’y échappe pas, c’est un premier point : la mondialisation homogénéisante. Il faudrait ajouter à cela l’évolution du rapport des actifs sur inactifs qui aujourd’hui ne permet plus totalement de financer le système. Le système de retraite par répartition tomberait sous la coupe de l’économique et s’étouffe (croissance molle, vieillissement et malgré quelques améliorations). Les déficits prévisionnels vont augmenter ! Il faut donc rationaliser cela pour pouvoir d’une façon ou d’une autre le piloter. De ce point de vue-là, les caractéristiques de cette réforme, à certains égards, ressemblent à un système d’accumulation de points et donc à un système d’assurance in vitro où chacun accumule des points pour se voir verser des pensions plus tard. Dans la forme, le système universalisant par points ressemble à une volonté de création d’un produit d’épargne. Seule l’histoire nous le dira, mais est-ce une première étape vers la fin du système par répartition ? Il est difficile en effet d’expliquer que les points que l’on accumule sont les points des autres, au moins sur la sémantique !! On est rassuré de savoir que les partenaires sociaux auront un droit de regard sur la valeur du point, mais celle-ci ne sera-t-elle pas de toute façon proposée de prime abord par Bercy… Car, en parallèle à cela, tout le monde a oublié la loi Pacte (loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et à la transformation des entreprises), qui cherche justement à développer le système par capitalisation en transformant certains produits d’assurance-vie en épargne retraite. C’est l’argument de la logique préférentielle : développer progressivement le système par capitalisation. Bref, a priori, c’est mal parti pour le système par répartition.

D’un autre côté, on peut nuancer et rester calme. Gouverner, c’est prendre des décisions, et décider, c’est exclure, forcément, le débat philosophique, mais que l’on a tendance à oublier. Passé ce point, on est en droit de nous interroger sur la justification de la violence du mouvement. D’abord, le gouvernement aurait beaucoup à y perdre, municipales et même présidentielle. Les arguments sont martelés : « Le système sera le même pour tous les Français, sans exception », annonce Édouard Philippe, et d’ajouter : « Ce sera toujours un système de répartition avec le plus haut niveau de couverture au monde. » La force du mensonge plutôt que du message ? Ici, les coûts seraient très importants politiquement. Enfin, les exemples d’autres pays semblent montrer que le système par répartition n’a pas été remis en cause avec le système par points.

On retrouve ce système en Suède, en Allemagne et, au global, dans cinq pays de l’Union européenne, mais aussi en France pour les retraites complémentaires. En clair, la retraite par points ne serait pas une retraite par capitalisation, les cotisations versées chaque année par les salariés et les employeurs servent à payer les pensions courantes. C’est tout à fait compatible avec l’accumulation de points. Finalement, ne sommes-nous pas en train de nous égarer ? En clair, notre avis est que, quel que soit le système, le travail paiera toujours. Il faut aussi voir cette réforme dans la globalité des réformes, la flexibilité sur le marché du travail et ses ordonnances, la formation professionnelle, les parcours, etc. Notre humble avis est que le travail paiera toujours, épargnons, gardons éventuellement un système par répartition, quoi qu’il en soit, rassurons les populations qui veulent réussir et investir dans notre pays, rien ne changera dans ce procédé qui nous paraît somme toute, en synthèse, une affaire de comptable avec probablement à peu de chose près un jeu à somme nulle.

Pas de redistribution des riches -  Gilles Raveaud - Professeur d’économie, université Paris-VIII Saint-Denis

 

Le débat sur la retraite « universelle à points » a d’incroyables qualités : faible coût économique, et solidarité entre classes sociales. Par contre, il est injuste au regard de l’espérance de vie, ce que le gouvernement ne propose pas de corriger, bien au contraire. Le système de retraite par répartition ne coûte rien. Ou, plus exactement, tous les autres systèmes coûtent beaucoup plus cher. Certes, les assurances, banques et autres mutuelles nous proposent des « produits retraites » qui semblent avantageux. Mais les intérêts qu’elles nous reversent ne sont qu’une petite partie de ce qu’elles gagnent avec notre argent sur les marchés financiers. Car les traders n’oublient jamais de se servir en premier – avec notre épargne.

À l’inverse, dans le système de retraite par répartition, l’argent est pris, chaque mois, sur notre fiche de paie pour être reversé à nos aïeux retraités. Cela ne nécessite que des ordinateurs, et des salariés à la Caisse d’assurance-vieillesse, bien moins payés que les traders. Impossible de faire moins cher ! Deuxième avantage de notre système : la solidarité sociale, fondement du soutien politique. Dans le système de retraite par répartition, chacun cotise à due proportion de son salaire. Et reçoit, au moment de la retraite, d’autant plus qu’il a cotisé. Il n’y a donc pas de redistribution des riches vers les pauvres.

Pourquoi est-ce génial ? Parce que cela maintient les catégories les plus favorisées dans le système. En effet, si, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, les classes moyennes se sont révoltées contre l’impôt, c’est parce que, dans ces pays, elles cotisaient plus mais ne recevaient pas plus lorsqu’elles étaient au chômage ou à la retraite. À l’inverse, en France, les cadres bénéficient plus de l’assurance vieillesse, puisqu’ils perçoivent des pensions plus élevées (parce qu’ils ont plus cotisé). Ils n’ont donc pas de raison de contester le système, de demander à leurs députés – qui les écoutent, plus que les classes populaires – de le mettre à bas. Et puis, bien sûr, ils souscrivent à des plans privés de retraite « complémentaires » afin de pouvoir faire de chouettes voyages.

Le gouvernement nous rebat les oreilles avec « l’équité », ou « l’égalité ». Or c’est sur ces points-là que le système actuel est le plus critiquable, mais pour des raisons bien plus profondes que celle, anecdotique, des « régimes spéciaux » (en commençant par celui des parlementaires). Tout d’abord, il ne suffit pas d’avoir cotisé 42 ans pour partir à la retraite. L’existence d’un âge légal, qui n’a aucun sens à mes yeux, a pour conséquence que les personnes qui ont commencé à travailler à 14 ans doivent attendre l’âge de 58 ans pour partir à la retraite. Ces personnes vont donc cotiser durant près de 44 ans ! (43 ans et 9 mois exactement).

De plus, les écarts d’espérance de vie sont prodigieux. Les 5 % d’hommes les plus riches vivent jusqu’à 84 ans ; les 5 % les plus pauvres, 71 ans seulement (Insee, 2018). L’argent, plus encore que le diplôme, achète donc des années de vie. De ce fait, les hommes pauvres, qui occupent des emplois manuels, dangereux, pénibles, qui travaillent de nuit, paient une partie non négligeable des pensions de retraite des hommes aisés, qui vivent beaucoup plus longtemps. De façon très étonnante, cette incroyable inégalité – l’inégalité face à la mort – n’est pas au centre des propositions du gouvernement.

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 09:47

 

La réforme des retraites annoncée en 2019 a provoqué depuis plusieurs semaines un mouvement social. Sommes-nous face à une rupture historique ? Le Centre d'histoire sociale a posé la question à Michel Pigenet, historien, Professeur émérite d'histoire contemporaine.

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