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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 20:24

Tugba Hezer : « Empêcher de donner le pouvoir à une seule personne »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PIERRE BARBANCEY
MARDI, 28 FÉVRIER, 2017
L'HUMANITÉ
Tugba Hezer lors d’un rassemblement contre la répression en Turquie, à bruxelles, le 5 novembre 2016. Photo : Dursun Aydemir / Anadolu Agency/AFP forum
Tugba Hezer lors d’un rassemblement contre la répression en Turquie, à bruxelles, le 5 novembre 2016. Photo : Dursun Aydemir / Anadolu Agency/AFP forum

Turquie. Tugba Hezer n’a pas 30 ans. Députée du HDP, elle est la plus jeune parlementaire turque. Elle ne peut pas rentrer dans son pays. Nominativement citée et menacée par le président turc, Recep Erdogan, elle poursuit néanmoins son combat en Europe. Elle a accordé une interview exclusive à l’Humanité.

Pourquoi avez-vous été contrainte de quitter la Turquie alors que vous êtes une membre du Parlement, donc élue du peuple ?

Tugba Hezer J’avais été chargée par mon parti, le HDP (Parti démocratique des peuples), de mener des rencontres en Europe. Et il y a eu un coup mené par le pouvoir et visant notre parti le 4 novembre dernier, avec la levée de nos immunités parlementaires. Après cette date, de nombreux députés et élus ont été privés de liberté. Puis les coprésidents du HDP, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, ont également été arrêtés et incarcérés. En ce qui me concerne, il y a un mandat d’arrêt par défaut. Cela signifie qu’en cas d’arrestation, je suis immédiatement incarcérée. Mais je suis tout de même chargée de mener les activités pour mon parti, ici, en Europe.

Quelles sont les raisons politiques qui amènent le pouvoir turc et Erdogan à s’attaquer au HDP de cette manière ?

Tugba Hezer En réalité, les attaques contre notre parti ont commencé à la veille des élections du 7 juin 2015. À cette époque, nous avions dénoncé l’attitude de Recep Tayyip Erdogan qui, alors qu’il était président de la République, tenait des meetings au nom de son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement), au lieu d’être neutre. Avec 13 % des suffrages, nous avons réussi à passer la barre des 10 %, condition pour pouvoir entrer au Parlement. D’où une attaque féroce contre le HDP. On parle beaucoup de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, mais en réalité Erdogan a entamé son coup d’État civil au lendemain des élections du 7 juin 2015, en menant des attaques non seulement contre nous mais également contre tous les autres opposants. Parce qu’en réalité, il a refusé de reconnaître le résultat des élections de juin 2015 et de former un gouvernement de coalition, ce qui lui a permis de convoquer de nouvelles élections le 1er novembre 2015.

Dans le même temps, il s’est aperçu que les résultats ne seraient pas sensiblement différents et donc qu’il ne pourrait pas être le président ultrapuissant qu’il voulait devenir en modifiant la Constitution directement au Parlement car son parti, l’AKP, ne posséderait pas la majorité des deux tiers requise. Il avait déjà gelé les pourparlers de paix avec les Kurdes mais, en renversant littéralement la table des négociations, il a mené des attaques sans merci contre le HDP et a fait instaurer, dans les villes où nous étions le plus plébiscités, des couvre-feux, et a envoyé la gendarmerie et l’armée mener des attaques contre la population civile. Si on regarde ce qui s’est passé depuis deux ans, on s’aperçoit qu’il y a eu des décisions politiques qui ont enfoncé le pays. Et quoi qu’il arrive maintenant, la population va en payer le prix pendant de très longues années.

Que cherche Erdogan ?

Tugba Hezer On voit comment, d’une façon pratique, Erdogan mène une politique dictatoriale et fasciste sur toute la Turquie. Parce que ce qu’il veut est une Turquie non séculaire, qui ne respecte pas le droit des minorités, qui n’a aucun respect pour l’opposition. Il veut une Turquie qui se trouverait en permanence sous état d’urgence, sous couvre-feu, pour mener à bien sa politique. Erdogan essaie d’imposer une mentalité unique sous sa direction. C’est pour cela que son adversaire principal est le HDP, qui représente son antithèse : multiculturalisme, reconnaissance des minorités, liberté d’expression, résolution de la question kurde… D’où les attaques contre les villes qui ont voté pour nous et contre nos députés, nos maires. On parle de plus de 3 000 membres du HDP et plus de 80 maires et co-maires (mais le chiffre augmente chaque jour) qui sont détenus et leurs villes placées sous tutelle. Il faut aussi dire que 13 députés sont en prison, dont les deux coprésidents du HDP. Il y a une semaine, Figen Yüksekdag a été privée de son mandat de députée et cela de façon tout à fait illégale, même au regard de la loi turque. À la suite d’un dossier ouvert contre elle en 2012, elle a été condamnée à dix mois de prison, condamnation ratifiée au mois de septembre dernier par la Cour de cassation et portée devant le Parlement en novembre.

Or, la déchéance ne peut être prononcée que si l’élu est condamné à plus d’un an de prison pour des infractions bien précises et si cette condamnation est ratifiée. Figer Yüksekdag a été condamnée à moins d’un an de prison et pour une affaire qui n’entre pas dans la liste des motifs de déchéance inscrits dans la loi. Le même jour, le 21 février, où la déchéance de Figen Yüksekdag a été prononcée, Selahattin Demirtas a été condamné à cinq mois de prison. Le même jour encore, Idris Baluken, député qui avait été libéré le 31 janvier, a été à nouveau incarcéré à la suite de l’intervention du procureur de la République. Une semaine auparavant, Ferhat Encü, député de la ville de Sirnak, avait été libéré et réincarcéré deux jours plus tard. C’est l’œuvre d’une justice qui n’est plus indépendante et obéit aux directives d’Erdogan. Tout cela est aussi organisé pour empêcher notre parti de mener la campagne dans le cadre du référendum prévu le 16 avril et, pour Erdogan, de gagner les votes des ultranationalistes.

On assiste à un rapprochement entre l’AKP et le MHP (Parti d’action nationaliste, extrême droite), quelle est la signification de ce rapprochement ?

Tugba Hezer Auparavant, le MHP se déclarait contre le système présidentiel. Puis, son président, Devlet Bahceli, a infléchi la position en disant qu’actuellement il existait un système présidentiel qui n’avait pas de réalité juridique et qu’il fallait y remédier. Puis, 18 articles constitutionnels ont été rédigés dans le plus grand secret et approuvés en dix jours entre l’AKP et le MHP, articles qui renforcent le pouvoir présidentiel, notamment le rattachement de l’armée à la présidence, et qui seront présentés lors du référendum. Pour être certain que ces articles soient approuvés par les élus de son groupe, le président du MHP a même menacé ses propres parlementaires de les remplacer ! De la même façon, l’AKP a fait pression sur ses députés en exigeant qu’ils montrent leur vote, en affirmant que ceux qui voteraient contre seraient accusés d’être des partisans de Fethullah Gülen. Même dans ce camp les pressions ont donc été très fortes. Dans ces conditions, comment imposer à la population une telle modification de la Constitution ?

On parle beaucoup de la présidentialisation du régime à l’occasion du référendum mais on parle moins d’autres articles qui concernent les droits sociaux. Qu’en est-il exactement ?

Tugba Hezer Ces deux dernières années, et plus encore après le coup d’État manqué du 15 juillet dernier, des décrets ont été approuvés, avec application immédiate, qui ont en réalité géré le pays. Ils ont présenté ces décisions comme nécessaires pour nettoyer le pays de tous les putschistes. En réalité, ces décrets ont été utilisés parce que Erdogan veut s’attaquer aux acquis sociaux. Par ce biais, les associations de femmes ont été interdites. Des centaines de milliers de fonctionnaires ont été renvoyés de leur travail, jetés à la rue sans le moindre revenu. En dehors des pro-Erdogan, plus personne, aucune organisation, n’a le droit d’organiser le moindre rassemblement, le moindre meeting, ni même de faire la moindre déclaration. Les grèves ont été interdites. Ces décrets ont été utilisés pour détruire nos droits démocratiques, contre la liberté d’expression, contre toute forme d’opposition. Tous les acquis sociaux ont été remis en cause. On voit bien le danger que représente le projet d’Erdogan de cette présidentialisation à outrance du système politique, qui lui donnerait tous pouvoirs en ce sens qu’il pourrait ainsi émettre des décrets qui iraient à l’encontre de tous ceux qui ne pensent pas comme lui.

Comment se positionne le HDP et avec qui peut-il agir aujourd’hui ?

Tugba Hezer Le pays vit sous l’état d’urgence, ce qui permet une attaque sans précédent contre notre parti et contre nos élus, contre les médias. Nous n’avons plus de presse dans laquelle nous pouvons nous exprimer. Tout est pratiquement entre les mains de l’AKP. Depuis toujours nous avons dit non à la politique d’Erdogan. Dès qu’Erdogan a annoncé son intention de renforcer le système présidentiel à son profit, nous avons lutté contre et nous avons été violemment réprimés. Dans le cadre de la campagne du référendum, nous allons utiliser tous les moyens qui nous restent pour dire encore plus fort non à ce système, non à cette nouvelle constitution qui ne représente les intérêts du peuple ni pour aujourd’hui ni pour demain.

Il y a plusieurs sensibilités qui disent non. En tant que HDP, notre but est de rassembler le maximum de gens pour dire non à ce changement constitutionnel, mais pas seulement. Il s’agit aussi de dire non à ce statu quo existant avant la mise en place de ce système présidentiel. Il nous faut donc convaincre le maximum de personnes et leur montrer les dangers de ce changement de constitution.

Comment pouvez-vous agir dans les conditions actuelles ?

Tugba Hezer Nous ne sommes pas seuls à prôner le non. Le CHP (kémaliste, social-démocrate – NDLR) appelle ainsi à voter contre ce projet de nouvelle constitution. Certains éléments du MHP aussi. Pour des raisons qui ne sont évidemment pas les mêmes. Mais notre objectif, à l’issue du référendum du 16 avril, est avant tout de jeter dans les poubelles de l’histoire ce système qui donnerait le pouvoir à une seule personne. Nous sommes, nous, pour que soient représentées toutes les communautés composant la Turquie. Il est intéressant de constater que, parmi ceux qui appellent à voter non, un certain nombre considèrent le système comme nous le faisions il y a quelques années. À l’époque les mêmes s’accommodaient de ce qui se passait ou étaient silencieux, mais aujourd’hui ils s’expriment et disent non.

Est-ce qu’en Europe vous rencontrez un écho à la campagne de sensibilisation que vous menez sur la situation en Turquie ?

Tugba Hezer Nous avons initié des rencontres partout en Europe, avec le président du Parlement européen, avec certains groupes de ce Parlement dont la Gauche unitaire européenne/Verts nordiques (GUE). Lors de ces rencontres, nous avons souligné le fait qu’on ne pouvait pas parler de démocratie en Turquie, que celle-ci n’existait tout simplement pas. Nous dénonçons le fait que la Turquie, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, perpètre des massacres contre les Kurdes. Le village de Korukoy (Xerabe Bava), près de la ville de Nusaybin (frontalière avec la Syrie – NDLR), est soumis au couvre-feu, les maisons sont détruites, le bétail abattu et/ou laissé sans nourriture. C’est la barbarie. Alors qu’Erdogan est très proche des groupes islamistes.

La Turquie est candidate à l’entrée dans l’Union européenne (UE). Elle est membre de l’ONU. Elle est dans le Conseil de l’Europe. Elle doit donc respecter certains textes, certains traités. Malheureusement, jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de position nette prise contre la politique menée par Erdogan. D’un côté, ce dernier utilise les migrants comme un instrument de chantage envers l’Europe et, malheureusement, il y parvient. L’UE considère comme plus important l’arrivée des réfugiés que les atteintes aux droits de l’homme, que les attaques contre la liberté d’expression. Pis, Erdogan essaie d’utiliser ces réfugiés dans le cadre du référendum en leur accordant la nationalité turque. L’UE doit prendre clairement position vis-à-vis du système actuel. C’est ce que nous demandons.

L’AKP lance la campagne référendaire

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a participé à un meeting, samedi, dans la capitale Ankara, pour lancer, devant des dizaines de milliers de personnes, la campagne référendaire du Parti de la justice et du développement (AKP). Le 16 avril, un projet de révision constitutionnelle sera soumis aux électeurs. Il vise essentiellement à concentrer les pouvoirs dans les mains du président. Le Parti démocratique des peuples (HDP, gauche) et le Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste) se prononcent contre la modification de la loi fondamentale.

grand reporter
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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 20:12
Macron dévoile son programme...
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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 08:06
Pôle emploi Bretagne: grève et rassemblements lundi à Brest et Rennes (Ouest-France)

Le personnel de Pôle emploi est appelé à faire grève à partir de lundi, à l’appelle de quatre syndicats : CGT, FO, SNU, Sud. Ils redoutent les conséquences du plan stratégique 2020 lancé par la direction, à savoir l’externalisation et la privatisation des missions des agents ; Deux rassemblements sont prévus lundi matin à Rennes et Brest.

Quatre syndicats (CGT, FO, SNU et Sud) appellent les agents de Pôle emploi à se mettre en grève à partir du lundi 6 mars. Ils dénoncent la mise en œuvre d’un Plan stratégique « Pôle emploi 2020 » qui va se traduire, estiment les syndicats par « l’externalisation et la privatisation de nos missions ».

200 CDD recrutés chaque année

Cette réorganisation des moyens aura pour effet, selon eux, de « segmenter l’ensemble de nos activités, de réduire nos effectifs CDI et d’accroître la précarité, alors que plus de 200 CDD sont embauchés en Bretagne chaque année. »

Des agences fermées l’après-midi

Le plan stratégique risque aussi « d’éloigner des demandeurs d’emploi des agences Pôle emploi en fermant les agences les après-midi, en développant le tout numérique, en participant à la multiplication des Maisons de service au public qui va remettre en cause le maillage territorial des agences Pôle emploi ».

Rassemblements lundi

Deux rassemblements sont prévus ce lundi 6 mars à 10 h 30. À Rennes, direction régionale de Pôle emploi Bretagne, 36, rue de Léon. À Brest, Direction territoriale de Pôle emploi du Finistère, 123, rue Ernest-Hemingway.

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 08:00

Par ce que nous sommes des millions à vouloir

1. Une nouvelle ambition de progrès social avec l’abrogation de la loi El Khomri et son remplacement par une loi de sécurité de l’emploi et de la formation ; la diminution du temps de travail et l’augmentation des salaires, des retraites, des minimas sociaux ; un développement de la Sécurité sociale avec la retraite à 60 ans et un retour progressif vers un remboursement de tous les soins à 100 % grâce à une réforme de son financement étendu aux revenus financiers ; un plan global d’action pour l’autonomie et l’émancipation de la jeunesse dans tous les domaines ; un plan de relance de tous les services publics, la fin de la baisse des dotations aux collectivités locales et un plan de mobilisation pour le logement social et contre les loyers chers.

2. Une VIe République démocratique qui nous sorte du régime présidentiel, avec notamment la proportionnelle à toutes les élections et un statut de l’élu-e, des droits nouveaux pour les citoyens et pour les salariés dans les entreprises, le droit de vote des étrangers résidant en France ; la lutte contre toutes les discriminations, qu’elles soient liées à l’origine, à la confession, à l’orientation ou l’identité sexuelle, la maladie ou le handicap ; le récépissé pour lutter contre les contrôles de police au faciès ; la constitutionnalisation du droit à l’avortement. 3. L'égalité femmes-hommes avec la création d'un ministère de plein droit pour l’égalité femmes-hommes ; une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, l'éducation à l'égalité, le renforcement des dispositifs contraignants pour l’égalité salariale et professionnelle ; des mesures pour garantir le droit à disposer de son corps

4. La lutte contre la finance pour prendre le pouvoir sur l'argent avec un plan d’action contre l’évasion fiscale, une COP fiscale mondiale, une réforme de justice fiscale, la création d’un pôle public bancaire pour changer le rôle du crédit, la suppression du CICE et une modulation de l'imposition des entreprises sur critères sociaux et environnementaux.

5. Un nouveau mode de production et de consommation visant la réponse aux besoins humains et la transition écologique avec un moratoire sur les licenciements et une nouvelle industrialisation créant un million d’emplois dans les filières d'avenir ; un plan d'urgence pour le climat et la qualité de l'air ; un mix énergétique renouvelables-nucléaire sous contrôle public ; un nouveau modèle agricole garantissant des prix rémunérateurs aux paysans.

6. Une France à l'offensive en Europe et dans le monde avec la remise en cause du traité budgétaire européen et un fonds d'investissements financé par la BCE pour le développement des services publics et de l'emploi, une méthode de convergence sociale et fiscale par le haut, le respect des choix souverains des peuples européens ; une conférence européenne pour la paix et le désarmement ; l'abandon des négociations TAFTA, CETA et TISA au profit de nouveaux traités internationaux pour le bien commun. 7. Et aussi…
Nous demandons aux candidats à l'élection présidentielle et aux élections législatives issus des forces de gauche de discuter et soutenir publiquement ces propositions et de s'engager à en faire le socle d'un pacte de majorité à gauche.
 

Appel du PCF pour un pacte de majorité à gauche- "Parce que nous sommes des millions à le vouloir" (3 mars 2017)
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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 07:54
En Irlande du Nord, le Sinn Féin se présente en pôle position (L'Humanité, 1er mars 2017)

Bon courage et la victoire à nos amis du Sinn Féin qui représentent la gauche républicaine et anti-austérité en Irlande et siègent avec le Parti Communiste au Parlement Européen et dans la Gauche Unie Européenne! Au printemps, nous les inviterons pour un événement politique régional dans la région de Morlaix, pour une journée avec les communistes bretons, Xavier Compain, Anne Sabourin, représentante du PCF dans le PGE et sur les questions européennes.

 

Thomas Lemahieu, L'Humanité - 1er mars 2017     

Rien n'est joué, loin s'en faut, mais les circonstances n'ont peut-être jamais été aussi favorables pour les Républicains à Belfast. A la veille des élections, ce jeudi, à l'assemblée nord-irlandaise qui siège dans le palais de Stormont, le Sinn Féin a de quoi nourrir quelques ambitions. 

Partageant le pouvoir avec leurs vieux ennemis de Democratic Unionist Party (DUP) depuis le processus de pacification ouvert avec la signature en 1998 de l'accord du vendredi saint (Good Friday Agreement), les républicains pourraient pour la première fois arriver en tête et se placer au centre du jeu d'alliances qui s'ouvrira immanquablement à l'issue du scrutin. 

L'année dernière le DUP avait recueilli près de 29% des voix (contre 25% au Sinn Féin). Le vent tourne cette fois; provoquées par le retrait du vice-premier ministre Sinn Féin, Martin Mc Guiness, les élections sont marquées par des scandales de corruption à l'encontre d'Arlene Foster, leader du DUP et premier ministre d'Irlande du Nord. Les unionistes sont au coeur d'un scandale financier, accusés d'avoir favorisé à travers un mécanisme incitatif de promotion des énergies renouvelables, les gros propriétaires terriens et les grandes entreprises. Une affaire de corruption à grande échelle qui pourrait coûter 600 millions d'euros aux contribuables nord-irlandais. Mais ce n'est pas tout: la perspective de la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne est également au centre de la campagne. Or, à rebours du reste du pays - en dehors de l'Ecosse - , l'Irlande du Nord a voté majoritairement contre le Brexit (56% pour le maintien dans l'UE). Très proche des conservateurs britanniques et de leurs épigones ultras de l'Ukip, le DUP, favorable au Brexit, se trouve ainsi en porte-à-faux avec la majorité du pays. Depuis quelques jours, les loyalistes irlandais traînent une autre casserole: ils sont accusés d'avoir reçu des fonds d'un mystérieux groupe de patrons britanniques favorables au Brexit - le Constitutional Research Council - , qui aurait payé la propagande du parti lors du référendum en juin dernier.

(...) Président du Sinn Fein, Gerry Adams joue sur du velours et ne manque jamais une occasion de réclamer, comme ses collègues écossais, un "statut spécial pour l'Irlande du Nord au sein de l'Union Européenne". "C'est la seule manière de garantir qu'il n'y aura pas de frontière physique sur toute l'île d'Irlande entre un Etat européen et un Etat non membre de l'UE", indique t-il en effet. Alors que l'Angleterre et le pays de Galles entraîne tout le Royaume-Uni dans leur Brexit, les républicains réclament que les Nord-Irlandais puissent obtenir des passeports irlandais et conserver donc leurs droits en tant que citoyens européens. Un point essentiel et très marquant pour beaucoup d'électeurs. "La première ministre britannique s'apprête à déclencher la procédure de sortie de l'Union européenne, avec l'article 50, dans les deux semaines à venir, insiste Gerry Adams. Les implications économiques pour les deux économies de l'île et en particulier, pour les communautés frontalières, vont être énormes. 60% des exportations du Nord vers l'Union européenne sont fait en direction de l'Etat irlandais. Plus de 14 000 personnes traversent quotidiennement la frontière pour travailler ou étudier. C'est tout cela que le Brexit met en danger et que le scrutin pour Stormont permet de déjouer".

    

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 07:25
Imposture du FN et danger de la droite: Pierre Laurent, Alain Hayot et Marc Brynhole publient 20 répliques (AFP)

Paris - Le secrétaire national du parti communiste Pierre Laurent publie "vingt répliques" aux programmes du Front national et de LR pour la présidentielle afin de dénoncer "l'imposture" du premier et "le danger" du deuxième.

"Marine Le Pen combat-elle le capitalisme? '", "Marine Le Pen peut-elle parler au nom du peuple'?", "Le coût du travail est-il la cause de la crise? '", "Y-a-t-il trop de fonctionnaires en France?'": le responsable communiste répond à 20 questions, dix sur le FN, 9 sur LR, une sur les différences entre les deux partis en matière d'immigration.  

"Tout est fait pour rendre les Français prisonniers d'un choix entre Front national et réponses libérales portées par la droite ou Emmanuel Macron", écrit M. Laurent en introduction de cet ouvrage de 90 pages, publié aux éditions de l'Atelier et qu'il a rédigé avec Alain Hayot et Marc Brynhole et qui sort mercredi. 

Il souhaite y "démonter la phénoménale mystification que constitue ce jeu de rôles, cette partition à deux voix que nous chantent le Front national et la droite".  

Evoquant "une énorme manipulation des esprits qui vise à berner la population dans son ensemble", il reproche à Mme Le Pen de "dresser les uns contre les autres" les ouvriers, les travailleurs, le peuple. A M. Fillon, il fait grief de "favoriser considérablement le capital, les actionnaires et les dirigeants des entreprises" dans son programme. 

S'appuyant sur des citations précises de discours, ainsi que sur des données publiques compilées par l'Insee ou par l'OCDE, M. Laurent se fixe comme objectif de "fournir des arguments (...) des outils pour mener une bataille d'idées" contre droite et extrême-droite. 

("Front national l'imposture, droite le danger, 20 répliques à leurs programmes" de Pierre Laurent, Alain Hayot, Marc Brynhole, éditions de l'Atelier, 96 pages, 6 euros). 

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 21:19

Pierre Laurent à l’écoute du vécu des paysans

Mercredi, 1 Mars, 2017
"Il est urgent d’agir au niveau politique, surtout que la prise de conscience concernant l’importance de l’agriculture et la souveraineté alimentaire est en train de monter chez les consommateurs" a déclaré Pierre laurent en viste, ce mercredi au Salon de l'agriculture. Photo : Julien Jaulin /Hanslucas
"Il est urgent d’agir au niveau politique, surtout que la prise de conscience concernant l’importance de l’agriculture et la souveraineté alimentaire est en train de monter chez les consommateurs" a déclaré Pierre laurent en viste, ce mercredi au Salon de l'agriculture. Photo : Julien Jaulin /Hanslucas

Une délégation conduite par Pierre Laurent a visité le Salon de l’agriculture durant la matinée de ce premier jour de mars (1). Il a indiqué que ces rencontres avec le monde agricole confirmaient chez lui « le besoin d’une France harmonieuse avec une agriculture en bonne santé ».

 

 

Pour prendre connaissance du vécu des paysans et de certains salariés de l’agriculture comme de l’industrie agroalimentaire, il valait mieux rencontrer sur le Salon les représentants des uns et des autres. C’est ce qu’à fait la délégation du PCF avec les dirigeants de la Fédération CGT de l’agroalimentaire au stand des « Brasseurs de France », puis avec les premiers responsables de la Confédération paysanne et enfin ceux du MODEF sur leurs propres stands. Laurent Pinatel, porte parole de la Confédération paysanne, a insisté auprès de la délégation sur le contexte difficile auquel sont confrontés les paysans avec une troisième année de prix trop bas pour couvrir les coûts de production. Il a cité le cas d’une ferme Groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC à plusieurs associés ) en production laitière où les 23.000€ d’aides européennes versées en novembre dernier ont juste permis de régler une partie des factures impayées depuis des mois en raison d’un prix du lait trop bas alors que les bénéfices de laiteries comme Danone sont en hausse en 2016. Selon le porte-parole de la Confédération paysanne, il est plus que temps de légiférer et « d’imposer par la loi des obligations aux industriels et aux distributeurs afin que les paysans aient un revenu minimum comme il existe un salaire minimum pour les salariés » dans ce pays. « Mais le gouvernement nous dit que la puissance publique ne peut rien. Quand on tient un tel langage aux agriculteurs en détresse, car victimes de prix trop bas, il arrive un moment où il n’y a plus de tabou chez de nombreux paysans pour dire que l’on va voter pour Marine Le Pen», histoire de se venger sans toutefois croire à l’efficacité de ses propositions. Au Stand du MODEF, Jean Mouzat et Raymond Girardi, ont mis l’accent sur la désertification des campagnes, les difficultés que rencontrent les jeunes pour reprendre une exploitation en raison de la faiblesse des prix agricoles au regard de la valeur du foncier, qu’il soit à vendre ou à louer. Bien que le prix de la terre soit davantage contenu en France qu’en Italie, en Allemagne ou aux Pays Bas  grâce au rôle que joue encore la Société d’Aménagement Foncier et d’Economie Rurale (SAFER) en dépit de ses imperfections, la situation devient aussi difficile dans ce domaine. Il faudrait, selon ces deux syndicalistes, que la SAFER dispose de plus de moyens financiers pour faire jouer son droit de préemption et stocker ainsi des terres agricoles afin de mieux les répartir ensuite , notamment pour aider des jeunes à s’installer dans des productions davantage tournés vers les marchés locaux et les circuits courts.

Quand on ruine les paysans, on importe ensuite des produits chers !

Au cours de cet échange, Raymond Girardi, qui et aussi vice-président du Conseil général du Lot-et-Garonne chargé de suivre l’agriculture, a mis en exergue une situation nouvelle résultant du pillage du travail paysan dans le secteur des fruits et légumes. A titre d’exemple, la production annuelle de fraises sur le territoire français est passée  de 55.000 tonnes à 13.000 tonnes en quelques années. Car les producteurs français étaient sous-rémunérés en raison des bas coûts de la main-d’œuvre en Espagne et au Maroc. Maintenant qu’ils produisent quatre fois moins, les fraises importées sont de plus en plus chères, ce qui augmente les profits des importateurs et des distributeurs. Ce qui est vrai pour les fraises l’est aussi pour d’autres produits dont les tomates et les abricots. Voilà comment le moins cher venu d’ailleurs ne reste pas durablement moins cher. Dans un premier temps, les denrées importées  vendues moins cher servent à réduire la part de la production nationale dans notre consommation alimentaire. Dans un second temps, quand une partie de notre souveraineté alimentaire a été perdue via la ruine des producteurs locaux et l’augmentation  es importations, le consommateur est sommé d’augmenter la part de son budget consacrée à l’alimentation au profit des marchands qui ont éliminé les paysans français en important dans le seul but de faire baisser les cours sur le marché au cadran. Voilà un sujet que les candidats à l’élection présidentielle et à la députation feraient bien de méditer. Surtout que la France  a souvent introduit des distorsions de concurrence contre ses producteurs en continuant d’importer des produits comme les fruits et légumes traitées en Espagne et au Maroc par des molécules interdites en France.

En conclusion de cette visite, Pierre Laurent a indiqué que ces rencontres confirmaient chez lui  « le sentiment d’urgence sur la question fondamentale des prix rémunérateurs pour les paysans, sur la maîtrise du foncier, l’installation des jeunes. Ces questions relèvent aussi de l’aménagement du territoire par les décideurs politiques. Nous avons besoin d’une France harmonieuse avec une agriculture en bonne santé. Il est donc urgent d’agir au niveau politique, surtout que la prise de conscience concernant l’importance de l’agriculture et la souveraineté alimentaire est en train de monter chez les consommateurs », a déclaré le secrétaire national du PCF.     

(1) La délégation comprenait Camille Laîné, secrétaire nationale du MJCF, Xavier Compain, responsable de la Commission agriculture ainsi que Sylvain Bourdier, Julie Battison, Céline Le Dore, Jean-Noël Le Bosse, Charles Beauchamp  et Simon Agnelotti, candidats aux élections législatives dans des départements ruraux.

Réaction de Pierre Laurent aux propos de Fillon

Le secrétaire national du Parti communiste français sollicité sur place par plusieurs médias audiovisuels. Mais c’était moins pour recueillir ses impressions sur la situation de notre agriculture que dans le but d’obtenir un commentaire sur l’annulation surprise de la visite de François Fillon attendu aux mêmes heures. Réagissant au propos du candidat de la droite qui a déclaré devant la presse : « Oui je serai candidat à la présidence de la République » malgré une convocation par les juges d’instruction le 15 mars afin d’être mis en examen, Pierre Laurent a déclaré : « la décision de François Fillon pose beaucoup de problèmes démocratiques. Le peuple en tirera les conséquences ».

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 21:15
Les jeunes avec Fillon appellent... au retrait de François Fillon (faut bien que jeunesse se passe!)
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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 21:03
Calais: "L'arrêté de la honte de la maire Les (Faux) Républicains Natacha Bouchart" interdisant les distributions de repas aux migrants (PCF)

Calais : "L'arrêté de la honte de la maire LR Natacha Bouchart" (PCF)


L'arrêté municipal décrété par Natacha Bouchart, maire LR de Calais, interdisant aux associations la distribution de repas aux migrants, est non seulement infâme mais illégal au regard du respect des droits humains fondamentaux. C'est, pour la droite, courir toujours davantage après le FN.
Cette décision insupportable foule aux pieds le principe de Fraternité porté par la République et tout simplement les valeurs humaines les plus élémentaires. Comment justifier d'interdire à des femmes et des hommes de cœur, bénévoles, de venir en aide à des enfants, des jeunes, des femmes et des hommes en détresse, en leur apportant un repas chaud. Il s’agit ni plus ni moins que de la non-assistance à personne en danger.
Cela en dit long sur le projet brutal d'une droite de plus en plus extrême, cultivant elle aussi désormais populisme et xénophobie, tirant toute la société vers le bas sur fond de régressions sociales sans précédent pour tous.

Nous apportons notre totale solidarité aux bénévoles et associations qui viennent en aide aux migrants. Nous demandons à l’État de casser cet arrêté municipal honteux. Nous appelons les forces démocratiques et progressistes, les citoyens à protester contre cet arrêté, à résister face à la haine et aux divisions et à se remobiliser autour de valeurs, de projets et de propositions développant la solidarité et le respect des êtres humains quelle que soit leur origine.

Parti Communiste Français, le 3 mars 2017.

Calais: "L'arrêté de la honte de la maire Les (Faux) Républicains Natacha Bouchart" interdisant les distributions de repas aux migrants (PCF)
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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 20:58
La cinquième République finit en fait divers - par Edwy Plenel (Médiapart, 3 mars 2017)

La Cinquième République finit en fait divers

Par Edwy Plenel

La République est à l'agonie : prise en otage par un forcené qui piétine la justice, insulte la presse, méprise les élus et appelle au secours les factieux. Après avoir détruit les partis, corrompu le Parlement, asséché le vote lui-même, elle arrive au terme de son œuvre de destruction démocratique. Il est plus que temps d’en sortir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Régime du coup d’État permanent, la Cinquième République aura donc fini par dévorer la politique elle-même. Ses principes, ses valeurs, ses procédures, ses règles, ses partis, ses institutions, ses usages, sa civilité, son sens commun en somme, tout ce qui pouvait y préserver un semblant de culture démocratique partagée par la majorité des partis et des citoyens. Sous nos yeux, la voici qui agonise en fait divers, prise en otage par un forcené qui en saccage tous les symboles et en piétine tous les repères.

Tel un empereur romain illuminé, entraînant son royaume dans sa perte en sacrifiant son peuple, François Fillon, candidat désigné par la primaire de droite, met le feu à tout ce qu’il devrait protéger s’il était devenu président de la République et, à ce titre, gardien de la Constitution. Vouant aux gémonies la justice (« le gouvernement des juges »), les médias (« un assassinat politique ») et les élus (« on fera sans eux »), il rejette toute autre légitimité que celle du pouvoir absolu et de l’impunité totale que lui conférerait une victoire à l’élection présidentielle.

Plus de séparation des pouvoirs, plus de justice impartiale, plus de presse indépendante, plus de délibération collective, seulement le pouvoir personnel. Qui plus est un pouvoir conquis avec le renfort de la rue, François Fillon n’ayant pas hésité, dans cette course à l’abîme, à provoquer une manifestation potentiellement factieuse puisque s’en prenant au fonctionnement démocratique lui-même – le travail de la justice, les enquêtes de la presse, le respect des engagements.

L’homme des messages moralistes sur l’éthique en politique, le gaulliste brandissant la raideur intègre du Général face à ses adversaires, le candidat jurant que le déshonneur d’une mise en examen le ferait immanquablement renoncer dévoile soudain une âme de putschiste, pactisant avec les forces les plus obscures et régressives, jusqu’à compter dans ses soutiens une extrême droite identitaire en croisade contre « l’oligarchie cosmopolite ».

Sorte de Fort Chabrol du présidentialisme français, l’affaire Fillon tient de ces faits divers dont le surgissement extraordinaire dévoile l’ordinaire des dysfonctionnements de la société. Déréglant encore un peu plus une campagne électorale où rien ne se passe comme prévu car, confusément mais unanimement, le peuple souhaite que plus rien ne continue comme avant, elle met à nu l’irresponsabilité foncière de la Cinquième République. Régime d’exception, sans équivalent dans d’autres démocraties, réduisant la souveraineté de tous au pouvoir d’un seul et la complexité démocratique au simplisme autoritaire, elle arrive au terme de sa malfaisance destructrice.

Loin d’avoir préservé un État fort, elle n’a eu de cesse d’affaiblir la République comme maison commune et de protéger la minorité qui se l’est appropriée, professionnels indéboulonnables et interchangeables d’une politique sans vertu. Car qu’est-ce que l’affaire Fillon, entre emploi fictif et clientélisme affairiste, sinon la révélation au grand jour de la corruption du parlementarisme lui-même, à l’abri d’une opacité d’Ancien Régime ? Avatar du bonapartisme français, ce présidentialisme archaïque a détruit de l’intérieur la politique elle-même en tant que procédure collective, supposant la délibération et soumise à des procédures, obligeant à rendre compte aux électeurs et à rendre des comptes aux militants. 

Dressée par son fondateur contre « le régime des partis », elle n’aura eu de cesse de les dévorer jusqu’à l’os comme le montre, par l’absurde, cette campagne électorale irréelle et improbable qui tient plus de la bataille d’égos que du débats d’idées. Emmanuel Macron comme Jean-Luc Mélenchon se sont émancipés de toute procédure partisane, s’imposant dans un dialogue direct avec leurs fidèles, n’étant redevables qu’à eux-mêmes et ne supportant guère le questionnement de la presse. François Fillon ne semble plus appartenir aux Républicains tant sa direction est impuissante face à sa folle dérive. Quant à Benoît Hamon, il est en porte-à-faux avec son propre parti dont la direction est tenue par ses adversaires socialistes. Sans compter Marine Le Pen dont le Front national, loin d’un parti démocratique, est une firme familiale et clanique.

La Cinquième République aura réussi à assécher notre vitalité démocratique. Ce désert d’où peut surgir la catastrophe, par retrait volontaire du plus grand nombre, démobilisation et démoralisation, c’est évidemment l’abstention (à laquelle s’ajoutent les non-inscrits) qui traverse toutes les catégories sociales et qui n’a cessé de croître ces temps derniers. Si l’on s’en tient aux élections législatives, entre 1990 et 2014 dans les pays de l’Union européenne, la France est en tête pour le taux moyen d’abstention (40 %), loin devant le groupe médian (Pays-Bas, Espagne, Allemagne). Elle est de plus le seul pays où l’augmentation de la non-participation est linéaire, passant de 32,5 % au deuxième tour de 1993 à 44,7 % à celui de 2012.

Il ne s’agit pas ici de sacraliser le vote ni d’idéaliser les partis politiques, qui ne sauraient résumer la démocratie, son inachèvement permanent et son invention nécessaire. Mais cette prudence ne peut masquer l’évidence : notre République est aujourd’hui à l’agonie, frayant la route des adversaires de ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Faute de sursaut démocratique, faute de prise de conscience que, désormais, l’essentiel est en jeu, faute de bonnes volontés pour en faire l’enjeu d’une union populaire pour une nouvelle République, rendue à son exigence démocratique et sociale, la voie sera libre pour un coup de force autoritaire, inégalitaire et identitaire.

Tandis que la présidence de Donald Trump aux États-Unis d’Amérique nous rappelle que les démocraties sont fragiles, toujours au risque de régressions et de destructions issues d’elles-mêmes, de leurs renoncements et de leurs corruptions, il n’est pas inutile de rappeler cette étude américaine, issue d’une fondation, le Peterson Institute, qui en 2014 soulignait que le vrai blocage français n’était ni économique ni social mais démocratique : cette « camisole de force qu’est la présidence » qui entrave le pays, ce « président-monarque qui domine toute la politique française avec un pouvoir considérable inconnu ailleurs en Europe », cet étouffement de la diversité partisane et du pluralisme politique qui fait le jeu de l’extrême droite.

Passé inaperçu, sauf sur Mediapart, cet appel d’outre-Atlantique à une radicale réforme politique proposait de supprimer trois articles de la Constitution, afin de réduire l’omnipotence présidentielle : le pouvoir de nomination-révocation du premier ministre (article 8), le pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale (article 12), la qualité de chef des armées du président (article 15). Il est des projets évidemment plus ambitieux et plus novateurs, notamment dans les programmes des trois candidats issus de la gauche (Hamon, Jadot et Mélenchon, tous d’accord pour une refondation républicaine – et c’est une première) comme dans les propositions de nombre de réseaux citoyens et associatifs. Mais l’essentiel, puisque justement l’essentiel est en jeu, c’est que toutes ces dynamiques convergent au lieu de se disperser et de se concurrencer, au risque de l’affaiblissement et de la division, des rancœurs et des désespoirs, de la défaite en somme.

La Constitution de l’An I de la République française est sans doute la plus radicalement démocratique d’inspiration. Énoncée en 1793, elle n’eut guère le temps de vivre mais nous laisse, dans son préambule, une seconde Déclaration des droits de l’homme aux audaces nombreuses. Dont celle-ci : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer la Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. » En 2018, la Cinquième République aura soixante ans, et ce mois de mai 1968 où la jeunesse et les travailleurs du pays tout entier, rassemblés autour des causes communes de la liberté et de l’égalité, criaient « Dix ans, ça suffit ! », fêtera son cinquantième anniversaire.

Il est bien temps de mettre le calendrier à jour et de dérégler les horloges. Avant qu’il ne soit trop tard.

 

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