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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:44

Israël : arrogance, mépris de l’ONU et mépris du droit appellent des sanctions

Communiqué de l’AFPS, mardi 27 décembre 2016

 

L’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la résolution 2334 continue à provoquer une tempête de réactions indignées dans les milieux dirigeants israéliens. La palme du grotesque revenant au ministre de la défense, Liberman, qui parle de « nouvelle Affaire Dreyfus » à propos de la Conférence de Paris annoncée pour le 15 janvier et appelle les Juifs de France à rejoindre Israël … s’ils veulent rester juifs ! Et une autre palme à Netanyahou qui vient de découvrir qu’Obama complotait contre lui après lui avoir octroyé … 38 milliards de dollars.

 

Entendre Netanyahou parler de sanctions contre les pays ayant voté la résolution a quelque chose de surréaliste, alors qu’Israël, qui bafoue avec constance les résolutions de l’ONU le concernant, n’a jamais été sanctionné. Suspension des aides au développement du Sénégal et de l’Angola, annulation de la visite du président ukrainien, annulation d’une rencontre avec Theresa May en marge du sommet de Davos… Pour un peu on s’attendrait à le voir proclamer unilatéralement la suspension de l’Accord d’association avec l’Union européenne ! Il s’en gardera bien sachant qu’Israël en est le grand bénéficiaire et jouit quasiment d’une place de 28ème membre.

 

On est là devant le résultat de cette culture de l’impunité profondément installée chez des dirigeants israéliens qui se voient rappeler le droit par le Conseil de sécurité pour la 1ère fois depuis 1980. Tout rappel au droit est ainsi considéré comme une agression par un Etat qui, au fil des ans, s’est ancré dans l’idée qu’il ne peut accepter d’être traité comme les autres Etats du monde. L’impunité engendre nécessairement l’arrogance.

 

Pas complètement inconscient quand même, Netanyahou a demandé à ses députés de ne plus s’exprimer « sur l’annexion de territoire et la construction dans les implantations, parce qu’il pourrait y avoir une autre mesure internationale (contre Israël) avant le changement d’administration américaine le 20 janvier ». Il suffirait ainsi d’attendre Trump pour remiser l’Onu au magasin des antiquités, lui pour qui elle est « juste un club pour prendre du bon temps ». Et reprendre alors en toute tranquillité la suite du dépeçage de la Palestine.

 

La question posée à la communauté internationale, et donc à la France, est à la fois celle de la nécessité de choisir entre l’ONU et la loi de la jungle et celle d’une réponse politique face à la griserie de dirigeants voyous.

 

Cette réponse politique tient en quelques termes simples : reconnaissance immédiate pleine et entière de l’Etat de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël et de toute coopération militaro sécuritaire, interdiction des produits des colonies et de tout service lié à la colonisation...

 

Juste de quoi amener les dirigeants israéliens à s’interroger sur leur stratégie et contraindre Israël à prendre le chemin de la paix.

 

Le Bureau national de l'AFPS

 

Voir aussi notre communiqué du 23 décembre :
Le Conseil de Sécurité de l’ONU condamne sans appel la colonisation de la Palestine par Israël

Un rappel bienvenu du droit international, face à un avenir menaçant

Israël: arrogance, mépris de l'ONU et mépris du droit appellent des sanctions (communiqué de l'AFPS, 27 décembre 2016)
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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:25
Chômage: pour les précaires, pas de cadeaux de Noël (communiqué de la CGT, 26 décembre 2016)

Chômage : pour les précaires, pas de cadeaux de Noël

CGT
LUNDI, 26 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITE
Selon les chiffres rendus publics pour le mois de novembre, seule la catégorie A voit ses chiffres baisser de 3,1 % sur 3 mois consécutifs et de 3,4 % sur 1 an. Pour les autres, la potion est amère ! Y a-t-il un « modèle » européen qui vise à augmenter la précarité à défaut de lutter contre le chômage ?
Sur 1 an, les demandeurs d’emploi, toutes catégories confondues, sont passés de 6 143 400 à 6 238 400. Ce qui fait encore une augmentation de 1,5 %.
Par ailleurs, les catégories B et C qui regroupent les personnes sous contrats précaires sont passées de 1 878 100 à 2 028 800, soit 8% d’augmentation.
Si nous conjuguons ces chiffres avec la diminution de l’indemnisation, nous ne pouvons pas voir là une embellie mais bel et bien une explosion de la précarité. Y a-t-il un « modèle » européen qui vise à augmenter la précarité à défaut de lutter contre le chômage ?
La CGT continuera à lutter contre le développement des contrats sans lendemain et pour les 32 heures sans diminution de salaire. Le travail et les richesses doivent être partagés.
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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:10
28 décembre 1910, il y a 106 ans: naissance du code du travail (page facebook de Robert Clément)

28 décembre 1910, il y a 106 ans : Naissance du code du travail


A l'heure où le code du travail a subi une série de rafales, ces deux dernières années, particulièrement avec la loi El Khomri votée en force à coups de 49.3, rappelons brièvement sa naissance et notamment la loi du 28 décembre 1910 qui l'institua. 
Dès 1905, des débats voient le jour à l’Assemblée. Certains députés radicaux-socialistes prônent la conception d’un code du travail à l’image du Code civil, c’est-à-dire qui ne se contenterait pas de compiler les textes anciens mais qui en établirait de nouveaux.

Les députés de droite s’y opposent. Les discussions vont être assez vives et se poursuivre jusqu’à l’adoption de la loi du 28 décembre 1910, qui instaure donc un code du travail et de la prévoyance sociale. 
Depuis, des « toilettages » successifs l'ont allégé de quelque 500 lois tout en divisant le millier et quelque restant en près de 3 800 sous-lois et supprimant un livre sur neuf. Quand certains, et ce n'est pas nouveau, conspuent le code, en le mettant sur la balance pour mieux dénoncer son obésité (près de 4000 pages), ils omettent de préciser que parmi elles, moins d'un tiers est consacré aux lois, le reste laissant place aux commentaires.
Un Code lié à l’histoire sociale de la France
Adopté en décembre 1910 sous l’impulsion du ministre socialiste du Travail René Viviani, le Code du travail consacre un nouveau droit. Il symbolise, aujourd’hui, un siècle de bras de fer entre patronat et salariat.
«La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail. »

Datée de 2006, cette saillie rageuse de la patronne du Medef, Laurence Parisot, vient rappeler que le Code du travail, dont on fête aujourd’hui le centenaire, n’est pas qu’un simple recueil législatif et réglementaire.

Le contenu de ses 3 652 articles, répartis en huit parties, est intimement lié à l’histoire sociale de la France et à plus d’un siècle de bras de fer entre patronat et salariat.

Adoptée sous l’impulsion de René Viviani, ministre du Travail, député socialiste de la Creuse et cofondateur du journal l’Humanité, la loi du 28 décembre 1910 a pour but de codifier les « lois ouvrières » votées depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

Ce texte, qui donna lieu à des débats houleux à l’Assemblée entre droite et gauche, est à la fois une étape et un aboutissement. Une étape car l’élaboration de ce premier Code va s’étendre sur près de dix-sept ans. Et un aboutissement car il affermit la conception même de droit du travail, jusqu’ici embryonnaire.
Le XIXe siècle reste, en effet, marqué tout autant par l’avènement d’un capitalisme échevelé que par les dégâts sociaux qu’il engendre.

Durant des décennies, le travail se caractérise en France par la « liberté contractuelle » entre le salarié et l’employeur (celle qui fait rêver aujourd’hui le Medef ! ) et dépend du seul droit civil. Les travailleurs, femmes et enfants compris, perçoivent bien souvent des salaires de misère et sont contraints de faire des journées de travail démesurées (14 heures quotidiennes) sans hygiène ni sécurité.

En 1840, le fameux rapport du docteur Villermé dénonce l’état de santé catastrophique de ces ouvriers et participe à la prise de conscience que l’État ne peut plus laisser à la seule liberté contractuelle le soin de régir les relations de travail. L’idée qu’il faut un droit spécifique fait son chemin.

Le 22 mars 1841 est votée la première des lois sociales. Elle fixe à huit ans l’âge d’admission au travail, interdit aux enfants les travaux de nuit ou dangereux mais permet, en revanche, de faire travailler 72 heures par semaine ceux de douze à seize ans… De nombreuses autres lois vont suivre : l’instauration, en 1884, de la liberté syndicale, la création de l’inspection du travail en 1892, la loi de 1898 sur l’indemnisation des salariés victimes d’accidents du travail…

Jusqu’à l’instauration du Code, en 1910, qui va rassembler l’ensemble de ces lois régissant les rapports entre employeurs et salariés. Le premier livre sera édité en 1911. Il comporte cinq titres : « Du contrat d’apprentissage », « Du contrat de travail », « Du salaire », « Du placement des travailleurs » et « Des pénalités », le tout compilé sur… 14 pages.

Un siècle plus tard, sa fonction n’a pas varié. Comme le stipule l’article L. 120-3, le Code du travail est là pour donner des contreparties au « lien de subordination juridique permanent à l’égard de l’employeur » qui caractérise tout contrat de travail. « Sitôt franchie la porte d’une entreprise, l’employeur décide, le salarié obéit, résume Gérard Filoche, inspecteur du travail. Le Code contraint, en échange, l’employeur à payer non seulement l’acte productif, mais aussi tout ce qui le permet : le repos, les congés payés, le logement, le transport, la formation, la protection contre le chômage, les accidents du travail, la maladie, la vieillesse. »

Quelques grandes dates jalonnent l’histoire du Code du travail. En mars 1919 sont instaurées les premières conventions collectives. La même année est votée la journée de 8 heures.

En juin 1936, le Front populaire proclame la semaine de 40 heures et octroie 15 jours de congés payés. En 1946, les droits sociaux, dont le droit de grève interdit cinq ans auparavant par le régime de Vichy, sont inscrits dans la Constitution. En 1950, c’est la création du Smig. En 1982, la gauche abaisse l’âge légal de la retraite à 60 ans et, en 1998, instaure la semaine de 35 heures.
Des avancées qui ne doivent pas masquer le combat violent qui perdure entre ceux qui veulent renforcer ce Code et ceux qui veulent Le mettre en pièces. Depuis un siècle, le patronat n’a eu de cesse de dénoncer ce « carcan ». « Vos lois sociales coulent une industrie déjà fragile », lançait en 1909 le sénateur Eugène Touron à René Viviani…Ce combat est plus que jamais d’actualité !

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 08:57
Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), mercredi. Arsène Tchakarian, âgé de 100 ans,n’a rien oublié de ses années de résistance durant la Seconde Guerre mondiale.LP/Lucile Métout

Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), mercredi. Arsène Tchakarian, âgé de 100 ans,n’a rien oublié de ses années de résistance durant la Seconde Guerre mondiale.LP/Lucile Métout

Lire aussi: 

L'Affiche rouge: "Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant" (numéro spécial de L'Humanité, février 2007- Jean de Leyzieu)

Missak Manouchian, résistant mort pour la France (Guy Konopnicki, Marianne - avril 2015)

 

 

L'ancien membre du groupe Manouchian, composé de résistants communistes, vit toujours chez lui dans le Val-de-Marne.

Le téléphone sonne. C'est le 7e appel de la matinée. Cramponné à sa canne, Arsène Tchakarian décroche le combiné et croule sous les félicitations. « Merci commandant », répond timidement l'ancien artilleur, tout en réceptionnant auprès d'un livreur son troisième bouquet de fleurs. Arsène Tchakarian vient de fêter son centenaire dans son modeste pavillon de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). A deux pas de l'avenue du Groupe-Manouchian, le célèbre commando des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée de Paris), dont il est le dernier survivant. « Cent ans ? Moi je ne sens rien. Et puis, ce n'est pas moi le héros, précise-t-il. Ce sont mes camarades qui ont été tués. »

 

Sa mine fatiguée reste impassible mais les attentions lui vont au cœur. « Il y a des chocolats plein les placards... J'aimerais verser une larme. Je ne peux pas. Je n'ai jamais pleuré. » Pas même le 21 février 1944, alors que ses 22 frères d'armes tombaient sous les balles allemandes dans la clairière du mont Valérien. Pourtant, pas un jour ne passe sans qu'il ne ressasse les visages de l'Affiche rouge, propagande nazie stigmatisant les activistes de « l'Armée du crime ». « Je ne vis que pour eux depuis leur arrestation. »

 

 

La mémoire des mots grésille mais les images sont intactes. Né en Turquie en décembre 1916, exilé à Paris en 1930, le maître tailleur n'a rien oublié de son « premier coup », le 17 mars 1943. Son ami Missak Manouchian, arménien lui aussi, avait prévenu : « Fini les tracts, on nous demande de combattre avec des armes. Je vais te présenter quelqu'un. » C'est Marcel Rayman, le cerveau de l'opération.

 

Déraillements de trains, exécutions en plein jour

« C'était sur le pont Henri-IV à Paris. Il m'a demandé mon nom. Missak m'avait interdit de donner le vrai. Alors j'ai dit Charles, pensant à un autre roi de France ! » Rayman lui tend une grenade à jeter « au milieu des soldats ». « Manouchian, ou plutôt Georges, me l'a prise des mains pour la lancer lui-même », poursuit l'ex-militant clandestin. Le lendemain, ils attaquent des Feldgendarmes à Levallois-Perret.

 

Déraillements de trains, exécutions en plein jour, récupération de documents chez les communistes arrêtés : la cavale des FTP-MOI de Manouchian s'arrête en novembre 1943. « J'avais rendez-vous avec Olga Bancic, la seule femme du réseau, à la gare d'Orsay. Elle n'était pas au rendez-vous. C'était la première fois. Et j'avais vu des flics marcher derrière Rayman la veille. Je suis pas con, j'ai compris. » Une vieille connaissance l'aidera à se cacher à Bordeaux, où reprendront les opérations d'espionnage, avant le maquis du Loiret.

 

Après la guerre, il devient historien et publiera trois livres. Mais si le vétéran croyait en avoir fini avec les combats, il se trompait. L'hiver dernier, il a été agressé à son domicile. « Elles étaient deux », assure Jacqueline, Mme Tchakarian depuis soixante et un ans. Elle essuie des coups. Son mari, frappé à la tête, garde aujourd'hui d'handicapantes séquelles. Mais ne lui parlez pas de maison de repos. Arsène Tchakarian est bien trop attaché à sa liberté.

  Le Parisien

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 08:34
3000 nuits, de Mai Masri

3000 nuits, de Mai Masri

En salle en France le 4 janvier 2017, le nouveau film de la réalisatrice palestinienne Mai Masri 3000 Nuitsporte avec force la voix des détenues palestiniennes. Nous avons pu le voir dans le cadre de la quatrième édition des rencontres internationales des cinémas arabes à l’initiative de l’association de promotion et de diffusion des cinémas arabes à Marseille et en Méditerranée (Aflam) au musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem).

Une pluie battante qui tombe cinglante. Des prisonniers dans un fourgon menottés. Les images en fondu enchaîné se figent sur le visage ensanglanté de Layal Asfour. La jeune institutrice de Ramallah était là au mauvais moment. Elle est intervenue pour porter secours à un tout jeune Palestinien blessé. Il est poursuivi pour terrorisme. Elle le sera à son tour, mécaniquement. Descente aux enfers. Prison israélienne de haute sécurité. Le scénario se déroule dans les années 1980, lorsque les prisonniers politiques et de droit commun israéliens et palestiniens sont encore détenus ensemble.

Cette captivante œuvre de fiction ancrée dans le réel est la dernière création de Mai Masri, que l’on connaît davantage pour son travail documentaire, souvent en coréalisation avec son compagnon Jean Chamoun. Tous deux archivent la résistance palestinienne et libanaise. Mai Masri a abondamment traité de la guerre et de la détention, et plus particulièrement de leurs conséquences sur la vie des femmes et des enfants. Cette première fiction lui a déjà valu d’être distinguée par une vingtaine de prix, dont sept en France, et une présentation aux Oscars, avant que le film, réalisé de manière indépendante (Nour Films, Orjouane Productions, Les Films d’ici) ne sorte en salle en janvier 2017.

NOUR (LUMIÈRE) DANS LA NUIT

Une fois incarcérée, Layal Asfour devient le matricule 735. Elle est d’abord mise en cellule avec des Israéliennes qui éructent leur haine des Arabes et de la langue arabe au premier regard. Un huis clos insoutenable. Puis elle rejoindra des Palestiniennes. Il y a là Jamilé, Ouma Ali, Sanaa, résistante libanaise qui a perdu un bras… : tous les visages et toutes les générations de femmes en lutte contre l’occupation. Layal Asfour découvre avec stupéfaction qu’elle est enceinte, puis que l’homme qu’elle aimait, son mari, ne va pas hésiter à l’abandonner, refusant de renoncer au visa qu’ils avaient demandé pour rejoindre le Canada. Contre son chantage à l’avortement et à la dénonciation, pour sauver la peau du jeune Palestinien qu’elle a aidé, elle n’hésite pas une seconde et lui tourne le dos et le cœur. Pour Mai Masri, il fallait aussi montrer cette facette de la réalité. Parler des femmes détenues, sur lesquelles il existe très peu de documentation, mais aussi de cet abandon par les hommes — un grand classique universel — tandis que les prisonniers sont toujours soutenus par les femmes et les familles.

Lorsque la condamnation à huit ans de réclusion, soit trois mille nuits, tombe, Layal Asfour est sonnée. En prison, elle va devenir une autre. C’est d’abord l’arrivée de son fils, Nour, dont elle accouche menottée, qui change son rapport au monde et la relation avec ses codétenues. L’enfant devient pour elles une flamme de vie à protéger et faire grandir. Les images de Mai Masri et de son opérateur, Gilles Porte, sont d’une beauté rare, saisissant la vie et la joie comme des herbes folles surgies de ce monde de non-droit et de terreur parfaitement restitué par le travail sur les décors d’Hussein Baydoun.

LE PRIX DE L’INSOUMISSION

Mai Masri creuse aussi jusqu’à l’os toutes les relations perverses et sadiques mises en place par les gardiennes, le chantage permanent à la dénonciation et à la collaboration, la complexité des relations entre détenues. Les Palestiniennes sont assignées au ménage et à la cuisine. Les scènes de rébellion sont quotidiennes et finissent parfois en batailles homériques de nourriture entre détenues israéliennes et palestiniennes. Mais ce qui va vraiment devenir l’insoumission absolue, c’est lorsque les nouvelles du massacre de Sabra et Chatila pénètrent à l’intérieur de la prison. Plus rien ne peut arrêter la rage et la grève de la faim des prisonnières qui vont s’étendre au bâtiment voisin où sont détenus les hommes. La répression est sauvage. « Je ne veux plus les entendre respirer », hurle une geôlière.

Encerclement, gaz, coups. Layal Asfour va payer le prix fort pour sa révolte. Elle se verra arracher son fils qui a atteint ses deux ans et que seule la soumission aurait pu lui permettre de garder auprès d’elle un peu plus longtemps.

Mai Masri a tourné ce film fort et dérangeant dans une prison jordanienne désaffectée, avec d’anciens détenus palestiniens qui ont interprété tous les rôles après un long travail de recueil de témoignages. L’interrogateur israélien est un Palestinien qui a été détenu durant cinq ans en Israël. L’une des actrices a rendu visite à son frère durant quinze ans et retrouvé en jouant la violence de cette histoire intime et collective. Layal Asfour est interprétée à fleur de peau par Maisa Abd Elhadi, actrice palestinienne qui crève l’écran et joue ici son premier rôle aussi politiquement engagé, inspiré de l’histoire vraie d’une jeune mère palestinienne, et qu’elle porte avec fierté.

UN MIROIR AUX YEUX DU MONDE

Depuis 1948, plus de 700 000 Palestiniens ont été détenus dans les geôles israéliennes. Ils sont aujourd’hui près de 7 000, hommes, femmes et enfants à y croupir. Pourquoi inscrire le film dans les années 1980 alors que la situation perdure ? Pour la documentariste, ces années étaient particulièrement éclairantes et rendent compte d’un parcours de lutte politique avec des avancées et des reculs. Aujourd’hui les détenus politiques et de droit commun, israéliens et palestiniens, sont séparés. Les moyens de déjouer les interdictions de communiquer sont devenus plus difficiles à contourner. La détention frappe toutes les familles. Entre août 2015 et avril 2016, le nombre d’enfants emprisonnés a triplé. Les prisonniers restent donc un enjeu emblématique et déterminant de la lutte pour l’autodétermination, et l’obtention de leur libération s’inscrit dans l’histoire nationale. Comme lors de cet échange, en 1983, — auquel le film fait référence —, de six Israéliens détenus parl’Organisation de libération de la Palestine (OLP) contre 4 700 prisonniers palestiniens et libanais. Un événement marquant que Mai Masri fait jouer et qu’elle redouble d’images d’archives, tout comme pour l’évocation de Sabra et Chatila. Cela participe aussi à donner à la fiction son ancrage et son souffle. Ici l’on sait que tout est vrai. Les histoires se mélangent et se télescopent, mais elles ont toutes été vécues. Et elles perdurent.

Le film a été projeté dans plusieurs pays arabe, primé à Carthage, et aussi diffusé en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. Un miroir brandi aux yeux du monde.

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 08:20
Stop au management inhumain, boycottons Auchan ! - le Calvaire d'une caissière de Auchan Tourcoing victime d'une fausse couche pour cause de maltraitance au travail

Auchan. Une entreprise domiciliée en Belgique pour échapper à l’impôt, 88 millions de #CICE, hausse du salaire des dirigeants : 12,5%. Pour quels résultats ? 

En 2016, licenciement d'une caissière pour une erreur de caisse de 83 centimes, aujourd'hui sanction d'une salariée victime d'une fausse couche ..

Voici l'histoire de Fadila : 

C’est une jeune salariée âgée de 23 ans embauchée début novembre dans le cadre  d’un contrat de professionnalisation de six mois. Après quelques jours de travail, la jeune femme commence à souffrir de nausées et de maux de tête. Verdict de son médecin : « vous êtes enceinte ! ». Une nouvelle magnifique qui va tourner au cauchemar !

Immédiatement elle sollicite sa hiérarchie afin d’alléger son planning et de lui permettre  de se rendre aux toilettes. La réponse de la direction est sans appel, c’est non. Le quotidien de Fadila est le suivant : travailler huit heures d’affilée en caisse avec vingt minutes de pause. Intenable pour la jeune femme qui multiplie les malaises. S’en suivra un arrêt maladie.

Le 21 novembre, elle reprend son poste. Le 22 novembre la souffrance devient insupportable. Elle demande alors un doliprane. Réponse de la direction : non. 17 heures, Fadila se lève, et découvre son fauteuil plein de sang. Alertés, les pompiers arrivent rapidement sur place et invitent Fadila à se rendre aux toilettes.

C’est trop tard, le drame vient d’avoir lieu. Dans la cuvette les pompiers découvrent le fœtus. Terrible.

Pas au bout de ses souffrances, la jeune femme est priée par l’entreprise d’amener un justificatif concernant son absence et son départ précipité de la veille. Incroyable.

Comble de l’insupportable, la direction d’Auchan lui verse un salaire de  350 euros en novembre, refusant ainsi de lui rémunérer  la «période d’arrêt consécutive à ce drame personnel».

Demain c'est quoi ? La mort sur le lieu de travail peut-être ! 

Il serait temps de mettre fin à ce régime féodal !

En solidarité avec toutes celles et ceux, qui au quotidien sont victimes de ce management inhumain, prenons une décision radicale, boycottons les magasins Auchan ! 

Frappons les là ou ça fait mal, au portefeuille ! 

Lire la lettre de pétition

 

Pour ce mois de calvaire, Fadila n’a touché que 350,64/euros net.

Pour ce mois de calvaire, Fadila n’a touché que 350,64/euros net.

Lire aussi dans Ouest-France: 

Fausse-couche chez Auchan. « J’ai été empêchée » d'aller aux toilettes
http://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/auchan/une-salariee-accuse-auchan-de-negligence-apres-sa-fausse-couche-4706736
 

Auchan : Le Calvaire d'une employée victime d’une fausse couche à sa caisse

PIERRIC MARISSAL
MERCREDI, 28 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ

Victime d’une fausse couche à sa caisse, une employée du Auchan City de Tourcoing se bat pour la reconnaissance du drame qu’elle a vécu.

Le 22 novembre à 14 heures, Fadila (prénom modifié – NDLR), jeune femme de 23 ans, s’installe à la caisse 1 du Auchan City de Tourcoing. De fortes douleurs lui vrillent le ventre. Elle est enceinte de trois mois et souffre de complications. Mais ni son poste ni sa charge de travail n’ont été aménagés, malgré ses demandes répétées auprès de la direction. Appelée à l’aide vers 15 heures, sa responsable répond qu’elle est occupée. La salariée, en contrat d’apprentissage, se tourne alors vers la sécurité et demande, en vain, du paracétamol pour soulager la douleur. Avec la fin d’après-midi, le magasin se remplit. Les spasmes deviennent insupportables, la caissière est très pâle et les clients commencent à s’inquiéter pour elle. Fadila se lève de sa chaise, la voit couverte de sang. Son pantalon aussi est maculé. Elle demande aux clients de se diriger vers d’autres caisses. Un responsable, qui réagit enfin, l’engueule : « Ce n’est pas l’heure de fermer ta caisse ! » et l’enjoint de rester assise. Fadila fond en larmes. Un agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent prestement.

« Il faudra amener un justificatif », lui dit sa responsable

« Ils m’ont demandé si j’avais pu aller aux toilettes, raconte-t-elle. Je leur ai répondu que j’en avais été empêchée. » Elle y va alors. « Mon sang ne cessait de s’écouler, c’était interminable. Quand je suis sortie, un pompier, muni de gants, est allé chercher un fœtus dans la cuvette et m’annonça la perte de mon bébé. » Fadila est ensuite hospitalisée, extrêmement choquée. « Il faudra amener un justificatif », lui dit en tout et pour tout sa responsable à la sortie de l’hôpital.

C’est peu après que Fadila a poussé la porte de la CGT de Tourcoing. « Nos locaux sont à 200 mètres à peine d’Auchan City, raconte Samuel Meegens, le secrétaire général de l’union locale du syndicat. On a immédiatement compris qu’elle avait un besoin énorme que soit reconnu le drame qui lui était arrivé. C’est une jeune femme pleine de principes et elle ressent bien que ce qu’elle a subi est indigne. Elle a vécu tout cela avec un sentiment de culpabilité énorme. »

Aujourd’hui Fadila va mieux. « Je sens que je ne suis plus toute seule, assure-t-elle. Je peux parler et faire connaître mon histoire. Mais je suis encore en colère et j’attends des excuses d’Auchan. Jamais plus je ne porterai sur ces magasins le même regard qu’avant. Tout a changé. Cela va être très difficile de pardonner. C’était mon bébé… Et ma santé qui était en péril. On est bientôt en 2017, c’est incroyable qu’on puisse perdre son bébé comme ça sur son lieu de travail. »

Et le combat ne fait que commencer. Une enquête du comité d’hygiène et de sécurité de l’entreprise est lancée, avec le soutien de la CGT. La direction du Auchan City de Tourcoing n’a en revanche renvoyé la déclaration d’accident du travail que le 23 décembre. Deux jours avant, Fadila recevait de cette même direction une lettre de rappel à l’ordre, car elle n’avait pas envoyé de justificatif médical dans les 48 heures… « Et la cerise sur le gâteau, s’énerve Ioannis Kappopoulos, son avocat, c’est qu’elle a subi une semaine de retenue de salaire parce que son badge ne marchait pas. » Pour ce mois de calvaire, Fadila n’a touché que 350,64 euros net. La plainte pénale va être multiforme, annonce l’avocat, citant le « non-respect d’une obligation de prévention » et la « non-assistance à personne en danger ». « Et puis on lancera une procédure prud’homale s’ils ne régularisent pas les heures, précise-t-il. Dans ce magasin, c’est la chasse aux délégués syndicaux. Cet été, ils ont viré une caissière pour une erreur de caisse de 0,85 euro (voir l’Humanité du 4 août 2016 – NDLR) et aujourd’hui ils laissent sur sa chaise une salariée qui fait une fausse couche en souffrant le martyre pendant six heures. »

Jusqu’ici, Auchan n’a réagi que par un bref communiqué émanant du siège. « La direction d’Auchan City est extrêmement attristée par l’épreuve rencontrée par l’hôtesse de caisse », assure le bref texte. Selon Auchan, « dès que sa hiérarchie a été informée du problème rencontré par l’hôtesse, elle a alerté les secours et l’hôtesse a été prise en charge rapidement ». En revanche, joint au téléphone, un porte-parole du groupe prétend que la direction du magasin « n’a jamais reçu de demande d’aménagement de poste ».

Auchan City Tourcoing appartient à AMV Distribution, qui est lui-même présidé par Auchan France, donc la famille Mulliez, l’une des plus grandes fortunes de France. « Auchan City est une filiale mais aussi une expérimentation managériale, explique Samuel Meegens, où les salariés ont moins de droits et sont moins nombreux que dans les magasins habituels. » Et il y a une vraie souffrance chez les travailleurs de ce magasin. « À l’union locale, on a reçu des dizaines de salariés d’Auchan City Tourcoing. Même le premier directeur du magasin est venu lorsqu’il s’est fait licencier. » Et cela, dans un contexte où le maire de droite de Tourcoing, Gérald Darmanin, veut priver la CGT de ses locaux. « S’il arrive à ses fins, des histoires comme celles de Fadila resteront sous silence », met en garde le syndicaliste. Car, dans cette ville où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, la CGT s’occupe aussi beaucoup des détresses individuelles. « Et la famille Mulliez est l’un des premiers employeurs de la ville, leurs salariés représentent près de la moitié des gens que l’on syndique. »

Journaliste, spécialiste des nouvelles technologies

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:48

L’HUMANITE

Mardi 27 décembre 2016

PIERRIC MARISSAL

 

 

Les start-up et entrepreneurs sont chouchoutés par nombre de candidats à la présidentielle, ils seraient innovants et créateurs d'emplois.

10% des Start-up survivent après 3 ans d’existence, tandis que 65% des scops dépassent les 5 ans.

 

Plongée au cœur de la réalité économique de ces jeunes pousses trop à la mode.

 

À 16 ans, Philippine a bien intégré tous les codes. Vêtue de son sweat-shirt à capuche floqué du logo de son entreprise, New School, l'uniforme popularisé par Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, la lycéenne des Yvelines écume les concours de start-up où elle présente son idée devant des investisseurs. Après avoir récupéré plus de 60 000 euros en financement participatif et avant même sa première levée de fonds, elle fut la coqueluche de plusieurs médias, a reçu le soutien du candidat à la primaire de la droite Alain Juppé et de l'ex-présidente du Medef Laurence Parisot et est devenue le symbole français d'un « esprit start-up ».

 

LE PREMIER TOUR DE FINANCEMENT D'UNE START-UP, C'EST 500 000 EUROS

Son idée est simple : faciliter l'appel des élèves en début de cours. Chacun d'entre eux est équipé d'un badge électronique. Le professeur envoie juste un signal via son smartphone et peut commencer la classe. Si au bout de dix minutes un élève manque à l'appel, une notification est envoyée à l'enseignant et un SMS transmis aux parents. Du simple flicage par la technologie, en somme. Mais l'enrobage « innovant » et la promesse de faire gagner 28 heures de cours par an en automatisant le temps de l'appel séduit. L'éducation nationale étudie la question. Un programme test est même en cours dans les Yvelines et Apple a pris la jeune start-uppeuse sous son aile. L'anecdote montre combien l'engouement autour de ces jeunes entrepreneurs technologiques est aujourd'hui puissant. Toulouse est « So Start-up! », la « Loire Valley » espère rapprocher la Touraine de la Californie, mais c'est Paris qui s'affirme comme la « Silicon Valley à la française ». En dix ans, ce nouveau modèle de réussite s'est imposé et offre une cure de jouvence au capitalisme. Devenir milliardaire en étant son propre patron devient la consécration accessible à tous, du moment qu'on trouve la bonne idée au moment juste, pour rencontrer les consommateurs.

Et l'argent coule à flots. « Le montant moyen investi en amorçage, c'est-à-dire le premier tour de financement d'une start-up, c'est 500 000 euros. En échange, elle lâche 25 à 30 % de son capital. Cela veut dire que la start-up est valorisée au moins 1,5 million d'euros », explique Charles Degand, startupper et grand connaisseur du milieu. La valeur de ces entreprises est uniquement basée sur les normes du marché, détachées du chiffre d'affaires. Les start-up se placent en marge du reste de l'économie. « Les investisseurs payent tout de suite le prix qu'ils espèrent que la start-up vaudra dans deux ou trois ans, explique le fondateur de FundMe et d'AngelSquare. Un plombier, par exemple, n'a pas ce potentiel de croissance. Mais une place de marché qui recense tous les plombiers du territoire et qui permet à n'importe quel Français de trouver son artisan en quelques minutes, là il y a de l'innovation et du potentiel. »

 

 

« EN FRANCE ON N'A NI LA MASSE, NI CETTE CULTURE DU CAPITAL RISQUE »

Les « business angels » les plus connus sont de grands entrepreneurs du Web, comme Xavier Niel, fondateur de Free, Jacques-Antoine Granjon (Vente-privée.com) ou Henri Seydoux, fils du patron de Pathé et PDG de l'entreprise Parrot, spécialiste des drones... On trouve aussi d'autres fondateurs de start-up, des avocats ou des cadres de grandes entreprises.

Certains investisseurs sont tellement influents que la Banque publique d'investissement (BPI) fournit des aides automatiques aux entreprises qu'ils financent... Les start-up sont aussi très soutenues par l'argent public. Par exemple, 81 % d'entre elles bénéficient du crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice), 71 % du crédit d'impôt recherche (CIR). La BPI offre de nombreuses subventions et les collectivités des aides à l'installation.

Les business angels sont particulièrement chouchoutés dans le programme de François Fillon. Le candidat de droite veut multiplier leur nombre par dix car ils ne seraient « que 8 000 » en France. Pour cela, il promet de nouvelles réductions d'impôts pour ceux qui investissent dans les start-up. Et, en cas de perte de capital, il suggère de demander au fisc de rembourser 50 % des montants investis. Une mesure plus qu'inquiétante, 9 start-up sur 10 disparaissant dans les trois ans après leur création... « C'est la privatisation des profits et la mutualisation des pertes, reconnaît Charles Degand. Et puis, c'est la menace de créer une bulle spéculative autour des start-up qui seront valorisées des millions alors qu'elles ne gagneront pas un euro... »

Yann Le Pollotec, responsable du secteur révolution numérique au sein du PCF, explique que ce modèle très déséquilibré n’est pas adapté à la France. « Aux États-Unis, ils créent des milliers de start-up qui disparaissent et seule une poignée sort du lot. C’est une sélection par l’échec. Sauf qu’en France on n’a ni la masse, ni cette culture du capital risque. C’est surtout l’État qui va y mettre de sa poche. Et, plutôt que de mettre de l’argent dans les start-up, l’État ferait mieux d’investir dans la recherche publique, de l’innovation tournée réellement vers l’intérêt général. »

Comme l'essentiel du financement de ces entreprises tourne autour des levées de fonds auprès des investisseurs, le bagout commercial est devenu central. Dans le monde des start-up, on appelle ça le « pitch ». En cinq minutes, pas plus, il faut expliquer pourquoi on va séduire le consommateur en augmentant sa « puissance d'agir » (« empowerment », dans le jargon), exalter le produit, en montrer les challenges... Le tout en parsemant son discours des termes attendus : « Révolutionnaire », « innovant », « disruptif » et de moult anglicismes... « Il y a maintenant des ``coachs de pitch''. Les incubateurs donnent des cours et organisent des ``pitch days'' avec des investisseurs, raconte Charles Degand. Beaucoup de projets n'ont pas grand sens et participent à creuser le fossé qui s'est créé entre les start-up et l'économie normale. J'ai rencontré des boîtes qui vivent depuis cinq ou six ans uniquement par les subventions publiques, des bureaux gratuits, les prix des concours de pitch, sans modèle économique viable. Il ne faut pas caricaturer, mais il faut se rendre compte que les start-up qui vont vraiment marcher sont des exceptions. »

Cet engouement pro-start-up comble aussi un vide. « Comme les hommes politiques n'ont globalement rien de positif à annoncer sur le terrain de l'économie, ils ont pris le créneau des start-up pour avoir des bonnes nouvelles à annoncer, avance Arthur Muller, fondateur de la start-up Liegey Muller Pons (LMP). Un ministre de l'Économie préfère être associé avec le patron de Blablacar qui va recruter 40 développeurs que d'aller se confronter à l'industrie en crise à Florange. » Et les politiques, Arthur Muller les connaît bien. Ce sont ses principaux clients. La start-up propose d'aider les partis à optimiser leur porte-à-porte grâce au big data, en croisant les résultats électoraux et des données sociodémographiques. En marche !, le mouvement d'Emmanuel Macron, s'est offert ses services pour 2017.

 

94 % DES TRAVAILLEURS DE START-UP ONT BAC + 5 MINIMUM

L'ancien ministre est l'un des candidats à la présidentielle les plus enthousiastes. « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », lançait-il début 2015. Macron écume les start-up françaises, vante leur force de progrès, d'innovation et, surtout, leurs capacités à créer de l'emploi. Mais, de cela, on peut en douter. « Cela fait débat, surtout aux États-Unis, tempère Arthur Muller. Est-ce que les start-up créent vraiment de l'emploi ou est-ce que leurs activités reposent tellement sur les technologies qu'elles n'ont plus besoin de salariés ? Beaucoup d'entrepreneurs de la Silicon Valley défendent le revenu universel, car, s'ils n'ont plus besoin de salariés, ils ont besoin de consommateurs... » LMP espère recruter dans les prochains mois une dizaine de profils ultra qualifiés. Une constante dans toutes ces start-up technologiques. Le baromètre 2015 réalisé par le cabinet Ernst & Young montre que 94 % des travailleurs de start-up ont bac + 5 minimum. Le mythe du jeune entrepreneur autodidacte en prend un coup. « Mes salariés sortent tous de grandes écoles, comme Polytechnique ou HEC, et ils peuvent tous retrouver du travail demain, reconnaît le patron de LMP. Les développeurs et les statisticiens qui sont capables de faire ce que je leur demande sont très peu nombreux et je dois aller les chercher dès l'école pour les piquer à la finance ou aux assurances. »

Autre information de ce baromètre, 91 % des salariés de ces jeunes pousses sont en CDI. Pourtant, la droite comme Emmanuel Macron promettent à ces entrepreneurs plus de flexibilité, lorsque ce n'est pas de casser complètement le CDI pour qu'ils n'aient plus peur d'embaucher... « Moi, je n'ai jamais entendu un start-upper qui se plaignait du CDI », s'étonne Charles Degand. Même son de cloche chez LMP : « Si je proposais des offres en CDD, les candidats rigoleraient. Mes développeurs demandent une double période d'essai, pour pouvoir partir du jour au lendemain s'ils trouvent mieux ailleurs. Il ne faut pas nous confondre avec les chauffeurs d'Uber, qui sont autoentrepreneurs et non pas salariés de start-up... » Le baromètre avance d'ailleurs que seuls 37 % des patrons de start-up se plaignent du coût du travail français.

Arthur Muller attire ses salariés en leur proposant un projet et une autre organisation du travail, horizontale. « Beaucoup de jeunes aiment travailler dans ces structures, parce qu'il y a une culture de l'échange, de la collaboration. On n'est pas que le maillon d'une chaîne. Mais il faut aussi savoir faire preuve d'autonomie, parfois changer de rôle, c'est exigeant et cela ne plaît pas à tout le monde. » Et le start-upper de reconnaître: « Vous savez, l'écosystème français est très favorable pour les start-up. Mais c'est vrai que pour qui veut monter une entreprise de BTP ou une boulangerie, il n'y a pas toutes ces aides... » D'autres modèles existent pourtant. « C'est vrai que beaucoup de jeunes ne veulent plus de patron et recherchent les moyens d'être créatifs, explique Yann Le Pollotec. Mais, pour cela, les modèles coopératifs de l'économie sociale et solidaire, tout comme les lieux alternatifs comme les fab labs, sont bien plus adaptés que les start-up. »

 

EN QUELQUES CHIFFRES CLÉS

- La France compte un peu plus de 10 000 start-up, la très grande majorité à Paris.

- Le patron de start-up moyen est un homme de 40 ans, titulaire d'un master de grande école. 9 % seulement sont dirigées par des femmes.

- 44 start-up françaises ont levé des fonds en novembre dernier pour un total de 359 millions d'euros. La valorisation cumulée des start-up parisiennes atteint 11 milliards d'euros.

- En 2015, la Banque publique d'investissement a consacré 1,3 milliard d'euros d'aides et de financements aux start-up.

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:45

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

 

 

 

Si l'on veut inverser la tendance et pouvoir répondre aux objectifs de la COP21, boycotter les offres superflues devient un impératif.

Produire, chaque année, les quelque 5,6 millions de sapins de Noël implique d'y consacrer 4 500 hectares de terres agricoles en permanence.

Sans vouloir jouer les rabat-joies, ne faut-il pas s'interroger sur tous les travers induits par la politique de l'offre à l'approche de la fête chrétienne que constitue Noël, cette nuit du 24 au 25 décembre durant laquelle serait né un certain Jésus ? Le père Noël étant venu squatter cette date, les commerçants en ont fait un gros business et cette fête se prépare désormais dès la sortie de la Toussaint. On assiste à la mise en place des illuminations en novembre, tout comme le remplissage des rayons des magasins en jouets.

Puis se mettent en place les marchés de Noël. Ce qui était au départ une tradition partie de Strasbourg et de quelques autres villes de l'est de la France a gagné depuis longtemps la plupart des villes de province, l'esplanade de la Défense, quantité de villes de banlieues en Île-de-France, la capitale n'étant pas en reste dans une débauche d'illuminations bien plus énergivores que les économies réalisées dans ce domaine avec la fermeture des voies sur berges pour les voitures.

Arrivent aussi quelque 5,6 millions de sapins de Noël qui ont poussé pendant sept ans en moyenne sur 650 hectares de terres agricoles pour ce qui est la coupe de l'année alors que le renouvellement annuel de cette ressource implique de lui consacrer 4 500 hectares de terres agricoles en permanence. Tronçonné, transporté par camions sur les lieux de vente, décoré et allumé des semaines durant, le sapin aura été très énergivore dans les jours précédant le passage du père Noël. Puis il faudra le jeter et, si tout va bien, en recycler un maximum comme combustible dans les déchetteries.

Comme on n'arrête pas le progrès dans la mise en place d'une politique de l'offre de plus en plus énergivore, les plages horaires d'ouverture des magasins augmentent à l'approche des fêtes de fin d'année. Aux magasins ouverts sept jours sur sept durant cette période s'ajoutent désormais les commandes par Internet que l'on récupère au guichet du « drive » ou que des livreurs, travaillant comme des esclaves, viennent livrer à domicile. Sachant que le bilan carbone moyen de chaque Français est d'environ 7 tonnes de CO2 larguées chaque année dans l'atmosphère et qu'il convient de diviser nos rejets par trois ou quatre d'ici à 2050 pour tenter de contenir le réchauffement climatique à + 2 °C, il apparaît clairement que le boycott des offres superflues par les consommateurs que nous sommes devient impératif pour commencer à inverser la tendance.

Acheter moins de sapins, moins de décorations, consommer moins d'électricité, offrir moins de cadeaux à des proches dont certains les mettront en vente dès le lendemain sur Internet deviennent autant d'actes civiques pour lutter contre le réchauffement climatique. Mieux vaut inciter nos enfants et nos petits enfants à découvrir de nouvelles formes de sobriété en leur expliquant que celle-ci est désormais indispensable si nous voulons que la vie sur Terre soit encore supportable demain, quand ils auront 50 ans et plus.

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:35

MERCREDI, 14 DÉCEMBRE, 2016

L'HUMANITÉ

 

Avec les contributions de Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, en charge des relations unitaires, Jean-Jacques Cassar, militant mutualiste et un texte collectif.

 

 

Travailler aux conditions d’une alternative par Marie-Pierre Vieu, membre du comité national du PCF, en charge des relations unitaires

 

 

L’entrée en campagne de François Fillon a eu pour effet immédiat de repolitiser le clivage droite-gauche. Elle n’évacue pas le bilan du dernier quinquennat, même si la non-candidature du président Hollande tente d’effacer la responsabilité du PS dans celui-ci. On entrevoit désormais ce que la contre-révolution LR signifierait de ruptures idéologiques et de société sur les terrains du travail, des droits ou de l’égalité ; le risque, ici comme en Europe, d’une mainmise croissante du FN sur des populations dépourvues de repères. L’unité de la gauche redevient une exigence, car perçue comme le seul moyen d’éviter le pire. Ne pas en tenir cas serait faire abstraction dans la campagne qui s’ouvre de toute construction majoritaire. Face à la dangerosité de la situation, un tel parti pris est disqualifiant. Disant cela, je n’évacue rien du débat politique : ni le fait que l’offensivité droite-FN se nourrit de l’absence d’horizon progressiste, ni le préjudice d’années d’alternance et d’orientations libérales ouvertement assumées par une part prépondérante de la social-démocratie. De Terra Nova à la gauche populaire, de « la politique ne peut rien » au choc de compétitivité et à l’état d’urgence, de DSK à Valls et Macron, ces choix n’ont cessé de déstructurer les fondations du combat progressiste du XXe siècle : le Code du travail, la laïcité, les services publics, la redistribution sociale, les droits de l’homme et du citoyen, l’écologie…

Un appel à l’unité sur le mode du slogan « Au secours, la droite revient ! » restera une incantation. On ne peut faire abstraction des colères et des souffrances accumulées, de la crise politique et du déficit de crédibilité caractérisant le champ tout entier de la gauche. Les socialistes ont leur débat à instruire sur l’évolution de la social-démocratie française. Il sera le cœur de la primaire de janvier : c’est en cela qu’elle ne peut être la primaire de la gauche ! Mais il est aussi cette évidence que 2017 débute dans quinze jours, que l’avenir de notre pays comme des luttes ne peut être suspensible aux recompositions en cours. D’où l’urgence de pousser le débat de projet, d’acter les convergences pour un pacte majoritaire à gauche dès juin prochain.

Le PCF poursuit les initiatives pour travailler aux conditions de cette alternative. Sans réduire cet effort, les communistes ont décidé majoritairement de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon, conscients que si elle n’est pas une condition suffisante au rassemblement, elle en est une condition nécessaire. La reconstitution du périmètre politique des forces du Front de gauche leur est apparue la meilleure entrée pour travailler à l’unité des forces anti-austéritaires. Tout autre hypothèse était aléatoire, paralysait notre activité militante et nous disqualifiait auprès d’une partie importante des forces que nous voulons mettre en mouvement.

Il ne s’agit pas de taire nos divergences avec Jean-Luc Mélenchon : de contenus, sur les urgences sociales, l’Europe, notre conception de la République, ou de stratégie politique quant à la primauté du mouvement populaire. Nous alimenterons le débat politique et d’idées avec nos propositions de communistes. Mais nous voulons inscrire sa candidature au service du rassemblement majoritaire du peuple de gauche, en faire le repère stable dans l’affirmation de l’alternative.

Je suis consciente du caractère exceptionnel de la situation pouvant conduire l’ensemble de la gauche et des écologistes à réexaminer leurs engagements pour 2017. Mais une chose est d’intégrer cette possibilité alors même que nous serons engagés pour faire bouger les lignes, une autre est que cette éventualité nous plonge dans un attentisme et une dépendance vis-à-vis d’autrui. Soyons acteurs et assumons le sens que nous donnons à notre action.

 

 

 

Contre le recul de civilisation programmé par Jean-Jacques Cassar, militant mutualiste

 

Le succès de François Fillon à la primaire de la droite a dévoilé un programme marqué par une régression et une violence inédites : haro sur la Sécurité sociale ! Haro sur les fonctionnaires ! Haro sur les services publics ! Si les barons du Medef jubilent, l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, n’hésite pas, lui, à parler d’« une purge proposée comme jamais depuis la Seconde Guerre mondiale… Ce programme, je le combattrai avec toute mon énergie, jusqu’au bout » (Marianne du 28/11/2016). Les rillettes sont indigestes… Voilà où ont mené ce quinquennat et les reniements répétés de la « gauche de gouvernement » : une droite bien enracinée dans ses fondamentaux, championne revancharde des vaincus de 1945 qui n’ont jamais digéré la création de la Sécurité sociale ! « Ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais », prévenait Ambroise Croizat.

À Nice, le candidat Fillon s’est « lâché » devant 250 patrons (cf. Nice-Matin du 31/10/2016). Le ton de ce monsieur au look impeccable, si bien élevé, est extrêmement révélateur : « Vous voulez qu’on arrête de vous emmerder, qu’on vous laisse travailler, qu’on vous fasse confiance et qu’on arrête avec la bureaucratie, les règlements et les contrôles incessants… » « (Il faut un programme) radical et appliqué par un gouvernement commando (sic !) de 15 ministres (…). Un ministre des Finances dont ce soit la spécialité, un ministre de la Santé reconnu par les praticiens… » Ce vocabulaire guerrier, un tantinet démagogique, signe l’apologie du « coup de main » pour garantir « la liberté du renard libre dans le poulailler libre »…

Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), les Jours heureux, avait posé les bases d’une démocratie sanitaire et sociale éphémère. Ainsi, les représentants des assurés sociaux, et non le seul milieu médical, avaient leur mot à dire sur les questions de santé, car leur existence était en jeu. Les scandales sanitaires à répétition (Mediator, Distilbène, hormone de croissance, amiante…) et des milliers de victimes, voilà le fruit des noces barbares de la technoscience avec l’affairisme, d’où notre vigilance envers les « experts ». Chacun peut constater combien la revendication de liberté sans contrôle du commerce et du profit privé (« libérer les énergies ») va de pair avec une insupportable régression des libertés publiques (criminalisation de l’action syndicale ou de la solidarité envers les migrants), au nom de la « restauration de l’autorité » (des seuls propriétaires).

Le tandem Hollande-Valls a trahi ses électeurs et ouvert des brèches dans l’État social où la droite est prête à s’engouffrer. Responsable de la dureté de la vie pour des millions de personnes, il s’est totalement disqualifié. Il revient désormais aux forces rassemblées autour du programme la France insoumise, porté par Jean-Luc Mélenchon, d’empêcher qu’un commando d’ultras, en col blanc ou en treillis, ne fasse main basse sur notre pays, comme cela s’est déjà vu… Face à ce recul de civilisation programmé, c’est la mission de la gauche authentique, forte de ses valeurs, fière de ses combats et de son histoire, au service de l’émancipation humaine.

 

À gauche, toutes ! Texte collectif

Nous sommes de gauche, chacun dans son coin et ensemble, depuis des décennies. La lutte contre les inégalités, pour les libertés, la lutte contre les totalitarismes, anciens ou nouveaux, la défense de la République, l’espérance d’une écologie sociale. Ce sont nos valeurs, nos guides, nos repères. Tous d’une pleine actualité. Ceux d’une gauche profonde qui durera tant que les failles, les précipices et les manques de ce monde dureront, tant qu’il y aura quelque chose à faire contre l’injustice et l’irresponsabilité environnementale. Seulement, la « gauche politique » est malade, gravement, en ce moment, et c’est la gauche profonde qu’elle menace de contaminer.

Deux phénomènes se combinent pour expliquer ce moment de démoralisation et de confusion que nous traversons, à gauche. D’abord, l’intériorisation à gauche qu’une défaite serait d’ores et déjà inévitable en 2017. La droite a réussi à maquiller sa primaire en présidentielle anticipée. Elle vient de se doter d’un candidat. Les sondages photographient aujourd’hui cette situation : des certitudes à droite et à l’extrême droite, des candidats bien campés sur leurs jambes ; à gauche, des incertitudes, une multiplicité absurde de candidatures aussi montées en épingle que factices. Mais la vraie campagne, celle qui fera bouger des dizaines de millions de Français et s’affronter des candidats réels et non virtuels n’a pas même commencé ! Dans seulement deux mois, les analyses fondées sur une base sondagière volatile seront périmées.

N’acceptons pas le scénario d’une élection présidentielle déjà jouée : pour 2017, après le renoncement de François Hollande, rien n’est perdu. Ce poison de la défaite automatique, on comprend que la droite le répande : il est fait pour paralyser l’électorat de gauche, le neutraliser. Mais, du côté gauche aussi, on s’échine à relayer la neurasthénie du défaitisme. Premier exploit de ce catastrophisme ambiant : avoir laissé quelques centaines de milliers d’électeurs de gauche aller se mêler à la primaire de la droite, grossir les fonds de caisse de monsieur Fillon, signer « sur l’honneur » un engagement à défendre « les valeurs de la droite et du centre » et s’engager pour « l’alternance »…

Deuxième facteur aggravant des difficultés de la gauche : le climat de division outrancière régnant entre les différentes boutiques de gauche : invectives, hurlements à la « trahison » et à la « déchéance morale », transformation des désaccords en divisions, en haines inexpiables, refus d’un certain degré de rassemblement face à la droite et à l’extrême droite, multiplication jusqu’à l’absurde des candidatures concurrentes, alors qu’on sait, cette fois-ci bien à l’avance, que le danger est là : l’élimination de toutes les candidatures de gauche dès le premier tour !

Non, le but de l’élection présidentielle, ce ne sera pas de punir le PS et son candidat. Pas plus de traiter Jean-Luc Mélenchon, qui est un homme de gauche, de dictateur en puissance. L’enjeu qui domine tous les autres, ce sera d’éviter que la gauche ne soit éliminée du premier tour, puis d’empêcher que la droite ou l’extrême droite ne prenne le pouvoir d’État en France. Aucune gauche en France ne peut gagner sans une forme de conciliation entre une gauche modérée et une gauche plus téméraire. La prudence, la volonté d’agir avec mesure, la politique réformiste des petits pas ne sont pas des tares. La révolte, le souhait d’un changement radical et plus rapide non plus.

Cette conciliation entre toutes les gauches, beaucoup s’ingénient à la rendre impossible. En commençant par tuer l’idée d’une grande primaire citoyenne fédérant toutes les gauches. Ouvrons les yeux : ces gens-là, si on les laisse faire, nous mènent droit à l’abattoir en 2017. Pourtant, si la droite qui vient de montrer ses crocs dans sa primaire gagne, ce ne sera pas une alternance comme les autres. Demandez le programme Fillon, lisez-le : rien d’autre que l’entrée dans une société nouvelle dure aux petits, douce aux forts : une fonction publique réduite à l’os, le droit de l’État substitué à l’État de droit, l’écologie aux oubliettes, les droits des femmes remis en cause. Face à cette révolution à la fois conservatrice et hypermoderne, les petites querelles d’ego de gauche qui se battent en duel sont indécentes.

Alors, oui, il faut que chaque sensibilité s’exprime, mais à condition de ménager la possibilité de fronts communs, y compris sur le plan électoral. Les désaccords sont légitimes. Il n’est pas fatal qu’ils se transforment en divisions mortelles, sauf si on le veut, sauf si on a vraiment envie d’arracher son commun des entrailles de la gauche, de la sacrifier là, maintenant, sur l’autel de victoires très différées dans le temps et plus qu’aléatoires. Allons-nous, chacun au nom de sa gauche parfaite, excommunier l’autre gauche parce qu’elle est imparfaite, pour se retrouver tous avec une super-droite plus que parfaite ?

Amies, amis ! La gauche, ce ne sont pas que des appareils, grands et petits : c’est vous, c’est nous ! Ne vous laissez pas intimider par cette violence verbale, ces détestations réciproques qui en ce moment remplacent le débat et empêcheront demain le rassemblement. Intervenez par tous les moyens à votre disposition, mêlez-vous de ce qui vous regarde. Dites aux apprentis fossoyeurs : « Stop ! Arrêtez de semer la dévastation au sein de la gauche. »

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 08:46
Présentation du projet solidaire de l'AFPS Morlaix avec le camp de réfugiés palestiniens de Jalazone et le centre de réhabilitation pour les handicapés Al Karama

Nous sommes plusieurs adhérent-e-s de l’AFPS du Pays de Morlaix à nous être rendus en Palestine en avril 2016, à plusieurs reprises nous avons visité le camp de réfugiés de Jalazone au nord de Ramallah pour y rencontrer les associations offrant différents services aux habitant-e-s ainsi que le Comité Populaire en charge de son organisation et de son fonctionnement. Reçus de façon très chaleureuse, nous avons pu comprendre les réalités du camp et constater le dénuement dans lequel vit sa population. Des habitant-e-s confronté-e-s depuis 68 ans à l’occupation israélienne et n’ayant aucune reconnaissance administrative autre que celle de réfugiés.

Présentation générale

Le camp de réfugiés de Jalazone fut établi en 1949 sur une surface de 25,3 ha, soit environ 0, 25 km2 . Il est situé à 7 km au nord de Ramallah et en contrebas de la route vers Naplouse. Construit sur une colline dominant le proche village de Jiffna, le camp de Jalazone fait face à la colonie israélienne de Beit El, située en hauteur de l’autre côté de la route de Naplouse protégée par une installation militaire. Ce qui est devenu problématique pour les habitant-e-s du camp.

Les habitants sont originaires de 36 villages, principalement des environs de Lydda (Lod)situé sur l’actuel territoire israélien et des régions centrales de la Palestine, dont ils ont été chassés en 1948. Comme les autres camps de Cisjordanie, Jalazone est construit sur des terres louées pour 99 ans par l’UNRWA, ici au gouvernement jordanien. L’UNRWA est l’agence des Nations Unies dédiée aux réfugiés palestiniens. La population de Jalazone est d’environ 16 000 personnes, dont la moitié ont 20 ans ou moins, et elle croît régulièrement. Le camp a donc une population dense, jeune, sur un territoire strictement délimité par des possibilités d’extension quasi-inexistantes. Donc, ici comme dans les autres camps, l’extension se fait en hauteur, par adjonction de nouveaux étages, les ruelles entre les bâtiments sont extrêmement étroites, l’air et la lumière entrent difficilement dans les habitations, avec tous les problèmes que cela peut engendrer et des répercussions sur la santé notamment des personnes âgées sortant peu ou pas de leurs maisons.

Le fonctionnement du camp

Même s’il ressemble à une ville, du point de vue juridique, le camp n’en est pas vraiment une. Installé par l’UNWRA, il dépend financièrement de cette organisation et non d’une mairie pour tous les services tels que la voirie, l’éducation, la santé, le traitement des ordures ménagères. Deux écoles et le centre de santé dépendent également de l’UNWRA. Pour le reste, les habitants doivent compter sur d’autres aides : dons individuels de la communauté du camp, partenariats extérieurs avec des États, des municipalités, des ONG, des associations de solidarité … A titre d’exemple, le camp dispose d’une école secondaire de filles fondée grâce à un financement allemand. Par contre, il n’y a pas d’école secondaire pour les garçons. L’implication collective des habitants se fait à travers le Comité Populaire du camp et par des associations qui interviennent dans différents domaines. Le comité populaire est composé de 15 personnes, 13 hommes et 2 femmes, issues des différentes associations et des partis politiques du Mouvement National Palestinien. Il est divisé en plusieurs départements correspondant aux différents domaines d’intervention. Outre le Comité Populaire, la vie du camp s’organise autour de plusieurs associations :

• Association pour la réhabilitation des personnes handicapées

• Protection civile

• Associations de femmes

• Centre d’accueil pour les enfants et les jeunes

• Association d’aide aux personnes âgées…

L’occupation israélienne

Au-delà de conditions de vie souvent difficiles, les habitants de Jalazone subissent en plus les effets de l’occupation israélienne. De façon régulière, ils sont la cible de provocations des colons voisins ou des militaires israéliens. Ainsi, ils sont régulièrement visés par des tirs de gaz lacrymogène envoyés depuis la proche colonie. Fréquents sont les vendredis où la fin de la prière, à l’heure de midi, est marquée par l’envoi de ces gaz. Ce fut le cas, le 2ème jour de notre séjour, 10 minutes après notre départ du camp, alors qu’un mariage était célébré. Il arrive aussi fréquemment que des soldats s’approchent de l’école située à l’une des entrées du camp à la fin des horaires scolairessans aucune autre motivation que d’imposer leur présence. Bien évidemment, les gamins réagissent régulièrement par des jets de pierres, souvent au péril de leur intégrité physique, voire de leur vie. On nous parle ainsi de l’un d’entre eux qui, pour une histoire de cartable qu’il voulait récupérer, a reçu une balle dans le dos, froidement tirée, et qui depuis est paralysé dans en fauteuil roulant. Parmi les personnes que nous rencontrons, très nombreux sont ceux à avoir fait plusieurs années de prison et/ou à avoir perdu un ou plusieurs proches. Dans les deux dernières décennies, le camp a compté une trentaine de « martyrs », des centaines de blessés et de très nombreux prisonniers et détenus. A tous les coins du camp se succèdent plaques, photos et graffs commémorant les victimes, généralement jeunes.

Notre projet de solidarité avec l’Association pour la réhabilitation des personnes handicapées

Bien sûr, comme toujours dans de telles situations, les plus faibles sont les plus exposés. Les enfants, les femmes et mères de victimes de guerre, les personnes âgées. Mais aussi les personnes souffrant de handicap dont la plupart sont des victimes directes ou indirectes des confrontations avec les soldats ou les colons israéliens. « L’Association pour la réhabilitation des personnes handicapées » soutient aujourd’hui environ 450 d’entre elles (pour 16.000 habitants environ dans le camp) en faisant fonctionner le Centre Al Karama à l’intérieur même du camp.

Présentation du Centre Al Karama par son directeur Husam Elyam

Le centre de réhabilitation de Jalazone (Al Karama center) est dirigé par Husam Elyam, lors d’un entretien récent (novembre 2016), il est revenu sur les buts et le fonctionnement de son association. - En premier lieu, Husam tient à rappeler que si le centre est très important pour les habitant-e-s de Jalazone, il l’est aussi pour des patients qui viennent de l’extérieur du camp, parfois de loin parce que confrontés à certaines pathologies. - Actuellement, le centre accueille beaucoup de nouveaux patients. Des gens qui souffrent suite à des blessures consécutives aux attaques de l'armée et des colons. Beaucoup de handicaps psychiques, de problèmes psychologiques, notamment dû à la peur et au stress provoqué par ces attaques incessantes. Tous ces problèmes s'additionnent à des handicaps de naissance. Il estime que 4,5% des habitants du camp sont touchés par un handicap… C’est la raison pour laquelle l’association s’est donné comme but principal de favoriser l’intégration sociale dans la communauté du camp des personnes en situation de handicap. - Pour atteindre cet objectif, le centre s’est donné pour mission d’intervenir dans plusieurs directions en même temps. Il offre une prise en charge pluridisciplinaire et assez globale en fonction des besoins recensés. Cela concerne aussi bien les aides paramédicales (rééducation physique, orthophonie, ergothérapie, fourniture de prothèses et autres appareils de rééducation) que le soutien éducatif et social (réhabilitation et aménagement de logements, aide et écoute envers les familles, activités éducatives, enseignement, loisirs...). - Le public accueilli. 60 personnes sont directement et régulièrement suivies au centre Al Kamara, la demande est croissante, mais le centre manque de moyens et d'espace pour pouvoir prendre en charge plus de monde. Il y a 80 personnes sur liste d'attente. Au total, ce sont environ 450 personnes qui à des degrés divers bénéficient des activités du centre. - L’équipe du centre Al Kamara. Elle est composée de 4 professionnels spécialisés aidés par des volontaires bénévoles (3 ou 4 à la fois), souvent des étudiants. Husam, reconnaît volontiers que les professionnels ne sont malheureusement pas assez rémunérés. Jusqu’à aujourd’hui, ces professionnels acceptent un salaire moindre pour permettre au centre de poursuivre ses prises en charge malgré un budget insuffisant. Par exemple un psychologue qui pourrait gagner 1000 dollars en libéral est payé environ 300 à 400 dollars par le centre Al Kamara). - Le financement du centre est assuré par la communauté locale avec le soutien des associations gouvernementales palestiniennes ou non gouvernementales (ONG) et quelques dotations d’entreprises privées.

De retour en France, nous avons pensé que les préoccupations et les buts de cette association pouvaient trouver un écho favorable en Pays de Morlaix où l’aide aux personnes handicapées est particulièrement présente et reconnue par la population locale. C’est pourquoi, nous avons décidé de proposer à l’association pour la réhabilitation des personnes handicapées de Jalazone et au Centre Al Karama un partenariat solidaire qui puisse s’inscrire dans la durée. Notre objectif est de participer concrètement à l’aide financière et matérielle dont les personnes en situation de handicap du camp de Jalazone ont impérativement besoin. Ainsi, nous savons qu’aujourd’hui l’un des besoins prioritaires, souligné par Husam Elyam, concerne les prises en charge en orthopédie et podo-orthèse dont le coût est trop élevé pour la plupart des familles. Pierre Durmann, podo-orthésiste à Brest avait déjà constaté l’ampleur de ces besoins particuliers lors d’un séjour à Jalazone en 2015. C’est évidemment une des pistes que nous devrons suivre pour concrétiser notre aide au centre Al Kamara.

 

Aidez-nous à les aider ! Pour impulser et pérenniser un soutien efficace à l’association pour la réhabilitation des personnes handicapées de Jalazone et au Centre Al Karama nous avons besoin de la mobilisation des ami-e-s de l’Afps du Pays de Morlaix. Pour commencer, nous appelons dès maintenant à une souscription permanente au bénéfice de ce projet et nous nous proposons d’étudier toutes les possibilités susceptibles d’accroitre cette aide financière : demandes de subventions, organisation d’événements… La première initiative en soutien à notre projet est la publication et la mise en vente d’un « Carnet de voyage en Palestine » par l’un des membres de notre mission en Palestine.

BON DE SOUSCRIPTION

Nom : .....................................................................................................................................................

Prénom : ...................................................................................................................................................

Adresse : …………………………………………………………………………………………………………………………………………….. ……………………………………………………………………….......................................................

CP : .............................. Commune :

 

Tél : ………………………………………………………………………………….........................................

Email : (merci d’écrire lisiblement) : ……………………………………………………………………………………………………

Je soutiens l’action de l’Afps Pays de Morlaix auprès des personnes en situation de handicap du camp de réfugiés de Jalazone et je verse la somme de .................................€ Chèques à l'ordre de l'AFPS Pays de Morlaix (avec la mention Jalazone). La réduction d'impôts est de 66% dans la limite de 20% du revenu imposable annuel (un justificatif à destination de l'administration fiscale vous sera envoyé en début d'année suivante). Je souhaite faire un virement régulier pour ce projet et contacter l’Afps du Pays de Morlaix pour la marche à suivre L’Afps du Pays de Morlaix, association loi 1901, est un groupe local de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS). Site : http://www.france-palestine.org Suivez-nous aussi sur Facebook AFPS du Pays de Morlaix 19 rue Waldeck Rousseau 29600 Morlaix afpspaysdemorlaix@yahoo.fr

 

 

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