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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:09
Après l'interview d'Edouard Philippe - Déconfinement, toujours autant de questions (Julia Hamlaoui, Alexandra Chaignon - L'Humanité, 19 avril 2022)
Dimanche, 19 Avril, 2020

Déconfinement : toujours autant de questions

 
 
Au cours d’une longue intervention télévisée de plus de deux heures, le Premier ministre a livré de menus détails sur l’après confinement. Mais il a surtout saisi l’occasion de faire le service après-vente de la gestion gouvernementale de crise.
 
Ceux qui attendaient de la conférence de presse du Premier ministre de ce dimanche des précisions sur les modalités du déconfinement, annoncé pour le 11 mai par Emmanuel Macron, ont vu leurs espoirs rapidement douchés par Edouard Philippe. Car les détails du plan, dont l’élaboration a été confié à Jean Castex, n’était pas pour cette fois. Lors de cet exercice de « clarté, d'explication », selon sa formule, dont le format a été initié il y a trois semaine, l’hôte de Matignon s’est contenté d’en égrainer les grands « principes ». A savoir : « préserver la santé des Français » et « assurer la continuité de la vie de la nation ».  «  Nous ne sommes pas sortis de la crise sanitaire », a martelé le Premier ministre tandis que Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, a fait part du bilan chiffré de l’épidémie. Le nombre de décès s’élève désormais à 19 718 (dont 395 en 24 heures), 30 610 malades sont hospitalisés (dont 890 nouveaux patients en 24 heures, mais avec un solde négatif de 29) et 5 744 sont en réanimation (dont 137 admissions en 24 heures, avec un solde négatif de 89).
 
Avant d’évoquer les grandes lignes du plan de déconfinement « progressif » qui doit être présenté d’ici fin avril, Edouard Philippe s’est lancé dans le service après vente de la gestion gouvernementale de la crise. Augmentation du nombre de places en réanimation de 5000 à 10 500, production et importation des masques chirurgicaux et FFP2, rapatriement de 160 000 Français depuis l’étranger, respect du confinement (13,5 millions de contrôle et 800 000 infractions constatées)… A l’en croire, tout serait presque parfait. Pourtant, les changements de pied et retards pris notamment sur le matériel (masques, gants, tests, mais aussi médicaments de réanimations et respirateurs) sont légion…
 
Seules annonce réellement concrète, celle faite par le ministre de la Santé, Olivier Véran sur le rétablissement, à partir de ce lundi, d’un « droit de visite pour les familles », « très encadré », dans les Ehpad ainsi que dans les établissements qui accueillent les personnes en situation de handicap.
 
Pour l’avenir, en revanche, rien de précis. Le quotidien à partir du 11 mai « sera différent mais nous retrouverons la liberté à laquelle nous sommes attachés », a déclaré le premier ministre qui en a profiter toutefois pour annoncer « une crise économique qui ne fait que commencer » et qui « sera brutale ». L’occasion pour lui de rappeler, une fois encore, les mesures de sauvegarde prises par son gouvernement (chômage partiel, prêts garantis par l’Etat et fonds de solidarité), ainsi que les mesures d’urgences sociales (prolongation des droits sociaux et aide exceptionnelle de solidarité aux foyers les plus modestes).
 
C’est autour de trois grands « axes » qu’Edouard Philippe et Olivier Véran ont présenté les « hypothèses » de travail quant au déconfinement, à nouveau justifié dimanche par la nécessité de faire repartir l’économie : « respect des gestes barrières », « tester vite et massivement » ceux qui ont des symptômes ou ont eu un contact avéré, « isolement des porteurs du virus ». « Nous allons apprendre à vivre avec le virus », a martelé Edouard Philippe. Ce qui passera par la « prévention ». A défaut de masques chirurgicaux ou FFP2, pour lesquels le ministre de la Santé a reconnu que perduraient des « tensions » dans l’approvisionnement, le port d’un masque « grand public », qui « répondra à des normes » (lesquelles, on n’en sait rien), sera et probablement rendu « obligatoire » dans les transports publics lors du déconfinement. Prévention qui passera aussi par l’augmentation des tests, notamment virologiques (PCR), avec un objectif de 500 000 tests par semaine d’ici le 11 mai. Sachant qu’on en est encore loin… Mais surtout, le chef du gouvernement a insisté sur la « responsabilité individuelle » de cette prévention. « Nous allons tous être acteurs de ce déconfinement ».
 
Enfin, sur la délicate question du retour à l’école, les zones d’ombre du « déconfinement progressif », annoncé par Emmanuel Macron, ne sont pas levées. Seule assertion : « les écoles n’ouvriront pas partout le 11 mai. » Le gouvernement dit réfléchir à plusieurs scenarii, dont une réouverture des écoles « par territoire », en commençant par les zones les moins touchées par le Covid, ou encore par « moitié de classe ». Rien de concret, donc, si ce n’est que « c’est localement que des solutions seront trouvées ».
 
Ce nouvel exercice de transparence n’a peut-être, au final, fait que renforcer ce sentiment que le gouvernement continue de naviguer à vue. Seules les précisions de l’infectiologue Florence Ader, qui pilote l’essai clinique Discovery, auront permis, au moins sur un point, de clarifier l’état des connaissances et études en cours sur le Covid-19. « On va très vite », a-t-elle indiqué, sans cacher les incertitudes (sur les disparités hommes femmes, sur les déterminants des formes graves, sur les causes du faible impact sur les enfants, sur l’immunité, etc.). Des points justement cruciaux pour maitriser la circulation du virus… Et donc d’envisager le chemin du déconfinement.
Dimanche, 19 Avril, 2020

Déconfinement. Beaucoup de questions, peu de réponses

Avec l’annonce du déconfinement le 11 mai, une série d’interrogations se sont fait jour sans que le premier ministre ne puisse, dimanche, totalement les lever.

 

Assurer le service après-vente de l’allocution présidentielle s’est avéré être un casse-tête pour Édouard Philippe, dimanche. Dès le matin, Matignon s’est échiné à prévenir : aucune grande annonce n’est programmée lors de la conférence de presse du premier ministre. D’ailleurs Jean Castex, en charge de l’organisation du déconfinement annoncé pour le 11 mai, assure que le dévoilement de son plan ne se fera pas avant fin avril. Le chef du gouvernement s’est donc livré à un exercice qui se veut « pédagogique », alors que le nombre de décès frôle les 20 000, mais que le total des personnes hospitalisées décroît. Le format, déjà vu trois semaines auparavant, comprenait scientifiques et ministre de la Santé à ses côtés.

La première mise au point est cependant venue de l’Élysée même, à propos du confinement prolongé pour les personnes âgées évoqué par le président lors de son intervention lundi dernier. Devant la levée de boucliers des plus de 65 ans, qui représentent une part non négligeable de l’électorat macroniste, le rétropédalage ne s’est pas fait attendre. « Le chef de l’État ne souhaite pas de discrimination entre nos concitoyens après le 11 mai » et « en appellera à la responsabilité individuelle », a indiqué l’Élysée vendredi soir.

Écoles, port du masque, transports en commun... plusieurs scénarios à l’étude

À l’autre bout de l’échelle générationnelle, la future réouverture des écoles est au cœur des préoccupations. « La reprise à partir du 11 mai sera progressive », insiste sur tous les tons Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale. Plusieurs scénarios seraient à l’étude rue de Grenelle : un déconfinement par tranche d’âge, par catégorie d’élèves ou encore par région. Les uns comme les autres posant une série de problèmes à propos desquels le ministre renvoie au travail en cours. « Nous échangeons actuellement avec les partenaires sociaux, les fédérations de parents, les délégués de la vie lycéenne mais aussi les collectivités territoriales pour déterminer les modalités précises de cet accueil », assène Blanquer, promettant une réponse d’ici deux semaines.

Les collectivités, communes en tête, sont aussi mises à contribution par le président de la République pour « permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public ». Si nombre de villes, départements et régions ont multiplié les commandes et mettent en place des réseaux citoyens pour en confectionner, beaucoup alertent. « La somme de ces initiatives, aussi louables soient-elles, ne nous permettra pas de fournir des masques à tous les habitants au 11 mai », prévient Philippe Bouyssou, maire PCF d’Ivry, dans un courrier au préfet du Val-de-Marne. « Il est indispensable que le rôle des collectivités soit clarifié au niveau national en matière de commande, d’approvisionnement, de stockage et de distribution », demande également le maire EELV de Grenoble, Éric Piolle. De la même façon, le gouvernement est attendu au tournant sur la question des tests ou du traçage numérique, dont l’examen est pour l’instant prévu sans vote au Parlement.

Autre gros nœud de la reprise de l’activité : les transports en commun. Si les grandes villes, à l’instar de Paris, ont prévu de développer les pistes cyclables pour désengorger bus et métro sans saturer la circulation automobile, les opérateurs de transports en commun y estiment impossible le respect de la « distanciation sociale » et recommandent d’y rendre obligatoire le port du masque. Pour l’heure, l’exécutif préfère l’usage du terme « systématique »… À vingt jours du 11 mai, les questions demeurent plus nombreuses que les réponses.

Julia Hamlaoui

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:03
En Inde, la peur de la faim surpasse celle du virus (Médiapart, 19 avril 2020)

En Inde, la peur de la faim surpasse celle du virus

Par Côme Bastin

La deuxième population mondiale est confinée depuis le 25 mars. Cette décision sanitaire prise par le premier ministre Narendra Modi sans préavis jette des centaines de millions d’Indiens dans le dénuement le plus total.

Bangalore (Inde), correspondance.– Le 23 mars, Aklhakh Makandar pose ses valises dans un minuscule dortoir de Bangalore, la capitale économique du Sud. Venu du Nord, ce migrant s’est vu promettre un travail de livreur, près de l’immense marché central. De quoi envoyer de l’argent à sa femme et ses deux filles restées au village.

Mais le lendemain, comme 1,3 milliard de ses compatriotes, il écoute le premier ministre Narendra Modi décréter le plus grand confinement du monde face au coronavirus. « Tout s’est arrêté alors que je venais à peine de commencer mon job, témoigne Aklhakh Makandar. L’hôtel a fermé et je me suis retrouvé à la rue sans revenu. » Dans sa malchance, il tombe cependant sur un bon Samaritain. À 26 ans, Navneet Fullinwans l’accueille dans le lycée de son père, transformé en refuge pour travailleurs. Dans les salles de cours, les lits ont remplacé les tables et les chaises. Sommaire, mais salutaire. 

Le cas d’Aklhakh Makandar est malheureusement loin d’être isolé. En Inde, 80 à 90 % des emplois relèvent du secteur « informel » : de petites tâches payées à la journée, au noir, qui se pratiquent souvent à même la rue. Autant de travailleurs sans économies, plongés dans la misère du jour au lendemain, incapables de payer un loyer ou même de s’acheter à manger. En l’absence de tout transport, il ne leur reste que leurs pieds pour regagner les campagnes qu’ils avaient quittées en bus dans l’espoir d’une vie meilleure.

On assiste sans doute au plus grand exode depuis la partition avec le Pakistan en 1947. Sauf que, pour compliquer l’affaire, les frontières entre les 27 différents États de l’Inde ont été bouclées. « En voyant les images de ces déshérités jetés sur les routes, mon père et moi avons décidé d’agir à partir du 5 avril, raconte Navneet Fullinfaws. Grâce aux dons de nombreux habitants, nous parcourons Bangalore pour livrer des rations de nourriture dans les quartiers les plus pauvres. »

Mourir de faim ou du virus ? La formule revient pour décrire le dilemme auquel le sous-continent fait face. Le confinement semblait être inévitable. Bientôt plus peuplée que la Chine sur un territoire trois fois plus réduit, championne du monde de la pollution et des maladies pulmonaires, déficiente en infrastructures hospitalières : l’Inde rassemble tous les ingrédients pour que le Covid-19 fasse un carnage. « Sans confinement, 300 à 500 millions d’Indiens auraient été infectés d’ici juillet, avec deux millions de morts », projette Ramanan Laxminarayan, vice-président de la Public Health Foundation of India.

Le prix que cette décision fait payer aux plus pauvres est néanmoins glaçant. Dans les bidonvilles surpeuplés, où le concept de « distanciation sociale » tient de la farce, on guette le bout du tunnel. À l’annonce de la reconduction du confinement jusqu’au 3 mai, des émeutes ont explosé mardi 14 avril à Bombay. Depuis trois semaines, les migrants pris au piège des frontières attendaient une reprise, mais ils ont vu leurs espoirs douchés au bâton par la police. Quelques jours plus tôt, des travailleurs désespérés avaient mis le feu à un refuge de Delhi, surchargé, incapable de nourrir ses occupants. L’un d’eux est mort dans les eaux de la rivière Yamuna lors de la répression. 

Parmi les élites, le confinement fait consensus, mais pas son organisation. « C’était nécessaire pour réduire la progression de l’épidémie mais les dégâts sur les travailleurs de ce pays sont immenses », juge Dushyant Dave, président de l’association des avocats à la Cour suprême indienne. Pour ce juriste, la mise en place du confinement viole les droits constitutionnels fondamentaux. « Prévenir 1,3 milliard d’habitants seulement quatre heures à l’avance et fermer subitement les frontières internes d’un pays aussi complexe, c’est courir au désastre. Des millions d’Indiens n’ont pas les documents nécessaires pour bénéficier des aides. Et, malheureusement, le gouvernement n’a pas corrigé la trajectoire lors de la reconduction du confinement. » Une réalité que Navneet Fullinfaws constate chaque jour sur le terrain, à Bangalore : « L’État du Karnataka distribue de la nourriture à ses citoyens. Mais ici, beaucoup des pauvres viennent d’un autre État et n’y sont donc pas éligibles ! »

Il est difficile d’obtenir des chiffres précis sur la situation, alors que les travailleurs de l’économie informelle échappent par définition aux statistiques et que le pays est cloîtré. Par téléphone, l’ONG Jan Sahas a néanmoins réussi à sonder l’anxiété de plus de 3 000 travailleurs migrants dans le cadre d’une étude baptisée « Voix des citoyens invisibles ». Elle conclut que la moitié n’ont pas pu regagner leurs villages. Les deux tiers répondent ne plus pouvoir tenir financièrement plus d’une semaine et ne pas savoir comment accéder aux subventions qui leur sont destinées.

Ainsi en est-il des 4 milliards d’euros débloqués par le gouvernement central dès le 24 mars pour soutenir les 55 millions d’ouvriers du bâtiment subitement au chômage. « Notre base de données montre qu’environ 94 % n’ont pas de contrat ni de carte de travail, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas prétendre à ces prestations, précise Ashif Shaik, directeur de l’étude. 17 % n’ont de toute façon même pas de compte en banque ! »

« Le gouvernement a bien essayé de prendre des mesures, comme verser de l’argent sur les comptes des femmes pauvres via un programme d’inclusion bancaire. Mais, dans l’ensemble, sa gestion a été assez médiocre », estime Vivek Kaul, économiste. Avec trois semaines de confinement supplémentaires, l’homme craint que la demande, déjà trop faible en Inde avant le virus, ne s’effondre totalement. « Chaque jour supplémentaire de verrouillage est terrible pour l’économie informelle. Mais étant donné l’état des infrastructures de santé en Inde, la question est de savoir s’il existe une autre option. »

L’Inde, où l’on compte 0,7 lit d’hôpital pour 1000 habitants contre 7 en France, est engagée dans une course pour se préparer au pic de coronavirus prévu fin juin sans affamer sa population. À partir du 20 avril, des ouvertures sont prévues dans certains secteurs économiques, notamment l’agriculture, alors que les récoltes sont prêtes dans les campagnes et que les prix des légumes explosent en ville.

Entre le début du confinement et ce dimanche 19 avril, le nombre de cas en Inde est passé de 500 à 15 000. Il a donc été multiplié par 30 en 25 jours. Au regard du faible nombre de tests réalisés, les vrais chiffres sont, hélas, sûrement plus élevés. Un bilan mitigé, même si la courbe aurait probablement été plus exponentielle en l’absence de mesures.

Au milieu de ce sombre tableau, le formidable élan de solidarité qui parcourt le pays suscite l’optimisme. Après presque un mois de calvaire, personne n’est mort de faim en Inde. Mais la société civile ne nourrira pas les plus pauvres ad vitam æternam. « Le confinement ne peut pas être prolongé beaucoup plus longtemps. La seule solution pour l’Inde est de cheminer vers l’immunité collective, juge Jayaprakash Muliyil, épidémiologiste au Christian Medical College. Pour cela, les jeunes doivent progressivement ressortir, le travail et les activités agricoles doivent reprendre» Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 400 millions de travailleurs indiens plongeront sous le seuil de pauvreté si le confinement s’éternise. Encore quinze jours, dans le meilleur des scénarios.

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 05:28
Pékin pris pour cible par l’occident. L’ objectif ? Réduire l’influence chinoise (L'Humanité, 19 avril 2020)
Dimanche, 19 Avril, 2020 - L'Humanité

Pékin pris pour cible par l’occident. L’ objectif ? Réduire l’influence chinoise

Alors qu’elle tend à s’affirmer sur la scène internationale, la seconde puissance mondiale fait l’objet d’une offensive coordonnée. L’accumulation de défis et d’incertitudes économiques la pousse à la riposte.

 

La Chine se tient sur une ligne de crête. Au centre des recompositions géopolitiques, sa position l’expose. À ce titre, le coronavirus agit comme un accélérateur de tendances. Les autorités chinoises aimeraient voir dans les événements actuels un révélateur des faiblesses structurelles occidentales et l’avènement d’une nouvelle ère dans laquelle elle donnerait le tempo face à une Amérique tentée par l’isolationnisme. Après des décennies de discrétion érigée en dogme, la seconde puissance mondiale tend désormais à s’affirmer. C’est le cas depuis la prise de pouvoir de Xi Jinping en 2012 et l’émergence des nouvelles Routes de la soie qui ont permis au pays de proposer un autre récit du monde lié au développement, mais aussi de se projeter hors de ses frontières, de mettre un pied dans l’environnement proche de ses rivaux et d’occuper la place laissée vacante par les politiques d’austérité.

l’Organisation mondiale de la santé est accusée d’être aux mains de Pékin

Ainsi s’est-elle taillé la part du lion dans les ports pakistanais, sri-lankais, grecs ou italiens, mais également en Afrique et en Amérique latine, quitte à créer de nouvelles dépendances économiques. Sujette aux critiques, la Chine a annoncé, la semaine dernière, un gel temporaire des dettes africaines. Selon la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement, la dette du continent envers la Chine est passée de 28 % en 2005 à environ 46 % du total en moyenne, du fait des prêts à 0 % contre 2 à 3 % du côté occidental. La Chine réfute régulièrement les accusations liées à un piège des obligations en arguant qu’elle s’expose aussi en tant que créancière et surtout que cette dette sert le développement local. Elle commence également à faire preuve d’une certaine prudence dans les accords passés en les conditionnant – fait nouveau – à des engagements contre la corruption ou à une limite de mandats dans le respect des Constitutions locales, comme ce fut le cas au Kenya.

Cette surexposition de Pékin donne lieu à une offensive musclée. Entre la guerre commerciale initiée par Donald Trump et les manifestations à Hong Kong, 2019 a marqué un tournant dans la campagne antichinoise. Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est accusée d’être aux mains de Pékin, d’avoir sciemment sous-estimé l’importance du coronavirus et, en instance, d’avoir contribué à l’impréparation des autres pays ! « On a vu renaître les préjugés néoconservateurs. La compréhension du monde passerait par une division entre pays démocratiques ou non. Cette analyse est resservie à l’aune du coronavirus avec l’idée selon laquelle si la Chine avait été démocratique, le monde n’en serait pas là. Il me semble que son retard à l’allumage soit moins dû à des questions de transparence qu’à une volonté de maintenir la croissance à tout prix, et donc la stabilité sociale », souligne Jean-Louis Rocca, professeur à Sciences-Po. À l’absence totale de transparence, le chercheur oppose la pratique d’une « transparence contrôlée ». Tout en renforçant son emprise sur les médias, Pékin a laissé libre cours aux critiques sur les réseaux sociaux afin de comprendre les dysfonctionnements à la base dans la gestion de l’épidémie.

Affirmation de puissance ne vaut pas impérialisme

La montée en puissance chinoise passe également par les instances internationales. Depuis l’élection de Donald Trump, la seconde puissance mondiale a vu dans le retrait des États-Unis de plusieurs organisations l’occasion de profiter de cette vacance de leadership. Toutefois, note Barthélemy Courmont, directeur de recherches à l’Iris, « la Chine ne veut pas devenir une hyperpuissance et hériter du fardeau que ce statut impose. Pékin a suivi de près les déboires de Washington depuis deux décennies et ne veut pas connaître le même destin ». Affirmation de puissance ne vaut donc pas impérialisme. En parallèle d’une volonté marquée de s’affranchir du consensus de Washington, avec la création d’une banque de développement des pays émergents destinée à se poser en alternative au FMI, la Chine occupe désormais une place stratégique au sein du système international d’après guerre et des agences onusiennes. « La Chine a longtemps observé une diplomatie discrète. On observe une volonté de jouer un rôle plus important, mais les diplomaties occidentales doivent faire preuve de cohérence. Ces dernières ont très longtemps accusé Pékin de ne pas jouer le jeu. Aujourd’hui, les autorités chinoises surinvestissent ce rôle à leur manière. Charge aux Européens de rééquilibrer cette influence », explique encore Jean-Louis Rocca. La Chine entend profiter du répit dans la crise sanitaire pour faire valoir sa position sur l’échiquier mondial. Le pays a ainsi versé 20 milliards de dollars à l’Organisation mondiale de la santé et proposé son aide à quatre instances afin d’aider les pays en développement à améliorer leur système de santé. Pour discréditer cette démarche, les critiques se sont tournées vers l’envoi de médecins chinois à l’étranger. Mais quel pays agit sans arrière-pensées ?

Pékin entend faire émerger une nouvelle multipolarité

Cette bataille est engagée depuis le pivot stratégique de Barack Obama vers l’Asie qui a mené Pékin à multiplier les initiatives en mer de Chine, à créer la Banque asiatique pour les investissements dans les infrastructures et le projet des nouvelles Routes de la soie. Cette nouvelle architecture, dans laquelle la Chine offre son aide en échange de débouchés commerciaux, a poussé les États-Unis, la France, l’Inde et le Japon à développer une réponse économique et militaire par le biais de la stratégie dite indo-pacifique.

Aujourd’hui, la riposte de Pékin se fait plus véhémente, comme l’illustrent des textes de l’ambassade de Chine en France qui critiquent ouvertement la défaillance des autres puissances dans leur gestion du coronavirus. Le ministère français des Affaires étrangères n’a pas tardé à exprimer sa « désapprobation » à l’ambassadeur Lu Shaye. Jean-Louis Rocca précise : « Personne ne sait ce qu’il se passe vraiment au niveau de l’appareil central chinois, mais il est probable que leur montée au créneau soit un aveu de faiblesse. Ils se sentent menacés par l’accumulation de crises et l’incertitude économique. Dans ce contexte, le nationalisme est ravivé, la Chine entend se défendre contre les attaques de l’étranger, mais fait preuve d’une méconnaissance des opinions publiques européennes. En conséquence, ses communiqués sont contre-productifs. » La Chine, comme ses rivaux, a intégré l’idée que la crise actuelle laissera des vainqueurs et des vaincus. Plutôt que de s’enfermer dans un duel mortifère avec Washington, Pékin entend faire émerger une nouvelle multipolarité. Et raviver le concept millénaire de Tianxia, où « tout ce qui existe sous le ciel » trouve sa place dans la gouvernance mondiale. Pas sûr que les conflictualités actuelles y contribuent.

Wuhan révise ses chiffres

Accusée de minimiser le nombre de morts du coronavirus, Wuhan a révisé, vendredi, ses chiffres à la hausse avec 1 290 décès supplémentaires, expliquant que les patients décédés à domicile n’avaient pu être initialement pris en compte comme c’est le cas en France. Ces statistiques font grimper de 50 % le bilan de la ville. Ce nouveau décompte porte à 4 632 le nombre de décès en Chine.

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 15:56
PCF Finistère -  Communiqué du 19 avril 2020 - Les émissions et journaux en langue bretonne sur France Bleu Breizh Izel doivent reprendre !
PCF Finistère -
 
Communiqué du 19 avril 2020
 
Les émissions et journaux en langue bretonne sur France Bleu Breizh Izel doivent reprendre ! 
 
Le service public d'information est un vecteur essentiel pour une information de qualité et une conception démocratique de la culture impliquant sa dimension populaire et vivante, et donc l'existence publique, la promotion des langues et cultures régionales, ainsi que la mise en avant des activités de créations et des activités sociales porteuses de sens sur tout le territoire, en dehors d'une vision uniforme et standardisée de la culture.
 
C'est pourquoi nous regrettons que France 3, dans le sens d'une recentralisation dictée par des règles d'austérité et d'une réduction des postes, ait réduit sa voilure il y a trois ans dans les territoires et ait moins de moyens et de temps d'information locale pour le Finistère.
 
C'est pourquoi aussi, aujourd'hui, à l'instar du syndicat SNJ CGT des journalistes, la fédération PCF du Finistère dénonce la suspension des émissions bretonnantes sur France Bleu Breizh Izel depuis le début de la crise du Covid-19.
 
Pourquoi les émissions et rendez-vous d'information en langue bretonne devraient-ils s'arrêter sur la radio publique régionale dépendant du réseau France Bleu de Radio France? C'est la première fois depuis 1982 que l'on n'entend plus de breton sur le service public. Les locuteurs bretons et les habitués de ces émissions ont-ils disparu pour autant pendant la crise du coronavirus? Veut-on nous habituer à des renoncements plus durables? 
 
Pourtant, le lien aux langues et cultures régionales fait partie des obligations de service public de Radio France depuis la décentralisation. Pourquoi ne plus permettre en Bretagne aux journalistes bilingues de faire leur métier alors que les émissions en langue basque, par exemple, sur France Bleu pays basque, ont été maintenues?
 
Le PCF Finistère demande un rétablissement rapide des émissions et journaux en langue bretonne sur France Bleu Breizh Izel.
 
Nous voulons des garanties de long terme sur la représentation des langues et cultures régionales dans le service public d'information qui doit être partiellement décentralisé et avoir les moyens de produire une information et des contenus culturels de qualité. Notre langue bretonne est un patrimoine commun précieux qu'il est du devoir des médias publics de faire entendre et connaître.        

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 12:54
Littérature soviétique - Le Docteur Jivago,  le chef d'oeuvre puissant, amer et sulfureux du poète Pasternak
Boris Pasternak et Olga Ivinskaïa, le modèle de l'inoubliable Lara, la maîtresse de Ioura Jivago

Boris Pasternak et Olga Ivinskaïa, le modèle de l'inoubliable Lara, la maîtresse de Ioura Jivago

"Ioura marchait seul, dépassait les autres et s'arrêtait parfois pour les attendre. En réponse à la dévastation que la mort avait laissée dans ce groupe qui le suivait à pas lents, un mouvement impérieux comme celui de l'eau qui s'enfonce en creusant ses tourbillons le portait à rêver et à penser, à s'acharner sur des formes, à créer de la beauté. Plus clairement que jamais, il voyait maintenant que l'art, toujours et sans trêve, a deux préoccupations. Il médite inlassablement sur la mort et par là, inlassablement il crée la vie. Le grand art, l'art véritable, celui qui s'appelle l'Apocalypse et celui qui la complète".

(Le Docteur Jivago, fin de la troisième partie).

"Le langage, patrie et réceptacle de la beauté et du sens, se met lui-même à penser et à parler pour la résonance extérieure et sensible, mais par l'impétuosité de son mouvement intérieur. Pareil à la masse roulante d'un fleuve dont le courant polit les pierres du fond et actionne les roues des moulins, le flux du langage, de lui-même, et par ses propres lois, crée en chemin, et comme au passage, la mesure, la rime, et mille autres formes, mille autres figures encore plus importantes, mais jusqu'ici inconnues, inexplorées et sans nom"

(Le Docteur Jivago, quatorzième partie)

 

C'est l'histoire d'un roman fleuve embrassant et embrasant l'histoire russe de la première moitié du XXe siècle, une histoire à la fois grandiose, violente et tragique que l'auteur a vécu en témoin et acteur, publié une première fois en 1957, d'abord en Italie, qui vaudra à son auteur le Prix Nobel de littérature en 1958, deux ans avant sa mort, à 70 ans, et qui ne put paradoxalement n'être publié en URSS qu'en 1985 avec la pérestroïka. En novembre 1985, la publication du Docteur Jivago en URSS fut considérée comme l’un des premiers signes d’ouverture de Mikhaïl Gorbatchev. Le 23 octobre 1958, quand le prix Nobel de littérature est décerné par l’académie suédoise à Boris Pasternak, les autorités soviétiques dénoncent une nouvelle provocation de l’Occident. Radio Moscou qualifie l’attribution de la prestigieuse récompense d’acte politique dirigé contre l’État soviétique. La Russie krouchtchévienne n’a pas rompu complètement avec les pratiques de l’ère stalinienne. Krouchtchev dénonce sur le moment, inspiré par des écrivains, ennemis de Pasternak ou intrigants voulant apparaître comme orthodoxes, un des plus grands romans de l'extraordinaire lignée littéraire russe, consacrée par l'académie Nobel l'année suivante. Pourtant, plus tard, après avoir lu le Docteur Jivago en entier, Khrouchtchev déclara que ce roman n’était pas antisoviétique. Pasternak fait l’amère expérience de la mise à l'écart. Il se voit exclu de l’Union des écrivains; une campagne de presse d’une rare violence le conduit à refuser le prix. Les critiques reprochaient à Pasternak de présenter favorablement dans le "Docteur Jivago", même si des personnages bolcheviques nobles y sont aussi représentés, une intelligentsia bourgeoise et individualiste, d'ignorer le rôle du peuple, enfin de multiplier les références au Christ dans les poèmes qu'il attribuait à Jivago. Le « rejet de la révolution socialiste » était au cœur des accusations. Seule sa notoriété lui permet d’échapper à l’exil. Spolié de ses droits d’auteur et privé de toutes ressources matérielles, ses conditions de vie se détériorent sensiblement. L’arbitraire des mesures répressives s’étend à ses proches qui endureront la vindicte du régime bien après son décès. C’est un homme fatigué, littéralement usé par les épreuves, qui s’éteint en 1960 des suites d’un cancer. Boris Pasternak meurt en disgrâce. Pourtant la foule se presse à ses obsèques. Ils seront nombreux pour reprendre le flambeau de la résistance face à l’oppression, rendant ainsi hommage à l’exigence morale et au courage de l’écrivain. La figure du dissident était née. Les écrivains Andréï Siniavski et Iouli Daniel portent le cercueil de Pasternak, ils seront condamnés à 7 et 5 ans de camps de contration par Brejnev en 1966 et Aragon prendra leur défense dans "L'Humanité", avec l'accord de Waleck-Rochet. Aragon était celui qui avait le plus œuvré pour faire connaître en France la littérature soviétique. Il continuera d’ailleurs, dirigeant chez Gallimard une collection « Littérature soviétique », dans laquelle sont publiés des écrivains aux talents les plus divers : Pasternak, Cholokhov, Bek, Paoustovski…

On sort de la lecture du "Docteur Jivago" de Boris Pasternak bouleversé par la beauté et la puissance tragique d'une histoire d'amour et de souffrance d'un héros anachronique dans la violence de la Russie soviétique.  C'est une fresque dont les personnages très contrastés et peints dans le clair-obscur d'une vérité moins réaliste et psychologique que poétique et spirituelle, même secondaires, malgré les effets mélodramatiques, sont représentés par une telle intensité humaine, de la noblesse à la bassesse grotesque, qu'on peut les sentir vivre à côté de soi, tandis que la Russie - européenne et sibérienne, son âme, sa géographie et sa culture - sont d'une certaine façon le personnage principal de cette fresque qui la met aux prises avec la violence de l'histoire, la guerre avec le Japon, la première révolution russe "libérale" de 1905, la première guerre mondiale vue du front, la révolution bolchevique vue de Moscou, puis de l'Oural, guerre civile entre les rouges et les blancs et son cortège d'horreurs, d'exécutions et de représailles, puis la période de la NEP et du stalinisme, qui sont parcourues beaucoup plus rapidement, jusqu'à la grande guerre patriotique contre l'invasion allemande et nazie, qui apparaît comme un soulagement, une libération d'énergie et d'espoir pour les personnages de Pasternak qui s'engagent dans la mêlée après avoir été contraints de vivre comme suspects, potentiels condamnés, ou carrément déportés au goulag. 

Pasternak fait partie des sept grands poètes de la Russie communiste des années 20 et 30 avec Akhmatova, Tsvetaïeva, Maïakovski, Blok, Essenine, Mandelstam. Ce roman est écrit par un poète et cela se voit: on est loin du réalisme journalistique ou social même si l'ambition est de dire la "vérité" d'une époque à travers le point de vue d'un artiste et intellectuel d'abord enthousiasmé par la révolution, puis meurtri par elle et les puissances de destruction qu'elle a mises en branle. Le roman est habité par un souffle lyrique et romantique malgré la cruauté de la période représentée, révélée sans fard ni détours, avec un grand courage, par Pasternak: les descriptions qui sont faites des forêts et des arbres, de Moscou et des champs de la campagne russe, des ruisseaux et des routes, des paysages enneigés, des variations du climat, du jour et de la nuit, la présence muette des astres, de la lune et des étoiles, les odeurs, l'emprise charnelle de la vie et du monde, y sont pleines d'onirisme, de grâce et de sublime, faite d'images et de notations d'une précision surprenantes qui acquièrent leur propre nécessité.

Ioura Jivago est une sorte d'alter ego de Boris Pasternak.

Fils d'un peintre renommé et d'une musicienne, Boris Pasternak est né à Moscou en 1890 et mort à Peredelkino près de Moscou le 30 mai 1960. "Le Docteur Jivago", un roman embrassant 40 ans d'histoire russe marquée par les révolutions et les guerres, de 1903 à 1943, qui valut à son auteur le prix Nobel de littérature, est sa dernière grande œuvre.  Boris Pasternak vient d'une famille juive moscovite aisée, passant ses étés à Odessa, sur la Mer Noire. Sa famille fréquente Tolstoï, Rainer Maria Rilke, Lou Andreas-Salomé, la muse de Nietzsche, alors que Boris est encore enfant. Jeune, Boris Pasternak est néanmoins victime de la discrimination qui frappe les juifs en Russie: malgré sa brillante réussite aux examens, il est refusé en deuxième année au lycée de Moscou en raison d'un numérus clausus qui limite le nombre de juifs à 10 pour 345. En dépit du soutien du maire de Moscou, la règle discriminatoire l'empêche de poursuivre ses études dans une voie d'excellence. Il a dix ans. C'est à peu près l'âge de Gordon, fils d'avocat et futur ami du docteur Ioura Jivago, qui est témoin du suicide du père de Jivago, industriel noceur et alcoolique, qui a abandonné sa mère, dans un train alors qu'ils rentraient à Moscou. Pasternak caractérise le sentiment d'étrangeté au monde de la condition d'un juif en Russie à cette époque: 

" Dans les gares importantes, les voyageurs couraient au buffet comme des possédés, et le soleil couchant, derrière les arbres du jardin de la gare, éclairait leurs jambes et brillait sous les roues des wagons.

Pris à part, tous les mouvements de ce monde étaient froids et calculés; dans leur ensemble, ils étaient inconscients et enivrés par le vaste flux de la vie qui les unissait. Les gens peinaient et s'agitaient, mus par le mécanisme de leurs soucis particuliers. Mais ces mécanismes n'auraient pas fonctionné, s'ils n'avaient eu pour régulateur principal un sentiment d'insouciance suprême et fondamentale. Cette insouciance avait pour source la conscience d'une solidarité des existences humaines, la certitude qu'il existait entre elles une communication et le sentiment de bonheur que l'on éprouvait à pressentir que tout ce qui se passe ne s'accomplit pas seulement sur la terre où l'on ensevelit les morts, mais encore ailleurs, dans ce que les uns appellent le Royaume de Dieu, d'autres l'Histoire ou tout ce qu'on voudra.   

A cette règle, le petit garçon était une amère et due exception. Son ressort ultime restait un sentiment de préoccupation; il n'avait pas pour le soulager ou le grandir, ce sentiment de sécurité. Il se connaissait ce trait héréditaire, il en guettait en lui-même les symptômes avec une vigilance pointilleuse. Ce trait le contrariait. Sa présence l'humiliait. 

Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il n'avait jamais cessé de se demander avec étonnement comment, avec les mêmes bras et les mêmes jambes, le même langage et les mêmes habitudes, on pouvait être autre chose que tous les autres et par-dessus le marché quelque chose qui ne plaisait guère et qu'on n'aimait pas? Il ne comprenait pas une situation où, si l'on était pire que les autres, on ne pouvait pas faire de son mieux pour se corriger ou s'améliorer. Que signifie être juif? Pourquoi cela existe t-il? Qu'est-ce qui récompense ou justifie ce défi désarmé, qui n'apporte que des chagrins?"

Pour autant, il semblerait, si l'on suit l'idée de ses personnages, Lara et Jivago lui-même, surtout inspiré par une vision du christianisme, que le rapport de Boris Pasternak au judaïsme est celui d'un regret de l'exception et de l'éloignement imposé qui renforce les spécificités d'une nation rejetée jointe à un désir d'assimilation et une vision universaliste, inspirée peut-être autant par le communisme que par un certain christianisme, même si c'est aussi le christianisme qui sert de prétexte à l'antisémitisme.  

Gordon, l'ami de Jivago, sur le front pendant la première guerre mondiale, interrompt un cosaque qui humilie un vieux juif en biélorussie. Il commente ainsi devant Jivago, faisant du particularisme juif une conséquence malheureuse et pernicieuse du nationalisme et de l'antisémitisme :

" Maintenant, je vais te dire ce que je pense de la scène dont nous avons été témoins aujourd'hui. Ce cosaque, qui brimait ce pauvre patriarche, est un exemple entre mille de l'abjection pure et simple. La philosophie n'a rien à voir ici, tout ce que ça mérite, c'est des coups de poing sur la gueule. (...). Comment peut-il être question de peuples, depuis l'ère chrétienne? Quand l'Evangile dit que, dans le royaume de Dieu, il n'y a ni Hellènes ni Juifs, veut-il dire seulement que tous sont égaux? Certainement pas: les philosophes de la Grèce, les moralistes romains, les prophètes de l'Ancien Testament le savaient avant lui. Mais il dit: "Dans ce nouveau mode d'existence, dans ces nouveaux rapports entre les hommes que le cœur a conçus et qui s'appellent le royaume de Dieu, il n'y a plus de peuples, il y a des personnes. "(...) Nous avons avons déjà parlé des hommes politiques médiocres qui n'ont rien à dire à la vie et à l'univers, des forces historiques de second plan, dont l'intérêt est que tout soit mesquin et qu'il soit toujours question de quelque peuple, petit de préférence, et malheureux, et qui permette de faire la loi et d'exploiter la pitié. Leur victime désignée, c'est le peuple juif tout entier. L'idée nationale impose aux Juifs la nécessité étouffante d'être et de rester un peuple, et rien qu'un peuple, au cours des siècles où, grâce à une force sortie jadis de leur masse, le monde entier a été délivré de cette tâche humiliante" (Le Docteur Jivago, Quatrième Partie)  

En 1905, Pasternak et une partie de sa famille vont s'installer en Allemagne, à Berlin. C'est en Allemagne que Boris Pasternak passe son baccalauréat et commence des études de musique, puis de philosophie. Il revient à Moscou en 1914 et, réformé, passe la première guerre mondiale en enseignant et travaillant dans une usine chimique de l'Oural, le décor du "Docteur Jivago" (Iouratine). Il écrit parallèlement plusieurs recueils de poésies: "Par-dessus les barrières" (1917), "Ma sœur, la vie", qui sera publié en 1922. C'est ce recueil qui le consacre auprès du grand public russe.

Pasternak appartient à ce moment là à un courant de poètes futuristes. Revenu à Moscou après 1917, il travaille dans une bibliothèque officielle et écrit, entre autres, un Essai d'aubiographie (1932). Il publie des traductions de poètes français, anglais et allemands, comme Ioura Jivago en avait aussi l'intention.  Il acquiert une grande réputation, pour ses traductions de William Shakespeare, Mary Shelley, Paul Verlaine ou encore Johann Wolfgang von Goethe...

Pasternak avait entretenu dès février 1917 une relation ambiguë avec la révolution. Séduit par l'utopie de la création d'un monde entièrement nouveau, il n'entra pourtant jamais au parti communiste, préférant la réflexion sur l'écriture poétique et romanesque à l'engagement politique. Accueillie comme un « miracle de l’histoire », la révolution de 1917 se mue sous ses yeux en une « domination inhumaine de l’imaginaire », figeant l’idéologie révolutionnaire en tyrannie.

Encore médecin militaire dans un hôpital à l'arrière du front à la fin de la première guerre mondiale, à Méliouzéiev, Ioura Jivago dit à son amie et future amante Lara Antipova, ou Larissa Fiodorovna, tout en la regardant repasser au dernier étage de l'hôpital, c'est la scène où il lui laisse à entendre pour la première fois son amour : 

"Songez-y, quel temps que le nôtre! Et vous et moi qui vivons ces jours. Mais ce n'est qu'une fois dans l'éternité qu'arrivent ces histoires de fous! Songez, la Russie tout entière a perdu un toit, et nous, avec tout un peuple, nous nous trouvons à ciel ouvert. Personne pour nous surveiller. La liberté! Pas celle des mots et des revendications, mais celle qui tombe du ciel, contre toute attente. La liberté par hasard, par malentendu.  

(...) Hier, j'observais le meeting de nuit. Un spectacle stupéfiant. Elle s'est réveillée, notre petite mère la Russie, elle ne tient plus en place, elle va et vient sans se lasser, elle parle, parle, sans se lasser. et ce ce sont pas les hommes seulement. Les étoiles et les arbres se sont réunis et bavardent, les fleurs de nuit philosophent et les maisons de pierre tiennent des meetings. Ça a quelque chose d'évangélique, n'est-ce pas? Comme au temps des apôtres? ... La moitié de l'ouvrage a été fait par la guerre, le reste par la révolution. La guerre a été un arrêt artificiel de la vie, comme si on pouvait accorder des sursis à l'existence, quelle folie! La révolution a jailli malgré nous, comme un soupir trop longtemps retenu. Chaque homme est revenu à la vie, une nouvelle naissance, tout le monde est transformé, retourné. On pourrait croire que chacun a subi deux révolutions: la sienne, individuelle, et celle de tous. Il me semble que le socialisme est une mer dans laquelle, comme des ruisseaux, doivent se jeter toutes ces révolutions particulières, un océan de vie, d'indépendance. Un océan de vie, oui, de cette vie qu'on voit sur les tableaux, une vie génialisée, une vie enrichie, créatrice. Maintenant, les hommes ont décidé de l'éprouver, non dans les livres, mais en eux-mêmes, non dans l'abstraction, mais dans la pratique"

(Docteur Jivago, cinquième partie: "L'adieu au passé")

 

Gardant son quant-à-soi critique, restant prudent mais ne participant pas aux condamnations d'intellectuels tombés en disgrâce, Pasternak va néanmoins être intégré au système communiste.  En août 1934, il participe au Congrès International des écrivains à Moscou dans salle des syndicats au côté d'Isaac Babel, d'Ilya Ehrenbourg, de Rafael Alberti, Anna Seghers, Malraux, Paul Nizan, Jean-Richard Bloch, Elsa Triolet et Aragon. De 1934 à 1945, Pasternak fait partie de la direction de l'Union des Écrivains.

La tension entre ces exigences et la résistance de Pasternak éclata dans la seconde moitié des années 1930. Violemment mis en cause pour son « individualisme » (il avait évité d’approuver les grands procès), cerné par les condamnations et les suicides de ses amis, il ne fut pourtant pas arrêté, sans doute sur intervention de Staline qui avait apprécié la lettre envoyée par l’écrivain lors du suicide, en 1932, de sa femme.

Bien que marié à sa deuxième femme, musicienne, il entretient à partir de 1947 une relation passionnée avec Olga Ivinskaïa, de 22 ans sa cadette, son amante et sa muse, secrétaire de rédaction à la revue "Novy Mir" et écrivaine elle aussi qui a déjà une fille (la petite Katia du "Docteur Jivago") qui lui inspire le personnage inoubliable de Lara, l'amante de Ioura Jivago et la femme du colonel et chef de guerre bolchevique, Pavel Férapontovich Antipov, qui mène une guerre impitoyable contre les Blancs dans l'Oural et en Extrême-Orient, un personnage chevaleresque et maudit, fils de cheminot, dont le pseudonyme de guerre est Strelnikov. Olga Ivinskaïa sera arrêtée et envoyée en camp en 1949 alors que Pasternak est toujours "protégé" en tant que très grand poète et écrivain russe emblématique par Staline.  Enceinte, elle perd leur bébé. Dans le "Docteur Jivago", le bébé de Ioura Jivago et Lara survivra, mais Lara sera contrainte de l'abandonner et de le confier à un couple de garde-barrières de voie ferrée: on retrouvera à la toute fin du roman en lingère travaillant au front à Orel, et découverte et appelée à être protégée par le frère de Ioura Jivago, général communiste puissant.  Pasternak, désespéré, s'occupe de sa famille, lui envoie colis sur colis, jusqu'à sa libération en 1953 due à la mort de Staline. Après la publication du "Docteur Jivago" (1957),  Olga Ivinskaïa sera de nouveau expédiée en 1960 pour quatre ans au goulag, pour « trafic de devises », une manière de la punir d'avoir permis la publication du Docteur Jivago à l'étranger.

L'Affaire Pasternak - Gallimard: " C’est la guerre froide. Après la disparition de Staline, la radicalité de l’appareil répressif soviétique semble marquer le pas, même si ce relâchement demeure très relatif. En ce début d’année 1956, le poète russe Boris Pasternak soumet son manuscrit à la revue Novy Mir (Monde Nouveau) pour se voir finalement objecter une fin de non-recevoir par le comité de rédaction. Ce n’est pas tant la qualité intrinsèque de l’œuvre qui est mise en cause : la publication de l’ouvrage achoppe sur des considérations d’ordre idéologique. Une lettre rédigée collégialement par les membres du comité est remise à l’auteur, qui n’est pas invité à revoir sa copie ; d’évidence, coupures ou remaniements ne sauraient aboutir à rien de viable. C’est l’esprit même du livre qui est condamnable, découlant de la vision du monde de Pasternak, incompatible avec le réalisme socialiste. C’est l’écrivain et l’homme qui doivent s’amender.

La cheville ouvrière de l’entreprise chargée de réduire au silence Boris Pasternak n’est autre que le responsable administratif du Département de la Culture, Dimitri Polikarpov, ancien tchékiste au service de la redoutable police politique en charge de la sécurité d’État. Aussi puissant et nuisible qu’il soit, Polikarpov prend directement ses ordres auprès du comité central du PCUS, la moindre de ses actions devant impérativement recevoir l’aval des dirigeants de l’Union Soviétique.
Durant deux années, jusqu’à ce qu’éclate l’affaire du Prix Nobel attribué à Pasternak, la fameuse lettre collective l’informant du refus de son manuscrit demeura secrète. Sa publication sera successivement refusée aux militants soviétiques, puis italiens, et enfin à Aragon lui-même qui souhaitait reproduire le brûlot dans Les Lettres françaises. Cette lettre rédigée par la fine fleur de l’intelligentsia soviétique avait vocation à légitimer de façon circonstanciée le refus signifié à Pasternak. Le texte relève les manquements au dogme, pointe du doigt la dérive réactionnaire de l'auteur et constitue un élément à charge de tout premier ordre.
Et pourtant, Pasternak n’entend pas renoncer. Prenant un risque considérable, il passe outre le refus de la toute puissante Union des écrivains soviétiques. Il communique clandestinement son manuscrit à l’étranger, faisant fi du monopole de l’État sur l’édition. Un acte de défi lourd de conséquences, mais pris en conscience et pleinement assumé.

L’homme auquel Pasternak accorde sa confiance est l’éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli. Sympathisant communiste, il met sa fortune familiale au service de la cause du prolétariat. Ce militant fervent aura l’audace de s’opposer frontalement aux directives émanant de Moscou ; la fascination qu’exerce le texte prend le pas sur les convictions politiques, d’autant que Feltrinelli n’y perçoit pas l’ombre d’un réquisitoire contre le régime socialiste. Il estime que la confrontation des idées est le socle d’une pratique saine établissant le rapport de la littérature au monde.
Malmené, en proie à des persécutions multiples, Pasternak se voit contraint d’intervenir directement auprès de son éditeur afin de sommer celui-ci de faire machine arrière. Il demande la restitution de son manuscrit. L’Italien n’ignore rien des pressions auxquelles l’écrivain est soumis, mais refuse obstinément de se soumettre au diktat imposé par la direction du PC soviétique. Le 22 novembre 1957, Le Docteur Jivago paraît dans sa traduction italienne à Milan, aux Éditions Feltrinelli. "

Le roman se déroule à plusieurs époques, dans plusieurs lieux:

- Sur la scène d'ouverture, la mère de Ioura Jivago meurt, son jeune fils assiste à l'enterrement avec son oncle, un prêtre philosophe, proche du tolstoïsme, Nikolaï Nikolaïevitch. Peu après, on assiste au suicide du père de Ioura Jivago qui se jette d'un train en marche. Le capitaliste ne cessait de s'alcooliser aux côtés de l'avocat véreux Komarovski, un vieux beau qui deviendra homme politique après la révolution et séduira Lara, Larissa Fiodorovna, avant la première guerre mondiale alors qu'il courtisait d'abord sa mère avant de jeter son dévolu sur la fille, qui n'avait pas 16 ans. C'est l'archétype du cynisme implacable et triomphant dans "Le Docteur Jivago". Il finira finalement par récupérer Lara à la fin du roman, pour son plus grand malheur. On fait connaissance de Larissa, fille d'Amélie Karlovna Guichard, une Française russifiée, "blonde potelée de trente-cinq ans environ, chez qui les crises cardiaques alternaient avec des crises de sottise", naïve avec les hommes et un peu perdue, la veuve d'un ingénieur belge qui a vécu dans l'Oural, puis s'est repliée sur Moscou après la mort de son mari, avec ses deux enfants, dans la deuxième partie, qui se passe à l'époque de la guerre contre le Japon, juste avant la révolution de 1905.  On y suit la manière dont Komarovski piège et emprisonne la jeune Larissa, qui devient sa liaison cachée alors qu'ils ont une trentaine d'années de différence d'âge.  

- Jivago va tomber amoureux de Larissa à Mélioutsev où ils gèrent ensemble un hôpital militaire dans une propriété réquisitionnée d'une comtesse à la fin de la guerre. Les deux étaient déjà mariés, Lara-Larissa à Pavel Antipov, un brillant intellectuel qui a quitté l''Oural où il était professeur et vivait avec Lara et leur petite depuis trois ans, pour fuir un chagrin d'amour (l'ombre de la présence de Komarovski et le sentiment qu'il a de la "connaissance" supérieure de Lara) et s'engager sur le front, où il disparaît, pour réapparaître sous un autre nom à la tête de troupes bolcheviques, quelques mois plus tard, et Jivago à Tonia, une bourgeoise moscovite, pure et aimante, qui lui a déjà donné un enfant dont la guerre le prive, une jeune épouse vis-à-vis de laquelle il ne cesse d'éprouver un sentiment de culpabilité. Finalement ce n'est que plus tard que Ioura et Lara tomberont dans les bras l'un de l'autre, à Iouratine, dans l'Oural, après que Jivago et Tonia aient dû échapper avec leur fils à Moscou, quelques mois après la révolution bolchevique, pour fuir la faim et pouvoir cultiver des légumes à la campagne, dans la région de naissance du père de Tonia, qui était un grand propriétaire et industriel. Le voyage en train dans un contexte apocalyptique jusqu'en Oural est homérique. A l'arrivée, Ioura est accueilli par le colonel Strelnikov (en réalité Pavel Antipov, le jeune mari de Lara, qui a disparu) dans son wagon dans une Iouratine en pleine guerre civile, reprise par les rouges, et celui-ci, qui aurait pu le faire fusiller comme bourgeois contre-révolutionnaire ayant fui Moscou (il connaît la famille de sa femme, les plus gros capitalistes de la région), l'épargne. Lors de ce voyage vers la Sibérie, Ioura Jivago découvre la réalité sombre et violente de cette époque de révolution: "C'était la guerre, son sang et ses horreurs, son désarroi et sa sauvagerie. C'étaient les épreuves, et la sagesse concrète qu'elles avaient enseignée. C'étaient les villes perdues de province où le hasard l'avait égaré, et les hommes qui lui avait fait coudoyer. C'était la révolution, non pas la révolution idéalisée à l'étudiante comme en 1905, mais la révolution présente, sanglante, la révolution militaire qui faisait fi de tout et que dirigeaient les bolcheviks, seuls à saisir le sens de cette tempête" (Le Docteur Jivago, cinquième partie) Cette révolution n'est plus celle des romantiques, les héritiers des nihilistes de Dostoïevski, socialistes révolutionnaires, terroristes, déportés, bourgeois et aristocrates en rupture de ban, c'est la révolution des révolutionnaires professionnels rationnels, des militaires rompus à la violence, des ouvriers et des paysans pauvres surtout, face aux forces coalisées des anciens régimes aristocratiques et bourgeois, soutenues par les puissances étrangères capitalistes, anciens alliés de la Russie tsariste. A Moscou, Jivago était à la fois enthousiasmé par la venue des temps nouveaux et inquiet par leurs conséquences. Plus spiritualiste que marxiste, avec son mode de vie bourgeois d'intellectuel et de médecin reconnu, il n'appartenait pas par son milieu aux nouveaux maîtres et la vie, déjà désorganisée par la guerre, devenait de plus en plus dure. Dans l'Oural, Jivago découvre la cruauté de la guerre civile. Il s'installe pendant quelques mois dans une priorité de la famille de Tonia, sa femme, depuis occupée par un politicien socialiste révolutionnaire, ancien gérant du domaine du grand-père et père d'un partisan qui combat les armées contre-révolutionnaires du gouvernement sibérien, fidèle à l'Assemblée Constituante, pour le compte des bolchéviques, à la tête de "l'armée des bois". A la campagne, il cultive des légumes, écrit de la poésie, connaît un bonheur et une joie sereine à la Tolstoï avant de redécouvrir Lara à Iouratine, redevenue institutrice après avoir été infirmière au front, et de démarrer une histoire d'amour passionnée avec elle. Finalement, il est est enlevé par les partisans bolcheviques pour être médecin dans la forêt aux côtés des partisans, et pendant plusieurs années il va vivre au rythme de leurs mouvements, de leurs combats et de leurs retraites, faisant aussi parfois le feu avec eux contre les "blancs" sans partager leur idéologie et leurs illusions sur la révolution et la société future pour autant. Finalement, il réussit à fuir l'armée des partisans et à regagner Iouratine où il retrouve Lara et partage son appartement pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que, suspects, ils soient contraints de quitter la ville, alors que Tonia et ses deux enfants qui ne le voyaient pas revenir pendant sa captivité au côté des rouges sont rentrés à Moscou, puis se sont exilés à Paris. La rigueur de l'Armée rouge est décrite autant que les atrocités des Blancs.  Le souffle de l'épopée révolutionnaire est là, sans faux lyrisme. Les chefs de guerre bolchéviques, les vétérans révolutionnaires, sont impitoyables mais nobles parfois en même temps. Ioura Jivago et Lara reviennent à Varykino, la propriété de campagne abandonnée où Jivago avait vécu un été et un hiver avec sa famille, et c'est là que Jivago dit adieu à Lara, échappant à la répression avec son ancien séducteur Komarovski, sous la promesse de voir son amant les rejoindre en Mongolie. Strelnikov rejoint une nuit d'hiver Jivago à Varykino, entourée par les loups, et se suicide au petit matin. Puis Jivago, sans nouvelles de Lara, rejoint Moscou, pauvre et malade, hébergé par son ancien concierge, et s'y remet en ménage avec la fille de son concierge d'avant la révolution avant d'y mourir au début des années 30. Lara revient à Moscou et tombe par hasard sur son frère et protecteur pour la veillée funèbre de son amant dont elle aidera à trier les manuscrits que reliront ses anciens amis de lycée jusqu'au front pendant la seconde guerre mondiale. 

"C'est une soirée de printemps. L'air est tout piqué de sons. Les voix des enfants qui jouent sont éparpillés un peu partout comme pour montrer que l'espace est palpitant de vie. Et ce lointain, c'est la Russie, cette mère glorieuse, incomparable, dont la renommée s'étend au-delà des mers, cette martyre, têtue, extravagante, exaltée, adorée, aux éclats toujours imprévisibles, à jamais sublimes et tragiques! Oh! comme il est doux d'exister! Comme il est doux de vivre sur cette terre et d'aimer la vie! Oh! comme l'on voudrait dire merci à la vie même, à l'existence même, le leur dire à elles, et en face. Et oui, Lara, c'est tout cela. Puisqu'on ne peut communiquer par la parole avec les forces cachées, Lara est leur représentante, leur symbole. Elle est à la fois l'ouïe et la paroles offertes en dons aux principes muets de l'existence... Qu'elle était lointaine, froide et attirante, celle à qui il avait tout donné, qu'il avait préférée à tout, pour qui il avait déprécié tout le reste! ... Quelque chose de plus vaste que lui-même trouvait pour pleurer et sangloter en lui des mots tendres et lumineux, qui brillaient dans l'obscurité comme du phosphore". 

I.D

 

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Boris Pasternak de Dimitri Bykov, 2011, Fayard, 38€ -   Pasternak est, avec Mandelstam, Tsvétaïéva et Akhmatova, l'un des « quatre grands poètes » que nous aura donnés le vingtième siècle russe. C'est aussi l'auteur du mondialement célèbre Docteur Jivago, dont la parution, en Italie, lui a valu d'être banni de l'Union des écrivains et de devoir refuser, en 1958, le prix Nobel de Littérature. Son recueil inaugural, Ma sœur la vie, à l’été 1917, invente une poétique de l’instant, où des « millions de révolutions » intimes font signe à l’histoire. L’époque, que domine bientôt le « démon du temps » Staline, fait de Pasternak, malgré lui, un poète épique. S’il a pensé un instant dire oui au monde soviétique, c’est pour le refuser avec une force accrue dans un vaste roman qui proclame, sous un c

Boris Pasternak de Dimitri Bykov, 2011, Fayard, 38€ - Pasternak est, avec Mandelstam, Tsvétaïéva et Akhmatova, l'un des « quatre grands poètes » que nous aura donnés le vingtième siècle russe. C'est aussi l'auteur du mondialement célèbre Docteur Jivago, dont la parution, en Italie, lui a valu d'être banni de l'Union des écrivains et de devoir refuser, en 1958, le prix Nobel de Littérature. Son recueil inaugural, Ma sœur la vie, à l’été 1917, invente une poétique de l’instant, où des « millions de révolutions » intimes font signe à l’histoire. L’époque, que domine bientôt le « démon du temps » Staline, fait de Pasternak, malgré lui, un poète épique. S’il a pensé un instant dire oui au monde soviétique, c’est pour le refuser avec une force accrue dans un vaste roman qui proclame, sous un c

Lire aussi la recension de notre ami Valère Staraselski sur la biographie de Boris Pasternak par Dmitri Bykov dans "La faute à Diderot"

http://lafauteadiderot.net/Pasternak-l-invaincu de Dmitri Bykov.

Pasternak l’invaincu

A propos du livre "Boris Pasternak"

Par Valère Staraselski

« Il n’est de peine au monde que la neige ne puisse apaiser »

Que l’art trouve sa raison d’être dans la célébration de la vie, du vivant, voilà ce que la trajectoire et l’œuvre de Boris Pasternak (1890-1960), restituées avec maestria par Dmitri Bykov en une monumentale biographie, prouve de manière bouleversante. D’emblée, le biographe note : « L’oisiveté provoquait chez lui angoisse, malaise et peur de la mort. Seul le travail, même routinier, lui donnait le sentiment de maîtriser les circonstances. Et si les vers se mettaient à « venir », si s’établissait le lien avec des sphères supérieures génératrices de bonheur et de force, tout allait bien ».

Avec les 900 pages que Dmitri Bykov consacre à Pasternak, le lecteur est non seulement plongé dans la vie littéraire de plus de quarante années d’URSS, mais dans la vie soviétique elle-même avec une rare intensité. Le récit linéaire et très fouillé de l’existence de l’écrivain alterne avec la présentation des relations de ce dernier avec, par exemple, Maïakovski, Akhmatova, Mandelstam, Blok, Staline, mais également avec celle de commentaires analytiques des œuvres. C’est à un travail colossal que s’est livré Dmitri Bykov qui, ce faisant, remet en question bien des a priori voire la doxa sur cette période en Union Soviétique.

Non seulement Pasternak accepta la Révolution d’Octobre mais, comme la plupart de ses compatriotes artistes, il y crut : « Un dieu descendu sur terre », écrit-il en 1917. En dépit de son rejet progressif, il n’a pas émigré comme sa famille (suppliant même Khrouchtchev, en 1958, de ne pas l’exiler après l’obtention de son Nobel) ; il est rentré en 1935 après avoir été envoyé à un congrès antifasciste à Paris. Mieux, en 1934, il a été admis dans la direction (jusqu’en 1945) de la toute nouvelle Union des écrivains, rassemblant tous celles et ceux qui « souhaitent participer à l’édification socialiste », à qui elle donnait statut d’écrivain de métier. C’est ainsi qu’il pourra vivre, essentiellement de traductions tout au long de sa « carrière ». S’il demeure prudent, il ne porte jamais atteinte à sa propre dignité. On vînt lui demander de signer une pétition d’écrivains approuvant la condamnation à mort de dix-sept personnes jugées traîtres au pays. Malgré les supplications de sa femme, il refusa de signer. Les Izvestia imprimèrent tout de même son nom. Il exigea un rectificatif. En vain. Il protesta haut et fort. On le laissa pourtant en vie et on ne lui soumit plus, par la suite, ce genre d’approbations sanglantes [1]. Par ailleurs, son fils rapporte qu’en 1941, l’auteur de Ma sœur la vie, qui opposait le sentiment national et la culture russe, mais aussi le message chrétien au soviétisme, faisait grand cas de deux conquêtes soviétiques : « la liquidation du profit personnel et celle de l’humiliation de la femme »

Quant à Bykov, il observe que « Pasternak ne fait pas l’apologie de la « poigne », il déteste le chaos, voilà tout ; et c’est ce principe ennemi du chaos et ami de l’ordre qu’il apprécie chez Staline ». Du reste, ce n’est pas Staline mais Khrouchtchev qui aura raison de celui qui avait écrit « Une vie désintéressée / Est un destin enviable ». Tardant puis finalement refusant de publier Le Docteur Jivago que Konstantin Simonov avait d’abord accepté – parce qu’il sera entretemps édité en Occident et que son auteur sera nobélisé -, le nouveau pouvoir « libéral » et l’Union des écrivains le poursuivront de leur vindicte haineuse jusqu’à demander son expulsion du pays, jusqu’à persécuter sa maîtresse Olga Ivinskaïa avant et après sa mort en l’envoyant en camp. Bykov rapporte que « deux heures durant, le procureur général Roudenko fit pression sur Pasternak de toute sa puissance et son autorité de magistrat, en le menaçant d’un procès criminel. Staline en son temps, n’avait pas interdit à Pasternak de divulguer leur conversation. Roudenko, lui, le prévint que, s’il parlait à qui que ce fût de sa convocation chez le procureur, il devrait en répondre au nom de l’article 96 du Code soviétique – « divulgation de données nécessaires à une enquête ». On donnait ainsi à entendre à Pasternak que l’affaire était en cours d’instruction, et que, s’il recevait une fois encore la visite de correspondants étrangers, ou si une interview paraissait dans la presse occidentale, il serait accusé du crime de trahison. Tous ses contacts devaient être rompus. « L’injonction est parfaitement claire et je m’y conformerai sans condition ». Telle fut la réponse de Pasternak, consignée dans le procès-verbal, lequel fut signé sans modifications ». Au stalinisme – tout un peuple mis en et sous tension -, succèdera selon le biographe, « une période de libéralisation où le pouvoir montre moins ses crocs que ses limites »,à savoir le soviétisme dont Bernard Guetta, correspondant au Monde de 1988 à 1990, dira « ce système donné, cette réalité concrète qu’il ne faut pas appeler ni communisme ni socialisme pour couper court à des débats idéologiques sans plus d’intérêts que de fin ».

En 1958, Boris Pasternak sera contraint par les autorités de refuser le prix Nobel et mourra deux ans plus tard, non sans avoir prévenu la fille de sa maîtresse, Irina, contre l’émigration à l’Ouest. « Tu as l’habitude de t’expliquer la sottise humaine par le contexte soviétique, mais là-bas, tu auras affaire à la sottise, à la bassesse et la vilenie tout court, et, voyant que rien ne les détermine, tu auras certainement un choc moral ». Sur cette période, le biographe rapporte encore : « Au temps du dégel, la principale mention de Staline se trouve dans une conversation de Pasternak avec Ivinskaïa en 1956 : « Longtemps un fou et un assassin a régné sur nous, et maintenant c’est un imbécile et un porc ; l’assassin avait parfois des élans, des intuitions en dépit de son ignorantisme à tous crins ; maintenant est venu le règne de la médiocrité ». Le fils aîné de Pasternak a aussi noté, à l’automne 1959, cette remarque de son père : « Avant on exécutait, le sang et les larmes coulaient, mais on ne se déculottait tout de même pas en public ».

Du rapport de Pasternak à l’histoire, Bykov écrit : « Pasternak considère que le rôle de l’individu n’est pas de faire l’histoire, mais de persévérer dans son être en dépit de celle-ci. Il ne s’agit pas de la fuir, de se dérober à ses défis, mais de les accepter en sachant qu’on perdra à tous les coups. Tout cela est formulé dans Jivago », continue-t-il. Oui, Jivago qui signifie du vivant en russe. Ce rapport à l’histoire, de fait mais surtout par choix, par réalisme et par volonté vitale, conditionnera son rapport à l’art, restant lui-même « au plus près de l’inattendu et du mystère qui font aimer la vie » (Lettre à Staline, 1935).

D’une famille appartenant à l’intelligentsia russe, son père était un célèbre peintre. Le jeune Pasternak se destinait à la musique ; il jouera du piano toute sa vie. Il avait été l’élève de Scriabine mais il abandonna parce qu’il jugeait qu’il n’avait pas « l’oreille absolue ». Il s’engagea par la suite dans des études de philosophie à quoi il préféra finalement la poésie. « La raison pour laquelle Pasternak se tourna vers la poésie, explique Bykov, est la suivante : c’était pour lui le moyen le plus accessible, sinon le seul, pour doter d’harmonie son monde intérieur ». Boris Pasternak est aujourd’hui reconnu comme le plus grand poète russe du vingtième siècle. La conduite de sa vie est faite d’extrême exigence artistique et morale. Sans doute, Dmitri Bykov résume, nous semble-t-il, le mieux la signification générale de l’existence de Boris Pasternak et sa place parmi les poètes russes de cette période, dans cet extrait : « Il y a dans une lettre de Pasternak de 1935 une phrase intéressante. « Je suis resté le même », assure-t-il, et il ajoute à la fin de sa lettre : « Saluez les Mandelstam pour moi. Ce sont des gens remarquables. Il m’est, comme artiste, infiniment supérieur. Mais il possède, comme Khlebnikov, une perfection abstraite, hors de portée, à laquelle je n’ai jamais prétendu. Jamais je n’ai été un enfant, même, je crois, dans mon enfance. Eux, si. Du reste, sans doute suis-je injuste ». On reconnaît Pasternak : « J’ai sans doute tort… Je n’aurais pas du dire cela… ». Et Bykov de désigner ce qu’il nomme « Paradoxe : tout le monde traite Pasternak d’enfant – Akhmatova (« Il possède une sorte d’enfance éternelle »), Mandelstam (« Un homme en pleine santé »)… Or, lui, les considère comme des enfants. « Je veux parler de quelque chose qu’ignorent les enfants et que j’ai envie de nommer sens du réel », a-t-il écrit dans Sauf-Conduit. Ce sens du réel est la définition secrète de la nature des choses ; il dit que la liberté idéale dont rêve Mandelstam, une liberté à la limite du caprice arbitraire, n’existe pas dans la nature, et qu’au fond des choses on trouve toujours « la bataille, la galère, l’enfer médiéval, le savoir-faire », autrement dit la soumission, la discipline assumée « de l’atelier et du chœur », « de l’inspiration et de l’exercice ». Mandelstam, comme Khlebnikov, est l’artiste de la « liberté abstraite » qui refuse de se soumettre aux diktats de la vie et, pour Pasternak, ce rejet du contexte est inadmissible. C’est pour lui, de l’irresponsabilité, de l’infantilisme ; alors que la soumission aux besoins de l’époque et l’autodiscipline artistique sont l’équivalent de l’entraînement inspiré du danseur classique ». Comprendre cela, c’est comprendre, nous semble-t-il, la grandeur de Pasternak pour qui le réel se confondra avec une terrible tragédie historique qu’il assumera comme telle.

Il paraît incontestable que le classicisme de l’auteur des Voies aériennes, tant honni par Nabokov, le placera au rang des créateurs universels. Qu’on le lise aujourd’hui et l’on vivra profondément et du milieu, de l’intérieur, les événements de cette période historique exceptionnelle et leurs circonstances. A propos de la création littéraire, répondant aux écrivains prolétariens, Pasternak dira dans les années 30 : « Le lecteur-client est devenu le patron d’un nouveau type d’industrie. Dans ce contexte, la médiocrité est désormais, de l’avis général, l’unique forme que prenne le talent ».

Et Bykov de commenter très justement : « Tableau connu, Pasternak formulait d’ores et déjà ce que nous autres avons mis bien du temps à dire de notre littérature de marché ». Dans son prologue « Une vie réussie », Dmitri Bykov affirme que « Lire Pasternak c’est sentir la vive piqûre du bonheur ». Cette provocation n’en est pas une. Et tout le livre, qui ne donne pas des clés mais ouvre chaque porte et nous emmène dans chaque pièce, - chacune dans leur contexte historique -, de la maison Pasternak, est certainement le plus bel hommage qu’un auteur russe ait rendu à celui qui sera réintégré dans l’Union des écrivains en 1989, trente ans après en avoir été exclu comme un paria. En sortant de dix-sept ans de goulag, Varlam Chalamov vînt voir Pasternak, comme d’autres, nombreux, « juste pour se convaincre de sa réalité, dire « merci » à celui dont la poésie avait été le brin de paille auquel s’était raccrochée leur âme épuisée ». Que Dmitri Bykov soit ici salué pour cet ouvrage qui renouvelle la connaissance de ce siècle de feu et de sang. Mais, à y bien regarder, en est-il d’autres ? « J’aime ma vie et j’en suis satisfait. Je n’ai pas besoin qu’on lui plaque une couche d’or. Je ne peux concevoir une vie qui serait sans secret et sans discrétion, exposée dans une vitrine miroitante », écrivait Pasternak à Nina Tabidzé en 1946.

Evidemment, il faut lire le Pasternak de Dmitri Bykov.

Boris Pasternak de Dmitri Bykov, Fayard, 900 pages, 35 euros.

Notes :

[1] Sur ses rapports avec Staline, Bykov écrit : « Staline n’aimait ni la basse flatterie, ni la fronde démonstrative, ni la loyauté inconditionnelle, ni l’opposition. Il fallait tâtonner à la recherche d’on ne savait quoi. De tous les écrivains importants de l’ère stalinienne, Pasternak est celui qui eut le plus de chance ». Lorsqu’en 1934, Ossip Mandelstam sera arrêté pour avoir écrit une virulente et injurieuse épigramme contre Staline, Pasternak le sauvera. Bykov raconte : « Nous avons longuement parlé des démarches entreprises par Pasternak en faveur du poète arrêté. Staline avait fait un miracle en commuant sa peine et en l’envoyant à Tcherdyn. Mais cela n’avait pas guéri Mandelstam de la manie de la persécution, et, arrivé à Tcherdyn, il voulut se tuer en se jetant par la fenêtre de l’hôpital et se cassa le bras. Tout l’effet de la grâce accordée pouvait être perdu, il fallait mettre fin de façon frappante à l’affaire Mandelstam. Staline appela Pasternak au téléphone ». Et de retranscrire la conversation entre le poète et le premier dirigeant de l’URSS. Alors que Pasternak s’en veut de ne pas avoir été suffisamment convaincant, Bykov relate : « Certes, il se détesta longtemps après cette conversation, et resta, à ce qu’il dit à ses amis, un an sans pouvoir écrire ». Cependant, « un an plus tard, Pasternak s’adressait personnellement à Staline. Le compagnon d’Anna Akhmatova, Nikolaï Pounine, et Lev Goumiliov, le fils qu’elle avait eu de son premier mari, venaient d’être arrêtés à Leningrad, le 24 octobre 1935. La lettre de Pasternak, conservée dans les archives du Kremlin, a été publiée en 1991 : « Cher Iossif Vissarionovitch, ce 23 octobre à Leningrad, ont été arrêtés le mari d’Anna Andreïevna, Nikolaï Nikolaïevitch Pounine, et son fils Lev Nikolaïevitch Goumiliov. Un jour, vous m’avez reproché d’avoir fait preuve d’indifférence pour le sort d’un camarade. Par-delà même la valeur que revêt la vie d’Akhmatova pour nous tous et pour notre culture, tout ce que je sais de cette vie me la rend chère à l’égal de la mienne. Depuis mes débuts littéraires je suis témoin de cette existence toute de probité, de travail et d’humilité. Je vous en prie, Iossif Vissarionovitch, venez en aide à Akhmatova, faites en sorte que soient libérés son mari et son fils, dont le lien me paraît être le garant absolu de leur probité. Votre dévoué Pasternak ». La lettre parvint au Kremlin le 1er novembre. Le 3, Pounine et Goumiliov étaient libres. Le secrétaire de Staline a lui-même téléphoné chez Pasternak pour annoncer leur libération.

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 12:30
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 75/ Yves Giloux (1921-1943)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

75/ Yves Giloux (1921-1943)

Né à Ouessant, où ses parents, Charles et Anne-Marie, sont instituteurs à l'école publique. Yves Giloux est un étudiant brestois. Sous l’occupation, il poursuit des études par correspondance à l’école des Travaux Publics de Paris. D’août 1940 à septembre 1941, il effectue son stage d’examen au sein de l’entreprise S.Zeno de Brest. A partir de septembre 1941, il travaille aux Ponts et Chaussées au service de relevé cadastral.

Il adhère au Parti Communiste clandestin en 1941 et y diffuse la propagande à Brest avant d’intégrer en juillet 1942 les Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P) sous les ordres de Pierre Corre. Rapidement, il devient chef de groupe et participe à de nombreuses actions contre l’occupant.

Les nombreuses arrestations entre juin et septembre 1942 clairsèment les rangs des F.T.P en Bretagne. Brest n’est pas épargné et le mouvement de résistance est lourdement impacté. En fin d’année 1942, c’est désormais sur les épaules d’Yves Giloux et de Charles Vuillemin que reposent la succession locale des F.T.P. Coûte que coûte, l’action doit se poursuivre et l’on prépare en décembre de l’année de nouveaux attentats contre l’occupant.

La dernière semaine de l’année 1942 est consacrée aux préparatifs d’un attentat à Brest. Un peu avant 21 heures le 1er janvier 1943, les F.T.P passent à l’action. Charles Vuillemin, Louis Le Bail et Jean-Pierre Le Rest entourent Yves Giloux et se dirigent vers leur objectif. Parvenus devant le cinéma Éden, Yves Giloux jette une bombe devant un groupe de soldats allemands sortant de l’édifice du passage Saint-Martin. L’engin explose, faisant au moins cinq blessés. Yves Giloux et le groupe, se replient aussitôt sans être inquiétés sur le moment.

Le 5 janvier 1943, Yves Giloux et Charles Vuillemin effectuent une nouvelle tentative d’attentat, cette fois contre l’immeuble de la Kommandantur avec une nouvelle bombe. Plusieurs actions de cet acabit sont menées en janvier par les F.T.P brestois. Une nouvelle série d’arrestations va encore amenuiser l’effectif de résistants.

De son côté, Yves Giloux est promu à l’échelon départemental le 6 janvier par Robert Ballanger à Rennes. Il devient alors Capitaine d’un groupement mobile avec pour tâche d’œuvrer dans le Finistère, le Morbihan et la Loire-Inférieure. Alors qu’il se rend à Nantes avec Jean-Louis Primas, Yvex Giloux semble s’arrêter à Lorient pour y commettre un attentat dont les détails ne nous sont pas connus. Il est arrêté le 20 janvier 1943 à Doulon, près de Nantes par le Service de police anti-communiste (S.P.A.C) de Vichy.

Torturé lors de son interrogatoire, il est livré par la justice française aux autorités allemandes. Emprisonné semble t-il à Pontaniou dans un premier temps, il est transféré à la prison Jacques Cartier de Rennes puis à Fresnes dans la région parisienne. Jugé et condamné à mort le 28 août 1943 avec dix huit autres résistants F.T.P brestois. Le 17 septembre 1943, il est fusillé au Mont-Valérien avec ses camarades. Sa dépouille est inhumée au cimetière d’Ivry, dans le Carré des fusillés.

Jouissant d’une grande réputation au sein des F.T.P de Brest, son nom sera attribué à un groupe d’action qui se reforme dès le premier semestre de l’année 1943, puis à un bataillon F.T.P en 1944 dans le centre Finistère. En 1960, à titre posthume il est décoré de la médaille de la Résistance française et de la Croix de guerre 1939-1945, avec étoile d’argent. Une rue porte son nom à Lambézellec depuis octobre 1945 ainsi qu’un square à Saint-Marc depuis le 6 juillet 1984.

Publiée le , par Edi Sizun, Gildas Priol, mise à jour

Sources - Liens

  1. Service historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de résistant d’Yves Giloux (GR 16 P 256172).
  2. Dictionnaire Maitron, fiche biographique d’Yves Giloux.
  3. KERBAUL Eugène, 1270 Militants du Finistère (1918-1945), à compte d’auteur, 1985.
  4. KERBAUL Eugène, Chronique d’une section communiste de province (Brest, janvier 1935 - janvier 1943), auto-édition, Paris, 1992.
  5. LE BRAS Joël, Du groupe Giloux au Bataillon Giloux – 1943 à 1944, travaux personnels, 2001.
  6. CISSÉ Gérard, Rues de Brest - de 1670 à 2000, éditions Ar Feunten, Brest, 2012.
  7. S.H.D de Caen, dossiers d’interné et de fusillé d’Yves Giloux (AC 21 P 615154 et AC 21 P 193124) -

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 10:46

Le PCF 29 demande un moratoire sur toutes les fermetures de postes prévues dans les écoles publiques finistériennes du premier degré.

« L’épidémie et les conséquences de la crise sanitaire amplifiée par les politiques libérales menées depuis des années impactent très fortement les enfants et l’éducation. Ce n’est pas à nos enfants d’en faire les frais », clame Ismaël Dupont, le secrétaire départemental du PCF 29, dans un communiqué.

Pour les communistes, « sortir de cette crise avec un monde d’après meilleur, sortir mieux armé contre d’autres catastrophes suppose d’investir avec ambition dans le service public, et en particulier le service public d’éducation et la recherche ». C’est pourquoi la fédération du Finistère du Parti communiste français demande un moratoire sur toutes les fermetures de postes liées au projet de carte scolaire.

Pour rappel, avec onze fermetures et deux ouvertures prévues à la rentrée prochaine, le Finistère doit perdre deux postes au total, contre 20 initialement

https://www.letelegramme.fr/finistere/carte-scolaire-du-finistere-le-pcf-demande-un-moratoire-sur-les-fermetures-de-postes-17-04-2020-12540603.php

Le Télégramme, 17 avril.

Fédération du Finistère du PCF 5 rue Henri Moreau 29 200 Brest http://pcf29.org/

Fédération du Finistère du PCF 5 rue Henri Moreau 29 200 Brest http://pcf29.org/

Communiqué du PCF Finistère - 16 avril 2020

Carte scolaire: le PCF demande un moratoire sur toutes les fermetures de postes dans les écoles publiques finistériennes du premier degré

Nous sommes en guerre, disent-ils... Nous réfutons bien sûr la pertinence de cette sémantique qui vise à étouffer le débat et préparer les sacrifices des libertés et des droits en instrumentalisant la crise, mais une chose est sûre: l'épidémie et les conséquences de la crise sanitaire amplifiée par les politiques libérales menées depuis des années impactent très fortement les enfants et l'éducation. Ce n'est pas à nos enfants d'en faire les frais! 

Sortir de cette crise avec un "monde d'après" meilleur, sortir mieux armés contre d'autres catastrophes suppose d'investir avec ambition dans le service public, et en particulier le service public d'éducation et la recherche.

C'est pourquoi, en cette période d'extrême fragilisation du service public d'éducation liée à la crise sanitaire du Covid-19, aux difficultés d'assurer la continuité pédagogique dans le confinement des élèves et enseignants, et pour ne pas réagir par l'indifférence à l'engagement très fort des enseignants du premier degré et des parents pour l'intérêt pédagogique des enfants, la fédération du Finistère du Parti communiste français demande un moratoire sur toutes les fermetures de postes liées au projet de carte scolaire.

Il ne faut pas fragiliser davantage nos écoles publiques et nos enfants.

Nous remarquons que l'évolution de la démographie scolaire en Bretagne révèle une accentuation des déséquilibres territoriaux au profit de l'est breton et de l'Ille-et-Vilaine, dans une logique de métropolisation, d'attirance vers la capitale et l'axe Rennes-Nantes, attirant l'essentiel des investissements, des emplois et des actifs, au détriment de l'ouest breton. Les annonces d'ouvertures et de fermetures de postes révèlent ce déséquilibre territorial qui s'aggrave: + 36 postes en Ille-et Vilaine, moins 2 postes dans le Finistère,  moins 5 dans les Côtes d'Armor, moins 1/2 dans le Morbihan. 

L'hémorragie des postes qui été initialement programmée a été contenue grâce à la fronde légitime des élus du monde rural qui ont réussi à obtenir des moyens supplémentaires pour qu'il n'y ait pas de fermeture d'écoles en milieu rural sans accord du maire dans les communes de moins de 5000 habitants. La Bretagne devait perdre perdre au départ 41 postes dans le premier degré (et le Finistère 20 postes sur ces 41) mais finalement, les rectifications aux annonces initiales qui ont été faites en mars lui permettent de gagner 30 postes. C'est l'Ille-et-Vilaine qui bénéficie au final exclusivement de ce gain global de postes dans le premier degré, grâce à son plus fort dynamisme démographique.

Dans le Finistère,  la DASEN dans sa communication a trop tendance à opposer les filières les unes aux autres en faisant le lien entre les fermetures en filière monolingue et l'ouverture de classes en filière bilingue, ce qui n'est pas un service à rendre au développement de l'enseignement en breton, que nous défendons, tout particulièrement dans le cadre de l'enseignement public bilingue. 

Ainsi, la DASEN annonce trois transformations de postes en bilingue. Cette façon de tricher parait grossière, privant ces écoles du moratoire espéré sur les fermetures. C'est mal vécu, et on le comprend, par les écoles en question qui n'ont rien demandé.Cette mauvaise habitude de mettre en concurrence les filières est très dommageable pour le breton car beaucoup d'équipes sont maintenant très rétives aux filières bilingues, ce qui est évidemment très grave pour notre avenir commun à tous en Bretagne. La DASEN du Finistère porte sans scrupule cette énorme responsabilité.

Nous déplorons qu'il n'y ait que 3 ouvertures en monolingue alors qu'il restait des demandes d'écoles, justifiées par les prévisions d'effectifs sur l'année scolaire 2020-2021.

Un refus de création de poste en particulier à l'île Tudy où la DASEN refuse d'entendre que le recrutement s'est beaucoup accéléré (9 PS1 prévus à la rentrée) et les collègues vont se retrouver à 28 ou 29 de moyenne pour 2 classes. C'est inacceptable d'autant que tous les acteurs sont très soudés sur le développement de l'école et que la mairie investit beaucoup en logements sociaux. C'est la fuite sur l'école privée de Combrit assurée.

Nous regrettons surtout que l'approche gouvernementale tende à opposer des moyens sanctuarisés provisoirement dans les écoles de milieu rural tandis qu'on peut continuer à les réduire dans les écoles de quartiers urbains souvent défavorisés. 

Il y a ainsi des fermetures de postes et de classes difficiles à admettre.

Brest paie un lourd tribut à ces fermetures de postes avec 4 fermetures dans les écoles Sanquer, Jacquard, Jean Macé, Kérichen.

C'est le cas aussi de Douarnenez, avec une suppression à l'école publique Victor Hugo, école d'un centre ville qui continue une dégringolade qui profite au privé dans un contexte social très difficile. La mairie de Douarnenez porte deux responsabilités : Ne pas avoir défendu l'école publique par principe. Leur mollesse est évidente. Ne pas s'engager suffisamment dans une réflexion sur le centre ville et la mixité sociale.

Les dédoublements promis en Grande Section en REP (Réseau d'éducation prioritaire) se font finalement seulement dans trois écoles mais on y supprime les postes "plus de maitres que de classe". Il n'y a donc aucun moyen supplémentaire en REP contrairement à ce qui avait été annoncé. Avec Macron et Blanquer, une promesse en chasse une autre et ce n'est que de la com. Nos enfants méritent mieux que des effets de manche.

Le manque de moyens dans les dispositifs d'accompagnement des allophones et des primo-arrivants reste criant. A ce titre on peut regretter et dénoncer la suppression de demi poste d'UPE2A à l'école Gambetta de Morlaix, une école populaire qui a déjà perdu des moyens sur les 4 dernières années, et qui est fortement concurrencée par le privé. Il manque encore des moyens pour faire réussir les enfants dont le français n'est pas la langue maternelle, notamment sur Morlaix et Landivisiau où l'industrie et l'agro-alimentaire recrutent, et sur Brest. C'est le même problème dans le second degré où les moyens pour les allophones et primo-arrivants ne sont clairement pas à la hauteur.

Parce que la qualité de l'éducation n'a pas de prix, le Parti communiste soutient et accompagne la lutte des parents d'élèves, des personnels, des citoyens et des élus pour la défense des moyens de leurs écoles publiques. 

 

Lire aussi:

Le 11 mai ne peut pas être que la rentrée de celles et ceux qui n’ont matériellement pas le choix ! (réseau école du PCF, 16 avril)

 

Carte scolaire 2020 - le PCF demande un moratoire sur toutes les fermetures de postes dans les écoles publiques finistériennes du premier degré

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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 05:00
Les services publics, les communes : et si les pestiférés d’hier étaient la solution d’aujourd’hui - tribune de Gilles Leproust, maire PCF d'Allonnes, dans L'Humanité, 17 avril
Vendredi, 17 Avril, 2020

Les services publics, les communes : et si les « pestiférés » d’hier étaient la solution d’aujourd’hui

Par Gilles Leproust  Maire PCF d’Allonnes 

 

Ces deux dernières décennies, les Présidents de la République et les gouvernements qui se sont succédés ont eu le même leitmotiv, diminuer la dépense publique donc le nombre de fonctionnaires ainsi que les dotations aux collectivités trop dépensières à leurs yeux. 

J’ai fait partie des élus qui ont alerté, dénoncé et proposé contre ses politiques d’austérité. J’ai participé à de très nombreuses initiatives et manifestations aux côtés d’organisations syndicales et d’associations d’élus. Nous avons été montré du doigt par les « bien-pensants », j’ai fait l’objet de fortes critiques sur « mon irresponsabilité » par des représentants de l’État. 

Aujourd’hui, ils ont « bonne mine » ces accusateurs, défenseurs zélés de la loi de l’argent, des dogmes libéraux! Nous pouvons tous juger à ce jour de leur « grandes compétences»!... pour casser le service public, notamment celui de la Santé. Hier comme aujourd’hui, ils n’ont qu’une seule obsession, refaire redémarrer l’économie sans se préoccuper des conséquences humaines et sociales. Et bien NON Mesdames, Messieurs, trop, c’est trop ! L’urgence est à s’occuper de la santé de nos concitoyens, et de réapprendre à vivre et faire ensemble. 

Les citoyens y sont prêts, nous le constatons chaque jour dans nos communes petites ou grandes, urbaines ou rurales. Nous avons tous de beaux exemples de solidarités concrètes. Dans cette période difficile, les services publics locaux et leurs agents font un travail remarquable. Les invisibles du petit matin comme les femmes de ménage; les éboueurs; les agents de propreté et bien d’autres qui font la démonstration que sans eux, il n’y aurait pas de vie en société. Il en de même des élus locaux dont les maires sont la partie visible. Ils sont depuis un mois en première ligne, répondant bien souvent à la place de l’État aux attentes des habitants qui sont parfois de véritables appels au secours. 

Le Président de la République et son Gouvernement doivent leur apporter des réponses concrètes. Pour ma part, j’en ferai deux. L’une est de décider sans tarder d’une hausse conséquente du point d’indice des fonctionnaires qui se traduirait, au delà des mots aussi sympathiques soient-ils, par une augmentation de leur salaire. L’autre est de conforter la place et le rôle de la commune, notamment en fléchant vers elle une partie des milliards dégagés pour la relance de l’économie. 

Mais au delà de ces mesures de justice sociale, n’est-il pas temps de passer à un autre stade de développement de nos sociétés qui passerait par « l’Humain et la Planète » ? L’objectif étant de ne laisser personnes au bord de la route en France et dans le monde. Utopique me diront certains, pour ma part, je persiste à penser que ce qui fait avancer le monde dans le bon sens, c’est le commun. Cela a été trop oublié ces dernières décennies. 

Dans cette épreuve individuelle et collective, nous avons l’opportunité d’écrire de nouvelles pages de notre histoire humaine. Il n’y a pas de temps à perdre. Plus rien ne sera comme avant, soyons prêts. Je suis persuadé que cela passera par la réappropriation par les usagers du service public, des communes de pleine exercice, un respect de la nature et une démocratie où chacune et chacun aura sa place.

« Je rêvais d’un autre monde » chantait le groupe Téléphone, il y a urgence à le construire ! 

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 16:04
Disparition de Georges Cukierman : « Un combattant inlassable de la passation de mémoire » (Fabien Roussel - PCF)

COMMUNIQUE DE PRESSE

Disparition de Georges Cukierman : « Un combattant inlassable de la passation de mémoire » (Fabien Roussel - PCF)

C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris la disparition de Georges Cukierman à l’âge de 94 ans.
Avec Raymonde-Rebecca son épouse, Georges fut un combattant inlassable de la passation de mémoire, celle de la Résistance dont il fut membre très jeune jusqu’à la Libération, celle aussi de la Déportation, au travers de son engagement dans le Comité pour la Mémoire des enfants déportés parce que nés Juifs (CMEDJ).
Ils consacrèrent ensemble beaucoup de leur temps en direction des jeunes scolaires, en particulier dans les établissements du Val-de-Marne, pour témoigner et préserver la mémoire des 11600 enfants livrés par Pétain aux bourreaux nazis pour être exterminés.
Georges était un militant communiste depuis son plus jeune âge, puisqu’il rejoint la Jeunesse communiste clandestine dès le 1er mai 1942 et participa avec celle-ci à la Résistance jusqu’à la Libération.
Aux côtés de Jacques Duclos à Montreuil ou de Fernande Valignat à la fédération de Seine Nord-est, son engagement fut de tous les instants pour contribuer au rayonnement de son parti et de ses idées. Georges fut également de très longues années, en particulier aux côtés de Francis Wurtz, un collaborateur vigilant et exigeant de la Politique Extérieure du PCF.

Georges, c’était aussi un camarade soucieux de favoriser l’engagement des Jeunes Communistes, avec lesquels il ne manquait jamais d’échanger dans les couloirs de Colonel Fabien ou dans les allées de la Fête de l’Humanité, qu’il prenait tant de plaisir à sillonner toujours en quête de dialogues fraternels et de confrontations d’idées.
Je tiens à assurer Raymonde-Rebecca, son épouse, ses enfants et petits-enfants, Cécile Cukierman, porte-parole du parti communiste français, de la profonde sympathie de tous les adhérents du parti communiste français et de leur fidélité aux engagements profondément humanistes de Georges.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Paris, le 18 avril 2020.

Georges Cukierman (photo L'Humanité, 18 avril 2020)

Georges Cukierman (photo L'Humanité, 18 avril 2020)

Samedi, 18 Avril, 2020 - L'Humanité

Georges Cukierman nous a quittés

Georges Cukierman, résistant communiste, est mort vendredi soir à Fontenay sous bois à l’âge de 94 ans. L'hommage de José Fort.

 

Résistant de la première heure, militant communiste jusqu’à ses derniers moments, proche collaborateur de Jacques Duclos notamment à Montreuil (93) et de Fernande Valignat à la direction de la fédération communiste de Seine-Nord-Est, Georges Cukierman a consacré la fin de sa vie en collaborant à la section de politique extérieure du PCF et à la mémoire des enfants juifs déportés. « Jojo » n’était pas du genre facile. Il ne fallait pas tomber sur ses colères souvent volontairement exagérées comme des incitations à la confrontation des idées se terminant toujours par un signe d’amitié et de complicité. Cet homme était un personnage rempli de générosité, de fidélité à ses engagements avec toujours la malice au rendez-vous. Avec Georges Cukierman, c’est un chapitre de la militance communiste qui disparaît. Juif défenseur de la laïcité, internationaliste et acteur du mouvement pour la paix, mobilisé face au martyr imposé au peuple palestinien par les gouvernements d’ultra-droite israéliens, Juif rappelant dans les écoles de sa ville la tragédie de la Shoah. Georges était aussi un passeur de mémoire. C’est à Fontenay-sous-Bois (94) qu’il était, avec sa femme Raymonde-Rebecca, ancienne adjointe au maire de cette ville, à l’initiative d’une journée d'initiatives sur le thème «Mémoire et laïcité » à la mémoire des enfants juifs déportés qui a connu un franc succès dans les écoles et les quartiers.  Jojo aimait la Corse. On l’y retrouvait chaque été avec sa femme, sa famille et ses amis le temps d’un repas, d’un moment d’échange. Il va nous manquer.

Georges Cukierman, président d'honneur du CMEJD, le comité pour la mémoire des enfants déportés parce que nés Juifs, réalisé par Elaine Kibaro en 2017.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF,  a fait part de son émotion, "Georges, écrit-il (communiqué à retrouver en intégralité ci-dessous) c’était aussi un camarade soucieux de favoriser l’engagement des Jeunes Communistes, avec lesquels il ne manquait jamais d’échanger dans les couloirs de Colonel Fabien ou dans les allées de la Fête de l’Humanité, qu’il prenait tant de plaisir à sillonner toujours en quête de dialogues fraternels et de confrontations d’idées. Je tiens à assurer Raymonde-Rebecca, son épouse, ses enfants et petits-enfants, Cécile Cukierman, porte-parole du parti communiste français, de la profonde sympathie de tous les adhérents du parti communiste français et de leur fidélité aux engagements profondément humanistes de Georges". 

Lire aussi:

L’ancien résistant et militant communiste Georges Cukierman est mort

La mort du résistant Georges Cukierman, grand-père de la sénatrice de la Loire Cécile Cukierman

-
Par , France Bleu Saint-Étienne Loire

Il était une des figures incontournables de la mémoire de la résistance : Georges Cukierman s'est éteint à l'âge de 94 ans. Sa petite-fille et porte-parole du parti Communiste, Cécile Cukierman lui rend hommage.

Il était une mémoire de la résistance et du Parti Communiste : Georges Cukierman c'est donc éteint à l'âge de 94 ans. Un nom porté haut aujourd’hui sur la scène politique par sa petite-fille qui aura repris le flambeau des convictions familiales. C'est d’ailleurs Cécile Cukierman, aujourd’hui sénatrice de la Loire et porte-parole nationale du Parti Communiste qui lui rend un hommage appuyé sur Facebook : "Tous ceux qui t'ont croisé gardent cette bonhomie mais aussi je n'en doute pas certains coups de gueule, mais surtout une exigence militante qui ne supportait ni la médiocrité, ni l'hypocrisie. Papi, tu es parti, sans faire de bruits, après une vie bien remplie". Fabien Roussel, le premier secrétaire du PCF a lui aussi réagi en rendant hommage à "un combattant inlassable de la passation de mémoire". Georges Cukierman était membre fondateur et président du « Comité pour  la Mémoire des Enfants Déportés parce que nés Juifs », créé en 2001 par  son épouse Raymonde-Rebecca. Depuis la fin des années 1970, ils avaient  multiplié les rencontres avec des jeunes scolaires

Fontenay, hier. Raymonde-Rebecca et Georges Cukierman dans leur appartement où ils ont emménagé en 1976.  (LP/Laure Parny.)

Fontenay, hier. Raymonde-Rebecca et Georges Cukierman dans leur appartement où ils ont emménagé en 1976. (LP/Laure Parny.)

Article Le Parisien -

http://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/nous-avons-parle-resistance-et-deportation-a-13-000-eleves-23-03-2016-5651663.php?fbclid=IwAR3E6gD7jS5mIjtwAA-apvot33YVbAuWGIegNkUfSEwZkeQ6lYJrHyI8UkM

« Nous avons parlé Résistance et déportation à 13 000 élèves »

Raymonde-Rebecca et Georges Cukierman, honorés par la Ville ce soir

Elle ne peut évoquer le prénom de ses camarades juifs déportés le jour de la rafle du Vél d'Hiv sans revoir leurs visages le jour du départ vers les camps de la mort. Lui doit retenir ses larmes quand il évoque les riches échanges avec tous les écoliers du Val-de-Marne sur son rôle pendant la Résistance. C'est un couple extraordinaire qui se verra décerner ce soir la médaille de la ville de Fontenay pour avoir créé et animé le Comité pour la mémoire des enfants déportés parce que nés Juifs (CMEDJ). A 88 et 89 ans, Raymonde-Rebecca et Georges Cukierman ont mené une vie au service du souvenir.

Comment avez-vous vécu de 1939 à 1945 ?
RAYMONDE- REBECCA CUKIERMAN. J'ai quitté Paris seulement en 39, puis je suis revenue et j'y suis restée. Ma mère est morte pendant la guerre, mon père a été interné sur dénonciation, mes frères et soeurs étaient résistants. J'ai caché du monde chez moi. J'ai porté l'étoile jaune. J'ai surtout vu partir mes camarades d'école, le jour de la rafle du Vél d'Hiv, sans réaliser qu'ils ne reviendraient pas.
GEORGES. Dès 39, mon père nous a conduits dans la Creuse pour nous mettre à l'abri. Protégé par un proviseur de lycée, je l'ai suivi dans le Lot, où j'ai rejoint la Jeunesse communiste clandestine et combattu dès le 1er mai 1942. Je n'avais que 18 ans à la Libération.

Vous créez le premier comité pour la mémoire des enfants déportés...
R-R. C'était en 1976, on venait juste d'arriver à Fontenay. Avec mes camarades d'école de Paris, nous avons voulu rendre hommage à nos copains. L'action a pris de l'ampleur. Avec l'aide financière des maires, nous avons pu installer des plaques sur toutes les écoles parisiennes avec le nom de ceux qui avaient été raflés , organiser des rencontres sur ce thème.
G. Raymonde a été la première présidente du premier comité en mémoire des enfants. Elle est aussi officier des Palmes académiques. Ça ne se dit pas, mais c'est une grande dame !

Votre vie était pourtant déjà bien remplie...
G. Ça, c'est sûr (rires). Nous avions deux enfants chacun d'un premier mariage puis deux ensemble. Raymonde dirigeait un hôtel à Paris, j'étais ingénieur en construction de bâtiment. J'ai toujours été militant communiste, j'ai été le secrétaire de Joliot Curie à Antony (Hauts-de-Seine), j'ai travaillé avec Jacques Duclos à Montreuil et j'ai aidé Louis Bayeurte à devenir maire de Fontenay... Raymonde a même été conseillère municipale pendant dix-huit ans.

Pourquoi formez-vous un nouveau comité à Fontenay en 2001 ?
R-R. Celui de Paris tournait sans nous et nous voulions continuer cette action en faveur de la mémoire. Nous avons organisé des moments inoubliables avec tous les élèves de Fontenay réunis au stade pour un hommage, un concours de sculptures à la mémoire des enfants...

Vous êtes intervenus dans les collèges et lycées de 1977 à 2015...
G. Nous avons été à la rencontre, ensemble, de plus de 13 000 élèves de tout le Val-de-Marne ! Raymonde leur parlait des enfants déportés, moi de la Résistance et des raisons qui nous ont conduits à cette guerre. La fin de 39-45 ne signifie pas la fin du racisme. Nous avons fait tout ça pour ne pas oublier, mais aussi pour ne pas que ça recommence.

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 13:48

 

PCF - D'où vient la dégradation des services publics ?
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