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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 21:03
L'homme du jour. Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire: le flambeau de Manouchian (Audrey Loussouarn, L'Humanité, 22 février 2019)

L’homme du jour. Julien Lauprêtre Le flambeau de Manouchian

Vendredi, 22 Février, 2019

Soixante-quinze ans jour pour jour après l’exécution du groupe Manouchian au Mont-Valérien, le souvenir de ceux qu’il a côtoyés est encore vif pour Julien Lauprêtre, le président du Secours populaire français (SPF). À 16 ans, en 1942, celui-ci fonde avec deux copains une équipe de résistance. Ses actions le mèneront au 20 novembre 1943. Ce jour-là, il est cueilli par la police et enfermé dans une cellule, qu’il partage avec un homme. « J’avais seulement 17 ans. Quand il m’a regardé dans les yeux et m’a dit “je vais être fusillé mais toi, tu vas t’en sortir, il faudra continuer le combat”, ça a impacté ma vie. » Cet homme, c’était Missak Manouchian, mais il ne le saura que plus tard. Julien Lauprêtre se souvient d’un autre des membres de l’Affiche rouge, Thomas Elek, « un petit intellectuel, particulier dans le groupe » et fusillé à 19 ans. Il s’était engagé après s’être « fait insulter de “sale juif” au lycée », raconte le président du SPF, qui fait un parallèle avec les « attaques antisémites, racistes » qui surviennent encore aujourd’hui. Commémorer ceux qui ont « laissé leur peau pour la France » et leur « combat magnifique », c’est faire vivre ce « besoin de résister face à la haine de l’étranger ». Celui qui ne cesse d’alerter sur le « raz-de-marée de la misère » poursuit : « Ça me marque encore aujourd’hui. Au SPF, je m’efforce de mériter cette idée du dévouement. » Alors que « les attaques se multiplient sur la vie des Français », il s’agit, selon lui, de se rappeler « leur combat pour l’humanité ».

L'homme du jour. Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire: le flambeau de Manouchian (Audrey Loussouarn, L'Humanité, 22 février 2019)

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 20:53
Regis Debray, écrivain, philosophe, s'engage pour l'Humanité

"Parce qu’il en va, avec l’Humanité, du sort de l’exception française. Pardonnez le patriotisme du propos qui fut, après tout, celui des communards. Il s’agit de savoir si la France peut rester le pays en Europe où le Dictionnaire des idées reçues, partout dans l’Occident capitaliste, ne constitue pas une référence obligatoire ; le pays qui garde assez de mémoire, notamment d’un mouvement ouvrier enraciné dans la communauté nationale, pour pouvoir se donner un avenir digne de lui ; où un peuple peut encore se mettre en ordre de bataille sans céder à la violence bête ou au laisser-aller raciste ; où le monde à plusieurs voix du social-libéralisme n’a pas le monopole de la conversation. C’est cette possibilité de dissidence, tant culturelle que politique, qu’il s’agit à présent de sauvegarder, en quoi votre combat est celui de notre avenir à tous. À bientôt donc et haut les cœurs !"

Regis Debray, écrivain, philosophe, L'Humanité, 22 février

Regis Debray, écrivain, philosophe, s'engage pour l'Humanité

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 08:20
Un budget en baisse d'un milliard pour les personnes âgées, l'Elysée refuse de recevoir l'intersyndicale des EHPAD (L'Humanité, Jeudi 21 février)

L’Elysée refuse de recevoir l’intersyndicale des Ehpad

Jeudi, 21 Février, 2019
En s’invitant, jeudi 21 février, à l’Elysée, les représentants des organisations de salariés des Ehpad et des directeurs d’établissements n’imaginaient pas être éconduits sous le prétexte de la présence des caméras de France 3. 
Vous ou les caméras, en l’occurrence celles de France 3. C’est le marché que le service de sécurité de l’Elysée a proposé, jeudi 21 février, à l’intersyndicale des salariés des maisons de retraite et de l’aide à domicile (CGT, Force ouvrière, CFE-CGC, CFDT, CFTC, FSU, Solidaires, Fédération autonome, Ufas, Unsa) et des directeurs d’établissements (AD-PA). Ces derniers se sont rendus à l’Elysée dans l’espoir d’obtenir le rendez-vous avec Emmanuel Macon qu’ils demandent depuis plus d’un an. Ils comptaient également déposer quelque 30 000 motions et pétitions. « Non seulement l’Elysée ne veut pas nous recevoir, mais on refuse de prendre nos pétitions signées par des milliers de salariés, des familles et des personnes âgées », a protesté, pour l’intersyndicale, Pascal Champvert, le président de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées). Lequel a promis de revenir.
 
Un budget en baisse de plus d’un milliard
Dans un courrier adressé à Emmanuel Macron, les dix organisations syndicales et l'AD-PA regrettent que, malgré les annonces du gouvernement, rien n'a changé depuis plus d'un an « dans la plupart des établissements et dans les services d'aide à domicile ». En 2019, 20,8 milliards d’euros seront consacrés aux personnes âgées en perte d’autonomie et aux personnes handicapées. Un budget en baisse de plus d’un milliard. L’intersyndicale envisage une nouvelle journée de mobilisation en avril. « Rien ne changera sans le renforcement des effectifs et une augmentation des salaires », estime Malika Belarbi (CGT). En matière d’effectifs, les dix organisations syndicales de salariés continuent de revendiquer un ratio d’un salarié pour un résident en Ehpad.

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 08:19
Immigration. L’appel au secours des étrangers en rétention (L'Humanité, Emilien Urbach, 22 février 2019)

Immigration. L’appel au secours des étrangers en rétention

Vendredi, 22 Février, 2019

« Trois suicides en une semaine ! » C’est le SOS lancé par un Marocain depuis le centre de Coquelles. Un rapport dénonce l’absence d’accès aux soins des étrangers retenus.

C’est un véritable appel au secours, lancé de derrière les barbelés du centre de rétention administrative (CRA) de Coquelles (Pas-de-Calais), qu’a reçu, mardi soir, Laurent Caffier, militant solidaire des exilés dans le Calaisis. « Y a un Érythréen qui s’est suicidé. On ne sait pas s’il est mort ou non. C’est la troisième fois cette semaine. S’il vous plaît ! C’est un SOS ! » entend-on sur l’enregistrement audio qu’il a immédiatement fait parvenir à l’Humanité. « Il faut nous aider ! » lance une autre voix derrière celle du premier témoin.

Joint, mercredi, par téléphone, ce dernier se présente sous le prénom d’Ahmad, un immigré marocain enfermé depuis vingt-quatre jours. Il dit avoir été interpellé lors d’un contrôle d’identité. Sa situation administrative aurait basculé à la suite de son divorce d’avec sa femme française, il y a quelques années. Une véritable descente aux enfers. « J’avais une maison, un travail en CDI, raconte l’homme. À la suite de cette séparation, j’ai tout perdu. » Le voilà aujourd’hui passible d’expulsion vers un pays où il n’a plus aucune attache et retenu entre les murs de ce CRA, témoin abasourdi du sort réservé à ses semblables. « On n’a rien fait de mal ! clame-t-il. On est enfermés comme dans une prison. Mal logés, mal nourris, sans suivi médical. C’est grave ! »

Ahmad a tenté de dénoncer ce à quoi il assiste au sein du CRA en adressant un courrier à la Ligue des droits de l’homme. L’envoi lui a été refusé. Il nous a fait parvenir une photo du courrier. « Je vous informe d’une tentative de suicide, hier soir, à 8 h 30, à cause de la maltraitance au centre et des comportements abusifs envers des personnes qui n’ont commis aucune infraction pénale, peut-on lire dans cette lettre. J’estime que tout ce qui se passe ici est contraire à mes droits. »

« Je préférerais être en prison »

Ce mercredi matin, un autre retenu se présentant comme Farouk se saisit du téléphone d’Ahmad. « Je suis enfermé depuis quinze jours, indique l’homme d’origine algérienne. Ils m’ont emmené ici en pyjama et sans mes lunettes. Je n’ai aucun habit. J’ai assisté à plusieurs tentatives de suicide. Un homme a bu une bouteille de shampoing devant moi, hier, à la douche. Moi-même, j’ai des pensées suicidaires. On nous dit qu’on peut rester enfermés ici trois mois. J’ai une femme, une maison, ma mère vit en France. Je ne comprends pas ce que je fais ici. Je préférerais être en prison. Au moins, là-bas, tu sais quand tu sors. »

Que se passe-t-il derrière les murs de cette prison pour étrangers ? « Je n’ai pas le droit de vous répondre, indique l’infirmière présente mercredi au CRA. Contactez le chef de poste. » L’officier de la police aux frontières nous invite, pour sa part, à contacter sa hiérarchie : « Je ne peux pas vous donner les informations que vous demandez. » Le centre d’information et de commandement nous renvoie, à son tour, vers la préfecture. « Nous ne savons pas si nous pourrons répondre dans les délais, indique une dame au téléphone. Il faut que les informations que nous vous donnons soient validées par mes supérieurs. »

L’omerta sur les conditions dans lesquelles vivent Ahmad et Farouk et les drames auxquels ils disent avoir été confrontés est totale. Même chez France Terre d’asile (FTA), organisme chargé de l’accompagnement des retenus au sein du CRA de Coquelles, rien ne filtre. « Il faut contacter Paris », nous indique une des personnes de l’association présente sur place. « Le porte-parole de FTA ne souhaite pas commenter vos informations », nous répond le service de communication de la structure. La personne au bout du fil confirme toutefois avoir été informée de trois tentatives de suicide depuis dimanche. Elle s’autorise également à pointer l’absence d’accompagnement psychologique au sein des CRA et le facteur aggravant de la détresse psychique que constitue l’allongement de la durée de rétention, adopté par le législateur au début du mois d’août 2018.

Absence de psychologue

Des affirmations que confirme la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, qui a publié jeudi, au Journal Officiel, un nouvel avis relatif à la prise en charge sanitaire des personnes étrangères au sein des centres de rétention administrative. « Lors de la création des CRA en 1981, la durée d’enfermement ne pouvait dépasser 7 jours, rappelle l’ex-présidente du Syndicat de la magistrature. L’allongement de cette période, jusqu’à 90 jours aujourd’hui, rend de plus en plus vulnérables des personnes déjà fragilisées par une grande précarité du fait de leur situation administrative. »

Après avoir visité une soixantaine de CRA, Adeline Hazan dénonce l’absence de psychologue, de psychiatre et de garantie d’accès aux soins à l’entrée dans les centres et durant la période de rétention. « Dans un cas, nous avons même vu un policier chargé de filtrer les demandes de prise en charge médicale des retenus », assure-t-elle. Les étrangers enfermés dans les CRA « ne sont pas des délinquants, mais on les retient dans des lieux très carcéraux, dans lesquels l’hygiène et le confort sont inacceptables », pointe encore Adeline Hazan. Et d’ajouter à l’annonce des trois tentatives de suicide vraisemblablement survenues à Coquelles, cette semaine : « Les récentes grèves de la faim étaient déjà des actes de désespoir. »

Le cri de détresse lancé par Ahmad et Farouk pourrait bien n’être qu’une petite partie, rendue audible par l’attention de quelques militants solidaires, d’un grondement bien plus profond de tous ceux qu’on enferme pour n’être pas nés du bon côté de la frontière.

Émilien Urbach

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 05:53
Il y a danger et imposture à assimiler comme Macron antisionisme et antisémitisme

L'assimilation par Macron de l'antisionisme à l'antisémitisme, et même à la forme moderne d'antisémitisme, son annonce le 20 février 2019 au dîner du CRIF, une organisation communautaire française proche actuellement du Likoud israélien et de la politique de Netanyahou, d'un accord pour la définition de l'antisémitisme promue par "l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste", très proche des positions du gouvernement israélien, qui assimilerait critique de l’État d'Israël, antisionisme, et antisémitisme, ferait rentrer potentiellement sous le coup de la sanction de la loi contre ce racisme particulier, violent, tenace et dangereux qu'est l'antisémitisme des opinions exprimées contre Israël, nous semble particulièrement grave. 

Ce n'est pas nouveau chez Macron, il avait déjà tenu ce discours en juillet 2018 pour la commémoration des 75 ans de la Rafle du Vel d'Hiv en présence de Netanyahou, ainsi intronisé représentant des Juifs de France.

Dominique Vidal rappelait les mots de Macron en septembre 2018 pour une interview à Rouge Finistère, le journal de la fédération du PCF du Finistère:
 
"« Nous ne cèderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. »
C’était la première fois qu’un chef de l’État reprenait à son compte cet amalgame inacceptable entre une opinion parfaitement licite, qui conteste la réponse de Theodor Herzl à la « question juive », comme on disait à l’époque, et un délit, puni, comme toutes les formes de racisme, par les lois de la République. Ce faisant, il commettait à la fois une erreur historique et une faute politique."

Nous ne nions pas que certains courants antisionistes sont antisémites et sommes même très inquiets de voir que, sur les réseaux sociaux, dans la fachosphère, l'antisionisme peut être le prétexte et le maquillage de l'antisémitisme. 

Nous ne nions absolument pas la réalité et la gravité de l'antisémitisme, le nombre inquiétant de passages à l'acte antisémites (profanations, croix gammées, insultes, agressions, etc) venus de différents segments de la société française et des sociétés européennes.  Nous sommes révoltés par ces résurgences de la bête immonde, du racisme en général et de ce racisme avec des traits singuliers en particulier. En même temps, ce racisme particulier, plus ou moins affirmé et assumé, qu'est l'antisémitisme, n'a jamais vraiment disparu dans la société française, même s'il nous semble minoritaire. 

Mais comme l'écrit le MRAP dans un communiqué le 21 février:

 Si nous n'oublions pas " que certains courants antisionistes sont de fait antisémites… il appartient au juge de les sanctionner. Les lois actuelles le permettent. Il faut les appliquer avec détermination. Les tribunaux ne s’y trompent pas qui ont su reconnaître derrière certaines déclarations "antisionistes" la réalité de l’antisémitisme et les condamner. Mais au nom du sionisme d’autres courants politiques justifient une politique d’apartheid inscrite en 2018 dans la loi fondamentale en Israël. Critiquer la politique israélienne menée au nom du sionisme, condamner l’occupation et la colonisation des terres palestiniennes, réclamer l’application de sanctions devant le refus permanent des autorités israéliennes de respecter le droit international n’a rien à voir avec l’antisémitisme".

Le sionisme et l'antisionisme sont devenus des concepts flous, qu'il faudrait à notre sens d'ailleurs se dispenser d'employer rapidement pour bien savoir de quoi on parle.

Il y a des grandes différences entre le sionisme théorisé comme projet nationaliste d'une Terre et d'un État pour un Peuple en diaspora et souvent persécuté de Théodore Herzl, le "sionisme" mis en pratique par les Israéliens dans les années 40-50-60 comme volonté de défense, d'expansion, voir d'expulsion et de colonisation, des Israéliens face aux Palestiniens et aux Arabes, le sionisme fondée par la religion, le retour à la terre sacrée des Juifs ou la nécessité d'un grand Israël pour faire revenir le messie, le "sionisme" de l'Européen ou de l'Américain pro-israélien, celui de l'Israélien pour qui Israël est simplement une réalité fragile, une population de concitoyens, une patrie et un lieu de vie et de racines, qu'il faut défendre et protéger contre des menaces sérieuses.

Être sioniste, ce peut aujourd'hui être simplement attaché à l'existence et à la sauvegarde des intérêts essentiels du peuple israélien. Est-ce que cela veut dire vouloir prolonger la négation du droit à un État, à l'autodétermination des Palestiniens, le soutien à une politique coloniale, d'oppression, d'apartheid? Pas forcément. Ou disons du moins alors que le mot recouvre des réalités d'attitudes très différentes et contradictoires. Inclue t-on d'ailleurs dans Israël les Palestiniens, les non Juifs ou non, sachant que le projet sioniste originel est ambivalent sur l'inclusion des non-juifs dans la nation israélienne? 

Dans l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui, beaucoup de Juifs ont été antisionistes, en Europe, et même en Israël, avant 1948 par refus du communautarisme et du nationalisme fondée sur une communauté religieuse, par souci d'intégration dans une communauté nationale civique et plus large, pour des raisons religieuses, ou par internationalisme, universalisme, progressisme, et projet révolutionnaire à mettre en œuvre dans son pays. Avant la seconde guerre mondiale, on peut même dire que la majorité des Juifs d'Europe ne se retrouvaient pas dans l'idée que l'avenir du peuple juif se jouait en et par le "retour" en Palestine. Aujourd'hui encore, beaucoup de personnes de culture juive d'Israël, d'Europe ou d'Amérique condamnent avec une grande lucidité et vigueur la politique coloniale de l’État d'Israël, ses violations des droits de l'homme, son cynisme dans la violation des droits des Palestiniens. Sont-ils antisémites? Ce n'est pas sérieux de le prétendre. Comme ce n'est pas sérieux de prétendre que les militants qui combattent le racisme au quotidien, et parmi les racismes, cette forme particulière, insidieuse et trop tragiquement attestée dans l'histoire, sont "à demi antisémites", antisémites sans le savoir ou tout à fait antisémites, parce qu'ils déploient aussi une partie de leur activité militante à dénoncer les entorses au droit international et aux droits des peuples à disposer d'eux-mêmes de l’État israélien, la politique coloniale des gouvernements israéliens, l'emprisonnement des enfants, leur exécution, les massacres de manifestants désarmés à Gaza ou en Cisjordanie. Ce n'est évidemment pas un combat contre les Juifs mais pour des valeurs universelles, la paix, et pour l'avenir et l'intérêt des Israéliens eux-mêmes dans cette région. Des Israéliens de gauche, partisans de la Paix, lucides et courageux, l'ont compris eux aussi. 

A l'inverse, nous n'avons aucune leçon de lutte contre l'antisémitisme à recevoir des Netanyahou, Trump et consorts, de ceux qui soutiennent leur politique ici en France ou en Israël, dans la relation aux Palestiniens et au droit international. Netanyahou a pris des éléments d'extrême-droite, fascistes et racistes dans son gouvernement, capable des déclarations les plus odieuses et les plus menaçantes contre les Palestiniens. C'est Avigdor Lieberman, ministre de la défense de Netanyahou jusqu'en 2018, qui comparait le poète palestinien Mahmoud Darwich à Hitler, qui demandait la grâce pour Elor Azaria ce militaire israélien ayant abattu dans le dos un palestinien à Hébron, qui demandait le boycott des magasins et affaires tenus par des Arabes palestiniens en Israël, et tant d'autres politiques d'oppression et de ségrégation mises en pratique.  C'est Ayelet Shaket, ministre de la justice de Netanyahou qui en pleine guerre de Gaza en 2014 postait sur sa page Facebook où elle qualifiait les enfants des mères palestiniennes de "serpents" à éliminer:

«Ce sont tous des combattants ennemis, et leur sang devrait leur retomber sur la tête. Cela inclut également les mères de martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles devraient partir, tout comme les maisons dans lesquelles elles ont élevé les serpents. Sinon, d'autres petits serpents y seront éduqués»             

A l'inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem annexée, le 14 mai 2018, il y avait à côté de Benyamin Netanyahou les pasteurs évangéliques protestants américains John Hagee et Robert Jeffrees. Le premier, rappelle le journaliste Eric Alterman dans Le Monde Diplomatique de février 2019 ("A rebours de la politique proche-orientale de Donald Trump. Israël s'aliène les Juifs américains"), considère qu'Adolf Hitler était le "bras armé de Dieu"; le second estime que tous les Juifs sont destinés à l'enfer. L'un et l'autre animent le courant le plus favorable à Israël au sein de la société américaine: celui des chrétiens conservateurs sionistes". 

Ce n'est pas un micro-phénomène: Netanyahou était un des seuls chefs d’État présent à l'intronisation comme président du Brésil du militaire fasciste et raciste Bolsonaro, avec le Victor Orban, le chef de l'extrême-droite au pouvoir en Hongrie avec qui Netanyahou entretient les meilleures relations comme avec l'ensemble du groupe de Visegrad dominée par l'extrême-droite. 

Cela peut paraître étonnant mais, on le sait notamment depuis l'ancien homme de Vichy antisémite Tixier-Vignancour, l'extrême-droite antisémite peut soutenir très chaleureusement le projet national israélien, jusque dans ses dimensions les plus impérialistes et colonialistes, parce qu'il procède d'une politique nationaliste de la force et de la volonté de puissance, parce qu'il tient en respect, mate ou opprime une autre catégorie détestée, les arabes et/ou les musulmans, parce qu'ils préfèrent savoir les Juifs en Israël qu'en Europe ou aux États-Unis et sont ennemis du métissage. Inversement, Netanyahou peut voir un reflet de son propre nationalisme affairiste à dimension raciste dans ces dirigeants d'extrême-droite, y compris Trump. 

Donc l'équivalence antisionisme-antisémitisme est très approximative, relève même de la part de Macron et du CRIF d'une forme de terrorisme intellectuel ( "tu ne critiqueras pas la politique de l’État israélien car sinon tu es un antisémitisme" ) qui fragilise objectivement l'efficacité de la lutte contre l'antisémitisme, instrumentalisée pour soutenir la politique de la droite et de l'extrême-droite israélienne, alors que cette lutte contre l'antisémitisme s'accommode mal d'un statut d'exception pour l’État d'Israël et d'un engluement dans l'occupation, la ségrégation, l'humiliation et la répression des Palestiniens incapable de préparer une coexistence pacifique durable. 

L'offensive contre la critique de la politique coloniale israélienne et l'action de solidarité internationale pour le droit des Palestiniens a commencé avec la criminalisation par Michèle Alliot-Marie en 2010 de BDS, la campagne prenant le modèle de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud Boycott Désinvestissement Sanction, soutenue des juifs israéliens progressistes et anti-colonialistes, sous prétexte que BDS serait d'essence "antisémite", directive de la ministre de la justice Alliot-Marie qui Christiane Taubira n'a pas retirée.

Pour ma part, je trouve que ça n'a pas de sens aujourd'hui, et que c'est même dangereux, de remettre en cause l'existence de l’État d'Israël, la présence juive en Israël, même si l'on peut discuter des fondements religieux voire "raciaux" de cet État, et je comprends l'attachement affectif et symbolique de beaucoup de personnes d'origine juive à Israël, c'est normal au vu de l'histoire, des liens familiaux. L'antisionisme radical qui remettrait en question l'existence même de l'Etat d'Israël et du peuple israélien, qui existe maintenant depuis plusieurs générations et plus de 70 ans, ne me semble donc pas légitime, même si au départ ce pouvait être une opinion tout à fait soutenable, notamment du point de vue des Palestiniens et du point de vue du refus du colonialisme. On ne peut pas nier le droit à l'existence des Israéliens, mais on ne peut pas nier non plus le droit à l'existence, à l'égalité des droits, à la paix, à la liberté et à la sécurité, à l'auto-détermination, des Palestiniens, et c'est pourtant ce que les zélés défenseurs de la politique de Netanyahou et des gouvernements israéliens font.    

N'oublions pas que de grands intellectuels ou dirigeants politiques de gauche en Israël, même sionistes modérés comme Zeev Sternhell, Avraham Burg, ancien président travailliste de la Knesset, et bien d'autres encore, alertent sur l'évolution de la vie politique et sociale israélienne, gangrénée par l'occupation et le projet colonial, vers une forme de racisme d’État et de remise en cause des libertés et de l'égalité des droits.

cf.

Zeev Sternhell, historien israélien de gauche : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts »

Cela devrait aussi nous interroger. 

Nous sommes aussi indignés de voir que dans certains discours politiques et médiatiques les Français d'origine arabe ou de culture plus ou moins musulmane sont soupçonnés en bloc, majoritairement ou très fortement d'être tentés et séduits par l'antisémitisme, a fortiori s'ils ressentent comme une injustice flagrante la politique de l’État d'Israël vis-à-vis des Palestiniens et l'impunité dont elle bénéfice. Ce discours qui oppose des parties de la population française entre elles, qui voudraient mettre à la marge de la République et de ses valeurs une partie de la population française, en vertu de son origine, a des dimensions fantasmatiques, xénophobes, et est tout sauf une garantie d'unité nationale et républicaine. Là, des gens comme Emmanuel Valls jouent carrément avec le feu!

Nous sommes scandalisés d'entendre les couplets sur le prétendu "antisémitisme" latent des critiques de la politique israélienne venues de la gauche qui défend le droit international et les intérêts du peuple palestinien par souci de justice et anti-colonialisme, Parti communiste, France Insoumise, NPA, EELV ou autres.

Pour ce qui est du Parti Communiste, qui depuis le début de son histoire a toujours combattu toutes les formes de racisme, y compris dans le colonialisme, qui a toujours combattu aussi les idées d'extrême-droite et antisémites, y compris en payant le prix du sang pendant la seconde guerre mondiale, qui a compté énormément de militants résistants, de militants et de dirigeants d'origine juive, ce discours est particulièrement mensonger, insultant et malhonnête et renvoie à une dangereuse confusion des rôles et des valeurs qui ne sert pas elle aussi la cause de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme.     

Ismaël Dupont  

 

   

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 20:47

UBS : une condamnation à la hauteur et un appel à renforcer la lutte contre la fraude fiscale (Fabien Roussel)

 

Enfin ! Reconnue coupable de « blanchiment aggravé de fraude fiscale » et de « démarchage bancaire illégal », la banque suisse a été condamnée ce mercredi par le tribunal correctionnel de Paris à une amende record de 3,7 milliards d’euros. Je veux d’abord saluer le courage des lanceurs d’alerte qui ont su résister aux pressions et menaces de toutes sortes, y compris contre leur vie, pour permettre la mise à jour de ces pratiques indécentes.  Je veux aussi souligner le rôle important de la presse, qui a su enquêter et révéler cette affaire au public.

Mais il faut aller plus loin. Tant que l’on ne mettra pas en place des règles claires pour les contrer, les affaires d’évasion fiscale continueront de prospérer encore longtemps. C’est pourquoi il est urgent d’agir, au niveau européen mais aussi national, pour mettre fin à un système qui prive nos budgets de recettes fiscales indispensables pour financer les politiques publiques.

Adoptons sans attendre, comme je l’ai proposé à l’Assemblée, une liste noire crédible des paradis fiscaux, en lieu et place de l’actuelle, où ne figurent ni la Suisse, ni l’Irlande, ni les Pays-Bas, ni le Luxembourg, ni aucun des cadors de la triche mondiale. Et mettons en place l’imposition à la source des bénéfices des multinationales au lieu d’attendre, comme maintenant, qu’ils soient transférés vers des pays champions du dumping fiscal.


L’exigence de transparence et de justice fiscale monte de toute part, pas seulement en France. C’est aux Etats d’y répondre en priorité, et non aux seuls lanceurs d’alerte et à la justice. 

 

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord

Paris, le 20 février 2019.

UBS : une condamnation à la hauteur et un appel à renforcer la lutte contre la fraude fiscale (Fabien Roussel)

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 18:29
Escalade répressive, aspirations démocratiques - Des violences policières aux violences judiciaires, par Raphaël Kempf, Le Monde Diplomatique, février 2019

Escalade répressive, aspirations démocratiques

Des violences policières aux violences judiciaires

Débordé par un mouvement social inédit, le gouvernement français s’est lancé dans une surenchère législative, au risque d’entraver la liberté de manifester. Entretenant un rapport cynique avec la violence, il enjoint à tous de la condamner, sauf quand elle relève de sa responsabilité. À défaut d’issue politique, il joue le pourrissement et engage une répression sans précédent depuis les années 1960.

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 18:22
Recomposition politique et sociale - Lutte de classes en France - par Serge Halimi et Pierre Rimbert, Le Monde Diplomatique, février 2019

Recomposition politique et sociale

Lutte de classes en France

Au mouvement des « gilets jaunes » le chef de l’État français a répondu en lançant un « grand débat national ». Ce genre d’exercice postule que les conflits sociaux s’expliquent par des problèmes de communication entre le pouvoir et ses opposants, plutôt que par des antagonismes fondamentaux. Une hypothèse hasardeuse…

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 18:15

Institutions. Quand le Sénat atteint l’Élysée en visant Benalla

Jeudi, 21 Février, 2019

Le rapport de la commission d’enquête est sévère pour la présidence, dépeinte comme dépassée par les événements et en proie à de récurrents dysfonctionnements.

Comment « tout se déglingue ». On n’attend pas ce genre de langage familier au Sénat, ­surtout pas dans la bouche du ­sénateur Jean-Pierre Sueur (PS). Onctueux, le phrasé soigné, le corapporteur, avec Muriel Jourda (LR), de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla a, en toute fin de présentation, lâché ce verbe. À l’heure de remettre son rapport, la commission des Lois du Sénat a demandé hier des poursuites contre l’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, mais aussi la saisine de la justice sur les déclarations des principaux collaborateurs du président. En raison des « dysfonctionnements majeurs » que la commission dit avoir mis au jour, les membres de la commission présidée par Philippe Bas (LR) demandent de saisir le parquet « des déclarations » d’Alexandre Benalla et de son comparse Vincent Crase. Ils soupçonnent un « faux témoignage » d’Alexandre Benalla sur le « périmètre de ses fonctions » à l’Élysée et « son rôle dans le dispositif de sécurité du chef de l’État », mais aussi sur l’utilisation de ses passeports diplomatiques. « L’Élysée nous a d’abord présenté Benalla comme un bon élément, puis, au fil de révélations dans la presse, comme un individu isolé, explique la sénatrice Muriel Jourda. En réalité, il évoluait dans un système dont les dysfonctionnements ont affecté la sécurité du chef de l’État. » Les sénateurs doutent même de l’effectivité des sanctions prises à l’encontre du chargé de mission après l’épisode du 1er Mai. Pas de retenue de salaire, mais sur ses droits à congés, seulement. Il peut le jour même renouveler son passeport diplomatique, obtenir un logement de fonction, et sa relégation à des tâches d’organisation connaît de sacrées entorses : il est de la panthéonisation de Simone Veil, du défilé du 14 Juillet, de la descente des Champs des Bleus le 16, et des déplacements privés du couple présidentiel, soulignent les rapporteurs.

Saisir la justice pour vérifier « un certain nombre d’omissions »

Le rapport de la commission d’enquête après six mois de travaux et 40 personnes entendues au cours de 34 auditions, parfois accablant pour l’Élysée, dessine un palais où « chacun se défausse sur l’autre de la responsabilité ». Il comporte aussi plusieurs révélations. C’est notamment pour avoir, déjà, demandé en vain un permis de port d’armes que Benalla s’est fait licencier par le ministre Arnaud Montebourg. Toujours soucieux de l’obtenir une fois à l’Élysée, Benalla rédige lui-même un argumentaire à destination de sa hiérarchie, envisageant même, en cas d’échec des voies normales, que le président prenne un… « arrêté confidentiel » pour le lui accorder.

Au centre de l’affaire la plus retentissante depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, Benalla et son associé Vincent Crase, ex-employé de la République en marche, ont dormi en prison mardi soir, après la révocation de leur contrôle judiciaire. Les deux sont en outre soupçonnés d’avoir menti au sujet du contrat de ­sécurité privée pour le compte du Russe Iskander Makhmudov, alors que les révélations du site Mediapart, peut-on lire dans la lettre que les rapporteurs adressent au président du Sénat pour les suites judiciaires, laissent supposer « l’implication de M. Alexandre Benalla dans la négociation dudit contrat alors que ce dernier était encore en fonction à l’Élysée ». Contrat qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête récente du parquet national financier.

Tout aussi explosif pour Emmanuel ­Macron, les commissaires demandent au bureau du Sénat de saisir la justice pour vérifier « un certain nombre d’omissions, d’incohérences et de contradictions » relevées lors des auditions des plus hauts collaborateurs du chef de l’État. Sont nommés le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, et le chef de cabinet Patrick Strzoda, mais aussi le chef du groupe de sécurité de la présidence, le général Lionel Lavergne, soupçonnés d’avoir « retenu une part significative de la vérité » lors de leurs auditions. D’autres, non encore entendus, insistent les rapporteurs, pourraient faire l’objet d’enquêtes.

Le faux témoignage sous serment passible d’emprisonnement

La décision finale de saisir ou non la justice reviendra au bureau du Sénat, un organe où tous les groupes sont représentés. Le faux témoignage sous serment devant une commission d’enquête parlementaire est puni de cinq, voire sept ans d’emprisonnement, rappelle la commission. « Cela fait tout de même beaucoup, si bien que les faits constatés le 1er Mai apparaissent maintenant comme la partie émergée d’un iceberg », résume encore Philippe Bas. Le président de la commission des Lois liste notamment des « sanctions insuffisantes au départ, une justice tenue à l’écart, un permis de port d’armes irrégulier, un port d’une arme par Alexandre Benalla en présence du président de la République ». Mais aussi « non-respect des règles de déontologie sur les conflits d’intérêt, maintien en possession de M. Benalla d’un téléphone crypté, de passeports diplomatiques ou de service qui n’ont pas été récupérés, absence d’instructions données à la police aux frontières de ne pas permettre à M. Benalla de sortir au moyen de ses passeports diplomatiques ou de service ».

Comment « tout se déglingue » ne répond pas à la question pourquoi. Là, pourtant, Jean-Pierre Sueur revient sur l’extrême mansuétude dont a bénéficié l’ex-chargé de mission, dépeint comme autorité que personne ne peut contester à l’intérieur même de l’Élysée. Le genre de propos qui n’éteindra pas de sitôt la rumeur d’une protection venue du chef de l’État en personne.

Lionel Venturini
Institutions. Quand le Sénat atteint l’Élysée en visant Benalla (L'Humanité, Lionel Venturini, 21 février 2019)

Alexandre Benalla: nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat - Fabien Roussel, sécrétaire national du PCF

Nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat (Fabien Roussel)

Faux témoignages, parjures, port d'armes, conflits d'intérêt, fébrilité de l'exécutif, absence de sanctions... Le rapport de la commission d'enquête de Sénat est accablant. La totale impunité dont Benalla et ses compères ont bénéficié est démontrée. Nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat.

L'affaire Benalla révèle de graves dysfonctionnements au plus haut sommet de l'Etat. Elle met en cause Benalla mais aussi de nombreux membres des cabinets de l'Elysée et de Matignon.

Il y a encore beaucoup de zones d'ombre et la justice doit être saisie en urgence pour faire toute la lumière sur cette affaire et pour que des sanctions fermes soient prises à l'encontre de ceux qui ont mis en cause nos institutions.

Cette affaire met en évidence les abus de pouvoirs de collaborateurs de la Présidence et les conflits d'intérêts avec des puissances étrangères.

Heureusement que le Parlement et particulièrement le Sénat a pu mener cette enquête poussée, malgré les pressions. Cela conforte encore plus le rôle des parlementaires dans leur diversité pour qu'ils puissent exercer le contrôle strict de nos institutions.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord

 

Paris, le 20 février 2019.

 

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 18:13
Il y a 75 ans, le 21 février 1944, les nazis exécutent 23 francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée

21 février 1944, les nazis exécutent 23 francs-tireurs et partisans de la main d’œuvre immigrée:

Celestino Alfonso, Espagnol, 27 ans
Olga Bancic, Roumaine, 32 ans (seule femme du groupe, décapitée en Allemagne le 10 mai 1944)
József Boczor, Hongrois, 38 ans, 
Georges Cloarec, Français, 20 ans
Rino Della Negra, Italien, 19 ans
Elek Tamás, Hongrois, 18 ans
Maurice Fingercwajg, Polonais, 19 ans
Spartaco Fontano, Italien, 22 ans
Jonas Geduldig, Polonais, 26 ans
Emeric Glasz, Hongrois, 42 ans
Léon Goldberg, Polonais, 19 ans
Szlama Grzywacz, Polonais, 34 ans
Stanislas Kubacki, Polonais, 36 ans
Cesare Luccarini, Italien, 22 ans
Missak Manouchian, Arménien, 37 ans
Armenak Arpen Manoukian, Arménien, 44 ans
Marcel Rajman, Polonais, 21 ans
Roger Rouxel, Français, 18 ans
Antoine Salvadori, Italien, 24 ans
Willy Schapiro, Polonais, 29 ans
Amédéo Usséglio, Italien, 32 ans
Wolf Wajsbrot, Polonais, 18 ans
Robert Witchitz, Français, 19 ans

" Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant » Il y a soixante-treize ans, le 21 février 1944, les nazis exécutaient au Mont-Valérien les héros de l'Affiche rouge".
" Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après-midi à 15 heures (...). Tout est confus en moi et bien clair en même temps. " Missak Manouchian.}
« Les avis placardés sur les murs prenaient, dans l'ombre, un ton blême. C'était l'hiver et déjà, dans le pré-verdict d'une guerre qui commençait à basculer sur le front de l'Est où les armées nazies craquaient sous la pression de l'armée soviétique, la France, elle, assommée par les " couvre-feux " et la répression, commençait à ne plus être la même. Chaque jour plus efficace, l'armée des ombres occupait ce pays occupé et préparait, de l'intérieur, ce débarquement qui, tôt ou tard, viendrait. Dans Paris, la tête de guingois et les yeux parfois révulsés, les passants regardaient, placardée sur les murs, la propagande s'exhiber. Notamment une. Tristement célèbre, glauque. Surtout la nuit, plus sombre encore qu'à la lumière. Sombre à jamais. Mais symbolique pour toujours. On l'appelait " l'Affiche rouge " et elle s'appellera toujours ainsi.
Pour les générations d'après-guerre}}, ils furent un poème d'Aragon, puis une chanson, quand Ferré y mit une musique. Pour les contemporains de la guerre, ils furent d'abord dix visages sur une affiche qui disait dans toute la France à la fin février 1944 : " Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime ! " Dix jeunes hommes inconnus que le propagandiste en chef s'appliquait à montrer étrangers, juifs surtout, mais aussi espagnol ou italien, arménien comme leur chef, Manouchian, poète à ses heures. Tous communistes. Les nazis, ici, en quelque sorte, ne mentaient pas : car la Résistance armée à Paris et dans la région parisienne, c'était eux, pas seulement eux, étrangers et Français s'y côtoyaient, avec leurs camarades, et formaient un tiers des effectifs des Francs-tireurs et partisans de la main-d'ouvre immigrée. Eux disparus, massacrés, les FTP-MOI étaient en partie démantelés.
L'Affiche rouge n'en présentait que dix, mais le " tribunal militaire allemand ", jugeant pour la première fois des francs-tireurs en audience publique, les 17 et 18 février 1944, en avait condamné à mort vingt-trois. Vingt-deux furent exécutés au Mont-Valérien, le 21 février. À 15 heures. La vingt-troisième était une femme, la Roumaine Olga Bancic, et parce qu'elle était une femme elle n'eut pas les " honneurs " de l'exécution avec ses camarades, indigne de mourir avec eux debout face à la mitraille des bourreaux. Envoyée à Stuttgart, " jugée ", elle fut décapitée à la hache le 10 mai - jour de son anniversaire. La veille, elle avait été de nouveau torturée.
" Je ne suis qu'un soldat qui meurt pour la France. Je vous demande beaucoup de courage comme j'en ai moi-même : ma main ne tremble pas, je sais pourquoi je meurs et j'en suis très fier " Celestino Alfonso.
Torturés, bien sûr, ils l'avaient tous été. Plusieurs mois durant. Et sur cette Affiche rouge, c'est aussi cela que des Français lisaient dans leurs traits ravagés. La haine exprimée, on la retrouve aussi dans les propos du colonel allemand qui présidaient la cour martiale. Il justifiait ainsi les condamnations : " De quels milieux ces terroristes sont-ils issus ? Dans la plupart des cas, ce sont des juifs ou des communistes qui sont à la tête de ces organisations (...). Leur but étant l'avènement du bolchevisme international, le sort de la France et des Français ne les intéresse pas "
Qui étaient-ils vraiment, ces " étrangers, comme on les nomme encore ", " ces étrangers d'ici qui choisirent le feu ", comme l'écrivit Paul Eluard, ces " vingt et trois étrangers et nos frères pourtant ", comme les immortalisa Louis Aragon ? Ces héros appartenaient aux détachements de FTP d'immigrés de la région parisienne, dont la direction avait été confiée à Manouchian par la haut commandement des Francs-tireurs et partisans français depuis deux ans. Or, les " prouesses " de cette armée dépassaient infiniment celles que le réquisitoire avait découvertes. Sauf qu'ils n'avaient jamais travaillé en " groupe de vingt-trois ". Répartis en unités de trois ou cinq combattants, selon les méthodes générales édictées par les FTP, reliés à un seul supérieur hiérarchique, selon un cloisonnement strict exigé par les règles de sécurité de l'action clandestine. Sur certains points, les Allemands disaient juste : Joseph Boczov, ingénieur chimiste et ancien volontaire des Brigades internationales en Espagne, était bien le concepteur des techniques de déraillement ou destruction par explosif d'éléments stratégiques qui délabraient les convois SS. Et Spartaco Fontano était bien communiste : mais ils l'étaient tous. Notamment Missak (Michel) Manouchian, avant-guerre secrétaire du comité de secours pour l'Arménie soviétique, rédacteur en chef du journal Zangou destiné aux immigrés de son pays. Les " juges " ignoraient que le jeune Thomas Elek avait, aussi, incendié seul et en plein jour une librairie allemande, boulevard Saint-Michel. Ils ne savaient pas non plus que Alfonso, Fontano et Marcel Rayman étaient les auteurs de l'attentat ayant pulvérisé, le 28 juillet 1943, la voiture bourrée d'officiers supérieurs du commandant du " Gross Paris ".
" Que veux-tu que je te dise, ma chérie ; il faut bien mourir un jour. Je t'ai beaucoup aimée, mais il ne faut pas pour cela oublier que ta vie continue, à toi (...). La vie sera meilleure pour vous " Léon Goldberg.
Qui étaient-ils ? Des " étrangers " qui, lorsque leur patrie avait été ravagée et meurtrie par les ennemis de la liberté et de la dignité humaine, étaient venus en France, auréolée du prestige des Lumières, de la Révolution et de la Déclaration des droits de l'homme. Un refuge. Une lucarne dans la nuit du fascisme triomphant, croyaient-ils. Dans les années trente, environ trois millions de travailleurs immigrés rejoignent la France, chassés par la misère et/ou par la répression raciale et politique. Il importe d'autant plus d'organiser leur défense, d'appeler à la solidarité, que des campagnes xénophobes se développent, accusant les étrangers d'être responsables du chômage. À son 3e Congrès, en janvier 1924, le Parti communiste français appelle à " organiser politiquement et syndicalement les masses de travailleurs de langue étrangère. Politiquement, les prolétaires immigrés doivent être organisés en groupe de langue étrangère ". Il sera précisé deux années plus tard que les immigrés s'organisent essentiellement sur leurs lieux de travail, dans les entreprises, sans distinction de nationalité, tout en participant à ces groupes de langue rassemblés en une commission centrale de main-d'œuvre étrangère (MOE) qui deviendra rapidement la célèbre MOI (Main-d'œuvre immigrée).
{{Dès le début de la guerre, ceux-ci s'engagent}} dans le combat. Sans restriction. Cent trente-deux mille se portent volontaires et des dizaines de milliers se battent dans les Ardennes, sur la Somme, sur la Loire. Parmi eux, un grand nombre ont déjà participé aux Brigades internationales en Espagne : on les retrouvera dans les premiers groupes clandestins formés par le Parti communiste. Le sang-froid de ces hommes, exceptionnel(s), recouvrait une disponibilité de cour non moins remarquable. Implacables face à l'ennemi en uniforme et non contre le peuple allemand, le récit de quelques-uns de leurs faits d'arme démontre combien ils étaient " économes " en vies humaines. Et avaient une conscience sociale affirmée. L'Espagnol Celestino Alfonso, ancien lieutenant de l'armée républicaine de son pays, déclara : " J'estime que tout ouvrier conscient doit, où qu'il soit, défendre sa classe. " Les rafles antisémites vont également faire affluer dans leurs rangs de jeunes communistes juifs déterminés, dont les familles ont été décimées ou le seront.
" Excuse-moi de ne pas t'écrire plus longuement, mais nous sommes tous tellement joyeux que cela m'est impossible quand je pense à la peine que tu ressens (...). Ton Marcel qui t'adore et qui pensera à toi à la dernière minute "Marcel Rayman ».
Au cours de l'année 1943, les actions des résistants se multiplient. Les polices allemandes, aidées par les services de Vichy, la Milice, unissent leurs efforts pour les traquer. Le président de la cour martiale, à propos du groupe Manouchian, affirma d'ailleurs : " Les services de surveillance allemands ont fait un travail admirable. C'est un grand succès d'avoir mis hors d'état de nuire un groupe particulièrement dangereux. " " Il faut dire aussi que la police française a fait preuve d'un grand dévouement ", ajouta-t-il, avant de rendre hommage à Joseph Darnand, " particulièrement résolu à combattre aux côtés des Allemands ", ainsi qu'à ses miliciens.
On le sait mieux aujourd'hui, l'arrestation des FTP-MOI de la région parisienne fut le fait, notamment, des inspecteurs des Renseignements généraux (une centaine sont sur le " coup " en permanence), fer de lance avant-guerre de la lutte anticommuniste. On comprend mieux les ressorts et la mécanique de la traque, laissant des hommes en liberté ici, pour mieux les " loger " ensuite, en arrêtant immédiatement d'autres là, pour couper des réseaux déjà identifiés, désignant les Résistants, dans les rapports, sous le nom de la rue ou de la station de métro où ils furent aperçus la première fois. Ainsi, Manouchian est " Bourg ", Epstein est " Meriel ". Boczov, lui, chef du réseau de sabotage, devient " Ivry ".
Pour la police française, ils deviennent l'un des objectifs primordiaux. De proche en proche, en s'intéressant d'abord aux organisations étrangères non armées, par un tissu de patientes filatures ensuite, enfin par le chantage et la torture, la " police " sera en mesure de mettre la main sur la quasi-totalité du réseau.
Le 16 novembre, le groupe et celui qui en a pris}} la tête, Manouchian, sont arrêtés. Sur les 35 personnes " repérées ", cinq seulement pourront s'échapper. Après Epstein, 40 résistants sont arrêtés, dont 29 seront fusillés. Chef de tous les FTP de la région, Joseph Epstein, le célèbre " colonel Gilles ", sera torturé et ne livrera à ses bourreaux pas même son nom ! .
" Jusqu'au dernier moment, je me conduirai... comme il convient à un ouvrier juif. Je vais mourir, mais ne m'oublie jamais et, quand tu en auras la possibilité, si quelqu'un de ma famille vit encore, raconte-lui " Szlomo Grzywacz.
Ils furent dix visages montrés sur une affiche... Puis, comme s'il voulait contrer un antisémitisme stalinien d'après-guerre qui, parfois, pesa sur la reconnaissance du rôle de la FTP-MOI, Aragon mit des mots sur ces visages, pour l'éternité... Puis cette poésie devint chanson... Mais en 1985, une sinistre polémique visait à démontrer que le réseau fut livré par le Parti communiste lui-même, " sacrifiant des troupes devenues encombrantes ". Ignoble tentative, qu'on croyait enterrée. Erreur. Cette semaine, sur Arte, sans débat ni information préalable aux téléspectateurs, le documentaire Des terroristes à la retraite, certes dans une version raccourcie de 12 minutes, a été rediffusé. Il comporte des témoignages émouvants et précieux de résistants survivants, immigrés et juifs, mais il se livre, une nouvelle fois, à une manipulation historique. On connaît la thèse : Philippe Ganier Raymond et l'historien Stéphane Courtois avancent l'idée selon laquelle la direction clandestine du Parti communiste aurait abandonné, voire sacrifié les 23. Voilà l'" hommage " de la télévision aux soixantième anniversaire d'un engagement jusqu'au sang versé, pour la liberté de la France !.
Interrogé par le regretté Philippe Rochette, dans Libération du 21 février 1994, Denis Peschanski analysait : " Je vois quelques raisons au démantèlement. D'abord, les énormes moyens déployés par la police française. Il y a ensuite l'imprudence de jeunes gens : le fait par exemple de déjeuner tous les jours au même endroit, qui permet, après l'échec d'une filature, de retrouver les gens le lendemain à midi. Puis le fait d'avoir fait parler un responsable va permettre de mettre des noms sur un organigramme déjà largement reconstitué. Les FTP-MOI étaient des militants conscients, qui auraient pu se mettre au vert s'ils l'avaient désiré. " Car au printemps 1944, effectivement, d'autres réseaux tombent en France, à Nantes, à Bordeaux. Partout la Milice, qui sent la guerre " tourner " sur le front de l'Est et s'attend au débarquement, flingue à tout va. Des fusillés parmi d'autres, dont plus de 1 000 au Mont-Valérien, auxquels le plasticien Pascal Convert a rendu leurs noms sur une ouvre, une cloche de bronze, exposée dans la clairière, comme le souhaitait Robert Badinter. L'artiste en a tiré un documentaire, Mont-Valérien, aux noms des fusillés, diffusé sur la chaîne Histoire mais que certains ont voulu faire déprogrammer. Ce film est une merveille. Et on ne le montre pas sur une chaîne hertzienne...
" Je t'écris une première et dernière lettre qui n'est pas très gaie : je t'annonce ma condamnation à mort et mon exécution pour cet après-midi à 15 heures, avec plusieurs de mes camarades (...). Je meurs courageusement et en patriote pour mon pays (...). Je te souhaite d'être heureuse, car tu le mérites ; choisis un homme bon, honnête et qui saura te rendre heureuse (...). Vive la France ! " Roger Rouxelle (*).
Février 1944. Face à la mort, par-delà le néant et le temps, le groupe Manouchian tombe mais sa signature, dans le sang, scelle une invulnérable idée de la France. L'Affiche rouge nazie tente de semer la division en appelant au racisme et à la xénophobie. L'inverse se produit. Des inscriptions anonymes fleurissent : " Morts pour la France ". Leur massacre n'arrête pas les combats. Des compagnies poursuivent leur activité en région parisienne et plusieurs milliers de combattants seront sur les barricades du mois d'août, poursuivant jusqu'à la Libération l'ouvre entreprise par les martyrs du Mont-Valérien - et de partout. »
Jean-Emmanuel Ducoin.

Le 21 février 1944, Missak Manouchian et 22 membres de son groupe de FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - Main d'œuvre immigrée) étaient fusillés par les nazis au Mont-Valérien.

Missak Manouchian

Résistant mort pour la France

Orphelin du génocide arménien, ouvrier et poète, cofondateur de revues littéraires, le futur symbole de la lutte armée contre l'occupant n'avait aucun goût pour les armes.

Figure emblématique de la résistance française, Missak Manouchian était un rescapé du génocide de 1915. Ce fils de paysans né en 1906 à Adiyaman, dans l'Empire ottoman, a 9 ans quand son père est assassiné par les soldats turcs. Sa mère échappe au massacre et parvient à cacher ses deux fils, mais les villages arméniens sont isolés par l'armée. Elle meurt de la famine provoquée par l'armée turque.

Missak et son frère Karabet sont recueillis par des paysans kurdes qui les abritent jusqu'à la fin de la guerre. En 1918, la communauté arménienne organise la récupération des enfants rescapés depuis la Syrie, placée sous contrôle français. Les frères Manouchian sont accueillis dans un orphelinat de Jounieh, au Liban, où Missak apprend le métier de menuisier tout en étudiant la littérature arménienne.

Les deux frères débarquent à Marseille en 1925. Ils vivent d'abord à la Seyne-sur-Mer, près de Toulon, où Missak gagne péniblement sa vie comme menuisier. Karabet tombe malade, en un temps où il n'existe aucune forme de protection sociale. Ils décident alors de monter à Paris, où Missak trouve un emploi d'ouvrier tourneur chez Citröen. Mais la maladie emporte Karabet en 1927. Seul à Paris, Missak Manouchian fréquente la communauté arménienne, s'intéressant plus à l'activité culturelle qu'à la politique. Il s'inscrit à la Sorbonne en auditeur libre et se passionne pour la poésie française, en cette époque d'effervescence poétique marquée par le surréalisme. Il écrit articles et poèmes et participe à la fondation de deux revues littéraires arméniennes.

Les conséquences de la crise de 1929 provoquent une vague de licenciements chez Citröen, et Manouchian se retrouve au chômage au début des années 1930. Il vit de petits métiers dont celui de modèle pour un sculpteur. Hitler s'empare du pouvoir en Allemagne et Missak ne peut être indifférent à la violence qui s'exprime tant dans les discours du Fürher que dans les manifestations des foules fanatisées. Quand cette violence gagne Paris, quand les ligues fascistes marchent sur le Palais Bourbon, le 6 février 1934, il veut agir.

Il adhère au Parti Communiste, répondant à l'appel à l'unité d'action contre le fascisme. Cette date d'adhésion n'est pas sans signification. Manouchian ne semblait jusque-là guère porté sur le mode d'organisation quasi militaire et moins encore sur le sectarisme bolchevik.

Mais en 1934, le PCF tire les leçons de la tragédie allemande : il veut rompre l'isolement et construire un front unique contre le fascisme. Missak Manouchian devient communiste pour conjurer la répétition du génocide, sur d'autres, clairement désignés par les discours exterminateurs d'Adolf Hitler. Pour le PCF, ce n'est pas une recrue ordinaire. Sa participation aux revues arméniennes lui vaut une certaine notoriété dans la communauté. Il est donc tout désigné pour animer le Comité de secours des Arméniens (HOC, suivant la formulation arménienne) qui collecte des fonds pour aider la République soviétique d'Arménie.

Un révolutionnaire professionnel

Au HOC, Missak rencontre une militante du comité de Belleville, Mélinée Assadourian, qui devient sa compagne en 1937. Manouchian devient ce que que l'on nomme, dans le langage du parti, un révolutionnaire professionnel, rédacteur en chef de Zangou , organe du HOC, membre actif du comité de soutien à l'Espagne républicaine. Comme tous ceux qui ont rejoint le PCF pour combattre le nazisme, il vivra douloureusement la période du pacte germano-soviétique. Comble d'horreur, il est arrêté en 1939 pour son rôle d'animateur d'une organisation liée à l'URSS ou, plus exactement, à l'Arménie soviétique. Il ne tarde pas à prouver qu'il ne se trompe pas d'ennemi.

Libéré, il s'engage dans l'armée française ; son régiment, cantonné en Bretagne, ne participera jamais aux combats de 1940. Revenu à Paris, il reprend contact avec le parti, ce qui lui vaut d'être de nouveau arrêté, en juin 1941, lorsque l'Allemagne lance son offensive contre l'URSS. Le PC demande à Mélinée de lui transmettre en prison l'ordre de signer un engagement à n'entreprendre aucune action contre les troupes d'occupation allemandes. Il signe, en sachant que ce reniement sera de pure forme.

Libéré, il passe cependant par une période d'observation. Il survit grâce à l'aide d'un couple d'amis de la famille de Mélinée, Micha et Knar Aznavourian, les parents de Charles Aznavour. Lorsqu'ils sont convaincus de sa droiture, les dirigeants du Groupe de Main-d'Oeuvre immigrée (MOI) du PC confient à Missak Manouchian la direction de la section arménienne.

De la fin 1941 au début 1943, l'objectif est de rallier la communauté arménienne à la cause de l'URSS, alors que la Wermacht avance dans le Caucase et menace la République soviétique d'Arménie.

Le PC a engagé la lutte armée dans Paris, mais les premiers groupes tombent rapidement. Vingt-cinq militants communistes sont condamnés à mort et fusillés en avril 1942. Le PC décide alors d'armer des groupes d'étrangers et la MOI demande à Missak Manouchian de participer à l'action armée en février 1943. Le voici responsable militaire de combattants Francs-tireurs et partisans (FTP), lui qui n'avait aucun goût pour les armes. Ses compagnons sont très jeunes : Marcel Rayman, 20 ans, Thomas Elek, 19 ans...

A 37 ans, il ferait figure de doyen s'il n'avait à ses côtés Imre Glasz, 42 ans, et Armenak Manoukian, 44 ans. Le plus jeune, Wolf Wajsbrot, n'a pas 18 ans. Les jeunesses communistes, menées par Henri Krazucki, 15 ans, apportent un soutien logistique. Ce détachement FTP parvient à terroriser les Allemands pendant plusieurs mois. Des bombes explosent dans les cinémas et les cafés réservés aux soldats allemands. Le groupe abat Julius Richter, général nazi chargé, en France, du recrutement des ouvriers pour les usines allemandes, le fameux STO.

Mais la police française prouve son efficacité à ses maîtres allemands. Missak Manouchian tombe en novembre 1943, alors qu'il se rend à Evry-Petit-Bourg pour rencontrer Joseph Epstein, chef des FTP d'Ile-de-France. L'occupant nazi fera un symbole de son groupe, placardant partout la fameuse Affiche rouge, dénonçant la Résistance comme une « armée du crime » composée d'étrangers. Cette affiche fera entrer Manouchian et ses compagnons dans l'histoire, onze ans plus tard, lorsque Mélinée apportera à Aragon la dernière lettre écrite par Missak, avant d'être fusillé, le 21 février 1944 au mont Valérien.

Guy Konopnicki

(Marianne, Hors série d'avril 2015 : Les Arméniens, une histoire française)

La dernière lettre de Missak Manouchian à sa femme Mélinée

21 février 1944, Fresnes

Ma chère Mélinée, ma petite-orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais, pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps. Je m'étais engagé dans l'armée de la Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la liberté et de la paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous ! J'ai un regret profond de ne pas t'avoir rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi et à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre, tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération. Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine. Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes biens chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu.

Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

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