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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 07:33
La mort de Zeev Sternhell, historien antifasciste - Vadim Kamenka, L'Humanité, 21 juin 2020
La mort de Zeev Sternhell, historien antifasciste - Vadim Kamenka, L'Humanité, 21 juin 2020
La mort de Zeev Sternhell, historien antifasciste - Vadim Kamenka, L'Humanité, 21 juin 2020

Nous avons aujourd'hui eu la nouvelle du décès du grand intellectuel israélien Zeev Sternhell, historien spécialiste du fascisme, est mort. Celui qui en 2018 avait souligné que « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts », avait, en 2008, été victime d'un attentat perpétré à son domicile par un colon, dont il n’a échappé que par miracle.
 

À lire absolument cet entretien qu'il a accordé à L'HUMANITÉ en 2018.

 

Dimanche, 21 Juin, 2020

La mort de Zeev Sternhell, historien antifasciste

Vadim Kamenka - L'Humanité

(Mise à jour le 21 juin 2020).

Le quotidien Haaretz annonce la mort, à 85 ans, de Zeev Sternhell. Historien israélien, spécialiste de l’histoire du fascisme, membre de l’Académie israélienne des sciences et lettres, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, Zeev Sternhell nous avait accordé cet entretien le 3 mai 2018, entretien que nous republions, revenant sur un certain pourrissement de la société israélienne, marqué par la colonisation des territoires occupés et un régime d’apartheid.

HD. Comment réagissez-vous aux événements qui ont lieu dans la bande de Gaza ?

Zeev Sternhell. La réponse israélienne face à cette « marche du retour » a été bien trop violente… Il faut la condamner. Mais cette idée du retour des réfugiés peut être comprise par les Israéliens comme si les Palestiniens n’acceptaient pas non seulement les résultats de la guerre de 1967, ce qui est normal, mais la fin de la guerre de 1948-1949, ce qui est totalement inacceptable. Cela fait cinquante ans qu’on est là. Cinquante ans que, depuis la guerre des Six-Jours, Israël occupe la Cisjordanie. Et cela peut durer encore cinquante autres années. C’est donc une situation inextricable, sans solution. Bien évidemment, la riposte de l’armée israélienne est trop brutale.

HD. Pourquoi n’y a-t-il pas eu davantage de mobilisation en Israël pour dénoncer ce qui se passe à Gaza ?

Z. S. La société israélienne s’est révoltée au sujet du problème des réfugiés. En ce qui concerne les Palestiniens et l’occupation de la Cisjordanie, une majorité d’Israéliens pensent qu’il n’y a pas de solution. Ce qui est dramatique, car elle existe. Mais il faut une volonté politique d’acier pour y parvenir. La solution des deux États n’est pas encore impossible. On peut encore y arriver, si une volonté politique existe, avec une majorité gouvernementale. Mais c’est une illusion de penser que nous le ferons tout seuls. Nous avons besoin de l’aide et de l’intervention des États-Unis et de l’Europe. Il faudra aussi compter avec la Russie, qui est désormais un acteur important dans la région, en Syrie notamment. Ce pays ressemble à un protectorat russo-iranien. La Russie aura donc son mot à dire dans le dossier israélo-palestinien. Mais plus le temps passe et plus cela devient compliqué. L’Israélien moyen, si on lui laisse le choix entre une guerre avec les Palestiniens et se lancer dans une guerre civile qui serait le produit du retrait de la Cisjordanie, fera rapidement son choix. Car, en Cisjordanie, se trouvent plus de 350 000 colons. L’opinion publique israélienne a une bonne raison de ne pas bouger. Mais la responsabilité essentielle de cet échec des négociations de paix est bien la nôtre, en tant que puissance occupante.

HD. Alors, comment relancer le processus de paix ?

Z. S. La politique gouvernementale est aujourd’hui très claire : gérer la situation sans bouger. Donc, quel que soit le résultat d’une démarche dynamique, cela ne peut pas être pire que la situation actuelle. Depuis une décennie, les dirigeants israéliens ne font rien car ils estiment que c’est ce qu’il y a de mieux. Je n’ai jamais compris pourquoi l’ancien président des États-Unis Barack Obama, avec toute son intelligence, n’avait pas réalisé que Benyamin Netanyahou se moquait de lui, en entretenant faussement le processus de paix. John Kerry a passé près d’un mandat dans un avion entre Washington et Tel-Aviv. L’idéal pour les dirigeants israéliens est de laisser les choses en place, sous couvert d’une situation temporaire. Après tout, comme c’est temporaire, ils n’ont pas besoin de faire avancer le processus.

Mais je suis persuadé que, si on présentait un projet de paix réaliste à la société israélienne, la droite serait battue. Mais les Palestiniens devraient abandonner leur idée de droit au retour, accepter les frontières de 1948-1949 et discuter sur la Cisjordanie et du problème des colonies, en échange de compensations. Faut-il envisager qu’une partie du Sinaï égyptien soit rattachée à la Palestine ? Les possibilités d’un accord existent encore. Il faut une volonté politique. La société israélienne ne bougera pas tant qu’un vrai projet ne lui sera pas présenté. Elle ne se lancera pas dans l’aventure.

HD. La gauche, les partis progressistes peuvent-ils faire évoluer cette situation complètement bloquée que vous décrivez ?

Z. S. Le problème est qu’ils ne proposent aucun véritable projet auquel les Israéliens pourraient adhérer. Ils n’arrivent pas à se faire entendre. Le Parti travailliste, qui est de centre gauche, fait l’erreur depuis quarante ans de croire que, en se rapprochant de la droite, il aura davantage de chances de remporter les élections. Ce parti ne formule aucun projet, ni sur le conflit israélo-palestinien, ni en ce qui concerne la politique économique et sociale. C’est un non-sens et une erreur stratégique. À l’exception du parti Meretz, qui demeure la seule formation réellement de gauche en Israël, tous les autres n’ont aucune politique alternative au gouvernement. Ils ne parlent pas des territoires occupés. Et, forcément, les électeurs ne leur font pas confiance, car ils s’attendent à subir la même politique, quel que soit le gouvernement. Aujourd’hui, il est vrai que, pour ces partis, il leur faudra une coalition pour gouverner, et compter avec diverses formations religieuses. Le moins pire qu’on puisse espérer en Israël, c’est une politique moins dure que celle de la droite. Pour obtenir une politique totalement différente, alors il faudra une intervention des Européens et des États-Unis. Lors des dernières années de son deuxième mandat, l’administration Obama a compris que Netanyahou ne bougerait pas. Seulement, il était déjà trop tard.

La vérité, c’est que le conflit israélo-palestinien n’intéresse plus. Ni les Français, ni les États-Unis, ni les Britanniques ne s’en soucient. Alors, qui va s’en occuper ? L’Italie, l’Allemagne ? Du point de vue de l’Élysée, de la Maison-Blanche ou du 10, Downing Street, on se préoccupe davantage de la Syrie. Et déjà ils n’osent pas y intervenir, alors, pour quelques Palestiniens… Quel pays, quel gouvernement va prendre le risque d’un échec pour 50 morts palestiniens ? Pour eux, ce n’est plus important, et les Palestiniens n’ont rien à offrir. Même les pays du Golfe ne s’intéressent pas à leur sort. Il n’y a aucune charte de solidarité entre les pays arabes à leur égard. Et, finalement, les seuls qui s’intéressent à eux, ce sont les Israéliens. Et, en attendant, la colonisation et l’occupation pourrissent notre société.

HD. Que voulez-vous dire avec cette expression de « pourrissement de la société » ?

Z. S. Les gens s’habituent à tout. Et le nationalisme israélien, le nationalisme juif, se durcit depuis de longues années. Mais il y a eu une nette accélération, lors de ces dernières années, qui est le produit de l’occupation. Il y a un sentiment de supériorité ethnique qui se développe au sein de la droite israélienne. Cela n’a jamais existé par le passé. Jamais le mouvement sioniste n’avait développé un quelconque sentiment de supériorité envers les Arabes. Aujourd’hui, on parle de droits sur la terre fondés par la parole divine. Nous sommes les maîtres du pays. Et, dans le meilleur des cas, les ­Palestiniens n’auraient que la possibilité d’y vivre ou d’y survivre, plus exactement. Toute la question des droits de l’homme, du droit à l’indépendance, à la souveraineté, à la justice, n’est ancrée dans aucune réalité. C’est ce que la droite aujourd’hui dit ouvertement. Il y a vingt ans, elle ne faisait que le penser. Désormais, elle l’applique avec ce gouvernement. En même temps, elle s’emploie à modifier les structures institutionnelles. Cette démarche est antidémocratique et antilibérale, mais la droite la met en œuvre lentement et progressivement. Comme nous n’avons pas de Constitution écrite, le Parlement peut désormais légiférer en contournant la Cour suprême. Car le Parlement représente la souveraineté nationale face à une institution non élue. Il y a une infériorité de la troisième branche du pouvoir face à l’exécutif et au législatif. Cette démarche présentée par la droite se veut démocratique. C’est totalement faux ! La démocratie n’est pas restreinte à la loi de la majorité. Les droits de l’homme, la séparation des pouvoirs garantissent son fonctionnement. La société comprend mal ce statut de droits de l’homme et beaucoup mieux la loi de la majorité. C’est un élément fondamental que produit la colonisation. En territoires occupés, c’est le régime de l’apartheid qui prévaut. Et cela suinte sur la société israélienne. Car, ce système de colonisation est au bout de notre rue.

HD. Ce pourrissement de la société israélienne explique-t-il une immigration plus importante ?

Z. S. Cela a toujours existé. La situation à Tel-Aviv n’est pas insupportable, ni à Jérusalem. On n’y voit pas ce qui se passe de l’autre côté de la rue. Cela n’intéresse personne aussi longtemps que la situation économique reste bonne, que le chômage reste faible et qu’on assure aux classes défavorisées des satisfactions d’ordre moral. Aussi longtemps que le nationalisme remplace la justice sociale, les gens sont contents. Il ne faut pas se faire d’illusions. Les choses ne changeront pas du jour au lendemain.

HD. Le nationalisme en Israël résonne-t-il avec celui qui progresse aussi en Europe et dans les sociétés dites occidentales ?

Z. S. En effet, la droite israélienne est contente de voir qu’elle dispose de relais un peu partout et de mouvements proches d’elle en Europe, comme en Autriche, en Hongrie, en Pologne… Le nationalisme dur fait partie intégrante de notre culture et de notre civilisation. On pensait que l’Union européenne favoriserait les idées de la social-démocratie. Mais force est de constater que le nationalisme n’a pas été balayé en 1945, après la guerre. Il fait partie du paysage idéologique et intellectuel européen. En période de crise, il progresse et peut prendre des formes diverses, culturelles, économiques, sociales. Il n’y a pas de hasard. Le nazisme n’a pas commencé avec Hitler, mais à la fin du XIXe siècle. Le régime de Vichy n’est pas tombé du ciel et s’inscrit dans la suite du boulangisme et de l’affaire Dreyfus. C’est toujours là et toujours présent. En Israël, les cinquante années d’occupation ont développé des problèmes qui étaient relativement marginaux. Hélas, ils sont désormais au centre de notre espace culturel et politique.

entretien réalisé par Vadim Kamenka, L'Humanité


Citations de Zeev Sternhell :
« En Israël, il n’existe qu’une seule droite, la droite extrême, nationaliste et raciste. » Tribune dans « le Monde » du 12/03/2018.

« En Israël, pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts. » Tribune parue dans « le Monde » du 18/02/2018.

« Si on ne stoppe pas l’occupation, ce sera tout simplement la fin de l’État d’Israël. » Entretien du 21 novembre 2014 sur www.humanite.fr.


Ouvrages:

« Aux origines d’Israël : entre nationalisme et socialisme », traduit de l’hébreu par Georges Bensimhon avec le concours de l’auteur, Paris, Fayard, 1996 ; Paris, Gallimard, « Folio Histoire », 2004.

« Les Anti-Lumières : une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide », Fayard, « L’espace du politique », 2006 ; Gallimard, coll. « Folio Histoire » (édition revue et augmentée), 2010.

Zeev Sternhell était un historien très stimulant sur l'histoire de l'extrême-droite française et européenne et un intellectuel de gauche israélien courageux...

Il manquera au monde des idées, ainsi que l'exprime l'historien Henry Rousso:

" Zeev Sternhell n'est plus. Les mots sont parfois difficiles à trouver pour rendre compte d'une amitié aussi profonde. Zeev a été l'homme d'une thèse déclinée en deux temps : l'idée fasciste est née en France par la rencontre du nationalisme et du socialisme et la France des années trente a connu une forte imprégnation fasciste qui explique le régime de Vichy, lui-même avatar non circonstanciel du fascisme. Je ne partageais pas toutes ses thèses, notamment la dernière, car le fascisme ne peut se réduire à une idée et les idées ne suffisent pas à expliquer toute l'histoire. Nous en avons parlé durant quarante ans, à mots feutrés, sans jamais creuser ces divergences, peut-être par la crainte réciproque d'un risque de brouille. Zeev était un bretteur, un homme tout entier pris dans ses convictions aussi bien politiques que scientifiques, un homme qui pouvait se fâcher à vie pour un désaccord intellectuel. Mais c'était aussi un homme d'une grande fidélité avec un sens très fort de l'amitié. Nous nous étions rencontrés aux rencontres de Pétrarque de Montpellier, vers la fin des années 1980. Bien que mon ainé de près de vingt ans, j'avais pris sa défense sans hésiter car ses premiers livres m'avaient profondément inspiré alors que je commençais mes recherches sur l'Occupation. Il était déjà attaqué de toutes parts, y compris par de grands historiens dont la plupart furent mes maîtres (René Rémond, Serge Berstein, Michel Winock) avec une virulence qui ne trompe pas. Quelles qu'aient été le caractère abrupt de certaines de ses thèses historiographiques, il avait touché un point hautement sensible de l'imaginaire national. Or le simple fait de faire semblant d'ignorer ce qui pouvait nous séparer, et sur un sujet central comme l'histoire du régime de Vichy, a suscité chez moi une admiration et une affection sans bornes.
Par ailleurs, Zeev a été bien plus qu'un historien. C'était un "super sioniste" qui s'est fait le farouche défenseur des Palestiniens. Il était classé à la gauche de la gauche et pourtant tout entier inscrit dans l'humanisme des Lumières. C'était un patriote universaliste, engagé dans tous les guerres de son pays sous son uniforme d'officier. Zeev, le jeune rescapé de la Shoah, l'enfant caché, était un homme du XXe siècle, un combattant, un résistant, adepte de la tolérance malgré les apparences, et sans doute mal à l'aise dans ce nouveau siècle identitaire et victimaire" - hommage de l'historien Henry Rousso

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 07:16
Morlaix - photo du centre-ville, Rodolphe Thirard

Morlaix - photo du centre-ville, Rodolphe Thirard

Morlaix vue du ciel... Photo de Valérie Scattolin

Morlaix vue du ciel... Photo de Valérie Scattolin

Jean-Paul Vermot (Morlaix Ensemble)*:

On compte plus de 1 400 logements vides à Morlaix, dont environ 500 dans le centre-ville ! Depuis 2008, nous avons vu la population chuter de plus de 1 000 habitants. C’est, malheureusement pour nous, la plus forte baisse des villes bretonnes. Pour relever le défi de l’habitat et regagner des habitants, nous avons construit un plan de reconquête qui intègre une vision complète associant logement, commerce, santé, déplacements, qualité des espaces publics, préservation de l’environnement et vie associative.
Nous avons, depuis plusieurs mois, défini trois priorités pour agir.
1. Racheter directement des immeubles pour y réhabiliter les logements et développer une offre d’habitat pour tous : seniors, jeunes, étudiants, familles ou personnes isolées. Les locaux commerciaux y seront conservés et accessibles. De quoi rétablir l’attractivité de la ville !
2. Assurer le développement de services en ville pour une meilleure attractivité : un centre de santé, une maison des associations, un troisième département de l’IUT. De quoi redonner de la vie et conserver nos commerces !
3. Développer l’accessibilité pour tous : des navettes électriques gratuites entre le centre-ville et les quartiers, via les parkings relais, des solutions innovantes de parking pour assurer le dynamisme de la ville et le confort de tous (visiteurs, habitants et actifs), un schéma de développement du vélo et l’amélioration des espaces piétons : piétonnisation de nouveaux espaces, élargissement des trottoirs, propreté et verdissement de l’espace public. La ville, pour retrouver toute son attractivité, regagner de la population et réhabiliter son habitat, doit s’appréhender dans un fonctionnement entre tous ses quartiers.

 

* Le nombre de signes était limité pour la réponse.

Comment endiguer la baisse de la population? - Réponse de Jean-Paul Vermot  pour Morlaix Ensemble
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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 06:41
Jean-Paul Vermot et Morlaix Ensemble à la rencontre des salariés de la Halle aux Chassures et de la Halle aux Vêtements
Jean-Paul Vermot et Morlaix Ensemble à la rencontre des salariés de la Halle aux Chassures et de la Halle aux Vêtements
Jean-Paul Vermot et Morlaix Ensemble à la rencontre des salariés de la Halle aux Chassures et de la Halle aux Vêtements
Jean-Paul Vermot et Morlaix Ensemble à la rencontre des salariés de la Halle aux Chassures et de la Halle aux Vêtements

Morlaix ensemble à la rencontre des salariés de la halle aux chaussures samedi après-midi dans la Zone artisanale du Launay. Suite à la crise sanitaire mondiale, les enseignes "la Halle aux chaussures et la Halle aux vêtements sont touchées, les salariés ont eu le soutien de Jean-Paul Vermot, tête de liste de Morlaix Ensemble pour les élections municipales de Morlaix et de ses colistiers de gauche, notamment Ahamada Zoubeiri qui nous a transmis ces photos avec Aicha Aboudou.

Morlaix Ensemble mobilisé pour la défense des salariés, de l'emploi, et d'une offre de commerces pour petits budgets à Morlaix.

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 05:39

 

Macron ne parle d’égalité des chances que pour faire table rase des facteurs sociaux et renvoyer chacun à sa responsabilité individuelle.

Au lendemain des manifestations contre le racisme et les violences policières, Emmanuel Macron a voulu répondre à cette colère qui monte, singulièrement dans la jeunesse. « Chacun, quelles que soient ses origines, sa religion, doit trouver sa place », a-t-il déclaré dans son allocution du 14 juin, déplorant que « le nom, l’adresse, la couleur de peau réduisent trop souvent encore l’égalité des chances que chacun doit avoir ». Il faut, a-t-il précisé, « permettre d’obtenir les diplômes et les emplois qui correspondent aux mérites de chacun ».

Un vrai condensé de macronisme. « L’égalité des chances », chez notre philosophe élyséen, c’est quand « chacun doit trouver sa place », mais une place strictement assortie « aux mérites et talents de chacun ». Aux premiers de cordée, l’air pur des cimes de la pyramide sociale, aux autres… ce qui reste. Bon emploi si bon diplôme et bon diplôme si «  mérite et talent » : le chemin est tracé. L’égalité des chances, c’est demander à chacun de gravir le même escalier, et non que les uns aient à monter plus de marches que d’autres pour parvenir au même résultat. Et peu importe si les uns et les autres ne partent pas à égalité au pied de l’escalier : c’est que les uns ont moins de « mérite et talent » que les autres. C’est leur responsabilité. Et c’est leur faute s’ils n’y parviennent pas. Comme ces élèves qui ont « décroché » pendant le confinement – et peu importe s’ils vivent à 7 dans un F2 avec une seule connexion pour tous. L’égalité des chances à la mode Macron, c’est Parcoursup, avec tous ces élèves qui décrochent le bac avec mention mais où seuls ceux qui sortent des « bons » lycées, dans les « bons » quartiers sont choisis dans les « bonnes » filières. Mais l’égalité, ce n’est pas ça. L’égalité, c’est le contraire de ça : c’est donner à chacun, d’où qu’il parte, les moyens de parvenir en haut de l’escalier.

Olivier Chartrain

 

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 05:37

 

L’Humanité, avec sa plateforme numérique l’Humanite.fr, prend l’initiative d’ouvrir ses colonnes pour repenser le monde, avec l’ambition d’être utile à chacune et chacun d’entre nous. Cette initiative aura des prolongements avec la publication d’un hors-série à la fin de l’été et l’organisation de grands débats publics permettant de poursuivre ces écrits.

Aujourd’hui : « L’État : vrai recours, grand retour », par Ian Brossat, porte-parole du PCF.

 

 

« Quoi qu’il en coûte ! » D’une phrase prononcée par Emmanuel Macron le 12 mars 2020, l’État faisait son grand retour. Les déficits ? Oubliés. L’État prendra à sa charge une grande partie des graves conséquences économiques du confinement. Les services publics exsangues ? Derrière nous. L’État providence, mis à mal méthodiquement depuis l’élection de Macron, est désormais un « bien précieux ». Ses serviteurs, les fonctionnaires, dont les conditions de travail se dégradent inlassablement, et qui étaient hier encore soit méprisés, soit matraqués ? Des héros de la nation.

Comme l’explique l’historien Thomas Branthôme, ce recours à l’État en temps de grave crise sanitaire s’apparente à un « appel à l’aide » de la part de citoyens sidérés par une épidémie soudaine et aux conséquences imprévisibles. Les mêmes qui, hier encore, ne juraient que par la réduction de la place de l’État, trop présent, trop lourd, trop gourmand, s’en sont fait les défenseurs : de l’État viendrait le salut sanitaire, économique et social. Mais qu’en est-il précisément, quelques semaines plus tard ?

Une fois de plus, le décalage entre le discours présidentiel et les faits est cruel. Nous pourrions nous en étonner si cette distorsion ne constituait pas un mode de gouvernement systématique de l’ère Macron. Nous pourrions nous en amuser si les conséquences n’étaient pas dramatiques.

« Nous attendions un État stratège, à même de construire une réponse économique et industrielle, en se saisissant des prérogatives qui sont pourtant les siennes et des outils existants. »

Car si les Français ont appelé au secours l’État, un autre sentiment a rapidement prédominé : la honte. La honte de constater que, dans la sixième puissance mondiale, la réponse gouvernementale n’a pas été à la hauteur. Nous attendions un État fort, capable d’organiser la riposte sanitaire et de mettre à disposition de chacun l’équipement nécessaire, et avant tout des personnels soignants. Nous attendions un État stratège, à même de construire une réponse économique et industrielle, en se saisissant des prérogatives qui sont pourtant les siennes et des outils existants, tels que les réquisitions d’usines ou les nationalisations d’entreprises. Il n’en a rien été. La pénurie de masques a frappé partout les soignants et les travailleurs clés, n’en déplaise au chef de l’État. La réponse industrielle de la France a été minimaliste, faute de volonté politique. Enfin, aux engagements se sont substitués des promesses et des renoncements. Face aux défaillances successives, les Françaises et les Français ont opté, contraints, pour la débrouille généralisée, pour le meilleur – les élans d’entraide et de solidarité – et souvent pour le pire.

Mais de quel État parle-t-on ? Ses fonctionnaires ? Évidemment non : en ordre de bataille dès les premiers jours, ils se sont mobilisés nuit et jour, dans des conditions parfois indignes, pour éviter l’effondrement complet de services pourtant indispensables à la population. Rendons-leur hommage.

 « Ce dont on parle ici, c’est la défaillance d’un gouvernement et d’une idéologie qui consiste à appliquer une méthodologie bien éprouvée. »

Ce dont on parle ici, c’est la défaillance d’un gouvernement et d’une idéologie qui consiste à appliquer une méthodologie bien éprouvée. Cette dernière est une valse libérale en trois temps : d’abord, couper les budgets et sabrer les effectifs des services publics, au nom de l’efficacité et de la compétitivité ; puis constater, faussement surpris, la dégradation du service rendu aux habitants, et s’en émouvoir publiquement ; enfin, pour y remédier, proposer la privatisation de pans entiers de notre société.

À cette attaque en règle de notre pacte social s’ajoute une grande transformation qui s’est opérée ces dernières années au sein de l’administration. D’un État productif, nous sommes passés à un État normatif. Renonçant de lui-même à son pouvoir, dans le champ industriel et économique notamment, l’État a fréquemment laissé faire, et plus souvent encore contribué activement à son affaissement. Le sens de l’action publique s’éloigne du terrain, et ce sont celles et ceux qui ont l’honneur de la déployer qui en sont les premières victimes. La décision se perd dans les strates administratives complexes, incompréhensibles des citoyens. Toute responsabilité se dissout. Le fiasco des masques en constitue une bonne illustration : personne n’assume l’effondrement des stocks, avant que le président n’en vienne même à nier la réalité de la pénurie elle-même.

« La relance économique ne doit pas perpétuer le monde d’avant, mais servir de levier pour imposer partout une ambition sociale et écologique, créer de l’emploi et revaloriser les travailleurs clés. »

Oui, nous avons besoin d’un grand retour de l’État. Pas seulement d’un État pompier, mais un État qui assume sur la durée une ambition pour les services publics, aussi bien la santé, l’éducation, les transports, le logement, la sécurité ou encore la justice. Alors que les budgets ont été drastiquement réduits, année après année, que les hôpitaux, les maternités et les tribunaux disparaissent les uns après les autres, que des dessertes ferroviaires sont abandonnées, que les enseignants exercent leur métier dans des conditions indignes, que la transition écologique est sous-financée et instrumentalisée, nous sommes à la croisée des chemins. La récession frappe durement notre pays. L’État mobilise des dizaines de milliards d’euros pour venir en aide aux secteurs les plus touchés par la crise : c’est indispensable, mais cela ne suffit pas. La relance économique ne doit pas perpétuer le monde d’avant, mais servir de levier pour imposer partout une ambition sociale et écologique, créer de l’emploi et revaloriser les travailleurs clés.

Ni grand discours ni promesse, ce sont des décisions qui sont attendues : simples, claires, efficaces, redonnant du sens à l’action publique, offrant aux citoyens des services publics de qualité, et aux fonctionnaires des conditions de travail dignes. Un État transformé qui retrouve sa capacité productive, un État fort qui ne laisse pas le marché dicter sa loi, un État ambitieux qui lutte contre toutes les inégalités et toutes les discriminations.

 

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 06:45
Gardons l'élan pour Morlaix !!!! Quel élan???? - le clin d'oeil de Nono sur la campagne des Municipales à Morlaix

Gare au plagiat... 

Alors que le nom de programme et le slogan de campagne de la liste de gauche Morlaix Ensemble était depuis 6 mois "Un nouvel élan pour Morlaix", l'ex-maire sarkozyste de Morlaix vient de se trouver elle aussi un nouveau slogan "Gardons l'élan" pour le second tour du 28 juin. Quel élan? Celui du 1er tour du 15 mars qui l'a mis en deuxième position alors que les deux listes de gauche faisaient en score cumulé 56%. UN désaveu net...

Sur son affiche de deuxième tour aussi (elle a dû changer l'équipe de com du 1er tour), elle reprend les trois piliers de notre projet de gauche pour Morlaix:  Solidarité- écologie - économie... 

La preuve que la dynamique est de notre côté puisque la maire ex-UMP et LR reprend les thématiques de gauche de la campagne qui nous a porté en tête au premier tour, avec un crédit improbable au regard de sa politique menée depuis douze ans. 

Manque d'imagination? Triangulation compliquée? Pied de nez?

En tout cas il faut une bonne dose d'aveuglement pour voir dans la situation de la ville depuis 12 ans un élan et une dynamiques postives. Quel élan? Plus de 1000 habitants en moins depuis 2008 qu'Agnès Le Brun est élue, des associations et un personnel qui vivent très mal son autoritarisme et le manque d'écoute et de projets construits ensemble.

En tout cas, notre ami Nono était visionnaire puisqu'il nous a fait ce dessin il y a un mois pour la campagne de Morlaix Ensemble.

Un élan pour Morlaix? Quel élan? 

Pas celui en tout cas impulsé par une maire qui n'a eu aucune réaction face au soutien que lui ont apporté dès le premier tour les cadres d'extrême-droite du Rassemblement National.

Morlaix, ville ouverte, généreuse, mérite mieux!!!

Ismaël Dupont  - 16 juin 2020

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 06:44
Municipales à Morlaix - Gardons l'élan ? Quel élan? Celui d'une hibernation de 12 ans ?- le regard de Nono sur les Municipales à Morlaix

Un dessin... mieux qu'un long discours!!!

Merci à notre ami Nono pour son soutien à Morlaix Ensemble et ses dessins qui piquent avec humour.

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 06:15
Quand Agnès Le Brun et son équipe propagent des Fake news et alimentent la peur du rouge. Laissez-la aux bêtes à cornes... Merci à notre ami Nono pour son dessin de soutien à Morlaix Ensemble.

Quand Agnès Le Brun et son équipe propagent des Fake news et alimentent la peur du rouge. Laissez-la aux bêtes à cornes... Merci à notre ami Nono pour son dessin de soutien à Morlaix Ensemble.

Les rumeurs vont bon train en ville... Non, Morlaix n'aura pas un maire communiste le 28 juin 2020.

Depuis quelques semaines, l'équipe de campagne d'Agnès Le Brun fait courir le bruit, et la fake news, au porte-à-porte, sur le marché, auprès des commerçants, que je pourrais être le prochain maire de Morlaix:  "horreur, un communiste! " 

Faire peur quand on a peur soi-même pour sa place, en réutilisant les clichés réactionnaires les plus éculés qu'on croyait enterrés en 1981 quand les chars soviétiques ont renoncé à fêter la victoire de Mitterrand dans les beaux quartiers de Paris comme l'avaient prédit Giscard et la presse bourgeoise de l'époque.

Sur les réseaux sociaux, le fan-club d'Agnès Le Brun, comme Bernard Le Vaillant et ses amis de la droite réactionnaire à Plouigneau, revient sur tous les poncifs de la droite ultra vis-à-vis des communistes: partisans d'un état et d'une société totalitaire, prêts à ruiner la ville, adeptes du culte de Staline, le couteau entre les dents, etc.

Ce n'est guère malin, ni original...

Utiliser la peur des rouges et les fantasmes anti-communistes datés, issus de la lutte contre le Front Populaire, de la guerre froide, et des officines du patronat et des classes possédantes, est encore malheureusement une stratégie nationale de la droite à Marseille, en région parisienne, à Lorient, Douarnenez, Plouigneau, à défaut de meilleurs arguments.

Et pourtant, les élus communistes sont de bons gestionnaires, des rassembleurs, des femmes et des hommes de devoir, honnêtes et droits, serviteurs de l'intérêt général et de l'égalité des droits. Nous n'avons pas à rougir de notre action locale et municipale, ni de la contribution des communistes à l'histoire de la France (combats du Front populaire, de la Résistance, Sécurité sociale, Grands services publics, conquêtes sociales, entreprise d'émancipation des ouvriers et des travailleurs, éducation populaire et le sport et la culture pour tous, lutte contre la colonisation, le racisme, pour l'égalité femmes-hommes et la lutte contre les discriminations).

Toutes ces avancées, les communistes les ont souvent favorisées en s'inscrivant dans des logiques de rassemblement de la gauche et des progressistes, comme à Morlaix depuis des mois avec l'équipe de Morlaix Ensemble.

Si les Morlaisiens en décident ainsi, et il a toutes les compétences et les qualités pour mériter cette confiance, Jean-Paul Vermot sera notre prochain maire, à la tête d'une majorité de gauche diverse et unie, animée d'un même esprit pour construire ensemble avec les habitants les moyens de mieux servir les Morlaisiens et de faire rebondir notre ville, dans un partenariat constructif avec Morlaix-Communauté, qui aura quoiqu'il arrive une majorité de gauche, et dont la plupart des maires espèrent une victoire de la gauche à Morlaix. 

Nous sommes heureux d'avoir pu participer très activement à cette belle aventure collective, fraternelle et riche de rencontres, qui doit déboucher, d'ici une semaine, à la victoire de Morlaix en mettant fin à une longue et interminable parenthèse de 12 ans de gestion de droite de cette ville qui a le cœur à gauche par Agnès Le Brun. 

Avec Jean-Paul Vermot et toute notre équipe de "Morlaix Ensemble" (+ 50% de citoyens qui n'adhèrent pas à des partis politiques tout en étant animés par des idées de gauche et écologistes, Génération.S, PS, PCF), nos centaines de soutiens, et les électeurs qui ont choisi de nous mettre en tête aux premier tour des élections municipales le 15 mars dernier, nous avons une occasion unique le 28 juin d'ouvrir une nouvelle belle page de l'histoire de Morlaix.

C'est le moment!!!

 

Ismaël Dupont, 20 juin 2020

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 05:55
« La caduta degli dei » (1969) - Les damnés - Luchino Visconti

« La caduta degli dei » (1969) - Les damnés - Luchino Visconti

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance

A lire aussi, les premières parties de cette étude d'Andréa Lauro sur Luchino Visconti

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, partie 1 - la chronique cinéma d'Andrea Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - partie 2 La guerre et le Néoréalisme : Ossessione

La chronique cinéma d'Andréa Lauro - Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance, Partie 3

La fin du Néoralisme: Bellissima - Luchino Visconti, entre beauté et Résistance, partie 4 - La Chronique cinéma d'Andréa Lauro

Luchino Visconti, Partie 5, Entre réalisme et mélodrame : Senso et Le notti bianche - la chronique cinéma d'Andréa Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - Rocco et ses frères et Le Guépard, partie 6 et 7 - par Andréa Lauro

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance - par Andréa Lauro, partie 8

 

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance

Partie 10

Les flammes du Walhalla : La caduta degli dei (Les damnés)

« La caduta degli dei » (1969) - Les damnés - est le dernier résultat d’une série de travaux d’écriture, peu à peu modifiés au cours des années. Au début, l’idée était de transférer le "Macbeth" de William Shakespeare en Angleterre des années 60, avec des références à la société et à la politique contemporaine. Par la suite, le projet change et avec Suso Cecchi D’Amico, une première ébauche de scénario est écrite avec un décor dans la haute bourgeoisie industrielle italienne.

L’essai de William L. Shirer, "Histoire du Troisième Reich", et d’autres lectures du même sujet serviront de matière à l'inspiration de Luchino Visconti au point de remanier pour la troisième fois la rédaction du film, d’abord avec Enrico Medioli, puis avec le développement définitif de Nicola Badalucco. Cette fois nous sommes en Allemagne à cheval de 1933 et 1935, de l’incendie du Reichstag aux prémisses de la guerre, avec les protagonistes de la famille Von Essenbeck, puissants et impitoyables industriels de l’acier.

Premier chapitre de la "trilogie allemande", qui aura les épisodes suivants dans « Morte a Venezia » et « Ludwig », le film vit d’un climat d’intrigue obscur et des environnements sombres où se déplacent les personnages sans scrupules qui rappellent ainsi la tragédie shakespearienne. Le mélodrame italien est bien loin, « La caduta degli dei » est le film introductif de la tragédie dans la cinématographie de Visconti.

En mettant en scène cette histoire, le maître milanais n’est pas intéressé par la vraisemblance et le récit chronologique des faits, qui ont porté le nazisme à s'imposer, ce qui d'ailleurs est souvent critiqué. L’intérêt est plutôt tourné à la représentation du Mal vu comme moyen qui mène au pouvoir pour ensuite détruire ses acteurs, dans un jeu mortel. Tout cela demande détachement du Vrai : confirmation est la mise en scène manifestement théâtrale, cohérente avec la filmographie précédente et suivante, qui confère fiction et rapproche le spectateur du climat d’un "Macbeth moderne" comme le même auteur rebaptisa le film. L’entrée en scène de tous les protagonistes, au début du film, est celle d’un acteur de théâtre dans sa chambre/loge devant un miroir ou tout en mettant les vêtements du personnage qu’il va jouer. L’usage de l’espace scénique, à l’intérieur du château des Von Essenbeck, est celui d’une scène : l’entrée est semblable à un arc d’avant-scène et le plancher de noyer résonne comme au théâtre. La théâtralité trouve son corps dans la répétition de cérémonies faites à partir de réunions à table, récitation où la fiction est la clé pour représenter la décadence progressive de la famille. Le mariage final entre Friederich et Sophie, représenté comme une parodie macabre du mariage, est emblématique.

Les sources d’inspiration sont diverses et amalgamées ensemble : pas seulement l’essai de Shirer, cité plus haut, et la tragédie du "Macbeth", mais surtout le grand drame wagnérien. Il suffit de penser aux images des fours des aciéries des Essenbeck qui ouvrent et ferment le film et qui évoquent les flammes allumées au Walhalla qui sanctionnent le crépuscule des dieux.

Le thème, par contre, de la décadence de la tradition familiale, si typique de la filmographie de Visconti, trouve une claire inspiration dans les pages des "Buddenbrook" de Thomas Mann. La chute de la famille Essenbeck, donc de la civilisation bourgeoise, est due à la montée du monde barbare et instinctif, ici représenté par le nazisme. Le rapport d’instrumentalisation du nazisme et du capital est inversé de manière à dépeindre la famille des industriels comme des êtres sans défense emportés par les événements et l’histoire. Avec les différences dues, un destin semblable à beaucoup d’autres familles vicomtes, à commencer par « Le Gattopardo ».

La photographie sombre de Armando Nannuzzi et Pasqualino De Santis contribue aux atmosphères voulues par Visconti avec des virages de couleurs sur le rouge ou le vert pour caractériser les moments les plus dramatiques. Emblématique l’utilisation de la couleur dans le long épisode de la nuit des longs couteaux (presque vingt minutes, un film dans le film) qui donne une atmosphère suspendue, soulignée par le remplacement des bruits aux dialogues (les mots eux-mêmes dans l’original prennent une fonction purement sonore). Un exemple de la liberté esthétique de Visconti, qui confirme encore son cinéma personnel et rebelle.Le film reçoit la nomination à l’Oscar comme meilleur scénario original en 1970 (ensuite remporté par William Goldman pour "Butch Cassidy") et deux prix aux Rubans d’argent comme meilleur film et à Umberto Orsini comme meilleur acteur.

Morte a Venezia, Luchino Visconti

Morte a Venezia, Luchino Visconti

Partie 11

Le vice et la beauté : Morte a Venezia (Mort à Venise)

« La caduta degli dei » témoigne d’une fissure sur la surface polie du cadre viscontien, d’un changement qui n’en touche pas la surface seule, mais qui affecte en profondeur le corps même de son cinéma. La forme devient bruyante, violente, monstrueuse; les rapports humains bouillonnent de haine, de troubles secrets et de pulsions de prévarication; l’Histoire n’est plus le produit d’une lutte de classe, mais une stagnante accumulation d’horreurs, d’égoïsmes et de maladresse.

Inquiet, découragé par la marche d’une réalité insaisissable, par l’avancement inexorable de la vieillesse, par la sensation d’une décadence physique qui ira bientôt miner la santé du corps, Visconti trouve dans la mémoire un nouvel instrument pour enquêter sur les choses du monde, comme un objectif à longue focale qui est aussi un nouveau regard, non plus tourné vers les nœuds de l’Histoire ou vers les gargouilles de l’action politique - avec les obligées prises de position pour apaiser le sentiment de culpabilité aristocratique - mais dirigé vers lui-même. Au cours de ces années, indifférent à la marche de la société et de la confrontation politique, Visconti réalisera une série de films très personnels, sans plus de filtres.

Parfait exemple de ce changement d’état de choses est « Morte a Venezia » (1971) - du roman court de Thomas Mann, projet longtemps rêvé par Visconti - dont il peut enfin commencer le tournage en avril 1970 grâce à l’intervention de Warner Bross, après les refus des producteurs italiens, intimidés par l’histoire d’un artiste sénescent séduit par la beauté incomparable d’un jeune homme en vacances dans la ville lagunaire.

Pour trouver un interprète approprié pour l’enfant de 12 ans, Visconti va dans les pays scandinaves, laissant mémoire de son enquête en « À la recherche de Tadzio » (1970), opérette documentaire agile accompagnée par le commentaire hors champ d’Oreste del Buono, dans laquelle, au tournage des auditions, s'alternent brèves interviews, aperçus des capitales nordiques, lectures de Thomas Mann et inspections avec la troupe parmi les sestieri vénitiens.

Deuxième chapitre de la "trilogie allemande" - avec « La caduta degli dei » et le successif « Ludwig » - « Morte a Vanezia » est présenté en compétition à la XXIV édition du Festival de Cannes. Il ne remporte aucun prix, mais jouit d’un excellent accueil, même en vertu de l’inspiration promotionnelle de Visconti, qui, toujours habile à tisser son goût aux modes culturelles, il entrevoit et développe une résonance secrète entre la prose débordante de Mann et l’inquiet Adagetto de la "Cinquième Symphonie" de Gustav Mahler, faisant du film un événement incontournable pour la bourgeoisie intellectuelle. Et même si, avec les années, le consensus est devenu encore plus solide pour ce mélange suant de réalisme onirique et de décadence raffinée, il faut dire que « Morte a Venezia » est, en réalité, un ouvrage qui alterne les superbes accents lyriques des Visconti mûrs et les tentatives didactiques, tendues à imposer un compromis avec les thèmes de la narrative mannienne. En effet, le film et la nouvelle continuent sur des chemins assez différents. Dans la nouvelle, Aschenbach est un auteur à succès, loué pour la solidité de la prose, pour les élans surveillés d’un lyrique prudent et pour les vertus morales dont ses pages sont tissées; un intellectuel intégré, loin des caprices des avant-gardes, autant des bizarreries de l’esthétique bohémienne.

En faisant de lui un compositeur inquiet, bouleversé par l’incompréhension des contemporains, et séduit par les ambiguïtés des formes musicales, par l’appel d’un battement démoniaque, qui vibre sous les notes, Visconti a voulu traduire un conflit éthique - le spectre de la pédérastie, qui, chez Mann, abat l’hypocrisie des vertus bourgeoises - dans un désaccord esthétique - jusqu’à dévoiler qu’au fond de la beauté il y a un cœur de perversion intime.

Là où, par contre, le film brille, c’est dans l'ensemble des rapports, des échanges, toujours en équilibre entre des extravagances et des réminiscences soignées, ainsi que dans la qualité du regard qui les découvre. Parmi les nombreuses restaurations opérées par Visconti, celle de la riche bourgeoisie en orbite autour de l’Hôtel des Baines reste, peut-être, le meilleur : vive, mais souillée d’une légère mélancolie. La raison en est vite dite : dans ces mêmes milieux, où le réalisateur passe ses vacances dans la première jeunesse, Thomas Mann avait séjourné et reçu l’inspiration pour la nouvelle. Il y a donc un renversement des trajectoires du regard : ce qui pour Mann est la préfiguration d’un mal qui dans quelques années aurait investi la société européenne, pour Visconti devient un retour aux lieux de l’enfance, à cette plage endormie, fixée en quelques traits de peinture impressionniste - et nous ne doutons pas que dans ces fragments de baignade se cache l’écho le plus proche du rêve d’une adaptation proustienne. L’échantillon humain, qui se montre le long du littoral, a l’extravagance tranquille d’une vie défunte, qui se promène, joue, s’amuse et voltige dans une danse sereine de spectres. De ce festin funèbre, nous ressentons distinctement les miasmes de la décomposition et il nous impressionne l’aise avec laquelle Visconti communique, en de brefs gestes, sans contexte, le sens d’une catastrophe imminente : on la reconnaît dans le sourire tordu d’un dandy onctueux, dans le corps sec d’un pauvre homme, qui s’effondre épuisé fronçant comme un nu de Egon Schiele, dans le masque méphistophélique d’un musicien de rue.

D’un cinéma réaliste - c’est-à-dire : critique, capable de restituer l’Histoire non pas par narration, mais par reconstruction - Visconti aboutit à un cinéma de pure contemplation, replié sur lui-même et entièrement destiné à fouiller dans les désordres de son monde intellectuel.

Andréa Lauro, 18 juin 2020

 

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 05:51
Morlaix Ensemble: Quelle place pour la voiture en centre-ville? - Le Télégramme
Morlaix Ensemble: Quelle place pour la voiture en centre-ville? - Le Télégramme
Morlaix Ensemble: Quelle place pour la voiture en centre-ville? - Le Télégramme
Morlaix Ensemble: Quelle place pour la voiture en centre-ville? - Le Télégramme

Retrouvez le texte intégral de notre réponse au Télégramme ci-dessous.

Quelle place pour la voiture au centre-ville ? (L'occasion de parler de stationnement, de transports doux...).

Le centre-ville est un lieu d’activités culturels, sportives, de commerce, de services, de vie et d’animations. Il mixte ceux qui y vivent, y travaillent, y viennent pour ses services.
Son accessibilité pour tous est nécessaire dans une approche équilibrée ou personne n’est exclu, en améliorant sa qualité écologique et son attractivité.
Sur la question du parking, la situation actuelle, décidée à la va-vite, du « stationnement libre et gratuit jusqu’à nouvel ordre » génère des voitures-ventouses qui perturbent l’accès aux commerces. La gratuité des parkings sera poursuivie jusqu’à l’élaboration rapide d’une vraie politique du parking mais en assurant à nouveau la rotation des véhicules pour rendre son accessibilité au centre-ville.
Nous avons construit une stratégie en plusieurs points :
- Développer l’usage du vélo avec la création d’un schéma de déplacement urbain concerté pour créer et sécuriser les voies cyclables, en lien avec Morlaix Co.
- Renforcer les parkings relais gratuits
- Mettre en place de navettes électriques rapides gratuites qui relient les quartiers et le centre-ville via les parkings relais
- Créer de parkings pour les résidents en fond d’immeubles
- Construire une politique du parking du centre-ville avec plusieurs zones que nous définirons avec les utilisateurs : éventuellement payantes en hyper centre, puis bleues, etc… Des achats en centre-ville pourraient par exemple ouvrir à la gratuité d’un parking.
Nous pourrons ainsi avancer vers la piétonisation d’espaces pour une meilleure qualité du centre-ville : élargissement des trottoirs pour les personnes à mobilité réduite et les poussettes, piétonisation d’espaces pour nos commerçants et visiteurs, etc.
Un vrai travail nous attend avec les associations, les usagers et les habitants.

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