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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:26
Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Fabien Roussel (L'Humanité, 23 mars 2020)

Lundi, 23 Mars, 2020
Fabien Roussel : « L’exécutif s’arroge les pleins pouvoirs »

Assemblée nationale. Le secrétaire national du PCF et député du Nord, Fabien Roussel, dénonce un gouvernement « obnubilé par la poursuite de l’activité économique ». Entretien.

 

Vous vous êtes opposé, ce week-end à l’Assemblée nationale, à l’adoption de la loi du gouvernement qui crée un état d’urgence sanitaire. Ce nouvel état d’exception pose-t-il un problème démocratique ?

Fabien Roussel La démocratie pourrait être un outil au service de la lutte contre l’épidémie parce qu’elle permet de prendre des décisions partagées dans la transparence et de construire une sorte de concorde nationale. Mais ce n’est pas le choix qu’a fait ce gouvernement. Nous avons proposé de créer un comité d’urgence nationale réunissant des membres de l’exécutif, le comité scientifique, les associations d’élus locaux, les syndicats, pour régulièrement prendre les décisions qui s’imposent. Non seulement cette proposition a été rejetée mais, avec l’état d’urgence sanitaire qu’il crée, le gouvernement s’arroge les pleins pouvoirs. Nous n’avons pas voté ce texte qui prévoit, en outre, 43 ordonnances sur des mesures économiques et sociales très importantes.

Parmi ces ordonnances, figurent les autorisations à déroger au Code du travail. Est-ce un précédent dangereux ?

Fabien Roussel C’est une menace, d’autant que ces dérogations sont prévues pour une durée indéterminée. Pas seulement pendant l’état d’urgence mais jusqu’à la sortie de la crise sanitaire qui se poursuivra au-delà de cette période. Lors d’une telle crise, avec une partie de l’économie à l’arrêt total, qu’il y ait des mesures exceptionnelles à prendre peut se comprendre. Les Français sont prêts à faire des efforts. Le monde du travail est d’ailleurs en première ligne, 40 % des travailleurs sont au front et 45 % sont obligés de travailler alors que leur activité n’est pas indispensable. Nous demandons que cet élan de solidarité soit celui de toute la société. Qu’il associe les multinationales, les banques, les assurances…

Le Parlement a également validé un projet de loi de finances rectificative. Ses dispositions sont-elles à la hauteur de l’urgence et du « quoi qu’il en coûte » lancé par le chef de l’État ?

Fabien Roussel Même s’il est insuffisant, nous avons voté ce texte qui débloque 45 premiers milliards d’euros parce que ces mesures sont attendues. Mais le gouvernement aurait dû aller plus loin pour soutenir les salariés et l’économie, pour préparer le jour d’après. Nous avons notamment demandé que tous les salariés en chômage partiel perçoivent 100 % de leur salaire. Avec l’absence des primes ou pourboires et les dépenses supplémentaires en nourriture, eau, électricité, la baisse du pouvoir d’achat va déjà être très importante. Nous attendons aussi les 2 milliards promis pour les hôpitaux publics qui ne savent toujours pas sur quel budget ils vont pouvoir se financer. Nous avons également proposé de mettre à contribution les compagnies d’assurances comme les grandes fortunes, de contraindre les banques à prêter à taux zéro, d’obtenir des injections de liquidité par la Banque centrale européenne… Sans succès. Ce gouvernement et l’Union européenne restent dans leur logique libérale. Mais ces questions demeurent à l’ordre du jour.

Lors de ses allocutions, Emmanuel Macron a estimé qu’il faut interroger le « modèle de développement (…) qui dévoile ses failles au grand jour ». Qu’en pensez-vous ?

Fabien Roussel Emmanuel Macron découvre enfin les services publics et leur utilité. Il n’est jamais trop tard. Mais, en réalité, le gouvernement ne discute pas de ces ruptures à opérer. Il est obnubilé par la poursuite de l’activité économique alors que les mesures de confinement les plus strictes doivent être prises, comme l’ont fait d’autres pays. Des milliers de vies sont en jeu, chaque heure compte. La France ne doit pas attendre plus longtemps. En parallèle, il faut bien sûr débattre dès maintenant de la sortie de crise. Mais l’avenir devra se construire en rupture avec le modèle économique sur lequel nous vivons depuis tant d’années. Car à la crise économique qui se profile va s’ajouter une crise financière annoncée dès avant le coronavirus. C’est une France qui permette à chacun de vivre dignement, de répondre au défi écologique, qu’il faut reconstruire.

Les conditions dans lesquelles le second tour des élections municipales a été reporté vous satisfont-elles ?

Fabien Roussel Nous avons pu trouver des solutions permettant d’entériner les résultats des listes ayant gagné au premier tour et d’organiser au plus vite les seconds tours, en juin si les circonstances le permettent. Reste qu’avec ses 35 000 communes, la France est le seul pays d’Europe doté de 500 000 élus locaux. Ils sont indispensables dans la lutte contre le virus pour organiser les solidarités et le confinement, faire vivre le service public… Nous demandons que les communes bénéficient d’une aide financière le plus rapidement possible.

Vous avez lancé un appel à faire vivre la solidarité. Quel rôle les communistes ­entendent-ils y jouer ?

Fabien Roussel Avec nos élus et nos militants, nous avons décidé de rester un parti mobilisé dans cette période de crise. Nous avons fait appel à tous nos adhérents pour mettre en place les solidarités nécessaires dans chaque ville et chaque village. Tout comme nous avons mis en ligne une plateforme pour recenser, partager et démultiplier toutes les belles initiatives organisées par les élus.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
Fabien Roussel : L'exécutif s'arroge les pleins pouvoirs (L'Humanité, lundi 23 mars 2020)
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:24
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 07:19
Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus

Elsa Faucilllon, députée communiste, 21 mars 2020:

Depuis quelques jours, chaque soir, de plus en plus nombreux, des personnes ouvrent leur fenêtre pour applaudir l’ensemble du corps soignant mobilisé, une façon de dire notre immense gratitude. Aux mains se joignent aussi des cris, mots sur les maux dénoncés depuis tant d’années par les soignants : des moyens pour l’hôpital, des masques pour les personnels !

Cette crise sanitaire met en lumière pour beaucoup la folie qu’est la destruction organisée de notre système solidaire de santé, des dizaines de milliers d’emplois supprimés, près de 70 000 lits fermés en quinze ans, du management plutôt qu’une organisation du soin humain.

Cette crise interroge notre modèle sanitaire d’urgence, révélant la profondeur de l’impact de décennies de politiques ultra-libérales sur notre système de santé, pourtant considéré en 1995 comme le meilleur au monde.

Les pensées, le soutien va aussi vers toutes celles et tous ceux qui continuent à travailler pour l’intérêt général, derrière une caisse de supermarché ou une benne à ordure, apportant des repas aux plus âgés... La colère monte pour celles et ceux qui, sous la contrainte de leurs employeurs et sans caractère essentiel, doivent se rendre la boule au ventre sur leurs lieux de travail. Sidération devant l’indécence de la Ministre du Travail qui ordonne de ne pas arrêter les chantiers du BTP. L’objectif de rentabilité ne peut primer sur l’objectif sanitaire, celui qui vise tout simplement à sauver des vies.

Les parlementaires sont réunis ces derniers jours à l’Assemblée nationale et au Sénat pour examiner les propositions du gouvernement face à la grave crise sanitaire que nous traversons.

Pour l’heure, il nous faut donc réagir, trancher et prendre des décisions dans l’urgence. Ce sont bel et bien des décisions politiques. Légiférer en période de crise c’est à la fois prendre les décisions adaptées au moment, chercher à anticiper et dire quelque chose de l’avenir.

Le texte proposant la mise en place de l’état d’urgence sanitaire aborde plusieurs domaines, le report du second tour des élections municipales, des décisions nécessaires aussi en matière de santé et des mesures économiques d’urgence….Si des dispositions inscrites dans ce texte vont permettre des décisions utiles, d’autres m’inquiètent profondément pour aujourd’hui et pour l’après. Ici, les plein-pouvoirs sont donnés au Premier ministre et aux préfets. Si j’entends la nécessité pour le gouvernement de prendre des décisions rapides, la séparation des pouvoirs doit garder de sa vigueur lors de périodes comme celle que nous vivons.
Le respect de la démocratie politique et sociale est une des conditions essentielles à l’adhésion par les citoyens aux mesures d’urgence et aux comportements adaptés pour vaincre cette épidémie.

Lors de son discours dimanche dernier E. Macron, lyrique, prédisait que « beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner, agissons avec force, mais retenons cela, le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant ».

Chacun interprétera à sa guise, à ses espoirs. Pourtant à la lumière du texte qui nous est soumis, c’est l’inquiétude qui m’anime. Le sentiment qu’ici la majorité se saisit de ce temps de crise pour casser un peu plus encore le code du travail. Dans ce texte, des ordonnances permettront à certaines entreprises de revenir sur la durée légale du travail, sur l’acquisition et les prises de congés payés, de RTT, sur la généralisation du travail du dimanche et sur les réunions des instances représentatives du personnel. Et ces mesures ne sont pas circonscrites dans le temps !

Très concrètement, en l’état actuel du texte, les employeurs pourront – et ce même après la crise - contraindre les employés à poser leur RTT, congés payés ainsi que leurs jours de repos affectés sur le compte-épargne temps.

Cela revient à faire payer la situation actuelle à celles et ceux qui la subissent déjà plus durement, à celles et ceux qui aujourd’hui vont au front chaque jour.

Nous savons que des mesures dites exceptionnelles prises dans des moments graves peuvent ensuite être inscrites durablement dans la loi.

Le Président de la République parle d’effort national post crise, on entend, dans le choix de ce terme les convulsions de son monde, effort toujours pour les mêmes, effort au profit d’un modèle qui les dépossède.

Je préfère donc parler de solidarité nationale post-crise. La solidarité est nécessaire aujourd’hui et le sera à n’en pas douter à l’issue de cette dramatique séquence. Séquence qui semble-t-il n’a pas encore montrée toute sa dureté. Cette solidarité ne se décrétera pas dans l’autoritarisme et l’injustice, certainement pas non plus en revenant à la normalité d’un monde financiarisé, productiviste, consumériste, écrasant toujours plus celles et ceux qui créent la richesse au quotidien.

Nous avons travaillé à des amendements pour revenir sur ces propositions injustes car en l’état nous ne pouvons voter ce texte.

Il n’est ici pas l’heure de la polémique mais bien de la responsabilité politique, celle de protéger et de construire l’avenir.

Elsa Faucillon, députée communiste, revient sur les responsabilités de la crise de l'hôpital public et sur les dispositions législatives prises par rapport à la crise sanitaire du Coronavirus
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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:58
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!
Quand le PCF réclame un plan d'urgence pour l'hôpital et la création de 100 000 emplois - une campagne menée depuis plus de trois ans avec le tour de France des hôpitaux des Parlementaires communistes!

Laurence Cohen

Sénatrice communiste

😡 "Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, c'est de l'enfumage! Y'a combien d'euros débloqués aujourd'hui pour la santé? Y'en a pas! Y'a combien de lits ouverts? On ne sait pas! Dans nos hôpitaux, on manque de masques, de gants, de gels... vos belles paroles amusent la galerie mais ne règlent pas le problème! On veut des actes!"

➡️ 2 milliards annoncés par le gouvernement contre le coronavirus? C'est insuffisant! Pourquoi ne pas rendre les 5 milliards volés lors du #PLFSS2020, dont 1 milliard pour l'hôpital public?

➡️ Pourquoi ne pas rouvrir 100 000 lits fermés en 20 ans?

➡️ Pas de confinement des moyens financiers et humains! Pas de belles paroles mais des actes, en urgence!

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:43

 

Membre des Économistes atterrés, professeur à la Paris School of Business publie les Délaissés, dans lequel il fustige les politiques néolibérales. Tel un rouleau compresseur écrasant les plus défavorisés, le système à bout de souffle accroît les inégalités, détruit la planète et se voit remis en cause par la crise du coronavirus.

Au regard du contexte actuel, quel va être l’impact économique du Covid-19 ?

Nous faisons face aujourd’hui à une triple crise. Sanitaire, financière et économique. En plus des raisons de santé publique évidentes, il faut tout mettre en œuvre pour la stopper le plus vite possible afin de limiter l’impact économique. Plus elle s’inscrit dans la durée, plus les répercussions seront sévères. À mon sens, nous aurions dû prendre bien plus tôt les mesures drastiques comme le confinement, la fermeture des frontières, le couvre-feu, etc. Elles auraient permis d’atteindre le plateau de contamination plus rapidement, mais aussi de permettre aux populations de prendre dès le début la mesure de l’importance du risque épidémique. À la place, nous avons été dans une situation d’entre-deux avec les gestes barrières, nécessaires mais insuffisants, et, de l’autre, une communication gouvernementale qui nous incitait à sortir pour, par exemple, aller voter aux élections municipales. Le message n’était pas très clair. Les crises financières et économiques sont directement liées à l’urgence sanitaire. Un contrôle rapide de la contamination aurait permis de lever les doutes des marchés financiers sur les incertitudes des États européens à endiguer le Covid-19. Les pertes des petits commerces auraient été rattrapées les trimestres suivants, comme c’est déjà le cas lors des perturbations comme des grèves importantes. L’État aurait alors pu agir pour soutenir les secteurs les plus impactés. Aujourd’hui, nous sommes face à une épidémie qui prend une ampleur inédite et dont les conséquences économiques sont à l’heure actuelle difficilement mesurables.

Et qui risque d’en faire les frais ?

Si, dans les semaines à venir, notre économie enregistre une baisse conséquente de l’activité, comme lors de la crise de 2008, tous les secteurs d’activité seront touchés. Les différentes réformes du Code du travail menées par Hollande puis poursuivies par Macron permettent de licencier plus facilement. À cela, il faut aussi ajouter la réforme de l’assurance-chômage qui rend plus difficile l’accès aux prestations chômage et diminue les montants alloués. Les catégories des ouvriers et des employés seront ainsi les premières à en subir les conséquences. Dans une moindre mesure, les cadres pourraient être également touchés. On peut dès lors s’attendre à une diminution des embauches, un gel des augmentations et une hausse des cadences. Tout va dépendre en fait des moyens que le gouvernement sera prêt à mettre en œuvre pour soutenir l’activité, une fois le problème sanitaire réglé. Le président a parlé d’un soutien à l’activité, il faut voir comment cela se traduira dans les actes.

Le coronavirus semble mettre en lumière les défaillances du système capitaliste ?

En effet, le coronavirus montre la fragilité de notre système. Tant dans la rapidité de la propagation, qui montre une perte de contrôle des flux, que dans la dépendance de nos économies, en particulier dans la fabrication de produits aussi importants que les médicaments. Il ne faut pas non plus éluder la logique austéritaire et managériale mise en œuvre depuis des années et qui a organisé des coupes budgétaires dans les services publics, et notamment dans le secteur de la santé. Aujourd’hui, les personnels en première ligne dans la lutte contre le coronavirus sont ceux des hôpitaux, de la petite enfance, de l’éducation. Ces mêmes travailleurs qui manifestent depuis plus d’un an dans l’indifférence générale alors qu’ils réclament simplement des conditions de travail décentes, qui passent notamment par une augmentation de moyens humains et financiers.

D’où un chapitre entier de votre dernier livre dans lequel vous appelez à la sauvegarde des services publics ?

Depuis de nombreuses années, on assiste à un travail de sape médiatique pour dénigrer non seulement le service public, mais aussi les agents qui y travaillent. Ils sont souvent taxés de « fainéants », « improductifs », « toujours en arrêt maladie », etc. Pourtant, de nombreuses études montrent que le service public est plus efficace que le secteur privé. D’une part car il n’y a pas d’actionnaires à rémunérer, mais aussi parce que l’État, en tant qu’investisseur, bénéficiera toujours des taux d’emprunt les plus avantageux. Il y a également un effet rarement mis en avant, il s’agit de « l’effet multiplicateur de l’investissement public », théorisé par Keynes et maintes fois vérifié. La politique du Royaume-Uni en est un très bon contre-exemple. Le gouvernement a voulu cesser certains partenariats public-privé. Un rapport accablant du National Audit Office (l’équivalent britannique de la Cour des comptes) a montré que, ce faisant, la construction d’écoles coûterait 40 % de plus en cas de délégation au privé, un chiffre qui passerait même à 70 % pour les hôpitaux. Autre exemple, le système de santé aux États-Unis. Essentiellement privé, il représente 17 % du PIB, contre 11,7 % chez nous. En plus d’être inégalitaire, il est plus cher.

Il n’y a donc pas d’intérêt « économique » à casser les services publics ?

C’est une nouvelle fois encore une histoire de gros sous. Il y a une énorme manne financière, je rappelle qu’en France, les retraites représentent 300 milliards d’euros par an, sur laquelle le secteur privé souhaite mettre la main. La libéralisation du rail ou la réforme des retraites, pour ne citer qu’eux, s’inscrivent dans cette logique de privatisation de l’ensemble des secteurs de l’économie à laquelle on assiste depuis une trentaine d’années en France. Nous avons face à nous des élites très dogmatiques. La stratégie d’Emmanuel Macron consiste à mettre en concurrence l’un et l’autre, et faire en sorte que le privé cannibalise le public. On les oppose alors que les deux sont essentiels. Plutôt que de les mettre en concurrence, il faudrait montrer les bienfaits d’une économie mixte avec un secteur public fort qui réglemente le privé.

Avec notamment le tournant libéral pour l’agriculture dans les années 1980 ?

Au début, l’ouverture à la mondialisation a été plutôt bénéfique pour les agriculteurs. Ils pouvaient exporter leurs biens vers le monde entier, mais avec le revers de la médaille : une plus forte concurrence. Pour y faire face, ils ont dû augmenter leur productivité, avec le recours à la mécanisation. Toutefois, les denrées agricoles sont des biens très particuliers. Par exemple, un individu qui mange des pommes ne va pas se mettre à en manger deux fois plus si elles sont deux fois moins chères. En réalité, plus l’ensemble du secteur agricole se mécanise, plus il augmente sa productivité, et plus il voit ses revenus diminuer. L’économiste David Cayla, qui a beaucoup travaillé sur cette question, utilise d’ailleurs l’expression « la malédiction des agriculteurs ». À cela il faut aussi prendre en compte l’extrême financiarisation et tout particulièrement celle des matières premières au début des années 2000. Pour faciliter la vie des investisseurs, les banques ont conçu de nouveaux produits financiers tels que le Goldman Sachs Commodity Index (GSCI). Cet indice sert d’unique référence pour fixer les prix de 24 composantes à l’échelle mondiale. Il mélange à la fois les prix du blé, du sucre ou du soja, mais aussi de certaines énergies comme le pétrole ou le gaz, ainsi que d’autres biens comme les métaux industriels (zinc, aluminium, nickel) ou encore l’or et l’argent. Ces biens, qui pourtant ont des modes de production et de consommation très différents, se retrouvent liés entre eux. Ainsi, la moindre fluctuation sur l’un de ces produits aura un impact immédiat sur tous les autres. Ajoutez à cela l’extrême volatilité des cours. On se retrouve alors avec un système de prix totalement déconnecté de l’économie réelle et du quotidien des agriculteurs. Comment, dès lors, un agriculteur peut-il réaliser des investissements qu’il remboursera sur plusieurs années sans un minimum de visibilité sur les prix ?

Cette extrême financiarisation de l’économie a ensuite conduit à l’explosion des Bourses mondiales en 2008, que vous analysez comme la genèse du mouvement des gilets jaunes…

À la suite de la crise dite des subprimes, le taux de chômage a explosé partout en Europe. Les plus touchées ont été les catégories des ouvriers et des employés, principalement dans les territoires et dans les banlieues. Au lieu de pratiquer une stratégie de relance de l’économie, les gouvernements européens ont opté pour l’austérité budgétaire dès 2011. Leur seul objectif étant la réduction du déficit public. D’importantes coupes ont été faites sur les collectivités territoriales. L’effet sur les populations fut immédiat. Les Français ont subi la dégradation de leurs services publics, qui s’est traduite par moins de moyens pour les crèches, les écoles, les loisirs ou encore les associations qui animent la vie locale, créant ainsi le sentiment d’être lâchés par les pouvoirs publics. Ensuite, comme dans toute révolution, il faut un déclencheur. Dans le cas des gilets jaunes c’est la taxe sur les carburants qui a joué ce rôle. Il faut bien comprendre que ce type de taxe doit avoir pour but d’inciter un changement des comportements. Dans les grandes villes, cet effet peut fonctionner parce que l’arbitrage entre véhicule et transport en commun est possible. À Paris, par exemple, le taux d’utilisation de la voiture est de 14 %. En revanche, dans les territoires, il est autour de 85 %. Tout simplement parce qu’aucune alternative n’est possible. La taxe perd alors son caractère incitatif et devient punitive. Une taxe sur les carburants est justifiée au nom de l’impératif écologique, mais elle doit s’accompagner de toute une batterie de mesures comme le développement des transports publics partout en France ou une fiscalité plus juste à l’égard des grosses entreprises comme Total.

Le secteur privé a donc aussi un rôle à jouer ?

Il est normal que dans un pays où une grosse entreprise est implantée, l’État donne son avis. Au moins sur les grandes orientations de politique économique afin que le privé s’inscrive dans un projet de société de plus grande envergure. L’État fixe le cap et les entreprises doivent s’y insérer. Si le but est la transition énergétique, la rénovation des bâtiments et les renouvelables, les entreprises peuvent trouver des opportunités à s’engouffrer dans ce projet. Le problème en France, c’est qu’on a l’impression que ce sont les entreprises qui décident à la place de l’État, et que la seule stratégie de ce dernier consiste à libéraliser l’économie et baisser la fiscalité pour faciliter la vie des grands patrons.

Alors, quelle est la solution ?

Mon rôle, en tant qu’économiste, est de jeter les bases d’un nouveau modèle en mesure d’apporter une réponse aux enjeux sociaux et environnementaux. Mais le nerf de la guerre, c’est la politique. Mon livre les Délaissés a pour objectif de montrer qu’une très grande majorité de Français subit les effets négatifs de l’économie néolibérale. Qu’ils soient gilets jaunes, banlieusards, agriculteurs ou cadres, tous sont victimes du néolibéralisme. La société civile doit dépasser les clivages d’opposition de classes, souvent instrumentalisés par le jeu politique, et réclamer un véritable changement de paradigme économique.

 

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 06:36

L'histoire des retraites, des régimes pionniers au régime général, a commencé en France il y a plus de 300 ans. Ce sont alors les premiers régimes "spéciaux" qui apparaissent, puis pointent les notions d'assistance, au temps de la révolution française, puis se développent les pensions dans les mines ou dans les compagnies de chemins de fer, au temps des révolutions industrielles. Les notions de cotisations, de répartition, de capitalisation pointent aussi. Parallèlement à l'Etat, au patronat, à l'église, apparaissent de nouveaux acteurs, sociétés de secours mutuels, syndicats, sociétés d'assurance... Des lois se succèdent, 1853, 1905, 1910, 1930... jusqu'aux ordonnances de 1945.

Ce fut une longue histoire, sur des périodes somme toute assez brèves. Appréhender cette histoire, c'est aussi mieux comprendre les enjeux qui se posent aujourd'hui.

Documentaire en deux parties de 52 mn produit par le centre d'histoire sociale des mondes contemporains. Réalisation : Jeanne Menjoulet Les historiens interviewés sont : Michel Margairaz, Michel Pigenet, Laure Machu, Claude Didry, Manuela Martini, Michel Dreyfus (bref extrait d'un précédent film du CHS, "histoire de l"économie sociale et solidaire").

Ce documentaire a été réalisé à l'occasion de la publication du "prix du travail" (ouvrage collectif coordonné par Michel Margairaz et Michel Pigenet, paru en 2019).

Remerciements à l'anthropologue Armelle Faure et aux archives départementales de la Corrèze et du Cantal (à Frédéric Bianchi) pour l'autorisation d'utilisation d'extraits de témoignages oraux recueillis dans le cadre du projet "barrages et habitants"

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 17:22
L’urgence vitale - par Patrick Le Hyaric, éditorial de l'Humanité Dimanche, 19 mars 2020

Après l’Italie et l’Espagne, nous voilà entrés dans le temps suspendu et le combat quotidien pour éviter que ne se propage à vitesse folle ce maudit virus qui s’infiltre partout avec la même arrogance qu’il défie les analyses scientifiques. Seule certitude : sans les mesures draconiennes qui nous sont imposées, le bilan humain pourrait s‘avérer effrayant, comme nous n’en avons connu qu’en temps de guerre. Il l’est déjà pour l’Italie qui essuie chaque jour les décès par centaines.
La puissance de l’onde de choc est telle que les enjeux des élections municipales, pourtant ô combien importants, paraissent bien dérisoires. De nombreux citoyens l’ont fait savoir en s’abstenant massivement dimanche dernier. Ils l’ont fait à bon droit quelques heures après que le premier ministre ait demandé de fermer l’essentiel des lieux publics. Mais celles et ceux qui ont déposé un bulletin dans l’urne ont majoritairement sanctionné le gouvernement, confirmé nombre de maires sortants, pousser les écologistes et conforté les listes d’union des forces de gauche. Sur ces données fondamentales, à relativiser au regard du record d’abstention, se construiront sans doute les rapports de force de demain pour ériger une société opposée à celle qui craque sous nos yeux, avec le nez rivé sur les profits et l’obsession du gain facile qui nous plongent dans une insécurité permanente et maximale, sociale, économique et désormais sanitaire.
A cette heure les esprits sont intégralement tournés vers la situation stupéfiante que nous vivons. Et à raison. Chacune, chacun est appelé à réorganiser son quotidien, des millions de salariés vivent dans l’angoisse des conséquences de l’arrêt brutal des commerces, des services et d’une partie de la production.
Tous les regards, toutes les attentions se tournent vers les personnels médicaux et hospitaliers, admirables, en première ligne face à une catastrophe annoncée. L’équation à résoudre s’avère simple : comment faire face à l’afflux prévisible de patients sans les moyens adéquats en lits et personnels, férocement rognés par chacune des cures austéritaires. Ces femmes et ces hommes durement éprouvés par des années d’austérité imposée et des cadences infernales, qui ont multiplié les mouvements sociaux pour alerter sur leur situation professionnelle dégradée, sont donc appelés à un nouveau sacrifice au service de l’intérêt général. Cet épisode tragique et héroïque nous oblige à tourner définitivement la page des réductions de crédits pour la santé publique et à sanctifier la Sécurité sociale. Voilà des « décision de rupture » impératives, « quoi qu’il en coûte » ! Mais au-delà, les forces de progrès, politiques, syndicales associatives doivent travailler ensemble à redéfinir le rôle de la puissance publique et des solidarités sociales dans l’organisation la société. Un monde du commun est à construire.
Le monde d’hier, celui du court terme, du saccage des services publics, de la finance reine, a pris un sérieux coup de vieux. Les besoins immédiats et de moyen terme de l’ensemble de l’économie font sauter tous les verrous, imposés par les instances européennes en lien avec les gouvernements libéraux.
Les choix peuvent être faits dès maintenant pour engager de nouveaux et passionnants chantiers pour une toute autre société, de la ville au pays, de l’Europe à la planète. Qu’elles aient ou non voté, des forces considérables étaient disponibles dimanche dernier pour le progrès social, écologique et démocratique. A l’affût, elles ont et auront de plus en plus un rôle décisif, dans les urnes comme dans la cité. Dans l’immédiat, il convient d’écouter et d’appliquer les recommandations des autorités sanitaires. L’urgence est vitale, au sens propre du terme !

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 06:30
Le Parlement vote un état d'urgence sanitaire qui menace les libertés publiques et le droit social (L'Humanité, 22 mars 2020)
Dimanche, 22 Mars, 2020 - L'Humanité
Le Parlement vote un "état d'urgence sanitaire" qui menace les libertés publiques et le droit social

La loi contre le coronavirus, très vaste, confie des pouvoirs exorbitants au gouvernement via un « état d’urgence sanitaire » dont le contrôle s’avère insuffisant. Les attaques contre le Code du travail en pleine épidémie ont aussi été dénoncées.

 

Adopté. L’Assemblée nationale a voté dans la nuit de samedi à dimanche le projet de « loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 », par 510 voix contre 37. Les députés PCF, FI et trois PS se sont prononcés contre. D’abord à cause de la création d’un « état d’urgence sanitaire » finalement démesuré. « Nous étions d’accord sur le principe. Nous ne voulons pas freiner le gouvernement dans sa capacité d’action face au coronavirus. Mais cela doit se faire dans le respect de l’État de droit. Le texte présenté transfère des pouvoirs exorbitants à l’exécutif », dénonce Stéphane Peu. L’élu PCF explique que son groupe a proposé d’aligner ce nouvel état d’urgence sur celui déjà existant, créé en 1955. « L’idée était de garantir un contrôle du Parlement au bout de douze jours. Mais cela a été refusé, s’alarme-t-il. Nous allons au final vers un état d’urgence qui dans sa durée et dans la faiblesse des contrôles va au-delà de l’article 16 de la Constitution », lequel confie des pouvoirs exceptionnels au président de la République, avec saisie possible du Conseil constitutionnel au bout de 30 jours par les parlementaires.

Or cet « état d’urgence sanitaire » pourra être déclaré d’emblée pour une durée de deux mois, puis renouvelable de mois en mois. « Nous avons proposé la création d’un comité national associant l’ensemble des forces politiques, sociales et économiques afin de dépasser cette crise dans la concorde, la confiance et la transparence. Mais cela a été refusé. La démocratie est pourtant une condition sine qua non pour surmonter cette épreuve et faire adhérer le peuple tout entier aux mesures adoptées », pointe Stéphane Peu. « Les assemblées ne sont pas de trop ! Nous sommes prêts, jour et nuit, dès que l’on nous convoque, à venir délibérer », abonde Jean-Luc Mélenchon. L’insoumis considère qu’il « n’y avait pas de vide juridique » nécessitant la création d’un « état d’urgence sanitaire », mais se disait prêt à le voter avant de voir enfler « l’étendue incroyable des pouvoirs conférés au gouvernement » sans contrôle suffisant.

La hausse des pénalités ne fait pas l’unanimité

« Nous ne pouvons pas créer ex nihilo un dispositif juridique alors que nous sommes moins de trente parlementaires présents dans l’hémicycle », signale le socialiste Boris Vallaud. Les travées de l’Assemblée étaient de fait quasi vides, seuls trois députés par groupe étant autorisés à venir pour représenter l’ensemble des 577 élus, pour cause d’épidémie. La plupart des députés PS se sont cependant abstenus, tout comme les sénateurs PCF amenés à se prononcer plus tôt, dans la nuit de jeudi. Notamment parce que le Parlement examinait un texte composé d’ordonnances : le gouvernement est lors d’un premier vote habilité à écrire la loi à la place des chambres législatives, qui ratifieront ou non le texte rédigé lors d’un vote à venir. Il est ainsi possible de laisser l’exécutif élaborer une loi avant de la repousser. Le contenu du texte s’est en outre précisé au fil des jours, l’union nationale réclamée par le président de la République Emmanuel Macron se délitant au fur et à mesure des débats.

L’évolution des règles de confinement a divisé. Si l’ensemble des parlementaires s’entendent pour le faire respecter, la hausse des pénalités n’a pas fait l’unanimité. Les amendes pour non-respect passent de 135 euros la première fois à 1 500 euros en cas de récidive. Et jusqu’à 3 750 euros et six mois de prison ensuite. « Nous sommes au-delà de toute proportionnalité. Il faut de plus se dispenser d’une peine d’emprisonnement alors que nos prisons sont pleines », s’émeut le député LT (Libertés et territoires) Charles de Courson. Mais c’est surtout l’absence de contrôle sur l’état d’urgence qui a opposé les élus, tout comme les attaques portées contre le droit du travail. Cette deuxième raison a aussi poussé les députés PCF et FI à voter contre le texte. Car le projet du gouvernement prévoit de laisser certaines entreprises déroger à la durée légale du travail et aux 35 heures, à l’acquisition et la prise de congés payés et jours de repos, et aux réunions des instances représentatives du personnel (IRP). Les secteurs concernés n’ont pas été précisés, et la durée de ces mesures n’a pas été circonscrite à celle de l’épidémie.

Les municipales reportées au mois de juin

Si le ou les jours de carence ont été temporairement supprimés dans le public comme dans le privé, afin que le maintien des rémunérations se fasse dès le premier jour de l’arrêt de travail dans ce contexte d’épidémie, des coups sévères ont donc été portés aux salariés. Tout employeur pourra contraindre les salariés, confinés ou non, au dépôt de jours de RTT ou de repos issus du compte épargne temps. L’imposition sans limite des congés payés a par contre été renvoyée à un accord de branche ou d’entreprise par le Sénat, qui l’a limitée à six jours ouvrables. « Les droits sociaux ne doivent pas être la seule variable d’ajustement dans les moments difficiles », prévient Jean-Luc Mélenchon, pour qui « ceux qui ont le plus sont appelés à donner le plus ». « On connaît la volonté du gouvernement d’affaiblir le Code du travail. C’est insupportable en temps normal et encore plus dans cette situation. Les Français sont prêts à se retrousser les manches pour lutter contre le virus sans que ne soient prises des mesures discrétionnaires, autoritaires ou attentatoires au droit social », ajoute Stéphane Peu.

Enfin, les parlementaires se sont entendus sur le report des élections municipales au mois de juin, les dates du 21 ou du 28 juin étant les plus envisagées, à condition que la situation sanitaire le permette. La question de la date de dépôt des listes a animé les débats, certains voulant les circonscrire au mois de mars. La date du 2 juin a finalement été retenue, avec un début de campagne fixé au 8 juin. Il est en outre prévu que les plafonds de dépenses de campagne soient majorés par un futur décret. Si les résultats du premier tour ont été confirmés, il a été précisé que les conseillers municipaux et communautaires élus le 15 mars entreront finalement en fonction en juin. Les anciennes assemblées sont donc maintenues d’ici là.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 14:46
Coronavirus : Que comptez vous faire pour protéger les salarié-es ? (Fabien Roussel au gouvernement à l'Assemblée Nationale-PCF)

Coronavirus : Que comptez vous faire pour protéger les salarié-es ? (Fabien Roussel-PCF)

Vous trouverez ci-dessous la Question Au Gouvernement de Fabien Roussel, posée ce matin à l’Assemblée nationale.

Monsieur ministre,

Le monde du travail est en 1ere ligne.

Il y a d’abord toutes celles et ceux qui assument des activités essentielles au bon fonctionnement de notre pays. Nous pensons bien sûr à tous les soignants, auxquels la nation doit exprimer une infinie reconnaissance.

Mais il y a aussi tous les autres : les auxiliaires de vie auprès des personnes âgées, ceux qui vivent au quotidien auprès des personnes handicapées, les policiers, les gendarmes, les pompiers ou encore les personnels pénitentiaires... Ils sont ainsi des dizaines de milliers, forcément au contact d’autres personnes, qui font un travail admirable mais qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas faire garder leurs enfants, pourquoi n'ont-ils pas de masque, de gel et de gants ?

Il y a aussi toutes celles et ceux qui, dans le privé comme dans le public, nous permettent de continuer à vivre du mieux possible : que ce soient les enseignant-es, les fonctionnaires, les caissièr-es, les livreur-ses ou les postier-es, tous sont indispensables, mais eux aussi se sentent oubliés car ils n’ont pas de protection et ils doivent faire valoir leur droit de retrait quand leur direction les met en danger, comme chez Amazon ou GE Belfort.

Il y a tous ces travailleurs et toutes ces travailleuses qui ont peur d’être licencié-es. Interdisez les licenciements dans cette période au moins.

Et puis il y a ceux qui se demandent pourquoi ils doivent aller travailler, au péril de leur santé, dans des secteurs non essentiels, dans le bâtiment, pour produire des rétroviseurs dans le Grand Est, des paquebots à St Nazaire ou encore des trains à Valenciennes. Il y a ceux comme les travailleurs des ports qui demandent à ce que leur activité se concentre sur le strict nécessaire. Sans règle claire, des entreprises non indispensables continuent de tourner. Il ne peut pas y avoir d’un coté un confinement total et de l’autre des salariés qui prennent les transports pour aller au travail et se regroupent dans leur entreprise.

Monsieur le Ministre
Celles et ceux qui sont au front sont toujours les mêmes. Que comptez vous faire pour les protéger ?

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord,

Paris, 10h30, le 19 mars 2020.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 14:42
Jeudi, 19 Mars, 2020
Grèce. L’hôpital public broyé par l’austérité

Dans un pays où jeudi, le nouveau coronavirus avait fait six morts et contaminé 464 personnes sur une population de 10,7 millions, c'est la crainte de l'effondrement du système de santé qui plane. Avec les memoranda, le système public de santé a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Les médecins ont pris en masse le chemin de l’exil.

 

Les politiques d’ajustement structurel imposées à la Grèce depuis 2010 ont laissé tout un pays exsangue ; c’est dans les secteurs de l’éducation et de la santé que les coupes budgétaires furent les plus brutales et c’est l’hôpital public qui en a payé le prix le plus lourd. Jeudi, Athènes annonçait déjà six décès dus au coronavirus et les personnels soignants sont terrorisés à l’idée de devoir affronter la pandémie avec des infrastructures de santé en ruine.

Au total, 25 % à 30 % des unités de soins ont disparu

Le tableau est sombre : entre 2009 et 2015, les dépenses publiques de santé par tête ont chuté, en valeur réelle, de 37,7 % et, avec les deux premiers memoranda, le système de santé public a perdu les trois cinquièmes de ses effectifs. Dès 2010, le système national de santé ESY a réduit de 60 % ses dépenses. Au nom de la « rentabilité » du système hospitalier, les 137 établissements répartis sur le territoire se sont trouvés contraints de fusionner, pour laisser place à un réseau de 83 hôpitaux seulement, avec, au passage, des milliers de suppressions de postes et la fermeture de 4 500 lits. Au total, 25 % à 30 % des unités de soins intensifs et des unités de soins spécialisés ont disparu et, fait absurde, des hôpitaux flambant neufs, financés par des crédits européens, n’ont jamais ouvert leurs portes, faute de personnels.

Autre effet désastreux de la compression budgétaire : les hôpitaux ont accumulé les dettes auprès de leurs fournisseurs, ce qui complique leur approvisionnement en médicaments, fournitures de base et matériel médical. L’amputation des salaires des médecins hospitaliers, enfin, a conduit à l’exode de milliers d’entre eux, partis travailler à l’étranger. Pour la seule année 2013, en Crète, 55 % des médecins fraîchement diplômés ont pris le chemin de l’exil, selon l’ordre des médecins. Dans la même période, la région d’Athènes perdait, pour les mêmes raisons, 600 praticiens. Cette entreprise de démolition, combinée à la privation de couverture sociale des chômeurs, a provoqué dans le pays une véritable crise humanitaire, difficilement atténuée par la création de centres de santé solidaires par des soignants bénévoles. Au pouvoir, Syriza a rétabli la gratuité des soins hospitaliers pour les populations précaires. Sans parvenir à guérir, faute de marge de manœuvre politique et de moyens financiers, un système public de santé poussé à l’asphyxie.

Grèce. L’hôpital public broyé par l’austérité (L'Humanité, 19 mars 2020 - Rosa Moussaoui)
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