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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 06:30
Le Télégramme, 11 août 1994

Le Télégramme, 11 août 1994

Ouest-France, août 1994: entretien avec Rol-Tanguy à l'occasion de sa venue à Concarneau

Ouest-France, août 1994: entretien avec Rol-Tanguy à l'occasion de sa venue à Concarneau

A lire de Roger Martelli:

"25 août 1944. Le métallo (Rol-Tanguy) et les généraux" par Roger Martelli

Ismaël Dupont, élu PCF-Front de Gauche, a été à l'initiative d'un vœu signé par toute l'opposition de gauche morlaisienne pour inaugurer une oeuvre d'art sur la place Rol-Tanguy face à la gare à la mémoire de l'ancien combattant de la résistance et des Brigades Internationales en profitant de l'actualité de la mise en place du Pôle d'échange multimodal à la Gare, mais la majorité de droite de Morlaix n'a pas souhaité donné suite et appuyer cette demande, pas plus qu'à Morlaix-Communauté d'ailleurs:

Les élus de gauche de Morlaix demandent que la ville dédie une oeuvre d'hommage à Rol-Tanguy, héros de la Résistance et de la guerre d'Espagne, sur la future esplanade de la Gare

Vœu de la minorité municipale pour le Conseil Municipal du jeudi 13 novembre 2014

Le 12 juin 1908, Henri Tanguy naissait en gare de Morlaix à l'issue d'un accouchement précipité.

107 ans plus tard, la ville de Morlaix et la Communauté d'Agglomération, pilotent avec leurs partenaires et l'aide de l'Etat et de plusieurs collectivités la rénovation de la Gare de Morlaix et de ses environs immédiats pour requalifier le quartier, accueillir les nouveaux voyageurs prévus dans le cadre de la LGV et de l'augmentation du trafic TER.

La place Rol-Tanguy, anciennement place de la gare rebaptisée sous le dernier mandat Le Goff, va devenir une esplanade piétonne très passante et active. Un lieu de vie sociale, sans doute plus encore qu'aujourd'hui où elle sert surtout de passage pour les voitures arrivant en gare.

N'est-ce pas le bon moment, en ces années de commémoration de la Libération et du rétablissement de la République, d'honorer particulièrement ce grand résistant breton, en lui dédiant une statue ou un portrait-fresque sur support rigide ou mural, commandé à un artiste sur le parvis qui porte son nom? Ne pourrait-on pas penser par exemple à un artiste comme le brestois Paul Bloas?

Henri Rol-Tanguy fut en effet un des dirigeants de la Résistance qui a organisé la Libération de Paris...

Paris libéré par l'insurrection de son peuple. Après 4 ans sous le joug allemand. L'action armée des résistants unis au sein du F.F.I. conjuguée avec le soulèvement de la population parachevée par les blindés de Leclerc chasse l'occupant et peut-être signifie la signature de l'acte de la capitulation auquel participe Rol-Tanguy.

"Nous avons donné le coup de grâce à l'ennemi, mais Paris était déjà aux mains des Parisiens" (Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe)?

Son courage, son combat pour un monde de Liberté, d'Egalité, de Fraternité sont des exemples pour notre époque et il importe que les générations présentes, jusque-là épargnées par les tempêtes de l'histoire, n'oublient pas ce que le rétablissement de la démocratie et la lutte contre le fascisme doivent au dévouement de ces hommes pétris d'idéal et d'altruisme qui ont su dire non à la fatalité de la régression et de la barbarie.

Henri Rol Tanguy a su aussi s'engager dans les batailles de l'après-guerre: la reconstruction et l'application du programme de transformation sociale et économique bâti par le CNR.

Henry Rol-Tanguy fut longtemps président de l'Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance et il eut l'occasion de revenir de nombreuses fois à Morlaix à ce titre.

Rol Tanguy à Concarneau novembre 1979

Rol Tanguy à Concarneau novembre 1979

Rol-Tanguy à Concarneau Ouest-France novembre 1979

Rol-Tanguy à Concarneau Ouest-France novembre 1979

Avec l'intervention de Pierre Le Rose, ancien résistant, dirigeant des Jeunesses communistes, des FTP et du Conseil Départemental de Libération, à l'occasion de la venue de Rol-Tanguy à Concarneau pour une exposition sur la résistance et une conférence débat:

 

Intervention de Pierre Le Rose à une conférence-débat avec Rol-Tanguy, le mardi 6 Novembre 1979 à Concarneau

" Vous qui restez, soyez dignes de nous, les 27, qui allons mourir".

Ces mots, écrits par Guy Môquet, ce jeune communiste de 17 ans, dans sa dernière lettre, quelques instants avant d'être fusillé dans la carrière de Châteaubriant, ont profondément marqué, dès qu'ils furent connus, les communistes concarnois.

Etre dignes d'eux, c'était poursuivre alors, dans les conditions de la guerre, contre l'occupant hitlérien et ses valets de Vichy, la lutte que ces 27 communistes fusillés le 22 octobre 1941 avaient entrepris, bien avant la guerre pour que les hommes et les femmes de ce pays vivent mieux, pour la liberté contre le fascisme et pour la Paix. "Plutôt Hitler que le Front Populaire" proclamaient à notre classe ouvrière et à notre peuple, ni l'union anti-fasciste, ni la victoire électorale, ni les conquêtes sociales de 1936. "Plutôt Hitler..." aboutissait à désigner pour le peloton d'exécution par un ministre français les 27 otages, fusillés parce que communistes suivant l'avis d'exécution paru à l'époque dans "l'Ouest-Eclair"et "la Dépêche de Brest", porte-paroles des allemands et du gouvernement Pétain Laval. La bourgeoisie collaborationniste se vengeait en frappant ces ouvriers et ces intellectuels communistes, de la grande peur ressentie les années précédentes face à l'union réalisée entre les forces de démocratie et les possibilités qu'avait cette union de grandir encore davantage. Aussi livrait-elle aux Allemands ces communistes pour lesquels elle avait construit ses camps d'internement. Elle frappait Charles Michel, le député, Pierre Semant et Jean-Pierre Thimbault, les militants syndicalistes, Guy Moquêt, fils de député communiste, Grandel, le maire de Gennevilliers, Pierre Guéguin, le Conseiller Général et Maire Communiste de Concarneau, Marc Bourhis, militant syndicaliste et antifasciste, dont le père était un adjoint au maire de la Municipalité de Front Populaire de Concarneau.

Oui, durant toute la guerre contre l'occupant, les communistes de Concarneau ont été dignes de la juste cause pour laquelle combattaient ceux de Châteaubriant. Ils ont, avec patience, multiplié les efforts d'information de la population, remontant son moral, montrant les possibilités de la Victoire, donnant confiance. Ils sont passés aux actions de sabotage contre les installations de l'occupant, à la lutte armée avec la formation de l'Organisation Spéciale (l'O.S) dont Alain Le Lay fut l'un des actifs organisateurs. Ils ont entrepris au printemps de 1942 les liaisons avec les sous-marins et puis la livraison, par mer, des premiers envois d'armes par les anglais. Aussi la répression les a t-elle durement frappés et comme Alain Le Lay, sont morts en déportation (après la rafle des policiers de Vichy conduits par le Commissaire des Renseignements Généraux, en septembre 1942) Théophile Louam, Esprit Jourdain, Carduner de Lauriec, Yves Le Gall, Auguste Soulfès. Joseph Berthou et Eugène Le Bris étaient fusillés.

Mais la lutte continuera. Trente-cinq résistants de l'organisation communiste sont mis hors de combat, mais l'organisation se reconstituera. Les jeunes viendront nombreux dans les détachements de F.T.P dont les premiers détachements concarnois prendront les noms de Pierre Guéguin et Marc Bourhis, marquant leur fidélité aux idéaux qui animaient les fusillés de Châteaubriant. L'organisation du Front National prendra de l'extension, multipliant ses efforts d'union de tous les patriotes pour une France Libre et Indépendante, tandis que l'organisation du Parti Communiste et celle des Jeunesses Communistes recruteront à Concarneau et dans les alentours plus d'une centaine d'adhérents, distribuant des tracts clandestins, collant des affichettes, publiant à deux reprises un journal polycopié "L'Etincelle". Bientôt naîtra une compagnie entière de la Milice Patriotique qui allait devenir la 7e Compagnie des F.T.P. L'autre compagnie, la 5e, portant le nom de Leclerc (ses membres voulant montrer l'unité de combat entre les Forces de la France Libre et celles "sans uniforme") perdait son chef, un jeune fouesnantais de 20 ans, notre camarade Etienne Millau dans le combat de Kernabut le 14 juillet 1944, tombé en même temps que Massé et Hervé, deux forestois.

Etre dignes du combat des 27 de Châteaubriant, c'était également après le débarquement entreprendre l'unification de toutes les forces de la Résistance, unir dans une même organisation ceux qui par des chemins différents, sous des formes diverses, avaient menés de longs mois, de longues années, le même combat, avec le même mérite, les mêmes sacrifices pour les mêmes buts: chasser l'envahisseur, rendre aux français leur liberté et à la France son indépendance. Aussi dans les combats libérateurs les FFI formaient une seule force, sous un commandement unique et les comités de libération rassemblaient toutes les opinions de notre population pour rétablir la démocratie, à l'image du Conseil National de la Résistance, pour soutenir le Gouvernement provisoire de la République au sein duquel toutes les tendances étaient représentés...

Etre dignes d'eux, c'était depuis, - et c'est encore aujourd'hui - poursuivre le combat et l'effort de rassemblement pour le bonheur des hommes, la liberté, l'Indépendance de notre pays, pour sauvegarder la Paix. Nous pensons, nous communistes, depuis trente ans, avoir mené ce combat sans défaillance aussi bien contre la guerre d'Indochine, contre la guerre d'Algérie que contre l'oppression partout où elle se manifeste dans le monde. Nous avons conscience de le faire aujourd'hui quand nous voulons rassembler, unir notre peuple afin qu'il gagne lui-même une vie meilleure, qu'il contribue au désarmement et à l'entente entre les peuples, qu'il avance vers toujours plus de démocratie, de liberté, de droits pour l'homme.

La grande leçon de la résistance, c'est l'invincibilité de notre peuple quand il est uni. A cette union les communistes ont conscience d'avoir contribué. Nous persévérerons dans cette voie pour unir toutes les forces vives de ce pays, pour comme il y a trente-cinq ans, nous trouver ensemble, "celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas"...

Lettre de Rol-Tanguy à Pierre Le Rose, 1979

Lettre de Rol-Tanguy à Pierre Le Rose, 1979

Rol-Tanguy (l'homme situé le plus à gauche) à la fête de la Bretagne au début des années 50 - Photos Archives Pierre le Rose

Rol-Tanguy (l'homme situé le plus à gauche) à la fête de la Bretagne au début des années 50 - Photos Archives Pierre le Rose

Photo Archives Pierre Le Rose

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 13:12
1973: Solidarité avec le peuple chilien: carte postale éditée contre la dictature de Pinochet
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 07:29
Morlaix, 1987: des militants CGT de la Manufacture de Tabac, dont un certain Jean-Luc Le Calvez, empêchent l'enlèvement des machines pour sauver leurs emplois et leur outil de travail
Morlaix, 1987: des militants CGT de la Manufacture de Tabac, dont un certain Jean-Luc Le Calvez, empêchent l'enlèvement des machines pour sauver leurs emplois et leur outil de travail
Morlaix, 1987: des militants CGT de la Manufacture de Tabac, dont un certain Jean-Luc Le Calvez, empêchent l'enlèvement des machines pour sauver leurs emplois et leur outil de travail

C'était au temps où Morlaix riait ... mais ce n'était déjà plus le temps du cinéma muet.

Jean-Jacques Cléach était maire de Morlaix, Marie Jacq députée PS, Marylise Lebranchu conseillère régionale et présidente du SIVOM, Chirac était le premier ministre de cohabitation, et l'on fabriquait encore des cigarettes et des cigares en France dans une entreprise d'Etat, la Seita (Société d'exploitation industrielle des tabacs et allumettes), qui employait encore en 1995 quand elle est privatisée plus de 6000 salariés sur six usines en France.

Quai du Léon, la vénérable Manufacture de tabac, datant du XVIIe siècle et des instructions de Colbert, emploie environ 500 salariés entre 1982 et 1987 et n'en comptera plus que 220 en 1993. En 1987, la CGT annonce la volonté de la Seita de supprimer 129 postes et se bat avec flamme et pugnacité contre la casse de l'emploi, de l'outil de travail, qu'elle pressent comme un prélude à une fermeture du site pour délocaliser l'activité en faisant travailler une main d'oeuvre bon marché.

Des militants CGT combatifs comme notre ami et camarade Jean-Luc Le Calvez et son collègue Jean-Claude Le Guidou s'opposent aux transferts des machines à Strasbourg ou à Nîmes. Ils dénoncent les 5 milliards de centimes que la SEITA est prête à engloutir pour supprimer l'emploi en incitant les salariés à quitter l'entreprise plutôt que de chercher à moderniser l'outil de travail. Ils comprennent bien que la Seita préfère produire à l'étranger, notamment en sur-exploitant la main d'oeuvre africaine dans l'usine de Bangui (en Centre-Afrique).

Ce n'est pas encore le temps où l'on condamne les syndicalistes à de la prison ferme.

Mais la Seita envoie tous de même nos deux syndicalistes au tribunal.

Ces quatre articles de Ouest-France et du Télégramme de l'époque relatent les différentes phases de cet épisode des conflits sociaux à la Manufacture de Tabac et à Morlaix.

Pour Jean-Jacques Cléach, "il est anormal que deux syndicalistes soient assignés devant le tribunal. C'est de la provocation". Et de demander à Marie Jacq, la députée, d'intervenir directement auprès du président de la République. Marylise Lebranchu ne comprend pas qu'Heyraud, le PDG de la SEITA, envoie des syndicalistes au tribunal et refusent toute forme de négociation sur son plan de suppression d'emplois. Depuis, on l'a connu moins solidaire quand elle était encore au gouvernement avec les salariés de Goodyear.

Le PCF et la CGT organisent un rassemblement devant le Palais de Justice pour soutenir les camarades injustement poursuivis pour avoir voulu sauver leur usine des logiques financières de rentabilité maximale et de casse de l'emploi.

Le journaliste commente la sortie du tribunal, avant que le verdict soit connu:

"Chaleureusement applaudis à la sortie du tribunal, Jean-Luc Le Calvez et Jean-Claude Guidou n'ont guère à redouter l'ordonnance que rendra aujourd'hui le juge des référés. Même désignés comme responsables du blocage des machines, le solde de l'opération restera pour eux et pour la CGT largement positif. L'initiative de la direction a achevé de mettre en lumière leur action pour le maintien des emplois à la manufacture des tabacs. Réduisant aux seconds rôles leurs supporters présents hier devant le tribunal, CFDT, élus socialistes et communistes".

Lors de la venue de Chirac le premier ministre à Brest en novembre 1987, la CGT appelle à manifester contre les suppressions d'emplois à Thomson et à la Manu.

Finalement, le nombre de salariés à la Manu sera réduit à 50 lors du 3e plan social de 1998-1999 et l'activité prendra totalement fin à Morlaix en 2004.

Morlaix, 1987: des militants CGT de la Manufacture de Tabac, dont un certain Jean-Luc Le Calvez, empêchent l'enlèvement des machines pour sauver leurs emplois et leur outil de travail
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 07:23
Quand Poutine met ses agences de presse au service des délires racistes et anti-immigration

Le vendredi 12 février, la correspondante du Monde à Moscou, Isabelle Mandraud, dans un article intitulé "L'offensive médiatique russe vise l'Europe. Moscou dépeint une union européenne déstabilisée par les réfugiés et attaque l'Allemagne", relate comment le régime autoritaire brutal et à bien des égards d'extrême-droite de Vladimir Poutine nourrit les réseaux d'information (y compris net) xénophobes en Europe et alimente dans l'opinion russe l'idée d'une Europe mise à feu et à sang par les réfugiés et les immigrés. Pas étonnant que l'extrême-droite radicale française, Marine Le Pen et le FN, Dupond-Aignan fassent de Poutine leur modèle.

Morceaux choisis:

"Une Europe plongée dans l'insécurité et des dirigeants incapables d'y remédier, quand ils ne mentent pas de façon délibérée à des fins électoralistes. Telle est la vision présentée par les médias publics russes, qui consacrent une bonne partie de leurs informations à la crise migratoire en Europe, mettant en avant quasiment exclusivement les incidents survenus la nuit du Nouvel an à Cologne, durant laquelle de nombreuses femmes ont été agressées, mais pas seulement. Tous les pays d'Europe sont concernés.

Alors que des dizaines de milliers de Syriens se pressent de nouveau aux portes de la Turquie pour fuir les bombardements russes dans le nord de leur pays dénoncés par les Occidentaux, Moscou accroît la pression en dépeignant une Europe déstabilisée. L'ensemble des réseaux russes sont mobilisés, chaînes de télévision, agences, sites internet, ainsi que leurs antennes et bureaux à Londres, Berlin, Paris ou Vienne, pour diffuser en plusieurs langues une "version" déformée des événements.

D'Autriche, de Suède ou de Bruxelles, la tonalité des "nouvelles" est toujours la même, les titres ravageurs. "Vienne: un migrant viole un enfant de dix ans dans une piscine". "Journaliste belge agressée lors d'un reportage à Cologne". "L'Autriche ne va pas renvoyer un demandeur d'asile qui a violé une femme de 72 ans", "Les procureurs suédois ne seront pas obligés de signaler les agressions sexuelles par des réfugiés"...

Le 16 janvier, Perviy Kanal, la première chaîne russe, a consacré dans son journal du soir un long sujet à Lisa F., une jeune Berlinoise de 17 ans d'origine russe "enlevée et violée" par des étrangers. Le reportage démarrait "sur le nouvel ordre qui s'est instauré en Allemagne" où "selon des témoignages, les migrants ont commencé à violer des enfants mineurs".

Cette version des faits a été soutenue par le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov lui-même.

Le fantasme étranger/homme de couleur= prédateur sexuel est digne de la littérature coloniale et raciste la plus baroque mais peut fonctionner dans un pays où les autorités laissent faire les ratonnades de skinheads russes contre les caucasiens, quand elles ne les organisent pas.

En Russie, les rassemblements du mouvement allemand anti-immigration Pegida ("¨Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident") sont suivis de près et ses assertions sur les "mensonges" et "dissimulations" de la police sont copieusement relayées.

La France, qui comme l'Allemagne s'est opposée à l'annexion de la Crimée et qui critique la politique pro-Bachar des russes en Syrie, n'est pas épargnée. "La manifestation du 6 février organisée malgré son interdiction par la microscopique branche française de Pegida, rejointe par le général Christian Piquemal, ancien commandant de la Légion étrangère, et surtout les procès qui ont suivi ont fait l'objet d'un flot ininterrompu d'"informations"".

La Russie a complaisamment relayé la chambre d'échos déformés des messages de l'extrême-droite - Robert Ménard, Gilbert Collard, Stephane Ravier, Thierry Mariani - au sujet de cette arrestation.

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:59

Ah Valls ça c'est pas bon! On en a déjà goûté de la sauce hollandaise, mais elle n'avait jamais eu un goût aussi dégueulasse.

Mercredi 10 février, 119 députés socialistes - soit près de la moitié du groupe - ont refusé d'approuver un projet de loi majeur du quinquennat, et 83 députés ont même voté clairement contre le texte qui prévoit d'inscrire l'état d'urgence et la déchéance de nationalité dans la Constitution.

Le texte a tout de même été approuvé par 317 voix contre 199 grâce à l'appui de la majorité des députés de droite (111 pour, 74 contre, 8 abstentions) et des ex-EELV François de Rugy et Barbara Pompili, reconvertis dans l'écolo-pétainisme de carrière.

Le vote, le mardi, de 92 députés socialistes, dont Gwenegan Bui, contre l'article 2 sur la déchéance de nationalité avait été un avertissement, mais il était difficile de savoir combien approuverait l'ensemble du texte le lendemain, en soutien à l'article 1 sur l'état d'urgence. Les 3/4 de ces 92 élus n'ont pas fait de concession et ont voté contre tout le texte quand les autres se sont presque tous abstenus.

La contestation va bien au-delà des habituels fraudeurs, 30 à 40 députés socialistes opposés à la politique économique néo-libérale et de régression sociale du gouvernement.

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 05:47

Turquie : l'escalade meurtrière contre le peuple kurde doit cesser. Communiqué de Marie-Christine Vergiat

Depuis plus d'un mois maintenant, les opérations de l'armée et des forces spéciales de police sur la partie kurde du territoire turc se renforcent et le bilan humain ne cesse de s'alourdir. Les villes de Sur, Diyarbakir et Cizre sont particulièrement touchées par ces affrontements.

Alors que Cizre est sous le coup d'un couvre-feu depuis le 14 décembre et que ces derniers habitants tentent de se protéger comme ils le peuvent, c'est avec horreur que nous avons appris que 28 personnes, dont des élus, bloquées depuis le 23 janvier dernier, dans la cave d'un bâtiment, avaient été pris pour cible et que plusieurs d'entre eux avaient été tués et lourdement blessés.

Alors que mon groupe, la GUE/NGL, aux côtés de plusieurs parlementaires d'autres groupes politiques, avait interpellé la semaine dernière Frederica Mogherini pour qu'elle fasse pression sur les autorités turques sur le désastre humanitaire de Cizre, nous assistons à une escalade de violence sans limite de la part des autorités turques.

Il y a urgence à faire pression sur les autorités turques pour qu'elles cessent de prendre en otage les populations civiles qui payent un lourd tribu dans ces opérations.

Les autorités turques doivent respecter les normes internationales en matière de droit humanitaire et cela vaut aussi pour les dizaines de milliers de syriens qui se massent à la frontière turque, aujourd'hui toujours fermée, alors même qu'ils fuient les combats qui ont lieu à Alep notamment, et cherchent à trouver refuge vers Afrin situé dans la partie kurde du territoire turc. Ces réfugiés sont aujourd'hui pris en étau au milieu de ces opérations et n’ont plus que seule voie de repli les routes qui mènent à la Turquie.

Il n'est pas acceptable que l'UE ferme les yeux sur l'ensemble des violations des droits de l'Homme commises par la Turquie sous couvert d'espérer pouvoir sous-traiter avec les autorités turques sa politique migratoire mortifère. Ce silence ne peut plus durer.

Marie-Christine Vergiat

Marie-Christine Vergiat

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 05:25

Jacqueline Fraysse (députée Ensemble-Front de Gauche), le 8 février: sur la dégressivité des allocations chômage, question au ministre du travail:

Madame la ministre du travail, les règles d’indemnisation du chômage seront renégociées dans les prochains jours par les syndicats de salariés et le patronat. Début 2014, le Président de la République avait affirmé : « Ce n’est pas à un moment où il y a un taux de chômage élevé qu’il faut réduire les droits des chômeurs ». C’était une bonne intention. Mais alors, la courbe du chômage se serait-elle inversée à notre insu pour que vous plaidiez en faveur de la dégressivité des allocations chômage ?

Hélas non ! Au contraire, le chômage a atteint depuis le début de ce quinquennat un niveau record, et ne cesse d’augmenter. L’argument selon lequel la dégressivité des allocations chômage encouragerait les chômeurs à chercher un emploi est faux. Vous l’avez vous-même reconnu, et toutes les études le démontrent.

Si le but recherché par le Gouvernement est uniquement de réduire les déficits sur le dos des demandeurs d’emploi, ne faites pas croire à nos concitoyens qu’il s’agit de faire baisser le chômage !

Et s’il s’agit de réaliser des économies, pourquoi ne pas remettre en cause le CICE, qui a largement démontré son inefficacité et qui coûte chaque année 20 milliards d’euros d’argent public, sans que la promesse patronale de créer un million d’emplois ait jamais été tenue ?

Vous avez beau demander que l’on regarde les choses de manière dépassionnée, il n’en reste pas moins qu’avec cette mesure, vous cultivez l’idée inacceptable qu’une partie de nos concitoyens bénéficieraient d’une assurance chômage trop généreuse quand, je le rappelle, un demandeur d’emploi qui gagnait le SMIC perçoit 890 euros par mois pour vivre.

Madame la ministre, allez-vous abandonner l’hypothèse de la dégressivité des allocations chômage, inefficace en matière de retour à l’emploi et extrêmement pénalisante pour les intéressés ? (Applaudissements sur les bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine et sur quelques bancs du groupe écologiste.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social.

Mme Myriam El Khomri, ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, madame la députée, comme vous l’avez dit, la négociation sur l’assurance chômage relève des partenaires sociaux. La convention qui a été signée en 2014 arrivera à son terme le 30 juin, et c’est aux partenaires sociaux, qui commenceront les négociations à la fin du mois, qu’il reviendra de fixer les conditions d’affiliation et d’indemnisation des demandeurs d’emploi.

Il est important de rappeler ici qu’il n’y a pas de coupable désigné. Depuis le début de la crise en 2008, les recettes diminuent tandis que les dépenses d’indemnisation augmentent. Cette situation financière est connue de tous, y compris des partenaires sociaux. Je leur fais pleinement confiance pour trouver des modalités permettant d’assurer la pérennité financière du système. Mais la logique budgétaire ou financière ne saurait être la seule à guider la négociation. Je souhaite, et je le répète devant vous, que le dialogue social débouche sur un accord.

Permettez-moi aussi de dire à cette assemblée qu’en 2014, les partenaires sociaux ont réussi à faire des économies en matière d’assurance chômage tout en accomplissant une avancée sociale, avec les droits rechargeables, conjuguée à l’accélération du retour à l’emploi. C’est aussi cela le dialogue social, et il est important de le souligner.

Quelles sont les attentes en ce qui concerne la convention d’assurance chômage ? Le premier objectif est de maintenir la fonction protectrice de l’assurance chômage : les chômeurs doivent conserver un niveau de vie décent. Le deuxième objectif est d’accélérer le retour à l’emploi et d’encourager les comportements favorables à l’emploi des employeurs. Vous l’avez dit, la dégressivité n’a pas apporté satisfaction.

Question au gouvernement de Jacqueline Fraysse, députée Front de Gauche, sur la dégressivité des allocations chômage
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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 07:32
Patrick Rambaud

Patrick Rambaud

Patrick Rambaud avait utilisé la satire entre 2007 et 2012 pour décrire le règne de "Nicolas 1er"."François le petit" est un ouvrage réjouissant sur la forme mais implacable sur le fond, dépeignant une vie politique qui glisse inexorablement vers la médiocrité.

En refermant votre livre, on hésite entre le rire et la consternation.

C'est justement parce que j'étais consterné que j'ai recommencé. Quand Sarkozy a été élu, je me suis dit "C'est pas possible, il faut faire quelque chose!" J'ai fait un livre (Chronique du règne de Nicolas 1er) et puis finalement, j'en ai écrit six. Au-delà de la chronique politique, ces bouquins sont aussi des panoramas de l'époque. Et il faut bien reconnaître que notre époque, en plus des horreurs qu'elle charrie, est passablement ridicule.

Pourquoi avoir choisi cette forme littéraire si particulière?

C'est de la satire, dans la vieille tradition latine qui existe depuis des siècles, depuis Horace en fait. Si vous lisez Horace aujourd'hui, vous allez être étonnés. A 21 siècles de distance, il est capable de vous dresser le portrait d'un emmerdeur comme on en connaît tous. C'est exactement le même! Le type qui vous accroche et dont on ne peut plus se dépêtrer. C'est ce que dira plus tard La Bruyère, en expliquant que les gens sont tous les mêmes, qu'on les retrouve partout, de tout temps.

Vous décrivez François Hollande comme quelqu'un de froid et calculateur, ce que l'on savait déjà. Mais vous évoquez aussi son absence totale de culture littéraire, son désintérêt pour le roman. Qu'est-ce que cela veut dire de lui?

Léon Blum travaillait le matin au ministère. L'après-midi, il lisait. Mitterrand était un homme cultivé. Avant lui, Giscard lisait Maupassant. De Gaulle aussi était un grand lecteur. Certes, c'était une autre époque, mais quand même... Depuis Sarkozy, on a des analphabètes? Hollande, en plus, est un énarque. Or, il y a deux choses qui n'intéressent absolument pas les énarques: l'histoire et la littérature. Alors que ce sont quand même les deux sujets qui font un bonhomme, qui lui donnent du volume, une possibilité de mieux comprendre les choses.

C'est vrai que les énarques en prennent pour leur grade dans votre livre...

On parle de gamins de 25 ans qui n'ont jamais bossé et qui décrochent tout de suite de gros postes dans l'administration alors qu'ils n'ont jamais rien vécu. C'est terrible! Pour moi, ce sont des zombies. Et il y en a partout, dans tous les couloirs...

On sent que vous prenez énormément de plaisir à brosser des portraits. Par exemple, celui de Laurent Wauquiez, énarque lui aussi, qui apparaît comme l'archétype du félon...

Ce n'est pas moi qui le dis. Ce sont ses amis! Quand je regarde le dossier que j'ai sur Wauquiez, toutes ces coupures de journaux, tout le monde dit que c'est un traître! Pour faire un portrait, il faut un trait de caractère. Là, je l'avais.

Vous attendiez-vous à ce que François Hollande soit un aussi bon sujet de livre?

Au début, je me suis dit: "On en a fini avec Sarkozy, je vais pouvoir passer à autre chose". Et puis, en voyant le résultat catastrophique des débuts de Hollande, je me suis dit: "C'est pas possible, il est trop con!". En fait, tous ces gens ne pensent qu'à leur réélection.

Vous dites qu'il s'inspire du "Bréviaire des politiciens" du cardinal Mazarin. N'est-ce pas là la marque d'un profond cynisme?

Hollande ressemble à Mazarin d'une façon tragique. Dans son Bréviaire, Mazarin dit notamment que, pour régner, il faut s'entourer de caractères complètement différents. Hollande ne fait que ça. Il prend comme conseillers Aquilino Morelle et Emmanuel Macron, qui n'ont absolument rien à voir, il associe dans son gouvernement Valls et Taubira... On appelle ça la synthèse? Je n'y vois que du calcul.

François Mitterrand aussi était comparé à Mazarin...

Oui, mais Mitterrand avait du charisme, de la hauteur, une épaisseur réelle. On le sentait quand il entrait dans une pièce. Aujourd'hui, ils n'ont plus que la carcasse.

L'omniprésence de la vie privée nourrit aussi votre livre. Comment voyez-vous cette évolution?

Cela a commencé avec Giscard, qui a fait entrer la vie privée à l'Elysée. Avec Sarkozy, c'est Closer qui y est entré... Et Hollande continue. Cela commence avec le premier tweet de Valérie Trierweiler, à peine un mois après son élection. Après ça, on poursuit sur le mode grotesque, avec la Vespa et le casque... C'est complètement tocard!

L'environnement a aussi beaucoup changé...

Bien sûr! La pression populaire est énorme. Il y a internet, les chaînes d'info en continu, les sondages. Vous avez quinze sondages tous les jours. Ces gens nous disent qu'ils ne les regardent pas mais c'est faux: ils passent leur temps à les interpréter pour savoir comment manœuvrer en vue de gagner les prochaines élections. Cela devient un jeu de société mais ce n'est plus une méthode de gouvernement.

Derrière la forme, votre livre contient aussi une fine analyse politique. Comment travaillez-vous?

Je lis les journaux tous les matins, du Monde à Closer. Une documentaliste m'aide également en constituant des dossiers. Une fois qu'on a tout ça, on prend un grand tamis, on secoue au-dessus et on voit ce qu'il reste. Le livre sur Hollande ne s'est pas fait sur le même rythme que les chroniques de la présidence Sarkozy. Sarkozy, c'était à chaque fois sur un an. Là, c'est sur deux ans et demi, il y a donc beaucoup plus de choses à brasser. Et il y en aura encore dans deux ans.

D'autant que ça repart fort, avec, par exemple, le débat sur la déchéance de nationalité...

Alors ça, c'est un fumigène absolument génial. Tu jettes ça et derrière, on ne voit plus rien. Alors que c'est complètement idiot, c'est un sujet complètement con. S'empailler là-dessus, c'est ridicule... Ce ne sont que des calculs, des manœuvres, des manipulations qu'on voit venir à 300 mètres.

Propos de Patrick Rambaud recueillis par Samuel Ribot, ALP.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 06:35

L'HUMANITE

Mercredi 10 Février 2016

Pierre IVORRA

Dans la pensée de certaines des forces à la recherche d'une alternative à la politique actuelle, il y a des tabous qu'elles doivent parvenir à lever afin de construire des réponses permettant de sortir du capitalisme. Il y a notamment l'idée, qui paraît puérile mais a une certaine vitalité, que la crise serait une « invention » des capitalistes, ils la créeraient pour pouvoir licencier, précariser à souhait et ainsi porter la rentabilité de leurs capitaux à son zénith. Il y a certes chez les cadors du CAC 40 une volonté inédite de baisser le coût du travail, d'augmenter leurs profits, d'accumuler comme jamais, et c'est là une part de la réalité de la crise de leur système. Il y a dans ce déni de la réalité des crises du capitalisme une méconnaissance des acquis de la pensée économique. La réflexion sur cette question est déjà ancienne. Au milieu du XIXe siècle, le Français Clément Juglar a mis en valeur la succession de mouvements d'expansion et de contraction de l'activité d'une durée de huit à dix ans. Marx lui-même, dans le Capital, poussera plus en avant ces analyses.

Par la suite, le Russe Kondratieff mettra en valeur des cycles plus longs, avec des périodes d'expansion et de crise allant bien au-delà de dix ans. Parallèlement, un homme comme Joseph Schumpeter mettra en relation ces crises avec les mouvements de l'innovation technologique.

Aujourd'hui, c'est l'ensemble du système capitaliste qui est en crise, un système à la fois mondialisé et financiarisé. Il y a simultanément crise au niveau économique et crise du système non économique, concernant les relations humaines autres qu'économiques, celles touchant à la famille, à la politique, aux moeurs, aux valeurs... Crise donc de ce que Paul Boccara appelle le « système anthroponomique » et, enfin, crise de la relation des hommes avec la nature, crise environnementale.

Les capitalistes essaient de s'attaquer à cette crise systémique, mais leurs tentatives ne font que l'aggraver. Il y a pour autant dans ces efforts matière à réflexion, comme en témoigne le rôle majeur joué en Europe par la BCE afin d'essayer de relancer les marchés financiers et l'activité. Cela donne idée de ce qu'elle pourrait faire si elle mobilisait ses ressources en faveur de l'emploi, du développement humain et de la préservation de la nature. Dans l'action contre la crise du capitalisme, s'il nous faut être très attentif aux dégâts sociaux, il s'agit aussi de saisir le « nouveau » sous-jacent pour le pousser à son terme. Un projet politique qui se voudrait alternatif et ne partirait pas de cette ambivalence serait voué à l'échec.

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 06:26

L'HUMANITE

Mercredi 10 Février

Notre modèle d'agriculture est-il à bout de souffle?

MOBILISATIONS PAYSANNES, ABUS DANS LA GRANDE DISTRIBUTION...

LA CONCURRENCE DU LIBRE MARCHÉ ÉRIGÉE EN DOGME

Jean MOUZAT – Président du MODEF national

Nous connaissons depuis plusieurs années une crise agricole sans précédent. Nous sommes à la croisée des chemins entre un système agricole libéral, basé sur des fermes-usines appartenant à des investisseurs extérieurs qui ont pour but de casser les coûts de production pour augmenter la charge de travail des agriculteurs, et un système agricole familial, basé sur des exploitations à taille humaine où les agriculteurs sont maîtres de leur outil de production et s'insèrent dans la vie d'un territoire.

L'élément clef entre ces deux systèmes est le prix. Voulons-nous que les agriculteurs puissent vivre de leur travail en obtenant un prix qui les rémunère ou cherchons-nous à ce que les agriculteurs s'adaptent à un marché mondial ultralibéral qui fait la course au moins-disant ?

Sans vision sur l'avenir proche, nombre d'exploitants familiaux cessent leur activité. Selon la MSA, en 2014, le nombre de départs d'exploitants en retraite anticipée (qui font valoir leurs droits avant de pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein) a bondi de 25 % en moyenne. On peut imaginer que, en 2015, ce mouvement s'est accéléré, tout comme les cessations d'activité d'exploitants plus jeunes qui rejoignent les rangs des demandeurs d'emploi. Aujourd'hui, les agriculteurs sont unanimes et demandent des prix rémunérateurs, comme le revendique le Modef depuis des décennies. La PAC 2014-2020 a abandonné, a démantelé la quasi-totalité des outils de régulation des prix et des marchés, au nom du libre marché et de la libre concurrence. Or, pour agir sur les prix, il faut enfreindre les règles de la libre concurrence et du libre marché érigées en dogmes car le libre marché est incompatible avec la production agricole: sur les marchés à terme, moins de 3 % des contrats aboutissent à une transaction physique. La spéculation boursière sur les matières premières agricoles a pris le pas sur les marchés physiques, il n'est plus un indicateur fiable. Le marché réagit à la vitesse des liaisons Internet. La production a des contraintes de saison, de durée de culture ou d'élevage, de capacité des sols à produire, de maturité... L'agriculture n'est pas une usine où on peut appuyer sur un bouton pour augmenter ou ralentir la cadence de production. L'exemple de la crise de la grippe aviaire est saisissant. La mise en place d'un vide sanitaire de 21 jours a pour effet de cesser la production de foie gras durant plus de 120 jours. Les produits agricoles sont des produits stratégiques puisqu'ils sont destinés à satisfaire les besoins vitaux des êtres humains. Pour un pays, maîtriser son alimentation est une garantie d'indépendance. Le marché est dirigé par les multinationales de l'agroalimentaire et de la grande distribution. Du fait de leur taille et des volumes traités, elles imposent aux exploitants leurs prix et leurs conditions d'achat.

La table ronde de juin 2015 initiée par le ministre de l'Agriculture s'était conclue par un accord sur des augmentations de prix. Mais, sitôt l'accord obtenu, les acteurs de la filière, à tour de rôle, déclaraient au fil des jours qu'ils ne le respecteraient pas. Ainsi est démontré qu'il est complètement illusoire de compter sur la solidarité de la filière pour obtenir un juste partage des marges. Le plan de sauvegarde de l'élevage mis en œuvre par le gouvernement était nécessaire pour passer le cap de l'année dans l'attente d'un redressement des cours. Mais ces aides, aussi importantes soient elles, ne règlent pas le problème de fond qui est celui du prix. Le gouvernement français, s'il veut qu'il y ait encore demain une agriculture diversifiée, riche en emplois, répartie sur le territoire national, n'a pas d'autre choix que de prendre des mesures de sauvegarde de notre agriculture. Il faut obtenir du Conseil européen et de la Commission une exemption des règles de la libre concurrence pour les produits agricoles afin de pouvoir réguler le prix.

MOBILISATIONS PAYSANNES, ABUS DANS LA GRANDE DISTRIBUTION...

L'AGROBUSINESS SE PORTE BIEN, TRÈS BIEN MÊME

Laurent PINATEL – Porte parole de la confédération paysanne

Et si on arrêtait de prendre les paysans pour des imbéciles? Oui, notre modèle agricole est à bout de souffle. Alors pourquoi vouloir le cacher? Y aurait-il des intérêts supérieurs au devenir des paysans qui justifieraient qu'on continue cette course vers toujours plus de litres de lait par vache, plus de kilos de viande par animal, plus de quintaux de céréales par hectare? Et toujours moins de paysans et de paysannes...

Dans les années 1960, les politiques publiques ont encouragé les paysans à produire plus pour nourrir une Europe balbutiante et pas encore autosuffisante. Bons élèves, les travailleurs de la terre ont rapidement atteint les objectifs : produire plus, moderniser, agrandir les fermes... et mettre en place un transfert de main-d’œuvre de la campagne vers la ville. Si la modernisation a d'abord fait du bien dans les fermes (il y a peu de regrets aujourd'hui pour la traite ou la fauche à la main), elle s'est ensuite emballée au point de créer une rupture entre le paysan et son métier. Le système libéral a profité de ces moyens mis à disposition pour la nécessaire modernisation de l'agriculture pour financiariser le secteur et priver les paysans de l'exercice même de leur métier. Depuis des décennies, on promet un métier moins harassant physiquement, des récoltes plus sûres, des débouchés assurés, mais à une condition: il faut investir, moderniser, industrialiser en fait... inexorablement. Nous devons acquérir du matériel, des semences, des engrais, des pesticides, passer des contrats, et aller voir la banque, souvent, trop souvent... Mais nulle inquiétude à avoir, tout devait bien se passer...

Pourquoi avoir menti à ce point ? Pourquoi industriels et pouvoirs publics se sont-ils donné la main pour s'assurer de la disparition de centaines de milliers de paysans ? Ce processus d'industrialisation de l'agriculture s'est déroulé dans un cadre de cogestion de l'agriculture par la FNSEA et le ministère, et le pluralisme syndical instauré dans les années 1980 n'y a rien changé. Rendez-vous présidentiel à la veille des annonces sur la politique agricole commune, rallonge au plan de soutien à l'élevage annoncée sur le perron de Matignon... Les exemples ne manquent pas ces dernières années où Xavier Beulin, président de la FNSEA, semblait prendre les décisions pour l'avenir de l'agriculture, ou du moins les souffler sans discrétion aucune aux oreilles de nos dirigeants. Mais souffle-t-il des demandes pour l'avenir des paysans, ou pour l'avenir de son business, lui le président de Sofiprotéol-Avril ?

Tout le secteur agricole n'est pas en crise aujourd'hui. L'agrobusiness se porte bien, très bien même. Nous vendons des semences au monde entier, nous exportons du lait en Chine et de la viande en Turquie, et notre gastronomie est inscrite au patrimoine mondial de l'humanité ! En fait, tout va bien, sauf pour les paysans qui disparaissent, sauf pour l'alimentation qui se dégrade, sauf pour les territoires qui se vident, sauf pour les sols qui s'épuisent, sauf pour le climat qui se dérègle. On s'est servi des paysans pour faire de l'agriculture un énorme business rentable, un de ceux avec lequel on peut se battre contre des superpuissances en négociant des accords de libre-échange. Maintenant, on n'a plus besoin de paysans, juste de travailleurs à façon pour l'agro-industrie. Mais, on peut encore se battre, les pouvoirs publics peuvent encore prendre leurs responsabilités pour renverser la balance, les citoyens peuvent se mobiliser pour leur alimentation. Nous n'avons pas besoin de milliards en plus pour stopper la crise et l'empêcher de se reproduire, nous avons besoin d'une réelle politique agricole et alimentaire. L'agriculture n'est pas l'affaire des paysans face aux agrobusinessmen. C'est une affaire de démocratie.

MOBILISATIONS PAYSANNES, ABUS DANS LA GRANDE DISTRIBUTION...

UN VASTE PLAN SOCIAL QUI N'EN PORTE PAS LE NOM

Xavier COMPAIN

Membre du Conseil National du PCF chargé de l’agriculture

Un mois que les éleveurs français mobilisés expriment leurs colère et inquiétudes. Un vaste plan social qui n'en porte pas le nom guette les producteurs et plus globalement l'élevage français. Le diagnostic est connu, démantèlement des outils de régulation, libéralisation des marchés, dumping social, concentration de l'agriculture au profit des géants de l'agroalimentaire et de la grande distribution. Faute d'affronter le sujet de prix agricoles rémunérateurs, comme celui des travailleurs détachés en Europe, les mesures gouvernementales de l'été dernier n'auront été qu'incantatoires ! C'est donc vers un autre chemin, celui du progrès humain, de l'appropriation sociale, des biens communs, qu'il faut faire route à gauche et avec courage. Face aux défis est posée l'émergence d'un nouveau mode de développement social et écologique. L'enjeu alimentaire interpelle nos civilisations.

Notre combat est celui d'en finir avec la faim. Notre croissance est celle d'un développement en faveur d'une alimentation de qualité, saine et accessible à toutes et tous, assise sur des productions relocalisées. Pour répondre au défi climatique, un nouveau modèle agricole, rémunérateur pour ces travailleurs, doit promouvoir la valorisation, la transformation et la vente au plus près des consommateurs. À tous les niveaux, monde, Europe, France, les politiques agricoles et alimentaires doivent planifier la production, se réapproprier la régulation des marchés et accompagner la transition écologique de l'agriculture. En France, repenser le territoire est devenu indispensable. À l'inverse des logiques capitalistes actuelles qui concentrent et marginalisent, la ruralité doit devenir attractive. Il est urgent de réinvestir les départements ruraux en faisant le pari de l'agriculture paysanne, de la pêche artisanale, de l'artisanat, du développement des savoir-faire. Le redéploiement du transport et de services publics au service des territoires et populations en est la condition. Les communistes font des propositions dans leur texte de projet intitulé « La France en commun ». À travers une série de chantiers prioritaires, nous tentons de dire ce qu'il nous semble essentiel de porter, de confronter, et devrait s'engager en actions de gouvernement de gauche. En ce sens, nous voulons reconstruire une production nationale qui réponde aux besoins. Nous proposons la création de fonds au soutien de l'agriculture paysanne, aux filières alimentaires relocalisées, à l'installation de jeunes paysans, à la transition écologique du modèle de production agricole.

Ces mesures sont pour nombre d'entre elles au cœur des programmes, mandatures des élu(e)s PCF. Il nous est posé l'exigence de vulgariser ces expériences de relocalisation menées, de développer les ventes paysans/consommateurs aux prix justes, montrer comment nous sommes écocommunistes en partant de l'alimentation et du projet agricole que nous proposons.

Avec « la France du commun », ces mesures d'urgence, si nous étions en responsabilité dans un gouvernement de gauche, font écho dans l'actualité. Parce que nous sommes communistes, nous ne remettons pas à demain pour (tout) changer mais voulons agir dès maintenant dans l'intérêt général. En effet, la proposition de loi déposée en septembre 2015 par nos parlementaires est à disposition pour apporter de vraies solutions aux éleveurs. Nous proposons de légiférer sur la réduction des marges et pratiques abusives dans la grande distribution. Les prix agricoles doivent faire l'objet de négociations annuelles et pluralistes à travers des conférences sur les prix. L'indication d'origine des produits agricoles et de la mer, transformés ou non, doit être appliquée. Face aux crises climatiques et sanitaires, les activités du vivant doivent être protégées par un régime mutuel. Pour affirmer sa souveraineté alimentaire, l'Europe doit se doter d'outils de gestion, réaffirmer le besoin de planification (stocks de sécurité alimentaire), mettre en place des prix indicatifs, conquérir de nouveaux droits sociaux pour les travailleurs de l'agriculture. Ce qui sera au cœur des batailles et initiatives menées en 2016 avec le Parti de la gauche européenne. Oui, un nouveau modèle agricole est possible. Intervention populaire, renforcement et convergence des luttes, conquête électorale et majorité d'idées sont les conditions de son émergence.

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