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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 06:16
Quand le couple fait révolution 2/5. Vladimir Maïakovski et Lili Brik L’Amour, la Poésie, la Révolution - L'Humanité, Loan Nguyen, 11 août 2020
Quand le couple fait révolution 2/5. Vladimir Maïakovski et Lili Brik L’Amour, la Poésie, la Révolution - L'Humanité, Loan Nguyen, 11 août 2020
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Mardi, 11 Août, 2020

Quand le couple fait révolution 2/5. Vladimir Maïakovski et Lili Brik L’Amour, la Poésie, la Révolution

Révolutionnaires jusque dans la relation amoureuse qui les a unis, le poète et sa muse se sont enthousiasmés pour l’innovation créatrice des débuts de l’Union soviétique puis consumés dans une liaison tumultueuse, jusqu’au suicide de celui-ci.

 

Tandem flamboyant et tragique de la révolution russe, Vladimir Maïakovski et Lili Brik n’ont en réalité jamais été un couple… ou alors dans une version bien éloignée de la définition classique que l’on peut donner à cette union. Né le 7 juillet 1893 à Baghdati, en Géorgie, le plasticien puis poète, devenu moscovite à l’adolescence, est l’un des meneurs du mouvement futuriste lorsqu’il rencontre Lili Brik, de deux ans son aînée, en 1915. Il est alors l’amant de la sœur cadette de celle-ci : Elsa Kagan – future Triolet et compagne d’Aragon. Lili est, elle, mariée au critique littéraire Ossip Brik depuis trois ans. Ce qui n’empêche nullement la passion d’éclore entre elle et Maïakovski.

Une égalité hommes-femmes avant-gardiste

La révolution alors encore en gestation s’accompagne en effet d’une aspiration à réinventer les relations amoureuses chez une partie de l’intelligentsia russe. Ossip et Lili Brik se rêvent alors à l’image du couple libre formé par Vera Pavlovna et Lopoukhov dans le roman de Nikolaï Tchernychevski au nom prophétique : Que faire ?. L’œuvre de 1863, qui dépeint une égalité hommes-femmes avant-gardiste sur fond de triangle amoureux, aura marqué Lénine au point de lui fournir le titre de son fameux pamphlet révolutionnaire.

Si Vladimir Maïakovski quitte Elsa pour Lili, le mari de cette dernière, loin de se formaliser de cette romance naissante entre sa femme et le poète, devient l’un des plus fervents promoteurs de l’artiste. L’année de leur rencontre, Maïakovski dédie à celle qui deviendra sa muse le Nuage en pantalon. « Votre pensée / qui rêvasse sur un cerveau ramolli / tel un laquais adipeux, vautré sur une banquette graisseuse, / je l’exciterai par la loque ensanglantée du cœur / me moquant tout mon soûl, insolent et caustique / Je n’ai pas un seul cheveu gris dans l’âme, / aucune tendresse sénile ! / Le monde retentit qu’entonnerre ma voix / et j’avance – beau / de mes vingt-deux ans. / Délicats ! » (1) clame-t-il en prologue de ce poème fondateur dont le premier éditeur n’est autre qu’Ossip Brik. Lili, de son côté, touche un peu à tous les domaines : actrice, réalisatrice, sculptrice, écrivaine, son œuvre n’aura jamais la postérité de celle de son célèbre compagnon.

Maïakovski et Ossip Brik fonde le Front de gauche des arts

La révolution qu’appelle de ses vœux le trio n’est pas que sentimentale, mais bien une partie intégrante d’un mouvement politique et civilisationnel total. Vladimir Maïakovski est membre, depuis 1908, du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) et suit la branche bolchevique de l’organisation au moment où elle se divise d’avec les mencheviks. Après la révolution d’Octobre, le poète fonde en 1923 avec Ossip Brik la LEF (Front gauche des arts), une revue d’avant-garde soviétique qui influencera toute une génération d’écrivains, et participe activement de la glorification de la démocratie ouvrière naissante à travers ses poèmes.

Mais sa relation au Parti communiste connaît quelques accrocs. Les autorités soviétiques sont parfois dépassées par l’audace créatrice de cette nouvelle génération d’artistes qui dynamitent les codes de l’esthétique classique. De son côté, Maïakovski se montre très critique de la NEP (Nouvelle Politique économique), qu’il voit comme une compromission de la révolution à des considérations bourgeoises.

Les deux amants ne cessent de se tourmenter

Parallèlement, sa liaison avec Lili Brik se montre tout aussi tumultueuse. Déchirés entre une soif de liberté sentimentale et sexuelle qui les pousse à vivre d’autres aventures et l’amour fou et exclusif qui les unit, les amants ne cessent de se tourmenter, comme en attestent les centaines de lettres qu’ils se seront échangées. « La barque de l’amour s’est brisée contre la vie courante. Comme on dit, l’incident est clos », écrit-il en 1930, en guise d’épitaphe, avant de se tirer une balle dans le cœur. Dans sa lettre de suicide, on trouve aussi cette supplication déchirante : « Lili, aime-moi. » Si la destinataire connaîtra de nombreux autres amants jusqu’à la fin de sa vie, celle-ci aura consacré ses jours à populariser l’œuvre de Maïakovski avant de finir par mettre fin à ses jours bien des années plus tard, à l’âge de 87 ans.

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(1) Le Nuage en pantalon, traduction de Charles Dobzynski, éditions le Temps des cerises.
Quand le couple fait révolution 2/5. Vladimir Maïakovski et Lili Brik L’Amour, la Poésie, la Révolution - L'Humanité, Loan Nguyen, 11 août 2020

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 06:06
Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)
Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)
Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)
Jeudi, 13 Août, 2020 - L'Humanité

Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple

Tourmentées, flamboyantes, engagées : les œuvres des deux peintres mexicains auront été à l’image de leur vie et des soubresauts révolutionnaires qui agitent ce début de XX e siècle qui les aura vus déployer leurs talents.

 

Couple de peintres mythique aussi bien pour leur relation incandescente que pour leurs œuvres éclatantes, Frida Kahlo et Diego Rivera ont également marqué le début du XX e siècle de leur engagement politique. Né en 1886 à Guanajuato, au Mexique, Diego Rivera a déjà été marié plusieurs fois et jouit d’une reconnaissance artistique internationale lorsqu’il croise le chemin de Frida Kahlo en 1927. Alors âgée de 20 ans, deux fois plus jeune que Diego, Frida montre ses toiles au muraliste réputé, qui est immédiatement subjugué par son style.

Écorchée vive, à l’image de ses toiles viscérales

Ses œuvres, déjà très centrées autour d’autoportraits où se mêlent l’angoisse et le merveilleux, traduisent une histoire déjà jalonnée de souffrances physiques malgré son jeune âge. Marquée à vie par une polyomélite contractée à l’âge de 6 ans, et qui lui aura laissé un pied atrophié, la jeune femme a en outre subi un grave accident lorsqu’elle avait 18 ans. Un tramway avait percuté le bus dans lequel elle voyageait avec son petit ami de l’époque. Son bassin, ses côtes et sa colonne vertébrale sont brisés, sa jambe droite fracturée en onze endroits et son abdomen et son pelvis sont transpercés par une barre de métal. C’est à l’occasion de cette longue et douloureuse convalescence qu’elle se met à peindre, aidée par sa famille qui installe un miroir au plafond de sa chambre. Ce terrible accident lui laissera des séquelles à vie, l’empêchant notamment de mener à leur terme toutes ses grossesses. Écorchée vive, à l’image de ses toiles viscérales, Frida ne supporte pas non plus les injustices. Et dans ce début de XX e siècle marqué par des révolutions au Mexique comme dans le monde, celle-ci s’engage à 21 ans du côté des communistes.

Un militantisme que partage Diego, qu’elle épouse en 1929. Son travail pictural semble d’ailleurs plus systématiquement politique et social : sur ses fresques monumentales se lisent l’histoire du Mexique, notamment pré-hispanique, la corruption de l’Église catholique et la force motrice de la classe ouvrière et du marxisme. Frida Kahlo, elle, critique l’impérialisme américain dans certains de ses tableaux comme dans son Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, et n’hésite pas à afficher ses sympathies communistes comme dans sa toile intitulée Le marxisme guérira les malades.

L’opposant au régime soviétique,Trotski, en exil à la Casa Azul

Mais leur relation au Parti communiste s’avère aussi houleuse que leur union. Après un séjour en Union soviétique, Diego Rivera exprime des critiques qui lui valent d’être exclu du Parti communiste mexicain. Frida Kahlo quitte l’organisation en 1930 par solidarité avec son époux. Quelques années plus tard, le couple se rapproche de l’opposition trotskiste et adhère à la IV e Internationale. C’est d’ailleurs grâce à l’intervention de Diego Rivera auprès du président de la République mexicaine Cardenas que Léon Trotski obtient l’asile politique au Mexique en 1937. Les deux artistes accueillent l’opposant au régime soviétique avec son épouse Natalia Sedova à Mexico dans leur fameuse maison bleue (la Casa azul).

Mais Frida devient pendant quelques mois la maîtresse de Trotski, ce qui sème le trouble au sein du groupe, et provoque le départ des exilés soviétiques de la maison bleue. Les infidélités qui émaillent la relation entre les deux peintres provoquent plusieurs ruptures, notamment lorsque Diego entame une liaison avec la sœur de Frida, Cristina. Les deux artistes divorcent en 1938, avant de se remarier en 1940. Mais la santé fragile de Frida se détériore : elle subit de nombreuses opérations de la colonne vertébrale, puis une amputation de la jambe suite à une gangrène. Elle décède le 13 juillet 1954 d’une embolie pulmonaire. Deux mois après les funérailles de son épouse, Diego obtient sa réintégration au Parti communiste. Il meurt à son tour trois ans plus tard d’une crise cardiaque, sans que son souhait de voir ses cendres transférées aux côtés de celles de Frida ne soit respecté.

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Quand le couple fait révolution 4/5. Frida Kahlo et Diego Rivera, un art vibrant au service du peuple (L'Humanité, Loan Nguyen, 13 août 2020)

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 05:56
Universités. Les mauvais coûts de la rentrée étudiante - Nadège Dubessay, L'Humanité - 18 août 2020
Mardi, 18 Août, 2020 - L'Humanité

Universités. Les mauvais coûts de la rentrée étudiante

Hausse des loyers, APL amputées, bourses qui ne suivent pas l’inflation, masques anti-Covid 19… Une fois de plus, le porte-monnaie des étudiants explose. C’est ce que révèlent la Fage et l’Unef dans leurs baromètres annuels.

 

C’est un mélange de colère et d’inquiétude. À 20 ans, Guéwen Douesneau connaît déjà la galère d’un quotidien où il faut compter le moindre sou. Forfait à Internet et au téléphone, livres pour la fac, nourriture et, désormais, masques de protection contre le coronavirus… Après avoir payé les 650 euros de son loyer, il ne restait plus que 250 euros au jeune couple qu’il forme avec sa compagne, boursière comme lui. À deux, ils bénéficiaient de 900 euros. Sauf que cette année, Guéwen ne percevra que 250 euros au lieu des 550 de l’année dernière. « Ce doit être une erreur, j’ai demandé que mon dossier soit réévalué », lâche l’étudiant qui doit entamer sa deuxième année de licence de lettres à Angers. Si rien ne change, il devra mettre la fac de côté, au moins une année, pour travailler. Ou alors contracter un emprunt étudiant. La crise du Covid-19 avait déjà mis fin à ses espoirs de trouver un job cet été : « J’ai envoyé 80 CV. J’ai eu 80 refus », soupire-t-il. Comme beaucoup, il n’a pas eu d’autre choix que demander une aide alimentaire au Secours populaire français. « À 20 ans, on essaie de se préparer à la vie. Mais si c’est ça… » souffle-t-il sans cacher sa peur d’un avenir incertain. Selon un sondage Ipsos pour la Fage (première fédération étudiante), les trois quarts des jeunes ont perdu des revenus entre mars et juin. Un sacré problème quand on sait que près d’un étudiant sur deux doit se salarier pour financer ses études.

Une rentrée chiffrée à 2 361 euros, soit 76 euros de plus que l'an passé

Cette année encore, les chiffres sont têtus. La Fage, tout comme le syndicat Unef, viennent de publier chacun leur baromètre du coût de la rentrée 2020. Selon la boussole de la Fage, l’augmentation moyenne par rapport à l’an dernier est de 2,5 % en Île-de-France et 3 % en province. Pour la fédération, le coût de cette rentrée s’élève à 2 361 euros, soit 76 euros de plus que l’année dernière. « Alors que l’inflation au mois de juin est de 0,2 %, le coût de la vie pour les étudiants augmente de 3,69 %, soit presque 18,5 fois plus », note, pour sa part, le rapport de l’Unef. Ainsi, « le coût de la vie étudiante explose depuis le début du quinquennat avec une augmentation de 8,71 % ». Les calculs sont vite faits : « L’APL (aide personnalisée au logement) a été amputée et les bourses ne suivent pas l’inflation », explique Mélanie Luce, la présidente du syndicat étudiant. C’est bien connu, la crise profite toujours à certains. Et là, les propriétaires de studios – des biens extrêmement convoités – s’en sont donné à cœur joie. « L’explosion du coût de la vie étudiante demeure liée en partie à l’augmentation du prix des petites surfaces. L’écart entre les appartements de moins de 24 m² et les autres est en moyenne de + 2,56 % », note la jeune femme. L’Unef observe une augmentation des loyers de 5 % à Lyon ou de 4 % à Bordeaux, contre 1 % à Paris, là où s’applique l’encadrement des loyers. Une mesure dont le syndicat demande l’extension partout en France, alors que le loyer représente de loin le poste de dépense le plus important pour les étudiants : 69 % de leur budget mensuel.

Un coût de la vie plus de 118 % plus élevé pour les femmes

L’Unef note par ailleurs que les étudiantes et les étudiants étrangers représentent des profils particulièrement touchés par la précarité. Entre les frais d’inscription différenciés, les frais administratifs importants et le non-accès à la grande majorité des aides publiques, les étudiants étrangers hors Union européenne ont un coût de la vie entre… 261,46 % et 339,93 % plus élevé que les autres. Quant aux étudiantes, le syndicat mettait déjà en avant, l’année dernière, un écart énorme : un coût de la vie plus de 118 % plus élevé pour les femmes. Des différences qui s’expliquent par « une précarité menstruelle forte touchant toutes les personnes menstruées, mais également la “taxe rose” des conventions sexistes qui encouragent les femmes à supporter le coût de la contraception, à s’épiler, se maquiller… ».

L’Unef, tout comme la Fage, ajoutent, cette année, dans le budget des étudiants les masques de protection contre le coronavirus qu’il faudra sans doute porter pour aller en cours. « En prenant les moins chers, nous arrivons à 230 euros sur l’année », précise Mélanie Luce. Selon la Fage, à raison de trois masques jetables par jour, la facture s’élève à 31,75 euros par mois. Une « goutte d’eau » qui fait déborder le vase. L’Unef tire la sonnette d’alarme et appelle à un plan d’urgence.

Nadège Dubessay

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 05:49

 

Il y a 127 ans, les 16 et 17 août 1893, un massacre d’immigrés italiens se déroulait à Aigues-Mortes dans le Gard en France. Le contexte historique est celui d’une forte immigration de belges pour le Nord de la France et d’italiens pour le sud-est du pays. Sans cette immigration le décollage industriel n’aurait pas pu avoir lieu. Comme aujourd’hui avec les immigrations contemporaines l’extrême-droite mise sa stratégie politique sur la stigmatisation de cette immigration présentée comme cause des difficultés sociales. Comme aujourd’hui les autres forces politiques empruntent pour des raisons électorales les thèmes, les logiques et les discours de l’extrême-droite.

La Ligue de la patrie française multiplie les campagnes en utilisant des termes péjoratifs comme « rital » pour les italiens et « pots de beurre » pour les belges (beaucoup de belge étaient frontaliers et amenaient avec eux leur beurre pour faire des économies). Le thème de l’étranger prenant le travail et le pain des français était déjà présent et tout aussi erroné économiquement qu’aujourd’hui. C’est dans ce contexte qu’une bagarre éclate le 16 au matin entre ouvriers italiens et ouvriers ardéchois au sein d’une équipe de la compagnie des Salins du Midi dont l’activité est le battage et le levage du sel. Les ouvriers ardéchois descendent alors en ville pour ameuter la population.

La chasse à l’italien commence et une foule grandissante poursuit les immigrés dans toute la ville. La foule se rend ensuite dans les salins où les ouvriers immigrés sont protégés par des gendarmes. La promesse est faite d’expulser tous les italiens par le train en partance de la gare d’Aigues-Mortes. Durant le trajet vers la gare la foule attaque les ouvriers immigrés et les massacre. Des témoins décrivent des scènes de lynchages, de coups de bâton, de noyades et de coups de fusils. Officiellement 8 italiens sont tués, 14 autres sont déclarés disparus et 99 blessés. Selon les sources italiennes on compterait une centaine de morts. En Italie des émeutes anti-françaises éclatent et l’Italie menace de rompre les relations diplomatiques avec l’Etat français. Cela conduit l’Etat français à verser une indemnisation aux ouvriers expulsés et aux familles des victimes. Sur le plan judiciaire en revanche aucune condamnation n’est prononcée. Les juges estiment qu’il y a eu « agression » par les ouvriers immigrés italiens. Surtout le procureur s’évertue à dépolitiser le procès. Les faits sont analysés comme une banale rixe sans liens avec le racisme. L’acquittement de tous les inculpés est prononcé.

N’oublions pas ce pogrome aujourd’hui où le discours politique et médiatique dominant se fait plus que jamais stigmatisant donnant naissance à une banalisation de l’islamophobie, de la négrophobie et de la Romophobie.

Hier comme aujourd’hui le discours raciste est l’antichambre du passage à l’acte meurtrier.

Défendons-nous. Organisons-nous.

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 11:13
Décès de Jean Perrot, ancien adjoint communiste à Brest dont les obsèques ont lieu ce 18 août (Le Télégramme)

Décès de Jean Perrot, ancien adjoint communiste à Brest

 
 
 
Le Télégramme, 17 août 2020

C’est avec une grande tristesse que la section brestoise du PCF a appris le décès de Jean Perrot, en fin de semaine dernière, à l’âge de 73 ans.

 

Élu communiste sur la liste d’union de la gauche conduite par Francis Le Blé en mars 1977, Jean Perrot a été adjoint au maire de Brest jusqu’à la rupture de 1980. Le 4 mars de cette année-là, Francis Le Blé, maire PS de la ville, a suspendu de leurs fonctions les six adjoints communistes (Louis Le Roux, Sylvie Le Roux, Louis Aminot, Jean Perrot, Yvon Pichavant et Yvonne Lagadec). « Jean fut aussi candidat communiste sur le canton de Bellevue avec un score de 23 % », rappelle la section du PCF, qui présente ses sincères condoléances à son épouse Marie-Louise et à ses deux enfants.

Un moment de recueillement aura lieu ce mardi, à 14 h 15, à la salle de cérémonie du Vern.

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 08:35

 

Dans la lutte contre l’épidémie, les « héros » sont bien fatigués. Déjà malmenés avant la crise, les soignants s’exposent aujourd’hui à un risque de stress post-traumatique. Beaucoup craignent de ne pas tenir le coup face à un rebond du Covid.

Elle n’en doute pas une seconde : s’il le faut, vaille que vaille, elle y retournera. Pourtant Huguette Mayeko, auxiliaire de puériculture à l’hôpital Delafontaine (Seine-Saint-Denis), le précise immédiatement : elle préférerait ne plus avoir à revivre l’effervescence d’un hôpital métamorphosé en accueil de malades Covid. À trois ans de la retraite, en mars dernier, elle s’était retrouvée propulsée au service neurologie, puis en réa, après deux petits jours de formation. « Douze heures debout, à retourner des patients intubés, les laver », racontait-elle dans nos colonnes le 15 avril. Avec toujours au ventre la peur d’attraper le virus, et celle de ne pas assez bien faire. « Aujourd’hui, j’aurai les bons gestes. Mais je saurai aussi ce qui m’attend. Et ça, c’est très angoissant », souffle-t-elle. Pour rien au monde elle ne voudrait revivre la toilette mortuaire, un souvenir « très violent » pour celle qui jusqu’alors ne s’était jamais occupée que des tout-petits.

« On est tous sur les rotules, toujours en sous-effectif »

Tous les soignants vous le diront : personne ne s’habitue à la mort d’un être humain qui vous confie son sort. Les mois de mars et avril ont été particulièrement éprouvants. Un véritable cataclysme, avec des dizaines de morts par jour dans les services et un contexte déshumanisé, où les familles ne pouvaient pas rendre visite à leurs proches mourants. À cela s’ajoutait la crainte d’attraper le virus (10 % des soignants ont été malades). « On a pas mal trinqué ! », rappelle Diane Languille, infirmière depuis douze ans au service pédiatrie de Delafontaine : « On manquait de tout : des masques, des surblouses, mais aussi des perfusions, en neurologie où j’avais été affectée. »

Quatre mois après la crise épidémique, la lutte contre le Covid a laissé des traces parmi les soignants. Malgré des vacances bien méritées, Diane Languille avoue se sentir encore très fatiguée : « J’ai eu le Covid comme pas mal de mes collègues. On est tous sur les rotules, épuisés, et toujours en sous-effectif. » Alors imaginer un rebond de l’épidémie cet automne lui est très difficile. « On ne va pas pouvoir tenir le coup, physiquement et moralement. Personne n’a envie de refaire de tels efforts alors que la reconnaissance, nous l’attendons toujours. ». Elle soupire : « On n’aura pourtant pas le choix. »

Un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement

Fin mai, une étude de l’Intersyndicale des internes (Isni) dévoilait que 47,1 % des jeunes praticiens interrogés montraient des symptômes d’anxiété, soit 15 points de plus qu’en 2017. Ils étaient 29,8 % à présenter des symptômes de stress post-traumatique, et 18,4 % des syndromes dépressifs. Une autre étude publiée dans la revue l’Encéphale révèle que les soignants, en première ou en deuxième ligne, ont un risque augmenté d’anxiété, de dépression, d’épuisement, d’addiction. Ainsi, trois ans après l’épidémie de Sras en 2003, chez les personnels hospitaliers de Pékin, on détectait une hausse significative de l’usage d’alcool et des conduites suicidaires. « Les répercussions psychologiques sont extrêmement importantes », constate Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis) et du Samu 93. « Les mois de mars et avril, les personnels tenaient le coup car ils étaient sous adrénaline. Aux services des urgences et en réanimation, ils étaient en première ligne. La situation était à la fois nouvelle et très stressante, avec le risque de se mettre en danger. »

Chaque soir, à 20 heures, la société a fait endosser aux soignants des habits de super-héros. Les ministres, le président procédaient à la tournée des popotes, tels des généraux qui remonteraient le moral des troupes. Du haut de ses trente ans d’expérience aux urgences, jamais Frédéric Adnet n’avait connu un tel hommage. « Sauf que quand on vous hisse sur un cheval blanc, il est très difficile de redescendre », observe-t-il. La décrue de l’épidémie se montre aussi rapide que la montée en charge : « Au Samu et aux urgences, du jour au lendemain, nous n’avions pratiquement plus de patients. » Tous les services transformés en services Covid retrouvent alors leur fonction d’origine. « Le personnel avait besoin de souffler, il n’acceptait plus d’être balancé d’un point à un autre. Ce qui a créé des tensions, des conflits, des arrêts maladie et aussi des décompensations post-traumatiques, suite à un stress intense », note Frédéric Adnet.

Surtout, l’après-Covid devait signer l’arrêt de mort de l’ancien monde. Et là, le chef du Samu 93 avoue sa plus grande déception. Une vraie claque psychologique : « Malheureusement, nous sommes retournés vers l’hôpital d’avant à très grande vitesse, avec toutes ses contraintes budgétaires… » Même constat amer pour Roland Amathieu. Médecin anesthésiste réanimateur dans un établissement à but non lucratif parisien, il déplore une absence de reconnaissance des soignants après la crise. « Tout est redevenu comme avant. Ceux qui applaudissaient aux fenêtres insultent de nouveau les soignants aux urgences, lassés par des heures d’attente. Nous travaillons toujours avec des personnels soignants sous-payés, qui s’épuisent parce qu’ils ne sont pas assez nombreux. »

« Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent »

Et ne leur parlez surtout pas du Ségur de la santé, où pourtant 8,2 milliards d’euros de revalorisations salariales, 6 milliards pour l’investissement et 15 000 recrutements ont été annoncés par le gouvernement. « Les 4 000 lits supplémentaires ne remplacent pas tous ceux qui ont disparu », tempête Roland Amathieu. À titre de rappel, en six ans, 17 500 lits de nuit ont été fermés dans les hôpitaux et cliniques. Diane Languille préfère en rire : « Les postes supplémentaires accordés par l’État ? Ils représenteront deux ou trois personnes par hôpital, pas plus. » Elle décrit son quotidien : une seule infirmière pour dix à quinze enfants, des statuts de contractuel qui sont monnaie courante. Quant à la revalorisation salariale, il faudra s’armer de patience. Une partie sera versée en janvier, l’autre en mars. Mais « cela ne fera toujours pas le compte », assure-t-elle avant de lâcher, écœurée : « La période Covid nous a achevés. » Roland Amathieu rappelle que depuis quinze ans, les infirmiers en réanimation réclament en vain leur reconnaissance. Il assiste, impuissant, à des démissions en cascade, des départs à l’étranger, en Suisse, en Belgique ou au Canada. Partout où l’herbe est plus verte. Pourtant, il en est convaincu : tout le monde s’y était mis et tout le monde s’y remettra : « S’il y a besoin de soigner, on doublera encore nos heures. » Frédéric Adent se veut raisonnablement optimiste : « Le virus va se déplacer avec les mesures de contact tracing, la distanciation et une immunité collective de 10 %. Il se diffusera beaucoup plus lentement, de manière plus contrôlée. Nous ne connaîtrons pas l’engorgement des mois de mars et avril dans les hôpitaux. » Il s’interroge néanmoins : « Le personnel hospitalier sera-t-il présent ? Ce sera sûrement très tendu. » Roland Amathieu le sait : « Le Covid n’a fait que catalyser un mal-être bien présent depuis des années dans les hôpitaux. La cocotte finira par exploser. Et nul n’en connaît les conséquences. »

Nadège Dubessay

 

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 07:28
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020
Lundi, 17 Août, 2020

Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation

 
Entretien réalisé par Pierre Barbancey

Haim Bresheeth est le fils de rescapés de la Shoah. Juifs de Pologne, ils avaient refusé l’appel sioniste, lui préférant le Parti travailliste juif socialiste. À la sortie des camps, faute de trouver un pays d’accueil, ils se sont rendus en Israël. L’auteur, né en 1946 à Rome, y a grandi et fait son service militaire, avant de quitter le pays.

Ce livre survient bien à propos pour mieux comprendre les rouages de la société israélienne. Une société militarisée à outrance, une armée qui a créé la nation israélienne et dont la force politique est sans égale. Et surtout, elle est la garante de l’occupation. C’est une « armée comme aucune autre » pour reprendre le titre de cet ouvrage magistral divisé en trois parties : les guerres d’Israël, l’armée et son État, et enfin le dépérissement d’Israël, où il demande si Israël est une démocratie. Bresheeth estime que le projet sioniste, hier, aujourd’hui et demain, ne peut inclure la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Il faut espérer qu’un éditeur français saura s’en saisir.

Haim Bresheeth retrace dans un livre l’évolution de l’armée israélienne, de la Nakba aux guerres en Égypte, au Liban, en Irak, aux assauts continus sur Gaza. Le chercheur montre que l’État d’Israël a été formé à partir de ses guerres. Entretien. (A retrouver en version anglaise ici). 
 

Haim Bresheeth, chercheur à l’École d’études orientales et africaines (Soas) de Londres (1).

Haim Bresheeth

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez concentré votre travail sur les forces de défense israéliennes (FDI) ?

Haim Bresheeth Les FDI représente l’institution sociale la plus cruciale de l’État israélien depuis 1948. C’est la plus grande, la mieux financée, et la plus importante en nombre, comprenant la plupart des hommes d’Israël et énormément de femmes. Cela a de graves répercussions – Tsahal est pleinement représentatif de la population juive en Israël. En ce sens, l’armée est l’organe le plus représentatif de la société israélienne. Comprendre cela, c’est commencer à comprendre Israël, et la difficulté à laquelle nous sommes confrontés lorsqu’il s’agit de résoudre le conflit en Palestine, un conflit de type colonial. Parce que la seule solution que les FDI accepteront est celle dans laquelle elles détiennent toutes les cartes.

Vous dites que les FDI ont fait une nation. Pourquoi ?

Haim Bresheeth Dans le livre, je traite du fait que ce qui existait en 1948 était une armée, et cette armée a construit un État, mais il n’y avait pas de nation ! Ce n’est pas mon point de vue, mais celui de David Ben Gourion, qui a compris qu’une collection de personnes venues de toutes les parties du monde, sans rien qui les relie, n’est pas une nation. La nation devait être formée par une organisation sociale large afin de créer une culture nationale, un sentiment d’appartenance, l’identité d’une nouvelle nation israélo-juive. Le seul corps qui était capable de cette tâche complexe, qui prend des centaines d’années dans la plupart des cas, était les FDI, et Ben Gourion l’a choisi parce qu’en 1948, il comprenait pratiquement tous les adultes juifs – tous les hommes et la plupart des femmes. Il s’agissait d’une armée qui combattait les Palestiniens et les armées arabes. Mais elle exerce aussi toutes les tâches civiques normalement exécutées par la société civile. La plupart d’entre elles restent encore effectuées par les FDI. Dans la dernière crise du coronavirus, les FDI et les services secrets (Shabak) ont ainsi pris le relais d’une grande partie du pays pour l’opération de suivi et de traçage, par exemple. Le revers de la médaille est que la plupart des Israéliens ne perçoivent leur identité que dans les termes de l’armée et ne voient le conflit qu’à travers le filtre de la force militaire.

Quel est le rôle des militaires dans la vie politique et économique ?

Haim Bresheeth Les FDI et les entreprises qui y sont liées forment le plus grand secteur d’Israël et sont responsables de la plus grande partie des revenus provenant des exportations, entre 12 et 18 milliards de dollars par an. Vendant dans plus de 135 pays, Israël est l’un des principaux marchands d’armes de la planète. Israël a transformé le conflit en une entreprise florissante – il a fait de l’adversité un succès commercial, en s’appuyant sur le slogan « testé dans l’action ». Le modèle d’affaires comprend également des milliers d’entreprises high-tech créées par des officiers retraités, qui, avec les entreprises d’armement et de sécurité nationalisées, sont le plus grand employeur du pays. Tous les établissements universitaires bénéficient d’un financement substantiel de la recherche déboursé par les FDI, le ministère de la Défense et les diverses organisations de sécurité ; certaines universités et des collèges ont également organisé des programmes de formation pour les FDI et les organismes connexes.

Dans le livre, vous vous interrogez sur « Israël est une démocratie » et s’« il aurait pu y avoir un autre Israël ». Pouvez-vous nous donner quelques éléments de réponse ?

Haim Bresheeth Il n’y a jamais eu de société colonisatrice qui était démocratique ou libre. Israël ne fait pas exception. Un projet de colonisation est une question de contrôle – de la terre, des ressources et de la main-d’œuvre. En tant que tel, il dépend de l’anarchie et de l’injustice, toujours défendu par la violation du système juridique. C’était vrai pour l’Algérie, l’Australie, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique du Sud, le Congo, et c’est vrai en Palestine. Une société militaire dans l’occupation illégale ne peut pas être démocratique, et, comme Marx l’a souligné, ne peut pas, en soi, être libre. Par conséquent, l’Israël sioniste ne peut jamais être démocratique. Dans le passé, certains sionistes de gauche ont soutenu que l’idée sioniste était pure et juste, mais en quelque sorte souillée par la pratique. Il n’y a rien de plus éloigné de la vérité. Comme je l’ai souligné, le but ultime du projet sioniste, à partir du moment où il apparaît dans l’œuvre de Herzl jusqu’à notre époque, était et reste la dépossession et l’expulsion des Palestiniens, et la mise en place d’une société juive exclusive sur des principes racistes. C’est la raison pour laquelle, avec le temps, Israël devient plus raciste et plus agressif. Le rêve sioniste est essentiellement un cauchemar colonial. Même si l’on est assez brutal pour ignorer la souffrance palestinienne, la vie des juifs en Israël ne peut, par définition, être sûre ou normale. Les Israéliens vivent une vie spartiate de soldats en vacances. Israël a eu de nombreuses chances d’instaurer la paix et l’a toujours évitée. C’est un État militarisé, préférant l’état de guerre – avec son empire qui s’accroche illégalement aux territoires de quatre États arabes –, qui impose une oppression raciste à près de cinq millions de Palestiniens sans aucun droit. Près de deux millions de ses propres citoyens palestiniens perdent maintenant les quelques droits qu’ils avaient. Nous pouvons affirmer sans risque qu’Israël est un État militarisé par choix, en raison de sa nécessité de protéger son empire par un butin militaire et une occupation illégale. Personne n’a imposé ce régime d’occupation aux Israéliens. C’est leur décision. Le reste du monde est toutefois responsable de l’autoriser et de le financer, en particulier les États-Unis et l’Union européenne.

Depuis le 1er juillet, Israël est censé annexer 30 % de la Cisjordanie. Comment les FDI se comportent-elles dans ce cadre ?

Haim Bresheeth L’évolution vers l’annexion illégale de la majeure partie de la Cisjordanie est l’exemple ultime de l’anarchie soutenue par les États-Unis – une action illégale unilatérale et non négociable contre les droits des Palestiniens. Le fait que le premier ministre, Benyamin Netanyahou, n’ait pas respecté l’échéance de son annexion d’ici le 1er juillet est un signe clair que même l’armée israélienne s’oppose à cette mesure. Avant les années 1990, les Forces de défense israéliennes (FDI) contrôlaient la Cisjordanie et devaient investir d’énormes ressources humaines et matérielles dans le maintien de l’ordre dans toute la Palestine. Cette situation désastreuse, qui s’était développée à la suite de la première Intifada, a poussé Israël à organiser les accords d’Oslo, établissant une Autorité nationale palestinienne (APN). Depuis lors, l’APN – formée et armée par Israël, et partiellement financée par l’UE et les États-Unis – a sécurisé les territoires occupés au nom d’Israël, exonérant les FDI de leurs devoirs et de tout coût financier.

Mais l’annexion peut conduire l’ANP vers l’effondrement. En fin de compte, elle pourrait perdre le contrôle des organisations de sécurité palestiniennes, détestées et méprisées par le peuple palestinien. Les FDI ne souhaitent pas perdre cet important assouplissement de ses fonctions et s’inquiètent grandement de sa capacité à contrôler les territoires occupés si un tel scénario se produit. Les FDI ont opposé leur veto au programme d’annexion tel que Netanyahou l’a présenté, et il semble donc avoir dû l’abandonner discrètement pour le moment. En revanche, Israël n’a pas abandonné son véritable programme, qui se poursuit à un rythme soutenu. L’incapacité de la communauté internationale, telle qu’elle est, à s’opposer à une telle illégalité atroce est un danger pour l’État de droit partout dans le monde, à une époque de grande fragilité internationale. Le droit international doit être appliqué avant que d’autres dommages irréparables ne soient causés aux Palestiniens, et qu’un dangereux précédent soit établi.

Tous les pays occidentaux, mais aussi l’OLP, parlent encore de la solution des deux États. Avec l’annexion, cette idée est morte. Mais quand l’État sioniste refuse un État palestinien, est-il possible d’établir un seul État, même binational et plein droit pour tous les citoyens ?

Haim Bresheeth Il doit être clair pour les lecteurs de l’Humanité qu’Israël n’a jamais eu l’intention de mettre fin à son occupation militaire, et a fait tout ce qui est humainement possible pour bloquer toute forme d’État palestinien depuis 1948, et plus spécialement depuis 1967. Il ne pouvait pas le faire seul, bien sûr. Sans le soutien fort et indéfectible des « démocraties » occidentales, cela n’aurait jamais été possible. En ce sens, Israël a toujours été contre la solution dite des deux États. Le débat à l’ONU comprenait en réalité deux options : celle de la partition, qui a été votée, a conduit à la Nakba et à l’expulsion des deux tiers des Palestiniens de leurs foyers. Mais aussi, on s’en souvient moins, la proposition d’un État unique laïque et démocratique sur l’ensemble de la Palestine : un État de tous ses citoyens, sans lois racistes spéciales. Jusqu’en 1988, cette option, rejetée par l’ONU en 1947, était la position officielle de l’OLP. En faisant valoir qu’une telle issue démocratique ne peut pas avoir lieu à cause de l’opposition israélienne, rappelons-nous que c’est aussi la raison pour laquelle il ne peut y avoir d’accord sur une autre solution. Israël a rejeté toute solution qui offrirait aux Palestiniens une certaine autonomie même sur une partie minuscule de leur terre. Donc, nous, le reste du monde, devons forcer Israël à l’accepter. Le monde l’avait fait dans le cas de l’autre État de l’apartheid – l’Afrique du Sud. Seule une campagne engagée de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) coordonnée au niveau international peut déloger Israël de son projet colonial. Une telle campagne, en faveur de l’égalité, des droits de l’homme, du droit international, des résolutions des Nations unies, des conventions de Genève, et de la Cour pénale internationale, peut apporter l’espoir d’établir une paix juste et durable au Moyen-Orient à toutes les personnes résidant en Palestine, ainsi qu’aux réfugiés palestiniens.

La campagne BDS, qui s’oppose aux actions militaires illégales et agressives d’Israël, est une campagne civile. Une action civique menée par tous les citoyens du monde, en évitant la violence et la brutalité, en essayant de changer la situation par des méthodes non violentes. Je pense que le moment est clairement venu d’une telle approche, si l’on veut éviter davantage d’effusions de sang et de souffrances.

(1) Auteur de An Army Like No Other. How the Israel Defense Force Made a Nation. Verso Books Edition. (2) Lire l’entretien intégral sur www.humanite.fr
Proche-orient. Comment l'armée israélienne a fait la nation - entretien de Pierre Barbancey avec Haim Bresheeth, L'Humanité, 17 août 2020

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 07:15
Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002 - Pierre Barbancey, L'Humanité, 17 août 2020
Lundi, 17 Août, 2020

Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002

Les pays arabes avaient proposé une normalisation avec Israël en échange de la fin de l’occupation. Abou Dhabi tue cet accord.

 

Les Émirats arabes unis (EAU) ont beau expliquer depuis jeudi que la normalisation annoncée avec Israël mettait fin aux récents projets d’annexion en Cisjordanie occupée, le premier ministre israélien s’est empressé de le nier : « J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion », a-t-il dit. En réalité, il semble plutôt que Benyamin Netanyahou était plutôt confronté au refus de l’armée israélienne de reprendre en charge directement le contrôle des Palestiniens, tâche dévolue à l’Autorité palestinienne depuis sa mise en place après les accords d’Oslo. Ce qui permet à Israël d’économiser des centaines de millions de dollars par an et d’engager moins de soldats dans ces territoires.

But ultime des États-Unis et d’Israël : endiguer l’Iran.

Depuis le 1er juillet, date annoncée de l’annexion, rien n’avait vraiment bougé. L’opportunité était donc bonne pour commencer à mettre en place ce qui reste le but ultime des États-Unis et d’Israël, cette fameuse normalisation permettant un endiguement de l’Iran. Depuis jeudi, les rumeurs vont bon train quant aux suivants sur la liste. On parle du Bahreïn, du sultanat d’Oman et même du Soudan. Si, comme les Palestiniens choqués le demandent, la Ligue arabe se réunit, les débats risquent d’être houleux. Mais, comme à l’habitude, ils ne seront suivis d’aucun effet. Si les Émirats arabes unis deviennent le premier pays du Golfe à passer un accord avec Israël et le troisième pays arabe après l’Égypte et la Jordanie, la signification est toute autre. D’abord, il est évident que cet acte politique ne peut être isolé et qu’Abou Dhabi a reçu l’aval des principaux États constituant le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Dans un tweet, le ministre saoudien de la Culture et de l’Information, Adel Al. Toraifi, a ainsi exhorté les autres pays de la région « à dépasser les discours dévastateurs du nationalisme arabe factice et des islamistes terroristes ». Il dévoile ainsi une partie du plan final qui voudrait que le nouveau Moyen-Orient ne soit plus constitué d’États-nations mais d’entités confessionnelles, chacune sous l’égide d’un parrain (d’où les tensions entre l’Arabie saoudite et la Turquie s’agissant du monde sunnite), ce qui devrait faire dresser l’oreille au Liban. La normalisation des relations des Occidentaux avec l’Iran pourrait d’ailleurs s’appuyer sur un tel schéma.

Un accord sur le dos des Palestiniens

Plus directement, pour les Palestiniens, l’accord entre les EAU et Israël signifie que ce qu’on a appelé « l’initiative arabe » est morte et enterrée, même si la Ligue arabe n’a jamais vraiment essayé de la faire vivre, alors qu’elle en est l’initiatrice. Formulée en 2002, elle proposait à Israël une normalisation avec l’ensemble des pays arabes en échange de la fin de la colonisation, d’un retrait sur les frontières de 1967 et d’accepter que Jérusalem-Est soit la capitale du futur État de Palestine.

Les EAU viennent donc de passer un accord sur le dos des Palestiniens, puisqu’il n’y a aucune contrepartie politique. Pour mieux faire passer la pilule, les annonces se multiplient maintenant de coopération entre sociétés israéliennes et Émirats, concernant les recherches sur le Covid-19 ! Le 3 juillet, avant même l’annonce de la normalisation, la plus importante entreprise israélienne aéronautique et de défense, Israel Aerospace Industries, détenue par l’État, et Rafael Advanced Defense Systems, société également publique, avaient signé un protocole d’entente avec Group 42, une firme de technologie privée basée à Abou Dhabi. Et, pour faire bonne mesure, l’armée israélienne a fermé dimanche la zone maritime de la bande de Gaza, empêchant ainsi les pêcheurs palestiniens de sortir en mer.

Pierre Barbancey
Moyen-orient. Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002 - Pierre Barbancey, L'Humanité, 17 août 2020

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 05:47

Il y a 76 ans aujourd’hui ; le 15 août 1944 commençait le débarquement allié en Provence ayant pour nom « Anvil-Dragon. Il a mobilisé 900 000 hommes dont 250 000 sont sous l’uniforme français. Parmi ces derniers la moitié est issue de troupes issues des colonies (tirailleurs sénégalais et algériens, goumiers et tabors marocains, marsouins du Pacifique et des Antilles, etc.). Les villes de Marseille, Toulon, Fréjus, etc., et plus largement tout le Sud de l’hexagone sont libérées par ces soldats.

Ce n’était pas la première fois que des troupes « coloniales » étaient engagées dans des guerres menées par les puissances européennes.

On en trouve ainsi trace dans la guerre franco-prussienne de 1870 avec la participation de troupes algériennes puis lors de la première guerre mondiale où ils sont 180 000 soldats avec comme bilan 72 000 morts.

A partir de 1919 la conscription devient obligatoire dans les colonies. Il est donc erroné de présenter la participation à cette guerre comme issus d’un attachement à la France et du volontariat. En témoigne de multiples révoltes contre la conscription tant en Afrique subsaharienne qu’en Afrique du Nord. Ils sont ainsi près de 300 000 à être engagés dans le conflit (Ainsi, dès mars 1940, 10 000 soldats indochinois, 10 000 Malgaches, 68 500 soldats d’Afrique noire et plus de 200 000 d’Afrique du Nord participent à la « drôle de guerre »). Ces troupes indigènes jouèrent un rôle décisif dans la campagne d’Italie en mai 1944 puis dans la libération de la métropole en 1944-1945.

Dès l’automne 1944, une fois que la victoire est assurée, les tirailleurs coloniaux sont démobilisés. Le général De Gaulle évoque explicitement la nécessité du « blanchiment des forces françaises ». Les alliés états-uniens sont également de cet avis. Les troupes coloniales qui ont tant payées la libération de l’hexagone sont de ce fait absentes du défilé de la victoire à Paris. De surcroît les démobilisés ne reçoivent pas leurs arriérés de soldes et leurs primes de démobilisation. C’est ce qui conduira à la mutinerie de Thiaroye en novembre 1944. La répression fut sanglante avec un bilan de 35 morts et de nombreux blessés.

Comble de l’injustice, la loi dite de « cristallisation » adopté en 1959 gèle le montant des pensions de guerre pour les seuls soldats coloniaux (Cette cristallisation a consisté à figer à la fois la valeur du point, l’indice et les règles juridiques permettant de calculer le montant de la pension). Il faudra un combat de plus de plus de quatre décennies pour que la cristallisation soit abrogée en 2007. Entre temps la majorité d’entre eux étaient décédés.

 

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Une plaque commémorative a été posée sur la façade du bar associatif Aux Deux Rivières à Morlaix. C'est dans cet immeuble (ancienne corderie) que plus de cent tirailleurs sénégalais ont été hébergé, refusant d'embarquer pour leur retour au Sénégal dans l'attente de la solde qui leur était due.

Claude Bonnard

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17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 08:33

 

Cette nouvelle période de sécheresse ravive les débats sur le partage de l’eau en France. Marion Veber, responsable des programmes de la Fondation Danielle-Mitterrand, pointe du doigt les politiques nationales et les opérateurs privés, tout en préconisant plus de démocratie. Entretien.

Marion Veber

Responsable des programmes à la Fondation Danielle-Mitterrand

 

La France semblait épargnée par les crises hydriques jusque-là. Ce temps est-il révolu ?

Marion Veber Il suffit d’observer ce qu’il se passe : le nombre de sécheresses augmente, c’est presque devenu normal. Chaque année, des territoires sont placés en zone de crise hydrique. Je pense notamment au Massif central qui subit des sécheresses depuis quatre ans. Celles-ci sont la conséquence des activités humaines et de nos choix de développement qui ont bouleversé le cycle de l’eau. Nous avons priorisé une agriculture intensive et chimique, surtout après la Seconde Guerre mondiale, pour en tirer un maximum de bénéfices. Ce qui nous a menés à des monocultures à grande échelle, perdant tout lien raisonné et raisonnable à la terre. Nous ne pointons pas du doigt les agriculteurs, mais le modèle agricole décidé au niveau national et européen avec la PAC. Il existe aussi une fracture importante entre la métropole et les Outre-mer. C’est un problème qui ne touche pas que l’agriculture, mais également les besoins vitaux des populations (boisson, hygiène, etc.).

 

Comment expliquer que la situation n’évolue pas ?

Marion Veber Ce système agricole va à l’inverse des préconisations des experts du climat et des hydrologues. Ils nous invitent à revenir à des systèmes liés à la permaculture, à l’agroécologie, et à travailler sur des parcelles plus petites. Toutes les pistes nous sont données. Mais elles ne sont pas retenues, car il existe un lobbying du secteur privé de l’eau. La France accueille parmi les plus importantes multinationales du secteur (Veolia, Suez, Saur). La tendance mondiale qui consiste à marchandiser, privatiser et financiariser l’eau, mais aussi à promouvoir des solutions basées sur la technologie, renforce les problèmes. Ces idées sont portées par les multinationales et les autres acteurs de l’eau. Ils se réunissent, notamment lors des forums mondiaux de l’eau, tous les trois ans, et influent sur les décisions des organes de l’ONU et des États. L’eau ne devrait pas être pensée comme une ressource à gérer, mais bien comme un élément soutenant la vie.

Comment éviter la répétition de ces crises hydriques ?

Marion Veber Après les élections de mars dernier, on va voir si les remunicipalisations promises vont être engagées. C’est un enjeu clé pour penser l’eau sur le long terme, en apportant davantage de démocratie et de transparence. Il faut privilégier une approche par les droits humains, et non par le marché. L’eau est un droit, elle ne se mérite pas. La place des usagers est aussi très faible sur les décisions autour de l’eau. Il faudrait redonner davantage de poids à certains usagers dans les comités de bassin (instances de concertation locale sur la gestion de l’eau – NDLR). Malheureusement, le gouvernement ne semble pas conscient de la situation et ne prend pas de décision en ce sens. Certaines avancées ne sont pas retenues, alors qu’elles constituent un consensus dans la communauté scientifique et sont mises en place dans certains territoires en France. Les agriculteurs sont nombreux à se considérer paysans avant tout, et non pas exploitants. Il faut surtout montrer les réussites et les modèles vertueux, à la fois pour les écosystèmes, mais aussi pour les agriculteurs.

Entretien réalisé par

Mathieu Lorrriaux

 

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