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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 15:58

 

Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie, des finances et de la relance, mais je sais que M. Dussopt me répondra.

En février dernier, un grand journal du soir révélait dans le cadre d’une enquête dénommée « Openlux », l’existence de 55 000 sociétés offshore détenant 6 500 milliards d’euros d’actifs au Luxembourg. Cette semaine, un consortium de journalistes publie une nouvelle enquête, les Pandora Papers – bien que la boîte de Pandore ait été ouverte il y a déjà bien longtemps – par laquelle nous apprenons que 29 000 autres sociétés offshore viennent d’être mises au jour, créées et gérées par quatorze cabinets et officines spécialisés.

M. le ministre Bruno Le Maire s’est déclaré « choqué », quand tous nos concitoyens sont ulcérés par ces révélations incessantes faites par la presse ces dernières années.

Pour les milliardaires concernés, responsables politiques de très haut niveau, sportifs et trafiquants en tout genre, l’objectif est d’échapper à l’impôt et aux juges grâce à cette industrie de l’opacité. Le problème est systémique.

Monsieur le ministre, comptez-vous en rester au choc et à la vérification ? (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE et SER, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)

 

M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics.

M. Olivier Dussopt, ministre délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et de la relance, chargé des comptes publics. Mesdames, messieurs les sénateurs, monsieur le sénateur Bocquet, nous ne comptons pas en rester au choc.

Je l’ai dit, nous avons développé des outils de lutte contre la fraude fiscale. Il faut rendre à César ce qui est à César : le développement des outils de lutte contre la fraude fiscale date de plusieurs années. Lorsque l’on regarde les quelques années écoulées, on peut citer la loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dite « loi Sapin II », ainsi que les lois pour la confiance dans la vie politique de 2014, 2017 et 2018.

À chaque fois, les gouvernements successifs ont travaillé pour que les administrations soient dotées d’outils plus performants.

La loi du 23 octobre 2018 relative à la lutte contre la fraude a créé une police fiscale. Les échanges d’information que j’évoquais à l’instant permettent de dégager au niveau communautaire plus de 100 milliards d’euros de revenus supplémentaires via la lutte contre la fraude fiscale.

Vous me demandez si je veux en rester au choc et à la vérification. Nous en restons avant tout à la vérification et, chaque fois que nous le pouvons, menons des contrôles et prononçons des redressements.

Vous avez évoqué un certain nombre d’affaires révélées. Je voudrais revenir sur celle dite des Panama Papers. En la matière, l’administration fiscale française a identifié un certain nombre de contribuables français concernés, nous avons mené à leur terme 657 dossiers soit de régularisation, soit de redressement, à moins qu’ils n’aient fait l’objet d’une judiciarisation. Cela a permis à l’État français de recouvrer plus de 200 millions d’euros (Exclamations sur les travées des groupes SER et CRCE.)

M. David Assouline. Sur 11 000 milliards !

M. Olivier Dussopt, ministre délégué. Vous dites 11 000 milliards, monsieur Assouline, comme s’il s’agissait de 11 000 milliards français ! Je vous parle, moi, des 657 contribuables français détectés dans les Panama Papers. Vous devriez vous en féliciter et féliciter l’administration plutôt que de faire des comparaisons qui n’ont ni queue ni tête. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

L’essentiel, pour moi, c’est que l’administration est au travail et que, quand elle travaille, cela paie et permet de sanctionner les fraudeurs. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

M. François Patriat. Très bien !

 

M. le président. La parole est à M. Éric Bocquet, pour la réplique.

M. Éric Bocquet. Ces scandales successifs qui se traduisent à chaque fois par des milliards en fuite pour la République nécessitent une réaction déterminée.

Vous le savez, nous sommes constructifs et nous nous permettons de vous suggérer trois pistes d’action immédiate.

Premièrement, vous pouvez recréer des postes de contrôleur dès le projet de loi de finances qui vient devant le Parlement dans quelques jours. Pour rappel, 38 000 emplois ont été supprimés depuis 2002 dans les finances publiques.

Deuxièmement, vous pouvez créer l’observatoire de la lutte contre la fraude fiscale, annoncé en 2018, jamais mis en place. Nous sommes candidats à titre bénévole. (Rires sur les travées du groupe CRCE.)

Troisièmement, la France va présider le Conseil de l’Union européenne à partir de janvier 2022. L’Union européenne a décidé hier de retirer de la liste des paradis fiscaux les Seychelles, en plein cœur des révélations du dernier scandale. Inscrivez à l’agenda de ce semestre une mise à jour de cette liste en y incluant notamment le Luxembourg et Chypre.

 

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8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 15:52

 

Vider les caisses, puis étatiser. Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale est présenté en Conseil des ministres, ce mercredi, des voix s’élèvent pour dénoncer la mise à mal de notre système de protection sociale par le pouvoir.

«  Qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage », dit l'adage populaire. Appliqué à notre système de protection sociale, cela signifie que les gouvernements s’évertuent à en assécher le financement à coups d’exonérations, pour mieux justifier ensuite les tours de vis destinés à rééquilibrer les comptes. Cette tactique n’a rien de neuf : elle était déjà appliquée par la droite américaine dès les années 1970, au point d’être résumée par un mot d’ordre très imagé, « starve the beast » (littéralement, « affamer la bête ») (1). À croire que métaphores animalières et Sécurité sociale font bon ménage…

Des abattements qui ravissent le patronat

Nul ne sait si la présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) en Conseil des ministres, ce mercredi, lui vaudra des noms d’oiseaux. Mais, syndicats et partis de gauche entendent profiter de l’occasion pour dénoncer la politique menée par le pouvoir en place, qui prend la Sécurité sociale en tenaille : l’assèchement des caisses, d’une part, la reprise en main et l’étatisation, d’autre part.

Aucun de ces deux mouvements n’a été initié par le président actuel, mais ce dernier compte bien boucler le travail de ses prédécesseurs. Pour ce qui est des exonérations, elles atteignaient le montant colossal de 60 milliards d’euros, fin 2019 : allègement de cotisations « Fillon », pacte de responsabilité, Cice, etc. Emmanuel Macron a ajouté sa pierre à l’édifice avec 3,5 milliards d’euros d’allègement de cotisations supplémentaires, principalement au niveau du Smic. Autant d’abattements qui ravissent le patronat mais qui coûtent très cher à l’État.

Parachever un processus en cours depuis trente ans

En théorie, ce dernier a l’obligation de compenser à l’euro près toute nouvelle exonération de cotisations sociales, en application de la loi dite Veil de juillet 1994. Mais le pouvoir actuel a décidé de s’affranchir allègrement de cette obligation dès 2019 : désormais, les allègements ne sont plus compensés, ce qui aboutit mécaniquement à un creusement du « trou » de la Sécurité sociale. Et prépare le terrain à de nouvelles réformes « structurelles ». D’ailleurs, le gouvernement a encore contribué à dégrader les comptes en décidant de faire endosser aux organismes sociaux le fardeau de la « dette Covid » (51 milliards d’euros), constituée de mesures de soutien à l’économie (chômage partiel, report de cotisations, etc).

Mais assécher la Sécurité sociale ne suffit pas, il faut aussi reprendre en main son pilotage. Le pouvoir macroniste cherche à parachever un processus en cours depuis trente ans : l’étatisation de notre système de protection sociale. À partir de 1967, ce dernier était géré de manière paritaire, c’est-à-dire que les organisations syndicales et patronales siégeant au sein des conseils d’administration (Sécurité sociale, assurance-chômage, retraites complémentaires) tenaient les rênes.

L'Agirc-Arrco et l'Unédic dans le viseur de Macron

Les premiers coups de canif sont donnés par la droite, avec le plan Juppé, de 1995-1996, qui confère au Parlement la responsabilité de l’élaboration de la loi de financement de la Sécurité sociale. Ce denier fixe dorénavant tous les ans l’objectif national d’évolution des dépenses d’assurance-maladie (Ondam). Officiellement, les syndicats siègent toujours au sein des conseils d’administration des différentes caisses (assurance-vieillesse, assurance-maladie, allocations familiales, etc.), mais leur rôle effectif dans le pilotage du système a été réduit comme peau de chagrin.

Voilà donc quelle était la situation avant l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron : le paritarisme primait encore dans deux organismes, l’Agirc-Arrco (retraites complémentaires) et l’Unédic (assurance-chômage). Mais l’ancien banquier d’affaires a la ferme intention de liquider ces derniers bastions, ce qu’il annonce d’ailleurs clairement au détour de son programme électoral : « Parce qu’il assume en dernier ressort la responsabilité du chômage et de la précarité, l’État prendra en charge le système d’assurance-chômage », revendique-t-il, tout en assurant qu’il « associera l’ensemble des parties prenantes et en particulier les partenaires sociaux ».

« Associer » ne signifie pas « respecter ». Les syndicats en font l’amère expérience dès 2018, avec les négociations sur l’assurance- chômage. « La lettre de cadrage du premier ministre nous mettait en pratique dans l’impossibilité de négocier, rappelle Michel Beaugas, secrétaire confédéral FO. Le gouvernement nous réclamait 3,5 milliards d’euros d’économies sur le régime, soit plus d’un milliard par an ! D’une certaine manière, il savait pertinemment que nous n’accepterions jamais un tel coup de massue, et qu’il reprendrait la main derrière. »

Le risque de voir triompher la logique austéritaire

Il n’est pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pour Pierre-Yves Chanu, vice-président CGT de l’Agence centrale des organismes de la Sécurité sociale, deux nouvelles menaces pointent à l’horizon : « Le premier danger vient de la proposition de loi organique portée par Thomas Mesnier, député LaREM, adoptée par le Sénat le 28 septembre dernier. Ce texte vise à intégrer le financement de l’assurance-chômage au PLFSS. Autrement dit, ce serait l’État qui reprendrait entièrement la main, alors même que c’est l’Unédic qui commande aujourd’hui. Le deuxième danger vient d’un changement profond du mo de de financement de la Sécurité sociale. L’objectif poursuivi par le gouvernement est clair : diminuer la part des cotisations patronales, payées par les employeurs, et les remplacer par de la TVA, payée par l’ensemble des ménages. Concrètement, depuis 2018, on a divisé par deux les cotisations patronales d’assurance-maladie. Et le PLFSS 2022 prévoit que, dorénavant, 28 % de la TVA seront affecté s au budget de la Sécurité sociale. »

L’étatisation de notre système de protection sociale, dénoncée unanimement par les syndicats et une partie de la gauche, risque de voir triompher la logique austéritaire, comme l’expliquait le sociologue Frédéric Pierru, dans nos colonnes : « C’est une logique purement budgétaire : on glisse d’une logique de droits associés au travail à une logique de solidarité qui passe par l’impôt. Dès lors, les dépenses de protection sociale sont comprises dans la loi de finances. Elles deviennent des lignes budgétaires au sein du budget global de l’État. Ce dernier décide de tout, en fonction de sa trajectoire de dépenses publiques contrainte pa r les règles européennes de contraction des… dépenses publiques. »

(1) Reprise à son compte par le président Ronald Reagan (1981-1989), cette stratégie vise à tailler dans les recettes de l’État, pour justifier par la suite des coupes drastiques dans les dépenses.

 

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8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 15:49

 

Par la voix de son secteur International, le PCF apporte son plein soutien à Rosa Moussaoui, grand reporter au quotidien l'Humanité, aux journalistes de la rédaction et à Patrick Le Hyaric et Fabien Gay, ancien et nouveau directeurs du journal, poursuivis en justice dans l'exercice de leurs fonctions par le roi du Maroc, Mohammed VI, qui invoque la "diffamation". Le PCF réaffirme ce faisant sa totale solidarité avec les démocrates marocains, les militant.e.s des droits de l'homme, les peuples marocain et sahraoui.

Mobilisons-nous pour la liberté de la presse !

 

 

Le 18 juillet 2021, un consortium de médias rassemblés autour de la plateforme Forbidden Stories a dénoncé un système mondial d'espionnage mondial par différents États à l'aide du logiciel israélien « Pegasus » de la société NSO Group. L'ampleur du phénomène, même s'il n'est pas nouveau, acquiert une dimension ahurissante. Plus de 50 000 numéros de téléphones ont été ciblés.

Depuis deux décennies, le régime marocain utilise la cybersurveillance avec l'aide de sociétés françaises et européennes. Cette solide infrastructure lui permet déjà de traquer ses opposants, de contrôler les réseaux sociaux et Internet. Avec « Pegasus », une étape a été franchie donnant accès aux données et à des écoutes téléphoniques.

Le Maroc nie, contre toutes les évidences, être client du logiciel Pegasus. Or Rabat, qui s'est rapproché de l’État hébreu, l'a acquis depuis 2017 et l'utilise abondamment depuis cette date.

Les révélations sont confortées par des analyses techniques conduites par Amnesty International, des universités canadiennes mais aussi les autorités françaises. Les preuves sont irréfutables.

Les opposants marocains en sont les premières victimes : avocats, militants des droits humains et journalistes dont Hicham Mansouri et Omar Radi. Il en va de même pour les dirigeants du Front Polisario et les militants de la cause sahraouie.

De nombreuses personnalités politiques françaises dont le président de la République, des ministres, des diplomates et des journalistes ont été ciblés. Des plaintes ont été déposées par différents médias contre Rabat dont celle de Rosa Moussaoui, grand reporter au quotidien l'Humanité, qui conduit depuis de nombreuses années un travail exemplaire pour faire entendre la voix des démocrates marocains.

Le roi Mohammed VI entend semer la terreur pour régner sans partage à la tête d'un système corrompu, prédateur et mafieux. Il veut aussi faire taire tous ceux qui en dehors du Maroc dénoncent les atteintes liberticides graves liées aux technologies de la surveillance numérique.

Il mène la contre-attaque sur le terrain judiciaire. Il a déposé plusieurs plaintes pour diffamation contre Le MondeRadio FranceMediapart, des publications allemandes, Amnesty International mais aussi l'Humanité et son directeur (de 2000 à septembre 2021), Patrick Le Hyaric.

Depuis sa fondation jusqu'aux heures les plus sombres, l'Humanité s'est tenu avec constance aux côtés des démocrates marocains, des peuples marocain et sahraoui. C'est la raison pour laquelle les bandits qui dirigent aujourd'hui le Makhzen les poursuivent de leur haine.

Le silence du gouvernement français sur l'affaire « Pegasus » et maintenant sur les tentatives de museler la presse sont inacceptables.

L'Humanité, fondé par Jean Jaurès, n'est pas de ceux que l'on peut intimider et continuera à faire vivre la solidarité internationale en faveur de la liberté et de la paix. C'est cet honneur que Patrick Le Hyaric et Fabien Gay qui vient de prendre sa suite, Rosa Moussaoui et tous les journalistes de l'Humanité, portent quotidiennement.

Lydia Samarbakhsh, Cécile Dumas et Pascal Torre

 

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8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 15:47

 

Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, cette proposition de loi organique a vise à réformer l’organisation des débats budgétaires sur le financement de la sécurité sociale, prétendument pour améliorer la transparence et accroître le contrôle du Parlement.

En réalité, ce texte ne vise qu’une seule chose : imposer de nouvelles mesures d’austérité. Je constate avec colère que la droite sénatoriale et le Gouvernement poursuivent avec la même constance la réduction des dépenses sociales, la remise en cause de la gestion paritaire des caisses de sécurité sociale, le renforcement de l’étatisation de notre système social en rapprochant toujours plus le budget de la « sécu » de celui de l’État.

La crise sanitaire et la prise en charge des dépenses des entreprises par la sécurité sociale, compensées par l’État, semblent donner des ailes aux militants de la mise sous tutelle de la sécurité sociale par Bercy, sous le prétexte de renforcer le droit de regard du Parlement.

Depuis quarante ans, la gouvernance de la sécurité sociale a évolué vers un effacement des pouvoirs des syndicats dans l’administration des caisses, vers un renforcement du contrôle du Parlement et, depuis 2005, vers le verrouillage des dépenses avec la création de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie. Cette évolution progressive conduit à remettre en cause l’autonomie de la sécurité sociale et à renforcer la mainmise de l’État.

La création de la contribution sociale généralisée (CSG) a entraîné une fiscalisation des recettes et une remise en cause de la cotisation sociale comme fondement du système de sécurité sociale. Ainsi, en 2021, 100 milliards d’euros de recettes proviennent de la CSG et la moitié des dépenses de la branche maladie est financée par l’impôt.

À cela s’ajoutent les exonérations de cotisations sociales, décidées par les gouvernements, qui ont atteint 200 milliards d’euros au total entre 2011 et 2017.

Enfin, la création d’une cinquième branche pour la perte d’autonomie, entièrement financée par l’impôt via la CSG et la journée de solidarité, constitue une étape supplémentaire dans la transformation de notre système de sécurité sociale vers un système de protection sociale.

Du fait de la pandémie de covid-19, le déficit de la sécurité sociale, qui est de l’ordre de 35 milliards d’euros pour 2021, sert d’argument au renforcement du contrôle du Parlement. Il s’agit uniquement de fermer davantage le robinet des dépenses, pourtant vitales pour la protection de nos concitoyens.

Alors que notre pays est toujours en état d’urgence sanitaire en raison des difficultés que rencontrent les hôpitaux pour soigner tous les malades, le Gouvernement, soutenu par la droite, veut reprendre les politiques d’austérité, celles-là même qui ont entraîné la fermeture des hôpitaux de proximité, la suppression de 100 000 lits en vingt ans, la dégradation des conditions de travail des personnels, la pénurie de médecins du fait du numerus clausus et l’arrêt des investissements en raison de l’endettement des établissements.

En votant ce texte, vous effacez d’une main l’ensemble des conclusions qui ont pu être tirées des erreurs commises avant la pandémie de covid-19. Ce ne sont pas les modifications de la droite sénatoriale en commission qui vont inverser la tendance, au contraire.

La commission a réintégré l’assurance chômage et les régimes de retraite complémentaire dans le périmètre de la loi de financement de la sécurité sociale, alors même que cette disposition avait été unanimement rejetée par les organisations patronales et syndicales.

La commission a également ajouté le mécanisme de règle d’or, qui contraint les comptes sociaux à l’équilibre sur cinq ans. Or si cette règle avait été appliquée l’an dernier, le Gouvernement n’aurait pas pu prendre en charge l’indemnisation chômage des salariés des entreprises fermées pendant la pandémie. Est-ce vraiment votre projet ? Allez voir les restaurateurs, les cafetiers et l’ensemble des commerçants qui ont pu bénéficier de la prise en charge par l’État de l’indemnisation chômage. Tous vous diront, avec raison, qu’ils rejettent votre règle d’or, soyez-en assurés.

Nous refusons ce texte, qui constitue une étape supplémentaire vers une remise en cause de notre modèle de sécurité sociale. Nous vous opposons un projet alternatif, qui rétablit la cotisation sociale comme socle du système, qui réintègre une gestion paritaire des caisses de sécurité sociale par des administrateurs élus par les assurés sociaux. Nous proposons un financement de la sécurité sociale dépourvu d’exonérations, mais assuré par des cotisations patronales et salariales, ainsi que par des revenus financiers.

Enfin, la suppression de l’Ondam comme carcan budgétaire doit permettre de renouer avec un financement qui parte des besoins de santé selon les territoires et non d’une enveloppe fermée.

Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe communiste républicain citoyen et écologiste votera contre ces deux textes.

 

 

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 05:05
Pierre Dharréville : « Une bonne réforme des retraites invite à repenser le travail » (L'Humanité, 5 octobre 2021)
Pierre Dharréville : « Une bonne réforme des retraites invite à repenser le travail »
Mardi 5 Octobre 2021 - L'Humanité

Alors que la question des retraites est reposée, le député communiste des Bouches-du-Rhône revient sur le débat intense qui a été stoppé par la pandémie. Démontant un à un les arguments de la majorité, il dessine les contours d’une réforme progressive. Entretien.

 

Vous venez de sortir un Manuel de la bataille des retraites (1), au moment où le débat revient sur le devant de la scène. Est-ce une façon de poursuivre le combat idéologique ?

Pierre Dharréville Le débat s’est interrompu brutalement avec la pandémie mais ils n’ont jamais lâché l’affaire. Je me suis dit qu’il ne fallait pas perdre la matière accumulée, et j’ai listé les questions qui avaient été au cœur des échanges. C’était une manière de prendre date, afin d’être prêt au moment où le débat reviendrait. Il fallait maintenir la braise chaude. La bataille ne fait que commencer. Depuis les trente dernières années, c’est le sujet qui a le plus mobilisé les Françaises et les Français. Ces mobilisations puissantes témoignent d’un attachement profond à ce droit à la retraite. Certes, les salariés les plus jeunes doutent mais cette angoisse montre qu’il y a une aspiration à ce que ce droit ne disparaisse pas. Il y a donc une conscience qui peut encore grandir et s’affermir, mais encore faut-il tracer des perspectives.

Édouard Philippe propose non pas un système universel mais une réforme paramétrique visant à faire reculer l’âge de départ en retraite. Tout comme Stanislas Guerini, qui en appelle désormais à une « réforme simple : les régimes spéciaux, les pensions minimums, des mesures sur l’âge, des mesures de justice ». Comment interprétez-vous ce rétropédalage ?

Pierre Dharréville C’est un aveu quant à la réalité de la réforme qui nous était proposée. Cette réforme soi-disant universelle parée de toutes les vertus qui était en réalité une réforme qui visait à jouer sur tous les paramètres, y compris sur l’âge de départ. Et c’était pour eux l’essentiel puisque c’est ce qu’ils mettent en avant aujourd’hui. Il y a une volonté de nous faire travailler plus, dans la journée, dans la semaine, dans le mois, dans l’année et dans la vie. C’est une vieille lune du capital de vouloir pressurer ceux qui travaillent. Il y a une volonté de tirer encore sur la corde. Or, si nous vivons plus longtemps, c’est grâce à la qualité de notre protection sociale. De plus, il est important d’expliquer qu’on ne cesse pas de travailler, entre guillemets, quand on est à la retraite. Certes, ce n’est plus le travail prescrit, mais les retraités continuent d’être utiles. La situation est plus contrastée qu’on ne le dit et il y a d’autres manières de dégager des marges suffisantes pour faire face au besoin de financement du droit à la retraite.

Comment ?

Pierre Dharréville Le partage de la valeur se fait entre le capital et le travail. Prendre aux retraités, cela revient à prendre au travail, il est donc possible de faire autrement. Il y a eu une explosion des exonérations fiscales. À chaque budget, le gouvernement invente de nouvelles exonérations. Et à chaque fois, il affaiblit la capacité de la Sécurité sociale à nous protéger. Notre protection sociale a un coût, il est nécessaire d’arrêter de tailler dedans. La Sécurité sociale doit être financée sur la base des cotisations ; c’est pour cela qu’une cotisation supplémentaire du capital peut être envisagée, notamment lorsqu’on voit toutes les sommes qui s’évaporent avec l’évasion fiscale. Nous avons esquissé un certain nombre de propositions qui se trouvent dans la loi que nous avons déposée à l’Assemblée nationale en 2019.

En présentant sa réforme, le gouvernement a soulevé les faiblesses du système actuel…

Pierre Dharréville Le débat des retraites a fait revenir la question du travail au cœur du débat public. Parler retraite revient à regarder ce qui s’est passé avant, puisqu’il s’agit, à la retraite, de solder les comptes. Faire une bonne réforme des retraites invite à repenser, à soigner le travail. Que ce soient les carrières hachées, le temps partiel subi qui frappe particulièrement les femmes, la question de la pénibilité, sur tous ces points des mécanismes correcteurs pour faire face aux inégalités doivent être apportés mais ce n’est pas suffisant. Le culte de la productivité, de la compétitivité en permanence écrase l’humain, si on vivait mieux le travail, on pourrait mieux envisager une bonne retraite. Nous pourrions garantir dans ce système une retraite minimale et digne fixée au niveau du Smic et revenir à un âge de départ raisonnable. Beaucoup de femmes et d’hommes ont du mal à arriver à l’âge de départ dans de bonnes conditions. La retraite progressive devrait permettre de partir avant l’âge pour celles et ceux qui le souhaitent, pas après. À l’inverse, la réforme des retraites proposée par Emmanuel Macron contribue à accroître cette logique de l’homme et de la femme productifs, avec la règle du « un euro cotisé doit donner les mêmes droits » : chacune, chacun garantit sa propre retraite. C’est la logique du travailler plus pour gagner plus poussée jusqu’au bout.

Le gouvernement souhaite également mettre fin aux régimes spéciaux. Pourquoi faut-il les préserver ?

Pierre Dharréville Les régimes ont tous une histoire, une raison d’être que l’on ne saurait balayer sans égards. Il y a parfois de petits régimes qui ont produit de fortes mobilisations, comme celle des danseurs et danseuses de l’Opéra. Leur régime permettait de prendre en compte leur situation particulière. On peut travailler à plus d’unité et plus de solidarité entre les régimes, d’ailleurs cela existe déjà. La caisse des électriciens et gaziers a été ponctionnée l’an dernier pour contribuer au régime général. Mais il n’y a pas besoin pour cela de passer par pertes et profits toutes les conquêtes sociales qui se sont exprimées à travers ces régimes spéciaux. On devrait plutôt s’en inspirer pour améliorer notre système des retraites que de les dézinguer.

Le budget de la Sécurité sociale est présenté ce mercredi, est-il à la hauteur des enjeux révélés par la crise sanitaire ?

Pierre Dharréville La majorité reste dans son moule, il n’y a pas de surprise. Elle fait semblant, c’est une des caractéristiques de la Macronie. Le gouvernement ne prend pas la mesure des besoins sociaux ou de la situation des hôpitaux, où les fermetures de lits et les restructurations se poursuivent. Le budget ne prépare pas l’avenir alors que les besoins sanitaires sont pressants. Sur l’autonomie, qui est un sujet majeur et souvent laissé dans l’ombre, il faudrait se hisser au bon niveau d’action parce que c’est un vaste terrain d’inégalités. Or, le gouvernement vient d’annoncer qu’il renonce à légiférer malgré les annonces répétées chaque année. En réalité, tout se passe comme si l’on voulait tailler dans les retraites pour financer la santé. Au lieu d’arrêter les exonérations et de s’occuper des ressources, on a l’impression qu’on organise à nouveau le déficit pour justifier demain de nouvelles mesures d’austérité et de casse sociale. On ne change pas de refrain : la Sécurité sociale coûterait trop cher. On connaît la chanson. Or, nous avons besoin d’une ambition sanitaire et sociale puissante. Et elle ne peut être que solidaire.

(1) Manuel de la bataille des retraites, Fondation Gabriel-Péri, 7 euros
Pierre Dharréville : « Une bonne réforme des retraites invite à repenser le travail » (L'Humanité, 5 octobre 2021)

https://gabrielperi.fr/librairie/notes/manuel-de-la-bataille-des-retraites/

"Les retraites sont depuis toujours un champ de controverse. Imaginez le délire : payer des gens qui ont cessé le travail… Une invention sociale essentielle : le droit d’être libéré du travail prescrit après y avoir tant consacré dans la force de l’âge. Ainsi, par le travail, c’est vraiment tout un monde que l’on gagne pour les autres et pour soi-même. Le droit à la retraite est un puissant marqueur de civilisation. Il met radicalement en cause la loi naturellement impitoyable du marché et la chosification de l’humain. Ainsi, chaque producteur et chaque productrice sont posés en sujets faiseurs de droits, chaque personne en sociétaire du genre humain…

 
 

 

Le droit à la retraite est un puissant marqueur de civilisation. Une conquête sociale qui s’est construite dans la durée. Affichant un vaste projet de remodelage antisocial, le Président de la République  avait pour projet un changement complet de système de retraite, basé sur un calcul par points. Ainsi, alors que le Covid-19 fondait sur la planète, toute la Macronie s’échinait à imposer une réforme des retraites qui, pourtant, suscitait un profond rejet. Mis en difficulté dans la rue comme dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le Premier ministre dégainait le 49-3, puis confinait le pays. À l’issue de ce débat intense, l’auteur a dressé l’inventaire des nombreuses questions agitées dans la bataille. Bien lui en a pris : la question n’en finit pas de resurgir. Témoignage d’une confrontation âpre, il repasse les arêtes du débat, démonte les idées reçues, et dessine les contours d’une réforme progressiste, « pour une retraite qui va bien ».

Nous publions ce texte mis à jour avec les analyses des premiers effets de la crise sanitaire. Nul doute qu’il servira.

Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône, porte-parole du Groupe de la Gauche démocrate et républicaine et membre de la commission des affaires sociales, fut l’un des acteurs de premier plan du débat sur la réforme des retraites à l’Assemblée nationale.

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 04:55
La gauche ne s’économise pas sur l’évasion fiscale
Mardi 5 Octobre 2021 - L'Humanité
Extraits de l'article

Les révélations des Pandora Papers remettent le sujet dans le débat pour la présidentielle. (...)

«Je souhaite un véritable débat sur l’évasion fiscale », ce « cancer pour notre économie » . Ce n’est pas la première fois que le candidat communiste Fabien Roussel porte le thème de la fraude internationale et des paradis fiscaux à l’agenda de la présidentielle, aujourd’hui encore saturé des éructations d’Éric Zemmour. « Les actifs financiers sont retenus dans des banques et des comptes offshore où l’argent produit par des salariés ici se retrouve mélangé à l’argent de la drogue, de la traite des humains et des trafics d’armes », s’est alarmé le secrétaire national du PCF ce lundi, en conférence de presse. Face à cela, il propose plusieurs mesures, parmi lesquelles des peines de prison ferme et la perte des droits civiques pour les fraudeurs, l’instauration d’un ministère dédié à la lutte contre la fraude fiscale, et la création d’une « COP fiscale mondiale » sur le modèle de la COP climat (propositions reprises des frères Éric et Alain Bocquet, auteurs de Milliards en fuite !).

« La nationalisation ou la fermeture » des banques délinquantes

Le député nordiste propose aussi le recrutement de 15 000 contrôleurs fiscaux supplémentaires. « Il y a eu une saignée ces dix dernières années dans nos services fiscaux. On devrait avoir une armée formée pour aller débusquer ces délinquants en col blanc », justifie le candidat. La parlementaire propose en attendant une filière de recrutement spéciale de la police judiciaire où l’on développerait les compétences spécifiques requises pour ce genre d’enquête.

Vient ensuite la question des sanctions, que certains appellent à durcir. « Il faut abroger tout de suite les lois mises en place par Darmanin permettant de négocier le montant des amendes avec les fraudeurs fiscaux », pose Fabien Roussel. Une référence à une disposition de la loi antifraude de l’automne 2018, votée alors que Gérald Darmanin était encore aux Comptes publics. Cette loi assouplit notamment le « verrou de Bercy », c’est-à-dire le monopole de l’administration fiscale sur la lutte contre la fraude, monopole problématique quand ledit fraudeur est à la tête de l’administration fiscale, comme dans l’affaire Cahuzac. Mais elle a aussi ouvert, au grand dam des oppositions de gauche, l’extension à la fraude fiscale de la convention judiciaire d’intérêt public, une mesure permettant à une entreprise de négocier son amende directement avec l’État afin d’éviter des poursuites et une reconnaissance de culpabilité.

Pandora Papers - Le nouveau scandale de l'évasion fiscale - L'Humanité, 5 octobre 2021
Pandora Papers : un nouveau scandale d’évasion fiscale à grande échelle
Mardi 5 Octobre 2021

Les révélations d’un pool international de journalistes d’investigation dévoilent l’ampleur des fraudes et mettent en cause des personnalités politiques de premier plan. Le phénomène progresse dans les pas de la financiarisation du capitalisme mondialisé.

 

Joliment baptisée « Pandora Papers », une nouvelle enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) vient révéler l’ampleur de la fraude fiscale et le degré de corruption de certaines personnalités membres de l’élite politique mondiale, voire de certains chefs d’État en exercice. Elle atteint la bagatelle de 11 300 milliards de dollars (9 400 milliards d’euros). Les individus haut placés pris en flagrant délit les ont fait « prospérer » dans une myriade de sociétés offshore, basées dans des paradis fiscaux.

336 dirigeants et responsables politiques

Les enquêteurs de l’Icij ont épluché quelque 11,9 millions de documents. Ils pointent comment 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan ont triché pour parvenir à leurs fins lucratives. Nous avons sélectionné et dressé ici le portrait de quelques-uns des plus emblématiques de ces personnages, auteurs souvent des envolées les plus solennelles contre la corruption ou la fraude fiscale (lire ci-contre). Les îles Vierges britanniques se taillent la part du lion dans cette affaire, puisqu’elles sont à l’origine des deux tiers des montages d’optimisations de la fortune de tous ces grands personnages publics.

Ces Pandora Papers s’ajoutent à une déjà longue liste de scandales du même type. Baptisés Offshore Leaks, Panama Papers, Paradise Papers, LuxLeaks ou OpenLux, ces investigations lèvent, à chaque fois, un coin du voile sur des pratiques qui permettent de soustraire des milliers de milliards d’euros au financement des services publics, des hôpitaux, des écoles, de la recherche médicale… Elles livrent un décryptage saisissant des méthodes les plus sophistiquées employées par des fraudeurs qui se sont entourés d’une armée de financiers pleinement intégrés à la planète boursière, de banquiers forts de leurs réseaux mondiaux et d’avocats fiscalistes ayant pignon sur rue.

Expansion et banalisation des paradis fiscaux

Au-delà de la ribambelle de personnages politiques sortis de la boîte de Pandora, l’un des mérites de cette dernière enquête en date est de révéler l’expansion et la banalisation des paradis fiscaux. Il apparaît, en effet, que ces derniers ont pu étendre leur périmètre d’activité bien au-delà des sphères traditionnelles, des Caraïbes au Luxembourg. De nouveaux flibustiers de la fraude fiscale sont venus s’ajouter aux champions d’un secteur déjà très fourni. Au sein de l’hyperpuissance mondiale, l’État du Dakota du Sud accueille ainsi depuis peu des fonds considérables venus de l’étranger au sein de sociétés-écrans en leur garantissant l’opacité la plus totale.

La qualité de ces investigations et les efforts fédérés par plusieurs grands titres de la presse internationale – ils vont en France du Monde à Libération en passant par Radio France – permettent à leurs auteurs de distiller, à chaque fois, de vraies révélations sans courir le risque d’un tir de barrage politique ou (et) juridique. Toutefois, l’extraordinaire accumulation de ce type d’enquête n’a jamais débouché sur un véritable tournant dans la lutte contre les fraudeurs mondialisés. Davantage de transparence, des régulations plus sévères, de nouvelles contraintes juridiques, voire la mise hors circuit des hôtes les plus avérés du dopage des fortunes personnelles ou des profits géants des plus grandes sociétés sont réclamées, à chaque fois, à juste titre et à cor et à cri. Sans jamais que rien ne change vraiment. Comme le prouvent les révélations publiées quelques mois ou quelques années plus tard. Un peu comme s’il s’agissait, à chaque fois, d’un nouvel épisode accablant versé à un dossier dont l’importance et la nocivité ne se réduisent pas. Mais qui fait preuve tout au contraire d’une résilience phénoménale, voire d’une capacité à continuer de croître et embellir.

Un environnement systémique des plus favorables

En fait, la plaie de la fraude fiscale n’est béante et hideuse que parce qu’elle bénéficie d’un environnement systémique des plus favorables. La financiarisation des économies encouragée, impulsée ces dernières années par les grandes puissances, et singulièrement par Washington et Wall Street, a débouché sur un mode de régulation de la sphère capitaliste dont la caractéristique essentielle est d’ouvrir toujours davantage de possibilités aux fraudeurs et autres optimiseurs de gros magots.

«  Au cours des 40 dernières années, l’industrie financière a pris un pouvoir considérable sur le reste de la sphère économique », relevait en 2020 un observateur allemand très en vue, longtemps membre de l’institut Ifo de conjoncture d’inspiration plutôt libérale. Cette évolution a été portée par un « assouplissement » des règles et des contrôles publics qui a démultiplié les possibilités de pratiquer les placements les plus lucratifs, assorti des moyens de leur faire éviter ou contourner les impôts et les taxes.

Tout a été subordonné aux résultats de la Bourse. Sans que les placements encouragés soient le plus souvent reliés au monde réel. Et ce sont les plus grosses sociétés d’investissement, comme l’États-Unien BlackRock, qui ont ainsi pu acquérir des pouvoirs d’influences nouveaux jusque dans les régulations, souvent codécidées avec la puissance publique. Elles ont pu ainsi lancer des produits au rendement exceptionnel. Nourrissant ce faisant une boursouflure financière mondiale au diamètre de plus en plus menaçant.

À quand des « Delaware Papers » ou un « Delaware Leaks » ?

Les États-Unis sont à l’avant-garde de cette évolution comme du combat pour atteindre la plus grande compétitivité financière. Outre les nouveaux aventuriers du Dakota du Sud repérés par les enquêteurs de l’Icij, ils disposent de très longue date d’un outil majeur d’optimisation fiscale : l’État du Delaware. Il permet à toutes les compagnies qui y déclarent leur siège social de bénéficier de taux d’imposition très réduits.

Dans cet État peuplé de moins d’un million d’habitants, quelque 1,2 million de sociétés, dont la plupart des géants de Wall Street, ont installé quelques bureaux, parfois juste une plaque. Ce qui leur permet de réduire considérablement leurs prélèvements. Une entreprise installée ne paie aucune taxe locale et doit seulement s’acquitter de l’impôt fédéral américain. Le système est bien rodé et défendu jusqu’au plus haut niveau. Le sénateur du Delaware depuis 1972 n’est autre qu’un certain Joe Biden, aujourd’hui président des États-Unis. À quand des « Delaware Papers » ou un « Delaware Leaks » ?

Les monnaies numériques, une alternative « paradisiaque »

Partout, les possibilités de placer son argent sans avoir à rendre le moindre compte à la puissance publique et à ses besoins d’investissements sociaux ou environnementaux ont atteint aussi une dimension nouvelle dans la dernière période, dont le bitcoin est le nom. Ces monnaies numériques, alternatives des devises émises par les grandes banques centrales, sont portées par les libéraux libertaires des États-Unis. Elles remplissent, à elles seules, tous les avantages offerts par les paradis fiscaux : aucun contrôle sur l’origine des fonds, aucune régulation publique et une promesse de rendements faramineux. Elles siphonnent aujourd’hui plus de 500 billions de dollars. Ce qui en fait le plus gros des récipients dévoués aux investissements hors taxes pour tous les agioteurs de la planète. Seule différence : le placement peut désormais s’avérer risqué quand la bulle des bitcoins se sent comme aujourd’hui des accès de faiblesse. Sur fond de risque bien réel d’éclatement de cette sphère ultraspéculative, qui pourrait bien menacer toute la planète financière.

Pandora Papers - Le nouveau scandale de l'évasion fiscale - L'Humanité, 5 octobre 2021
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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 04:51
Présidentielle 2022. Les communistes lancent les « Rencontres des jours heureux » (Julia Hamlaoui, L'Humanité, 5 octobre 2021)
Présidentielle 2022. Les communistes lancent les « Rencontres des jours heureux »
Mardi 5 Octobre 2021 - L'Humanité

Santé, écologie, énergie, jeunesse, emplois… D’ici la fin de l’année, le candidat du PCF à la présidentielle multipliera les déplacements pour six « agora » thématiques. Premier rendez-vous dès mercredi en Auvergne sur l’agriculture et l’alimentation.

Le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel, reprend la route. Après une caravane en une cinquantaine d’étapes le long des côtes cet été, le PCF lance à partir de mercredi les « Rencontres des jours heureux ». « On change de campagne : avant on faisait des meetings partout avec le même discours, là on fait le choix des thématiques et des territoires », explique le député du Nord. Le concept ? « Ce seront des Agora, des ateliers, des échanges à l’issue desquelles je présenterais nos propositions », poursuit-il. En la matière, pas « de demi-mesures », promet Fabien Roussel estimant que « toute la gauche paie encore les trahisons, les reniements » du quinquennat Hollande. Il y voit d’ailleurs une justification à la multiplication des candidatures : « La première mesure que Yannick Jadot veut mettre en place c’est de libérer les poulets, a-t-il dit au JDD. Moi la première mesure que je mets en place c’est de m’attaquer à la question sociale, d’augmenter les retraites et les salaires, même si je libérerai aussi les poulets pour avoir de l’élevage en plein air. »

La première des « Rencontres des jours heureux », prévue dès ce mercredi à Billom dans le Puy-de-Dôme, sera d’ailleurs consacrée aux enjeux de l’alimentation, de l’agriculture et de la ruralité. Un rendez-vous en soirée précédé d’une visite du salon de l’élevage à Clermont-Ferrand et suivi de la visite d’une exploitation laitière. « Je veux porter la voie des territoires, d’une ruralité nouvelle, du respect des collectivités », détaille Fabien Roussel qui souhaite profiter de chacun de ces déplacements pour aller « à la rencontre des élus locaux et valoriser ce qu’ils font sur le terrain ».

Ce sera ensuite le tour des questions de santé à Ramonville, près de Toulouse, le 16 octobre, avant l’écologie et l’énergie le 27 octobre à Rennes. « Se priver du nucléaire comme le proposent d’autres candidats est une folie qui va coûter cher aux Français », affirme dès maintenant le parlementaire. Alors que le gouvernement envisage de créer de petites centrales, il plaide pour « engager, sans attendre 2022, la programmation de 6 à 8 EPR afin de compenser la fermeture des 12 réacteurs annoncés d’ici 2035 » et pour investir davantage dans les « barrages hydro-électriques, deuxième source d’énergie décarbonnée et pilotable ». « C’est une question d’indépendance énergétique pour notre pays, estime-t-il. Mais c’est aussi la seule voie pour garantir aux Français et aux entreprises de notre pays l’électricité la moins chère et la plus décarbonnée d’Europe. » Après une rencontre la semaine dernière avec le président de la République à propos de ce coût de l’énergie, le candidat « regrette que le blocage des prix annoncés par le premier ministre ne soit qu’une mesure en trompe-l’œil ». « Ce sont vraiment des hypocrites, des truands », fustige-t-il pointant le rattrapage prévu en avril, et avançant l’idée « de baisser la facture tout de suite de 30 % puisque c’est le poids des taxes ».

Les rendez-vous suivants concerneront la jeunesse, le 10 novembre à Poitiers, puis l’éducation, le 3 décembre à Vénissieux. « Je reviendrais sur le pacte pour la jeunesse que j’ai lancé dès le début de ma campagne et sur cette proposition innovante qui fait débat d’allonger le temps d’enseignement à 32 heures pour nos enfants », annonce le candidat. Entre-temps, un grand rassemblement, avec « plusieurs milliers de personnes », doit avoir lieur à Paris le 21 novembre sur l’emploi et le pouvoir d’achat. Point d’orgue d’une semaine de mobilisation organisée localement entre le 9 et le 17 octobre par le PCF à travers la France. « L’extrême droite veut kidnapper la présidentielle. (…) Disons-le clairement : la haine ne remplit pas le frigo, elle ne paie pas les factures non plus. C’est sur l’emploi et les salaires que le débat doit porter. Nous voulons lancer une contre-offensive tous azimuts », explique Ian Brossat (entretien à retrouver ici).

Quant à l’évasion fiscale qui fait la une de l’actualité avec les Pandora Papers, elle fera l’objet d’une « rencontre des jours heureux » en Février, aux côtés d’une série de nouvelles étapes de ce tour de France. « J’appelle à désintoxiquer l’économie le plus rapidement possible », a d’ores et déjà indiqué Fabien Roussel mettant notamment sur la table à la fois des peines de prison fermes pour les fraudeurs fiscaux, la nationalisation des banques impliquées, et une Cop fiscale mondiale.

Julia Hamlaoui

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 19:05
Photo CGT, 5 octobre 2021

Photo CGT, 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

Photo CGT 5 octobre 2021

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Roger et Florence Héré de la CGT et du PCF (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Roger et Florence Héré de la CGT et du PCF (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours d'Yvan Le Gall pour la CGT à la manifestation intersyndicale du 5 octobre au côté notamment de Sébastien Menès de Sud (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours d'Yvan Le Gall pour la CGT à la manifestation intersyndicale du 5 octobre au côté notamment de Sébastien Menès de Sud (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours de Sébastien Menès pour Sud Solidaires (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Discours de Sébastien Menès pour Sud Solidaires (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Photo d'Yvan Le Gall (I Dupont)

Photo d'Yvan Le Gall (I Dupont)

Photo I Dupont

Photo I Dupont

Photo I Dupont

Photo I Dupont

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

photo I Dupont

photo I Dupont

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(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Photo CGT - 5 octobre 2021

Photo CGT - 5 octobre 2021

Les camarades du PCF au premier plan (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Les camarades du PCF au premier plan (Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Photos de la manif intersyndicale du 5 octobre 2021 à Morlaix: 300 manifestants ont défilé pour l'augmentation des salaires, les retraites, l'emploi et les conditions de travail
(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

(Photo Pierre-Yvon Boisnard, 5 octobre 2021)

Manif à Morlaix ce matin pour les salaires, les retraites, l'emploi et les conditions de travail à l'appel de l'intersyndicale. Un défilé jusqu'au Poulliet en revenant par l'allée du Poan Ben et les Jacobins.

Environ 300 manifestants, des travailleurs et des retraités, des citoyens, des militants de la CGT, de la FSU, de Sud, de FO et des militants communistes bien sûr!

Et 500 manifestants à Quimper, 1000 à Saint-Brieuc, 1500 à Brest, 2500 à Rennes, 800 à Lorient, 270 à Lannion, 150 à Guingamp, 250 à Vannes, 150 à Pontivy, en tout + de 7000 en Bretagne administrative.

***

 

 

Ouest-France, 5 octobre 2021 - Gaëlle Collin

« On demande de quoi vivre » : à Morlaix, 260 personnes mobilisées ce mardi 5 octobre

​L’intersyndicale avait appelé à la manifestation, ce mardi 5 octobre 2021. À Morlaix (Finistère), 260 personnes se sont mobilisées, et ont déambulé dans le centre-ville. Les revendications étaient larges : la défense du pouvoir d’achat, la revalorisation des salaires et des retraites.

« Dans le pays de Morlaix (Finistère) et Landivisiau, les services de santé sont à la peine. HOP ! dont l’avenir est incertain, Bosch où la situation est compliquée », détaillaient les représentants de l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, Unef et UNL, pour expliquer leur appel à manifester. Ce mardi 5 octobre 2021, ils étaient 260 à défiler dans les rues du centre-ville pour défendre leur pouvoir d’achat, l’emploi et les retraites.

Dans le cortège, des salariés de l’hôpital et de HOP !, des enseignants, des retraités, des agents du médico-social, ainsi que quelques représentants de partis politiques. Les revendications étaient multiples, allant de la revalorisation salariale à celle des retraites, en passant par l’opposition à la réforme de l’assurance-chômage, entrée en vigueur vendredi 1er octobre 2021.

« Nos conditions de travail sont dégradées »

Parmi les mobilisés, des travailleurs du médico-social. « On nous dit qu’on est soignants, lorsqu’on est soumis à l’obligation vaccinale contre le Covid. Mais on n’est plus considérés comme tel lorsqu’on exige des revalorisations salariales », soulignent, ironiquement, des salariés des Genêts d’or. Ils n’ont pas eu le droit, contrairement à leurs confrères de la fonction publique hospitalière, à la prime de 183 € mensuelle prévue par le Ségur de la santé.

« On demande de quoi vivre, poursuivent-ils. Notre point d’indice est gelé depuis dix ans, sauf que le coût de la vie a augmenté. Être payé 1 300 € pour être aide-soignant, ce n’est pas possible ! Nos conditions de travail sont dégradées et résultat, on a des difficultés de recrutement. Nos métiers ne sont plus attractifs. »

Communiqué de la section du pays de Morlaix du PCF

3 octobre 2021

La section du Pays de Morlaix du PCF appelle à  participer massivement à la manifestation syndicale du 5 octobre à 11 h place des otages à Morlaix

Augmentez les salaires et les retraites !
C’est le slogan qui marquera la manifestation du 5 octobre pour les emplois, les salaires et les conditions de travail et d’études.
Et les raisons de manifester ne manquent pas quand on sait que le SMIC vient d’augmenter de 2% seulement quand la rémunération des grands patrons progresse de 30% et que celle des grands actionnaires est de l’ordre de 40%.
Les familles populaires ont déjà bien du mal à boucler les fins de mois mais elles subissent aujourd’hui des hausses insupportables : denrées alimentaires, tarifs de l’énergie avec une nouvelle augmentation de 12,6 % du prix du gaz au 1er octobre (soit une augmentation de 57 % depuis le début de l’année), augmentation du prix de l’électricité et envolée du prix des carburants à la pompe.
Le député communiste Sébastien Jumel vient de proposer d’appliquer un taux réduit de TVA sur le gaz comme sur tous les produits de première nécessité. Une telle mesure permettrait effectivement de soulager dans l’urgence des millions de familles.

A cela se rajoute l'ignominie de la réforme de l'assurance chômage ! Le Président de la République et son Premier ministre ont donc décidé d'imposer la mise en œuvre de la contre-réforme de l'assurance-chômage en ce 1er octobre, malgré l'unanimité qu'elle rassemble contre elle.

Selon les chiffres de l'Unedic, avec l'entrée en vigueur de celle-ci, 1,15 millions de personnes vont ainsi voir aujourd'hui leurs droits baisser drastiquement, en moyenne de 17 % et jusqu'à 40 % pour les 400.000 les plus précaires, dont de nombreux jeunes. 50% des allocataires touchent moins de 860 euros par mois : Comment oser dire que l'on gagne plus au chômage qu'en travaillant !
Cette décision est une ignominie à l'égard des salariés concernés, jugés coupables d'un chômage dont seuls sont responsables les gouvernements successifs et le MEDEF

5 bonnes raisons de manifester

EMPLOIS

- Pour exiger la suspension des plans de suppressions d'emploi
- Pour le conditionnement des aides publiques au maintien et à la création d'emplois stables
- Pour exiger la création des emplois nécessaires pour répondre aux besoins dans les hôpitaux, les Ehpad... et dans l'ensemble de la fonction publique

AUGMENTATION DES SALAIRES
- Pour donner les moyens à toutes et tous de vivre dignement de leur travail et relancer l'économie via la consommation des ménages

DEVELOPPEMENT DE L'INDUSTRIE

- Pour conditionner les aides publiques aux entreprises à des critères sociaux et environnementaux et en assurer leurs contrôles par les représentants des personnels
- Pour maintenir et relocaliser les activités stratégiques sur le territoire
- Pour relancer la recherche et l'innovation à hauteur de 3 % du PlB

SERVICES PUBLICS

- Pour gagner des moyens pour les services publics de l'éducation, la santé, les transports, l'eau, de l'énergie... afin qu'ils répondent aux besoins de la population et aux défis de
demain

CONDITIONS DE TRAVAIL

- Pour une baisse du temps de travail hebdomadaire
- Pour le droit à la déconnexion et à l'encadrement du télétravail
- Pour l'ouverture des droits à la retraite à 60 ans à taux plein
- Pour la reconnaissance de la pénibilité

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 09:22

 

Le chef de l’État « nous mène dans le mur », affirme Guillaume Duval. Dans « l’Impasse », le journaliste spécialiste des questions économiques étrille le système de pensée macroniste, un paradigme élitiste, ultralibéral et déficient. ENTRETIEN.

Ingénieur de formation, Guillaume Duval a longtemps travaillé pour des multinationales, avant d’embrasser la carrière de journaliste et rejoindre le mensuel « Alternatives économiques », dont il fut rédacteur en chef. Cet ex-membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese) cherche, dans son nouvel ouvrage, à nous désintoxiquer de l’imaginaire libéral.

 

Dans votre ouvrage, vous avancez que le « péché originel » de Macron, c’est d’appartenir à « l’aristocratie d’État ». En quoi cela explique ses choix politiques ?

GUILLAUME DUVAL En France, l’État-nation s’est construit d’en haut par la mise en place d’un appareil d’État. Historiquement, celui-ci n’est pas au service de la population, mais au service du prince. Cela se traduit par le développement d’une sorte d’aristocratie diplômée : les énarques qui sont à la tête des grands corps de l’État, mais sont aussi souvent parachutés à la tête de grandes entreprises privées. Le propre de ces élites, c’est de penser qu’elles savent mieux que le peuple ce qui est bon pour lui.

Comme François Hollande, Emmanuel Macron est le produit de cette aristocratie, mais il marque une étape supplémentaire: c’est « l’énarchie », à la fois de droite et de gauche, qui se débarrasse des partis de gouvernement pour exercer le pouvoir directement. De cela découle sa manière de diriger, en faisant fi des corps intermédiaires : on retourne à une logique purement bonapartiste, verticale, descendante et autoritaire, parfois antidémocratique. Il se prend pour un Bonaparte qui serait un général d’armée civil.

Prenez la polémique sur les chèques d’allocation rentrée. Emmanuel Macron et l’aristocratie républicaine qu’il incarne se caractérisent par un mépris des classes populaires. Il y a l’idée que les pauvres ne savent pas se comporter avec l’argent qu’on leur donne, tandis que l’élite qui sort des mêmes écoles qu’eux est forcément rationnelle et vertueuse.

 

Le président a misé sur la baisse des dépenses publiques. En quoi est-ce une erreur ?

GUILLAUME DUVAL Dans le monde, les vrais ultralibéraux sont souvent des hauts fonctionnaires qui ne comprennent pas l’économie de marché et son fonctionnement. Ce sont eux qui ont donné, un peu partout, la priorité à la baisse des dépenses publiques, dans le sillon du consensus de Washington, de Reagan, Thatcher... Emmanuel Macron et l’inspection des finances par laquelle il est passé sont sur cette ligne-là depuis quarante ans. Le problème, c’est que cela repose sur une analyse qui est fausse. Nos sociétés ont au contraire de plus en plus besoin de biens publics pour pouvoir fonctionner. Vouloir abaisser l’emploi public, c’est se tirer une balle dans le pied. On dépense, par exemple, deux fois moins que la plupart de nos voisins pour le fonctionnement de la justice. Il n’y a vraiment pas de quoi être fier tant c’est contre-productif.

On peut certes accorder à Macron d’avoir su laisser filer les dépenses pendant la crise, même si le « quoi qu’il en coûte » est resté très inégalitaire, avec beaucoup pour les entreprises et très peu pour les très pauvres. De toute façon, ce n’était visiblement que passager. Il entend désormais reprendre sans délai la baisse des dépenses relatives à l’assurance-chômage ou aux retraites. Il ne comprend pas que la dégradation des services publics est négative, y compris pour l’économie privée : si l’école marche mal, si le système de santé ou judiciaire est défaillant, c’est mauvais pour les affaires.

J’ajoute que la dépense publique est un des outils qui permet à la France de corriger des inégalités territoriales fortes, chose dont ne se soucie guère le président, puisqu’il est élu par des couches urbaines et privilégiées.

 

La fin du « quoi qu’il en coûte » est justifiée, selon Macron, par la nécessité de rembourser la dette…

GUILLAUME DUVAL Je n’ai jamais été vraiment partisan de laisser filer la dette publique. Ceux qui laissent filer la dette publique sont des gens de droite qui préfèrent emprunter aux riches plutôt que de leur faire payer des impôts. En réalité, il est tout à fait possible de diminuer les déficits en taxant davantage les plus fortunés, d’autant plus que ceux-ci se sont enrichis pendant la crise.

 

Autre erreur de Macron, selon vous, l’obsession du « travailler plus ». On le voit avec le discours sur les retraites ou encore la remise en cause des 35 heures.

GUILLAUME DUVAL La France compte 6,4 millions d’inscrits au chômage. Dans un contexte pareil, dire que la priorité est d’allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, notamment à temps plein, c’est une aberration. Cela ne peut se faire qu’aux dépens du chômage. Encore une fois, cette idée provient d’une analyse qui est fausse : on travaillerait moins en France que dans les autres pays développés. Ce n’est pas vrai. Nous travaillons en moyenne 34,8 heures par semaine. Au Danemark (32,9), en Allemagne (34,6), ou aux Pays-Bas (30,1), c’est moins. C’est dû notamment au fait que les femmes, dans ces pays, et singulièrement en Allemagne, travaillent souvent en temps partiel ou très partiel. C’est donc l’effet d’une répartition encore plus inégalitaire que chez nous du temps de travail entre les hommes et les femmes. Chez nous, ce genre de compromis social est inacceptable et inaccepté, ce qui est très bien comme ça.

Donc la solution reste la réduction du temps de travail des salariés à temps plein, ce qu’on avait fait avec les 35 heures et qui avait bien fonctionné, contrairement à l’idée reçue. Il y a une mauvaise perception des 35 heures, car cela revient à dire aux salariés de se serrer un peu la ceinture pour laisser de la place aux chômeurs. Vous faites 3 millions d’heureux et 30 millions de mécontents qui ne voient pas les effets positifs d’une telle réforme.

 

Il faut donc passer aux 32 heures, comme le proposent le PCF ou Jean-Luc Mélenchon ?

GUILLAUME DUVAL Les 35 heures ayant laissé un souvenir assez négatif malgré leur succès, il faut peut-être envisager d’autres options. Par exemple, instaurer six mois de congé sabbatique rémunéré tous les cinq ans, ou un an de congé sabbatique tous les dix ans. Cela correspond à une baisse de 10 % du temps de travail et pourrait répondre davantage à la demande sociale, comme celle de pouvoir partir en vacances longues avant la retraite…

Lire aussi : Temps de travail : et si c'était l'occasion de passer aux 32 heures ?

 

Imaginons que Macron achève son mandat en 2022 en perdant les élections. Comment résumeriez-vous la France qu’il laisserait ?

GUILLAUME DUVAL C’est une France qui n’aura pas été renforcée sur le plan économique, avec un système de santé fragile, une université dans un état déplorable, une école profondément inégalitaire. Elle n’a pas beaucoup avancé sur la question environnementale, car celle-ci nécessite de lutter contre les inégalités. Au contraire, la société est davantage éclatée, socialement et territorialement. Elle est aussi plus violente, plus défiante à l’égard des institutions, alors que, parallèlement, se développe l’autoritarisme d’État. En résumé, c’est une France mûre pour basculer vers l’alliance de la droite radicalisée et de l’extrême droite, si les gauches et les écologistes échouent à se réunir d’urgence et à offrir une alternative.

 


Icon Education « L’Impasse. Comment Macron nous mène dans le mur », de Guillaume Duval. Éditions les Liens qui libèrent, 160 pages, 14,50 euros.

 

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 06:00
Dupuis, 23,50€ - à vendre dans toutes les bonnes librairies!

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Il y a quelques semaines est sorti le premier tome d'une série de bande dessinée sur la vie extraordinaire de Madeleine Riffaud, résistante, communiste, journaliste, militante anticolonialiste, sur un scénario de Jean-David Morvan et Madeleine Riffaud, et avec des dessins somptueux de Dominique Bertail. 

Ce premier volet de "Madeleine, Résistante", "La Rose dégoupillée", avec des dessins à dominante de couleur bleue, noire, et blanche, des cases de BD qui peuvent atteindre la planche et la page sur du très grand format qui donnent à rêver le paysage et le temps passé, est consacré à l'enfance et à l'adolescence de Madeleine.

Née en 1924, elle grandit avec un père instituteur dans un village de la Somme marqué par la première guerre mondiale, jouant surtout avec les garçons dont elle aime partager les aventures.

Sous le Front Populaire, elle découvre les joies des vacances dans le futur village martyr d'Oradour-sur-Glane. Pendant l'exode, son grand-père adoré la recueille, elle est envoyée chez une amie pacifiste de ses parents, trop complaisante avec les Allemands, à Amiens. A la mort de son grand-père, Madeleine contracte la tuberculose, et c'est dans son sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet non loin de Chalon-sur-Saône, qu'elle découvre la proximité de la mort et de la souffrance, l'amour, et qu'elle rencontre des résistants. Elle s'éprend d'un ami de ses parents, d'origine normande, résistant, et gagne Paris avec lui où elle passe son examen de sage-femme pour se donner une couverture et ne va pas tarder elle-même, à l'automne 42, à rentrer dans un réseau de résistance, sous le nom d'homme de Rainer, référence au poète allemand Rainer Maria Rilke, dont la BD rappelle qu'il "est décédé d'une leucémie après s'être piqué avec une épine de rose", la fleur préférée de Madeleine.   

L'épilogue de cette BD pleine de souffle et de poésie raconte de manière drôle et émouvante la rencontre du scénariste Jean-David Morvan et de Madeleine Riffaud, et comment la résistante et militante communiste, journaliste et essayiste, presque centenaire, a subjugué l'auteur de BD par son humour, sa vivacité et son intelligence, alliés à la force de caractère.  

Début 1944, elle entre en même temps au Parti communiste et dans la lutte armée. Elle apprend le massacre d’Oradour-sur-Glane, village de sa jeunesse. « Je pensais à cela quand je pédalais dans Paris, aux brûlés vifs que je connaissais. Éluard parlait des “armes de la douleur”. C’était exactement cela.

Madeleine Riffaud sera responsable des étudiants résistants FTP du quartier latin en 1944. Le 23 juillet 1944, elle abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation sur le pont de Solferino. Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et renversée par la voiture du chef de la milice de Versailles, puis envoyée au siège de la Gestapo rue des Saussaies où elle est torturée par des allemands et des français collaborateurs, puis condamnée à mort. Elle saute du train qui l'envoie en déportation à partir de la prison de Fresnes et reprend le combat dans la compagnie Saint-Just, attaquant notamment un train rempli de troupes allemandes arrivant aux Buttes Chaumont (gare Ménilmontant). Madeleine a 20 ans lors de la Libération de Paris et reçoit le brevet de lieutenant FFI le 23 août 1944.

A la Libération, elle devient l'amie d'Eluard et de Picasso, qui fait un portrait d'elle pour illustrer son premier recueil de poésie. Elle devient grand reporter à L'Humanité et amie avec le révolutionnaire communiste vietnamien Ho Chi Minh.

Un article de l'Humanité en 2012, "Madeleine Riffaud, des toits de Paris aux rizières du Vietnam", raconte magnifiquement la suite des aventures de Madeleine:

"Car, à partir de 1964, Madeleine Riffaud devient Chi Tam, la 8e sœur. Elle est l’une des rares occidentales à être acceptée dans les maquis viêt-cong, et devient une combattante à part entière de la résistance vietnamienne. « Ce que j’ai vu au Sud-Vietnam » affiche la une de l’Humanité en novembre 1970, dont le reportage révèle au monde l’horreur de la répression. « Con Son, Tan Hiep, Thu Duc, Chi Hoa… Il nous faut retenir ces noms car, jadis, pour les résistants victimes des nazis, l’enfer a duré cinq ans. Or au Sud-Vietnam, le même enfer dure depuis quinze ans », écrit-elle en 1972, au cœur d’un papier qui dénonce les atrocités commises par l’administration américaine. « Voilà la démocratie de Nixon, conclut-elle. Voilà la paix que les vaincus, en s’en allant, voudraient accorder à des hommes, des femmes estropiés à vie par les tortures sans fin… » Et elle sait de quoi elle parle : « Le drame est d’être passée de la Résistance aux guerres coloniales. J’ai été correspondante de guerre pour dire mon horreur des conflits. » « On disait des Viêt-cong : ce sont des hommes sans visage. » Ces combattants de l’ombre retrouvent le sourire devant l’objectif de Madeleine Riffaud, qui s’attache à leur redonner une identité. Dans ces déluges de violences qu’elle décrit, la poésie n’est jamais loin, derrière une description des rizières vietnamiennes ou des images de typhons, autant de métaphores de la mort, omniprésente. La couverture de la guerre d’Algérie la ramène rue des Saussaies, où la police française torture les militants du FLN, là même où elle a connu l’enfer. Le 7 mars 1961, l’Humanité sort avec une page blanche, marquée en son centre de ce seul mot : « Censuré ». À l’origine de la saisie, un article de Madeleine Riffaud sur les tortures pratiquées à Paris, qui déclenche la fureur du préfet de police, Maurice Papon, qui porte plainte en diffamation et demande des dommages et intérêts. Elle réchappe de peu à un attentat de l’OAS et passe plusieurs mois à l’hôpital.

En 1973, Madeleine Riffaud emprunte une nouvelle identité et repousse toujours plus loin les limites de l’investigation. Elle devient Marthe, se fait embaucher dans un hôpital parisien comme aide-soignante. Elle récure les sols, prodigue les soins aux patients, veille la nuit des mourants anonymes. De cette expérience, elle en tire un récit lucide et tendre sur l’univers hospitalier, les Linges de la nuit, sur ce qui se joue sous les draps blancs, quand l’imminence de la mort rebat les cartes des rapports humains. Car comme le disait d’elle Jean Marcenac, « Madeleine Riffaud est un poète qui a pris résolument le parti de s’exprimer par le journal… Elle a toute seule créé ce qu’il faut bien nommer un genre et, finalement, elle a parfaitement réussi».

Ismaël Dupont, 5 octobre 2021

A voir aussi:

Les 7 vies de Madeleine Riffaud - Bande annonce du documentaire biographique réalisé par Jorge Amat sur la résistante communiste et grand reporter de l'Humanité Madeleine Riffaud.

Madeleine Riffaud, Résistante - La Rose dégoupillée - une BD somptueuse de Dominique Bertail et Jean-David Morvan
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