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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 05:48

 

Du monde du jeu vidéo à préparer la guerre du futur au Pentagone, il n’y a qu’un pas, que Palmer Luckey a aisément franchi. Il veut faire du soldat du futur un homme augmenté, épaulé par une intelligence artificielle omnisciente et des armes autonomes.

Fini l’affiche de l’Oncle Sam vous pointant du doigt avec cette injonction « We need you » (Nous avons besoin de toi). L’armée états-unienne mise depuis longtemps sur les jeux vidéo pour recruter. America’s Army, un jeu de tir développé pour redorer le blason de l’institution et attirer les jeunes recrues, en est d’ailleurs a sa quatrième version. Et si, à l’origine, les « joysticks » s’inspiraient des commandes d’avions ou d’hélicoptères militaires, désormais ce sont les drones de combat qui se pilotent avec des manettes de console de jeu. Palmer Luckey est le fruit de cet étrange mélange. Il est aujourd’hui à la tête d’une start-up pesant 2 milliards de dollars qui a pour but avoué de conduire les États-Unis et l’Occident à la suprématie technologique dans la guerre du futur.

 

L’Oculus Rift, de l’idée au jackpot

Il y a encore dix ans, Palmer, adolescent passionné par les jeux de guerre et les chemises hawaïennes, réfléchissait dans le sous-sol de la maison maternelle en Californie à la façon de rendre son loisir préféré plus immersif. Il imagine l’Oculus Rift, un casque de réalité virtuelle adapté pour le jeu. S’il n’est pas le plus sociable des adolescents, il fait partie d’un très large réseau en ligne de joueurs blancs très conservateurs, qui luttent contre l’irruption des femmes et de toute forme d’idée progressiste dans l’industrie vidéoludique. Il lance en 2012 son idée sur Kickstarter, une plateforme de financement participatif, et récolte ainsi 2,5 millions de dollars. Deux ans après, Facebook rachète Oculus pour 2 milliards, dont 1,6 en actions Facebook. La fortune de Palmer est faite.

 

Il crée Anduril avec l’aide de Peter Thiel

Ne se plaisant pas dans la firme de Zuckerberg, où il ne peut exprimer ses idées « alt-right » trop ouvertement, il s’en va et monte une nouvelle entreprise, cofinancé avec Peter Thiel, qui lui aussi aime beaucoup Donald Trump… et le Seigneur des Anneaux. Thiel avait lancé Palantir, « l’œil qui voit tout » dans le roman de Tolkien, société spécialisée dans la gestion de données travaillant pour le renseignement. Il aide Luckey à créer Anduril, le nom de l’épée du héros qui veut dire « protecteur de l’Ouest » – de l’Occident serait plus juste en l’occurrence.

 

La guerre du futur selon Palmer Luckey

« J’ai créé Anduril car j’ai peur que les États-Unis perdent leur suprématie, expliquait Palmer, toujours en chemise hawaïenne, au Web Summit de Lisbonne en 2018. Les gros industriels sont bons pour faire des avions de combat, mais ne recherchent pas d’armes autonomes, d’amélioration du soldat par le transhumanisme ou d’intelligence artificielle militaire. » Le jeune homme décrit ensuite sa vision de la guerre du futur. « Je pense que les soldats seront bien­tôt des superhéros omni­scients (…) Je ne pense pas qu’ils porteront directement des armes. Chaque soldat aura un casque de réalité augmentée grâce auquel il aura une vue générale et précise du champ de bataille et par lequel il pilotera ses armes. » Oui, il décrit en substance un jeu vidéo.

 

Sa fierté : un mur virtuel à la frontière mexicaine

Anduril, qui a au 1 er juillet levé à nouveau 200 millions de dollars, décroche de vrais contrats avec le Pentagone pour son produit phare, Lattice (treillis en français). Il s’agit de barder un territoire de capteurs : une base militaire, des infrastructures critiques, les frontières… Une intelligence artificielle vient modéliser le terrain en temps réel et y identifie toute intrusion. Avec un casque de réalité virtuelle, un humain peut vérifier presque de ses propres yeux l’intrusion. Il a érigé un mur virtuel qui s’étend à la frontière mexicaine et a permis l’arrestation de dizaines de migrants, ce dont Luckey est très fier. Il vient d’adjoindre à Lattice l’Interceptor, un drone de combat capable d’intercepter sur la zone à protéger un autre drone en plein vol, fonctionnant de manière totalement autonome. Un tank tout aussi autonome serait en préparation dans les hangars d’Anduril dans la Silicon Valley. « Si on veut définir les règles de cette guerre de demain, il faut être les premiers, assure Luckey. On a pu imposer des règles sur l’armement nucléaire, parce qu’on était les meilleurs. La suprématie technologique est un prérequis à l’éthique. »

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 13:09

 

La terrible explosion qui a détruit et endeuillé dramatiquement Beyrouth intervient alors que le pays est dans une situation de faillite, avec un gouvernement corrompu qui siphonne les richesses du pays et organise l’évasion fiscale. Le peuple libanais, meurtrie par l’explosion, avec plus de 120 morts, 4 000 blessés et 300 000 Beyrouthins sans domicile exprime donc avec raison sa colère contre ce régime. Ils ont besoin de notre aide.

Face à l’urgence sanitaire et sociale, la priorité est d’apporter l’aide internationale et de s’assurer qu’elle ne tombe pas dans les mains des profiteurs mais surtout pas de conditionner la solidarité à la mise en oeuvre des politiques d’austérité trés dures du FMI. C’est au peuple libanais et aux forces progressistes de décider des réformes permettant de répondre à leur besoin. La France n’a pas à se comporter comme une ancienne puissance coloniale pour asservir encore plus ce pays. Quand il y a urgence, il n’y a pas d’ingérence!

Les puissances occidentales, et tout particulièrement la France, ont soutenu à bout de bras ces dirigeants qui, avec l'aide des institutions financières internationales, ont semé la ruine, détruit l'appareil productif, les services publics de l'eau, de l'électricité, de la santé... on en mesure les conséquences avec le regain de la pandémie de Covid-19.

Il y a donc de l'indécence à voir Emmanuel Macron venir dicter aux Libanais le comportement à adopter et faire des leçons de morale démenties constamment par les positions françaises.

Le Liban est sous le choc. Oui, le Liban a besoin d'une aide financière et matérielle massive pour venir en aide aux blessés, aux sans-abri mais aussi pour reconstruire la capitale. Oui le Liban a besoin de réformes fondamentales pour mettre un terme au système communautaire, se débarrasser de ces dirigeants honnis, reconstruire une économie... Mais le Liban n'est plus un protectorat français. Si Paris veut véritablement aider ce pays, il faut entendre les revendications exprimées dans la rue, par le peuple libanais et les forces progressistes, contre ce système. L'Union européenne s'honorerait en accueillant les milliers de réfugiés qui ont trouvé refuge dans ce pays où la solidarité n'est pas un vain mot.

Derrière la magnanimité apparente d'E. Macron, il y a la volonté de faire perdurer dans des conditions nouvelles l'ordre existant afin de pérenniser la domination et les ingérences occidentales. Pire, E. Macron relaie les exigences émises par la Banque Mondiale et le FMI ainsi que par D. Trump. Le FMI a conditionné son aide à une réduction draconienne du montant des retraites, du nombre de fonctionnaires et des dépenses publiques accentuant encore la misère. Il a exigé de fermer hermétiquement la frontière avec la Syrie ce qui est impossible. Quant au président des Etats-Unis, il conditionne l'aide internationale à la lutte contre le Hezbollah libanais accentuant les menaces de guerre et l'application de la loi Caesar qui empêche les entrepreneurs libanais de participer à la reconstruction de la Syrie.

Le Liban mérite mieux que des effets de manche et des manoeuvres sournoises dont les conséquences seront désastreuses.

Au nom des liens d'amitié qui unissent nos deux peuples, le Parti communiste français se tient aux côtés du peuple libanais

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 12:53

 

 

L’EFFET COVID

Un beau texte, utile si on y accroche un mode d’emploi du passage en coopératives pour les entreprises qui vont être en difficultés au sortir de la crise, que nous souhaitons écrire très vite. En raccrochant sa réflexion à la théorie qu’elle développe sur dialectique et complexité, Janine Guespin (Janine Guespin-Michel est microbiologiste honoraire à l’université de Rouen, membre du groupe Science et démocratie d’Espaces Marx, elle co-anime avec Sylvie Mayer la commission ESS du PCF. ) donne de la cohérence aux multiples réflexions qui nous parviennent sur la sortie de la crise sanitaire, sociale etc  que nous vivons;

Sylvie MAYER

Si tu n’espères pas l’inespéré, il n’adviendra pas. (Héraclite, philosophe grec, né à Éphèse vers 576 av. J.-C., mort vers 480 av. J.-C.I)

 

1. Le covid 19 peut il entraîner un changement de système-monde ?

La crise du coronavirus diffère de toutes les crises mondiales précédentes en ce qu’une perturbation gigantesque est due à un facteur externe à la société, un facteur non économique (bien qu’issu d’une gestion irresponsable de l’environnement).

Dans les années 60 le mathématicien de la météorologie, Lorentz, avait proposé l’effet papillon pour illustrer la sensibilité aux conditions initiales d’un système complexe. (vous savez, ce papillon dont le battement d’aile entraîne un ouragan à l’autre bout du monde!).

Eh bien cette fois-ci c’est probablement une mutation dans un minuscule virus de chauve souris qui a entraîné une crise mondiale d’une ampleur sans précédents depuis la guerre de 40. On peut l’appeler l’effet covid ! Mais les conséquences n’en font peut être que commencer.

On peut comparer le système-monde à un système dynamique complexe à l’état stationnaire dans un attracteur, un état, l’économie-idéologie libérale. Tout le travail de l’idéologie dominante consiste à faire considérer cet attracteur comme le seul possible (TINA -il n’y a pas d’alternative-, la fin de l’histoire…). Vouloir un autre monde, signifie, en terme de sciences du complexe, penser qu’il existe un autre attracteur (système dit multistationnaire). Quel est -il ? On l’appelle communisme, écomunisme, éco-socialisme, ou post-capitalisme. Mais, toujours en terme de théorie de la complexité, cet attracteur, s’il existe, est partiellement déterminé. (Il peut d’ailleurs, y en avoir plusieurs, dont certains abominables). Tous sont le résultat de la dynamique du même système-monde, une dynamique différente de l’actuelle en ce qu’elle conduit vers un autre attracteur, mais avec les mêmes ingrédients, la population qui va vers ses 10 milliards, les usines, les terres cultivées, le bétail, les connaissances scientifiques, les possibilités techniques, le réchauffement climatique et la pollution, et aussi le patrimoine d’idées et de valeurs, etc…

La théorie des systèmes complexes rejoint les idées développées grâce à la dialectique matérialiste par Lucien Sève étudiant Marx lorsqu’il insiste sur l’idée des présupposés, du communisme déjà là, des futurs-présents… la société qui permettra de faire cesser les monstrueux dégâts humains et écologiques actuels, ne peut se constituer qu’à partir du présent et en s’appuyant sur ce qu’il y a déjà là de futur dans ce présent. Ce que l’on peut constater c’est qu’il existe les prémisses de plusieurs autres mondes. Un monde de haine, de dictature, comme il s’est déjà instauré outre atlantique dans plusieurs pays, un monde d’obscurantisme et de barbarie intégriste. Un monde au contraire en opposition à ce qui est détestable dans la société actuelle, émancipateur au lieu d’être aliénant, écoresponsable, solidaire. Ces prémisses, qui existent de façon éparse, isolées souvent, m’évoquent les petits mammifères qui ne pouvaient pas se développer lorsque les dinosaures occupaient la planète. Ils ne peuvent pas se développer dans un monde capitaliste, mais ils sont là.

Si on raisonne en termes d’attracteur, on sait qu’une forte perturbation est la seule façon de faire changer d’attracteur un système pour lequel il existe plusieurs attracteurs possible. Alors, comme la perturbation mondiale due au coronavirus est la plus forte depuis très longtemps, et se produit à un moment où beaucoup d’économistes pensent que le capitalisme est « en phase terminale », on est en droit de se demander si cette crise n’est pas susceptible de permettre un changement du système-monde  ? Encore faut il que ce changement se fasse dans la bonne direction (socialisme ou barbarie reste tragiquement d’actualité).

Je ne pense pas qu’il soit possible de déclencher cette révolution, qui ne pourra être que mondiale. Mais je suis convaincue qu’on doit s’y préparer, et pousser autant que possible pour que la catastrophe sanitaire mondiale actuelle, ou une prochaine, si elle débouche sur la mort du capitalisme tel que nous le connaissons, produise un changement de société émancipateur, et non pas la barbarie, dont les prémisses sont aussi très présents dans le monde actuel.

 

4) Un changement de conception de la lutte politique.

Le confinement est à la fois une période dangereuse d’inaction et une période où on s’arrête un peu pour penser, et où on partage les chansons, les blagues, les infos (pas toujours fiables, certes)…Comment partager aussi les idées pour le monde d’après ? Les partager de façon à ce qu’elles prennent corps, qu’elles deviennent dures, solides, avec la certitude que c’est possible, non pas nationalement mais mondialement, parce que c’est indispensable et parce que les circonstances font que c’est peut être devenu réalisable.

L’enjeu est énorme ! La crise sanitaire bouscule tout. Les entreprises qui vont être mises en faillite par les fonds de pensions et autres requins, doivent elles être nationalisées ou reprises par leurs travailleurs en SCOP ou en SCIC (avec l’Etat au besoin) ? Des sommes faramineuses sont en train d’être dégagées (et gagées sur nos prochains salaires) pour sauver les entreprises. Comment les gager sur les profits, comment les tourner vers les entreprises autogérées ? Comment se débarrasser des actionnaires sans casser les entreprises ? Comment profiter de cette crise pour supprimer les productions nuisibles, et regagner vers les circuits courts sans se barricader dans nos frontières ? Une crise alimentaire se profile car les vautours sentent les profits à faire sur la nourriture devenue rare quand elle ne peut pas bien circuler. Comment en partir pour transformer l’agriculture de manière écoresponsable, grâce à l’agro écologie qui existe déjà ? Et, chose important que peut faire chacun de nous ?

Il y a deux convictions à faire avancer et nous sommes dans un moment où de telles idées pourraient avancer: la conviction que c’est possible, et que la crise sanitaire peut être un moment de basculement, et la conviction que tout le monde a sa place, que chacun.e est nécessaire.  « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs » disait Marx; il faut que les idées bouillonnent , que chacun de nous se demande (et partage), et moi comment est-ce que j’imagine mon métier, mon lieu de vie, ma famille dans un monde post capitaliste , et comment je peux dès maintenant, et avec d’autres commencer, pousser à la roue, faire et exiger de l’état qu’il m’aide à faire  ?

Je ne crois pas que les partis politiques qui se battent actuellement contre les dégâts de la société soient inutiles, ils seront même indispensables pour que les transformations commencées lors de la crise qui va balayer le monde, ne soient pas raflés à nouveau par un pouvoir à la solde du capital, quand celui -ci cherchera à reprendre sa place, ce qu’il est en train d’anticiper en ce moment même. Ils peuvent aussi contribuer dès maintenant à faire diffuser l’imaginaire anti-et post- capitaliste. Mais pour cela il faut qu’ils en aient le projet, qu’ils changent d’attracteur que les déboires successifs n’ont pas suffi à faire changer.

Pour changer d’attracteur (de projet), un des obstacles réside peut être en ce que ces partis ne voient pas la force de ce qui existe, et par là même ne lui permettent pas de se développer et d’investir l’imaginaire. Le rôle d’un parti communiste à l’heure actuelle devrait être double : lutter, comme il le fait contre les méfaits du libéralisme avec tous les moyens politiques actuels, et aider les travailleurs à préparer le post capitalisme en développant les pratiques émancipatrices et l’imaginaire qui permettra d’en partir pour changer d’attracteur le moment venu.

Évidemment, cela change considérablement le rôle du politique. Au lieu de seulement diriger, il devra aussi soutenir. Au lieu de vouloir seulement donner des idées, il devra aider les gens à en avoir, et surtout à oser les exprimer et les réaliser Et, comme on l ‘a vu, un changement d’imaginaire devra accompagner le changement d’attracteur. Le politique viendra alors en soutien, mais acquerra en retour une force énorme de ce soutien. Pour changer les partis politiques afin qu’ils contribuent à préparer le monde d’après, il faudra que ceux qui agissent déjà au quotidien s’en mêlent, enclenchant ainsi un double cercle vertueux (la fameuse boucle de rétroaction positive de la théorie des systèmes complexes).

Janine Guespin avril 2020

 

  1. les conditions d’un changement radical

Comparaison n’est pas raison, mais…si les conditions objectives étaient prêtes, si une crise sanitaire affaiblit le capitalisme au point qu’un changement soit possible il ne se fera pas tout seul. Pour que du chaos émerge une société beaucoup plus organisée et humaine que la société actuelle, il faut que les humains y soient prêts. Pour utiliser une autre métaphore, une société plus évoluée que la société capitaliste nécessite de lutter contre l’entropie1 et il y faut de l’énergie, donc de la volonté. C’est ce que l’on peut désigner comme les conditions subjectives, autrement dit l’imaginaire émancipateur collectif et individuel, tout aussi nécessaires pour un tel changement de société. L’idée que la société capitaliste actuelle est responsable des ravages du virus, et que « rien ne doit plus être comme avant » fait son chemin et pas seulement « tout changer pour que rien ne change », comme le fait l’UE et la macronie. Mais comment cela pourrait-il se produire ? Et comment profiter de cette crise mondiale (ou de la prochaine) pour faire émerger un monde d’après, radicalement humain, pour, comme disait Marx, sortir de la préhistoire ?

Mon sentiment est que toutes les propositions, pétitions, déclarations actuelles de la gauche et du PCF sont beaucoup trop « petit bras » . Elles restent collées à une conception « état capitaliste providence » et non pas « capital-exit », elles sont antilibérales et non anticapitalistes. Elles ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Il ne s’agit pas de revenir à l’état capitaliste d’il y a quelques décennies, mais d’être capable de profiter de la crise, si elle est suffisamment forte pour sortir du capitalisme.

Changer de système ne peut pas se faire par en haut. Changer de système nécessite que la population dans sa majorité, non seulement le veuille, mais le fasse. Non seulement vote, non seulement manifeste contre des mesures délétères, mais se prenne en main, change les choses en grand dès que la destruction de l’économie le rendra possible et nécessaire.

Si un certain nombre d’auteurs ont déjà montré que la société actuelle contient les présupposés de cet autre monde, la prise de conscience de cette réalité est encore absente. Ceux là qui font du communisme déjà là, ne le savent pas ; ceux qui se battent pour que le communisme « advienne » ne les connaissent pas et croient qu’on y parviendra par le jeu politique, et le PCF lui même n’y croit pas et se contente d’un projet de réformes antilibérales et venues d’en haut.

Il a été dit et redit que l’articulation entre le politique (« top down) et le faire (bottom up) est indispensable, rien n’y a fait ou très peu jusqu’à présent. Et les pays d’Amérique latine où cela commençait à être expérimenté, viennent de se faire piétiner par le pitbull US.

Mais la situation actuelle est différente ; nous sommes dans une fenêtre où de nouveaux possibles existent, (bons ou très mauvais encore une fois, socialisme ou barbarie). Comment utiliser cette fenêtre temporelle pour aider à ce que s’initie une dynamique, un tourbillon, qui entraîne toutes les forces qui travaillent déjà, chacune de son côté, à de tout petits bouts de cette société future.

Commet ce tourbillon pourra-t-il émerger ? Car c’est bien d’une émergence qu’il s’agit, et comme telle, il y a une grande part d’incertitude .

3) Que faire ?

Ni les déclarations, ni les publications ne sont susceptibles à elles seules de créer le formidable tourbillon dynamique qui pourra entraîner la société vers le bon attracteur. Il faut que l’idée s’empare des masses. En quoi pourra consister ce changement d’attracteur ? Qu’est-ce qui, dans notre société existe déjà qui préfigure ce changement ? Les exemples ne manquent pas jusqu’au comportement actuel du personnel soignant. Mais comment la population pourra-t-elle s’en emparer pour les amplifier, pour être prête à s’en saisir, pour exiger des politiques, non pas qu’ils fassent à leur place, mais qu’ils rendent possible,  qu’ils aident à faire.

Il y a un exemple que je connais bien. Les coopératives, en particulier les coopératives autogérées comme la Scop-TI, sont des entreprises non capitalistes, qui ont développé des valeurs émancipatrices qui peuvent en faire des passeurs entre la société capitaliste et la société…allez disons post-capitaliste pour ne perdre personne en route. Ainsi prenons l’usine Luxfer qui fabriquait des bouteilles d’oxygène et qui a été fermée par les spéculateurs requins qui la possédaient. Mais les travailleurs sont toujours là. Au lieu de réclamer sa nationalisation, pourquoi les travailleurs ne réclament ils pas de reprendre leur usine en scop, avec l’aide éventuelle de l’état ou de collectivités territoriales ? Pourquoi ? Peut être parce qu’ils n’y pensent pas ? Peut être parce qu’ils s’en croient incapables ? Peut être parce que les politiques et les syndicalistes réclament une nationalisation ? Et les centaines d’entreprises que la crise sanitaire va mettre en faillite ? Ne pourraient elles pas être « récupérées » par leurs travailleurs, comme en argentine ?

Un autre exemple, à cause de la fermeture des marchés, des maraîchers ont perdu de gros débouchés ; Des AMAPs des coopératives de vente de produits agricoles bio et en circuits courts ont commencé à prendre le relais. Mais c’est toute l’agriculture qu’il faut transformer pour qu’elle devienne écoresponsable. La crise risque d’être terrible pour les agriculteurs, et toute la politique néolibérale va tendre à les concentrer encore plus. Au lieu de réclamer des subventions pour qu’elles continuent à faire comme avant, comment faire pour qu’elles réclament des moyens pour se transformer ?

Des exemples il y en a des centaines. Il faut qu’ils soient connus, que les populations puissent se dire, cela existe, c’est possible, pourquoi pas nous ? Ainsi, dès la sortie du confinement, et même avant, des tas de gens seraient prêts à changer leurs façons de faire, parce que de toutes façons, l’économie fracassée ne leur permettrait plus de continuer comme avant. Au lieu de désespérer, ils se lanceraient dans le post capitalisme…c’est cela le changement d’imaginaire, de l’idéologie libérale vers l’idéologie émancipatrice, que la crise actuelle rend peut être moins difficile. Pour cela il faut que l’information et la formation diffusent en grand, que l’enthousiasme de ceux qui font déjà tout cela s’empare de la majorité, et il faut qu’il y ait des organisations et partis politiques qui jouent le rôle de facilitateurs/organisateurs.

On me dira, que c’est complètement utopique, vu la force du système capitaliste mondialisé, ses milliards et ses « forces de l’ordre ». C’est pour cela 1) que cela ne peut se faire qu’à l’occasion d’une crise qui affaiblit considérablement le système et 2) qu’est indispensable l’interaction entre des actions de terrain généralisées et une force politique qui puisse prendre l’État pour l’empêcher de nuire, (puis le mettre rapidement en dépérissement).

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 05:47

 

L’Humanité, avec sa plateforme numérique l’Humanité.fr, prend l’initiative de solliciter des contributions pour repenser le monde et inventer des alternatives, avec l’ambition d’être utile à chacune et à chacun. Cette démarche sera prolongée par la publication d’un hors-série à la fin de l’été et l’organisation de grands débats publics. Aujourd’hui : « Pour un printemps des communistes », par André Gérin, Député-Maire honoraire de Vénissieux.

 

 

Avec 40 années de néolibéralisme, la mondialisation et la bureaucratie financière ont fait naître une menace fatale pour les peuples, les États et les Nations. Elles tuent l’économie réelle et l’écosystème. C’est un schéma accéléré dans lequel la France s’est inscrite avec Giscard D’Estaing et depuis 1983, avec François Mitterrand qui abandonne les engagements du programme commun.

Ce schéma s’est poursuivi sous les divers gouvernements successifs et perdure encore aujourd’hui sous le gouvernement Macron. Bon an mal an, cette société où règnent l’inégalité, la précarité et la misère endémique, caractérise la logique du capitalisme occidental : les classes populaires sont plongées dans un processus de dépendance et sombrent dans la passivité. Les chiffres sont sans appel puisque des millions de citoyens font la grève des urnes, et d’autres votent dans de grosses proportions pour le Rassemblement national. Qu’en est-il du vote Rassemblement national ? De l’abstention ? Une analyse impérative dépourvue de toute complaisance doit être faite afin de comprendre sérieusement ce phénomène qui débute en 1980. À cette période, on constate une forte abstention dans les nouveaux quartiers. Quant aux quartiers ouvriers vieillissants, pour une part des électeurs communistes, leur choix se porte sur le vote FN. C’est donc le PCF qui en paie un lourd tribut. Si l’on rajoute à cela, les grandes villes que nous avons perdues depuis 30 ans, nous pourrions comprendre l’érosion de notre électorat. Face à cet état de fait, nous avons pour obligation de changer d’état d’esprit et de mentalité avec l’expérience et les leçons du XXe siècle. D’autant que le contexte géopolitique est marqué par la montée du terrorisme islamiste, des extrêmes droite fascistes et de l’ultragauche, violente et nihiliste. Après la chute du mur de Berlin, et depuis Deng Xiaoping, la Chine s’est convertie au capitalisme « made in China ». Les relations internationales sont donc marquées par la rivalité sino-américaine. Quant au capitalisme occidental, il est devenu le « colosse aux pieds d’argile » par opposition au dynamisme du capitalisme asiatique.

Les raisons sont nombreuses pour que le PCF porte, plus que jamais, la passion française du communisme et puisse la faire vivre. Le communisme social, moral et culturel est une passion tricolore, c’est notre marque de fabrique. Conscients de notre passion pour la Nation (selon la définition d’Ernest RENAN) et du bonheur, faisons la vivre. Quant à notre label « L’Humain d’abord », ce sont les valeurs et les idéaux du socialisme et du communisme qui ressurgissent. Le PCF a un projet pour la France que nous devons porter avec fierté, sans renier nos racines, notre héritage issu de la Révolution de 1789 et du mouvement ouvrier et intellectuel du XIXe siècle. Mais aussi de notre pensée nourrie de Marx, d’Engels et des courants socialistes : anarchistes révolutionnaires, réformistes et libertaires. Il y a eu également des périodes historiques marquantes telles que la République sociale en 1848, la Commune de Paris en 1970, la Révolution d’octobre en 1917 qui fut portée par Lénine. 10 jours qui ébranlèrent le monde. Aujourd’hui, la souveraineté de la France est en danger. Nos traditions républicaines, laïques et le principe de liberté sont en péril. Macron, sous de faux airs progressistes, porte la globalisation néolibérale, soit la recherche effrénée du profit à tout prix qui impose la dictature du moindre coût avec le salaire comme variable d’ajustement.

Il nous faut construire une opposition résolue et déterminée face à ce défi de civilisation. Pour nous communistes, l’union dans l’action ne doit pas avoir de limite. Ainsi, je suis convaincu de la démarche républicaine sur chaque sujet, sans a priori politique et idéologique (ex : aéroport de Paris). L’atout inédit du PCF consiste à s’adresser aux patrons de TPE, de PME, à tous les salariés, ouvriers et employés, ingénieurs, cadres et techniciens, avec de véritables relations d’échange, de coconstruction et de codécision. Les initiatives, les collectifs et les rassemblements pour l’emploi peuvent s’exercer sur tout le territoire, et s’articuler autour de la reconstruction industrielle et écologique. Notre triptyque emploi, pouvoir d’achat, sécurité doit fonctionner de pair et constituer l’ossature de tout ce que nous proposons avec notre projet pour la France. C’est notre force de frappe au cœur de la crise actuelle.

Concernant la sécurité, la situation est alarmante : violence, délinquance, immigration, mafias, islamisme. Dans beaucoup de quartiers populaires les habitants ont l’impression de ne plus reconnaître leur pays. Sans parler du chauffeur de Bayonne décédé suite à un déchaînement de violences et les émeutes de Dijon sur fond de trafic de drogues ou des violences urbaines qui se sont propagées dans toute la France des 13 et 14 juillet derniers. Parler de guerre civile aujourd’hui n’est pas illusoire. Pourtant, politiquement et médiatiquement, ce sont des questions qui sont minimisées voire ignorées malgré les violences urbaines qui se produisent chaque jour.

J’ai une conviction intime pour le PCF comme force politique, celle d’être en première ligne (en adoptant les principes de prévention, dissuasion et répression), être exigeant, sortir de l’angélisme dans lequel nous nous complaisons, bannir la politique de l’excuse et la victimisation. On ne peut pas résumer les questions du défi culturel de l’islam politique à des analyses économiques et sociales. Notre combat est d’empêcher cette lutte sans merci de l’islamisme, contre la République qui entrave l’intégration sociale. J’ai déjà tenu ces propos et je les réitère aujourd’hui : la gangrène de l’islamisme s’infiltre au cœur de la communauté musulmane française et contribue au communautarisme, installe la charia, endoctrine et contrôle les territoires que l’on nomme « les territoires perdus de la République ». D’ailleurs, lors des élections municipales qui viennent de se dérouler, des pratiques clientélistes, communautaristes et antirépublicaines ont été constatées. Elles deviennent monnaie courante et de plus en plus pratiquées à droite et par une partie de la gauche pour gagner à n’importe quel prix. Les méthodes employées sont dignes de groupes mafieux (C’est l’exemple de l’élection municipale de Bobigny en 2014 organisée sous l’égide de Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI).

Je suis inquiet, car lorsque j’ai pris connaissance du texte collectif, de la commission PCF de lutte contre le racisme et pour l’égalité, paru dans l’Humanité du 3 juillet dernier, j’ai pu constater que des questions sont déconnectées des préoccupations de la France populaire qui souffre. Je considère que nous faisons fausse route face aux enjeux géopolitiques sur la question sociale et celle de la lutte des classes. Notre préoccupation centrale doit orienter notre combat contre le processus de marginalisation des classes populaires, dans la vie politique et l’espace public. Cette orientation politique du PCF est totalement pertinente lorsque l’on voit la haine de classe, d’une partie de la classe politique et des professions intellectuelles qui renvoient les classes populaires du côté du racisme, du sexisme ou encore de la fermeture culturelle. Remettons au premier plan notre engagement l’identité sociale de toute personne, car notre prétention est de défendre les classes populaires à la fois pour nous ressourcer par un travail d’immersion militante et nous permettre d’être en adéquation avec leurs aspirations profondes La grande question est d’aller à la reconquête des abstentionnistes et de réduire l’influence du RN sans quoi nous signerons notre marginalisation comme force politique nationale (« Le PCF apparaît comme une force comme une autre » Fabien Roussel). L’élection présidentielle s’inscrit dans ce schéma. Avec notre projet pour la France, nous voulons vraiment notre pays change de cap, qu’il endigue ces 40 dernières années de néolibéralisme qui l’ont vassalisé. Pour ce faire, il faut redonner aux classes populaires et au monde du travail au sens large, la reconnaissance et la considération que notre pays leur a refusé. Ce sont des populations qui ont souvent été reléguées, méprisées, ringardisées. Dans ces conditions, qui peut leur apporter la dimension populaire dont elles ont besoin et comment ? Quelles forces politiques ? Il n’y a que le PCF pour cela où sinon c’est l’aventure assurée ! Car la dynamique de la gauche authentique ne peut se faire qu’avec l’irruption populaire faute de quoi, demain nous pourrions avoir devant nous un long et difficile chemin avec la propulsion d’un « Trump » ou d’un « Salvini » à la française, qui tenteront de tout balayer.

Pour le PCF, c’est le moment ou jamais. Il est temps, soit de représenter la France laborieuse et exister soit de disparaître à jamais. Il est l’heure de nous préparer sans attendre et de créer les conditions pour entamer la bataille des présidentielles de 2022, avec la présence du PCF. Le PCF doit reprendre sa place électorale en première division. Notre parti doit se réarmer dans sa pensée politique, philosophique et théorique pour que la France populaire pèse de tout son poids et permette la reconstruction d’une alternative politique solide à gauche, afin d’être à la hauteur du grand défi qui nous attend, d’un pays développé comme la France en rupture avec le capitalisme. Nous n’avons surtout pas envie de refaire toutes les expériences qui ont été engagées depuis 1981 et qui débouchent sur de funestes échecs.

Le moment est donc venu pour la gauche d’éclaircir ses idées de fond, dans une confrontation indispensable de l’Europe et de l’Euro, de l’écologie et la croissance, de la crise économique et de l’identité de la France pour ne pas retourner s’enliser au milieu des sables mouvants du PS de Mitterrand, Jospin, Hollande et leur rejeton Macron. Le chantier est immense. Il faudra du temps pour régler les désaccords. Des forces considérables devront être mobilisées. Elles seront déterminées et instruites des mouvements sociaux en France et dans le monde, car depuis le début du XXIe siècle, des contestations puissantes, porteuses de luttes anticapitalistes inédites pleines d’espérance, sont en train de prendre de l’ampleur. En France, en Europe et dans le monde, le PCF est largement attendu. Nous sommes fiers d’être communistes, fiers de la présence incontournable en France, d’un parti communiste en 2020, qui va fêter son 100e anniversaire du Congrès de Tours. De nouvelles responsabilités sont posées au PCF sur les questions internationales. Nous sommes interpellés pour porter, avec audace, des idées novatrices sur les valeurs et les idéaux du socialisme et du communisme. Participons à la diffusion de manière renouvelée, des idées porteuses, et ceci, dans le respect du pluralisme, politique, philosophique et religieux, du bien commun, de la justice sociale, de la solidarité et de bien être pour l’intégrité de la personne et de la planète.

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 05:45

 

À l’occasion de l’anniversaire de la nuit du 4 août 1789, Thomas Branthôme, historien du droit et des idées politiques, coauteur d’une Histoire de la République en France, revient sur ce moment révolutionnaire, dont les échos résonnent aujourd’hui.

 

On associe la nuit du 4 août à l’abolition des privilèges, pourtant celle-ci n’est effective qu’en 1793, après la mort du roi. Est-ce seulement une date symbolique de la Révolution française ?

Thomas Branthôme La nuit du 4 août est sujette à controverse. S’agit-il d’une « nuit d’ivresse » ou d’un authentique moment révolutionnaire ? Je considère qu’il faut distinguer question juridique et question sociale. La nuit à proprement parler aboutit au décret du 4 août-3 novembre 1789 qui abolit juridiquement le régime féodal. Ce n’est pas rien. En « détruisant » – c’est le mot du décret – ce vaste « complexum feudale » composé de droits seigneuriaux et de résidus de vieux contrats de fief, on met fin à tout ce qui entravait la liberté de la personne (servitude, mainmorte). Mais cela ne règle pas pour autant ce qui a trait aux droits de propriété : doit-on considérer que les seigneurs renoncent à ces droits ou ces derniers ne sont-ils que rachetables ? Au vu des conditions économiques de l’immense majorité des Français d’alors, refuser la première proposition, c’est laisser cette abolition au rang de pur principe. Cette discussion qui porte en germe une véritable mutation du métabolisme social va ainsi durer quatre ans jusqu’à ce que la « loi de colère » proclame le 17 juillet 1793 l’abolition totale des droits féodaux sans contrepartie. À ce titre, il est possible de dépasser la controverse en percevant le 4 août non pas comme la fin de la féodalité, mais comme l’amorce de sa fin et en affirmant que l’abolition des privilèges fut moins le fruit d’un jour unique que le résultat d’un processus.

 

Que reste-t-il, en 2020, de l’héritage politique du 4 août ?

Thomas Branthôme La nuit du 4 août appartient à la mythologie de la Révolution, dans tous les sens du terme. Les plus sceptiques diront que cette nuit n’est qu’un mythe car elle n’a pas abouti réellement à la propriété pour tous. Ce n’est pas faux, mais en matière de mythe, il est plus avantageux de se référer à la notion de «  mythe mobilisateur » de Georges Sorel. Avec la proclamation de la souveraineté nationale (17 juin) et le serment du Jeu de paume (20 juin), le 4 août est de ces dates qui figurent pour les révolutionnaires la marche de l’Histoire. Relisons par exemple Camille Desmoulins au moment où il prend connaissance des événements : « C’est cette nuit (…) que nous sommes sortis de la misérable servitude. » Relativiser cet événement, c’est négliger d’une part le signal révolutionnaire envoyé au monde mais d’autre part ne pas voir le mécanisme à l’œuvre derrière cette décision. C’est parce qu’il y a eu la Grande Peur dans les campagnes et le début d’une flambée antiféodale que la Constituante a agi. Le 4 août acte l’irruption des masses paysannes sur la scène de l’histoire révolutionnaire et entérine, après les décisions qui ont suivi le 14 Juillet (reconnaissance de la garde nationale, cocarde…), que l’action du peuple est un combustible politique. Je crois qu’en 2020, aucun esprit sérieux ne peut avoir oublié ces données : la force motrice des idées de liberté et d’égalité, le poids politique du peuple en mouvement, la haine des privilèges…

 

De nos jours, les privilèges demeurent, sous une autre forme. La Révolution est-elle un processus encore en cours ?

Thomas Branthôme La Révolution nous a légué cette haine des privilèges comme trait caractéristique de l’âme française. Le privilège, sous l’Ancien Régime, c’est la loi particulière accordée par le monarque à un de ses sujets. En 1789, ce privilège blesse l’émergence française de ce que Tocqueville a appelé la « passion de l’égalité » autant que l’énoncé révolutionnaire de la nation défini par Sieyès comme « un corps d’associés vivant sous une loi commune ». Encore aujourd’hui, l’exil fiscal, la corruption ou l’esprit de caste heurtent l’opinion publique car ces phénomènes dérogent à la « loi commune » et menacent la cohésion du corps social. Mais les héritiers de la Révolution ont aussi en mémoire la phrase de Robespierre fustigeant « l’aristocratie des riches », qui a succédé à « l’aristocratie de naissance ». Il n’y a plus de privilèges au sens juridique du terme mais les inégalités demeurent, on est donc en droit de dire que la Révolution n’est pas encore parvenue à son terme.

 

Entretien réalisé par Cyprien Caddeo

 

 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 12:40

 

Ancien ministre des Finances (1998-2000), Georges Corm éclaire les liens singuliers qui unissent Paris et Beyrouth. Témoin du discrédit de la classe politique libanaise, il explore quelques pistes pour sortir le pays d’une crise sans précédent.


Georges Corm

Historien et économiste libanais

Comment avez-vous vécu cette catastrophe ?

Georges Corm C’est comme si un ouragan atomique s’était abattu sur la ville. Notamment en raison de la géographie de Beyrouth, qui a été frappée sur sa partie Est, la plus ancienne, si chère au cœur de tous les Libanais. J’ai énormément d’amis qui ont perdu leur logement à cause de cette catastrophe. Mon logement, situé dans la partie Ouest, celle dite autrefois « musulmane » en opposition à l’Est chrétien pendant la terrible guerre civile, a été épargné. La communauté chrétienne se sent plus particulièrement éprouvée.

 

Quel rôle jouait le port de Beyrouth – détruit dans l’explosion – dans le tissu économique libanais ?

Georges Corm Le port de Beyrouth, c’est le poumon économique du pays, par où transite environ 80 % du flux de marchandises, contre 20 % du trafic dans celui de Tripoli, au nord du Liban. Désormais, ce dernier sera fatalement amené à jouer un plus grand rôle.

 

Emmanuel Macron, lors de sa visite, a déclaré vouloir « organiser l’aide internationale » pour le Liban. Quels sont les liens particuliers entre les deux pays qui sous-tendent cet affichage ?

Georges Corm Ces liens sont très anciens, et certains veulent même les faire remonter à Saint Louis. Depuis le règne de Louis XIV, nous avons eu des échanges culturels importants. C’est en particulier la communauté maronite qui fournissait des savants aux institutions françaises pour développer leurs connaissances de la civilisation syriaque, elle-même à la base de la culture des maronites. De grands savants libanais ont séjourné à la cour de Louis XIV. On peut également rappeler le rôle éminent joué par la communauté druze et le célèbre émir appelé « Facardin » dans les textes français. L’Italie a été l’objet d’échanges très intenses, mais la force de l’impérialisme français a fait disparaître ce rôle qui se retrouve pourtant dans le style architectural du Liban. Il faut aussi rappeler que l’origine de la communauté maronite se trouve dans la ville d’Antioche, qui a traîtreusement été cédée par la France en 1939 à la Turquie, au prix de la neutralité de cette dernière pendant la Seconde Guerre mondiale. L’apport français a des côtés positifs et aussi beaucoup de négatifs.

 

Emmanuel Macron, comme son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, insiste sur les réformes indispensables au Liban, de quoi parlent-ils exactement ?

Georges Corm Les premières réformes, et je sais que de très nombreux Libanais sont tout à fait dans cette orientation, consisteraient à abandonner le système communautaire que la France nous a légué par un célèbre arrêté du haut-commissaire de 1936, qui a créé les communautés historiques à l’origine du confessionnalisme actuel. Celui-ci a joué un rôle très négatif dans le développement du Liban avec des chefs communautaires qui se partagent le « gâteau » de l’économie libanaise. C’est cet arrêté qui oblige par exemple les Libanais de communautés différentes à aller se marier à Chypre ou en Turquie…

 

Pourquoi de nombreux observateurs ont-ils immédiatement soupçonné la main d’Israël dans l’explosion de Beyrouth ? Dans quel contexte de tension entre Tel-Aviv et le Hezbollah cette tragédie survient-elle ?

Georges Corm J’ai entendu le jour même des chasseurs israéliens survoler le territoire libanais, et, depuis la montagne où je me trouvais, j’ai cru que la première explosion correspondait au passage du mur du son atteint par ces avions. Certains articles, y compris de source israélienne, accusent l’État d’Israël d’avoir provoqué l’explosion, et même le président Trump a tenu des propos ambigus à ce sujet. Entre Israël et le Hezbollah, il y a eu récemment, c’est vrai, une sorte de « journée des Dupes ». Le Hezbollah s’est mobilisé le long de la frontière sans commettre aucun acte hostile, et cela a provoqué en Israël une forte inquiétude, ravivant les souvenirs de la guerre perdue de 2006.

 

La classe politique sunnite et de nombreux médias du Golfe tentent d’imputer la responsabilité de la catastrophe au Hezbollah, faut-il prendre ces accusations au sérieux ?

Georges Corm C’est de la pure manipulation politique, ces stocks de nitrate d’ammonium se trouvaient dans le port de Beyrouth depuis des années. La question, c’est de savoir comment on a pu laisser ces matières dangereuses aussi longtemps et dans des conditions de sécurité aussi précaires. Les négligences sont probablement à chercher du côté de la direction du port de Beyrouth.

 

Le Hezbollah est-il visé par le même discrédit qui frappe la classe politique libanaise ?

Georges Corm Une bonne partie de la population constate que le « parti de Dieu » a travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement de Hariri père d’abord, fils ensuite. Il est donc associé, dans l’esprit de beaucoup, à ce système de corruption généralisée.

 

Donald Trump manifeste une indifférence totale à la catastrophe que subit le Liban, comment l’expliquer ?

Georges Corm C’est son style habituel ! Et dans l’opinion publique américaine, le Liban est associé au Hezbollah, perçu comme l’instrument de la politique expansionniste de l’Iran. Notre pays souffre de ce statut « d’État tampon », qui existait déjà du temps de la lutte entre les Empires français et britannique. C’est cette situation qui avait provoqué les premiers massacres dans la montagne entre les communautés druze et maronite, qui vivaient jusque-là dans l’entente la plus parfaite.

 

Vous avez été ministre des Finances du Liban, quelles solutions préconisez-vous pour sortir du marasme actuel ?

Georges Corm Le président Hariri père avait signé des accords de libre-échange qui ont ravagé l’industrie et l’agriculture libanaise. Ces accords doivent être suspendus jusqu’à ce que l’économie libanaise soit redevenue productive. Il est également nécessaire de rétablir nos relations avec la Syrie parce que toutes nos exportations terrestres doivent traverser ce pays. Les Russes et les Allemands nous ont fait des offres pour construire rapidement des centrales électriques, et ces propositions n’ont pas été considérées sérieusement, ce qui est assez scandaleux. Il y a une dizaine d’années, la Chine avait également proposé de développer cette énorme zone industrielle non exploitée qui se trouve à l’entrée de Tripoli, et le gouvernement libanais n’avait pas donné suite.

 

Qui peut aujourd’hui venir en aide au Liban ?

Georges Corm C’est l’aide de l’Union européenne qui est la plus requise. D’autant que nous avons reçu environ 1,5 million de réfugiés syriens et qu’il y a un veto, dont la responsabilité incombe en grande partie à l’UE, pour les aider à rentrer dans leur pays. Certes, le pays a reçu des subsides, mais ils n’étaient rien par rapport à l’impact de ces réfugiés sur l’économie et les infrastructures libanaises. Toutes les aides sont les bienvenues, y compris celles des pays du Golfe, tant le Liban est aujourd’hui asséché en matière de liquidités. Ceci est dû à la gestion complètement aberrante de la banque centrale libanaise, qui s’est enfermée dans un monde totalement déconnecté de la réalité. Et le maintien du gouverneur de la banque centrale relève clairement d’une volonté américaine. C’est d’ailleurs un problème mondial, y compris dans l’Union européenne : les gouverneurs des banques centrales ne sont redevables de leur gestion à aucun gouvernement.

 

Entretien réalisé par Marc de Miramon

 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 05:50

 

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93

Même si l’analogie à une guerre n’est pas la meilleure manière de qualifier la lutte contre l’épidémie du coronavirus, elle peut nous aider à mettre en évidence la difficulté du gouvernement à savoir utiliser le bon arsenal, c’est-à-dire les bonnes armes au moment opportun. L’emballement sur le port du masque « obligatoire » en extérieur dans certaines zones est l’exemple typique d’une dispersion des forces sans coordination. Ici c’est le préfet qui décide, ailleurs c’est le maire qui le devance pour montrer à sa population qu’il est vraiment plus efficace que les services de l’État, puis les ARS annoncent l’arrivée de renforts qui n’arrivent pas et enfin le premier ministre se déplace sur le front pour voir les troupes. Troupes qu’il serait plus simple de doter en une seule fois du même équipement de protection : il aurait été ainsi plus efficace et surtout plus rapide de préconiser le port général du masque en intérieur et en extérieur à partir du moment où l’on se trouve dans un local ou un lieu où on est en contact rapproché et fréquent avec d’autres personnes.

Mais, pour mener une guerre, le gilet pare-balles ne suffit pas, il faut aussi des armes avec les munitions en quantité suffisante. Et c’est là que se pose le problème de la capacité à réaliser des tests de manière massive dans les zones les plus impactées. Pourquoi par exemple les 300 000 habitants de la Mayenne n’ont-ils pas été testés immédiatement pour détecter les personnes contaminées sachant que plus de 50 % des personnes infectées ne présentent aucun signe de la maladie ? Le seul moyen de neutraliser l’ennemi est en effet de le débusquer et de le neutraliser, à savoir isoler immédiatement les personnes porteuses du virus pour casser les chaînes de contamination.

En fait, la communication brouillonne du gouvernement sur les masques constitue un nouvel écran de fumée pour masquer le fait qu’il ne dispose pas du stock d’armes dont nous avons besoin. Alors que 700 000 tests par semaine nous étaient promis lors du déconfinement, les laboratoires ne sont capables d’en réaliser deux mois plus tard qu’à peine 500 000. Le constat est clair : la stratégie est encore et toujours dictée par la gestion d’une pénurie de moyens.

Nous sommes face à une nouvelle preuve de l’incurie de notre gouvernement qui est incapable d’organiser la mobilisation des troupes au bon moment, de les équiper avec du matériel adapté et de les envoyer sur la zone prioritaire du front. Rappelons-nous les grandes défaites de l’histoire quand les renforts ne sont pas arrivés au bon moment, que les équipements et les armes n’étaient pas adaptés et surtout que les chefs ont été incapables de prendre les bonnes décisions au bon moment !

 

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 05:43

 

Résistant et syndicaliste, le dernier témoin du congrès de Tours s’est éteint ce jeudi 30 juillet à l’âge de 109 ans.

Né en 1911, c’est à l’âge de 9 ans que François Rochex assiste, alors qu’il accompagne son père, en décembre 1920, dans la salle du Manège de Tours, au congrès fondateur du Parti communiste français. Dans la salle, sous les banderoles « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » et « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », ainsi que sous deux portraits géants de Jean Jaurès, 370 délégués dont Marcel Cachin, Paul Vaillant-Couturier, Léon Blum, Jules Guesde ou encore Jean Longuet vont décider du sort de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) par une motion la ralliant par 3 252 voix sur 4 671 à l’Internationale communiste.

Dans la salle également, Clara Zetkin et Ho Chi Minh. Au menu de la transformation de la SFIO discréditée ralliée au léninisme et à la révolution russe et soviétique, le centralisme démocratique, l’internationalisme, la lutte pour la libération des peuples opprimés, la lutte contre le révisionnisme social-démocrate, le rôle dirigeant de la classe ouvrière, la nécessité du parti d’avant-garde uni à un syndicalisme de classe, la dictature du prolétariat, le dépérissement de l’État, l’égalité de droits des hommes et des femmes et la société sans classes. Les « réformistes » de la SFIO, minoritaires, garderont « la vieille maison ».

Dans l’interview qu’il accordera à l’Humanité en 2018, François Rochex s’amuse de l’enfant qu’il était : « À cette époque-là, on ne parlait pas aux enfants comme on le fait aujourd’hui. Mon père ne m’a pas dit qu’il m’emmenait au congrès de Tours, ni ce qu’il s’y passait. Je me souviens surtout du voyage en train ».

Une dizaine d’années plus tard, c’est un jeune homme conscient qui s’engage dans le combat antifasciste. Militant au mouvement Amsterdam-Pleyel, créé en 1933 par Henri Barbusse et Romain Rolland, il fait le coup de poing contre les Croix-de-Feux dans les années 1930. En 1936, militant à la CGT, il participe aux grèves et aux manifestations du Front populaire.

Arrêté pour ses actions antifascistes le 16 juillet 1941 par la police française avant d’être remis aux mains de l’occupant allemand, il est interné au camp de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122 de triste mémoire, où plusieurs milliers de personnes transiteront avant d’être déportées, à partir de 1942, vers les camps de concentration ou d’extermination nazis.

Libéré en novembre 1941, François Rochex s’engage dans la Résistance dans la région de Creil et se rapproche bientôt du Parti communiste français.

« Il recueillait et transmettait des renseignements sur des entreprises gérées par les Allemands et sur la base aérienne de Creil », explique sa fille Nellie Rochex : « Des choses toutes simples comme la récupération des armes parachutées, des actions de sabotage ou le sauvetage d’aviateurs. »

« Il insistait souvent sur le fait que dans la Résistance les hommes n’auraient rien pu faire sans leurs femmes ainsi que sur le rôle des femmes en général dans le mouvement », souligne la militante féministe et communiste, élue du PCF à Nogent-sur-Oise.

François Rochex avait rejoint l’Ehpad de Mouy dans l’Oise en 2018 « parce qu’il se sentait fatigué ». Un dernier hommage lui sera rendu, sans fleurs ni couronnes, le lundi 10 août à 11 heures au crématorium de Méru dans l’Oise.

 

Découvrez François Rochex, lors de son entretien vidéo avec l'Humanité en 2018 :

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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 05:40

 

En Saône et Loire, berceau de la race bovine charolaise, les prairies ressemblent à des paillassons et les ruisseaux sont à sec dans un nombre croissant de cantons ruraux. Il s’agit de la quatrième sécheresse estivale en six ans. Au point qu’il devient difficile d’installer des jeunes alors que la moyenne d’âge des éleveurs est de 53 ans. Alors que la pandémie du coronavirus nous alerte aussi sur l’importance de la souveraineté alimentaire, le pouvoir politique semble totalement indifférent face aux difficultés de la profession agricole qui s’aggravent dans la plupart des régions.

La météo nous annonce des journées de grande chaleur, tandis que plus de 60 départements de la France métropolitaine sont déjà soumis à des restrictions d’eau. Nous avons, dans plusieurs articles récents, fait état des conséquences de la sécheresse printanière pour l’élevage et la production céréalière. Une fin d’automne 2019 trop pluvieuse pour réussir les semis d’hiver, suivie d’un printemps trop sec en de nombreuses régions, a débouché sur une récolte de blé et d’orge inférieure de 20 % à la moyenne des cinq années précédentes. Mais, depuis déjà plusieurs semaines, c’est l’élevage à l’herbe qui devient de plus en plus coûteux pour les paysans. Les prairies ressemblent désormais à des paillassons et cette situation va durer. Le prix des fourrages qu’il faut acheter pour compenser le manque d’herbe est en hausse sensible, ce qui augmente aussi le prix de revient de chaque litre de lait et de chaque kilo de viande dans l’immense majorité des fermes.

 

Quatre années de sécheresse sur six en Saône-et-Loire

Dans le département de la Saône-et-Loire, berceau de la race bovine charolaise, la sécheresse de cet été succède à celle de l’été dernier, laquelle succédait à celle de 2018, tandis que celle de 2015 avait également été sévère. Quand on traverse ce département en train ou en voiture, les vaches de couleur crème et leurs veaux font partie du paysage. Elles paissent sur des prairies naturelles souvent pentues avec des haies arborées. Qualifiées de « zones intermédiaires » dans le langage des agronomes, ces terres herbagères sont difficilement convertibles pour produire des céréales, faute de disposer d’une fertilité suffisante pour avoir des rendements couvrant les coûts de production. Voilà pourquoi, l’élevage des bovins allaitants est l’activité la plus appropriée. Mais, malgré le maintien en France de la prime annuelle à la vache allaitante payée par le budget agricole de l’Europe, tirer un revenu de l’élevage de bovins allaitants devient de plus en plus difficile. Les sécheresses récurrentes y sont pour beaucoup. Surtout quand les prix des animaux sont orientés à la baisse. Sur le marché de Châteaumeillant le 20 juillet dernier, les « broutards » vendus à des engraisseurs étrangers cotaient 2,66 € le kilo vif, contre 2,75 € un an plus tôt et 2,95 € en juillet 2018.

 

Jusqu’à 30 000 € de dépense en fourrages cette année

L’Agence France Presse (AFP) donnait la semaine dernière la parole aux éleveurs de Saône-et-Loire. Installé sur la commune de Trivy, Jean-Michel Rosier faisait le constat suivant : « Avant c’était exceptionnel. Maintenant on a des sécheresses tous les ans. Encore un peu et on va devenir comme le Sahel. Une charolaise, normalement ça broute l’herbe verte dix mois sur douze. Mais maintenant, on doit leur donner du fourrage dix mois sur douze ». Selon Christian Béjard, président de la FDSEA en Saône-et-Loire, le surcoût en fourrage pour 2020 par rapport à une année normale sera entre 15 000 et 30 000 € par exploitation. Une telle dépense peut priver de nombreux éleveurs du moindre revenu, sauf à « décapitaliser ». Cette pratique consistera à vendre cette année, pour la boucherie, des vaches que l’on aurait préféré garder pour faire naître un autre veau l’an prochain. Ce processus est déjà en cours. En quatre ans, le cheptel de vaches allaitantes du département est passé de 230 000 têtes à 200 000 seulement.

Du coup, installer des jeunes devient difficile alors que la moyenne d’âge des éleveurs de charolaises est de 53 ans en Saône-et-Loire, selon Christian Decerle, président de la Chambre d’agriculture du département. Lui se fait du souci pour la relève et affirme que de plus en plus d’éleveurs se posent des questions sur l’avenir de leur profession. Ce qui se passe en Saône-et-Loire vaut aussi pour d’autres départements de la Bourgogne-Franche-Comté. Mais c’est également le cas sur des nombreuses zones d’élevage dans les grandes régions Auvergne Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine, dans une partie de l’Occitanie et même des Pays de la Loire. Les deux principales causes des difficultés de l’élevage allaitant dans ces régions sont le changement climatique et les accords de libre-échange que l’Europe négocie avec des pays tiers.

 

Agir pour préserver notre souveraineté alimentaire

Alors que les sécheresses augmentent les coûts de production chez nous, les contingents d’importation de viandes bovines dédouanées en provenance de pays tiers mettent une pression permanente sur les cours en France, ce qui ne cesse de réduire le revenu des éleveurs français. Malgré cela, la Commission européenne serait proche de conclure deux accords de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle Zélande. Avec, là encore, des contingents d’importations accrus de viande bovine et de viande ovine à droits nuls. Ces négociations se déroulent avec l’accord des pays membres de l’Union européenne dont la France.

En France, le président de la République a pourtant parlé de souveraineté alimentaire à plusieurs reprises face aux conséquences du coronavirus sur le commerce mondial. De son côté la « Convention citoyenne », mise en place à la demande d’Emmanuel Macron suite à ses débats dans le pays, insiste sur la nécessité de prendre en compte les objectifs de l’accord de Paris sur le climat « dans les négociations commerciales ». Elle demande la « mise en place de sanctions pour les États récalcitrants » et des « clauses environnementales dans les négociations d’accord commerciales »

Mais, alors que les incendies criminels repartent en Amazonie en vue de faire croître l’élevage de bovins et la production de soja pour l’exportation, la France n’a toujours pas dit clairement qu’elle mettra son veto à l’accord de libre-échange signé en juin 2019 entre la Commission européenne et le Mercosur. On voudrait ruiner l’élevage bovin en France que l’on ne s’y prendrait pas autrement.


 

Gérard Le Puill

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 14:16

 

Alors que depuis plusieurs semaines, les plans sociaux s’accumulent à un rythme inédit, projetant dans l’angoisse des milliers de salariés, déjà durement éprouvés par la pandémie liée au Covid-19, l’entreprise Verallia, spécialiste de la production de verre, licencie 198 salariés, ferme un four de production à Cognac et distribue, en même temps, 100 millions d’euros de dividendes ! En pleine crise, le gouvernement doit interdire ce choix honteux du groupe qui privilégie les dividendes et préfère licencier.

 

 

La situation du groupe est pourtant loin d’être critique. Verallia affiche en effet un chiffre d’affaires florissant de 2,5 milliards d’euros et une croissance de 9%. Le cynisme de l’entreprise est tel que l’avant veille de l’annonce du plan de restructuration, le 10 juin 2020, le conseil d’administration votait le versement d’un dividende de 100 millions d’euros aux actionnaires, dont 55 millions au fonds d’investissement américain Apollo, 7,5 millions à la Banque Publique d’Investissement, 4,9 millions aux 40 cadres dirigeants de Verallia et 2,1 millions pour le seul PDG, Michel Giannuzzi. Un dirigeant qui augmente par ailleurs son salaire de 20%, passant de 875 000 euros à 1,1 million annuel.

Dans ces conditions, l’annonce d’un tel plan social, « dans le but d’accélérer la réduction des coûts », sonne comme une véritable provocation, socialement irresponsable. Fleuron de notre industrie verrière, riche de plus de deux cents ans d’histoire dans notre pays, Verallia et ses salariés méritent mieux qu’une gestion exclusivement financière et tournée vers le profit à court terme.

Les syndicats ont d’ailleurs formulé de nombreuses propositions pour développer l’entreprise. Innover, monter en gamme, reconquérir des marchés abandonnés, accompagner les marchés d’avenir ou encore se positionner résolument sur le bio.

Alors que notre pays ambitionne de s’engager dans une reconquête industrielle à long terme, il serait incompréhensible de laisser un tel groupe, florissant et porteur d’avenir, détruire ainsi des emplois et des savoir-faire.

C’est la raison pour laquelle j’ai interpellé Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, afin qu’une médiation entre les salariés et les dirigeants soir rapidement organisée pour empêcher ces licenciements. Dans l’attente, ces suppressions d’emplois ne doivent pas être autorisées.

 

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