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12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 05:22

 

Depuis trente années le XXIème siècle peine à s’affirmer dans ses contours internationaux. Nous crûmes d’abord qu’il avait commencé en 1991 avec l’effondrement du monde soviétique, raccourcissant, comme le suggérait l’historien britannique Eric Hobsbawm, le siècle précédent. Puis devant l’incapacité des États-Unis à maîtriser au tournant du siècle le cours de la mondialisation à travers son fameux triptyque – ouverture internationale, démocratie, marché -, on se dit que tout commençait sérieusement avec les attentats du 11 septembre 2001 et la grande aventure de la « lutte mondiale contre le terrorisme » prônée par Bush Junior et à laquelle nous étions sommés de nous rallier. Et bien non, c’est vingt ans plus tard, cette stratégie s’écroulant, que s’esquissent les traits du siècle à venir. 1991, 2001, 2021, les séquences s’enchaînent, le siècle bégaie, peine à se mettre en place, mais fraie son chemin.

L’issue de cette guerre afghane dépasse par sa portée le territoire de ce petit pays – le cimetière des Empires – et s’apparente au grain de sable dans la chaussure. Si la consternation et parfois la concertation dans le désordre s’installent entre les principales chancelleries, c’est que beaucoup de certitudes tenues pour évidentes viennent de basculer. Les grilles de lectures acquises vacillent tant la portée de l’événement bouscule. Car ce que la chute de Kaboul nous dit du monde qui s’annonce relève de la grande lessive. Quelques premières leçons peuvent s’imposer sans trop de risques d’erreurs.

Cette guerre est emblématique des conflits asymétriques qui ont surgi à travers le monde et qui se transforment en guerre sans fin, dont les objectifs s’érodent d’autant plus en cours de route qu’ils ont été mal définis ou volontairement occultés dès le départ. L’enlisement ne peut être qu’au bout du chemin et le prix à payer à l’arrivée dépend de l’ampleur de l’engagement, du coût initié, des pertes humaines, des divisions internes et de l’humiliation médiatique. Là, l’addition est phénoménale et envoie un signal fort aux autres conflits en cours. Alliés et adversaires l’ont compris. L’Empire est rentré chez lui et hésitera à en sortir, d’autant plus qu’il a fait savoir qu’il avait beaucoup à faire, notamment face au grand rival qui monte, la Chine. « Gulliver empêtré » nous disait déjà Santley Hoffmann il y a cinquante ans dans un autre contexte. Bien sûr, il ne reste pas désarmé et sans puissance et sera attentif à tout ce qui pourrait remettre en cause son hégémonie. Ingérences, surveillances, déstabilisations, embargos, saisies d’avoirs, mesures de contraintes ne seront pas remisés et s’appuieront sur les réseaux d’influences mis en place et la formidable technologie disponible, de la cyber-attaque aux drones.

Devant la défaite cuisante, l’équipe en place devra rendre compte de ses maladresses, de son manque de clairvoyance, de l’échec de ses services ou du refus de leur écoute. Il faudra trouver un bouc émissaire. Un séisme politique s’annonce qui sera plus difficile à surmonter que les péripéties de la fin de la guerre du Vietnam. L’heure du bilan a déjà commencé et il s’annonce ravageur, d’autant que les trois dernières équipes présidentielles sont concernées. Le déballage se fait devant le monde entier.

Dans une large partie de la planète on peut toujours considérer que le pouvoir est au bout du fusil selon la formule en vogue dans les années soixante et soixante-dix. Les conflits en cours vont trouver un formidable encouragement à leurs objectifs devant l’incapacité de la première puissance à façonner le monde à sa guise. Ce qui s’était esquissé au lendemain de la fin de la guerre froide, la multiplication de désordres échappant aux logiques anciennes, va retrouver une nouvelle jeunesse et encourager l’extension de zones grises laissant l’Occident spectateur impuissant face à l’anomie créée. Devant ces zones grises les instruments du monde ancien – armes nucléaires, engagements prolongés sur le terrain – seront inopérants. Il ne reste plus que modèle israélien vis-à-vis de Gaza, c’est-à-dire l’expédition punitive courte – pour éviter les retours d’opinions publiques – accompagnée pour le temps long de toutes les mesures d’asphyxie économiques, juridiques et financières que procure le statut de principale puissance encore dotée de l’hégémonie du dollar. Car la palette d’actions possibles reste loin d’être totalement affectée et on aurait tort de croire l’Empire totalement désarmé.

Le monde devra désormais vivre avec un islam radical buissonnant et conquérant dont l’ambition n’a cessé de croître depuis la chute, en 1979, d’un des pays le plus occidentalisé d’Orient, celui du Shah d’Iran. Ce retour du religieux, qui n’est pas que la marque de l’islam, fait son chemin depuis plusieurs décennies, ne peut qu’être dopé par la chute de Kaboul. L’influence intégriste s’étale déjà dans de larges parties de l’Asie et de l’Afrique et s’oppose au Sahel aux troupes occidentales désemparées, devant les faibles succès rencontrés, sur la stratégie à adopter. La responsabilité de l’Occident dans ces remontées est écrasante. Cet islam a été instrumentalisé pour éliminer les progressistes au Moyen-Orient, pour casser les expériences de construction nationale portées par les gauches nationalistes issues des luttes de décolonisation. Depuis le soutien américain aux Moudjahidines antisoviétiques d’Afghanistan qui essaimèrent dans maintes régions du monde, en passant par l’intervention en Irak qui entraîna la création de Daech et livra le pays à l’influence iranienne jusqu’à l’expédition en Libye dont le contrecoup déstabilisa le Sahel, l’Occident a créé l’objet de ses turpitudes. Et il ne peut, sans gloire, que proposer d’abandonner ces populations à la férule de régimes moyenâgeux qui devront seulement s’engager à ne pas laisser se développer de préparatifs hostiles à partir de leur territoire.

On est bien loin des projets devant refaçonner le Grand Moyen-Orient en démocratie. Ce n’est plus à l’agenda. La perspective est celle du retrait qui découle de la fin de la croyance qu’il était possible, par les armes ou les expéditions guerrières d’imposer la démocratie, les droits de l’homme ou le « nation building ». Les États-Unis ne nourrissent plus une telle ambition, qui n’a souvent été agitée que comme prétexte, tout à leur grande préoccupation de conserver leur première place face à un rival montant. Il y a un basculement des priorités que les alliés doivent comprendre et dont ils doivent aussi savoir que s’il leur venait l’envie de s’engager dans ce type d’aventure, ce serait sans appui.

Dans le domaine des idées, cette défaite nous fait faire retour aux propos de Samuel Huntington. Peu d’auteurs auront fait l’objet d’aussi nombreux commentaires, pour être décriés ou salués, que celui qui annonçait en 1993, dans un article de la revue américaine Foreign Affairs que nous étions désormais entrés dans l’ère du « choc des civilisations ». On mesure aujourd’hui combien il a mal été interprété et incompris. Connaissant le sort du messager qui apporte la mauvaise nouvelle, il a été fusillé. Et il a été trouvé plus confortable de se mettre la tête dans le sable plutôt que de l’entendre. Que nous dit-il ? Que le temps des grands conflits idéologiques susceptibles de dégénérer en guerres était terminé. Qu’ils feraient place à une nouvelle forme de conflictualité adossée à des civilisations fortement marquées par des religions, et que dans le contexte d’un Occident déclinant, il était vain d’aller guerroyer dans ces terres étrangères, car l’échec serait prévisible. Après s’être opposé à la guerre du Vietnam, il condamnera les interventions en Afghanistan et en Irak et prendra soin de se démarquer de la ligne bushienne des neocons de la « guerre globale au terrorisme » dont on a essayé de lui attribuer la paternité. Le temps est venu de le lire comme prédicteur et non comme prescripteur et de comprendre que ces guerres sans fin à l’autre bout du monde sont vaines.

Enfin, on feint de découvrir que ces conflits prolongés présentent partout la même conséquence. Ils précipitent les populations civiles dans la recherche d’un exil et poussent à la montée des flux migratoires. Les pays d’accueil sollicités étant rarement les pays responsables. Très tôt mobilisé, le président Macron nous met en garde. Les possibilités d’accueil sont limitées et devant la multiplication de ces zones grises à venir, il est impossible de ne pas réguler les flux migratoires. Chacun a compris que dans ce domaine le discours avait changé et que Kaboul marquera un tournant. Bref, il ne nous dit pas autre chose que les flux migratoires sont à la fois inévitables et impossibles et qu’ils interpellent les traditions d’internationalisme : aider à fuir ou aider à s’organiser et à résister lorsqu’un partage de valeurs est possible, car tout ce qui bouge aux confins de la planète n’est pas forcément rouge.

On n’a pas fini de digérer les leçons de la chute de Kaboul.

 

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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 19:11
Aube dorée, l'affaire de tous - le film-choc d'Angélique Kourounis sur l'extrême-droite grecque et Aube Dorée en tournée bretonne
Aube dorée, l'affaire de tous - le film-choc d'Angélique Kourounis sur l'extrême-droite grecque et Aube Dorée en tournée bretonne

Le flyer de la tournée bretonne du film "Aube dorée, l'affaire de tous"

Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, photo prise par Hervé Ricou la semaine dernière au festival du film de Douarnenez.

Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, photo prise par Hervé Ricou la semaine dernière au festival du film de Douarnenez.

Article du Télégramme, 27 août 2021, sur Aube Dorée, une affaire de Tous

Aube Dorée l'affaire de tous

Angélique Kourounis est la réalisatrice de deux documentaires sur le parti néo-nazi grec: l'Aube dorée.

En 2017 l'Association Bretagne Grèce Solidarité Santé a parrainé avec de nombreux partenaires locaux des projections-débats autour du film-Aube dorée-une affaire personnelle-  dans une quinzaine de salles de la région. Ce film décrivait l'installation du parti néo-nazi dans le pays et au parlement comme 3ème force politique.

Cette année Angélique Kourounis avec un nouveau film -Aube dorée-l'affaire de tous- décortique 6 années de procès qui ont abouti à la condamnation d'Aube dorée comme organisation criminelle. Bretagne Grèce Solidarité Santé parraine une nouvelle tournée de projections-débats dans 14 salles en Bretagne dont 5 dans le Finistère en présence et avec la participation d'Angélique Kourounis.

3 projections du premier film "Aube Dorée, une affaire personnelle" et 3 projections du film de 2021 "Aube Dorée l'affaire de tous" ont eu lieu au festival du film de Douarnenez du 21 au 28/08 qui avait comme thème Peuples et luttes en Grèce.

Standing ovation incroyable à la fin du dernier film!

la bande-annonce: https://vimeo.com/560771007

PJ: article du Télégramme du 27/08/2021 (édition de Douarnenez)

Les dates bretonnes pour voir le film en présence des réalisateurs, Maxime Bitter, Angélique Kourounis et Thomas Iacobi:

> Le 3 septembre au cinéma Iris, Questembert, 56230, 20h30

> Le 5 septembre, à Brasparts, lieu-dit Tromac'h 29190, 17h

> Le 6 septembre, au cinéma Les Baladins, Lannion, 22300, 20h

> Le 7 septembre, au cinéma Le Vulcain, Inzinzac-Lochrist, 56650, 20h30

> Le 8 septembre, au cinéma Club 6, St Brieuc, 22000, 20h

> Le 9 septembre, au cinéma Rex, Pontivy, 56300, 20h

> Le 10 septembre, au Patronage Laïque Guérin, 1 rue Alexandre Ribot Brest, 29200, 20h

> Le 11 septembre, à Ti An Oll, Plourin-les-Morlaix, 29600, 16h

> Le 14 septembre, MJC Kerfeuteun, Quimper, 29000, 20h

> Le 16 septembre, au cinéma Ty Hanok, Auray, 56400

> Le 17 septembre, Local Fête de l'Ével, Baud, 56150, 19h30

> Le 21 septembre, au cinéma Arvor, Rennes, 35000, 20h15

> Le 23 septembre, au cinéma Le Vauban, St Malo, 35400, 20h

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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 19:04
Angélique Kourounis échangera avec le public, samedi. | OUEST-FRANCE

Angélique Kourounis échangera avec le public, samedi. | OUEST-FRANCE

https://www.ouest-france.fr/bretagne/plourin-les-morlaix-29600/ti-an-oll-fait-sa-rentree-avec-un-documentaire-7fe85bbf-0e52-4cab-922d-eab61dc90e96

 
Ouest-France, 8 septembre 2021

Ce sera la deuxième venue, samedi, de la réalisatrice et journaliste Angélique Kourounis à Ti an Oll - centre social. En mars 2017, lors d’une tournée dans toute la Bretagne, elle avait présenté Aube Dorée, une affaire personnelle. Un documentaire qui mettait en lumière le fonctionnement de ce parti grec néonazi. Le film avait reçu un large écho international. Il a reçu, entre autres, le Prix spécial du jury au festival de Los Angeles ou encore, en 2016, le Prix Averroès junior au Primed de Marseille (Bouches-du-Rhône). Il a également été projeté au Parlement européen.

Ce samedi, Angélique Kourounis revient avec Aube Dorée, affaire de tous : Quelle résistance ? Un documentaire tourné au moment du procès historique de l’Aube Dorée. Ce parti était la troisième force politique du pays et a siégé pendant sept ans au parlement grec.

Après six ans de procès avec 68 accusés, après l’assassinat du chanteur de rap Pavlos Fyssas par un partisan de l’Aube Dorée, le verdict est tombé, le 7 octobre 2020, qualifiant « Aube Dorée, organisation criminelle ».

Un débat après la projection

 

Le deuxième film d’Angélique Kourounis est sorti après la déclaration du verdict. Ce jour-là, plus de 15 000 manifestants étaient rassemblés devant le tribunal, applaudissant la décision. Le documentaire nourrit le débat autour des réponses à apporter « à la montée de l’idéologie nazie qui gagne du terrain partout en Europe ».

Le film fait l’objet d’une tournée dans treize villes de Bretagne, après sa présentation au Festival du film de Douarnenez en août. La projection sera suivie d’un échange avec la réalisatrice et le journaliste en Grèce, Thomas Iacobi.

Samedi 11 septembre, à 16 h, à Ti an Oll. Entrée au chapeau. Site internet, goldendawnapublicaffair.com/fr/accueil

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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 05:46

 

Depuis trente années le XXIème siècle peine à s’affirmer dans ses contours internationaux. Nous crûmes d’abord qu’il avait commencé en 1991 avec l’effondrement du monde soviétique, raccourcissant, comme le suggérait l’historien britannique Eric Hobsbawm, le siècle précédent. Puis devant l’incapacité des États-Unis à maîtriser au tournant du siècle le cours de la mondialisation à travers son fameux triptyque – ouverture internationale, démocratie, marché -, on se dit que tout commençait sérieusement avec les attentats du 11 septembre 2001 et la grande aventure de la « lutte mondiale contre le terrorisme » prônée par Bush Junior et à laquelle nous étions sommés de nous rallier. Et bien non, c’est vingt ans plus tard, cette stratégie s’écroulant, que s’esquissent les traits du siècle à venir. 1991, 2001, 2021, les séquences s’enchaînent, le siècle bégaie, peine à se mettre en place, mais fraie son chemin.

L’issue de cette guerre afghane dépasse par sa portée le territoire de ce petit pays – le cimetière des Empires – et s’apparente au grain de sable dans la chaussure. Si la consternation et parfois la concertation dans le désordre s’installent entre les principales chancelleries, c’est que beaucoup de certitudes tenues pour évidentes viennent de basculer. Les grilles de lectures acquises vacillent tant la portée de l’événement bouscule. Car ce que la chute de Kaboul nous dit du monde qui s’annonce relève de la grande lessive. Quelques premières leçons peuvent s’imposer sans trop de risques d’erreurs.

Cette guerre est emblématique des conflits asymétriques qui ont surgi à travers le monde et qui se transforment en guerre sans fin, dont les objectifs s’érodent d’autant plus en cours de route qu’ils ont été mal définis ou volontairement occultés dès le départ. L’enlisement ne peut être qu’au bout du chemin et le prix à payer à l’arrivée dépend de l’ampleur de l’engagement, du coût initié, des pertes humaines, des divisions internes et de l’humiliation médiatique. Là, l’addition est phénoménale et envoie un signal fort aux autres conflits en cours. Alliés et adversaires l’ont compris. L’Empire est rentré chez lui et hésitera à en sortir, d’autant plus qu’il a fait savoir qu’il avait beaucoup à faire, notamment face au grand rival qui monte, la Chine. « Gulliver empêtré » nous disait déjà Santley Hoffmann il y a cinquante ans dans un autre contexte. Bien sûr, il ne reste pas désarmé et sans puissance et sera attentif à tout ce qui pourrait remettre en cause son hégémonie. Ingérences, surveillances, déstabilisations, embargos, saisies d’avoirs, mesures de contraintes ne seront pas remisés et s’appuieront sur les réseaux d’influences mis en place et la formidable technologie disponible, de la cyber-attaque aux drones.

Devant la défaite cuisante, l’équipe en place devra rendre compte de ses maladresses, de son manque de clairvoyance, de l’échec de ses services ou du refus de leur écoute. Il faudra trouver un bouc émissaire. Un séisme politique s’annonce qui sera plus difficile à surmonter que les péripéties de la fin de la guerre du Vietnam. L’heure du bilan a déjà commencé et il s’annonce ravageur, d’autant que les trois dernières équipes présidentielles sont concernées. Le déballage se fait devant le monde entier.

Dans une large partie de la planète on peut toujours considérer que le pouvoir est au bout du fusil selon la formule en vogue dans les années soixante et soixante-dix. Les conflits en cours vont trouver un formidable encouragement à leurs objectifs devant l’incapacité de la première puissance à façonner le monde à sa guise. Ce qui s’était esquissé au lendemain de la fin de la guerre froide, la multiplication de désordres échappant aux logiques anciennes, va retrouver une nouvelle jeunesse et encourager l’extension de zones grises laissant l’Occident spectateur impuissant face à l’anomie créée. Devant ces zones grises les instruments du monde ancien – armes nucléaires, engagements prolongés sur le terrain – seront inopérants. Il ne reste plus que modèle israélien vis-à-vis de Gaza, c’est-à-dire l’expédition punitive courte – pour éviter les retours d’opinions publiques – accompagnée pour le temps long de toutes les mesures d’asphyxie économiques, juridiques et financières que procure le statut de principale puissance encore dotée de l’hégémonie du dollar. Car la palette d’actions possibles reste loin d’être totalement affectée et on aurait tort de croire l’Empire totalement désarmé.

Le monde devra désormais vivre avec un islam radical buissonnant et conquérant dont l’ambition n’a cessé de croître depuis la chute, en 1979, d’un des pays le plus occidentalisé d’Orient, celui du Shah d’Iran. Ce retour du religieux, qui n’est pas que la marque de l’islam, fait son chemin depuis plusieurs décennies, ne peut qu’être dopé par la chute de Kaboul. L’influence intégriste s’étale déjà dans de larges parties de l’Asie et de l’Afrique et s’oppose au Sahel aux troupes occidentales désemparées, devant les faibles succès rencontrés, sur la stratégie à adopter. La responsabilité de l’Occident dans ces remontées est écrasante. Cet islam a été instrumentalisé pour éliminer les progressistes au Moyen-Orient, pour casser les expériences de construction nationale portées par les gauches nationalistes issues des luttes de décolonisation. Depuis le soutien américain aux Moudjahidines antisoviétiques d’Afghanistan qui essaimèrent dans maintes régions du monde, en passant par l’intervention en Irak qui entraîna la création de Daech et livra le pays à l’influence iranienne jusqu’à l’expédition en Libye dont le contrecoup déstabilisa le Sahel, l’Occident a créé l’objet de ses turpitudes. Et il ne peut, sans gloire, que proposer d’abandonner ces populations à la férule de régimes moyenâgeux qui devront seulement s’engager à ne pas laisser se développer de préparatifs hostiles à partir de leur territoire.

On est bien loin des projets devant refaçonner le Grand Moyen-Orient en démocratie. Ce n’est plus à l’agenda. La perspective est celle du retrait qui découle de la fin de la croyance qu’il était possible, par les armes ou les expéditions guerrières d’imposer la démocratie, les droits de l’homme ou le « nation building ». Les États-Unis ne nourrissent plus une telle ambition, qui n’a souvent été agitée que comme prétexte, tout à leur grande préoccupation de conserver leur première place face à un rival montant. Il y a un basculement des priorités que les alliés doivent comprendre et dont ils doivent aussi savoir que s’il leur venait l’envie de s’engager dans ce type d’aventure, ce serait sans appui.

Dans le domaine des idées, cette défaite nous fait faire retour aux propos de Samuel Huntington. Peu d’auteurs auront fait l’objet d’aussi nombreux commentaires, pour être décriés ou salués, que celui qui annonçait en 1993, dans un article de la revue américaine Foreign Affairs que nous étions désormais entrés dans l’ère du « choc des civilisations ». On mesure aujourd’hui combien il a mal été interprété et incompris. Connaissant le sort du messager qui apporte la mauvaise nouvelle, il a été fusillé. Et il a été trouvé plus confortable de se mettre la tête dans le sable plutôt que de l’entendre. Que nous dit-il ? Que le temps des grands conflits idéologiques susceptibles de dégénérer en guerres était terminé. Qu’ils feraient place à une nouvelle forme de conflictualité adossée à des civilisations fortement marquées par des religions, et que dans le contexte d’un Occident déclinant, il était vain d’aller guerroyer dans ces terres étrangères, car l’échec serait prévisible. Après s’être opposé à la guerre du Vietnam, il condamnera les interventions en Afghanistan et en Irak et prendra soin de se démarquer de la ligne bushienne des neocons de la « guerre globale au terrorisme » dont on a essayé de lui attribuer la paternité. Le temps est venu de le lire comme prédicteur et non comme prescripteur et de comprendre que ces guerres sans fin à l’autre bout du monde sont vaines.

Enfin, on feint de découvrir que ces conflits prolongés présentent partout la même conséquence. Ils précipitent les populations civiles dans la recherche d’un exil et poussent à la montée des flux migratoires. Les pays d’accueil sollicités étant rarement les pays responsables. Très tôt mobilisé, le président Macron nous met en garde. Les possibilités d’accueil sont limitées et devant la multiplication de ces zones grises à venir, il est impossible de ne pas réguler les flux migratoires. Chacun a compris que dans ce domaine le discours avait changé et que Kaboul marquera un tournant. Bref, il ne nous dit pas autre chose que les flux migratoires sont à la fois inévitables et impossibles et qu’ils interpellent les traditions d’internationalisme : aider à fuir ou aider à s’organiser et à résister lorsqu’un partage de valeurs est possible, car tout ce qui bouge aux confins de la planète n’est pas forcément rouge.

On n’a pas fini de digérer les leçons de la chute de Kaboul.

 

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9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 05:18

Fabien Roussel était l'invité de Jean-Jacques Bourdin - 7/09/21

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 05:25

 

Alors que la campagne vaccinale contre le Covid progresse en Europe, un fossé se creuse entre pays développés et pays pauvres. En cause, la subordination de la santé au capital et aux intérêts lucratifs.

Pour en débattre : Cathy Apourceau-Poly, sénatrice PCF du Pas-de-Calais, groupe CRCE ; Marc Botenga, député européen (parti du travail de Belgique), groupe GUE/NGL ; et Maurice Cassier, sociologue, directeur de recherche au CNRS.

 
En juin 2020, plus de 150 personnalités du monde de la science ont lancé un appel enjoignant les organisations internationales et les gouvernements à agir pour faire du vaccin contre le Covid un « bien commun » mondial. Où en sommes-nous dans cette démarche ?

 

CATHY APOURCEAU-POLY L’importance de cet appel n’a jamais été si forte : alors que les pays développés parviennent à des taux de vaccination avoisinant les 50 %, l’Afrique en est à 2,5 %… Avec en sus de fortes disparités sociales, comme cela est le cas en Tunisie, cause de l’explosion des contagions ces derniers mois. Pour fonctionner, un vaccin doit être injecté à une grande majorité de la population d’un pays, c’est le principe de la couverture vaccinale. C’est le principe qui régit les campagnes de vaccination depuis 1749 et les travaux du docteur Jenner, généralisés et développés par Louis Pasteur.

Or, comme l’a démontré la propagation du virus, avec la mondialisation, les ensembles nationaux, les frontières n’ont plus la même densité, il est donc indispensable d’atteindre les 75 à 80 % de personnes vaccinées dans le monde, et plus seulement devant chez nous. L’initiative Covax, animée en partie par la France, n’est qu’une aumône face aux besoins des pays en voie de développement, les doses sont insuffisantes tandis que la réflexion sur une possible troisième dose va accentuer encore la concurrence pour les obtenir.

Enfin, comme le soulignait Emmanuel Vigneron dans l’Humanité du 9 août, on constate déjà en France métropolitaine des écarts de près de 20 % dans la couverture vaccinale entre des jeunes vivant dans les zones les plus défavorisées et les plus favorisées. La question de la disponibilité n’est donc pas le seul critère, il faut aussi s’interroger sur la communication et l’information des populations ou sur l’accès des personnes isolées, en France comme dans le monde entier.

 

MARC BOTENGA Il y a au niveau mondial une immense majorité en faveur de la levée des brevets et de la propriété intellectuelle. La proposition est sur la table de l’OMC et en Europe, une initiative citoyenne européenne le demande. L’Union européenne et les gouvernements européens sont à peu près les derniers remparts au monde contre une levée des brevets. Dans ce sens, nos gouvernements incarnent l’absolue arrière-garde. Même le président américain, Joe Biden, a dû formellement déclarer défendre une suspension des brevets.

Sous pression d’une large mobilisation citoyenne, une majorité du Parlement européen a voté, tant en mai qu’en juin 2021, en faveur dudit Trips Waiver. Une victoire énorme. Mais la Commission européenne refuse de reconnaître ces résultats. À huis clos, les fonctionnaires de la Commission vont jusqu’à prétendre qu’il y a eu erreur et qu’il n’y a pas de majorité parlementaire en faveur de la levée des brevets, bien que la résolution finale ait été approuvée avec environ cent voix de différence. Cela tombe les masques. La Commission européenne obéit à Big Pharma, pas au Parlement européen.

 

MAURICE CASSIER Il convient de considérer la situation inédite créée en mai dernier par la décision des États-Unis, puis de la Chine et de la Russie de soutenir la proposition de l’Inde et de l’Afrique du Sud, déjà ralliée par une centaine de pays à l’OMC, d’une suspension temporaire de tous les droits de propriété intellectuelle sur les technologies de santé anti-Covid pour en faire des biens communs mondiaux, librement partageables et reproductibles par tous les fabricants qualifiés.

Le grand intérêt de cette proposition est qu’elle organise la suspension de tous les droits intellectuels couvrant ces produits (substances actives, procédés de fabrication, savoir-faire industriels, données cliniques confidentielles, etc.), ce qui permet de lever immédiatement toutes les restrictions sur les dizaines de familles de brevets qui couvrent par exemple tous les composants des vaccins à ARNm, au lieu d’entamer un processus long et incertain de décisions de licences obligatoires par brevet et par État.

Le 4 juin, l’Union européenne a apporté son renfort aux firmes propriétaires en proposant de s’en tenir à des licences volontaires accordées par les firmes et à des décisions de licences obligatoires, ce qui a provoqué l’indignation de Médecins sans frontières, qui accuse l’UE de saborder les négociations à l’OMC.

 

Pourquoi faire du vaccin contre le Covid un tel bien commun mondial est-il essentiel dans la lutte contre la pandémie ?

 

MARC BOTENGA Aujourd’hui, nous vivons un état d’apartheid vaccinal. Tandis que l’Union européenne fête un taux de vaccination de 70 %, dans des pays à bas revenu, ce taux n’atteint souvent même pas 3 %. C’est évidemment d’abord une injustice énorme. Face à un virus, une pandémie, nous disposons d’un vaccin, mais ce vaccin est nié à certains pays. Le British Medical Journal s’est même demandé si cela ne représentait pas un crime contre l’humanité.

Mais c’est aussi un désastre du point de vue de la santé publique. Plus le virus circule, peu importe à quel endroit de la planète, plus le risque de variants augmente. En mars 2021, sur 77 épidémiologistes de 28 pays, deux tiers considèrent qu’il reste au maximum un an avant que le Covid ne mute au point que nous ayons besoin de nouveaux vaccins, révèle un sondage du People’s Vaccine Alliance. Et ces variants ne connaissent pas de frontières.

Parlons aussi d’ailleurs des conséquences financières. En laissant le brevet dans les mains des multinationales, nous permettons à Pfizer et compagnie d’en déterminer le prix. Ainsi, l’Union européenne, si inquiète en général quand un État hausse ses dépenses sociales, ouvre allègrement la voie à un hold-up sur la sécurité sociale. Moderna et Pfizer ont déjà augmenté leurs prix. Et une troisième dose coûtera encore plus cher.

 

CATHY APOURCEAU-POLY Faute de système social de protection, les travailleurs des pays les plus pauvres ne se confinent pas, même en cas de symptômes, tandis que les élites sont venues se faire vacciner en Europe. La question du prix des vaccins est aussi déterminante. Quand les laboratoires fixent leurs prix sur les capacités financières de l’Union européenne, cela prive mécaniquement les pays les plus pauvres de millions de doses. Or, faute de couverture vaccinale suffisante, l’épidémie continuera de se propager, d’impacter les économies les plus fragiles, et de voir apparaître des variants. L’impératif est donc double : il est indispensable de lever les brevets pour massifier la production de vaccins, mais également pour faire reculer le plus vite possible cette maladie, avant que ne se développent de nouveaux variants résistant aux vaccins.

 

MAURICE CASSIER Alors que les inégalités d’accès aux vaccins demeurent béantes en dépit de la croissance de la production, encore très insuffisante, le partage des technologies permettrait de construire dans un délai rapide (de six à sept mois selon la DG de l’OMC) une nouvelle carte de la production dans toutes les régions du monde pour répondre aux besoins de protection des populations et prévenir le nationalisme vaccinal.

La DG de l’OMS résume l’objectif : « La pandémie a montré que s’appuyer seulement sur quelques entreprises pour fabriquer un bien commun est limité et dangereux. » L’OCDE fait le constat que les dons et la philanthropie sont inefficaces. La revue médicale The Lancet indique que l’utilité sociale de la vaccination pour endiguer l’épidémie et prévenir l’émergence de nouveaux variants suppose de rendre accessibles et disponibles rapidement les vaccins pour immuniser toute la population mondiale : l’efficacité en termes de santé publique mondiale converge avec le libre partage des technologies. La production de biens communs permet de maîtriser la formation des prix, ajustés aux coûts de production, d’assurer la viabilité des payeurs publics et sociaux et de garantir un accès universel.

 

Comment faire bouger les choses en ce sens et faire cesser la contradiction manifeste qui oppose droit de propriété et la recherche du profit et intérêt général dans ce domaine particulier ?

 

MAURICE CASSIER La pandémie de Covid a fait émerger de nouvelles solutions de production de biens communs mondiaux. Le panel indépendant sollicité par l’OMS pour évaluer les réponses à la pandémie propose ainsi de créer une plateforme mondiale de production de biens communs mondiaux qui pourrait être mise sous l’autorité d’une OMS renforcée. L’OMS a elle-même créé des plateformes de mutualisation des droits intellectuels et de transfert des technologies à ARN qui pourraient fonctionner à plein régime en cas de suspension des droits de propriété exclusive sur les vaccins. Plusieurs propositions misent sur une relance de la production publique de vaccins pour relocaliser la production dans toutes les régions du monde et être en mesure de répondre directement aux besoins des ministères de la Santé en assurant la viabilité des payeurs publics et sociaux. Je propose que tous les médicaments et vaccins inscrits sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS soient dégagés de la propriété exclusive et soient librement partageables par tous les laboratoires industriels dans le monde, à la fois publics et privés. L’institution de biens communs suppose une nouvelle démocratie sanitaire à tous les échelons pour instaurer la transparence de la formation des prix et pour mieux s’approprier la valeur d’usage des technologies vaccinales, avec les professions de santé et les usagers.

 

MARC BOTENGA Quand le 19 mai 2021, le Parlement européen vote une première fois en faveur de la levée des brevets, c’est la conséquence d’une lutte et d’un an de mobilisations articulées à la fois aux niveaux national et européen. Sous pression, même des députés européens de droite doivent soutenir l’amendement en faveur de la levée des brevets. La bulle européenne autour de la place Schuman et de la place du Luxembourg à Bruxelles s’en trouve déséquilibrée. La confirmation de ce vote par le Parlement européen un mois plus tard, le 10 juin, témoigne de la force de cette large mobilisation.

Certes, ce ne sera pas un vote parlementaire qui changera la nature des politiques européennes, mais grâce à la mobilisation, la Commission se trouve sous pression non seulement à l’OMC, mais aussi en Europe. La mobilisation de l’initiative citoyenne européenne No Profit on Pandemic continue de jouer un rôle important dans cette pression. Cette action vise à imposer une initiative législative à la Commission européenne en faveur d’une levée des brevets sur les médicaments et les vaccins contre le Covid. Elle récolte des signatures de Chypre à l’Irlande et de l’Italie à la Finlande, dans l’espoir d’arriver à un million de signataires. Mais il ne s’agit pas uniquement des signatures, ni d’un vote au Parlement européen, il s’agit de mobiliser une large coalition à travers l’Europe, qui fait connaissance, commence à se concerter et à développer une stratégie commune pour créer ainsi le contre-pouvoir dont nous avons besoin.

 

CATHY APOURCEAU-POLY Il est indispensable de continuer à animer la bataille politique, comme le font Fabien Roussel et tous nos camarades. Il faut faire pression sur le gouvernement et le chef de l’État, en particulier pour refuser le chantage des laboratoires sur les prix et sur les volumes. Le droit de propriété intellectuelle est important parce que c’est un des moteurs de la recherche privée. Or, après des décennies de casse de la recherche publique, on ne peut pas changer de braquet d’un coup de baguette magique. Toutefois, la situation critique du monde impose des mesures critiques : c’est la raison de cet appel à la levée des brevets.

À l’inverse, c’est aussi parce que la situation est critique que les laboratoires mènent ce chantage. Nous devons donc mener la bataille à la fois sur la question du bien public mondial, au plus vite, mais également, comme nous l’avons fait au Sénat, pour que la France retrouve une industrie pharmaceutique publique nationale. Il en va de notre souveraineté, mais aussi et surtout de la santé de nos concitoyens. Ce qui est vrai pour les vaccins contre le Covid l’est également pour les traitements contre le cancer ou l’orientation des recherches des laboratoires. Dans la situation actuelle, la voracité des laboratoires alimente aussi la défiance de certains de nos concitoyens vis-à-vis du vaccin, c’est une catastrophe.

 

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 05:17

 

Trois jours durant, le président Macron a fait de l’enfumage à Marseille la semaine dernière pour tenter de camoufler le bilan de sa politique au service exclusif des riches. Au même moment, une étude de l’INSEE révélait « qu’une personne sur cinq était déjà en situation de privation monétaire ou de privation matérielle et sociale » en France en 2019.

Par Gérard Le Puill

 

En page 14 de « l’Humanité » du 2 septembre, l’article de Camille Bauer, montrait à partir d’une étude de France Stratégie, un think tank proche du gouvernement, que la somme mensuelle consacrée au logement par les ménages modestes réduisait sans cesse ce que l’on nomme « le reste à vivre ». D’où le commentaire suivant de la journaliste : « Ainsi, le niveau de vie moyen d’une personne appartenant à la catégorie des plus pauvres atteint 679€ par mois. Mais une fois payées toutes ces charges incompressibles, il ne lui reste que 169€ pour faire face aux autres dépenses (nourriture, habillement, transport)… ».

La veille, tandis que le président Macron entamait ses trois jours de propagande à Marseille, le journal du soir d’une chaîne de télévision faisait témoigner une privée d’emploi de 60 ans vivant avec 600€ par mois dans cette ville. Elle payait un loyer de 400€ mensuel pour une pièce de 7m2 dans un immeuble privé dégradé. Le même jour, concernant la construction de logements, le Figaro annonçait que « le gouvernement planche sur un nouvel avantage fiscal dans le neuf à partir de 2023 ». Qualifié de « super-Pinel » - en référence au nom d’une ancienne ministre du Logement, porteuse d’une loi qui fit la part belle aux investisseurs privés dans le logement locatif au détriment des HLM durant le quinquennat de François Hollande - le texte que prépare l’actuel gouvernement maintiendrait les 21 % de réduction d’impôt pour les investisseurs. Ce serait moyennant le respect de quelques nouveaux critères définis par la mission « référentiel de qualité logement ».

Flambée des prix de l’immobilier et de l’énergie

Le 1 er septembre également, « Les Échos » indiquaient que dans l’immobilier ancien « la hausse des prix se généralise et gagne tous les territoires ». En cinq ans, selon ce journal, les prix ont grimpé de 27,8 % à Paris, de 33,6 % dans dix grandes villes, de 26,6 % dans 50 autres grandes villes, de 14,4 % en zone rurale et de 19,2 % en moyenne nationale. Comme des investisseurs achètent des logements anciens pour les louer le plus cher possible, les futurs locataires verront encore la hausse des loyers réduire chez eux ce que l’on nomme « le reste à vivre ». Alors que le prix du gaz a augmenté de plus de 30 % depuis le début de l’année pour les consommateurs, « Les Échos » évoquaient aussi une « menace sur la facture d’électricité des consommateurs ».

La situation des ménages aux revenus modestes va donc continuer de s’aggraver alors qu’elle était déjà très difficile. Dans une note de conjoncture publiée le 27 août, l’INSEE indique que le prix du supercarburant a augmenté de 79, % sur douze mois et celui du gazole de 57,2 %. Parallèlement, des risques de pénuries au niveau planétaire font grimper les prix de certaines productions agricoles avec des répercussions à venir pour le pouvoir d’achat des ménages aux fins de mois difficiles. Sur douze mois, le prix des fruits et légumes a augmenté de 16,2 % en France, suite aux gelées du printemps qui ont considérablement réduit certaines récoltes.

Privations pour 39 % des 30-44 ans en France

Voilà qui ne va pas améliorer la situation des personnes « en situation de pauvret monétaire ou de privation matérielle et sociale » auxquelles l’INSEE consacre aussi une étude en ce début septembre. « En 2019, selon cette étude, 49 % des personnes de 16 à 29 ans et 39 % des 30-44 ans en situation de privation matérielle et sociale déclarent rencontrer des difficultés pour payer leur loyer ou leurs factures d’électricité (…) Le chômage joue fortement sur le risque de pauvreté monétaire ou non : 64,8 % des personnes vivant dans un ménage dont la personne de référence est au chômage sont en situation de privation matérielle et sociale ou à risque de pauvreté monétaire (contre 21 % de l’ensemble de la population) ; 35,1 % se trouvent exclusivement concernées par l’une ou l’autre forme de pauvreté et 33,3 % cumulent les deux (contre respectivement 15,3 % et 5,7 % de la population générale). Les locataires sont également plus touchés que les propriétaires… ».

47 % de pauvres dans les familles monoparentales

Ce constat n’a rien d’étonnant puisque le crédit aux accédants à la propriété n’est accordé qu’au regard d’un revenu mensuel conséquent qui limite les risques pour la banque. Ce qui écarte en conséquence les salariés mal payés et les travailleurs indépendants aux revenus modestes. L’étude de l’INSEE ajoute que « la fréquence de la pauvreté varie également selon les types de ménage. Les personnes vivant en famille monoparentale sont les plus touchées (47 % sont affectées par l’une ou l’autre forme de pauvreté et 14,1 % cumulent les deux) devant les personnes en couple avec trois enfants ou plus (respectivement 32,9 % et 10,2 %) et les personnes seules 27,9 % et 7,9 % ».

Les chiffres de cette étude datant de 2019, on imagine que la situation s’est aggravée depuis pour beaucoup de ménages. Car depuis le début de l’année 2020, le chômage partiel a touché en premier lieu les salariés précaires tandis que beaucoup de travailleurs indépendants ont connu une baisse durable de leur activité. Voilà de quoi mettre en doute le prochain bilan économique et social du quinquennat d’Emmanuel Macron qui vient de passer trois jours à fanfaronner dans différents quartiers de Marseille. Ce lundi matin, sur BFMTV, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a exclu d’avance tout coup de pouce au SMIC pour le 1 er janvier 2022. Pour le reste, il a évoqué un possible accès au chèque énergie pour un nombre accru de ménages pauvres. Ce n’est pas ainsi qu’on sortira des millions de ménages de la pauvreté en France.

 

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 05:16

Fabien Roussel était l'invité de RTL, jeudi 2 septembre 2021

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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 05:12

 

Alors que le gouvernement a annoncé l’instauration de facilités de circulation pour la police, les avantages tarifaires des cheminots et de leur famille sont sur la sellette.

L’ouverture à la concurrence va-t-elle remettre en cause les « facilités de circulation » des cheminots ? À entendre le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, vendredi sur RMC, le sujet est clairement sur la table. « On va engager la concertation la semaine prochaine avec les syndicats. L’idée est de pouvoir régler ce sujet-là avant qu’on ait un système de mise en concurrence », a-t-il déclaré. Après la réforme du statut de cheminot en 2018 et l’alignement sur le régime général des retraites, SUD rail y voit « un acharnement de la part du gouvernement à l’encontre des cheminots ».

Les billets gratuits ou à tarif réduit, depuis 1938, bénéficient à 1,3 million de cheminots et leur famille (conjoints, enfants, parents). Beaucoup ne retiendront que le coût de 105 millions d’euros annuels, oubliant que l’enveloppe ne représente que 0,3 % du chiffre d’affaires de la SNCF. Or, pour un agent actif et ses ayants droit, les réductions et/ou la gratuité des billets représentent seulement 404 euros par an, estime le rapport réalisé par l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale des affaires sociales. « Au regard de la valeur monétaire des avantages en nature accordés par d’autres entreprises à leurs salariés, ce montant ne paraît pas exorbitant », notent d’ailleurs les auteurs du rapport. Et de citer la remise de 10 % sur achats octroyée aux salariés du groupe ­Carrefour pouvant atteindre jusqu’à 1 200 euros par an. De quoi casser le mythe du cheminot « privilégié ».

Sur les quatre scénarios étudiés par la mission gouvernementale pour « éclairer » les négociations, un seul propose de transférer ces facilités de circulation aux nouveaux salariés. Ce que souhaite la fédération CGT des cheminots, qui affirme « qu’elle mettra tout en œuvre pour que cette revendication soit satisfaite ». Les trois autres pistes proposent de supprimer tous les avantages pour les parents et de diminuer les réductions tarifaires de 90 % à 30 % pour les enfants et conjoints. Soit de supprimer la gratuité ou la réduction des prix des billets pour les proches des agents de la SNCF sur les lignes gérées par les nouveaux opérateurs. La dernière envisage tout simplement d’ôter les facilités de circulation pour les agents transférés, au profit d’une indemnité compensatoire.

Armés pour ne pas payer

La sortie du ministre des Transports irrite d’autant plus les cheminots qu’elle coïncide avec l’annonce d’un accord conclu avec la SNCF afin que « le trajet domicile-travail soit gratuit pour les policiers, s’ils sont armés et s’ils se signalent au chef de bord », dont les détails seront présentés ce lundi. En cas de trajet non professionnel, le policier n’aura plus à s’acquitter que de 25 % du prix du billet, qui sera « compensé par des bons d’achat SNCF, utilisables pour sa famille par exemple ».

« Dans la quasi-totalité des régions, la direction SNCF fait circuler les trains régionaux sans contrôleur et sans aucune présence à bord, dénonce Erik Meyer, délégué syndical SUD rail. Ce n’est pas avec des policiers hors service et armés qu’on lutte contre le sentiment d’insécurité, mais avec la présence systématique de personnels SNCF formés et identifiés. » De son côté, si la CGT cheminots « ne peut que souscrire à l’attribution d’un nouveau droit pour une catégorie de salariés », elle réaffirme qu’«  un droit utile et pertinent pour une catégorie de salariés ne peut être jugé abusif lorsqu’il s’agit des cheminots ».

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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 05:08

 

Aucune annonce chiffrée de la part du chef de l’État, le 2 septembre, pour les écoles marseillaises. Mais la promesse d’une « expérimentation » structurelle qui transposerait dans l’éducation un modèle managérial inadapté et dangereux.

Marseille n’avait mérité ni cet excès d’honneur, ni cette indignité. Après plusieurs jours d’une véritable préparation d’artillerie médiatique jonglant avec les milliards, la venue d’Emmanuel Macron dans la cité aux centaines d’écoles laissées à l’abandon depuis des années a donc accouché de cette promesse : « Faire de Marseille un laboratoire » pour « inventer ici l’école du futur ».

Un choix qui n’avait pas été sollicité et qui s’annonce lourd de conséquences pour l’ensemble de la communauté éducative de la ville – écoliers, familles, personnels. Et au-delà, puisque cette expérimentation devrait s’étendre à « plusieurs autres quartiers de la République » et aurait vocation à se généraliser par la suite.

Ah, on allait voir ce qu’on allait voir ! Dans le plan « Marseille en grand », l’école occupait une place centrale. En vérité, à la hauteur des besoins et des attentes : selon la municipalité, parmi les 511 écoles de la ville, 174 nécessitent des travaux lourds en urgence, tant leur état de dégradation est avancé après plus de trente ans d’abandon par les majorités précédentes. Le sujet est de ceux qui avaient précipité la chute de l’équipe Gaudin lors des élections municipales de 2020, la colère de la population à cet égard se traduisant notamment par la constitution du très actif Collectif des écoles de Marseille, un rassemblement de citoyens ayant pris cette question à bras-le-corps. Avant la venue du président de la République, un chiffre était avancé : 1,2 milliard, le coût du programme de rénovation souhaité par la majorité issue du Printemps marseillais, mais hors de portée pour une ville financièrement exsangue.

Un « laboratoire »

Autant dire que la déception a été énorme, après le discours prononcé par Emmanuel Macron au palais du Pharo. Concrètement, aucun chiffre n’a été mis sur la table, malgré le constat posé par le visiteur du jour d’écoles « dans un état de délabrement tel que l’apprentissage y est devenu impossible ». Le président de la République s’est d’abord approprié le programme de rénovation de quinze écoles, déjà décidé sous l’égide de l’Agence nationale du renouvellement urbain (Anru) et financé à 90 % par l’État.

Puis il a placé les suites des rénovations promises sous une double conditionnalité. D’abord la création d’une « société ad hoc » rassemblant l’État et la ville, présidée par le maire et bénéficiant d’un « financement conséquent »… sans plus de précisions. Ensuite, faire de cinquante écoles marseillaises un « laboratoire de liberté et de moyens », où les directeurs pourront « choisir l’équipe pédagogique » et ainsi, a-t-il expliqué, s’assurer que les enseignants sélectionnés « sont pleinement motivés, qu’ils adhèrent au projet ».

Stigmatisation de l'absentéisme

Car au passage, le chef de l’État en mode café du commerce n’a pas manqué de stigmatiser « l’absentéisme, les grèves perlées » : « Vous avez un problème avec vos personnels municipaux », a-t-il même lancé, avant d’ajouter à cette saillie un coup de pied de l’âne en direction des enseignants « qui sont fatigués » et « ne viennent plus » dans les quartiers difficiles… Le syndicat FSU des Bouches-du-Rhône a aussitôt dénoncé des « insinuations » pour laisser entendre que « la situation marseillaise est de la responsabilité des personnels municipaux », et des « propos insultants » à l’encontre des enseignants.

« Ce sont les mêmes enseignants, rappelle le syndicat, qui pendant les périodes de confinement organisent des collectes alimentaires pour les élèves dans le besoin, se présentent en surnombre pour accueillir les enfants de soignants, et se démènent au quotidien pour faire réussir leurs élèves dans des conditions scandaleusement dégradées, non loin des trafiquants de drogue et de la violence ! » Sans nier « les difficultés liées à la gestion des personnels de la ville de Marseille et au clientélisme », la première fédération des salariés des services publics tacle comme on sait le faire dans la ville de l’OM : « On ne voit pas le rapport avec l’état du bâti des écoles, leur insalubrité et leur délabrement. »

Icon QuoteNous avons sans doute le taux d’encadrement le plus bas de France, avec un adulte pour vingt-cinq enfants en maternelle, et un pour cinquante en élémentaire… quand tout va bien ! JULIEN HOULES Collectif des écoles de Marseille

Julien Houles, du Collectif des écoles de Marseille, s’interroge lui aussi : « Oui, il y a beaucoup de grèves, mais pourquoi ? Sur le temps de la pause méridienne par exemple, nous avons sans doute le taux d’encadrement le plus bas de France, avec un adulte pour vingt-cinq enfants en maternelle, et un pour cinquante en élémentaire… quand tout va bien ! » Le militant associatif rappelle que la nouvelle majorité municipale s’était engagée à ramener ces taux respectivement à un pour quatorze et un pour dix-huit, mais que « rien n’a été fait » pour le moment, laissant les familles dans l’impatience. Selon lui, la sortie du chef de l’État sur ce sujet frise le chantage à l’égard de la ville : « Il veut tenir en laisse la municipalité en disant : ’“Si vous voulez l’argent pour rénover le bâti, il va falloir vous réformer” », sous-entendu mettre fin aux acquis sociaux des personnels.

Un financement qui inquiète

La partie des annonces sur la rénovation des bâtiments inquiète également le Collectif des écoles. « On était déjà sceptiques avant, mais nous sommes quand même surpris que tout ce battage n’aboutisse à rien de concret, à aucun engagement financier » de la part de l’État, reprend Julien Houles.

La structure de la société qui doit regrouper la ville et l’État suscite sa vigilance : « On n’est pas dans le même cas qu’avec les partenariats public-privé (PPP) de Gaudin, qui voulait financer les écoles en mettant des commerces dedans », rappelle-t-il, « mais on sait que les rénovations déjà programmées sous l’égide de l’Anru passeront par un marché global de performance (MGP)… qui est une sorte de cousin des PPP. » La possibilité que des financements privés interviennent dans le cadre de la future structure sera ainsi scrutée avec attention…

Des directeurs recruteurs

Mais la partie des annonces macroniennes qui a suscité une véritable levée de boucliers bien au-delà des contours de Marseille, c’est celle qui concerne les cinquante écoles où, dès la rentrée 2022, les directeurs deviendraient responsables du recrutement des enseignants. Les syndicats enseignants sont immédiatement montés au créneau. Une « annonce inadmissible », à la fois « inquiétante et inadaptée », s’insurge le Snalc.

C’est « l’expérimentation du démantèlement du service public d’éducation et du statut de fonctionnaire par des dispositifs de sélection discrétionnaires », dénonce la CGT Éduc’Action, soulignant que le périmètre de « l’autonomie » défini par le président de la République comprend non seulement « le recrutement et l’encadrement des personnels », mais aussi « la gestion des projets pédagogiques, les rythmes scolaires ou les horaires. »

Une obsession de Blanquer

Le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, rappelle que ces annonces « remettent sur le devant de la scène la question du statut hiérarchique de la direction d’école », alors que la proposition de loi Rilhac, qui contient justement une mesure de cette nature, va revenir à l’Assemblée cet automne. C’est un serpent de mer et une des obsessions de Jean-Michel Blanquer depuis qu’il fut directeur de cabinet de Luc Chatel sous Sarkozy. C’est à cette époque que fut expérimenté, dans les collèges, le dispositif Eclair, qui ouvrait déjà à un recrutement « sur profil » dans les établissements concernés.

Le Snalc rappelle opportunément que cette mesure « avait été abandonnée car elle se révélait inopérante ». Visiblement, cet échec n’a pas suffi. « C’est complètement fou ! s’indigne Julien Houles. Cette mesure va créer une concurrence entre les écoles pour attirer les “meilleurs” profs, avec des financements sur projet qui fabriqueront des gagnants et des perdants. Ce que nous voulons, c’est que tous les enfants aient droit à la même qualité d’éducation. »

« Des solutions qui font éclater les cadres communs »

« Les écoles ont besoin, à Marseille comme ailleurs, rappelle le Snuipp-FSU, d’effectifs réduits dans toutes les classes, de personnels spécialisés et d’équipes pluriprofessionnelles renforcées, ainsi que d’une formation de qualité (…), de directeurs et de directrices dont les tâches sont allégées et recentrées sur l’animation et la coordination de l’équipe pédagogique », au lieu d’être écrasés jusqu’à l’absurde sous les tâches administratives.

« Dans une ville gangrenée par le clientélisme, créer du recrutement local est quand même une drôle de solution », achève la FSU des Bouches-du-Rhône avant de dénoncer « avec force l’instrumentalisation de la situation marseillaise pour imposer des orientations (…) qui font éclater les cadres communs » et « cherchent à mettre les personnels en concurrence les uns avec les autres ». C’est pointer avec force la démarche purement idéologique qui est à l’œuvre ici : imposer à l’école, sans tenir compte ni des réalités du terrain ni des échecs du passé, un modèle managérial inadapté et hors-sol, dont les plus fragiles parmi les élèves feront les frais. Marseille a décidément le dos large.

 

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