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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 11:43
Manif pour la filière bilingue en juillet 2021 devant le lycée Tristan Corbière

Manif pour la filière bilingue en juillet 2021 devant le lycée Tristan Corbière

Manif pour la filière bilingue en juillet 2021 devant le lycée Tristan Corbière

Manif pour la filière bilingue en juillet 2021 devant le lycée Tristan Corbière

Communiqué de presse Div Yezh Montroulez, SNES-FSU, SNUipp-FSU29, KLT.


Devenir des filières bilingues au collège et au lycée dans le pays de Morlaix


Div Yezh Breizh, association des parents d'élèves bilingues scolarisés dans les établissements publics, le SNES-FSU et le SNUipp-FSU29, syndicats majoritaires de la fonction publique dans le second et le premier degré s’opposent fermement aux décisions du rectorat affectant l’enseignement bilingue public breton-français dans le pays de Morlaix. Nous avons eu l’occasion
de le faire savoir le 19 juillet dernier en mobilisant plus de 100 personnes devant le lycée Tristan Corbière de Morlaix.
A une semaine de la rentrée scolaire, malgré les multiples courriers des élus, le travail sans relâche du SNES-FUS et SNUipp-FSU 29, il n’y a pas un signe d’avancée de la part du rectorat de l’Académie de Rennes. Il y a urgence !
Bien que l’ouverture d'une filière bilingue au lycée Tristan Corbière de Morlaix ait été actée dans la carte des pôles bilingues publics 2020-2021, le rectorat de l’Académie de Rennes a refusé
l’ouverture du groupe classe de seconde bilingue pour les premiers élèves ayant eu une scolarité entièrement bilingue dans les écoles et collèges du secteur.
Cette décision contraint les élèves inscrits en filière bilingue depuis la maternelle, à cesser leurs apprentissages du et en breton.
A cette décision intolérable, créant une rupture pédagogique, vient s’ajouter le refus d’ouverture d'un groupe classe de 6e au sein de la filière bilingue du collège de Lanmeur, filière existante
depuis 5 ans.
L’ouverture de la filière bilingue au collège de Lanmeur a été actée en 2017 avec le même nombre d’élèves que le nombre d’élèves inscrits en 6e pour la rentrée prochaine.
Alors que les services de l’Education Nationale invoquent le trop faible nombre d’élèves inscrits pour justifier leur décision, nos organisations rappellent que chaque rupture de l'enseignement
bilingue conduit à des pertes d'élèves futures par le jeu des fratries et la perte de confiance et de visibilité. Aussi, cette décision renforcera paradoxalement les causes qui conduisent le rectorat à ne pas ouvrir en lycée dès cette année, car nous perdrons des élèves et des familles à ne pas
respecter les engagements.
Il y a pourtant urgence. La sauvegarde et le développement de l’enseignement en langue bretonne est un réel enjeu politique auquel le service public se doit de répondre.
Ces décisions manquent de constance et sont le révélateur du manque d'investissement pattant dans l'éducation. Nous demandons au rectorat de revoir sa copie urgemment pour rassurer les élèves, les familles et les enseignant.e.s concerné.e.s et leur permettre de continuer d’apprendre et d’exercer en breton.
La situation morlaisienne se retrouve sur les secteurs de Guingamp (lycée Pavie et collèges de Callac et Plouha), de St Brieuc (4 inscrits au collège Jean Macé) et sur le secteur de Lorient.
Mardi 31 août à 18h, nous appelons la population, les élus locaux, départementaux et régionaux à se joindre à la mobilisation des élèves, parents d’élèves et enseignants et à se rassembler à Morlaix devant le lycée Tristan Corbière.

 

Voir aussi:

Rassemblement de soutien à la filière bilingue à Morlaix devant le lycée Tristan Corbière le 18 juillet 2021

A la fin juillet 2021, Gaëlle Zaneguy et Ismaël Dupont, Joëlle Huon et Pierre Le Goff, conseillers départementaux des cantons de Morlaix et Plouigneau, ont co-signé un courrier commun au recteur d'académie pour l'ouverture des filières bilingues dans notre canton après le fort moment de mobilisation devant le lycée Tristan Corbière du 19 juillet auquel nous avons participé. Ce courrier a été également proposé aux maires de nos cantons pour qu'ils puissent le cosigner.
Filières bilingues Canton de Morlaix et Plouigneau
Monsieur Le Recteur d’Académie,
C’est avec beaucoup de déception et d'inquiétude que nous avons par voie de presse découvert votre décision de ne pas ouvrir de filière bilingue en Septembre 2021 au lycée Tristan Corbière de Plourin-les-Morlaix.
Depuis plusieurs années les inscriptions en bilingue sur le Pays de Morlaix montrent l’appétence de nombreuses familles pour la langue bretonne et les apprentissages dispensés en filière bilingue publique. Dans notre région, la filière bilingue enregistre une progression de 5%, soit 463 élèves dans les écoles publiques de Bretagne.
Il s’agit d’un des leviers essentiels de la survie et du développement de la langue bretonne, une composante essentielle de notre culture. Il est tout à fait important que l'école publique s'inscrive dans cet objectif et permette la découverte et l'appropriation de la langue bretonne.
La filière bilingue a besoin de continuité entre l’élémentaire, le collège et le lycée sur un même territoire pour pouvoir vraiment se développer dans la durée. C'est aussi un droit pour les enfants et pour leurs parents de pouvoir continuer leur parcours dans la filière bilingue sans interruption, ou sans devoir choisir une autre solution (une école Diwan plus loin de chez eux nécessitant le recours à un internat, ou le retour dans le système classique et l'abandon du breton).
Nos cantons sont dotés de filières bilingues dans 7 écoles primaires publiques et 2 collèges publics, preuve d’un dynamisme qui ne cesse de croître : l’ouverture d’une filière bilingue en lycée public est une réelle nécessité pour permettre aux adolescents de poursuivre cet enseignement, au-delà des engagements qui avaient été pris dans le cadre de la Convention Etat-Région en octobre 2015.
Déjà, dans le public, les réformes du collège et du lycée ont bien souvent eu des impacts négatifs sur le maintien de l’option breton et des heures des professeurs de breton.
Dernièrement, la censure de deux articles fondamentaux de la loi Molac, le 21 mai 2021 est pour nous une atteinte sévère à l’instruction immersive contre laquelle nous avons manifesté notre mécontentement. Aujourd’hui, ces coups portés à la filière bilingue avec le renoncement à plusieurs projets de fermeture est un coup dur pour la langue et la culture bretonne et leur préservation car c’est de cela dont il s’agit. Aujourd’hui, la Bretagne ne compte plus que 200 000 locuteurs. Il est de notre responsabilité à tous d’agir pour la défense de notre langue, de notre culture qui sont des biens communs.
Il est nécessaire que les filières puissent d’abord commencer avant de se développer, ce pourquoi les effectifs réduits ne doivent pas être un argument décisif pour interrompre la continuité entre l’élémentaire, le collège, le lycée, sans laquelle la filière bilingue perd beaucoup de son sens et de son attractivité.
Le bilingue est présent simplement dans 6 lycées publics sur une centaine en Bretagne, et exclusivement en filière générale. C'est insuffisant. La mise en sommeil de la section bilingue au collège des 4 Vents à Lanmeur ne nous convient pas non plus.
L’État et l'éducation nationale doivent avoir un esprit de suite dans leurs engagements, cesser de prétendre mettre en concurrence ce qui ne doit pas l'être quand il s'agit de la sauvegarde d'une langue régionale et du respect des parcours pédagogiques des élèves, qui ne doivent pas être sacrifiés sur des considérations strictement comptables.
Nous avons été témoin le lundi 19 juillet 2021, lors de la mobilisation des acteurs de la filière, militants associatifs, enseignants, parents, élèves, et des élus à Morlaix pour la défense de l'enseignement bilingue public des attentes fortes dans ce domaine et de l'impatience par rapport à ce qui est perçu comme une insécurisation délibérée de la filière bilingue.
Nous vous demandons de prendre ces attentes et cette impatience en compte, de respecter l'engagement de l'éducation nationale et d'ouvrir comme prévu une filière bilingue au lycée Tristan Corbière Morlaix, de la préserver au collège des 4 vents à Lanmeur, et d'en ouvrir une comme prévu aussi à l'école Jean Jaurès à Morlaix à la rentrée de septembre 2021.
Bien respectueusement,
Gaëlle Zaneguy et Ismaël Dupont, conseillers départementaux du canton de Morlaix
Joëlle Huon et Pierre Le Goff, conseillers départementaux du canton de Plouigneau
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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 11:12
Photo Enzo de Gregorio, université d'été du PCF à Aix-en-Provence

Photo Enzo de Gregorio, université d'été du PCF à Aix-en-Provence

www.humanite.fr/pcf-presidentielle-une-rentree-dans-les-starting-blocks-pour-les-communistes-718314

PCF. Présidentielle, une rentrée dans les starting-blocks pour les communistes
Samedi 28 Août 2021 - L'Humanité

L’université d’été du PCF à Aix-en-Provence a été l’occasion pour Fabien Roussel de marteler ses priorités pour une élection à laquelle il participe « pour gagner ». Emploi, pouvoir d’achat, jeunesse et écologie seront, dans les semaines à venir, au menu des communistes qui partagent l’enthousiasme de leur candidat. La création de « comités locaux pour les Jours heureux » a également été annoncée.

Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), envoyée spéciale.

Trente-deux semaines, soit 225 jours très précisément. Le candidat communiste à l’élection présidentielle n’a pas manqué de faire le compte du temps imparti d’ici le premier tour pour « relever le défi des jours heureux », samedi, lors de l’université d’été du PCF qui a réuni à Aix-en-Provence quelque 500 militants venus de toute la France. « Nous n’allons pas à cette élection pour faire de la figuration, nous y allons pour gagner, pour diriger le pays, pour redonner le pouvoir aux citoyens, au monde du travail », a lancé Fabien Roussel à ses troupes, assurant voir « grandir l’intérêt pour notre candidature » qui n’a rien d’une « aventure personnelle ».

Pour cette rentrée, les communistes poursuivent « deux objectifs », précise Igor Zamichiei, membre de la direction : « Progresser sur l’identification de notre candidature, et avancer aussi sur le rassemblement autour de celle-ci », explique le responsable départemental de Paris, assurant que dans les mois à venir emploi, jeunesse et écologie seront à l’honneur.

L'emploi au cœur  de la campagne

Dès ce week-end, le candidat du PCF l’a martelé : « Je veux être le président du pouvoir d’achat, de la lutte contre la vie chère et en faire une priorité nationale ». Lors de son discours, le gouvernement en a pris pour son grade. « Le ministre de l’Économie et des Finances a beau dire que la croissance est de retour, franchement ce que voient les gens c’est la croissance des factures, par contre les salaires et les pensions c’est au ras des pâquerettes », tacle Fabien Roussel. Comme il le fait dans son livre Ma France (Éditions Le Cherche midi) le secrétaire national illustre son propos de situations puisées dans ses rencontres.

Il rapporte ainsi le témoignage d’une caissière à temps plein payée 1 280 euros par mois après douze ans d’ancienneté rencontrée quelques heures plus tôt avec ses collègues de Carrefour, ou encore celui de Danièle, désormais retraitée dont la pension d’élève à 920 euros. Or « la France est riche, très très très très riche », assène le député du Nord, ciblant les 500 plus grosses fortunes dont « le patrimoine pendant le quinquennat Macron a doublé », pour atteindre « 1 000 milliards », ou les profits du « CAC 40 (qui) sabre le champagne » avec « en pleine crise 60 milliards de dividendes ».

« Nous allons mettre l’emploi au cœur de la campagne », promet le candidat qui, loin de miser sur les « premiers de cordées de Macron qui nous tirent vers le bas », plaide pour « un changement total de l’utilisation de l’argent », pour « s’attaquer au capitalisme prédateur » et « donner le pouvoir aux salariés dans les entreprises ».

Avec l’objectif de parvenir à « l’éradication du chômage », une série de propositions est mise sur la table : Smic à 1 800 euros brut, suppression de la CSG pour les retraités, 1 200 euros de pension minimum, réduction du prix du gaz et de l’électricité avec une « nationalisation tout de suite d’EDF et GDF ». Ou encore des « peines planchers » pour « les fraudeurs fiscaux ». Aux côtés de cette priorité, figure aussi « la révolution écologique ». « Le problème avec le capitalisme vert ce n’est pas la couleur, c’est le capitalisme », sourit Fabien Roussel, qui résume l’enjeu comme un « choix de civilisation : la finance ou l’existence ».

Priorité à la jeunesse

Dans les couloirs de la fac de lettres qui accueille l’université d’été, le parcours de certains participants aurait pu trouver leur place parmi les histoires de vie racontées par le candidat. « Je suis boursier, je n’ai que 460 euros par mois, 20 euros de plus dans le loyer, plus l’électricité et le gaz qui augmentent, pour moi c’est compliqué », raconte Kilian, un étudiant toulousain. D’ailleurs, « la jeunesse sera un sujet incontournable de 2022, Emmanuel Macron ne s’y trompe pas notamment avec sa garantie jeune universelle qui n’est clairement pas à la hauteur », pointe Léon Deffontaines, dirigeant des Jeunes communistes (MJCF) lors d’un débat avec Maryam Pougetoux, la vice-présidente de l’Unef. Une question que les communistes comptent aussi mettre en avant en proposant un « pacte pour la jeunesse » avec, notamment, un « revenu étudiant au-dessus du seuil de pauvreté », rappelle le secrétaire général du MJCF. « Pour moi cette proposition, c’est tout simplement la perspective de sortir de la précarité », assure Kilian.

Le jeune militant de vingt ans est aussi enthousiaste pour la campagne qui s’annonce que son candidat : « On est là pour être majoritaire et gagner », affirme-t-il, conscient toutefois que le défi est de taille alors que les sondages attribuent pour l’heure moins de 5 % au PCF. Mais « le scénario promis en septembre n’est jamais celui qui se réalise en avril », glisse Sébastien Laborde, de la fédération de Gironde.

De son côté, Martin, étudiant marseillais, est un peu plus pessimiste : « Si quelqu’un de gauche gagne, ce serait quand même un miracle… Entre Roussel, Mélenchon, on va voir comment les choses tournent mais je suis un peu désespéré », regrette le tout nouveau militant qui a adhéré il y a moins d’un an. La plupart de ses camarades se lancent cependant avec optimisme. À l’instar de Catherine La Dune, fraîchement élue en région Nouvelle Aquitaine : « Puisqu’on a réussi aux régionales à avoir davantage d’élus, j’ai pas mal d’espoir aussi pour Fabien Roussel, au moins pour avoir de la visibilité, et ça commence à marcher ».

Rassembler jusqu'au-delà de la gauche

Le climat n’en est pas moins inquiétant, selon Mireille, qui patiente dans le plus grand des amphis en compagnie d’Henri, avant la tenue de leur atelier. L’enseignante à la retraite pointe la « confusion » ambiante alimentée par la crise sanitaire et une « énorme méfiance dont l’extrême droite profite pour faire des amalgames crapuleux », notamment via un discours antisémite lors des manifestations anti-passe. 

Alors, dans les travées des amphis aixois, on en est plutôt persuadé : l’enjeu numéro un, c’est de convaincre les déçus, les désabusés de la politique, les abstentionnistes. « Nous devons, plaide Fabien Roussel, rassembler bien au-delà de notre électorat, au-delà même de la gauche, il faut voir loin, aller toucher tous ceux qui ne votent plus. » Mais comment ?

« Il faut mettre en avant nos propositions, notamment les lois déposées par les communistes comme celle pour la sécurité de l’emploi et de la formation », avance Henri, venu de l’Aisne, quand Mireille croit nécessaire de démontrer concrètement l’utilité des communistes, comme « la façon dont le député André Chassaigne s’est battu pour faire revaloriser les retraites agricoles ». « C’est une absence de près de vingt ans du parti, il faut bien reconstruire, retrouver notre électorat, c’est un travail de longue haleine mais qui sera payant », complète Kilian de son côté.

Pour un pacte aux législatives

Quant au reste de la gauche, Fabien Roussel a renouvelé, samedi, la proposition d’un « pacte d’engagements communs » aux législatives pour « bâtir une large majorité de gauche à l’Assemblée nationale ». Car sa candidature, promet-il, vise à « contribuer à créer les conditions d’une nouvelle majorité politique ». Passage à l’acte dès ce week-end, avec l’un des ateliers consacrés aux retraites auquel Caroline Fiat (FI) et Alain Coulombel (EELV) ont participé. « Je ne crois pas à la possibilité d’emporter une majorité parlementaire si nous ne gagnons pas la présidentielle, et nous n’y arriverons pas avec cinq candidats », lâche à cette occasion le porte-parole des écologistes, plaidant pour « se retrouver très vite autour d’une table pour se mettre d’accord sur 15-20 propositions ». L’écologiste reconnaît toutefois qu’il ne fait pas l’unanimité, y compris dans son parti.

Son avis est d’ailleurs loin d’être partagé par le secrétaire national du PCF : « Le problème de la gauche ce n’est pas la division, c’est de faire en sorte que la somme des candidats de gauche fasse 50,1 %, assure Fabien Roussel. Il faut s’attaquer aux raisons pour lesquelles elle plafonne à 20 %, sinon on ne l’emportera jamais. Elle est faible d’abord de ses renoncements et trahisons lorsqu’elle était au pouvoir, elle l’est aussi de son incapacité à s’adresser au monde du travail, à la jeunesse. »

Rendez-vous à la Fête de l'Humanité

En la matière, les bouleversements engendrés par la pandémie pourraient aider. « L’expérience que nous traversons casse, abîme, contrarie l’idéologie dominante, étouffoir de l’action populaire », assure le directeur de l’université d’été, Guillaume Roubaud-Quashie, en référence aux dogmes libéraux – de l’efficacité des marchés à la réduction de la dépense publique – mis en cause ces derniers mois. Mais il s’agira avant tout de passer à l’action sans attendre.

« Créons partout, dans nos communes, les villes, les villages, sur les lieux de travail, dans les universités, des comités locaux pour les jours heureux », invite Fabien Roussel, tout en appelant à désigner « dès maintenant » des candidats aux législatives. Un « grand rassemblement national » pour l’emploi et le pouvoir d’achat est également prévu le 20 novembre à Paris, précédé « d’une semaine d’action dans tout le pays du 9 au 16 octobre ».

En attendant, le prochain rendez-vous aura lieu du côté de La Courneuve, à la Fête de l’Humanité, où Fabien Roussel tiendra un meeting le samedi 11 septembre à 17 heures.

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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 06:11

Des dizaines de Palestiniens non armés, y compris des enfants, ont été assassinés depuis la fin de l’offensive israélienne de mai. Néanmoins, tout cela est désormais tellement banal que les médias israéliens et l’armée l’évoquent à peine.

 

En apparence, la situation est relativement calme ces derniers jours dans les territoires occupés par les Israéliens. Pas de victime israélienne, quasiment aucune attaque en Cisjordanie et absolument aucune en Israël même. Gaza est relativement calme depuis la fin de la dernière offensive d’Israël là-bas, l’opération Gardien du mur.

En Cisjordanie, le train-train désespérant du quotidien se poursuit pendant cette soi-disant période de calme – ironie suprême quand on fait attention à ces chiffres terribles : depuis mai, plus de quarante Palestiniens ont été tués en Cisjordanie.

En l’espace d’un weekend fin juillet, l’armée israélienne a tué quatre Palestiniens, dont un enfant de 12 ans. Parmi ces quarante, deux venaient du même village, Beita, qui a dernièrement perdu six de ses habitants : cinq manifestants non armés et un plombier qui aurait été appelé pour réparer un robinet quelque part. Aucun des quatre tués fin juillet ne constituait une quelconque menace pour la vie de soldats israéliens ou de colons.

L’utilisation de balles réelles contre ces personnes était interdite, sans parler du fait de viser pour tuer, comme l’ont fait les soldats israéliens qui les ont abattus. Quatre êtres humains ou, si vous préférez, quarante êtres humains, dont les familles ont vu leur monde s’effondrer, des gens avec des projets, des rêves et des désirs ; tous soudainement supprimés par quelque jeune soldat israélien si nonchalamment et si brutalement.

 

En Israël et dans les territoires occupés, le plus grand danger est la routine

Si tout cela ne suffisait pas, notez ceci : les médias israéliens ont à peine couvert ces morts. Aucun des deux principaux titres israéliens n’ont mentionné la mort d’un adolescent de 12 ans à Beit Omar, entre Bethléem et Hébron ; et les deux plus grandes chaînes de télévision privées n’ont pas pris la peine d’en parler non plus.

Autrement dit, la mort d’un garçon de 12 ans – Mohammed al-Alami, parti faire des courses avec son père et sa sœur lorsque des soldats israéliens ont arrosé leur voiture de balles, tuant ce garçon qui, comme son père, n’avait rien fait de mal – a été de toute évidence jugée sans importance et sans intérêt par certains médias israéliens.

Indifférence au meurtre

C’est la seule explication possible à cette inattention généralisée face à un meurtre. Rappelez-vous que tous ces autres meurtres depuis mai ont à peine été signalés, ont encore moins fait l’objet d’enquêtes, et vous entreverrez le portrait de la répression israélienne et du déni de l’occupation via la version du « Dôme de fer » présentée par les médias, avec l’aimable autorisation de la presse libre, dans toute son abjection. 

Ce sombre tableau de l’armée et de son mode opératoire brutal a été épargné aux Israéliens, protégés par une presse mutique. Protégés par ce silence, ce déni et cette répression, même les politiciens israéliens et les généraux n’ont pas à expliquer ou même à s’intéresser au fait qu’il ne se passe rarement une semaine sans victimes palestiniennes dans les territoires occupés, même pendant cette période de calme relatif.

Si les soldats tiraient sur les animaux errants avec autant de nonchalance que sur les Palestiniens, il y aurait un déluge d’indignation et ces soldats seraient poursuivis et sévèrement punis

Ainsi, il y a quelques jours encore, aucun responsable militaire n’avait fait la moindre critique du comportement de ces soldats, sans parler de l’évocation de poursuites ou d’ouverture d’une enquête sérieuse. C’est seulement après une série d’articles et d’éditos dans Haaretz que le chef d’état-major de l’armée, le général Aviv Kochavi – considéré comme une personnalité ayant des valeurs morales –, a « demandé de faire baisser la température ». Pas un ordre, une requête. Aucune poursuite et aucune enquête, juste une vague déclaration de bonnes intentions pour l’avenir. 

Derrière tout cela se dissimule le mépris pour la vie des Palestiniens. En Israël, rien n’a moins de valeur que la vie d’un Palestinien. Cela va des ouvriers du bâtiment qui tombent comme des mouches sur les sites de construction en Israël sans que personne ne s’en soucie aux manifestants non armés dans les territoires occupés abattus par les soldats sans que personne ne bronche.

Il y a un dénominateur commun : la conviction en Israël que la vie des Palestiniens ne vaut pas grand-chose. Si les soldats tiraient sur les animaux errants avec autant de nonchalance que sur les Palestiniens, il y aurait un déluge d’indignation et ces soldats seraient poursuivis et sévèrement punis. Mais ils ne font que tuer des Palestiniens, alors quel est le problème ?

Lorsqu’un soldat israélien abat un enfant palestinien d’une balle dans la tête ou un adolescent palestinien ou un manifestant ou un plombier d’une balle dans le cœur, la société israélienne reste muette et apathique. Elle se contente des explications fumeuses et parfois des mensonges éhontés du porte-parole de l’armée, omettant l’expression de tout scrupule moral concernant la nécessité de tuer.

Il y a tant de victimes sur lesquelles j’ai enquêté et écrit dans les journaux qui n’ont éveillé aucun intérêt particulier.

Mort d’un plombier

Shadi Omar Lofti Salim (41 ans), plombier prospère qui vivait à Beita dans le centre de la Cisjordanie, est parti de chez lui dans la soirée du 24 juillet en direction de la route principale où se situe la valve du réseau d’approvisionnement en eau du village, après la découverte d’un problème.

Il a garé sa voiture en bord de route et s’est dirigé vers cette valve, une clé anglaise rouge à la main. Il était 22 h 30. Tandis qu’il approchait de la valve, des soldats à proximité ont soudainement ouvert le feu et l’ont abattu. Ils ont plus tard affirmé qu’il courait vers eux en tenant une barre de métal. La seule barre de métal était la clé anglaise rouge laissée derrière lui au sol avec son paquet de cigarette et une tache de sang, déjà sèche lorsque qu’on est arrivé là-bas quelques jours après sa mort.

Une semaine plus tard dans ce même village, les soldats ont tué Imad Ali Dweikat (37 ans), ouvrier du bâtiment, père de quatre jeunes filles et d’un garçon de deux mois. C’était pendant la manifestation hebdomadaire du vendredi. Les habitants de Beita manifestent chaque semaine depuis deux mois environ contre l’établissement d’un avant-poste illégal sur les terres du village. Cette colonie, Givat Eviatar, a été construite officieusement, puis vidée de ses habitants par Israël, mais la quarantaine de structures érigées rapidement à cet endroit n’a pas été détruite. Cette terre n’a pas été rendue à ses propriétaires, qui ne sont pas autorisés à s’en approcher.

Depuis que Givat Eviatar a été lancée il y a plus de dix semaines, cinq manifestants palestiniens ont déjà été tués par des soldats. Aucun des cinq n’était suffisamment près pour mettre en danger la vie des soldats d’une quelconque manière, même si les manifestants jetaient des pierres et brûlaient des pneus pour protester contre l’accaparement de leur terre.

Les habitants sont déterminés à continuer à résister jusqu’à ce que leur terre leur soit rendue, et en attendant, le sang coule, semaine après semaine.

Abattu au hasard

Dweikat buvait un verre d’eau lorsqu’un sniper israélien l’a choisi, apparemment au hasard, et lui a tiré en plein cœur à plusieurs centaines de mètres de distance. La balle a explosé dans son corps, endommageant ses organes internes et Dweikat est mort sur place, du sang s’écoulant de sa bouche. Ali, son nouveau-né, est déjà orphelin.

Tous ces décès sont des exécutions. Il n’y a pas d’autre terme pour les décrire

Quelques semaines plus tôt, les soldats avaient tiré sur un adolescent, Muhammad Munir al-Tamimi, dans un autre village contestataire, Nabi Saleh, et l’avaient tué. Tamimi avait 17 ans et c’est la cinquième victime dans ce petit village ces dernières années. Tout le monde là-bas appartient à la famille Tamimi et, depuis des années maintenant, ils résistent au vol de leurs terres par les colonies environnantes.

Tous ces décès sont des exécutions. Il n’y a pas d’autre terme pour les décrire. Tirer sur des manifestants non armés, des adolescents, des enfants, un plombier, un ouvrier du bâtiment, des gens qui manifestent publiquement afin de récupérer leur propriété et leur liberté est un crime. Il y a très peu de régimes dans ce monde où des manifestants non armés se font abattre – excepté Israël, « seule démocratie du Moyen-Orient », où cela n’affecte pas la tranquillité d’esprit des gens.

Même les récriminations qu’on entend ici et là face à ces meurtres systématiques tiennent au fait que cela pourrait engendrer une détérioration de la situation en général. Sur la question de la légalité et en particulier de la moralité du meurtre d’innocents, personne ne pipe mot.

Israël est considéré comme une démocratie, enfant chéri du monde occidental avec des valeurs semblables. Quarante civils non armés tués ces deux derniers mois et demi, quatre tués rien que la dernière semaine de juillet, constituent un témoignage douloureux quoique muet du fait que, même s’il est toujours considéré comme une démocratie, Israël n’est pas jugé de la même manière que les autres pays.

Gideon Levy est un chroniqueur et membre du comité de rédaction du journal Haaretz. Il a rejoint Haaretz en 1982 et a passé quatre ans comme vice-rédacteur en chef du journal. Il a obtenu le prix Euro-Med Journalist en 2008, le prix Leipzig Freedom en 2001, le prix Israeli Journalists’ Union en 1997 et le prix de l’Association of Human Rights in Israel en 1996. Son dernier livre, The Punishment of Gaza, a été publié par Verso en 2010.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Gideon Levy

Gideon Levy is a Haaretz columnist and a member of the newspaper's editorial board. Levy joined Haaretz in 1982, and spent four years as the newspaper's deputy editor. He was the recipient of the Euro-Med Journalist Prize for 2008; the Leipzig Freedom Prize in 2001; the Israeli Journalists’ Union Prize in 1997; and The Association of Human Rights in Israel Award for 1996. His new book, The Punishment of Gaza, has just been published by Verso.

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 06:11

 

Qui peut croire un seul instant que les talibans allaient respecter leur parole, consignée dans l’accord secret conclu avec l’impérium nord-américain ? Les Nations Unies dénoncent la traque d’anciens fonctionnaires, de militants démocrates, des droits des femmes, de l’éducation et de la culture, de la liberté d’informer ou de la paix.

Seul le ministre des Affaires étrangères de notre pays ose parler d’un « gouvernement inclusif ». Belle fable !  Ce sont les envoyés de M. Trump, puis de M. Biden, qui ont fait le choix de négocier exclusivement avec les seigneurs de guerre, au détriment de toutes les autres forces politiques, associatives et religieuses afghanes.

Ce sont eux déjà qui, après avoir déversé sur le pays un déluge de fer et de feux, ont imposé une constitution à « l’américaine » et choisi le chef de l’exécutif afghan, lequel arrosait avec les dollars américains les députés qui n’avaient pour unique rôle que de l’adouber. Ces derniers et les potentats locaux détournaient l’argent public venu de l’étranger pour construire leurs belles villas dans les pays du Golfe, tandis que la rébellion talibane se nourrissait aux mêmes gamelles auxquelles s’ajoutait « l’impôt » sur l’opium.

En niant l’histoire et la géographie, toutes les spécificités de la vie afghane, les groupes et les réseaux de solidarité locaux et régionaux ainsi que les différents groupes religieux, les pays de l’OTAN ont sciemment ignoré les démocrates, les penseurs, les travailleurs, la jeunesse urbaine en quête d’émancipation, les femmes qui encore le 16 août dernier manifestaient pour réclamer le droit d’étudier, de travailler, de voter et d’être élues.

Ce comportement munichois laissera de profondes traces. Il montre, à quel point jamais la guerre n’est la solution, ni en Afghanistan, ni en Irak, ni en Lybie, ni en Syrie. L’Otan aura semé la mort et le désespoir dans toute la région au nom de l’exportation de la démocratie et des libertés qui n’a été que le paravent du combat contre les forces communistes, socialistes, syndicalistes et progressistes dans tout le Moyen Orient, en alliance avec l’hydre islamiste.

Mais dans un contexte nouveau de celui d’il y 20 ans, la capitulation de Kaboul constituera une onde de choc servant d’appui pour la déstabilisation de plusieurs États dans la région, du Pakistan à l’Inde et toute l’Asie centrale jusque certaines contrées chinoise. Peut-être est-ce une des espérances de l’administration américaine qui de surcroit veut intensifier la nouvelle guerre froide avec Pékin. Le pouvoir chinois ne l’acceptera pas et cherche des compromis avec les talibans  pour sa protection et pour l’exploitation des immenses richesses du sous-sol, en compétition féroce avec les multinationales occidentales. Ceci ne fera en définitive que renforcer les nouveaux maîtres de Kaboul.  

Ajoutons que la nouvelle donne en Afghanistan procure des ailes à d’autres mouvements islamistes dont ceux de la région du Sahel où la France est très impliquée.

L’intérêt de tous contre le djihad islamiste devrait conduire les pays de l’Union européenne à ne pas suivre l’impérium en difficulté mais à s’efforcer de promouvoir un dialogue de type nouveau, sans concession, entre toutes les nations concernées, y compris avec la Chine et la Russie, sans lesquelles rien ne saurait changer.

Notre combat solidaire pour un nouvel internationalisme poussant loin le progrès social, démocratique, le développement humain et écologique, dans le cadre de nations souveraines, doit reprendre des forces.

Cette solidarité doit nous conduire à agir pour empêcher les expulsions de ressortissants afghans, à faire respecter les conventions de Genève sur le droit d’asile des citoyens afghans menacés. La coopération et des actions de soutien devraient être menées avec les mouvements démocratiques, de paix et de protection des femmes. La Fête de l’Humanité dans quelques semaines en sera l’un des lieux.

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 06:08

 

À deux mois de la COP 26, qui se tiendra à Glasgow, calculer rigoureusement le bilan carbone de la conversion de l’Europe à la voiture électrique impliquerait de prendre en compte celui de la construction des véhicules. Il a été totalement occulté par la Commission européenne dans sa proposition faite aux États membre de l’Union européenne d’interdire la vente de véhicules à moteur thermique à partir de 2035.

 

Depuis Bruxelles le 14 juillet, Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, demandait aux pays membres de l’UE d’interdire la vente des voitures neuves à moteur thermique dès 2035 au lieu de 2040. Cela afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Elle annonçait aussi une taxe carbone sur les carburants fossiles, histoire de ponctionner les ménages pour les pousser à acheter une voiture électrique. Voilà qui réduira encore le revenu disponible des salariés les plus modestes qui n’ont souvent pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture pour se rendre au travail.

Tel que présenté par la Commission, l’objectif de neutralité carbone en Europe est inatteignable du fait, notamment de la place prise par la route au détriment du rail que cette même Commission ne remet pas en cause. Dans le monde, la sidérurgie est responsable de 7,6 % des émissions de CO2. Or la pollution de cette industrie est précédée par celle de l’amont dans l’extraction des matières premières. Il faudra millions de tonnes de différents métaux pour produire les véhicules électriques équipés de grosses batteries. Une fois fabriquées, il faudra alimenter les véhicules en électricité dont une partie proviendra de la combustion du charbon et du gaz. Une autre partie proviendra de productions agricoles dédiées qui entreront en concurrence avec la production alimentaire, comme cela se pratique déjà.

Et le charbon allemand alimente l’Alsace en électricité

En France, le gouvernement garde l’objectif de réduire la production électrique de nos centrales nucléaires à 50 % de notre mix énergétique en 2035, contre 70 % aujourd’hui. Cela se traduira par un recours accru aux énergies fossiles, ou d’origine agricole, chaque fois que les éoliennes et les panneaux photovoltaïques verront leur production chuter faute de vent et de soleil. Avant la fermeture des deux tranches de la centrale nucléaire de Fessenheim, cette dernière vendait de l’électricité en Allemagne quand les éoliennes et les panneaux solaires d’outre Rhin manquaient de vent et de soleil. Depuis leur fermeture, les entreprises et les ménages de l’est de la France consomment de l’électricité provenant des centrales à charbon allemandes quand la production de l’éolien et du solaire baisse de ce côté-ci du Rhin. Ce n’est donc pas en réduisant la place du nucléaire que l’on réduira le bilan carbone de notre production électrique alors que la consommation d’électricité devra augmenter pour alimenter les véhicules électriques en nombre croissant tandis que la consommation du numérique continuera de croître également.

Une voiture électrique doit parcourir 40.000 kilomètres avant de moins polluer qu’une voiture à moteur thermique durant son cycle de vie. La France compte aujourd’hui quelque 40 millions de véhicules dont 32 millions de voitures particulières. Les remplacer par autant d’autres équipées d’un moteur électrique se traduira par une forte croissance des émissions annuelles de CO2 bien après 2035. Si, comme actuellement, 4 millions de véhicules à moteur thermique retirés du marché en Europe continuent d’être vendus en Afrique chaque année, ce commerce alimentera aussi le réchauffement de la planète.

Quel sera le prix de la voiture électrique dans 20 ans ?

Selon les cimentiers français, « une tonne de ciment produite chez nous ne devrait plus générer que 503 kilos de CO2 en 2030 contre 660 kilos en 2015 ». Mais on coulera toujours plus de ciment pour bâtir les nouvelles usines. On augmentera aussi l’utilisation du béton, du cuivre et des métaux issus des « terres rares » pour construire puis sceller les éoliennes qui alimenteront en partie le parc de véhicules électriques avant comme après 2035. Il reste enfin à voir où, et à quel prix, on trouvera le fer, le cuivre, l‘étain et tous les autres matériaux pour électrifier un parc mondial d’environ 1,2 milliard de véhicules dans le but proclamé d’atteindre la neutralité carbone en 2050 ! Dans 20 ans, la voiture électrique sera peut-être hors de prix, suite au manque de matières premières résultant de cette conversion accélérée, laquelle sera aussi destructrice d’emplois en France via les délocalisations dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre.

Mais alors comment se fait-il que ces questions liées à la croissance exponentielle de l’utilisation du fer, du cuivre et de quantité d’autres métaux provenant des « terres rares » ne soient pas évoquées par la Commission, comme par nos principaux médias, dans le cadre de cette conversion à la voiture électrique ? Ce silence est surprenant alors que de nombreuses « start-up » tentent de se positionner dans la production des voitures électriques et que les grandes firmes se lancent aussi sur ce marché.

Vers des faillites et des suppressions d’emplois

Dans un dossier de deux pages consacré à ce sujet le 17 août dernier, le quotidien « Les Échos » évoquait « la voie des SPAC (spécial purpose acquisition company) » empruntée par ces « start-up » « pour lever des fonds » afin de produire des voitures électriques. Ce journal précisait qu’en « fusionnant avec des coquilles vides déjà cotées en Bourse, elles ont réussi à trouver les milliards de dollars nécessaires pour se lancer. Aucune de ces sociétés n’a toutefois encore livré le moindre véhicule (…) il faudra encore plusieurs années pour distinguer les gagnant des perdants (…) d’autant que les constructeurs traditionnels se sont réveillés ces derniers mois, suscitant à nouveau l’intérêt des marchés avec leurs ambitions dans la voiture électrique », lisait-on dans ce journal.

En France, au nom de la conversion rapide à la voiture électrique, ces grands groupes réduisent déjà les commandes de pièces chez leurs sous-traitants dans plusieurs régions du pays et les poussent au dépôt de bilan. Ce mouvement risque de s’accélérer dans les prochaines années. Guidée par la seule course aux profits, cette conversion accélérée à la voiture électrique se traduira par un bilan social et environnemental désastreux au bout du compte. Surtout qu’il n’est jamais question de réduire la circulation sur route au profit du rail en France, en Europe et dans le monde.

Se pose enfin la question du niveau de compétence de la Commission européenne pour bâtir un projet économique cohérent, qu’il s’agisse de la voiture électrique ou d’un sujet comme la réforme de la Politique agricole commune. Elle est composée d’un commissaire nommé par pays membre soit un total de 27. Mais, depuis des décennies, ce sont des milliers de lobbyistes présents à Bruxelles, payés par des multinationales et, de ce fait, potentiellement corrupteurs, qui fournissent à la Commission des projets en phase avec les intérêts privés que ces mêmes lobbyistes sont chargés de défendre.

La connivence est telle que certains commissaires deviennent eux-mêmes des lobbyistes à l’issue de leur passage à la Commission. Ce fut notamment le cas de José Manuel Barroso, ancien Premier ministre du Portugal, puis président de la Commission européenne entre 2004 et 2014 !

 

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 06:03

 

Dans un entretien à nos confrères du Monde, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Clément Beaune, dit tout de la stratégie du « président-candidat » dans la perspective des élections présidentielle et législatives. Homme d’expériences diverses, car passé du cabinet de Jean Marc Ayrault à celui de l’Elysée avant d’être nommé au gouvernement, il mérite d’être entendu.

Après avoir justifié la « verticalité » qui a présidé aux décisions sur le passe-sanitaire, les contre-réformes de l’assurance chômage et de la fonction publique, « le plan de relance » sans contreparties, la loi « climat » critiquée par les membres de la convention citoyenne pour ses graves insuffisances, il a confirmé la stratégie du président pour rester à L’Elysée : « Incarner le camp de la République, de la raison et de l’équilibre de la société ». Autrement dit, celui qui n’a obtenu que 18 % des inscrits lors de la dernière présidentielle serait le rassembleur après avoir connu le fiasco que l’on connait lors des dernières élections régionales. Le secrétaire d’Etat a aussi glorifié l’insupportable parole présidentielle sur le freinage « des flux migratoires » venant d’Afghanistan où règnent la terreur et la dictature. Enfin, il a confirmé : « En 2022, la présidentielle et les législatives vont se jouer sur un clivage entre ceux qui assument la complexité, la raison ; la science, une forme de modération verbale et ceux qui jouent des effets de la polémique et des divisions ». Guizot disait déjà, en son temps, que seuls pouvait participer ceux qui sont « éclairés par raison critique supérieure » ! La stratégie est bien d’incarner le programme économique et social, sécuritaire et de chasse aux réfugiés, de la droite, le tout présenté comme rempart à l’extrême droite !

Pourtant « le clivage » a bien été porté à plusieurs reprises par le président lui-même : celui qui existe entre ceux, « les premiers de cordée, » qui accumulent des fortunes et les premiers de corvée, « ceux qui ne sont rien » mais qui, pourtant, sont en première ligne. Tout est bon pour empêcher le débat fondamental sur l’antagonisme entre les détenteurs du capital et celles et ceux qui n’ont que leur travail manuel, intellectuel pour vivre et trop souvent…survivre. Si l’on veut bien écouter le secrétaire d’Etat, bon sens et pragmatisme s’opposeraient au chaos. Déporter ainsi le débat public, c’est vouloir diviser la société et associer les forces progressistes au camp de la déraison, à côtés de celles qui transpirent le racisme et la xénophobie. C’est la confirmation de la stratégie visant à faire de l’extrême droite la seule force opposante, celle susceptible d’être au second tour de l’élection présidentielle. Voilà pourquoi ministres et caméras ne valorisent, lors des manifestations du samedi, que le plus nauséabond, notamment l’infecte antisémitisme, les abominables destructions de centre de vaccination ou de pharmacies. Ceci permet de cacher les enjeux autour de la refondation de notre système de santé et les moyens à donner à l’hôpital public. Ajoutons qu’un simple soupçon sur un réfugié afghan aura été le prétexte pour occuper les radios et les télévisions dès le petit matin, mardi dernier, par des cadres de l’extrême-droite qui, une fois de plus, nous ont montré que leur poitrine de fer était dépourvue de cœur.

Si cette stratégie réussissait, l’homme qui, seul, décide de tout, aurait les mains libres, encore plus libres, pour, pendant cinq années supplémentaires, amplifier les destructions de conquis sociaux en mettant toujours plus l’Etat au services du capital, en déformant encore plus la République, en allant plus loin et plus vite dans les contre-réformes des retraites et vraisemblablement de la sécurité sociale. La voix de celles et ceux - et ils sont la majorité sociale – qui veulent reprendre « le contrôle de leur vie », celle qui appelle à plus de justice, de respect, de libertés, de solidarité, ne doit pas se laisser étouffer. Elle doit exprimer ses exigences de progrès social, démocratique et écologique. Par sa détermination et son rassemblement, cette majorité peut contribuer à ce que s’ouvrent des voies alternatives au capitalisme qui fait chaque jour, en tous domaines, la preuve de son inefficacité sociale, écologique et économique. C’est dire à quel point la riposte politique et idéologique est à l’ordre du jour !

 

 

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 06:01

À deux mois de la COP 26 qui se déroulera à Glasgow du 1 er au 12 novembre, l’évolution du climat fait reculer la souveraineté et la sécurité alimentaire des Français. Président national des Chambres d’agriculture, Sébastien Windsor y a consacré hier sa conférence de presse de rentrée.

Par Gérard Le Puill

Céréalier dans le département de Seine-Maritime, Sébastien Windsor fait partie de ceux qui, dans les parties ouest et nord du pays, n’ont pas encore terminé les moissons en cet été 2021. Avec la multiplication des jours de pluie depuis le mois de juillet, on a souvent moissonné entre deux averses. Cela a provoqué de multiples retards, dont certains provenaient de l’embourbement des moissonneuses-batteuses quand elles entraient des champs au sol détrempé.

Du coup, la qualité moyenne des grains est nettement moins bonne que les années précédentes, ce qui provoque des déclassements et des baisses de prix de 30€ par tonne voire plus, notamment pour cause de poids spécifique trop faible. Certes, du fait d’un risque de pénurie mondiale, le prix du blé, du maïs, de l’orge et de graines oléagineuses et protéagineuses comme le colza et le soja sont nettement plus élevés ces dernières semaines que les années précédentes. Rendue au port de Rouen, la tonne de blé tendre de bonne qualité tutoie désormais les 250€ et le maïs est à 290€, bien que destiné à la nourriture du bétail pour l’essentiel. Mais entre 2017 et 2020, le prix du blé fut souvent intérieur à 180€ la tonne, voire entre 160 et 150€ entre juillet 2017 et juin 2018. À ce prix, les coûts de production ne sont pas couverts, sans même parler de la rémunération des producteurs.

Possible hausse du prix de la baguette

Ce rappel est nécessaire pour comprendre que la situation des producteurs est plus compliquée que ne le laissent supposer les sujets traités hier par plusieurs journaux télévisés sur une possible hausse du prix de la baguette de pain dans les prochaines semaines. Sur le marché mondialisé des céréales, il suffit que l’offre globale des pays exportateurs dépasse de quelques points la demande des pays importateurs pour que les prix restent durablement orientés à la baisse. Inversement, dès qu’un risque de pénurie apparaît, les prix se mettent à flamber en raison des prises de position spéculatives dans les salles de marché en vue de ventes physiques ultérieures.

Cela pourrait s’intensifier encore cet automne suite à la diminution des récoltes dans de grands pays exportateurs comme le Canada, les États Unis, la Russie, la France et quelques autres. En attendant, comme ils achètent des aliments du bétail à base de céréales de tourteaux de soja et de colza, il est probable que nos producteurs de lait, d’œufs, de viandes de porcs et de volailles seront les premières victimes de cette spéculation mondiale sur les céréales. Car en dépit du vote de la loi EGAlim en 2018, la hausse des coûts de production que subissent les paysans n’est toujours pas intégrée dans les prix de vente de leurs produits, contrairement à la promesse faite par président Macron à Rungis le 11 octobre 2017.

Gelées, mildiou et grêle sur les vignobles

Il est déjà acquis que 2021 sera, de bout en bout, une année compliquée pour l’immense majorité des paysans. Hier, le président des Chambres d’agriculture a tenu à montrer à quel point les multiples conséquences du changement climatique compliquaient la vie dans les exploitations agricoles cette année. Il y eut d’abord les gelées du mois d’avril, qui, dans certaines régions, ont détruit 80 % de la production de cerises, entre 50 et 60 % de la production d’abricot et de poires et plus de 20 % des pommes dès la floraison.

Alors que la date des vendanges approche dans plusieurs régions, le ministère de l’Agriculture prévoit déjà que la récolte de 2021 sera inférieure de 24 à 30 % à celle de l’an dernier. Dans les vignes aussi, les gelées du printemps ont sensiblement réduit le nombre de grappes par cep et certaines régions comme la Champagne, l’Alsace, le Jura et la Bourgogne ont subi la double peine quand les dégâts causés par le mildiou sont encore venus amoindrir les perspectives de rendements. Dans le Var et le Vaucluse, quelque 1.200 hectares de vignobles ont été partiellement impactés par les incendies de la semaine dernière tandis que les orages de grêle d’hier dans la même région sont venus aggraver la situation.

Les effets pervers des accords de libre-échange

Pour toutes ces raisons et du fait que les Chambres d’agriculture sont aussi des organismes de conseil, la conférence de presse d’hier était surtout centrée sur la nécessité de protéger les paysans face à la multiplication des aléas climatiques. Cette année 2021 montre aussi que peu de paysans sont - du fait des faibles prix auxquels ils vendent leurs produits en capacité de financer une assurance permettant de compenser partiellement les pertes de récoltes imputables à des phénomènes climatiques comme les gelées tardives, les orages de grêle, les inondations, les sécheresses.

Le président des chambres a plaidé hier pour des aides plus conséquences du gouvernement. Il souhaite aussi des résultats concrets à l’issue du « Grenelle de l’eau » mis en place cette année par le ministre de l’Agriculture. Il a enfin évoqué la nécessité d’une diversification croissante des assolements qui se traduira par davantage de productions de protéines végétales en France et en Europe afin de moins dépendre du soja produit en Amérique du nord comme du sud.

Hélas, rien n’indique que le texte de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) qui sera appliquée entre 2023 et 2027 favorisera une telle orientation. Elle sera difficile à mettre en œuvre avec autant de déclinaisons nationales possibles dans les 27 pays membres de l’Union européenne. Surtout que ces pays membres continuent de mandater la Commission pour négocier des accords de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle Zélande après ceux qu’elle a signés avec le Canada et les pays du Mercosur sur fond de dumping social, fiscal et environnemental.

Mais cette question n’a guère été évoquée lors de la conférence de presse de rentrée du président de Chambres d’agriculture qui se voulait consensuelle et ouverte au dialogue.

 

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27 août 2021 5 27 /08 /août /2021 07:52

 

« Surprenant petit bonhomme », personnage hors du commun, symbole de la lutte pour la justice, le Paraguayen dont le journaliste et écrivain Pablo Daniel Magee retrace l’histoire dans un livre passionnant s’appelle Martín Almada. Inconnu du grand public, celui-ci a pourtant reçu en 2002 le prix Nobel alternatif de la paix pour avoir mis à jour, preuves à l’appui, après en avoir lui-même été victime, l’une des entreprises criminelles les plus abjectes de l’histoire de l’Amérique latine : le plan Condor.

1964 : l’armée brésilienne renverse le président João Goulart. Le « golpe » marque le coup d’envoi de la période mortifère qui va affecter la Bolivie (1971), le Chili, l’Uruguay et le Pérou (1973), l’Argentine (1976) et le Paraguay (depuis 1954 sous la botte de l’« Honorablissime commandant en chef des Forces armées de la Nation » et Président de la République Alfredo Stroessner). Celui que, venu en 1958 inaugurer les installations de la CIA dans l’ambassade des Etats-Unis à Asunción, le vice-président étatsunien Richard Nixon a surnommé « Our man in Paraguay ».

 

 

Depuis 1959, la Révolution cubaine a placé l’île et, dans chaque pays, l’ « ennemi interne », au centre des préoccupations. La longue tradition de coopération souterraine entre les polices et les armées d’Amérique du sud est systématisée le 26 novembre 1975 lorsque, directement placé sous l’autorité du général Augusto Pinochet, le colonel Manuel Contreras, patron de la Direction du renseignement national (DINA), reçoit secrètement ses « collègues » à Santiago du Chili. Ainsi naît l’Opération Condor. Un système clandestin de coordination des différents services de sécurité. Chaque pays membre – Chili, Argentine, Uruguay, Paraguay, Brésil, Bolivie – espionne ses opposants, les neutralise, mais autorise aussi les « services » des autres nations à intervenir sur son territoire pour enlever des exilés, les ramener dans leur pays d’origine, les interroger, les torturer ou les assassiner.

Membre du Parti Colorado (au pouvoir), Martín Almada n’a a priori rien à craindre d’une telle multinationale de la répression, dont, d’ailleurs, nul ne connaît l’existence. Il n’empêche que ce professeur, directeur à San Lorenzo du collège « Juan Bautista Alberdi », attire rapidement l’attention. Adepte de l’éducateur brésilien Paulo Freire et de sa « pédagogie des opprimés », président du Congrès national des enseignants paraguayens, ne flirterait-il pas avec les communistes – ces « monstres fous qui s’habillent tout en rouge » – s’interrogent les « pyragues » (« collabos ») ? Parti en Argentine pour étudier à l’Université nationale de La Plata, Almada en revient avec un doctorat en éducation après avoir soutenu une thèse intitulée « Paraguay : éducation et dépendance ». Du « radical », mais rien de vraiment subversif. Toutefois, l’important n’est pas ce que vous avez voulu dire, mais la manière dont cela est perçu.

Stroessner est alors au sommet de sa gloire. Il vient d’être réélu au terme d’une énième mascarade démocratique et rentre d’une tournée triomphale de l’autre côté de l’Atlantique. « Tout le monde l’a reçu, rapporte Magee, du général Franco au Pape, en passant par Georges Pompidou et le roi du Maroc. » Sise au carrefour de l’avenue Presidente Franco et de la rue Nuestra Señora de Asunción, la Direction nationale des questions techniques (dite « La Técnica ») tourne à plein régime. Il est rare que ceux qui y entrent en ressortent entiers ou vivants. Envoyé par la CIA, c’est le lieutenant-colonel américain Robert K. Thierry qui, dès 1956, y a formé les premiers militaires aux techniques de torture les plus avancées.


 Arrêté le 24 novembre 1974, livré à la rage des bourreaux que dirige Pastor Coronel, le chef redouté de la police politique, Almada y subit trente jours d’interrogatoires, de torture physique et psychologique, de supplice du «  tejurugudi » – fouet dont on pare les lanières d’embouts métalliques. Et le verdict tombe : « terroriste intellectuel ». Double peine, double tragédie : l’épouse du prisonnier, Celestina, 33 ans, est décédée d’un arrêt cardiaque dans les jours qui ont suivi l’arrestation. Après qu’elle ait reçu ses vêtements tachés de sang, un pervers appel téléphonique lui a annoncé la mort de son mari.


 La dictature transfère Almada au Camp de concentration d’Emboscada. Son directeur, le colonel Grau, a été surnommé « le Boucher de la mort ». Le « profesor subversivo » va y moisir pendant trois ans. C’est là que, pour la première fois, il entend parler d’un mystérieux plan Condor. Avant de mourir assassiné, un colonel emprisonné, Eduardo Corrales, ex-responsable des communications « secret-défense » du ministère de l’intérieur, lui dévoile le secret : « Vous êtes le premier détenu que je reconnaisse, en qui je puisse avoir confiance. Je dois vous raconter : je ne sortirai pas vivant d’ici, mais vous, vous avez peut-être une chance… Il faut que quelqu’un sache ce qui se passe. »

Libéré en 1977, Almada parvient à s’enfuir au Panamá avec sa mère et ses trois enfants. Ayant gagné la France et trouvé un poste à l’Unesco, il enquête, se procure et épluche les bulletins de la police paraguayenne, traque le Condor. En 1992, après quinze ans d’exil, il rentre enfin au Paraguay. Mené par le général Andrés Rodríguez, surnommé « général cocaïne », un coup d’Etat vient de renverser Stroessner, devenu encombrant. Dans la semi-démocratie qui vient d’être restaurée, Almada n’a de cesse de faire émerger les crimes des dictatures. De nombreuses plaintes contre l’Etat s’accumulent. Les forces de l’ordre rendent toute enquête impossible. Très cyniquement, elles font valoir une absence de preuves ou de quelconques archives appuyant les dénonciations. Jusqu’au 22 décembre 1992...

Ce jour-là, quelques complicités – dont celles de deux anciens agents des renseignements paraguayens – amènent Almada devant une bâtisse de béton qui héberge une annexe de la police politique, dans la banlieue d’Asunción. Jackpot ! La longue traque se termine. Quatre tonnes et demies, 700 000 feuillets, les « archives de la terreur » sont exhumées. Portant à bout de bras la plainte d’Almada, un juge courageux, Agustín Fernández, résiste aux pressions des autorités et prend la décision qu’aucun document ne devra rester secret.

Tout au long de ce récit que Magee rend haletant comme un roman d’espionnage, le lecteur croisera, parfois avec surprise, une cohorte de personnages et d’institutions. La ténébreuse Ecole des Amériques qui, à l’ombre de la bannière étoilée, a formé au Panamá des milliers de militaires répresseurs latinos. La Ligue anticommuniste mondiale, créée en 1949 par Tchang Kaï-chek. Bien entendu la CIA. Tout comme le FBI. Le bon « docteur » Henry Kissinger (s’il trouve « utile » le plan Condor, ce grand humaniste s’inquiète de ce que « ce type d’activité de contre-terrorisme » ne fasse « qu’exacerber plus encore la condamnation internationale des pays impliqués »)Le général de Gaulle, en visite en octobre 1964 au Paraguay. Des instructeurs militaires français, animant à Buenos Aires le premier cours interaméricain de guerre contre-révolutionnaire. Valéry Giscard d’Estaing et les échanges d’informations avec les services secrets argentins et chiliens de son ministre de la Défense Michel Poniatowski. Le général panaméen Omar Torijos luttant pour arracher « le canal » aux Etats-Unis. Le Pape François, Daniel Balavoine et même… Pierre Rabhi.

Le 20 décembre 2019, quarante-cinq ans après les faits, la justice paraguayenne a reconnu la détention et la torture de Martín Almada ainsi que l’assassinat de sa femme Celestina par les forces de la dictature, dans le cadre de l’opération Condor. On estime que, tous pays confondus, la terreur d’Etat a été, en Amérique du Sud, responsable d’au moins cinquante mille assassinats, plus de trente-cinq mille disparus, quatre cent mille emprisonnements arbitraires – sans parler des dizaines de milliers d’exilés, ni du cas de la Colombie où le massacre des opposants se déroulera (et se déroule toujours) dans le cadre d’une démocratie formelle.

Lointain passé ? « Le Condor vole toujours », ne cesse de rappeler Almada, 84 ans aujourd’hui, au vu des événements qui agitent Amérique latine. Il ne s’agit pas là d’une formule lancée à l’emporte-pièce. En effet, autant le récit de Magee fourmille de détails, autant il demeure très succinct sur un moment clé de l’épopée d’Almada : celui où, après son retour au Paraguay, quelques complicités souterraines lui ont permis de localiser les « archives de la terreur ». Interrogé par nos soins sur ce qui pourrait apparaître comme un oubli ou un relatif déficit d’informations, Magee explique : « Martín m’a expressément demandé de ne pas donner plus d’éléments sur cet aspect de l’histoire, pour le moment, afin de protéger des gens encore vivants. Il m’a donné un délai à respecter après sa propre mort. C’était notre “deal” dès le départ, le régime paraguayen demeurant particulièrement… vorace. » Victime en 2012 d’un coup d’Etat, l’ex-président de centre gauche Fernando Lugo pourrait effectivement en témoigner.

L’Histoire ne se répète jamais à l’identique. Les méthodes du Condor et le nombre effrayant de ses victimes n’ont depuis, et fort heureusement, pas été égalés (sauf en Colombie). Pourtant, comment ne pas évoquer quelques données préoccupantes ? Sous des formes certes moins brutales, les coups d’Etat se sont multipliés ces derniers temps – Haïti (1991 et 2004), Venezuela (2002), Honduras (2009), Paraguay (2012), Brésil (2016), Bolivie (2019). Sous l’égide de Washington, des systèmes d’alliance continuent à se liguer contre les gouvernements qui « dérangent », à l’image du Groupe de Lima (en voie de disparition) s’acharnant sur le Venezuela. Révélée en 2013 par Edward Snowden lorsqu’il mit en cause la National Security Agency (NSA) étatsunienne, la surveillance étroite de personnes et de personnalités a été confirmée par la récente découverte du logiciel Pegasus vendu à nombre de gouvernements et de « services » par la société israélienne NSO pour espionner les téléphones de dizaines de milliers de citoyens [1].

Sans que la « communauté internationale » et les supposées organisations de « défense des droits humains » ne s’en émeuvent, le président vénézuélien Nicolás Maduro vit en permanence sous la menace d’un assassinat (de même que les dirigeants chavistes Diosdado Cabello et Tareck El Aissami). En mettant leur tête à prix (15 millions de dollars pour le chef de l’Etat, 10 millions pour les deux autres), le gouvernement des Etats-Unis encourage implicitement et explicitement le passage à l’acte de toutes sortes de spadassins et d’aventuriers. Il n’en manque guère. En a témoigné, en 2020, l’Opération Gedeon, menée depuis la Colombie et destinée à « capturer / arrêter / éliminer Maduro », selon les termes d’un contrat de 212,9 millions de dollars signé entre le mercenaire américain Jordan Goudreau et Juan Guaido, président auto-proclamé adoubé et protégé par les Etats-Unis, le Canada, l’Union européenne et leurs satellites. L’opération a certes échoué [2]. Malgré l’ouverture de négociations, au Mexique, entre le pouvoir chaviste et ses oppositions (l’une à vocation démocratique, l’autre au caractère putschiste), l’offensive criminelle ne s’en poursuit pas moins [3].

En juillet 2021, Craig Faller, chef du Commandement sud de l’armée des Etats-Unis, et William J. Burns, patron de la CIA, se déplaçaient conjointement en Colombie et au Brésil. Tandis que Faller se donnait pour objectif de renforcer les relations « en matière de défense et de sécurité », Burns, à Bogotá, devait évoquer avec le président Iván Duque une « mission délicate » en matière de renseignement. Avec en mode subliminal, le mot « Venezuela » ?

En Bolivie, le coup d’Etat d’octobre 2019 contre Evo Morales a été préparé par le secrétaire général de l’organisation des Etats américains (OEA) Luis Almagro, appuyé et entériné par les Etats-Unis et l’Union européenne. Comme au bon vieux temps du « Condor », l’Argentine (de Mauricio Macri) et l’Equateur (de Lenín Moreno) ont livré en toute hâte de l’armement à la dictature de Janine Añez pour lui permettre de réprimer les manifestations. D’après le porte-parole du gouvernement bolivien Jorge Richter (8 août 2021), l’investigation s’élargit, de forts indices attirant les regards des enquêteurs en direction d’une participation à cette « internationale putschiste » du Brésil et du Chili.

On ne parlera pas là d’un retour du « Grand Condor ». Mais l’oiseau de proie, à l’évidence, est toujours disposé à faire des petits. D’ou l’intérêt de replonger dans la vie de Martín Almada grâce à l’impressionnant travail – sept années d’enquête, 200 heures d’entretiens avec des témoins d’époque, quelques 800 heures avec le protagoniste – de Pablo Daniel Magee.

 

Pablo Daniel Magee, Opération Condor. Un homme face à la terreur en Amérique latinepréface de Costa-Gavras, Saint-Simon, Paris, octobre 2020, 380 pages, 22 euros.

Maurice LEMOINE

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27 août 2021 5 27 /08 /août /2021 05:58

Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93. Il publie, chaque semaine, une chronique dans nos colonnes.

 

Le fameux Ségur de la santé promet une reprise d’un tiers de la dette des hôpitaux, soit 10 milliards sur 30, alors même que nous réclamons de longue date la reprise totale de la dette pour pouvoir libérer les hôpitaux de ce fardeau et restaurer leurs capacités d’investissement. Les services du ministère de la Santé viennent de publier l’état financier des établissements fin 2019, c’est-à-dire avant la crise du Covid. Il est noté un accroissement du déficit cumulé avec une situation particulièrement dégradée pour le plus grand hôpital de France, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Par ailleurs, la proportion d’établissements déficitaires est de 58 %. Le taux d’endettement diminue légèrement, mais reste à un niveau particulièrement élevé (51,4 %). Le plus grave est le recul de l’investissement qui chute à 3,9 % des produits bruts d’exploitation, alors qu’il était de 10 % en 2010. Cette situation inquiète même le président de la Fédération hospitalière de France, qui déclare que ce niveau est « insuffisant pour assurer à la fois le renouvellement des installations, les opérations de rénovation lourde et le financement de l’innovation technologique ». Concrètement, il faut composer avec des bâtiments qui se dégradent et des matériels vieillissants qu’il faut faire durer au-delà du raisonnable… au détriment de la prise en charge des patients !

Il suffit d’explorer les comptes pour découvrir les racines du problème : chaque année, les hôpitaux versent 1 milliard d’intérêts aux banques auxquels s’ajoute environ 1 milliard d’économie demandé chaque année sous prétexte « équilibrer les comptes de la Sécurité sociale ». Dans le même temps les banques françaises ont enregistré au 2e trimestre 2021 des bénéfices records, supérieurs à ceux d’avant la crise du Covid. Dans ces bénéfices, il y a notamment les intérêts versés par les hôpitaux. Il y a donc urgence à les libérer de leur dette, à subventionner leurs investissements et à leur proposer des prêts sur le long terme à taux zéro auprès des structures financières publiques sans passer par les banques commerciales.

 

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27 août 2021 5 27 /08 /août /2021 05:55

Dans l'imaginaire collectif, un résistant est un homme qui combat mais en Palestine, la résistance ne se réduit pas à cette image

 

« Exister, c'est résister » est un slogan qu'on retrouve sur beaucoup de murs en Palestine et en effet la résistance palestinienne commence en restant sur sa terre et Jérusalem-Est est aujourd'hui le visage de cette résistance non violente comme d'autres lieux avant elle (Bil 'in, les villages de la vallée du Jourdain, Hébron, Gaza...).

Depuis l'annexion en 1967 de Jérusalem-Est par Israël au mépris du droit international, l'objectif du gouvernement israélien est d'empêcher que Jérusalem-Est ne devienne la capitale de l'État de Palestine. Pour cela, le nouveau Premier ministre impulse une politique de colonisation très agressive dans la continuité de son prédécesseur.

Les habitants de quartiers entiers sont menacés d'expulsion. A Silwan, les maisons de 1000 personnes sont menacées de destruction ou d'expulsion. A Cheikh Jarrah, ce sont les 27 maisons de quelque 300 Palestiniens que le gouvernement veut expulser au profit de colons israéliens. Devant la mobilisation qui va au-delà de Jérusalem, la Cour suprême israélienne a reporté cette décision, cette menace plane toujours. Par ailleurs, toutes les manifestations pacifiques qui se sont déroulées dans ces quartiers ont été réprimées par l'armée israélienne dans une grande violence. Le député communiste israélien Ayman Odeh venu manifester son soutien à ces familles avait été brutalisé par des soldats en mai dernier. Des colons viennent, régulièrement, provoquer en agressant et en proférant des slogans racistes.

Ce que certains soutiens inconditionnels de la politique de l'État d'Israël ont qualifié d'« un désaccord foncier » est en fait la mise en œuvre de ce que, en 1967, les vainqueurs de la guerre des 6 Jours avait déclaré « Jérusalem, capitale éternelle et indivisible d'Israël et du peuple juif ». Cette décision sera de nombreuses fois condamnée par la communauté internationale (en 1967 par le Conseil de sécurité de l'ONU, en juin 1980 par le Conseil européen). Israël persiste et en juillet 1980, c'est la Knesset qui proclame Jérusalem « une et indivisible, capitale éternelle de l’État d'Israël ». En réaction, les quelques pays dont l'ambassade était installée à Jérusalem la transfèrent à Tel Aviv où se trouvaient déjà les représentations de la grande majorité des États. Il faudra attendre, en 2017, la provocation de Donald Trump pour que l'ambassade des États-Unis soit transférée à Jérusalem, d'autre pays suivront cet exemple au mépris des droits du peuple palestinien.

Les Palestiniens de Jérusalem-Est subissent une double peine puisqu'ils sont soumis à l'arbitraire de la politique israélienne et que leur séparation du reste de la Palestine par le mur de même que l'interdiction faite aux Palestiniens de Cisjordanie de se rendre à Jérusalem les isolent de leur gouvernement. Pendant la campagne électorale, prévue en juin 2021, Israël avait empêché des candidats de faire campagne, procédant même à des arrestations.

Le statut même de ces Palestiniens tend à imposer la judaïsation totale de la ville mais aussi soumet leur quotidien à l'arbitraire. Ils sont soumis au statut de "résidents" et peuvent donc être expulsés à tout moment. Ce statut est temporaire, ils doivent prouver que Jérusalem est leur « centre de vie » principal, ce qui notamment les empêche de faire des études à l'étranger, rend un mariage avec un Palestinien de Cisjordanie quasi impossible... Le but de cet acharnement quotidien est de débarrasser la ville de toute présence palestinienne, présence qui, au cours des siècles, a façonné Jérusalem.

Toute expression de l'identité palestinienne est interdite et beaucoup de militants sont arrêtés.

C'est d'ailleurs de Jérusalem que la révolte contre l'occupation et les agressions de colons a débuté en mai et a eu des répercutions dans toute la Palestine mais aussi en Israël où pour la première fois depuis octobre 2000 les Palestiniens d'Israël sont massivement descendus dans les rues, malgré les provocations menées par des milices juives racistes. Des mouvements de protestation des deux côtés de la « Ligne verte » ont eu lieu comme la grève générale du 18 mai.

En effet, même si la question de Jérusalem reste centrale, partout en Palestine, chaque jour, des Palestiniens se font assassiner, des bombardements sur Gaza ont lieu, les arrestations continuent alors que déjà 4750 prisonniers politiques sont détenus, la colonisation continue, la brutalité et la violence des colons continuent.

Le PCF entend briser le silence dont s'entoure le gouvernement français mais aussi l'Union européenne et contribuer à créer le rapport de forces indispensable pour qu'Israël se conforme enfin au droit international qu'il bafoue aujourd'hui avec arrogance, conforté dans la légitimité de sa politique par l'impunité dont il jouit.

Les députés communistes ont interpelé le ministre des Affaires étrangères et européennes sur la nécessité « d'imposer aux autorités d'occupation israéliennes le droit aux Palestiniens de vivre à Jérusalem Est dans le respect des conventions internationales ».

La France doit sans attendre reconnaître de l'État de Palestine et imposer des sanctions au gouvernement israélien.

Une pétition circule : https://www.change.org/p/occupation-continues-sheikh-jarrah-palestine

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