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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 06:25

 

 

Chute des effectifs, inégalités hommes-femmes, opacité à tous les étages… L’Humanité publie en exclusivité ce volet du rapport de l’Observatoire des multinationales, qui souligne la nécessité d’un contrôle démocratique des grandes entreprises.

C’est la partie immergée de l’iceberg, celle que les multinationales voudraient laisser sous la surface des flots. Lors de la présentation de leurs rapports annuels, elles communiquent volontiers sur leurs résultats financiers ou leurs engagements éthiques – désormais codifiés sous l’appellation fourre-tout de « responsabilité sociale et environnementale » (RSE). Pas sur l’étendue des destructions d’emplois ou le nombre d’accidents du travail. C’est pourtant cette réalité que s’attache à documenter l’Observatoire des multinationales, dans ce dernier chapitre de son rapport annuel.

1 Les dommages collatéraux de l’internationalisation

Plus de 4,8 millions de salariés travaillent, dans le monde, pour une entreprise du CAC 40. Ces chiffres de 2019 sont en hausse de 8 % par rapport à ceux de 2017. Pour autant, cette augmentation cache de grandes différences entre les groupes. Sur la première marche du podium, Teleperformance (331 065 salariés) et Carrefour (321 383 salariés) illustrent à eux seuls cette disparité. Car si le premier a vu ses effectifs monde augmenter en deux ans de plus de 128 %, le second affiche sur la même période, le record de destruction d’emplois (– 15 % d’effectifs). L’analyse plus fine de ces fluctuations amène en outre l’Observatoire des multinationales à conclure que « les fortes augmentations sur deux ans des effectifs sont souvent dues à des fusions plutôt qu’à de vraies créations de postes ». Et de citer : EssilorLuxottica, Safran-Zodiac ou encore Thales-Gemalto. En revanche, certains grands groupes sont « engagés dans une politique délibérée de réduction des effectifs comme Carrefour, Sanofi, la Société générale ou encore Orange ». Une liste qui fait tristement écho à l’actualité des plans de licenciement massifs annoncés ces dernières semaines dans les trois premières entreprises.

L’étude s’est également penchée sur la proportion des salariés du CAC 40 couverts par des accords collectifs et représentés par des élus du personnel. L’évolution de ce taux est révélatrice à plus d’un titre. D’abord parce que, globalement, il est à la baisse sur l’ensemble des 12 groupes qui publient leurs données, à la seule exception de STMicro en ce qui concerne la couverture de ses salariés par des accords collectifs, ainsi que de L’Oréal, Total et Bouygues sur le volet représentation des salariés. Chez Teleperformance, par exemple, seuls 20 % des salariés sont couverts par une convention collective. « On peut y voir un effet de la croissance de leurs effectifs dans des pays où les salariés sont moins bien protégés », analyse l’Observatoire. Preuve en est, le leader mondial des centres d’appels est sous le coup d’une plainte portée par le syndicat international UNI Global Union et trois organisations françaises (CGT, FO et CFDT) pour conditions de travail « choquantes et insalubres » dans 10 pays, dont la France, l’Albanie, la Grèce, la Colombie et les Philippines.

2 Une féminisation de façade

Depuis le débarquement d’Isabelle Kocher de la direction opérationnelle d’Engie, plus aucune femme ne dirige un groupe du CAC 40. Pourtant, « le CAC 40 communique beaucoup sur la cause féminine et l’égalité femmes-hommes ». Mais « si l’on regarde qui, concrètement, détient le pouvoir au sein des grands groupes, la réalité est encore éloignée de ces beaux discours », relève le rapport.

Certes, leurs conseils d’administration (CA) affichent, en moyenne, 43,4 % de femmes dans leurs effectifs. « Mais ce chiffre n’est atteint que parce que la loi les y oblige », temporise Sophie Binet, en charge de l’égalité femmes-hommes à la CGT. Promulguée en 2011, la loi dite Copé-Zimmermann impose en effet un quota minimal de 40 % de femmes dans les CA des grands groupes français. « On ne fait pas de l’égalité par le haut. Cette féminisation obligatoire ne doit pas cacher la réalité des temps partiels forcés et des inégalités salariales dont les femmes sont victimes », insiste la syndicaliste. Mais, à ce sujet, poursuit-elle « il est très difficile d’avoir des données fiables ». D’ailleurs, le rapport épingle la faible communication des grands groupes en la matière et rappelle que, s’il « existe depuis quelques années un index officiel de “l’égalité salariale”, il n’est pas toujours établi à l’échelle des groupes tout entiers (mais seulement de leurs filiales françaises). Surtout, il est structuré de telle sorte que les grandes firmes puissent facilement afficher des scores supérieurs à 80, voire à 90 sur 100 ». Pour certaines entreprises, ce « féminisme washing » tourne même parfois à l’argument commercial, « quand, comme L’Oréal par exemple, elles visent une clientèle féminine ».

Selon les chiffres de l’Observatoire des multinationales, si « en 2019, les femmes représentaient un peu plus de 38 % de l’effectif du CAC 40, 32,6 % de l’effectif cadre, elles n’étaient plus que 18,8 % dans les comités exécutifs ». En d’autres termes, le pouvoir de surveillance et de décision demeure à la main des hommes, à plus de 80 %. En outre, poursuit le rapport, « 5 groupes du CAC 40 n’ont encore aucune femme dans leur comité exécutif », dont Vivendi et EssilorLuxottica, qui « ont pourtant une majorité de femmes dans leur effectif global ».

3 Le trou noir des accidents du travail

Très prolixes en matière d’indicateurs financiers, les rapports annuels des entreprises sont beaucoup plus discrets quand il s’agit de santé au travail. L’Observatoire dévoile malgré tout les données existantes : « D’après les chiffres publiés, les activités du CAC 40 ont occasionné 55 décès accidentels au travail (ou sur le trajet pour s’y rendre) en 2019. Ce chiffre est particulièrement élevé chez ArcelorMittal (21 décès déclarés). Le groupe sidérurgique (1) est suivi par Saint-Gobain (5 décès déclarés), puis Total et Engie (4 décès chacun). Les chiffres manquent pour beaucoup de firmes de l’indice paris ien. »

Cette opacité peut s’expliquer tant par des soucis d’image de marque que par des impératifs financiers : plus le nombre d’accidents du travail augmente dans l’entreprise, plus son taux de cotisation à la branche AT/MP (accidents du travail/maladie professionnelle) de la Sécu augmente également.

L’Observatoire dévoile malgré tout des données concernant les taux de fréquence des accidents du travail (c’est-à-dire le nombre d’accidents avec arrêt par million d’heures travaillées) et leur taux de gravité (nombre de jours d’absence par millier d’heures travaillées). Sur les 13 entreprises répertoriées, Carrefour (1) se retrouve à la première place (avec un taux de fréquence de 22,75 et un taux de gravité de 0,7), suivi d’Hermès, Veolia et Teleperformance. Ces chiffres n’étonnent pas Frank Gaulin, délégué CGT Carrefour : « Les conditions de travail se sont considérablement dégradées dans le groupe depuis 2005, avec une réduction constante des effectifs. Dans la grande distribution, nous sommes confrontés à de multiples pathologies : syndrome du canal carpien (pour les caissières), nombreuses chutes et accidents avec les engins de manutention… »

(1) Les entreprises n’ont pas répondu à nos questions.

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 18:39
Suzanne Lanoy - Source: Lecteurs de L'Humanité - Antoine Porcu, Héroïques II Femmes en résistance, Le Geai Bleu, 2007

Suzanne Lanoy - Source: Lecteurs de L'Humanité - Antoine Porcu, Héroïques II Femmes en résistance, Le Geai Bleu, 2007

Portrait de résistante communiste:

11. Suzanne Lanoy, une enseignante en résistance

(100 ans d'engagements communistes)

Suzanne Lanoy, Suzanne Blin de son nom de jeune fille, naît à Bully-en-Gohelle le 8 juillet 1913.

Suzanne Blin était la fille d’un cheminot des mines, Paul Blin, et d’Hélène Demailly. Elève du cours complémentaire de Bully-les-Mines (Pas-de-Calais) de 1924 à 1929, elle fit de brillantes études à l’École normale d’institutrices d’Arras (Pas-de-Calais) où elle entra avec le numéro 1 en 1929. Admise en 4e année à l’ENI de Rennes (Ille-et-Vilaine), puis surveillante à l’ENI de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) où elle fut sanctionnée en 1935 (aucune trace ne figurait dans son dossier), elle fut reçue première au concours du professorat des écoles normales et des écoles normales supérieures en 1935. Institutrice stagiaire dans le Pas-de-Calais, à Fleurbaix puis au cours complémentaire d’Hesdin, elle exerça dans les ENI de La Roche-sur-Yon (Vendée) de 1935 à 1936 puis de Douai (Nord) de 1936 à 1940, date de la fermeture par le gouvernement de Vichy, des ENI considérées comme des foyers de laïcisme et de républicanisme. De 1940 à sa mort en 1944, elle enseigna à l’école primaire supérieure de Douai, rue Fortier. En mars 1940 à Douai, elle épousa René Lanoy un instituteur. Un garçon naquit en 1942.
En 1934, Suzanne Blin adhéra au Parti communiste et mit ses connaissances au service du mouvement ouvrier. De 1936 à 1939, elle donna des conférences à la Maison de la Culture à Lille, ainsi qu’aux militants ouvriers à Douai. En 1936, elle devint la secrétaire parlementaire du député-mineur de Douai, Henri Martel.

Dès l'automne 1940, un groupe d'instituteurs d'Arras décide de ne pas accepter la trahison et l'occupation allemande. Suzanne en fait partie, distribuant les journaux et tracts du Parti communiste, puis du Front National constitué en 1942. Elle appartient au Front National des instituteurs du Nord et du Pas-de-Calais. Leur publication prend le titre de "La Pensée libre". Suzanne est la rédactrice de ce journal destiné aux enseignants et aux intellectuels. À la fin de 1942, elle créa un nouveau journal du Front National : Vaincre.
La qualité du travail et les résultats obtenus firent désigner René Lanoy, en avril 1943, comme responsable départemental du Front National du Pas-de-Calais, responsabilité qu’il exerça jusqu’à la Libération sous le pseudonyme de « Gilbert ».

Après la répression des mineurs de charbon, une répression féroce s'abat sur le Nord et le Pas-de-Calais. Les arrestations se comptent par centaines. Le Front National du Pas-de-Calais est décapité. Tous ses membres sont arrêtés. La résistance se réorganise peu à peu. Au début de 1943, Suzanne Lanoy prend l'initiative de réunir à son domicile des professeurs et des instituteurs, tous illégaux. Suzanne qui a enseigné à l'Ecole normale d'instituteurs jusqu'à ce que Pétain décrète la fermeture de ces établissements se voit confier la responsabilité du groupe. Membre du PCF depuis 7 ans, elle a acquis un sens de l'organisation et du contact populaire. Elle exerce son métier de professeur au collège Marceline Desbordes-Valmore le jour. Les nuits sont en grande partie consacrées à l'action illégale. Avec René son mari, elle travaille à la réorganisation du Parti et des Comités de femmes. Ils reconstituent des comités du Front National dans le Douaisis et le Cambresis. Suzanne, fichée aux renseignements généraux, devient une cible prioritaire de la police. Elle est convoquée au commissariat une première fois, questionnée toute la journée, puis remise en liberté, faute d'éléments probants sur son travail illégale. Les Renseignements Généraux vont ensuite pister Suzanne avec la Gestapo. 

La police allemande eut vent de l’activité clandestine de René Lanoy ; elle perquisitionna à son domicile le 1er mars 1944 et découvrit un poste TSF et des documents ayant servi à la rédaction des journaux clandestins. Suzanne est arrêtée à son domicile à sept heures le matin, en l'absence de René. On trouve un poste de radio derrière un mur et des documents analysant la situation militaire dans le Nord et le Pas-de-Calais, ainsi que des sabotages effectués dans la région par les F.T.P.F.

Suzanne Blin-Lanoy fut conduite au siège de la police allemande, le Sichereitsdienst (service de sécurité SS), quai du Maréchal-Foch à Douai et y fut sauvagement torturée pendant cinq jours alors qu’elle était enceinte. Elle se suicida pour ne pas parler. Les SS menacent d'envoyer son enfant en Allemagne dans un orphelinat. La violence qui entoura son mort fut telle que les autorités allemandes tentèrent de le présenter aux membres de sa famille et aux responsables de l’administration française comme le fruit d’un suicide. A ses sœurs qui souhaitaient lui rendre visite le 7 mars 1944, les autorités allemandes font savoir qu’elle s’est pendue la veille. Les Allemands l’enterrèrent à la sauvette le lendemain au cimetière de Douai et laissèrent des agents sur place au cas où René Lanoy viendrait se recueillir sur la tombe. Quelques jours après, des résistants plantèrent une croix portant ces mots : « Suzanne Lanoy, héroïne de la résistance morte pour la France le 6 mars 1944 ». René Lanoy, prévenu, évita l’arrestation à son domicile. Peu de temps après, un commandant FTP abattit le tortionnaire de Suzanne Lanoy.
Un vibrant hommage lui fut rendu dans la Pensée française d’avril-mai 1944.
René Lanoy trouva la mort dans un accident de voiture à la mi-décembre 1944. Il allait être nommé préfet du Pas-de-Calais.

Source:

Antoine Porcu, Héroïques II Femmes en résistance, Le Geai Bleu, 2007

Odette Hardy-Hémery, Michel Rousseau (Maitron)

SOURCES : Arch. Nat., F17/23612 B. —RGASPI, Moscou, 495 270 8480.— Jean Estager, Ami, entends-tu. La résistance populaire dans le Nord-Pas-de-Calais, Messidor-Éditions sociales, 1986. — Catherine-Astol, Le genre de la Résistance, la Résistance féminine dans le Nord de la France, Sciences Po les Presses, Paris 2015.p317à 319. — Notes de Jacques Girault

lire aussi:

Portrait de résistante communiste - 10. Olga Bancic, héroïne de la résistance FTP-MOI parisienne (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste: 9. Renée Losq, une grande dame de la résistance nantaise (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - 8. Marie Louise Kergourlay Résistante de Guingamp à Paris (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - 7. Yvonne Abbas (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - 6. Hélène Le Chevalier, résistante costarmoricaine et militante du secours populaire clandestin (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - 5. Jacqueline Lautier dite Ginette (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste : 4 - Marie-Claude Vaillant-Couturier (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - 3 - Maï Politzer 1915-1943 (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste: 2 - Madeleine Braun, cofondatrice du Front National, première femme vice-présidente de l'Assemblée Nationale (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - France Bloch-Sérazin, Chimiste de la résistance armée, 1913-1943 (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste: 11. Suzanne Lanoy, une enseignante en résistance (100 ans d'engagements communistes)

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 14:53
Le 21 juillet 1945 (archives municipales de Morlaix) -Photo transmise par Anne Cousin

Le 21 juillet 1945 (archives municipales de Morlaix) -Photo transmise par Anne Cousin

Le 21 juillet 1945 (archives municipales de Morlaix)

Le 21 juillet 1945 (archives municipales de Morlaix)

Le 21 juillet 1945 (archives municipales de Morlaix)

Le 21 juillet 1945 (archives municipales de Morlaix)

Source:

Site des bibliothèques de la ville de Morlaix

http://bibliotheques.ville.morlaix.fr/154-de-gaulle-a-morlaix:

 

"À midi quinze, sous un soleil éclatant, alors que les cloches sonnent à toute volée, le général de Gaulle arrive à l’Hôtel de Ville, sous les applaudissements". L’article du Télégramme du 9 septembre 1960 relate la venue du chef de l’État dans la cité du viaduc la veille.

"Follement acclamé", le général de Gaulle descend de sa voiture rue d’Aiguillon, face au café "Le Celtique" où il est accueilli par le Dr Jean Le Duc, maire de Morlaix, résistant. Après avoir salué les personnalités et la foule, le président de la République monte à la tribune pour une brève allocution. Après un déjeuner "intime" dans la salle des mariages, le cortège reprend la route pour Lannion.

Pour ces quelques heures de présence "gaullienne", la ville s’est pavoisée aux couleurs françaises, les fenêtres bordant le passage du convoi présidentiel regorgent de spectateurs enthousiastes. Les pompiers ont même dû intervenir pour faire évacuer du toit d’une maison de la place des Otages de nombreuses personnes imprudentes qui s’y sont placées pour mieux voir. La place des Otages est noire de monde.

Ce n’est pas la première fois que le général de Gaulle honore de sa présence la ville de Morlaix. Les archives municipales conservent sous la cote 21 Fi 3 treize photographies illustrant la venue du président du gouvernement provisoire de la République française (G.P.R.F.) le 21 juillet 1945.

Dans le Télégramme du jeudi 19 juillet, le maire, Jules Hyppolite Masson, est convaincu que "toute la population veillera à ce que la cité ait, ce jour-là, une physionomie particulièrement avenante. Toutes et tous auront à cœur d’accueillir dans l’ordre et l’enthousiasme le grand Citoyen…". À l’hôtel de ville, les plaques du souvenir sont décorées et fleuries. Au premier étage, des parterres fleuris sont disposés "avec goût par les ouvriers de la ville". Sur la façade de la mairie, une grande croix de Lorraine est installée. À l’entrée de la ville, rue de Paris, M. Gouriou, architecte de la ville, fait dresser deux grandes colonnes qui "montreront au chef du G.P.R.F. combien la population morlaisienne est sensible à l’honneur qu’il lui fait de venir lui rendre visite".

Enfin le grand jour arrive. "Jamais Morlaix ne vit foule si dense et si enthousiaste". Dès 9h du matin, une population nombreuse parcourt les rues de la ville. Le cortège présidentiel arrive de Saint-Brieuc vers 11h45 et s’arrête place des Jacobins. Le Général descend de son auto pour se rendre à pied à la mairie où se trouvent réunis la Lyre morlaisienne – société musicale – et les délégations des sociétés patriotiques. Tandis que les cloches des églises résonnent, la sonnerie "Aux champs" et "La Marseillaise" retentissent. Une jeune fille, Mlle Normand, offre un bouquet de fleurs au Général. Le chef du gouvernement provisoire dépose ensuite une gerbe devant la plaque du souvenir. Une minute de silence est observée tandis que la Lyre exécute la sonnerie "Aux morts". Les autorités civiles, militaires et religieuses et notamment les 60 maires de l’arrondissement sont présentés au Général dans la salle des mariages. Du balcon M. Masson puis le général de Gaulle prononcent des discours.

À midi 30, le Général sort de l’Hôtel de Ville. Il passe devant la foule, fait le tour de la place Thiers et de la place Émile-Souvestre. Rue d’Aiguillon, il fait enlever la corde du barrage pour se mêler au public qui l’acclame. Un déjeuner rapide pour 90 couverts est servi à l’Hôtel de l’Europe par M. Pichon.

Le Général quitte Morlaix à 13h33 pour Brest "follement applaudi". "Ainsi prend fin une cérémonie qui marquera dans l’histoire de Morlaix". Une cérémonie rondement menée, et chronométrée, de moins de 2h…

 

 Archives municipales de Morlaix

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 12:02
La ville de Morlaix vue du ciel (photo Valérie Scattolin)

La ville de Morlaix vue du ciel (photo Valérie Scattolin)

Le prochain conseil municipal de Morlaix aura lieu le jeudi 12 novembre à 18h30 en viséo-conférence par mesure de précaution sanitaire. Ce conseil municipal intermédiaire sera moins dense que celui prévu en décembre. Le vote du budget n'interviendra que fin mars, avec un débat d'orientation budgétaire en février normalement, pour permettre de mettre en place un plan pluriannuel d'investissement et faire en sorte de bonifier les partenariats avec l’État, Morlaix Communauté, en tenant compte des soutiens à l'investissement dans notre projection budgétaire et nos arbitrages.

A l'ordre du jour:

- Achat de 5 000 masques en tissu et de 20 000 masques chirurgicaux de type IIR (0,16 centimes HT l'unité) dans un groupement de commandes avec Morlaix-Communauté

- Convention pour la mise à disposition des bâtiments communaux pour les associations

- Modifications marginales, liées au nouveau décret du 4 juin 2020, sur les frais de remboursement des frais de mission aux agents en déplacement dans le cadre de leur service ou de leur restauration (on passe au réel pour les frais de restauration)

- Modifications marginales sur le remboursement de frais aux élus dans le cadre de leurs fonctions et du droit à la formation (extension aux droits de garde d'enfants et d'assistance aux personnes âgées ou handicapées)

- Tableau des effectifs: Titularisation de 5 ATSEM, passage de 90% à 100% de temps de travail d'un agent du service économat, création de deux postes pour la plateforme culturelle du 9 rue de Paris, La Virgule: un poste de médiateur culturel, catégorie B ou C, un poste d'agent d'accueil, catégorie C

- Autorisation de recours au service civique pour la Mairie de Morlaix (demande d'agrément pour devenir organisme employeur)

- Plan de formation 2020 pour les agents

- Rétrocession par la société d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) Bretagne d'un terrain agricole à Ploujean

- Cession d'un immeuble d'habitation, hérité dans le cadre du legs de Madame Mariage, à Plougonven: 127 000€ (sans frais de notaire)

- Acquisition de terrain à Keranroux à Ploujean pour les travaux de sécurisation de l'école Notre-Dame-de-Ploujean dans le cadre des travaux d'aménagement du carrefour à l'entrée de Ploujean (intersection rue des Perdrix et de la rue de la Maison de paille)

- Acquisition d'une propriété 5 impasse de Kermahotou 

- Subventions pour le fonds d'intervention pour l'habitat

- Subventions pour le fonds de modernisation des enseignes et façades commerciales

M. Le Maire, Jean-Paul Vermot, fera aussi un point d'information sur les mesures prises dans le cadre du deuxième confinement face à la crise sanitaire: pour les agents de la ville de Morlaix, les écoles, le soutien au commerce, etc.

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 11:19
Baromètre IPSOS/Secours Populaire  - La pauvreté augmente là où la fortune des milliardaires a connu une hausse de 24% entre avril et juillet 2020

Baromètre IPSOS/Secours Populaire

Le baromètre IPOS/ Secours populaire publié le 30/09/2020 établit que les français estiment qu’une personne seule est pauvre quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 1228€. Il s’agit du seuil de pauvreté subjectif moyen qui est supérieur au SMIC mensuel 2020 (1219€) et au seuil de pauvreté officiel INSEE (1063€).

Ce même rapport indique que 64% des français les plus modestes se restreignent sur la qualité de leur alimentation pour des raisons financières.

81% des français estiment que leurs enfants ont plus de risques de connaître la pauvreté et la peur de basculer soi-même dans la pauvreté est en hausse de 3 points sur un an.

La crise sanitaire entraîne une perte de revenus importante dans 16% des cas.

57% des français ne sont pas partis en vacances l’été 2020 pour raisons financières.

44% des parents estiment que leurs enfants accusent un retard scolaire important et sera d’autant plus difficile à rattraper que la situation sociale est délicate.

Pendant les deux premiers mois de confinement 1270 000 personnes ont sollicité l’aide du Secours Populaires. 45% de ces personnes étaient inconnues du Secours Populaire jusque-là.

Tout le monde ne vit pas la crise de cette façon tragique :

En 2017 le monde comptait 2158 milliardaires en dollars, en 2020 ils sont 31 de plus pour atteindre 2189. La fortune de ces milliardaires a connu une hausse de leur richesse de 24% entre avril et juillet 2020 pour constituer un total de 10200 milliards de dollars.

Les 25 plus riches ont vu leur richesse augmenter de 255 milliards de dollars entre mi-mars et fin mai 2020.

Le contraste est saisissant : ceux qui sont déjà riches s’enrichissent quand les pauvres s’appauvrissent. Les entreprises licencient à tour de bras pendant que les actionnaires continueront de percevoir leurs dividendes auprès de nombreuses sociétés, démontant ainsi que la financiarisation de l’économie phagocyte l’économie réelle au profit de quelques-uns.

Comment, dans ce contexte, comprendre et accepter que le gouvernement continue de verser des aides diverses et variées à des entreprises sans exiger la moindre contrepartie en terme d’emplois, de formation ou d’investissement ?

Sans une inflexion radicale de ces politiques, ceux qui vont payer la facture de la crise sanitaire sont ceux qui n’en peuvent déjà plus, les premiers de corvée. Vont-ils se laisser faire ? les ingrédients d’une explosion sociale sont déjà réunis.

Ronan Tanguy, trésorier de la fédération du Finistère du Parti communiste - Section PCF du Relecq-Kerhuon, 9 novembre 2020 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 10:59

Le conseil de communauté du lundi 9 novembre 2020 a eu lieu pour la première fois en viséo-conférence en raison du contexte sanitaire. C'était un contexte de communauté dense et important qui a duré 3h20.

Il a examiné un certain de nombre de rapports:

- sur le prix et la qualité du service Collecte et valorisation des déchets

- Sotraval (traitement des déchets ordures ménagères et emballages ménagers)

- Eau et assainissement, rapports annuels 2019 des délégataires

Taux de rendement de 75% très faible pour notre réseau eau.

"Le bilan du service eau et assainissement a été tiré lors du conseil communautaire de Morlaix communauté (Finistère), lundi 9 novembre 2020. Le taux de rendement est de 75 %, ce qui est très faible.

« On perd un million de m³ d’eau par an », constate Guy Pennec. Le vice-président chargé de l’eau à Morlaix communauté tire le bilan du service, ce lundi 9 novembre 2020, au conseil communautaire de Morlaix communauté (Finistère). Il n’est guère brillant. « Nous avons un taux de rendement de 75 %. C’est très faible », poursuit l’élu.

En cause ? Un réseau plutôt vieillissant, qu’il faut impérativement refaire. « Les tuyaux PVC ont fait nos années pendant longtemps. Sauf qu’aujourd’hui, la réglementation nous rattrape. » Un sujet brûlant, alors que la ressource n’est pas insatiable.

Une qualité satisfaisante

L’objectif, à terme ? Obtenir un taux de « 1,2 % de renouvellement, ce qui nous amènerait à 120 ans de renouvellement sur le réseau ». En revanche, un point positif a été soulevé : cela concerne la qualité. Les analyses bio sont satisfaisantes à 80 % sur l’ensemble du réseau". (Ouest-France)

- le rapport sur l'assainissement individuel et collectif du SPANC - année 2019

- le bilan 2019 des Aides économiques: Total de 275 563€ en 2019

 Aide à l'immobilier d'entreprises: 189 089€ dont 109 080€ pou Viséo SA (installation rue du Poulfanc à Morlaix à la place du bâtiment Orange

Passe commerce artisanat: 19 bénéficiaires, dont 8 à Morlaix, pour un total de 119 822€

Aide aux associations: 17 900€

Projet labellisé par les pôles de compétitivité: 10 760€ pour Hémarina (HemDental Care)

- Rapport d'activité 2019 pour la délégation de service public pour l'exploitation du réseau de transports collectifs, rapport présenté, avec les enjeux du transport en commun et de la mobilité, par Roger Héré, vice-président transport et mobilités, premier adjoint à Plouigneau:

Les données de l'activité:  près de 1 623 064 km réalisés en 2019, avec 69% des kms effectués sur le réseau péri-urbain (lignes régulières et Morlaix), 31% sur le réseau urbain

Progression de 15% du nombre de voyages par rapport à 2018

9,80 % des voyages réalisés avec des titres oblitérables

2586 voyages réalisés pour le service Flexo PMR (légère baisse p/t à 2018) 

Fréquentation des lignes de transport à la demande + 20% entre 2018 et 2019

Données économiques et financières:

Charges commerciales de 5,675 092€

Charges de personnel 21,66% des charges totales

Charges de sous-traitance (transport scolaire, etc): 49% des charges totales

Charges externes (assurance, charges de personnel intérimaire, personnel mis à disposition, publicités, etc): 597 004€

Charges liés au groupe Kéolis: 217 814€

Charges fiscales; 104 235€

Kéolis fait apparaître un résultat d'exploitation de la DSP positif de 295 000€ avant imppôt.

Pour ce qui est des recettes, les recettes liées aux ventes de titre représentent 710 205€ (la part du ticket unitaire représente 23,42€ des recettes totales, soit 164 193€, 390 259€ pour les abonnements scolaires) tandis que la participation de Morlaix Communauté au déficit structurel d'exploitation du réseau de transports est de 4,871 000€. 

La recette vente de titre moyenne par voyage est de 0,26€

Et le taux de couverture des produits (recette usagers + autres recettes) sur les charges d'exploitation est de 15,2%

Au regard de l'exonération de Versement Transport pour les entreprises impactées par le Covid, Morlaix Communauté rajoute en 2020 294 854€ au budget transport en compensation de ces pertes de versement transport.  Premièrement : la taxe prélevée aux entreprises de plus de onze salariés – le montant correspond à 1 % de sa masse salariale – Versement Mobilités. Cette dernière n’a pu être reversée en mars-avril 2020, date du premier confinement, car la plupart de ces entreprises n’avaient plus d’activités et étaient fermées. « Cela représente 294 854 €. Une subvention exceptionnelle a été ajoutée en fonctionnement dans le budget transport », rappelle François Girotto. (Ouest-France)

- Rapport d'activité de la concession de la CCI sur le Port de Morlaix: un résultat déficitaire établi à 58 933€ en 2019 ( déficit de 43 765€ en 2018)

- Bilan de réalisation du Programme local de l'habitat pour 2019

 

***

Des décisions importantes ont été prises lors de ce conseil communautaire du 9 novembre:

- Présenté par la Vice-Présidente Personnels de Morlaix-Communauté Catherine Tréanton, le versement d'une prime COVID pour les personnels qui ont été mobilisés sur le terrain pendant le 1er confinement afin de reconnaître la prise de risque de ces agents: 35€ par jour travaillé; Ou 15€/jour pour les agents venus sur leur lieu de travail à la demande de la collectivité pendant le 1er confinement (travail de bureau). Coûts estimatifs pour Morlaix-Communauté: 35 200€ et 37 500€, soit un total estimatif de 72 700€ pour le versement de ces primes pour le travail en mars et avril 2020 pendant le premier confinement. 

- Plan de financement prévisionnel de 1, 099 million d'euros HT pour l'Espace Jeunes Entreprises (espace de coworking, bureaux individuels et collectifs, sur 900 m2 rue du Poulfanc dans le quartier de la gare à Morlaix dans l'ancien bâtiment Orange aujourd'hui partagé par le groupe d'économie numérique Viséo)

- Une demande de financement de 667 596€ de l'Etat dans le cadre de la DSIL, 200 000€ pour la Région, 216 846€ pour Morlaix-Communauté pour aménager en complément du projet SE/cW et du Centre de culture Scientifique, technique et industriel (dit Espace des Sciences) pour le jardin de la manufacture, l'aménagement de la Galerie du Leon à la Manufacture, la cour des Magasins et la Cour des Jardins.

- Simplification de la procédure d'attribution des marchés publics pour gagner du temps sur les attributions de chantiers et pouvoir faire travailler plus vite les entreprises

- Création de poste de Direction Général Adjoint ressources (il y avait déjà un poste de DGA, mais vacant) pour piloter les activités Ressource (Finances, Ressources Humaines, Commande Publique, Systèmes d'information et usages numériques, Travaux et Patrimoine immobilier)

- Baisse des revenus de l'espace aquatique de Morlaix (sur Saint Fiacre Plourin-les-Morlaix). Comblement du déficit par Morlaix Communauté en décision budgétaire modificative. Les revenus générés par l’Espace aquatique du pays de Morlaix. Le premier confinement lui a fait perdre une exploitation importante. « Une subvention exceptionnelle de 200 000 € sera versée. »

- Entrée au capital d'une société coopérative de production de masques à Guingamp, Scic "La Coop des Masques" pour 5000€

- Signature de la Convention avec le Département du Finistère pour le développement des clauses d'insertion dans les Marchés Publics

- Soutien à la prolongation de l'expérimentation Territoire Zéro chômage de longue durée à Saint-Thégonnec-Loc-Eguiner avec une volonté affirmée par Guy Pennec et Jean-Paul Vermot d'étendre cette expérimentation pour laquelle Saint-Thégonnec-Loc Eguiner joue un rôle de fer de lance dans la région à l'ensemble du territoire de Morlaix Communauté. 

- Subventions complémentaires au centre social Ti an Oll (coordination actions pour l'accès aux enfants porteurs de handicap à des loisirs éducatifs) pour 3500€ et à l'ULAMIR pour 2500€.

Au sujet de cette délibération Cohésion Sociale, je suis intervenu (2h02- 2h08) du conseil communautaire pour plaider pour une reconduction de l'aide délivrée en 2019 (6300€) aux Utopistes en action pour la maison d'accueil de l'Ecole Alternative des Monts d'Arrée, aide qui n'avait toujours pas été versée en 2020 et qui permet de financer le loyer de cette maison pour des jeunes migrants au Cloître Saint Thégonnec et ses charges fixes (électricité - chauffage). Une viséo-conférence avait lieu le lendemain avec les Utopistes en action qui  permis d'avoir des échanges encourageants.

Jean-Paul Vermot, le président de Morlaix-Communauté a aussi annoncé en fin de conseil un soutien complémentaire de 300 000€ au commerce local sous forme de chèques d'achat bonifiés pour doper la consommation locale au sortir du confinement, pour un effet levier d'environ 900 000€ (avec aide départementale et régionale) pour favoriser la consommation dans les commerces locaux. Sachant que Morlaix-Communauté accompagne aussi les commerçants pour le click en collect, la prise en charge des outils numériques. 

Ismaël Dupont, 11 novembre 2020

 

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 09:22
Conseil de Morlaix communauté du 9 novembre 2020 - Articles de Ouest-France

Ouest-France

Morlaix communauté. La crise sanitaire pèse sur les finances de la collectivité

Publié le 10/11/2020 - Gaëlle COLIN

L’ombre de la crise sanitaire et du premier confinement du printemps commence à dessiner le prix à payer pour Morlaix communauté (Finistère). Le Covid-19 a plané sur le conseil communautaire de lundi 9 novembre 2020, qui se déroulait en visioconférence.

« Douze budgets sont impactés », annonce d’emblée François Girotto, vice-président en charge des finances à Morlaix communauté (Finistère), lors de la présentation du conseil qui s’est tenu lundi 9 novembre 2020. L’ombre du Covid-19 a plané sur les décisions votées, tout comme elle fait la Une de l’actualité. Prime covid, coup de pouce aux entreprises, avenant, coopérative… Décryptage sur ces sommes spécifiquement allouées.

Quels sont les manques à gagner à cause de la crise ?

Premièrement : la taxe prélevée aux entreprises de plus de onze salariés – le montant correspond à 1 % de sa masse salariale – Versement Mobilités. Cette dernière n’a pu être reversée en mars-avril 2020, date du premier confinement, car la plupart de ces entreprises n’avaient plus d’activités et étaient fermées. « Cela représente 294 854 €. Une subvention exceptionnelle a été ajoutée en fonctionnement dans le budget transport », rappelle François Girotto.

Deuxièmement : les revenus générés par l’Espace aquatique du pays de Morlaix. Le premier confinement lui a fait perdre une exploitation importante. « Une subvention exceptionnelle de 200 000 € sera versée. »

Est-ce que cela va changer pour ce deuxième confinement ?

« Pendant la période que nous vivons, les entreprises que nous taxons travaillent quasiment toutes. Nous devrons perdre moins de recettes pour novembre », explique François Girotto.

Quel impact sur le budget de fonctionnement de Morlaix communauté ?

Aux sommes citées ci-dessous, il faut en rajouter d’autres, comme 16 000 € pour l’approvisionnement en masques et gel hydroalcoolique. Ou encore le report de loyers comme celui du Centre multiservice de Morlaix. En tout, 800 000 € de dépenses supplémentaires de fonctionnement ont été comptés. Un effort spécifique à la crise sanitaire de ce printemps.

Comment Morlaix communauté va-t-elle financer cela ?

Morlaix communauté a prévu d’éponger grâce à une enveloppe de dépenses imprévues, dans son budget de fonctionnement. Elle s’élève à 500 000 €.

Et pour les investissements ?

L’impact est chiffré à 400 000 €, mais ne concerne pas que le sujet Covid-19. « Il s’agit de régularisation d’opérations d’ordre non-budgétaire », explique François Girotto. Parmi cela, on note que Morlaix communauté investit 5 000 € pour entrer au capital de la coopérative installée dans la région de Guingamp (Côtes-d’Armor), qui va fabriquer des masques de protection.

« La crise sanitaire a mis en évidence une absence de sécurisation des approvisionnements en masques au plus fort de la pandémie », rapporte Solange Creignou, vice-présidente chargée du développement économique. Le lancement de la production locale est prévu pour début 2021. Morlaix communauté rejoint ainsi la Région, le Département des Côtes-d’Armor et l’agglomération Guingamp-Paimpol au capital de cette coopérative.

Quels autres gestes fait la collectivité ?

Une remise sur la redevance spéciale ordures ménagères de 30 % sur les trois mois et demi du confinement printanier va être observée pour les usagers professionnels. « Cela revient à 35 550 € », ajoute François Hamon, vice-président chargé de la collecte et valorisation des déchets.

Un autre geste est fait en faveur des secteurs des bâtiments et travaux publics. « Nous avons voté une simplification temporaire de la procédure d’attribution et de signature des marchés publics de la collectivité. Cela permet de réduire le délai de notification et faire en sorte que les entreprises aient accès plus rapidement à leur trésorerie », détaille François Girotto.

Enfin, une prime Covid est versée aux agents de la collecte des déchets, du service de l’eau ou chargés des gens du voyage, mobilisés pendant la crise. Cette aide va de 35 € par jour travaillé sur le terrain, où la prise de risque était plus grande, à 15 € par jour pour le télétravail. Au maximum, cette prime s’élève à 770 € pour un agent. 37 500 € sont mobilisés pour cette prime spécifique.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-communaute-la-crise-sanitaire-pese-sur-les-finances-de-la-collectivite-7046946

Ouest-France

Morlaix communauté. Une étude des risques de submersion marine et d’érosion littorale

Publié le

Morlaix communauté (Finistère) a récupéré la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations. Elle prépare une étude pour connaître les différents enjeux de son secteur.

Morlaix communauté gère les milieux aquatiques et la prévention des inondations. Un vaste chantier pour l’intercommunalité, qui dispose d’un trait de côte constitué de falaises meubles, comme du secteur allant de Plougasnou à Locquirec (Finistère). « Les secteurs en érosion sont nombreux », prévient Guy Pennec, vice-président chargé de l’eau, lundi 9 novembre 2020, au cours du conseil communautaire.

De nombreux enjeux sont là : habitations, activités économiques, qu’il faut protéger. Car le trait de côte recule toujours un peu plus chaque année. « Il n’est pas impossible de voir un jour l’île Callot, à Carantec, coupée en deux. »

Quel endiguement choisir ?

Aucune digue classée n’a été répertoriée sur le territoire. Morlaix communauté n’est donc pas obligée de mettre en place ce système de protection de la mer. Il faut qu’elle évalue les niveaux de risques et leurs conséquences. Une étude va pour cela être diligentée. « Une attention particulière sera portée aux activités ostréicoles, exposées à l’érosion des berges en milieu estuarien, ainsi qu’à la dégradation des murs et ouvrages de protection. » Une attention particulière sera faite du côté des ports de pêche et de plaisance, enjeux économiques.

Le coût de cette étude ? 97 350 €. Des aides du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche et de la Région peuvent être mobilisées pour 71 880 €.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-communaute-une-etude-des-risques-de-submersion-marine-et-d-erosion-littorale-7046995

Dans le pays de Morlaix, on perd un million de m³ d’eau par an

Le bilan du service eau et assainissement a été tiré lors du conseil communautaire de Morlaix communauté (Finistère), lundi 9 novembre 2020. Le taux de rendement est de 75 %, ce qui est très faible.

« On perd un million de m³ d’eau par an », constate Guy Pennec. Le vice-président chargé de l’eau à Morlaix communauté tire le bilan du service, ce lundi 9 novembre 2020, au conseil communautaire de Morlaix communauté (Finistère). Il n’est guère brillant. « Nous avons un taux de rendement de 75 %. C’est très faible », poursuit l’élu.

En cause ? Un réseau plutôt vieillissant, qu’il faut impérativement refaire. « Les tuyaux PVC ont fait nos années pendant longtemps. Sauf qu’aujourd’hui, la réglementation nous rattrape. » Un sujet brûlant, alors que la ressource n’est pas insatiable.

Une qualité satisfaisante

L’objectif, à terme ? Obtenir un taux de « 1,2 % de renouvellement, ce qui nous amènerait à 120 ans de renouvellement sur le réseau ». En revanche, un point positif a été soulevé : cela concerne la qualité. Les analyses bio sont satisfaisantes à 80 % sur l’ensemble du réseau.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/dans-le-pays-de-morlaix-on-perd-un-million-de-m3-d-eau-par-an-7047084

Ouest-France

Morlaix communauté. 375 563 € d’aides aux entreprises en 2019

Publié le

En 2017, cette aide aux entreprises des 27 villes de Morlaix communauté (Finistère) était de 190 000 €. Elle a plus que doublé deux ans plus tard.

Morlaix communauté gère la compétence économie dans les 27 communes qui la compose. Elle a mobilisé 375 563 € pour soutenir ses entreprises rurales comme urbaines, en 2019. Un chiffre qui a plus que doublé en deux ans.

La demande ne cesse d’accroître

Quatre dispositifs peuvent être actionnés par les commerces, artisans ou agriculteurs : l’aide à l’immobilier d’entreprise (quatre en 2019) ; l’aide à l’installation des jeunes agriculteurs (dix) ; le pass commerce artisanat (19) et l’aide à projet collaboratif pôle de compétitivité (un seul, Hemarina).

Trois associations qui ont vocation au développement économique ont été aidées à hauteur de 17 900 €. Des aides qui ne risquent pas de baisser : « Le nombre de demandes ne fait que croître », souligne Solange Creignou, vice-présidente chargée du développement économique.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-communaute-375-563-eu-d-aides-aux-entreprises-en-2019-7047095

Ouest-France

Morlaix communauté. L’intercommunalité va gérer une portion de la Vélomaritime

Publié le 11/11/2020

La Vélomaritime, ou Eurovélo 4, relie Roscoff (Finistère) à Dunkerque (Nord). Sa portion qui passe autour de Morlaix va être gérée par Morlaix communauté.

1 470 km. C’est le nombre de kilomètres que fait le tracé de la Vélomaritime, ou Eurovélo 4, itinéraire reliant Roscoff (Finistère) à Dunkerque (Nord). Il suit les côtes de la Manche jusqu’à la mer du Nord. En Europe, ce circuit se poursuit jusqu’à Kiev, en Ukraine. Jusqu’ici, cette route était gérée par le Département du Calvados.

Désormais, la convention a été reprise par le Département du Finistère pour contribuer au projet et le financer. Morlaix communauté proposait donc, lors du conseil communautaire de lundi 9 novembre 2020, d’en être. Une convention avec le Département a donc été votée.

Attirer les cyclotouristes et les faire rester

Cela veut dire que la collectivité payera 10 000 € sur quatre ans. Le conseil départemental aligne 48 000 € sur la même période. Ce projet Eurovélo 4 est bien connecté à d’autres itinéraires cyclables. Dans le viseur de Morlaix communauté ? S’ancrer davantage dans ce produit touristique de l’avenir. « C’est au cœur du développement de notre politique pour la pratique du vélo », concède Nathalie Bernard, vice-présidente chargée du tourisme.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-communaute-l-intercommunalite-va-gerer-une-portion-de-la-velomaritime-7047639

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 09:17
Jaurès - discours contre la loi de trois ans au meeting ouvrier contre la guerre et le militarisme du Pré Saint Gervais dont Aragon fait une magnifique description dans "Les Beaux quartiers" (chapitre 29)

Jaurès - discours contre la loi de trois ans au meeting ouvrier contre la guerre et le militarisme du Pré Saint Gervais dont Aragon fait une magnifique description dans "Les Beaux quartiers" (chapitre 29)

"J'appartiens à une génération qui n'avait pas vingt ans quand la première guerre mondiale éclata en 1914, et dans le sein de laquelle grondait une certaine colère.
Nous avions vu presque tous les écrivains français se plier à la loi de cette guerre, s'en faire les justificateurs et les apologistes et, nous autres qui n'avions pas encore l'âge des armes, ou qui ne l'eurent qu'en raison de la prolongation du conflit meurtrier, nous considérions comme un déshonneur l'attitude de l'Union Sacrée, comme on disait, et son extension aux domaines de la pensée et de la création.
Pour ma part, dès 1916, me semble-t-il, je portais en moi une colère que la Victoire, comme on dit, n'a jamais pu éteindre"
(Louis Aragon)
 
Dans son roman Les cloches de Bâle (1934), Aragon restitue avec maestria l'atmosphère du congrès de la IIe Internationale à Bâle où Jaurès cherche à conjurer ce danger mortel de la guerre européenne.
En 1912, dans une atmosphère d'émotion collective contagieuse et de solennité dramatique qu'Aragon magnifie, six mille militants de l'Internationale vibrent avec Jaurès lorsqu'il présente aux délégués la résolution qui « déclare la guerre à la guerre »dont il est un des auteurs et qu'il les appelle à empêcher l'extension de la guerre des Balkans par le mécanisme diabolique des alliances européennes et qu'il invoque l'inscription en latin qui ornait la cloche de l'écrivain romantique allemand Schiller: « Vicos voco, j'appelle les vivants; Mortuos plango, je pleure les morts; Fulgura frango, je briserai les foudres de la guerre... »:
 
"Jamais dans cette église où, à des heures périlleuses, les chefs de la chrétienté ont jadis réuni un concile, dont le congrès d'aujourd'hui semble la réplique moderne et fantastique, jamais dans cette église où s'est prosternée pendant des siècles une bourgeoisie orgueilleuse et encline aux arts, jamais dans cette église une si grande voix n'a retenti, une si grande poésie n'a atteint les cœurs.
"Jaurès parle des cloches de Bâle: "... les cloches dont le chant fait appel à l'universelle conscience...", et les cloches de Bâle se remettent à sonner dans sa voix. Tout ce qu'elles ont carillonné dans leur vie de cloches, ces cloches, repasse à présent sous ces voûtes avec la chantante emphase de Jaurès. Repasse avec ce charme qu'il sait donner aux mots, le charme de cloches de ses mots. Ce sont tous les maux de l'humanité, faussement conjurés par les religions et leurs rites. C'est l'espoir de la révolution qui monte à travers le discours qui s'emballe. Bal des mots, balle des sons. Les idées sont comme des chansons dans la cathédrale de Bâle. L'inscription que Schiller, ce grand poète médiocre, a gravée sur la cloche symbolique de son célèbre poème, Jaurès ici la reprend de façon théâtrale: "J'appelle les vivants, je pleure les morts et je brise les foudres!"
Nous sommes à deux doigts de l'abîme, et celui qui sera tué le premier crie cette phrase magique. Les vivants et les morts l'écoutent debout, serrés dans l'abside et les chapelles. La nef s'étonne, jusqu'en haut des ogives, plein de drapeaux, frissonne, couleur de sang: "J'appelle les vivants, je pleure les morts et je brise les foudres!"   
A travers tout le ciel d'Europe, et là-bas en Amérique lointaine, il s'amasse des nuages obscurs, chargés de l'électricité des guerres. Les peuples les voient s'amonceler, mais à la voix leur ombre cache leur origine."
Aragon, Les cloches de Bâle (p. 434-435, Folio)
 
Cette guerre destructrice de l'humanité qui fait entrer l'Europe dans 40 ans de barbarie, nul homme sans doute n'a fait autant pour la détourner que Jean Jaurès, qui en anticipait logiquement l'horreur.
 
Rappelons ici un de ses plus vibrants discours, comme une vision de l'apocalypse qui vient, le discours de Vaise le 25 juillet 2014: 
 
« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ! »
 
Voici le dernier discours de Jean Jaurès, un texte grandiose pour la paix prononcé à Lyon dans une salle de Vaise pleine à craquer, qui n’existe plus aujourd’hui, au 51 rue de Bourgogne, à Lyon. Cinq jours plus tard, Jaurès était assassiné au café du Croissant, à Paris.
 
Cinq jours avant son assassinat, Jaurès vient à Lyon, le 25 Juillet 1914, aider Marius Moutet qui sollicite les électeurs de Vaise pour un mandat de député. Il vient donc le soutenir mais, dans son désarroi, notre tribun oublie cette tâche, pour crier le mélange de tristesse, d’angoisse et d’espérance qui l’étreint à la veille de la guerre : cette guerre qui se profile, et qui, il le sait, va écraser toute une jeunesse et avec elle une partie de l’espérance des peuples. Dans un souci pédagogique, Jean Jaurès expose à son auditoire certaines des causes du conflit mondial qui s’annonce, et l’engage à tout faire pour s’opposer à cette guerre. Cela va devenir un véritable texte de référence à contre-courant.
 
Jaurès était engagé depuis des années dans un combat pour la démocratisation de l'armée, la lutte contre le colonialisme qui avivait les tensions entre les puissances européennes, et la bataille contre la loi des Trois ans. Le 6 mars 1913, Briand présente à la Chambre le projet de loi faisant passer la durée du service militaire de 2 à 3 ans, alors que les radicaux étaient parvenus avec l'appui des socialistes à la faire passer de 3 à 2 ans en 1905. Jaurès présente ce projet de loi comme « un crime contre la République et contre la France » qui menace la paix en donnant des signes de volonté belliqueuse aux Allemands et au peuple français et et qui affaiblit la défense nationale. Jaurès présente un contre-projet à la Chambre les 17-18 juin où il reprend les propositions de création d'une armée populaire démocratique développées dans son grand livre L'Armée nouvelle. La SFIO et la CGT, y compris sa tendance syndicaliste-révolutionnaire, décident de taire leurs différences d'appréciation sur les principes de la défense nationale et de la grève révolutionnaire en cas de guerre pour lutter ensemble contre la loi des 3 ans en organisant une campagne de sensibilisation et des meetings dans toute la France: Jouhaux, le secrétaire national de la CGT, vient au grand meeting du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913 où Jaurès parle devant 150000 personnes. Les radicaux, de leur côté, se dotent d'un nouveau leader, Caillaux, hostile comme les socialistes à la loi des 3 ans. La loi est néanmoins votée grâce à une coalition du centre-gauche nationaliste conduit par Briand et Clémenceau, du centre-droit dirigé par Poincaré et de la droite et l'extrême droite.

Jaurès s'est pleinement engagé au sein des congrès de la seconde Internationale ouvrière, à Stuttgart en août 1907 et à Copenhague en septembre 1910, pour mobiliser les socialistes européens sur le principe du refus du vote des crédits de guerre et de l'organisation d'une grève générale transnationale et concertée en cas de déclenchement de la guerre. Depuis 1905, Jaurès est la voix de la SFIO avec Vaillant, le vieux communard, au Bureau de l'Internationale Socialiste (BSI). Le caractère simultané et concerté de l'action internationale contre la guerre est présenté par lui comme une nécessité pour contraindre les gouvernements à la négociation et les faire abandonner leurs projets belliqueux. Le Parti Socialiste se refusera donc à prendre des engagements unilatéraux, si le socialisme allemand choisit d'accepter la conscription et de voter les crédits de guerre... En septembre 1910, à Copenhague, est votée la motion Keir-Hardie-Vaillant qui prévoit la possibilité de grèves générales coordonnées dans les pays s'apprêtant à rentrer en guerre les uns contre les autres.

A l'intérieur des rangs socialistes, on observe beaucoup de scepticisme sur la volonté réelle dont pourrait faire preuve, le moment venu, la social-démocratie allemande pour s'opposer à la guerre. Ainsi, l'historien Romain Ducoulombier rapporte qu' « à la fin de 1912, alors même que les socialistes français et allemands s'apprêtent à s'accorder sur un manifeste de désarmement, le socialiste Charles Andler, brillant universitaire germanophone et fin connaisseur de Marx, publie dans L'Action nationaleun article sur les progrès du socialisme impérialiste en Allemagne dont la teneur provoque bientôt une violente polémique. « Je crois les socialistes allemands très patriotes, écrit-il...La philosophie industrialiste les domine. Or, il n'y a pas de défaite salutaire pour un État industriel ». Dans une réplique d'une agressivité inaccoutumée, publiée par L'Humanité le 4 mars 1913, Jaurès l'accuse d'être un « faussaire »... Si Jaurès assène de si fortes critiques à Andler, c'est qu'en effet son attitude disqualifie par avance toute action internationale contre la guerre ». De fait, l'évènement allait confirmer les craintes d'une partie des socialistes français puisque, début août 1914, à la grande indignation de Rosa Luxemburg qui avait été emprisonnée en février 1914 pour incitation de militaires à la désobéissance, tous les députés du SPD au Reichstag votent les crédits de guerre.

Depuis des années, Jaurès effectue dans L'Humanité un décryptage critique permanent des actes de la diplomatie française, une dénonciation publique des entreprises qui pourraient nuire à la précaire paix franco-allemande et une interpellation régulière des ministres avec cette même finalité, ainsi que tout un travail pour se rapprocher des radicaux influents qui, comme Joseph Caillaux, veulent sincèrement la paix. Ainsi, Jaurès s'oppose vivement à l'alliance de la France avec la Russie tsariste qui est perçue comme une intention belliqueuse par les Allemands et sera finalement responsable de la contagion du contentieux entre les russes et l'Autriche au sujet de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand par un nationaliste serbe. Jaurès soutient d'ailleurs la légitimité de l'influence turque dans les Balkans, lieu de rencontre des civilisations, contre la politique pro-slave belliqueuse des russes. Il condamne comme un facteur de déstabilisation la concurrence forcenée que se livre en Afrique du Nord et dans l'Empire Ottoman pour pénétrer les marchés et conquérir les marchés de modernisation des infrastructures les capitalismes français et allemands servis par des gouvernements mandatés par les milieux financiers. Le prolétariat est la vraie force nationale qui doit contraindre tout gouvernement belliqueux à renoncer à ses desseins guerriers au nom de la défense de la stabilité des institutions de la République et de la liberté comme au nom de l'humanité. On peut donc envisager pour Jaurès un droit d'insurrection contre les gouvernements qui voudraient mobiliser suite à une politique aventureuse et impérialiste sans avoir donné toutes ses chances à la paix, et Jaurès rappelle publiquement ce droit à l'insurrection des prolétaires contre la forfaiture d'une guerre évitable pour intimider les gouvernements qui se succèdent au début des années 1900.

Cela vaut au leader socialiste de faire l'objet d'une véritable haine dans les milieux nationalistes, dont son assassinat le 31 juillet 1914 par un nationaliste de l'ultra-droite détraqué, Raoul Villain, sera la conséquence. Lisons, parmi des centaines d'autres accusations de trahison et appels au meurtre contre Jaurès, ces tristes mots de Charles Péguy, le poète et pamphlétaire de talent, l'ancien protégé de Jaurès et dirigeant des étudiants socialistes dreyfusards converti récemment au patriotisme catholique: « Dès la déclaration de guerre, la première chose que nous ferons sera de fusiller Jaurès. Nous ne laisserons pas derrière nous ces traîtres nous poignarder dans le dos ».

Dès le 23 juillet 1914, en point d'orgue, l'écrivain et journaliste d'extrême-droite Léon Daudet a signé noir sur blanc un « Tuer Jaurès! » dans L'Action française tandis que Maurras donne du « Herr Jaurès » quand il parle du tribun socialiste. Raoul Villain (qui sera acquitté le 29 mars 1919 sous la majorité de droite nationaliste de « la chambre bleu horizon ») écrit à son frère le 10 août 1914, emprisonné à la prison de la santé suite au meurtre de Jaurès: « J'ai abattu le porte-drapeau, le grand traître de l'époque de la loi de Trois ans, la grande gueule qui couvrait tous les appels de l'Alsace-Lorraine. Je l'ai puni »

(Jean Jaurès, Jean-Pierre Rioux, Perrin, p. 254).

 

Citoyens,

Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole.

Ah ! citoyens, je ne veux pas forcer les couleurs sombres du tableau, je ne veux pas dire que la rupture diplomatique dont nous avons eu la nouvelle il y a une demi-heure, entre l’Autriche et la Serbie, signifie nécessairement qu’une guerre entre l’Autriche et la Serbie va éclater et je ne dis pas que si la guerre éclate entre la Serbie et l’Autriche le conflit s’étendra nécessairement au reste de l’Europe, mais je dis que nous avons contre nous, contre la paix, contre la vie des hommes à l’heure actuelle, des chances terribles et contre lesquelles il faudra que les prolétaires de l’Europe tentent les efforts de solidarité suprême qu’ils pourront tenter.

Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces et si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre et à prévoir que la Russie entrera dans le conflit, et si la Russie intervient pour défendre la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche. Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verrait l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés.

Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France et la Russie dira à la France : « J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés. » A l’heure actuelle, nous sommes peut-être à la veille du jour où l’Autriche va se jeter sur les Serbes et alors l’Autriche et l’Allemagne se jetant sur les Serbes et les Russes, c’est l’Europe en feu, c’est le monde en feu.

Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées ; lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France.

Voilà, hélas ! notre part de responsabilités. Et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres.

Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche : « Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, à condition que vous nous passiez le Maroc » et nous promenions nos offres de pénitence de puissance en puissance, de nation en nation, et nous disions à l’Italie : « Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité. »

Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie. Eh bien ! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe. Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire : « Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. » Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur ? Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche : « Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine. » L’administration, vous comprenez ce que cela veut dire, entre diplomates, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’administrer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’administrer au mieux de ses intérêts.

Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche : « Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople. » M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a interprété comme un oui, et elle a autorisé l’Autriche à prendre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : « C’est mon tour pour la mer Noire. » - « Quoi ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Rien du tout ! », et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche, entre M. Iswolsky, ministre des Affaires étrangères de la Russie, et M. d’Ærenthal, ministre des Affaires étrangères de l’Autriche ; mais la Russie avait été la complice de l’Autriche pour livrer les Slaves de Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et pour blesser au cœur les Slaves de Serbie. C’est ce qui l’engage dans les voies où elle est maintenant.

Si depuis trente ans, si depuis que l’Autriche a l’administration de la Bosnie-Herzégovine, elle avait fait du bien à ces peuples, il n’y aurait pas aujourd’hui de difficultés en Europe ; mais la cléricale Autriche tyrannisait la Bosnie-Herzégovine ; elle a voulu la convertir par force au catholicisme ; en la persécutant dans ses croyances, elle a soulevé le mécontentement de ces peuples.

La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cauchemar.

Eh bien ! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.

Vous avez vu la guerre des Balkans ; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé.

Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.

Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar.

J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix.

Jean Jaurès
discours prononcé à Lyon-Vaise le 25 Juillet 1914

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 08:32
Conseil National du 7 novembre - le PCF lance les travaux de son 39e congrès (L'Humanité) - rapport de Fabien Roussel au Conseil National
Conseil National du 7 novembre - le PCF lance les travaux de son 39e congrès (L'Humanité) - rapport de Fabien Roussel au Conseil National

Gauche. Le PCF lance les travaux de son congrès

Lundi 9 Novembre 2020 - L'HUMANITE

Crises multiples, élections de 2022… les sujets majeurs ne manquent pas et le Parti communiste a décidé d’engager sans tarder les débats de son 39e congrès.

 

Malgré la pandémie, le PCF a commencé ce week-end à s’atteler à son prochain congrès. « Statutairement, il devait déjà se tenir en 2021 et la situation mondiale et nationale, à bien des égards historique, le   rend d’autant plus indispensable », souligne Christian Picquet. Responsable du pôle « mouvement des idées », il était en charge de présenter, lors du conseil national de la formation, ce samedi, les « quatre grands thèmes de débat » proposés à l’ordre du jour du futur rendez-vous.

Au menu de ce 39e congrès du PCF, doit ainsi figurer, au rang des questions de fond, « la crise de civilisation à l’échelle internationale totalement révélée par l’épidémie de Covid-19 ». Celle-ci « s’articule avec une crise de la globalisation capitaliste engendrant un chaos politique et idéologique », dans lequel « le communisme est plus que jamais un horizon d’avenir », détaille Christian Picquet. L’analyse de « l’enchevêtrement en France des crises sanitaire, économique, sociale et politique, face auxquelles aucune réponse progressiste n’est ni à la hauteur ni crédible », sera aussi au cœur des échanges du congrès, qui devraient tout autant porter sur le « projet novateur pour la France qu’oppose le PCF ».

Une décision sur le calendrier, le 12 décembre

Tout comme la feuille de route pour bâtir un « Parti communiste plus fort et implanté », la question des élections présidentielle et législatives sera un autre axe majeur. Un sujet qui avait créé de vifs débats lors du précédent ­rendez-vous en 2018, jusqu’à la non-reconduction de la direction sortante. « Notre parti doit décider de la manière dont il traduit ce qui avait été le mandat du précédent congrès. À savoir une candidature communiste pour l’élection présidentielle et porter une offre de reconstruction globale et en profondeur de la gauche », résume Christian Picquet, pour qui la question reste cependant « ouverte » et doit associer le maximum de communistes. Ce qui ne va pas sans difficultés. « D’un côté, le confinement rend très compliqué le fonctionnement normal d’un parti et donc a fortiori la ­préparation d’un congrès, de l’autre le bouleversement du calendrier électoral (les régionales et départementales prévues en mars pourraient être reportées en juin, voire au-delà - NDLR) perturbe l’agenda que nous avions prévu avec un rendez-vous final en juin », explique le membre du comité exécutif national. Dans ces circonstances, la direction de la formation a ouvert une consultation de ses fédérations sur la méthode à retenir. L’une des hypothèses sur la table serait de « découpler les décisions sur la présidentielle et les législatives de la tenue du congrès ». Une décision doit être prise lors d’un prochain conseil national, le 12 décembre.

Icon QuotePas de reconstruction de gauche majoritaire sans un PCF influent porteur de la logique révolutionnaire. Christian Picquet

D’ici là, une plateforme doit être mise en place pour ­accueillir les premières contributions des adhérents. Et il s’agit ­également pour les communistes de rester tournés vers l’action. Crise sanitaire, attentats… « Plus que jamais, il y a besoin d’un horizon d’espoir, d’un projet de rupture avec le grand désordre capitaliste. C’est là qu’un parti comme le nôtre, porteur de la perspective du communisme, a un rôle irremplaçable à jouer en ce moment », a ainsi fait valoir, samedi, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. ­Fustigeant un « confinement très libéral », « une culpabilisation insupportable de nos concitoyens » et des « décisions prises par un exécutif très isolé », le député du Nord a ­notamment appelé à « limiter le travail aux activités économiques et culturelles indispensables », à « mettre en œuvre une sécurisation de l’emploi et de la formation » et à la ­mobilisation pour que ne soit plus « épargnée la responsabilité du capital et des dirigeants actuels dans cette crise »

Conseil national du PCF – 7 novembre 2020

Rapport de Fabien Roussel, secrétaire national

Cher·e·s camarades,

Nous vivons un moment qui nous confronte à des défis d’immense ampleur. L’un des objets de ce conseil national est de permettre à notre parti d’en mesurer pleinement les enjeux. La pandémie de Covid-19 s’abat sur de très nombreux pays avec une seconde vague de contaminations entraînant un très grand nombre de malades graves et de morts. Dans le même temps, elle ouvre en grand une crise économique et sociale que les travailleurs et les peuples paient, et vont payer encore davantage, au prix fort si nous ne parvenons pas à obtenir des avancées. La gestion de la crise sanitaire dans notre pays est catastrophique, conduite essentiellement par des logiques libérales et un président qui décide seul, instaurant un régime autoritaire. Nos services publics, qui devraient être en capacité de garantir des droits pour chacun dans une telle crise sont, au contraire, réduits à peau de chagrin.

Un tel contexte favorise l’obscurcissement des consciences et la recherche de solutions réactionnaires. Il provoque des polarisations politiques et idéologiques à droite, voire à l’extrême droite, on le voit aux États-Unis où la probable défaite de Trump ne saurait occulter les phénomènes que vient de révéler l’élection présidentielle.

Plus que jamais, il y a besoin d’un horizon d’espoir, d’un projet de rupture avec le grand désordre capitaliste. C’est là qu’un parti comme le nôtre, porteur de la perspective du communisme, a un rôle irremplaçable à jouer en ce moment. Sa parole et ses propositions fortes sont décisives pour combattre les tentations de la résignation, du découragement et du repli sur soi. Il est, à la fois, le parti de la responsabilité, lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts matériels et moraux des classes travailleuses et populaires, par exemple face à la crise sanitaire ou à la crise sociale, et le parti qui propose une autre voie, un autre mode de développement pour faire face à l’épreuve.

D’une certaine manière, tout cela dessine la toile de fond de notre 39e Congrès et la place que nous pourrions occuper lors des échéances électorales à venir.

Nous en débattrons cet après-midi. Ce matin, je voudrais me concentrer sur les grands traits de la situation mondiale et nationale, afin d’ouvrir la réflexion entre nous sur notre positionnement et nos initiatives. Je commencerai, naturellement, par dire quelques mots de l’élection présidentielle américaine. 

A l’heure où je prononce ces mots et malgré la tentative de coup de force, pour ne pas dire de coup d’État institutionnel de Donald Trump, Joe Biden doit pouvoir revendiquer la victoire à l’élection présidentielle du 3 novembre. Le temps viendra des analyses fines permettant de bien comprendre les dynamiques qui ont traversé cette élection et d’en tirer les enseignements sur l’état des rapports de force politiques et idéologiques, et des leviers sur lesquels pourront s’appuyer les forces progressistes pour changer profondément la société américaine. Toutes les questions demeurent dans un pays où la bourgeoisie, les forces de l’argent verrouillent le système institutionnel, avec un bipartisme visant à préserver les intérêts essentiels des banques, des marchés financiers et du complexe militaro-industriel. Et la victoire plus étriquée que prévue de Joe Biden dans nombre d’États, autant que le nombre croissant de suffrages obtenus par Trump, soulignent les limites du programme du Parti démocrate. Nous pouvons d’ores et déjà saluer et féliciter ces députés de gauche, socialistes, marxistes pour certains, issus de l’équipe de Bernie Sanders, qui ont été élus ou réélus.

Elles et ils sont issus de la classe ouvrière, de familles modestes, du mouvement féministe et/ou antiraciste, à l’image de l’équipe d’Alexandria Ocasio-Cortez et de ses collègues élu·e·s haut la main. C’est à elle que Trump avait dit : « rentrez chez vous ! ». 28 des 37 candidats des Socialistes démocrates d’Amérique ont été élus, dont la marxiste Julia Salazar, sénatrice de l’État de New-York.

Ce sont eux qui se battent pour l’augmentation des salaires et la hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure, pour l’encadrement des loyers, pour un autre Green New Deal et pour l’accès à une assurance-maladie universelle.

Leurs bons résultats et leur élection est un signe d’espoir pour tous les mouvements populaires qui se battent pour les droits sociaux, pour le climat et pour la paix.

La paix, justement, est un enjeu majeur alors que les guerres et les tensions internationales restent importantes. Alors que l’Onu lançait sa semaine du désarmement dans le monde, du 24 au 30 octobre, les conflits n’ont jamais cessé. La pandémie, les millions de morts du coronavirus dans le monde auraient pu pousser les belligérants, des pays à poser les armes, à cesser le feu, à stopper le commerce des armes. Il n’en n’est rien. Qu’il s’agisse de la situation à Gaza, régulièrement bombardée par l’aviation israélienne, des tentations impérialistes de la Turquie face à la Grèce ou encore de la situation au Haut-Karabagh.

Ailleurs, des peuples ont réussi à imposer d’autres choix. C’est le cas en Amérique latine où le peuple chilien, à une écrasante majorité, plus de 78 %, s’est débarrassé de la constitution imposée par la dictature de Pinochet. Il aura fallu plus de trente ans, une mobilisation sociale sans précédent, avec au premier rang les jeunes générations et les femmes, pour que les conditions soient créées d’une nouvelle constitution dans le pays. Une nouvelle bataille s’engage pour ne pas laisser à la prétendue « élite » la charge de rédiger la nouvelle constitution. La majorité démocratique, progressiste,  transformatrice doit pouvoir, comme les urnes viennent de le confirmer, rédiger le nouveau texte constitutionnel. En Bolivie, c’est le retour de la démocratie, avec la victoire éclatante du MAS en Bolivie.

C’est aussi la résistance de Cuba et du Venezuela face aux criminels blocus et actions terroristes. C’est ainsi l’Amérique latine qui s’inscrit, à nouveau, dans la voie de la transformation progressiste.

De quoi donner confiance, encouragements, à toutes celles et ceux qui à travers le monde résistent au rouleau compresseur des politiques libérales et de l’impérialisme. Je veux saluer aussi le grand mouvement féministe qui a déferlé sur la Pologne contre la politique du gouvernement d’extrême droite. Après l'élimination du droit à la contraception d’urgence, le recul de l’éducation sexuelle dans les écoles et de la lutte contre les violences faites aux femmes, la décision du tribunal constitutionnel rendant quasi illégal l'avortement a été la régression de trop.

Avec la mobilisation de centaines de milliers de femmes ces dernières semaines, un mouvement social de grande ampleur, le plus important de la période, est en train peu à peu de mettre en très grande difficulté le pouvoir. Il faut saluer le courage de ces femmes face à un gouvernement réactionnaire, nationaliste et clérical, face aux milices d’extrême droite qui s’en prennent violemment aux manifestantes. Le PCF est à leurs côtés dans ce combat et le sera jusqu'à ce que leur droit inaliénable à disposer de leur corps soit garanti, jusqu'à la victoire.

Et en France, j'appelle tous les communistes à se mobiliser à l'occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, lors des deux temps forts de cette année, le 21 novembre à l'initiative de « Nous toutes » et, bien sûr le 25, à manifester lorsque cela sera possible, à s'adresser à la jeunesse en diffusant le violentomètre, à interpeller les parlementaires ainsi que les préfectures sur la prise en charge des femmes victimes de violences comme le propose la commission nationale Droits des femmes du parti.

L’actualité est aussi nationale.

Elle a été marquée ces dernières semaines par l’accumulation d’événements dont nous devons analyser la portée. Notre pays, depuis notre dernier CN, a subi une vague d’agressions terroristes, plus ignobles les unes que les autres, contre des salariés de l’agence Premières lignes devant les anciens locaux de Charlie hebdo, contre le professeur Samuel Paty et contre trois fidèles catholiques, à Nice. Commis par des terroristes islamistes, ces crimes ont provoqué l’effroi et le dégoût. En s’en prenant à la presse, au monde enseignant, aux croyants, le terrorisme islamiste révèle son projet de semer la terreur et diviser notre pays. C’est pourquoi, notre réponse doit appeler à l’unité du peuple, à la tolérance et à faire triompher une République sociale et démocratique.

Car chacune de ces attaques a aussi fait l’objet d’une surenchère guerrière, politique, parfois un déchaînement de violence, par les mots et même par les armes, des courants identitaires, racistes et fascistes. C’est le message que j’ai porté à travers la vidéo que nous avons publiée cette semaine. 

Les auteurs de ces crimes, comme ceux qui cherchent à attiser la haine, théorisent et espèrent une guerre des religions, une guerre des civilisations qui peut conduire notre pays à la guerre civile. Nous ne pouvons pas sous-estimer la gravité de la situation. Nous ne pouvons pas sous-estimer la menace islamiste qui existe en France comme nous ne pouvons pas sous-estimer la manière dont la droite et l’extrême droite utilisent cette menace pour gagner le pouvoir, au risque de faire basculer le pays dans un cycle de haine et de violences. Notre parti, face à de telles menaces, doit prendre toutes ses responsabilités. Et montrer à nos concitoyens que nous sommes prêts à prendre toute notre part pour, d’un coté, faire reculer la montée de l’islamisme en France tout en faisant respecter l’État de droit, organiser la reconquête de la République, en actes et non en paroles, donc par la justice sociale, la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité, la paix et la coopération internationale.

Nous devons approfondir le débat au sein du parti, autour de nous tant un climat délétère est en train de s’installer en France, véhiculant sur les réseaux sociaux, et dans les consciences les pires idées, y compris chez nous. Il est important de refuser tout amalgame entre, d’un côté, l’immense majorité des musulmans qui pratiquent l’islam dans le respect des lois de la République et, de l’autre, les prêcheurs de haine, les islamistes qui veulent imposer leurs lois, leurs règles dans notre pays. Il est important de rappeler que les musulmans dans le monde sont les premiers à subir et à mourir des attentats islamistes. Important aussi de distinguer les différences entre religion et jihadisme ou origine et nationalité quand tout est fait pour assimiler le terrorisme à l’islam et à l’immigration. Important enfin, comme nous l’avons porté dans notre déclaration, d’assécher le terreau auquel s’alimente le terrorisme. Et au cœur de la réponse à apporter, au cœur de la République sociale et démocratique à restaurer, il y l’école.

L'école publique, visée par l'assassin de Samuel Paty, affaiblie encore davantage par l’exécutif dans la crise sanitaire, qui doit faire l'objet d'une mobilisation à la hauteur du rôle qu'elle tient dans notre projet d’émancipation. Nous aurons d’ailleurs une nouvelle rencontre avec les syndicats, ce lundi. Nous avons beaucoup échangé entre nous ces 3 dernières semaines.

L'hommage à Samuel Paty, l'engagement de nos enseignants qui tiennent la République debout et leur courage dans la situation sanitaire méritent mieux que les saillies « contre l’islamogauchisme » et les petits calculs libéraux du ministre Blanquer. Je veux saluer les enseignants et les lycéens mobilisés ces derniers jours qui ont commencé à faire reculer le gouvernement en rendant incontournable la question du protocole sanitaire dans les lycées. 

Cela fait des semaines que nous demandons d’ailleurs un dédoublement des classes dans les lycées et les collèges parmi les mesures à mettre en œuvre, comme l’ont demandé nos parlementaires. Il faut maintenant aller au bout de cette bataille pour obtenir des moyens humains, matériels et financiers, à la hauteur de l'enjeu. Toutes les propositions que nous avons portées lors du premier confinement sont d'une grande actualité.

Avec le réseau École, avec le MJCF qui s'est immédiatement engagé dans le mouvement actuel, agissons avec les élèves et les personnels pour obtenir les avancées que nous réclamons depuis des mois. Engageons les États généraux de l'éducation dont le pays à besoin pour construire une école émancipatrice pour toutes et tous, une école pour celles et ceux qui n'ont que l'école pour réussir et qui aspirent à maîtriser leur avenir. Nous aurons aussi à formuler des propositions lors de la présentation, le 9 décembre prochain, du projet de loi dit de « renforcement de la laïcité et des principes républicains ».

Nous avons eu un premier échange avec le ministre de l’Intérieur, les présidents de nos deux groupes, Pierre Dharréville, Stéphane Peu, Christian Picquet et moi-même. Et si nous pouvons être d’accord sur quelques aspects, notamment la nécessaire transparence sur le financement des associations cultuelles, nous aurons aussi des désaccords avec le gouvernement sur le rôle de l’État et son implication dans l’organisation du culte. Dans un tel climat, il est nécessaire d’affirmer un double objectif : celui de combattre l’intégrisme et toutes les formes de fascisme, et affronter les offensives qui cherchent à profiter du contexte pour encourager les stigmatisations racistes ou religieuses, s’attaquer à ce qui fait le vivre ensemble dans notre société. Dès que nous aurons le texte, nous aurons un temps de travail sur ce sujet pour faire nos propres commentaires et propositions. De même, les questions de sécurité revenant sur le devant de la scène, notre parti formulera des propositions d’ici quelques semaines sur ce thème. J’avais appelé à y travailler, lors de l’Université d’été, afin que notre parti formule sa vision de l’accès au droit la sécurité et à la tranquillité dans notre pays. Olivier Dartigolles, missionné sur ce sujet, anime un groupe de travail et nous présentera prochainement ses travaux. Le gouvernement cherche à donner un sentiment de sécurité à nos concitoyens quand l'insécurité est quant à elle bien réelle.

Et elle ne reculera pas par des opérations de communication du ministre de l’Intérieur qui vise une répression plus forte des actes de délinquance les moins graves pour faire du chiffre, sans s'attaquer aux trafics et aux réseaux. Quant au projet de loi pour la sécurité globale, il ne permettra en rien d'améliorer la sécurité de nos concitoyens et comporte de nombreux dangers. Son objectif, c'est d'étendre le marché de la sécurité, de préparer un nouvel affaiblissement de la Police nationale en renforçant les pouvoirs des polices municipales et privées, et d’accroître la surveillance de masse. Tout cela au détriment de toute ambition de service public. Et plutôt que d’accepter un contrôle démocratique des forces de l’ordre, essentiel car elles disposent du monopole de la violence légitime, avec l’interdiction de les filmer, le gouvernement laisse le champ libre à la minorité d’agents qui commettent des violences policières. 

J’en viens à la situation sanitaire. La colère populaire franchit un palier supplémentaire avec la gestion catastrophique de la pandémie de Covid-19 par le pouvoir. Il est important d’abord de rappeler que si notre pays de 66 millions d’habitants enregistre 37 435 morts de ce virus depuis le début de la pandémie, alors que l’Allemagne, pays de 88 millions d’habitants en compte 11 000, c’est bien parce que la stratégie sanitaire a été inefficace et que notre système de santé a été considérablement affaibli. Nous sommes le 7e pays au monde qui enregistre le plus de décès. Oui, la responsabilité du gouvernement est énorme et il faut le rappeler et dire que la santé des Françaises et des Français est une chose trop sérieuse pour être laissée entre les seules mains de l’exécutif. Malgré tous les efforts de nos soignants, leur engagement, leur conditions de travail dégradées, il y a eu beaucoup trop de morts dans notre pays.

Notamment à cause des 100 000 lits supprimés ces dernières années, à cause des services d’urgences et des hôpitaux de proximité fermés, à cause des milliers de médecins, infirmiers, aides-soignants non formés et et du refus d’embauches massives. Et ce gouvernement n’a pas été en reste avec 7 500 lits fermés en 2 ans. Il y a une capacité totale qui peut être portée à 10 000 lits de réanimation en France quand l’Allemagne en a 20 000.

Alors oui, aujourd’hui, c’est encore le feu dans nos hôpitaux avec le regain de l’épidémie. Et comme nous ne pouvons pas augmenter davantage nos capacités de réanimation, et comme il faut aussi protéger nos concitoyens de ce virus qui se propage à grande vitesse avec l’arrivée des températures hivernales, il faut reconfiner le pays. Et le faire sérieusement, en partageant cette décision avec nos concitoyens car c’est une décision difficile. Aussi, cette mesure moyenâgeuse qui aurait pu être évitée avec une stratégie sanitaire efficace est aujourd’hui devenue une mesure incontournable. Comme cela a pu être fait en mars, comme tous les pays l’ont fait lors de la 1re vague.

Mais ce gouvernement a fait le choix d’un confinement très libéral ! C’est un confinement à la Trump, un confinement qui privilégie l’économie au détriment de la santé ! C’est un confinement qui est doux pour les entreprises du CAC 40, juteux même pour les Gafa, mais extrêmement dur pour les petits, pour les commerçants, comme pour les ouvriers, les enseignants, tous ceux qui sont exposés à la maladie. Le confinement actuel risque donc d’être insuffisant.

Nous avons en ce moment, après une semaine de confinement, toujours plus de 50 000 contaminés par jour. Et 60 400, hier ! Dans 8 à 11 jours 1 % d’entre eux va développer la forme grave et ira en réanimation, soit 500 à 600 personnes par jour. Le taux d’occupation de ces services monte donc toujours dangereusement. On est passé de 57,5 % au 1er jour du confinement à 85,4 % de taux d’occupation hier. Dans moins de 10 jours, ce sera 100 %. 

On pourra toujours dire que c’est la faute à tous les gouvernement précédents qui ont abîmé l’hôpital public – et on le dira encore – mais cette réalité s’imposera à tous. C’est pour cela que je trouve irresponsable de la part du ministre de la Santé de dire, jeudi soir, lors de sa conférence de presse : « Si les Français ne respectent pas le confinement, dans 8 jours la situation sera désespérée dans nos hôpitaux» !

Ce serait donc de notre faute ! C’est une culpabilisation insupportable de nos concitoyens. Comment peut-il dire aux lycéens, aux collégiens et aux personnels de ces établissements que ce sera de leur faute s’ils attrapent ce virus quand ils sont obligés de s’entasser dans des couloirs, à la cantine, ou quand la moitié des personnels d’entretien sont malades et non remplacés ? Comment peut-il faire porter la responsabilités aux ouvriers tels ceux de Toyota que j’ai rencontrés et qui sont 3 500 à travailler à Onnaing, à se croiser dans les vestiaires, à la cantine, avec leur pause de 20 minutes pour manger ? Un tiers des clusters se situe dans les entreprises. Comment peut-il faire porter la responsabilité à toutes celles et ceux obligés d’aller travailler et de prendre le métro, le RER ou le TER et à s’entasser dans ces transports collectifs, comme si le virus n’y circulait pas ? Lors de la première vague, le confinement strict de l’économie durant le mois de mars avait permis de faire baisser le taux de contamination de 77 % en 4 semaines !

Je crains fort que ce confinement très soft pour l’économie ne parvienne à ce résultat. Les Français sont prêts à accepter des décisions difficiles pour leur santé si les consignes sont claires, cohérentes, les même pour tous, et qu’elles ne changent pas tout le temps. Elles sont acceptées quand elles sont discutées ensemble et admises par tous, ce qui est l’opposé de ce gouvernement qui préfère diriger via un conseil de défense. Oui, il faut limiter le travail aux activités économiques et culturelles indispensables, mettre en œuvre une sécurisation de l’emploi et de la formation, par des mises en formation massives et rémunérées à hauteur des salaires et décider d’embauches dans les secteurs vitaux. Oui, il faut une politique de tests qui s’accompagne d’une vraie prise en charge et d’un isolement des personnes positives ou cas contact. Il suffit aussi de regarder comment ont géré cette crise des pays d’Asie, la Nouvelle Zélande, ou encore la province indienne du Kerrala, dirigée par le Parti communiste indien, avec ses 60 millions d’habitants. Cela pose évidemment la question d’une véritable démocratie sanitaire et plus largement de sortir de cet étau de décisions prises par un exécutif isolé, sans débat, sans construction partagée avec les forces vives du pays : Parlement, bien sûr, mais aussi forces syndicales et politiques, acteurs économiques, associatifs, culturels, sans oublier les élus locaux. Nous pouvons aussi relancer la campagne sur la gratuité du masque, devenue plus incontournable encore dès lors que des millions de salariés, d’écoliers, de collégiens, de lycéens sont obligés de le porter. 

Et je pense évidemment à la reconquête et au renforcement des moyens de l’hôpital public, encore affaibli durant la pandémie, tant en nombre de lits qu’en matière de moyens humains. Là aussi, la pétition, les affiches « De l’argent pour l’hôpital, pas pour le capital » doivent être toujours utilisées pour parler avec nos concitoyens de cette crise. * J’ai évoqué la colère populaire et les risques d’aventures politiques dramatiques qu’elle peut induire, si nous ne la nourrissons pas d’un contenu progressiste, d’un contenu radicalement transformateur. Ceci suppose d’affronter la formidable bataille idéologique en cours, qui vise à épargner la responsabilité du capital et des dirigeants actuels dans cette crise. Depuis le premier discours de Macron lors du confinement du printemps dernier et ses promesses de « jours meilleurs », voyant alors dans cette crise inédite « une chance pour nous réinventer et [lui] le premier », force est de constater que tant dans la gestion des crises sanitaire et économique que dans l’exercice du pouvoir, ce sont bien les vieilles recettes libérales et autoritaires qui se sont développées. Cette fuite en avant trouve également des traductions concrètes dans le projet de loi de finances pour 2021, comme dans le prétendu plan de relance, qui vise bien davantage à relancer les profits qu’à sécuriser l’emploi, protéger les TPE et PME des conséquences de la pandémie ou lutter contre la pauvreté. Pour ne citer que cet exemple, sur les 100 milliards du mal nommé « plan de relance », il y a encore un cadeau pour les grandes entreprises avec les 20 milliards de suppression des impôts de production.

Le gouvernement présente cette aide en disant que toutes les entreprises vont en bénéficier. Outre le rôle utile de cet impôt, son apport pour les collectivités, la réalité c’est que 13 milliards sur les 20 milliards profiteront à 9 200 grandes entreprises et ETI et 7 milliards de crédits d’impôts bénéficieront aux 560 000 PME et TPE. Tout pour les gros, des miettes pour les petits ! De plus, aucune garantie, aucune condition n’accompagne ce dispositif.

Tous nos amendements dans ce sens ont été rejetés.

Cela veut dire que : · Total, qui verse 6,9 milliards de dividendes ; · Sanofi, 3,9 milliards ; · Thalès, 130 millions ; ou encore · Bridgestone, qui ferme son site en 2022 ; tous bénéficieront de ce nouveau cadeau en 2021. Loin de surmonter la crise économique et sociale, toutes les décisions prises par le gouvernement alimentent, à coups de milliards d’euros, l’infernale machine à profits et à dividendes, avec son pendant en matière d’emploi et de production. 

Malgré des sommes considérables d’argent public, européen et national, déversées pour l’essentiel aux grands groupes industriels et financiers, et bien que les sociétés du CAC 40 prévoient 30 milliards de dividendes à leurs actionnaires cette année, se succèdent par dizaines les plans de suppressions d’emplois, d’activités productives, de démantèlement de filières entières, à l’image de l’aérien ou de l’automobile.

Pour les travailleurs, la menace du chômage, de la précarisation voire de la pauvreté, la pression idéologique est souvent terrible et peut conduire à la résignation, y compris pour accepter des accords de performance portant atteinte à leurs salaires, à leur temps de travail et plus généralement à leurs conditions de travail.

Oui, la violence de la crise économique ne nourrit pas naturellement, nous le savons, la conscience de classe et l’esprit de combat face au patronat, si nous n’y opposons pas un projet et des propositions crédibles et en rupture totale avec les vieilles recettes libérales.

Prenons alors appui sur une question que se posent de plus en plus de nos concitoyen·ne·s : qui doit décider de l’utilisation de ces sommes colossales et à quelles fins doivent elles servir ? N’y a-t-il pas d’autre voie que la concurrence permanente entre les salariés, que la guerre économique toujours plus mortifère, que la course aux profits alors que tant de besoins ne sont pas satisfaits dans la société, que la pauvreté explose, que les services publics sont parfois à l’agonie, que les salariés aspirent à voir leur travail retrouver du sens et que l’urgence climatique n’a jamais été aussi prégnante ? J’ai amené cette discussion à chaque fois lors des 35 rencontres que j’ai eues avec des syndicats et des salariés, issus d’entreprises rencontrées ces deux derniers mois. De Verallia à Greed et General Electric, de Bridgestone dans le Pas-de-Calais à Jtekt dans le Rhône, en passant par les salariés de Renault, de la Fonderie du Poitou, de Hop, d’Airbus, de Vallourec ou celles de la Caisse d’Épargne en bagarre pour une véritable égalité professionnelle femmes-hommes, partout ces questions émergent des luttes engagées, parfois massivement par les salariés avec leurs organisations syndicales, au premier rang desquelles la CGT.

J’aimerais d’ailleurs pouvoir vous rendre compte de toutes ces rencontres pour faire émerger les points communs, les logiques capitalistes et montrer comment ce gouvernement encourage encore les délocalisations, la désindustrialisation du pays, avec l’aide de la BCE, avec l’argent public et à l’inverse de tous ses discours. J’ai d’ailleurs repris, lors de mon dernier déplacement à Villeurbanne dans le Rhône, la proposition d’organiser des Assises de l’énergie, pour la maîtrise publique de la filière de l’énergie, proposée par les camarades de Belfort, par la CGT de General Electric, comme ceux d’EDF ! Tout cela conforte les décisions prises par notre CN, début septembre, pour que nous menions, partout et à toutes les échelles, la bataille pour sécuriser l’emploi et la formation et pour la reconquête industrielle, en France comme en Europe, sur le contrôle de l’argent et de nos moyens de production, pour nos services publics. Tout cela a été au cœur de la mobilisation lancée les 9 et 10 octobre derniers. Ce fut un succès. 9 Les communistes se sont mobilisés dans toute la France, en étant présents sur 103 villes ou sites , dans 65 départements. Ne sous-estimons pas ce que nous avons fait durant cette période, en pleine pandémie. Peu de partis sont capables de tenir une telle mobilisation. Et nous sommes le seul à y mettre ces contenus. Dans certains endroits, comme dans l’Aube qui compte 300 adhérents, les communistes se sont rassemblés à quelques dizaines et ont pu mettre en débat ces questions avec le préfet lui-même. C’est la première fois qu’ils sont reçu par le représentant de l’État en personne, depuis des années. Dans d’autres, ils ont interpellé les directions de services publics, comme à Paris avec l’hôpital, ou de boîtes privées, pour montrer que les richesses existaient pour sécuriser l’emploi, augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail, dans le privé comme dans le public. Partout ou presque, la presse régionale a fait écho à ces mobilisations. Tout cela donne confiance aux militants, à notre organisation. Cette bataille est essentielle alors que nous ne sommes qu’au début d’une crise qui va s’avérer plus dévastatrice encore dans les prochains mois.

Essentielle pour la jeunesse notamment, première victime de cette double crise sanitaire et économique. Tournons-nous résolument vers elle, avec notre mouvement de jeunesse, et en lien avec les organisations syndicales, en travaillant à des plans d’embauches, de pré-recrutements, de formations dans une multitude d’entreprises publiques et privées. Les conditions sanitaires imposent évidemment des actes militants adaptés. Mais elles n’empêchent pas une intervention communiste déterminée et de haut niveau. C’est évidemment indispensable pour faire gagner des luttes, obtenir des reculs du patronat et du gouvernement. Mais c’est aussi une condition pour que les salariés, dans toutes leurs composantes, renouent avec l’utilité de l’acte politique, alors même qu’élection après élection, nous déplorons un recul de la confiance en la capacité de la politique à changer radicalement les choses. Cher·e·s camarades, Les semaines qui viennent vont être décisives, tant du point de vue de la bataille idéologique à mener dans le pays que des initiatives politiques à faire grandir pour donner une issue de progrès à la colère populaire qui grandit. Dans un contexte de confinement, même partiel, l’intervention communiste va s’avérer une fois encore plus complexe à mettre en œuvre. Complexe, oui, mais pas impossible, si nous mobilisons ce qui fait la force première de notre parti, je veux parler des adhérents. 

Cela passe d’abord par un effort de toutes nos directions pour renforcer les contacts et le dialogue avec ces milliers de camarades, confrontés eux aussi aux conséquences des crises que nous vivons, tant du point de vue idéologique que d’un point de vue matériel. Nous avons besoin d’aller les voir, de prendre de leurs nouvelles, de leur apporter aide et soutien quand c’est nécessaire. C’est aussi notre famille.

Prenons le temps de les voir, de les contacter, un à un, pour manifester notre solidarité, pour discuter avec tous de la situation politique dans le pays et dans le monde. Ils sont eux aussi, en réalité, les premiers de cordée de la bataille idéologique et politique que nous devons mener. Avec eux, nous pouvons décider aussi de renouer avec les chaînes de solidarité que certaines de nos sections, comme à Villejuif, avaient mises en place lors du 1er confinement, pour aider à des distributions alimentaires et débattre d’un véritable plan de lutte contre la pauvreté.

Nos adhérents sont confrontés aux mêmes angoisses, aux même colères, que l’ensemble de nos concitoyens. Alors, prenons la décision d’avoir un contact physique ou téléphonique avec chacun d’entre eux d’ici la fin de l’année. Je proposerai une cellule de suivi de ce travail au niveau national pour faire le point régulièrement. Ce sera aussi l’occasion de mieux sentir, de mieux apprécier l’état de nos adhérents, l’impact des médias et des réseaux sociaux sur leur réflexion.

Ce sera, surtout aussi, l’occasion de cultiver cet espoir et cette solidarité qui sont au cœur de notre engagement communiste.

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11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 08:14
Les montagnes du Haut-Karabakh (photo Ismaël Dupont, 11 novembre 2020)

Les montagnes du Haut-Karabakh (photo Ismaël Dupont, 11 novembre 2020)

Haut-Karabakh : PAIX ET SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE ARMÉNIEN (PCF)
 
Après six semaines d’agression militaire, de bombardements et d’exactions contre les républiques d’Artsakh et d’Arménie, l’Azerbaïdjan vient de reprendre le contrôle de plusieurs districts (Agdam, Gazakh, Kelbajar) qu’entérine le cessez-le-feu ratifié sous l’égide de Moscou.
Cette déclaration fige des positions désormais garanties par le déploiement de 1 960 soldats russes.
 
Le premier ministre arménien, Nikol Pashinian, a affirmé que sa ratification avait été « incroyablement douloureuse pour (lui) et (son) peuple ». Le bilan humain, amplement sous-estimé, est terrible puisqu’il
fait état de 1 300 morts et d’un exode massif des civils. Le nettoyage ethnique est à l’œuvre, avec sa brutalité sanguinaire, exacerbé par le nationalisme criminel du président Ilham Aliev : « J’avais dit que nous
chasserions [les arméniens] de nos terres comme des chiens et nous l’avons fait ».
 
Cette annexion de territoires arméniens, si elle renvoie à un conflit territorial ancien, ne doit pas masquer les mutations des relations internationales et à l’implication directe du régime turc.
 
Ankara a joué un rôle déterminant dans l’ouverture de ce nouveau front en équipant matériellement l’armée azérie et en l’épaulant par l’envoi d’experts et de mercenaires djihadistes. R.T. Erdogan méprise la légalité internationale et ne connait que la règle de la force et du fait accompli. Il a profité de l’absence de volonté politique et surtout de l’impuissance du groupe de Minsk (Etats-Unis, Russie, France) pour accroître son expansionnisme et pour imposer ses volontés en Irak, en Syrie et en Méditerranée orientale. Ne nous y trompons pas, ce nationalisme islamiste nourrit des relents génocidaires à l’encontre des Arméniens.
 
Les Etats-Unis, plus nettement encore sous l’Administration Trump, ont constamment protégé la Turquie de R.T. Erdogan alors qu’à la face du monde Ankara appuyait l’organisation de l’Etat islamique (DAESH) et soutient encore une kyrielle d’organisations djihadistes. L’Union européenne quant à elle, tétanisée par la question des migrants et ses divisions, a fermé les yeux sur les agissements de ce tyran allant jusqu’à extrader, encore récemment, des Kurdes promis à la mort. Quant à la Russie, menacée par plusieurs incendies dans son environnement immédiat (Donbass, Biélorussie, Kirghizistan), elle remporte la palme du
cynisme puisqu’après avoir armé les deux camps, elle doit faire face désormais à l’intrusion turque dans le Caucase. Enfin que dire de l’immense responsabilité du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, qui
refuse de reconnaitre le génocide arménien et fait de Bakou son principal allié régional en pourvoyant ce régime d’armements de pointe.
 
La communauté internationale a laissé seul un peuple victime d’un agression sauvage.
 
Dans les circonstances présentes, le peuple arménien a besoin d’une solidarité large et massive des peuples et des forces progressistes. La guerre menée par le duo turco-azérie a aggravé les tensions régionales,
les ressentiments nationalistes, chassé de leur terre les Arméniens et ne règle en aucun cas le conflit.
 
Il serait mortifère pour l’avenir de sceller la situation actuelle et de passer à autre chose.
 
La paix ne pourra jamais être fondée sur cette occupation. Il est de la responsabilité des Etats membres de l’ONU, des membres de son Conseil de sécurité, d’assurer la protection internationale des populations
arméniennes et de conduire une diplomatie offensive, sur la base des principes de Madrid, afin de frayer un chemin possible vers la paix respectant les droits inaliénables des peuples.
 
Le gouvernement d’Emmanuel Macron a gravement fait défaut l’amitié qui lie historiquement la France au peuple arménien.  Il s’est targué de sa neutralité alors qu’il a, lui aussi, armé les deux belligérants, et il a
failli dans sa responsabilité au sein du groupe de Minsk. La diplomatie française  doit s’engager résolument pour un véritable retour à la paix.
 
Dans la lutte pour une paix durable, le peuple arménien peut compter sur la solidarité du Parti communiste français.
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,
 
Paris, le 10 novembre 2020.
 
 

Haut-Karabakh. Bakou et Moscou, les deux grands vainqueurs de la trêve

Mardi 10 Novembre 2020 - L'Humanité

Un accord signé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie met un terme au conflit qui avait repris depuis le 27 septembre. Négocié sous la médiation de la Russie, ce compromis acte la victoire militaire de Bakou, qui reprend le contrôle sur une partie du Karabakh. Moscou déploie 2 000 soldats de maintien de la paix.

À l’issue de six semaines de rudes combats entre les forces arméniennes et azerbaïdjanaises au Haut-Karabakh, un accord de cessez-le-feu a été conclu, lundi soir, sous la médiation de la Russie. Ces négociations sont intervenues devant l’avancée décisive de l’Azerbaïdjan sur le terrain. Ces dernières semaines, Bakou a infligé plusieurs défaites aux Arméniens de la république autoproclamée de l’Artsakh (nom d’une ancienne province du royaume d’Arménie) dans le sud autour d’Hadrout et plus au nord avec la prise, ces dernières heures, de Chouchi. La ville forteresse, érigée sur les hauteurs des massifs caucasiens s’avère un point stratégique. Elle est située à une dizaine de kilomètres en amont de la capitale Stepanakert et domine le corridor de Latchin. Chouchi apparaît comme un véritable verrou avec le passage de la seule route d’accès qui relie l’Arménie au Karabakh, en partant notamment de Goris.

Bakou aurait pu contrôler l’ensemble du Karabakh

Le président de l’Artsakh, Arayik Harutyunyan a expliqué avoir été obligé de « capituler » pour aboutir à ce cessez-le-feu. Après la perte de Chouchi, le 9 novembre, « les combats se rapprochaient de Stepanakert. Au rythme de l’avancée militaire (des Azéris - NDLR), nous aurions perdu l’ensemble de l’Artsakh en quelques jours et subi de lourdes pertes ». Mais il a tenu à saluer « nos forces armées qui ont pu résister pendant 43 jours » malgré les nombreuses maladies (coronavirus, dysenterie) et blessés, et critiqué la responsabilité de ces prédécesseurs dans cette défaite.

Plusieurs témoignages évoquent un bilan qui s’approchait des 4 000 morts au total. Ce compromis met donc un terme à un conflit extrêmement meurtrier qui avait repris après l’offensive lancée par Bakou, le 27 septembre. Les neuf points de l’accord et sa signature entre le président azéri Ilham Aliev et le premier ministre arménien Nikol Pachinian ont été révélés par le président russe, Vladimir Poutine qui réaffirme son rôle de médiateur, évinçant les autres acteurs : l’Europe et les États-Unis.

Un compromis qui entérine la défaite arménienne

Ce quatrième cessez-le-feu, entré en vigueur ce 10 novembre, est-il le bon ? Pour de nombreux de diplomates, deux aspects marquent une très nette différence vis-à-vis des précédents. Ce texte acte la victoire militaire de l’Azerbaïdjan et la présence des forces de maintien de la paix russes. Pour Dmitri Trenin, membre du Conseil russe des affaires internationales (Riac), « ce compromis permet d’arrêter la guerre et les tueries. Mais il ne s’agit pas encore d’un véritable accord de paix. La route pour y aboutir sera encore longue et difficile. L’Arménie aura du mal à accepter la défaite. Un nouvel équilibre se dessine dans la région. La Russie s’est révélée indispensable, mais a dû accepter la place prise par la Turquie alors que l’importance de l’Occident a considérablement chuté ».

Les divers termes de l’accord offrent à la Russie de se maintenir en position de force dans son « pré carré » que demeure le Caucase du sud. Globalement, Poutine, obtient de revenir militairement dans cette zone et ce pour une longue période. L’accord établit en effet que « des troupes de maintien de la paix de la Fédération de Russie seront déployées le long de la ligne de contact dans le Haut-Karabakh et le long du couloir de Latchin », et que ces soldats russes « y resteront pendant une période de 5 ans, et une prolongation automatique de 5 années supplémentaires, si aucune des Parties ne déclare son intention de mettre fin à l’application de cette disposition 6 mois avant l’expiration de la première période ».

La Russie s’impose comme le principal médiateur

Poutine finalement apparaît comme le maître des horloges dans ce conflit. « La Russie n’a jamais souhaité mener une guerre au Haut-Karabakh pour compenser les propres faux pas d’Erevan (aux yeux de Moscou). La Russie avait aussi ses propres raisons de maintenir de bons liens avec l’Azerbaïdjan. Elle ne souhaitait pas non plus ruiner sa relation très compliquée avec la Turquie qui compte énormément dans son jeu diplomatique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Néanmoins, Ankara n’obtient pas de rôle formel », analyse Alexander Gabuev, du centre Carnegie.

Pour Bakou, cet accord qui marque sa victoire militaire (avec le soutien de la Turquie et des armements israéliens) constitue une revanche après les concessions territoriales subies par les Azéris, au terme de la première guerre 1991-1994. Le président Aliev, s’est d’ailleurs félicité d’une « capitulation » de l’Arménie. « Nous avons forcé [le premier ministre arménien] à signer le document, cela revient à une capitulation », a-t-il déclaré à la télévision. De son côté, la Turquie a salué les « gains importants » de l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh. Le président français, Emmanuel Macron a demandé de travailler à un « règlement politique durable » qui « préserve les intérêts de l’Arménie » et réclamé « fermement à la Turquie de mettre fin à ses provocations » dans ce conflit.

L’Arménie plonge dans une crise politique

Avant l’annonce de l’accord dans la nuit de lundi à mardi, la journée avait été marquée aussi par un hélicoptère Mi-24 de l’armée russe abattu par erreur par l’Azerbaïdjan au-dessus de l’Arménie. La partie azerbaïdjanaise s’est excusée pour « cet incident tragique ». Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, souligne que « n’ayant pu préserver le statu quo en vigueur depuis 1994, la Russie se sort très bien de la crise du Karabakh — à court terme en tout cas » mais que « l’instabilité à Erevan et la montée en puissance de Bakou seront des dossiers à gérer ». À ses yeux, cette crise va conduire au « renforcement probable du dialogue avec Téhéran », pays frontalier.

Une crise politique s’ouvre en Arménie depuis la signature de cet accord. Dans la capitale, la situation est particulièrement tendue. Des milliers de personnes ont manifesté leur colère, encerclant les abords du siège du gouvernement à Erevan et qualifiant de « traître » le premier ministre. 17 partis, dont celui de l’ancien premier ministre Serge Sarkissian, chassé du pouvoir en 2018 par Nikol Pachinian avec l’aide de la rue, ont exigé sa démission. Des centaines de protestataires ont pénétré dans les locaux et ont pris d’assaut également le siège du Parlement. Mardi matin, la police avait repris les deux bâtiments.

Concédant la défaite, le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a justifié sa position. « J’ai signé une déclaration avec les présidents de Russie et d’Azerbaïdjan sur la fin de la guerre au Karabakh », a-t-il déclaré, qualifiant cette initiative d’« incroyablement douloureuse pour moi et pour notre peuple ». Face à cette instabilité, le président Armen Sarkissian a proposé d’entamer des « consultations politiques pour trouver dès que possible une solution protégeant les intérêts nationaux » et « former en urgence » un gouvernement d’union nationale. Selon Arnaud Dubien, « le chef de l’état-major arménien Onik Gasparian, qui a rencontré ce matin des partis d’opposition, est vu à Moscou comme un successeur potentiel de Pachinian ». Pour éviter de se mettre à dos l’Arménie et sa population, Moscou devrait remettre rapidement à niveau l’armée arménienne et renforcer ses partenariats avec son allié.

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