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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 06:02
Jeudi, 23 Avril, 2020 - L'Humanité
Message du souvenir 2020 Il y a soixante quinze ans…

Voici le message lu à l’occasion de la Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation du Dimanche 26 avril 2020.

Il y a soixante quinze ans, au printemps 1945, plus de 700 000 hommes, femmes et enfants étaient regroupés dans ce qui restait de l’univers concentrationnaire et génocidaire nazi à l’agonie.

La moitié d’entre eux devait encore périr, notamment dans les marches de la mort, avant que les armées alliées, dans leur progression, n’ouvrent enfin les portes des camps sur une insoutenable vision d’horreur.

Les survivants de ce drame du genre humain, par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort.

Le 1eroctobre 1946 s’achevait le procès de Nuremberg qui fondait la notion de « crime contre l’humanité » et posait les bases du droit pénal international.

De tout cela, rien ne doit être oublié...

Et pourtant, si les déportés ont su montrer dans les pires circonstances que la résistance face au crime demeurait toujours possible, leur persévérance à témoigner partout et auprès de tous ne suffit pas à faire disparaître la haine, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et le rejet des différences.

Combattre sans relâche les idéologies qui affaiblissent notre modèle républicain et prônent le retour à l’obscurantisme et au fanatisme,

Promouvoir la tolérance,

Investir dans l’éducation morale et civique des jeunes générations.

C’est le message des déportés, qui veulent faire de la journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation,une journée d’hommage, de recueillement, et plus encore, d’engagement personnel.

La période dramatique de la déportation rappelle en effet cruellement que les êtres humains sont responsables de l’avenir qu’ils préparent à leurs enfants, et qu’ils partagent une même communauté de destin.

Ce message a été rédigé conjointement par la Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis, l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR).

Ce message a été rédigé conjointement par la Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis, l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR).

Le 29 avril 1945, les prisonniers du camp d’extermination de Dachau célébrent leur libération par les soldats américains. L’Humanité/Keystone-France

Le 29 avril 1945, les prisonniers du camp d’extermination de Dachau célébrent leur libération par les soldats américains. L’Humanité/Keystone-France

Vendredi, 24 Avril, 2020 - L'Humanité
Seconde guerre mondiale. La fin des camps de la mort

En avril 1945, les troupes nazies reculent devant l’avancée de l’Armée rouge à l’est et des troupes alliées à l’ouest. Les camps de Buchenwald, Bergen-Belsen, Ohrdruf, Nordhausen, Dachau et Ravensbrück sont libérés. Une vision d’horreur qui éclate au grand jour.

 

Il fallut attendre le mois d’avril 1945 pour en finir avec le système concentrationnaire que les nazis avaient développé depuis leur arrivée au pouvoir et leur domination sur l’Europe. La fin des camps, rendue possible par l’effondrement de l’armée allemande devant l’action conjuguée des armées alliées, fut dramatique. Rappeler ces faits aujourd’hui reste indispensable si l’on veut comprendre et se souvenir de ce qu’a représenté la déportation dans ses différentes dimensions.

Les conditions particulières dans lesquelles se déroulent, en avril 2020, les manifestations commémoratives de la déportation n’enlèvent rien à leur importance. Inscrite dans la commémoration plus générale du 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Journée consacrée au souvenir et à la commémoration de la déportation continue de revêtir une importance particulière. La crise sanitaire redonne une actualité inattendue aux idéaux portés par la Résistance qui, dans la France occupée, démantelée et pillée, titrait son programme pour la Libération de la France du beau nom : « les Jours heureux »… Mais, en avril 1945, la guerre continuait encore et les jours étaient assombris par les révélations apportées par les armées alliées découvrant l’horreur des camps.

Dans un article précédent, publié à l’occasion de la journée du 27 janvier, date retenue internationalement pour commémorer, non pas la libération des camps, mais « la mémoire de l’Holocauste » et la libération par les troupes soviétiques du camp d’Auschwitz en janvier 1945, notre dossier rappelait le lien entre la politique génocidaire à l’égard des populations juive et tzigane et la déportation. Les différents camps et centres de mise à mort installés et administrés par les deux grands Offices centraux du Reich, placés sous l’autorité de Himmler, faisaient partie d’un dispositif répressif dont le développement a accompagné l’extension du IIIe Reich, en Allemagne, puis dans l’Europe occupée.

Une situation dont la population concentrationnaire fut également victime

En 1944 et au début de 1945, devant l’avancée des troupes soviétiques, les dirigeants nazis s’efforcèrent de vider les camps et d’effacer les traces des centres d’extermination installés depuis 1942 dans les territoires de l’Est. Ainsi une grande partie des déportés évacués des camps d’Auschwitz arrivèrent dans les camps de l’Ouest situés en Allemagne dans un état sanitaire épouvantable, au terme d’un périple meurtrier. En mars-avril 1945, les dirigeants nazis étaient animés de préoccupations successives et contradictoires, puisqu’ils tentaient jusqu’au bout de maintenir l’effort de guerre et le travail forcé des détenus, de marchander le sauvetage de déportés, tout en s’efforçant d’effacer les traces de leurs méfaits. Les bombardements alliés des voies ferrées, des zones industrielles liées aux camps, comme l’avancée des troupes, américaines et britanniques à l’ouest, soviétiques à l’est, aggravèrent une situation dont la population concentrationnaire fut également victime.

Les milliers de cadavres et de mourants que les soldats américains et britanniques découvrirent en pénétrant dans les camps-mouroirs comme ceux de Bergen-Belsen, d’Ohrdruf ou de Nordhausen ou dans les camps de Buchenwald et Dachau constituent une vision d’horreur dont la presse internationale va se faire largement l’écho. La stupeur est d’autant plus forte que la population allemande a, sauf exception admirable, assimilé la propagande présentant les déportés épuisés qui traversaient villes et villages comme de dangereux bandits.

Le spectre de la révolte des déportés est d’ailleurs agité par des autorités locales nazies pour justifier et organiser des massacres comme celui de Gardelegen, où un millier de déportés furent brûlés vifs dans une grange, crime atroce découvert par les soldats américains arrivés sur place alors que les cendres étaient encore chaudes. Le 7 avril, un convoi avait évacué plusieurs milliers de déportés vers le camp de Dachau, en Bavière, où un train arrive après dix jours d’un périple interminable. Il ne restait quasiment plus que des cadavres dans les wagons, comme le découvrirent les troupes américaines à leur arrivée près de ce camp modèle installé par les nazis dès 1933.

En septembre aura lieu une exposition sur le retour des déportés

Les images des jeunesses hitlériennes amenées devant les wagons remplis de cadavres, comme celles des habitants de Weimar devant les charniers et fosses communes du camp de Buchenwald, publiées par la presse internationale et les actualités filmées, confèrent au combat contre le nazisme une dimension éthique qui s’affirme, alors même que le suicide d’Hitler et la capitulation des dirigeants nazis sont désormais l’objet de l’opprobre international et que l’Organisation des Nations unies tient sa session inaugurale à San Francisco.

Aujourd’hui, la Fondation pour la mémoire de la déportation est cosignataire, avec les fédérations et associations de déportés, d’un message rappelant à tous nos concitoyens ce qu’a été la déportation. Dans le cadre du partenariat avec le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui a repris ce message, elle organisera, en septembre, une exposition sur le retour des déportés, et une journée sur la place des femmes dans la Résistance et la déportation. « Mémoire et vigilance », intitulé de cet engagement commun, sont des termes qui nous semblent convenir aux temps présents.

À retrouver sur l’Humanité.fr le message des associations d’anciens déportés et de transmission de la mémoire qui sera lu à l’occasion de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation dimanche 26 avril.
Serge Wolikow Historien, président de la Fondation pour la mémoire de la déportation
Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation le 26 avril 2020: ne pas oublier!

Le film cité de la Muette est d'une grande actualité dans ce moment de commémoration du 75e anniversaire de la libération des camps et à une encablure d'un 8 mai qui va nécessiter beaucoup d'imagination et d'énergie pour qu'il soit commémorer dans la dignité et respectueux des valeurs de ce que fut l'écrasement du nazisme avec ,en France en point d'orgue, de la défaite de la collaboration, l'affirmation des valeurs portées par toute la Résistance autour du CNR . L'IHS CGT le propose à la redécouverte:

https://vimeo.com/278189683

Du 20 au 26 avril 2020, journée du souvenir des victimes de la déportation,

découvrez en accès libre Cité de la muette de Jean-Patrick Lebel

Cité de la Muette est le premier documentaire consacré au camp de Drancy, principal centre d’internement des juifs français et étrangers avant leur extermination en Europe de l’Est durant la Seconde Guerre mondiale. Le film ausculte les lieux de l’internement et donne la parole à des témoins encore jeunes, dont beaucoup livrent leur expérience pour la première fois devant une caméra.

Ces entretiens, captés entre 1982 et 1983 par Dominique Chapuis (chef-opérateur de Shoah de Claude Lanzmann), constituent de précieux matériaux pour l’histoire de la résistance communiste et juive. Paulette Sarcey, résistante au sein d’un groupe de jeunes communistes de la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), y raconte son parcours militant avec un remarquable sens du récit.

Paula. Survivre obstinément - le témoignage de Paulette Sarcey, déportée, résistance, juive, communiste


" Pas un documentaire, un film utilisant toutes les ressources du cinématographe pour dire
l’ordinaire d’une situation extraordinaire. Jamais d’émotion surjouée. Un film, vraiment."

Emile Breton,
L'Humanité

 

" Raconter, c’est ça que Paulette et ses camarades ont dans la tête, de manière obstinée.
Lutter, saboter. Rester ensemble "

Emmanuelle Peyret,
Libération



" Un documentaire magnifique "
Laurent Delmas, On aura tout vu, France Inter


" Le récit de la résistante nous laisse dans l'admiration la plus totale "
Élise Racque,
Télérama

 

" Paulette Sarcey exprime avec une détermination exemplaire sa double appartenance
à une minorité « raciale » persécutée et à une minorité politique luttant contre l’occupant "
François Albera,
Le Monde diplomatique


" Paulette Sarcey, juive, communiste et résistante à Auschwitz " - RFI, La Marche du monde

Mémoires vives avec Denis Peschanski - RCJ

Liberté sur paroles avec Tangui Perron - Radio Aligre

 

Le film Cité de la muette et l'intégralité de l'entretien avec Paulette Sarcey
sont à retrouver dans un coffret 2 DVD accompagné d'un livret pédagogique
Plus d'informations sur le site de Ciné-Archives

 

Radio. Communiste, juive, résistante, elle témoigne sur RFI
Vendredi, 24 Janvier, 2020 - L'Humanité

La marche du Monde www.rfi.fr, à partir d’aujourd’hui Diffusé dimanche 26 janvier à 11 h 10 sur l’antenne de RFI
Paulette Sliwka-Sarcey a plus de 95 ans et a vécu l’horreur de la déportation à Auschwitz-Birkenau, en 1943. Un témoignage saisissant sur l’univers concentrationnaire.

 

«Nous , nous étions un groupe, une organisation. Il y avait toujours quelqu’un pour soutenir l’autre. Pour survivre, et témoigner. » Paulette Sarcey, au micro de Valérie Nivelon, raconte ses années de résistance et de déportation. Et c’est bouleversant, tant sa voix sonne clair, tant ses souvenirs sont précis dans l’horreur, mais aussi dans la pudeur. Ses paroles sont pour RFI le moyen de célébrer le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Paulette Sarcey est née en 1924 à Paris, dans le quartier de Belleville, de parents juifs polonais persécutés pour leurs opinions communistes dans leur pays d’origine. Elle joue dans la rue, elle participe aux patronages fondés par son père et d’autres militants. Quand les nazis débarquent à Paris, elle refuse de porter l’étoile jaune. Et entre dans la clandestinité, avec un groupe de militants, dont Henri Krasucki, alors son compagnon. Ils étaient 27 membres : ils ne sont plus que 6, à son retour d’Auschwitz, en 1945. Leurs missions : balancer des tracts dans les cinémas, saboter des entreprises…

Et ce que raconte Paulette Sarcey, c’est la façon dont elle a survécu, après que son réseau a été trahi : par la solidarité avec les membres de son groupe, d’abord à Drancy, puis dans le convoi, le 23 juin 1943, qui envoie ces hommes, ces femmes et ces enfants vers l’horreur. Mais elle dit aussi la force de la solidarité quand l’espoir est réduit à néant, les sabotages dans le camp, les dons de nourriture aux plus faibles, les chaussures et la gamelle qu’on doit protéger pour survivre. Avec au cœur cette force du collectif, qui se renoue à l’intérieur du camp. Elle évoque son hébétude devant la liberté retrouvée, aussi. Et cette force de combattre, qui la porte jusqu’à aujourd’hui.

L’intégralité de l’entretien avec Paulette Sarcey ainsi que le film Cité de la Muette, qui en reprend quelques extraits, sortiront en DVD fin janvier dans une coédition Ciné-Archives et Périphérie.
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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 05:51
Débat. Classes populaires : vers une reconnaissance de celles et ceux qui font réellement tourner le pays ? - 3 sociologues s'expriment dans l'Humanité, propos recueillis par Sylvestre Rome (24 avril 2020)
Vendredi, 24 Avril, 2020 - L'Humanité
Débat. Classes populaires : vers une reconnaissance de celles et ceux qui font réellement tourner le pays ?

L’épidémie de Covid-19 a mis à terre l’économie. Caissières, ouvriers, routiers et autres livreurs à vélo tiennent le pays à bout de bras, démontrant, s’il était nécessaire, leur rôle incontournable dans notre société. Cette crise peut-elle signer le retour des classes populaires ?

Pour en débattre : Yasmine Siblot, chercheuse au laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l’économie (IDHE)  Gérard Mauger, Directeur de recherche émérite CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne et Sarah Abdelnour, sociologue, maîtresse de conférences à l’université Paris-Dauphine

 

 

Pourquoi les travailleurs les plus précaires sont également les plus exposés à ce virus ?

 

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Yasmine Siblot

Les inégalités sociales explosent depuis le début de cette crise sanitaire, économique et sociale : les inégalités de classe, mais aussi de genre, les inégalités liées à la nationalité ou à l’origine, territoriales, d’âge, de situation familiale, etc. Les membres des classes populaires sont particulièrement touchés par le Covid-19 et les problèmes de santé plus largement, mais aussi par toutes les conséquences de la crise, en termes professionnels, financiers, de logement, scolaires, de prise en charge des personnes fragiles. Ils sont touchés en tant que travailleurs et travailleuses, en tant qu’élèves et parents d’élèves, habitants de logements surpeuplés ou délabrés, personnes âgées isolées, résidents de foyers, étrangers, habitants de zones urbaines où les services publics sont sous-dotés, de zones rurales ou périurbaines où les structures médicales font défaut, etc. Pour toutes les familles et personnes qui ont de faibles revenus, qu’ils soient issus du salariat, de prestations sociales ou du travail informel, la situation est très difficile, car les ressources baissent mais les dépenses augmentent. C’est en particulier le cas en Seine-Saint-Denis, et cela touche également les étudiants : une distribution de colis de nourriture a été organisée par des syndicats, le Secours populaire et des militants et bénévoles pour les étudiants de Paris-VIII, mon université ; il y a eu plus de 700 demandes en quelques jours.

 

Gérard Mauger On peut voir dans la situation « extra-ordinaire » créée par cette pandémie l’équivalent d’une expérience de laboratoire. Elle rend visibles des faits essentiels qui échappent à la vision commune du monde social. Ainsi découvre-t-on la hiérarchie de l’utilité sociale des métiers. Elle s’avère à peu près inverse de celle des salaires et du prestige qu’on leur accorde usuellement (leur valeur symbolique). D’abord, bien sûr, les métiers de la santé – y compris les « petits métiers », les plus nombreux, qui n’en sont pas moins indispensables – et leur périphérie, comme les aides à domicile ou celles et ceux qui viennent en aide aux plus démunis. Mais chacun découvre aussi le caractère « vital » des métiers de l’alimentation et de la distribution : des chauffeurs aux livreurs en passant par les caissières de grande surface, sans oublier les femmes de ménage et les éboueurs… Au fond, la pandémie rappelle à ceux qui pensaient pouvoir les oublier les caractéristiques universelles de l’existence corporelle et les nécessités qu’elles impliquent. Parce que ces métiers sont indispensables et incompatibles avec le télétravail, ceux (celles) qui les exercent ne sont pas confiné(e)s et ils (elles) sont donc aussi les plus exposé(e)s au virus. A contrario, la pandémie révèle, s’il en était besoin, l’inutilité de ce que Veblen appelait la « classe de loisir », « classe oisive » absente de tout travail productif (traders, banquiers, managers, consultants et conseillers de toutes sortes, communicants ou éditocrates, etc.) et la vanité de ses consommations « ostentatoires » (irresponsables, obscènes et, pour tout dire, stupides).

 

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Sarah Abdelnour

Les travailleuses et travailleurs précaires sont bien souvent dans des métiers vitaux mais sont paradoxalement mal protégés pour les exercer. Dans cette période de crise, les premiers de cordée sont précisément celles et ceux qui ont été dénigrés, voire réprimés par le gouvernement : soignants, caissières, dockers, postiers, etc., la liste est longue. Et parmi eux, des travailleurs aux missions essentielles. Et pourtant, ces métiers figurent souvent en bas de l’échelle des rémunérations et de la reconnaissance. Si les médecins font exception, le manque d’écoute politique dont ils ont souffert ces derniers temps est néanmoins patent. Pour les autres, leur position subalterne est le résultat paradoxal d’une société de la qualification et du diplôme. Ce qui est essentiel est insuffisamment reconnu. C’est un résultat bien connu pour le travail des femmes, et notamment ce travail du « care » qui consiste à prendre soin des autres, jeunes, malades, personnes dépendantes… Une mission pourtant cruciale, mais bien souvent rabattue sur une prétendue essence féminine, et donc privée d’une véritable reconnaissance sociale. Ce qui apparaît tout aussi brutalement, c’est l’écart indécent des rémunérations. Rappelons ici que les 10 % des salariés du privé les mieux rémunérés gagnent 21 fois plus que les 10 % les moins bien payés. Ainsi, les travailleurs subalternes sont les plus mobilisés au travail, mais ce sont aussi les moins bien protégés. Car ils et elles sont peu rémunérés, vivent plus loin de leur travail et dans des logements à plus forte densité, prennent les transports en commun, ont moins accès aux soins médicaux. Et, pour une partie d’entre eux, car ils sont précaires et mal protégés contre les risques comme la maladie. C’est le cas notamment des autoentrepreneurs, chauffeurs et livreurs, qui ne bénéficient d’aucune couverture chômage, d’aucune compensation financière, et sont donc obligés de travailler, en s’exposant au risque, et cela sans indemnités s’ils tombent malades pour les plus récemment inscrits.

 

Le gouvernement semble découvrir leur rôle essentiel dans notre société. Peuvent-ils alors espérer une plus grande reconnaissance sociale ?

 

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Gérard Mauger

Cette fraction des classes populaires, majoritairement féminine et souvent issue de l’immigration, très présente dans les rangs des gilets jaunes, a eu droit à la reconnaissance télévisée du chef de l’État et à celle des éditorialistes, célébrant leur « engagement », leur « dévouement », leur « sacrifice ». S’il fallait croire Emmanuel Macron qui, dans la péroraison de son allocution télévisée du 13 avril, reprenait à son compte l’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » – et semblait se faire un devoir de « donner toute sa force à ce principe », demain, les derniers seraient les premiers, les « sales boulots » dont parlait Everett Hughes seraient symboliquement et financièrement revalorisés, ceux qui ne sont « rien » (comme le leur disait récemment Emmanuel Macron) seraient « tout ». Peut-on le croire quand il se dit prêt, lui « le premier », à « se réinventer » ? On ne change pas de convictions, de croyances, d’intérêts, de prédilections et d’aversions, bref de manières d’être, comme on change de chemise et le voudrait-il que l’univers dans lequel il est pris – ce que Bourdieu appelait « le champ du pouvoir » – se chargerait de le rappeler à l’ordre.

 

Sarah Abdelnour La crise actuelle fait émerger un débat certainement salutaire sur ce qui fonde la légitimité des rémunérations et sur les liens entre utilité sociale et salaire. Ce débat met en lumière la sous-rémunération de métiers essentiels à la survie et à la vie d’une société. Il pourrait aussi amener à questionner le bien-fondé des plus hauts revenus, et à interroger leur sous-contribution au financement des biens collectifs. Comme il pourrait mettre au jour les dangers qu’engendre la privatisation des services publics, et l’exemple américain est en ce sens effrayant. Mais pour que sortie de crise rime avec progrès social, les travailleurs (mais aussi étudiants, chômeurs, retraités) risquent d’avoir à batailler pour défendre un autre projet de société. Pour l’heure, le gouvernement s’entête à prévoir des plans de « rationalisation » dans les hôpitaux, synonyme en novlangue d’austérité et de fermeture de lits. Cet acharnement est absurde quand on sait combien cette gestion par le flux tendu et la pression s’est révélée catastrophique. La gestion néolibérale, qu’on nous présente comme innovante et raisonnable, quand la dépense publique ne le serait pas, est finalement incapable de prendre en charge l’incertitude et de protéger la population des risques, et se révèle donc clairement irresponsable.

Yasmine Siblot Cette crise rappelle à quel point ces inégalités sont présentes dans notre société, et que les rapports de classes sont à la fois des rapports d’exploitation et des rapports de pouvoir : celles et ceux qui sont les plus exposés aux risques de contamination y sont contraints par des nécessités matérielles et par des relations de subordination, dans un contexte où une partie des employeurs, soutenus par la politique gouvernementale, ne veut pas renoncer à faire travailler une main-d’œuvre qui n’a pas la possibilité de refuser, y compris pour des activités qui ne sont pas nécessaires. Dans les secteurs indispensables ce sont les moins qualifiés qui sont souvent les moins bien protégés : caissières, aides-soignantes, éboueurs, agents de nettoyage, agents de tri à La Poste, aides à domicile, livreurs… Il n’est pas facile de mener des enquêtes sociologiques en ce moment, et ce type d’enquête prend beaucoup de temps, mais de nombreux reportages menés par des journalistes et de nombreux témoignages circulent pour rendre compte de ces situations. Pour ma part, je mène depuis l’an dernier une recherche auprès de migrantes portugaises venues en France lors de la crise de 2008, et qui occupent divers emplois dans le ménage et l’entretien ; j’ai recontacté les personnes que j’ai rencontrées : les plus stables d’entre elles, celles qui sont devenues agents de service dans des institutions publiques, ou qui travaillent chez des particuliers avec de l’ancienneté, peuvent rester chez elles, mais certaines perdent des revenus ; les plus précaires, celles qui travaillent pour des grosses entreprises du nettoyage comme Atalian, et celles qui sont seules en charge de leurs enfants (et parfois de leurs parents), sont contraintes à travailler dans des conditions très mauvaises ou se retrouvent dans une grande précarité.

Que faire pour que cela se traduise par des actes concrets ?

Sarah Abdelnour Si les travailleurs veulent une revalorisation des bas salaires, une meilleure reconnaissance des métiers essentiels, des statuts d’emploi protecteurs et un financement pérenne des services publics, il va falloir s’organiser pour défendre cet autre projet. Ce moment de crise doit faire l’objet d’analyses politiques, et fournir l’occasion d’une remise à plat et d’un questionnement sur les enjeux écologiques et sociaux. Pour cela, former des collectifs de débat, de résistance est indispensable. Les tenants du retour à la normale seront nombreux. Il faut montrer qu’une autre voie est possible, et il va sans doute falloir élever la voix pour se faire entendre.

Gérard Mauger Peu importe, à vrai dire, la sincérité ou l’hypocrisie des déclarations philanthropiques et des « bonnes résolutions » du président de la République. Parce qu’elles sont opposables à celui qui les prononce, parce que ce qu’il dit est opposable à ce qu’il fait ou ce qu’il se propose de faire, elles sont une ressource stratégique pour la mobilisation politique et/ou syndicale. Aujourd’hui, la moindre des choses est de donner les moyens de se protéger à celles et ceux qui s’exposent. Demain, il faudra revaloriser les salaires de celles et ceux dont on proclame la « valeur » et qu’on se contente de payer de mots ou, à la rigueur, de primes. Plus généralement, en faisant basculer l’« ordre des grandeurs » communément admis, l’expérience de laboratoire provoquée par la pandémie (et demain par le réchauffement climatique) donne à voir un capitalisme néolibéral mondialisé à bout de souffle… Reste que tout sera fait pour le réanimer : il faut donc tout faire pour que le Covid-19 en vienne à bout…

Yasmine Siblot Le gouvernement n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger les salariés en réduisant le plus possible les activités à celles qui sont indispensables, en s’assurant que les salariés contraints de travailler disposent de protection, y compris dans le domaine de la santé. On peut douter qu’il en aille différemment à l’avenir. Mais on peut espérer qu’il y ait une reconnaissance au sein de la population. Les soignants sont applaudis tous les soirs, mais des caissières et des éboueurs sont également remerciés. Il y a de nombreuses formes de solidarité, et les syndicats jouent un rôle important. Il faut faire en sorte que ça dure !

Entretiens croisés réalisés par Sylvestre Rome
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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 05:22
Source de la photo: siteducyclisme.net - Michel Nédelec

Source de la photo: siteducyclisme.net - Michel Nédelec

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

82/ Michel Nédelec (1940-2009)

Michel Nédelec est né à Plougastel-Daoulas le 4 mars 1940. Ce finistérien fit partie des grands sportifs communistes.

Grand cycliste, il fut champion de France de poursuite en 1960 et en 1965, remporta la course Bordeaux-Paris en 1964. Il fut au sein de l'équipe Peugeot le coéquipier de Tom Simpson. Il a participé aux Tours de France de 1964 et 1965, puis est devenu directeur sportif de l'équipe Saint-Etienne Pelussin dans les années 1980, et président de l'Union nationale des cyclistes professionnels (UNCP). Il participa longtemps à l'organisation du Tour de Bretagne, le Ruban granitier breton.  Michel Nédelec fut adhérent de la section PCF de Brest jusqu'à son décès.

Jean-Emmanuel Ducoin écrivit dans l'Humanité du 7 octobre 2009 un bel hommage lors de son décès le 3 octobre 2009 : « Sa grandeur longiligne offrait à sa silhouette l'allure triomphale des coureurs professionnels éternels et, par-delà les âges, quand il vous serrait la main après une longue attente, reprenant la discussion où nous l'avions laissée sur cette nécessaire « vélorution » à enclencher, c'était comme si le temps n'avait pas oeuvré entre nous. L'ancien cycliste professionnel Michel Nédélec s'est éteint, à l'âge de soixante-neuf ans, dans son Finistère, emportant avec lui la discrète renommée d'un homme fidèle à ses convictions. Grand ami de l'Humanité depuis toujours, communiste de la première heure, il fut dans les années soixante, au sein de l'équipe Peugeot, le coéquipier rigoureux mais lucide d'un certain Tom Simpson, mort dans le Ventoux en 1967, dont il parlait souvent avec l'émotion de ceux qui savent le prix d'une vie sacrifiée.

Tellement cycliste qu'il en était breton, Michel Nédélec, originaire de Plougastel-Daoulas, avait accroché à son palmarès un Bordeaux-Paris de légende, en 1964, après une échappée de plus de 200 kilomètres. Raccrochant le vélo, il fut directeur sportif de l'équipe Saint-Étienne-Pélussin dans les années quatre-vingt, présida l'Union nationale des coureurs professionnels (UNCP) et participa longtemps à l'organisation du Ruban Granitier Breton (tour de Bretagne) dont il clamait la fierté. L'annonce de sa disparition plonge la petite reine dans le deuil : Michel incarnait, en effet, une certaine idée du cyclisme, lui l'inlassable artisan d'une vision sociale et citoyenne du sport. Membre du PCF toute sa vie, ami de notre ex-directeur Roland Leroy, il avait co-imaginé au début des années quatre-vingt-dix la possibilité d'une course Paris-Moscou, hélas avortée... Notre ancien journaliste Émile Besson s'exclamait hier : « Mon Dieu, je l'ai eu au téléphone il y a dix jours. Il était révolté par la situation politique... »

Michel Nédelec en course (pinterest)

Michel Nédelec en course (pinterest)

http://www.portde.info/index.php?post/2008/06/19/80-le-cyclisme-sport-hors-norme-raconte-par-page-3

http://www.portde.info/index.php?post/2008/06/19/80-le-cyclisme-sport-hors-norme-raconte-par-page-3

Lire aussi:

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 81/ Eric Texier (1902-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 80/ Théophile Kerdraon ( 1891-1984)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 79/ André Guéziec (1922-1941)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 78/ Jean Kérautret (1918-1942) et Vincent Guivarc'h (1918-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 77/ Emile Le Page (1922-1942) et Pierre Jolivet (1921-1942)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 76/ Louise Tymen (1925-2015)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 75/ Yves Giloux (1921-1943)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 74/ André Garrec (1922-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 73/ Frantz Boucher (1924-1944)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 72/ François Echardour (1925-1988)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 71/ Marie Le Manchec (1914-1999)

100 ans d'engagements communistes en Finistère: 70/ Charles Moigne (1894-date de décès inconnue)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 69/ Jean Le Tréis (1884-1970)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 69/ Jean Le Tréis (1884-1970)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes: 67/ François Tournevache (1919-1993)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 66/ Jos Quiniou (1900-1976)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 65/ François Gaonac'h (1901-1978)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 64/ Paul Lespagnol (1949-2003)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 62/ Le docteur Tran

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 61/ Jean-Marie Plonéis (1934-2018)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 60/ Guillaume Bodéré

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 58/ Guy Laurent (1940-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 57/ Eugène Kerbaul (1917-2005)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 56/ Pierre Cauzien (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 55/ Albert Jaouen (1909-1976)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 54/ Pierre Hervé (1913-1993)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 53/ Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier (1910-2007)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 52/ Yves Le Meur (1924-1981)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 51/ Jean Burel (1921-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 50/ Jacob Mendrès (1916-2012)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

 

 
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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 14:47
1972 - Jacques Duclos, Jean-Franois Hamon, secrétaire de section de Quimper, et Piero Rainero

1972 - Jacques Duclos, Jean-Franois Hamon, secrétaire de section de Quimper, et Piero Rainero

Le 25 avril 1975 disparaissait l'une des grandes figures du mouvement communiste français et international : Jacques Duclos.

Ci-joint une photo de l'un de ses passages dans le Finistère en 1972 pour un meeting au théâtre de Quimper devant une salle archi-comble, et il y avait autant de monde dehors qui suivait son propos car nous avions sonorisé l'extérieur. Je me souviens qu'un ancien député de droite du Finistère, Hervé Nader qui avait connu Jacques Duclos à l'Assemblée, était venu au meeting pour rencontrer son ancien collègue qu'il avait interpellé publiquement à cette occasion de façon fort civile, ce qui avait conduit à un échange sans concession mais très courtois avec Jacques Duclos sous les applaudissements d'une salle enthousiaste.

La photo où l'on voit aux côtés de Jacques Duclos, Jean-François Hamon secrétaire de la section de Quimper et moi-même a été prise à l'Hôtel Pascal de Quimper lors du point de presse. Les propriétaires, Rosa et Jean Quéré, des amis que nous connaissions très bien gardèrent longtemps le souvenir de cette rencontre et ne manquaient jamais de rappeler combien ils avaient été honorés d'avoir accueilli Jacques Duclos en montrant le livre d'or portant sa signature aux côtés de bien d'autres prestigieuses.

Pour mémoire à l'élection présidentielle de 1969 Jacques Duclos avait obtenu 67 141 suffrages, 17% dans notre département.

Il y avait alors 2 926 adhérents à notre parti (1 202 dans ce qui allait devenir la Fédé-Nord l'année suivante et 1 724 ans la partie du Sud-Finistère) répartie en 190 cellules, 32 sections, 27 cellules isolées (localisées en secteur rural) et 282 adhésions avaient réalisées dans le département cette année là.

La JC et l'UEC étaient alors aussi des mouvements importants car pour le grand meeting national de jeunes qui s'était tenu à Saint-Ouen en mai 1969 dans le cadre de la campagne électorale de notre candidat nous avions organisé le déplacement de 7 cars, bien remplis, de jeunes finistériens pour s'y rendre au départ de Brest, Morlaix, du centre Finistère, de Quimper, du Pays Bigouden, de Concarneau et de Scaër-Roporden.

Cela ravivera sans doute de bons souvenirs aux camarades ayant participé à ces grands moments de la vie politique dans notre pays.

Piero Rainero

 

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 12:08
Morlaix - L'opposition municipale ne veut pas être oubliée (Ouest-France, Marie Jousseaume, samedi 25 avril)
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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 12:00
Conseil municipal de Morlaix - L'opposition fait le point (Le Télégramme, 23 avril 2020)
Conseil municipal : l’opposition fait le point via @letelegramme

À l’issue d’un conseil municipal en visioconférence et à huis clos, ce jeudi, Jean-Paul Vermot et cinq autres membres de l’opposition ont souhaité faire le point sur trois sujets.
 

1 Crise sanitaire
Lors de la réunion, Elisabeth Binaisse, Ismaël Dupont, Hervé Gouédard, Valérie Scattolin, Claire Thomas et Jean-Paul Vermot ont regretté de ne pas avoir été sollicités par la mairie pour participer aux actions mises en place dans le but d’aider la population (recensement des personnes isolées, livraison de repas aux plus fragiles ou confection de masques de protection). « Nous avons pourtant proposé nos services dès le début du confinement. C’est dommage », a expliqué Jean-Paul Vermot. « On aurait aussi aimé être associés à la réflexion sur le déconfinement dans les écoles ou les Ehpad », a poursuivi Ismaël Dupont, expliquant que l’opposition avait fait des propositions sur le commerce, les assistantes maternelles ou les associations culturelles. Ne souhaitant pas polémiquer sur le sujet, ils ont salué le volontarisme et l’investissement d’Agnès Le Brun et de son équipe depuis le début de la crise.

 

2 Parking de la Rampe Saint-Nicolas

Parmi les délibérations inscrites à l’ordre du jour de ce conseil municipal, figurait la rémunération de la maîtrise d’ouvrage sur l’avant-projet sommaire de réhabilitation du parking de la Rampe Saint-Nicolas. Jean-Paul Vermot et ses collègues de l’opposition ont demandé son report après le second tour de l’élection municipale, peut-être fin juin. « Il faut laisser le choix à la prochaine équipe. Sachant qu’il s’agit d’un chantier à 900 000 € et que les parkings et déplacements sont un enjeu majeur de la campagne », a soulevé Jean-Paul Vermot, arrivé en tête du premier tour, le 15 mars, avec 36,9 % des suffrages (1 595 voix) contre 35,96 % à Agnès Le Brun (1 554 voix). Estimant que ce projet du programme Action Cœur de ville était mûr, le maire a rejeté la requête. La délibération a donc été votée. L’opposition s’est abstenue.

 

3 Question orale

En fin de séance, l’opposition a lu une question orale sur la suspension de l’activité des cantines scolaires pendant la fermeture des écoles. S’appuyant sur les exemples de Brest et du Relecq-Kerhuon (qui proposent 150 € par mois et par enfant scolarisé en plus de l’aide de l’État), elle a demandé une aide directe de la ville à destination des familles les plus démunies ayant des enfants inscrits dans le premier degré. Familles qui ne bénéficient plus des tarifs sociaux de la cantine. La majorité a répondu qu’elle n’aiderait que les 62 familles qui ne bénéficieront pas, selon elle, de l’aide de l’État (150 € par mois et 100 € par enfant scolarisé).

 

Conseil municipal de Morlaix du jeudi 23 avril 2020 - Covid-19 et solidarité : Suspension de l'activité des cantines scolaires pendant la fermeture des écoles: continuer à aider les familles avec de faibles ressources financières.

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 11:55
Pauvreté. La faim va exploser en 2020- Marc de Miramon, Jeudi, 23 Avril, 2020
Jeudi, 23 Avril, 2020
Pauvreté. La faim va exploser en 2020

Selon l’ONU, la crise alimentaire pourrait toucher 250 millions de personnes d’ici à la fin de l’année.

Quelque 135 millions de personnes dans 55 pays étaient au bord de la famine en 2019, un nombre qui pourrait pratiquement doubler d’ici à la fin de l’année, indique un rapport de l’Organisation des Nations unies (ONU) présenté le 21 avril au Conseil de sécurité par la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM). S’il s’agit du chiffre le plus élevé depuis quatre ans et la création de ce rapport, sa rédaction date d’avant le début de la pandémie de coronavirus, qui pourrait se révéler être un facteur aggravant et faire exploser encore davantage l’insécurité alimentaire, prévient l’ONU. Le continent africain demeure le plus touché, avec en première ligne le Soudan du Sud (61 % de la population en état d’insécurité alimentaire), et une hausse de la faim au sein des zones de conflit « dans le bassin du lac Tchad et le centre du Sahel », en République démocratique du Congo, en Éthiopie, au Soudan et dans la partie nord du Nigeria.

Une plus grande difficulté à distribuer l’aide

Selon l’ONG Oxfam, environ 50 millions de personnes seraient actuellement menacées par la faim pour la seule région de l’Afrique de l’Ouest, en raison de l’impact de l’épidémie de coronavirus, ajoutée à la sécheresse et à l’explosion de l’insécurité, notamment dans la bande sahélienne. Un chiffre qui pourrait être atteint dès le mois d’août, selon les estimations de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). L’impact concret du Covid-19 se mesure pour l’instant davantage dans les conséquences du confinement et du ralentissement économique, dans des pays où 60 à 80 % de la population vit de l’économie informelle. Les annonces de couvre-feu et la fermeture de certaines frontières ont un impact direct sur les prix des produits de première nécessité, moins par pénurie réelle que par la grâce des logiques spéculatives.

Oxfam constate une plus grande difficulté à distribuer l’aide alimentaire, en particulier au Niger ou au Burkina Faso. Les problèmes d’approvisionnement concernent également les producteurs et les agriculteurs, qui peinent à se procurer semences et engrais de qualité, sans oublier l’impact des entraves à la circulation pour les éleveurs de bétail. Les prévisions catastrophiques de l’ONU, d’Oxfam ou de la Cédéao constituent un échec cinglant pour les Objectifs du millénaire adoptés en 2000 par 193 pays membres des Nations unies. Après plusieurs années de décrue, le nombre de personnes frappées par l’insécurité alimentaire est reparti à la hausse en 2015, principalement à cause de la dynamique des conflits en Syrie, au Yémen, au Sahel ou dans la Corne de l’Afrique.

Marc de Miramon
Pauvreté. La faim va exploser en 2020- Marc de Miramon, Jeudi, 23 Avril, 2020
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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:56

 

J-P Escaffre1 J-L Malétras2 J-M Toulouse3

La science des dangers : ce qu’elle nous indique

Les catastrophes de toute nature ont fait l’objet de travaux scientifiques finalement peu nombreux au regard des enjeux sociaux, pour ne pas dire civilisationnels. Ces travaux sont désormais regroupés dans ce qui est convenu de dénommer « sciences du danger », ou cindynique.

Elles nous montrent le rôle secondaire des facteurs techniques (G. Planchette4). A ces derniers s’ajoutent les facteurs humains, en particulier le rôle du facteur organisationnel. Ce sont les déficits internes aux organisations qui favorisent les catastrophes, en faisant converger un ensemble de détonateurs qui, seuls, n’engendrent guère de danger.

Il a donc fallu intégrer à l’analyse des aspects qui guident les actions des acteurs : valeurs culturelles, règles admises, finalités. Des « dissonances » entre acteurs peuvent générer des bifurcations non souhaitées.
L’histoire des analyses des dangers montre qu’elle est fortement liée à la culture et aux intérêts. On recense cinq approches :

  • analytique, provenant des habitudes acquises ;
  • fondée sur le risque, en oubliant le danger qui en est la source5 ;
  • «évènementielle »: prioriser les études de risques sur la probabilité́ de déclenchement de l’évènement ;
  • « sensorielle » : la connaissance des dangers ne repose que sur ceux perçus par nos sens ;
  • préférence quantitative, en occultant le fait que les aspects qualitatifs, émotifs, influencent les actions des individus.

 

La pandémie : rien de « naturel »

La propagation particulièrement rapide du coronavirus suit, comme les autres pandémies, les voies des échanges internationaux. Elle fut dans ce cas particulièrement rapide et intense du fait des transports aériens : comme le montre le professeur Philippe Sansonetti6, la route du virus se superpose parfaitement avec celle des liaisons aériennes dans le monde, d’où̀ la fulgurance qui a mis les moyens humains locaux dans un état de sidération.

Cependant ce dernier n’apparaît jamais sur un terrain déjà capable d’absorber sans tension les évolutions saisonnières habituelles des maladies et celles des flux d’hospitalisation, pour la simple raison que cette « tranquillité » permet de concevoir des visions politiques et techniques à moyen et longs termes, bref de se munir de scenarii prospectifs dits « catastrophes » qui pourraient générer un ébranlement des structures institutionnelles jusqu’à leur arrêt, et ce afin de s’y préparer.

Dans la situation présente, ce ne fut pas le cas, bien au contraire. Nous nous trouvons dans la seconde approche décrite plus haut : la mise en danger par minimisation consciente du risque. Le système hospitalier public est en tension continue depuis plusieurs années, avec des files d’attente qui s’allongent partout du fait d’un manque criant de personnels, ainsi que des matériels médicaux vieillissants, souvent de fabrication étrangère d’où des problèmes de maintenance et des coûts élevés. Inutile de revenir sur les multiples alarmes récurrentes proférées par toutes les professions de santé et les Associations de patients, non pas dans quelques sites, mais partout sur le territoire. La pandémie s’est donc rajoutée à la tension récurrente. La solution d’urgence fut d’arrêter une partie importante des flux habituels de patients pour pouvoir dégager des moyens plus ou moins adaptés à la vague épidémique et d’étaler celle-ci dans le temps par un confinement strict de la population. Curieusement, en Suède par exemple, de telles mesures extrêmes n’ont pas été prises au moment où ces lignes sont écrites : il est vrai que leur système hospitalier moderne n’a pas été démantelé comme en France, ou en Italie ou en Espagne …

Une fois de plus, les problèmes organisationnels sont à l’origine de l’évolution catastrophique de la pandémie : les scientifiques de la cindynique ne s’étaient pas trompés, les « lois » sont toujours présentes.

Pourtant le manque de personnels soignants avait déjà̀ été signalé de multiples fois aux autorités ministérielles dès la fin des années 1990 par les chercheurs ainsi que par les organisations professionnelles et syndicales, comme il en fut de même des dangers des délocalisations industrielles induisant l’évanescence des pouvoirs de décision sur les productions des matériels hospitaliers et la médication.

Dès lors, la constance du positionnement des instances politiques gouvernementales7 depuis des décennies, malgré les cris d’alarme récurrents du « terrain », laisse ce goût amer qu’en réalité cela correspondait et correspond encore à une stratégie délibérée de dépouillement des moyens des souverainetés essentielles du pays, laissant professionnels et population en désarroi du fait de leur croyance naïve en des gouvernements naturellement protecteurs, comme à l’époque des « trente glorieuses ».

 

Le cas de l’industrie liée à la santé

L’actualité a mis en lumière la pénurie de médicaments en France, massivement importés de pays étrangers. Il n’y a pourtant rien de nouveau, sinon que la situation s’est brusquement aggravée, particulièrement pour les anesthésiants. Tout le monde se souvient des pénuries récurrentes depuis quelques années de médicaments utiles pour les affections cardiologiques ou oncologiques. Il fut un temps où, démocratie encore vivante dans notre pays, le ministre de la santé aurait été démis de ses fonctions dans la journée …

L’industrie pharmaceutique est dominée en France par Sanofi8 (groupe international et détenu partiellement par le groupe de cosmétique l’Oréal), puis par des PME tels que Servier, Ipsen, Pierre Fabre. Elle emploie dans notre pays plus de 100 000 personnes en direct. Ces entreprises et les laboratoires américains recherchent fébrilement une médication efficace contre le coronavirus.9

L’actualité a aussi mis en lumière la pénurie persistante de masques médicaux de protection et de respirateurs, eux aussi importés de pays étrangers (les deux dernières usines filiales de groupes étrangers ayant fermé récemment leurs établissements de production, puis fait détruire les machines pourtant modernes dans une déchetterie locale !).

La destruction de ces productions industrielles ne concerne pas que ces deux produits. La même logique a frappé d’autres secteurs des dispositifs médicaux depuis longtemps, dont l’imagerie médicale. Celle-ci est dominée par la firme américaine General Electric, l’Allemande Siemens, la Hollandaise Philips, la Japonaise Toshiba et la Coréenne Samsung. En réalité, Siemens et Philips utilisent les conceptions des technologies d’imagerie de Thalès, entreprise d’armement encore française. Les syndicalistes CGT de celle-ci proposent depuis plusieurs années la création d’une filière française dédiée au secteur santé doté d’établissements de prototypage à l’instar de la Compagnie Générale de Radiologie (CGR) autrefois vendue à l’Américain General Electric. Cette proposition, dont les éléments techniques ont été validés par les professionnels du secteur, ne rencontre pas pour autant l’attention qu’elle mérite de la part des autorités politiques. Un exemple de plus, non pas de surdité de celles-ci contrairement à ce qui est fréquemment prétendu, mais de la continuité opiniâtre de leur stratégie de destruction de la cohérence du tissu industriel de notre pays.

Face à la montée des protestations de la population, ces autorités politiques aux pouvoirs ultra- concentrés comme nulle part ailleurs dans le « monde occidental démocratique », prétendent qu’il convient de faire revenir les usines, non pas obligatoirement en France, mais en Europe. Gageons qu’il ne s’agira pas de nationaliser, mais de créer de multiples Partenariats Public-Privés (PPP) dont l’inefficacité est largement reconnue, si ce n’est que pour continuer à abonder les comptes des multinationales. En effet, ces PPP organisent un dessaisissement total des maîtres d’ouvrages (conception, exécution et gestion-maintenance de l’ouvrage public), contre un contrat prévoyant une « redevance » pendant 30 à 99 ans, seulement au terme desquels l’ouvrage redevient la propriété de la personne publique, et ce dans un état très critique.

Pour se sortir du marasme : solutions politiques et organisationnelles à débattre

Ébranler le mur de la pseudo-surdité passe par un renouveau politique prenant en compte globalement le problème. Selon nous, ce renouveau devrait reposer sur trois piliers, dépendant de la mobilisation des forces endogènes du pays en qui il faut faire confiance :

– une réorganisation globale du pilotage politique et stratégique de la santé publique,

– une démocratisation en profondeur du secteur hospitalier public,

– la création d’une filière industrielle dédiée dotée de Centre d’Innovations Technologiques et prototypages.

Nous en proposons ici les grandes lignes, en nous concentrant sur les caractéristiques du troisième pilier. Le lecteur trouvera plus de détails dans notre ouvrage « La Santé sans industries ? Refonder le lien entre le système sanitaire et l’industrie française ».

Premier pilier : démocratiser en profondeur le pilotage de la santé publique.

Il est essentiel de politiser les enjeux stratégiques des politiques de santé en responsabilisant les instances politiques. En lieu et place des ARS, il faut une organisation de pilotage politique et stratégique reposant sur l’implication et l’écoute du personnel et plus largement des citoyens10. En support des chambres politiques nationale et locales démocratiques, création de Chambres Locales d’Organisation de la Santé dotées de deux administrations locales :

– l’Administration Locale d’Organisation de la Santé,

– l’Administration des Études, de la Recherche, de la Prospective et de l’Évaluation Technique de la Santé. Celle-ci aurait entre autres missions d’assurer les liaisons entre les unités de R&D des hôpitaux (à aussi créer) et l’industrie.

Le second pilier : Démocratiser en profondeur les structures hospitalières publiques0

L’hôpital doit retrouver son statut d’Établissement Public Administratif (EPA) avec personnalité juridique et l’autonomie financière. La T2A sera supprimée et remplacée par des budgets spécifiques négociés. La démocratisation des instances de l’hôpital aura des effets décisifs sur l’écoute et la considération des « héros en blouses blanches ». Ses effets se sentiront également sur la conception des dispositifs médicaux et des produits ainsi que sur leur production industrielle. Elle aura aussi une influence déterminante sur les décisions d’investissement en matériels.

Le troisième pilier : création d’une filière industrielle et de centres d’innovations technologiques. 

Cette filière devrait donner lieu à la création d’un Comité de pilotage Industriel multidisciplinaire sous contrôle parlementaire doté de Centres d’Innovations Technologiques et de prototypages11.

Comme l’a révélé la crise sanitaire actuelle, la France doit se doter des moyens de reconstruire une industrie forte de fabrication de matériels permettant de fournir aux établissements une nouvelle génération d’équipements répondant directement aux besoins spécifiques des soignants, qu’ils soient hospitaliers, urgentistes ou médecins de proximité́. Cela nécessite la création de Centres d’Innovations Technologiques (avec prototypages qui n’existent plus en France !), mais également la création d’une ossature industrielle et de services. Créer par exemple un Siemens français ne coûterait que 500 millions d’euros en regroupant 200 start-ups (la somme de leurs actifs nets). C’est ce type d’action qui a permis la création de la SNCF, d’EDF, etc. après-guerre. Les industries des dispositifs médicaux emploient environ un effectif de 65 000 personnes en France12, uniquement consacré aux activités de R&D et de production. Elles sont en fait composées de PME et ETI (1100 entreprises, sans appui étatique : pas de clusters dédiés !), repoussées vers des marchés de niche par les multinationales estrangères essentiellement américaines et allemandes. Demeure encore la puissance de feu de la recherche française avec plus de 1100 chercheurs statutaires et près de 700 doctorants et post- doctorants qu’il conviendra de mobiliser rapidement, avant que la réforme des structures universitaires et de recherche votée récemment par les instances politiques ne fasse son effet dévastateur.

On voit donc que les potentialités ne manquent pas pour le moment afin de relancer le mécanisme de réindustrialisation d’une filière française des dispositifs médicaux. Cet impératif catégorique n’est pas hors de portée de la sixième puissance économique mondiale.

L’État stratège, l’État républicain, doit veiller à ce que le peuple français ne perde pas sa souveraineté économique au profit d’un quarteron de multinationales sous tutelle nord-américaine. Et cela n’empêchera pas, bien au contraire, les coopérations interétatiques entre États souverains. Il ne manque que le courage politique.

 

1 Docteur en droit public, ancien directeur d’hôpital public

2 Consultant, ancien responsable de la coordination CGT du groupe Thalès

3 Agrégé́ TEG, M-C en Sciences de Gestion, hdr

4 Planchette G., 2017, « Danser le tango sur l’asymptote, science du danger et complexité́ », VRS n°410.

5 Danger : capacité́ à provoquer des dommages – Risque : personnes ou équipements confrontés à des dangers.

6 Conférence du professeur Philippe Sansonetti : Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée, Collège de France, 16 mars 2020

7 Nous faisons ici la distinction classique entre gouvernement, de l’ordre du politique, et l’État, moyen essentiel à la disposition des gouvernements. Accuser « l’État » de l’orientation politique de ses moyens est stupide. Autant accuser la bêche du jardinier plutôt que le cerveau et la main du jardinier !

8 Sanofi est le produit de la privatisation de Rhône-Poulenc, acceptée par L. FABIUS. L’essentiel de la R&D fut alors transférée à la filiale de Boston, aux États-Unis, spécialisée en particulier dans la production de la Chloroquine. D. TRUMP vient de commander la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus, avec obligation de destiner ce vaccin en premier lieu à la population américaine.

9 Une nouvelle commission « Care » vient d’être nommée par les autorités politiques. Sa présidente est liée avec le laboratoire américain Gilead Science (qui tente de tester l’antiviral Remdesivir), dont l’un des actionnaires est le fonds financiers BlackRock, qui fait partie des initiateurs de la réforme des retraites dans l’UE.

10 Cf. aussi J-P Escaffre & R. Favier, La France se délite, réagissons, édit ADiffusion, 2017

11 Ceci nécessitant de notre point de vue une reconsidération du Conseil National de l’Industrie (CNI) et des Comités Stratégiques de Filières (CSF)

12 Selon « Les Technologies clés 2020 », ministère de l’industrie

 

 

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:55

 

Dans le Trou noir du capitalisme, l’économiste se réclamant de Marx, Polanyi et Keynes dresse un tableau critique du capitalisme contemporain et de l'impasse où il se trouve. Il propose aussi trois voies de bifurcation possibles dans lesquelles l’humanité se trouve dans l’obligation de s’engager d’urgence face à la crise sociale, économique, environnementale actuelle.

 

Que signifie la qualification de « trou noir » pour analyser le capitalisme mondial aujourd’hui ?

Jean-Marie Harribey. Je procède à une analogie avec les trous noirs découverts par les astrophysiciens. Un trou noir est un corps astrophysique dont le noyau absorbe toute matière et tout rayonnement lumineux à cause de sa force gravitationnelle. On le dit noir parce qu’aucune lumière provenant de lui ne peut nous parvenir. En ce début de XXI e siècle, le capitalisme mondialisé a porté sa logique d’extension jusqu’à vouloir tout engloutir, de la moindre activité humaine jusqu’aux éléments naturels et tout le vivant, en passant par les connaissances. Engloutir, c’est-à-dire tout soumettre à la loi de la rentabilité, du profit et de l’accumulation du capital. Tout est promis à la marchandisation. Et pour cela, des droits de propriété doivent être instaurés sur toutes matières, naturelles ou produites, ou, sinon, sur leur usage, comme celui de l’air pour y envoyer sans retenue des gaz à effet de serre modifiant le climat.

 

Pourquoi insistez-vous sur le fait que « c’est bien le capitalisme qui est en crise » et non pas le « productivisme », en général, ou le « néolibéralisme » en particulier ?

Jean-Marie Harribey. Dans la première partie de mon livre, que j’annonce comme résolument marxienne parce que, utilisant les outils théoriques critiques de Marx, je montre que ce qui fait la spécificité de la crise mondiale actuelle, c’est la conjonction inédite dans l’histoire humaine (et donc du capitalisme) de contradictions sociales et écologiques qui minent la rentabilité du capital et donc la dynamique même de l’accumulation. D’un côté, malgré l’essor de nouvelles techniques, de l’informatique, de la robotique, le capital ne réussit pas à faire croître significativement la productivité du travail. Pire, cette productivité connaît une progression qui diminue d’année en année partout dans le monde. En moyenne, elle ne dépasse guère plus, dans les pays développés, 1 % par an. Or, au final, c’est toujours la productivité du travail qui commande la rentabilité du capital dans un contexte donné du rapport de forces. D’un autre côté, le gigantisme du productivisme et du consumérisme saccage la planète, épuise ou pollue les ressources et modifie le climat. Le capitalisme se heurte donc à des limites infranchissables. Pour ne prendre qu’un exemple, le taux de retour énergétique (énergie produite par rapport à l’énergie utilisée pour la produire) décline pour toutes les énergies fossiles. Alors, la conjonction de l’impossibilité de pousser l’exploitation de la force de travail jusqu’au point où les marchandises ne peuvent plus trouver suffisamment de demandeurs avec l’impossibilité de pousser l’exploitation de la nature au-delà des limites de la Terre explique le caractère systémique de la crise du capitalisme.

"Le coronavirus a mis le feu, mais la poudre a été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type »".

Il ne reste plus à celui-ci que la fuite en avant de la financiarisation, surfant sur le grossissement d’un capital fictif qui est, tôt ou tard, frappé de nullité. La dynamique même du capitalisme est contradictoire avec une responsabilité sociale et écologique parce qu’elle ne peut durer qu’en exploitant les humains et la nature. C’est dans ce contexte-là que survient la pandémie du Covid-19, qu’il faut prendre comme un déclencheur de catastrophe mais non comme la cause profonde de celle-ci. Le virus a mis le feu à la poudre, mais la poudre avait été répandue par un demi-siècle d’un capitalisme de plus en plus dément, c’est-à-dire conforme à son « idéal type ». Nous sommes davantage dans la période du capitalocène que dans celle de l’anthropocène qui dédouane la logique du système et qui place abusivement tous les humains à égalité de responsabilité dans la dégradation écologique.

 

Vous référant à la fois à Marx, Polanyi et Keynes, vous mettez en avant la nécessité d’engager diverses « bifurcations possibles » pour sortir de l’impasse historique actuelle. Quelles sont-elles ?

Jean-Marie Harribey. La première partie de mon livre appliquait les concepts de Marx pour comprendre cette réalité. La seconde tire parti de l’avertissement prémonitoire de l’anthropologue Karl Polanyi au milieu du XX e siècle : si le travail, la terre et la monnaie étaient marchandisés, ce serait la mort de la société. Alors, j’esquisse trois voies pour sortir de la nasse et amorcer une grande bifurcation : réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie. Réhabiliter le travail, c’est dire que, parce que le travail est « vivant », il est central dans la vie des individus, pour leur intégration dans la société et par son rôle de médiateur de relations sociales. Il est central aussi, bien sûr, dans la production de valeur économique, et la répartition de celle-ci est un indicateur-clé de l’état du rapport de forces avec le capital. Or, le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail, amoindrir ses droits et exiger des travailleurs qu’ils adhèrent aux objectifs de l’entreprise pour servir des dividendes aux actionnaires. Il s’ensuit que réhabiliter le travail reposerait sur trois moyens principaux. Le premier est que les salaires et les prestations sociales ne progresseraient jamais moins vite que la productivité du travail, une fois que le chômage est drastiquement abaissé par la réduction du temps de travail. Le deuxième moyen est la restauration d’un droit du travail protecteur. Le troisième est l’instauration de la démocratie dans les entreprises, par la création de conseils économiques et sociaux, de telle sorte que le pouvoir de décision du type de production, des investissements, des conditions d’emploi et de travail soit dissocié de la propriété du capital. Les finalités du travail seraient redéfinies pour cerner quels sont les besoins essentiels à satisfaire et les activités vraiment utiles.

"Le capitalisme dans sa phase néolibérale, parce que les ressorts de sa rentabilité étaient grippés, n’a eu de cesse que de dévaloriser le travail."

On rejoint alors le deuxième volet des bifurcations. Celui-ci concerne l’institution des « communs » de façon à mettre en cohérence les objectifs sociaux et les objectifs écologiques de transformation de la société. La notion de commun(s), utilisée au singulier et au pluriel, vise, d’une part, à renouveler de fond en comble la conception traditionnelle des biens publics et des services collectifs. Il s’agit de transformer le mode de gestion de ce qui est aujourd’hui réalisé sous l’égide de l’État et des collectivités territoriales pour en faire une chose commune autogouvernée et autogérée par les populations concernées au plus près possible de leur existence. Ce n’est pas une mise en cause de la propriété publique mais c’est la transformer pour qu’elle devienne véritablement sociale. D’autre part, il s’agit de donner le statut de biens communs à tous les éléments essentiels à la vie, qui doivent être soustraits à la marchandisation. Cela concerne les ressources naturelles comme l’eau, l’air, le vivant, tout ce que Polanyi désignait par « la terre », ainsi que les connaissances, les institutions sociales donnant accès à l’éducation, à la protection sociale. L’objectif est donc double : instituer une gestion commune de biens érigés au rang de communs.

 

Pouvez-vous préciser ce que vous appelez la « socialisation de la monnaie » et nous indiquer ce que seraient ses mécanismes ?

Jean-Marie Harribey. Oui, c’est le troisième volet du triptyque de la grande bifurcation. Le capitalisme néolibéral a procédé à une sorte de privatisation de la monnaie, qui est pourtant une institution sociale à part entière. Dans le cadre de la liberté qui a été accordée aux capitaux de circuler dans le monde et du développement sans entrave des marchés financiers, le rôle dévolu aux banques centrales a été, depuis quarante ans, de veiller à la stabilité de la rente financière. C’est particulièrement vrai pour la Banque centrale européenne (BCE), rendue totalement indépendante du reste de la société et du pouvoir politique. Ce dogme est en train heureusement de voler en éclats. Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique. La crise du coronavirus montre à quel point on a besoin d’un pôle bancaire public, d’un contrôle social sur celui-ci et d’une banque centrale qui soit celle de l’ensemble de la société.

"Aujourd’hui, on peut et on doit resocialiser la monnaie, c’est-à-dire retrouver la maîtrise du crédit et donc de la création monétaire pour financer les énormes investissements de transition écologique."

Au lieu d’obliger les États à emprunter sur les marchés financiers soit directement, soit indirectement via le Mécanisme européen de stabilité, la BCE devrait financer directement les dépenses publiques. C’est-à-dire étendre ce que la Banque d’Angleterre vient de décider pour financer les seules dépenses liées au redémarrage de l’économie paralysée par la pandémie. Ainsi, on utilise l’énorme avantage d’une banque centrale qui, seule, a la possibilité de créer à volonté de la monnaie s’il faut effectuer des dépenses et des investissements publics essentiels. Le risque d’inflation est nul lorsque des forces de travail et des équipements productifs sont inemployés et donc disponibles.

 

Un autre des points sur lesquels vous insistez est le caractère nécessairement démocratique et pluriel que doivent prendre les chemins de l’alternative que vous appelez de vos vœux. Pourquoi ?

Jean-Marie Harribey. Parce que les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle. C’est en ce sens que la planification de la transition écologique et sociale peut servir de boussole de transformation. Loin d’une étatisation de l’économie et d’une centralisation des décisions, la planification peut prouver son efficacité si elle s’insère dans le processus de socialisation, c’est-à-dire de remise dans les mains de collectifs de travailleurs et de citoyens des décisions d’orientation de la vie collective.

"Les chemins de la révolution aboutissent à des impasses quand elle n’est pas pensée comme un processus démocratique. C’est toute la leçon du XXe siècle."

L’épidémie du Covid-19 a mis sur la table ce qu’on croyait impossible : distinguer les besoins essentiels des futiles ou nocifs, et donc désigner quelles sont les activités les plus utiles à la société : produire du soin par des soignants ou de la publicité par des agences de com, produire de l’éducation par des enseignants ou de l’e.commerce sur des plateformes, mener de la recherche scientifique ou de la spéculation par des traders ? En bref, le confinement vient de prouver que la vraie richesse, ce n’est pas la marchandise et sa valeur d’échange, mais la valeur d’usage des biens et services essentiels.

 

La crise sanitaire mondiale actuelle ne met-elle pas également en évidence la nécessité d’une réponse universelle concrète, en opposition à la dérive mortifère du capitalisme ?

Jean-Marie Harribey. La mondialisation capitaliste est en cause. Elle a abouti à un désastre social, écologique, économique et aujourd’hui sanitaire. Et elle nous menace de déflagrations géopolitiques, voire guerrières. Tout ce qu’elle a construit doit être démantelé : circulation effrénée des capitaux, marchés dérégulés, droits fondamentaux de la personne humaine bafoués, notamment ceux des migrants. L’heure est à la construction de solidarités et de coopérations aux échelons régionaux, à la restauration d’une régulation internationale sous l’égide de l’ONU, dont les décisions doivent être respectées. Les scientifiques donnent l’exemple d’une coopération pour le « bien commun » : c’est le cas des climatologues du Giec, c’est celui de tous les virologues qui échangent en ce moment leur savoir librement, hors de toute contrainte de brevets lucratifs.

Entretien réalisé par Jérôme Skalski

 

 

La valeur et l’inestimable

Auteur ou coauteur d’une vingtaine d’ouvrages dont le Trou noir du capitalisme. Réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie pour ne pas y être aspiré, publié aux éditions Le Bord de l’eau, en ce printemps, Jean-Marie Harribey, économiste et maître de conférences honoraire, a coprésidé l’association Attac de 2006 à 2009. Coprésident de son conseil scientifique depuis 2014 et membre de l’association des Économistes attérés, il a créé et anime la revue les Possibles.

 

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 05:53

 

Accaparement des richesses, marchandisation des services publics, perte de souveraineté industrielle… Les boussoles du président ont affaibli le pays face au coronavirus. Le tout au nom d’une recherche de rentabilité déshumanisée. La preuve en 7 méfaits capitaux.

La crise du coronavirus aurait pu être moindre en France. Plusieurs choix politiques ont rendu le pays plus fragile face à ce défi, aggravant les dégâts et conséquences. Il y a bien sûr les coups portés à l’hôpital et à la recherche publics, en état de crise avant l’arrivée du virus, sans oublier le refus d’améliorer la situation dans les Ehpad. Le tout au nom d’une recherche de rentabilité déshumanisée. Il y a la détérioration de notre souveraineté industrielle, douloureusement mis en lumière avec la gestion erratique de stocks de masques. L’austérité budgétaire, couplée à une volonté de jouer toujours plus selon les règles de la compétition internationale, a amené le pays à délocaliser et à s’affaiblir. Il y a enfin l’objectif de détruire toujours plus l’État providence et les solidarités, en baissant les aides sociales et la fiscalité sur les plus fortunés. Autant de choix, déjà dénoncés à l’époque, dont la dangerosité est décuplée en tant de crise.

 

1 Masques : la pénurie qu’on a laissée venir

La pénurie de masques que vit l’Hexagone n’était pas une fatalité. En 2009, pour prévenir l’épidémie de grippe H1N1, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot commande 1 milliard de masques chirurgicaux et un peu plus de 700 millions de masques FFP2. Mais, en 2011 et 2013, la Direction générale de la santé décide de ne pas reconstituer les réserves de masques, notamment les FFP2, jugés trop coûteux. Malgré un rapport sénatorial de 2015 pointant les risques sanitaires, la politique de gestion restera inchangée. « À partir de 2011, après la grippe H1N1, il a été décidé que nous n’avions plus de besoin de stock de cette nature, car les productions mondiales étaient suffisantes pour assurer le coup en quelque sorte, en cas de pandémie », explique la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. La Chine, notamment, devait assurer l’essentiel de la demande française en cas d’épidémie. Résultat, en décembre 2019, la France ne disposait que de 140 millions de masques face au coronavirus.

 

2 Des secteurs stratégiques délocalisés

Le cas des masques témoigne de la dépendance de l’économie française aux productions de pays où la main-d’œuvre est moins chère. Emmanuel Macron a lui-même admis devoir relocaliser des emplois pour regagner en souveraineté économique et sanitaire. Sacré retournement de veste de la part de celui qui, ministre, a autorisé nombre cessions d’actifs d’entreprises stratégiques françaises, à commencer par la branche énergie d’Alstom à General Electrics, ou d’Alcatel-Lucent à Nokia. Dans le secteur médical, on attend une décision quant à la liquidation prochaine de l’entreprise Peters Surgical, à Bobigny. L’activité du site, qui produit des sondes pour les services de réanimation, doit être délocalisée en Inde cet été.

 

3 Saignées pour l’hôpital public

Ceux qui portent au rang de « héros » le personnel hospitalier sont les mêmes qui votent les budgets austéritaires qui sapent leurs ressources et ont ignoré leur mobilisation tout au long de l’année écoulée. La loi de financement de la Sécurité sociale votée en 2019 a supprimé la compensation par l’État des pertes de financement de l’assurance-maladie dues aux baisses de cotisations. Cette perte de financement a eu des traductions matérielles immédiates. En 2018, 4 172 lits d’hospitalisation complète avaient déjà été supprimés en France. Le pays fait figure de mauvais élève face à un voisin comme l’Allemagne, qui dispose de 6 lits de soins aigus pour 1 000 habitants, contre 3 pour l’Hexagone. La cure frappe aussi le personnel : 400 postes d’infirmiers restaient vacants en 2018, uniquement sur les Hôpitaux de Paris. Avec des bas salaires peu valorisés, l’hôpital public peine aussi à être attractif face aux cliniques privées et professions libérales.

 

4 Une rétention administrative indigne

Promulguée en 2018, la loi asile et immigration durcit la politique migratoire française et augmente la durée légale pendant laquelle un étranger peut être écroué dans un centre de rétention administrative (CRA) de 45 à 90 jours. Elle maintient aussi la possibilité d’y enfermer des mineurs. Mais elle ne prévoit pas d’améliorer les conditions de rétention, régulièrement critiquées pour cause de promiscuité et d’absence d’intimité. En pleine pandémie, difficile de respecter la « distanciation sociale » quand on dort à deux dans 9 mètres carrés. Il n’y a « pas de masque, pas de savon pour se laver régulièrement les mains » et on déplore « une absence totale de gel hydroalcoolique », pointe Cyrille de Billy, secrétaire général de la Cimade. En résulte un désastre sanitaire. La demande des associations de fermer tous les CRA, appuyée par le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a été rejetée.

 

5 Les ressources fiscales asséchées

Attractivité. C’est le maître mot de la politique fiscale de la Macronie, qui se vante d’attirer à nouveau les investisseurs sur le sol français. Au prix de cadeaux fiscaux qui manquent cruellement aux recettes de l’État – particulièrement lorsqu’il doit débourser un plan d’urgence à 110 milliards d’euros. Le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), créé sous François Hollande puis pérennisé sous forme d’allègements de cotisations par Macron, a coûté 100 milliards d’euros à l’État entre 2012 et 2019, pour une très faible création d’emplois. La suppression de l’ISF et la flat tax sur les produits financiers représentent un manque à gagner annuel de 4,5 milliards pour les finances publiques. Contre-productif, à l’heure des plans de sauvetage et de relance.

 

6 Les aides sociales dans le viseur

Un « pognon de dingue ». Voilà comment Macron résume les aides sociales, qu’il malmène depuis 2017. Pourtant, plus d’un Français sur cinq basculerait dans la pauvreté s’il n’y avait pas le RSA, les minima sociaux, les prestations familiales, les allocations logement. Pas de quoi émouvoir le président, qui veut fusionner ces aides pour les réduire. Et faire plus de pauvres, particulièrement démunis face au coronavirus, sur le plan sanitaire et financier. La Macronie, qui a déjà baissé les aides personnalisées au logement (APL) sitôt élu et gravement affaibli le logement social, voulait aussi réduire les droits des chercheurs d’emploi en sabrant l’assurance-chômage. Le coronavirus lui a fait faire machine arrière. Tout comme pour la suppression de 1 000 euros d’APL pour 1,2 million de ménages. Reste que, depuis 2017, nombre d’aides et de pensions n’ont pas été indexées sur l’inflation, à tel point que, pour l’année 2020, le gouvernement s’est fait retoquer sa copie par le Conseil constitutionnel.

 

7 Manque de crédits pour la recherche publique

Si tous les grands laboratoires pharmaceutiques se sont lancés dans une course effrénée pour trouver un vaccin contre le coronavirus, potentielle poule aux œufs d’or, les « Big Pharma » s’étaient jusqu’ici désintéressés de la recherche contre les maladies infectieuses, jugée peu rentable. D’où l’importance de la recherche publique, capable de mener des investissements de long terme. Or, en France, les politiques pour favoriser ce secteur, comme le crédit d’impôt recherche, sont tournées vers le privé. Quant aux efforts de recherche publique sur les coronavirus, ils ont été minés par la fonte des crédits. Les chercheurs du public sont de plus en plus soumis à la logique des appels à projets pour obtenir des financements au coup par coup, plutôt que réguliers. Or, ceux-ci sont chronophages et rognent sur les études de long terme. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche devait renforcer cette tendance. Pour le moment en suspens, elle a provoqué un mouvement de grève des chercheurs et universitaires début mars.

 

Cyprien Caddeo et Aurélien Soucheyre

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