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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 07:47
Lettre ouverte de Philippe Rio, maire de Grigny, président de la coopérative des élus communistes: Monsieur le Premier Ministre Bayrou, supprimer le 8 mai, ce serait affaiblir notre capacité à dire "Plus jamais ça"
Lettre ouverte de Philippe Rio, maire de Grigny, président de la coopérative des élus communistes: Monsieur le Premier Ministre Bayrou, supprimer le 8 mai, ce serait affaiblir notre capacité à dire "Plus jamais ça"
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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 07:43
Palestine - Empêcher l'annihilation d'un peuple - par Patrick Le Hyaric, 13 août 2025
Empêcher l’annihilation d’un peuple 
🔴[Empêcher l’annihilation d’un peuple]
Chaque jour, le monde assiste, effaré, à la destruction de Gaza : bombes, famine, un million de vies menacées. Le Premier ministre israélien ordonne l’occupation totale de la ville, l’expulsion de ses habitants et prépare leur déportation.Nous ne pouvons pas rester silencieux face à ce crime. 👉POUR LIRE L’EDITO : https://tinyurl.com/43x98dtw

 

Alors que les citoyens du monde entier sont chaque jour effarés, affligés et révoltés par les bombes et par la famine qui s’abattent sur Gaza, le Premier ministre israélien, allié solide des fascistes au sein de son gouvernement, donne l’ordre à ses troupes de finir le travail : occuper totalement Gaza ville, la vider de son million d’habitants et préparer leur déportation.

Cent vingt mille morts, 400 000 blessés, des amputés par milliers, des enfants perdus qui n’auront connu que le traumatisme de la guerre et des famines ne suffisent pas au « duce » de Tel-Aviv.

Occupant déjà la bande de Gaza à 80 %, Netanyahou a justifié, le 7 août dernier, sa décision de l’annexer totalement par l’exigence de retour des otages, de démilitarisation de l’enclave, de désarmement du Hamas, de contrôle sécuritaire israélien. Le chef du gouvernement israélien a aussi redit sa volonté de mettre en place une administration alternative au Hamas et à l’Autorité palestinienne ; ce qu’en Afrique du Sud, on appelait jusqu’en 1991, des bantoustans.

Aucun des justificatifs brandis par Tel-Aviv n’a de pertinence, et sa dernière affirmation révèle le projet d’éjecter les Palestiniens de leur terre.

On se pose, de-ci de-là, la question : Pourquoi ? Il n’y a plus de cible militaire du Hamas à détruire. Il n’y a quasiment plus aucune infrastructure civile à dévaster, et le Hamas a perdu ses alliés du pouvoir iranien ou syrien.

Ce n’est pas non plus pour libérer les otages israéliens. Ce n’est certainement pas en bombardant encore plus les 20 % du territoire qui n’est pas encore détruit que ces derniers peuvent être sauvés. Les libérations d’otages n’ont eu lieu que pendant les périodes de cesser-le-feu.

Netanyahou les sacrifie donc à son projet messianique. Il le fait contre l’avis de son armée et l’appel de 600 anciens responsables du système de sécurité israélien. Il le fait désormais contre la plupart des chancelleries du monde à l’exception notable de celle des États-Unis. Sa décision signifie une nouvelle opération militaire d’envergure pour prendre le contrôle total de l’enclave palestinienne, qui est passée du statut de « prison à ciel ouvert » à celle de cimetière.

Il se dit également que les décisions criminelles de Netanyahou constituent une fuite en avant pour échapper aux poursuites de la justice israélienne pour faits de corruption. Cet argument n’est pas à négliger. Cependant, il est secondaire quand on le confronte aux enjeux fondamentaux poursuivis : le projet de construction du « Grand Israël » au service du capitalisme israélien et des projets stratégiques nord-américains.

Si Trump et ses prédécesseurs en avaient la volonté, cette occupation-annexion aurait été depuis longtemps stoppée, conformément aux résolutions de l’ONU. Si l’aide militaire des États-Unis à l’armée israélienne devait s’arrêter, le rapport de force au sein de l’État et de la société israélienne en serait ébranlé. La stratégie états-unienne d’élargissement de sa sphère de domination conduit les dirigeants nord-américains à participer à cette guerre perpétuelle du pouvoir israélien. Seul un mouvement populaire international d’ampleur peut arrêter les bras des criminels.

Faute de sanctionner le pouvoir suprémaciste de Tel-Aviv, en mettant fin aux relations commerciales, la plupart des gouvernements européens, la commission de Bruxelles et les grandes sociétés capitalistes sont devenus complices d’une folie destructrice, d’un crime de génocide sous les bombardements et de l’organisation méticuleuse de la faim et des privations de soins imposés à une population tout entière. L’Union européenne, de plus en plus vassalisée, ne prendra aucune initiative sans le consentement de l’impérium. Seul un puissant mouvement populaire dans les pays européens peut l’y obliger. Les manifestations et la flottille de plusieurs dizaines de bateaux de plus de 44 pays participent de ce mouvement pour briser le blocus et le silence quand l’armée israélienne fait taire à jamais des journalistes dans des assassinats vraisemblablement ciblés, selon des sources israéliennes.

De considérables enjeux économiques pour les firmes capitalistes mondiales, alliées du grand capital israélien, sont en jeu.

Nous sommes ici en un lieu où l’esprit colonial est poussé jusqu’au bout.

Ainsi, le journal israélien Haaretz a pu récemment documenté la manière dont les entreprises privées israéliennes sont missionnées par le pouvoir et par l’armée pour détruire des maisons à l’explosif et au bulldozer, au prix de 1 300 euros pour chaque maison détruite.

Les pêcheurs de Gaza sont contenus dans une zone de 3 milles marins, soit 5,5 km de la côte, tandis que les pêcheurs israéliens peuvent venir pêcher à 21 milles marins, soit 38 kilomètres de la côte de Gaza, pour avoir l’assurance de pouvoir capturer les meilleurs poissons.

En Cisjordanie, les entreprises du bâtiment et des travaux publics font main basse sur les carrières de terre blonde qui ornent les façades de Jérusalem. Les propriétaires palestiniens des terrains d’où sont extraites ces matières particulières ne peuvent les exploiter sans autorisation des services de l’État israélien. Par la suite, ces carrières sont intégrées à des colonies et exploitées par de grands conglomérats israéliens ou internationaux.

L’eau de Cisjordanie est volée par des entreprises israéliennes qui la distribuent gratuitement aux habitants des colonies illégales, mais la font payer aux services palestiniens.

Pire encore dans l’échelle de l’abject : les tueries servent de communication pour les ventes d’armes et de technologies israéliennes à l’étranger sous l’infect label « testé sur le terrain ».

On pourrait ajouter encore des exemples que connaissent parfaitement les chancelleries occidentales. Elles ont laissé faire le crime et la guerre d’annihilation.

L’autre enjeu décisif est celui du contrôle des ressources énergétiques en Méditerranée orientale. Israël, l’Union européenne, les pays du Golfe et les États-Unis sont parties prenantes d’un projet de construction d’un gazoduc estimé à 7,3 milliards de dollars. Il s’agit du Gazoduc EastMed, qui part des grandes réserves gazières au large de Gaza et d’autres zones maritimes palestiniennes déjà intégrées à Israël. Long de 1 900 km, ce gazoduc doit relier Israël à la Grèce par Chypre pour être rattaché au gazoduc Poséidon de 300 km, qui fera la jonction entre la Grèce et l’Italie, avec l’objectif de produire annuellement jusqu’à 20 milliards de mètres cubes de gaz pour la consommation européenne. La réussite de ce projet consolidera évidemment l’occupation coloniale de la Palestine. Un gazoduc construit contre la paix et contre la préservation du climat.

Enfin, l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie s’inscrit dans le vaste plan israélo-états-unien de construction du « Grand Israël », en lien avec de nouveaux schémas concocté à la maison blanche visant à bâtir un monde à partir d’un centre qui serait l’imperium régnant sur des périphéries comprenant 1 000 micro-États  directement gérés par les capitalistes-investisseurs. C’est le sens du projet de faire de Gaza une « Riviera », avancé par Trump tout comme les volontés de partition de la Syrie ou de l’Iran pour mieux dominer leurs populations, leurs classes ouvrières, tout en pillant leurs ressources. C’est aussi le sens du projet israélien qui affirme que l’autorité palestinienne ne gouvernera pas Gaza.

La reconfiguration projetée du monde va de pair avec la reconfiguration du Proche et du Moyen-Orient.

Les enjeux dépassent donc bien la question de la sécurité d’Israël ou du respect d’une religion. Les Palestiniens sont les victimes de projets géopolitiques et d’intérêts de l’Occident capitaliste, allié à quelques pétromonarchies.

La réprobation mondiale au dévoilement du projet du pouvoir fascisant israélien doit servir de point d’appui aux forces démocratiques et de paix israéliennes déjà en mouvement. L’unité pour la justice et pour la paix doit être recherchée entre elles et les forces démocratiques, celles de la jeunesse, palestiniennes et arabes, en lien avec le mouvement mondial de solidarité pour faire cesser ce projet d’annihilation de tout un peuple.

Les déclarations tardives de reconnaissance de l’État palestinien ne peuvent consister qu’à reconnaître un vaste cimetière, des poussières de maisons et des terres volées par d’inqualifiables prédateurs.

Si le Conseil européen peut se réunir en urgence pour discuter de l’avenir de l’Ukraine, il doit être capable de tenir une session spéciale pour décider de soutenir la souveraineté des Palestiniens et d’agir pour leur protection avec l’envoi sous l’égide de l’ONU d’une force de protection et d’interposition contre l’occupation militaire de Gaza. Ne pas le faire laissera une indélébile trace de sang sur le front de dirigeants, qui balbutient des phrases sans effet sur la paix, sur la démocratie et sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes !

S’ils ont une once de courage, qu’ils réclament en même temps que la libération des otages, celle des prisonniers politiques palestiniens, parmi lesquels figurent de possibles dirigeants fédérateurs du peuple palestinien, comme Marwan Barghouti, capables de mener à bien le projet d’État laïc palestinien, en paix au côté du peuple israélien, qui aurait, lui aussi, besoin d’un nouveau pouvoir, acteur de la démocratie, de la justice et de la paix.

Cela devient d’une extrême urgence.

Patrick Le Hyaric

13 aout 2025

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 07:38
60 000 morts à Gaza : des statistiques ? - éditorial de Lina Sankari, L'Humanité, 11 août 2025

Quand le crime devient trop grand, l’humanité se tourne vers la statistique. Plus de 60 000 personnes tuées à Gaza ; 500 000 en situation de malnutrition aiguë. Aussi vertigineuse soit-elle, la litanie des chiffres ne dit jamais l’origine de l’atroce. 

À Gaza, la mort frapperait donc sans sniper pour tenir l’arme, sans pilote pour tirer le missile, sans blocus pour affamer ? Ainsi, l’horreur du siècle se mesure-t-elle à l’aune d’une arithmétique déshumanisante, d’un prisme humanitaire dépolitisant. Les multiples déclarations de la hiérarchie militaire et politique israélienne prouvent pourtant l’intention génocidaire.

Si Benyamin Netanyahou en porte la responsabilité, l’ensemble des crimes ne peuvent lui être imputés. Ils résident dans le projet colonial même. « Nous devons tout faire pour nous assurer que les Palestiniens ne reviennent pas. Les vieux mourront et les jeunes oublieront », écrivait déjà l’ancien premier ministre israélien, David Ben Gourion. Nous sommes alors en 1948, et la Nakba (la Catastrophe) pose les jalons d’une logique qui, loin d’être cantonnée à l’histoire, se poursuit aujourd’hui. Un premier nettoyage ethnique qui n’a jamais été appréhendé comme tel par la « communauté internationale ».

Pour poursuivre son projet, Benyamin Netanyahou a bénéficié d’un alignement des planètes rare en politique, né des massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas, de l’appui d’une coalition d’extrême droite, de la passivité des pays arabes et de l’Union européenne. De Joe Biden à Donald Trump, les États-Unis partagent quant à eux le projet israélien de remodelage de la région. 

Ceux dont le verbe regorge de valeurs qu’ils voudraient universelles doivent faire cesser l’horreur en mondovision. Si l’injustice venait à l’emporter, le monde ne pourrait longtemps supporter le poids de ces dizaines de milliers de visages et de noms qui hanteront la conscience de l’humanité. Autant de crimes qui, s’ils restaient sans réponse, ouvriraient la porte à l’impunité généralisée.

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 07:00
Kanaky - Nouvelle-Calédonie : le FLNKS rejette l’accord de Bougival

Des responsables du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) ont confirmé, mercredi 13 août; rejeter l’accord signé à la mi-juillet. Leur président, Christian Tein, avait appelé à un rejet « clair et sans ambiguïté » du texte.

La position finale du Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) est désormais connue : il « rejette formellement le projet d’accord de Bougival, en raison de son incompatibilité avec les fondements et acquis de [sa] lutte », a confirmé, mercredi 13 août, Dominique Fochi, secrétaire général de l’Union calédonienne et membre du bureau politique du mouvement indépendantiste kanak.

L’État et les représentants des forces politiques de Kanaky-Nouvelle-Calédonie (KNC) avaient signé le texte, le 12 juillet, à Bougival – nom de la ville des Yvelines où se sont tenues des négociations serrées. L’accord s’inscrit dans la continuité historique des deux grands autres, celui de Matignon-Oudinot (1988), et celui de Nouméa (1998).

Le texte de l’accord prévoit notamment la création d’un « État de Nouvelle-Calédonie » et d’une nationalité calédonienne, ainsi que la possibilité de transférer des compétences régaliennes (monnaie, justice, police). Mais il ne prévoit pas de nouveau référendum sur l’indépendance.

L’appel à un rejet « clair et sans ambiguïté » de l’accord

Le ministre des Outre-mer Manuel Valls a annoncé, dimanche 10 août, qu’il se rendrait en Kanaky-Nouvelle-Calédonie durant « la semaine du 18 août » sur le réseau social Facebook. « Je ne me résigne pas », a-t-il déclaré. « Tout porte à croire qu’il aurait été décidé un rejet de l’accord » sur un nouveau statut du territoire. « L’accord de Bougival n’est pas tombé du ciel. Il est un compromis historique, fruit de mois de travail (…) avec toutes les délégations y compris celle du FLNKS. Chacun y a apposé sa signature », a-t-il avancé.

De son côté, lors de l’ouverture du congrès du FLNKS, samedi 9 août, à La Conception, en banlieue de Nouméa, le président du mouvement, Christian Tein, avait appelé, dans une déclaration lue par une militante, à un rejet « clair et sans ambiguïté » de l’accord. Le leader kanak a assisté aux débats par visioconférence : sous contrôle judiciaire, le militant indépendantiste est interdit de séjour dans l’archipel français du Pacifique.

 

Libéré le 13 juin après un an de détention provisoire à la prison de Mulhouse-Lutterbach (HautRhin), il est accusé d’avoir orchestré les révoltes qui ont embrasé la Kanaky-Nouvelle-Calédonie en mai 2024. Christian Tein, dit Bichou, a également indiqué que les dispositions de l’accord n’étaient « que l’illustration du mépris de la puissance administrante à l’égard de notre combat pour la reconnaissance en tant que peuple colonisé ».

Le dirigeant de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) a prôné la « poursuite du dialogue », mais « uniquement sur les modalités d’accession à la pleine souveraineté », « en format bilatéral » avec l’État et ce « jusqu’au 24 septembre », comme en avait décidé le précédent congrès du mouvement, tenu en janvier. « Nous devons capitaliser sur nos atouts et les valoriser au mieux afin d’accéder à la pleine souveraineté au plus tard avant les élections présidentielles de 2027 », a-t-il conclu.

Celui qui est devenu le symbole d’une répression judiciaire coloniale indiquait un an plus tôt, dans nos colonnes : « Nous, les Kanak, nous savons les raisons pour lesquelles on avance, quel est notre combat commun. C’est un combat de longue haleine », déclarait-il au moment où il était incarcéré à 17 000 kilomètres de chez lui.

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 06:00
Anticolonialisme : Il aurait eu 100 ans aujourd’hui, « Les propos de Fanon répondaient à notre expérience des effets de l’oppression coloniale », raconte son élève, Alice Cherki

Elle a rencontré Frantz Fanon, dont on fête le centenaire de la naissance, travaillé et milité avec lui en Algérie. La psychiatre et psychanalyste livre ici un témoignage précieux d’une page d’histoire qui n’a pas fini de s’écrire et fait écho aux jeunes générations.

Latifa Madani L'Humanité 17 juillet 2025 

Née dans une famille juive algérienne, Alice Cherki s’est engagée dans les années 1950 en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Elle a exercé comme interne dans le service de Frantz Fanon, à l’hôpital de Blida-Joinville en Algérie. Une expérience déterminante dans sa vie personnelle et professionnelle.

La psychiatre et psychanalyste a notamment publié Frantz Fanon, portrait (Seuil, 2000) ou encore la Frontière invisible, violences de l’immigration (Crépuscules, 2007). À la veille du centenaire de la naissance de l’auteur des Damnés de la terre, elle a bien voulu accorder un entretien à l’Humanité.

Comment et pourquoi avez-vous rejoint, à la fin de l’année 1954, le service de Frantz Fanon à l’hôpital de Blida-Joinville ?

ll y a eu cette fameuse conférence sur la peur et l’angoisse de Fanon qui venait d’arriver en Algérie organisée par l’Association de la jeunesse algérienne pour l’action sociale (Ajaas). J’ai fait partie des étudiants qui devaient assurer le service d’ordre et déjà, ce jour-là, devant la violence des Européens que l’on appellera plus tard pieds-Noirs, nous étions sidérés.

Comme chez beaucoup de jeunes de notre âge, cette violence a laissé une trace très forte. Frantz Fanon, lui, nous avait tous beaucoup impressionnés. Un de mes amis lui a fait savoir que je souhaitais travailler avec lui. Huit jours après, j’apprends qu’il avait répondu : qu’elle vienne à Blida.

 

Nous connaissions mal son travail à ce moment-là. Ils étaient très peu à avoir lu Peau noire, masques blancs (1952), une œuvre majeure. Ces propos résonnèrent pour tous les jeunes que nous étions, pour qui ni le marxisme de l’époque prônant la libération de la classe ouvrière avant toute autre libération, ni l’existentialisme ne répondaient à ce que nous vivions de la situation coloniale.

Les propos de Fanon répondaient à notre expérience des effets de l’oppression coloniale non seulement sur chaque individu colonisé, mais sur toute une société. Et nous étions très peu à avoir lu son article sur « le Syndrome nord-africain », paru en 1951 dans les Temps modernes.

Pouvez-vous expliquer ce qu’est le syndrome nord-africain ?

C’est le lien entre privations, déshumanisation et troubles psychiques. Fanon, le Martiniquais, savait ce qu’était le racisme. Il avait fait ses études à Lyon et avait eu en consultation des ouvriers immigrés maghrébins, notamment algériens, qui vivaient dans des foyers. Ils étaient sans famille, sans droits, on peut dire qu’ils étaient sans passé et sans avenir. Ils souffraient de ce que les médecins appelaient la « coulchite », le fait d’avoir mal partout.

Les médecins voulaient que leurs patients leur indiquent précisément l’organe où ils avaient mal. Ils ne réalisaient pas que la souffrance allait au-delà d’un simple organe, que nous étions en présence d’une sorte de désespérance humaine, d’une souffrance psychique totale. Dans son article retentissant, Fanon expliquait le regard colonial des psychiatres sur les ouvriers nord-africains et plus particulièrement algériens.

À son arrivée en Algérie en 1953, il reçoit en pleine face cette réalité : la colonie de peuplement dans toute sa rigueur et les thèses du docteur Maurice Porot faisant des « indigènes musulmans », comme ils étaient appelés, des individus dominés non par le cortex mais par le sous-cortex, impliquant toutes sortes de tares : paresseux, violents, incapables de raisonnements et j’en passe.

Qu’avez-vous vu et observé lorsque vous êtes arrivée dans l’établissement psychiatrique ?

Fanon avait en charge le service des femmes européennes et des hommes « indigènes musulmans ». Ces deux services étaient en pleine mutation. On venait tout juste de supprimer les camisoles de force. Charles Géronimi, qui est devenu mon époux plus tard, m’a raconté qu’on attachait des hommes aux arbres pour les calmer. Il y avait encore l’uniforme, on mettait les tuberculeux et les schizophrènes dans des caves avec de la paillasse, on leur jetait la nourriture par une lucarne. Les infirmiers psy étaient des gardiens plus que des soignants.

Dans le service des femmes, il y avait déjà les ateliers de couture, de peinture, etc. Chez les hommes, c’était plus compliqué. Mais Fanon y est arrivé. C’était une petite révolution. Il avait le souci de les sortir de l’aliénation en tenant compte de leurs référents culturels et historiques. Il avait fait rouvrir la petite mosquée qui servait de grenier à foin. Il a fait installer un café maure, des jeux de dominos et amené des musiciens chaâbis. Et, surtout, il a créé une école d’infirmiers. Ils étaient engagés soit au Parti communiste soit au MTLD de Messali Hadj.

En quoi ce qu’a fait Frantz Fanon était-il révolutionnaire ?

Je n’ai pas oublié cette anecdote. Un jour, alors que Fanon approche vers lui, un infirmier cherche à dissimuler le bout de pain qu’il est en train de manger. Fanon lui dit mais pourquoi le cacher, au contraire, partagez-le avec un de vos malades. Pour cet infirmier, ce fut une révélation, il se mit à admirer son chef de service et racontait souvent cette histoire.

Fanon était contre les lobotomies, très en vogue à l’époque. Il les empêchait systématiquement là où il le pouvait. Lorsqu’il fallait recourir aux électrochocs, car il n’y avait pas d’autre alternative, il fallait être auprès du patient et lui parler à son réveil.

Tout cela était à des milliers de kilomètres de la pratique asilaire de l’hôpital de l’époque. Oui, c’était une petite révolution au grand dam des conformistes et conservateurs. Et puis, j’ai découvert comment Frantz Fanon a appliqué la social-thérapie que lui avait enseignée à l’hôpital de Saint-Alban en Lozère son professeur et mentor, François Tosquelles, un antifranquiste et précurseur de la psychothérapie institutionnelle.

Pouvez-vous expliquer en quoi consiste la social-thérapie ?

La social-thérapie consiste à avoir des liens non hiérarchisés entre soignants et malades, réaliser avec eux plusieurs activités de toutes sortes, théâtre, musique, jeux, etc., qui leur permettent, par exemple, de restituer des souvenirs enfouis, de retrouver le fil de leur histoire, de leurs traumatismes et de leurs délires.

L’institution devient soignante, les malades des pensionnaires, ils participent aux activités thérapeutiques. L’institution est pensée, conçue, dans sa globalité comme un élément thérapeutique actif. Fanon y a trouvé une alternative théorique et idéologique aux logiques mortifères de l’asile.

Le service du docteur Fanon a aussi servi à la cause des indépendantistes algériens. Vous vous êtes ainsi retrouvée en phase avec vos convictions ?

Oui, j’en ai peu parlé. Mon expérience traumatique durant la Seconde Guerre mondiale, alors que j’étais petite fille, m’a fait ouvrir les yeux sur la société dans laquelle je vivais. J’avais été expulsée de l’école parce que juive lorsque le régime de Vichy a abrogé le décret Crémieux qui faisait des juifs d’Algérie des citoyens français.

Je disais avoir été victime de « racisme biologique », moi qui ne savais rien du « signifiant » juif. Ainsi s’inscrit un traumatisme, à savoir ne pas avoir de mots pour représenter ce qui se passe. Il y a un lien entre son expérience personnelle et son regard sur la société qui l’entoure.

Assez vite j’ai relié mon cas aux autres cas de marginalisation et de déshumanisation, principalement celui de la condition de colonisé. J’ai observé très tôt la ségrégation coloniale : des espaces réservés aux Européens et d’autres à ce qu’on appelait alors les Arabes ou les musulmans. Même à l’université, il y avait cette partition.

Votre expérience à l’hôpital de Blida-Joinville a-t-elle été aussi déterminante dans votre engagement personnel que dans votre parcours professionnel ?

Étudiante, j’étais déjà engagée, notamment avec l’Association de la jeunesse algérienne pour l’action sociale, Ajaas. Je distribuais des tracts, fournissais des médicaments à des jeunes militants. Après novembre 1954, l’année 1955 marque un tournant.

Les maquis sont déjà constitués, notamment dans la wilaya 4, où de nombreux jeunes d’Alger, garçons et filles, sont montés. J’en ai connu qui ont rejoint le maquis. Et puis, tous mes amis, dont Daniel Timsit, Jacques Azoulay, Albert Smadja, étaient aux Jeunesses communistes. J’étais déjà dans ce bain. J’ai acquis la conviction que l’indépendance de l’Algérie était nécessaire et inéluctable, c’était une évidence, un constat du réel.

À l’hôpital de Blida, le service de Fanon recevait, soignait et cachait des résistants. Ils venaient de nuit clandestinement. Je me souviens de l’un d’entre eux qui était malade d’avoir tué. C’est à la demande des maquis, qui ont besoin de confier certains jeunes à un psychiatre, que le groupe Amitiés algériennes a pris contact avec Fanon. Ils avaient eu des échos de sa révolution à l’hôpital psychiatrique.

Leur demande d’aide a concerné, dans un premier temps, la fourniture de médicaments. Après, il s’agissait de recevoir des maquisards pour les soigner psychiquement, ensuite on recevait aussi des blessés. L’accueil s’est ensuite fait également dans un service de jour que Fanon avait réussi à créer. Il avait même invité le professeur Porot à l’inauguration. Pourtant, la situation était explosive, elle le sera encore plus en 1956.

Quel était le contexte politique à ce moment-là ?

En 1955, Fanon comme beaucoup d’entre nous, est dans l’attente et l’espoir de l’issue de négociations secrètes. Mais il y eut le départ de Pierre Mendès France et l’arrivée, en février 1956 à Alger, de Guy Mollet, accueilli par des tomates, puis celle du général Lacoste. Le vote des pouvoirs spéciaux a bouleversé le paysage et fini par anéantir l’espoir d’une solution pacifique.

Pour beaucoup d’entre nous, l’engagement devint de plus en plus évident. L’hôpital psychiatrique, dénommé « le nid des fellaghas », va connaître une succession de perquisitions et d’arrestations. Charles Géronimi et moi-même décidons de partir avant d’être arrêtés.

Nous tenons jusqu’en janvier 1957, alors que Fanon a déjà envoyé sa lettre de démission et a été expulsé. Nous nous retrouvons en Tunisie. Fanon rejoint le FLN et adhère à la plateforme de la Soummam, qui configurait le projet de société de l’Algérie indépendante.

Qu’avez-vous tiré et retenu personnellement d’une telle expérience ?

Mon expérience a été une rencontre avec ce à quoi j’aspirais. J’ai expérimenté le soin psychiatrique lié à l’action militante : l’aide concrète aux combattants algériens et les soins aux personnes souffrant de problèmes psychiatriques dus à la guerre. D’où mon intérêt à la psychanalyse des grands traumatismes des guerres mondiales et des colonisations et aux enjeux psychiques des silences de l’histoire, de l’exil et de la transmission.

Mon parcours professionnel a concerné surtout les descendants, sur deux et trois générations, des violences et guerres coloniales, de part et d’autre de la Méditerranée et plus particulièrement d’Algérie. Cette histoire les a tous marqués côté français et côté algérien. On n’en a pas fini avec elle.

En tout cas, une chose est sûre, l’Algérie s’est inscrite dans mes traces. D’ailleurs, je m’identifie facilement aux femmes algériennes qui viennent me parler. Arrivée en France, on me regardait comme « la belle exotique ».

Fanon a été très important pour les jeunes que vous étiez. Aujourd’hui, en 2025, à l’heure de son centenaire, on observe un vif intérêt de la jeunesse pour Fanon. Cela se traduit dans la musique, au cinéma, dans la recherche. Comment expliquez-vous une telle résonance ?

Sa vision, son œuvre, ses écrits, son action sont des références. Le militant politique, le révolutionnaire, le clinicien, a mis au cœur de sa pensée et de son action la quête de solutions pour sortir de l’aliénation et créer des repères pour advenir comme être humain.

Il laisse un message fort : à savoir que l’aliénation concerne non seulement une société, mais aussi chaque individu. Son maître mot était la libération de l’homme sur tous les plans, individuel et collectif. Toutes les libérations étaient liées : celle de l’aliéné, des femmes, du peuple.

Je me permets de vous citer cette phrase extraite de la lettre de démission qu’il adressa, fin 1956, au ministre résidant, le gouverneur général de l’Algérie, Robert Lacoste. : « La folie est l’un des moyens qu’a l’homme de perdre sa liberté. Et je puis dire, que placé à cette intersection, j’ai mesuré avec effroi l’ampleur de l’aliénation des habitants de ce pays. Si la psychiatrie est la technique médicale qui se propose de permettre à l’homme de ne plus être étranger à son environnement, je me dois d’affirmer que l’Arabe, aliéné permanent dans son pays, vit dans un état de dépersonnalisation absolue. Le statut de l’Algérie ? Une déshumanisation systématique. »

Anticolonialisme : Il aurait eu 100 ans aujourd’hui, « Les propos de Fanon répondaient à notre expérience des effets de l’oppression coloniale », raconte son élève, Alice Cherki
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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 06:00
La petite fille d’Hiroshima – Poème de Nazim Hikmet
La petite fille d’Hiroshima – Poème de Nazim Hikmet

Il y a 80 ans l’horreur d’Hiroshima et NagaszakiLe poème « Hiroshima Child » (La petite fille), écrit par le poète communiste turc Nazim Hikmet en 1956, fait référence à l’horreur des crimes les plus barbares du 20ème siècle – le largage de la bombe atomique par les impérialistes américains à Hiroshima et Nagasaki, respectivement les 6 et 9 août 1945. L’objectif réel de ce crime impérialiste était d’intimider les peuples, d’envoyer un « message » à l’Union soviétique et au mouvement communiste naissant, car la Seconde Guerre mondiale était en fait déjà terminée et l’utilisation d’armes nucléaires n’a joué aucun rôle dans son issue. Plus de 300 000 personnes sont mortes à cause des bombes et des millions ont été affectées par la radioactivité dans les années qui ont suivi. La « petite fille » d’Hiroshima parle d’une fillette de 7 ans qui a péri pendant l’holocauste nucléaire. De nombreux chanteurs et musiciens du monde entier ont interprété ce poème dans différentes versions.

La petite fille d’Hiroshima

Je viens et me tiens à chaque porte
Mais personne ne peut entendre mon pas silencieux
Je frappe et pourtant je reste invisible
Car je suis morte, car je suis morte

Je n’ai que sept ans, mais je suis morte
A Hiroshima, il y a longtemps
J’ai sept ans aujourd’hui comme j’avais sept ans alors
Quand les enfants meurent, ils ne grandissent pas.

Mes cheveux ont été brûlés par les flammes tourbillonnantes.
Mes yeux se sont assombris, mes yeux sont devenus aveugles
La mort est venue et a réduit mes os en poussière
Et celle-ci a été dispersée par le vent.

Je n’ai pas besoin de fruits, je n’ai pas besoin de riz
Je n’ai pas besoin de sucreries ni même de pain
Je ne demande rien pour moi.
Car je suis morte, car je suis morte.

Tout ce dont j’ai besoin, c’est de la paix.
Vous vous battez aujourd’hui, vous vous battez aujourd’hui
Pour que les enfants de ce monde
puissent vivre, grandir, rire et jouer.

Nazim Hikmet

 

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 05:03
Ouest-France, 11 août 2025

Ouest-France, 11 août 2025

Non content de vouloir imposer
- la remise en cause de deux jours fériés, voire de la cinquième semaine de congés payés
- une réduction de 5 milliards d'euros des dépenses de santé par de nouvelles coupes dans les moyens des hôpitaux et des déremboursements dans le cadre de la Sécurité sociale qui vont se répercuter sur une augmentation du coût des complémentaires santé
- augmentation du coût des abonnements d'électricité et de gaz
- une nouvelle baisse des droits et indemnisations pour les chômeurs et privés d'emploi à hauteur de 2 milliards d'euros économisés sur le dos des précaires 
- 5,3 milliards d'euros demandés aux collectivités

Le premier ministre François Bayrou demande une énième réforme de l'assurance chômage pour dégrader les droits de ceux qui sont privés et ont perdu leur emploi. 2 milliards d'euros retirés aux chômeurs, c'est le but de ce premier ministre spectral et sans vision, à l'image d'une fin de règne macronienne crépusculaire et plus dure que jamais pour les précaires et les droits sociaux.

 

C'est dans le Ouest-France du jour, 11 août 2025

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12 août 2025 2 12 /08 /août /2025 09:07
Karol Beffa, compositeur : « Erik Satie a toujours été du côté des pauvres et des humbles »
Karol Beffa, compositeur : « Erik Satie a toujours été du côté des pauvres et des humbles »

Décédé il y a cent ans, Erik Satie a laissé une trace durable dans la mémoire populaire tout en séduisant les avant-gardes. Le compositeur Karol Beffa a potassé les écrits du musicien excentrique et engagé dans la vie politique de son temps pour faire émerger la figure d’un homme aux multiples paradoxes.

Un « hypocrite », « lâche », « médiocre », « illuminé » « membre du parti communiste alcoolique ». C’est par ce déluge de fiel qu’un conseiller municipal FN avait, en 2016, cru judicieux de s’opposer à la célébration par la ville d’Arcueil de la mémoire d’Erik Satie, son illustre concitoyen.

En crachant sa haine, l’élu benêt réhabilitait sans le vouloir la charge subversive du compositeur, pianiste de cabaret montmartrois, ami et complice de Claude Debussy, dandy loufoque et fauché aux éternels parapluie et chapeau melon, effectivement adhérent de la SFIO à la mort de Jaurès, puis de la SFIC au congrès de Tours, compositeur courtisé sur le tard qui a légué quelques mélodies parmi les plus célèbres du répertoire classique.

Un homme de paradoxe, drôle et caractériel, tendre et caustique, engagé et mondain dont on célèbre cette année les cent ans de la disparition et que Karol Beffa, compositeur et maître de conférences en musicologie à l’École normale supérieure, a tenté de cerner dans Erik Satie de A à Z, un musicien à la plume fantasque (Flammarion), abécédaire qui se penche sur les multiples et truculents écrits du musicien.

Pourquoi avoir choisi d’appréhender Erik Satie par ses écrits ?

Dans les années 1970, la grande spécialiste de Satie, Ornella Volta, avait réuni des écrits dans un livre épuisé depuis longtemps. Depuis, Fayard a édité une correspondance presque complète et j’ai pensé qu’il y avait quelques passages bons à prendre. J’ai donc opéré une sélection.

 

C’est une plume avec une forme d’élégance. Il est à la fois poète, critique, auteur d’aphorismes, épistolier savoureux, adepte de lettres d’injures comme de lettres très touchantes qui nous font découvrir la misère dans laquelle il a vécu. Et il m’a semblé que le personnage pouvait assez bien s’appréhender par ce biais-là, avec sa part de mauvaise foi, son côté bougon.

Que disent ses écrits du personnage, de l’artiste ?

Il a ce côté irascible, mais, en même temps, touchant et révolté. Il s’indigne de beaucoup de choses et souvent à juste titre. Avec, je crois, quelques paradoxes. Par exemple, on n’a pas vraiment compris si la « musique d’ameublement » qu’il revendique est une critique de la société de consommation. Elle l’est en partie, mais il se sert aussi de la société de consommation pour inventer un nouveau registre artistique.

Qu’entendait-il par « musique d’ameublement » ?

Il a imaginé des concerts où le public était censé venir, non pas pour écouter la musique, mais pour déambuler ici et là. Des concerts qui avaient tout du happening, avant qu’il ne soit en vogue. Ça n’a pas toujours marché parce que les auditeurs très dociles écoutaient religieusement, alors qu’on leur disait de surtout parler et de faire du bruit. Il y a là un aspect politique. Il s’érige contre une certaine forme de standardisation et de consumérisme.

Ce qui est mis en évidence à la lettre D de votre abécédaire avec le néologisme Dufayêlisation qu’employait Satie, du nom des grands magasins Dufayel à Paris, alors parmi les plus grands du monde…

Exactement. Là, il s’agit de grande consommation et de la dimension assez monstrueuse qu’elle prend à cette époque. Satie y est sensible. C’est d’ailleurs une dimension assez étonnante chez lui. Par certains côtés, il adore le progrès, il a foi en l’avenir, est technophile.

Et, par d’autres, il est assez conservateur, il aime les vieilles pierres, les choses anciennes, avec un confort plutôt archaïsant. Il n’est pas à un paradoxe près. Mais sa critique de la standardisation d’un point de vue artistique est assez visionnaire quand on pense à ce qu’écrira Adorno quelques dizaines d’années plus tard.

Ses écrits dessinent-ils aussi un engagement politique ?

Une chose est certaine, c’est qu’il a toujours été du côté des pauvres, des humbles, des faibles. Et il s’oppose presque toujours aux puissants, aux établis, à l’institution. Mais il se présente trois fois à l’Institut (à l’Académie des beaux-arts, NDLR). Il est d’ailleurs extrêmement déçu que cette candidature soit considérée comme un canular. Et il a quand même accepté les Palmes académiques.

À la fin de sa vie, il est ravi qu’une partie de la grande bourgeoisie et surtout de l’aristocratie s’intéresse à lui et veuille lui passer commande. C’est un peu sa revanche quasi posthume. Il va dans ces réceptions de la haute société habillé avec son éternel tailleur un peu limé, tout en restant du côté des humbles.

Il a bien connu Tristan Tzara, fréquenté la librairie d’Adrienne Monnier, refuge de Breton, Soupault et Aragon, puis frayé avec eux. Pourrait-on dire de Satie qu’il est l’un des rares exemples, si ce n’est le seul, de musicien surréaliste ?

Pourquoi le surréalisme est si peu associé à la musique ? C’est une vraie question. Peut-être parce qu’il va plutôt décrypter, via l’inconscient, le rôle du langage. Or les musiciens entretiennent un rapport ambigu au langage, la musique lui étant une forme de substitut.

Mais oui, c’est un des rares musiciens dont la musique amène, prophétise ou peut être parfaitement en phase avec le surréalisme et le dadaïsme.

Il a été adopté par des avant-gardes, notamment par le compositeur John Cage et l’école minimaliste, autant que par un large public. Ce paradoxe n’est-il qu’apparent ?

Il a été très en avance sur certaines choses, par exemple sur la question du théâtre musical qu’il anticipe assez bien, avec ce goût pour le happening, ou en postulant qu’il n’y a pas de distinction entre l’art et la vie. Une des thèses que vont reprendre à la fois le groupe Fluxus, et un peu avant John Cage, qui établit avec lui une filiation.

Puis, il y a ce goût pour le ressassement, pour la répétition qui n’est pas seulement de l’ordre de la bouffonnerie ou du canular. C’est ancré chez lui et ça va donner naissance au minimalisme, à la musique répétitive. Mais la télévision, le cinéma, les séries, le théâtre aussi ont volontiers utilisé sa musique dans des circonstances très variées.

Ce qui fait que bien des gens connaissent Satie sans le savoir à travers les Gymnopédies ou les Gnossiennes. Il fait partie des rares compositeurs que des gens qui connaissent à peine la musique classique repèrent, parce que sa musique a tendance à transcender les distinctions et les catégories.

 

Lire aussi: COMMUNIST’ART - Erik Satie

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12 août 2025 2 12 /08 /août /2025 06:00
Il y a 80 ans, la Sécurité sociale mise au vote - L'Humanité, Emmanuel Defouloy, 31 juillet 2025
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12 août 2025 2 12 /08 /août /2025 05:59
Génocide à Gaza : des salariés de Safran, Thales et STMicroelectronics dénoncent la complicité de l’industrie française de l’armement - L'Humanité, Elisabeth Fleury, 7 août 2025
Génocide à Gaza : des salariés de Safran, Thales et STMicroelectronics dénoncent la complicité de l’industrie française de l’armement
 
Au sein des entreprises d’armement, la coopération avec Israël pose la question d’une éventuelle complicité de génocide. La CGT, en pointe sur ce combat, multiplie les initiatives. La prise de conscience s’étend.
 
L'Humanité, Social et Économie, le 7 août 2025
Elisabeth Fleury
 
Le 15 octobre 2023, alors qu’un processus génocidaire s’amorce en réponse aux sanglantes attaques du Hamas, une trentaine de syndicats palestiniens lancent un SOS. Ils appellent « leurs homologues internationaux et toutes les personnes de conscience à mettre fin à toute forme de complicité avec les crimes d’Israël, en cessant de toute urgence le commerce des armes avec Israël ainsi que tout financement et toute recherche militaire ».
Leur message, relayé par le Réseau syndical international de solidarité et de luttes, prend une résonance particulière dans les entreprises françaises liées à l’armement.
Depuis fin 2021, la jurisprudence de la Cour de cassation est claire : « Toute personne qui apporterait intentionnellement son aide, son concours ou toute forme d’assistance à la commission ou à la tentative de commission de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crime de génocide serait passible de poursuites, en qualité de complice. »
Exportations d’armes vers Israël : des entreprises françaises sous pression
Et ce, insiste l’avocat Matteo Bonaglia, « sans que soit exigé un seuil minimal de participation ni qu’il soit nécessaire de démontrer une intention d’aider à la commission du crieme ». « En clair, résume l’avocat, les entreprises françaises d’armement ne peuvent plus se réfugier derrière l’État, qui leur a octroyé une licence d’exportation. Leur responsabilité propre peut être engagée. »
Dans la foulée de l’appel des syndicats palestiniens, l’association Stop Arming Israël est créée. « L’objectif, c’est qu’aucun matériel militaire ne soit acheminé vers Israël », relate Loïc, un de ses fondateurs. Bientôt, des campagnes de tractage sont organisées à l’entrée des entreprises du secteur de l’armement. Les salariés de Thales, Airbus, MBDA, Dassault ou Safran sont approchés.
D’autres sociétés, plus petites, sont également visées. « À chaque fois, explique Loïc, on essaie d’alerter sur leurs liens avec Israël. » L’accueil est parfois frileux. « On a reçu quelques insultes », reconnaît le militant. Mais, au fil des mois, les réactions se font plus chaleureuses, assure-t-il. « Installer un rapport de force, cela prend du temps. »
Élue CGT de la société franco-italienne de fabrication de composants STMicroelectronics – environ 50 000 salariés dont 12 000 en France –, Nadia Salhi répond immédiatement à l’appel des syndicalistes palestiniens et, « pour garantir la sérénité des débats », entame une réflexion collective au sein du syndicat.
Génocide à Gaza : la décision de la CIJ fait évoluer les consciences
Pas facile. « Questionner la coopération militaire sort des préoccupations habituelles, admet Nadia. Dans une entreprise d’armement, cela peut être perçu comme une façon de scier la branche sur laquelle on est assis. » Des enquêtes du média Blast et de l’Observatoire des armements vont encourager la mobilisation.
En violation de l’embargo imposé à la Russie, des composants de STMicroelectronics ont été retrouvés dans des armes utilisées contre l’Ukraine et la direction de ST doit, publiquement, s’engager à cesser tout commerce avec la Russie. Pour la CGT, dont le pacifisme et l’antimilitarisme sont des valeurs fondatrices, c’est une première victoire.
En janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) dénonce un « risque de génocide » à Gaza. « Le mot « génocide », ça fait réfléchir », constate Grégory Lewandowski, élu CGT chez Thales. Deux mois plus tard, le site Disclose révèle que la France a continué à fournir des armes à Israël après octobre 2023.
Des « pièces de cartouches pour fusils-mitrailleurs », envoyées par la société Eurolinks au groupe israélien IMI Systems depuis le port de Marseille, ont pu être utilisées contre des civils palestiniens, indique le site d’information. Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, sommé de s’expliquer, reconnaît l’envoi des pièces. Elles étaient destinées à être « réexportées vers des pays tiers », minore-t-il.
Les syndicats demandent des comptes sur les partenariats israéliens
Son démenti ne convainc pas. Chez STMicroelectronics, une lettre ouverte de la CGT à la direction réclame « des mesures fortes et urgentes pour garantir que notre entreprise ne participe ni de près ni de loin au massacre en cours à Gaza et en Cisjordanie ». « Afin d’assurer la transparence des usages des puces produites par notre entreprise, nous vous demandons de rendre public (…) l’ensemble des partenariats en cours avec des entités israéliennes », ajoute-t-elle.
Face aux organisations syndicales, la direction se borne à affirmer que ses composants sont « destinés à des fonctionnalités civiles, et pas autre chose ». « On a continué à travailler la question », relate Nadia. En juin 2025, une journée de grève est décidée sur le site de Crolles. « Beaucoup de salariés, sans y prendre part, nous ont encouragés et remerciés », affirme la syndicaliste. Les initiatives se multiplient.
Chez Thales, le partenariat avec la société israélienne de drones Elbit suscite de plus en plus de questions. L’élue CGT Stéphanie Gwizdak opte pour l’organisation d’une journée de formation afin, dit-elle, « d’alimenter les camarades en arguments juridiques et géopolitiques».
Intitulée « Droits et devoirs d’intervention des salariés de l’industrie de la défense », la journée s’articule autour d’une question cruciale : « Si on est associé à un génocide, qu’est-ce qu’on risque ? » Les échanges sont « fructueux » et « de qualité », affirme Stéphanie Gwizdak.
À Fos-sur-Mer, les dockers bloquent l’armement vers Israël
Mais moins d’une trentaine de salariés s’inscrivent. « Mobiliser sur ces questions, c’est un travail de fourmi », constate-t-elle. « Ce n’est pas évident de trouver un consensus, en interne, pour parler du sujet », abonde Pascal Jaugeas, son homologue chez Airbus.
Début juin 2025, une action coup de poing des dockers de Fos-sur-Mer va « libérer les énergies », selon Nadia, de STMicroelectronics. Alertés sur la présence de colis d’armement destinés à Israël, les dockers bloquent coup sur coup deux chargements.
« La CGT pèse 95 % chez nous, cela nous permet d’agir vite, explique leur secrétaire général, Tony Hautbois. Ce n’est malheureusement pas le cas partout. » À quelques jours de l’ouverture du Salon international de l’aéronautique du Bourget, où la présence de stands israéliens suscite une vague de protestations, le blocage de Fos provoque une onde de choc.
Des manifestations sont organisées. Des ONG saisissent la justice en urgence – elles seront déboutées. Sous la pression, le gouvernement décide finalement de faire marche arrière et réclame la fermeture de cinq des neuf stands israéliens. Une victoire en demi-teinte, pour les ONG.
Chez Red Hat, des salariés enquêtent sur les usages militaires de leurs outils
Mais une victoire quand même. « En interne, on ne parlait que de ça », affirme un salarié de Thales. « On était très isolés il y a un an. Depuis quatre ou cinq mois, de plus en plus de camarades s’emparent du sujet », constate Grégory Lewandowski qui, outre Thales, est aussi responsable à la CGT métallurgie. Après les dockers de Fos, la CGT Air France et SUD Solidaires aérien décident, à Roissy, de bloquer l’envoi d’une cargaison d’armes en direction d’Israël.
« La prise de conscience commence à s’étendre », se réjouit Loïc, de Stop Arming Israël. Salarié de l’entreprise Red Hat, rachetée au prix fort par IBM en 2018, Haïkel Guémar est un des fondateurs de Solidaires informatique. Fichage, drones, cloud, data centers… l’informatique, domaine où excellent les entreprises israéliennes, est omniprésente dans les armées modernes, explique-t-il.
« Elle est même cruciale », insiste le syndicaliste. Les drones tueurs ne sont pas tous guidés par des humains. « Ce sont des systèmes informatiques qui, la plupart du temps, décident qui doit vivre ou mourir, détaille le représentant syndical. Sans eux, rien n’est possible. Ils sont les yeux et les oreilles des drones tueurs. »
Les 440 salariés français de Red Hat ont-ils participé, sans le savoir, aux massacres perpétrés à Gaza ? « On a interrogé notre direction, on voulait savoir sur quel terrain d’opération était utilisé le matériel qu’on fabrique, ça n’a rien donné », assure-t-il.
Face à ce « manque de transparence organisé », le syndicaliste s’est transformé en enquêteur. Il épluche les journaux spécialisés, multiplie les contacts avec les associations, les collectifs, les syndicats. Il voit grand, Haïkel Guémar. « J’entretiens le doux rêve d’avoir, un jour, une coopération avec des syndicats israéliens. »
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