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21 octobre 2025 2 21 /10 /octobre /2025 06:52
Le RN vote contre la taxe Zucman - Une preuve de plus de l'imposture de ses prétentions sociales

Le RN contre la taxe Zucman
En commission, les députés d’extrême droite ont voté contre la création de cette taxe sur les ultra-riches.
Toujours du côté du capital, jamais de celui du peuple.

👉 Les valets du capital, c’est eux.

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20 octobre 2025 1 20 /10 /octobre /2025 08:22
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Elle rêvait d'aller en Bugatti aux Sables d'Olonne au bras de son amant...

Quel bonheur de se replonger dans la cinématographie de Claude Chabrol et dans son film de 1978 avec Isabelle Huppert: "Violette Nozière", un film que l'on pourrait qualifier de féministe et transgressif, plein de grâce et de poésie, dont le contexte se passe dans le Paris des années 30 et du quartier latin, avec un casting de rêve, une Isabelle Huppert très jeune et déjà exceptionnelle, Stéphane Audran, Bernadette Lafont, Jean Carmet, Jean-François Garreaud, et un bonheur du jeu d'acteurs tellement propre aux films de Chabrol.

Le film, que l'on peut voir gratuitement ces semaines-c sur la plateforme France.TV avec trois autres films d'Isabelle Huppert, est inspiré de l’histoire réelle de Violette Nozière qui défraya la chronique judiciaire et criminelle en 1933 et 1934, et devint une cause nationale de controverse et de dispute, et notamment une cause pour les surréalistes qui l'ont défendue au nom "de l'amour, de la beauté, de la jeunesse, de la liberté des mœurs".

Au cours des années 1930, Violette Nozière (jouée par Isabelle Huppert) est une adolescente qui se prostitue en secret. Ses parents, Baptiste et Germaine Nozière (jouée par Stephane Audran), chez qui elle vit, ne remarquent rien. En révolte contre leur mode de vie et leur mentalité étriqués, elle tombe amoureuse d’un jeune panier-percé, Jean Dabin, qu’elle fait pratiquement vivre grâce à de petits vols chez ses parents ainsi qu’avec le bénéfice issu de la prostitution occasionnelle. Violette invente des contes en permanence et empoisonne ses parents, à petit feu d'abord, puis franchement et sûrement, pour se venger des viols de son père.

Lors de l'enquête et de son procès, elle affirme que son père l'agressait sexuellement pendant son enfance. Mais du fait du poids du patriarcat de l'époque (les femmes n'ont pas de droit de vote et elles sont considérées comme mineures, soumises à l'autorité du père ou du mari), son aveu des viols répétés par son père n'est pas pris en compte, et elle sera convaincue d’empoisonnement et parricide. Violette Nozière est ainsi condamnée à la peine de mort. Mais à la fin du long-métrage une voix off, Claude Chabrol, nous fait savoir:

« Condamnée à mort le 13 octobre 1934, Violette Nozière fut graciée le 24 décembre par le président Albert Lebrun et sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité. À la suite de sa conduite exemplaire en prison, le maréchal Pétain ramène sa condamnation à douze ans. Résolue à prendre le voile dès l'expiration de sa peine, libérée le 29 août 1945, puis graciée le 1er septembre par le général de Gaulle qui signe en sa faveur un décret annulant les vingt-cinq ans d'interdiction de séjour auxquels elle était condamnée, Violette Nozière épouse finalement le fils du greffier comptable de la prison, qui lui donnera cinq enfants. Ils ouvriront un commerce. En 1963, peu avant sa mort, la Cour de Rouen, fait unique dans l'histoire de la justice française s'agissant d'un condamné à mort de droit commun, prononce sa réhabilitation. »

A l'époque, la gauche et les écrivains communistes font de Violette Nozière un symbole de la lutte contre la société et ses dérives.

Son amant Jean Dabin, celui qui l'a corrompue en vivant de ses générosités, serait un camelot du roi.

Les surréalistes prennent la défense de la jeune femme qui devient leur muse.

Louis Aragon signe en 1933 une chronique dans "L'Humanité" où il la présente comme une victime du patriarcat.

Le 24 octobre 1934, Marcel Aymé interpelle par son plaidoyer en faveur de Violette Nozière : « Dans l'hypothèse d'un inceste, quelle pitié ne méritait pas la malheureuse, et quel pardon ! »

L'inceste, sujet tabou dans une société masculine, permet à Paul Éluard d'écrire un poème qui reste dans les mémoires :
«"Violette a rêvé de défaire
A défait
L'affreux nœud de serpents des liens du sang ".

Écrivains, poètes, mais également peintres prennent fait et cause pour elle. Cette médiatisation de l'affaire influencera les chefs d'État successifs qui eurent, par la suite, à décider du sort de Violette Nozière.

L'Humanité, 18 juillet 2014: "Face à la "pègre bourgeoise", Louis Aragon défend " le monstre en jupons""

Nos grands proçès 1934.

Le poète, alors journaliste à l’Humanité, s’était passionné pour l’affaire Violette Nozière, accusée de parricide. Il y voyait un exemple de la «justice de classe».

Au cœur de l’été 1933, un court article non signé paraît dans l’Humanité : « Un cheminot et sa femme sont trouvés agonisants rue de Madagascar ». Une lycéenne de dix-huit ans, Violette Nozière, raconte avoir découvert ses parents intoxiqués après une fuite de gaz. Le père meurt pendant son transfert à l’hôpital. « L’affaire reste très mystérieuse, écrit le journaliste. S’agit-il d’un simple accident dû à une fuite de gaz ? Mais alors, d’où proviennent les blessures des victimes ? »

Ainsi commence, en quatrième colonne de la première page de l’Humanité, l’histoire de Violette Nozière et de Louis Aragon. La première, lycéenne libertine accusée de la transgression ultime (un double parricide), va captiver l’opinion publique. Le second, poète surréaliste de trente-cinq ans, entré à la rédaction de l’Humanité quelques mois plus tôt, se passionne pour cette affaire sur laquelle il écrira plus de trente articles.

Dès le lendemain du crime, d’« horribles soupçons » pèsent sur Violette Nozière. Arrêtée après une cavale d’une semaine, la jeune femme passe rapidement aux aveux : elle a empoisonné ses parents.

On découvre également que Violette mène une vie dissolue. Élève au lycée Fénelon, elle sèche les cours et passe ses journées dans les bars du boulevard Saint-Michel. Aussitôt, l’affaire divise les Français. La gauche et les surréalistes voient en Violette une rebelle, brisant les codes de la famille bourgeoise. À l’opposé, les partisans de l’ordre moral, représentés par Robert Brasillach, y voient la réalisation d’un « atroce monde sans Dieu ».

« Il reste encore à découvrir un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Pour Louis Aragon, ce fait divers est, dès ses prémices, le révélateur d’une société profondément inégalitaire.

« Plus que jamais dans l’affaire de la rue de Madagascar, écrit-il, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. »

Jour après jour, il raconte l’instruction, s’entretient avec les avocats, la mère, enquête, émet des hypothèses. « Il reste encore à découvrir, écrit Aragon le 12 septembre, un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Depuis ses premiers articles, le poète défend une idée : Violette n’a pas agi seule.

« Il y a certainement quelqu’un qui l’a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d’ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d’ouvriers triment jusqu’au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et les fils d’ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule. »

Il interpelle le juge Lanoir (« magistrat on ne peut plus roublard ») pour qu’il cherche le complice de la lycéenne. Cette dernière n’est qu’une « misérable fille dévoyée » qui cherche à protéger son amant de cœur, Jean Dabin, qui plus est militant royaliste auprès des Camelots du roi. « La leçon de l’affaire Nozière, ce qu’elle met au jour, il faut que l’Huma le dise très fort, c’est toute cette pègre bourgeoise, anti-ouvrière, qui a tous les vices, et au contact de laquelle les Violette Nozière viennent se pourrir », martèle Aragon. Au milieu des années 1930, en pleine montée des ligues fascistes (Hitler vient d’obtenir les pleins pouvoirs en Allemagne), l’affaire révèle aussi la xénophobie ambiante.

Pour la dénoncer, Aragon excelle dans l’ironie glaçante : « Un Algérien, vous comprenez, cela peut se charger de tous les crimes, c’est une sorte de sauvage, ça ne peut se comparer à un fils de chef de gare. »

Mais voilà que Violette avoue : si elle a empoisonné son père, c’est parce qu’il la violait depuis l’âge de douze ans. Sujet hautement tabou dans cette société masculine, l’inceste divise encore plus ses partisans et adversaires.

Paul éluard en fait un décasyllabe : « Violette a rêvé de défaire / A défait / L’affreux nœud de serpents des liens du sang. »

Aragon, lui, délégué par Paul-Vaillant Couturier pour suivre l'affaire Nozière, n’y croit pas : « La presse bourgeoise essaye d’accréditer des histoires ordurières sur une famille de travailleurs, ramassant les maladives divagations de la triste Violette ! » En octobre 1934, le procès de Violette Nozière sera expéditif : trois jours d’audience et une heure de délibéré pour la condamner à mort. Les courts débats ne répondront pas aux nombreuses questions restées jusqu’à ce jour sans réponse : ni l’inceste ni la possibilité d’un complice ne seront abordés. Aragon a quitté "l’Humanité", avec laquelle il reste en collaboration régulière, mais le journaliste qui suit le procès déplore cette parodie de justice : « Le procès de Violette Nozière est fait. C’était celui de la société bourgeoise qui entretient le vice et le crime qui était à faire. »

Les femmes n’étant plus guillotinées en France, la peine de mort sera commuée en travaux forcés à perpétuité. Libérée en 1945 après une détention « exemplaire », Violette Nozière sera réhabilitée en 1963.

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Article de Louis Aragon, 31 août 1933 - L'Humanité 

(cité in extenso L'Aventure Aragon, Hors Série de l'Humanité, 1212 H, 2024)

Aragon adhère dès 1927 au PCF, même s’il doit attendre 1933 pour se faire admettre de manière stable dans la rédaction, puis s’y imposer, à L’Humanité dans l’univers éditorial du PCF.

La bourgeoisie veut-elle sauver l'un des siens? 

Violette a-t-elle menti en disant qu'elle a agi seule? 

Plus que jamais, dans l'affaire de la rue de Madagascar, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. 

Hier matin, le cercueil du père Nozière, du mécanicien assassiné, est parti de la gare de Lyon, par un de ces trains qu’il a conduits jadis et qui l’a emporté cette fois vers Neuville-sur-Loire, au cimetière. Il y avait derrière le cercueil les camarades de travail du mort, cinquante mécaniciens et chauffeurs du PLM. Et c’est d’eux que nous tenons que Nozière était un travailleur qui ne reculait pas devant la tâche : la Compagnie le savait bien, qui lui faisait conduire, par exemple, les rapides de Paris-Vichy, qui font quatre cents kilomètres sans changement de locomotive. Ainsi le drame qui défraye les conversations et les curiosités malsaines soulève en passant un coin du rideau bourgeois qui cache la vie terrible, ardue, des exploités. Quatre cents kilomètres sans changement de locomotive… Le cercueil du vieux Nozière est parti.

Violette "explique" son acte

La "sensation" du jour, longuement commentée dans la presse bourgeoise, est une accusation portée par Violette contre son père pour tenter d'expliquer son acte. Son père aurait abusé d'elle.. il était jaloux... il lui faisait des scènes... 

Il semble bien que ce soit là une de ces inventions qui, loin de devoir soulever l'indignation vertueuse des gens qui se complaisent à les commenter, militent surtout pour faire de la misérable Violette, malade, menteuse et égarée, une inconsciente, qui relève plus de la médecine que de la justice. 

La presse s'empare immédiatement de ce thème facile sur lequel il est facile de mettre de son côté les cœurs sensibles et filiaux.  Elle souligne combien cette accusation portée par Violette contre son père est "habile". Habileté qui lui vaut immédiatement que des journaux comme la Liberté, un des canards les plus vertueux du monde, réclame purement et simplement sa tête  tout en rappelant toutes les affaires où des femmes ont été exécutées, en nous donnant un avant-goût de l’exécution possible par le rappel de celles où des femmes ont été devant la guillotine “d’une lâcheté sans exemple”. On aimerait pourtant bien voir si le signataire de cet article, un certain A. Y., serait lâche ou non devant la guillotine. Devant la guillotine des autres, il est en tout cas sans grande dignité. »

Violette nie avoir voulu tuer sa mère 

Ce "monstre" qu'on se plaît à nous décrire insensible à un sursaut violent à l'interrogatoire "Pourquoi avoir voulu tuer votre mère?" lui demande le juge d'instruction. "Jamais!" s'écrie Violette, je n'ai voulu faire une chose pareille. Je n'ai donné à ma mère que trois cachets, juste pour l'endormir". 

Et sa mère, que devient-elle? 

C'est ici que les choses bien singulières commencent à percer. "L'Humanité" a eu des renseignements qui viennent directement de la malheureuse femme. Et ces renseignements jettent une lumière troublante dans toute l'affaire. 

Madame Nozière parle pour l'Humanité

Hier, Mme Nozière, que les journalistes, les photographes avaient sans cesse assaillie, questionnée sans pudeur, a été isolée, peut-être pour son repos, peut-être pour qu'elle ne parle pas trop... Car elle nous fait dire que maintenant qu'elle est dans son état normal, elle ne voit pas pourquoi on la garde à l'hôpital dans un local grillagé, avec les agitées. Elle ajoute tristement: "Comme ma fille.."  Elle nous fait dire qu'on lui a spécifié qu'"elle ne devait pas trop parler de Jean"  , cet ami de sa fille sur lequel on se montre par ailleurs si discret. Que craignait-on? Elle sait très peu le concernant. Mais "Jean" est d'une bonne famille bourgeoise, n'est-ce pas? Nous pouvons le dire: c'est le fils du chef de gare d'Ivry-marchandises. Et sans doute qu'on veut faire retomber toute la boue et tout le poids d'une affaire où il porte, en face d'une misérable fille dévoyée, sa responsabilité de maquereau content de tirer l'argent d'une femme, fier qu'elle se prostitue pour lui. Et elle, Violette, c'est une fille d'ouvriers. Donc c'est à elle et aux siens, la boue. Mais aux autres... attention! Le chef de gare est bien avec la préfecture comme un vulgaire Pinguet, le comte-flic amateur. 

Le complice? 

Mme Nozière nous fait dire que quand elle a perdu connaissance, son mari et elles étaient habillés. Quand elle est revenu à elle, son mari et elles étaient déshabillés. Nous nions que ce soit Violette qui ait soulevé, déshabillé ses parents. Elle n'en avait ni l'idée ni la force. Et si ce n'est elle, il y avait donc avec elle un complice dans la maison! Le complice n'est pas en ce cas seulement un souteneur qui de loin a manigancé le crime et l'a fait exécuter par Violette. Le complice est l'assassin. Et nous signalions l'autre jour l'acharnement de Violette à affirmer qu'elle avait agi seule. Elle s'accuse, elle a peur pour quelqu'un. Dans ce cœur flétri et cette tête folle, dans cette fille dénaturée, est-ce là l'effet d'un sentiment humain, profond? Et on défend à Mme Nozière de trop parler à Jean! Police de classe. 

Ce que la mère dit de son enfant

Mme Nozière, que les journalistes qui l'ont approchée présentent comme accusant sa fille, accumulant sur la tête de celle-ci les circonstances aggravantes, en réalité pense et dit que sa fille a perdu sa tête: "Elle a voulu se tuer, se jeter dans la Seine en décembre dernier. Et dites surtout que l'an dernier, au mois d'août, elle a eu la fièvre typhoïde". 

Violette, pour sa mère, n'est pas responsable. D'autant moins qu'il y a certainement eu quelqu'un qui l'a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d'ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d'ouvriers triment jusqu'au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et fils d'ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule... A propos! 

Jugé par ses pairs

L'agence Havas communique une note de l'Association générale des étudiants de Paris, association bourgeoise où il y a pas mal de graine de fascistes!: "L'Association générale des étudiants de Paris, émue de l'attitude d'un étudiant en droit qui a été mêlé très étroitement à l'affaire Violette Nozière, ne peut que réprouver et blâmer la conduite inqualifiable de cet étudiant", etc. 

Qui vise donc cette petite note, Messieurs? Vous êtes si discrets dans vos blâmes, sans doute aussi pour ménager l'honneur d'une famille bourgeoise, que nous ne pouvons savoir de qui vous parler. De Jean? Mais Willy non plus n'est pas très beau. Compagnon de noce d'un maquereau, sans doute se fait-il payer les consommations par celui dont il a été raconté à la police qu'il recevait de l'argent de Violette et même combien. (Un envieux sans doute...) Mais il y a dans l'affaire un troisième étudiant que nous oublions. Monsieur le comte de Pinguet. C'est de lui, n'est-ce pas? que vous voulez parler, Messieurs! C'est très bien de vous désolidariser des indicateurs qui peuvent se glisser dans vos rangs... Nous attendons votre réponse. 

L'avocat d'office. 

On a désigné pour défendre Violette un avocat d'office. C'est Me Henri Géraud, qui fut le défenseur de Gorguloff. 

Avec son papa 

MM. Dabin, père et fils, ont été entendus à la P.J. Le papa est chef de gare à Ivry-marchandises. Il dit que son fils est étudiant en droit deuxième année et qu'il lui donne pour ses frais personnels de 150 à 180 francs par mois. Il a toujours trouvé que cela suffisait: Violette lui faisait l'appoint. Le fiston, retour des bains, explique qu'il "payait" dans un premier temps. En juin. Puis c'est Violette qui lui a proposé, en disant que son père lui donnait 1000 francs par mois, pour ses dépenses. Pas difficile à convaincre, Jean empochait. Combien? De 80 à 100 francs par jours. Ah! Violette était plus généreuse que Dabin père! Jean insiste sur le fait qu'il les dépensait avec son amie, et même (parasite ingénu, instinctif) qu'il avait dû faire souvent appel à la bourse de ses camarades pour compléter ses dépenses. Violette l'avait même prié d'acheter une voiture pour elle. Elle y aurait mis 10 000 francs. 

"La vie a continué ainsi jusqu'au 17 août, date de mon départ en vacances. Le 23, j'ai reçu une lettre d'elle disant qu'elle s'ennuyait loin de moi, qu'elle me rejoindrait d'ici quelques jours. J'ai su, par les journaux, les péripéties du drame".    

Oui, sans doute Violette a-t-elle voulu aller le rejoindre. Mais l'argent qu'elle a envoyé par la poste et dont on nous a parlé, M. Jean Dabin n'en souffle mot. A qui fera t-il croire qu'il n'avait jamais su qu'il vivait de la prostitution de son amie? Ignorance de bourgeois qui préfère ignorer de quel sang sont payés les dividendes qu'il touche..." 

Article d'Aragon paru dans l'Humanité le 31 août 1933

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Violette Nozière ne songe qu'à protéger celui qu'elle aime

Article d'Aragon dans L'Humanité du 15 septembre 1933

Ce qui domine les déclarations faites par Violette Nozière à M. Lanoire avant-hier, ce qui domine même les errements singuliers des interrogatoires et des démarches de la police de ces derniers jours, c'est la figure de Jean Dabin. Ce jeune homme, qui déclarait l'autre jour qu'un an de service militaire en Afrique suffirait à oublier son "affaire", reprend de l'assurance. Cela se conçoit: on l'a laissé partir en vacances. On ne l'a qu'à peine interrogé. On ne vérifie pas son alibi. Là-dessus, M. de Monzie le cite devant le conseil de discipline de l'université, mais pour un détail qui n'est pas pendable. Alors l'insolence revient à l'avantageux camelot du Roy. Il répond même fort ironiquement à cet homme de gauche par une lettre dont nous regrettons de ne connaître que des morceaux. 

Une lettre ou une gifle. 

Il se moque des professeurs qui auront à le juger, et prends les devants en annonçant qu'il quitte l'université pour ne pas donner par le récit se ses "soirées" le regret à ses professeurs d'"avoir si mal employé leur ardente jeunesse". (...)

Dans le cynisme de ce fils de bourgeois qui se sent soutenu par ceux de sa classe, tout, jusqu'à ce débat avec le ministre qui n'a pas nécessairement le rieur de son côté, traduit et souligne la pourriture d'un régime où ce ne sont que des nuances qui permettent de distinguer entre les gros et les petits profiteurs, les parasites de gouvernement et parasites des Violette Nozière. 

M. Lanoire à l’œuvre

Sauf l'affirmation réitérée qu'elle a agi seule, la dénégation nouvelle d'avoir donné de l'argent à Jean Dabin après le crime, bien qu'en date du 21 août, jour du crime, avant celui-ci prétend-elle, elle lui ait écrit: "Je t'enverrai l'argent que je t'avais promis", Violette n'a rien dit au juge Lanoire. Elle a prétendu avoir donné une dose de poison à ses parents en se basant non pas sur les indications d'un complice, mais sur l'expérience personnelle d'un suicide manqué. Elle s'étonne que le fameux "protecteur", Émile, avec qui elle ne faisait qu'aller au théâtre et qui lui donnait de l'argent, ne se soit pas fait connaître. Mais elle refuse, par discrétion, de livrer son nom. Elle confirme la déposition de Pierre Carrais, etc. Mais l'incident central de l'interrogatoire est provoqué par le défenseur Me Géraud. 

(...) 

 

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20 octobre 2025 1 20 /10 /octobre /2025 07:33
Assan Lakehoul et Camille Mongin remettent la gerbe de la JC devant les monuments aux fusillés de Châteaubriant et les porte-drapeaux lors de la cérémonie protocolaire

Assan Lakehoul et Camille Mongin remettent la gerbe de la JC devant les monuments aux fusillés de Châteaubriant et les porte-drapeaux lors de la cérémonie protocolaire

Stephane Peu  remet la gerbe du PCF devant les monuments aux fusillés de Châteaubriant et les porte-drapeaux lors de la cérémonie protocolaire

Stephane Peu remet la gerbe du PCF devant les monuments aux fusillés de Châteaubriant et les porte-drapeaux lors de la cérémonie protocolaire

Commémoration des 84 ans de l'exécution des 27 détenus politiques communistes et cégétistes du camp de Choisel à Châteaubriant le 22 octobre 1941
Commémoration des 84 ans de l'exécution des 27 détenus politiques communistes et cégétistes du camp de Choisel à Châteaubriant le 22 octobre 1941
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84 ans après l'exécution des 27 dans la Sablière à Châteaubriant, nous étions réunis ce dimanche 19 octobre à Châteaubriant pour rendre hommage à nos camarades. Nous avons vécu, sous la pluie, une émouvante cérémonie, et d'excellents discours de Carine Picard Niles et Stéphane Peu avant le spectacle des chorales chœur et mouvement et Echosonora.

Plusieurs camarades finistériens étaient présents: Sergine Le Fief Le Bohec et Yannick Le Bohec, Jeannine Daniel, Lucienne Nayet, Yoann Daniel, Enzo De Gregorio, Paul Mongault, Ismaël Dupont, et Taran Marec et Eric Guellec, qui représentaient le maire de Brest. 

La direction de la JC était présente elle aussi avec Camille Mongin responsable de l'UEC et Assan Lakehoul, et les camarades de l'Ille-et-vilaine, des Côtes d'Armor, du Morbihan et bien sûr de Loire-Atlantique. 

La fédération du PCF Finistère, avec Ismaël Dupont, Lucienne Nayet, Jeannine Daniel, Yoann Daniel, a déposé une gerbe devant la stèle d'hommage à Pierre Guéguin, ancien maire communiste de Concarneau et conseiller général exécuté le 22 octobre 1941  

Après la cérémonie, quelle émotion de retrouver les objets personnels de Guy Moquet, Jean-Pierre Timbaud et les autres internés politiques et fusillés de Chateaubriand au musée de la Sablière en même temps qu'une belle exposition sur le thème du concours national de la résistance et de la déportation 2026.

Des objets, écrits, effets personnels qui témoignent de la générosité d'âme et de cœur, de la conviction et de l'idéal, de l'esprit de résistance de ces prisonniers communistes sacrifiés par les collaborateurs de Vichy et l'occupant nazi.

Reportage photo Ismaël Dupont, Yoann Daniel, Enzo De Gregorio 

Sculpture réalisée par Jean-Pierre Timbault au camp de Choisel à Châteaubriant

Sculpture réalisée par Jean-Pierre Timbault au camp de Choisel à Châteaubriant

Guy Môquet et sa famille

Guy Môquet et sa famille

Commémoration des 84 ans de l'exécution des 27 détenus politiques communistes et cégétistes du camp de Choisel à Châteaubriant le 22 octobre 1941
Commémoration des 84 ans de l'exécution des 27 détenus politiques communistes et cégétistes du camp de Choisel à Châteaubriant le 22 octobre 1941
Commémoration des 84 ans de l'exécution des 27 détenus politiques communistes et cégétistes du camp de Choisel à Châteaubriant le 22 octobre 1941
Lettre de Guy Môquet à sa mère

Lettre de Guy Môquet à sa mère

Valise de Guy Môquet et effets personnels

Valise de Guy Môquet et effets personnels

Commémoration des 84 ans de l'exécution des 27 détenus politiques communistes et cégétistes du camp de Choisel à Châteaubriant le 22 octobre 1941
Commémoration des 84 ans de l'exécution des 27 détenus politiques communistes et cégétistes du camp de Choisel à Châteaubriant le 22 octobre 1941
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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:30
Nous ne l'oublierons jamais - Pierre Guéguin, élu et dirigeant communiste de Concarneau fusillé à Châteaubriant le 22 octobre 1941
Nous ne l'oublierons jamais - Pierre Guéguin, élu et dirigeant communiste de Concarneau fusillé à Châteaubriant le 22 octobre 1941
Pierre Guéguin (1896-1941), élu communiste finistérien fusillé le 22 octobre 1941 dans la carrière de Châteaubriant
 
- Ancien conseiller général et maire communiste de Concarneau, acteur majeur du Front Populaire dans le Finistère et en Bretagne. 
 
Né le 18 août 1896 à Quimerc'h, Pierre Guéguin est un fils d'instituteur. Mobilisé pendant la première guerre mondiale avec la classe 1916, il restera profondément marqué moralement et politiquement les ravages et l'idiotie profonde de la guerre. Il devient professeur de mathématiques à l'EPS après avoir été instituteur (il est issu lui-même d'une famille d'instituteurs laïcs), militant laïc, n'a pas quarante ans quand il est élu au Conseil Général du Finistère en 1934.
Il adhère à la SFIO en 1919, se trouvant encore dans l'armée. Démobilisé en 1920 avec le grade de lieutenant, il devint membre du Parti communiste et de la CGTU après le congrès de Tours.
"Nommé instituteur à Quimperlé, il y créa une section de l’Association républicaine des anciens combattants dont il fut le président. Lors de l’inauguration d’un monument aux morts, le 3 juillet 1921, il prononça un discours, jugé « particulièrement violent » par les autorités, qui lui valut d’être frappé d’une sanction disciplinaire et d’être inscrit au Carnet B du Finistère. Il enseigna comme professeur de mathématiques à l’école primaire supérieure de Lorient, d’octobre 1924 à octobre 1926, date à laquelle il fut nommé à l’EPS de Concarneau (Finistère). Marié en janvier 1918 à Brest avec une employée de bureau, il eut un fils, Pierre Guéguin, instituteur également.
L’activité de Pierre Guéguin s’exerça autant dans le domaine syndical, à la Fédération unitaire de l’enseignement rattachée à la Confédération générale du travail unitaire, que sur le plan politique où il devint l’un des principaux animateurs du Parti communiste dans la région. Il parcourut le département, comme conférencier de son syndicat, traitant, en particulier, des problèmes agricoles et de la guerre. Son esprit critique l’entraîna à manifester dans le parti des opinions qui ne concordaient pas toujours avec la ligne officielle, voire à combattre avec vigueur cette ligne, dans les années 1929 et 1931 notamment. Plus tard, il défendit certes, dans le débat de tendances à l’intérieur du syndicat, les positions du parti envers la critique du courant révolutionnaire de l’École émancipée, animée par son jeune ami Marc Bourhis, mais il lui fut reproché de ne pas le faire sur un ton assez acerbe et de conserver des liens amicaux avec Marc Bourhis.
Ses contributions très denses et vigoureuses font apparaître l’auteur comme le maître à penser de son syndicat. Cependant, l’indépendance d’esprit de Pierre Guéguin se heurta souvent à la ligne du parti engagé dans un cours « gauchiste ». Il s’ensuivit fréquemment des rapports conflictuels bien connus à l’intérieur du parti mais aussi à l’extérieur. Les désaccords étaient importants aussi bien sur la question syndicale que sur celle de la laïcité. Mais ils prirent une ampleur particulière lorsque Guéguin signa avec plusieurs instituteurs communistes, le 19 novembre 1931, à Quimper, un texte qui prenait tout simplement la défense des oppositionnels exclus du parti. " " (Rodolphe Prager, Maitron en ligne).
Élu au conseil municipal de Concarneau lors du renouvellement général de 1929, il obtint plus de suffrages que le maire sortant, mais resta minoritaire.
C'est le premier et le seul élu cantonal du Parti communiste avant guerre dans le Finistère et l'un des sept conseillers généraux du PCF avant 1939. Il a mené une campagne comme candidat unique de la gauche dès le premier tour et a été élu avec un peu plus de 50% des voix au second. La victoire de Pierre Guéguin aux élections départementales à Concarneau symbolise et récompense l'unité retrouvée du monde ouvrier et de ses représentants politiques. Sa profession de foi est cosignée par la SFIO et le PCF. Elle marque aussi la reconnaissance d'un élu engagé dans les luttes sociales car il s'est fortement impliqué dans les grèves de 1929. Avec lui, le PCF a doublé son score dans l'arrondissement de Concarneau.
Dans la foulée, Pierre Guéguin gagne les élections municipales de Concarneau en mai 1935. Concarneau fait partie des 4 communes emportées par le PCF dans le Finistère avec Beuzec-Conq, Le Guilvinec, Tréffiagat quand le PCF perd Pouldavid. A Douarnenez, la liste Le Flanchec est passée au 1er tour avec 1175 voix en moyenne contre 807 à la droite et 248 pour la liste dissidente. Mais Daniel Le Flanchec, en train de s'éloigner du PCF, est élu en avant-dernière position sur la liste.
A Concarneau, la progression de la tête de liste Pierre Guéguin qui passe de 47 voix (35,1% des exprimés) au premier tour de 1929 à 701 voix en 1935 (53,% des exprimés) lui permet d'être le seul élu au premier tour de la liste unique de la gauche. Le 10 avril, une réunion PCF-SFIO s'était tenue à Concarneau avec Guéguin, Tanguy Prigent, Le Normand pour préparer les municipales.
Pour les élections législatives de mai 1936, la SFIO ne présente personne face à Pierre Guéguin sur la circonscription de Quimper 1. Le comité de Concarneau du Front Populaire organise des soirées radiophoniques pour écouter les les leaders du Front Populaire, Maurice Thorez, Léon Blum, Edouard Daladier, comme dans le pays Bigouden, où 200 personnes écoutent le discours de Maurice Thorez sous les Halles de Pont l'Abbé le 17 avril 1936.
Au premier tour des législatives à Quimper 1, Pierre Guéguin arrive en tête, battant le radical-socialiste sortant de près de 300 voix. Les communistes doublent leur base électorale par rapport aux législatives de 1932, en recueillant 13 226 voix contre 8 169 quatre ans plus tôt. Le score le plus important du PCF est obtenu au Relecq-Kerhuon avec 54,46% des voix exprimées. Il s'y présentait seul à gauche face au PDP et à une candidature du front paysan.
"Mais ce sont les résultats de Quimper 1, écrit Jean-Paul Sénéchal dans Finistère du Front populaire. 1934-1938. Lutte pour l'hégémonie et logique de blocs (PUR, 2017) qui créent l'évènement. Pour la première fois, en Bretagne, le PC arrive en tête d'une élection législative. Pierre Guéguin réussit à tripler les scores communistes en quatre ans. Il y fait progresser largement son parti au-delà même de l'augmentation moyenne nationale.... Dans la circonscription de Quimper-Concarneau, Guéguin obtient 4609 voix et améliore le score du PC avec 19,1% des inscrits contre 6,4% quatre ans auparavant.
Le 3 mai, Pierre Guéguin aurait pu devenir le premier député communiste de Bretagne envoyé à l'Assemblée Nationale. "Le radical Pierre Pouchus n'a pas réussi à effrayer les électeurs de Guéguin et à récupéré leurs voix. C'est le contraire qui se passe. 53,81% de ses électeurs ont choisi le candidat communiste au second tour. Mais le maintien du radical hostile au Front Populaire a causé la défaite du maire communiste de Concarneau. En juin, Guéguin va aider les ouvriers des établissements Trellu à se mettre en grève et à exposer leurs revendications. A l'été 1937, l'entente avec la SFIO se fissure et Pierre Guéguin dénonce vigoureusement devant les socialistes la politique de non-intervention du gouvernement Blum en Espagne, à l'occasion d'un Banquet à Carhaix le 25 juillet où était présent le ministre de l'agriculture Georges Monnet. En 1937 toujours, Guéguin dénonce dans la fête des Filets Bleus organisée par le député de droite Hervé Nader avec l'appui de l'église (Monseigneur Duparc) et des élites locales, une entreprise de récupération politique et religieuse. Le Préfet commente: "M. le maire et conseiller général communiste, M. Guéguin, considère que la fête de la mer organisée par des éléments de droite et le clergé est purement politique et religieuse. Je dois reconnaître que ces affirmations sont en partie exactes".
Membre du comité régional du parti communiste (Finistère-Morbihan), Pierre Guéguin remplit les fonctions de directeur du journal La Bretagne communiste.
Après que le pacte germano-soviétique ait été rendu public, Pierre Guéguin fera partie des militants communistes qui vont démissionner du PCF. Le groupe communiste au conseil municipal de Concarneau est alors scindé:
"Sa rupture avec le Parti communiste fut complète après le Pacte germano-soviétique.
À la séance du conseil municipal du 1er septembre, il condamna sévèrement le pacte. Certains conseillers communistes prirent le maire vivement à partie, le traitant de « lâche » et de « dégonflé », et Pierre Guéguin dut se frayer un passage vers la sortie protégé par quelques amis.
Le Parti communiste dénonça son comportement dans un tract annonçant qu’il n’avait plus rien de commun avec le parti ni avec le communisme.
Incorporé le 5 septembre au 337e Régiment d’infanterie à Quimper, il fut néanmoins déchu de ses mandats de maire et de conseiller général par arrêté du 10 février 1940, les rapports de police et du préfet le désignant comme un élément redoutable qui n’avait nullement renié ses convictions malgré ses difficultés avec le Parti. Il avait affirmé en effet lui-même, le 2 février, à des conseillers généraux socialistes qui envisageaient d’intercéder en sa faveur « que s’il était anti-stalinien, il restait communiste ». Il s’éleva contre sa déchéance, dans une lettre datée du 11 mars 1940 au président du conseil général, rappelant sa protestation contre « le pacte de trahison » qui entraîna « nul ne l’ignore ma rupture immédiate et complète avec le Parti communiste » mais ajoutant aussi « si le Parti communiste, sur l’ordre de Staline, a brusquement renié tous ses principes, je leur suis demeuré fidèlement attaché . Les autorités n’avaient aucune raison de le ménager dans ces conditions et le lui firent bien sentir.
Le préfet Angély suggéra de muter Pierre Guéguin dans une autre garnison, « la présence du lieutenant communiste à Quimper créant un malaise certain ». Il fut donc affecté, en mai 1940, à Guingamp. Récidivant, le préfet demanda au ministre de l’Éducation nationale de le nommer dans un autre département, ce qui conduisit à sa révocation le 2 octobre 1940. Guéguin en fut réduit à donner des leçons particulières pour subsister jusqu’à son arrestation le 2 juillet 1941 et son internement au camp Choisel à Châteaubriant (Rodolphe Prager, Maitron en ligne)". Camp de Choisel où Pierre Guéguin sera tenu à l'écart par les autres internés communistes, comme Marc Bourhis.
"Le 13 septembre, dix-neuf internés bien sélectionnés, dont Pierre Guéguin et Marc Bourhis, furent transférés dans la baraque 19. On l’appela la baraque des intellectuels ou encore celle des otages.
À titre de représailles contre un attentat commis sur la personne d’un commandant des Feldgendarmes exécuté à Nantes, vingt-sept prisonniers de Châteaubriant furent fusillés le 22 octobre dans la carrière de La Sablière" (Rodolphe Prager, Maitron en ligne)
Révoqué de ses fonctions d'enseignant en 1939 en pleine répression anti-communiste (voir document exclusif ci-joint, confié par Piero Rainero), interné au camp de Choisel, Pierre Guéguin, le maire et conseiller général de Concarneau, sera fusillé par les Allemands avec les 26 autres otages, dont Marc Bourhis, son adjoint à Concarneau le 22 octobre 1941 à Châteaubriant.
Sources: Jean-Paul Sénéchal, Finistère du Front populaire (PUR, 2017)
Rodolphe Prager, Maitron en ligne - https://maitron.fr/spip.php?article75186
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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:26
Dimanche 19 octobre à 14 h, à la Sablière de Châteaubriant: commémoration et hommage aux 27 otages communistes et cégétistes fusillés à Chateaubriant le 22 octobre 1941, en présence de Stephane Peu, président du groupe communiste à l'Assemblée Nationale

🚩 Le 22 octobre 1941, 27 militants communistes et syndicalistes CGT ont été fusillés par les nazis en représailles à l’action de jeunes résistants. Le choix des otages avait été laissé à la discrétion du gouvernement de Vichy : sur la liste de 100 détenus présentée par les Allemands au ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu, 50 noms furent retenus, essentiellement des communistes.

📆 La commémoration aura lieu dimanche 19 octobre à 14 h, à la Sablière de Châteaubriant, en présence de Stéphane Peu, député et président du groupe GDR, et de nombreux militants et élus du PCF.

« Vous qui restez, soyez dignes de nous les 27 qui vont mourir. » – Guy Môquet, militant communiste fusillé par les nazis le 22 octobre 1941 à l’âge de 17 ans

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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:22
Réunion de bilan de la fête de l'Huma Paris et repas des bénévoles au Relecq-Kerhuon ce samedi 18 octobre 2025
Réunion de bilan de la fête de l'Huma Paris et repas des bénévoles au Relecq-Kerhuon ce samedi 18 octobre 2025
Réunion de bilan de la fête de l'Huma Paris et repas des bénévoles au Relecq-Kerhuon ce samedi 18 octobre 2025
Réunion de bilan de la fête de l'Huma Paris et repas des bénévoles au Relecq-Kerhuon ce samedi 18 octobre 2025
Réunion de bilan de la fête de l'Huma Paris et repas des bénévoles au Relecq-Kerhuon ce samedi 18 octobre 2025
Réunion de bilan de la fête de l'Huma Paris et repas des bénévoles au Relecq-Kerhuon ce samedi 18 octobre 2025

Réunion de bilan de la fête de l'humanité 2025 à Plessis Paté dans l'Essonne pour le stand du Finistère au Relecq Kerhuon et projection sur la fête de l'humanité Bretagne des 29 et 30 novembre ce samedi 18 octobre.

Avant le repas des bénévoles local du PCF Le Relecq Kerhuon.

Un bilan très positif humainement et financièrement (le meilleur depuis 15 ans) de cette fête de l'humanité 2025! 

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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:13
Marwan Barghouti passé à tabac par 8 geôliers israéliens - Pierre Barbancey - L'Humanité, 16 octobre 2025
Ben Gvir et les autres fascistes du gouvernement Netanyahou veulent se débarrasser de Marwan, il faut les en empêcher par notre mobilisation et exiger sa libération et celle de tous les prisonniers palestiniens !
 
Marwan Barghouti passé à tabac par huit geôliers israéliens
Le dirigeant palestinien a été frappé par huit gardiens lors d’un transfert, mi-septembre. Il aurait des côtes cassées. Après cette agression et les menaces du ministre fasciste Itamar Ben Gvir, sa famille craint pour sa vie, alors que Benyamin Netanyahou a refusé sa libération ce week-end.
Monde
 
Publié le 16 octobre 2025
Pierre Barbancey - L'Humanité 
 
Benyamin Netanyahou veut-il en finir une fois pour toutes avec Marwan Barghouti ? Le leader palestinien le plus populaire, aujourd’hui âgé de 66 ans, est enfermé depuis vingt-trois ans. Il purge actuellement cinq peines de prison à perpétuité prononcées en toute illégalité par un tribunal israélien.
Selon le Bureau de presse palestinien Asra (AMO), dans un communiqué publié sur Telegram, Barghouti a été agressé lors de son transfert de la prison de Rimon à celle de Megiddo, mi-septembre. « Il a perdu connaissance et a subi quatre fractures des côtes suite aux coups », indique le communiqué, accusant une unité spéciale de répression pénitentiaire israélienne d’être responsable de l’agression.
Arab Barghouti, le fils de Marwan, qui a pu s’entretenir avec des prisonniers palestiniens récemment libérés, dit craindre pour la vie de son père. « Ce que nous savons, c’est que pendant le transfert de mon père, ils se sont arrêtés en chemin et huit gardes de sécurité de l’administration pénitentiaire, travaillant pour elle, ont commencé à le frapper de différentes manières : coups de pied, coups de poing, coups de pied à la tête, coups de poitrine et coups de poing aux jambes », a expliqué Arab à l’Humanité. « Les détenus libérés affirment qu’à son arrivée à Megiddo, il pouvait à peine marcher pendant des jours. »
Intimidation
C’est la quatrième fois en deux ans que Marwan Barghouti a ainsi été passé à tabac par des gardiens de prison ou des soldats. Il est détenu à l’isolement depuis le 7 octobre 2023.
Cette nouvelle agression, que l’on n’apprend que maintenant, fait suite à l’irruption dans la cellule de Marwan Barghouti, du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Ce membre d’un parti d’extrême droite, déjà condamné par les tribunaux israéliens pour incitation au racisme et soutien à une organisation terroriste, était venu menacer le dirigeant palestinien. « Quiconque tue nos enfants ou nos femmes ,sera anéanti. Vous ne nous vaincrez jamais », avait-il lancé.
Il a nié les allégations d’agression, mais a ajouté être « fier que la situation [de Barghouti] ait radicalement changé depuis mon arrivée à la tête du pays – la récréation est terminée, les colonies de vacances sont terminées ». Des propos repris par le journal israélien Maariv. Selon Arab Barghouti, Ben Gvir aurait également montré à son père la photo d’une chaise électrique en affirmant qu’il méritait d’être exécuté.
Ce week-end, 250 prisonniers palestiniens condamnés à perpétuité ont été libérés, la plupart expulsés vers l’Égypte. Le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou a opposé son veto à l’inscription de Barghouti sur la liste des prisonniers à libérer dans le cadre de l’accord. « Mon père est un fervent défenseur de la solution à deux États depuis plus de trois décennies, explique Arab. Je pense que le fait que le gouvernement israélien ait insisté sur le fait qu’il ne faisait pas partie de l’accord montre clairement qu’il ne recherche pas un dirigeant palestinien crédible et légitime. Il veut que nous restions divisés. »
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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:08
Ian Brossat : « La Sécu constitue une subversion du capitalisme » - Grand entretien avec Aurélien Soucheyre, L'Humanité Magazine, 16 octobre 2025

Offrir à tous un temps de vie libéré du travail, avec les retraites. Garantir à chacun un accès aux soins, en cas de maladie. Assurer formation et emploi à tous les travailleurs. Telles sont les immenses conquêtes de la Sécurité sociale, le tout en socialisant les richesses créées par le travail. Mais cette promesse peut-elle encore être tenue au XXIe siècle ? Le communiste Ian Brossat assure que oui.

80 ans après sa création, la Sécurité sociale reste plébiscitée en France, malgré les attaques frontales de ceux qui veulent la privatiser. L’heure est à la reconquête estime Ian Brossat, porte-parole du PCF.

Que représente à vos yeux la Sécurité sociale, dont on fête les 80 ans ?

C’est un trésor, une formidable conquête de la classe ouvrière, qui prend son destin en main et assure dans l’égalité et la justice un avenir meilleur pour tous. Ce n’est pas un hasard si elle a été bâtie avec Ambroise Croizat, ouvrier et ministre communiste du Travail. La Sécu, en s’appuyant sur les richesses créées par le travail, constitue une subversion du capitalisme.

Elle a éloigné la peur du lendemain et apporté des retraites à tous les Français, ainsi qu’un accès aux soins pour tous sans condition de revenus. Il s’agit dans notre histoire humaine d’une rupture majeure et d’une étape fondamentale dont nous profitons encore aujourd’hui. Quatre-vingts ans après sa fondation, elle est plus que jamais appelée à protéger et à se redévelopper. C’est pourquoi les communistes proposent de l’inscrire dans la Constitution, afin d’éloigner toute remise en question de ce pilier fondamental de notre société auquel les Français sont si attachés.

Comment expliquez-vous que la Sécu soit si populaire, malgré des années de discours sur le « trou », le « modèle social infinançable », et malgré un système qui se délite peu à peu ?

Parce qu’elle est considérée comme indispensable face aux aléas de la vie et parce qu’elle fait partie de l’identité de notre pays. La France, ce sont des monuments, une histoire qui nous rend fiers, mais aussi un modèle social singulier qui passe par la Sécurité sociale et les services publics, en lien direct avec la promesse républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité. Bien sûr, nous avons raison d’insister sur les failles du système actuel et sur les dangers qui pèsent sur l’avenir de la Sécu.

Mais nous devons toujours rappeler dans un même mouvement le formidable atout qu’elle représente face à ceux qui cherchent à l’abattre. Grâce à notre système de retraite, la France a un taux de retraités pauvres de 10 %, qui est bien inférieur à celui de l’Allemagne (15 %) et de l’Europe (16 %). Bien sûr, 10 % c’est trop et nous devons mieux faire. Mais ce n’est pas en réalisant le rêve des libéraux, qui veulent « marchandiser » la Sécu et remettre la main sur des centaines de milliards d’euros qui leur échappent que nous y arriverons. Une privatisation de la Sécu aurait pour conséquence une explosion des inégalités. Il s’agit là d’une arnaque et les Français en sont parfaitement conscients.

La Sécu constitue-t-elle le meilleur des systèmes de santé, puisque les États-Uniens dépensent 17 points de PIB pour un accès aux soins partiel et inégal, contre 12 points de PIB en France pour un accès universel ?

La comparaison américaine est très éclairante. Les États-Unis sont l’exemple même d’un régime très inégalitaire qui compte 25 millions de non-assurés et où la rapacité des compagnies privées n’est plus à démontrer. L’affaire Luigi Mangione, du nom de ce citoyen suspecté d’avoir assassiné le directeur d’une assurance privée, est assez édifiante. Personne ne peut cautionner ce crime effrayant.

Mais que Luigi Mangione obtienne ensuite une telle popularité, un tel assentiment dans la société américaine, montre bien les défaillances monstrueuses du système de santé américain. Ce système est tellement inégalitaire, cruel et inhumain que l’assassin d’un assureur devient une coqueluche. En comparaison, la France, où des traitements très onéreux comme les chimiothérapies sont sans reste à charge pour les patients, est infiniment plus vertueuse.

Quel mode de financement privilégier pour la Sécu et pourquoi ? Plutôt la cotisation ? La CSG ? La TVA sociale ?

La part des cotisations sociales, rebaptisée « charges sociales » par les libéraux, a fortement diminué depuis 1980. Elle est passée de 83 % à un peu plus de 50 % des recettes de la Sécu. Or elle est profondément juste car, via la cotisation liée au salaire, chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Il est également logique que les richesses issues du travail financent la protection sociale. En comparaison, la CSG (contribution sociale généralisée) pèse en réalité davantage sur les salariés et les retraités que sur le capital. Quant à la TVA sociale, ce vocable est une provocation en soi : c’est comme si l’on parlait d’un lion végétarien. La TVA est profondément injuste car elle pèse beaucoup plus lourd sur les petits revenus.

Par ailleurs, les entreprises bénéficient chaque année de plus de 80 milliards d’euros d’exonération de cotisations sociales. Il faut remettre en question ces exonérations et pourquoi pas mettre en place des cotisations minorées pour les entreprises qui font le choix de l’emploi, des salaires, de la formation et du respect de l’environnement, et aussi des cotisations pour celles qui font l’inverse. Ce serait beaucoup plus vertueux et utile que des exonérations qui ont soit un effet invisible, soit un effet pervers. Je pense notamment à celles sur les bas salaires qui incitent à mal rémunérer, alors qu’il faut prioriser l’inverse.

La Sécurité sociale est-elle trop importante pour être confiée seulement à l’État et aux Chambres parlementaires ?

Bien sûr. Nous sommes aujourd’hui très loin de l’esprit de départ qui animait les fondateurs de la Sécu, avec un régime géré démocratiquement par les assurés sociaux eux-mêmes via des caisses paritaires où les représentants des travailleurs et le patronat prenaient ensemble les décisions. Une gestion technocratique et étatique de la Sécu s’est depuis imposée, avec une dégradation des comptes. Nous plaidons pour un retour à une gestion plus démocratique et plus efficace, par les assurés sociaux eux-mêmes.

Quels doivent être les grands combats pour une Sécurité sociale du XXIe siècle ?

Il y a deux priorités : l’enjeu de revenir sur la réforme Borne est fondamental et reste dans toutes les têtes. Il est frappant de voir que cette réforme honteuse qui repousse l’âge de départ à 64 ans est encore massivement rejetée et toujours au cœur du bras de fer politique. Il faut revenir à 62 ans, et même à 60 ans.

Nous devons sacraliser un temps de vie en dehors du travail, et nous pouvons le financer. Nous produisons d’ailleurs beaucoup plus de richesses qu’en 1981 ! L’autre grand combat, à mon sens, est celui de la création d’un pôle public du médicament, pour éviter que les grands groupes privés ne fassent leur beurre sur le dos de la Sécu, garantir un accès aux traitements, maîtriser les coûts et assurer notre indépendance sanitaire.

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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:02
80 ans de la Sécu : une réforme révolutionnaire que les capitalistes tentent d’abattre depuis ses débuts (Léo Rosell - L'Humanité, 16 novembre 2025)

Fondée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 puis par la loi de juillet 1946, la Sécurité sociale est une avancée sans précédent dans la société française. Une conquête due entre autres à l’influence du PCF et de la CGT, ainsi qu’aux actions conjuguées de Pierre Laroque et d’Ambroise Croizat. En dépit des oppositions, ils ont réussi à imposer son caractère égalitaire et autogestionnaire.

Léo Rosell - L'Humanité, 16 novembre 2025

En octobre 2025, la Sécurité sociale fête ses 80 ans. En effet, cette institution, devenue fondamentale dans notre quotidien, est née en 1945, au sortir de la guerre, dans une France où tout était à reconstruire. À ce moment-là, son ambition était révolutionnaire : elle visait la réalisation d’un « ordre social nouveau ». Elle devait mettre l’ensemble de la population « à l’abri du besoin », pour en finir avec « la peur du lendemain ». Chacune et chacun, de la naissance à la mort, devaient ainsi être pris en charge face aux aléas de la vie, par un système fondé sur la solidarité nationale.

Portée par un contexte politique inédit, la création de la « Sécu » est favorisée par l’hégémonie des forces progressistes à la Libération, à travers une alliance entre les communistes, les socialistes, la CGT réunifiée et, dans une moindre mesure, les démocrates-chrétiens du MRP. Le patronat est largement discrédité par la collaboration. Au contraire, l’implication massive des militants de la CGT, lors de la mise en œuvre de la « Sécu » sur le terrain, est à l’origine d’une idée très présente dans les mémoires militantes : celle d’une « conquête ouvrière ».

Pour autant, sans doute faut-il rappeler que tout ne s’est pas créé en 1945. Depuis la fin du XIXe siècle, des lois ont commencé à organiser un embryon de protection sociale, mais ces législations se sont révélées insuffisantes et inefficaces, de telle sorte que, dans la Résistance, un consensus émerge autour de la nécessité de les réformer en profondeur.

Un projet dans la Résistance

Afin de s’imposer comme le chef incontestable de la France libre, le général de Gaulle cherche à rallier à lui la Résistance intérieure. Pour ce faire, dès 1942, il associe dans ses discours la « sécurité nationale » à la « sécurité sociale ». Plus important encore, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), élaboré dans la clandestinité, prévoit un « plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

Si ce texte symbolise une recherche de consensus au sein de la Résistance, son adoption a néanmoins été le fruit d’un long processus. Après un premier texte des socialistes, puis un second de la CGT, le programme proposé en novembre par le communiste Pierre Villon (1901-1980) sert de base de discussion. Après une série de modifications de la part des autres tendances de la Résistance, le programme est adopté par le bureau du CNR le 15 mars 1944.

 

Le CNR s’arrête donc sur une formulation minimale, susceptible d’être acceptée par ses différents courants. Les questions encore débattues, comme celle du financement ou de la répartition des pouvoirs dans le système, devront donc être tranchées plus tard. Néanmoins, l’importance prise par les communistes et les socialistes dans la Résistance explique les tendances socialisantes de ce programme.

À la Libération, un contexte politique inédit

À la Libération, un souffle de liberté et d’espoir traverse la France. La démocratie libérale s’élargit à la démocratie sociale, et la solidarité dans la Résistance se traduit dans l’aspiration à une solidarité sociale. Un enthousiasme révolutionnaire imprègne les discours de l’époque, en particulier du côté des forces issues du CNR.

Concernant la Sécurité sociale, dès octobre 1944, un haut fonctionnaire, Pierre Laroque, prend la tête de la direction des Assurances sociales, qui regroupaient plusieurs caisses privées. Il est ainsi chargé par le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Alexandre Parodi, de préparer un plan français de sécurité sociale. Laroque, qui s’était spécialisé dans la question des assurances sociales depuis le début des années 1930, avant de rejoindre Londres en 1943, affiche des convictions progressistes et un attachement aux grandes figures du « vieux socialisme français ».

En parallèle, l’Assemblée consultative provisoire, qui représente l’ensemble des forces de la Résistance, déménage d’Alger à Paris en novembre 1944. Elle confie alors la présidence de sa commission du Travail et des Affaires sociales à Ambroise Croizat. Ce dernier, ouvrier dès l’âge de 13 ans, secrétaire de la puissante fédération des métaux de la CGT depuis 1928, avait été élu député communiste sous le Front populaire. En février 1943, après avoir passé la guerre en prison, il est nommé délégué de la CGT clandestine dans cette Assemblée. Mais il faut attendre le printemps 1945 pour que le processus politique conduisant à la création de la Sécurité sociale s’accélère.

La Sécurité sociale, réforme ou révolution ?

Dans un discours prononcé le 23 mars 1945, Pierre Laroque inscrit la future Sécurité sociale dans notre histoire révolutionnaire, en cherchant à renouer avec « cette foi qui a été et restera à la base de toutes nos révolutions : car c’est une révolution qu’il faut faire et c’est une révolution que nous ferons ». En concluant son discours par cette formule, le haut fonctionnaire témoigne de la portée qu’il souhaite insuffler à la Sécurité sociale.

D’ailleurs, ses paroles ne sont pas sans rappeler celles de Jean Jaurès, qui écrivait en 1906, soit une quarantaine d’années plus tôt, que l’assurance sociale, « en donnant à tous les prolétaires plus de sécurité et de liberté d’esprit, (…) leur permettra de mieux préparer l’ordre social nouveau ». Le plan exposé par Laroque évoque ainsi un élément structurant dans la pensée de Jaurès, à savoir le réformisme révolutionnaire : l’idée d’une transformation certes progressive de l’ordre social, mais dont l’horizon révolutionnaire doit faire advenir la République sociale.

En 1945, une telle réforme révolutionnaire est nécessairement une réalisation collective. Elle s’appuie sur un compromis original entre une haute fonction publique modernisatrice, attachée à une conception émancipatrice de l’État social, et un mouvement ouvrier puissant au sortir de la guerre, organisé autour d’une CGT revendiquant 5 millions d’adhérents et capable de conquérir une position centrale dans la démocratie sociale naissante.

L’administration est donc chargée de rédiger un texte, mais elle doit encore solliciter l’avis de l’Assemblée consultative, dont le soutien politique est nécessaire pour donner davantage de légitimité à la réforme. Croizat joue alors un rôle en s’assurant que la commission qu’il préside apporte un soutien ferme au projet. Le rapport de la commission est présenté par Georges Buisson, fin connaisseur des assurances sociales au sein de la CGT et membre quant à lui de la tendance socialiste.

Il est adopté le 31 juillet 1945 par 190 voix pour et une seule voix contre, celle du député conservateur Joseph Denais. Les membres de la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et du MRP (Mouvement républicain populaire), démocrate-chrétien, s’abstiennent. Par cette attitude ambiguë, ils manifestent leurs réserves, sans pour autant assumer une obstruction plus franche, en raison du coût politique qu’elle impliquerait.

Ce vote est décisif dans le processus qui mène à la signature des ordonnances du 4 et du 19 octobre 1945, portant création de la Sécurité sociale. La première prévoit une réorganisation complète du système des anciennes Assurances sociales, autour d’une caisse unique réunissant l’ensemble des risques sociaux – la maladie, la vieillesse, les accidents du travail ou encore la maternité – et gérée selon des principes de démocratie sociale, à travers des administrateurs désignés par les syndicats. La seconde ordonnance, plus consensuelle, améliore considérablement le régime des prestations et entre en vigueur dès le 1er janvier 1946.

Lors des élections de l’Assemblée constituante, le 21 octobre 1945, le programme du CNR se voit reconnaître une forte légitimité démocratique, étant donné que les trois partis qui s’en réclament obtiennent environ les trois quarts des suffrages. Le PCF, avec un peu plus de 26 % des voix, devient le premier parti de France, devant le MRP (23,9 %) et la SFIO, la Section française de l’Internationale ouvrière, qui deviendra le PS (23,5 %). Fort de ce résultat, le PCF voit sa présence renforcée dans le gouvernement formé le 21 novembre. Il passe de deux à cinq ministères, dont celui du Travail, attribué à Ambroise Croizat.

« Cette révolution, excusez-moi cette formule, est attendue par tout le pays »

Si la Sécurité sociale ne fait pas encore explicitement partie de ses attributions, Croizat clarifie les choses dès son discours de prise de fonction : la Sécurité sociale sera l’une de ses priorités. Il faut dire qu’au même moment cette compétence est revendiquée par Robert Prigent, ministre de la Population et membre du MRP. On comprend l’enjeu : si les démocrates-chrétiens en ont la charge, la réforme risque d’être vidée de sa substance.

D’ailleurs, en décembre, le MRP dépose une proposition de loi remettant en question l’ordonnance du 4 octobre. Finalement, à la faveur de la démission du général de Gaulle, Croizat est reconduit comme ministre du Travail et de la Sécurité sociale le 26 janvier 1946.

Dès lors, cet ancien métallo s’investit pleinement dans la mise en œuvre du régime général de la Sécurité sociale, d’autant plus qu’il sait que le temps est compté. Il défend publiquement, devant l’Assemblée, la presse et les groupes d’intérêt, les différents projets de loi sur la Sécurité sociale. La plus importante est celle du 22 mai 1946, dite loi Croizat. Elle devait permettre à l’ensemble de la population de bénéficier de ce nouveau régime.

Quelques jours avant son vote, Croizat déclare : « Cette révolution, excusez-moi cette formule, est attendue par tout le pays. (…) L’association de tous les Français sans exception à cette œuvre de solidarité nationale prouvera au monde le caractère hautement social de cette nouvelle république que nous voulons vraiment démocratique, forte et indépendante. »

Les grands principes du régime général

Ce régime repose sur quatre principes fondamentaux. Le premier est celui de l’universalité. La Sécurité sociale constitue un droit fondamental et universel, fondé sur la solidarité nationale. Elle doit donc couvrir l’ensemble de la population française, de la naissance à la mort. La caisse unique constitue le deuxième principe : cela signifie qu’une seule caisse primaire par département remplace la multitude de caisses du système précédent. Les caisses primaires sont réunies dans des caisses régionales, elles-mêmes regroupées dans une caisse nationale, chargée d’assurer l’équilibre du système.

Troisièmement, la cotisation s’impose comme le mode de financement privilégié, car, contrairement à la fiscalité, elle est censée garantir l’autonomie de la Sécurité sociale vis-à-vis des arbitrages budgétaires de l’État. La Sécurité sociale devient ainsi une institution de socialisation du salaire, directement financée par la valeur produite dans le monde du travail, sur le mode de la répartition et non plus de la capitalisation.

Enfin, le dernier principe, certainement le plus original, est celui de la démocratie sociale, la fameuse gestion par les intéressés eux-mêmes. Les conseils d’administration des caisses sont en effet composés à 75 % de représentants des salariés, contre 25 % pour le patronat. Les représentants sont d’abord désignés selon le principe de la représentativité – au profit de la CGT, huit fois plus représentative que la CFTC –, puis élus à partir de 1947. L’État conserve néanmoins une fonction importante de contrôle et de règlement.

Grâce à la combinaison de ces quatre principes, la protection sociale n’est plus une affaire de paternalisme, qu’il soit religieux, patronal ou étatique, pour devenir au contraire un puissant outil d’émancipation, individuelle et collective. Ambroise Croizat en parle même comme de « l’instrument de tous les progrès sociaux qui doivent, dans l’avenir, se réaliser », dans un discours prononcé le 8 août 1946, à l’Assemblée.

Une révolution inachevée ?

Néanmoins, force est de constater que ces grands principes vont être progressivement remis en question par les opposants au régime général de la Sécurité sociale. Le patronat, les démocrates-chrétiens, la Mutualité, les cadres, les médecins libéraux et les assureurs vont tour à tour obliger Ambroise Croizat et Pierre Laroque à négocier certains points, par pragmatisme, pour sauvegarder l’essentiel de l’édifice. 1947 marque ainsi un tournant, avec l’éviction des ministres communistes du gouvernement le 4 mai, l’entrée dans la logique de guerre froide et la scission syndicale entre la CGT et Force ouvrière. Désormais, cégétistes et communistes font de la « défense de la Sécurité sociale » une thématique centrale de leur opposition aux gouvernements successifs, qu’ils dénoncent comme étant « réactionnaires ».

Dans les décennies suivantes, on peut distinguer trois principales évolutions. La première renvoie à l’amélioration progressive des conditions de vie jusqu’aux années 1970, grâce aux effets protecteurs, mais aussi redistributifs, de la Sécurité sociale. Dans le même temps, le libéralisme opère un retour en force à la fin des années 1960 et surtout à partir des années 1970, alors même qu’il avait été discrédité au lendemain de la guerre. La libéralisation de la protection sociale, qui en fait un marché très lucratif, va de pair avec une troisième dynamique, celle de l’étatisation de la Sécurité sociale.

D’ailleurs, le prétendu « trou de la Sécurité sociale » est imposé dans le débat public à partir de 1967, par le premier ministre Georges Pompidou, pour justifier les ordonnances Jeanneney prises par son gouvernement. La démocratie sociale originelle disparaît ainsi au profit d’un paritarisme favorable au patronat dans les caisses et d’une reprise en main par l’État de la « gouvernance » de la Sécurité sociale. Ces ordonnances répondent d’ailleurs à la totalité des revendications du CNPF, l’ancêtre du Medef.

Entre-temps, la logique initiale de financement de besoins, garantissant des droits sociaux considérés comme universels, s’est peu à peu effacée au profit d’une exigence de réduction des dépenses. Ce nouveau paradigme budgétaire s’exprime par un assèchement des recettes de la Sécurité sociale, notamment par des exonérations de cotisations patronales, la « maîtrise des dépenses » étant par ailleurs encouragée par la réglementation européenne. Ces évolutions ne sont donc que la conséquence d’arbitrages politiques, eux-mêmes pris dans des rapports de force institutionnels, dont témoigne l’instauration des projets de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) par Alain Juppé en 1996.

En parallèle de ces transformations, des mémoires conflictuelles se sont développées autour de la Sécurité sociale. Certaines vont jusqu’à opposer les figures d’Ambroise Croizat et de Pierre Laroque. Insistons au contraire sur leur complémentarité, sur la défense de leur héritage commun et sur le fait que, malgré leurs origines très différentes, ils ont su travailler ensemble et parler le même langage : celui de l’intérêt général et de la justice sociale. Leur ambition d’« en finir avec la peur du lendemain » reste à ce titre d’une étonnante actualité et appelle à renouer avec de nouvelles conquêtes.

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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:00
Vente de L'Humanité magazine ce samedi 18 octobre 2025 au marché de Morlaix (Photos Pierre-Yvon Boisnard)
Vente de L'Humanité magazine ce samedi 18 octobre 2025 au marché de Morlaix (Photos Pierre-Yvon Boisnard)
Vente de L'Humanité magazine ce samedi 18 octobre 2025 au marché de Morlaix (Photos Pierre-Yvon Boisnard)

Michel Lespagnol et Ismaël Dupont à la vente hebdomadaire de l'humanité magazine par les camarades de la section PCF Pays de Morlaix, avec ce week-end un dossier spécial "Qui veut la peau de la sécu?".

Sur le marché de Morlaix place Allende ce samedi 18 octobre, premier jour des vacances scolaires de la Toussaint, ici avec Paul Dagorn.

Photos de Pierre-Yvon Boisnard.

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