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28 décembre 2023 4 28 /12 /décembre /2023 13:58
Brest, jeudi 28 décembre, 18h : Rassemblement de solidarité avec les Palestiniens de Gaza au momunent au mort
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28 décembre 2023 4 28 /12 /décembre /2023 13:49
Vote de la loi immigration: lettre ouverte de plusieurs associations, syndicats et organisations politiques à la députée de Morlaix Sandrine Le Feur

Madame la Députée,

Depuis un an, les associations et organisations que nous représentons n’ont eu de cesse de vous alerter sur les conséquences du projet de loi « Contrôler l’immigration, améliorer l’intégration » pour les conditions de vie des étrangers. Récemment, après le durcissement sans précédent du texte du gouvernement par le Sénat et avant son passage en commission mixte paritaire, nous vous avons exhorté de ne pas joindre votre voix à celles des partis de droite et d’extrême-droite.

Confiants, compte tenu de la nature de nos échanges, nous pensions vous avoir fait prendre conscience des dangers de l’adoption d’une telle loi pour les droits et la dignité des personnes exilées.

Jamais nous n’aurions imaginé que vous, Sandrine LE FEUR, auriez accepté de voter une loi qui stigmatise à ce point les étrangers et qui entérine « une victoire idéologique » » de l'extrême-droite. Assurément, nous pensions qu'il y avait des valeurs inébranlables dont vous n'oseriez pas vous dépouiller.

Nous avons eu tort.

Vous avez été élue en vous proclamant « et de droite et de gauche ».

Vous avez été élue pour faire advenir « une République exemplaire ».

Vous avez été élue en soutien d'un Président de la République qui, après avoir promis en 2017 de tout faire pour qu'il n'y ait plus de raison de voter pour l'extrême-droite, avait proclamé que le résultat de 2022 « l'obligeait ».

Qu'avez-vous donc fait ?

Vous avez voté un projet de loi inspiré par l'extrême-droite lepéniste et vous l'avez voté avec elle, en sachant que Marine LE PEN avait annoncé que le Rassemblement National voterait pour ce texte de loi. .

Vos dénégations infondées n'y pourront rien. Vous avez voté un texte qui :

  • fait revenir la préférence nationale dans le droit français, restreignant l'accès aux prestations sociales aux étrangers parce qu'étrangers ;

  • instaure une rupture d'égalité entre citoyens habitant ce pays ;

  • supprime des droits à des enfants français nés sur le sol français de parents étrangers ;

  • met fin à l'automaticité du droit du sol, première fois sous la Vème République ;

  • restreint l'accès à l'hébergement d'urgence qui était inconditionnel ;

  • rétablit la déchéance de nationalité ;

  • conditionne la venue d'étudiants étrangers si essentiels à notre système de recherche ;

  • limite les possibilités de regroupement familial ;

  • instaure le délit de séjour irrégulier ;

  • rétablit la double peine ;

Pire encore, le gouvernement que vous soutenez a dû se soumettre à la droite radicalisée en promettant une révision de l'A.M.E. dès début 2024.

Contrairement à ce que vous affirmez dans la presse, toutes les lignes rouges ont été franchies.

Vous avez tout cédé à la droite radicalisée et à l'extrême-droite et, aux antipodes des valeurs de notre République, réduit à peu de choses l’accueil, la dignité les droits des étrangers habitant ce pays.

Quelles que soient les décisions du Conseil Constitutionnel in fine, vous avez répandu le venin de la haine de l'étranger jusqu'au cœur de l'hémicycle et du droit national ! Vous aviez la possibilité de préserver la République et ses valeurs.

Vous avez choisi d'être du côté de ceux qui font voler en éclat des principes et des valeurs qui ont fait de la France ce qu'elle est. Vous n’avez pas voulu suivre celles et ceux qui dans votre mouvement ont su rester fidèles à des convictions républicaines.

Mais Liberté, égalité, fraternité, notre devise républicaine est là pour durer.

Ce qui vient de se passer avec l’adoption de cette loi injuste et inhumaine que vous avez votée n’est pas digne et ternit notre devise.

Nous vous appelons publiquement à un sursaut républicain !

Nous vous prions, Madame la Députée, de recevoir nos salutations indignées


 

Signataires: ACAT Morlaix, 100 pour un Toit Morlaix, 100 pour un Toit Saint-Pol, EMAL 29, Association L’Âmarrée, LDH Morlaix, Morlaix-Libertés, Les Utopistes en Action, UL CGT Morlaix, FSU 29, Solidaires Morlaix, UNSA Territoriaux du Pays de Morlaix, EELV Pays de Morlaix, Mouvement Ensemble, La Gauche Indépendantiste, Génération’s du Pays de Morlaix, LFI Pays de Morlaix, NPA, PCF Morlaix, UDB du Pays de Morlaix et des Monts d’Arrée


 


 

 

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28 décembre 2023 4 28 /12 /décembre /2023 13:30

Maurice Lemoine est un journaliste et écrivain, rédacteur en chef de La Chronique d'Amnesty International de 1993 à 1996, avant de rejoindre le Monde diplomatique dont il a également été le rédacteur en chef. Il est « spécialiste du monde Caraïbe et latino-américain».

 

 

______________________________________________________________

 

 

La situation est critique. Les changements dont notre pays a besoin sont radicaux. Il n’y a pas de place pour le gradualisme, pas de place pour la tiédeur, pas de place pour les demi-mesures ! » Treize minutes de discours devant une multitude euphorique : élu le 19 novembre 2023 à la présidence de la République argentine, Javier Milei termine sa harangue par l’inévitable « la liberté, bordel ! », son distingué slogan.

Plus que par ses compétences intrinsèques dans sa spécialité, l’économiste libertarien (ou anarcho-capitaliste) s’est avant tout fait connaître – à l’instar en France et dans son registre d’un Eric Zemmour – en tant que « bon client » des plateaux de télévision. A partir de 2018, il a été l’ « économiste » le plus consulté pour distiller à la radio ou face caméras ses philippiques iconoclastes, provocatrices et désordonnées. Le genre de présence permanente qui laisse des traces dans l’opinion.

En bref, en vrac et en désordre (comme sa coupe de cheveux) : pour tailler dans les coûts et les déficits, Milei prétend réduire l’Etat à la portion congrue ; privatiser tout ce qui est privatisable, de la santé à l’éducation en passant par la compagnie pétrolière nationale YPF et les médias publics ; baisser drastiquement les impôts ; éliminer les allocations familiales et les subventions ; lutter contre le « marxisme culturel » et les écologistes qui veulent « exterminer l’humanité » ; interdire l’avortement (légal depuis 2020), mais libéraliser le port d’arme et la vente d’organes ; en finir avec la classe politique, « les rats » de « la caste parasitaire et corrompue ».

Pendant l’entre-deux tours, Diana Mondino, la future ministre des Affaires étrangères de l’ « homme à la tronçonneuse » (symbole des coupes massives que Milei promet d’opérer dans les budgets de l’Etat), a comparé l’homosexualité au choix que font certains « d’avoir des poux ». Choisie pour accompagner le

« libertarien » en tant que vice-présidente, Victoria Villarruel, fille de hauts gradés militaires, nie les crimes de la dictature qui a sévi de 1976 à 1983. Il est vrai que Milei a de son côté été conseiller économique de l’ex-général Antonio Bussi, recyclé en député (1993) puis gouverneur de la province de Tucumán (1995) avant d’être condamné à perpétuité pour l’un des centaines de crimes qu’il a commis pendant la

« guerre sale » [1]. Pas de volte-face : trois décennies plus tard, Milei exprime son refus de « faire des pactes avec les communistes », en se référant à la Chine, et, pour les mêmes raisons, préconise la rupture des liens diplomatiques avec le Brésil de Luiz Inácio « Lula » da Silva (et même le Vatican de « l’idiot qui se trouve à Rome », le pape argentin Francisco !). Quant au Marché commun du sud (Mercosur) [2], il le dissoudrait bien…

 

Une belle brochette de l’extrême droite {latina} : Javier Milei, Eduardo Bolsonaro (fils de Jair) et José Antonio Kast (Chili).

Gagner une élection avec un tel programme et un tel pedigree ? Impossible ! Encore que… Au Brésil, le pyromane Jair Bolsonaro n’était guère plus crédible en 2018.

Jusqu’au moment où…

De sorte qu’en Argentine le même cataclysme se produit : ce 19 novembre, Milei et son parti La Liberté avance (LLA) l’emportent au second tour avec 55,7 % des suffrages sur le ministre de l’Economie sortant, le « péroniste » Sergio Massa (Union pour la patrie ; 44,3 % des voix).

« Aujourd’hui commence la reconstruction de l’Argentine », clame le nouveau chef de l’Etat.

Si l’on en croit les faiseurs d’opinion, le péronisme, version argentine de l’Etat- Providence, a conduit le pays dans une impasse économique et une crise sociale que symbolisent un taux de pauvreté de 40 % et une inflation incontrôlée de 140 %. Pas d’autres responsables, apparemment…

 

Avant même d’entamer l’inévitable pèlerinage de tout nouvel élu conservateur aux Etats-Unis, Milei s’entretient une première fois en ligne, le 24 novembre, avec la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva. Sur X (ex-Twitter), cette dernière se félicite que cet échange ait permis d’aborder « les défis importants de l’économie argentine et les actions politiques décisives nécessaires ».

 

Arrivé le 27 novembre à New-York, Milei y enchaîne les rencontres privées et d’affaires – dont une symbolique visite aux couleurs de l’Ukraine et d’Israël sur la tombe du rabbin Menachem Mendel Schneerson (« Le Rabbi ») [3]. A Washington, il s’entretient avec Jake Sullivan, conseiller à la Sécurité nationale, et Juan González, principal conseiller de Joe Biden sur l’Amérique latine, tout en expédiant en priorité ses proches collaborateurs au siège de l’omniprésent FMI.

 

Une vieille et sinistre connaissance dans le Río de la Plata...

 

Entre le début de la dictature (mars 1976) et l’année 2001, parallèlement à la mise en œuvre des réformes économiques néolibérales, la dette argentine a été multipliée par 20 ou presque, passant de moins de 8 milliards de dollars à près de 160 milliards. Pendant cette même période, le pays remboursait environ 200 milliards de dollars et, via la fuite des capitaux, une bonne partie de l’argent emprunté allait ruisseler à l’étranger et dans les paradis fiscaux.

 

Quand, le 24 octobre 1999, le péroniste néolibéral Carlos Menem cède la place à Fernando de la Rúa, dirigeant d’une coalition de gauche hétérogène, le Front pour un pays solidaire (Frepaso), les finances sont en ruine. Sur 36 millions d’Argentins, 14 millions vivent officiellement en dessous du seuil de pauvreté.

 

Dans une décision rendue le 13 juillet 2000, le juge fédéral Jorge Ballesteros qualifie d’ « illégale » une partie considérable de la dette publique, compte tenu de l’arbitraire avec lequel elle a été contractée et des irrégularités auxquelles elle a donné lieu. Pourtant, sous la pression du FMI et en échange d’un prêt de 10 milliards de dollars pour se refinancer, le pouvoir élabore un plan d’ajustement structurel qui provoque les effets d’une bombe à fragmentation : hausse des impôts et des taxes, réduction des dépenses fédérales en direction des provinces, dérégulation de la sécurité sociale, démantèlement de ce qui reste du service public, libéralisation du secteur des télécommunications – sans parler de multiples et cætera.

 

Décembre 2001 : en dernier recours, le ministre de l’économie Domingo Cavallo tente d’imposer le gel des avoirs bancaires des petits épargnants – le « corralito ». C’en est trop. La vertigineuse dégradation des conditions de vie déclenche la mise à sac des supermarchés. Puis un soulèvement général qu’ensanglantent 38 morts et des centaines de blessés. Au milieu du tumulte, une revendication revient en boucle : « Que se vayan todos ! » (« Qu’ils partent tous »). De la Rúa est le premier à le faire, le 20 décembre, en catastrophe et en hélicoptère, après quarante-huit heures de troubles violents.

 

En onze jours, quatre présidents de la République lui succèdent, dont, pour une journée, le président provisoire du Sénat, Ramón Puerta. Elu par l’Assemblée législative (23 décembre) et sous la pression de la rue, Rodríguez Saa prend ses distances avec le FMI en annonçant que l’Argentine suspend le paiement de sa dette jusqu’au retour au plein emploi. Le plus grand « default » (défaut de paiement) de l’histoire à l’égard des créanciers privés ! Saa ne gouverne néanmoins qu’une semaine avant de devoir s’enfuir à son tour, caché dans une camionnette, pour échapper au vacarme des « cacerolazos » et à la furie des manifestants. Pour vingt- quatre heures, le président de la Chambre des députés Eduardo Óscar Camaño prend le relais.

 

Projeté à son tour (1er janvier 2002) au palais présidentiel – « la Casa Rosada » –, le sénateur membre du Parti justicialiste (PJ ; péroniste) Eduardo Duhalde confirme s’il en était besoin l’insolvabilité du pays, dévalue le peso de 30 % et met fin à la mortifère parité avec le dollar instaurée en 1991 sous la férule de la Banque mondiale et, comme il se doit, du FMI [4]. Le conflit social et les incertitudes politiques s’intensifiant malgré quelques mesures d’assistance envers les plus démunis, Duhalde avance à avril 2003 les élections. Que gagne – son adversaire Carlos Menem se retirant au second tour pou éviter d’être battu – un certain Néstor Kirchner, gouverneur péroniste peu connu de la Province de Santa Cruz (Patagonie).

La vie des Argentins bascule – dans le bon sens, cette fois.

 

Investiture de Néstor Kirchner, 25 mai 2003.

Discours d’investiture, le 25 mai : Kirchner en appelle à la justice sociale et au rôle accru de l’Etat pour « mettre de l’égalité là ou le marché exclut ». Dès septembre 2003, à Dubaï où se réunit l’assemblée générale de la Banque mondiale et du FMI, il négocie directement avec le marché et, plutôt que de s’y soumettre, annonce que l’offre qu’il avance est « à prendre ou à laisser ». Quelques temps plus tard, il enfonce le clou : le gouvernement ne paiera pas la dette « au prix de la faim et de l’exclusion de millions de ses citoyens ». Le 11 septembre 2004, son obstination obtient du FMI un refinancement à hauteur de 23 milliards de dollars, à payer sur trois ans. Adossé à ce premier succès, Kirchner notifie à ses créanciers médusés que l’Argentine ne remboursera que 25 % de sa dette. Le 25 février 2005, au terme d’un bras de fer mémorable, il les fait plier : 80 % d’entre eux acquiescent à l’offre proposée.

Le « kirchnérisme » est né.

Rupture avec le néolibéralisme, retour en force de l’Etat, confrontation avec le patronat et ses auxiliaires des médias privés, mise en œuvre de programmes sociaux : l’économie redémarre, l’extrême pauvreté recule spectaculairement. Dès son arrivée au pouvoir, Néstor a de plus aboli les lois d’amnistie et a destitué sans hésiter cinquante-quatre généraux et amiraux [5]. Pour ne rien gâcher, les planètes latinas s’alignent. En compagnie du vénézuélien Hugo Chávez et du brésilien Lula, Kirchner œuvre à la création de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), organe de concertation politique des pays de la région, sans présence des Etats-Unis.

 

 

Néstor et Cristina Kirchner, mai 2004.

 

 

 

Passation de pouvoir, 10 décembre 2007

A Néstor succède son épouse, l’avocate et ex-sénatrice Cristina Fernández de Kirchner (CFK), le 10 décembre 2007. Le face à face avec les créanciers n’est pas encore entièrement terminé. Au Club de Paris [6], CFK impose en novembre 2010 une renégociation « sans intervention du FMI », considéré comme responsable du désastre qu’a connu le pays. C’est la première fois que le club en question accepte une telle exigence. Belle victoire politique pour Cristina, mais aussi, à titre posthume, pour Néstor, décédé au mois d’octobre précédent.

Devenue ce que l’on appelle une dirigeante charismatique (et « populiste » pour les observateurs bien pensants), CFK est réélue en 2011 dès le premier tour, avec 54 % des voix. Mais, si le peuple l’aime, les financiers veulent sa peau.

A ce stade, au terme de deux rounds de négociation (2005 et 2010), 92,4 % des créanciers de l’Argentine ont accepté la restructuration de la dette et seulement 7,6 % – les « hold out » – l’ont rejetée. Parmi ces contestataires, des « fonds vautours » aux becs crochus volent en rase-motte au-dessus de leur proie. Il s’agit d’entreprises financières qui, souvent domiciliées dans les paradis fiscaux, rachètent à très bas prix, sur le marché secondaire [7], la dette d’Etats en difficulté. Après l’avoir acquise pour un montant infime de sa valeur d’origine, ils en réclament le paiement à 100 %, agrémenté d’intérêts et de pénalités.

CFK refusant de donner satisfaction à ces charognards, la justice des Etats-Unis s’en mêle. C’est une situation fréquente en Amérique latine, depuis qu’a été édictée la Doctrine de Monroe [8]. En 2012, après une longue bataille juridique, le juge fédéral du District de New York Thomas Griesa condamne l’Argentine à verser 1,33 milliard de dollars aux « vautours » NML et Aurelius. Saisie par Buenos Aires, la Cour suprême des Etats-Unis confirme la décision de Griesa. Craignant de voir les autres « hold out » prendre exemple sur les prédateurs pour réclamer d’être remboursés sans tenir compte de la décote qu’ils ont acceptée – la facture pouvant alors dépasser les 100 milliards de dollars –, CFK refuse catégoriquement de se soumettre au diktat. La décision tend à l’extrême les échanges entre les autorités argentines et la « justice » américaine. En juin 2014, le juge Griesa bloque le versement de 539 millions de dollars d’intérêts sur une partie de la dette restructurée – la somme restant sous séquestre auprès de Bank of New York Mellon. Il ressort de cette décision que l’Argentine ne peut plus procéder à aucun paiement aux créanciers ayant accepté la restructuration à New York et à Londres tant qu’elle n’aura pas remboursé, en priorité, les « fonds vautours ». Bien que n’étant pas en faillite et qu’ayant les capacités de payer, le pays se retrouve de fait en « défaut de paiement ».

En septembre 2014, à la tribune de l’ONU, la présidente Kirchner dénonce le « harcèlement » des « fonds vautours » et accuse le système judiciaire américain de « complicité ». Au même moment, les « fonds vautours » sont condamnés par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.

 

 

« Les vautours, ça suffit »

Douze années de « kirchnérisme ». Un souvenir, « Néstor », une étoile, « Cristina ». La Constitution interdit de briguer plus de deux mandats successifs. Dans l’entourage de CFK, il n’existe aucune individualité d’envergure susceptible de lui succéder et de poursuivre son action. Il convient dès lors de composer avec les idéaux réversibles et les éthiques à géométrie variable du péronisme. Un courant politique qui, allant de la gauche à la droite en passant par de nombreux chemins de traverse, rassemble néolibéraux et protectionnistes, pro-Américains et souverainistes, libre-échangistes et partisans d’un Etat fort.

Dans la perspective de l’élection présidentielle du 22 octobre 2015, trois noms émergent : Mauricio Macri, Sergio Massa et Daniel Scioli. Maire de Buenos Aires, à la tête d’une coalition Cambiemos (Changeons) réunissant l’Union civique radicale (UCR ; le plus ancien des partis argentins) et Proposition républicaine (Pro), sa propre formation, Macri représente un néolibéralisme « pur jus ». Venu initialement de la droite la plus classique (Union du centre démocratique ; Ucede), fort opportunément rallié au péronisme, ex-fonctionnaire de Néstor Kirchner puis chef de cabinet de CFK, Massa a de nouveau retourné sa veste en 2013, passant dans l’ « opposition responsable » à cette dernière et fondant le Front rénovateur. Scioli, enfin, est également à la gauche péroniste ce que François Hollande est au socialisme, pour prendre un exemple parlant. Anciennement champion de motonautisme, riche homme d’affaires, vice-président de Néstor puis gouverneur de la province de Buenos Aires, il a pris ses distances avec les Kirchner ces dernières années. Toutefois, il est donné en tête par toutes les enquêtes d’opinion. Fort de cette onction, il est intronisé « candidat péroniste » face à Macri dans ce qui est en réalité un combat entre deux hommes de l’« élite » économique du pays. Au grand dam du « peuple kirchnériste », ulcéré d’avoir à voter pour Scioli.

C’est néanmoins celui-ci qui arrive en tête au premier tour (37,1 % des voix), devant Macri (34,1 %) et Massa (21,4 %). En vue du second tour, pas plus d’enthousiasme, côté progressistes : « Je considère Scioli comme très faux, soupire Hebe de Bonafini, l’emblématique dirigeante des Mères de la Place de Mai. Il a ruiné la province [de Buenos Aires], les hôpitaux sont une honte, les écoles sont une honte. Mais, pour que Macri ne gagne pas, il faut voter pour lui. »

En dernière analyse, le résultat dépendra d’où tomberont les 5,2 millions de voix de Massa. Ayant souvent occupé des postes importants dans les premières années du « kirchnérisme », ses amis politiques choisissent « la neutralité ». A l’instar d’un poids lourd comme Roberto Lavagna, ministre de l’Economie sous Duhalde et Néstor Kirchner, Massa n’étale aucun états d’âme à l’heure de trancher : « Je ne veux pas que Scioli gagne », jette-t-il à la télévision.

Merci, Massa ! Le 22 novembre, Macri l’emporte avec 52,11 % des suffrages. Apprenant sa victoire, il lance, euphorique, à ses partisans : « C’est un jour historique, c’est un changement d’époque qui va être merveilleux ! »

Merveilleux, c’est sûr. Surtout pour les « fonds vautours ». Dès le début de son mandat, Macri se couche devant le juge new-yorkais Griesa. Aux prédateurs, il verse sans barguigner 4,6 milliards de dollars, leur permettant de faire un bénéfice de 300 % [9]. Dirigée par Paul Singer, le leader de l’offensive judiciaire, l’entreprise NML Capital rafle à elle seule 2,4 milliards de dollars pour des obligations achetées… 177 millions.

Historique ! Washington applaudit. Le FMI exulte. La « grande presse » se réjouit. « Wall Street a de nouveau le vent en poupe dans la nouvelle Argentine, affirme Bloomberg, qui poursuit : Depuis sa victoire en novembre, le président Mauricio Macri a rempli l’Etat d’hommes d’affaires, de financiers, d’économistes et de cadres (…) Ce ne sont pas seulement les anciens de JP Morgan et de Deutsche Bank qui dominent les postes gouvernementaux. Goldman Sachs Group Inc, Barclays Inc et Morgan Stanley sont également représentés, avec d’anciens membres occupant des postes clés à la Banque centrale et à l’Agence nationale des fonds de pension [10] »

Depuis Washington, le secrétaire au Trésor Jack Lew affirme que son pays cessera de s’opposer aux prêts des banques de développement multilatérales à l’Argentine en raison des « progrès et de la trajectoire économique positive » du nouveau gouvernement.

Outre son cadeau aux « fonds vautours », le gouvernement a réglé rubis sur l‘ongle les sommes dues aux autres « hold out ». Coût total : 9,3 milliards de dollars. Au même moment, dans le cadre de ce que d’aucuns dénonceront sous l’appellation de « fête financière », la politique de liberté totale de sortie des capitaux permet à ceux-ci de s’enfuir allègrement. En quête d’argent frais, le gouvernement émet en donc juin 2017 une dette de 2,75 milliards de dollars, à rembourser sur 100 ans, avec un taux d’intérêt annuel de 7,9 %.

Ancien trader à la Bourse de New York, passé par JP Morgan et la Deutsche Bank, le ministre des Finances qui a réussi cette performance porte un nom qu’il convient de retenir : Luis Caputo. Considéré par Macri comme « le Messi de l’économie », il va encore faire mieux. La dévaluation (88,4 %) du peso argentin par rapport au dollar ayant grandement affecté l’économie d’un pays entré en récession, Caputo, en mai 2018, en appelle au FMI. Et pas pour des broutilles ! Sous la direction de Christine Lagarde, le Fonds accorde à l’Argentine un prêt faramineux de 57 milliards de dollars. Dépassant le record précédent de la Grèce (avec les conséquences que l’on connaît) [11], le plus important jamais accordé à un seul pays [12].

 

Mauricio Macri et Christine Lagarde.

Pendant ce temps, et pour les Argentins, ça va vraiment très mal. Augmentations des impôts, baisse de l’investissement public, milliers d’employés licenciés, crise de l’emploi, dégradation du pouvoir d’achat, augmentation délirante des tarifs (depuis 2015, en fonction des catégories et du type de consommation, entre 1053 % et 2388 % de hausse pour l’électricité ; 462 % et 1353 % pour le gaz ; 554 % et 832 % pour l’eau [13]). Plus d’un tiers des Argentins vivent à nouveau sous le seuil de pauvreté. Détail funeste : dans un premier temps, Macri a bénéficié de l’appui de tout un courant péroniste opposé à CFK – la majorité des vingt gouverneurs, en particulier.

Seulement, la rhétorique de « l’effort nécessaire » ne fonctionne plus. Dès avril 2019, des sondages indiquent que, en cas de second tour à la présidentielle à venir en novembre, Cristina Kirchner l’emporterait largement sur Macri.

Pour la droite, un seul mot d’ordre désormais : il faut neutraliser « Cristina ».

« Law fare » ! L’utilisation non conventionnelle de l’appareil judiciaire pour déstabiliser et éliminer les opposants et les adversaires politiques a fonctionné en 2012 pour renverser Fernando Lugo au Paraguay ; en 2016, pour éjecter Dilma Rousseff de la présidence brésilienne ; à compter du 7 avril 2018, pour incarcérer Lula et l’empêcher de se présenter à la présidentielle, dont il est le favori ; depuis juin 2018 pour maintenir l’ex-chef de l’Etat équatorien Rafael Correa en Belgique et lui interdire tout retour dans son pays, car faisant l’objet d’un mandat d’arrêt ; en continu contre l’ex-vice président équatorien Jorge Glas qui, condamné à huit ans de prison et libéré pour raisons de santé après avoir passé trois années en détention, vient de se réfugier, le 17 décembre dernier, dans l’ambassade du Mexique pour échapper à la persécution (accusé cette fois de… « liens avec le narcotrafic »).

En Argentine, l’artillerie de la presse dominante se met au service des manipulations politiques et d’un système judiciaire qui, d’après CFK, mais pas que d’elle, « vit en marge du système démocratique ». Mise en examen dans plusieurs affaires de « corruption » durant ses deux mandats consécutifs, celle-ci, élue en octobre 2017 au Sénat, bénéficie toujours de l’immunité, parlementaire cette fois. Toutefois, si sa popularité demeure exceptionnelle au sein des milieux populaires, la campagne haineuse menée contre elle a trouvé écho dans une partie notable de l’opinion. Pour beaucoup, le nombre d’actions judiciaires qu’affronte l’ex-présidente ne lui permettra pas de mener une campagne électorale dans de bonnes conditions. S’agissant des possibilités de victoire de la gauche, une formule résume la situation : « Avec Cristina seule, ce n’est pas possible ; sans elle, ce n’est pas possible non plus. »

A tort ou à raison, mais pour ne prendre aucun risque face à Macri, qui se représente, Cristina Kirchner fait un pas de côté le 18 mai 2019 – trois jours avant que ne démarre l’un des procès qui, fort judicieusement quant au « tempo », est censé la mener sur le banc des accusés. « Nous, dirigeants, déclare-t-elle, devons mettre de côté nos ambitions et nos vanités personnelles et je suis prête à apporter ma contribution là où je peux être le plus utile. » Elle annonce qu’elle ne se présentera pas à la présidence, mais que (demeurant de ce fait très présente), elle accompagnera son ex-chef de cabinet (il le fut également de Néstor) Alberto Fernández en tant que vice-présidente. Une large alliance regroupée autour du péronisme accompagnera cet attelage, Le Front de tous (Frente de todos ; FdT).

Au sein du péronisme, d’aucuns estiment « géniale » cette manœuvre qui élargit la base électorale en jouant sur deux tableaux. Déçue, la base « kirchnériste » fait grise mine. Considéré comme modéré, Fernández, alors chef de cabinet de « Cristina », a rompu avec elle en 2008, en plein conflit avec un monde agro-industriel vent debout contre une hausse des taxes à l’exportation. Il s’est par la suite allié à d’autres « péronistes critiques », comme Sergio Massa, a créé le Parti du travail et de l’équité (PARTE) avant de ne se « réconcilier » avec CFK qu’à la fin 2018.

Ces péripéties ne peuvent néanmoins occulter l’essentiel : les quatre années de Macri – par ailleurs allié inconditionnel des infréquentables présidents Donald Trump (Etats-Unis), Jair Bolsonaro (Brésil), Iván Duque (Colombie), sans parler de l’illuminé vénézuélien autoproclamé Juan Guaido – ont fait trop de dégâts. Le 27 octobre 2019, Fernández est élu au premier tour avec 47,45 % des voix [14]. Une victoire, pas un triomphe. Et un défi : sortir l’Argentine du marasme dans lequel Macri l’a plongée.

 

Alberto Fernandez (président) et CFK (vice-présidente).

Depuis juin 2018, le FMI a versé au gouvernement Macri 44,3 milliards de dollars sur les 57 milliards promis. Par ailleurs, pendant les quatre années de gestion néolibérale, le pays s’est endetté de 85 milliards de dollars en obligations. Ni investissements ni stabilisation de l’économie : selon le solde de change de la Banque centrale (BCRA), la fuite des capitaux durant la même période a atteint 88,37 milliards de dollars [15]. Le gouvernement de Fernández demande au FMI de mettre un terme à cette folie et de stopper les envois d’argent.

Dès février 2020, le ministre de l’Economie Martín Guzmán (ex-collaborateur du « prix Nobel » Joseph Stiglitz), met en cause le Fonds, « en partie responsable de la crise ». Puis il entame des négociations. Pas de souci : le FMI admet que la dette extérieure de l’Argentine « n’est pas soutenable » et exige que la restructuration se fasse sur la base d’une « contribution significative des créanciers privés ». En revanche, il précise qu’il n’accepte « ni annulation ni reprofilage » de ses propres prêts. De leur côté, les principaux créanciers privés – parmi lesquels la crème du secteur, Black Rock, Fidelity, Pimco et Franklin Templeton – refusent toute restructuration. En cas de litige, ils saisiront les tribunaux internationaux contre l’Argentine pour « cessation de paiement ».

Alors que la pandémie déferle, enfonçant encore plus le pays dans la crise, une polémique commence à enfler : pourquoi le pouvoir continue-t-il à tenter de négocier les termes et les conditions du paiement de la dette, quand, s’agissant d’une « dette odieuse », comme celle de la fin des années 1990, il faudrait en contester la légitimité ?

Selon la doctrine, une dette est réputée « odieuse », et donc nulle, à deux conditions : si elle a été contractée contre l’intérêt de la Nation ou contre l’intérêt du peuple ou contre l’intérêt de l’Etat ; si les créanciers ne sont pas en mesure de démontrer qu’ils ne pouvaient pas savoir que la dette était contractée contre l’intérêt de la Nation [16].

Les 57 milliards de dollars (devenus 44,3 milliards) accordés à Buenos Aires l’ont été au mépris de toutes les normes et procédures encadrant habituellement les opérations du FMI. Il peut légitimement être reproché à l’institution l’absence d’une analyse de faisabilité du remboursement en fonction de l’état de l’économie du pays et de ses perspectives ; le large dépassement des normes prudentielles pour l’octroi des prêts ; la non consultation du Parlement argentin par le pouvoir exécutif de Macri avant la demande faite au FMI.

Majoritaire à la Chambre, le bloc des sénateurs du FdT a adressé le 11 novembre 2020 une lettre à la directrice générale du Fonds Kristalina Georgieva. Ils ont entre autres invoqué l’article VI du règlement du FMI impliquant que (sauf dans les cas prévus à la section 2 de cet article) aucun Etat membre ne peut utiliser les ressources générales du Fonds « pour faire face à une sortie importante ou continue de capitaux ». En cas de non respect de cette norme, le Fonds peut demander à ce Etat de prendre des mesures de contrôle pour empêcher que les ressources octroyées ne soient utilisées à cette fin. « Il est donc intéressant pour nous de savoir quelles mesures de contrôle le Fonds a demandé à l’Argentine dans ce contexte, ont souligné les législateurs, puisque, à notre avis, non seulement cela ne s’est pas produit, mais que le Fonds a continué à effectuer des décaissements sans tenir compte de cette situation (…) [17]  ».

Rien de vraiment mystérieux. On apprendra bientôt, par une indiscrétion de l’ex-représentant des Etats-Unis au FMI, Mauricio Claver-Carone, que ce crédit hors norme fut suggéré par l’administration Trump, pour favoriser la réélection de Macri et « empêcher le retour des politiques populistes ».

Le 22 décembre 2021, le FMI lui-même, suite à une enquête interne, publiera un rapport (très modérément) autocritique sur sa brillante opération : les conditions du prêt « n’étaient pas suffisamment solides pour faire face (...) à la fragilité des finances publiques et à l’inflation élevée (...)  ».

Au total, en cette année 2021, l’Argentine a remboursé un peu plus de 5 milliards de dollars au FMI. Fernández et son équipe persistant à vouloir renégocier tout en refusant d’imposer un programme de choc à une population déjà éprouvée, le Fonds rétorque que « davantage de discussions seront nécessaires » pour sceller le refinancement des 40 milliards de dollars que le pays doit payer au cours des trente prochains mois.

De fait, Buenos Aires ne renonce pas d’emblée à la résistance. Dans un premier temps, Guzmán impose comme principal concept la « soutenabilité de la dette ». Le camp d’en face se met à croasser. Faisant encore preuve de fermeté, Alberto Fernández résiste aux pressions des créanciers qui veulent le voir remplacer Guzmán. Mais, peu à peu, gouvernement ploie sous la pression. Membre du Parti justicialiste, le gouverneur de San Luis Alberto Rodríguez Saa (frère de l’ex-éphémère président) avait pourtant, sur Zoom, pandémie oblige, posé les termes de l’équation : « Négocier avec le Fonds, avec la catastrophe que cela signifie pour les années à venir et la condamnation des générations futures, et ne pas dénoncer cette dette comme odieuse, comme une escroquerie, c’est une mauvaise voie que je ne partage pas. Pardonnez-moi, je sais que c’est une vérité inconfortable [18]… »

Inconfortable, elle l’est. Le péronisme se déchire (plus qu’à l’accoutumée). Tandis que le « kirchnérisme » réclame davantage de dépenses sociales, le ministère de l’Economie, malgré quelques mesures notoires – programme d’urgence d’Aide au travail et à la production (ATP), Revenu familial d’urgence (IFE) [19] –, piétine passablement. « Cristina » fait pression sur le président Fernández pour que, au minimum, il suspende les paiements au FMI et au Club de Paris jusqu’à la fin de la pandémie. De vastes secteurs populaires se mobilisent contre la négociation.

Premières alertes : le 12 septembre 2021, lors des primaires ouvertes, simultanées et obligatoires (PASO) chargées de définir les candidats qui se présenteraient aux élections générales partielles du 14 novembre suivant (dites également de mi-mandat), l’opposition de droite l’a largement emporté sur le FdT, avec plus de deux millions de voix d’avance. Fidèles de la vice-présidente, qui poussait le chef de l’Etat à remanier son cabinet, cinq ministres – Intérieur, Justice, Environnement, Sciences, Culture – ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires ont présenté leur démission. Bousculé, Fernández a répondu sur Twitter en manifestant son irritation : « La gestion continuera à se développer comme je l’entends ; ce n’est pas le moment de soulever des différends. »

Si le FdT a limité les dégâts lors des élections de novembre, destinées à renouveler 127 des 257 députés et 24 des 72 sénateurs, celles-ci n’en ont pas moins marqué un recul du camp gouvernemental au sein des deux Assemblées et, surtout, une perte du contrôle du Sénat.

Epiphénomène (a-t-on alors espéré) : nouveau venu en politique, élu député de la ville de Buenos Aires avec 17 % des voix, le sulfureux Milei a créé la surprise et fait son entrée au Congrès en compagnie de quatre autres députés de LLA.

Le 28 janvier 2022, alors que devait être réalisé le premier paiement de l’année – 731 millions de dollars d’intérêts – pour éviter un nouveau défaut de paiement, le ministre Guzman parvient in extremis à un accord avec le FMI. « Nous avions une dette impayable qui nous laissait sans présent ni avenir ; maintenant, nous avons un accord raisonnable qui nous permettra de mener à bien nos politiques de croissance, de développement et de justice sociale », communique le chef de l’Etat.

Le pacte prévoit une diminution graduelle du déficit censé arriver à zéro en 2026. Le « kirchnérisme » rue dans les brancards. Considérant qu’un tel « ajustement » constitue une sentence de mort dans la perspective de la présidentielle de 2023, il vote contre le texte au Congrès, le 18 mars 2022.

Le différend s’approfondit quand, en juillet, dénonçant l’impossibilité pour lui de mettre en œuvre les mesures nécessaires, en raison de la résistance de fonctionnaires liés à la vice-présidente et des atermoiements du chef de l’Etat, Martín Guzmán démissionne du ministère de l’Economie. Pendant le bref intérim d’une nouvelle titulaire, Silvina Batakis, l’attitude négative des marchés, la poursuite des attaques contre le peso, la relance de l’inflation et la dramatique baisse des réserves de la Banque centrale obligent Alberto Fernández et Cristina Fernández à enterrer la hache de guerre et à se rencontrer – ce qu’ils ne faisaient plus depuis longtemps.

Implicite ou explicite, l’appui de CFK permet au président de nommer un « super ministre de l’Economie » aux pouvoirs étendus : l’ambitieux Sergio Massa.

 

Sergio Massa et Daniel Scioli.

Opposant en 2015 contre le « péronistes » Scioli, Massa a choisi de rejoindre avec armes et bagages la coalition formée par Fernández et CFK en 2019, leur apportant les voix décisives de ses partisans. Elu de la province de Buenos Aires en décembre 2021, il est logiquement devenu le troisième personnage de l’Etat quand il a accédé à la présidence de la Chambre des députés.
Cette fois, la politique du pouvoir porte un nom : plan d’austérité. Fin des avances du Trésor à la banque centrale, réduction des dépenses publiques, révision des aides sociales, explosion des tarifs de l’énergie (entre 25 % et 30 % pour le gaz, jusqu’à 100 % pour l’énergie électrique en mai 2023)…
Et le Fonds monétaire international continue à faire pression !

Dépendante, vulnérable, appauvrie, l’Argentine ne peut en aucun cas se mettre à dos les Etats-Unis – dont elle espère l’intercession auprès du FMI. Dès son arrivée à la « Casa Rosada », Alberto Fernández a réservé sa première visite internationale à Israël et à son premier ministre Benjamín Netanyahu. Il a par ailleurs qualifié d’ « autoritaire » le président vénézuélien Nicolás Maduro. Non sans toutefois rétablir les contacts avec les gauches « latinas », relations mises à mal par Macri. Dès juillet 2020, Fernández, malgré ses réserves, reconnaît la légitimité de Maduro et rompt tout contact avec l’ « autoproclamé » Juan Guaido, puis se retire du Groupe de Lima (24 mars 2021), constitué pour déstabiliser le Venezuela, tout au dénonçant – clin d’œil à la Maison Blanche – la violation des droits humains dans ce pays et en immobilisant et confisquant arbitrairement, à la demande du Département du Trésor américain, un avion cargo Boeing 747 de la compagnie vénézuélienne Emtrasur qui s’est on ne peut plus légalement posé sur l’aéroport international d’Ezeiza (Buenos Aires). Ce qui s’appelle ménager la chèvre et le chou. Mais aussi spolier le Venezuela.

La docilité à l’égard de Washington n’entraîne toutefois, et en aucune manière, un assouplissement du FMI. Dès lors, Fernández se permet un écart remarqué quand, début février 2022, il rend visite à Vladimir Poutine et avance « nous devons voir comment faire en sorte que l’Argentine devienne la porte d’entrée de la Russie en Amérique latine ». Moscou lançant quelques jours plus tard l’invasion de l’Ukraine, il n’a pas fini d’entendre parler de cette déclaration. Le retour au Brésil de Lula, le 1er janvier 2023, marquant une nette inflexion de la galaxie « latina », le président argentin annonce que son pays reviendra dans l’Union des Nations sud-américaines (Unasur), puis demande son incorporation dans le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qu’il obtiendra, grâce à Lula, quelques jours avant la fin de son mandat. Entretemps, il s’est rendu en Chine, pays devenu le second partenaire commercial de l’Argentine après son voisin brésilien.

Lula, Alberto Fernández et Gabriel Boric.

Ces exercices d’équilibrisme diplomatiques ne passionnent guère une population en butte aux difficultés quotidiennes. Les relations entre le gouvernement et les organisations sociales, qui théoriquement le soutiennent, se font de plus en plus tendues. « Tout ce que nous entendons, ce sont des mesures à destination des marchés, s’insurge, le 7 août 2022, devant des milliers de personnes, Dina Sánchez, secrétaire générale de l’Union des travailleurs de l’économie populaire (Utep). Il ne va donc y avoir aucune mesure en faveur des classes populaires ? Nous demandons une politique pour mettre fin à la misère en Argentine ! » Déjà, les élections de 2023 se profilent à l’horizon. Beaucoup encore espèrent en « Cristina ».

Présidente du Sénat, vice-présidente d’un chef d’Etat de plus en plus impopulaire, CFK est, d’une certaine manière, rentrée dans le rang. Soit elle critique Alberto Fernández et la soumission aux exigences du FMI, et elle nuit au gouvernement auquel elle participe. Soit, pour éviter une fracture du péronisme, elle assure le président et son ministre de l’Economie de son appui, et elle perd de son aura. Elle est par ailleurs toujours soumise à un infernal harcèlement judiciaire. Elle a découvert avoir été victime d’un espionnage illégal effectué par l’Agence fédérale du renseignement (AFI), qui dépendait directement de Macri quand il gouvernait. Dans les affaires qui donnent lieu à sa mise en cause – entrave au profit de l’Iran [20] ; recyclage de fonds d’origine illégale (Los Sauces) ; « Route de l’argent K » – , elle bénéficie de non lieux [21]. Les tribunaux engagent ou poursuivent d’autres interminables procédures, toutes aussi entachées d’irrégularité.

Sur la base de photos connues de tous, on sait que les persécuteurs de la vice-présidente, les procureurs fédéraux Diego Luciani et Sergio Mola, jouent à l’occasion au football avec le président du tribunal, Rodrigo Giménez Uriburu, dans la propriété « Los Abrojos » de Macri. En chefs de meute répercutant tous leurs bobards, les quotidiens Clarín et La Nación se régalent. A l’exception de Pagina12, aucun média ne prend la défense de CFK. Tous répètent en boucle les mises en cause et les lieux communs. Dans l’opinion publique, « Cristina » devient soit une Sainte, soit un démon. Résultat garanti : le 1er septembre 2022, dans le quartier Recoleta de Buenos Aires, elle échappe par miracle à une tentative d’assassinat, un homme tentant de lui tirer dessus à bout portant. Quinze mois plus tard, malgré la détention du coupable, Fernando André Sabag Montiel, qui n’a rien d’un « loup solitaire », aucun auteur intellectuel n’a été retrouvé, la justice faisant ostensiblement obstruction à… la justice et prenant plus que son temps.

 

Le procureur Diego Luciani.

En revanche, le 6 décembre 2022, reconnue sans preuves coupable d’ « administration frauduleuse au préjudice de l’Etat », dans le cadre de l’attribution de marchés publics dans sa province de Santa Cruz, CFK a été condamnée à six ans de prison et à l’interdiction à vie d’exercer un emploi public. Dans une allocution qu’elle a prononcé en direct, elle a déclaré être victime d’«  une mafia judiciaire  » et d’un « Etat parallèle  ». Qui a finalement eu sa peau. Et, d’une certaine manière, celle du péronisme. Car, si elle a nié toutes les charges et a prévu de faire appel, Cristina Kirchner a en même temps annoncé qu’elle ne se présenterait pas à la prochaine présidentielle : « Je ne vais pas soumettre la force politique qui m’a fait l’honneur d’être deux fois présidente et vice-présidente au risque d’être maltraitée en période électorale, en disant qu’elle a une candidate condamnée. »
Conscient de son impopularité, y compris dans son propre camp, le président Alberto Fernández fait savoir à son tour, le 21 avril 2023, qu’il ne se présentera pas pour un second mandat.

Intronisé pré-candidat au cours d’une tambouille de rivalités intestines entre (pour aller vite) « kirchnéristes » et « albertistes », Massa arrive en tête de son camp rebaptisé Union pour la patrie (UxP), devant le dirigeant social Juan Grabois, lors des PASO du 13 août, avec 27,2 % des voix. L’événement du jour se trouve cependant ailleurs. En nombre de votes collectés, Massa arrive derrière l’incontestable vainqueur de la consultation, Javier Milei (29,8 %). En la personne de Patricia Bullrich (ex-ministre de la Sécurité et protégée de Macri), la droite classique (Ensemble pour le changement ; JxC), avec 28 % des suffrages, devance également le péronisme.

 

 

Sergio Massa (président de l’Assemblée nationale).

Représentant de la gauche, Massa ? Non. Bien que sur-jouant la sobriété et le pragmatisme, il apparaît avant tout comme le ministre de l’Economie d’un gouvernement qui, pour n’avoir pas su, pu ou voulu affronter le FMI, se présente avec un bilan de 143 % d’inflation, 44 % de pauvreté et 60 % de pauvreté infantile… Très proche par ailleurs de l’ambassade des Etats-Unis, qu’il fréquente assidument. Pas de quoi déchaîner l’enthousiasme de la frange la plus progressiste. Même si CFK, sincèrement ou dans un rôle de composition, sans apparaître à ses côtés, tente de convaincre ses troupes de l’appuyer fermement. Lors du débat entre candidats, tandis que Milei vitupère, Bullrich (oubliant le bilan exécrable de son ex-patron Macri) a beau jeu de lancer à Massa : « Vous avez eu faux sur toute la ligne, vous avez multiplié l’inflation par deux. Expliquez aux Argentins comment le pire ministre de l’Economie pourrait faire un bon président. »

Le 22 octobre, dans un climat d’incertitude et d’inquiétude, le premier tour a pu faire illusion. Arrivé en tête avec 36,6 % des suffrages, Massa devance un Milei très déçu (29,8 %) et Bullrich (23,8 %), éliminée. Malgré une campagne très digne, pour ne pas dire brillante, la candidate du Front de gauche et des travailleurs (FIT-U), Myriam Bregman, ne recueille que 2,70 % des voix.

Bien que, somme toute, deux tiers des Argentins aient voté contre le parti au pouvoir, la perspective d’un second tour renouvelant la réussite de Gabriel Boric au Chili (contre le candidat d’extrême droite José Antonio Kast) et de Lula au Brésil (l’emportant sur Bolsonaro) trotte dans les esprits. Sauf que… Oubliant sa supposée détestation de « la caste », l’ « outsider antisystème » accepte immédiatement l’alliance que lui propose la droite traditionnelle de Bullrich et du revenant Macri. Sauvagement insultée par Milei il n’y a pas si longtemps, Bullrich se fend d’un sourire large et rayonnant : « Nous avons des différences, mais nous sommes confrontés au dilemme du changement ou de la continuité mafieuse. La majorité des Argentins a choisi le changement, et nous faisons partie de ce changement.  »
Plus qu’une adhésion au programme de Milei, le désespoir des exclus, l’absence d’un candidat de gauche – Massa n’a guère fait rêver en préconisant une administration « d’unité nationale » pour appliquer « l’ordre fiscal » afin de rembourser le FMI et d’autres créanciers –, la rage et le rejet de la classe politique font le reste. Le 19 novembre se traduit par un séisme qui s’apparente plus à un suicide collectif par la voie électorale qu’à un vote sanction. Avec un taux de participation de 76 %, le candidat « antisystème » l’emporte avec 55,6 % des voix. Le changement tant annoncé peut commencer.

Investiture sans grand relief, mais très parlante, le 10 décembre, en fin de matinée. Aucun poids lourd ne se déplace. A l’exception du chilien Gabriel Boric, aucun chef d’Etat de la vague progressiste. La droite, représentée par l’uruguayen Luis Lacalle Pou, le paraguayen Santiago Peña, le roi d’Espagne Felipe VI. L’Internationale réactionnaire : Viktor Orban, Jair Bolsonaro, Santiago Abascal (Vox). Un message de l’ultra María Corina Machado, en provenance du Venezuela : « Comme Javier Milei en Argentine, je représente la liberté.  »

 

Après avoir prêté serment devant l’Assemblée législative, le « libertarien » s’est rendu sur les marches du Congrès et s’adressant à ses partisans, rassemblés sur la place du Parlement, leur a lancé en toute modestie : « Tout comme la chute du mur de Berlin, ces élections ont marqué la fin d’une époque. » Avant de répéter une fois de plus : « Il n’y a pas de solution alternative à l’ajustement. »

Mais au fait… En parlant de changement…

Finies les rodomontades. Milei manque de forces vives et de compétences « libertariennes » pour gérer le pays. La « caste » se réinstalle tranquillement dans le gâteau. Ministre des finances : Luis Caputo – l’homme des 57 milliards de dollars du FMI, le « plus grand expert financier » du pays (épinglé dans les « Panama Papers », comme Macri). Ministre de la Sécurité : Patricia Bullrich (même poste que sous Macri). A la Défense, Luis Petri (colistier de Bullrich lors de la présidentielle). Daniel Scioli le « péroniste » choisit pour sa part de demeurer ambassadeur au Brésil, se contentant de déclarer « l’important est que les forces du ciel l’accompagnent », à propos de son nouveau patron Milei.
La « dollarisation », qui a fait couler tant de litres d’encre ? Caputo n’y est pas favorable. La suppression de la Banque centrale ? Plus à l’ordre du jour non plus. Elle hérite d’un nouveau gouverneur, Santiago Busili, ex de la Deutsche Bank et de JPMorgan, secrétaire aux Finances sous l’administration Macri.

Parallèlement à la collaboration enthousiaste de la droite dite traditionnelle avec l’extrême droite, se livre une sourde bataille pour les postes entre « macristes » et nouveaux venus. Macri souhaite s’emparer de l’Autorité nationale des communications (Enacom), comme d’un trophée. Milei impose l’un des siens à la tête d’YPF, la compagnie pétrolière nationale. Qu’il a prévu de privatiser. En oubliant un détail : la participation publique de 51 % d’YPF est blindée au Congrès. Pour revenir dessus, il faut deux tiers du soutien de la Chambre des députés. Ce que Milei ne possède pas.
A la Chambre, l’anarcho-capitaliste ne dispose que de 37 législateurs de LLA sur 257. Sauf désaccord (toujours possible et même probable sur certains textes), il pourra compter sur l’appui des 37 représentants d’Ensemble pour le changement. Mais le péronisme en compte 108. Il domine donc, même s’il n’a pas la majorité absolue [
22]. Au Sénat, le parti de Milei ne compte que huit membres sur 72 (le péronisme en alignant 33). Il faudra donc en permanence négocier, sachant toutefois que, pour imposer certains changements politiques, Milei peut émettre des décrets présidentiels [23]. Ce qu’il va faire très rapidement…

« Il n’y a plus d’argent ! » D’ici février 2024, l’Argentine va faire face à des engagements en devises pour environ 5 milliards de dollars (dont 3,7 milliards auprès du FMI et 1 milliard auprès d’autres organisations internationales et du Club de Paris). Le 12 décembre, deux jours après l’investiture du chef de l’Etat, le ministre Caputo fixe donc la ligne en présentant une première batterie de mesures permettant de réduire les dépenses publiques de 5 % du PIB : dévaluation de 100 % de la monnaie nationale ; suppression de neuf des dix-huit ministères existant ; fin des subventions à l’énergie et aux transports ; licenciement des employés recrutés dans la fonction publique depuis moins d’un an ; coupes dans les transferts de fonds de l’Etat fédéral aux provinces ; blocage des travaux d’infrastructure publique n’ayant pas encore démarré (et désormais confiées au secteur privé).

Cynisme, provocation ou inconscience ? Le 20 décembre, vingt-deux ans jour pour jour après la fuite en hélicoptère de Fernando de la Rúa, c’est Milei en personne qui, cette fois, dévoile un vaste « décret de nécessité et d’urgence » (DNU) qui impose plus de 300 mesures pour déréglementer l’économie. Tout y passe (en attendant pire) : abrogation des réglementations couvrant la location de logements, les dispositions douanières à l’exportation, la propriété foncière, les détaillants de produits alimentaires ; modification des règles applicables aux secteurs du transport aérien, de la santé, de la pharmacie et du tourisme (afin d’encourager la concurrence) ; réduction des indemnités de départ et prolongation de la période d’essai des employés ; transformation du statut juridique des entreprises publiques afin de permettre leur privatisation….

Pour faire avaler la pilule aux plus vulnérables, une augmentation des allocations familiales et de l’aide alimentaire a été annoncée. Mais…

Ce même 20 décembre, « piqueteros », syndicats et organisations sociales ont prévu de descendre dans la rue pour mettre le pouvoir en garde en commémorant l’anniversaire de la grande révolte de l’an 2001. Par le biais d’un message enregistré, la ministre du capital humain Sandra Pettovello a prévenu : les programmes de soutien aux chômeurs ou aux familles à faibles revenus – Allocation universelle pour enfant (AUH) ; Stimuler le travail ; Carte alimentaire – seront suspendus pour ceux qui bloquent la circulation. « S’ils descendent dans la rue, il y aura des conséquences, avait déjà menacé Bullrich en conférence de presse. Nous allons mettre de l’ordre dans le pays pour que les gens puissent vivre en paix. » Pour intimider les protestataires, le pouvoir prévoit de faire payer l’intervention de la police aux organisations et individus qui manifestent, ainsi que des sanctions pour les parents qui vont aux manifestations avec leurs enfants.

Dégageant de nauséeux relents de « néofascisme », ces menaces répressives n’ont pas empêché, dans tout le pays, les premières manifestations de l’ère Milei. A Buenos Aires, défiant les messages qui tournaient en boucle dans les stations de train et de métro – « Celui qui coupe n’est pas payé » – et les consignes prétendant les obliger à défiler sur les trottoirs et non sur la chaussée, des dizaines de milliers de mécontents ont convergé vers la mythique Place de Mai. Comme un boomerang, sa consigne préférée – « La liberté, bordel ! » – a commencé à repartir en direction de Milei. Des banderoles incisives résumaient parfaitement la situation : « Finalement, “la caste” c’était le peuple ». Venus des fenêtres et des balcons ont résonné des rafales de « cacerolazos ».

 

Depuis Washington, tout de suite après l’investiture de l’anarcho-capitaliste, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a fait part de sa satisfaction : « Je salue les mesures décisives annoncées par M. Milei et son équipe pour relever les défis économiques importants de l’Argentine – une étape importante vers la restauration de la stabilité et le rétablissement du potentiel économique du pays. »

[1https://www.pagina12.com.ar/365428-javier-milei-reconocio-que-trabajo-para-el-genocida-antonio-

[2Argentine, Bolivie (depuis le 7 décembre 2023), Brésil, Paraguay, Uruguay (et Venezuela suspendu depuis 2016). États associés : Chili, Colombie, Equateur, Guyana, Pérou et Surinam.

[3Juif d’Ukraine expulsé d’Union soviétique dans les années 1920, septième héritier de la dynastie du Hassidisme Habad-Loubavitch, considéré par nombre de ses adeptes comme le Messie (« Moschiach »), « Le Rabbi » est considéré comme l’une des personnalités juives orthodoxes les plus importantes des temps modernes.

[4Les comptes en dollars étant transformés en pesos dévalués, les Argentins y perdent la plus grande partie de leur épargne.

[5Les lois dites du « Point final » et du « Devoir d’obéissance » avaient été votées en 1986 et 1987 pendant l’administration du président radical Raúl Alfonsin, sous la pression des militaires.

[6Groupe informel de créanciers publics censé « trouver des solutions coordonnées et durables » aux difficultés de paiement de pays endettés en leur accordant un allègement de dette obtenu par un rééchelonnement ou une réduction des obligations du service de ces dettes pendant une période définie (traitements de flux) ou une date fixée (traitements de stock).

[7Marché d’occasion où se vendent et s’achètent des titres de la dette.

[8Edictée en 1823 par le président James Monroe, la doctrine en question s’est essentiellement manifestée par un interventionnisme dans la zone latino-américaine afin d’y défendre les intérêts étatsuniens.

[9https://www.lesechos.fr/2016/03/argentine-les-fonds-vautours-raflent-la-mise-203905

[10https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-03-09/jpmorgan-and-deutsche-bank-boys-are-running-the-new-argentina#xj4y7vzkg

[11Lire Stelios Kouloglou, « Grèce, le coup d’Etat silencieux », Le Monde diplomatique, juin 2015.

[12Cette enveloppe doit être complétée par des prêts d’autres organisations internationales – Banque interaméricaine de développement (BID), Banque mondiale (BM), Banque latino-américaine de développement (CAF) – pour un montant total de 5,65 milliards de dollars au cours des douze mois suivants.

[13https://centrocifra.org.ar/el-incremento-en-las-tarifas-de-servicios-publicos-y-su-peso-sobre-los-salarios/

[14Pour être élu, un candidat doit obtenir 45 % des suffrages exprimés lors du premier tour, ou 40 % des voix avec au moins dix points d’avance sur celui arrivé en deuxième position. Dans le cas contraire, un second tour est organisé, dans les trente jours, entre les deux candidats arrivés en tête.

[15https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/01/24/argentina-el-macrismo-logro-la-fuga-de-capitales-mas-grande-de-la-historia-us-88-371-millones-en-4-anos/

[16https://www.cadtm.org/L-Argentine-en-pleine-crise-de-la-dette

[17https://radiografica.org.ar/2020/11/16/la-carta-completa-de-la-camara-de-senadores-al-fmi/

[18https://colectivoepprosario.blogspot.com/2022/01/tropel-del-10012022.html

[19L’ATP subventionne jusqu’à 50 % des salaires des travailleurs du secteur privé enregistré ; l’IFE protège principalement les ménages sans revenu formel.

[20En relation avec l’attentat contre une mutuelle juive (AMIA) qui a fait 85 morts et 300 blessés en 1994 à Buenos Aires.

[21Le non lieu concernant la « Route de l’argent K » a été annulé le 28 novembre 2023 par la Cour d’appel fédérale.

[22Le solde des députés se répartit entre treize formations et groupuscules, parmi lesquelles l’Union civique radicale (34 représentants) et le Front de gauche et des travailleurs (4).

[23En revanche, toute réforme fiscale devra être approuvée à la fois par la Chambre des députés et par le Sénat.

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27 décembre 2023 3 27 /12 /décembre /2023 06:29

 

Le sénateur communiste du Nord, Éric Bocquet, s’en dit convaincu : « Nous [la France] ne sommes pas condamnés à la dette "à perpète"... ». C’est ainsi qu’il conclut le livre justement intitulé La dette à perpète ?* qu’il a écrit cet été et publié en novembre.

Après deux ouvrages consacrés à l’évasion fiscale, Éric Bocquet poursuit donc son œuvre pédagogique pour, cette fois, décortiquer le fonctionnement de la dette publique, pour la démystifier, pour, dit-il, « engager une véritable réflexion sur un mode alternatif de financement de l’État et de la société. »

Il le fait sur un peu plus de 90 pages très accessibles et divisées en une trentaine de chapitres qui sont autant de questions et d’explications sur le fonctionnement de cette dette dont l’essayiste Alain Minc prétend au contraire qu’elle devrait être à perpétuité. En cela le travail du sénateur est une pépite.

La démonstration commence fort avec un rappel des propos du président Macron qui, s’adressant à une infirmière le 5 avril 2018, lui affirmait : « Il n’y a pas d’argent magique. » Cette infirmière l’avait interpellé sur l’insuffisance des moyens alloués à l’hôpital public. Deux ans plus tard, la pandémie de Covid 19 change tout. « L’argent magique apparaît, l’État déverse des milliards pour financer les masques, les tests, les vaccins, mais aussi les entreprises (…) et les ménages (...) ». La suite est connue mais elle interpelle d’autant l’auteur pour qui : « Nous sommes nombreux à penser qu’il est temps d’engager un autre débat sur la dette publique en général », alors que celle-ci approche le seuil des 3 000 milliards d’euros.

Alors que les collectivités locales sont tenues de présenter chaque année un budget équilibré, le dernier budget à l’équilibre de la France remonte à 1974. Ce presque demi-siècle de dette publique n’empêche pas les discours officiels d’être anxiogènes et de culpabiliser les citoyens. C’est ainsi qu’on leur impose la réforme des retraites, celle du chômage, etc. L’adoption de la réforme des retraites avec l’article 49,3 visait à « donner un ‘’gage sérieux’’ aux marchés financiers qui investissent dans nos titres de dette publique », écrit Éric Bocquet.

Il est là, le « loup » : l’État est passé d’un système, le « Circuit du Trésor », consistant à financer les dépenses de l’État par des bons du Trésor à un système consistant à placer la dette de l’État sur les marchés financiers. Voilà la marque incontestable du néo libéralisme qui nous domine depuis plus de 40 ans.

Dès lors, l’État étant soumis aux marchés financiers, la spirale devient infernale. La France a beau faire tous les efforts possibles, elle est comme un hamster qui fait inlassablement tourner sa roue sans résultat. La politique se fait sur les marchés financiers et la feuille de route veut qu’il nous faut travailler plus longtemps et se priver davantage. Les marchés financiers ont tout intérêt à ce que cela dure. 

Pour Éric Bocquet, il faut refuser cette fatalité. « Il est temps, affirme-t-il, d’avancer vers les nouvelles sources de financement de l’État, des grands services publics, et des grands défis de notre temps. » Des moyens peuvent déjà être trouvés en s’attaquant aux niches fiscales et à l’évasion fiscale, en maîtrisant mieux les aides aux entreprises, en reconquérant la souveraineté de l’État.

Philippe Allienne

 

La dette à perpète ?

   Éric Bocquet, Le Temps des Cerises, 16 euros.

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24 décembre 2023 7 24 /12 /décembre /2023 07:58

Intervention de Gladys Grelaud, conseillère régionale communiste de Bretagne et du Finistère, sur le logement au conseil régional de Bretagne jeudi 14 décembre pour soutenir la feuille de route de la région Bretagne pour une foncière et ce que nous finançons, le parc public à la ville comme à la campagne au delà de nos compétences pour répondre à notre niveau à cette crise

https://youtu.be/YIrt0I1VZ7k?si=_MBxul6vjot0EG0v

 

 

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23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 14:57
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Le Télégramme :À Carhaix, une centaine de personnes se rassemble pour un cessez-le-feu en Palestine
 
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
Carhaix: une centaine de personnes rassemblées pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza - Intervention de Pierre-Yves Thomas pour le PCF et photos de Daniel Laporte
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23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 11:37
A propos de la petite entreprise révisionniste d'Yves Mervin qui réhabilite l'Abbé Perrot et salit la mémoire de la Résistance

Nous ne laisserons pas l'extrême-droite salir la mémoire de nos camarades engagés dans la Résistance.

Yves Mervin, ancien militaire, reconverti "historien" de propagande, sympathisant d'un nationalisme breton de droite anti-communiste ou d'extrême-droite, a récemment publié un livre contre la Résistance et à la gloire du prêtre nationaliste breton collaborateur "Jean-Marie Perrot, 12 décembre 1943, un crime communiste".

Il a encore fait publier cette semaine dans le Ouest-France et le Télégramme un droit de réponse sur un article du 8 décembre sur sa conférence d'hommage à l'Abbé Perrot et à son combat pour la collaboration avec l'occupant nazi.

L'auteur parle de la part de la résistance d'"assassinats y compris de jeunes enfants, de viols", accomplis par la Résistance. Les communistes mangeurs d'enfants, ça rappelle des souvenirs...

Yves Mervin avait déjà cherché à salir la Résistance pour blanchir a contrario les partisans de la collaboration dans un livre intitulé "Le joli mois de mai 1944".

Un livre où il défendait que "la Résistance a fait plus de morts chez les Bretons que chez les Allemands" et que "globalement, la Résistance a été plus nuisible qu'utile" (propos relatés dans un article de Ouest-France).

La conférence d'Yves Mervin pour dénoncer "le crime communiste" qu'aurait représenté selon lui l'exécution de l'Abbé Perrot, le 9 décembre dernier à Quimper, dans une salle du diocèse à la Chapelle Saint-Laurent, a justement alimenté la polémique, suscitant l'indignation de plusieurs associations et personnalités comme l'élue communiste de Quimper Yvonne Rainero qui avait également réagi dans un communiqué publié sur le site internet du PCF Finistère, "Rouge Finistère" et que nous citons à nouveau ici:

"ll est choquant, en ces temps où une extrême-droite décomplexée trouve un écho complaisant pour ses discours de haine et de xénophobie, d’apprendre que, sous le patronage de l’évêché, va se tenir dans une chapelle de Quimper, ville qui porte jusque dans sa préfecture le souvenir de Jean Moulin, une conférence dont l’objet est clairement de réhabiliter la collaboration et de salir la Résistance. Le site d’extrême-droite Breizh-info qui la sponsorise ne s’y est pas trompé. Il ne s’agit pas ici d’apaiser la mémoire, mais bien de revisiter l’histoire. Ce n’est pas un hasard si la sinistre milice armée bretonne constituée pour combattre la Résistance a pris en 1943 le nom de Bezen Perrot en hommage à cet abbé qui exprimait sa sympathie pour les régimes amis d’Hitler en Europe centrale et dont la proximité avec la collaboration ne fait aucun doute. La Bezen Perrot incorporée dans la SS hitlérienne a semé la terreur et la mort en Bretagne, poursuivant son parcours sanglant jusque dans sa fuite avec les armées nazies à la Libération. L’un des acteurs de cette réécriture de l’histoire n’hésite pas à traiter d’assassins les résistants communistes. C’est la résistance au nazisme dans son ensemble qu’il prend pour cible. La résistance communiste y a joué un rôle essentiel, le Finistère en a été un bel exemple. La tenue de cette conférence est une insulte à la mémoire des deux jeunes communistes Pierre Jolivet et Émile Le Page, premiers résistants fusillés à Quimper par les Allemands, ils avaient 19 et 20 ans, cela s’est passé au champ de tir de La Tourelle, à proximité de la chapelle Saint-Laurent.

Elle est une insulte à la mémoire de tous les résistants communistes de ce département, et dont beaucoup étaient bretonnants. Elle est aussi une insulte à la mémoire de ceux qui se sont engagés dans les combats de la Résistance au nom de leur foi comme le frère Joseph Salaün du Likès.

Ne laissons pas les héritiers des mouvements racistes et antisémites qui proclamaient dès 1938 « La France aux Juifs, la Bretagne aux Bretons » répandre leurs idées malsaines.

Yvonne Rainero, élue communiste de Quimper"

Rappelons que si en effet l'abbé nationaliste Jean-Marie Perrot a bien été exécuté par un jeune résistant communiste à Scrignac, c'était suite à une décision prise conjointement par les services de la France Libre à Londres (et donc la Résistance gaulliste) et la Résistance intérieure pour plusieurs raisons:

- L'Abbé Perrot était un ami politique et personnel de nombreux nationalistes bretons promouvant la collaboration politique et militaire avec les Nazis, Olivier Mordrel, Célestin Lainé, Raymond Delaporte, Yann Bricler, Debauvais, etc, et il les recevait dans son presbytère à Scrignac, comme du reste de nombreux officiers allemands avec lesquels pour certains il entretenait des relations avant la guerre. Cette présence d'officiers allemands et de collaborateurs dans une région acquise à la Résistance, et tout particulièrement à la résistance FTPF et communiste, était un danger pour les patriotes. 

- Cet abbé avait dénoncé à des collaborateurs bretons alliés aux nazis les activités patriotiques de Résistants et militants communistes de Scrignac, telle Mme Duperrier, sympathisante communiste, et son mari, communiste, qui avaient fait diffuser "La Marseillaise" par un haut-parleur de la place de Scrignac le jour du débarquement allié en Afrique du Nord et qui mobilisaient la population contre les Allemands. Jean-Marie Perrot publiait aussi de nombreux articles anticommunistes dans la revue Feiz Ha Breiz tenu par son ami Herri Caouissin, futur adhérent du Front National, alors que la répression de la police française de collaboration, des milices, et de l'armée d'occupation allemande et nazie faisaient rage contre la Résistance communiste, et que le discours de croisade contre le bolchevisme était un des ressorts idéologiques les plus utilisés du soutien au nazisme et à la collaboration.  

- A l'occasion des obsèques de l'Abbé Perrot, célébrées sous la garde des soldats allemands et en présence des dirigeants nationalistes collaborateurs bretons, Lainé et son ami Ange Péresse firent serment de le venger et de baptiser l'unité de supplétifs SS rattachée à la police de répression anti-résistante allemande qu'ils avaient créée et qui s'appelait le Bezen Cadoudal, du nom du chef chouan morbihannais qui combattit ardemment la République et la Révolution, du nom de Bezen Perrot. Rappelons que ce Bezen Perrot, où sévirent une soixantaine de jeunes militants nationalistes bretons d'extrême-droite, fut responsable de plusieurs centaines d'arrestations, de tortures, d'exécutions sommaires ou de déportations en camps de concentration contre des Résistants bretons dans les mois de la Libération de la Bretagne.  Les résistants du village de Scrignac et des environs, dans les Monts d'Arrée, furent parmi les premières victimes du Bezen Perrot, et du Kommando de Landerneau et de la répression nazie l'année 1944. Plusieurs résistants de Scrignac ont été arrêtés et fusillés par les Allemands : Jean Priol, Jean-Marie Le Fur, Joseph Salaun, Joseph Salaun, les frères Paul et Valentin Poher, Francis Kervoelen et André Édouard Guillou, Robert Boucher. D'autres sont morts en déportation comme François-Marie Coant. Mais ceux-là n'intéressent pas Yves Mervin.

Le devoir de mémoire concernant la collaboration bretonne et les crimes de ces centaines de collaborateurs bretons nationalistes ne doivent pas masquer que la Bretagne fut avant tout une grande terre de Résistance: on parle de 2 700 résistants bretons fusillés, de 1 000 résistants bretons tués au combat, de 3 743 déportés pour actes de Résistance dans les cinq départements bretons.

Et au sein de cette Résistance populaire intérieure qui appuya considérablement la Libération du territoire et la progression alliée en Bretagne et permit de fixer les troupes allemandes en Bretagne pour faciliter la progression alliée en Normandie, la résistance populaire F.T.P.F organisée par le Parti communiste clandestin composa le principal mouvement de Résistance en effectifs, et celui qui engagea le plus tôt la lutte armée contre l'Occupant fasciste, nazi, et ses collaborateurs d'extrême-droite, partisans de Vichy, des groupes collaborationnistes, dont ceux de la mouvance nationaliste bretonne.

La Fédération du PCF Finistère, 23 décembre 2023.

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23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 09:42

 

n quelques années, le macronisme est passé de « pragmatique et moderne » à violent, autoritaire, antisocial et méprisant. Après s’être attaqué à la République sociale, il s’en est pris aux fondations de la République lors de la loi immigration, sous les applaudissements du RN.

Qu’est devenu le « projet » d’Emmanuel Macron qui visait, en 2017, la « modernisation de l’économie » et la « rénovation de la vie politique », tout en étant « ni de droite, ni de gauche » ? En six ans, le président a peu à peu montré son vrai visage : celui d’une violence économique et sociale au service des plus riches et celui d’une violence physique qui s’abat sur les manifestants.

Il a atteint, en cette fin d’année, une nouvelle limite, en faisant adopter la préférence nationale pour les aides sociales au Parlement. Soit exactement ce que propose l’extrême droite, alors même qu’Emmanuel Macron a été élu par deux fois pour lui faire barrage.

 

L’affaire Benalla, le fait du prince

L’affaire Benalla éclate durant l’été 2018 et secoue jusqu’au sommet de l’État. Le conseiller du président de la République avait été filmé, le 1er mai 2018, violentant des manifestants à Paris affublé d’un brassard de la police. Et l’Élysée, au courant, n’avait pas daigné le sanctionner. « L’essentiel, c’est de se demander pourquoi la pratique du pouvoir par le président de la République encourage ou permet l’impunité de personnes comme M. Benalla », relève, à l’époque, le communiste André Chassaigne.

Une facette du macronisme que les Français ne connaissaient pas encore apparaît au grand jour : celle d’un pouvoir violent, ayant recours à des officines parallèles aux administrations républicaines. Muet plusieurs jours, Emmanuel Macron finit par s’exprimer lors d’un discours indigne d’un président. « S’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher ! » lance-t-il, en attaquant les médias et le Parlement.

« Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité », ose-t-il déclarer, avant de tancer les députés souhaitant créer une commission d’enquête : « Certains voudraient faire sortir le pouvoir législatif de son lit. » Des propos gravissimes pour le garant de nos institutions.

Ce premier grand scandale reste emblématique du macronisme, selon le psychanalyste Roland Gori. « Macron a systématiquement doublé toutes les directions par des milices bureaucratiques privées », explique l’universitaire. C’est, selon lui, typique d’une « conduite du pouvoir sur un mode libéral-autoritaire ».

 

Les gilets jaunes, ou le rejet du peuple

Cette conduite du pouvoir, les gilets jaunes en font les frais quelques mois plus tard. Face à l’une des plus grandes révoltes sociales de ces dernières décennies, Emmanuel Macron répond par une répression féroce. Fin 2018, les gilets jaunes occupent des ronds-points partout dans le pays pour dénoncer un quotidien de moins en moins possible à vivre.

Emmanuel Macron leur répond par des charges de police qui font des milliers de blessés, des dizaines d’éborgnés, des mutilés et des milliers de condamnations pénales. Puis il lance un « grand débat » en y glissant des thématiques qui n’ont rien à voir avec les revendications initiales et qui, en bout de course, n’ont débouché sur rien de concret.

Un « déni et un rejet de la dignité des travailleurs, de la vulnérabilité du peuple et de son désir de fraternité », analyse Roland Gori. « Il semble complètement dénué d’empathie », ajoute l’universitaire. « Quand il dialogue, il n’écoute pas. Il rejette la parole de l’autre et essaie de coloniser son esprit à l’aide de sa propre rhétorique. » Et n’hésite pas à user de la matraque, notamment contre les grévistes et les écologistes.

 

L’affaire McKinsey, la République des affaires

Plus que toutes les droites avant elle, la Macronie incarne la collusion des intérêts publics et privés. Son entourage comporte de nombreux « pantoufleurs », et l’on ne sait plus si Macron sert l’État ou bien les entreprises privées ? Les affaires Alstom et Uber sont en cela particulièrement révélatrices.

Cette porosité entre État et monde des affaires a été mise au jour à un tout autre niveau par Éliane Assassi, rapporteure d’une commission d’enquête du Sénat sur les cabinets de conseil. Début 2022, l’élue communiste montre que, pour la seule année 2021, l’État a dépensé 2,5 milliards d’euros pour des consultants privés, notamment le cabinet McKinsey… soit une hausse de 329 % en six ans.

« Cela montre la défiance de la Macronie vis-à-vis de la gestion des politiques publiques par le public. Lorsqu’il a fallu étudier l’organisation logistique pour gérer la crise du Covid, l’exécutif a externalisé au nom de la croyance en laquelle donner au privé, c’est mieux. Et il l’a fait sur des tas d’autres sujets… » critique le député PCF Nicolas Sansu, qui bataille depuis des mois pour que l’Assemblée encadre les activités de conseil. Ce pourrait être le cas en janvier, mais les macronistes tentent d’amoindrir la portée du texte, déterminés à ne pas opérer de séparation entre l’État et l’argent.

 

Une réforme des retraites antidémocratique et antisociale

Lors de la réforme des retraites imposée en 2023, le macronisme se livre à un coup de force antisocial et antidémocratique inouï. Le recul de l’âge de départ à 64 ans suscite le rejet de l’immense majorité des Français. Mais, face à l’éventualité d’une défaite au Parlement, le président use d’articles réglementaires et constitutionnels pour réduire la durée des débats à deux semaines.

Puis il impose un vote bloqué au Sénat, pour finalement recourir au 49.3 et faire adopter sans vote une réforme fondamentale pour la vie de millions de travailleurs. Ces coups de force d’un président désormais poursuivi par des concerts de casseroles à chacun de ses déplacements illustrent son deuxième quinquennat. « Il est désormais condamné à jouer la tactique, à fonctionner au coup par coup », résume Roland Gori. Le dernier avatar étant sa loi sur l’immigration…

 

Une loi immigration qui abîme la République

Avec l’adoption de la loi immigration grâce au soutien du RN, l’ancienne « République en marche » s’attaque aux fondamentaux de notre République. Ce texte, qui met en place une préférence nationale, « est contraire à nos valeurs, contraire aux conventions internationales que nous avons signées », dénonce Marie-Christine Vergiat, vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme (LDH).

La remise en cause du droit du sol crée une inégalité entre enfants nés sur notre territoire. « Cela faisait partie des fondements historiques du droit français », dénonce la militante. De même, la fin de l’universalité concernant les aides sociales concernant les immigrés est « contraire à la devise nationale, Liberté, égalité, fraternité ».

Cette loi, en plus de stigmatiser les étrangers, reprend sans vergogne le programme du RN. Et ce, alors même qu’Emmanuel Macron a été élu par deux fois pour faire barrage à l’extrême droite.

 

 
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23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 07:13
Loi immigration: l'appel à la résistance de Sophie Binet - Ouest-France, 21  décembre 2023
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23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 07:09
Le Télégramme, 21 décembre 2023

Le Télégramme, 21 décembre 2023

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