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16 août 2025 6 16 /08 /août /2025 16:55
Menace de mort contre Marwan Barghouti: l'urgence de le libérer!
Menace de mort contre Marwan Barghouti
Sa famille alerte.
Suite aux propos et aux menaces de Ben Gvir, ministre de la Sécurité d’Israël et leader d’extrême droite, elle craint pour sa vie, même derrière les barreaux.
Ce n’est pas une crainte infondée, dans les prisons israéliennes, les prisonniers palestiniens sont régulièrement victimes de violences, de traitements inhumains et de privations.
Marwan Barghouti, figure emblématique de la résistance palestinienne, est détenu depuis plus de vingt-trois ans dans des conditions extrêmement dures. Aujourd’hui, il risque l’exécution extrajudiciaire.
Cette menace de mort, venant d’un ministre suprémaciste, est à prendre au sérieux. Elle viole le droit international et les droits humains les plus fondamentaux.
Affirmer notre solidarité, exiger la libération immédiate et inconditionnelle, et soutenir Marwan Barghouti, c’est le protéger.
Un large élan de solidarité peut empêcher qu’il soit victime d’une exécution extrajudiciaire.
Sa vie dépend de notre mobilisation.
Menace de mort contre Marwan Barghouti: l'urgence de le libérer!
sur le site de l'Humanité -Pierre Barbancey
 
Le fasciste Itamar Ben Gvir menace Marwan Barghouti dans sa cellule
Ce ministre du gouvernement Netanyahou a diffusé vendredi matin sur les réseaux sociaux une vidéo où il prend à partie et sermonne, dans sa cellule, Marwan Barghouti, leader palestinien emprisonné depuis 2002 et à l’isolement depuis deux ans. En réponse, Fadwa Barghouti s’est adressée à son époux. L’Autorité palestinienne dénonce un « terrorisme d’État organisé».
Pierre Barbancey
Itamar Ben Gvir, ministre d’extrême droite de Benyamin Netanyahou, en charge de la « sécurité nationale », s’est rendu dans la prison de Ganot, là où se trouve, à l’isolement, le leader palestinien Marwan Barghouti, 66 ans, emprisonné depuis 23 ans maintenant. Ben Gvir, s’en est pris à Barghouti comme le montrent des images publiées (mais non datées) sur le compte X. Il est accompagné de deux autres personnes, dont un gardien pénitentiaire. « Vous ne nous vaincrez pas. Quiconque fait du mal au peuple d’Israël, quiconque tue des enfants, quiconque tue des femmes (…) nous l’effacerons », lance, en hébreu, le ministre fasciste. Le leader du parti Fatah et membre élu du Conseil législatif palestinien (le parlement) tente alors de parler, mais Ben Gvir l’interrompt sans ménagement : « Non, vous devez le savoir, et ce, tout au long de l’histoire. »
Ce sont les premières images de Marwan que l’on voit depuis plusieurs années. Fadwa Barghouti, l’épouse de Marwan, lui a écrit directement en réponse à la vidéo : « Je ne t’ai pas reconnu, ni tes traits, et peut-être qu’une partie de moi refuse d’admettre tout ce que ton visage et ton corps expriment, de ce que toi et les prisonniers endurez. Marwan, ils te poursuivent encore et encore, même après 23 ans de prison et même dans la cellule d’isolement où tu te trouves depuis deux ans. Je sais que la seule chose qui te blesse, c’est l’incapacité à protéger les enfants palestiniens. »
Sur Instagram, son fils, Arab Barghouti, à posté une photo de son père en tenue de prisonnier, prise peu après son procès il y a plus de vingt ans, et écrit: “Même à l’intérieur d’une petite cellule, ils te ciblent et veulent montrer qu’ils sont supérieurs. Oh père, comme ils sont délirants. Ne savent-ils pas qu’il y a 50 ans, un jeune adolescent s’est tenu devant eux en prison pour la première fois, est devenu un leader aimé, et est maintenant toujours debout – malgré la faim, les agressions, 23 ans de prison et deux ans d’isolement cellulaire. Debout face à l’oppression et au fascisme d’aujourd’hui. Je sais que ce qui te tracasse, ce sont les enfants palestiniens, et notre peuple bien-aimé de Gaza. La lumière au bout du tunnel arrive, et nous allons célébrer une Palestine libre avec toi.Je t’aime plus que tu ne peux l’imaginer
Dieu, protège mon père et tous les Palestiniens s’il te plaît.”
Dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne a dénoncé « une provocation sans précédent » et qualifié l’incident de « terrorisme d’État organisé ». Il a ajouté que l’Autorité palestinienne prendra la menace au sérieux et assurera le suivi avec le Comité international de la Croix-Rouge, les États concernés, la communauté internationale et ses organisations et conseils spécialisés. Pour l’Autorité palestinienne, le ministre Ben Gvir a « pris d’assaut » la cellule de Barghouti. Elle tient le gouvernement israélien « directement responsable » de la vie de Marwan Barghouti.
Hussein Al Sheikh, Vice-Président de l’Autorité palestinienne, a souligné que les menaces proférées étaient l’apogée d’un terrorisme psychologique, moral et physique contre les prisonniers, qualifiant ce geste de rupture sans précédent dans la politique israélienne vis-à-vis des détenus palestiniens. Il a également souligné une violation des conventions internationales et humanitaires. L’Office d’information des prisonniers palestiniens (Palestinian Prisoners’ Information Office) a vivement condamné l’attitude de Ben-Gvir, estimant que son invasion de la cellule dénote une logique de vengeance et d’incitation au sein du système carcéral israélien.
Selon le site Israelnews, cette « visite » de Ben Gvir aurait eu lieu le jeudi 14 août. Ce 15 août, Ben Gvir a continué sa provocation et ses menaces. « Je vais le répéter encore et encore sans m’excuser : quiconque s’en prend au peuple d’Israël, quiconque tue nos enfants, quiconque tue nos femmes, nous l’effacerons. Avec l’aide de Dieu. »
Marwan Barghouti, condamné à cinq peines de prison à perpétuité, reste le leader palestinien le plus populaire. C’est sans doute pour cela que Ben Gvir, ministre raciste, a tenté de l’humilier et, de surcroît, a fait filmer la scène. Ce qui montre bien les véritables motifs de cette extrême droite israélienne et, par voie de conséquence, ceux du gouvernement de Netanyahou. Ils affirment vouloir éradiquer le Hamas. Or, Marwan Barghouti est aujourd’hui le seul capable de battre l’organisation islamique par les urnes. Ben Gvir et sa clique, en réalité, ne veulent plus aucune expression du peuple palestinien. D’où le génocide en cours à Gaza et le nettoyage ethnique en Cisjordanie et à Jérusalem-est.
Ben Gvir a déjà été sanctionné par le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Norvège en raison d’incitations répétées à la violence. En juillet, la Slovénie est devenue le premier pays de l’UE à déclarer Ben Gvir (ainsi que son acolyte, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui se définit comme « suprémaciste juif ») persona non grata, en raison de leurs propos jugés « génocidaires », de leur soutien aux colonies illégales en Cisjordanie et de leur incitation à la violence envers les Palestiniens Qu’attend la France pour faire de même ?
Ces menaces ne laissent pas d’inquiéter pour la vie de Marwan Barghouti. Les images diffusées montrent que son état physique s’est dégradé. La campagne mondiale pour sa libération et celle de tous les prisonniers palestiniens, lancée symboliquement depuis l’ancienne cellule de Nelson Mandela, en Afrique du Sud, va se poursuivre, notamment lors de la Fête de l’Humanité, au mois de septembre prochain.
 
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15 août 2025 5 15 /08 /août /2025 15:43
Pétition intersyndicale : Monsieur Bayrou, écoutez la voix des salarié·es !

328 764 signatures ce 15 août 2025 

 

Le PCF salue la riposte intersyndicale au projet de budget 2026 par le lancement de la pétition « Budget : les sacrifices pour le monde du travail, ça suffit » qu’il invite à signer largement.

JE SIGNE LA PÉTITION

Nous partageons le constat d’un budget d’« une brutalité sans précédent » contre les travailleurs et les travailleuses du pays et l’idée qu’« il existe des solutions qui intègrent les plus hauts revenus comme la contribution des entreprises ».

Le Premier ministre et le gouvernement doivent entendre ce message. Le pays a besoin d'un autre budget.

Le PCF se tient aux côtés des organisations syndicales pour contribuer, dans le respect de nos rôles respectifs, à une riposte populaire d’ampleur à ce projet de budget. Nous appuierons toute date de mobilisation décidée par les organisations syndicales.

A l'opposé de la politique du pouvoir, nous proposons d'augmenter les salaires et les pensions, baisser le prix de l'électricité, garantir tout de suite l'égalité professionnelle, l'emploi et la formation pour tous et pré-recruter des dizaines de milliers d'agents pour nos écoles, nos hôpitaux, nos trains, nos commissariats et nos tribunaux, développer l'industrie et l'agriculture pour répondre aux besoins, relever les défis énergétique, climatique et alimentaire, et agir pour la paix par la diplomatie et le respect du droit international, en Ukraine et à Gaza !

Face au braquage inédit de nos richesses, l'heure est à prendre le pouvoir sur l'argent et sur les choix des entreprises et du pays :

  • Nationaliser ou mettre en coopérative les grandes entreprises stratégiques, avec des pouvoirs d’intervention de l’Etat, des collectivités, des salariés et de leurs représentants qui doivent avoir un droit de veto et de contre-propositions
  • Créer un pôle public bancaire
  • Instaurer des critères et un contrôle sur les 211 milliards d'aides aux entreprises
  • Faire davantage contribuer le capital et les grandes fortunes
  • Engager un réel plan de lutte contre la fraude fiscale.

Paris, le 23 juillet 2025

Parti communiste français

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15 août 2025 5 15 /08 /août /2025 08:48
Histoires d'Algérie - Elyette Loup, agent de liaison du parti communiste clandestin engagé dans la lutte pour la libération et l'indépendance de l'Algérie.

Elyette Loup, née en 1934 à Birtouta, dans la Mititja, au sud d'Alger, est une étudiante communiste au service du PCA clandestin en 1955.

Arrêtée en 1957, torturée à la Villa Sésini à Alger, transférée en prisons métropolitaines ; revenue à Alger au service de la direction clandestine du PCA, travaillant aux côtés de Sadek Hadjerès, dirigeant du PCA qu’elle épouse à l’indépendance ; demeurée à Alger après le coup d’État du 19 juin 1965, séparée de son mari devenu dirigeant du PAGS et qui vit en exil.

Elyette Loup vit le jour à Birtouta sur la ferme coloniale de sa mère Jeanne Loup. Si celle-ci était une progressiste proche du PCA, elle tenait rigueur à Elyette d’être sa troisième fille sans avoir de garçon. Laissée à elle-même à la ferme, Elyette Loup s’éloigne du domaine en venant faire ses études secondaires au Lycée de filles d’Alger. C’est sa sœur aînée qui reprend l’exploitation agricole en 1948, la faisant produire sur le mode colonial. Au souvenir de la guerre d’Espagne et marquée par l’esprit antifasciste qui l’emporte dans ces années, Elyette Loup, qui va chercher ses lectures à « la librairie du parti » (PCA) au centre d’Alger, devenant après le baccalauréat étudiante en économie à la Faculté, adhère au PCA à dix-neuf ans en 1953.

Revenant sur elle-même en 1992-1993 dans son témoignage confié à Andrée Dore-Audibert, elle va jusqu’à dire : « C’est le parti qui m’a fait comprendre la vie, qui m’a donné l’amour national pour l’Algérie ou plutôt qui me l’a révélé, qui lui a donné pour moi sa signification… J’avais également besoin de retrouver le père qui m’avait manqué et de me démarquer par rapport à mes sœurs ».

En septembre 1955, le PCA est interdit ; elle devient agent de liaison. « J’avais le privilège d’avoir une voiture. Je m’occupais du courrier, des tracts, de l’imprimerie, travaillant auprès d’André Moine, secrétaire français du PCA, et d’ Ahmed Akkache, secrétaire du PCA chargé du journal Liberté.

"Il était clair qu'elle était foncièrement honnête, d'un caractère droit, stricte envers elle-même et envers les autres. Et elle avait un sens pratique précis, un sens de la mesure et de la responsabilité" dit d'elle André Moine. 

« Qui aurait pu soupçonner dans cette élégante jeune européenne, écrit Henri Alleg, une militante communiste, « complice des fellaghas ».

Citons le passage entier évoqué par René Galissot dans sa présentation d'Elyette Loup dans le Maitron: 

Henri Alleg écrit dans Mémoire Algérienne (Stock 2005): "Les liaisons avec d'autres secteurs, dont celui d'Ahmed Akkache, un des secrétaires du Parti, étaient assurés par l'intermédiaire d'Elyette Loup, une jeune fille d'une vingtaine d'années, étudiante en économie, mais peu présente sur les bancs de l'université depuis qu'elle s'était entièrement consacrée à la lutte clandestine. Très sûre d'elle-même, elle traversait sans encombre les contrôles policiers et les barrages militaires et était devenue extraordinairement efficace. Qui aurait pu soupçonner cette élégante Européenne, une militante communiste, "complice des fellaghas"? 

Avant que ne commence cette vie dans l'ombre, je ne connaissais Elyette que pour l'avoir entrevue au cours de réunions. Elle était discrète et ne se mettait jamais en avant. Son nom d'ailleurs suffisait à la situer puisqu'elle appartenait à la famille Loup. Jeanne, sa mère, était propriétaire d'une riche ferme-orangeraie dans la Mitidja. Haïe de ses congénères et voisins colons, elle était adorée des ouvriers agricoles qui travaillaient sur ses terres. Particularité exceptionnelle qui s'expliquait par le fait que, contrairement à ses voisins, gros colons racistes, elle était respectueuse de leur dignité, disposée à les écouter et à les aider jusqu'à financer la construction d'une maison pour chacune de leurs familles. Elle s'était battue pour que tous les enfants soient scolarisés, pour qu'un dispensaire et des soins médicaux leur soient accessibles gratuitement et, scandale des scandales, après avoir ouvert sa maison aux députés communistes français à leur libération de prison, elle avait accepté d'être candidate aux élections municipales sur une liste progressiste. On l'enterra comme elle l'avait demandé, au cimetière musulman de l'endroit que les habitants appellent aujourd'hui encore Haouch madame Loup (La ferme de madame Loup). Sur sa tombe, toujours entretenue par ceux et celles qui l'ont personnellement connue, son nom est écrit en français et en arabe. (...) En vraie fille de cette femme colon atypique, Elyette avait rejoint les communistes et le combat pour l'indépendance". 

 

Elyette échappe un temps à l’arrestation, mais sa photo est diffusée ; elle est reconnue à un barrage le 2 avril 1957.

Les parachutistes la conduisent à la Villa Sésini, centre d'interrogatoire où sévit le capitaine Faulques et ses bérets verts, pour quatre jours et quatre nuits de torture, faisant alterner les supplices de l’eau et de l’électricité, les gifles, menaces de mort, étouffements, le chantage et les simulacres d’exécution.

Elyette Loup, qui avait participé sous la direction d'Ahmed Akkache et et André Moine à la cache et au fonctionnement de l'imprimerie clandestine du PCA publiant les tracts et le journal "Liberté", comme "La Voix du Soldat", et à la transmission des documents et messages, est éveillée toutes les demi-heures, contrainte à chaque fois de rester debout pendant 10 minutes alors qu'elle est au bord de l'évanouissement, elle est aussi pendue par des menottes au barreau le plus élevé d'une échelle pendant douze heures consécutives. Remise en cellule, elle reste les mains attachées derrière le dos durant deux nuits et un jour. 

Elle ne parle pas comme le confirme Aussaresses à Jean-Charles Deniau en 2012 : « C’était une militante coco. C’est Faulques qui l’a interrogée mais j’ai suivi. Elle a parlé ? Non, elle n’a rien dit. » (p. 97).

Le journal algérien "L'expression" retenait en octobre 2023 dans un article d'hommage à Eliette Loup, travaillant auprès d’André Moine, secrétaire français du PCA, et d’Ahmed Akkache, secrétaire du PCA chargé du journal "Liberté", ce témoignage de la militante torturée à la Villa Sésini:
 
" Eliette Loup était une femme dotée d'un courage exemplaire, elle faisait face à la torture et aux méthodes barbares utilisées par ses bourreaux, avec une témérité si rare. Dans ce sens, elle a rappelé cette période dans ses témoignages en soulignant: «J'étais le dernier maillon de la chaîne, avant que ne soient pris les deux dirigeants, un camarade ayant parlé sous la torture. (...). À la villa Sesini, le régime était la torture systématique pour faire parler. (...) J'ai subi la torture pendant quatre jours et quatre nuits. J'étais attachée, c'est-à-dire liée aux pieds et aux mains comme un mouton (...). «Au bout de quatre jours, ils n'ont rien obtenu, je ne servais plus à rien, ils m'ont transférée à la prison de Barberousse actuelle Serkadji. Il y avait Anna Greki, Colette Chouraqui, Blanche Moine, l'épouse d'André Moine que j'avais accompagnée jusqu'à la gare de Blida lorsqu'elle dut partir à Oran, rejoindre l'ALN le 15 août. Elle sera arrêtée, torturée avec Gaby Jimenez, Joséphine Carmona, dans les «Coffres du trésor» d'Oran, Jacqueline Guerroudj, condamnée à mort, était également là. Je sortais de la torture, j'étais complètement déboussolée», disait-elle sur sa période passée en prison, subissant la torture."
 

D'Elyette Loup, Lucette Larribère raconte: 

" Un mot sur Elyette Loup :
Avec un sang froid hors du commun, elle avait à deux reprises échappé à son arrestation dans la clandestinité, alors qu’elle travaillait à la rédaction et à la diffusion du journal destiné aux soldats français du Contingent, « La Voix du soldat ». Une première fois, tombée dans une « souricière » établie par les paras chez une camarade qu’elle était chargée de contacter, elle avait à les convaincre qu’elle était « hors course ». Ensuite, rentrant un soir dans sa planque, elle avait senti devant sa porte une odeur de cigarette. Or aucun des camarades avec lesquels elle travaillait ne fumait. Elle avait déguerpi. Mais elle avait finalement été arrêtée par hasard par un des paras qu’elle avait bernés et qui passait dans un camion devant l’arrêt de bus où elle attendait. Elle avait été torturée sauvagement dans la sinistre villa Susini, sans jamais dire un seul mot et sans même révéler son identité. Elle m’a raconté récemment qu’au moment où l’un de ses tortionnaires l’avait transportée à l’infirmerie après les séances de tortures, elle lui avait dit : « Vous êtes un beau garçon, mais vous êtes méchant ». « Mais figure-toi » , a-t-elle ajouté en riant, « il a rougi ! ».
Condamnée à trois ans de prison, elle avait été transférée en France comme nombre de militantes et militants jugés. Puis elle avait été relâchée et assignée à résidence. Elle avait aussitôt demandé à revenir en Algérie pour y poursuivre, dans la clandestinité, son combat pour l’indépendance. Lucien Hanoun en avait fait autant. Et tous deux avaient retraversé la Méditerranée, avec l’aide des communistes français.
Après tant d’années, je demeure toujours émerveillée devant une telle détermination. Après avoir frôlé la mort et enduré tant de souffrances, aurais-je eu, moi aussi, le courage de me replonger dan l’enfer d’Alger ?

Quand j’avais regagné Alger en juillet 1945, j’avais fait connaissance de sa mère, Madame Loup, qui avait recueilli chez elle certains des députés communistes français qui avaient été déportés et internés dans le Sud algérien par le pouvoir de Vichy. Propriétaire de 50 hectares dans la région de Birtouta, dans le Mitidja, elle était haïe par les colons des environs car elle payait honnêtement les ouvriers agricoles qui travaillaient sur ses terres et leur avait construit de véritables habitations en dur qui contrastaient avec les infâmes gourbis environnants. Atteinte d’un cancer, elle était morte rapidement et elle avait été enterrée dans le cimetière musulman situé à proximité."

Elle vit les ratonnades, attentats et exécutions de l'OAS avec angoisse dans un appartement clandestin avec Bachir Hadj Ali rue de Lyon à Belcourt (Belouizdad aujourd'hui), la rue où Albert Camus a passé toute sa jeunesse à Alger: 

Quant à André Moine, son responsable dans la clandestinité, il écrit d'Elyette Loup: 

"Eliette (sic), âgée de 22-23 ans, habillée très modestement, avait un visage expressif et très changeant suivant les pensées qui l'animaient: tantôt il paraissait anguleux, sévère, rude même, tantôt il se montrait plutôt rond, rieur, espiègle. On voyait même tout de suite qu'Eliette ne savait pas cacher ses sentiments et que la franchise était un trait de son caractère. Elle était la fille de colons de la Mitidja qui avaient su l'élever sans que le poison raciste ne la déforme". 

Elyette peut dire en 1956 selon André Moine: "Moi, c'est le Parti qui m'a fait comprendre la vie, qui m'a donné l'amour national pour l'Algérie, ou plutôt non, qui me l'a révélé, qui lui a donné, pour moi, sa signification... Je n'ai pas des siècles de traditions algériennes avec moi... Mais l'Algérie, c'est mon pays. J'ai été en France. Je n'y étais pas chez moi. Là-bas, j'avais la nostalgie du pays. Tiens, les hauts-plateaux! Ce n'est pas ce qu'on appelle beau. Et bien, c'est à eux que je pensais. Cette immensité plate, plate... et puis, tout à coup, un djebel noir dans le ciel bleu... ça c'est à moi, c'est l'Algérie, c'est mon pays. Et Alger, poursuivait Eliette en s'animant, tu crois qu'on peut se détacher de ses rues, de... je ne sais pas... de son allure, de sa vie? Le sirocco, c'est dur, et je l'ai souvent maudit. Et bien il me semble que lui aussi il fait partie de mon existence. Je l'ai senti depuis que je suis née, alors... tu comprends... si je ne l'ai plus, il me manque. Et la jeunesse d'Algérie? Quelle belle jeunesse! Comment ne pas l'aimer? Alors tu vois, je suis algérienne, moi aussi, et je ne peux rien être d'autre. La patrie? Je veux en gagner une, moi aussi. Grâce au Parti, j'ai appris aussi l'histoire de l'Algérie, son passé, les luttes de son peuple, je me suis rendu compte, encore mieux, des terribles méfaits du colonialisme; moi aussi je souffre et je rage de voir ces exploiteurs colonialistes piller les richesses matérielles et étouffer les richesses humaines... je rêve de la voir libre... et alors, demain, quelle ardeur aurons nous pour la rendre riche et belle, et respectée. On y a bien droit, non? " 

Elyette Loup en 1956, citée par André Moine de mémoire, Ma guerre d'Algérie, éditions sociales, 1979

Elyette est incarcérée le 12 avril au quartier des femmes de la prison Barberousse (Serkadji) ; elle y reste deux ans au milieu des combattantes du FLN et du PCA.

Avec elle, dans le même dortoir, il y a Louisette Ighilahriz, violée et torturée par les paras, arrivant à Serkaji-Barberousse en décembre 57, Blanche Moine, Jacqueline Guerroudj, Fatima Baichi, Fatima Slimani, la future poétesse et militante et institutrice communiste Anna Greki (Colette Gregoire). 

Eliette Loup raconte son détention à Barberousse, citée par Abderrahmane Djelfaoui (Anna Greki. Les mots d'amour, les mots de guerre. Casbah éditions, 2016): 

"(...) Je n'avais pas l'habitude de vivre en collectivité, je ne suis pas réellement courageuse (...) J'essayais de m'adapter, je prends ce qu'il y a de plus positif et je suis contente. Toutes les sœurs faisaient le ramadan, sauf moi, je me mettais avec celles qui avaient leurs règles et qui de ce fait ne pouvaient pas jeûner, pour manger avec elles (...)" 

Au procès du PCA, pour avoir imprimé le journal La Voix du soldat en novembre 1958, elle est condamnée à trois ans de prison. André Moine est condamné à 5 ans de prison (sa femme vient d'être condamnée à 10 ans de travaux forcés), Lucien Hanoun à 4 ans, Lucie Coscas à 2 ans, Roger Perles, 3 ans, Mahmoud Merdaci, 18 mois, A.Gerson, 18 mois. 

Emprisonnée à Maison-Carrée (El Harrach), elle est transférée ensuite à la prison des Baumettes à Marseille. La remise de peine décidée par le général de Gaulle la conduit en résidence surveillée à Rennes.

Avec de faux papiers, le PCA la fait embarquer sur un bateau pour le retour en Algérie. Elle reprend le travail clandestin de secrétariat des textes de la direction du PCA qui a ses caches, et des tracts et de journaux recto-verso, à Alger puis à Oran. C’est à Oran qu’elle fait la connaissance de Sadek Hadjéres qui, avec Bachir Hadj Ali, dirige le PCA interdit. « On ne se marie pas car le PCA ne donne pas la permission. On doit se consacrer entièrement au Parti ». Ils se marient après l’indépendance en 1962 ; Elyette Loup a pris la nationalité algérienne.

Sadek Hadjerès est à la direction du parti de l’Avant-garde socialiste (PAGS) qui est toléré sous Ben Bella.

Dans son retour en arrière trente ans après, Elyette Loup dit encore : « Lorsque mon mari militait, il était toujours absent, nous avons vécu trois ans ensemble… J’ai couru après lui pour faire mes enfants ». Après Ali et Samia nés en ces années, le couple adopte une orpheline de cinq ans, Touria, juste avant le coup d’État militaire de juin 1965. Sadek Hadjéres est arrêté, torturé, puis quitte l’Algérie. Il ne revient à Alger que lorsque le PAGS est autorisé en 1989, accompagné de sa nouvelle compagne, une communiste grecque. Le divorce suit. Elyette Loup demeure à Alger. « Pour moi, mon pays est l’Algérie ».

Eliette (ou Elyette) Loup est décédée à Toulon le 28 octobre 2023.

Sources: 

- Article de René Galissot dans le Maitron: https://maitron.fr/loup-elyette-dictionnaire-algerie/, notice LOUP Elyette [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 2 mai 2014, dernière modification le 18 juin 2024.

- https://histoirecoloniale.net/eliette-loup-1934-2023combattante-communiste-pcade-lindependance-algerienne/

- Henri Alleg: Mémoire algérienne (Stock, 2005)
- La Guerre d'Algérie. sous la direction de Henri Alleg. Editions Temps Actuels, 1981
- André Moine: Ma guerre d'Algérie (Éditions sociales, 1979)
- Lucette Larribère Hadj Ali: Itinéraire d'une militante algérienne (Éditions du Tell, 2011)
-Abderrahmane Djelfaoui Anna Greki. Les mots d'amour, les mots de guerre. Casbah éditions, 2016
 
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Gisèle Halimi à propos de l'exécution de Fernand Iveton dans "Le lait de l'oranger", ses mémoires de 1988

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15 août 2025 5 15 /08 /août /2025 07:36
Histoires d'Algérie - Connaissez-vous Raymonde Peschard, militante communiste algérienne tuée au maquis avec des camarades de l'ALN le 29 novembre 1957?
Connaissez-vous Raymonde Peschard, au maquis surnommée "Taous", "le paon", en raison de sa beauté ?
 
Née en septembre 1927 dans le quartier de Sainte-Eugène (Bologhine), à Alger, adoptée à la mort de sa mère par son oncle Édouard, cheminot communiste à Constantine, assistante sociale de la compagnie de gaz et d'électricité, militante communiste algérienne, d'abord à Constantine où elle travaille, manifestants tout son dévouement pour les pauvres et les malades de Constantine.
 
Willian Sportisse, alors militant et dirigeant communiste à Constantine, se souvient de la manifestation du 1er mai 1952 à Constantine, au moment où les militants communistes algériens, agitant des banderoles et pancartes contre la guerre d'Indochine, témoignent aussi de leur solidarité avec le mouvement indépendantiste tunisien et marocain: 
 
"Je me souviens notamment que Raymonde Peschard avait été jetée dans un fourgon, parce qu'elle avait été au combat contre les CRS, au premier rang. A l'époque, Raymonde travaillait à la caisse des œuvres sociales d’Électricité et gaz d'Algérie (EGA), qui était un service autonome par rapport à l'administration; de ce fait, elle connaissait très bien toutes les familles des travailleurs, des Algériens qui travaillaient dans des conditions très pénibles. Elle a eu une vie militante très active, aux JC, à l'UJDA, à l'Union des Femmes Algériennes, dans les syndicats et au Parti. A la veille de 1954, elle a eu un début de tuberculose et elle a été obligée de venir en France pour se soigner. Pendant ce temps, ils l'ont interdite de séjour à Constantine, et lorsqu'elle est revenue en Algérie, elle est partie pour Oran travailler aux œuvres sociales de l'EGA. Là-bas, d'après le témoignage de Roger Simongiovanni, elle lui a fait part de son souhait de gagner un maquis, et Roger l'a mise en contact avec Bouali Taleb, membre du comité central du PCA, qui mourra dans la région de Tenès dans des circonstances non-élucidées. Finalement, elle n'a rejoint le maquis que plus tard, lorsqu'elle était recherchée, soupçonnée d'avoir remis à Fernand Iveton la bombe qu'il a posée dans son usine à Alger" (William Sportisse, "Parcours d'un communiste algérien". Editions El Ijtihad Alger, Entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani, p.182)  
 
Le PCA est interdit en septembre 1955. En juillet 1955, il avait décidé de participer à la révolution pour l'indépendance algérienne, mais avec sa propre organisation. 
 
Arrêté le 13 novembre 1956, Fernand Iveton est condamné à mort le 25 novembre. 
 
Raymonde Peschard meurt au maquis avec l'ALN le 26 novembre 1957, exécutée par des soldats français avec 10 compagnons d'armes, en combattant contre la répression et le racisme du système colonial, pour l'indépendance de l'Algérie avec ses camarades du parti communiste algérien qui ont intégré l'ALN.
 
" Traquée par la police et les parachutistes, notre camarade Raymonde Peschard est morte au combat. Elle a versé son sang généreux pour l'indépendance de sa patrie qu'elle aimait tant. Venue très jeune à notre parti, parce que sensible aux souffrances de son peuple, elle haïssait le racisme et l'oppression colonialiste. Patriote algérienne, elle avait pu rejoindre le maquis, après avoir été poursuivie par les parachutistes de Massu. Son souvenir restera vivant dans le cœur des Algériens et des Algériennes. De nouveaux combattants et combattantes se lèveront pour poursuivre son combat héroïque afin de réaliser son désir le plus cher, la liberté de son peuple" (William Sportisse, Le Patriote, décembre 1957).
 
Depuis plusieurs mois, elle était une ennemie publique pour les Paras et la presse colonialiste, soupçonnée à tort d'avoir remis sa bombe à Fernand Iveton le 14 février 1956 à la centrale de gaz et d'électricité du quartier du Hamma, où elle travaille comme assistante sociale, et aussi d’être la poseuse de la bombe du Milk Bar de la rue d’Isly le 30 septembre 1956, et de la Cafétéria, activement recherchée.
 
Raymonde Peschard est alors, selon André Moine (Ma Guerre d'Algérie, éditions sociales), un des dirigeant du Parti communiste algérien clandestin, aidée par les sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique à Alger, Colette et Jeannette, qui l'aident à planquer des ronéos. 
 
Elle sera également hébergée par le professeur Malan, ami du professeur Mandouze, pendant sa traque. 
 
Raymonde Peschard rejoint les maquis de l’ALN après l'arrestation d'Iveton (celui-ci avait affirmé sous la torture qu'une blonde lui avait remis la bombe, pour protéger Jacqueline Guerroudj, qui était brune, et les autorités coloniales avaient fait le rapprochement avec Raymonde Peschard, sa collègue et camarade) après s’être réfugiée au couvent des Sœurs Blanches à Birmandreis, ensuite au couvent des Clarisses à Saint-Eugène et enfin chez Colette Grégoire (l'institutrice et poétesse communiste Anna Greki de son nom de plume) à la villa du boulevard Bru, grâce à sa camarade Nelly Forget, contactée par l’infatigable militante Chafika Benmosbah, sur conseil de l’abbé Barthez de la paroisse de Hussein Dey.
 
À l’aube du 26 novembre 1957, son groupe, dirigé par Mustapha Laliam, est accroché et encerclé non loin de Medjana, territoire militaire dépendant de la ville garnison de Bordj-Bou-Arriredj, dans l’est du pays, par l’armée française. Ligotée, couchée, la tête contre le sol, elle aurait reçue une balle dans la nuque sous l'ordre du colonel Buis, selon le témoignage d'un historien cité par Alger Républicain.
 
Engagée dans l’action politique auprès des plus humbles dès que sa conscience s’éveilla, grâce à un oncle Édouard. Un communiste cheminot à Constantine qui l’avait adoptée à la mort de sa mère et l’avait aidée à acquérir une formation d’assistante sociale et de femme militante.
Raymonde avait une relation particulière avec la ville de Constantine, qui l’avait adoptée. C’était l’époque où elle travaillait comme assistante sociale à l’ex-Société Electricité et gaz d’Algérie (EGA).
 
Dans les années 40, fréquentant communistes et nationalistes de Constantine, Raymonde se fait rapidement remarquer par les autorités coloniales de Constantine qui ne tardent pas à la déclarer persona non grata dans la ville. C'est ainsi qu'elle réintègre Alger, sa ville natale, où grâce encore à une complicité communiste, elle trouve à s'employer au sein de l'EGA. Elle reprend son action et se retrouve aux côtés de celui qui devient bientôt un héros martyr de la cause algérienne : le communiste Fernand Iveton ( le premier et seul européen guillotiné de la Guerre d'Algérie, guillotiné le 11 février 1957 dans la cours de la prison Barberousse d'Alger) avec lequel elle entre au FLN en 1956.
 
En novembre, à la suite de l'arrestation de Fernand Iveton, la presse coloniale diffuse sa photo sous le titre : "La femme blonde qui a remis la bombe à Iveton est identifiée", Peschard se fond dans la clandestinité et monte en avril 1957 au maquis dans la wilaya III, où elle avait servi comme infirmière dans le service médical, sous le nom de Taous. Elle est accompagnée de Danielle Minne, la fille de Jacqueline Guerroudj, et Nefissa Hamoud, et soigne aussi bien les maquisards que les populations algériennes musulmanes. 
 
Le 26 novembre elle est tuée au nord de Bordj-Menaïel dans la Mejdana, tandis que Danielle Minne est arrêtée. 
 
Elle devait rejoindre les troupes de l'ALN en Tunisie avec un groupe de quatre médecins pour renforcer l'équipe médicale.
 
Dans son édition du 29 novembre 1957, la Dépêche de Constantine a rapporté que la nouvelle de sa mort a été tenue secrète jusqu’à son identification officielle par les experts grâce à ses empreintes digitales. L’opération qualifiée de grand événement pour l’armée française a été célébrée par de nombreux médias. Ces derniers n’ont pas manqué de rappeler le parcours atypique de Raymonde Peschard.
 
Elle repose au cimetière de Constantine, aux côtés de son oncle paternel Edouard qui l'avait recueillie à la mort de sa mère. Elle lui doit son éducation politique et l'idéal de justice sociale qui anima sa jeune vie et détermina son engagement. En hommage à cette femme exceptionnelle, une grande artère de Constantine porte son nom.
 
Colette, Anna Greki, lui rend hommage dans un long poème qu’elle lui dédie, intitulé "Les nuits le jour" :
 
Je parle des nuits car il n’existe qu’un jour C’est celui-là qui fut frappé dans sa montée
D’une balle en plein front en plein cœur d’un combat Sur les hautes plaines du Nord Constantinois
C’est celui-là qui va retomber en éclats Briseurs de nuits roides – et les ensoleiller J’oublie les nuits mais il n’existe qu’un jour. »
 
ARCHIVES du Journal Le Monde:
 
Le corps de Raymonde Peschard a été découvert parmi des cadavres de rebelles
Le 29 novembre 1957,
Alger, 28 novembre. - Une note remise à la presse ce matin par le gouvernement général d'Alger, a annoncé que le corps de la militante communiste Raymonde Peschard avait été découvert parmi des rebelles décimés le 26 novembre dans un engagement près de Mediana, au Nord-est de Bordj-Bou-Arreridj, dans le Constantinois.
Voici l'analyse de cette note transmise par l'A.F.P. :
" Le 26 novembre, une opération éclair sur renseignements était menée par le lieutenant-colonel Sagalbe, commandant le quartier nord du secteur Hodna-Ouest avec la participation des unités de secteurs et comprenant des éléments du 49e bataillon de tirailleurs algériens, de l'escadron de gendarmerie mobile, des unités du 8e régiment de spahis algériens.
" Un groupe rebelle était repéré à quelques kilomètres au nord-ouest de Médiana ; après un engagement de courte durée une douzaine de hors-la-loi émergeaient des rochers et levaient les bras après avoir jeté leurs armes (3 pistolets mitrailleurs, 1 M.A.S. 36, 3 pistolets automatiques, 1 fusil de chasse). La surprise des fantassins fut grande lorsqu'ils virent arriver dans le groupe trois femmes : Danièle Minne, âgée de dix-sept ans, qui le 30 septembre 1956 et le 20 janvier 1957 était impliquée dans l'affaire des bombes du Milk-Bar et de l'Automatic ; Nefissa Hamouda, doctoresse, et Louise Attouche, infirmière. Raymonde Peschard, militante du P.C.A., dont le cadavre fut découvert quelques minutes plus tard, se trouvait également parmi les rebelles.
" Dans le groupe se trouvaient aussi le docteur Meziane Mustapha, responsable sanitaire de la willaya 3, deux commissaires politiques, dont l'un devait succomber des suites de ses blessures, et quelques infirmiers. "
[Loin de " faire un sort définitif à toutes les hypothèses répandues ces derniers mois par une certaine presse ", comme le dit également la note du gouvernement d'Alger, la nouvelle de la découverte du corps de Raymonde Peschard à l'issue d'un accrochage contribue à rendre plus obscure encore une affaire qui l'était déjà à plus d'un titre.
Tenue longtemps pour avoir été l'auteur de l'attentat commis au Milk-Bar d'Alger, Raymonde Peschard était considérée comme étant en fuite. Son cas fut évoqué en juillet dernier au " procès des libéraux ", certains des inculpés étant accusés de l'avoir hébergée.
À cette occasion le procureur déclara, après l'Écho d'Alger, que la militante communiste bénéficiait d'un non-lieu posthume. C'était la disculper, mais aussi laisser entendre que, arrêtée ou non, Raymonde Peschard était morte, ce qui avait permis effectivement certaines interprétations.
Le fait que son cadavre soit aujourd'hui retrouvé prouverait, ou bien qu'arrêtée elle s'est évadée, ou bien qu'après les accusations dont elle était l'objet elle a rejoint un maquis, où elle demeurait depuis lors. Cela n'explique pas qu'un magistrat ait parlé à son sujet de non-lieu " posthume ".]
Le Monde
Histoires d'Algérie - Connaissez-vous Raymonde Peschard, militante communiste algérienne tuée au maquis avec des camarades de l'ALN le 29 novembre 1957?
ARCHIVES du Journal Le Monde:
 
Le corps de Raymonde Peschard a été découvert parmi des cadavres de rebelles
Le 29 novembre 1957,
Alger, 28 novembre. - Une note remise à la presse ce matin par le gouvernement général d'Alger, a annoncé que le corps de la militante communiste Raymonde Peschard avait été découvert parmi des rebelles décimés le 26 novembre dans un engagement près de Mediana, au Nord-est de Bordj-Bou-Arreridj, dans le Constantinois.
Voici l'analyse de cette note transmise par l'A.F.P. :
" Le 26 novembre, une opération éclair sur renseignements était menée par le lieutenant-colonel Sagalbe, commandant le quartier nord du secteur Hodna-Ouest avec la participation des unités de secteurs et comprenant des éléments du 49e bataillon de tirailleurs algériens, de l'escadron de gendarmerie mobile, des unités du 8e régiment de spahis algériens.
" Un groupe rebelle était repéré à quelques kilomètres au nord-ouest de Médiana ; après un engagement de courte durée une douzaine de hors-la-loi émergeaient des rochers et levaient les bras après avoir jeté leurs armes (3 pistolets mitrailleurs, 1 M.A.S. 36, 3 pistolets automatiques, 1 fusil de chasse). La surprise des fantassins fut grande lorsqu'ils virent arriver dans le groupe trois femmes : Danièle Minne, âgée de dix-sept ans, qui le 30 septembre 1956 et le 20 janvier 1957 était impliquée dans l'affaire des bombes du Milk-Bar et de l'Automatic ; Nefissa Hamouda, doctoresse, et Louise Attouche, infirmière. Raymonde Peschard, militante du P.C.A., dont le cadavre fut découvert quelques minutes plus tard, se trouvait également parmi les rebelles.
" Dans le groupe se trouvaient aussi le docteur Meziane Mustapha, responsable sanitaire de la willaya 3, deux commissaires politiques, dont l'un devait succomber des suites de ses blessures, et quelques infirmiers. "
[Loin de " faire un sort définitif à toutes les hypothèses répandues ces derniers mois par une certaine presse ", comme le dit également la note du gouvernement d'Alger, la nouvelle de la découverte du corps de Raymonde Peschard à l'issue d'un accrochage contribue à rendre plus obscure encore une affaire qui l'était déjà à plus d'un titre.
Tenue longtemps pour avoir été l'auteur de l'attentat commis au Milk-Bar d'Alger, Raymonde Peschard était considérée comme étant en fuite. Son cas fut évoqué en juillet dernier au " procès des libéraux ", certains des inculpés étant accusés de l'avoir hébergée.
À cette occasion le procureur déclara, après l'Écho d'Alger, que la militante communiste bénéficiait d'un non-lieu posthume. C'était la disculper, mais aussi laisser entendre que, arrêtée ou non, Raymonde Peschard était morte, ce qui avait permis effectivement certaines interprétations.
Le fait que son cadavre soit aujourd'hui retrouvé prouverait, ou bien qu'arrêtée elle s'est évadée, ou bien qu'après les accusations dont elle était l'objet elle a rejoint un maquis, où elle demeurait depuis lors. Cela n'explique pas qu'un magistrat ait parlé à son sujet de non-lieu " posthume ".]
Le Monde
Histoires d'Algérie - Connaissez-vous Raymonde Peschard, militante communiste algérienne tuée au maquis avec des camarades de l'ALN le 29 novembre 1957?
Histoires d'Algérie - Connaissez-vous Raymonde Peschard, militante communiste algérienne tuée au maquis avec des camarades de l'ALN le 29 novembre 1957?
Raymonde Peschard - Photo de Une, 22 mars 1957: document dans le volume 2 de "La Guerre d'Algérie. Sous la direction de Henri Alleg. Des promesses de Paix à la guerre ouverte". p. 472 (édition Temps Actuels)

Raymonde Peschard - Photo de Une, 22 mars 1957: document dans le volume 2 de "La Guerre d'Algérie. Sous la direction de Henri Alleg. Des promesses de Paix à la guerre ouverte". p. 472 (édition Temps Actuels)

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D'une guerre civile à l'autre... - La guerre civile en France (1858-1962) par l'historien américain Grey Anderson (La Fabrique, 2018)

Gisèle Halimi à propos de l'exécution de Fernand Iveton dans "Le lait de l'oranger", ses mémoires de 1988

Histoires d'Algérie - Connaissez-vous Raymonde Peschard, militante communiste algérienne tuée au maquis avec des camarades de l'ALN le 29 novembre 1957?

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14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 08:02
Yoko Tsuno incarne un archétype rare dans la BD franco-belge. © Creative commons

Yoko Tsuno incarne un archétype rare dans la BD franco-belge. © Creative commons

« Je me lève avec Yoko, je m’endors avec Yoko. » À 91 ans, Roger Leloup continue de vivre au quotidien avec sa « fille de papier », qu’il a créée il y a cinquante-six ans. Auparavant, le dessinateur louait son crayonné au père de la BD européenne pour illustrer d’objets techniques les Tintin ou les décors architecturaux des albums Alix de Jacques Martin. Lorsque l’assistant demande en 1969 à Hergé de lui « redonner sa liberté » pour créer ses propres histoires, Georges Remi (de son vrai nom) lui assure qu’il ne lui a « jamais prise ». Mais il ne peut s’empêcher d’ajouter : « Faites attention, une femme dans la BD, ça n’a jamais marché. » Les 31 albums de Yoko Tsuno, électronicienne le démentent chaque jour.

Paru tout d’abord dans le journal Spirou, le personnage de Yoko détonne. Sur les 50 pages du magazine, la place est largement occupée par des héros masculins (Lucky Luke, Boule et Bill, Gaston Lagaffe…), excepté Natacha l’hôtesse de l’air hypersexualisée. Yoko, elle, ne minaude pas, ne porte jamais de décolleté plongeant ni de talons hauts, mais plutôt des combinaisons fermées jusqu’au cou. Elle manie les puces électroniques puis l’informatique avec brio et sait reconnaître un accélérateur de particules quand elle tombe dessus par hasard.

L’électronicienne tire à l’arc, maîtrise les arts martiaux et sait répliquer de manière cinglante à une remarque sexiste. Ces traits de caractère ont séduit toute une génération de gamines nées dans les années 1970-1980, que l’héroïne sino-japonaise a beaucoup marquées. Dès la parution de la première histoire, dans laquelle Yoko partage la vedette avec deux acolytes masculins, son personnage est plébiscité par les lecteurs. « Ça a tout bousculé », s’en amuse aujourd’hui Roger Leloup.

Loin des clichés genrés, une héroïne célibataire et scientifique, non sexualisée

« Ma première histoire avait un ton comique, un peu caricatural. Un courrier m’a fait changer de style, et j’ai stabilisé mon dessin vers le 7e album. Je n’ai jamais eu une approche sexuelle de Yoko. C’était comme une amie avec qui j’aurais aimé discuter, que je respectais. Et d’ailleurs on me parle souvent d’elle comme si elle existait ! »

Élevée par sa mère et ses tantes, alors que son père est prisonnier de guerre, Roger Leloup a voulu créer une sœur, une complice. Yoko partage ses passions de geek : l’auteur possède plusieurs titres de champions de modélisme, son héroïne pilote des avions, des fusées, une machine à remonter le temps. Inconsciemment, le scénariste s’attaque à l’un des plus gros clichés de l’éducation, dont les biais genrés empêchent de nombreuses filles de rêver à des carrières scientifiques. Aujourd’hui encore, elles ne représentent que 28 % des étudiants en sciences fondamentales et leurs applications.

Yoko Tsuno manie le laser, étudie le sang synthétique, recrée des typhons artificiellement. L’aventurière parcourt la planète et l’espace, sans esprit colonialiste de conquête, plus courageuse que ses deux confrères et copains, prudents ou pleutres. Elle mène la danse, décide, impose : un modèle féministe qui n’a pas d’équivalent à l’époque dans la bande dessinée franco-belge. Sans pour autant s’attribuer des caractéristiques virilistes.

Une autre représentation de la figure héroïque

« Elle maîtrise l’autodéfense, l’aïkido, qui est un art qui utilise la force de l’adversaire », insiste son créateur. Jamais dominante, empathique, toujours prête à accueillir l’ex-ennemi dans son camp, cette protagoniste propose une autre représentation de la figure héroïque. Elle ne regarde pas les victimes de haut, lie des liens quasi familiaux avec des aliens et des androïdes, sans hiérarchie de valeur. L’auteur développera d’ailleurs plus amplement son caractère et ses origines dans un roman l’Écume de l’aube (Casterman, 1991).

Jamais cantonnée à un rôle strictement féminin, Yoko deviendra mère d’adoption fortuitement, au bout du seizième album, sans pour autant se retrouver derrière les fourneaux ou entamer une romance mièvre. Rien n’altère sa passion pour les périples audacieux. Les injonctions classiques à la sexualité sont ici ignorées.

« Lui dire au revoir, mais pourquoi ? » s’étonne Roger Leloup quand on le lui demande alors qu’il travaille à un trente-deuxième opus édité fidèlement chez Dupuis. « Elle marche bien ! Ce n’est pas une question d’argent, mais elle m’a apporté un nom dans la BD. J’ai travaillé quinze ans chez Hergé, qui a fait Tintin. Moi c’est Yoko. Tant que le lecteur la réclame… Dans le prochain album, je détricote l’histoire de l’intelligence artificielle… » Tant que celle-ci ne s’empare pas de notre super-héroïne…

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14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 07:15
Des travailleurs indiens en Israël pour combler les postes des Palestiniens tués : comment New Delhi sacrifie sa population pour solidifier sa relation avec Tel-Aviv

Le gouvernement indien a assumé, début juillet, maintenir son partenariat économique avec Israël, malgré le génocide en cours à Gaza. Ce sont ainsi près de 20 000 travailleurs indiens, précarisés dans leur propre pays, qui sont partis sur place depuis novembre 2023, pour combler les postes laissés vides par des ouvriers palestiniens morts ou écartés des chantiers et du secteur de la santé.

L’Inde et Israël ont construit, au fil des dernières décennies, une alliance industrielle et idéologique – entre libéralisme et islamophobie – que le génocide en cours dans le bande de Gaza n’a nullement remis en cause. Tous deux nés sur les décombres de l’empire colonial britannique, les deux nations maintiennent divers partenariats économiques et diplomatiques.

Plusieurs milliers d’étudiants indiens s’inscrivent dans des universités israéliennes, tandis que New Delhi se fournit en drones militaires auprès de Tel-Aviv, comme l’ont illustré les attaques menées par l’Inde contre l’armée pakistanaise, en mai 2025. Lors d’une séance de questions entre le Parlement et les membres du gouvernement, le 7 août dernier, le ministre des Affaires extérieures indien, Shri Kirti Vardhan Singh, a assumé que New Delhi profitait de la disparition du peuple palestinien.

Près de 20 000 travailleurs indiens en Israël

Le ministre a ainsi annoncé, en réponse à une question posée par le député John Brittas, que près de 20 000 travailleurs indiens sont partis en Israël entre novembre 2023 et juillet 2025. Rien que sur ce dernier mois, 6 774 ressortissants ont investi le secteur de la construction et de la santé à la demande de Tel-Aviv.

« En outre, selon les informations disponibles, environ 7 000 ressortissants indiens ont été recrutés comme aides-soignants et environ 6 400 recrutés dans le secteur de la construction par des canaux privés, a ajouté Shri Kirti Vardhan Singh. Parmi eux, environ 220 travailleurs indiens sont retournés en Inde, principalement en raison de l’inadéquation des compétences et des barrières linguistiques. »

Ce flux de travailleurs entre les deux puissances alliées symbolise ainsi comment l’Inde n’a jamais cessé de soutenir Israël, malgré les crimes de guerre, la colonisation, la famine et le génocide perpétrés au sein des territoires palestiniens, de la bande de Gaza à la Cisjordanie. Pire, le gouvernement dirigé par Narendra Modi participe à l’effacement du peuple palestinien. Les travailleurs indiens viennent ainsi combler la main-d’œuvre palestinienne manquante, disparue suite à des mois de massacre et de persécutions.

 

Tel-Aviv a notamment annulé plus de 70 000 permis de travail accordés à des Palestiniens à partir d’octobre 2023, entraînant une pénurie de main-d’œuvre précaire dans plusieurs secteurs en tension. « Face à cette pénurie, l’Association israélienne des constructeurs a exhorté son gouvernement, en novembre 2023, à recruter des travailleurs indiens », résume le média Middle East eye. C’est ainsi que les négociations, entamées dès 2022, pour mettre en place un accord-cadre bilatéral, permettant aux ressortissants indiens d’accéder à Israël par le biais d’une migration réglementée, ont été rapidement conclues.

130 000 Palestiniens étaient employés en Israël

Le puissant Conseil central des syndicats indiens (AICCTU) avait pourtant mis en garde, dès novembre 2023, contre une possible intensification des départs de travailleurs vers Israël. L’organisation syndicale avait aussi fustigé le processus colonial en cours dans les territoires palestiniens, condamnant les victimes à devoir quémander du travail auprès de leurs bourreaux pour survivre.

« L’occupation coloniale de la Palestine a décimé son économie, provoquant des niveaux élevés de pauvreté et de chômage, et a rendu les Palestiniens dépendants d’Israël pour l’emploi, rappelait alors l’AICCTU dans un communiqué. Bien que les chiffres aient fluctué au fil du temps, en moyenne 130 000 Palestiniens étaient employés en Israël, le secteur de la construction représentant la plus grande part des travailleurs palestiniens, ces derniers représentant près de 65 à 70 % de la main-d’œuvre totale. »

Malgré cette alerte, la situation économique en Inde pousse des travailleurs en quête d’un meilleur salaire à accepter ces départs. L’Inde reste, après tout, le pays le plus inégalitaire au monde, alors que 5 % de la population possède 70 % des richesses. « Actuellement, la moyenne des salaires en Inde est seulement de 5 000 à 7 000 roupies (50 à 70 euros) par mois », fustigeait ainsi Rajiv Dimri, secrétaire général de l’AICCTU, à l’occasion d’un entretien publié dans nos colonnes le 8 juillet dernier.

La centrale syndicale avait alors réussi à rassembler près de 100 millions de manifestants, le 9 juillet dernier, pour protester contre la réforme du Code du travail soutenue par le gouvernement Modi. « Les travailleurs les considèrent comme des “codes de l’esclavage” au profit des grandes entreprises, résumait Rajiv Dimri. S’ils passent, les droits les plus fondamentaux de la classe ouvrière seront jetés à la poubelle, comme ceux de se rassembler, de se syndiquer, ou d’être reconnus, pour les nombreux travailleurs informels. »

« Une complicité de l’Inde avec la guerre génocidaire menée par Israël »

La confirmation de ce partenariat entre Tel-Aviv et New Delhi symbolise donc « à quel point l’Inde a déshumanisé et marchandisé les travailleurs », regrette l’AICCTU, au profit d’une politique autoritaire et libérale. De plus, rappelle la centrale syndicale, « une telle mesure constituerait une complicité de l’Inde avec la guerre génocidaire menée par Israël contre les Palestiniens et aurait naturellement des conséquences néfastes pour les travailleurs indiens de toute la région ».

Loin de s’en inquiéter outre mesure, le ministère des Affaires extérieures assume mettre en danger les travailleurs indiens. « Pendant le conflit en cours, un ouvrier agricole indien a été tué lors d’une attaque depuis le Liban en mars 2024, trois ressortissants indiens ont été blessés, l’un par des tirs de roquettes depuis Gaza le 7 octobre 2023 et deux autres lors d’une attaque depuis le Liban, aussi en mars 2024 », a énuméré Shri Kirti Vardhan Singh… sans pour autant remettre en question ce système qui signe l’arrêt de mort du peuple palestinien et la précarisation perpétuelle des travailleurs indiens sur l’autel du capitalisme.

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14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 06:00
« Débloque ta préf' » : l’outil de mobilisation pour le droit au séjour lancé par la députée communiste Elsa Faucillon - Gaël de Santis, L'Humanité, 3 août 2025
« Débloque ta préf' » : l’outil de mobilisation pour le droit au séjour lancé par la députée communiste Elsa Faucillon

Pétition, rassemblements : dès septembre, la députée communiste Elsa Faucillon et d’autres parlementaires lanceront la campagne « Débloque ta préf' » pour rendre visibles et dénoncer les entraves mises au droit au séjour, face au climat politique anti-immigrés.

Gaël De Santis 3 août 2025 

Pourquoi avoir lancé la campagne « Débloque ta préf’ » ?

Elsa Faucillon

Députée PCF des Hauts-de-Seine

Alors qu’elles ont fait toutes les démarches à temps, de nombreuses personnes se retrouvent sans titre de séjour ou sans renouvellement de leur titre de séjour. En circonscription, nous sommes sollicités, interpellés en permanence. Du fait des retards en préfecture, ces personnes étrangères perdent parfois leur travail ou la possibilité d’en avoir un. Il arrive que faute de titre de séjour, elles n’accèdent pas au logement social qui leur avait été attribué. Parfois, elles perdent des prestations sociales, ne peuvent plus faire valoir certains droits.

Et souvent, il s’agit de personnes très insérées dans la société française. En discutant avec d’autres députés, j’ai vu que ce n’était pas un problème spécifique aux Hauts-de-Seine : c’est un problème global, mais renforcé dans les préfectures où il y a beaucoup de demandes au service des étrangers. Devant ce constat, avec d’autres, je me suis dit qu’il y avait besoin d’un outil de mobilisation pour les personnes concernées. Avec la dématérialisation des demandes et des renouvellements de titres de séjour, les personnes concernées sont invisibilisées. Le but de la campagne est de montrer les effets que cela produit dans la vie quotidienne.

D’où vient le problème : des politiques d’austérité ou des politiques anti-immigrés ?

Les deux. François Bayrou annonce une attaque en règle contre les services publics, avec le non-remplacement d’un tiers des départs en retraite. Il y a bien eu des augmentations d’effectifs dans les services des étrangers, mais insuffisantes. Les problèmes sont connus mais les moyens ne suivent pas. La procédure administration numérique pour les étrangers en France (Anef) est faite pour que les gens s’y perdent, elle démontre une volonté politique d’entrave à l’accès au séjour. La loi immigration comme la circulaire Retailleau témoignent d’un climat anti-immigrés plus général.

 

La circulaire Retailleau pose-t-elle un problème ?

Oui. La loi immigration est censée primer sur cette circulaire. Et alors qu’on pouvait penser que la partie du texte de loi sur les métiers en tension aurait pu créer quelques régularisations supplémentaires par le travail, c’est la circulaire, dans son versant le plus restrictif, qui prime. Les admissions exceptionnelles au séjour sont d’une grande exceptionnalité.

Quels outils cette campagne met-elle à disposition des personnes concernées ?

Dès à présent, une pétition pour pouvoir signer, partager autour de soi et témoigner est en ligne. Il faut qu’on se rende compte de ce que cela fait peser sur la vie des personnes, mais aussi de leur famille. Car, on l’ignore, c’est souvent une affaire de famille. Face aux démarches administratives dématérialisées, je suis souvent sollicitée par un enfant, un voisin. Le récit doit rendre visible certaines exigences. Il faut un meilleur accueil physique en préfecture. Cela demande des moyens.

Et nous demandons que les personnes se voient délivrer un document permettant de montrer qu’elles sont en règle, qu’elles ont fait les démarches dans les temps impartis. Cela passe soit par un récépissé, soit par une attestation provisoire d’instruction. La pétition sera remise au ministère de l’Intérieur fin septembre. La dématérialisation fait qu’on ne voit plus de files interminables devant les préfectures. Pourtant, elles existent bel et bien. Il y a besoin de les matérialiser. À la rentrée, il y aura des initiatives devant les préfectures.

Vous intervenez beaucoup auprès des préfectures. À quel type de réactions faites-vous face ?

J’agis essentiellement pour des situations particulières. Je vois bien qu’il n’y a pas d’hostilité aux renouvellements de titre : quand il y a un risque de perte de travail ou de droits, les fonctionnaires s’attachent à régler la question au plus vite. Dans les services des étrangers, personne ne raconte que tout se passe bien, que les moyens sont à la hauteur. Ils se battent pour avoir davantage de personnel.

Comme dans d’autres services publics, il y a beaucoup de vacataires. Cela entraîne un turn-over important, alors que la complexité du droit des étrangers plaiderait pour que les personnels restent dans la durée afin de se former. En revanche, le discours tenu, c’est que cela va s’arranger. Mais cela ne s’arrange pas, cela empire. On nous dit que les procédures Anef 2.0 vont améliorer les choses. Alors que nous demandons une alternative humaine à la dématérialisation, on nous parle de la mise en place d’une procédure dématérialisée appuyée par l’intelligence artificielle.

 

« J’ai perdu plusieurs contrats de travail » : comment la dématérialisation des demandes de titre de séjour transforme des étrangers en situation régulière en sans-papiers

Mise en place en 2020, la plateforme Anef, censée moderniser la gestion des titres de séjour pour les étrangers en France, accumule les dysfonctionnements. Perte d’emploi, de prestations sociales… Les conséquences sont dramatiques.

Nadège Dubessay Émilien Urbach

Dès l’entrée, les photos s’étalent sur le mur qui donne sur le salon, à côté d’un grand mandala peint par Carole. Des morceaux de vie épinglés défilent : vacances au pays, mariage, naissance de Camille… « Tu veux boire un thé ? » Le sourire de Lomnath masque à peine des traits tirés, signe de longues nuits passées à cogiter.

La bonne nouvelle tant attendue vient tout juste de tomber, ce matin, alors qu’il ouvrait la page du site de l’administration numérique pour les étrangers en France (Anef) – un rituel quotidien. « Regarde ! » dit-il en montrant le bout de papier imprimé : une « attestation de décision favorable » pour une demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sans papiers pendant deux mois à cause des retards administratifs

En clair, un précieux document qui lui rouvre ses droits, en attendant sa carte de séjour, valable deux ans. Voilà deux mois que le musicien indien, marié depuis six ans à Carole avec qui il a eu la petite Camille, 4 ans, était sans papiers à cause des retards de la préfecture.

Son dernier titre de séjour « vie privée et familiale », d’une durée de deux ans, avait expiré en octobre. S’en est suivi un récépissé de trois mois. Puis un autre. Puis plus rien. Lomnath se marre, amer. Depuis huit ans qu’il vit en France, il ne compte plus les récépissés, les « attestations de prolongation », qu’il a accumulés.

Il était déjà resté trois mois sans papiers, faute d’avoir reçu à temps un énième récépissé de la préfecture en attendant un titre de séjour. « J’ai perdu plusieurs contrats de travail, en France et à l’étranger. Je n’ai pas pu aller voir ma mère, très malade, en Inde. »

Il grimace : « Fait chier tout ça ! » Sa demande d’une résidence de dix ans lui a été refusée, à cause de son français : pas au niveau, selon les critères de plus en plus sévères du ministère de l’Intérieur. « Il faut savoir l’écrire, soupire Carole. En Inde, ce n’est pas le même alphabet. C’est très dur. »

Une administration dématérialisée et des droits invisibilisés

Les six cents heures de français, imposées par l’office de l’immigration pour la délivrance de son premier visa, lui ont permis d’obtenir la certification de niveau A1. C’est le A2 qui est demandé pour une résidence de dix ans (dès janvier 2026, ce sera le B1, encore plus exigeant).

Mais comment suivre des cours de français quand on travaille ? À moins de prendre des cours particuliers, hors de prix… Carole raconte le stress, les tensions dans le couple provoquées par une administration défaillante, complètement dématérialisée, aux démarches complexes et répétitives : « Parfois, on te demande certains documents alors que tu les as déjà envoyés trois ou quatre fois, et on te lance un ultimatum : dernière relance après clôture du dossier. Et tu n’as personne en préfecture, aucun interlocuteur, pour expliquer ta situation. »

Plusieurs fois, en panique, ils ont dû faire appel au maire de leur commune du Val-d’Oise afin qu’il intervienne auprès de la préfecture. Le regard vide, Carole se tourne vers Lomnath : « Franchement, je ne sais pas comment il fait. Moi, j’aurais lâché l’affaire depuis longtemps. »

La Défenseure des droits Claire Hédon tire la sonnette d’alarme

Déployée depuis 2020 – d’abord pour les étudiants puis, en 2023, pour l’ensemble des étrangers –, la dématérialisation totale des demandes de titres de séjour, via la plateforme Anef, devait faciliter leur accès aux droits, selon les promesses du ministère de l’Intérieur.

Le « choc de simplification », dixit la Place Beauvau, se traduit par un choc tout court, violent. Impossibilité d’ajouter des pièces jointes, de modifier ses coordonnées ou son mot de passe, de joindre la préfecture, retards chroniques pour l’obtention du titre de séjour qui se transforment – au mieux – en réception de récépissés à répétition…

En décembre 2024, la Défenseure des droits, Claire Hédon, dénonçait les « atteintes massives aux droits » provoquées par cette dématérialisation. Entre 2020 et 2024, l’autorité administrative indépendante a enregistré une augmentation de 400 % du nombre de réclamations en matière de droits des étrangers.

« Dans l’immense majorité, ce sont les titres de séjour et leur renouvellement qui plongent les étrangers dans des situations dramatiques », explique l’institution, qui note que, parmi les personnes touchées, « un nombre croissant correspond à des étrangers en situation régulière, parfois depuis de très longues années et, pour certains, titulaires de titres de séjour pérennes comme des cartes de résidents de dix ans ».

Menacée d’expulsion malgré six ans de travail en France

Stéphane Maugendre, vice-président du Syndicat des avocats de France, le confirme : depuis la dématérialisation, « il n’y a pas un seul exemple sans difficultés, retard ou un traitement complètement aberrant des situations ». Darcilène ne le sait que trop bien. Elle a quitté le Brésil pour Nice en 2019, d’abord avec un visa étudiant. Depuis six ans, cette mère de trois enfants travaille en Ehpad comme assistante de vie.

« Mon titre de séjour expire demain, souffle-t-elle. Mon employeur m’a prévenue : il ne pourra pas me garder. La CAF m’a déjà retiré mes aides, 616 euros. Comment je vais faire pour payer un loyer de 950 euros ? » La jeune femme, qui maîtrise parfaitement le français, a envoyé son certificat B1 en préfecture. Toujours pas de réponse. Le regroupement familial avec son mari brésilien lui a été refusé.

« J’essaie de rester calme, pour ne pas transmettre mon stress à mes enfants. Mais je ne me sens pas bien », soupire-t-elle avant de lâcher : « Le gouvernement veut dégager les étrangers. Moi, je tiens bon grâce à mes enfants. Mais je me dis que, tout ça, c’est calculé. »

Stéphane Maugendre abonde : « Il n’y a aucune volonté de résoudre le problème. Même nous, spécialistes, nous avons du mal à nous y retrouver dans les procédures. Nous savons que les préfectures ont classé sans suite un nombre incalculable de dossiers. Certains étrangers peuvent ainsi se retrouver avec une obligation de quitter le territoire (OQTF). Cela va avoir l’effet escompté par le gouvernement : ils finiront par dire « on s’en va ». »

Un simple déménagement devient un parcours du combattant

Claire Hédon a voulu peser de son influence pour que la dématérialisation soit accompagnée. En vain : « On a réduit les effectifs dans les préfectures », constate-t-elle.

« Lorsque nous sommes allés à la permanence du défenseur des droits de notre département, on nous a rétorqué qu’il fallait être dans une situation catastrophique pour que ça bouge, et encore », se désole Sabrina.

Avec Ivan, son mari cubain, ils sont arrivés en France en 2023, après avoir vécu sept ans à La Havane et mis au monde leur fille, Ivanna. Tout avait plutôt bien commencé. Elle trouve rapidement un boulot dans le tourisme.

Lui décroche une formation en alternance dans la climatisation, grâce à Pôle emploi. Jusqu’au jour où ils ont le malheur de déménager dans un autre département de la région parisienne.

« Le dossier d’Ivan n’a pas suivi, raconte Sabrina. Il n’est toujours pas traité. La plateforme indique « défaut de service ». En attendant, Ivan accumule les récépissés et s’est déjà retrouvé sans papiers. Son employeur l’a pris deux fois en CDD, mais, sans titre de séjour, il n’a pas pu le garder. »

Les dizaines de mails envoyés en préfecture subissent tous le même sort : une réponse automatique. Sabrina ne décolère pas : « Ivan aurait pu avoir un CDI. Son boss était prêt à l’embaucher. Sans Ivanna, je pense que nous aurions quitté la France. »

Les ravages de la précarité administrative

Brice, lui, en est à son… huitième récépissé. En 2017, il part de la Côte d’Ivoire avec un visa d’affaires. Toute sa famille réside en France depuis longtemps, tous ont eu la naturalisation. Il décide de rester avec eux. Père d’une petite fille de 3 ans, il fait une demande de régularisation en tant que parent d’enfant français.

Entre-temps, il se forme à l’informatique et trouve un travail bien payé. Son employeur intervient plusieurs fois en préfecture : « Mais, avec des récépissés de trois mois, il a été obligé de me licencier. » Aujourd’hui, à 38 ans, Brice vit chez ses parents.

Sans travail, sans aucun droit, il ne peut prétendre à un logement HLM ni même au chômage. « J’ai été bénévole dans un tas d’associations, y a pas plus intégré que moi », s’exclame celui qui avoue avoir pensé au suicide. « Je n’en peux plus de cette précarité. »

Il semble bien que toutes ces situations, ces vies malmenées ne troublent pas le ministère de l’Intérieur. Au contraire. À partir de janvier 2026, l’obtention des titres de séjour sera soumise à une plus grande maîtrise de la langue française via un examen. La plupart des cours obligatoires de français seront… dématérialisés.

 

La CGT reçue Place Beauvau

Début juillet, le collectif Droits des travailleurs migrants de la CGT a rencontré le ministre de l’Intérieur : « Nous avons insisté sur nos revendications, explique Gérard Ré, secrétaire confédéral du syndicat.

Lorsqu’un travailleur fait une demande de renouvellement, il devrait pouvoir continuer à travailler avec un récépissé. » Aujourd’hui, sans preuve du dépôt de dossier, les travailleurs risquent suspension ou licenciement. « Par ailleurs, les travailleurs avec un titre de séjour “salarié” dépendent totalement des employeurs, qui doivent demander des autorisations de travail mais ne le font pas toujours, ajoute-t-il. Si le travailleur ne peut pas présenter cette autorisation lors de sa demande de renouvellement, son dossier peut être bloqué. » Et il risque la rupture de droits.

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14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 06:00
Budget : plutôt que de taxer les ultra-riches, l’exécutif s'attaque encore aux chômeurs et aux précaires (Léa Darnay, L'Humanité, 10 août 2025)

En plein cœur de l’été, le premier ministre lance une nouvelle offensive contre les droits des demandeurs d’emploi. Les syndicats dénoncent un plan d’austérité déguisé ciblant une fois de plus les plus précaires.

Léa Darnay, L'Humanité, 10 août 2025 

Les privés d’emploi sont devenus le bouc émissaire favori du gouvernement. Dans une lettre de cadrage adressée ce vendredi 1er août aux « partenaires sociaux », le premier ministre exige que syndicats et patronat trouvent, d’ici au 15 novembre, entre 2 et 2,5 milliards d’euros d’économies annuelles dès 2026. Objectif final : atteindre au moins 4 milliards par an à partir de 2030, pour « participer à l’effort budgétaire ».

L’intersyndicale (CGT, FO, CFDT, CFE-CGC, CFTC), dans un courrier commun, dénonce une « attaque en règle » dépourvue de « justification légale » et « stigmatisant les demandeurs d’emploi ». Elle déplore « une volonté explicite de revenir sur soixante-dix ans de luttes et d’acquis sociaux, au moyen de nombreuses contrevérités », notamment concernant les prévisions sur la dégradation de la trajectoire budgétaire de l’assurance-chômage, selon elle « faussées, comme le montraient celles de l’Unédic, de la Banque de France ou de la Commission européenne ».

« Un plan d’économie violent »

Pour justifier ce tour de vis, le chef du gouvernement invoque la nécessité d’être « plus nombreux à travailler » et compare la France à ses voisins européens, accusant le pays d’offrir des indemnités « trop généreuses ». Dans ce sens, il prévoit un durcissement des règles d’indemnisation après une rupture conventionnelle et la hausse de la durée minimale d’activité qui ouvre des droits à l’indemnisation. Celle-ci avait déjà été rehaussée en 2019, de 4 à 6 mois sur les vingt-quatre derniers mois.

Denis Gravouil (CGT) parle d’« un plan d’économie violent », qui touchera « les plus précaires ». Derrière cette énième offensive se profile une orientation politique claire : faire payer aux privés d’emploi une part croissante de l’austérité, sous prétexte d’un « retour rapide à l’emploi » qui s’apparente surtout à une pression accrue pour accepter n’importe quel poste, à n’importe quel salaire.

Ce nouvel assaut survient alors qu’une convention austéritaire est en vigueur depuis avril 2025, que la CGT et la CFE-CGC avaient refusé de signer. Les syndicats fustigent la « précipitation du gouvernement », d’autant plus qu’« une commission d’enquête sénatoriale vient de révéler le maquis des dispositifs permettant de transférer 211 milliards d’argent public vers les entreprises, sans évaluation sérieuse de leur efficacité et, pour certains, sans contrôle ni condition » de leur affectation.

 

Dans cette missive, François Bayrou annonce également vouloir « porter en projet de loi de finances pour 2026 une mesure de suppression du caractère férié de deux jours, le lundi de Pâques et le 8 mai », pour les salariés du public comme du privé. Il invite les syndicats à ouvrir les négociations dès le 1er septembre et à les conclure « au plus tard le 30 septembre ».

En cas d’échec des négociations, l’exécutif menace de reprendre la main et d’imposer ses règles, comme l’avait tenté Gabriel Attal en 2024 avant la suspension de son projet. FO a déjà appelé à la mobilisation et à la grève, avec un préavis couvrant du 1er septembre au 30 novembre. Alors que la pétition contre le budget Bayrou a déjà recueilli plus de 300 000 signatures, une réunion intersyndicale début septembre doit décider des suites à donner.

 

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 09:09
Photo L'Humanité : https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/deces/lucette-larribere-hadj-ali-militante-anticolonialiste

Photo L'Humanité : https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/deces/lucette-larribere-hadj-ali-militante-anticolonialiste

Histoires d'Algérie - Lucette Larribère Hadj Ali, itinéraire d'une militante algérienne communiste et anticolonialiste
Lucette Larribère Hadj Ali, militante communiste et anticolonialiste algérienne (1920-2014)

Dans la série du Chiffon Rouge "Histoires d'Algérie" 

Lire aussi: Histoires d'Algérie: L'histoire d'un poème anticolonialiste de 1952 de Kateb Yacine: Le fourgon cellulaire

Mariée au poète et secrétaire général du Parti communiste algérien Bachir Hadj Ali, Lucette Safia Larribère 
s’est battue toute sa vie pour les causes émancipatrices : indépendance de l’Algérie, libération des femmes…

Elle avait de qui tenir.

Elle est la nièce de Camille Larribère, médecin, agent de liaison entre la Résistance française et le général Giraud pendant la guerre, militant anticolonial et communiste ayant participé à un Congrès de l'Internationale communiste avant guerre, après avoir refusé, ancien officier de la première guerre mondiale, de combattre dans la guerre du Rif contre les révoltés d'Abd-el-Krim contre la domination coloniale, et la fille du docteur Jean-Marie Larribère, gynécologue et propriétaire de la clinique que la mémoire collective des Oranais‐e‐s retient encore comme la « clinique Larribère ».

Le père de Lucette et de ses quatre sœurs, le docteur Jean-Marie Larribère, "médecin des pauvres", "haï des gros colons racistes et fascisants" de l'Oranie, selon Henri Alleg (Mémoire algérienne, Stock, 2005) engagé de la première heure pour l’indépendance de l’Algérie, fut un pionnier de l’accouchement sans douleur à Oran, suivant l'inspiration du professeur Lamaze qui l'importa d'URSS à la clinique des Bleuets à Paris en 1950-1951. 

Bien qu’il en ait fait don aux services de santé de la ville peu après l’indépendance.

Lucette est née à Oran en 1920, elle y passe toute son enfance et une partie de sa jeunesse. Son père, très autoritaire, l'initie aussi bien que ses sœurs au marxisme, au matérialisme historique, et l'antiracisme et au refus de l'antisémitisme, très présent en Algérie dans le milieu des Européens d'Algérie, notamment pendant la période de Vichy. Son grand-père est également un partisan du Front populaire. 

Elle s'installe à Alger au début des années 1940, effectuant des études de Lettres et fréquentant "la pension pour étudiantes du boulevard Saint-Saëns que tenaient de vieilles demoiselles américaines, protestantes et rigoristes" (Henri Alleg, opus cité) avec Gilberte. 

C'est en 1942 que Lucette Larribère rencontre Henri Alleg, et grâce à elle, son amie Gilberte, fille d'une commerçante veuve de Mostaganem, d'origine juive, et exclue à ce titre de son établissement universitaire en application des lois antisémites de discrimination raciale de Vichy, "jeune fille brune et vive, distinguée, qui parlait l'accent habituel pied noir" (Henri Alleg) devient la compagne d'Henri Alleg. Elle travaille à partir de 1943 pour le journal communiste du PCA (Parti communiste algérien) "Liberté"  sous la direction d'Henriette Neveu. Elle raconte dans ces mémoires Itinéraire d'une militante algérienne:

"A l'époque, "Liberté" jouissait d'une grande popularité aussi bien dans la population européenne que dans la population algérienne. Tout en appelant à l'effort de guerre et à l'épuration des partisans de Pétain dans l'administration, il dénonçait avec force telle ou telle exaction ou gabegie de l'administration coloniale, ainsi que la corruption généralisée qui provoquait de graves pénuries alimentaires. Nous recevions chaque jour quantité de lettres signalant ces abus, et, à la rédaction, nous étions chargés d'en vérifier l'exactitude, ce qui n'était pas chose facile. (...) "Liberté" effectua, entre autres, des reportages poignants sur la terrible famine qui sévissait dans le pays, en particulier dans le Constantinois, en soulignant la situation épouvantable des paysans qui subissaient en outre une répression forcenée. En s'élevant régulièrement contre l'exploitation, la misère généralisée que vivaient les Algériens le journal se plaçait résolument en dénonciateur du système colonial lui-même".    

A partir de 1945, Lucette Larribère, alors mariée à Robert Manaranche, s'occupe de "Femmes d'Algérie", le mensuel de l'organisation féminine "L'Union des femmes d'Algérie" (UFA), qui écrit sur la misère des femmes algériennes dans les bidonvilles, l'exploitation des jeunes filles algériennes dans les fabriques de tapis, la non représentativité des élections dans le système colonial où les voix "musulmanes" n'ont pas la même valeur que les voix des "français" d'Algérie. A l'union des femmes, elle travaille sous la direction des communistes Alice Sportisse, puis Lise Oculi, qui meurt du typhus en 1946. 

A Oran, Lucette fait partie en 1949 des organisatrices de la grève des dockers contre la guerre d'Indochine, avec Abassia Fodil, Gaby Gimenez, Joséphine Carmona, et d'autres militantes.

Histoires d'Algérie - La militante du PCA Gaby Gimenez, arrêtée et torturée par Vichy puis pendant la guerre d'Algérie

A 5h du matin elles descendent sur les piquets de grève et font barrage aux "jaunes" comme aux policiers et CRS qui les chargent. Elle milite aussi pour l'inscription des petits Algériens "musulmans" à l'école publique et pour les droits des travailleuses algériennes, notamment les femmes de ménage, avec son amie Blanche Moine, la femme d'André Moine, et une des dirigeantes de la CGT, avec laquelle travaillera aussi Annick Castel pendant la guerre d'Algérie avant son arrestation. 

A partir de 1952, Lucette travaille dans l'équipe de jour d'"Alger Républicain" dans ses locaux du boulevard Laferrière (aujourd'hui le boulevard Khemisti) aux côtés d'Henri Alleg, Jacques Salort, Boualem Khalfa, Isaac Nahori, et Hamid Benzine. Elle reçoit la direction de l'équipe de jour. 

Le Parti communiste algérien est dissout le 20 septembre 1955 et ses militants persécutés, comme les journalistes d'Alger Républicain. 

Pendant que Lucette et ses sœurs Aline, Pauline et Suzanne étaient traquées ou emprisonnées par le pouvoir colonial pour leur engagement, son père Jean‐Marie Larribère, militant progressiste connu à Oran soignait les Algériens les plus démunis. Arrêté par les parachutistes français pour avoir essayé de rejoindre l’A.L.N, il ne cessait d’organiser des réseaux clandestins où beaucoup de jeunes oranais activaient, malgré les menaces de mort proférées à son encontre et le plasticage de sa clinique par l’O.A.S. Dans les moments les plus difficiles que les Oranais‐e‐s, privé‐e‐s des soins les plus élémentaires ont connus, il n’hésita pas à rejoindre le dispensaire Bendaoud érigé en hôpital par le F.L.N pour se mettre au service de la population à laquelle lui et les siens appartenaient et appartiendront pour toujours. A l’indépendance du pays, après avoir rejoint l’exécutif provisoire à Rocher noir (Boumerdès), il revient à Oran où il dirige le service de maternité du C.H.U.O.

En 1955, Lucette rejoint les premiers noyaux des combattants de la libération, créés par le Parti communiste algérien sous la direction de Sadek Hadjérès, Jacques Salort, Bachir Hadj Ali, son futur mari. 

Algérienne d’origine européenne, l'engagement de Lucette est total, comme agent de liaison avec la résistance anticolonialiste, à Oran, via ses sœurs Paulette et Aline Larribère. Elle apprend de son mari Robert Manaranche que la police est venue l'arrêter chez elle pour l'expulser en France. C'est alors qu'elle rentre complètement dans la clandestinité, séparée de ses enfants, Pierre, 10 ans, et Jean, 4 ans à l'époque, en septembre 1956. 

Elle est accueillie chez un chrétien progressiste, Pierre Mathieu, tandis que Bachir Hadj Ali est accueilli par un prêtre, l'abbé Moreau, avec l'accord du cardinal Duval.  

Robert Manaranche, le premier mari de Mme Larribère Hadj Ali, militant communiste lui aussi, engagé dans la lutte clandestine du PCA interdit, avait été arrêté en 1957, emprisonné pendant trois ans, puis expulsé vers la France.

Elle côtoie Bachir Hadj Ali dans des appartements d'emprunts, comme son oncle Camille Larribère, et Sadek Hadjérès, futur dirigeant du PCA et du PAGS, tous quatre dans la clandestinité, attendant de faux papiers venus de la RDA.  Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjérès assurent la direction du Parti communiste clandestin, en liaison avec le FLN, avec lequel ils combattent l'occupation coloniale.

Ils écrivent leur journal "El Houriya" qui paraît régulièrement en même temps que "Réalités algériennes et marxisme". Lucette tape les textes et code la correspondance des chefs du PCA en tant qu'agente de liaison du parti communiste algérien, notamment dans la relation avec l'Internationale communiste, et les exilés du parti communiste algérien dans les Démocraties populaires d'Europe de l'Est, et avec le PCF qui apporte une aide précieuse au PCA sur le plan financier, organise l'évasion de Henri Alleg (de la prison de Rennes), avec la contribution précieuse d'Albert Ouzoulias, l'ancien chef de la résistance jeunesse communiste pendant la guerre, des Bataillons de la Jeunesse, et de Boualem Khalfa (de la prison de Caen). Elle rencontrera son correspondant du Parti communiste français à l'occasion de la fête de l'Humanité de septembre 1962, après l'Indépendance. 

Ses camarades de clandestinité sont Christian Buono, le beau-frère de Maurice Audin, torturé et exécuté par les paras, Lucien Hanoun et Elyette Loup, qui vivent dans un studio rue Abbé de l'Epée, à l'arrière de l'université d'Alger. 

D'Elyette Loup, Lucette Larribère raconte: 

" Un mot sur Elyette Loup :
Avec un sang froid hors du commun, elle avait à deux reprises échappé à son arrestation dans la clandestinité, alors qu’elle travaillait à la rédaction et à la diffusion du journal destiné aux soldats français du Contingent, « La Voix du soldat ». Une première fois, tombée dans une « souricière » établie par les paras chez une camarade qu’elle était chargée de contacter, elle avait à les convaincre qu’elle était « hors course ». Ensuite, rentrant un soir dans sa planque, elle avait senti devant sa porte une odeur de cigarette. Or aucun des camarades avec lesquels elle travaillait ne fumait. Elle avait déguerpi. Mais elle avait finalement été arrêtée par hasard par un des paras qu’elle avait bernés et qui passait dans un camion devant l’arrêt de bus où elle attendait. Elle avait été torturée sauvagement dans la sinistre villa Susini, sans jamais dire un seul mot et sans même révéler son identité. Elle m’a raconté récemment qu’au moment où l’un de ses tortionnaires l’avait transportée à l’infirmerie après les séances de tortures, elle lui avait dit : « Vous êtes un beau garçon, mais vous êtes méchant ». « Mais figure-toi » , a-t-elle ajouté en riant, « il a rougi ! ».
Condamnée à trois ans de prison, elle avait été transférée en France comme nombre de militantes et militants jugés. Puis elle avait été relâchée et assignée à résidence. Elle avait aussitôt demandé à revenir en Algérie pour y poursuivre, dans la clandestinité, son combat pour l’indépendance. Lucien Hanoun en avait fait autant. Et tous deux avaient retraversé la Méditerranée, avec l’aide des communistes français.
Après tant d’années, je demeure toujours émerveillée devant une telle détermination. Après avoir frôlé la mort et enduré tant de souffrances, aurais-je eu, moi aussi, le courage de me replonger dan l’enfer d’Alger ?

Quand j’avais regagné Alger en juillet 1945, j’avais fait connaissance de sa mère, Madame Loup, qui avait recueilli chez elle certains des députés communistes français qui avaient été déportés et internés dans le Sud algérien par le pouvoir de Vichy. Propriétaire de 50 hectares dans la région de Birtouta, dans le Mitidja, elle était haïe par les colons des environs car elle payait honnêtement les ouvriers agricoles qui travaillaient sur ses terres et leur avait construit de véritables habitations en dur qui contrastaient avec les infâmes gourbis environnants. Atteinte d’un cancer, elle était morte rapidement et elle avait été enterrée dans le cimetière musulman situé à proximité."

Elle vit les ratonnades, attentats et exécutions de l'OAS avec angoisse dans un appartement clandestin avec Bachir Hadj Ali rue de Lyon à Belcourt (Belouizdad aujourd'hui), la rue où Albert Camus a passé toute sa jeunesse à Alger: 

 

Installés rue Lafayette, nous correspondions avec Sadek Hadjerès, par des lettres postées en empruntant un vocabulaire économique.
Mais un jour, une de ses lettres ne nous est pas parvenue ; nous avons aussitôt quitté la rue Lafayette pour nous réfugier chez lui, au début de la rue de Lyon (rue Belouizdad aujourd’hui). Et le lendemain, le cœur battant, je suis retournée rue Lafayette pour déménager le reste de nos affaires et annuler notre location. Le propriétaire était aimable. Rien ne s’était donc produit.
Les deux dirigeants du parti risquant d’être arrêtés ensemble, nous avons alors, Bachir et moi, déménagé encore pour nous retrouver dans un immeuble du boulevard Bougara (qui abrite aujourd’hui la Caisse nationale de retraite). J’avais loué cet appartement, au 4ème étage, à sa propriétaire connue pour son appartenance à la bourgeoisie algérienne. C’est là que, bouleversés, nous avons entendu, soir après soir, les manifestations qui rassemblaient les habitants de Belcourt criant à pleins poumons : « Djazaïr djezaïria » « Algérie algérienne ».
La pluie n’arrêtait pas de tomber. Et comme la pluie, les manifestations ne cessaient pas de se former et de s’amplifier, dans tous les quartiers périphériques d’Alger et au cœur historique de la cité, jour après jour.

C’est u cours de ces journées fantastiques, c’est au cœur même de la ville insurgée que certains des « Chants pour le onze décembre » de Bachir Hadj Ali ont vu le jour.

Ainsi « Pluie » :

« Il pleuvait sur la rue noire
Il pleuvait suer les voiles blancs
Il pleuvait sur les casernes sombres
Il pleuvait sur la mer grise

………………………

Autant de fois que la pluie
A cessé et décessé »

Et sans cesse, comme u chant d’allégresse, s’élevaient les youyous poussés par les femmes, portant haut le message de liberté et de victoire prochaine. La nuit, au cœur de la cité éveillée, ils retentissaient encore, parfois affaiblis par la distance ou étouffés par la pluie, exaspérants et menaçants pour l’ennemi auquel ils venaient rappeler que le peuple algérien était en matche et que rien ni personne ne pourrait désormais lui ravir son avenir de liberté.
C’est ainsi que bascula l’histoire, en ces jours de décembre 1960.

Comment décrire la joie immense, l’enthousiasme qui nous ont saisis avec l’Algérie toute entière, au moment où le gouvernement français entamait enfin des pourparlers avec le FLN et que se profilaient la fin d’une guerre abominable et notre indépendance !

Après le 19 mars et l’amnistie qui s’’en était suivie, j’étais enfin libérée du stress qui me tenaillait depuis tant d’années.
Certes, en reconnaissant l’indépendance de l’Algérie, l’armée française avait mis fin aux combats et à la répression sanglante qu’elle avait déchaînés contre notre peuple. Mais l’OAS s’était développée considérablement et multipliait les assassinats, les « ratonnades », comme elle les appelait alors.
Mon fils Jean m’a raconté plus tard, que se rendant à l’école à Oran, il devait chaque jour, enjamber ou contourner des ruisseaux de sang. À Alger, on ne rencontrait plus guère d’Algériens dans le centre-ville. La plupart d’entre eux avaient abandonné leur travail et s’étaient réfugiés dans leurs quartiers.

Un jour, me trouvant à la fenêtre, j’ai été témoin d’une scène épouvantable : un Algérien avait garé sa voiture en bas de l’immeuble, dans une station d’essence abandonnée de ses serveurs et commençait à remplir son réservoir. Mais il fut abattu par deux militants de l’OAS qui l’avaient certainement suivi de près.
Les autorités françaises s’étant finalement résolues à combattre l’OAS, les CRS encerclaient les immeubles l’un après l’autre, rassemblaient les Européens qui y vivaient pour les contrôler.
Un soir, Sadek nous annonça que son immeuble était perquisitionné. Après avoir été contrôlé, il fut libéré quelques jours plus tard grâce à sa fausse carte d’identité, et nous rejoignit.
Il nous raconta combien les quelques nuits qu’il avait passées là avaient été pénibles. Les Européens ne cessant de se glorifier des crimes qu’ils avaient commis les jours précédents.

Les événements se précipitaient. Quelques jours avant le 5 juillet, du haut de notre 4e étage, c’est avec une vive émotion que nous avons vu les premiers maquisards de la Wilaya IV qui descendaient calmement le boulevard sur le trottoir d’en face et entraient dans Alger : maigres et épuisés dans leurs uniformes délavés et usés, témoins de leurs derniers combats.
En me penchant davantage sur le balcon, j’aperçus, spectacle réjouissant, le policier français qui réglait la circulation au carrefour en bas du boulevard, descendre de son podium et s’enfuir à toutes jambes.

Le 5 juillet, nous nous sommes réunis avec Pierre Mathieu, pour célébrer, au cours d’u bon repas, le premier jour de notre indépendance. Le lendemain, je ne pus rester dans l’appartement. Il fallait que je sorte, que je rejoigne cette foule immense qui hurlait son (notre) allégresse. Journées inoubliables que ces premières journées dans Alger libre !
Je me revois encore, effectuant notre dernier déménagement en compagnie d’u camarade européen, Ferrigno, qui avait été arrêté, torturé et venait d’être libéré quelques semaines plus tôt. Quand nous arrivâmes au Hamma avant de monter sur Hussein-Dey, notre deux-chevaux ne put plus avancer, noyée dans une foule immense qui se rendait vers le centre-ville en hurlant « djezaïr djezaïria ». Nous joignîmes nos voix à celles des autres en tapant sur la voiture. C’est là un instant que je n’oublierai jamais : dans toute cette foule, il ne s’est trouvé personne pour nous soupçonner de simuler cet enthousiasme. Il faut croire que notre joie débordante leur paraissait sincère. Les gens se pressaient contre la voiture, tapant avec nous sur la tôle et nous souriant.

Bien des années plus tard, me remémorant cet enthousiasme délirant, empli de folles espérances, j’ai saisi l’ampleur des désillusions ressenties, dont on peut espérer peut-être qu’un jour elles seront effacées." 

En juillet 62, elle revient à Oran. Son père a été condamné à mort par l'OAS, commandée par le général Jouhaud à Oran. Un tract OAS l'accuse de prélever le sang d'Européennes pour le donner aux Algériennes, lui qui passe son temps à accoucher et soigner gratuitement des femmes européennes pauvres du quartier de "la Calère". Il prend l'habitude de faire ses consultations avec un kalachnikov. En avril, l'OAS lance une attaque contre sa clinique avec des bombes incendiaires et un commando de tueurs. Jean-Marie Larribère réussit à s'enfuir. Il rejoint provisoirement Rocher Noir (Boumerdès) où est installé le Gouverneur français en Algérie, depuis l'insurrection de l'OAS et des officiers putchistes, puis le gouvernement provisoire de l'Algérie indépendante, puis à Oran où il réinstalle sa clinique dans la Médina jdida des quartiers algériens musulmans où il opère et soigne les victimes de l'OAS.  

Lucette épouse en 1963 Bachir Hadj Ali qui, plus tard, est à la tête du PAGS, continuant sans être légalisé le PCA.

Ils habitent une maison, appartenant au PCA, située à Hussein Dey, banlieue à l’est d’Alger. Ils y recueillent les 2 garçons de Bachir.

Les enfants de Lucette viennent y passer les vacances scolaires et vivent en France avec leur père Robert Manarache.

Elle est professeur d’histoire et géographie au lycée El Idrissi à Alger, mais rattrapée par l’arabisation des enseignements, elle est intégrée à une équipe pédagogique, chargée de concevoir les programmes du secondaire, puis elle finit sa carrière comme assistante du Président de l’université.

Le décret lui reconnaissant la nationalité algérienne n’est signé qu’en 1967.

À cette date, elle est dans les affres de la séparation et de l’inquiétude pour Bachir Hadj Ali interné de camp en camp après torture aux lourdes conséquences qu'il racontera dans dans son essai témoignage "L'arbitraire". 

Il a été arrêté en 1965 pour avoir formé avec la gauche du FLN l’opposition clandestine au coup d’État de juin 1965, l’ORP (Organisation de la Résistance populaire).

Gravement affaibli, Bachir Hadj Ali ne retrouve la liberté complète qu’en 1974.

Après sa mort en 1991, Lucette Larribère reste à Alger collaborant bénévolement à la relance d’Alger Républicain. Elle reste à Alger jusqu’à la fin de 1994 quand, menacée par les islamistes, elle se réfugie en France. Quand la situation se normalise, revenue en Algérie, elle milite au sein du Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates.

Elle revient définitivement s’installer en France en 2009 et s’installe dans une résidence pour personnes âgées à La Seyne-sur-Mer.

En 2002, sous le titre Lettres à Lucette, elle veille à la publication, moyennent quelques coupures politiques, des lettres de prison à sa Safia, comme il la nomme, sa très chère épouse et sa vie. On peut y lire aussi les penchants culturels de Lucie Larribère, des rappels d’histoire familiale militante et sa fidélité au communisme.

Elle a risqué sa vie, a été séparée des siens, a perdu des amis sous la torture ou lors des « ratonnades », mais jamais elle ne renonça. Son combat s’est poursuivi inlassablement dans l’Algérie indépendante. Notamment auprès des femmes, pour l’égalité citoyenne et contre les intégrismes. Comme le retrace son ouvrage, publié en 2011, "Itinéraire d’une militante algérienne"(éditions du Tell), Lucette n’aura eu de cesse de militer et de mener son engagement jusqu’au bout pour les causes émancipatrices.

Ceux qui ont eu la chance de la connaître se souviendront aussi sans doute de son humour et de sa ténacité. Et de son sourire.

 

Sources:

Itinéraire d'une militante algérienne, Lucette Larribère Hadj Ali, éditions Tell, 2011: document accessible sur internet: https://www.socialgerie.net/spip.php?article1447#9

https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/deces/lucette-larribere-hadj-ali-militante-anticolonialiste

Mémoire Algérienne, Henri Alleg, Stock 2005

Article de René Galissot dans le Maitron: 

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/larribere-lucie-appelee-lucette-dictionnaire-algerie/, notice LARRIBÈRE Lucie appelée Lucette [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 6 avril 2014, dernière modification le 18 juin 2024.
 
Article du PCF Pyrénées Orientales https://66.pcf.fr/100902
 

 

A lire aussi :

Histoires d'Algérie : Blanche et André Moine, militants communistes du PCA pendant la guerre d'Algérie

La grande aventure d'Alger Républicain, par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa

Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale et les travaux pionniers de Pierre-Jean-Le Foll-Luciani - par Malika Rahal) 

D'une guerre civile à l'autre... - La guerre civile en France (1858-1962) par l'historien américain Grey Anderson (La Fabrique, 2018)

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Histoires d'Algérie - Connaissez-vous Raymonde Peschard, militante communiste algérienne tuée au maquis avec des camarades de l'ALN le 29 novembre 1957?

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Histoire d'Algérie: comment, sortis de leurs bagnes, les députés communistes reprenaient le travail de formation des militants en Algérie pendant la seconde guerre mondiale (Henri Alleg, Mémoire algérienne)

Histoires d'Algérie: Djamila Boupacha, militante FLN défendue par Gisèle Halimi et dont Picasso fit une icône de la lutte des Algériens

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Histoires d'Algérie: Colette Grégoire dite Anna Greki, poétesse, communiste, militante de l'indépendance: l'amour et la rage au cœur 

Histoires d'Algérie - Fernand Iveton: militant communiste algérien décapité pour l'exemple en février 1957

Gisèle Halimi à propos de l'exécution de Fernand Iveton dans "Le lait de l'oranger", ses mémoires de 1988

A Khenchela, les colonialistes ont arrêté un instituteur français à titre d'otage - Marie Perrot, L'Humanité, 11 novembre 1954

Témoignage - L'itinéraire de Michel Tanguy, instituteur morlaisien communiste en Algérie pendant la guerre d'Algérie

Deux destins hors du commun: André Castel et Annick Castel-Pailler : un couple de carantécois dans la tourmente de la guerre d'Algérie.

Histoires d'Algérie - La militante du PCA Gaby Gimenez, arrêtée et torturée par Vichy puis pendant la guerre d'Algérie

Histoires d'Algérie - "Le camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien" (PUR, 2012)

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Histoires d'Algérie: M'hamed Issiakhem, peintre emblématique de l'Algérie indépendante et artiste sympathisant communiste

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 09:02

Henriette Steinberg, secrétaire générale du SPF depuis 2019, mise sur un engagement de plus en plus fort de la jeunesse au sein de son organisation pour répondre aux nouveaux défis auxquels fait face l’humanité.

Le Secours populaire français (SPF), acteur historique de la solidarité en France et dans le monde, continue son action dans un contexte global de plus en plus tendu. Henriette Steinberg, sa secrétaire générale depuis 2019, explique, entre la multiplication des conflits déchirant des populations entières et la montée des discours belliqueux, comment garder le cap de l’aide inconditionnelle et comment transmettre l’esprit de solidarité aux nouvelles générations. Son engagement, aujourd’hui comme hier, se situe à la croisée de l’humanitaire et de la résistance.

Sur le site Internet du SPF, l’article le plus récent est l’interview d’une sage-femme gazaouie, membre de la Palestinian Medical Relief Society (PMRS, Secours médical palestinien). Quand on connaît l’histoire du Secours populaire, issu du Secours rouge international, quel regard portez-vous sur ce qui se passe à Gaza en ce moment ?

Henriette Steinberg

Secrétaire générale du Secours populaire français

C’est une horreur indescriptible. Je connais particulièrement bien les amis du PMRS, car j’ai participé à la création de cette association en 1979 avec son fondateur et un jeune médecin qui était Mustafa Barghouti. Ce dernier est aujourd’hui le président de l’association, une personnalité reconnue bien au-delà des territoires occupés. C’est un médecin extraordinaire qui a consacré sa vie à soutenir les populations palestiniennes. Il vit toujours à Ramallah, en action permanente.

Depuis cette première rencontre au siège du Secours populaire, nous n’avons jamais cessé de soutenir son combat pour la vie, particulièrement en direction des enfants. Chaque information qui nous parvient de cette partie du monde est un nouveau déchirement. Mais, nous faisons aussi le constat que des gens, jour et nuit, portent secours à ceux qui en ont besoin, du nouveau-né à la personne âgée.

Une autre dimension est que les massacreurs d’aujourd’hui devront vivre avec ce qu’ils ont fait. L’histoire de notre propre pays nous l’a appris. Cela les poursuivra, eux, leurs enfants et leurs petits-enfants. Le déchaînement de la haine ne génère que la haine, jusqu’à ce que des gens disent « ça suffit ». Face à toutes ces réalités le Secours populaire appelle évidemment à la solidarité, comme nous l’avons toujours fait.

 

L’histoire du SPF est marquée par l’esprit de ses fondateurs, par la mission que Manoukian a confiée à Julien Laupêtre, par l’espoir qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, on a l’impression d’entrer dans une nouvelle phase. Un conflit mondial semble à nouveau possible. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Pour le SPF, il n’y a qu’une seule réponse : la résistance et la solidarité. Nous savons comment cela se passe, grâce à l’expérience de ceux qui nous ont précédés. On ne peut pas nous raconter n’importe quoi, car notre connaissance n’est pas théorique ; elle vient du terrain, des personnes que nous connaissons. Lorsque nous apprenons que l’un d’eux a été assassiné, c’est une tragédie personnelle, familiale, une tragédie tout court.

Mais l’idée qu’une puissance puisse massacrer un peuple sans aucune conséquence pour ses propres générations est un leurre. Toute l’histoire montre le contraire. Et pourtant, ils recommencent. Alors que faire ? Il faut continuer : continuer d’exprimer la solidarité, de collecter, d’aider, de recevoir.

Au-delà de la question palestinienne, on assiste au niveau mondial à une remise en question de l’idée même d’humanité et du droit international, y compris du droit de la guerre, dont fait partie l’action humanitaire. Même dans le ghetto de Varsovie, des humanitaires parvenaient à entrer…

Mon père, l’historien Lucien Steinberg, était un spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et de l’extermination. J’ai donc baigné dans cette histoire. Des humanitaires entrant dans les camps de concentration, je ne peux pas dire qu’il n’y en a eu aucun, mais on n’y entrait pas comme ça. Ceux qui y parvenaient étaient des résistants, passant par des souterrains. C’était pour apporter l’humanité, mais ce n’était pas de l’humanitaire au sens où on l’entend aujourd’hui. On ne peut pas calquer ce qui se passait dans le ghetto de Varsovie sur l’action humanitaire actuelle. Ça n’enlève rien à son utilité, mais il s’agit d’autre chose. La Secours populaire est plus proche de la résistance. On ne peut pas laisser abîmer l’homme.

Quel lien faites-vous entre cette action de solidarité, proche de la résistance, et l’action politique ?

Quand on dit « politique » en France, on pense « partis politiques ». Ils existent mais la solidarité n’a pas de frontières idéologiques. Pour moi, la solidarité doit surtout être planétaire. Elle concerne tous les humains sur toute la planète. La démarche du SPF n’est pas, non plus, d’imposer une vision univoque de la solidarité, mais de comprendre celle qui est acceptée et utile pour les personnes que nous rencontrons. On ne vient pas avec un « sac à dos de solidarité » à distribuer. On rencontre les gens, on voit avec eux ce qui leur est indispensable. Notre solidarité s’adapte à leurs besoins, qu’il s’agisse d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle.

Dans votre vie professionnelle, vous avez été libraire. Quelle place donnez-vous à la culture dans cette idée de solidarité ?

C’est essentiel. J’ai été élevée comme ça. La connaissance, la compréhension, la lecture, le regard critique… Ces éléments de culture permettent de comprendre le monde. C’est consubstantiel à notre action. C’est d’autant plus pertinent quand on voit des figures comme Trump s’en prendre aux chercheurs, interdire des ouvrages… Il restera dans l’histoire comme ce qu’il est.

Le Secours populaire soutient d’ailleurs des projets culturels et scolaires aux États-Unis pour des enfants de milieux très pauvres. Quand il y a des incendies à Los Angeles, on ne demande pas qui est au pouvoir. On contacte nos partenaires et on collecte pour les personnes en difficulté.

Historiquement, le SPF a pris des positions claires, pendant les guerres d’Algérie et du Vietnam par exemple. Face aux discours guerriers que l’on entend de plus en plus, aujourd’hui en France, l’action du SPF doit-elle se modifier ?

Nous gardons le cap. Notre position est claire : nous menons une action d’éducation populaire citoyenne. Aux citoyens français, nous disons : « Vous êtes dans un pays où vous avez la chance d’avoir le droit de vote. Allez voter. » Nous ne disons pas pour qui, évidemment. C’est une question de conscience. De la même manière, nous disons à nos amis qui souhaitent exercer des mandats électifs qu’ils sont libres de le faire, mais qu’ils n’engagent pas le Secours populaire.

On pourrait vous répondre que la pauvreté et la guerre résultent de choix politiques. Le SPF ne devrait-il pas dire : « On en a marre d’être la roue de secours, on préférerait ne pas exister » ?

C’est ce que disait Julien Laupêtre ! Il disait qu’il trinquerait avec plaisir à la disparition du SPF, car cela signifierait que les problèmes sont résolus. Il est décédé sans avoir pu le faire. Pour lui, jusqu’au bout, notre démarche a porté du sens. Je partage entièrement sa vision. Le SPF n’a pas pour vocation de résoudre ce qui est d’un autre champ. Il est là pour collecter des moyens de façon indépendante et permettre aux gens de reprendre courage et énergie. Et même si certaines municipalités, par exemple, nous voient d’un mauvais œil, ça ne nous fera pas changer d’orientation. Ceux qui prennent des décisions qui gênent le SPF ont tort, et ils perdront. Aujourd’hui, demain ou après-demain, mais ils perdront.

Vous êtes optimiste…

Ils ne sont pas en train de gagner. Il y a beaucoup d’apparences. Nous, nous continuons d’agir. Prenez la Journée des oubliés des vacances : près de 70 000 enfants qui ne partent pas en vacances vont passer une journée de bonheur au Champ-de-Mars. Ils en repartiront avec des souvenirs incroyables, ils en parleront autour d’eux, ils vont devenir les héros de leurs copains. Nous savons que ce jour de bonheur les aidera à mieux travailler à l’école. Et ça, même des gens qui n’ont pas nos opinions politiques le comprennent et nous soutiennent. Il s’agit simplement de faire humanité.

Le SPF a-t-il les ressources humaines pour continuer ce combat ? Parvient-on à mobiliser les jeunes sur cette « bataille culturelle » ?

Oui, et le mouvement est en progression constante, surtout depuis le Covid. Notre indicateur, c’est le fichier de nos animateurs-collecteurs-bénévoles. Et dans la jeunesse, la progression est fantastique. J’ai été invitée au Festival des solidarités organisé par les jeunes du SPF à Montpellier. En les entendant, j’ai su que le Secours populaire de demain sera encore plus fort.

C’est pour cela que, pour notre prochain congrès, nous avons pris la décision stratégique de demander que les délégations comptent un tiers de membres de moins de 30 ans. Les jeunes sont attirés par le concret de notre action, par ses effets visibles. C’est la force du SPF, l’idée géniale de Julien Laupêtre que j’ai reprise : on peut agir, mais pas seul. On en parle autour de soi, on construit ensemble. Et ça marche.

Pour revenir à Gaza, comment est vécu le blocus, cette action d’un gouvernement contre la solidarité ?

Pour être efficaces, nous avons choisi d’apporter au Secours médical palestinien les moyens dont il a besoin. Ils vivent la guerre, pas nous. Le docteur Barghouti est venu nous voir il y a quelques semaines pour s’assurer de notre présence continue à ses côtés. Nous sommes non seulement de tout cœur avec eux, mais nous menons une collecte permanente pour eux.

On peut nous raconter n’importe quoi, cela ne nous fera pas changer. Et à la question qu’on entend parfois : « Comment faites-vous pour acheminer l’aide ? », si on nous la pose, nous répondrons que nous n’en savons rien. Et ce sera vrai. Le SPF puise ses sources dans la résistance, on n’a pas oublié d’être malin.

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