Mariée au poète et secrétaire général du Parti communiste algérien Bachir Hadj Ali, Lucette Safia Larribère
s’est battue toute sa vie pour les causes émancipatrices : indépendance de l’Algérie, libération des femmes…
Elle avait de qui tenir.
Elle est la nièce de Camille Larribère, médecin, agent de liaison entre la Résistance française et le général Giraud pendant la guerre, militant anticolonial et communiste ayant participé à un Congrès de l'Internationale communiste avant guerre, après avoir refusé, ancien officier de la première guerre mondiale, de combattre dans la guerre du Rif contre les révoltés d'Abd-el-Krim contre la domination coloniale, et la fille du docteur Jean-Marie Larribère, gynécologue et propriétaire de la clinique que la mémoire collective des Oranais‐e‐s retient encore comme la « clinique Larribère ».
Le père de Lucette et de ses quatre sœurs, le docteur Jean-Marie Larribère, "médecin des pauvres", "haï des gros colons racistes et fascisants" de l'Oranie, selon Henri Alleg (Mémoire algérienne, Stock, 2005) engagé de la première heure pour l’indépendance de l’Algérie, fut un pionnier de l’accouchement sans douleur à Oran, suivant l'inspiration du professeur Lamaze qui l'importa d'URSS à la clinique des Bleuets à Paris en 1950-1951.
Bien qu’il en ait fait don aux services de santé de la ville peu après l’indépendance.
Lucette est née à Oran en 1920, elle y passe toute son enfance et une partie de sa jeunesse. Son père, très autoritaire, l'initie aussi bien que ses sœurs au marxisme, au matérialisme historique, et l'antiracisme et au refus de l'antisémitisme, très présent en Algérie dans le milieu des Européens d'Algérie, notamment pendant la période de Vichy. Son grand-père est également un partisan du Front populaire.
Elle s'installe à Alger au début des années 1940, effectuant des études de Lettres et fréquentant "la pension pour étudiantes du boulevard Saint-Saëns que tenaient de vieilles demoiselles américaines, protestantes et rigoristes" (Henri Alleg, opus cité) avec Gilberte.
C'est en 1942 que Lucette Larribère rencontre Henri Alleg, et grâce à elle, son amie Gilberte, fille d'une commerçante veuve de Mostaganem, d'origine juive, et exclue à ce titre de son établissement universitaire en application des lois antisémites de discrimination raciale de Vichy, "jeune fille brune et vive, distinguée, qui parlait l'accent habituel pied noir" (Henri Alleg) devient la compagne d'Henri Alleg. Elle travaille à partir de 1943 pour le journal communiste du PCA (Parti communiste algérien) "Liberté" sous la direction d'Henriette Neveu. Elle raconte dans ces mémoires Itinéraire d'une militante algérienne:
"A l'époque, "Liberté" jouissait d'une grande popularité aussi bien dans la population européenne que dans la population algérienne. Tout en appelant à l'effort de guerre et à l'épuration des partisans de Pétain dans l'administration, il dénonçait avec force telle ou telle exaction ou gabegie de l'administration coloniale, ainsi que la corruption généralisée qui provoquait de graves pénuries alimentaires. Nous recevions chaque jour quantité de lettres signalant ces abus, et, à la rédaction, nous étions chargés d'en vérifier l'exactitude, ce qui n'était pas chose facile. (...) "Liberté" effectua, entre autres, des reportages poignants sur la terrible famine qui sévissait dans le pays, en particulier dans le Constantinois, en soulignant la situation épouvantable des paysans qui subissaient en outre une répression forcenée. En s'élevant régulièrement contre l'exploitation, la misère généralisée que vivaient les Algériens le journal se plaçait résolument en dénonciateur du système colonial lui-même".
A partir de 1945, Lucette Larribère, alors mariée à Robert Manaranche, s'occupe de "Femmes d'Algérie", le mensuel de l'organisation féminine "L'Union des femmes d'Algérie" (UFA), qui écrit sur la misère des femmes algériennes dans les bidonvilles, l'exploitation des jeunes filles algériennes dans les fabriques de tapis, la non représentativité des élections dans le système colonial où les voix "musulmanes" n'ont pas la même valeur que les voix des "français" d'Algérie. A l'union des femmes, elle travaille sous la direction des communistes Alice Sportisse, puis Lise Oculi, qui meurt du typhus en 1946.
A Oran, Lucette fait partie en 1949 des organisatrices de la grève des dockers contre la guerre d'Indochine, avec Abassia Fodil, Gaby Gimenez, Joséphine Carmona, et d'autres militantes.
Histoires d'Algérie - La militante du PCA Gaby Gimenez, arrêtée et torturée par Vichy puis pendant la guerre d'Algérie
A 5h du matin elles descendent sur les piquets de grève et font barrage aux "jaunes" comme aux policiers et CRS qui les chargent. Elle milite aussi pour l'inscription des petits Algériens "musulmans" à l'école publique et pour les droits des travailleuses algériennes, notamment les femmes de ménage, avec son amie Blanche Moine, la femme d'André Moine, et une des dirigeantes de la CGT, avec laquelle travaillera aussi Annick Castel pendant la guerre d'Algérie avant son arrestation.
A partir de 1952, Lucette travaille dans l'équipe de jour d'"Alger Républicain" dans ses locaux du boulevard Laferrière (aujourd'hui le boulevard Khemisti) aux côtés d'Henri Alleg, Jacques Salort, Boualem Khalfa, Isaac Nahori, et Hamid Benzine. Elle reçoit la direction de l'équipe de jour.
Le Parti communiste algérien est dissout le 20 septembre 1955 et ses militants persécutés, comme les journalistes d'Alger Républicain.
Pendant que Lucette et ses sœurs Aline, Pauline et Suzanne étaient traquées ou emprisonnées par le pouvoir colonial pour leur engagement, son père Jean‐Marie Larribère, militant progressiste connu à Oran soignait les Algériens les plus démunis. Arrêté par les parachutistes français pour avoir essayé de rejoindre l’A.L.N, il ne cessait d’organiser des réseaux clandestins où beaucoup de jeunes oranais activaient, malgré les menaces de mort proférées à son encontre et le plasticage de sa clinique par l’O.A.S. Dans les moments les plus difficiles que les Oranais‐e‐s, privé‐e‐s des soins les plus élémentaires ont connus, il n’hésita pas à rejoindre le dispensaire Bendaoud érigé en hôpital par le F.L.N pour se mettre au service de la population à laquelle lui et les siens appartenaient et appartiendront pour toujours. A l’indépendance du pays, après avoir rejoint l’exécutif provisoire à Rocher noir (Boumerdès), il revient à Oran où il dirige le service de maternité du C.H.U.O.
En 1955, Lucette rejoint les premiers noyaux des combattants de la libération, créés par le Parti communiste algérien sous la direction de Sadek Hadjérès, Jacques Salort, Bachir Hadj Ali, son futur mari.
Algérienne d’origine européenne, l'engagement de Lucette est total, comme agent de liaison avec la résistance anticolonialiste, à Oran, via ses sœurs Paulette et Aline Larribère. Elle apprend de son mari Robert Manaranche que la police est venue l'arrêter chez elle pour l'expulser en France. C'est alors qu'elle rentre complètement dans la clandestinité, séparée de ses enfants, Pierre, 10 ans, et Jean, 4 ans à l'époque, en septembre 1956.
Elle est accueillie chez un chrétien progressiste, Pierre Mathieu, tandis que Bachir Hadj Ali est accueilli par un prêtre, l'abbé Moreau, avec l'accord du cardinal Duval.
Robert Manaranche, le premier mari de Mme Larribère Hadj Ali, militant communiste lui aussi, engagé dans la lutte clandestine du PCA interdit, avait été arrêté en 1957, emprisonné pendant trois ans, puis expulsé vers la France.
Elle côtoie Bachir Hadj Ali dans des appartements d'emprunts, comme son oncle Camille Larribère, et Sadek Hadjérès, futur dirigeant du PCA et du PAGS, tous quatre dans la clandestinité, attendant de faux papiers venus de la RDA. Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjérès assurent la direction du Parti communiste clandestin, en liaison avec le FLN, avec lequel ils combattent l'occupation coloniale.
Ils écrivent leur journal "El Houriya" qui paraît régulièrement en même temps que "Réalités algériennes et marxisme". Lucette tape les textes et code la correspondance des chefs du PCA en tant qu'agente de liaison du parti communiste algérien, notamment dans la relation avec l'Internationale communiste, et les exilés du parti communiste algérien dans les Démocraties populaires d'Europe de l'Est, et avec le PCF qui apporte une aide précieuse au PCA sur le plan financier, organise l'évasion de Henri Alleg (de la prison de Rennes), avec la contribution précieuse d'Albert Ouzoulias, l'ancien chef de la résistance jeunesse communiste pendant la guerre, des Bataillons de la Jeunesse, et de Boualem Khalfa (de la prison de Caen). Elle rencontrera son correspondant du Parti communiste français à l'occasion de la fête de l'Humanité de septembre 1962, après l'Indépendance.
Ses camarades de clandestinité sont Christian Buono, le beau-frère de Maurice Audin, torturé et exécuté par les paras, Lucien Hanoun et Elyette Loup, qui vivent dans un studio rue Abbé de l'Epée, à l'arrière de l'université d'Alger.
D'Elyette Loup, Lucette Larribère raconte:
" Un mot sur Elyette Loup :
Avec un sang froid hors du commun, elle avait à deux reprises échappé à son arrestation dans la clandestinité, alors qu’elle travaillait à la rédaction et à la diffusion du journal destiné aux soldats français du Contingent, « La Voix du soldat ». Une première fois, tombée dans une « souricière » établie par les paras chez une camarade qu’elle était chargée de contacter, elle avait à les convaincre qu’elle était « hors course ». Ensuite, rentrant un soir dans sa planque, elle avait senti devant sa porte une odeur de cigarette. Or aucun des camarades avec lesquels elle travaillait ne fumait. Elle avait déguerpi. Mais elle avait finalement été arrêtée par hasard par un des paras qu’elle avait bernés et qui passait dans un camion devant l’arrêt de bus où elle attendait. Elle avait été torturée sauvagement dans la sinistre villa Susini, sans jamais dire un seul mot et sans même révéler son identité. Elle m’a raconté récemment qu’au moment où l’un de ses tortionnaires l’avait transportée à l’infirmerie après les séances de tortures, elle lui avait dit : « Vous êtes un beau garçon, mais vous êtes méchant ». « Mais figure-toi » , a-t-elle ajouté en riant, « il a rougi ! ».
Condamnée à trois ans de prison, elle avait été transférée en France comme nombre de militantes et militants jugés. Puis elle avait été relâchée et assignée à résidence. Elle avait aussitôt demandé à revenir en Algérie pour y poursuivre, dans la clandestinité, son combat pour l’indépendance. Lucien Hanoun en avait fait autant. Et tous deux avaient retraversé la Méditerranée, avec l’aide des communistes français.
Après tant d’années, je demeure toujours émerveillée devant une telle détermination. Après avoir frôlé la mort et enduré tant de souffrances, aurais-je eu, moi aussi, le courage de me replonger dan l’enfer d’Alger ?
Quand j’avais regagné Alger en juillet 1945, j’avais fait connaissance de sa mère, Madame Loup, qui avait recueilli chez elle certains des députés communistes français qui avaient été déportés et internés dans le Sud algérien par le pouvoir de Vichy. Propriétaire de 50 hectares dans la région de Birtouta, dans le Mitidja, elle était haïe par les colons des environs car elle payait honnêtement les ouvriers agricoles qui travaillaient sur ses terres et leur avait construit de véritables habitations en dur qui contrastaient avec les infâmes gourbis environnants. Atteinte d’un cancer, elle était morte rapidement et elle avait été enterrée dans le cimetière musulman situé à proximité."
Elle vit les ratonnades, attentats et exécutions de l'OAS avec angoisse dans un appartement clandestin avec Bachir Hadj Ali rue de Lyon à Belcourt (Belouizdad aujourd'hui), la rue où Albert Camus a passé toute sa jeunesse à Alger:
"
Installés rue Lafayette, nous correspondions avec Sadek Hadjerès, par des lettres postées en empruntant un vocabulaire économique.
Mais un jour, une de ses lettres ne nous est pas parvenue ; nous avons aussitôt quitté la rue Lafayette pour nous réfugier chez lui, au début de la rue de Lyon (rue Belouizdad aujourd’hui). Et le lendemain, le cœur battant, je suis retournée rue Lafayette pour déménager le reste de nos affaires et annuler notre location. Le propriétaire était aimable. Rien ne s’était donc produit.
Les deux dirigeants du parti risquant d’être arrêtés ensemble, nous avons alors, Bachir et moi, déménagé encore pour nous retrouver dans un immeuble du boulevard Bougara (qui abrite aujourd’hui la Caisse nationale de retraite). J’avais loué cet appartement, au 4ème étage, à sa propriétaire connue pour son appartenance à la bourgeoisie algérienne. C’est là que, bouleversés, nous avons entendu, soir après soir, les manifestations qui rassemblaient les habitants de Belcourt criant à pleins poumons : « Djazaïr djezaïria » « Algérie algérienne ».
La pluie n’arrêtait pas de tomber. Et comme la pluie, les manifestations ne cessaient pas de se former et de s’amplifier, dans tous les quartiers périphériques d’Alger et au cœur historique de la cité, jour après jour.
C’est u cours de ces journées fantastiques, c’est au cœur même de la ville insurgée que certains des « Chants pour le onze décembre » de Bachir Hadj Ali ont vu le jour.
Ainsi « Pluie » :
« Il pleuvait sur la rue noire
Il pleuvait suer les voiles blancs
Il pleuvait sur les casernes sombres
Il pleuvait sur la mer grise
………………………
Autant de fois que la pluie
A cessé et décessé »
Et sans cesse, comme u chant d’allégresse, s’élevaient les youyous poussés par les femmes, portant haut le message de liberté et de victoire prochaine. La nuit, au cœur de la cité éveillée, ils retentissaient encore, parfois affaiblis par la distance ou étouffés par la pluie, exaspérants et menaçants pour l’ennemi auquel ils venaient rappeler que le peuple algérien était en matche et que rien ni personne ne pourrait désormais lui ravir son avenir de liberté.
C’est ainsi que bascula l’histoire, en ces jours de décembre 1960.
Comment décrire la joie immense, l’enthousiasme qui nous ont saisis avec l’Algérie toute entière, au moment où le gouvernement français entamait enfin des pourparlers avec le FLN et que se profilaient la fin d’une guerre abominable et notre indépendance !
Après le 19 mars et l’amnistie qui s’’en était suivie, j’étais enfin libérée du stress qui me tenaillait depuis tant d’années.
Certes, en reconnaissant l’indépendance de l’Algérie, l’armée française avait mis fin aux combats et à la répression sanglante qu’elle avait déchaînés contre notre peuple. Mais l’OAS s’était développée considérablement et multipliait les assassinats, les « ratonnades », comme elle les appelait alors.
Mon fils Jean m’a raconté plus tard, que se rendant à l’école à Oran, il devait chaque jour, enjamber ou contourner des ruisseaux de sang. À Alger, on ne rencontrait plus guère d’Algériens dans le centre-ville. La plupart d’entre eux avaient abandonné leur travail et s’étaient réfugiés dans leurs quartiers.
Un jour, me trouvant à la fenêtre, j’ai été témoin d’une scène épouvantable : un Algérien avait garé sa voiture en bas de l’immeuble, dans une station d’essence abandonnée de ses serveurs et commençait à remplir son réservoir. Mais il fut abattu par deux militants de l’OAS qui l’avaient certainement suivi de près.
Les autorités françaises s’étant finalement résolues à combattre l’OAS, les CRS encerclaient les immeubles l’un après l’autre, rassemblaient les Européens qui y vivaient pour les contrôler.
Un soir, Sadek nous annonça que son immeuble était perquisitionné. Après avoir été contrôlé, il fut libéré quelques jours plus tard grâce à sa fausse carte d’identité, et nous rejoignit.
Il nous raconta combien les quelques nuits qu’il avait passées là avaient été pénibles. Les Européens ne cessant de se glorifier des crimes qu’ils avaient commis les jours précédents.
Les événements se précipitaient. Quelques jours avant le 5 juillet, du haut de notre 4e étage, c’est avec une vive émotion que nous avons vu les premiers maquisards de la Wilaya IV qui descendaient calmement le boulevard sur le trottoir d’en face et entraient dans Alger : maigres et épuisés dans leurs uniformes délavés et usés, témoins de leurs derniers combats.
En me penchant davantage sur le balcon, j’aperçus, spectacle réjouissant, le policier français qui réglait la circulation au carrefour en bas du boulevard, descendre de son podium et s’enfuir à toutes jambes.
Le 5 juillet, nous nous sommes réunis avec Pierre Mathieu, pour célébrer, au cours d’u bon repas, le premier jour de notre indépendance. Le lendemain, je ne pus rester dans l’appartement. Il fallait que je sorte, que je rejoigne cette foule immense qui hurlait son (notre) allégresse. Journées inoubliables que ces premières journées dans Alger libre !
Je me revois encore, effectuant notre dernier déménagement en compagnie d’u camarade européen, Ferrigno, qui avait été arrêté, torturé et venait d’être libéré quelques semaines plus tôt. Quand nous arrivâmes au Hamma avant de monter sur Hussein-Dey, notre deux-chevaux ne put plus avancer, noyée dans une foule immense qui se rendait vers le centre-ville en hurlant « djezaïr djezaïria ». Nous joignîmes nos voix à celles des autres en tapant sur la voiture. C’est là un instant que je n’oublierai jamais : dans toute cette foule, il ne s’est trouvé personne pour nous soupçonner de simuler cet enthousiasme. Il faut croire que notre joie débordante leur paraissait sincère. Les gens se pressaient contre la voiture, tapant avec nous sur la tôle et nous souriant.
Bien des années plus tard, me remémorant cet enthousiasme délirant, empli de folles espérances, j’ai saisi l’ampleur des désillusions ressenties, dont on peut espérer peut-être qu’un jour elles seront effacées."
En juillet 62, elle revient à Oran. Son père a été condamné à mort par l'OAS, commandée par le général Jouhaud à Oran. Un tract OAS l'accuse de prélever le sang d'Européennes pour le donner aux Algériennes, lui qui passe son temps à accoucher et soigner gratuitement des femmes européennes pauvres du quartier de "la Calère". Il prend l'habitude de faire ses consultations avec un kalachnikov. En avril, l'OAS lance une attaque contre sa clinique avec des bombes incendiaires et un commando de tueurs. Jean-Marie Larribère réussit à s'enfuir. Il rejoint provisoirement Rocher Noir (Boumerdès) où est installé le Gouverneur français en Algérie, depuis l'insurrection de l'OAS et des officiers putchistes, puis le gouvernement provisoire de l'Algérie indépendante, puis à Oran où il réinstalle sa clinique dans la Médina jdida des quartiers algériens musulmans où il opère et soigne les victimes de l'OAS.
Lucette épouse en 1963 Bachir Hadj Ali qui, plus tard, est à la tête du PAGS, continuant sans être légalisé le PCA.
Ils habitent une maison, appartenant au PCA, située à Hussein Dey, banlieue à l’est d’Alger. Ils y recueillent les 2 garçons de Bachir.
Les enfants de Lucette viennent y passer les vacances scolaires et vivent en France avec leur père Robert Manarache.
Elle est professeur d’histoire et géographie au lycée El Idrissi à Alger, mais rattrapée par l’arabisation des enseignements, elle est intégrée à une équipe pédagogique, chargée de concevoir les programmes du secondaire, puis elle finit sa carrière comme assistante du Président de l’université.
Le décret lui reconnaissant la nationalité algérienne n’est signé qu’en 1967.
À cette date, elle est dans les affres de la séparation et de l’inquiétude pour Bachir Hadj Ali interné de camp en camp après torture aux lourdes conséquences qu'il racontera dans dans son essai témoignage "L'arbitraire".
Il a été arrêté en 1965 pour avoir formé avec la gauche du FLN l’opposition clandestine au coup d’État de juin 1965, l’ORP (Organisation de la Résistance populaire).
Gravement affaibli, Bachir Hadj Ali ne retrouve la liberté complète qu’en 1974.
Après sa mort en 1991, Lucette Larribère reste à Alger collaborant bénévolement à la relance d’Alger Républicain. Elle reste à Alger jusqu’à la fin de 1994 quand, menacée par les islamistes, elle se réfugie en France. Quand la situation se normalise, revenue en Algérie, elle milite au sein du Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates.
Elle revient définitivement s’installer en France en 2009 et s’installe dans une résidence pour personnes âgées à La Seyne-sur-Mer.
En 2002, sous le titre Lettres à Lucette, elle veille à la publication, moyennent quelques coupures politiques, des lettres de prison à sa Safia, comme il la nomme, sa très chère épouse et sa vie. On peut y lire aussi les penchants culturels de Lucie Larribère, des rappels d’histoire familiale militante et sa fidélité au communisme.
Elle a risqué sa vie, a été séparée des siens, a perdu des amis sous la torture ou lors des « ratonnades », mais jamais elle ne renonça. Son combat s’est poursuivi inlassablement dans l’Algérie indépendante. Notamment auprès des femmes, pour l’égalité citoyenne et contre les intégrismes. Comme le retrace son ouvrage, publié en 2011, "Itinéraire d’une militante algérienne"(éditions du Tell), Lucette n’aura eu de cesse de militer et de mener son engagement jusqu’au bout pour les causes émancipatrices.
Ceux qui ont eu la chance de la connaître se souviendront aussi sans doute de son humour et de sa ténacité. Et de son sourire.
Sources:
Itinéraire d'une militante algérienne, Lucette Larribère Hadj Ali, éditions Tell, 2011: document accessible sur internet: https://www.socialgerie.net/spip.php?article1447#9
https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/deces/lucette-larribere-hadj-ali-militante-anticolonialiste
Mémoire Algérienne, Henri Alleg, Stock 2005
Article de René Galissot dans le Maitron:
Pour citer cet article :
https://maitron.fr/larribere-lucie-appelee-lucette-dictionnaire-algerie/, notice LARRIBÈRE Lucie appelée Lucette [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 6 avril 2014, dernière modification le 18 juin 2024.
Article du PCF Pyrénées Orientales https://66.pcf.fr/100902