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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 06:27
Cimetières saturés, extorsion des familles pour récupérer les corps : en Iran, le récit glaçant des victimes de la répression (L'Humanité, 29 janvier 2026, Nazila Maroofian)
Cimetières saturés, extorsion des familles pour récupérer les corps : en Iran, le récit glaçant des victimes de la répression

Journaliste iranienne en exil à Paris, Nazila Maroufian a recueilli, pour l’Humanité, les témoignages de ses compatriotes, victimes de la répression sanglante qui s’est abattue sur le mouvement de contestation. Un récit glaçant qui revient sur les descentes sécuritaires, l’usage d’armes de guerre, le bouclage de quartiers entiers et des cimetières saturés par les embouteillages.

Nazila Maroofian - L'Humanité, 29 janvier 2026 

Il n’était pas encore minuit lorsque le téléphone a sonné. Ce n’était ni une sonnerie prolongée, ni une voix familière. L’homme au bout du fil parlait d’un ton sec et formel ; une intonation qui rappelait celle des interrogatoires des services de renseignements, lorsqu’ils annoncent une mauvaise nouvelle avec un minimum de mots. Il n’a prononcé qu’une seule phrase : « Le dossier a été transmis pour l’exécution de la peine de mort. » La communication a été coupée presque immédiatement. Pour la famille, tout s’est effondré.

Le manifestant, arrêté quelques jours auparavant lors des protestations de janvier 2026 à Machhad, se trouvait déjà au seuil de l’exécution. Aucun procès public. Aucun accès au dossier judiciaire. Aucun avocat indépendant. À la place, des accusations lourdes : moharebeh (« guerre contre Dieu »), efsad-e fel-arz (« corruption sur terre »), baghi (« rébellion »). Son nom était Ali Rahbar, 33 ans, sportif. Selon nos informations, il a été exécuté au matin du 21 janvier 2026, seulement une semaine après son arrestation. Sans défense, sans une dernière visite de sa famille. La rapidité de la procédure révèle la fonction de la peine capitale : répondre à la contestation par la mort.

La répression aurait laissé 30 000 morts derrière elle

Ali Rahbar n’est pas une exception. Il est l’un des milliers de citoyens arrêtés après les manifestations de décembre et janvier dont certains risquent d’être exécutés. Ces protestations, parties du grand bazar de Téhéran, sont nées de crises économiques et sociales profondes, dans un contexte d’effondrement du pouvoir d’achat, de chômage massif, de corruption généralisée et de disparition progressive des libertés civiles.

La réaction du pouvoir a été d’une brutalité accrue. Arrestations massives, usage d’armes de guerre contre les manifestants non armés, coupures d’Internet et des communications, interruption des réseaux téléphoniques, rétention des corps, contrôle strict de l’information. Selon l’hebdomadaire états-unien le Time, qui cite deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé, la répression aurait laissé 30 000 morts derrière elle. Un chiffre difficile à évaluer, certes, mais l’objectif du pouvoir semblait clair : isoler les foyers de contestation, empêcher toute coordination nationale et bloquer la circulation de récits indépendants.

Le 3 janvier 2026, Ali Khamenei a accusé les manifestants d’être « manipulés », « mercenaires de l’ennemi et terroristes ». Cette déclaration a été perçue comme un feu vert donné aux institutions répressives, en particulier au Corps des gardiens de la révolution, pour agir sans restriction et préparer l’opinion à l’usage massif de la violence et de la peine capitale. Des milliers de personnes ont été tuées, blessées ou arrêtées dès les premiers jours.

 

Kourosh, un manifestant originaire de la province du Guilan, dans le nord de l’Iran, a livré, à travers un message audio qui m’a été adressé, un témoignage direct et bouleversant sur la répression sanglante des manifestations. Dans un second message audio, un autre citoyen, Arya, cette fois depuis Punak, dans une banlieue de Téhéran, décrit lui aussi la violence extrême et la brutalité de la répression.

Selon les personnes que nous avons pu contacter sur place, des quartiers entiers auraient été placés sous contrôle sécuritaire renforcé durant plusieurs jours, avec des patrouilles permanentes, des barrages et des fouilles systématiques. À Machhad, la répression s’est doublée d’une extorsion organisée. Des pressions ont été exercées sur les familles pour qu’elles renoncent aux cérémonies publiques de deuil ou acceptent des versions officielles falsifiées des causes de décès.

Cimetière saturé

Pour récupérer un corps, les familles se seraient vu imposer trois options : payer des sommes considérables entre 400 millions et 2 milliards de tomans (entre 2 670 et 13 350 euros – NDLR), au titre du « haqq-e tir » – le « prix de la balle » ; déclarer leur défunt comme « bassidji » (milices islamistes), tué par les manifestants et accepter une interview forcée devant les médias de l’État ; ou, en cas de refus, accepter que la dépouille ne soit pas restituée et voir celle-ci enterrée anonymement.

Plusieurs sites d’inhumation sont utilisés à cette fin. Des témoins décrivent un cimetière saturé avec des embouteillages à l’entrée et des cérémonies de deuil se déroulant simultanément. Certains affirment que la section de Rahmatabad – associée aux fosses communes des prisonniers politiques des années 1980 – aurait servi pour des corps non identifiables ou non restitués.

Dans ce contexte, l’appareil judiciaire iranien ne joue plus un rôle d’arbitrage. Les tribunaux, notamment les tribunaux révolutionnaires, deviennent des lieux de validation du récit sécuritaire : accusations aux définitions floues, aveux forcés, absence d’avocats indépendants, audiences à huis clos. Les arrestations se sont poursuivies lors de descentes nocturnes, avec confiscations de téléphones et d’ordinateurs, et interpellation de blessés jusque dans des hôpitaux. Selon nos sources, certains détenus blessés, transférés vers des bases des gardiens de la révolution, auraient été privés d’eau, de nourriture et de soins médicaux, faisant craindre des décès sous la torture.

Seuls quelques dossiers peuvent être nominativement documentés. Parmi eux, figure Amine Pourfarhang, doctorant en pharmacie arrêté le 9 janvier 2026, poursuivi pour moharebeh (guerre contre Dieu) et baghi (rébellion), privé de défense indépendante. Deux autres citoyens arrêtés dans la province de Mazandaran risquent également la peine de mort après des aveux forcés, selon leurs proches. Ces cas ne représentent qu’une fraction d’une réalité plus vaste, rendue opaque par la censure et les menaces. Ce qui se joue aujourd’hui en Iran ne relève pas d’une dérive ponctuelle : c’est une stratégie assumée où exécution, torture, extorsion et enterrement clandestin deviennent des outils ordinaires du régime.

Lorsque la communauté internationale se limite à de simples déclarations, celles-ci sont perçues au sein de la société iranienne comme un silence, une tolérance de fait. Cette position renforce le régime qui fait de chaque exécution un avertissement public : la promesse glaciale que contester le pouvoir peut coûter la vie.

« Transmettez nos témoignages partout où c’est possible » : en Iran, les citoyens décrivent l'apocalypse

Dans la capitale iranienne, Arya décrit des hôpitaux où sont empilés les corps les uns sur les autres, et des morgues qui n’ont même plus de place. Dans la province du Guilan, à Lahidjan, sur le littoral de la Caspienne, Kourosh, lui, témoigne d’une répression à l’arme de guerre et des corps enterrés en secret.

Nazila Maroofian

« C’est l’apocalypse dans les quartiers de Téhéran »

« Les autorités ont réussi à imposer un black-out complet en coupant toutes les communications, pour pouvoir nous tuer en silence, ces salauds. Le massacre est total dans de nombreux quartiers de Téhéran. Ils ont coupé l’électricité, comme à Punak par exemple, pour nous plonger dans l’obscurité. Dans ce chaos organisé, ils arrivent avec des armes lourdes et se déchaînent sur nous. Vous ne pouvez pas imaginer. Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça de toute ma vie. C’est l’apocalypse.

Transmettez nos témoignages partout où c’est possible. Pour que cette horreur s’arrête. Je ne sais plus quoi faire. Dans les hôpitaux, ils empilent les corps les uns sur les autres. Les morgues n’ont même plus de place. On ne peut ni dormir la nuit, ni vivre normalement, le stress est insupportable.

Il y a des affrontements partout, du feu partout. J’ai vu que dans toutes les villes d’Europe et ailleurs dans le monde, il y a des manifestations. Les Iraniens sont sortis dans la rue, mais je ne comprends pas pourquoi personne ne réagit vraiment. Pourquoi rien ne se passe ? Si ça devient une guerre d’usure, ils continueront à tuer. »

« Je ne sais pas pourquoi je suis encore en vie »

Dans la province du Guilan, à Lahidjan, sur le littoral de la Caspienne, Kourosh1 témoigne d’une répression à l’arme de guerre et des corps enterrés en secret. « Je n’avais jamais vu une telle violence à Lahidjan et dans la province du Guilan. En quelques heures, tout a basculé. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur des gens totalement désarmés. J’ai couru sous les tirs. J’entendais les balles siffler près de mes oreilles, puis j’ai vu des gens tomber.

Une seconde après, leurs corps étaient totalement déchiquetés : la tête, le dos, les bras. J’ai alors compris qu’ils tiraient avec des munitions de guerre. Les rues étaient couvertes de sang. Un jeune homme d’environ 20 ans est mort sur mes genoux. Il n’avait ni papiers ni téléphone. Nous avons tenté de le réanimer, en vain. Son sang avait séché sur ma peau. Cette image ne me quittera jamais.

Ce massacre a été suivi d’un silence total. Internet coupé, communications impossibles. Personne n’ose garder des images : les téléphones sont fouillés, les gens arrêtés. La peur est partout. Les chiffres officiels n’ont rien à voir avec la réalité. Des milliers de morts, peut-être des dizaines de milliers.

Beaucoup ont été enterrés en secret. Les familles n’ont parfois appris la mort de leurs proches que quelques jours plus tard, sous la menace de se taire. Je ne sais pas pourquoi je suis encore en vie. Je ne sais pas s’il faut espérer ou désespérer. Tout ce que je sais, c’est que les meilleurs et les plus courageux de ce pays ont été tués dans la rue, et que le monde nous regarde mourir en silence. »

 

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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 06:20
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026
Goûter de la section PCF du pays de Morlaix ce dimanche 1er février 2026

A l'initiative d'Annie, c'était le goûter chantant du PCF à Morlaix ce dimanche après-midi, 1er février, dans une ambiance chaleureuse avec Patricia et Naël qui nous ont interprété avec brio Gauvain Sers, Michel Bühler, Jean Ferrat, Curt Cobain, Noir Desir, et leurs propres chansons originales.

Des crêpes et gâteaux délicieux, du cidre, du café et de la bonne humeur pour réchauffer les cœurs! Et une nouvelle adhésion pour le PCF et la section!  

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2 février 2026 1 02 /02 /février /2026 06:13

Au nord de la Syrie, les Kurdes font face à de nouvelles attaques de l’armée de Damas, envoyée par le président par intérim Ahmed Al-Charah. Derrière ces offensives, une réalité : une lutte démocratique, féministe, socialiste et antifasciste portée depuis des années par le mouvement kurde au Rojava. Alors que se passe-t-il réellement en Syrie ? Pourquoi les Kurdes sont-ils ciblés ? Leur combat peut-il inspirer la lutte contre l’internationale fasciste ? Nous recevons Gülistan Sido, ex-membre de la direction autonome de Rojava et doctorante à l’Inalco, Berivan Firat, porte-parole du Conseil Démocratique Kurde en France, et Rosa Moussaoui, rédactrice en cheffe de l’Humanité, qui a réalisé plusieurs reportages au Rojava.

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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 10:11
« Une déclaration de guerre » : le patronat veut créer un CDI pouvant être rompu facilement, les syndicats en colère

Le Medef, le syndicat des patrons, veut créer un CDI pouvant être rompu plus facilement pour lutter contre le chômage des jeunes. Les syndicats sont vent debout contre ce projet.

CPE XXL, CPE déguisé : la proposition du Medef de créer un CDI pouvant être rompu plus facilement pour lutter contre le chômage des jeunes suscite ce samedi 31 janvier l’ire de la CGT et de l’Unef, cette dernière brandissant la menace d’une mobilisation massive.

Selon des documents remis mercredi aux organisations syndicales et consultés par l’AFP vendredi, la principale organisation patronale a proposé la création d’un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les premières années, avec une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture.

 

Une discrimination pure et simple fondée sur l’âge

— Le syndicat Unef

Ce dispositif comporte des similitudes avec le Contrat première embauche (CPE), créé en 2006 par Dominique de Villepin alors Premier ministre, qui avait généré une mobilisation historique et amené le gouvernement à le supprimer avant son application.

 

Alors que nous fêtons cette année les 20 ans de la victoire contre le CPE, le Medef ose remettre le couvert et réussit à faire pire que le CPE qui avait 2 ans de période d’essai, a réagi samedi la CGT dans un communiqué.

Selon des documents remis mercredi aux organisations syndicales et consultés par l’AFP vendredi, la principale organisation patronale a proposé la création d’un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les premières années, avec une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture.

« Une déclaration de guerre » : le patronat veut créer un CDI pouvant être rompu facilement, les syndicats en colère
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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 07:07
Manifestation de solidarité avec la Palestine à Morlaix ce samedi 31 janvier 2026
Manifestation de solidarité avec la Palestine à Morlaix ce samedi 31 janvier 2026
Manifestation de solidarité avec la Palestine à Morlaix ce samedi 31 janvier 2026
Manifestation de solidarité avec la Palestine à Morlaix ce samedi 31 janvier 2026
Manifestation de solidarité avec la Palestine à Morlaix ce samedi 31 janvier 2026
Manifestation de solidarité avec la Palestine à Morlaix ce samedi 31 janvier 2026
Manifestation de solidarité avec la Palestine à Morlaix ce samedi 31 janvier 2026

Manif de solidarité avec le peuple palestinien ce samedi soir à Morlaix à l'appel de l'Afps, contre la loi Yadan et le colonialisme, la criminalisation de la solidarité avec la Palestine ! 

Une dizaine de militants et sympathisants communistes étaient présents.

Compte rendu de l'AFPS Pays de Morlaix: 

Nous étions entre 60 et 80 personnes ce soir pour faire briller dans la nuit morlaisienne les flambeaux de la solidarité avec le peuple palestinien. Au soir d'une journée meurtrière à Gaza où 32 personnes dont des enfants ont été foudroyées par les bombardements israéliens, nous avions raison de dénoncer l'hypocrisie d'un prétendu cessez-le-feu qui ne protège en rien la population de Gaza. Par ce nouveau rassemblement, nous voulions dire aussi à tous nos amis de Palestine occupée combien nous regardons vers eux, à Gaza et en Cisjordanie occupée y compris Jérusalem-Est. Contre l'occupation et la colonisation, contre les attaques de l'armée israélienne dans les camps de réfugiés, ce soir nous avions une pensée particulière pour nos ami-es du camp de Jalazone... Contre ce régime d'apartheid qui dresse des nouveaux murs dans la vallée du Jourdain, expulse les bédouins de leurs terres et envoie ses colons et ses soldats brûler les fermes et les maisons palestiniennes, nous continuerons encore et encore à exiger de notre Gvt qu'il prenne des sanctions plutôt que de voter des lois pour nous empêcher de dénoncer l'État israélien pour ce qu'il est : un État colonial, raciste et criminel. Un État dont la communauté internationale devrait poursuivre les dirigeants devant ses tribunaux plutôt que de leur offrir l'impunité de poursuivre leurs crimes ! Avec leurs partenaires politiques, syndicaux et associatifs du Pays de Morlaix, les membres de l'AFPS se sont engagés à faire reconnaître les couleurs de la Palestine dans l'espace public et à garder bien allumé le flambeau de la solidarité internationale. C'est encore une fois le message que nous voulions envoyer à nos ami-es de Palestine...

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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 06:59
Commémor'Action à Morlaix pour les migrants morts sur les chemins de l'exil

COMMÉMOR ‘ACTION À Morlaix
SAMEDI 7 FÉVRIER 2026


Nous nous rassemblerons pour honorer les morts aux frontières et dénoncer les politiques qui provoquent ces drames.

- 15 heures Prise de parole au kiosque situé place de la mairie .
- 16 heures Rassemblement galerie du Léon (espace qui mène au cinéma la salamandre)
- 17 heures Projection de films sur les actions de solidarité du pays de Calais (ville située sur le bord de la Manche, face à l’Angleterre) + repas partagé.

Espace 2 D voie d’accès au port (presqu’en face du journal le Télégramme)

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1 février 2026 7 01 /02 /février /2026 06:24
Vente de l'Humanité magazine sur le marché de Morlaix ce samedi 31 janvier par les militants du PCF Morlaix
Vente de l'Humanité magazine sur le marché de Morlaix ce samedi 31 janvier par les militants du PCF Morlaix
Vente de l'Humanité magazine sur le marché de Morlaix ce samedi 31 janvier par les militants du PCF Morlaix

Nos camarades Remi Joly et Marie-France Monery vendaient l'Humanité magazine sur le marché de Morlaix ce samedi 31 janvier, après Martine Carn et Daniel Ravasio la semaine passée. 

Toutes les semaines, en plus de la campagne municipale de "Morlaix Ensemble" et des ventes solidaires de légumes (tous les mois), les militants communistes sont à pied d’œuvre sur le marché de Morlaix place Allende pour vendre et faire connaître l'Humanité Magazine, les hors série de l'Humanité, et pour diffuser les journaux et flyers du PCF 

Merci à Pierre-Yvon Boisnard pour ses photos sur le marché de Morlaix ce samedi 31 janvier. 

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31 janvier 2026 6 31 /01 /janvier /2026 08:30
Nicole Dreyfus

Nicole Dreyfus

Caricature de Nicole Dreyfus pendant la guerre d'Algérie

Caricature de Nicole Dreyfus pendant la guerre d'Algérie

Nicole DREYFUS (1924-2010): une avocate communiste pendant la guerre d'Algérie 
 

Nicole Dreyfus est née à Mulhouse en 1924, d'une famille juive alsacienne et dreyfusarde.

"Issue d’une famille installée en Alsace depuis de nombreuses générations (ses ancêtres y étant déjà recensés en 1784 lors du dénombrement des juifs d’Alsace sous Louis XVI), Nicole Dreyfus fut détournée en 1932 de sa première vocation, la médecine, dont elle avait constaté l’impuissance, à cause du décès de son père, Armand Dreyfus", rappelle Vanessa Codaccioni dans le Maitron. 

Cinq ans après la mort de son père, elle part vivre à Nice avec sa mère, Berthe Dreyfus, en 1937. Il y est lycéenne au lycée des jeunes filles moment de la défaite. Jusqu'en septembre 1943, l'occupation italienne leur épargne les persécutions antisémites.

"La guerre éclata et, après la défaite, le statut des juifs, promulgué le 2 octobre 1940, introduisit le numerus clausus dans les universités. Elle ne put donc être admise en première année de droit mais la faculté des lettres se montra plus clémente. Elle s’inscrivit en philosophie à l’Institut d’études littéraires de Nice qui dépendait de l’université d’Aix-en-Provence." (Vanessa Codaccioni, Maitron)

Quand la situation est devenue plus difficile avec l'arrivée des Allemands, elle et sa mère ont pu, grâce au soutien de réseaux de résistants, obtenir des faux papiers pour résider à Monte-Carlo, qui n'était pas occupé, puis, en mars 1944, grâce à l'aide de cousins vivant en Suisse qui leur avaient envoyé un passeur, elles ont pu se réfugier six mois à Genève.

À la Libération, elle s'est lancée dans des études de philosophie puis de droit, à Nice et Aix-en-Provence, et, en 1946, à l'âge de 22 ans, elle est devenue avocate, un métier que, dès l'âge de huit ans, avant de quitter Mulhouse, elle avait décidé de faire.

En 1949, elle adhéra au Parti communiste français, qui, selon elle, était « le seul qui ouvrait vraiment l’avenir, un avenir favorable à la classe ouvrière ».

Elle anima successivement deux cellules, celle de Passy, dans le XVIe arrondissement, et la cellule Pittard, l’une des cellules du Palais.

En pleine crise du logement, elle devint l’un des avocats de la fédération des locataires. Lors de la période de répression politique pendant les grandes grèves des mineurs et la lutte contre la guerre d’Indochine, elle participa, sous les auspices du Secours populaire français, à la défense des militants poursuivis. En 1952, elle fit partie du groupe d’avocats défenseurs des militants emprisonnés à la suite du prétendu « Complot des pigeons voyageurs ».

Nicole Dreyfus raconte: "Devenue membre du parti communiste en 1949, j'ai vite plaidé dans des affaires politiques : pour des résistants qui avaient conservé leurs armes après la Libération, pour des mineurs poursuivis à la suite des grèves dures de 1947, ainsi que pour des militants qui s'étaient opposés au départ de soldats pour la guerre d'Indochine. C'est à cette époque que j'ai commencé à faire équipe avec l'avocat martiniquais Marcel Manville. Puis ce fut la guerre d'Algérie, qui a été la période la plus intense de ma vie. Je faisais partie de l'un des collectifs d'avocats qui défendaient des militants algériens, celui qui était proche du parti communiste et comprenait aussi Pierre Braun, Michel Bruguier (qui avait participé à la Résistance dans le Midi), Henri Douzon et Marcel Manville."

En 1957 donc, anticolonialiste et solidaire des aspirations du peuple algérien à l’indépendance, elle fit alors partie du collectif d’avocats communistes chargés de la défense des militants FLN et PCA animé par Henri Douzon, Michel Bruguier et Pierre Braun.

Elle participa au « pont aérien » entre Paris et Alger qui permettait aux avocats métropolitains d’aller plaider bénévolement en Algérie. Elle réalisa ainsi, entre 1957 et 1962, trois à quatre voyages par an pour le collectif communiste mais également pour le collectif de gauche non communiste dirigé par Pierre Stibbe.

Elle prend la défense de militants du FLN (Front de libération nationale) et du PCA (Parti communiste algérien) accusés de terrorisme et de résistance armée. Par son action, elle sauve la vie de nombreux détenus. Mais la justice coloniale est impitoyable et Nicole ne réussit pas toujours à garder en vie les accusés qu’elle représente. En mars 1957, quatre militants défendus par elle sont condamnés à mort.

Elle raconte : « La salle criait À mort ! , aussi bien à leur encontre qu’à l’égard du défenseur que j’étais. Charles Lederman, présent à Alger pour plaider dans une autre affaire, a estimé que j’étais personnellement en danger et m’a fait rentrer aussitôt en France. »

Parmi les nombreuses affaires qu’elle plaida, il faut citer l’affaire Gacem et Labti, accusés du meurtre d’un commissaire de police. Le 13 mars, la salle d’audience du tribunal militaire était pleine de monde, et dans la foule se trouvait le bourreau d’Alger. L’atmosphère de l’audience était particulièrement lourde. Les deux accusés furent condamnés à mort et exécutés.

En 1956, elle assure la défense, à Alger, de deux jeunes femmes, Baya Hocine et Djhor Akrou, accusées d'actes de terrorisme, puis celle de Zohra Drif, dirigeante du FLN pendant la bataille d'Alger, responsable de l'attentat du Milk Bar en 1957 en réponse au massacre de la rue de Thèbes par des Ultras de l'Algérie Française, ce qui lui vaudra d'être menacée de mort.

A cet engagement initial. Nicole Dreyfus est toujours restée fidèle. Avec d'autres avocats, elle mène un combat judiciaire destiné à faire reconnaître l'imprescriptibilité des crimes commis en Algérie.

Elle défend notamment Josette Audin, l'épouse de Maurice Audin - un universitaire communiste disparu à Alger, en juin 1957, après être passé entre les mains des hommes du général Massu - qui tente en vain d'obtenir l'ouverture d'une information judiciaire pour "crime contre l'humanité ", " enlèvement " et " séquestration " de son mari.

En novembre 2000, elle fait partie des douze signataires de " l'appel pour condamner la torture lors de la guerre d'Algérie", aux côtés d'Henri Alleg, ancien directeur d'Alger républicain et auteur du livre La Question, Josette Audin, Germaine Tillion et plusieurs historiens.

Évoquant dans un entretien à L'Humanité, le 15 novembre 2000, les obstacles juridiques - amnistie, prescription - qui lui avaient été opposés, elle observait: "Je ne pense pas que l'on puisse aboutir sur le plan pénal, c'est trop tard. Mais au fond, ce qui est important, c'est la reconnaissance d'une condamnation sur le plan moral et politique de la torture pendant la guerre d'Algérie. "

Vanessa  Codaccioni rapporte dans le Maitron: " Parallèlement, Nicole Dreyfus fut membre du conseil national de l’Union des femmes françaises (UFF) de 1959 à 1989, et à ce titre, participa notamment après Sabra et Chatila à une délégation internationale pour s’informer de la situation au Liban. Elle fut aussi membre de l’Association française des juristes démocrates dont elle devint de 1966 à 1979 la secrétaire générale. Dès lors, et souvent à la demande de l’Association internationale des juristes démocrates, elle participa à de nombreuses missions d’observations judiciaires. Peu de temps après le massacre de Tlatelolco à Mexico du 2 octobre 1968, elle rendit visite dans leur prison aux manifestants arrêtés à cette occasion, notamment l’écrivain José Revueltas, incarcéré pour sa participation au mouvement étudiant. Puis, deux mois plus tard, elle partit en Grèce alors que se déroulait le procès de seize étudiants (20-23 novembre 1968), membres de l’organisation Rigos Ferraios, procès à propos duquel elle publia ses observations dans un ouvrage, Les étudiants grecs accusent. Dossier du procès d’Athènes aux Éditeurs français réunis. Puis, elle partit au Canada assister au « procès des cinq » felquistes (1er février au 12 février 1971), accusés de conspiration séditieuse, pendant les actions du Front de Libération du Québec (FLQ). À partir de cette date, elle se rendit plusieurs fois au Sénégal, plaida devant la Cour suprême au moment de la dissolution du syndicat sénégalais, et défendit notamment Iba Der Thiam, futur ministre de l’Éducation nationale."

Dans les années 1980, elle se rendit à deux reprises en Israël. Son premier déplacement eut lieu en 1988 lors de l’affaire Mordechaï Vanunu. Ayant révélé au Sunday Times l’existence d’une usine où se fabriquaient les bombes atomiques israëliennes, Vanunu fut condamné à dix-huit ans de prison pour trahison, espionnage et divulgation de secrets d’État. Elle y partit une seconde fois à la demande de certains juristes palestiniens lors de la première Intifada pour observer la situation des territoires occupés. Durant cette période, elle devint l’avocate du bureau de l’African national congress (ANC) et de la famille de Dulcie September, assassinée le 26 mars 1988 à Paris.

"En 1990, Nicole Dreyfus fut désignée par Pierre Arpaillange, ministre de la Justice, pour participer au travail du Comité de libération conditionnelle dont elle fut membre pendant six ans. À cette période commença l’un des plus grands procès de sa carrière, le procès du sang contaminé, où elle défendit Jacques Roux, membre de l’académie de médecine, ancien président de l’Organisation mondiale de la santé mais aussi responsable de la commission médicale du PCF et ancien membre du comité central où il fut élu en 1965. Devant l’importance du procès, elle cessa de se présenter sur les listes du Parti communiste, ce qu’elle avait fait auparavant de nombreuses fois pour le XVIe arrondissement. Enfin, en 1993, elle plaida l’affaire « Manufrance », un procès qui donna lieu à de grandes manifestations de la part de la CGT et à de nombreux appels du Comité de défense des libertés et des droits de l’homme en France et dans le monde".

Le militantisme politique de Nicole Dreyfus l'a donc amenée à défendre des dirigeants de l'ANC en Afrique du Sud, des responsables de l'opposition dans la Grèce des colonels et à soutenir la cause palestinienne. Elle a aussi conduit de nombreuses missions d'observation judiciaire dans des pays où les droits de l'homme étaient bafoués, en sa qualité de secrétaire générale de l'Association française des juristes démocrates (AJD).

 

https://maitron.fr/dreyfus-nicole/

https://maitron.fr/dreyfus-nicole/, notice DREYFUS Nicole par Vanessa Codaccioni, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Le judaïsme d'Alsace et de Lorraine: https://www.judaisme-alsalor.fr/perso/nicdreyf/nicdreyf.htm

https://revuecommune.fr/2023/09/12/nicole-dreyfus-une-vie-pour-les-droits-de-lhomme/

Témoignage de Nicole Dreyfus sur son rôle d'avocate pendant la guerre d'Algérie: 

Extrait de Être dreyfusard, hier et aujourd'hui édité sous la direction de  Gilles Manceron et Emmanuel Naquet aux Presses Universitaire de Rennes, 2009.
Actes du colloque organisé par la Ligue des Droits de l'Homme, 8-9-décembre 2006 à l'École Militaire de Paris,
à l'occasion du centenaire de la fin de
l'Affaire Dreyfus.
Publié grâce à l'obligeance des Presses Universitaires de Rennes.
Site sur le Judaïsme alsacien: https://www.judaisme-alsalor.fr/perso/nicdreyf/nicdreyf.htm

 

" J'ai retrouvé dans la guerre d'Algérie l'exaltation qu'ont dû connaître les dreyfusards, en raison de notre certitude absolue d'être du côté du droit. Les Algériens luttaient pour leur indépendance, or, ce combat était un combat légitime qui devait être reconnu comme tel. Les moyens qu'ils employaient n'étaient pas toujours conformes à la morale, c'était vrai aussi, mais leur cause était juste, et, pour moi, c'était le principal. Les moyens engagés contre eux étaient, eux aussi, contraires à la morale : tortures, assassinats, "corvées de bois" consistant à abattre des prisonniers au prétexte d'une tentative d'évasion, autant de méthodes employées systématiquement par l'armée à l'encontre d'algériens engagés dans ce combat légitime.

Le rôle que nous avons pu jouer, très modestement, comme avocats dans la guerre d'Algérie était pour moi dans le droit fil d'un itinéraire que j'avais choisi bien avant et c'est resté la part la plus exaltante de mon métier d'avocat et de mon activité militante. C'était une ambiance très dure, mais la justesse de notre travail nous était tellement chevillée au corps, les contacts humains avec les prisonniers étaient tellement enrichissants qu'il en a résulté toute une série d'amitiés, de liens, d'expériences que je ne pourrai jamais oublier.

Il y avait plusieurs centaines, plusieurs milliers même, de militants algériens détenus dans les diverses prisons, notamment à Alger, Oran, Constantine et Bône, et il fallait défendre en priorité ceux qui couraient un risque vital. Cela représentait souvent plusieurs personnes par jour, qui comparaissaient, de surcroît, devant des tribunaux militaires différents. Et en même temps, il y avait l'état d'urgence, la détention administrative dans les camps, les gardes à vue qui n'en finissaient pas, et les tortures préalables et concomitantes à tous les interrogatoires. Tout cela débouchait sur des comparutions devant des tribunaux uniques dans leur forme, les tribunaux militaires.

Il y a eu quatre collectifs d'avocats. Le premier avait été créé par Yves Dechézelles, qui était un ami personnel de Messali Hadj et dont l'engagement datait du temps du MTLD, avant 1954. Puis Pierre Stibbe avait pris la responsabilité d'un deuxième collectif, avec sa femme Renée, le FLN s'étant tourné vers lui (il avait été l'avocat des députés malgaches au moment de la révolte de Madagascar en 1947, puis des dirigeants du Rassemblement démocratique africain, le RDA, un peu plus tard), et un troisième collectif s'est formé, composé d'avocats communistes, auquel j'appartenais. Les membres de ces collectifs ont travaillé ensemble : on se remplaçait les uns les autres, il y avait trop de travail pour que l'on puisse songer à polémiquer. Des tensions sont apparues néanmoins quand un quatrième collectif, créé par le FLN, a voulu éliminer les autres et prendre entièrement leur place. Mais le responsable du FLN dans la prison Barberousse à Alger qui s'appelait Fétal (qui deviendra préfet d'Alger après l'indépendance) s'est opposé à ce que des avocats qui, depuis des années, plaidaient pour les détenus algériens soient éliminés. Et ces avocats ont continué à le faire.

Des avocats européens d'Algérie sont morts en raison de leur engagement : Me Pierre Popie, un chrétien social, assassiné à Alger par l'OAS, comme Me Pierre Garrigues, qui avait eu le courage de reprendre son cabinet, ce qui revenait à affronter son arrêt de mort ; tandis que Me Thuveny, a été assassiné au Maroc par les services secrets français à l'aide d'une bombe placée dans sa voiture. Un avocat algérien, Me Amokrane Ould Aoudia, a été assassiné sur le palier de son cabinet à Paris par ces mêmes services, et, à Bonn, Me Aït Ahcène a été, lui aussi, assassiné par les services français, tandis qu'à Alger, Me Ali Boumendjel a été jeté du sixième étage de l'immeuble où il avait été torturé à mort par les parachutistes du général Massu. Mais les risques que nous courions étaient bien peu de choses à côté de ceux qu'affrontaient nos clients.

J'ai le souvenir d'une période particulièrement douloureuse, en mars 1957, en pleine période de la "Bataille d'Alger", où, mandatée par Pierre Stibbe, j'ai eu à défendre devant le tribunal militaire siégeant dans la Cour d'assises d'Alger, présidé par le juge Roynard, trois affaires en une semaine, dans lesquelles il a été prononcé, au total, neuf condamnations à mort.
L'un des procès concernait une quinzaine de prévenus, tous militants indépendantistes, anciens membres du MTLD, dont plusieurs n'étaient pas membres du FLN mais du MNA, et qui n'étaient accusés d'aucun attentat. Quatre d'entre eux ont été condamnés à mort, dont les frères Mezzi, Chafik, Mohamed et Salah, que je défendais, bien que les inculpations qui pesaient sur eux ne relevaient pas, aux termes du Code pénal, la peine capitale. Leurs condamnations ont été cassées ensuite par la Cour de cassation. Signe de la manière dont une grande partie des européens d'Algérie considérait notre travail d'avocat, Le Journal d'Alger a publié en première page de son numéro annonçant le verdict une caricature me représentant aux côtés de ces trois frères condamnés à mort.

Dans une autre affaire, deux condamnations à la peine capitale ont été prononcées par la cour d'assises militaire contre deux hommes que je défendais, Mohamed Gacem et Djaffar Labdi, accusés d'avoir assassiné le commissaire de police René Frédy. Ils avaient tous deux été torturés. Le tout Alger s'était rendu au procès, y compris "Monsieur d'Alger", le bourreau, qui était venu sans doute prendre ses mesures… Le public s'en est pris violemment aux avocats, sifflant, hurlant pendant les plaidoiries et applaudissant aux propos du président du tribunal militaire. Quand les condamnations furent prononcées, j'étais assez abattue, d'autant que ce n'était pas la première fois que j'avais des clients condamnés à mort au cours de cette même semaine. Gacem et Labdi m'ont réconfortée en me disant qu'ils iraient à la mort sinon avec joie du moins avec fierté, qu'ils étaient des militants de l'indépendance algérienne et qu'ils mourraient pour leur pays. Une attitude qui ne pouvait que susciter mon respect. Tous les deux ont été exécutés.

Mais l'épreuve la plus dure a été pour mois le procès des accusés des attentats commis, quelques semaines auparavant, au stade d'El Biar et au stade municipal d'Alger, à l'époque où le FLN avait décidé la tactique des attentats aveugles pour forcer le dialogue, tactique discutable, bien entendu (un attentat qui fit 17 morts et 45 blessés). 

Je défendais personnellement six personnes, dont deux jeunes filles de seize ans, Baya Hocine et Djouer Akhrour, qui n'ont pas été déférées devant ce tribunal mais jugées plus tard par la Cour d'assises des mineurs d'Alger. À leur procès qui a eu lieu en décembre, où j'ai plaidé avec Renée Stibbe, le tribunal les a condamnées à mort, mais le jugement a été cassé par la Cour de cassation, et la Cour d'assises pour mineurs d'Oran les a condamnées ensuite à la détention à perpétuité. À Alger, en mars 1957, je défendais les quatre hommes, tous considérés comme majeurs, qui étaient les principaux accusés. L'attentat du stade municipal d'Alger avait causé la mort de huit personnes, dont un enfant de neuf ans, et blessé 24 spectateurs, et celui d'El Biar avait fait deux morts et treize blessés. C'était la première fois que nous nous trouvions devant une affaire de terrorisme aveugle et il fallait dire si, oui ou non, nous assumions leur défense. J'ai téléphoné à Stibbe, puisque je le représentais, et il m'a fait cette réponse : "Fais selon ta conscience !". Je les ai défendus et mes clients ont tous été condamnés à mort (en l'occurrence, l'accusation reposait sur des preuves matérielles et ils n'ont pas été torturés). Le président Coty refusera la grâce et les quatre hommes seront exécutés. La salle, d'ailleurs, criait "À mort !", aussi bien à leur encontre qu'à l'égard du défenseur que j'étais. Charles Lederman, présent à Alger pour plaider dans une autre affaire, a estimé que j'étais personnellement en danger et m'a fait rentrer aussitôt en France.

Je me souviens aussi des exécutions, au terme de nuits absolument folles, dramatiques, où le patriotisme s'exhalait par des chants à travers toute la prison de Barberousse. Il y avait les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Cela commençait à la tombée de la nuit et durait jusqu'à trois heures du matin. Cela m'a été raconté souvent aussi par d'anciens clients, qui, bien des années après, sont devenus des amis.

J'en viens à la question qui nous est posée : comment peut-on être aujourd'hui dreyfusard ? Les temps ont changé, mais il est évident qu'être aujourd'hui dreyfusard, c'est faire revivre, d'une façon ou d'une autre, dans des conditions différentes, l'héritage des Justes qui ont défendu Dreyfus et qui ont amené finalement le pouvoir à céder et à réhabiliter cet homme. Etre dreyfusard, c'était, au temps de la Résistance, prendre parti contre les nazis, c'était au temps de la guerre d'Algérie soutenir par tous les moyens le peuple algérien dans sa résistance au colonisateur. Et aujourd'hui, la lutte contre les discriminations n'a pas pris fin, bien au contraire. L'antisémitisme existe toujours, mais il n'est plus seul. La colonisation a laissé bien des traces et il s'est trouvé un parlement pour proclamer son caractère prétendument positif. Heureusement, on a renoncé à ce texte. La guerre d'Algérie continue d'empoisonner les souvenirs. Être dreyfusard aujourd'hui, c'est être avide de vérité et de justice et ne pas supporter les discriminations quelles qu'elles soient. C'est lutter contre toute forme de discrimination, d'une façon essentielle, y compris contre celles qui touchent des peuples tout entiers et les réduit à la misère ; or la pauvreté, à l'heure actuelle, est étendue sur le globe d'une façon qu'aucun esprit ne peut supporter s'il est attaché à la dignité et à la justice. C'est le combat qui s'offre aujourd'hui aux hommes de bonne volonté."

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