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La Convention citoyenne sur les temps de l’enfant vient de remettre son rapport.
Un leurre séduisant … mais un leurre dangereux !
Dans un contexte où des dégradations successives n’ont cessé de mettre en difficulté l’école publique, le Rapport citoyen sur les temps de l’enfant de la Convention citoyenne pourrait apparaître comme l’espérance d’un changement proclamé dans la perspective d’un meilleur bien-être des enfants et d’une réduction des inégalités.
Mais si le rapport souligne les insuffisances budgétaires et la nécessité d’une politique éducative constante dans ses objectifs et pérennes dans ses moyens matériels et humains, il semble considérer l’impossibilité d’agir sur ces questions puisque c’est ailleurs qu’il prétend pouvoir améliorer l’état de l’école avec des préconisations qui, loin de résoudre les inégalités actuelles, les accroîtraient.
Le PCF propose:
Il est nécessaire et possible de réinvestir dans l'éducation et la formation : revenir a 7,5 % de PIB. Soit plus 30 milliards. Recrutement de 100 000 postes de profs (cf notre plan de développement des services publics)
Pour mieux apprendre, il faut davantage de temps d’école.
Le temps scolaire des élèves s’est déjà fortement réduit depuis quelques décennies (suppression des samedis matin = équivalent horaire d'un an d'école ; suppression massive des classes pour enfants de deux ans; suppression de 0,5 ans d'enseignement disciplinaire en collège; suppression du BEP qui permettait aux élèves fragiles de faire le bac pro en 4 ans). Or, le rapport de la Convention citoyenne préconise une nouvelle réduction liée au passage des heures de cours à 45 minutes, au développement des temps d’accueil et à la concentration des apprentissages fondamentaux sur la matinée. Seulement les matinées consacrées à l'enseignement (baisse de 24h à 15h hebdomadaires), les après-midis étant consacrées à des "activités" sans contenu (de 13h30 à 15h30) et peut-être pas prises en charge par l'éducation nationale (la Convention est floue), et déscolarisées après 15h30.
Or, pour les élèves qui réussissent le plus difficilement, disposer de temps est un atout nécessaire pour dépasser leurs difficultés. La première conséquence des mesures préconisées quant à l’organisation du temps scolaire serait une baisse du niveau des élèves et un nouveau creusement des inégalités.
Le PCF propose:
Il faut reconquérir le temps scolaire dont les enfants français ont été spoliés: 27h en primaire, 32h au collège, 36h en lycée. Plus de temps, pour prendre le temps d'apprendre sans course contre la montre, pour lutter contre le stress scolaire.
4,5 jours pour les élèves : oui, mais pour regagner les heures perdues, pas pour que les enfants soient en errance à partir de 15h30.
Nous proposons, à l'école primaire, de découpler le temps élève et le temps enseignant. Cela se traduirait par exemple (à débattre) pour les profs des écoles avec des semaines de 3,5 jours devant élèves + 1 journée de formation, de concertation, de préparation et de correction (donnant des indications pour recommencer et améliorer). Le but est d'améliorer la pédagogie pour que les élèves aient plus de temps et des apprentissages mieux guidés. "Plus de maîtres que de classes", c'est possible avec la baisse démographique des élèves. C'est une occasion historique à saisir.
Une division absurde : les apprentissages théoriques vs les apprentissages pratiques
Dans l’activité intellectuelle humaine, la pensée formelle et l’activité pratique sont intimement liés. Vouloir dissocier les apprentissages théoriques et les apprentissages pratiques ne peut que renforcer les jugements qui condamnent une partie des élèves à des orientations prématurées et discriminantes. Une telle perspective réduit considérablement l’ambition de l’école qui, par exemple dans le projet de la Convention, se contentera de viser l’autonomie du citoyen en lui apprenant à remplir une feuille d’impôt plutôt que de viser son émancipation en lui permettant de comprendre ce qu’est l’impôt et de réfléchir à la justice fiscale… Alors qu'E. Macron a supprimé l'enseignement technologique, la Convention propose de mettre des "activités" de jardinage, bricolage, couture, sans enseignement des techniques pour les comprendre.
La fin de l’EPS et des enseignements artistiques
En transformant l’EPS et les enseignements artistiques en pratiques d’activités, en ouvrant le risque de leur externalisation et en les livrant au jeu des offres locales, le rapport les exclut de la culture scolaire et de ses enjeux émancipateurs. Non seulement les inégalités territoriales seront inacceptables mais elles seront renforcées par des écarts d’enjeux dans les choix des familles, aux dépens d’une inscription dans une culture commune à l’ensemble des élèves.
Et quel avenir pour les enseignants d’EPS, de musique, d’arts plastiques ? Et les professeurs des écoles seraient-ils remplacés l'après-midi par des intervenants moins chers pendants qu'ils iraient boucher les trous du collège, en vue de réduire les dépenses pour l'école publique ?
Le PCF propose:
L'EPS, comme les enseignements artistiques, ne sont en rien différent de l'enseignement de la littérature ou des maths: les apports de savoirs (disposition des partenaires dans l'espace, réflexivité sur les gestes du corps, couleurs primaires et secondaires…) éclairent les pratiques (qui existent en maths avec des exercices et la lecture de romans).
Pour éviter un analphabétisme culturel et sportif, ces disciplines doivent rester obligatoires, pour accroitre la culture commune, et éviter le morcellement de la société française selon les goûts des communautés culturelles et sociales. L'école doit développer de nouveaux besoins, et ne pas enfermer chaque enfant dans les seules appétences créées par les déterminismes sociaux.
Recréer la discipline technologie pour que les pratiques ne soient pas obéissance aux objets que le marché nous met entre les mains, ou reproduction des pratiques familiales, mais compréhension des techniques.
Les élèves à la rue ? Une réforme d'incitation au privé?
Provoquant un véritable risque de rupture de l’obligation scolaire, les écarts voire les absences d’offre entraineront un décrochage qui laissera des élèves à la rue l’après-midi. L’exemple de l’Allemagne est probant qui depuis les années 2000 a fortement réinvesti pour inciter les établissements à revenir à une journée scolaire entière en vantant le « modèle français ».
Mettre les élèves à la rue l'après-midi est en réalité un avantage concurrentiel fait à l'enseignement privé qui accueillera sur des journées complètes des enfants, grâce à l'argent public qu'il reçoit à haute dose.
Le PCF propose:
L'école doit se faire à l'école. Les devoirs doivent se faire sur le temps scolaire, comme Fabien Roussel le proposait durant la campagne présidentielle de 2022.
Il faut créer les moyens de contrôler l'utilisation qui est faite dans l'enseignement privé de l'argent public: transparence des crédits alloués par l'État et les collectivités. Cesser l'obligation faite aux collectivités de financer le privé. Les rapports des inspecteurs sur les manquements au socle commun ne doivent plus pouvoir être enterrés (cf. le double article de Pierre Merle dans La Pensée n° 422)
Silence sur les inégalités territoriales !
Le rapport postule d’une vertu quasi magique de la politique territoriale à contribuer à la réduction des inégalités. La réalité est que les territoires seront très inégaux dans les moyens dont ils disposeront du fait de leurs disparités de richesse financière, des écarts de leurs ressources culturelles locales. Comment pourront-ils répondre à une demande accrue quand certains peinent déjà, aujourd’hui, à organiser le périscolaire ? Et on sait depuis plusieurs années comment l’État se décharge sur les collectivités territoriales sans leur attribuer les moyens. La Convention annonce même accepter que le "cadre national" des programmes soit adaptables selon les territoires, donc selon les profils sociaux des populations… C'est un projet d'injustice et d'éclatement de la cohésion sociale.
Le PCF propose:
Stop à la réforme de décentralisation préparée par Lecornu, les finances des collectivités locales sont exsangues.
Le cadre national des formations et des diplômes est une garantie d'égalité républicaine.
Le calendrier de cette Convention, rendant ses préconisations en novembre, est fait pour semer la zizanie à l'approche des élections municipales. Notre pays a besoin d'un vrai débat, serein, sans arguments biaisés qui servent à semer la confusion dans les élections locales.
Marchandisation : toujours les mêmes perdant·es !
Le clivage entre les fondamentaux scolaires et les activités sportives et culturelles ne résistera pas à la pression de l’offre marchande qui favorisera les familles disposant de meilleurs revenus. Les autres, contraints à une offre plus réduite devront s’en contenter. Et en l’absence d’offre, les mères devront choisir entre laisser leurs enfants à la rue et renoncer à leurs emplois ! Qui nous fera croire à un progrès égalitaire ? Qui croira que les lycées de familles populaires obtiendront l'orientation post bac qu'ils souhaitent, si leur temps de cours est réduit, et que dans les beaux quartiers les autres prennent des cours privés pour compenser les heures perdues à l'école?
Le PCF propose:
Le modèle allemand… est abandonné par les allemands… Nous l'avons sous les yeux, c'est le contre-exemple d'inégalités territoriales, sociales et genrées) qui doit redonner confiance dans le modèle français : investir dans une école publique de l'égalité entre les territoires.
Aucune privatisation de l'école ne profitera aux enfants d'origine populaire, et obligera les autres familles à payer pour seulement maintenir la qualité de l'école.
L'école publique, si elle en a les moyens, est la meilleure des solutions pour créer du commun entre les futurs citoyens de toutes les classes sociales.
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La Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a rendu ses conclusions. Ces dernières menacent de réduire encore les heures d’enseignement. Stéphane Bonnéry, professeur en sciences de l’éducation à l'université Paris-VIII, livre dans cette tribune son analyse des propositions faites par les citoyens et citoyennes.
La Convention citoyenne sur les temps de l’enfant ordonnée par Emmanuel Macron a rendu ses conclusions. Ces dernières menacent de réduire encore les heures d’enseignement.
Or, le niveau scolaire des élèves français a baissé depuis qu’ils ont été privés d’un volume considérable d’heures de cours : près de deux années de moins en primaire.
Xavier Darcos a supprimé les samedis matin en 2008, et les toutes petites sections de maternelle ont quasi disparu, ainsi qu’une une demi-année de cours disciplinaires en collège avec Najat Vallaud-Belkacem, en 2016.
Sans parler des suppressions de postes de remplaçants, qui font perdre un an de classe dans certains établissements. La Convention propose de réduire de 24 heures à 15 heures hebdomadaires les enseignements au sens strict. À qui fera-t-on croire que l’on peut apprendre plus et mieux en moins de temps ?
Ces nouvelles exhortations à la suppression sont soutenues par les idées biaisées que la Convention a répétées à l’envi aux citoyens, les mêmes que depuis cinquante ans, contraires à ce que montrent les recherches : notamment, certains élèves seraient plus fatigables par essence.
Mais si les enfants d’origine populaire fatiguent plus vite en étudiant, c’est qu’ils sont moins entraînés que les autres à la concentration scolaire en école de danse, de piano ou d’athlétisme. Réduire leur scolarité les exercerait moins à se concentrer sur l’étude. La Convention propose même que « le cadre national des programmes » soit aménagé en fonction des territoires, donc des profils sociaux des familles.
Ces propositions font écho à l’offensive pour la marchandisation de l’école, soutenue par de la démagogie.
De la députée Ensemble pour la république (EPR) Anne Genetet, qui dans une vidéo brandit des emplois du temps incohérents envoyés par des lycéens, en mettant à l’index les établissements publics… et « oubliant » de dire que la précarité des enseignants, aggravée sous la présidence Macron, conduit au recours massif à des contractuels, qui viennent de loin et demandent à regrouper leurs heures pour leur discipline…
En passant par la convergence entre Louis Boyard (LFI) et l’ancienne ministre macroniste Amélie Oudéa-Castéra pour demander la fin des cours en lycée l’après-midi : qui va croire un instant que les lycéens de familles populaires obtiendront l’orientation post-bac souhaitée avec moins d’heures de cours, donc un niveau plus faible ?
Jusqu’à Sophia Chikirou (LFI), qui propose que la Ville de Paris se substitue à l’Éducation nationale, en renonçant à l’égalité de moyens, et donc d’objectifs éducatifs, avec les autres villes et départements, asphyxiés par la réforme budgétaire.
Mais la complémentarité entre l’école et l’éducation populaire repose sur des missions complémentaires, donc différentes, et pas sur la remise en cause du cadre commun.
Lorsque, de réforme en réforme, des disciplines seront supprimées de l’école, en primaire et au collège, même Paris n’aura plus les moyens d’assumer : les marchands prendront le relais, les inégalités entre familles bondiront.
Car, justement, d’autres encore comme Amélie Oudéa-Castéra veulent supprimer des disciplines entières (artistiques, EPS…) du cursus obligatoire en primaire et au collège pour les confier au secteur marchand ou aux clubs.
Mais le recrutement social de ces derniers est encore plus inégalitaire que l’école : comment se réjouir d’un analphabétisme sportif et culturel à venir, enfermant chaque enfant dans les goûts et déterminismes familiaux ? Les enseignants orientent pourtant les élèves qui développent à l’école de nouveaux goûts et besoins vers les clubs et conservatoires qui perdraient en vivier avec cette réforme.
Les après-midi seraient dévolues à des « activités » jusqu’à 15 heures 30, sans contenu scolaire, les enfants seraient renvoyés chez eux plus tôt à la charge des… mères ? Les communes exsangues ne pourront pas payer.
Le terrible modèle japonais nous montre les conséquences d’une telle réforme : la réduction du temps scolaire oblige les familles qui peuvent payer à prendre des cours privés pour maintenir le niveau… et pas à se consacrer aux loisirs.
Réduire les heures de classe accroît l’attractivité de l’école privée qui accueille sur de longues journées, grâce à l’argent public qui paie les enseignants, le fonctionnement… et peut-être, demain, avec la proposition du « chèque éducation » de l’extrême droite, le reste à charge des familles.
Tout ce bruit médiatique ne serait-il piloté que par la préparation d’une grande privatisation après avoir dégradé l’école publique ? Tant pis pour les inégalités sociales et sexuées, tant pis pour la transmission d’une culture commune dans la République ? Entre démagogies et intentions marchandes, l’avenir de notre pays est en danger.
Dernier ouvrage paru : Temps de l’enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats, Stéphane Bonnéry. Fondation Gabriel-Péri, 2025.
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Alors que s’achève le 107e Congrès des maires, le PCF dénonce avec la plus grande fermeté les propos scandaleux et dangereux tenus lors de son ouverture par le Chef d’Etat-major des Armées (CEMA), le général Fabien Mandon.
Cette adresse, problématique dans sa forme et son contenu, du plus haut gradé des Armées françaises aux maires de France, illustre le niveau de l’offensive idéologique déployée pour justifier les investissements colossaux mobilisés par la France pour participer, elle aussi, à la course aux armements relancée par les Etats-Unis de Donald Trump et préparer les esprits à une guerre contre la Russie.
Dans un discours à la tonalité martiale, le CEMA a exhorté les Français.es à « accepter de perdre nos enfants » et tenté d’associer les maires à « sa vision », leur demandant d’être « les bases arrières de ses armées » et les appelant à relayer ses messages auprès de la population.
Il est urgent que le Président de la République rappelle à l’ordre le CEMA ou clarifie à quel titre et avec quel mandat celui-ci s’est exprimé bien au-delà du « devoir de réserve » auquel tous les militaires sont astreints.
La multiplication des discours guerriers au plus haut sommet de l’État, présentant un conflit de la France avec la Russie comme inéluctable, entraîne notre pays dans une voie dangereuse et ne règle en rien les questions bien réelles de sécurité collective sur le continent européen. Au contraire, elle aggrave les tensions du monde et affaiblit plus spécifiquement toutes perspectives de règlement pacifique du conflit en Ukraine.
A l’opposé de cette fuite en avant guerrière qui appelle à une réaction forte de l’ensemble de la société française, le PCF demande au président de la République de prendre enfin une initiative diplomatique de paix sur la base de la souveraineté et de la neutralité de l'Ukraine, et de la sécurité collective en Europe.
Le Budget pour l’année 2026 présenté par le Gouvernement, en proposant d’abonder de 7 milliards d’euros supplémentaires le budget de nos Armées (qui devrait doubler en 10 ans, passant de 32 à 64 milliards d’euros) et de ponctionner 7 nouveaux milliards sur le budget de nos collectivités territoriales reflète les choix profonds opérés par le président de la République.
Privées de 82 milliards d’euros en 20 ans, les collectivités locales et à travers elles, les services publics locaux et la démocratie locale sont désormais menacées d’effondrement.
La République est bel et bien en danger mais la menace principale n’est pas celle pointée par monsieur Mandon.
Le PCF soutient fermement les appels lancés par l’Association des Maires de France à la mobilisation de tous les élu.es pour que s’exprime dans les 35 000 communes de notre pays la voie de la colère face au désengagement et aux mensonges de l’État et oblige le Gouvernement à revoir sa copie budgétaire.
Les maires et les élu.es communistes continueront de défendre l’exigence de Paix et d’émancipation humaine partout sur le territoire et appellent les Françaises et les Français à se saisir de ces enjeux lors des prochaines élections municipales.
Paris, le 20 novembre 2025
Parti Communiste Français
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L’esprit de guerre se propage dangereusement. Il se matérialise progressivement par des actes qui préparent notre économie et nos institutions vers une potentielle guerre d’ampleur.
Il y a quelques jours, le chef d’état-major Fabien Mandon évoquait « un choc dans trois ou quatre ans ». Fabien Mandon a réitéré ses propos en prenant la parole au salon des Maires mercredi 19 novembre et évoquant le sacrifice d’un pays qui doit être « prêt à perdre ses enfants ». C’est clairement un risque de guerre contre la Russie qui est évoqué.
L’intervention militaire russe en Ukraine est absolument condamnable. Se préparer à défendre le territoire national, sous l’égide de la représentation nationale, est donc évidemment légitime. Se jeter dans le récit voulu par les va-t-en guerre d’ici et d’ailleurs est par contre condamnable. Il y a des tentatives d’escalades, de provocations. Moscou alimente par exemple cette vision par des provocations incessantes comme le prouvent les récentes attaques de drones au Danemark ou en Belgique. Cette guerre est hybride, avec une bataille de l’information (ou plutôt de désinformation), des accointances avec les courants réactionnaires et d’extrême droite.
Construire un récit d’affrontement militaire entre l’Occident et la Russie est dangereux. Franchir le seuil d’une guerre généralisée serait inconséquent et incontrôlable.
Il faut dire que la France fait partie de la « coalition des volontaires », groupement des Etats européens qui transfèrent des armes lourdes à l’Ukraine. Si le droit de Kiev à se défendre est légitime, chacun sait que la guerre est dans une impasse et qu’une solution politique doit être trouvée. Plusieurs pays non occidentaux, dont le Brésil, ont proposé une médiation et un cycle de négociations.
L’économie de guerre devient la norme comme l’a prouvé le dernier sommet de l’OTAN. Les Etats membres de l’Alliance atlantique sont sommés par Washington de consacrer 5% de leur PIB pour soutenir la course aux armements. 65% des achats par les Etats européens se font déjà auprès des firmes militaires d’Outre-Atlantique, comme pour conforter la mainmise commerciale, technologique et politique de l’Oncle Sam.
Les scandales de corruption entachent pourtant des marchés publics de ventes d’armes et appellent à construire une politique de défense clairement indépendante. L’autonomie stratégique voulue par Emmanuel Macron n’est qu’un mirage tant qu’il n’y aura pas de rupture avec la vassalisation vis-à-vis de Washington. Les « chocs » énoncés par l’armée française placeraient en l’état la France en position d’acteur de second plan.
Rappelons enfin qu’il ne faut pas se mettre dans la main des Etats-Unis quand la paix trumpienne est souvent une paix du plus fort et de la capitulation pour imposer les multinationales étasuniennes.
L’orientation de nos productions vers l’effort de guerre constitue également une spirale inquiétante. On sait que cela appelle à des sacrifices sociaux comme en témoignent les déclarations récentes du secrétaire général de l’OTAN ou du Premier ministre, du temps où il était ministre des Armées.
L’austérité qui accompagnera l’effort de guerre sera payée deux fois : par des coupes budgétaires dans les programmes sociaux mais aussi par la mobilisation des finances publiques. Depuis mars dernier, la Banque publique d’investissement a par exemple lancé un fonds de 450 millions d’euros à destination des dépenses d’armement. Les citoyens peuvent désormais verser leur épargne à hauteur de 500 euros minimum, sur ‘’un livret défense’’, un fonds capital-investissement. Les dispositions sont prises pour orienter les investissements publics et privés en priorité dans ce secteur. Le cours des actions des groupes d’armement bondissent depuis le lancement de ce programme public. Ces investissements servent d’ores et déjà à des programmes de reconversion de l’industrie vers la fabrication d’armements comme l’illustre la démarche d’Europlasma vis-à-vis des Fonderies de Bretagne. Les salariés sont bien conscients de ce risque et refusent de participer à la course aux armements. Les travailleurs des plateformes aéroportuaires et portuaires se mobilisent de leur côté pour empêcher les livraisons d’armes vers Israël, poursuivi pour génocide. La classe ouvrière est encore une fois l’honneur de la nation et la force de paix pendant que la France banalise la présence de criminels de guerre à des salons d’armement.
En plus de l’industrie, les esprits sont conditionnés pour favoriser un contexte de guerre. Le récent accord entre l’Association des Maires de France et de l’Armée de Terre, signé le 15 octobre dernier, en atteste. Les collectivités locales sont appelées à créer les conditions d’un recrutement auprès de la jeunesse populaire. Il est évident que les forces vives qui pourraient être appelées sous les drapeaux seraient majoritairement issues des classes populaires, qu’elles soient de nos banlieues ou de nos territoires ruraux. Le discours de Fabien Mandon était donc bel et bien préparé. L’exécutif doit absolument démentir cette position et clarifier la situation.
Loin de se cantonner à un affrontement potentiel avec la Russie, les aventures militaristes se profilent aux quatre coins de la planète, des Caraïbes à l’Asie en passant le Sahel. La récente déclaration de l’administration étatsunienne sur la relance d’exercices militaires atomiques rejoint les coups de menton réguliers de la Russie sur l’arme ultime. Le spectre d’un hiver nucléaire est ainsi banalisé…
C’est au contraire la culture de paix qui doit être promue comme valeur cardinale. Les forces de progrès, du travail et de la création doivent la défendre à tout prix.
L'Humanité
Nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès d’Erik Marchand survenu le 30 octobre en Roumanie, son deuxième pays, où il avait de très nombreux amis, et où il était avec sa compagne Marie pour un séjour afin de les revoir. Né en octobre 1955, Erik Marchand est décédé à 70 ans.
C’était une immense figure de la musique, de la culture bretonne, et bien au-delà, un passeur généreux, un défricheur, un chanteur et musicien hors pair, immensément respecté dans le milieu de la culture bretonne et de la musique. Le sénateur communiste des Côtes-d’Armor Gérard Lahellec, qui le connaît bien, exprime admirablement bien cette dimension d’Erik Marchand :
« Citoyen du monde, artiste à la carrière immense, sa création artistique va bien au-delà de la Bretagne. De Poullaouen dans le Finistère qui était devenu son port d’attache, il s’ouvrait au monde entier en puisant son inspiration dans cette culture populaire partagée aussi avec notre ami commun Marcel le Guillou de Crech Morvan à Lanrivain. Erik était un érudit. Il avait puisé dans la culture populaire un trésor inestimable de connaissances d’expressions, de rythmes et de sons. Il savait que l’écoute et les ajustements sont nécessaires pour que l’œuvre prenne forme. Chanteur au timbre de voix unique, que ce soit en kan ha diskan ou en gallo, la liste de ses compères était longue. Je pense en particulier en ce jour à Yann-Fanch Kemener qui repose ici, près de chez nous, à Sainte Tréphine.
En 1981, Erik participe à la création du fameux groupe Gwerz ; la Gwerz en Breton signifiant chant breton racontant une histoire, de l’anecdote jusqu’à l’épopée historique ou mythologique… Erik était également sonneur de treujenn goal dans Quintet de clarinette. Citoyen du monde, il a œuvré pour le collectage, la transmission musicale, multipliant les expériences pour une musique populaire à la fois enracinée et favorable aux mélanges (musique roumaine du Taraf de Caransebeș, blues-rock électrique…). Collecteur et transmetteur, Erik avait créé, en 2003, un programme de formation afin de transmettre l’entendement modal dans la musique bretonne dont il était un spécialiste unanimement reconnu. Je n’oublie pas de rappeler aussi qu’avec Erik, nous étanchions notre soif de liberté et de solidarités humaines aux mêmes sources d’un engagement commun, librement consenti… »
Erik Marchand a grandi dans une famille modeste à Paris et s’est passionné dès le début des années 70 pour les musiques populaires du monde, et tout particulièrement la musique traditionnelle de Bretagne, d’où était originaire son père. Il découvre adolescent un enregistrement de fest-noz que son père possède (En passant par la Bretagne, du kan ha diskan par Eugène Grenel et Albert Bolloré).
Erik Marchand s’est vite passionné pour le chant traditionnel breton. Il rencontre notamment Manuel Kerjean, à tout juste 18 ans, et apprend le kan ha diskan (chant et contrechant). Arrivant en stop dans le Centre-Bretagne, il commence par enregistrer les chanteurs de sa famille, autour de Quelneuc. Collecteur de paroles de chants bretons, tout en étant couvreur et apprenti laitier, il travaille dans ce cadre à partir de 1976 pour Dastum. Fasciné par les gwerzioù qu’il entend, il décide de les interpréter à son tour. En 1975, au lendemain du bac, il s’installe définitivement en Bretagne pour devenir l’un des premiers chanteurs traditionnels professionnels. Il rencontre Yann-Fañch Kemener dans le milieu des années soixante-dix. Avec lui, il va écumer les festoù-noz et les représentations.
Il participe à la création du groupe Gwerz en 1981. En apportant au chant traditionnel des arrangements inspirés par les formules musicales locales, le groupe élargit l’horizon de la musique bretonne. En quelques années, la formation de ses six musiciens devient quasiment mythique et marque le début du « traditionnel contemporain ». Victime des activités multiples de ses membres, le groupe fait une pause après l’album de 1988 et ne joue que ponctuellement depuis l’album live de 1992. En 1988, il rencontre Titi Robin. Leur travail est publié sur l’album An Henchoù Treuz dans lequel il pose son chant sur l’oud oriental et autres instruments à cordes de Thierry Robin. Ils se produisent également en trio avec le percussionniste du Rajastan Hameed Khan au tabla indien, association qui donne naissance à l’album An Tri Breur.
Passionné de voyage, lui qui adolescent n’avait pas les moyens de se payer l’avion pour découvrir la musique malienne comme il en rêvait, Erik Marchand parcourt l’Amérique du Nord avant de se lancer à la découverte des traditions musicales des Balkans. À travers la musique, il trouve toujours un moyen de communiquer lorsqu’il s’agit de sauter les barrières culturelles, se jouer des frontières et des divisions. Plusieurs fois par an, il sillonne l’Europe du Sud-Est, de l’ouest de la Roumanie à l’Albanie ou à la Serbie. Il étudie la musique traditionnelle de la Roumanie et de ses tarafs (orchestres), en passant des mois dans le Banat. Lors des Rencontres internationales de clarinettes populaires à Glomel, dont il est l’initiateur, il approfondit ses échanges et invite plusieurs fois le taraf de Caransebes, avec qui il fait le disque Sag An Tan Ell (Vers l’autre flamme, du titre de l’écrivain roumain Panait Istrati) mêlant sons bretons et sons roumains, aux influences serbes. Avec eux, il tourne un peu partout dans l’Europe de l’Est et du Sud.
Il évolue aussi à partir de 2002 en compagnie du guitariste rock alsacien Rodolphe Burger (Before Bach), du guitariste jazz Jacques Pellen, du clarinettiste turc Hasan Yarim-Dünia. Erik Marchand était un citoyen du monde prêt à tous les métissages et enrichissements réciproques des répertoires de la musique populaire ou plus savante. En 2003, Erik Marchand fonde la Kreiz Breizh Akademi, programme de formation visant à transmettre les règles de la musique modale mais aussi « laboratoire de création ».
Erik Marchand était également un homme engagé, un communiste convaincu, qui avait adhéré au PCF et qui fut même membre du Conseil départemental du PCF Finistère à la fin des années 2000. Depuis 3 ans, il militait et cotisait de nouveau à la section du PCF Carhaix-Huelgoat, et avait participé à plusieurs fêtes du Parti Communiste avec ses amis musiciens, comme en 2023 et en 2024 à Carhaix et Morlaix. Morlaix l’avait aussi accueilli au SEW à l’occasion d’une tournée nationale et internationale en janvier dernier pour la présentation de Gluck Auf, avec Rodolphe Burger et Mehdi Hadab. Nous le croisions régulièrement au marché de Morlaix, ou dans les réunions et banquets communistes de Carhaix.
Nous avions beaucoup d’admiration pour lui et c’était une fierté de compter une des plus belles voix et un des plus grands artistes de Bretagne, grand collecteur et passeur de la culture musicale populaire de Bretagne, comme de la musique du monde, parmi les adhérents du PCF dans le Finistère.
Le monde de la musique perd un artiste sans frontières, et soucieux de puiser à la source authenticité des cultures populaires, un défricheur, un découvreur. Comme l’a écrit mon camarade Taran Marec, membre de l’exécutif du PCF Finistère et responsable de la JC : « Figure majeure de la musique bretonne, Erik Marchand aura marqué son époque par son immense talent, son esprit d’ouverture et son travail inlassable de transmission. Les communistes finistériens perdent aussi un camarade fidèle, ancien membre du conseil départemental du PCF Finistère, engagé, généreux et toujours prêt à faire résonner le chant et la convivialité dans nos fêtes, à Morlaix comme à Carhaix. »
Nous nous associons par la pensée à tous ses proches. Nous témoignons de toute notre amitié à Marie Oster, son ancienne compagne, présente à ses côtés jusqu’au bout, et notre camarade de la section PCF de Morlaix, et adressons nos pensées à tous ses amis, musiciens et autres, ses camarades qui l’ont fréquenté et apprécié, et leur présentons nos plus sincères condoléances. Son œuvre et son humanité continueront de nous inspirer. Nos pensées vont aussi à toutes celles et ceux qu’il a touché·es par sa musique.
Kenavo dit kamalad !