Des députés communistes combattants de l'idéal révolutionnaire pendant l'occupation et la seconde guerre mondiale. Lu dans "Mémoire algérienne" de Henri Alleg (stock 2005):
" en février 1943, vingt-sept députés communistes français parmi ceux qui avaient été déchus de leurs mandats, puis déportés en Algérie et emprisonnés au bagne de Maison-Carrée après leur procès tenu à huis-clos en mars 1940, étaient libérés les premiers et je fis connaissance avec eux. Des centaines d'autres militants ne verront les portes des camps de concentration s'ouvrir pour eux que des semaines plus tard. Au début juillet, un des porte-parole des vingt-sept, François Billoux, député de Marseille, dans un article de "Liberté", le journal qu'ils lancèrent alors (qui deviendra l'organe officiel du parti communiste algérien), rappelait tous les efforts qu'ils avaient dû déployer pour arracher aux geôles et aux camps tous les prisonniers et internés français et algériens... Ce n'est que huit mois après le débarquement que le dernier prisonnier sera libéré et que tous les clandestins pourront enfin se montrer à visage découvert. " Quelques mois plus tard, le groupe de députés communistes français libérés de Maison-Carrée décident d'organiser avec une dizaine de militants une école clandestine des cadres du parti communiste en Algérie dans un appartement modeste au rez-de-chaussée d'un immeuble assez vétuste d'Hussen-Dey dans la banlieue est d'Alger. Henri Alleg, engagé dans l'action clandestine de résistance du parti communiste en Algérie sous Vichy, participe à cette école des cadres: "Nos professeurs étaient choisis parmi les députés libérés. Il aurait été bien difficile d'en trouver de meilleurs. C'étaient des hommes qui avaient déjà de longues années d'expérience militants derrière eux, des connaissances solides de la théorie marxiste et de l'histoire du mouvement ouvrier international. L'un d'eux, Étienne Fajon, que je devais retrouver des années plus tard comme directeur de L’Humanité, avait été responsable de l'éducation à l'échelon national du PCF et avait dirigé beaucoup d'écoles et de stages. Il accordait une importance primordiale à l'étude de la théorie pour la formation des militants révolutionnaires et, de son premier métier d'instituteur, il avait conservé aussi la passion d'enseigner. Quelle que fût la difficulté du sujet, il savait le traiter aussi rigoureusement et clairement que possible, sans jamais oublier le niveau d'instruction de chacun de ses élèves dont certains ne maîtrisaient pas complètement la langue française. Un ancien ouvrier metallo, André Parinaud, lui servait d'adjoint. Il avait été interné au camp de concentration de Bossuet, au sud de Sidi Bel Abbes, en Oranie, puis s'en était évadé sur décision de la direction communiste du camp. Parinaud était ce type d'homme que formaient à cette époque les partis communistes et que je n'avais pas encore rencontrés. Des militants issus des milieux ouvriers, plongés depuis des années dans la lutte quotidienne en même temps que portés par un profond idéal. Surprenants autodidactes, ils s'enrichissent constamment de nouvelles connaissances historiques, économiques et politiques mais aussi de la fréquentation d'auteurs anciens et modernes, convaincus qu'on ne saurait être un véritable communiste sans s'efforcer d'apprendre encore et toujours. La durée de l'école était courte - deux semaines drôlement - et les termes "stage de formation accélérée" auraient sans doute mieux convenu. Elle avait surtout pour objet de "nous apprendre à apprendre" et, en un sens, ce fut pour moi une extraordinaire révélation... Les discussions passionnées qui naissaient entre les "élèves" et les "profs" aiguisaient un extraordinaire désir d'en savoir toujours davantage et confirmaient le sentiment exaltant que, de révolte anarchisant que j'étais encore, j'apprenais à devenir un révolutionnaire conscient en mesure de prendre sa place dans le grand combat des hommes pour "changer le monde".
Henri Alleg, Mémoire algérienne (Stock, 2005 - p. 84 à 86)
La grande aventure d'Alger Républicain, par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa
Communist'Art: Anne Greki, poétesse algérienne (1931-1966)
Histoires d'Algérie - "Le camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien" (PUR, 2012)
Histoires d'Algérie - Alice Sportisse, députée communiste d'Oran
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