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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 06:08
Ian Brossat : « La Sécu constitue une subversion du capitalisme » - Grand entretien avec Aurélien Soucheyre, L'Humanité Magazine, 16 octobre 2025

Offrir à tous un temps de vie libéré du travail, avec les retraites. Garantir à chacun un accès aux soins, en cas de maladie. Assurer formation et emploi à tous les travailleurs. Telles sont les immenses conquêtes de la Sécurité sociale, le tout en socialisant les richesses créées par le travail. Mais cette promesse peut-elle encore être tenue au XXIe siècle ? Le communiste Ian Brossat assure que oui.

80 ans après sa création, la Sécurité sociale reste plébiscitée en France, malgré les attaques frontales de ceux qui veulent la privatiser. L’heure est à la reconquête estime Ian Brossat, porte-parole du PCF.

Que représente à vos yeux la Sécurité sociale, dont on fête les 80 ans ?

C’est un trésor, une formidable conquête de la classe ouvrière, qui prend son destin en main et assure dans l’égalité et la justice un avenir meilleur pour tous. Ce n’est pas un hasard si elle a été bâtie avec Ambroise Croizat, ouvrier et ministre communiste du Travail. La Sécu, en s’appuyant sur les richesses créées par le travail, constitue une subversion du capitalisme.

Elle a éloigné la peur du lendemain et apporté des retraites à tous les Français, ainsi qu’un accès aux soins pour tous sans condition de revenus. Il s’agit dans notre histoire humaine d’une rupture majeure et d’une étape fondamentale dont nous profitons encore aujourd’hui. Quatre-vingts ans après sa fondation, elle est plus que jamais appelée à protéger et à se redévelopper. C’est pourquoi les communistes proposent de l’inscrire dans la Constitution, afin d’éloigner toute remise en question de ce pilier fondamental de notre société auquel les Français sont si attachés.

Comment expliquez-vous que la Sécu soit si populaire, malgré des années de discours sur le « trou », le « modèle social infinançable », et malgré un système qui se délite peu à peu ?

Parce qu’elle est considérée comme indispensable face aux aléas de la vie et parce qu’elle fait partie de l’identité de notre pays. La France, ce sont des monuments, une histoire qui nous rend fiers, mais aussi un modèle social singulier qui passe par la Sécurité sociale et les services publics, en lien direct avec la promesse républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité. Bien sûr, nous avons raison d’insister sur les failles du système actuel et sur les dangers qui pèsent sur l’avenir de la Sécu.

Mais nous devons toujours rappeler dans un même mouvement le formidable atout qu’elle représente face à ceux qui cherchent à l’abattre. Grâce à notre système de retraite, la France a un taux de retraités pauvres de 10 %, qui est bien inférieur à celui de l’Allemagne (15 %) et de l’Europe (16 %). Bien sûr, 10 % c’est trop et nous devons mieux faire. Mais ce n’est pas en réalisant le rêve des libéraux, qui veulent « marchandiser » la Sécu et remettre la main sur des centaines de milliards d’euros qui leur échappent que nous y arriverons. Une privatisation de la Sécu aurait pour conséquence une explosion des inégalités. Il s’agit là d’une arnaque et les Français en sont parfaitement conscients.

La Sécu constitue-t-elle le meilleur des systèmes de santé, puisque les États-Uniens dépensent 17 points de PIB pour un accès aux soins partiel et inégal, contre 12 points de PIB en France pour un accès universel ?

La comparaison américaine est très éclairante. Les États-Unis sont l’exemple même d’un régime très inégalitaire qui compte 25 millions de non-assurés et où la rapacité des compagnies privées n’est plus à démontrer. L’affaire Luigi Mangione, du nom de ce citoyen suspecté d’avoir assassiné le directeur d’une assurance privée, est assez édifiante. Personne ne peut cautionner ce crime effrayant.

Mais que Luigi Mangione obtienne ensuite une telle popularité, un tel assentiment dans la société américaine, montre bien les défaillances monstrueuses du système de santé américain. Ce système est tellement inégalitaire, cruel et inhumain que l’assassin d’un assureur devient une coqueluche. En comparaison, la France, où des traitements très onéreux comme les chimiothérapies sont sans reste à charge pour les patients, est infiniment plus vertueuse.

Quel mode de financement privilégier pour la Sécu et pourquoi ? Plutôt la cotisation ? La CSG ? La TVA sociale ?

La part des cotisations sociales, rebaptisée « charges sociales » par les libéraux, a fortement diminué depuis 1980. Elle est passée de 83 % à un peu plus de 50 % des recettes de la Sécu. Or elle est profondément juste car, via la cotisation liée au salaire, chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Il est également logique que les richesses issues du travail financent la protection sociale. En comparaison, la CSG (contribution sociale généralisée) pèse en réalité davantage sur les salariés et les retraités que sur le capital. Quant à la TVA sociale, ce vocable est une provocation en soi : c’est comme si l’on parlait d’un lion végétarien. La TVA est profondément injuste car elle pèse beaucoup plus lourd sur les petits revenus.

Par ailleurs, les entreprises bénéficient chaque année de plus de 80 milliards d’euros d’exonération de cotisations sociales. Il faut remettre en question ces exonérations et pourquoi pas mettre en place des cotisations minorées pour les entreprises qui font le choix de l’emploi, des salaires, de la formation et du respect de l’environnement, et aussi des cotisations pour celles qui font l’inverse. Ce serait beaucoup plus vertueux et utile que des exonérations qui ont soit un effet invisible, soit un effet pervers. Je pense notamment à celles sur les bas salaires qui incitent à mal rémunérer, alors qu’il faut prioriser l’inverse.

La Sécurité sociale est-elle trop importante pour être confiée seulement à l’État et aux Chambres parlementaires ?

Bien sûr. Nous sommes aujourd’hui très loin de l’esprit de départ qui animait les fondateurs de la Sécu, avec un régime géré démocratiquement par les assurés sociaux eux-mêmes via des caisses paritaires où les représentants des travailleurs et le patronat prenaient ensemble les décisions. Une gestion technocratique et étatique de la Sécu s’est depuis imposée, avec une dégradation des comptes. Nous plaidons pour un retour à une gestion plus démocratique et plus efficace, par les assurés sociaux eux-mêmes.

Quels doivent être les grands combats pour une Sécurité sociale du XXIe siècle ?

Il y a deux priorités : l’enjeu de revenir sur la réforme Borne est fondamental et reste dans toutes les têtes. Il est frappant de voir que cette réforme honteuse qui repousse l’âge de départ à 64 ans est encore massivement rejetée et toujours au cœur du bras de fer politique. Il faut revenir à 62 ans, et même à 60 ans.

Nous devons sacraliser un temps de vie en dehors du travail, et nous pouvons le financer. Nous produisons d’ailleurs beaucoup plus de richesses qu’en 1981 ! L’autre grand combat, à mon sens, est celui de la création d’un pôle public du médicament, pour éviter que les grands groupes privés ne fassent leur beurre sur le dos de la Sécu, garantir un accès aux traitements, maîtriser les coûts et assurer notre indépendance sanitaire.

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