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20 octobre 2025 1 20 /10 /octobre /2025 08:22
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière
Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Elle rêvait d'aller en Bugatti aux Sables d'Olonne au bras de son amant...

Quel bonheur de se replonger dans la cinématographie de Claude Chabrol et dans son film de 1978 avec Isabelle Huppert: "Violette Nozière", un film que l'on pourrait qualifier de féministe et transgressif, plein de grâce et de poésie, dont le contexte se passe dans le Paris des années 30 et du quartier latin, avec un casting de rêve, une Isabelle Huppert très jeune et déjà exceptionnelle, Stéphane Audran, Bernadette Lafont, Jean Carmet, Jean-François Garreaud, et un bonheur du jeu d'acteurs tellement propre aux films de Chabrol.

Le film, que l'on peut voir gratuitement ces semaines-c sur la plateforme France.TV avec trois autres films d'Isabelle Huppert, est inspiré de l’histoire réelle de Violette Nozière qui défraya la chronique judiciaire et criminelle en 1933 et 1934, et devint une cause nationale de controverse et de dispute, et notamment une cause pour les surréalistes qui l'ont défendue au nom "de l'amour, de la beauté, de la jeunesse, de la liberté des mœurs".

Au cours des années 1930, Violette Nozière (jouée par Isabelle Huppert) est une adolescente qui se prostitue en secret. Ses parents, Baptiste et Germaine Nozière (jouée par Stephane Audran), chez qui elle vit, ne remarquent rien. En révolte contre leur mode de vie et leur mentalité étriqués, elle tombe amoureuse d’un jeune panier-percé, Jean Dabin, qu’elle fait pratiquement vivre grâce à de petits vols chez ses parents ainsi qu’avec le bénéfice issu de la prostitution occasionnelle. Violette invente des contes en permanence et empoisonne ses parents, à petit feu d'abord, puis franchement et sûrement, pour se venger des viols de son père.

Lors de l'enquête et de son procès, elle affirme que son père l'agressait sexuellement pendant son enfance. Mais du fait du poids du patriarcat de l'époque (les femmes n'ont pas de droit de vote et elles sont considérées comme mineures, soumises à l'autorité du père ou du mari), son aveu des viols répétés par son père n'est pas pris en compte, et elle sera convaincue d’empoisonnement et parricide. Violette Nozière est ainsi condamnée à la peine de mort. Mais à la fin du long-métrage une voix off, Claude Chabrol, nous fait savoir:

« Condamnée à mort le 13 octobre 1934, Violette Nozière fut graciée le 24 décembre par le président Albert Lebrun et sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité. À la suite de sa conduite exemplaire en prison, le maréchal Pétain ramène sa condamnation à douze ans. Résolue à prendre le voile dès l'expiration de sa peine, libérée le 29 août 1945, puis graciée le 1er septembre par le général de Gaulle qui signe en sa faveur un décret annulant les vingt-cinq ans d'interdiction de séjour auxquels elle était condamnée, Violette Nozière épouse finalement le fils du greffier comptable de la prison, qui lui donnera cinq enfants. Ils ouvriront un commerce. En 1963, peu avant sa mort, la Cour de Rouen, fait unique dans l'histoire de la justice française s'agissant d'un condamné à mort de droit commun, prononce sa réhabilitation. »

A l'époque, la gauche et les écrivains communistes font de Violette Nozière un symbole de la lutte contre la société et ses dérives.

Son amant Jean Dabin, celui qui l'a corrompue en vivant de ses générosités, serait un camelot du roi.

Les surréalistes prennent la défense de la jeune femme qui devient leur muse.

Louis Aragon signe en 1933 une chronique dans "L'Humanité" où il la présente comme une victime du patriarcat.

Le 24 octobre 1934, Marcel Aymé interpelle par son plaidoyer en faveur de Violette Nozière : « Dans l'hypothèse d'un inceste, quelle pitié ne méritait pas la malheureuse, et quel pardon ! »

L'inceste, sujet tabou dans une société masculine, permet à Paul Éluard d'écrire un poème qui reste dans les mémoires :
«"Violette a rêvé de défaire
A défait
L'affreux nœud de serpents des liens du sang ".

Écrivains, poètes, mais également peintres prennent fait et cause pour elle. Cette médiatisation de l'affaire influencera les chefs d'État successifs qui eurent, par la suite, à décider du sort de Violette Nozière.

L'Humanité, 18 juillet 2014: "Face à la "pègre bourgeoise", Louis Aragon défend " le monstre en jupons""

Nos grands proçès 1934.

Le poète, alors journaliste à l’Humanité, s’était passionné pour l’affaire Violette Nozière, accusée de parricide. Il y voyait un exemple de la «justice de classe».

Au cœur de l’été 1933, un court article non signé paraît dans l’Humanité : « Un cheminot et sa femme sont trouvés agonisants rue de Madagascar ». Une lycéenne de dix-huit ans, Violette Nozière, raconte avoir découvert ses parents intoxiqués après une fuite de gaz. Le père meurt pendant son transfert à l’hôpital. « L’affaire reste très mystérieuse, écrit le journaliste. S’agit-il d’un simple accident dû à une fuite de gaz ? Mais alors, d’où proviennent les blessures des victimes ? »

Ainsi commence, en quatrième colonne de la première page de l’Humanité, l’histoire de Violette Nozière et de Louis Aragon. La première, lycéenne libertine accusée de la transgression ultime (un double parricide), va captiver l’opinion publique. Le second, poète surréaliste de trente-cinq ans, entré à la rédaction de l’Humanité quelques mois plus tôt, se passionne pour cette affaire sur laquelle il écrira plus de trente articles.

Dès le lendemain du crime, d’« horribles soupçons » pèsent sur Violette Nozière. Arrêtée après une cavale d’une semaine, la jeune femme passe rapidement aux aveux : elle a empoisonné ses parents.

On découvre également que Violette mène une vie dissolue. Élève au lycée Fénelon, elle sèche les cours et passe ses journées dans les bars du boulevard Saint-Michel. Aussitôt, l’affaire divise les Français. La gauche et les surréalistes voient en Violette une rebelle, brisant les codes de la famille bourgeoise. À l’opposé, les partisans de l’ordre moral, représentés par Robert Brasillach, y voient la réalisation d’un « atroce monde sans Dieu ».

« Il reste encore à découvrir un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Pour Louis Aragon, ce fait divers est, dès ses prémices, le révélateur d’une société profondément inégalitaire.

« Plus que jamais dans l’affaire de la rue de Madagascar, écrit-il, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. »

Jour après jour, il raconte l’instruction, s’entretient avec les avocats, la mère, enquête, émet des hypothèses. « Il reste encore à découvrir, écrit Aragon le 12 septembre, un abîme de pourriture d’une catégorie sociale. »

Depuis ses premiers articles, le poète défend une idée : Violette n’a pas agi seule.

« Il y a certainement quelqu’un qui l’a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d’ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d’ouvriers triment jusqu’au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et les fils d’ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule. »

Il interpelle le juge Lanoir (« magistrat on ne peut plus roublard ») pour qu’il cherche le complice de la lycéenne. Cette dernière n’est qu’une « misérable fille dévoyée » qui cherche à protéger son amant de cœur, Jean Dabin, qui plus est militant royaliste auprès des Camelots du roi. « La leçon de l’affaire Nozière, ce qu’elle met au jour, il faut que l’Huma le dise très fort, c’est toute cette pègre bourgeoise, anti-ouvrière, qui a tous les vices, et au contact de laquelle les Violette Nozière viennent se pourrir », martèle Aragon. Au milieu des années 1930, en pleine montée des ligues fascistes (Hitler vient d’obtenir les pleins pouvoirs en Allemagne), l’affaire révèle aussi la xénophobie ambiante.

Pour la dénoncer, Aragon excelle dans l’ironie glaçante : « Un Algérien, vous comprenez, cela peut se charger de tous les crimes, c’est une sorte de sauvage, ça ne peut se comparer à un fils de chef de gare. »

Mais voilà que Violette avoue : si elle a empoisonné son père, c’est parce qu’il la violait depuis l’âge de douze ans. Sujet hautement tabou dans cette société masculine, l’inceste divise encore plus ses partisans et adversaires.

Paul éluard en fait un décasyllabe : « Violette a rêvé de défaire / A défait / L’affreux nœud de serpents des liens du sang. »

Aragon, lui, délégué par Paul-Vaillant Couturier pour suivre l'affaire Nozière, n’y croit pas : « La presse bourgeoise essaye d’accréditer des histoires ordurières sur une famille de travailleurs, ramassant les maladives divagations de la triste Violette ! » En octobre 1934, le procès de Violette Nozière sera expéditif : trois jours d’audience et une heure de délibéré pour la condamner à mort. Les courts débats ne répondront pas aux nombreuses questions restées jusqu’à ce jour sans réponse : ni l’inceste ni la possibilité d’un complice ne seront abordés. Aragon a quitté "l’Humanité", avec laquelle il reste en collaboration régulière, mais le journaliste qui suit le procès déplore cette parodie de justice : « Le procès de Violette Nozière est fait. C’était celui de la société bourgeoise qui entretient le vice et le crime qui était à faire. »

Les femmes n’étant plus guillotinées en France, la peine de mort sera commuée en travaux forcés à perpétuité. Libérée en 1945 après une détention « exemplaire », Violette Nozière sera réhabilitée en 1963.

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

L'affaire Violette Nozière à la Une de l'Humanité - 31 août 1933 (Source Gallica/ Hors-série de L'Humanité, "l'aventure Aragon")

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Article de Louis Aragon, 31 août 1933 - L'Humanité 

(cité in extenso L'Aventure Aragon, Hors Série de l'Humanité, 1212 H, 2024)

Aragon adhère dès 1927 au PCF, même s’il doit attendre 1933 pour se faire admettre de manière stable dans la rédaction, puis s’y imposer, à L’Humanité dans l’univers éditorial du PCF.

La bourgeoisie veut-elle sauver l'un des siens? 

Violette a-t-elle menti en disant qu'elle a agi seule? 

Plus que jamais, dans l'affaire de la rue de Madagascar, le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît. 

Hier matin, le cercueil du père Nozière, du mécanicien assassiné, est parti de la gare de Lyon, par un de ces trains qu’il a conduits jadis et qui l’a emporté cette fois vers Neuville-sur-Loire, au cimetière. Il y avait derrière le cercueil les camarades de travail du mort, cinquante mécaniciens et chauffeurs du PLM. Et c’est d’eux que nous tenons que Nozière était un travailleur qui ne reculait pas devant la tâche : la Compagnie le savait bien, qui lui faisait conduire, par exemple, les rapides de Paris-Vichy, qui font quatre cents kilomètres sans changement de locomotive. Ainsi le drame qui défraye les conversations et les curiosités malsaines soulève en passant un coin du rideau bourgeois qui cache la vie terrible, ardue, des exploités. Quatre cents kilomètres sans changement de locomotive… Le cercueil du vieux Nozière est parti.

Violette "explique" son acte

La "sensation" du jour, longuement commentée dans la presse bourgeoise, est une accusation portée par Violette contre son père pour tenter d'expliquer son acte. Son père aurait abusé d'elle.. il était jaloux... il lui faisait des scènes... 

Il semble bien que ce soit là une de ces inventions qui, loin de devoir soulever l'indignation vertueuse des gens qui se complaisent à les commenter, militent surtout pour faire de la misérable Violette, malade, menteuse et égarée, une inconsciente, qui relève plus de la médecine que de la justice. 

La presse s'empare immédiatement de ce thème facile sur lequel il est facile de mettre de son côté les cœurs sensibles et filiaux.  Elle souligne combien cette accusation portée par Violette contre son père est "habile". Habileté qui lui vaut immédiatement que des journaux comme la Liberté, un des canards les plus vertueux du monde, réclame purement et simplement sa tête  tout en rappelant toutes les affaires où des femmes ont été exécutées, en nous donnant un avant-goût de l’exécution possible par le rappel de celles où des femmes ont été devant la guillotine “d’une lâcheté sans exemple”. On aimerait pourtant bien voir si le signataire de cet article, un certain A. Y., serait lâche ou non devant la guillotine. Devant la guillotine des autres, il est en tout cas sans grande dignité. »

Violette nie avoir voulu tuer sa mère 

Ce "monstre" qu'on se plaît à nous décrire insensible à un sursaut violent à l'interrogatoire "Pourquoi avoir voulu tuer votre mère?" lui demande le juge d'instruction. "Jamais!" s'écrie Violette, je n'ai voulu faire une chose pareille. Je n'ai donné à ma mère que trois cachets, juste pour l'endormir". 

Et sa mère, que devient-elle? 

C'est ici que les choses bien singulières commencent à percer. "L'Humanité" a eu des renseignements qui viennent directement de la malheureuse femme. Et ces renseignements jettent une lumière troublante dans toute l'affaire. 

Madame Nozière parle pour l'Humanité

Hier, Mme Nozière, que les journalistes, les photographes avaient sans cesse assaillie, questionnée sans pudeur, a été isolée, peut-être pour son repos, peut-être pour qu'elle ne parle pas trop... Car elle nous fait dire que maintenant qu'elle est dans son état normal, elle ne voit pas pourquoi on la garde à l'hôpital dans un local grillagé, avec les agitées. Elle ajoute tristement: "Comme ma fille.."  Elle nous fait dire qu'on lui a spécifié qu'"elle ne devait pas trop parler de Jean"  , cet ami de sa fille sur lequel on se montre par ailleurs si discret. Que craignait-on? Elle sait très peu le concernant. Mais "Jean" est d'une bonne famille bourgeoise, n'est-ce pas? Nous pouvons le dire: c'est le fils du chef de gare d'Ivry-marchandises. Et sans doute qu'on veut faire retomber toute la boue et tout le poids d'une affaire où il porte, en face d'une misérable fille dévoyée, sa responsabilité de maquereau content de tirer l'argent d'une femme, fier qu'elle se prostitue pour lui. Et elle, Violette, c'est une fille d'ouvriers. Donc c'est à elle et aux siens, la boue. Mais aux autres... attention! Le chef de gare est bien avec la préfecture comme un vulgaire Pinguet, le comte-flic amateur. 

Le complice? 

Mme Nozière nous fait dire que quand elle a perdu connaissance, son mari et elles étaient habillés. Quand elle est revenu à elle, son mari et elles étaient déshabillés. Nous nions que ce soit Violette qui ait soulevé, déshabillé ses parents. Elle n'en avait ni l'idée ni la force. Et si ce n'est elle, il y avait donc avec elle un complice dans la maison! Le complice n'est pas en ce cas seulement un souteneur qui de loin a manigancé le crime et l'a fait exécuter par Violette. Le complice est l'assassin. Et nous signalions l'autre jour l'acharnement de Violette à affirmer qu'elle avait agi seule. Elle s'accuse, elle a peur pour quelqu'un. Dans ce cœur flétri et cette tête folle, dans cette fille dénaturée, est-ce là l'effet d'un sentiment humain, profond? Et on défend à Mme Nozière de trop parler à Jean! Police de classe. 

Ce que la mère dit de son enfant

Mme Nozière, que les journalistes qui l'ont approchée présentent comme accusant sa fille, accumulant sur la tête de celle-ci les circonstances aggravantes, en réalité pense et dit que sa fille a perdu sa tête: "Elle a voulu se tuer, se jeter dans la Seine en décembre dernier. Et dites surtout que l'an dernier, au mois d'août, elle a eu la fièvre typhoïde". 

Violette, pour sa mère, n'est pas responsable. D'autant moins qu'il y a certainement eu quelqu'un qui l'a guidée. Un de ceux qui prennent les filles d'ouvriers pour les entraîner dans la noce. Un de ceux pour qui les ouvriers et les fils d'ouvriers triment jusqu'au jour où, pour ces mêmes jeunes gens devenus patrons, les ouvriers et fils d'ouvriers sont envoyés en guerre ou aux colonies se faire casser la gueule... A propos! 

Jugé par ses pairs

L'agence Havas communique une note de l'Association générale des étudiants de Paris, association bourgeoise où il y a pas mal de graine de fascistes!: "L'Association générale des étudiants de Paris, émue de l'attitude d'un étudiant en droit qui a été mêlé très étroitement à l'affaire Violette Nozière, ne peut que réprouver et blâmer la conduite inqualifiable de cet étudiant", etc. 

Qui vise donc cette petite note, Messieurs? Vous êtes si discrets dans vos blâmes, sans doute aussi pour ménager l'honneur d'une famille bourgeoise, que nous ne pouvons savoir de qui vous parler. De Jean? Mais Willy non plus n'est pas très beau. Compagnon de noce d'un maquereau, sans doute se fait-il payer les consommations par celui dont il a été raconté à la police qu'il recevait de l'argent de Violette et même combien. (Un envieux sans doute...) Mais il y a dans l'affaire un troisième étudiant que nous oublions. Monsieur le comte de Pinguet. C'est de lui, n'est-ce pas? que vous voulez parler, Messieurs! C'est très bien de vous désolidariser des indicateurs qui peuvent se glisser dans vos rangs... Nous attendons votre réponse. 

L'avocat d'office. 

On a désigné pour défendre Violette un avocat d'office. C'est Me Henri Géraud, qui fut le défenseur de Gorguloff. 

Avec son papa 

MM. Dabin, père et fils, ont été entendus à la P.J. Le papa est chef de gare à Ivry-marchandises. Il dit que son fils est étudiant en droit deuxième année et qu'il lui donne pour ses frais personnels de 150 à 180 francs par mois. Il a toujours trouvé que cela suffisait: Violette lui faisait l'appoint. Le fiston, retour des bains, explique qu'il "payait" dans un premier temps. En juin. Puis c'est Violette qui lui a proposé, en disant que son père lui donnait 1000 francs par mois, pour ses dépenses. Pas difficile à convaincre, Jean empochait. Combien? De 80 à 100 francs par jours. Ah! Violette était plus généreuse que Dabin père! Jean insiste sur le fait qu'il les dépensait avec son amie, et même (parasite ingénu, instinctif) qu'il avait dû faire souvent appel à la bourse de ses camarades pour compléter ses dépenses. Violette l'avait même prié d'acheter une voiture pour elle. Elle y aurait mis 10 000 francs. 

"La vie a continué ainsi jusqu'au 17 août, date de mon départ en vacances. Le 23, j'ai reçu une lettre d'elle disant qu'elle s'ennuyait loin de moi, qu'elle me rejoindrait d'ici quelques jours. J'ai su, par les journaux, les péripéties du drame".    

Oui, sans doute Violette a-t-elle voulu aller le rejoindre. Mais l'argent qu'elle a envoyé par la poste et dont on nous a parlé, M. Jean Dabin n'en souffle mot. A qui fera t-il croire qu'il n'avait jamais su qu'il vivait de la prostitution de son amie? Ignorance de bourgeois qui préfère ignorer de quel sang sont payés les dividendes qu'il touche..." 

Article d'Aragon paru dans l'Humanité le 31 août 1933

Isabelle Huppert, Chabrol, Aragon et l'affaire du parricide de Violette Nozière

Violette Nozière ne songe qu'à protéger celui qu'elle aime

Article d'Aragon dans L'Humanité du 15 septembre 1933

Ce qui domine les déclarations faites par Violette Nozière à M. Lanoire avant-hier, ce qui domine même les errements singuliers des interrogatoires et des démarches de la police de ces derniers jours, c'est la figure de Jean Dabin. Ce jeune homme, qui déclarait l'autre jour qu'un an de service militaire en Afrique suffirait à oublier son "affaire", reprend de l'assurance. Cela se conçoit: on l'a laissé partir en vacances. On ne l'a qu'à peine interrogé. On ne vérifie pas son alibi. Là-dessus, M. de Monzie le cite devant le conseil de discipline de l'université, mais pour un détail qui n'est pas pendable. Alors l'insolence revient à l'avantageux camelot du Roy. Il répond même fort ironiquement à cet homme de gauche par une lettre dont nous regrettons de ne connaître que des morceaux. 

Une lettre ou une gifle. 

Il se moque des professeurs qui auront à le juger, et prends les devants en annonçant qu'il quitte l'université pour ne pas donner par le récit se ses "soirées" le regret à ses professeurs d'"avoir si mal employé leur ardente jeunesse". (...)

Dans le cynisme de ce fils de bourgeois qui se sent soutenu par ceux de sa classe, tout, jusqu'à ce débat avec le ministre qui n'a pas nécessairement le rieur de son côté, traduit et souligne la pourriture d'un régime où ce ne sont que des nuances qui permettent de distinguer entre les gros et les petits profiteurs, les parasites de gouvernement et parasites des Violette Nozière. 

M. Lanoire à l’œuvre

Sauf l'affirmation réitérée qu'elle a agi seule, la dénégation nouvelle d'avoir donné de l'argent à Jean Dabin après le crime, bien qu'en date du 21 août, jour du crime, avant celui-ci prétend-elle, elle lui ait écrit: "Je t'enverrai l'argent que je t'avais promis", Violette n'a rien dit au juge Lanoire. Elle a prétendu avoir donné une dose de poison à ses parents en se basant non pas sur les indications d'un complice, mais sur l'expérience personnelle d'un suicide manqué. Elle s'étonne que le fameux "protecteur", Émile, avec qui elle ne faisait qu'aller au théâtre et qui lui donnait de l'argent, ne se soit pas fait connaître. Mais elle refuse, par discrétion, de livrer son nom. Elle confirme la déposition de Pierre Carrais, etc. Mais l'incident central de l'interrogatoire est provoqué par le défenseur Me Géraud. 

(...) 

 

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