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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 10:01
Photo Taran Marec, élu communiste à Brest

Photo Taran Marec, élu communiste à Brest

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 09:58
Brest - les communistes présents avec les salariés d'EDF contre le projet Hercule (photos Enzo de Gregorio)
Brest - les communistes présents avec les salariés d'EDF contre le projet Hercule (photos Enzo de Gregorio)

Les communistes étaient présents à Brest au côté des salariés d'EDF contre le projet Hercule.

Contre le démantèlement d'EDF et le projet Hercule
Les communistes étaient aux cotés des salariés des industries électriques et gazières à Brest Keraudren le Jeudi 17 décembre (195 rue Ernestine de Trémaudan).
Le projet Hercule n'est que l'ultime étape d'un projet de libéralisation débuté dans les années 1990.
Le PDG d’EDF a pour mission de mettre en place une transformation de l’entreprise visant à accélérer le processus de privatisation et, au final, remplir les poches des actionnaires et faire grimper la facture pour l’usager.
Ainsi, l’État projetterait de scinder le groupe, avec d’un côté tous les moyens de production d’EDF détenus par l’État, et d’un autre tout le reste qui serait placé dans une autre structure dont le capital pourrait être ouvert au privé.
Si cette solution était choisie, ce serait bel et bien un schéma de démantèlement que le gouvernement serait en train de préparer.
Par ailleurs, cette désintégration réduirait EDF à devenir un simple fournisseur d’énergie électrique, ce qui serait la fin d’une part majeure de ses missions de service public car la totalité de la production nucléaire serait mise à la disposition du privé.
L’heure n’est certainement pas à un démantèlement du modèle EDF qui fait ses preuves depuis plus de 70 ans puisque la création d’EDF date d’avril 1946 au moment où la nationalisation a été présentée à l’Assemblée nationale par le ministre communiste Marcel PAUL. D’autant plus que la France a un rôle de premier plan dans le secteur de l’Energie, hautement stratégique pour l’économie et les usagers de notre pays et de toute l’Europe.
Le PCF agit en faveur d’une société basée sur la solidarité et la coopération. L’énergie est un bien commun, un droit fondamental qui doit être accessible à tous. Au regard des enjeux de progrès social et écologique, de souveraineté et d’indépendance de la France, de renouveau industriel, d’aménagement équilibré du territoire et d’égalité républicaine, nous sommes favorables à un mix énergétique diversifié, sous maîtrise publique.
Le PCF propose de créer un établissement public en charge de l’ensemble des énergies, dénommé France Énergie, rassemblant toutes les participations de l’État dans les entreprises du secteur et permettant à la Nation de reprendre progressivement le contrôle d’un secteur essentiel à son devenir et d’en organiser une maîtrise publique au service des usagers, particuliers comme acteurs économiques et industriels.
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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 08:47
Alain Badiou:  Le Parti communiste est, pour Aragon, à la hauteur du rêve, du cœur, de l’ivresse (L'Humanité, 19 décembre 2020)
Alain Badiou : « Le Parti communiste est, pour Aragon, à la hauteur du rêve, du cœur, de l’ivresse »
Samedi 19 Décembre 2020

Le philosophe vient de publier « Radar poésie » (Gallimard), un essai sur l’œuvre poétique de Louis Aragon. L’occasion de le rencontrer, d’évoquer avec lui le poète et de le questionner sur l’actualité. Entretien

 

On peut, à bon droit, s’étonner d’une lecture tardive d’Aragon-poète par le philosophe Alain Badiou. On savait, en outre, son intérêt fondamental pour Mallarmé. Mais, à y regarder de plus près, une logique surgit : elle tient, en résumé, à son parcours intellectuel même, depuis la social-démocratie de « gauche » vers le communisme, le tout à la lumière de Mai 68. Aujourd’hui, Alain Badiou tente de comprendre comment le poète Aragon fut « organisé ». Il repère dans son œuvre trois engagements : la politique, l’amour et l’art, le dernier étant une « cause-idée » centrale, quand les deux premiers sont des « objets-causes » ayant respectivement pour nom propre le Parti communiste français et Elsa Triolet.

Alain Badiou est un philosophe et dramaturge français né le 17 janvier 1937 à Rabat. Professeur émérite à l’École normale supérieure, il est le fondateur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine. En 1988, il publie une somme philosophique, « l’Être et l’événement ». C’est son ouvrage intitulé « De quoi Sarkozy est-il le nom ? » (2007) qui le fera connaître du grand public.
Qu’est-ce qui vous a poussé à une relecture attentive de l’œuvre poétique de Louis Aragon ? A priori, on vous attendait davantage sur Mallarmé – les préjugés ont la vie dure !

Alain Badiou Le préjugé serait plutôt que, pour s’intéresser à Aragon, il faille abandonner Mallarmé ! J’ai pratiqué Mallarmé longtemps, et j’ai écrit sur lui d’assez copieux paragraphes. Mais, dans le même temps, j’aimais et je citais très régulièrement Hugo. C’est qu’il y a, dans la langue française, deux sortes de poètes : ceux qui vont de la sensation à l’abstraction, comme quand Mallarmé dit extraire de toutes les fleurs sensibles « l’absente de tous bouquets » ; et ceux qui font surgir de la langue, conceptuelle ou narrative, une pure présence sensible, comme Hugo qui prépare de loin l’apparition du « chardon bleu des sables ». Indubitablement, Aragon est du côté de Hugo. Cela dit, c’est pour moi une révélation récente : c’est en rencontrant, un peu par hasard, le poème d’éloge du Parti communiste titré « Comment l’eau devint claire » que j’ai saisi la grandeur absolument originale d’Aragon, et que je me suis mis à le lire systématiquement.

 

Lire aussi : Le fou d’Aragon
Qu’est-ce qui vous a amené à penser que le poème, chez Aragon, a besoin d’une cause pour être « mis en branle » ?

Alain Badiou Contrairement à ce qu’on a pu parfois déclarer, quand on a salué ou vilipendé, chez Aragon, l’opportunisme et la virtuosité, quand je le lis, je sens toujours, moi, s’agiter comme en amont du poème une sensation, un problème, un tourment, une certitude, une occasion à ne pas manquer. J’ai voulu discerner, en quelque sorte, les registres réels de ces motivations subjectives, et j’ai vu que, outre la poésie elle-même, qui est sa plus difficile et aussi la plus féconde de ses passions, il y avait deux référents solides, objectifs, auxquels il revenait avec obstination : le Parti communiste et Elsa Triolet. Et, m’inspirant de Lacan, j’ai nommé « objets-causes du désir (de poésie) » ces deux objets. Il me semble que cette façon de faire s’est avérée féconde.

Icon QuoteC’est en rencontrant le poème d’éloge du Parti communiste titré “Comment l’eau devint claire” que j’ai saisi la grandeur absolument originale d’Aragon. 

Dans « Radar poésie », vous écrivez que « le commun du malheur ouvre au communisme ». Que voulez-vous dire exactement ?

Alain Badiou J’ai toujours remarqué que les parties les plus pauvres et les plus exposées d’une société sont aussi celles où l’on trouve les preuves les plus évidentes d’entraide et de solidarité. Qu’un malheur soit vécu comme commun en atténue grandement la morsure. Mais alors, on doit se souvenir que « communisme » porte « commun », ce qui est commun. Après tout, une grève ouvrière réussie est une grève qui soude entre eux les ouvriers à partir de ce qu’ils ont en commun : les postes de travail, la chaîne, les cadences, l’inégalité programmée des salaires, même à travail égal, etc. C’est pourquoi, quand j’expliquais aux ouvriers de Chausson, à Gennevilliers, au milieu des années soixante-dix du dernier siècle, les mécanismes de la plus-value, ils comprenaient très vivement ce que je disais, car cela renvoyait à une expérience commune, faite en commun, du surtravail. De la grève au marxisme et inversement, la circulation était portée par le commun du malheur.

Chez Aragon, le Parti communiste est « poétisé ». En sorte qu’il n’est plus seulement une organisation politique. Qu’est-ce alors ?

Alain Badiou Oui, pour Aragon, qui dit avec force « mon Parti », le Parti communiste est un support, un soutien, de la subjectivité agissante. Le Parti a le pouvoir, quand le sujet y rentre comme dans une part de lui-même, comme dans « sa » maison, de résoudre des problèmes, de surmonter des contradictions personnelles, par exemple (« mon Parti m’a rendu les couleurs de la France »), la contradiction apparente entre l’engagement internationaliste et le patriotisme de la Résistance. C’est pourquoi il peut y avoir ce superbe quatrain où le Parti est, pour le sujet-Aragon, à la hauteur du rêve, du cœur, de l’ivresse, du parfum, et finalement de la vie comme telle :

« Salut à toi (le Parti) phénix immortel de nos rêves

Salut à toi couleur du cœur force du vin

Parfum lorsque le vent du peuple enfin se lève

Envahissant la vie enfin. »

Venons-en à l’actualité brûlante. Où en est le communisme, la « cause-idée » communiste à l’heure du capital globalisé ? N’insistez-vous pas sur ce que vous nommez « le prolétariat nomade » ?

Alain Badiou L’idée communiste en est au tout début de sa troisième étape, après, en gros : premièrement son invention, entre les années 1840 et la fin du XIXe siècle, signifiée par le nom propre Marx ; deuxiè­mement sa première forme de réalisation, entre la révolution de 1917 et, disons, les années 1960, 1970 du XXe siècle, sous la forme du Parti-État, par exemple en Russie puis en Chine, signifiée par le nom de Lénine ; enfin, troisièmement, couvrant la fin du XXe siècle et le début du XXIe, l’esquisse encore très obscure d’un communisme distant de l’État, portant activement son dépérissement, dont la seule expérience, mais tout aussi précaire et vaincue que l’avait été la Commune de Paris, est la Révolution culturelle en Chine, via son apogée : la Commune de Shanghai. Ce qui cependant suffit pour que le troisième nom-symbole soit celui de Mao Tsé-Toung. S’inscrire dans cette troisième séquence, c’est, entre autres choses, travailler constamment aussi près que possible du niveau mondial, du marché mondial, en évitant tous les traquenards du nationalisme. À cet égard, l’attention portée au caractère mondial du marché de la force de travail, au fait qu’ici même une partie considérable du prolétariat ne provienne d’ailleurs que de la France, soit immédiatement, soit par descendance, est un critère de la plus haute importance, face à une circulation des marchandises et de la monnaie devenue, elle, absolument mondiale. C’est pourquoi je parle d’un prolétariat nomade.

Icon Quote Il n’y a jamais eu d’autre alternative au capitalisme que le communisme. Ce qui s’est présenté d’autre n’a jamais été qu’une variable d’ajustement du capitalisme.

L’idée communiste constitue-t-elle une alternative à la seule option que l’on nous vend comme « crédiblement » possible : la poursuite immuable du capitalisme ?

Alain Badiou Il n’y a jamais eu d’autre alternative au capitalisme que le communisme. Ce qui s’est présenté d’autre, par exemple la social-démocratie, n’a jamais été qu’une variable d’ajustement du capitalisme, sa roue de secours en cas de difficulté locale. Ce qui brouille les pistes aujourd’hui est le passage très complexe entre la deuxième étape, centrée sur le Parti-État, et la troisième, qui doit se distancer de cette centration, et revenir sur les questions intrinsèques du communisme : la fin du salariat, le dépérissement de l’État, la fin des « grandes différences », comme celle entre travail manuel et travail intellectuel, ou entre tâches d’exécution et tâches de direction… Tout cela devra être ramené au centre des actions communistes, en même temps que le mot d’ordre de suppression de la propriété privée de tout ce qui a une valeur commune. En même temps, et non reporté indéfiniment à plus tard.

Pensez-vous toujours que nous élisons des « fondés de pouvoir » ?

Alain Badiou Au niveau de l’État, de la gestion générale, cela ne fait aucun doute. Citez-moi un seul président qui n’ait pas été un gestionnaire de l’ordre bourgeois établi ! Mitterrand, élu en 1981 pour autre chose, a montré dès 1983 qu’il patronnerait sans hésiter le retour à l’ordre capitaliste. Songeons que c’est en 1986 que le gouvernement Chirac a créé ce qui a fonctionné comme le bureau central des privatisations ! Et rappelons-nous le fier Jospin, déclarant aux ouvriers de Michelin en grève : « On ne va quand même pas revenir à l’économie administrée ! » Si, du reste, il en allait autrement, on ne voit pas comment la France pourrait soutenir son inclusion sans heurt dans le marché mondial. Bien sûr, au niveau municipal, on laisse quelques marges d’action. Mais cela même est en train de disparaître : voyez ce qui se passe, avec la désindustrialisation massive, dans toute la banlieue de Paris… Il n’existe et il n’existera aucune orientation centrale communiste dans le cadre de la démocratie parlementaire. Il faut mener une active campagne pour discréditer totalement le vote, et rendre ainsi visiblement illégitimes et virtuellement totalement minoritaires les fondés de pouvoir des fortunes du CAC 40.

Quels sont aujourd’hui vos rapports avec Marx ?

Alain Badiou Excellents à tous égards. Je suis stupéfait de constater que si le meilleur manuel du militant communiste reste « le Petit Livre rouge », fait de textes de Mao, la meilleure introduction à la compréhension générale du communisme, articulée à l’histoire de la lutte des classes et à l’analyse du capitalisme, reste le « Manifeste du Parti communiste ».

Que nous dit la crise sanitaire du monde dans lequel nous sommes ?

Alain Badiou Pas grand-chose, à vrai dire. Les épidémies frappent les collectivités humaines depuis toujours. Elles sont aussi, dans certains cas, comme la variole, qui massacrait les êtres humains par millions, éradiquées par un vaccin découvert dès le XVIIIe siècle. Bien entendu, la mondialisation du marché capitaliste et les moyens de transport transcontinentaux ont diffusé le virus à une vitesse autrefois inconnue. Bien sûr aussi, la dimension de classe est parfaitement visible, entre le bourgeois qui se réfugie dans sa maison de campagne, et le pauvre, notamment justement le prolétaire nomade, qui est dans la rue ou qui vit, entassé avec d’autres, dans un foyer semi-clandestin. Cela dit, comme dans les situations de guerre, un gouvernement, quel qu’il soit, tente de tenir équilibrée la balance entre le risque, meurtrier ou sanitaire, et la continuation de l’activité économique. Il n’y a pas, en la matière, de solution miracle, surtout quand le virus n’est pas encore scientifiquement tout à fait connu et maîtrisé.

De quoi Trump fut-il le nom et quid de l’après-Trump, selon vous ?

Alain Badiou Trump a été le nom d’une maladie du parlementarisme ou, plus précisément, du fait que le parlementarisme ne fonctionne correctement que s’il y a, clairement, deux partis : républicains et démocrates, conservateurs et travaillistes, droite et gauche… Aujourd’hui, la difficulté est que le pouvoir politique est encore national, alors que la réalité économique relève d’une concentration du capital, qui opère à échelle mondiale. Cette contradiction a entraîné une instabilité des partis parlementaires nationaux. En France, par exemple, la droite est en compétition avec une extrême droite vigoureuse, cependant que la gauche est dans un état de décomposition avancée. En Amérique, de même, un aventurier d’extrême droite a réussi à « représenter » la droite ordinaire. On a eu affaire à une sorte de fascisme électoral ou, aimerais-je dire, un fascisme « démocratique », puisque relevant d’une élection régulière. L’après-Trump, avec le pâle Biden, n’est rien d’autre qu’un retour à la normale, probablement instable, vu que la base électorale de Trump est restée très élevée.

Icon QuoteAvec cette seule règle du profit, il y a nécessairement prédation et destruction dans l’utilisation des ressources. Conclusion : l’écologie sera communiste, ou ne sera pas.

On entend parfois un discours très rude sur « la mythologie écologiste » ; cela veut-il dire qu’il n’y a que du mythologique dans l’écologie ?

Alain Badiou Bien évidemment, les invocations de notre « planète » comme d’une divinité menacée, les prophéties de type biblique, le goût de la catastrophe, tout cela rappelle en effet les religions. La très jeune fille qui prêche pour la nature (Greta Thunberg – NDLR) ressemble à Bernadette de Lourdes. Le réel, lui, est que, la production étant soumise à la seule règle générale du profit et emportée irrésistiblement par la violente logique de la concentration du capital, il y a nécessairement quelque chose de prédateur et de destructeur dans la mise à sac des ressources, alimentaires, minérales, pétrolières, etc. Mais la seule conclusion à en tirer est que l’écologie sera communiste, ou ne sera pas.

Quelles différences fondamentales pointez-vous entre le siècle où vous êtes né, le XXe, et ce nouveau siècle ?

Alain Badiou Le XXe siècle a été le siècle des guerres mondiales, toutes provoquées par la rivalité des grands impérialismes, et des révolutions communistes, engendrant à la fois espoir d’émancipation et impasses finales. Le siècle actuel n’a rien changé du côté du capital, mais le communisme, lui, doit être réinventé. D’où une « couleur » générale moins propice au courage et plus propice aux diverses formes de l’obscurantisme.

« Radar poésie, essai sur Aragon » 
d’Alain Badiou
Gallimard, 64 pages, 9 euros.

LES SUGGESTIONS DE L’AUTEUR
• « Les Poètes », de Louis Aragon, collection « Poésie-Gallimard » (n° 114), 1976.
• « Les Châtiments », de Victor Hugo, Garnier-Flammarion, 1978.

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 08:32
Marcel Paul, ministre communiste à l'origine d'EDF-GDF et de la nationalisation de l'énergie: l’énergie ouvrière chevillée au corps (Alexandre Courban, L'Humanité, samedi 19 décembre)
Marcel Paul, l’énergie ouvrière chevillée au corps
Samedi 19 Décembre 2020

Abandonné par une mère dans l’indigence, le jeune pupille, décidé à s’extirper de sa condition de valet de ferme, embrasse la carrière d’électricien. Et la cause ouvrière. Communiste, syndiqué, résistant... En 1945, le « pitau » devenu ministre nationalise l’énergie française. Ainsi naquit EDF-GDF.

 

On a longtemps imaginé que Marcel Paul est né le jour de l’anniversaire de la prise de la Bastille. Sa mère l’aurait abandonné parce qu’elle était célibataire, contrainte d’agir ainsi pour survivre dans une société masculine profondément inégalitaire. Sa mort, survenue le 11 novembre 1982, jour de la commémoration de la Première Guerre mondiale, quelques heures après qu’il a participé avec le président de la République, François Mitterrand, à la cérémonie officielle à l’Arc de triomphe – bien qu’éclipsée par celle du dirigeant soviétique Leonid Brejnev –, contribua à nourrir la légende de l’homme. Celle d’un ouvrier devenu ministre à la Libération, légitimé par son action dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, considéré – à raison – comme le père de la nationalisation du gaz et de l’électricité et du statut national personnel des industries électriques et gazières.

L’accès à de nouvelles archives, publiques et privées, a permis de régénérer les travaux pionniers de Pierre Durand (1) et de René Gaudy (2), et de renouveler l’approche biographique de ce militant parmi les militants.

Confié à l'Assistance publique

L’ouverture des archives de l’Assistance publique de l’ancien département de la Seine permet de mieux connaître son enfance. Marcel Paul est né le 12 juillet 1900. Son père, qui se prénomme également Marcel, est originaire de l’ouest de la France, il est né en Dordogne en 1878. Sa mère, Marie Dubois, est également originaire de l’ouest de la France, née en 1877 en Ille-et-Vilaine. On ignore tout de leur rencontre. La jeune couturière déclare être arrivée à Paris en 1898. Le concierge de l’immeuble atteste dans les semaines qui suivent la naissance de Marcel Paul qu’elle a toujours eu une très bonne conduite.

 

Toujours est-il que Marie Dubois accouche seule à la maternité du boulevard de Port-Royal. Son compagnon est alors sous les drapeaux depuis huit mois. Ils ne sont pas mariés. Les parents du jeune conscrit se ­seraient opposés pendant plusieurs années à leur union. Ce n’est qu’en 1905 que Marcel Paul et Marie Dubois se marient à Paris, trois ans après le décès du père de Marcel Paul, un an après avoir obtenu le consentement de leurs mères respectives. Trois jours après la naissance de son fils, Marie Dubois explique à un employé du service des enfants assistés du département de la Seine qu’elle ne gagne pas suffisamment d’argent pour placer son fils en nourrice, ce qui l’oblige à le confier à l’Assistance publique. Elle aurait été informée que « l’admission d’un enfant à l’hospice des enfants assistés ne constituait pas un placement temporaire, mais bien un abandon, et que les conséquences de cet abandon étaient les suivantes : ignorance absolue des lieux où l’enfant serait mis en nourrice ou placé ; absence de toute communication, même indirecte, avec lui ; nouvelles de l’enfant données tous les trois mois seulement et ne répondant qu’à la question de l’existence ou du décès ».

Un petit valet de ferme qui rêve d'aviation

Marcel Paul est alors envoyé dans le département de la Sarthe. Il est d’abord placé chez un couple de journaliers, puis chez une autre nourrice, veuve, dans le village de Moncé-en-Belin, où une plaque commémorative apposée depuis sur une façade rappelle sa présence en ce lieu. Marcel Paul semble avoir considéré et aimé sa nourrice comme sa mère. Quant à sa mère biologique, elle regrette presque immédiatement son geste. Pendant vingt ans – ce que nous ignorions jusqu’à présent –, Marie Dubois s’est battue pour retrouver son fils, quand bien même ses multiples démarches ont été compliquées. Il est facile d’imaginer ce que peut représenter pour quelqu’un ne maîtrisant pas correctement la langue française à l’écrit – comme le montrent les lettres conservées dans les archives – de contacter l’administration, et qui plus est pour une femme confrontée au regard d’une décision forcément masculine.

Marcel Paul aspire à devenir typographe. La déclaration de guerre, en août 1914, bouleverse son projet.

Comme l’a écrit René Gaudy dans la notice biographique rédigée pour le Maitron en ligne, « le petit pupille de l’Assistance publique prend goût à l’école grâce à son instituteur » (2). En juin 1913, Marcel Paul passe avec succès les épreuves du certificat d’études primaires. Il est même reçu parmi les premiers, ce qui aurait causé médisance et jalousie de la part de quelques notables du village. Marcel Paul aspire alors à devenir typographe. La déclaration de guerre, en août 1914, bouleverse son projet. Âgé de 13 ans, il devient valet de ferme. Pendant quatre ans, il travaille dans différentes exploitations agricoles, tout en caressant à plusieurs reprises le rêve d’intégrer une école d’aviation pour devenir mécanicien.

Engagé dans la Grande Guerre

En avril 1919, Marcel Paul change radicalement d’existence. Contrairement à ce qui a été écrit jusqu’à présent, le jeune pupille décide de son propre chef de s’engager dans l’armée pour quatre ans. Il se rend à la mairie du Mans pour signer son engagement, puis il rejoint le 2e dépôt des équipages de la flotte à Brest. Cette caserne est à la fois un lieu de transit pour les marins en attente d’une affectation ou d’un embarquement et un centre de formation de la marine. Marcel Paul témoignera par la suite avoir pris part à la deuxième vague de mutinerie qui touche, en juin 1919, les ports et arsenaux français, en écho à la révolte des marins français de la mer Noire, entre autres hostiles à l’intervention militaire française contre les bolcheviks et la révolution russe.

Membre du Parti communiste, il exerce successivement différentes responsabilités syndicales durant l’entre-deux-guerres.

En avril 1922, Marcel Paul est démobilisé. Titulaire du brevet élémentaire d’électricien, il se rend aussitôt à Paris pour toucher son compte de pupille. Il travaille d’abord dans une entreprise de travaux publics. Il se syndique alors à la Confédération générale du travail unitaire (CGTU). Il est ensuite embauché à la Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP). Il travaille quelques mois comme monteur au sein du service électrique, où il est chargé de l’entretien des lignes aériennes du tramway. Il est par la suite recruté comme électricien à la Compagnie des compteurs, à Montrouge. Il intègre enfin la Compagnie parisienne de distribution électrique (CPDE), en 1924, comme releveur de compteurs. Membre du Parti communiste, il exerce successivement différentes responsabilités syndicales durant l’entre-deux-guerres, jusqu’à devenir à l’époque du Front populaire secrétaire général de la fédération de l’éclairage de la CGT réunifiée, jusqu’à la signature du pacte germano-soviétique et au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

De Buchenwald au Comité central

Marcel Paul est l’un des pionniers de la Résistance. Il déploie une ligne d’union populaire à laquelle il restera attaché toute sa vie, indépendamment des vicissitudes idéologiques. En novembre 1941, il est arrêté par la police française à la suite d’une dénonciation qui le conduit des prisons de Vichy au camp de Buchenwald, où il est déporté en avril 1944. Très vite, il participe à l’organisation de la Résistance dans ce camp de travail forcé, aux côtés du colonel Henri Manhès, l’ancien adjoint de Jean Moulin en zone nord. Tout porte à croire que, par son action rassembleuse, Marcel Paul a contribué à inclure à la fois des individus considérés comme des « ennemis du parti », à l’image des militants trotskystes, ou des « adversaires du parti », comme les francs-maçons, sans même parler de dirigeants patronaux, tel l’ingénieur Marcel Bloch qui prendra après la guerre le nom de Marcel Dassault.

La libération de Buchenwald inaugure pour Marcel Paul une période d’activité intense. Cette soudaine notoriété le conduit à être élu au comité central du Parti communiste, lors du Xe congrès, réuni à Paris en juin 1945. Il intègre dans la foulée l’Assemblée consultative, avant d’être élu député de la Haute-Vienne en octobre 1945.

La bataille de la nationalisation

Un mois plus tard, l’ancien secrétaire de la fédération CGT de l’éclairage devient ministre de la Production industrielle du gouvernement formé par le général de Gaulle – qui comprend quatre autres ministres communistes : Maurice Thorez, Ambroise Croizat, François Billoux et Charles Tillon. Marcel Paul s’engage dans une nouvelle bataille : celle de la nationalisation du gaz et de l’électricité, conformément au programme du Conseil national de la Résistance. Si les actionnaires des anciennes sociétés privées sont indemnisés à hauteur de 1 % des recettes annuelles de la future entreprise publique, les salariés du nouveau groupe industriel public disposeront également de la même somme pour développer leurs œuvres sociales dans un futur organisme à mettre en place. La loi est promulguée le 8 avril 1946.

Par ailleurs, Marcel Paul parvient deux mois plus tard à signer le décret approuvant le statut national du personnel des industries électriques et gazières, qui prévoit la création du Conseil central des œuvres sociales (CCOS), qu’il est amené à présider début 1947, après son départ du gouvernement.

Syndicalisme à bases  multiples

En quelques mois, ce comité d’entreprise hors normes, mis en place en janvier 1947 – uniquement géré par les représentants du personnel –, met en œuvre ce que le secrétaire de la CGT Benoît Frachon avait défendu plus d’une fois durant l’entre-deux-guerres : le syndicalisme à bases multiples. Il s’agissait alors d’être utile, au quotidien, aux ouvriers, en leur proposant des services souvent inexistants dans le domaine de la formation, de la santé ou de la culture, sans pour autant renoncer à la lutte revendicative (3). La priorité est alors donnée aux enfants de 6 à 14 ans, qui ont la possibilité de partir un mois en vacances à la campagne, à la mer ou à la montagne. Renouant avec la tradition des coopératives de consommation, le CCOS affirme sa volonté de donner accès aux produits de première nécessité, alors même que la France connaît encore des restrictions importantes. Enfin, dans la lignée du mouvement mutualiste, le CCOS accompagne la création et la mise en place de la Sécurité sociale portée par Ambroise Croizat, autre ministre communiste issu des rangs de la CGT. Par ailleurs, Marcel Paul n’hésite pas à engager le CCOS dans la cogestion de l’appareil de production énergétique français, contribuant à verser en 1950 le reliquat des sommes non dépensées pour la construction de barrages.

Face aux manœuvres droitières

Les activités sociales de l’énergie sont rapidement mises sur la sellette, ne serait-ce que pour la capacité d’entraînement que représente ce modèle aux yeux des adversaires des conquêtes ouvrières et du progrès social. Les forces de droite – politiques et économiques –, dans le contexte de la guerre froide, manœuvrent pour mettre un terme à cette expérience concrète visant à l’émancipation des ouvriers et de leurs familles. Le 17 février 1951, le gouvernement de René Pleven dissout le CCOS.

Par la suite, Marcel Paul redevient secrétaire de la fédération CGT du personnel de l’énergie électrique, nucléaire et gazière, qui s’avère incontournable au sein d’EDF-GDF. Mais la guerre d’Algérie, qui éclate le 1er novembre 1954, l’entraîne dans une nouvelle crise qui se soldera neuf ans plus tard par le départ de Marcel Paul, évincé par une équipe de quadragénaires comprenant Roger Pauwels, René Le Guen, Pierre Delplanque et Claude Flandre.

Marcel Paul consacre alors la fin de sa vie à une autre fédération : celle des déportés, internés, résistants et patriotes (FNDIRP), dont il est cofondateur.

(1) « Marcel Paul. Vie d’un “pitau” », de Pierre Durand. Temps actuels, 1983. (2) Notice Marcel Paul par René Gaudy sur le site du Maitron : https://maitron.fr/spip.php?article50530. Version mise en ligne le 6 juin 2009, dernière modification le 11 novembre 2020. (3) Voir l’exemple des métallurgistes de la région parisienne dans « Solidarité ! », le livre-DVD retraçant l’histoire de l’Union fraternelle des métallurgistes, de Mathilde de Romefort et Alexandre Courban. UFM-CGT, 2015.
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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 06:45

 

Les multinationales pharmaceutiques, en course dans la recherche de traitements et vaccins contre le Covid, défendent à grands coups de lobbying leurs titres de propriété intellectuelle. Un système largement dévoyé dont le vernis, à la lumière de la pandémie, semble enfin craquer. EXPLICATIONS.

Big Pharma s’arc-boute sur la propriété intellectuelle. Aidés comme jamais auparavant par les puissances publiques occidentales par le biais de subventions directes pour la production et la logistique, ou des précommandes au prix fort de leurs sérums et de leurs médicaments, profitant par ailleurs des découvertes et des connaissances accumulées dans le cadre de recherches publiques, ces géants de l’industrie pharmaceutique, et leurs gros bras dans les lobbys patronaux, défendent, depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’empire des brevets comme une récompense pour l’innovation médicale ou comme une « incitation » indispensable au développement de traitements et de vaccins. Les affaires sont les affaires, et cela, quoi qu’il arrive !

Alors que les exemples édifiants d’abus de pouvoir se sont multipliés dès le printemps dernier – un parmi beaucoup d’autres, avec ces médecins de l’hôpital de Brescia (Italie) menacés de poursuites pour contrefaçon après avoir fabriqué en 3D les valves indispensables des respirateurs, pourtant en rupture de stock –, Big Pharma s’est illustré à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), où ses « passe-plats » sont parvenus à torpiller un mécanisme de mutualisation des brevets sur les médicaments, les vaccins, les procédés et toutes les technologies utiles contre le coronavirus. Et ils remettent le couvert à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où les États les plus riches s’opposent à la proposition formulée par l’Afrique du Sud et l’Inde d’une dérogation temporaire aux droits de propriété intellectuelle afin d’assurer que traitements et vaccins contre le Covid-19 deviennent bel et bien des biens communs universels, accessibles à prix abordables sur toute la planète.

Les 210 nouveaux médicaments qui ont reçu une autorisation de mise sur le marché entre 2010 et 2016 ont tous, sans exception, bénéficié d’aides publiques dans la phase de recherche.

Dans le contexte actuel, marqué par l’ombre d’une pénurie globale – confisqués par les grandes puissances capitalistes, les premiers stocks de vaccins seront, à l’évidence, en quantité bien trop limitée pour espérer endiguer la pandémie à l’échelle planétaire –, il est plus que temps d’en finir avec un certain nombre de mythes liés à la propriété intellectuelle. C’est ce à quoi invite, dans un rapport publié début décembre, I-Mak, une association américaine fédérant des avocats, des scientifiques et des experts en santé globale engagés contre un système des brevets entravant le bien public universel. En voici un inventaire en cinq points.

 

Mythe n° 1 : Sur un médicament, le producteur ne dépose qu’un seul brevet

Faux : les entreprises pharmaceutiques peuvent en émettre des dizaines, voire des centaines, pour chacun de leurs traitements. Elles le font sur les principes actifs, mais également sur les dosages, sur les formules, sur les types de maladies que le médicament peut traiter, etc. En moyenne, d’après I-Mak, chaque médicament parmi les plus vendus aux États-Unis est ainsi couvert par 131 brevets.

 

Mythe n° 2 : Un médicament ne peut pas être breveté plus de 20 ans et il peut ensuite être fabriqué comme générique

Un médicament ne peut pas être breveté plus de 20 ans et il peut ensuite être fabriqué comme générique. Selon la loi américaine, la licence pour une innovation couvre effectivement une période d’une telle durée, mais, comme les grandes entreprises échelonnent leurs enregistrements de brevets qui peuvent, par exemple, se limiter à un changement de dosage, elles s’octroient des années supplémentaires de monopole à très bon compte. Dans les faits, la durée moyenne de protection des droits de propriété intellectuelle sur un médicament outre-Atlantique est de 38 ans.

 

Mythe n° 3 :  Pour obtenir un brevet en bonne et due forme, il faut avoir inventé quelque chose

Ça, c’est en théorie : on doit, comme le chante sur tous les tons l’industrie pharmaceutique, avoir innové, créé quelque chose de tout à fait inédit… En pratique, c’est bien différent, car de très nombreux brevets concernent en fait de simples et légères modifications d’inventions précédentes. D’après une étude de Robin Feldman parue en décembre 2018 dans une revue scientifique – le « Journal of Law and the Biosciences » –, 78 % des médicaments associés à des nouveaux brevets aux États-Unis n’ont en réalité rien de nouveau, et cette protection étendue est plus prononcée encore pour les blockbusters, ces produits phares qui constituent les meilleures ventes de l’industrie pharmaceutique.

 

Mythe n° 4 : Plus il y a de brevets, plus il y a d’investissements et donc plus il y a d’innovation

L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et d’autres organismes internationaux classent les pays dans un palmarès de l’« innovation » en fonction du nombre de brevets déposés et validés. Or, ces unités de mesure ne peuvent donner que des résultats tronqués. Le lien entre brevets et investissements s’avère particulièrement fallacieux à partir du moment où les plus grandes multinationales, qui brûlent une grande partie de leurs profits dans la distribution de dividendes ou dans le rachat de leurs propres actions, déposent la majeure partie de leurs brevets pour préserver plus longtemps leurs monopoles sur tel ou tel médicament, sans investir en l’occurrence dans de nouvelles recherches.

 

Mythe n° 5 : C’est du secteur privé que proviennent toutes les innovations médicales ou biotechnologiques, il est donc naturel que les profits émanant de la propriété intellectuelle lui reviennent

C’est sans doute la légende la plus fragile parmi toutes, et elle est définitivement fausse dans le monde entier, et pas que dans les pays socialistes ! Aux États-Unis, selon un document de travail de l’Académie des sciences, des techniques et de médecine, publié en début d’année, les 210 nouveaux médicaments qui ont reçu une autorisation de mise sur le marché entre 2010 et 2016 ont tous, sans exception, bénéficié d’aides publiques dans la phase de recherche. Au printemps 2019, l’OMS a adopté une résolution sur la transparence des prix des médicaments, recommandant aux États de mettre en place un système contraignant l’industrie pharmaceutique à faire toute la lumière sur le montant des investissements privés de recherche, sur les dépenses de marketing, mais également sur les aides directes et indirectes (subventions, crédits d’impôt, etc.) reçues pour le développement de leur produit. Fin novembre, dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), l’Assemblée française a adopté un amendement allant dans ce sens, mais c’est encore timide : la transparence sera attendue sur les subsides publics reçus, mais pas encore sur les coûts induits par les brevets !

 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 06:32

 

Syndicats et partis politiques se mobilisent contre le projet Hercule, qui vise à démanteler l’opérateur historique au nom d’une « concurrence libre et non faussée » largement illusoire. DÉCRYPTAGE.

Avec son projet Hercule, le gouvernement a réussi l’exploit de fédérer contre lui la totalité des syndicats d’EDF et une bonne partie des forces politiques du pays. Du PCF à certains députés LR, tous tirent désormais à boulets rouges contre ce plan de refonte de l’opérateur historique, à tel point que certains se prennent à espérer une bataille nationale, sur le modèle de ce qui avait été fait contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP)…

 

1. Hercule, le dépeçage programmé d’EDF

Le dossier étant piloté depuis l’Élysée, des zones d’ombre entourent toujours le texte. En l’état actuel, Hercule vise à scinder EDF en trois entités étanches. EDF « bleu », à 100 % public, réunirait le nucléaire et le thermique (centrales au gaz, charbon…). EDF « azur », lui aussi public, détiendrait la production hydroélectrique (les barrages). Enfin, EDF « vert » coifferait pour l’essentiel Enedis (distribution d’électricité) et les énergies renouvelables. C’est ce dernier pôle qui serait ouvert au privé, à hauteur de 35 % dans un premier temps. Pour le dire autrement, ce nouveau Meccano revient à nationaliser les pertes et à privatiser les profits. En effet, l’État conserverait dans son giron les activités les plus coûteuses (le nucléaire implique des investissements colossaux, qui rebutent le secteur privé), et céderait au marché les plus lucratives. À titre d’exemple, le seul Enedis draine au moins 600 millions d’euros de dividendes dans les caisses d’EDF tous les ans : demain, une partie de cette manne sera accessible aux nouveaux actionnaires.

Au passage, il y a de fortes chances que le futur EDF « bleu », à 100 % public, doive vendre la totalité de sa production d’électricité à ses concurrents, c’est-à-dire aussi bien EDF « vert » que des industriels déjà positionnés sur le marché de l’énergie (Total, ENI, Leclerc..). La perspective fait bondir ce cadre d’EDF : « Nos concurrents vont pouvoir marcher sur nos plates-bandes, alors même qu’ils n’ont pas investi un centime dans la production d’électricité au cours des dernières décennies ! Construire une centrale nucléaire prend dix ans et coûte une dizaine de milliards d’euros. Demain, c’est bien l’État qui continuera à financer ce type d’investissement, pendant que les acteurs capitalistes pourront réaliser des marges sur ce qui rapporte. »

 

2. La religion de la concurrence à tout prix

En réalité, Hercule n’est que l’ultime étape d’un processus de libéralisation débuté il y a longtemps. Initiée dès les années 1980, sous l’impulsion de Margareth Thatcher, puis entérinée à coups de directives européennes dans les années 1990, la dérégulation du secteur de l’énergie n’a jamais apporté les fruits escomptés en termes de baisse des tarifs. Entre 2007 et 2017, la facture moyenne d’un client chauffé à l’électrique a augmenté de 36 % en France.

S’il est impossible d’imputer cette envolée à la seule concurrence, cette dernière a bel et bien échoué à écraser les prix… Les raisons sont structurelles. Une facture d’électricité comprend, grosso modo, trois postes de dépenses. Le coût de production de l’énergie, son coût d’acheminement et les taxes. S’ils veulent faire baisser leurs tarifs, les opérateurs privés ne peuvent jouer ni sur les taxes, fixées par l’État, ni sur la distribution, puisque les réseaux d’acheminement de l’électricité n’ont pas été ouverts à la concurrence – il est absurde de créer un nouveau réseau de lignes à haute tension pour chaque nouvel acteur ! Reste le volet production… Mais en la matière, les concurrents sont bien obligés de se tourner vers EDF, car aucun ne peut rivaliser avec les 56 réacteurs nucléaires de l’opérateur.

« En définitive, les opérateurs privés ne peuvent jouer que sur les coûts de commercialisation, qui ne représentent pas plus de 5 % du coût total de l’électricité, souligne Jacques Percebois, économiste spécialiste du secteur. Une étude a montré que le fait de passer à la concurrence permettait au particulier d’économiser environ 4 euros par mois. C’est mince. »

Pour aider néanmoins les concurrents à s’implanter sur le marché, le législateur a inventé en 2010 un dispositif sur mesure, l’Arenh ou accès régulé à l’électricité nucléaire historique. Il permet aux fournisseurs alternatifs d’acheter à EDF une partie de sa production (environ 25 %), à un tarif fixé par l’État (42 euros du mégawattheure actuellement). L’opérateur cherche depuis des années à le rehausser, car il estime le montant trop bas pour couvrir ses frais de maintenance du parc nucléaire… C’est bien ce qui se joue avec Hercule : le gouvernement pourrait « vendre » à la Commission européenne le démantèlement d’EDF, contre un relèvement du tarif de l’Arenh.

3. Une rupture d’égalité entre les consommateurs ?

Les syndicats redoutent que le projet Hercule ne fasse à nouveau flamber la facture des usagers. En effet, l’égalité tarifaire est aujourd’hui garantie par ce qu’on appelle la « péréquation spatiale » : un consommateur paie son électricité au même tarif, qu’il habite en plein cœur de Paris ou dans un village reculé, alors même que les coûts de distribution sont différents. Qu’en sera-t-il demain ? « Les actionnaires privés d’Enedis introduiront une logique financière au cœur du dispositif, redoute Jean-Christophe Weltzer, de la CGT Enedis. Prenons un exemple concret : mettons que, avec un kilomètre de réseau électrique, vous pouvez alimenter aujourd’hui 2 000 usagers dans une agglomération, mais une seule ferme au cœur de l’Ardèche. Demain, un actionnaire privé fera ses comptes, et décidera d’investir là où ça rapporte. Il y a un risque que les citoyens y perdent au change, en termes de tarifs et/ou de qualité d’infrastructures. »

Ce n’est pas un hasard si les collectivités locales, pour le compte desquelles Enedis gère aujourd’hui le réseau de distribution, montent-elles aussi au créneau. « La meilleure façon de garantir une péréquation tarifaire sur le territoire est d’assurer la gestion des réseaux par un distributeur de taille suffisante en monopole partout sur le territoire national », assure, dans les Échos, Xavier Pintat, président de la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies).

 

4. La souveraineté énergétique en danger ?

« Hercule est un sujet peu médiatisé, à l’apparence technocratique, mais qui va pourtant bousculer la nation, résume Sébastien Jumel, député PCF. C’est un projet qui touche à la souveraineté énergétique et qui pourrait fragiliser nos capacités à produire une énergie accessible à tous, particuliers comme entreprises ». « L’enjeu est démocratique, abonde Julien Aubert, député LR, car on porte atteinte à une entreprise appartenant à l’ensemble des Français. EDF est un acteur intégré, capable de penser l’énergie sur un plan territorial et stratégique. C’est un atout que nous devons défendre. »

Les détracteurs du projet soulignent le caractère spécifique de l’électricité, actif hautement stratégique. Certains s’inquiètent de voir débarquer des opérateurs étrangers (États ou fonds d’investissement) au capital du futur EDF « vert », qui détiendra les réseaux de distribution. Même s’il est trop tôt pour faire des plans sur la comète, la menace n’est pas qu’une vue de l’esprit, selon l’économiste Jacques Percebois : « Cela pourrait être des fonds de pension américains ou bien des investisseurs chinois, qui s’implantent aujourd’hui dans de nombreux pays d’Europe. C’est toujours délicat de laisser des acteurs extérieurs prendre le contrôle d’une partie de vos réseaux : en un sens, tout dépend de l’électricité, y compris la défense nationale. »

« Démanteler des groupes intégrés est une pure folie, conclut Sébastien Michel, de la FCE CFDT. L’énergie est un bien commun, ce n’est pas un bien de consommation ordinaire. Il est extrêmement dangereux d’ouvrir le capital d’EDF au privé, qu’il s’agisse de fonds de pension ou d’acteurs étatiques. »

 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 06:27

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Non au projet d’extension d’un élevage bovin laitier à Plouigneau

Une enquête publique est ouverte à la mairie de Plouigneau depuis le 30 novembre 2020, et ce jusqu’au 27 décembre 2020 inclus, sur un projet agricole laitier.

Le projet du GAEC Bourel d’étendre son activité de production laitière pour atteindre 300 vaches laitières, en disposant de 190 génisses de renouvellement, portant l’effectif bovin total à 490 animaux, en vue d’une production laitière intensive, n’est pas acceptable.

L’organisation de la production consiste à maintenir les vaches laitières, en permanence, dans des stabulations sur des sols en béton.

La vie de ces herbivores privés d’herbe et nourris au maïs, consistera à fournir de très grandes quantités de lait, pour le plus grand bonheur des capitalistes de l’agro-business.

Ce mode productiviste, dangereux sur le plan environnemental, aura pour effet de tirer sur les prix agricoles, et d’entraîner toute une filière vers le bas. Aujourd’hui tout plaide pour un autre modèle agricole durable et de qualité.

De plus, non seulement les bâtiments dédiés sont déjà achevés depuis belle lurette, mais encore l’activité a démarré depuis le mois d’octobre, alors même que la consultation publique n’avait pas encore débuté.

Dans ces conditions, le PCF invite la population à s’exprimer dans le cadre de l’enquête publique auprès de la mairie de Plouigneau pour émettre un avis défavorable au projet, demander que l’agriculture bretonne tourne le dos aux pratiques intensives et s’oriente vers un modèle humain et écologique conforme aux aspirations et aux besoins du plus grand nombre.

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 06:24
Reconstruire une cohérence dans la continuité de la lutte des classes (L’HUMANITE - Anicet LE PORS – Entretien réalisé par Aurélien SOUCHEYRE)

ANICET LE PORS

Dans son dernier livre, la Trace, l'ancien ministre de la Fonction publique revient sur une vie d'engagement et de combats pour l'émancipation. Tour â tour météorologiste, économiste, juge de l'asile, conseiller d'État, syndicaliste CGT et membre de la direction du PCF, il livre un témoignage utile à la poursuite de la lutte.

Vous évoquez dans la Trace (1) le témoignage social que dessine chaque individu au cours de son existence. Quel regard portez-vous sur ce que vous avez tracé du XXe au XXIe siècle, de façon collective et individuelle ?

ANICET LE PORS Nous avons vécu un XXe siècle prométhéen, au cours duquel une part importante de l'humanité a cru pouvoir dominer la nature grâce à la science et forger le destin du genre humain par la volonté rationnelle des mouvements populaires. Les idéologies messianiques qui sous-tendaient ces démarches (théorie libérale néoclassique, réformisme redistributif, marxisme), tout en portant enseignements, se sont affaissées. Nous sommes aujourd'hui dans la phase de décomposition sociale d'une métamorphose incertaine. Époque ingrate sans espoir de paradis ni d'avènement soudain des jours heureux. Je tire de mon expérience professionnelle, syndicale et politique que deux solutions doivent être écartées. D'une part, ériger le but poursuivi en vérité dogmatique d'une nouvelle religion séculière. D'autre part, prétendre faire d'un pragmatisme aux choix idéologiques de faible densité le moyen de changer l'état actuel des choses. Pour les individus comme pour les peuples, ce qui compte, ce sont avant tout les efforts déployés pour l'émancipation, quand bien même ces parcours seraient balisés d'échecs. Ces derniers n'invalident pas les témoignages. L'important, c'est la trace, et le sens naît de la trace.

 

La laïcité est au cœur du débat public depuis l'attentat de Conflans. Plusieurs visions de ce principe fondamental s'opposent. Que défendez-vous ?

ANICET LE PORS L'odieux assassinat de ce professeur par un terroriste islamiste n'est pas une bonne manière d'aborder la question de la laïcité. Celle-ci doit être considérée dans la globalité de sa situation présente. Les deux premiers articles de la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État en fixent les principes : d'une part, la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, d'autre part, elle ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Or, force est de reconnaître que ce dernier principe de neutralité de l'État est largement négligé en France et méconnu à l'étranger. En outre, de multiples dérogations sont intervenues au fil du temps concernant tant les dispositions juridiques que les financements. Mais le plus grave réside dans les atteintes portées à la cause de la laïcité par ceux-là mêmes qui ont pour mission de la défendre, les autorités publiques au niveau le plus haut : on se souvient du discours de Nicolas Sarkozy à Latran, déplorant que l'instituteur ne puisse «remplacer le curé ou le pasteur», ou d'Emmanuel Macron se proposant au collège des Bernardins de réparer « le lien abîmé entre l’Église catholique et l'État». C'est encore les irrésolutions et les contradictions marquant les décisions et avis des juridictions. C'est surtout la confusion qui règne dans les mouvements des défenseurs traditionnels de la laïcité. Comment faire échec à l'islamisme politique dans de telles conditions ? Je m'efforce d'y répondre dans le livreLa laïcité est une condition déterminante de la paix dans le monde, de la régression des obscurantismes par le débat et de l'émancipation du genre humain.

 

L'immigration et le droit d'asile sont attaqués depuis cet attentat. Vous avez été président de chambre à la Cour nationale du droit d'asile. Que pensez-vous de ce droit ?

ANICET LE PORS J'ai pu constater comme praticien du droit d'asile combien la France demeurait aux yeux de nombreux étrangers la « patrie des droits de l'homme » et la « France terre d'asile ». Elle le doit à la Révolution française. On lit, par exemple, dans la Constitution de 1793 : « Le peuple français est l'ami et l’allié naturel des peuples libres», « Il donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté. R le refuse aux tyrans». Cet esprit s'est répercuté jusque dans notre actuelle Constitution, même si la France ne s'en est pas toujours montrée digne. La France accueille qui elle veut, mais la référence en la matière est la convention de Genève de 1951. Elle prévoit que la qualité de réfugié est reconnue à toute personne « craignant avec raison d'être persécutée au fait de sa race, de sa nationalité, de sa religion, de son appartenance à un certain groupe social (l'homosexualité souvent) ou de ses opinions politiques».

Comme juge, je n'ai jamais différencié demandeurs d'asile et migrants économiques, au double motif que les demandeurs d'asile reconnus sont toujours aussi maltraités dans leurs conditions de vie et de travail et que l'esclavage et d'autres sévices économiques existent encore dans le monde. Le droit d'asile avait à l'origine pour but la protection des personnes, il est aujourd'hui instrumentalisé comme moyen de contrôle des flux migratoires et d'actions sécuritaires. La plupart des régressions de ce droit ont pour origine l'Union européenne, mais la France les a souvent anticipées en droit interne.

 

Vous avez été ministre de la Fonction publique. A l'heure où la France fait face à une crise sanitaire, économique et sociale, que permettent les services publics ?

ANICET LE PORS Dans la crise financière de 2008, nombreux ont été les observateurs pour considérer que la France disposait, avec un secteur public étendu et efficace, d'un puissant « amortisseur social » de la crise. Avec la présente épidémie, qui s'accompagne d'une violente crise économique et sociale, chacun a pu constater que les actions les plus efficaces ont été le fait, non des gouvernants et de l'exécutif, mais des collectifs de base, notamment dans la santé, à l'école, la recherche ou les collectivités territoriales. C'est un camouflet sévère aux propagandistes du « nouveau management public », une invalidation des théoriciens du néolibéralisme. Pour disposer d'une administration intègre, neutre et efficace, elle doit être servie par des fonctionnaires dotés de garanties les mettant à l'abri des pressions économiques, politiques et de l'arbitraire administratif. Tel a été le but du statut législatif fondateur de 1946 consacrant la notion de fonctionnaire-citoyen, puis du statut fédérateur de 1983 couvrant les agents publics des administrations de l'État, des collectivités territoriales et des établissements publics hospitaliers. Ce statut a été constamment attaqué et dénaturé, mais il est toujours en place. Le défaitisme serait une erreur stratégique. A l'échelle de la société, il n'y a pas de services publics sans secteur public, c'est-à-dire sans propriété publique. La propriété est un pouvoir, les capitalistes le savent bien et l'expérimentent tous les jours. À gauche, il n'en est plus question, sinon sous la forme de pôles financiers, objets politico-économiques non identifiés. De mon point de vue, c'est une grave erreur qui hypothèque tout programme de transformation sociale. Qu'attend-on pour nationaliser Veolia-Suez pour le service public du bien commun de l'eau ?

 

Quel regard portez-vous sur la Ve République et la gouvernance d'Emmanuel Macron ?

ANICET LE PORS La France est un véritable laboratoire institutionnel : quinze textes constitutionnels en deux cent trente ans. Seul, en tant que parti, le PCF s'était opposé à l'avènement de la Ve République en raison de son caractère présidentiel aggravé par l'instauration par référendum, en 1962, de l'élection du président de la République au suffrage universel. La Constitution a été rapetassée vingt-quatre fois, ce qui souligne son inadéquation. Pour marquer le bicentenaire de la Révolution française, le Comité central examina en décembre 1989, sur mon rapport, un projet constitutionnel complet qui, adopté, fut aussitôt oublié sans que disparaisse pour autant la question institutionnelle. Celle-ci ressurgit ailleurs, dix ans plus tard, sous le nom de VIe République, qui ne prit jamais de consistance sérieuse. Étant donné l'éclectisme des positions sur le sujet, la solution réaliste réside sans doute dans la réalisation de convergence des forces démocratiques sur des points essentiels tels que : le concept de souveraineté nationale et populaire dans la mondialisation, les modalités spécifiques de la démocratie directe, le système parlementaire et les modes de scrutin, la désignation de l'exécutif et ses compétences, notamment quant à l'usage du référendum, etc. En face, la conception d'Emmanuel Macron est claire : le culte de l'élitisme et du pouvoir hiérarchique, des collectivités publiques et territoriales sous contrainte, un Parlement réduit et conforme, un gouvernement aux ordres d'un pouvoir autoritaire qualifié par lui-même de jupitérien. Peut-être la chance d'une maturation conflictuelle favorable aux convergences précitées.

 

Le PCF célèbre cette année ses 100 ans d'existence. Quelle organisation partisane et citoyenne appelez-vous de vos vœux pour participer à transformer la société ?

ANICET LE PORS Le professeur Georges Lavau caractérisait la forme parti par sa fonction tribunicienne, la capacité à exprimer la voix du peuple, et sa fonction consulaire, la capacité à le représenter. J'y ai ajouté une fonction théoricienne, la capacité à analyser et à indiquer la voie. Le PCF répondait parfaitement à cette conception et on pouvait dire qu'à cet égard il était « le plus parti des partis ». Aussi n'est-il pas étonnant qu'il ait subi le plus tôt et le plus durement le déclin que connaissent tous les partis à des degrés divers. Si une refondation est possible, je pense qu'elle passe prioritairement par la fonction théoricienne. En ce qui me concerne, je suis cette voie dont ce livre est une expression. Je m'honore d'avoir été communiste et, on me pardonnera ce recours à l'humour – qui n'est pas suffisance – quand je dis que j'ai parfois l'impression que ce n'est pas moi qui ai quitté le parti, mais que c'est lui qui m'a quitté...

 

L'un des plus grands défis du XXIsiècle est celui du combat contre le réchauffement climatique. Pour autant, vous ne considérez pas l'écologie comme le nouveau paradigme de la pensée politique. Quel renouvellement théorique soutenez-vous ?

ANICET LE PORS Dans le vide idéologique qui caractérise, à notre époque, le débat politique se sont engouffrés, outre des charlatans, des promoteurs d'idéologies de substitution qui ont investi des causes le plus souvent justes et respectables, mais pour en donner une interprétation sectaire aspirant avec arrogance au statut de paradigme politique : écologisme, féminisme, multiculturalisme, compassionnisme, etc. Ce qu'il y a de nouveau, c'est que nous touchons aujourd'hui les limites de notre foi dans un progrès technique infini, ce qui appelle vigilance et maîtrise traduites dans des actions publiques adéquates et non la création d'une foi nouvelle. J'ai eu la chance de commencer ma vie professionnelle au niveau mondial de l'analyse de l'atmosphère et du climat. C'est aussi à la météo que j'ai engagé ma formation syndicale et politique. Cela m'a conduit à lier étroitement activité professionnelle et proposition politique et à rédiger à cet effet un avant-projet de loi de réforme du service de la météorologie nationale que les groupes communistes de l'Assemblée et du Sénat ont déposé en 1964. Ce projet a été l'occasion de publier mon premier article, en 1965, paru dans France nouvelle sous le titre « Le temps demain ». Rien qui puisse laisser penser que je pourrais sous-estimer les problèmes écologiques d'aujourd'hui, tout au contraire. J'accorde la plus grande attention aux diagnostics du Giec et aux avertissements de l'Organisation météorologique mondiale pour qui j'ai travaillé. Mais je pense qu'il faut tenir à distance l'instrumentalisation du climat par des acteurs en mal de notoriété ou avides de pouvoir. Reste à reconstruire une cohérence, un paradigme refondé dans la continuité d'une trace dominée par la lutte des classes et la promotion de valeurs universelles. •

 

Entretien réalisé par Aurélien SOUCHEYRE (Journal L'Humanité)

(1) La Traced’Anicet Le Pors. La Dispute, 224 pages, 20 euros.

 

UN PARCOURS ÉCLECTIQUE

Anicet Le Pors a été ministre de la Fonction publique de 1981 à 1984. Mais aussi ingénieur chez Météo France, économiste à Bercy, président de chambre à la Cour nationale du droit d'asile, conseiller d'État, syndicaliste CGT et membre de la direction du PCF. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont les Béquilles du capital (Seuil, 1977), l'État efficace (Robert Laffont, 1985), Pendant la mue le serpent est aveugle (Albin Michel, 1993), le Nouvel Âge delà citoyenneté (l'Atelier, 1997), Éloge de l'échec (le Temps des cerises, 2001), et Juge de l'asile (Michel Houdiard, 201

 

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 06:22

D’abord, nous ne pourrons pas nous adresser au ministre Le Maire pourtant en charge de l’Economie et de la relance, il en été de même pour le ministre Véran sur le PLFSS. Les gestes barrière sont importants mais quand même… ». Finalement, on ne propose plus au Parlement de s’exprimer, mais de participer. Merci à M. le ministre Dussopt pour sa participation et son comportement politique, même si je regrette la présomption d’avis défavorable sur nos amendements.

Ce budget est davantage celui d’un fidèle serviteur de l’accumulation du capital que d’un État souverain où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous.

Mes chers collègues, je me permets simplement de vous le rappeler en toute solennité : le bon sens voudrait que nous ne répondions pas à une crise qui accroît drastiquement nos dépenses par d’autres dépenses.

Notre groupe CRCE, n’a eu de cesse de vous proposer des nouvelles ressources fondées sur l’équité fiscale afin d’entraver l’accroissement des inégalités que la crise sanitaire continue de renforcer.

Et alors que nous avons débuté les débats autour de ce budget il y a maintenant plus d’un mois, nous avons beau chercher, nous ne trouvons pas :

-  Nous ne trouvons pas vos propositions visant à rétablir l’équité fiscale entre les petites et les grandes entreprises ;

-  Nous ne trouvons pas non plus vos mesures garantissant l’égalité entre les commerces de proximité et les géants du commerce en ligne qui se sont largement enrichis pendant la crise ;

Nous vous avons bien proposé une meilleure progressivité de l’impôt sur les sociétés avec à la clé une baisse d’imposition pour les petites entreprises, une contribution pour les géants du numérique, un accroissement de la taxe sur les marchés financiers et sur les versements de dividendes. Mais vous n’en voulez pas ! AUCUNE taxe, AUCUN nouvel impôt !

Il n’y a pas « d’argent magique », mais des décisions magiques, il n’en y a pas non plus. Non, le véritable problème est moins l’argent que sa redistribution. Trop souvent vous pensez aux réductions d’impôts. Crédits d’impôts par-ci ! Crédits d’impôts par-là ! Mais supprimer tous les impôts aux entreprises que diable !

Ça ne marche pas. Tout le monde le sait. Mais on continue ! Arrêtons de vouloir installer le pays dans le cercle infernal de la relance par la dette, et de la dette pour la relance !

Entre la majorité à l’Assemblée nationale et celle du Sénat, il y a certes des différences mais il y a un point commun : rester à l’intérieur de l’économie telle qu’elle est, c’est-à-dire du capitalisme qu’on évoque sous son nom d’emprunt « économie de marché ».

Et que dire des collectivités, ces grandes perdantes ? La réduction des impôts dits de production, suite logique des cadeaux faits aux grandes entreprises sur le dos des budgets locaux, produira des effets de bord renforçant son injustice. Les collectivités ne sont pas traitées à égalité face aux conséquences de la crise, et surtout ne sont pas assez soutenues.

Nous avions bien fait des propositions, qui permettaient de réellement les soutenir au regard des milliards de pertes engendrées par la baisse de leurs recettes et la hausse de leurs dépenses. Mais la majorité a préféré les décortiquer, révélant ainsi des contradictions, voir des antagonismes entre les beaux mots et les actes.

Le choix est clair et assumé : entre le levier d’action publique à la légitimité démocratique, l’expérience locale, on préfère les logiques du marché privé. Fabriquer des clients/consommateurs et non pas des usagers/citoyens.

Le Général De Gaulle, qui est souvent cité, nous rappelle ce qu’est un véritable plan : « Il embrasse l’ensemble, fixe les objectifs, établit une hiérarchie des urgences et des importances, introduit parmi les responsables et même dans l’esprit public le sens de ce qui est global, ordonné et continu, compense l’inconvénient de la liberté sans en perdre l’avantage ».

Mes chers collègues, ce n’est pas un plan que vous allez voter : où sont les véritables objectifs ? Quelle est la priorité ? 7 milliards pour l’énergie en voie de nouvelle marchandisation, contre 800 millions pour les plus pauvres. C’est « se mettre une balle dans le pied » d’acter que le développement durable soit mieux doté que la lutte contre la pauvreté. Une aide de 150 euros pour les allocataires des minimas sociaux, une fois, sur un mois, ni plus ni moins.
Nous avions pourtant proposé de baisser la TVA sur les biens de première nécessité pour contrer cette pauvreté galopante, mais vous vous êtes caché derrière la fatalité de l’« harmonisation européenne » : comme si nous n’en faisions pas partie, de l’Europe !

Mes chers collègues, ce budget manque cruellement de vision, d’espoir et de créativité. Ce gouvernement promettait un nouveau monde, nous récoltons finalement les mêmes recettes, inlassablement. L’Institut des politiques publiques confirme d’ailleurs que dans votre budget, je cite « les entreprises qui ont le plus pâti de la crise ne bénéficieront pas particulièrement du plan de relance ».

Une crise sanitaire ? Vite, baissons les impôts des entreprises de 10 milliards ! Sur les 10 prochaines années, 100 milliards échapperont à l’État pour financer la santé, les transports en commun, une politique sociale ambitieuse, les projets des collectivités…A croire que notre pays est devenu un régime de faveur, ou seuls ceux qui participent au capital productif méritent des droits.

Vous refusez de constater que ce plan constitue une : « confiance aveugle dans les politiques structurelles et de l’offre (…) une sorte de suicide » (IPP).
La relance n’existera pas mes chers collègues, tant que la diminution de l’investissement public, qui s’est effondré de 26 % au premier semestre, ne sera pas compensé. Si les finances des collectivités sont en bernes, la relance de la croissance le sera aussi.

J’avais abordé en introduction de ce budget la nécessité d’ouvrir des perspectives, de donner un horizon du fait de cette situation difficile pour notre économie mais surtout pour les gens. Pourtant, vous vous entêtez dans une politique de l’offre aussi injuste qu’inefficace car non ciblée sur les vrais perdants de cette crise.

Les françaises et les français, en contrepartie de la dette, ont le droit à un chantage aux réformes dites structurelles : réforme des retraites, baisse des dépenses et des services publics, réforme de l’assurance chômage. Ce plan ne relance rien, il signifie une politique sans partage des pouvoirs et des richesses, autoritaire et régressif.

Nous sommes convaincus que ce budget n’est pas un budget de crise face à la crise ! Il vient une fois de plus déléguer la souveraineté de l’État à la technoscience et au marché. Nous nous y opposons donc.

 

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 08:33

Parti Communiste Français

Section de Morlaix

2 Petite Rue Callac 29600 MORLAIX – tel : 02 98 88 30 35

Mel : pcf-morlaix@wanadoo.fr                                                Blog : http://le-chiffon-rouge-pcf-morlaix.over-blog.com/                          

 

Du 25 au 30 décembre 1920 eut lieu le Congrès de Tours où une large majorité de délégués de la SFIO ont décidé de rejoindre la IIIe Internationale à la suite d'une évaluation critique de l'attitude des cadres socialistes pendant la première guerre mondiale et des promesses révolutionnaires incarnées par la révolution bolchevique d'octobre 1917. C'était la naissance du Parti communiste français, d'abord SFIC, Section française de l'Internationale communiste.
 
Nous commémorons donc ses 100 ans d'existence ce mois-ci tout particulièrement.
 
100 ans de lutte au service de l'égalité des droits, de l'émancipation du monde ouvrier et des classes populaires, de lutte pour les droits des femmes, la sécurité sociale, la paix et la liberté des peuples colonisés, victimes de régimes d'apartheid.
 
La société française ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui sans la contribution des communistes. Ou du moins ceux-ci ont œuvre à bon nombre de progrès sociaux, économiques, culturels et humains, comme au rassemblement des forces de gauche et de la Résistance à des moments clef de l'histoire de notre pays.
 
Aujourd'hui, malgré un affaiblissement électoral indéniable, le PCF reste un parti qui compte, celui qui a le plus d'adhérents (50 000), mais aussi 650 maires, des milliers d'élus, deux groupes parlementaires, un lien privilégié avec le monde syndical.  
 
Dans le Finistère, nous avons toute cette année rendu hommage à 120 camarades aux engagements notables ou héroïques de notre département, en publiant leurs portraits et récits de vie, nous avons publié de nombreuses archives de notre presse, nous avons organisé des conférences, et nous aurions fait davantage encore sans le COVID mais beaucoup d'évènements seront reportés en 2021.
 
Nous organisons aussi, à destination des personnes intéressées, des ventes de livre sur le centenaire du parti communiste, avec une actualité éditoriale très riche cette année. 

 

Centenaire du PCF : vente de livres

Samedi 19 décembre de 14 h à 16 h dans les locaux du PCF Morlaix

 

 

Dans le cadre du centenaire du PCF, plusieurs ouvrages ont été publiés.

Nous organisons dans nos locaux (2 Petite Rue Callac – Morlaix), le samedi 19 décembre (14 h – 16 h), une vente des ouvrages dont nous disposons.

 

 

Voici la liste des livres que vous pourrez vous procurer à cette occasion.

 

Le livre Intitulé « Libres comme l'art » (sous la direction de Renaud Faroux) magnifique livre d'art qui raconte cent ans d'histoire entre le PCF et les plus grands artistes plasticiens du siècle.

Le prix de vente public sera de 36,90 €.

 

Le livre intitulé « 100 ans de Parti Communiste Français » (sous la direction de Valère Staraselski et Guillaume Roubaud Quashie, Cherche-Midi, 220 pages, 24 X 26 cm) avec une préface de Fabien ROUSSEL.

Une trentaine de jeunes historiens, politistes, sociologues, proposent, année par année, un regard sur les communistes français.

 

À destination des militants comme du grand public, le livre, richement illustré, permet de redécouvrir les combats et les réalisations d’hier, l’actualité d’un projet.

 

Le prix public est de 25 €.

 

 

 

 

 

 

Les éditions Helvétius ont édité un catalogue de la grande exposition d’affiches originales organisée par la Fondation Gabriel-Péri : « Cent ans d’histoire de France et du PCF sur les murs ».

Les communistes s’affichent - Guillaume Roubaud-Quashie et Corentin Lahu - 180 pages, 22x29 cm

Le spectre chronologique est inchangé : 1920-2020, mais il s’agit ici de le parcourir avec ces singulières images que sont les affiches, incarnant un combat, un mot d’ordre, un espoir. Une édition augmentée existe avec un double DVD issu du fonds prodigieux de Ciné-Archives.

Le prix public est de 24 € pour l’édition simple et 35 € pour celle avec les DVD.

 

 

 

 

 

Le livre « Je vous le dois bien. Militant et sénateur face au déclassement social » aux éditions du « Geai Bleu » (148 pages).

Le prix public est de 19,90 €

Dominique Watrin, ex sénateur communiste du bassin minier dans le Pas-de-Calais, défenseur acharné de l'hôpital public et d'un refinancement de l'aide à domicile et du secteur de la perte d'autonomie qui était venu rencontrer les salariés et usagers de l'hôpital du pays de Morlaix avec Christine Prunaud sénatrice communiste des Côtes d'Armor dans le cadre du tour de France des hôpitaux effectué par les parlementaires communistes, vient de publier aux éditions Le Geai Bleu "Je vous le dois bien" un livre sur sa riche expérience de militant et sénateur communiste face au déclassement social.

 

 

Le livre « Héroïques Femmes en résistance » (en deux tomes) d’Antoine Porcu

Vendus 30 € les deux tomes contre 50 € les deux tomes, chaque tome fait 180 pages, avec environ 75 beaux portraits et biographies de résistantes, dont la plupart étaient communistes.  

C'est à partir de ce livre en deux tomes, Héroïques, magnifiquement illustré, qu’Ismaël DUPONT a publié des biographies de Résistantes communistes dans "Le Chiffon Rouge" pour le Centenaire du PCF.

 

 

 

 

 

 

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