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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 12:08

Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour récompenser les efforts de la fonction publique contre l’épidémie de Covid-19. Mais en fonction des métiers et des territoires, le montant de ces primes n’est pas garanti.

France Info fait le point sur la question 

https://www.publicsenat.fr/article/societe/coronavirus-le-flou-autour-des-primes-pour-les-fonctionnaires-181973

Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour récompenser les efforts de la fonction publique contre l’épidémie de Covid-19. Mais en fonction des métiers et des territoires, le montant de ces primes n’est pas garanti.

Qui touchera une prime et qui n’en aura pas ? Au lendemain des annonces d’Édouard Philippe et d’Olivier Véran en direction des soignants et des fonctionnaires, le flou subsiste.

La mesure phare, le versement de 1500 euros nets d’impôts et de cotisations aux soignants ne concerne pas tout le monde. Léonard Corti, de l’Intersyndicale Nationale des Internes (ISNI), salue un « geste à la hauteur » mais veut rester « vigilant sur la manière dont la prime sera attribuée. »

Des différences selon les territoires

Cette prime de 1500 euros sera versée à tous les personnels hospitaliers dans la trentaine de départements les plus touchés par l’épidémie. Elle sera aussi accordée aux soignants dans des régions moins impactées par le virus, mais où des cas de Covid-19 ont été admis. Ailleurs, la prime sera de 500 euros. L’ensemble des personnels hospitaliers verront leurs heures supplémentaires exonérées de charges et de cotisations, pour un gain estimé à 600 euros par agent selon Olivier Véran.

Dans les départements moins touchés, « ça va être compliqué, dans beaucoup de cas particuliers, de savoir quelle prime verser » prévient Léonard Corti. « Si certains services ont été entièrement reconvertis en ‘Covid +’, on a aussi accueilli des patients infectés dans d’autres services, qui n’étaient pas clairement identifiés ‘covid’. » Le syndicaliste redoute des « différences entre les territoires » et des « frustrations. »

Des primes aussi pour les non-soignants

Les primes ne seront pas versées qu’aux seuls infirmiers et médecins. Agents de service, administratifs, blanchisseuses, personnels de restauration, « tous ont formé un collectif dont l’effort doit être reconnu et valorisé » précise le communiqué du ministère de la santé. « On a le sentiment d’avoir été entendus là-dessus » se félicite Sophie Crozier, du Collectif Inter-hôpitaux, qui redoutait que la prime ne soit versée qu’aux seuls personnels soignants.

« Un hôpital c’est un tout » renchérit Jean-Emmanuel Cabo. Le secrétaire général de FO-APHP reste méfiant : « La dernière fois, on nous avait écrit que tous les agents de la petite couronne étaient éligibles à la prime territoriale. Et on a trouvé des subterfuges, et au bout du bout (...) beaucoup d’agents non-soignants n’ont pas touché leur prime. »

Dans un mail adressé le 16 avril aux syndicats, le directeur de l’APHP Martin Hirsch affirmait pourtant avoir reçu des « assurances fermes » du gouvernement sur le fait que les primes « concernent tout le monde, sans exclusive et sans distinction de métier, de fonction et au même niveau. »

L'exécutif veut aussi étendre le dispositif aux personnels des Ehpad et de l’hôpital privé. « Quid des internes dans le privé non-lucratif ? En ambulatoire ? Il reste pas mal de modalités à éclaircir » juge Léonard Corti, de l'Intersyndicale des internes.

Revendications salariales

Et ce coup de pouce ne dispensera pas le gouvernement d’une revalorisation des salaires à l'hôpital, « gelés depuis 12 ans » rappelle Jean-Emmanuel Cabo, de Force Ouvrière. Par écrit, Olivier Véran s’est d’ailleurs engagé à une « réflexion indispensable et concertée » en la matière dès la crise passée.

Sophie Crozier, du Collectif Inter-hôpitaux, s’en réjouit. « C’est très important. Mais si c’est une revalorisation de 50 ou de 100 euros, ça ne va pas aller. En revanche, si on arrive au moins au niveau moyen des pays de l’OCDE, c’est-à-dire une revalorisation de 300 euros pour une infirmière, oui, ça nous ira. »

Prime au mérite ?

Quant aux agents de la fonction publique d’État, ils pourront bénéficier d’une prime « modulable » allant jusqu’à 1000 euros, a annoncé Édouard Philippe le 15 avril. Un effort que le gouvernement chiffre à 300 millions d’euros pour les caisses de l’État. « On est déçu et mécontent » tranche Mylène Jacquot de la CFDT. Pour cette syndicaliste, « on réintroduit la prime au mérite », le montant alloué à chaque agent n’étant pas fixe.

« Ce qu’on comprend, c’est que suivant les chefs de service, il pourrait y avoir des primes différentes, versées en fonction des métiers, des services ou de l’implication de chacun » décrypte Luc Farre, secrétaire général de l’UNSA-Fonction publique. « Nous disons que tous les agents qui sont sur le terrain doivent pouvoir bénéficier du taux maximum, c’est-à-dire 1000 euros. »

Le gouvernement n’a pas encore confirmé quelles catégories de fonctionnaires allaient bénéficier de la prime. Celle-ci sera versée à 400 000 agents, soit environ 1 fonctionnaire sur 5 a fait savoir Gérald Darmanin sur Europe 1. « On estime aujourd’hui dans la fonction publique d’état qu’il y a entre 40 et 50% des agents qui travaillent, en présentiel ou en télétravail » calcule Mylène Jacquot. « Donc on voit bien qu’il y a un écart. »

Dialogue social

Concernant les agents territoriaux, le gouvernement laisse le choix aux collectivités locales de leur distribuer une prime. « On avait proposé au gouvernement qu’il y ait dans l’ordonnance l’obligation pour chaque collectivité de se positionner » regrette Luc Farre de l’UNSA. « Afin que tous les conseils régionaux, départementaux et municipaux inscrivent à leur ordre du jour la possibilité de verser une prime à leurs agents. »

Résultat : « On pourra avoir sur un même territoire des agents avec des métiers très proches, certains auront une prime et d’autres pas » avance Mylène Jacquot, de la CFDT. Mais la syndicaliste dénonce avant tout le manque de concertation de la part du gouvernement.

« On est dans l’unilatéral, dans l’absence de dialogue, alors que les politiques indemnitaires relèvent des instances de dialogue social. Depuis les annonces du Président de la république sur les primes (le 25 mars, ndlr), on était en demande de dialogue. On a l’impression de se faire claquer la porte sur les doigts. » Un dialogue social qui est pourtant « l’une des conditions pour réussir la sortie de crise » estime-t-on du côté de l’UNSA. 

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 08:22
Vendredi, 17 Avril, 2020 - L'HUMANITE
Disparition : Luis Sepúlveda n’écrira plus des romans d’amour

Le maître de l’art du conte chilien, emprisonné sous Pinochet, combattant pour la défense des Indiens et de la forêt amazonienne, est mort en Espagne du Covid-19.

 

Lire des romans d’amour, et peut-être sans attendre de vieillir, c’est peut-être le dernier conseil que nous laisse Luis Sepúlveda. L’écrivain chilien est mort ce jeudi 16 avril à l’hôpital universitaire central des Asturies à Oviedo. Il s’était installé à Gijón, non loin de la capitale provinciale, sur les conseils de l’écrivain Paco Ignacio Taibo II, natif du lieu, qui savait qu’il aimerait les traditions de lutte de cette région du nord de l’Espagne. C’est là qu’il a fini sa vie, victime du coronavirus, après une longue lutte contre la maladie, dont il avait été un des premiers cas diagnostiqués. Il était âgé de 70 ans.

Des geôles chiliennes à la révolution sandiniste

Luis Sepulveda était né le 4 octobre 1949 à Ovalle, au nord de Santiago, dans une famille de militants communistes. Il s’y engage dès l’âge de 12 ans, en 1961, et s’oppose au coup d’État de Pinochet en 1973. Arrêté, il échappe de justesse à la peine de mort et est condamné en 1975 à une peine de vingt-huit ans d’emprisonnement. En 1977, Amnesty International obtient sa libération, contre l’obligation d’un exil silencieux en Suède. Mais, dès 1978, il est en Équateur où il fonde une troupe de théâtre avec l’Alliance française, puis vit avec les Indiens shuars dans la forêt amazonienne, dans le cadre d’un programme d’ethnologie de l’Unesco. On le retrouve en 1979 au Nicaragua, où il participe à la lutte armée aux côtés des sandinistes et travaille pour le journal Barricada.

Mais, déjà, il est écrivain. En 1969, ses poèmes ont été remarqués. En 1979, son expérience dans les tribus shuars lui donne l’idée d’un roman où les rapports des Indiens, des hommes blancs et des animaux se noueraient en une intrigue tragique et mortelle. Le héros en est un vieil homme blanc, significativement nommé Bolivar. Arrivé dans la tribu il y a bien des années, il va dénouer le mystère de meurtres dont on accuse les indiens, et les attribue à la femelle d’un jaguar. Obligé de l’abattre, il va se réfugier dans les romans d’amour que lui apporte un dentiste à l’occasion de ses tournées. Le vieux qui lisait des romans d’amour, publié en 1992, aura un succès planétaire.

Au niveau de la tragédie, voire de la mythologie

Son œuvre s’est poursuivie avec, entre autres, Patagonia express, Un nom de torero, la Folie de Pinochet, Une sale histoire, note d’un carnet de moleskine, la Fin de l’histoire, de nombreux recueils de nouvelles et livres pour enfants. Mais dès le début, la thématique de Sepúlveda est déjà en place : engagement politique, soutien aux tribus indiennes, souci de la nature, puissance de la littérature. Mais c’est aussi son talent de conteur qui emporte l’adhésion. L’économie de moyens est mise au service de personnages et de faits haussés au niveau de la tragédie, voire de la mythologie. Anne-Marie Métailié, son éditrice française, disait : « Je croyais qu’il ne parlait que de gens exceptionnels, jusqu’au moment où j’ai lu ce qu’il écrivait sur des personnes très ordinaires et qu’il en faisait des êtres extraordinaires. »

Luis Sepúlveda se rendait souvent en France. L’automne dernier, sa chaleureuse présence et son humour avaient enchanté les rencontres de Saint-Nazaire, où aimait se rendre cet homme que l’on pensait solide comme un roc.

***

https://www.actualitte.com/article/monde-edition/luis-sepulveda-emporte-par-le-coronavirus/100269

Atteint par l’épidémie, le romancier Luis Sepúlveda est décédé, apprend-on de son éditeur. Il avait contracté le virus lors d’un déplacement au Portugal. Lui et sa femme, également malade, avaient été transférés à l’Hôpital sanitaire central des Asturies, à Oviedo (Nord de l’Espagne).

Début mars, Luis Sepúlveda  avait été hospitalisé avec son épouse Carmen Yáñez, qui présentait également des symptômes du Covid-19. Les autorités portugaises avaient pris contact avec toutes les personnes présentes lors du festival Correntes d’Escritas, pour lequel l’écrivain avait été invité. 

C’est en 1992 que Sepúlveda publie son premier ouvrage, Le Vieux qui lisait des romans d’amour, traduit par François Maspero pour les éditions Métailié la même année. 
 

De dictatures en engagements


Sepúlveda, né le 4 octobre 1949, est originaire d’Ovalie (Chili). Très jeune, il manifesta un militantisme engagé, en rejoignant les Jeunesses communistes vers 1961. À cette époque, la dictature d’Augusto Pinochet fait rage, et il écopera de deux années et demi de prison à Temuco, au milieu d’autres opposants politiques. 

Il fut accusé en février 1975 « de trahison de la patrie, conspiration subversive, et appartenance aux groupes armés », comme il le raconta lui-même par la suite. Il est condamné à purger 28 années de prison — la peine de mort fut évitée de justesse

Amnesty International parvint à le faire libérer deux années plus tard, et la prison fut commuée en exil, pour 8 années, en Suède. Mais Luis Sepúlveda préfère traverser l’Amérique du Sud, s’arrêtant en Équateur pour fonder une troupe de théâtre, ou encore au Pérou et en Colombie. En 1978, il décidera de partager la vie des Indiens shuars au Nicaragua : cette mission, « l’impact de la colonisation sur les populations amazoniennes », à l’initiative de l’UNESCO, vise à analyser les conséquences de la colonisation sur la population. 

Il reprendra également du service politique en 1979, en rejoignant les rangs de la Brigade Internationale Simón Bolívar, optant pour le camp des sandinistes — parti socialiste fondé en 1961 qui déclenchera en 1979 la Revolución Popular Sandinista, mettant à bas le régime dictatorial d’Anastasio Somoza Debayle.
 

L'arrivée en Europe, l'écriture


Sepúlveda optera pour la plume, d'abord pour celle du journaliste, avant de migrer en Europe, pour s’installer en Allemagne dans un premier temps. Ses nombreux voyages en Amérique latine lui donnent l’occasion de reportages. Toujours ce goût de l’évasion et de la lutte, quand il prend le parti de collaborer avec Greenpeace durant 5 années, jusqu’en 1987. 

C’est à la fin de cette période qu’il s’installera en Asturies, avec son épouse, sans quitter pour autant l’engagement politique : il est aux côtés de la Fédération internationale des droits de l’homme, pour défendre les populations. Il fonda également le salon du livre ibéro-américain, se mettant alors à l’écriture de romans, tout en fournissant des chroniques pour des journaux italiens. 

Parmi ses dernières œuvres, toutes traduites et publiées aux éditions Métailié, "Histoire d'une baleine blanche", texte particulièrement émouvant traduit par son éditrice, Anne-Marie Métailié. 


L'écrivain laisse une œuvre d'une trentaine de romans, textes où se côtoient les thèmes qui ont marqué sa vie : la défense des opprimés, l’Histoire et ses tournures parfois incompréhensibles. Mais c’est par un art de conteur hors pair qu’il a marqué ses lecteurs, où l’émotion et l’humour servent un humanisme constant:

Le Vieux qui lisait des romans d'amour, de La mouette et le chat, La Folie de Pinochet, Les Roses d'Atacama, Dernières nouvelles du sud, La fin de l'histoire... 

Le grand écrivain Luis Sepúlveda, ancien militant des Jeunesses communistes au Chili, est décédé du Corona virus en Espagne

Luis Sepúlveda est né en 1949 au Chili. Il milite très jeune dans les jeunesses communistes en 1961. Il a été prisonnier politique de Pinochet pendant deux ans et demi et beaucoup de ses camarades et amis ont été éliminés, torturés, dans les prisons de la junte d'extrême-droite. « À la fin d’un procès sommaire du tribunal militaire, en temps de guerre, à Temuco en février 1975, au terme duquel je fus accusé de trahison de la patrie, conspiration subversive, et appartenance aux groupes armés, entre autres délits, mon avocat commis d’office (un lieutenant de l’armée chilienne) est sorti de la salle — nous sommes restés dans une salle à côté — et, euphorique, m’a annoncé que ça s’était bien passé pour moi : j’avais échappé à la peine capitale et j’étais condamné seulement à vingt-huit ans de prison. » En 1977, il est libéré grâce à Amnesty International, sa peine de 28 ans de prison étant commuée en 8 années d'exil en Suède.

Dans cette tribune en dernière page du Monde Diplomatique de septembre 2019, Sepúlveda exprime avec les mots les plus justes la signification et la portée universelle de l'insurrection du peuple chilien contre Sebastián Piñera et son monde, celui du néo-libéralisme autoritaire et de l'oligarchie.

 

Chili, l'oasis asséché - par Luis Sepúlveda - Le Monde Diplomatique, décembre 2019

Cétait début octobre, quelques semaines à peine avant l’explosion sociale qui secoue le Chili dans toute la longueur de son étrange géographie. Une explosion qui, à la fin novembre, s’était traduite par plus de vingt morts, des centaines de mutilés, des milliers de blessés, un nombre indéterminé de détenus, des actes de torture, des agressions sexuelles et d’innombrables atrocités commises par la police et les forces armées. Juste avant ce basculement, le président chilien Sebastián Piñera s’était exprimé sur les convulsions qui balayaient le reste de la région. Il avait alors présenté le Chili comme une « oasis » de paix et de tranquillité au milieu de la tempête.

Ce n’était pas la présence d’une eau particulièrement douce, ni de palmiers au feuillage exubérant, qui caractérisait cette « oasis », mais les barrières apparemment infranchissables qui la ceinturaient. Les Chiliens se trouvaient du bon côté de cette clôture, forgée dans un alliage singulier : économie néolibérale, absence de droits civils et répression. Les trois métaux les plus vils.

Jusqu’à ce que la foule noircisse les rues chiliennes ces dernières semaines, les économistes et les dirigeants politiques qui s’accrochent au credo « moins d’État, plus de liberté d’entreprendre » comme à une bouée expliquaient qu’un miracle s’était produit au Chili. Presque par génération spontanée. De ce miracle, ils lisaient la preuve irréfutable dans les chiffres de la croissance et dans des statistiques économiques applaudies par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Mais ce petit paradis austral n’existait pas pour l’ensemble de la population. Il ignorait tout de détails apparemment aussi subjectifs que le droit à un salaire juste, à des retraites décentes, à une éducation publique de qualité, à un système de santé digne de ce nom. Il ne s’intéressait guère au droit des citoyens à décider de leur sort, au lieu d’être relégués à la seule fonction de déglutir les chiffres macroéconomiques dont le pouvoir s’emploie à les gaver.

Le 11 septembre 1973, un coup d’État emportait la démocratie chilienne (1). Une dictature brutale s’installait à Santiago, où elle se maintiendrait pendant seize années. Non pour restaurer un ordre menacé, ou pour sauver la patrie de la menace communiste : le projet qui a motivé le coup d’État était de mettre en œuvre les préceptes des gourous du néolibéralisme, emmenés par Milton Friedman et l’école de Chicago. Il s’agissait d’instaurer un modèle économique d’un type nouveau, lequel engendrerait à son tour un nouveau type de société. Un monde contraint au silence, où la précarité serait la norme et l’absence de droits la règle. Un monde où les fusils se chargeraient d’assurer la paix sociale.

La dictature civico-militaire a atteint ses objectifs. Elle les a inscrits dans une Constitution dont le texte consacre le modèle économique instauré par la force et l’érige en définition du pays. Aucune autre nation latino-américaine ne s’est dotée d’une boussole aussi fidèlement alignée sur le bien-être d’une minorité, au mépris du reste de la population.

Avec le « retour de la démocratie », ou, pour mieux dire, la « transition chilienne vers la démocratie », à partir de 1990, les règles du jeu n’évoluent pas. La Constitution de la dictature est retouchée sans qu’on en modifie l’essentiel. Tous les gouvernements de centre gauche et de droite qui se succèdent s’emploient à maintenir le sacro-saint modèle économique, cependant que la précarité gangrène des pans de plus en plus vastes de la société.

Si, lors d’un repas, vous avez deux personnes et deux gâteaux, d’un point de vue statistique, la consommation est d’un gâteau par personne. Même si l’une des deux mange tout, sans rien laisser à l’autre. Voilà le tour de passe-passe qui permet au Chili de présenter son modèle comme une réussite : pas vraiment une dictature, pas vraiment une démocratie, il assure sa survie grâce à la répression et à la peur.

L’un des hommes les plus riches du monde, M. Julio Ponce Lerou, ancien gendre du dictateur Augusto Pinochet et héritier, par ordre du général, d’un empire économique bâti en dépouillant les Chiliens de ce qui leur appartenait, a versé d’immenses sommes d’argent à la majorité des sénateurs, des députés et des ministres afin qu’ils poursuivent servilement les privatisations. Lorsque la société l’a découvert, l’État a répondu en deux temps : il a suggéré que critiquer ces faits revenait à mettre fin au « miracle chilien » ; il a organisé la répression des manifestants.

Au Chili, l’eau appartient à une poignée de multinationales. Toute l’eau. Celle des rivières, des lacs, des glaciers. Lorsque des gens sont descendus dans la rue pour protester contre cette situation, l’État a engagé le seul dialogue qu’il tolère : celui qui répond aux revendications populaires par des coups de matraque.

Même chose lorsque la société s’est mobilisée pour défendre le patrimoine naturel menacé par les transnationales de la production d’électricité ; lorsque les lycéens ont exigé une éducation publique de qualité, libérée du monopole du marché ; ou lorsqu’une grande partie du pays a pris la défense du peuple mapuche, systématiquement opprimé. Chaque fois, l’État a eu la même réponse : réprimer et affirmer que les protestataires menaçaient le miracle économique chilien.

La paix de l’oasis chilienne n’a pas volé en éclats à cause d’une simple hausse du prix du ticket de métro à Santiago.

Elle a été rongée par les injustices commises au nom des statistiques macroéconomiques. Par l’insolence de ministres qui conseillent aux gens de se lever plus tôt pour économiser sur le coût des transports en commun (2) ; qui, face à la hausse du prix du pain, recommandent d’acheter des fleurs parce qu’elles, au moins, n’ont pas augmenté ; qui invitent à organiser des soirées bingo dans l’espoir de récolter des fonds pour réparer la toiture de ces écoles que la première ondée inonde.

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce qu’il n’y a rien de juste dans le fait de terminer ses études universitaires lesté d’un fardeau de dettes qu’il faudra quinze ou vingt ans pour rembourser.

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce que le système des retraites se trouve aux mains d’entreprises vampires, qui investissent les fonds qu’elles récoltent sur les marchés spéculatifs et font payer les pertes qu’elles enregistrent aux retraités, ces petites gens auxquels elles versent des pensions de misère, calculées sur la base d’une évaluation morbide du nombre d’années qu’il leur reste à vivre.

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce que, au moment de choisir la société qui gérera son compte de capitalisation pour la retraite, le travailleur, l’ouvrier, le petit patron doit avoir à l’esprit cette mise en garde des autorités : « La plus grande partie de ta retraite dépendra de l’intelligence dont tu auras fait preuve en plaçant ton épargne sur les marchés financiers. »

La paix de l’oasis chilienne a volé en éclats parce qu’une majorité de gens ont commencé à dire « non » à la précarité et se sont lancés à la reconquête des droits qu’ils avaient perdus.

Il n’existe pas de rébellion plus juste et plus démocratique que celle qui secoue le Chili.

Les manifestants exigent une nouvelle Constitution, qui représente l’ensemble de la nation, dans toute sa diversité.

Ils exigent qu’on revienne sur la privatisation de l’eau et de la mer.

Ils exigent le droit d’exister, et d’être considérés comme les sujets actifs du développement du pays.

Ils exigent d’être traités comme des citoyens, pas comme la portion congrue d’un modèle économique condamné à l’échec par son inhumanité.

Il n’existe pas de rébellion plus juste et plus démocratique que celle qui secoue le Chili.

Et il n’existe pas de répression, si dure et criminelle soit-elle, qui puisse entraver un peuple qui se lève.

Luis Sepúlveda

Écrivain chilien. Dernier ouvrage paru en français : Histoire d’une baleine blanche, Métailié, Paris, 2019.
 

(1NDLR. Lire « Il y a quarante ans, le coup d’État contre Salvador Allende », Le Monde diplomatique, septembre 2013.

(2NDLR. Les tickets de métro coûtent moins cher en dehors des heures de pointe.

Le grand écrivain Luis Sepúlveda, ancien militant des Jeunesses communistes au Chili, est décédé du Corona virus en Espagne
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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 08:04
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 73/ Frantz Boucher (1924-1944)
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:
 
73/ Frantz Boucher (1924-1944)
 
 

Frantz Marcel (prénom usuel) Boucher, suit des études classiques à l’école Vauban à Brest puis entre comme mécanicien à l’arsenal. Il réside à Recouvrance, au 16 rue du Carpon et adhère aux Jeunesses Communistes et au Parti Communiste Français en 1941. Il milite et diffuse la propagande du parti communiste à Brest.

En mars 1942, il intègre les Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P) de Brest, et rejoint ainsi la lutte armée contre l’occupant allemand. Il fait partie du groupe de Pierre Corre, comprenant une cinquantaine de résistants. Il participe notamment à l’attentat envers les troupes d’occupation devant le cinéma Eden dans la soirée du 1er janvier 1943 avec Yves Giloux et Charles Coatelan, provoquant cinq blessés.

Les diverses arrestations, au sein de la résistance communiste brestoise, ébranlent les formations et groupes clandestins. Après l’arrestation d’Yves Giloux, Jean-Pierre Le Rest reprend la suite et réorganise le groupement avec Marcel Boucher et Charles Coatelan. Cette formation prend désormais le nom de groupe Giloux.

Entre novembre et décembre 1943, il participe à des opérations de sabotages de voies ferrées entre Brest et Landerneau avec le groupe Lambert. Marcel Boucher aurait, à des périodes inconnues, également participé à la recherche et au transport d’armes, à des attaques à mains armés et à la destruction de pylônes électriques.

Noël 1943, une nouvelle vague d’arrestations touche les communistes. Diminué et traqué le groupe se disperse. Marcel Boucher quitte Brest et se dirige vers Trédudon en Berrien avec Guy Raoul et André Garrec. Il y retrouve Albert Yvinec et son petit groupe de maquisard. Les sept hommes se cachent à la ferme du Goënidou. Parmi leur prévision d’actions, il y a le sabotage de l’usine de Saint-Herbot par dynamitage du barrage de la réserve d’eau de Brennilis. Mais pour ce faire, il faut de l’explosif que Boucher et Yvinec s’apprêtent à aller dérober à la poudrerie de Pont-de-Buis.

Le projet est avorté quand une patrouille allemande débarque, le 3 février 1944, à la ferme où les résistants se cachent. Il s’agit d’un officier et d’un soldat allemand qui font le tour du secteur pour demander à la population d’évacuer temporairement les lieux en raison de séances de tirs de mortiers à Roc’h Trédudon. Curieux, l’allemand insiste pour visiter la ferme, il lui en coûte la vie, abattu par Marcel Boucher. Le soldat allemand qui l’accompagne est lui abattu par Jean Coguiec.

Craignant des représailles, le groupe se disperse et les trois brestois veulent regagner Brest. Ils passent semble t-il par Pleyber-Christ et arrivent à Landerneau dans la soirée où ils passent la nuit chez Jean Sizorn. Le lendemain, Marcel Boucher, Guy Raoul et André Garrec reprennent la route mais vers 17 heures ils sont arrêtés par un barrage allemand de la feldgendarmerie. De là, l’histoire diffère et deux versions s’opposent pour, hélas, s’accorder sur le sort final.

Rapport de la gendarmerie française du 5 février 1944

Le 4 février 1944, vers 17 heures, sur la vieille route romaine La Forest-Landerneau et Pont-Mesgrall, deux gendarmes allemands ont essuyé le feu de trois individus qu’ils voulaient contrôler. Un gendarme allemand a été tué et le second blessé. Les trois civils ont été tués par le gendarme blessé. Le cultivateur Bihan Podel, de Kerlarhan à Landerneau, et son commis ont été témoins de l’incident. Le commis a été retenu par les Allemands jusqu’à présent. Le Bihan-Podel déclare que les civils étaient porteurs d’une valise et ont tiré les premiers une rafale de mitraillette sur les gendarmes allemands. L’identité des trois civils n’a pu être obtenue jusqu’à présent.

Ce n’est que le 9 février, que la gendarmerie française est mise au courant par la Geheime Feldpolizei (G.F.P) de Brest, de l’identité des trois résistants. La gendarmerie indique par la suite que ces individus étaient les auteurs de nombreux attentats et cambriolages à Brest et dans la région. Ils étaient l’objet de recherches de la part de la police de Sûreté de Rennes, qui les signalait dangereux et armés.

Version d’Eugène Kerbaul en 1985
Dans son ouvrage, 1270 militants du Finistère (1918-1945), il indique que le retour à Brest du groupe de Marcel Boucher est motivé par le renforcement des effectifs se trouvant à Brest et avec comme premier objectif, tenter un coup de main sur la Pyrotechnie de Saint-Nicolas.

Après avoir contourné Landerneau, Boucher scinde son groupement en deux. Lui-même conduira le premier groupe qui comprend, en plus de Boucher, Guy Raoul et André Garrec. Mission : se diriger vers Guipavas par la voie la plus directe. Mais ce premier groupe a à peine dépassé Landerneau qu’il tombe sur une patrouille de la Feldgendarmerie qui veut fouiller les valises dont sont porteurs les F.T.P. Or, elles contiennent des armes. Les F.T.P n’ont pas d’hésitation, et bénéficiant de l’effet de surprise, abattent deux Allemands. Mais l’un des Français est blessé - on ne saura jamais lequel.

Tous trois parviennent à se replier vers un endroit isolé, une carrière, à La Palud, selon certains témoignages. Cependant une femme a entendu les coups de feu, Mme X..., collaboratrice "horizontale", qui alerte la Feldgendarmerie. Celle-ci envoie 30 élèves de l’école de Feldgendarmerie de Landerneau dans la direction qui lui est précisée par la femme, et ils ne tardent pas à localiser les résistants en train de soigner leur blessé, qu’ils n’ont pas voulu abandonner.

Le combat s’engage, inégal. Écrasé sous le nombre, les trois F.T.P - le blessé a fait le coup de feu comme ses camarades, succombent. Boucher, Garrec et Raoul ont infligé de lourdes pertes à l’ennemi avant l’épuisement de leurs cartouches. Ils seront massacrés sur place.

Au final, les deux versions divergentes arrivent à la même funeste conclusion. Les corps ne seront jamais retrouvés, probablement inhumés en secret par les allemands dans la région de Landerneau. Cette pratique était courante pour éviter qu’on puisse rendre hommage aux "Terroristen ".

Courant 1944, en son hommage, les résistants de Brest attribuent son nom au groupement cantonal Brest-Ouest. En janvier 1946 il est nommé sous-lieutenant à titre posthume. Le mois suivant, est apposé sur la route menant de La Grande-Palud à Guipavas, une plaque en hommage aux trois résistants. En 1952, il est élevé au grade de Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume. Il est également récipiendaire de la Croix de Guerre 1939-1945, avec palme. La cellule du parti communiste de Recouvrance portait son nom en sa mémoire. Une rue du Valy-Hir à Brest fut renommée rue Marcel Boucher en 1977.

Leur mémoire s’étiola avec le temps, malgré les fleurs régulièrement déposées près de la plaque. En 2020, une action est menée pour refaire une plaque commémorative et déplacer son emplacement non loin, pour la rendre plus accessible à tous. La glissière de sécurité et le flux de véhicules circulant sur cet axe routier important, ne permettant plus aucune cérémonie ni recueillement.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

Sources - Liens

  1. Famille Boucher, documents et portraits de Frantz Marcel Boucher.
  2. Archives de Brest, dossier biographique de Frantz Marcel Boucher (2BIO107).
  3. Archives Départementales du Finistère, archives de la sûreté nationale.
  4. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de résistant de Frantz Marcel Boucher, cote GR 16 P 76927 (aimablement transmis par Edi Sizun).
  5. KERBAUL Eugène, 1270 Militants du Finistère (1918-1945), à compte d’auteur, 1985.
  6. LE BRAS Joël, Du groupe Giloux au Bataillon Giloux – 1943 à 1944, travaux personnels, 2001.
  7. CISSÉ Gérard, Rues de Brest - de 1670 à 2000, éditions Ar Feunten, Brest, 2012.

Archives non consultées à ce jour :
- Service Historique de la Défense de Caen, cote AC 21 P 28522.

Lire aussi:

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1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 71/ Marie Le Manchec (1914-1999)

100 ans d'engagements communistes en Finistère: 70/ Charles Moigne (1894-date de décès inconnue)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 69/ Jean Le Tréis (1884-1970)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 56/ Pierre Cauzien (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 55/ Albert Jaouen (1909-1976)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 07:52
Le 11 mai ne peut pas être que la rentrée de celles et ceux qui n’ont matériellement pas le choix ! (réseau école du PCF, 16 avril)

Le 11 mai ne peut pas être que la rentrée de celles et ceux qui n’ont matériellement pas le choix !

Le Président de la République a annoncé la réouverture progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées à partir du 11 mai, en parallèle d’une reprise des activités économiques, sans qu’une stratégie claire de lutte contre l’épidémie ne soit avancée.

Il est clair que la réouverture des établissements ne permettra pas de respecter les gestes barrière. Comment comprendre qu’on ne puisse pas organiser le bac, mais qu’on puisse rouvrir des classes de maternelles ? Le gouvernement se moque de nous : il ne se préoccupe ni des salarié.e.s ni des familles les plus fragiles et vulnérables. Au contraire, il renonce à les protéger en les exposant les premiers à une extension de l’épidémie. En fait son objectif est de remettre le plus grand nombre de personnes au travail avec comme seul indicateur le seuil de saturation des hôpitaux.
 
Dans ce contexte, de nombreuses familles pensent déjà à déscolariser leurs enfants, pour les protéger et se protéger. Nous ne pouvons pas accepter que le 11 mai soit la rentrée de celles et ceux qui n’ont pas le choix ! 
 

La seule reprise scolaire possible est la reprise conjointe de tous les enfants, lorsque la protection de toutes et tous sera garantie (personnels de l’éducation nationale, personnels des collectivités locales, familles des enfants scolarisés et élèves). Les conditions qui rendront cette reprise possible doivent être élaborée démocratiquement, avec l’ensemble des personnels et leurs représentants, les familles, les élus locaux. L’avis du CHSCT, qui préconise le dépistage de l’ensemble des élèves et des personnels avant la reprise, doit être suivi. Les instances démocratiques doivent être réunies dans de bonnes conditions, à tous les niveaux.

M. Blanquer ne saurait être le ministre de la situation. Son mépris constant, sa mise en place brutale et chaotique des réformes du bac et du lycée, ses mensonges répétés, ont durablement sapé la confiance du corps enseignant. Il doit partir et la reprise doit être accompagnée d’un moratoire sur l’ensemble de ses réformes, sur les suppressions de postes et de classes.
 
L’école ne pourra pas reprendre comme avant: la crise sanitaire révèle à quel point elle a été fragilisée par des années de rigueur budgétaire et de réformes libérales. La reprise devra s’accompagner d’un plan d’urgence pour l’éducation nationale, pour qu’aucun élève ne soit laissé sur le bord du chemin : aménagement des contenus enseignés et des pratiques, plan de recrutement pour permettre un enseignement en groupes réduits, recréer un vivier de remplaçant-e-s, reconstruire des équipes pluri-professionnelles capables d’aider les élèves en difficulté, et garantir la présence dans chaque établissement de personnels médicaux (infirmier-e-s et médecins scolaires). Pour que la rentrée de septembre se fasse dans de bonnes conditions, c’est maintenant qu’il faut créer des postes !

La crise sanitaire et économique que nous traversons nécessite bien plus que du bricolage et de la communication. Elle doit être l’occasion d’un renouveau démocratique et de moyens financiers nouveaux dans l’ensemble des services publics. 

 
Communiqué du réseau école du PCF - 15 avril 2020
 
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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 07:18
Vincent Boulet animait pour le PCF Finistère une réunion de réflexion sur l'Europe le 8 décembre 2018 à Logonna Quimec'h

Vincent Boulet animait pour le PCF Finistère une réunion de réflexion sur l'Europe le 8 décembre 2018 à Logonna Quimec'h

Vincent Boulet animait pour le PCF Finistère une réunion de réflexion sur l'Europe le 8 décembre 2018 à Logonna Quimec'h

Vincent Boulet animait pour le PCF Finistère une réunion de réflexion sur l'Europe le 8 décembre 2018 à Logonna Quimec'h

Union européenne et Europe dans la crise du coronavirus

Note au CEN du PCF – Vincent Boulet – 14 avril 2020

Éléments d’analyse

Les éléments centrifuges et la crise de perspective de l’Union Européenne étaient présents bien avant la crise actuelle ; leur intensité est exacerbée et peut remettre en cause l’existence même de l’UE telle qu’elle s’est construite au moins depuis l’Acte unique de 1986.


1- La crise que traverse l’Union européenne est pire que la crise de la zone Euro de 2008-2010.

La crise actuelle accélère un certain nombre d’évolutions structurelles centrifuges :

a. L’essor de l’influence des états, et de leurs intérêts divergents, qui avait été l’une des conséquences de la crise précédente, joue désormais à plein, autour de blocs plus ou moins constitués. Ces blocs préexistaient à la crise actuelle sous une forme plus ou moins officieuse, à l’exemple de la « Ligue hanséatique » qui, depuis le Brexit, regroupe un certain nombre de pays nordiques (Pays-Bas, pays scandinaves et baltes…) défenseurs du marché unique et de l’orthodoxie budgétaire austéritaire contre tout projet d’approfondissement de l’union économique et monétaire, notamment contre toute idée de budget de la zone Euro. Certains de ces
gouvernements ont pour habitude de servir de porte-flingue aux classes dirigeantes conservatrices allemandes. Mais ces blocs se sont un peu plus formalisés par l’échange de lettres de la fin mars : avec d’une part la lettre cosignée par les premiers ministres de Belgique, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Portugal, Slovénie adressée le 23 mars à Charles Michel, le président du Conseil
européen ; et d’autre part la lettre des états du Nord menés par l’Allemagne avec les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande, adressée aussi à Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe. La divergence ne porte pas sur un sujet nouveau : la mutualisation ou non des dettes.

Ceci étant, ces différents blocs ne sont pas exempts de contradictions internes dues, d’une part, au positionnement plus ou moins central de leur propre bourgeoisie et capitalisme national dans les rapports de force internes aux bourgeoisies européennes, et d’autre part, au fait que les rapports de force politiques nationaux sont très différents : par exemple les situations de l’Espagne et de l’Italie, même si leurs gouvernements se rejoignent tactiquement, ne sont pas comparables. L’Espagne a vu récemment le caractère périphérique de son capitalisme se renforcer, ce qui n’est pas le cas de l’Italie. D’autre part, le
gouvernement espagnol, même fragile et sous pression de la droite, incontestablement progressiste, ce qui n’est pas le cas du gouvernement de coalition M5S-Parti démocrate italien qui est beaucoup plus fragile et dont la seule opposition est l’extrême-droite.

b. Les rapports de force institutionnels à l’intérieur de l’UE sont révélateurs d’une crise structurelle de haute intensité. Les discussions se font sous forme de négociation entre la technocratie libérale bruxelloise (la Commission européenne en premier lieu) et les gouvernements nationaux, qui négocient eux-mêmes entre eux.

C’est cette négociation, voire ce marchandage, entre les gouvernements nationaux qui est motrice. La seule institution démocratique de l’UE, à savoir le Parlement européen, est totalement marginalisée et réduite au simple rôle de spectatrice.

c. Les inégalités structurelles issues de la crise précédente sont toujours présentes.
On peut citer le fait que cette nouvelle crise, qui a pris rapidement une tournure industrielle, est précipitée par le coronavirus alors que les effets de la crise de la zone Euro de 2008-2010 ne sont pas résorbés, en particulier dans le domaine du travail. La moitié de la population active italienne est dépourvue d’emploi stable : elle est soit au chômage, soit en travail partiel et précaire. Le chômage atteint 30 % en Andalousie.

Alors qu’on annonce une perte totale mondiale de 25 millions d’emplois au niveau mondial, soit 4 millions de plus que lors de la crise de 2008, les perspectives sociales sont donc catastrophiques.

 

2- De manière encore plus structurelle la construction capitaliste de l’UE, qui plus est sous la forme monétariste qu’elle a prise depuis l’Acte unique de 1986 et les traités qui l’ont suivi, s’est totalement fondue dans et est devenue un outil de la mondialisation capitaliste. Elle a en effet joué un rôle clé dans la dérégulation des transactions financières, et dans les quatre dumpings écologique, social, fiscal et démocratique qui sont les bases de la mondialisation capitaliste. Son ADN est celui du libre marché, que ce soit à l’intérieur des frontières de l’UE mais aussi dans la manière dont elle conçoit les relations internationales.

Alors que les contradictions de la mondialisation capitaliste, ainsi que le discrédit auquel celle-ci doit
désormais faire face, enflent, comment l’UE au sens strict d’institution fondée sur des traités reposant sur une idéologie précise et contestée peut faire face et rebondir ? On la voyait déjà paralysée ces derniers temps, durant la dernière période de la commission Junker. Le dernier discours sur l’état de l’Union de Junker à l’automne 2018 n’avait pour seul projet concret que la défense européenne, qui avait pris un caractère central du fait de l’embourbement des autres aspects. Le green deal et la « loi climat » proposée par la
nouvelle commission Von der Leyen, qui sont par ailleurs critiquables par beaucoup d’aspects sur lesquels il n’est pas dans l’objet de cette note de revenir en détail, avaient pour objet de relancer l’UE autour d’un projet fondé sur le capitalisme vert. Il n’en reste aujourd’hui plus grand-chose.

 

3- Les réponses de l’UE à la crise ne sont pas nulles, mais leur enveloppe est clairement insuffisante et surtout elles reposent in fine sur un endettement accru des états auprès des marchés financiers.

a. Sur le plan sanitaire : les réponses sont totalement désordonnées. L’UE n’a pas de compétence propre en matière de santé.

b. Sur le plan budgétaire : l’UE a réagi à la crise beaucoup plus rapidement qu’en 2008. Le 13 mars, la Commission dégage une maigre enveloppe de 37 milliards d’euros prise sur le maigre budget de l’UE, qui s’élève au total à 169 milliards d’euros.

Surtout, elle a suspendu le Pacte de stabilité et de croissance et assoupli les mesures des traités européens qui interdisent les aides d’état aux entreprises. Ce n’est qu’une suspension d’un côté et un assouplissement de l’autre, nullement une abrogation.

La BCE a, de son côté, décidé d’injecter 750 milliards d’euros dans l’économie européenne d’ici la fin 2020, soit 6 % du PIB total de l’UE. Les états ont également pris des mesures importantes qu’au total on peut chiffrer à 3 % du PIB de la zone Euro pour les dépenses et à 16 % du PIB pour les garanties de crédit.

c. Mais ce qui domine concerne le plan politique : c’est un fiasco total, voire une faillite. Certains gouvernements sont allés jusqu’à voler des masques à d’autres, comme la République tchèque à l’Italie. Les fermetures de frontières se sont multipliées de manière unilatérale, en utilisant les précédents de la lutte contre le terrorisme ou de ce qui est présenté comme une « crise migratoire ». Le retour à la liberté de circulation dans l’espace Schengen s’annonce très lent et complexe.


d. Faute d’accord politique entre les gouvernements lors du Conseil européen du 26 mars dernier, le problème a été renvoyé à l’Eurogroupe élargi aux ministres des finances des états non membres de la zone Euro. L’accord du jeudi 9 avril, se hissant à 500 milliards d’euros, est le fruit d’un compromis assez boiteux avec les pays du Nord, qui n’ont en fait renoncé à rien sur le long terme. Cet accord est soumis à l’approbation du Conseil européen du 23 avril prochain. Le montant total : aussi bien les 750 milliards de la BCE que les 500 milliards de l’accord de l’Eurogroupe sont très loin de ce que fait la Fed aux Etats-Unis. Pour l’Italie par exemple, on estime à 50 milliards par mois le coût que le confinement a pour le pays. La Fed a
mis en place un mécanisme de transfert financier de l’économie monétaire vers l’économie réelle à hauteur de 2 000 milliards de dollars, soit 9 % du PIB.

A court terme : ces mesures ne sont pas assorties de conditions, notamment en matière de mesures d’austérité, comme cela avait le cas en 2008. Mais la porte est laissée ouverte à de futurs « ajustements » pour reprendre le jargon technocratique. Cet accord est une bouffée d’oxygène à court terme pour les états les plus touchés, notamment l’Espagne et l’Italie, sur le thème « c’est mieux que rien ».


- Soutien aux mesures de chômage partiel, y compris pour les petites entreprises et les indépendants. La Commission emprunte 100 milliards d’euros sur les marchés financiers et cela est garanti à hauteur de 25 milliards d’euros par les contributions volontaires des états, en plus de leur contribution au budget de l’UE. Mais cette enveloppe n’est donc pas payée par l’UE mais prêtée aux états membres. Le seul intérêt immédiat pour les états est que leur taux d’emprunt soit inférieur aux taux du marché. En tout état de cause, cela accroît l’endettement des états auprès des marchés financiers.

- La Banque européenne d’investissement offre une garantie des prêts que les états accordent aux entreprises, en instituant un fonds de garantie européen de 25 milliards d’euros, ce qui peut permettre
de garantir 200 milliards d’euros de crédit, notamment pour les PME. Le recours à la BEI figure d’ailleurs parmi les revendications d’un certain nombre de forces de gauche en Europe, entre autres parce que la BEI, contrairement à la BCE, n’est pas indépendante du pouvoir politique. Mais la BEI fonctionne en empruntant sur les marchés financiers.

-  Le recours au MES (Mécanisme européen de stabilité) : cette solution est encouragée par les acharnés de l’austérité du nord. Il est d’ailleurs révélateur de l’ampleur de la crise de l’UE que de telles discussions soient renvoyées à un cadre qui n’existe pas : l’Eurogroupe est en principe informel et limité aux états membres de la zone Euro mais il est présidé par un Portugais, Mario Centeno, social-libéral, et le conseil des ministres des finances des états membres n’a pas été convoqué : il aurait été présidé par la Croatie qui a la présidence tournante. On a ici une réunion de l’Eurogroupe, en principe informelle, élargie aux autres Etats de l’UE : c’est-à-dire en fait une réunion des ministres des finances des états de l’UE présidée par le président de l’Eurogroupe.

 Le rôle du gouvernement français et d’Emmanuel Macron.

La stratégie européenne de Macron s’est jusqu’à présent soldée par un échec. Sa tentative pour approfondir l’union économique et monétaire de la zone Euro et d’instaurer un budget de la zone Euro s’est heurtée à la résistance du gouvernement allemand et de ses alliés, et aussi aux propres contradictions de la ligne Macron qui voulait s’appuyer sur l’axe franco-allemand avec A. Merkel pour un objectif dont les conservateurs allemands ne veulent pas. S’il a contribué au compromis du 9 avril et s’il a signé la lettre des neuf pour les coronabonds, le comportement du gouvernement français lors de la prochaine réunion du Conseil européen sera important.


Propositions politiques que peut porter le PCF

Des mesures d’urgence nécessaires


1- La solidarité des moyens sanitaires

Les pays de l’Union européenne ont les moyens de réunir les industriels, les ingénieurs, les outils de
production pour produire des masques, des respirateurs, des médicaments. Si l’UE est incapable de
le faire, il faut passer pour cela par un cadre intergouvernemental. C’est parfaitement possible
de le faire :


- soit par la souveraineté des états qui sont parfaitement libres de mettre en place des accords intergouvernementaux, même au sein de l’UE.

- soit en actionnant le dispositif de coopération renforcée entre une partie des états membres institué par le traité d’Amsterdam en 1997, à condition de réunir au moins 9 états membres et d’être approuvée par la majorité simple du Conseil européen et par le Parlement européen. Ce mécanisme est cependant encore lourd à monter (voir ci-dessous) mais il a été institué pour contourner les blocages de l’UE.

Par exemple : un pôle public européen du médicament, dans le cadre d’une coopération choisie entre les états qui le souhaitent, permettrait de lutter contre l’emprise de la finance sur le médicament. Son objectif serait de : produire les médicaments essentiels dont la liste est fixée par l’OMS ; faire face aux pénuries récurrentes dès lors qu’un médicament n’est pas intéressant pour les actionnaires ; utiliser la licence d’office qui permet aux états de casser les brevets et de produire eux-mêmes les médicaments dont l’industrie refuse de négocier les prix ; redonner du poids à la recherche publique clinique.

2- La solidarité des moyens financiers pour les services publics de santé et pour la sauvegarde de l’emploi et des salaires


Les aides financières doivent être pérennisées, et ne pas reposer sur l’endettement des états vis-à-vis des marchés financiers.

1) Réorienter les mécanismes de création monétaire et les efforts financiers de la BCE

a) Il est possible de s’engouffrer dans la brèche ouverte par la Banque d’Angleterre, le 9 avril, qui a décidé de financer directement les mesures prises par le gouvernement britannique et par conséquent dispense ce dernier de s’endetter sur les marchés financiers. C’est une décision très importante. C’est un des tabous du néolibéralisme qui tombe ici, même si cette mesure n’est que « provisoire ».

b) La pétition initiée par Paolo Ferrero et Frédéric Boccara, adressée à la commission européenne, « L’argent de la BCE pour la santé, pas pour le capital » doit être mise en valeur et popularisée, dans le Parti et à l’extérieur.

c) Création immédiate d’un fonds européen pour la santé et pour les services publics recevant des titres à 100 ans de la BCE, non négociables sur les marchés financiers. La pétition expose les modalités de fonctionnement de ce fonds : « Il financerait par des prêts à taux nul, voire négatif, et par des avances non
remboursables les dépenses des états membres pour leur système public de santé et les autres services publics répondant à la crise du coronavirus. L’article 123, paragraphe 2, du Traité de Lisbonne le permet. Chaque état membre en bénéficierait, en proportion de sa population. Ce fonds serait géré démocratiquement, avec des représentants du Parlement européen et du Conseil économique et social européen, des représentants des parlements nationaux et des représentants des personnels des systèmes publics de santé ».

d) Instauration d’une autre sélectivité de la politique de crédit des banques aux entreprises en faveur de l’emploi et des salaires.


2) Sur les « coronabonds » : ils peuvent être rachetés par la BCE et être convertis en titres pour financer le fonds mentionné ci-dessus.


3- La protection des droits et des libertés

a. L’UE est totalement impuissante à limiter les atteintes aux droits démocratiques sur le long terme auxquels se livrent certains gouvernements de l’UE, en profitant des différentes lois d’état d’urgence. C’est le cas par exemple de la Hongrie. C’est pourtant un axe majeur et immédiat.

b. Le gouvernement portugais a annoncé une régularisation des immigrés et demandeurs d’asile en attente d’un titre de séjour pour leur donner accès aux soins. C’est une mesure à généraliser en Europe, alors que la situation des migrants est toujours aussi grave et catastrophique à la frontière gréco-turque.

4- Une action européenne à l’échelle internationale
Le comportement de l’UE à l’échelle internationale est globalement honteux et est la conséquence de son alignement sur l’Otan. Le soutien apporté aux manœuvres militaires de Trump contre le Venezuela en est la dernière preuve. Une véritable action européenne serait :
a. Levée des sanctions européennes pour les pays les plus touchés : Iran, Russie, Venezuela.
b. Action immédiate de pression sur les USA pour la levée du blocus de Cuba.

En perspective : mettre en débat un pacte social et démocratique entre les peuples et les nations européennes En d’autres termes : mettre fin à la règle d’or budgétaire pour instaurer une règle d’or sociale et
démocratique. L’histoire de la construction capitaliste de l’UE est ponctuée d’allers-retours de balancier, de plus en plus brusques et violents, entre « ajustements structurels » néolibéraux et politiques de sauvetage en catastrophe quand l’Europe se trouve au bord du gouffre.

L’ampleur des déficits annoncés (plus de 7 % du PIB pour la France sans doute en 2020) et la menace brandie par les bourgeoisies européennes d’un retour à l’austérité après la crise pose deux questions :


1- Les bourgeoisies européennes peuvent-elles le faire ? Elles ont sans nul doute la volonté d’opérer un mouvement de balancier inverse, mais auront-elles la possibilité de le faire ?


2- Comment la gauche en Europe peut-elle s’engouffrer dans les brèches ouvertes pour mettre dans le débat public la nécessaire transition vers un autre type de coopération entre les peuples et les nations d’Europe ? Et quelles sont les alliances de classe nécessaires pour ce faire afin de constituer un bloc social majoritaire dans les peuples et les nations d’Europe pour empêcher ce retour de balancier préparé par les bourgeoisies européennes ?


Quelques axes possibles :


1- Mettre fin à l’austérité européenne et à la mise sous tutelle des budgets nationaux L’austérité européenne porte une responsabilité écrasante dans le démantèlement des systèmes publics de santé. La commission a demandé 63 fois aux états membres de réduire leurs dépenses de santé.

a. Annulation complète du pacte de stabilité et de croissance. S’il est suspendu par l’activation d’une clause insérée en 2011 mais jamais mise en œuvre, le pacte de stabilité n’est pas remis en cause à ce jour : on peut parler d’un aménagement le temps de la crise.


b. Fin des programmes de surveillance des budgets nationaux par la Commission européenne (2-pack, 6-pack, « semestre européen ») qui sont certes allégés, mais nullement suspendus. Le communiqué de presse de l’Eurogroupe du 9 avril précise bien que les mesures trouvent leur place « dans le cadre d’un exercice simplifié du semestre européen ». Or, le semestre européen est en fait pire que le pacte de
stabilité et de croissance qui, lui, est un cadre général dont les états se sont d’ailleurs soustraits à plusieurs reprises par le passé (par exemple, la France et l’Allemagne en 


c. Les règles d’or budgétaires et le pacte budgétaire doivent également être annulés. L’annulation du Pacte de stabilité et de croissance et de sa logique sera complète si le Pacte budgétaire européen suit la même voie et si les règles d’or budgétaires intégrées dans les législations nationales, voire dans les constitutions
nationales, sont abolies. C’est le cas de la France qui l’a intégrée via la loi organique « relative à la programmation et à la gouvernance des finances publiques » du 17 décembre 2012.

2- Les moyens financiers

a. Remettre en cause les fondements de l’économie politique actuels de l’Euro

Le fonds européen financé par la BCE : Le fonds pour la santé qui peut être crée immédiatement (voir ci-dessus) offre une marche pour élargir ses compétences pour financer les services publics. Ce fonds, alimenté par la création monétaire de la BCE, pour financer à 0 % l’indispensable expansion des services publics dans tous les pays de l’UE : hôpital, santé, éducation, recherche, protection sociale, écologie, eau, énergie, culture, etc. Il financerait à 0 % les dettes des états si ceux-ci développent les services publics. Il serait doté d’un pilotage démocratique, associant parlementaires européens, nationaux et représentants syndicaux.

 Les missions et le statut de la BCE :
 La BCE doit appliquer une toute autre sélectivité de ses refinancements aux banques avec des critères précis pour qu’elles arrêtent de financer la spéculation, les délocalisations, les suppressions d’emploi et la pollution. Et elle doit réserver le refinancement à taux zéro, voire négatif, aux banques d’autant plus que leurs crédits d’investissement et de R&D développent l’emploi, les richesses réelles et diminuent la pollution et la consommation de matière.

Les statuts et les missions de la BCE lui confèrent pour seul rôle la lutte contre l’inflation (même les statuts de la Fed ne sont pas aussi néolibéraux) et lui interdisent de financer les déficits publics. Cela fait bien partie de l’économie politique actuelle du système Euro.


Une politique ambitieuse en termes d’investissements pour l’emploi et la transition écologique sur le long terme impose de changer les statuts de la BCE, et de la placer sous contrôle démocratique.

Poser la question du fonctionnement de l’Euro : l’annulation des règles budgétaires associés à l’Euro et le changement radical des missions et du fonctionnement de la BCE permet de s’attaquer concrètement au cœur du fonctionnement de l’Euro qui, tel qu’il a été mis en place au tournant du millénaire. Le fonctionnement actuel de l’Euro repose en effet sur un fondement qui est faux : à savoir que la contrainte budgétaire et monétaire permettrait de forcer la convergence réelle des pays européens.

b- Les aides d’Etat pour mettre en place une stratégie industrielle et des nationalisations. La Commission européenne a assoupli les règles applicables aux aides d’Etat aux entreprises, en utilisant une dérogation
prévue par les traités (article 107 du TFUE). Là encore, cette exception est temporaire et ne remet pas en cause le principe d’interdiction des aides d’Etat. Il faut donc rendre cette suspension définitive pour permettre aux Etats d’aider sous condition sociale et d’emplois les entreprises quand c’est nécessaire, notamment les PME. Cette suspension sine die d’un des principes clés des traités libéraux européens permettra aux Etats de nationaliser les secteurs vitaux de l’économie (soins, recherches,
production d’équipements médicaux).

3- La question de la dette publique : tous les états européens vont se retrouver avec au moins 10 points de PIB de dette publique supplémentaire à la fin de l’année.

a. Processus de renégociation des dettes publiques (les intérêts et les montants) pour réorienter les ressources mises sur le remboursement de la dette vers les dépenses économiques et sociales. Cela passe par un moratoire généralisé sur le remboursement des dettes publiques en Europe afin de pouvoir en identifier la partie illégitime et l’annuler. La question d’une conférence européenne sur la dette
est donc à nouveau posée.

b. Annulation de la fraction de la dette des états membres détenue par la BCE

4- Des coopérations à l’échelle européenne pour l’emploi, les salaires et l’appareil productif

a. L’échelle européenne est utilisable pour envisager des coopérations industrielles dans le cadre d’une reconversion environnementale et sociale, par des accords coopératifs non capitalistiques. Pour y parvenir, il est nécessaire que les états européens s’engagent à la relocalisation des industries stratégiques, liées
notamment, mais pas exclusivement à la santé. La remise en cause des chaînes de production et de valeur établies au niveau international dans le cadre de la mondialisation capitaliste pose la question de la relocalisation à l’échelle régionale européenne.

b. Cela implique aux mesures de protection industrielles, sociales et environnementales prises au niveau européen, dans un cadre négocié et multilatéral. Une première étape dans ce sens serait une suspension des accords de libre-échange en cours de négociation ou déjà en vigueur.

c. Un pacte protégeant les mesures sociales prises par les états membres pour l’emploi, la protection des salaires, la protection sociale, le logement, l’éducation, l’énergie et alignant ces mesures vers le mieux disant

d. La question d’une assurance chômage européenne alignée sur le mieux disant est
posée.

5- Pour la justice fiscale et la mise à contribution des entreprises

La question de la lutte contre les paradis fiscaux et contre l’évasion fiscale par l’instauration de règles fiscales communes en Europe.
-  Imposition à la source des entreprises : Le bénéfice global d’une entreprise multinationale doit être réparti entre les pays dans lesquels elle exerce son activité. Chaque état pourrait alors imposer la partie des bénéfices qui relève de son territoire. Ce qui conduit à stopper les transferts fictifs de bénéfices dans les paradis fiscaux et implique l’établissement de bases d’impositions communes à l’impôt sur les sociétés.

-  Serpent fiscal européen : taux plafond pour l’ensemble des impôts indirects et taux
planchers pour l’ensemble des impôts directs.

-  Institution d’une commission d’harmonisation fiscale attachée au Parlement européen et aux parlements nationaux composée à chaque niveau de députés, de représentants de salariés et de citoyens. Cela permet d’organiser et d’instaurer un contrôle fiscal des multinationales et de leurs filiales sur l’ensemble du territoire de l’UE via un droit de suite entre les diverses administrations financières nationales afin qu’un réel suivi des contrôles engagés soit réalisé et que des résultats tangibles en termes de sanctions puissent être obtenus.

L’ensemble de ces axes démocratiques, économiques et sociaux donnerait du contenu à un nouveau pacte social et démocratique entre les peuples et les nations d’Europe, pour des peuples et des nations libres, souveraines et associées, pour se substituer aux traités européens libéraux.

Actions envers nos partenaires européens

Il semble nécessaire d’engager des démarches auprès de nos partenaires européens pour l’élaboration de propositions conjointes des partis communistes, progressistes, de gauche en Europe. Plusieurs initiatives sont en route :
- Des initiatives bilatérales : il est nécessaire et urgent de profiter des contacts avec les forces européennes pour travailler à des propositions communes (PCE-IU, Die Linke, PTB, Syriza, PCP…).
- Dans le PGE : lors de la dernière réunion du secrétariat politique le 4 avril dernier, un groupe de travail s’est constitué sous la responsabilité d’Heinz Bierbaum, le président du PGE, dans ce sens. Le conseil des présidents a par ailleurs été saisi.
- Dans le forum européen : le groupe d’animation restreint du forum a fait la proposition au groupe élargi de retravailler à l’ordre du jour et aux modalités de travail des forces parties prenantes du forum.

Union européenne et Europe dans la crise du coronavirus (Vincent Boulet, animateur secteur Europe-International du Parti communiste)
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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 05:44

 

« Parler du jour d’après » en matière de politique de santé ouvre sur le projet d’une autre société. Au sortir de cette crise, rien ne sera plus comme avant, mais, si les peuples ne s’en mêlent pas, il n’y a aucune automaticité à ce que ce soit pour le meilleur. Les capitalistes veillent, s’adaptent et sont loin de vouloir lâcher leurs privilèges. En France, il n’y a qu’à entendre les déclarations d’un certain nombre de ministres pour en avoir confirmation !

 

 

Quant aux envolées du Président de la République sur les « héros en blouse blanche », il est à craindre qu’elles ne soient suivies d’aucun effet. Les mesures d’urgence contre le Covid-19 en sont une claire démonstration, l’argent annoncé pour répondre à la crise sanitaire n’est rien comparé à celui débloqué pour sauver les grands groupes. Deux poids, deux mesures !

Pourtant, le coronavirus révèle bel et bien l’absurdité et la dangerosité des politiques étatiques et austéritaires menées, dans le domaine de la santé, depuis les ordonnances Juppé. Et cette course aux restrictions budgétaires n’a fait que s’accélérer.

En 2004, la loi Bachelot introduit la tarification à l’activité (T2A) à l’hôpital mettant en concurrence cliniques privées et hôpitaux publics ! En vingt ans, 100 000 lits ont été fermés et en dix ans, ce sont 7 milliards d’euros qui ont été ponctionnés sur le dos des hôpitaux publics.

Les gouvernements successifs se sont éloignés de la conception de notre système de protection sociale solidaire et universelle pour considérer la santé comme une marchandise. L’hôpital devenait alors une entreprise avec, à sa tête, des technocrates obnubilés par la règle à calcul. Toutes les alertes lancées par les personnels, certaines forces syndicales et politiques ont été ignorées, voire moquées. Et de budget de la Sécurité sociale en budget de la Sécurité sociale, notre service public de santé a été mis à genoux.

« Tous les spécialistes en conviennent : le confinement total est le prix du manque de moyens, notamment à l’hôpital, dû à l’incurie des gouvernements qui se sont succédé depuis trente ans. » (1)

Les mêmes politiques ayant été appliquées à l’échelle du monde, les conséquences de ces choix néo-libéraux sont identiques partout. Comment oublier que la Commission européenne ait demandé 63 fois, de 2011 à 2018, aux États membres de réduire leurs dépenses publiques en matière de santé ? Comment accepter le silence aujourd’hui de l’UE, incapable d’apporter une réponse de solidarité, laissant chaque pays s’enfermer à l’intérieur de ses frontières, se livrant à une concurrence impitoyable pour obtenir le matériel indispensable à sauver des vies ?

Alors « le jour d’après », c’est maintenant qu’il se réfléchit.

Les propositions sont nombreuses, les expert·e·s que sont les personnels les ont déjà soumises depuis plus d’un an au gouvernement, via leurs syndicats, leurs collectifs. Nous avons, nous les parlementaires communistes, présenté une proposition de loi sur des « Mesures d’urgence pour la santé et l’hôpital » après notre tour de France des hôpitaux et des Ehpad. Toutes ces propositions dessinent un autre projet de société qui place l’humain au cœur des politiques de santé et qu’il faut imposer maintenant !

Pour y parvenir, les décisions ne peuvent pas être prises par un exécutif aux ordres de la finance. Il faut que la démocratie s’exerce à tous les niveaux en conférant des pouvoirs à celles et ceux qui travaillent dans les hôpitaux, les maternités, les Ehpad, les centres de santé, les cabinets de ville… Le budget de la Sécurité sociale ne doit plus être voté par la représentation parlementaire mais revenir, comme lors de sa création en 1945, dans le giron des partenaires sociaux et doit reposer sur les cotisations patronales et salariales. L’objectif doit être la prise en charge des soins à 100 % par la Sécu.

Mais il faut, en urgence, un plan massif d’investissements pour la santé et les hôpitaux à hauteur de 10 milliards d’euros pour embaucher, former les équipes, augmenter les salaires et rouvrir les lits qui ont été fermés ! Un moratoire sur les fermetures d’établissements et de services doit être voté, comme le stipule l’une de nos propositions de loi présentée, dès 2014, et rejetée par le Sénat. Pour réduire les déserts médicaux, des centres de santé doivent être ouverts sur l’ensemble du territoire. Un véritable partenariat médecine hospitalière et médecine de ville doit être encouragé afin de développer une politique de prévention et d’éducation à la santé.

La crise vécue dans les Ehpad, le mouvement des personnels, bien en amont, pour dénoncer l’indignité infligée à bon nombre de résident·e·s au nom de la rentabilité, doivent contraindre la société à repenser l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie en répondant d’abord à leurs besoins quels que soient leur situation ou leur âge. On l’a vu, cette pandémie a révélé de grandes tensions sur les matériels de protection mais également les médicaments. Il est regrettable que le Conseil d’État ait rejeté les référés d’associations qui demandaient la « réquisition des moyens de production » pour y faire face.

Il est inacceptable que la France, 6e puissance économique mondiale, ne soit pas en capacité de produire ses propres médicaments et que les grands groupes pharmaceutiques utilisent les pays, en voie de développement, pour se faire un maximum de profits ! Plus généralement, il est impératif de sécuriser à nouveau l’approvisionnement des biens nécessaires à nos besoins vitaux par des filières publiques. D’où notre proposition de mettre en place un pôle public du médicament et de la recherche au plan national et européen. Dans l’immédiat, nous proposons de nous appuyer sur les pharmacies centrales de l’AP-HP et du service des armées pour assurer une production nationale, en leur donnant les moyens financiers et humains indispensables.

Toutes ces mesures sont immédiatement finançables, à condition d’en avoir la volonté politique : fin des exonérations patronales et des allègements sociaux, lutte contre l’évasion fiscale, fin du Crédit impôt recherche (CIR), rétablissement de l’ISF !

Nos sociétés viennent d’être ébranlées, nos vies quotidiennes sont bouleversées, le monde entier est à l’arrêt, tout autant qu’il est en ébullition. Profitons de ce moment inédit pour, dès à présent, travailler à la société de demain, avec toutes celles et tous ceux qui aspirent à une nouvelle humanité.

Laurence Cohen, sénatrice, membre du CN.

 

1. André Grimaldi et Frédéric Pierru, « L’hôpital, le jour d’après », Le Monde diplomatique, avril 2020.

 

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 05:41

 

Comme dans toutes les crises et en partant de problèmes réels, il y a la tentation pour le pouvoir politique en place de restreindre les droits et libertés publiques bien au-delà des mesures sanitaires légitimes, et de mettre en place des systèmes surdimensionnés de surveillance de la population. Dans ce contexte, les grands acteurs des services et de l’industrie du sécuritaire font feu de tout bois pour imposer et vendre leurs solutions technologiques.

 

 

Ils s’appuient sur l’idéologie libérale du solutionnisme technologique : c’est-à-dire qu’au lieu de chercher des solutions et d’affronter la crise dans un cadre politique collectif, on va chercher à dépolitiser les questions, à interdire le débat démocratique et mettre en avant des technologies qui vont faire tout reposer sur la responsabilité individuelle des personnes.

Ce processus a été à l’œuvre à la suite des attentats de 2015. Il a conduit à l’état d’urgence permanent, la dépolitisation des questions, sous couvert de « guerre au terrorisme » (ce qui ne veut rien dire) et d’« essayer de comprendre, c’est excuser, justifier… », tout en investissant massivement dans des technologies de surveillance dont l’efficacité globale est fortement à discuter.

D’une certaine manière le même scénario se reproduit autour de l’épidémie de Covid-19 et en particulier des perspectives de déconfinement. Ainsi, au mépris de l’esprit du règlement général sur la protection des données personnelles, Orange a traqué numériquement les Parisiens qui avaient fui à la campagne, alors qu’une simple mesure de la baisse du nombre de connexions aux antennes-relais de la capitale aurait suffi pour arriver à la même évaluation. Outre l’opération de culpabilisation de comportements individuels critiquables pour mieux cacher l’incurie de l’action gouvernementale, avec cette opération de traçage de masse, Orange s’est positionné sur le marché potentiel des applications numériques de surveillance liées au déconfinement, et bien sûr il n’est pas le seul.

Pour valoriser une opération de traçage numérique des personnes atteintes du Covid-19, on met en avant la réussite de Singapour dans la maîtrise de la pandémie. C’est oublier un peu rapidement que cette réussite repose essentiellement, non pas sur le traçage numérique mais sur un dépistage massif, une prise en charge systématique en quarantaine des personnes positives, un port du masque généralisé, et un nombre de lits, y compris de réanimation, par habitant très supérieur à celui de la France.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas nécessaire de compléter cet arsenal par une application de traçage numérique, mais celle-ci doit respecter strictement le principe de la protection des données personnelles et du consentement. Ce qui implique de ne pas centraliser les données. Ainsi, pour reprendre l’exemple de Singapour, le traçage numérique s’est organisé autour d’une application sur Smartphone permettant de garder une trace des personnes croisées à faible distance dans la journée et qui utilisent aussi l’application. La détection de ces individus se fait par « Bluetooth1 » donc sans avoir recours aux données de géolocalisation. Si après un test ou des symptômes significatifs, vous apprenez que vous avez le Covid-19, vous pouvez alors prévenir les personnes rencontrées afin qu’à leur tour elles se mettent en quarantaine et se fassent tester. Reste que le gouvernement singapourien avait promis la publication du code source de l’application sous licence logiciel libre ; or, pour l’instant il ne l’a pas fait, ce qui pose un grave problème de confiance. En France, une telle application ne pourrait être utile que si elle respectait le consentement individuel et la protection des données personnelles, si elle protégeait le secret médical. Son usage devrait être limité dans le temps et l’espace, et son code sous licence logiciel libre. Elle ne devrait être en aucun cas un outil de relégation sociale ou de discrimination. Elle ne pourrait être qu’un complément résultant d’un choix volontaire et individuel aux mesures fondamentales présidant au déconfinement et non un cache misère technologique de l’absence de tests, de masques, de structures d’accueil des personnes en quarantaine…

Il ne s’agit pas de refuser des mesures exceptionnelles justifiées et proportionnées ; mais la condition de l’efficacité et de la réussite de telles mesures est qu’elles soient consenties car exceptionnelles et limitées dans le temps, dans l’espace. Si notre pays est en situation particulièrement difficile face à cette pandémie, il ne le doit pas à un excès de démocratie et de transparence mais, au contraire, au refus de la démocratie sociale et de l’intervention citoyenne collective. Les enjeux de santé publique comme ceux du numérique et de la donnée ne sont pas technocratiques, ils sont politiques.

Plutôt que de prendre la voie libérale du solutionnisme technologique – tracer, gérer, culpabiliser individuellement, dénoncer à la vindicte populaire les moutons noirs – qui revient à privilégier le capital, les communistes font le choix de l’humain, de la solidarité, et du respect de chacune et chacun. Tisser et promouvoir des réseaux de solidarité avec les livreurs, tous les travailleurs des services publics, les privés d’emploi et de revenu, les migrants, les sans-abri, les soignants, augmenter le nombre de lits à l’hôpital, des masques pour toutes et tous, des tests massifs pour permettre à chacun de connaître son état, prendre soin de soi-même et de son entourage, en se faisant confiance les uns les autres, voilà la seule stratégie gagnante face au Covid-19. Cela passe bien sûr, à terme, à l’opposé de la startup nation, par une renaissance industrielle de notre pays dans tous les domaines.

Yann Le Pollotec, commission Révolution numérique.

 

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 15:09
Hommage d'Alain Vigouroux, ancien élu communiste de Plobannalec-Lesconil, à Jessie Charlot, lui qui avait enregistré son témoignage de vie très riche en 2017: Jessie était quelqu'un de très ouvert qui avait fait des émissions avec Roger Gicquel

Hommage d'Alain Vigouroux, ancien élu communiste de Plobannalec-Lesconil, à Jessie Charlot, lui qui avait enregistré son témoignage de vie très riche en 2017: Jessie était quelqu'un de très ouvert qui avait fait des émissions avec Roger Gicquel

Ce matin, des camarades du PCF Pays Bigouden nous ont informé du décès la semaine dernière, samedi 11 avril 2020, de notre camarade de Plobannalec Lesconil Jessie Charlot, née Primot, à l'âge de 87 ans.
 
Elle souffrait d'une maladie et de problèmes respiratoires depuis plusieurs années.
 
Une cérémonie sera organisée avec la famille et ses camarades du pays bigouden pour un hommage après le confinement à la salle de l'amicale laïque à Lesconil.
 
Ancienne secrétaire de la cellule Alain Le Lay de Lesconil jusqu'en 2010, où elle fut alors remplacée par Patrick Gloaguen, ancien pêcheur, elle fut adjointe et conseillère municipale PCF de Plobannalec Lesconil. C'était "Madame la Rouge" de Lesconil, nous dit Patrick Gloaguen, très connue et reconnue par tout le monde, une combattante.
 
La Lescolinoise Jessie Charlot, née en 1932, a été embauchée à 14 ans à l'usine Billet de Lesconil « l’usine neuve ». La « vieille usine » Maingourg ayant été abandonnée avant la guerre. L'on y "traitait" la langoustine, le thon, le maquereau, le crabe, elle est devenue déléguée syndicale CGT et a participé au congrès national de l'alimentation à Paris en 1951. Il y avait à l’époque une centaine de travailleuses. pas d’horaire fixe, on répondait à l’appel à la cloche. Les pêcheurs livraient directement à l’usine car il n’y avait pas de criée. Ensuite il y a eu des mareyeurs. Les encaissements avaient lieu en fin de semaine.
Jessie est restée 7 ans dans cette conserverie jusqu'à ce que des problèmes de santé l'obligent à cesser, à 21 ans. Ensuite, elle a fait de la couture et de la broderie, des poupées de petits marins, des bigoudènes qui étaient ensuite commercialisées.  
 
Elle avait adhéré au PCF en 1955 et était le fer de lance des fêtes d'été du PCF Pays Bigouden, surtout celle du Travailleur de la mer. Elle s'occupait aussi de la loterie de la CGT.
 
Toute la reconnaissance des camarades communistes du Finistère pour ses décennies d'engagement, son dévouement à la cause d'une société plus égalitaire et fraternelle.
 

Nous transmettons notre sympathie à Nelly, sa fille, bénévole sur nos fêtes d'été, à nos camarades de la section PCF du Pays Bigouden et de la cellule de Lesconil, aux bénévoles des fêtes d'été du PCF pays bigouden, toutes nos condoléances à sa famille et ses amis.

 

PS: Merci à Alain Vigouroux, Patrick Gloaguen, Gaston Balliot, Gilberte Reneaud, Mimi Cariou pour ces informations. 

 

 
Jessie Charlot à une réunion du PCF dans le Pays Bigouden au côté de Guy Laurent (photo Patrick Gloaguen)

Jessie Charlot à une réunion du PCF dans le Pays Bigouden au côté de Guy Laurent (photo Patrick Gloaguen)

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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 07:36
Décès de camarades et sympathisants de la fédération du PCF Finistère - l'hommage de la fédération

Plusieurs camarades et sympathisants du PCF Finistère nous ont quittés ces derniers jours.

- Suzanne Douarinou, membre du Parti depuis 1972 et âgée de 91 ans.

- Bernadette Champon, qui habitait Fouesnant mais était désormais en maison de retraite. Elle avait 96 ans et était adhérente depuis au moins une quarantaine d'années (Denise Blanche l'a connue à son arrivée en 86). Elle était institutrice à Pleuven avant d'être en retraite.

- Jessie Charlot. Ancienne secrétaire de la cellule Alain Le Lay de Lesconil jusqu'en 2010, elle fut conseillère municipale PCF de Plobannalec Lesconil. Elle avait adhéré au PCF en 1955 et était le fer de lance des fêtes d'été du PCF Pays Bigouden, surtout celle du Travailleur de la mer.

- Michel Larzul décédé en mars d'une longue maladie. Michel, médecin psychiatre et avait travaillé notamment à l'hôpital Gourmelen de Quimper, était le fils de Denise et Basile Larzul, le frère de l'avocat Claude Larzul.  Il n'était pas adhérent mais avait toujours apporté son soutien au PCF, le parti de ses parents, par des souscriptions tous les ans.

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

Je voudrais exprimer toute la reconnaissance des communistes du Finistère à ces camarades pour leurs décennies d'engagement pour la cause d'une société plus égalitaire, plus juste et fraternelle.
 
Nous transmettons notre sympathie aux membres des sections du Cap Sizun, de Fouesnant, de Quimper, du Pays Bigouden, aux familles et amis de Suzanne Douarinou, Bernadette Champon, Jessie Charlot, Michel Larzul.
 
Fraternellement,
 
Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF Finistère.
 
 
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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 07:11
Mercredi, 15 Avril, 2020
En Inde, comment l’Etat communiste du Kerala a jugulé l’épidémie

L’État dirigé par une coalition de communistes et de partis de gauche était le premier touché par le Coronavirus en Inde. Grâce à un plan de traçage des cas, de tests massifs, de fourniture de colis alimentaires et d’aides financières aux ménages, le Kerala est pour l’heure parvenu à juguler la propagation du virus.

 

Narendra Modi a longtemps tergiversé. Jusqu’à son allocution télévisée du 19 mars, le premier ministre indien n’a annoncé aucun plan concret de lutte contre le Covid-19. Et encore, celui-ci se résumait-il à un « couvre-feu populaire » de quelques heures avant d’appeler la population à applaudir les soignants depuis les balcons. La stratégie était si confuse qu’une fois le couvre-feu passé, des foules soutenues par les policiers se sont massées dans la rue pour faire tinter cloches et casseroles. Cinq jours plus tard, dans l’improvisation la plus totale, le chef du gouvernement donnait quatre heures aux Indiens pour se préparer au plus grand confinement de la planète. Privés d’emplois à l’instant-même, des millions de travailleurs migrants se sont lancés sur les routes pour rejoindre leur région d’origine laissant libre cours à la circulation du virus.

Briser la chaîne de transmission

Dans l’État méridional du Kerala, dirigé par le Parti communiste d’Inde (marxiste) et le Front démocratique de gauche, la population vivait déjà un confinement informel depuis plusieurs semaines. Sur le pied de guerre depuis le retour de Wuhan (Chine) d’un étudiant indien en médecine fin janvier, une équipe de soignants se réunit le soir de son arrivée afin de définir une stratégie. Plusieurs d’entre eux avaient déjà travaillé sur le virus Nipah en 2018, également transmissible de la chauve-souris à l’homme, et pouvant entraîner une infection respiratoire aiguë voire une encéphalite mortelle. À partir des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les médecins établissent un plan de traçage des contacts des personnes infectées, d’isolation et de surveillance systématique. Seule façon de briser la chaîne de transmission dans un pays où la majorité de la population ne dispose pas d’accès à l’eau courante et vit dans des logements exigus. L’accès aux soins est également une gageure : l’Inde compte 0,5 lit d’hôpitaux pour 1 000 habitants (contre 4,3 lits pour 1 000 habitants en Chine).

Jeu de piste contre le virus

Une équipe de cinquante policiers, de personnels paramédicaux et de volontaires retrace les déplacements d’une famille de trois personnes malades arrivant d’Italie. Une banque, un bureau de poste, une bijouterie, des hôtels… la course contre le coronavirus prend des airs de jeu de piste. Une ligne téléphonique est même dédiée aux personnes pensant être entrées en contact avec la famille. Quelques centaines d’appels sont enregistrés. Tous sont priés de décrire leurs symptômes éventuels et redirigés vers l’hôpital pour être testés ou placés à l’isolement. 1 200 personnes sont rapidement confinées ; des médecins assurent un suivi téléphonique quotidien. Et un portage de nourriture est assuré. Dans le même temps, la ministre de la Santé du Kerala, KK Shailaja, ordonne aux quatre aéroports internationaux de dépister et filtrer les cas éventuels, orientés par la suite vers un centre gouvernemental. Les voyageurs testés positifs au Covid-19 sont eux aussi placés à l’isolement.

Des colis aux écoliers

Pinarayi Vijayan, le ministre en chef de l’État, qui tient un point d’informations quotidien, ordonne un confinement général le 23 mars et débloque un fonds d’urgence de 2,4 milliards d’euros. Il demande ensuite aux fournisseurs d’accès à internet d’augmenter leurs capacités afin que ceux qui peuvent télétravailler soient en possibilité de le faire. La production de gel hydroalcoolique et de masques est en outre augmentée, une ligne téléphonique d’assistance aux personnes mentalement fragiles est mise sur pied. Une politique de tests massifs est déployée sur l’ensemble du territoire. Des colis sont livrés aux écoliers qui dépendent habituellement des repas gratuits. Une allocation moyenne de 7 300 roupies (87 roupies) est enfin versée à la majorité des ménages afin de prévenir les impayés de loyer et couvrir les dépenses courantes. Un organisme de microfinance est également mobilisé pour octroyer au cas par cas des prêts à la consommation pour les ménages demandeurs.

Le service public, seul à même de faire face

Le Kerala est réputé pour disposer du meilleur système de santé de la fédération. Avec une surreprésentation des écoles de médecine et d’infirmières, l’État compte 30 000 soignants. « La lutte contre le coronavirus souligne une nouvelle fois à quel point un système de santé privé basé sur l’assurance serait totalement inadéquat pour relever ce genre de défi », insiste Thomas Isaac, le ministre des Finances. De fait, si le Kerala prend en charge 60 % des frais de santé, la moyenne nationale n’est que de 20 %. Premier État à rapporter des cas de coronavirus fin janvier, le Kerala enregistrait une baisse de 30 % des personnes infectées, la première semaine d’avril. Sur 387 cas, seuls trois patients sont morts et 52 % ont été guéris.

Inde: comment l'Etat communiste du Kerala a jugulé l'épidémie (L'Humanité, Lina Sankari, mercredi 15 avril 2020)
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