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20 février 2025 4 20 /02 /février /2025 08:26
Les militants communistes à l'hôpital de Morlaix pour distribuer A coeur ouvert ce mercredi 19 février 2025
Les militants communistes à l'hôpital de Morlaix pour distribuer A coeur ouvert ce mercredi 19 février 2025
Les militants communistes à l'hôpital de Morlaix pour distribuer A coeur ouvert ce mercredi 19 février 2025
Les militants communistes à l'hôpital de Morlaix pour distribuer A coeur ouvert ce mercredi 19 février 2025

Distribution de journaux " A cœur ouvert", journal santé du PCF, du 1er trimestre 2025, ce mercredi 19 février à l'hôpital de Morlaix, avec Fabienne Cyriaque, Arnaud Kermarrec, Jean-Luc et Annie Le Calvez, Lucienne Nayet, Roland Bagnis et Ismaël Dupont. 

Nous avons eu de très bons échanges, un excellent accueil de la part des usagers et professionnels de l'hôpital de Morlaix, comme à chaque fois.

Des distributions sont également prévues ces prochains jours à l'hôpital de Lanmeur, à l'hôpital de Plougonven, et à Perharidy à Roscoff pour ce qui est de la section PCF du Pays de Morlaix.

Voir le journal A coeur ouvert: A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)

Les militants communistes à l'hôpital de Morlaix pour distribuer A coeur ouvert ce mercredi 19 février 2025
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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 10:21
"L'armée la plus morale du monde"? Au Liban, c'est bien le contraire qui se vérifie.

Liban - dessin de Nono en 2006, dessin de presse présenté dans un exposition à l'institut culturel français d'Alger où il était invité et à l'honneur avec des dessinateurs de presse algériens, Wolinski, Petillon, etc. 

19 ans plus tard, on en est toujours au même point avec des voisins israéliens qui peuvent semer la mort et la désolation, ruiner des régions entières au Liban, mettre à la rue et endeuillée des milliers de familles, sans qu'il n'y ait pour eux aucune sanction ni répercussion au niveau international, mais au contraire avec le blanc seing des États-Unis, et les armes de l'OTAN dont les munitions se retrouvent partout aujourd'hui dans les ruines du Liban. 

Le 26 janvier 2025 sonnait la fin des 60 jours prévus pour le retrait des troupes israéliennes des territoires libanais, selon l'accord de cessez-le-feu au sud Liban. 

4000 violations de cet accord de la part d'Israël ont été enregistrés par la FINUL sur les deux mois de transition (incursion et occupation supplémentaires des villages frontaliers dans la zone libanaise, bombardements, villages rasés au bulldozer, civils visés, etc). 

Le 26 janvier, des milliers de libanais attendaient de rentrer dans leurs villages au sud dans la zone occupée et détruite par l'armée israélienne, faisant face aux chars israéliens, offrant leur poitrine comme seule défense. 

Le soir du jour-même d'application de l'accord du retour des civils, on comptait 25 morts libanais civils (hommes, femmes, enfants) selon nos correspondants sur place, à qui le PCF Finistère a transmis 2500 euros pour organiser l'accueil des réfugiés aux maisons bombardées dans leur ville de Doha el Hoss, au sud de Beyrouth, et 3 soldats libanais tués par les israéliens.

Un massacre des innocents qui pourrait rappeler celui de la place Tien An Men avec le symbole de civils désarmés face aux chars qui se font massacrés et dont curieusement presque aucun media n'a parlé. 

De la part de "l'armée la plus morale du monde" n'est-ce pas, qui n'est pas à un crime de guerre près.

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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 10:05
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)
A coeur ouvert, Journal santé du PCF, février 2025 - "Ouvrir ensemble un chemin d'espoir" (Fabien Roussel)

Cet exemplaire de "A cœur ouvert" daté de février 2025 sera distribué à 2000 exemplaires dans les hôpitaux, centres de santé, maisons de retraite du Finistère par les militants du PCF Finistère.

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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 10:00
Journal Plein Temps du PCF à destination des retraités - février 2025
Journal Plein Temps du PCF à destination des retraités - février 2025
Journal Plein Temps du PCF à destination des retraités - février 2025
Journal Plein Temps du PCF à destination des retraités - février 2025
Journal Plein Temps du PCF à destination des retraités - février 2025
Journal Plein Temps du PCF à destination des retraités - février 2025
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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 08:02

Nous sommes nombreux, élus locaux communistes, du Finistère, de Bretagne, et de France, et de toutes tendances politiques, à avoir signé cette tribune des syndicats de journaliste de l'audiovisuel public (SNJ CGT, SUD, SNJ) contre les réorganisations en cours et baisses de moyens pour l'audiovisuel public.

En ce 19 février, date de parution de la tribune dans les journaux Ouest-France, Le Poher, La Marseillaise, on compte 1888 signatures d'élus locaux mais il est toujours possible de signer.

 

https://elus.sauvonslaudiovisuelpublic.fr/

L’audiovisuel public est un trésor, préservons-le !

L’audiovisuel public a 85 ans et son existence a toujours été un enjeu culturel et démocratique de premier plan. De l’ORTF et sa tutelle étatique sur l’information à la loi de démantèlement du monopole en 1974, de la privatisation de TF1 à la sanctuarisation de la concurrence privée en 1986, la place et la vocation de l’audiovisuel public ont toujours dû être âprement défendues. Si l’on regarde l’attachement des Français, l’audiovisuel public ne s’est jamais aussi bien porté. Depuis cet automne, deux radios publiques, France Inter et France Info sont en tête des audiences, devant toutes les stations privées. Sur l’année écoulée, le réseau France Bleu a gagné environ 87 000 auditeurs, et France Culture franchit le cap des deux millions d’auditeurs.

Du côté de la télévision, selon une étude auprès des téléspectateurs commandée par France Télévisions en 2022, les antennes de France 3 en régions se trouvent très largement devant TF1, M6, et même devant France 2 et France 3 National sur les sujets suivants : la confiance, l’équilibre, le plaisir à regarder, l’absence de parti pris, la diversité, le lien entre les citoyens, l’indépendance vis à vis des pouvoirs politiques et économiques ou encore la différence par rapport à ce qu’on peut regarder sur les autres chaînes.

Un véritable plébiscite, qui reflète également l’importance de l’audiovisuel public pour les enjeux démocratiques dans notre société. Les antennes de France 3 et France Bleu offrent un maillage territorial sans équivalent, permettant d’apporter à chaque citoyen une information de proximité, attrayante et fiable. Outre la radio et la télévision, ce réseau régional offre également, pour chacune de ses antennes, de véritables sites d’information de référence en accès libre et gratuit.

A l’heure où l’on assiste à la prolifération de fausses informations sur les réseaux sociaux, et même à l’apparition de contenus générés par l’intelligence artificielle, ce journalisme de terrain est le meilleur des antidotes pour pouvoir continuer à partager ensemble une même réalité. Aussi, nous vous mettons en garde contre les nombreux risques que comporterait une fusion ou une holding afin de “rationaliser” la gouvernance de l’audiovisuel public.

Un projet initialement étudié au printemps 2024, dont le retour à l’agenda parlementaire, prévu au mois de décembre, a été ajourné par la chute du gouvernement Barnier. Depuis, la ministre de la culture, Rachida Dati, a annoncé que l’examen de la proposition de loi devrait se faire mi-mars. Or nous considérons que l’objectif de « rationalisation » de l’audiovisuel public constitue une mauvaise piste et une fausse solution si nous voulons vraiment renforcer nos médias sur le plan national et international.

“Rationaliser”, cela signifie en général, réduire les effectifs. Le 6 novembre dernier, lors des auditions des président.es des entreprises de l’audiovisuel public sur les contrats d’objectifs et de moyens, ces dernières ont alerté sur les trajectoires “de sacrifice” qui leur sont demandées avec des budgets impossibles à tenir sans abandonner une partie des missions.

Sur les territoires que nous représentons, moins de moyens, cela peut signifier moins de présence sur le terrain. Moins d’espaces pour relayer les sujets, les débats qui animent nos communes, nos départements, nos régions. Moins de temps d’antenne pour que les artistes, les acteurs associatifs, les élus, et toutes celles et ceux qui font vivre nos communautés puissent s’exprimer et exister.

La chasse aux économies qui accompagnerait inévitablement tout projet de fusion ou de holding aurait également de sérieuses conséquences sur l’emploi, alors que l’audiovisuel public représente 17 000 salariés, et 108 000 emplois indirects. Il fait vivre 4500 entreprises et crée de la richesse, partout sur nos territoires : un rapport européen estime qu’un euro investi dans l’audiovisuel public rapporte en moyenne 3 euros pour l’économie française.

La télévision et la radio publiques représentent également 500 millions d’euros d’investissements dans le cinéma, la musique, la fiction, les documentaires ou encore les séries. Ce sont des programmes qui mettent en valeur notre patrimoine, notre culture et nos régions, et qui ne trouvent pas d’équivalent sur les chaînes privées. Souhaitons-nous les voir s’amenuiser ou disparaître ?

Sans parler du coût financier : décidée en 2000, la création de la holding France Télévisions, qui rapprochait les chaînes France 2, France 3, France 4, France 5 et RFO a pris 10 ans, engloutissant 189,2 millions d’euros d’argent public dans les différents processus d’adaptation de ses structures. Dans l’immédiat, un regroupement des entreprises de l’audiovisuel public ne permettrait donc pas de réaliser des économies, mais il ferait aussi peser un véritable danger sur ce qui constitue un des garants de la vitalité démocratique dans notre pays.

En juin dernier, les antennes de France 3 en région et celles de France Bleu ont été exemplaires, organisant des débats et parvenant, le temps d'une campagne éclair qui n'a duré que 3 semaines, à informer les citoyens sur la plupart des candidats aux élections législatives.

N’oublions pas non plus les risques de pressions, politiques ou économiques, qui pourraient s’exercer sur la présidence d’une holding qui regrouperait tout l’audiovisuel public. Voulons-nous vraiment concentrer tant de pouvoirs entre les mains d’une seule personne ?

Une fusion ou une holding comporterait inévitablement des risques d’affaiblissement du projet éditorial des médias publics, dont la force repose justement sur la pluralité de l’offre et la complémentarité des contenus qu’ils adressent à des publics variés. Dans le contexte d’une fusion, l’effacement du média radio serait inévitable, alors même que Radio France fait figure d’exemple européen.

Si nous souhaitons que les entreprises de l’audiovisuel public puissent continuer à s’adapter aux défis de notre époque, si le respect du pluralisme et de la diversité éditoriale, la création et l’indépendance de l’information sont toujours des enjeux, nous devons leur offrir une vraie stabilité, à la fois financière mais aussi dans leur périmètre et dans leur organisation.

Comme l’hôpital ou comme l’éducation, l’audiovisuel public, fondé sur le triptyque « informer, cultiver, divertir », constitue l’un des services essentiels au fonctionnement de notre société.

Pour l’ensemble de ces raisons, nous appelons les parlementaires à rejeter tout projet de fusion ou de holding de l’audiovisuel public.

Parution de la tribune "L'audiovisuel public est un trésor, préservons-le" dans le Ouest-France, 19 février 2025

Parution de la tribune "L'audiovisuel public est un trésor, préservons-le" dans le Ouest-France, 19 février 2025

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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 07:55
Dans le Finistère, l’espoir de réhabilitation de la ligne Morlaix-Roscoff (Télégramme et Ouest-France, 17 février 2027

Ouest-France

Dans le Finistère, l’espoir de réhabilitation de la ligne Morlaix-Roscoff

Publié le

La voie Morlaix-Roscoff (Finistère) ne devrait pas être déferrée. L’Association de promotion de la ligne s’en réjouit, et espère une réouverture.

Sylvie Fillon, présidente de l’APMR, avec le bureau, œuvre pour réhabiliter la voie ferrée Morlaix-Roscoff.

Sylvie Fillon, présidente de l’APMR, avec le bureau, œuvre pour réhabiliter la voie ferrée Morlaix-Roscoff. | OUEST-FRANCE

L’association de promotion de la ligne ferroviaire Morlaix/Saint-Pol-de-Léon/Roscoff (APMR) a tenu son assemblée générale, vendredi 14 février 2025, à l’espace Mathurin-Méheut. Elle compte 175 adhérents dont près de la moitié était présente. Elle s’est constituée dans les lendemains de la fermeture de la ligne en 2018.

« Une décision d’avenir »

 Réhabiliter la ligne est une décision d’actualité et d’avenir, dans un contexte de décarbonations, d’augmentation de l’offre TER, en phase avec les besoins croissants du territoire, de décongestion des parkings de la gare de Morlaix et de Roscoff . Sylvie Fillon, présidente de l’APMR a conclu sur une note d’espoir. Si on compare avec le renouvellement de la ligne Auray/Quiberon, celle qui nous préoccupe au potentiel supérieur, doit connaître la même issue au nom de l’équité territoriale et non une solution au rabais .

Lire aussi : Trains en Bretagne : « Le réseau ferroviaire doit s’adapter au changement climatique »

Pas de déferrement de voie

Des études sont en cours pour déterminer le devenir de cette ligne  le dernier comité de pilotage du 17 septembre 2024 a décidé de ne pas déferrer la voie. Ce qui exclut de fait une voie verte qui n’aurait pas répondu au potentiel de la ligne : 230 000 voyageurs annuels . Le coût estimé pourrait être revu à la baisse,  en tenant compte notamment du réemploi des matériaux ferroviaire, comme nous l’avons suggéré .

Lire aussi : Le retour des trains de nuit en Bretagne, un enjeu écologique et géographique

L’APMR a rappelé qu’il s’agit d’un investissement pour les 40 à 50 années à venir cofinancé par l’État, la région, SNCF réseau, le département, les communautés de communes (Haut Léon Communauté, Morlaix Communauté).  Il convient d’examiner toutes les modalités de financements, dont les aides européennes .

L'APMR continue à œuvrer auprès des élus et de la population pour faire comprendre les enjeux, qu’ils soient environnementaux, ou économiques.

https://www.ouest-france.fr/bretagne/roscoff-29680/dans-le-finistere-lespoir-de-rehabilitation-de-la-ligne-morlaix-roscoff-8f5f000c-ec36-11ef-b0eb-c67afee0ebb6

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19 février 2025 3 19 /02 /février /2025 07:53
 
Les figures de la lutte contre les algues vertes en Bretagne préparent la relève
 
Les figures de la lutte contre les algues vertes en Bretagne préparent la relève

Les associations militantes des Côtes-d’Armor et du Finistère proposent une rencontre ce mercredi 18 février à 15 heures à Hillion, près de Saint-Brieuc, haut lieu de leur combat. Une pétition a été lancée.

Par Nora Moreau 

Le 18 février 2025 à 17h33

Sur la  plage du Ris, à Douarnenez (Finistère), de gauche à droite, Jean Hascoët (Baie de Douarnenez Environnement), Yves-Marie Le Lay (Sauvegarde du Trégor-Goëlo-Penthièvre) et Jean-Yves Quéméneur (Force 5). Ensemble, ils luttent depuis 30 ans contre les marées vertes. LP/Nora Moreau

Sur la plage du Ris, à Douarnenez (Finistère), de gauche à droite, Jean Hascoët (Baie de Douarnenez Environnement), Yves-Marie Le Lay (Sauvegarde du Trégor-Goëlo-Penthièvre) et Jean-Yves Quéméneur (Force 5). Ensemble, ils luttent depuis 30 ans contre les marées vertes. LP/Nora Moreau

« Yves-Marie Le Lay, de Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre et moi, on va avoir 75 ans sous peu... », rappelle Jean-Yves Quéméneur, de l’association finistérienne Force 5, également vice-président de Défense des victimes des marées vertes, jeune association créée il y a deux ans pour faire entendre les familles des concernées par les dégâts des tristement fameuses algues vertes. Jean-Yves Quéméneur, appuyé par les 201 adhérents, travaille de concert avec son confrère costarmoricain pour faire entendre la problématique des marées vertes en Finistère, deuxième département le plus touché après les Côtes-d’Armor.

Depuis trente ans, Yves-Marie Le Lay, comme son allié André Ollivro, porte-parole de Défense des victimes des marées vertes et fondateur de Halte aux marées vertes, ou encore Jean Hascoët, d’Eaux et Rivières de Bretagne, qui oeuvre sans relâche en baie de Douarnenez, dont les écosystèmes sont très touchés par les nitrates, se battent contre l’Etat et des systèmes agricoles « démesurés et inadaptés » pour faire reconnaître des préjudices écologiques.



« On a fait quelques pas en avant ces derniers temps, reconnaît Jean-Yves Quéméneur. De prochaines décisions de justice pourraient bientôt faire bouger des actions en Finistère. Il faudra aussi faire reconnaître les gros problèmes de mortalité des coquillages chez les ostréiculteurs de la baie de Morlaix, un problème nouveau... »

Aussi sont-ils préoccupés de savoir si, demain, la relève sera au rendez-vous. « On cherche à être épaulés davantage, car on ne sera plus là un jour, c’est sûr, poursuit Jean-Yves. Un peu de renouvellement, du sang neuf, et un changement de regard, un peu de fraîcheur ferait le plus grand bien à cette lutte, loin d’être terminée. »

Une pétition en appelle aux parlementaires

Et le militant d’évoquer un projet de fanzine porté par un jeune graphiste de 22 ans, originaire de Plougasnou, Évariste Le Vot, qui a représenté le combat par une vague d’Hokusai verte face à un phare breton... « Ce genre d’action, c’est une lueur d’espoir, glisse le Finistérien. D’autant plus que l’ensemble est titré « On peut gagner ».

En attendant, pour sensibiliser à l’ensemble de cette problématique, une pétition est lancée sur cyberacteurs.org. Elle en appelle, cette fois, à « la représentation nationale pour qu’une commission parlementaire enquête sur la faillite (des plans anti-algues vertes) et étudie les modalités de nouvelles mesures pour en finir avec les algues vertes ».

https://www.leparisien.fr/finistere-29/les-figures-de-la-lutte-contre-les-algues-vertes-en-bretagne-preparent-la-releve-18-02-2025-YOWOVAMYBJFBJLW5GIYCVEX254.php

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18 février 2025 2 18 /02 /février /2025 15:00
André Moine (photo Maitron)

André Moine (photo Maitron)

Histoires d'Algérie : Blanche et André Moine, militants communistes du PCA pendant la guerre d'Algérie 
 
Née à Fos-sur-Mer, Blanche Masson quitte les Bouches-du-Rhône et arrive avec sa mère à Alger à la fin de 1939 après l’ouverture de la guerre. 
 
Elle travaille à la fabrication des boîtes à l’usine d’allumettes Caussemille située au quartier Belcourt à Alger ; « c’était un travail très dur, on faisait 11 heures par jour, debout ».
 
Après sa libération du camp de Djenien-Bou-Rezg en mai 1943, le cadre communiste français, André Moine est employé à cette usine. Blanche Masson monte et anime le syndicat CGT de l’entreprise ; en 1947, elle devient déléguée CGT du personnel ; elle épouse, André Moine cette année-là.
 
André Moine est né dans le département de la Loire, il avait une formation d'ajusteur de précision effectuée à l'école professionnelle de Saint-Chamond. Il commença à travailler en 1924-25 à Berck-Plage (Pas-de-Calais) : c’est là qu’il « acquit ses idées révolutionnaires ». Entre 1925 et 1927, il travailla dans une entreprise d’outillage de Saint-Étienne tout en étudiant la mécanique et l’électricité. Il adhéra en 1925 à la Jeunesse communiste. Il a été responsable des Jeunesses communistes, élève de l’École léniniste internationale de Moscou, puis secrétaire régional du Parti communiste dans les Basses-Pyrénées. Arrêté en 1939 après l'approbation par la direction du PCF du pacte germano-soviétique, il est interné en Algérie (1941-1943). 
 
Libéré le 1er juin 1943, il travailla dans une fabrique d’allumettes et fut détaché par la délégation du Comité central du PCF auprès du Parti communiste algérien afin de l’aider à se réorganiser. Resté fin 1944 à Alger avec Johanny Berlioz pour expédier les affaires courantes de la délégation, il ne rentra en France qu’en octobre 1946 pour être instructeur du PCF. En mars 1947, sur proposition de Mauvais et Feix, il fut envoyé à Alger, pour être parmi les dirigeants du Parti communiste algérien, membre de son comité central (de 47 à 62) et c'est là qu'il se marie avec Blanche Masson en 47. 
 
Pour mieux s’intégrer comme « algérien d’origine européenne », André Moine travailla sur l’histoire de l’Algérie et de la civilisation arabe, multiplia les conférences et publia en 1950-1951 des articles de fond dans "Liberté" le journal du PCA, sur les questions de la nationalité et de la culture algériennes.
 
Blanche Moine adhère au PCA en 1949. Elle fait son entrée au Bureau syndical de la CGT de l’Algérois et devient secrétaire de l’UD en 1953.
 
Elle conduit particulièrement les grèves de femmes, dans le secteur bancaire à majorité européenne, au Monoprix d’Alger en mars 1952 pour protester contre un licenciement ; elle mord le doigt d’un policier qui lui arrache les tracts syndicaux.
 
Condamnée aussitôt, elle est la première femme syndicaliste emprisonnée. Elle sort au bout de huit jours après une grève de la faim et un grand meeting, gagnant en exemple auprès des femmes algériennes. Elle intervient aux usines Bastos à Bab-el-Oued où la grève des ouvrières des tabacs à composante algérienne, tient un mois. En juin 1952, candidate du PCA aux élections à l’Assemblée algérienne, dans son quartier de Belcourt, elle monte à 42 % des suffrages exprimés au second tour dans le 1er collège. Elle fait partie du Comité central du PCA.
 
Son militantisme est fondé sur une prise de conscience sociale forte à la vue de la misère algérienne ; la cité Mahieddine, qui est plus un bidonville qu’un habitat urbain, est à proximité de la place du Champ de manœuvre où se situe le siège de la CGT au Foyer civique.
 
À la transformation de la CGT en UGSA, en juin 1954, elle est la dirigeante femme auprès du secrétariat général double de Lakhdar Kaïdi promu et d’André Ruiz, l’ancien.
 
En faisant passer en premier les luttes sociales, elle a toujours été proche d’André Ruiz, non sans partager une animosité à l’égard des responsables nationalistes qui, à la CGT, pensent à la finalité nationale en renâclant sur les mots d’ordre pro-soviétiques de guerre froide et la priorité donnée au Mouvement de la paix qui met en avant l’action contre le réarmement allemand.
 
Chargé du camp de vacances de l’UGSA, en 1955, l’instituteur communiste Gaston Donnat qui a de longs entretiens avec eux, est surpris de cette rigidité alors que se développe la lutte de libération.
 
En septembre 1955, Blanche Moine fait la connaissance de Annick Pailler, de Carantec, qui travaille alors à l’Union départementale UGSA (CGT). Annick Pailler - Castel sera également interrogée et torturée par les paras pendant la guerre d'Algérie, en juillet 1957 au centre de Birtraria.
 
Comme son mari André Moine, chargé de l’imprimerie du PCA, de 1955 à 1956, Blanche Moine est vouée à la clandestinité même si ses responsabilités sont essentiellement syndicales.
 
André Moine ne fait pas partie au sein du PCA de ceux qui veulent rentrer dans l'action armée à côté du FLN. Ceux-ci sont menés par l'union des étudiants communistes, et le jeune docteur Hadjérès, de 28 ans. 
 
Le PCA, depuis le 1er novembre 1954, contraint à la clandestinité, divisé sur la ligne à suivre, connaît une crise importante. Il ne regroupe plus que 3000 à 4000 membres selon Yves Courrière (La guerre d'Algérie. Tome 2, Le Temps des léopards), européens, juifs algériens, pieds-noirs et musulmans mêlés, disséminés à Alger, Oran, Bel-Abbès et Constantine. Néanmoins, les milieux pro-coloniaux, qui avait accueilli à bras ouvert le régime de Vichy et Pétain en 40, et l'armée exagèrent de beaucoup le "danger" et l'influence des communistes en Algérie. Yves Courrière note "qu'il avait fallu toute la discipline des membres du PCA pour qu'il n'éclate pas en deux tendances: l'une représentée par Bachir Hadj Ali, Akkache, et le Dr Hadjérès, favorable à la révolution nationale algérienne, l'autre représentée par André Moine et son épouse Blanche, qui voulait freiner la participation. Moine jouait un rôle particulièrement important, étant le lien avec le PC français. Le comité central de juillet 55 vit la victoire des plus "durs". Le PCA décida de participer à la révolution mais avec sa propre organisation. Le FLN se semblait pas encore structuré, le PCA se sentait en position de supériorité, en tout cas, d'égalité. Les Combattants de la liberté étaient nés. Un maquis "rouge" se forma dans l'Orléansvillois où le FLN n'avait guère d'implantation. Duperré, une petite bourgade, fut choisie comme centre. On l'appela vite "le Petit Moscou". Une trentaine de maquisards communistes, en majorité des "Européens", s'implantèrent dans la région. C'est à ce groupe que l'aspirant Maillot, militant des jeunesses communistes, destinait le chargement d'armes avec lequel il venait de déserter... Ce maquis rouge était dirigé par un instituteur, Maurice Laban, ancien des Brigades internationales. " (Yves Courrière, Le Temps des Léopards, le livre de Poche, p.340)
 
William Sportisse, dans "Le Camp des Oliviers. Parcours d'un communiste algérien" (éditions El-Ijitihad, Alger, entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani) raconte qu'après le Comité Central du PCA du 20 juin 1955 où la décision avait été prise de soutenir la lutte armée et d'envoyer des communistes dans les maquis de l'ALN ou des organisations armées communistes (les Combattants de la Libération), il y avait une divergence de vue profonde entre le FLN qui souhaitait la dissolution du PCA et l'adhésion individuelle à l'ALN et le PCA qui souhaitait conserver l'indépendance du Parti communiste algérien et lutter aux côtés du FLN en donnant sa couleur à la révolution. C'est la désertion d'Henri Maillot le 4 avril 1956 qui permettait au PCA d'obtenir en partie satisfaction auprès du FLN. Henri Maillot, qui connaissait le dirigeant communiste juif du PCA dans le constantinois, William Sportisse, depuis les années 1947-1948 d'engagement à l'UJDA d'Alger, avait parlé de son plan à Sportisse au cours d'une soirée où il était venu le voir clandestinement: "Comme nous étions amis, je pense qu'il se sentait particulièrement en confiance avec moi. Il m'a expliqué qu'il ne pouvait plus continuer à être dans l'armée française: il était Algérien, et il ne fallait pas qu'il se trouve dans une situation impossible. Il voulait participer à la lutte de libération. Il m'a dit qu'il convoyait des armes jusqu'à Alger, et qu'il lui était possible de les détourner. Je lui ai dit que je transmettrais cette information à la direction, mais que je ne savais pas si je serais encore là pour lui apporter la réponse... Le fait qu'il y ait des communistes européens comme Henri Maillot, Maurice Laban ou Georges Raffini qui ont pris les armes pendant la guerre de libération prouve que le PCA a joué un rôle. Parce que cette participation des Européens a été un facteur très important pour affirmer, contre ceux qui voulait travestir la vérité, que notre guerre de libération n'avait pas un caractère racial. Les Algériens luttaient pour libérer leur pays du joug colonial, d'un système. Pas autre chose. Les colonialistes n'ont pas pardonné à ces Européens d'être du côté des Algériens, car pour eux tout reposait sur la division entre communautés. Les politiciens au pouvoir en France qui ont accepté que Fernand Iveton soit guillotiné, ont refusé de prendre en compte le fait que sa bombe n'avait pas explosé et qu'elle n'aurait fait aucune victime, car l'usine était vide. François Mitterrand, alors ministre de la Justice, et René Coty, qui avaient pris la décision de l'exécution malgré la demande de grâce de l'avocat, voulaient donner un exemple à ces Européens qui avaient rejoint la lutte: "voilà le sort qu'on vous réserve. Vous êtes des traîtres". (William Sportisse, PUR 2012 et édition El-Ijtihad, Alger, 2013 - Parcours d'un communiste algérien. Le Camp des Oliviers, p. 198-199).
 
Les militants du PCA vont rester suspects du point de vue de la direction du FLN et le PCA sera lui-même très critiqué dans les documents internes du FLN. Plusieurs communistes ont été liquidés dans les maquis.
Un autre groupe s'était formé autour du journal d'Henri Alleg "Alger Républicain", avec Yahia Briki, Abdelkader Guerroudj dit "Lucien", et sa femme Jacqueline Guerroudj dont la fille Danièle Minne, née d'un premier mariage, partageait les idées, un correcteur d'Alger Républicain, Omar Oussedik, et le tourneur de l'E.G.A Fernand Yveton. Tous étaient décidés à entrer dans la Résistance à Alger. "A l'université, les étudiants communistes luttaient aux côtés des chrétiens progressistes du professeur Mandouze et des étudiants U.G.E.M.A de tendance FLN, emmenés par le futur ministre de l'information, le jeune Ben Yahia" (Yves Courrière, Le Temps des Léopards, le livre de Poche, p.341).
 
Le FLN qui prenait actes des réserves du PCA sur la lutte armée acceptait les adhésions à la révolution nationale algérienne militaire, mais à titre individuel.
 
Les armes du camion d'armes volé par l'aspirant Maillot furent finalement dirigées vers un maquis FLN à Palestro par deux voitures américaines rutilantes conduits par de grands bourgeois d'Alger, Mustapha Ben Cherchali et Mme Bachir, née Royer, non sans que le PCA ait préalablement conservé pour lui des armes et des cartouches. Le FLN se rend compte que le PCA l'a floué d'une partie des armes et ordonne une liquidation du maquis rouge.
 
Yves Courrière laisse entendre que le maquis de Henri Maillot et Maurice Laban aurait pu faire l'objet d'une dénonciation à l'armée française venue du FLN lui-même. Maillot et Laban sont tués dans l'engagement.
À la mi-août 1956, Blanche Moine est envoyée poursuivre l’action à Oran ; elle arrive juste au moment de la vague d’arrestations qui démantèle le réseau communiste et conduit une quarantaine de militants communistes dont deux filles Larribère, Gaby Gimenez, etc… en détention dans les « caves du trésor » d’Oran (anciens locaux du trésor public) puis à la prison de la ville.
 
Blanche Moine est aussitôt arrêtée et subit les pires tortures traversées d’évanouissements ; l’acharnement sadique s’exerce sur elle, femme d’André Moine, comme sur le syndicaliste des dockers, Mohamed Boualem, rescapé du Maquis rouge, pour leur notoriété de communistes vraisemblablement.
14 octobre 1956 : Rapport de Blanche Moine-Masson remis à son avocat: 
 
« Mardi, dès 7h30, on me remit sur la table en me disant : on va rigoler aujourd’hui, tu parleras, on s’en charge. Après m’avoir installée, mise nue et installée sur la table, l’électricité reprit, mais cette fois sur les seins, la gorge, les bras, le ventre, les douleurs étaient intolérables. »
 
(Cité par Nils Andersson dans un article du Club Médiapart: Pourquoi la responsabilité de l’État est-elle engagée par le recours à la torture lors de la guerre d’Algérie ? )
 
Comme Blanche Moine, nombre de militantes ou sympathisantes communistes "européennes" ou "musulmanes", seront emprisonnées, torturées, certaines violées, par les militaires, pendant la guerre d'Algérie, dont Eliette Loup, Claudine Lacascade, Lucette Puycervère, Colette Chouraqui, Lucie Coscas, Nelly Poro, Colette Grégoire (la future poétesse Anna Gréki), Annick Pailler-Castel, Jacqueline Guerroudj. Elles retrouveront en prison des militantes chrétiennes anticolonialistes comme Nelly Forget, Denis Walbert, Eliane Goutron, et des moudjahidates du FLN, Djamila Bouhired, Djamila Bouazza, Zahia Kharfallah, les soeurs Malika et Louisa Ighilahriz, etc. La liste est interminable.
 
Blanche Moine va rejoindre une grande partie de ces militantes à la prison Barberousse au-dessus de la Casbah d'Alger, où les exécutions de militants sont très nombreuses dans les années 57 - 58.  
 
222 Algériens ont été officiellement exécutés pendant la guerre d’Algérie suite à des peines capitales délivrées par des tribunaux militaires. 142 l’ont été sous la IVe République : 45 pendant que François Mitterrand était garde des Sceaux (ce sont les premières), soit une exécution tous les 10 jours en moyenne. La plus forte fréquence revient au gouvernement Bourgès-Maunoury, qui a commis 29 exécutions en trois mois (soit une tous les trois jours). 80 exécutions ont eu lieu sous de Gaulle (soit une tous les 20 jours), bien qu’il ait amnistié 209 condamnés à mort en janvier 1959, commuant leur condamnation en peine de prison à vie, notamment grâce au travail de recours en grâce d'avocates comme Gisèle Halimi. Avant cette date, la guillotine a continué de fonctionner ; après, les militaires ont changé de mode opératoire : ils ont eu recours aux pelotons d’exécution.
 
Le journal algérien "L'expression" retenait en octobre 2023 dans un article d'hommage à Eliette Loup, née en 1934 à Birtouta, dans la Mitidja, étudiante communiste au service du PCA clandestin en 1955, travaillant au courrier comme agent de liaison du PCA clandestin, s’occupant du courrier, des tracts, de l’imprimerie, travaillant auprès d’André Moine, secrétaire français du PCA, et d’Ahmed Akkache, secrétaire du PCA chargé du journal "Liberté", ce témoignage de la militante torturée à la Villa Sésini en 57:
 
" Eliette Loup était une femme dotée d'un courage exemplaire, elle faisait face à la torture et aux méthodes barbares utilisées par ses bourreaux, avec une témérité si rare. Dans ce sens, elle a rappelé cette période dans ses témoignages en soulignant: «J'étais le dernier maillon de la chaîne, avant que ne soient pris les deux dirigeants, un camarade ayant parlé sous la torture. (...). À la villa Sesini, le régime était la torture systématique pour faire parler. (...) J'ai subi la torture pendant quatre jours et quatre nuits. J'étais attachée, c'est-à-dire liée aux pieds et aux mains comme un mouton (...). «Au bout de quatre jours, ils n'ont rien obtenu, je ne servais plus à rien, ils m'ont transférée à la prison de Barberousse actuelle Serkadji. Il y avait Anna Grecki, Colette Chouraqui, Blanche Moine, l'épouse d'André Moine que j'avais accompagnée jusqu'à la gare de Blida lorsqu'elle dut partir à Oran, rejoindre l'ALN le 15 août. Elle sera arrêtée, torturée avec Gaby Jimenez, Joséphine Carmona, dans les «Coffres du trésor» d'Oran, Jacqueline Guerroudj, condamnée à mort, était également là. Je sortais de la torture, j'étais complètement déboussolée», disait-elle sur sa période passée en prison, subissant la torture."
 
D'autres comme Raymonde Peschard mourront au maquis, exécutée, après avoir été désarmée, par des militaires en novembre 57 pour Raymonde Peschard.
 
En juin 57, c'est le mathématicien communiste de 25 ans, l'assistant à la faculté des sciences Maurice Audin, arrêté dans son HLM de la rue Gustave Flaubert, qui va disparaître (être liquidé) après avoir été torturé par l'armée française au centre de tri d'El-Biar. Pendant la "bataille d'Alger", il y eut probablement 4000 exécutions extra-légales après torture commises par l'armée selon Yves Courrière selon une comptabilité macabre tenue par Paul Teitgen. Personne ne devait revoir Audin vivant, lui qui avait une fiancée, Josette, et trois enfants, si ce n'est Henri Alleg, le directeur d'"Alger Républicain", détenu et torturé avec lui, qui laissera un témoignage éblouissant de la barbarie de la politique coloniale française dans "La question".
 
Au procès des communistes pour association de malfaiteurs, un premier jugement du Tribunal militaire d’Oran, le 25 juillet 1957, la condamne à dix ans de prison.
 
Le jugement est renvoyé, et les femmes qui sont françaises, dont Blanche Moine et Jacqueline Guerroudj, sont transférées dans des prisons en France, aux Baumettes à Marseille, puis à la Petite Roquette à Paris, et enfin à la prison de Laval dont Blanche Moine sort au milieu de 1961. La CGT en fait la gérante de sa librairie parisienne tandis qu’André Moine reprend place dans les organismes du PCF.
 
Totalement clandestin dès février 1956, André Moine fut arrêté par les parachutistes le 25 juillet 1957, interrogé par la P J, par la DST et par les militaires, brutalisé mais non torturé comme l’avait été sa femme. Il fut condamné à 5 ans puis à 20 ans de prison et sa femme à dix ans de travaux forcés. Ils furent libérés en avril 1962 au lendemain des accords d'Evian.
 
Chargé de mettre en route le service de documentation du PCF, André Moine se vit confier en 1964 un rapport au Bureau politique sur Vatican II et fut engagé dans les rapports avec les milieux chrétiens. Il poursuivit cette réflexion dans le cadre du CERM (Centre d’études et de recherches marxistes) et devint en 1966 administrateur de l’Institut d’histoire Maurice Thorez.
 
Retiré au Boucau, André Moine multiplia les entretiens avec de vieux militants, des chrétiens, publia des livres de souvenirs comme des réflexions politiques et philosophiques et collabora aux revues de l’Institut de recherches marxistes. Sa grande liberté de parole comme sa vivacité intellectuelle en faisaient un témoin apprécié par les historiens.
Blanche Moine est décédée à Le Boucau (Pyrénées-Atlantiques) en 1983 et André Moine est mort à l'automne 1994, lui aussi au Boucau
Le journal L'Humanité rapporte, sous la plume d'Arnaud Spire, à son décès qu'il avait adhéré au Parti communiste à Saint-Etienne en 1925, à 16 ans:

"André Moine sera successivement artisan du Front populaire, contrebandier d’armes pour l’Espagne, bagnard aux portes du désert, déporté. Libéré à Alger en 1942, il reprend sa vie de militant de base et ne rentre en France qu’en 1946. Un an plus tard, on lui demande de retourner en Algérie pour être intégré au Parti communiste algérien. Ce Français de France deviendra communiste algérien et participera à la direction de son parti, le PCA. C’est à ce titre qu’il sera arrêté en 1957, emprisonné et libéré au lendemain des accords d’Evian. Cet être exceptionnel incarnera longtemps l’intérêt commun des peuples algérien et français contre le colonialisme, pour l’indépendance nationale et de vraies coopérations.

A sa découverte de l’islam et de la civilisation arabe, s’ajoute, à son retour, l’apprentissage du métier d’historien, notamment de l’histoire des religions. C’est ainsi qu’il anime bientôt, avec tact et efficacité, le secteur des relations avec les chrétiens. Il a été l’un des tout premiers communistes français à mesurer la portée de la conception marxiste de la religion, qui n’a rien d’un athéisme de principe et qui est la seule à reconnaître à la foi sa singularité irremplaçable. Jusqu’à sa mort, il envoyait au journal de son parti des articles destinés à attirer l’attention de ses camarades de combat sur le renouvellement des convergences entre communistes et croyants.

Dans la dernière partie de son autobiographie intitulée «Drames personnels et renouvellement», il avait raconté avec émotion la mort de Blanche, sa compagne de quarante ans de luttes communes et le bouleversement de sa vie personnelle qui s’en était suivi. Il habitait une petite maison nommée «Lagunzatik», ce qui signifie en basque «fait par les camarades».

Il est mort en cohérence, avec les siens, son existence, et son idéal.

(1) «Une vie exceptionnelle dans le siècle. Un chemin de combats et d’espérances pour les hommes. Témoignage.» Préface de Charles Fiterman. Editions J & D."

 
Sources:
 
- Journal L'Humanité, article d'Arnaud Spire au décès d'André Moine
 
- Article du journal Le Monde au décès d'André Moine
 
- Journal algérien L'Expression
 
- Nils Andersson, article du Club Médiapart: Pourquoi la responsabilité de l’État est-elle engagée par le recours à la torture lors de la guerre d’Algérie ? (4 mars 2024)
 
- Yves Courrière, Le Temps des Léopards (La guerre d'Algérie, tome 2)
 
- William Sportisse, Parcours d'un communiste algérien, Le Camp des Oliviers (entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani), Editions El Ijtihad-Alger, 2013 (Et presse universitaire de Rennes, 2012)
 
- Anna Gréki: Les mots d'amour, les mots de guerre, de Abderrahmane Djelfaoui (Casbah éditions, 2016)
 
- Articles du Maitron, dictionnaire du Mouvement ouvrier, sur André et Blanche Moine:
https://maitron.fr/spip.php?article162055, notice MASSON Blanche [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 1er août 2014, dernière modification le 1er août 2014.
https://maitron.fr/spip.php?article50762, notice MOINE André. Pseudonyme à l'ELI : BOULOGNE Marcel par Jean-Paul Scot, version mise en ligne le 28 juin 2009, dernière modification le 24 février 2022.
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18 février 2025 2 18 /02 /février /2025 11:51
La grande aventure d'Alger Républicain, par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa

La grande aventure d'Alger républicain

aux éditions DELGA (2012, 17€), première édition aux éditions Messidor en 1987

Par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa

"Alger Républicain" naît en octobre 1938 dans le quartier ouvrier de "Bab-el-Oued" dans un immeuble face au front de mer à l'angle de la rue Koechlin (Toumyat-Abderrahmane) et de l'avenue Malakof (Abderrahmane-Mira) au moment du Front populaire. Il fait partie d'un réseau de quotidiens libres, échappant à l'emprise des grandes fortunes capitalistes de la colonie. Il naît un peu plus tard que "Oran Républicain" et "Constantine Républicain" qui n'auront pas la même longévité ni la même évolution politique et ses actionnaires sont des hommes du peuple, français d'Algérie surtout, partisans du front populaire, hommes de gauche. On y trouve beaucoup de socialistes, des radicaux-socialistes, des "libéraux" (au sens "humanistes"), mais aussi des communistes, critiques de l'exploitation et de l'arbitraire en régime colonial sans être pour autant anticolonialistes. Dans le Conseil d'administration, sur 24 titulaires, on compte trois indigènes algériens, deux instituteurs et un commerçant.

Jean-Pierre Faure, le petit-fils d'Elie Faure, critique d'art et théoricien de l'art, et arrière-petit-fils d'Elisée Reclus, historien de la Commune, va diriger le journal assez vite, choisissant Pascal Pia comme rédacteur en chef. C'est Pascal Pia qui va recruter Camus à "Alger républicain". C'est à "Alger républicain" que le futur prix Nobel fait son apprentissage de l'écriture, à 25 ans. Après un court passage au Parti communiste, il a orienté plutôt ses sympathies vers les libertaires et les objecteurs de conscience. Camus va dénoncer la misère, les inégalités et injustices qui frappent les algériens "musulmans" sans pour autant remettre en cause la logique de la colonisation elle-même.   

A l'époque, Alger républicain milite pour l'égalité des droits sociaux et économiques, et se veut le journal des travailleurs, proche de la CGT, du Secours populaire algérie,  des organisations de gauche, des travailleurs français et "musulmans".  Avant guerre, Alger républicain paraît pendant onze mois, d'octobre 1938 à septembre 1939, devenant le journal progressiste qui dénonce les injustices coloniales, appelle aux réformes.

Pendant la période où le régime de Vichy contrôle l'Algérie, "Alger républicain" cesse de paraître, laissant toute la place aux grands journaux de la collaboration et du capitalisme colonial. Il reparaît en février 1943 après le débarquement anglo-américain en Afrique du nord. Une équipe de français d'Algérie de gauche partiellement renouvelée le prend en main, avec une sensibilité antifasciste, républicaine et anti-vichyste, mais le journal compte aussi quelques contributeurs algériens "indigènes" tel le communiste Ahmed Smaïli, condamné à mort par contumace sous Vichy, Abdelkader Safir, Aziz Kessous, et à partir de 1944, Boualem Khalfa, le père de Nazim Khalfa (1950-2018), ancien secrétaire de section du PCF à Carhaix, ancien responsable de l'AFPS, dont l'épouse, Colette Khalfa, est toujours adhérente à la section communiste de Carhaix-Huelgoat.

Boualem Khalfa était un ancien instituteur d'Orléansville (aujourd'hui Chlef) dont le père était déjà lecteur d'"Alger républicain", et notamment des articles de Camus. "Dans les escaliers aux marches ébréchées et mal éclairies de l'imprimerie, Khalfa croise de temps à autre un jeune de son âge, Henri Alleg, secrétaire de la Jeunesse communiste d'Algérie. Khalfa et Alleg se saluent au passage, sans se connaître et sans savoir qu'ils se trouveront réunis plus tard dans un long, difficile et exaltant combat à la tête justement d'"Alger républicain".

Membre du parti communiste algérien dès avant la guerre, Henri Alleg avait été condamné à mort par un tribunal de Vichy, puis libéré de prison après le débarquement des troupes alliées. A ses côtés vont travailler à l'imprimerie d'Alger républicain d'autres "libérés" des camps de concentration vichyssois d'Algérie, notamment des républicains espagnols.

Au moment des massacres de Sétif à la suite du 8 mai 1945, Alger Républicain, tout à la ferveur de la Libération nationale et en soutien d'un gouvernement officiellement "antifasciste", ignore partiellement la violence de la répression, même si dès juillet 1945 il s'en fera écho avec un reportage de l'ancien militant socialiste Michel Rouzé et de Jean Amrouche, écrivain kabyle d'origine et de langue française, et d'Abdelkader Moulfi, ami de Ferhat Abbas.  Ce reportage servira de base à l'intervention d'Etienne Fajon à l'Assemblée Nationale au nom du PCF qui pour la première fois, plusieurs mois après les évènements, dénoncera la brutalité de la répression dans la région de Sétif, Guelma et tout le Constantinois. Boualem Khalfa après le vote d'une loi d'amnistie pour les Algériens impliqués dans les évènements de Sétif écrira un article sur les tortures pratiquées par les Français dans "la villa des Oiseaux". 

En novembre 1946, "Alger républicain" va récupérer en vertu des lois contre les titres de presse de la collaboration les locaux de "La Dépêche algérienne" qui s'est distinguée par son zèle pro-nazi et anti-juif et il s'installe dans son cossu immeuble du boulevard Laferrière, en récupérant une imprimerie toute neuve. En juillet 1947, Michel Rouzé, qui s'apprête à quitter l'Algérie pour Paris où il rejoindra le journal "Ce soir" de Louis Aragon, passe un accord avec l'Union française d'information (UFI) qui gère l'administration des quotidiens communistes ou issus de la Résistance et proches du PCF et Alger Républicain devient désormais, avec plus de moyens (quoique bien inférieurs à ceux de la presse colonialiste et capitaliste algérienne) un journal communiste, ouvert et de rassemblement.  Karl Escure, survivant du camp de concentration nazi de Thelka, aux environs de Leipzig, ancien métallo lyonnais, qui a travaillé pour le journal de la JC "L'Avant-Garde" et pour "Regards", devient le nouveau dirigeant du journal "Alger républicain", avec pour mission d'aider "au développement d'un grand journal moderne, vivant, reflétant aussi largement que possible tous les courant démocratiques et anticolonialistes".  Boualem Khalfa, devenu communiste en juillet 1946, date à laquelle le Parti Communiste Algérien s'est prononcé pour une ligne de rupture nette avec le statut quo colonial, devient à 25 ans le rédaction en chef d'"Alger républicain". C'est le premier algérien à occuper une telle responsabilité dans un quotidien en Algérie. A cette époque, Gilles Lapouge collabore à Alger Républicain, comme le feront bientôt les grands écrivains algériens Mohamed Dib et Kateb Yacine.

A partir du début de la guerre froide, s'opposant résolument à la guerre d'Indochine, "Alger républicain" va faire preuve également d'une orientation anticolonialiste résolue en Algérie. En septembre 1949, la rédaction apprend que les gendarmes de Bordj-Ménaïel, en Kabylie, ont commis des exactions sur les civils dans le douar Sidi Ali Bounab. Boualem Khalfa se charge de l'enquête sur le terrain, accompagné du député communiste d'Alger, Pierre Fayet, de de Karl Escure, ainsi que d'Ahmed Mahmoudi, membre du bureau politique du PCA et de Georges Raffini, alors secrétaire du Secours populaire algérien. L'article qui paraîtra quelques jours après, le 9 octobre 1949, fera grand bruit, décrivant les vieillards molestés, les femmes bousculées, humiliées, violées, tout cela pour un paysan ayant refusé la conscription.  Le journal dénonce également dès cette époque les tortures systématiques sur les militants algériens nationalistes arrêtés. Le Gouvernement Général d'Algérie, que dirige le socialiste Marcel-Edmond Naegelen, dénonce des "calomnies antifrançaises" et inculpe Boualem Khalfa pour diffamation. 

"L'affaire est finalement évoquée à l'Assemblée Nationale. On y voit le ministre de l'Intérieur socialiste, Jules Moch, voler au secours de Marcel-Edmond Naegelen, son camarade de parti. Le gouvernement et sa majorité de "Troisième Force", dans lesquels sont associés droite "modérée" et gauche anticommuniste, couvrent les responsables du saccage et des viols de Sidi Ali Bounab comme ils couvriront les assassinats "légaux", les tortures et exactions de toutes sortes que les "forces de l'ordre" vont multiplier jusqu'à l'explosion insurrectionnelle du 1er novembre 1954. Par 396 voix contre 197, l'Assemblée refuse l'envoi d'une commission d'enquête en Algérie. Boualem Khalfa, quant à lui, est lourdement condamné. Les rédacteurs et gérants de "Liberté" et d'"Algérie nouvelle", organes du PCA, qui ont repris l'accusation sont également condamnés. Naegelen et Jules Moch ont veillé personnellement à ce que la "justice" fasse bonne mesure. En toute indépendance, comme il se doit!" (La grande aventure d'Alger républicain, éditions Delga, 2012, p.60-61). 

"Au début des années 50, la répression va frapper plus durement encore. Pas une semaine ne s'écoule sans qu'"Alger républicain" n'ait à signaler des poursuites intentées à des militants nationalistes et progressistes, des arrestations, des condamnations, des matraquages et des fusillades de grévistes et de manifestants. Quelques mots de solidarité en faveur du Viêt-nam en guerre, de la lutte libératrice des peuples marocain et tunisien, le mot "indépendance" utilisé dans un article ou un discours, et c'est l'inculpation en vertu du fameux "article 80" pour "atteinte à la sûreté intérieure de l’État". En mars 1953, l'administration coloniale monte une grande affaire autour de la prétendue entreprise de "démoralisation de l'armée et de la nation". Abdelhamid Boudiaf, Alfred Strich et d'autres militants du Parti communiste algérien, en même temps que quelques conscrits de l'armée française qui font leur service militaire en Algérie, sont arrêtés et emprisonnés. Parmi eux, Claude Lecomte, militant de la Jeunesse communiste de France (quelques années plus tard l'un des journalistes les plus connus et les plus appréciés de "L'Humanité"). On les accuse d'avoir rédigé puis distribué un tract appelant les jeunes soldats à exiger la paix au Viêt-nam. Une campagne de protestation, largement relayée par "Alger républicain", les arrachera (après huit mois de détention) à la prison sans qu'aucun procès n'ait jamais eu lieu par la suite". 

En février 1951, Henri Alleg a succédé à Karl Escure, rejoignant la France. A l'image d'une équipe de la rédaction du journal très jeune, Henri Alleg, le nouveau directeur, n'a pas trente ans, mais a déjà une solide expérience politique. Militant de la Jeunesse communiste algérienne clandestine sous Vichy, instructeur itinérant du parti communiste algérien, il a déjà parcouru toute l'Algérie, rencontré la plupart des dirigeants nationaux et locaux des différents partis progressistes, suivi la conduite de grèves et de mouvements sociaux et campagnes diverses. Il a été confronté à la misère algérienne et à l'oppression coloniale. Il n'est pas né en Algérie mais y a débarqué après le début de la seconde guerre mondiale après l'interruption de ses études de lettres à la Sorbonne. Aux côtés d'Ahmed Khellef, Hachi Djillali, Ahmed Akkache, Hamou Kraba, Malki Tayeb, et de jeunes "européens" comme William Sportisse, Henri Maillot, René Navarro, Alfred Strich, Georges Torrès, il a fait de l'Union de la jeunesse démocratique algérienne l'organisation de jeunesse de masse la plus ouverte et représentative qui soit à l'époque, et il est devenu membre du comité central du PCA il y a plusieurs années.

Au début des années 50, "Alger républicain" joue un rôle majeur pour l'éducation politique de millions d'Algériens. Zohra Drif, militante des groupes armées du FLN à Alger en 1956, figure de la bataille d'Alger, raconte dans ses "Mémoires d'une combattante de l'ALN - Zone autonome d'Alger" combien le quotidien "Alger Républicain", délivré sous le manteau par sa condisciple de lycée communiste Mimi Bensmaïnn, a contribué à sa formation politique, elle qui venait d'un milieu musulman très bourgeois (c'était la fille du Cadi rouge de Vialar), et a nourri sa culture des exactions et injustices de la domination coloniale. 

Yahia Briki, futur figure communiste de la lutte de l'indépendance à Alger lui aussi, ami avec le finistérien André Castel, compagnon de l'indépendance algérienne, originaire d'Akbou, dans la vallée de la Soumman en Kabylie, figure aussi parmi les rédacteurs d'"Alger Républicain", de l'équipe des rédacteurs de nuit, avec Elissa Rhaïs, Nicolas Zannettacci, ex-conseiller général et maire communiste d'Oran. Henri Maillot, futur héros et martyr de l'indépendance algérienne, militant du Parti communiste algérien ayant déserté de l'armée et volé un camion plein d'armes pour les remettre au maquis aux indépendantistes algériens, qui fut exécuté par l'armée française, travaille à l'administration d'"Alger républicain", le seul journal qui pratique la fraternité entre arabes/kabyles et français d'Algérie et qui soutient l'Algérie "qui travaille et qui lutte", apparaissant comme "le porte-parole et le lieu de rencontre privilégié de toutes les forces engagées dans la lutte contre le régime colonial". N'oublions pas qu'en juin 1951, encore, aux élections législatives, le Parti communiste algérien recueille 21% dans le premier collège, celui des européens. 

Au début des années 50, "Alger Républicain" est un lieu de discussion pour toutes les familles algériennes qui défendent un objectif de libération nationale et de sortie du colonialisme, y compris les nationalistes, les messalistes du MTLD notamment.

La réaction du journal "Alger républicain" après la "Toussaint rouge", dans l'éditorial du 2 novembre, détonne dans le paysage de la presse algérienne: 

"Plusieurs attentats se sont produits en Algérie dans la nuit de dimanche à lundi. Et pourtant, il y a seulement quelques semaines, des personnalités officielles - et tout dernièrement, même un ministre - prétendaient faire partager leur sérénité de façade à propos du "calme" qui régnait ici. A la vérité, elles ne faisaient que répéter ce qui avait été fait quelques mois auparavant pour le Maroc, quelques années plus tôt pour la Tunisie. Et puis, il y a eu les groupes de Tunisiens armées. Et puis il y a eu les attentats du Maroc. Et aujourd'hui, il y a les attentats de l'Algérie. 

"Mais que, cette fois, les intéressés ne jouent pas la surprise. Car ils auront été prévenus. Prévenus par les évènements de Tunisie. Prévenus par les évènements du Maroc. Et prévenus par l'opinion algérienne. Car, ici, comme dans le reste de l'Afrique du nord, compte tenu des particularités propres à chaque pays, il y a un problème: problème vital pour l'immense majorité des gens de ce pays, problème de la suppression de l'état de fait colonial, pour l'appeler par son nom

"Pendant de trop longues années, les hommes au pouvoir ont cru qu'il suffisait de le nier pour qu'il ne se pose pas. Puis, comme il se posait quand même, ils ont cru que la violence réglerait les choses. Mais rien n'y a fait: ni la politique de l'autruche, ni celle de la mitrailleuse? 

"Et aujourd'hui, rien de semblable ne réglera le problème. Ni des renforts de parachutistes et de police annoncés dans les communiqués officiels ni les arrestations arbitraires de militants progressistes comme à Batna, Khenchela, Biskra.

"Mais alors où est la solution?

"Elle est dans la reconnaissance de l'existence du problème algérien. Elle est dans la recherche d'une solution démocratique à ce problème. Elle est dans la fin des méthodes de coercition et de répression...".

Alger Républicain dénonce les jours suivants la dissolution du MTLD de Messali Hadj, la terreur des ratissages exercés dans les Aurès et le Constantinois par les compagnies républicaines de sécurité et les parachutistes coloniaux rapatriés d'Indochine. Mendès France et Mitterrand appellent à la fermeté contre tous les séditieux.    

Le 10 novembre, Alger Républicain fait paraître intégralement une déclaration du Parti communiste français datée du 8 novembre:

"La situation devient chaque jour plus sérieuse en Algérie. Plusieurs régions sont mises en état de siège, des villages entiers sont ratissés, des organisations dissoutes, des centaines d'hommes emprisonnés, des journaux démocratiques saisis ou suspendus.
Les colonialistes et la presse à leur service poussent à une répression sans cesse accrue. Une telle situation préoccupe à juste titre la classe ouvrière et l'ensemble des français.
Le Parti communiste français souligne que les évènements qui se déroulent actuellement en Algérie résultent essentiellement du refus opposé par les gouvernants français aux revendications nationales de l'immense majorité des Algériens, ce refus s'ajoutant à une misère généralisée et croissante, conséquence directe du régime coloniale qui sévit dans le pays.
En prétendant nier l'existence en Algérie des problèmes politiques de caractère national, en s'obstinant à camoufler le régime colonial sous le vocable des "trois départements français" le gouvernement tourne le dos à la réalité algérienne et à la volonté de tout un peuple de vivre libre et de gérer démocratiquement ses propres affaires.
Le Parti communiste dénonce les mesures de violence prises pour tenter de briser le mouvement national algérien, qu'il s'agisse des véritables opérations de guerre actuellement en cours ou de la dissolution arbitraire du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, prétexte à une répression encore accentuée. La politique de force pratiquée par le gouvernement ne résoudra pas davantage les problèmes qui se posent en Algérie qu'elle n'a résolu ceux qui se sont trouvés posés en Indochine, en Tunisie et au Maroc. Ainsi qu'il en a été dans ces divers pays, une telle politique ne peut qu'aggraver la situation et rendre les problèmes encore plus difficiles à régler". (...).

Le 24 novembre 1954, Henri Alleg est inculpé pour un article. 

A la mi-décembre, Boualem Khalfa, rédacteur en chef d'"Alger Républicain", comparait devant le tribunal d'Alger avec des dirigeants du Parti communiste algérien et il est condamné à 18 mois de prison et 250 000 francs d'amende, ainsi que 10 ans d'interdiction de droits civiques, en vertu de l'article 80, rédigé au départ contre les autonomistes bretons, comme le rappelle l'article en Une d'Alger républicain du 17 décembre 1954, ajoutant malicieusement: "MM Mendès France et Mitterrand n'ont donc rien inventé".

Le 25 décembre, le lecteur d'"Alger Républicain" apprend la condamnation inique de Boualem Khalfa, en tant que rédacteur en chef du journal communiste "Liberté", tandis que le secrétaire du PCA, Larbi Bouhali, est condamné à 3 ans de prison, 250 000 francs d'amende, et le gérant du journal Alger Républicain, Salignac, à un an de prison avec sursis,  250 000 francs d'amende, et 5 ans de privations de droits civiques. Justice colonialiste... 

Déjà le 8 décembre 1954, dans son éditorial à la Une d'"Alger Républicain", Henri Alleg dénonçait avec force la répression féroce dans les Aurès, commise sous la direction du premier ministre Mendès France et du ministre de l'intérieur Mitterrand:

"L'ordre règne"

"L'ordre règne, nous dit-on. Sur les routes des Aurès, par certaines, femmes, enfants, vieillards, hommes de tous âges, chassés de leur foyer, transis par le froid, leur maigre bagage avec eux, gagnent les zones où on a décidé de les parquer tandis que l'on ratisse leurs douars.
Par camions entiers, les "suspects" sont arrêtés, emprisonnés, jetés dans des geôles de fortune. Ainsi à la piscine de Batna, des hommes attendent de comparaître devant le tribunal, enfermés dans des cabines de bain transformées en cellules.
A tour de bras, on condamne ceux qui hier n'étaient que des "suspects". Est "suspect" un homme que l'on arrête dans son douar, si ce douar est considéré comme "zone d'opération". Le "suspect" devient vite "inculpé". Et d'"inculpé" ... condamné. Car contrairement à toutes les jurisprudences, on juge maintenant en "flagrant délit" des hommes inculpés en vertu de l'article 80!
Des dizaines d'années de prison ont déjà frappé des hommes à qui l'on n'avait même pas donné la possibilité de se défendre normalement. Sur 30 inculpés qui ont comparu samedi à Batna, 28 n'avaient pas d'avocat!
Nombre d'entre eux ont été condamnés sans l'ombre d'une preuve morale ou matérielle! 10 ans de prison pour un fusil de chasse inutilisable!
Condamne t-on pour l'exemple ou pour prouver à ceux qui en doutent encore que l'Algérie est bien la France.
MM Mendès France et Mitterrand seront donc contents.
Décidément l'ordre règne dans les Aurès.
Mais verrait-on de telles méthodes en Bretagne ou en Provence?
Les profiteurs de la grosse colonisation, premiers responsables de la tragique situation que connaît aujourd'hui l'Algérie, applaudissent. Ils trouvent que l'on ne frappe pas assez fort! Pas assez de gendarmes, pas assez de prisons, pas assez d'inculpations et d'arrestations!
Accrochés au passé, hostiles à toute idée neuve, ils sont pris de panique dès lors qu'on leur montre la réalité. Mais ni la répression ni le refus de voir ce qu'est n'apporteront de solution au problème posé à l'échelle de tout un pays.
La solution existe pourtant, une solution juste et sensée. On la trouvera en tenant compte des aspirations et des intérêts de tous, en permettant à tous de confronter librement leurs opinions.
Alors pourra naître ici un ordre véritable autre que celui de la misère et de la mitraille. Un ordre fraternel et humain reposant sur la justice et la confiance".
Henri Alleg.

Le 29 décembre 1954, "Alger Républicain" dénonce une centaine d'arrosage au napalm de l'aviation militaire française, comme en Indochine et des ratissages de grande envergure dans les douars de grande Kabylie.

Le harcèlement sera continu contre "Alger Républicain" entre la fin d'année 1954 et toute l'année 1955 comme sur les autres journaux communistes algériens et leurs journalistes et militants jusqu'à ce que le 12 septembre 1955, le gouvernement français décrète l'interdiction du Parti communiste algérien et de ses "filiales". "Alger Républicain", bien qu'il n'est pas l'organe centrale du PCA, ne peut plus paraître. Beaucoup de ses journalistes militants vont alors rentrer dans l'action clandestine anticoloniale, jusqu'aux camps de concentration et aux prisons, aux chambres de torture et jusqu'à la mort parfois.

 

"Alger Républicain" ne connaîtra un nouveau départ qu'après 7 ans de guerre d'Algérie, à l'Indépendance, en 1962. A l'heure de l'indépendance, Henri Alleg, torturé par l'armée française, qui a exécuté son ami le mathématicien Maurice Audin, Henri Alleg l'inoubliable auteur de "La Question", est évadé de la prison de Rennes, où sera également enfermée Djamila Boupacha, défendue par l'avocate Gisèle Halimi, et réfugié à Prague. Boualem Khalfa est évadé, et clandestin en France. Abdelhamid Benzine a été fait prisonnier au maquis comme Jacques Salort. Le numéro 1 du nouvel "Alger républicain" est daté des mardis 17 et mercredi 18 juillet 1968. "Alger Républicain" a troqué son en-tête bleu d'autrefois pour la couleur nationale de l'Algérie indépendante: le vert. Le nouvel "Alger républicain" de l'Algérie nouvelle, toujours dirigé par Alleg et Benzine (Khalfa n'est pas encore rentré de France) tire à 80 000 exemplaires, un nombre d'exemplaires inégalé pour le journal progressiste, avant d'être de nouveau interdit au moment du coup d'Etat de Boumediene en 1965.

Compte rendu de lecture par Ismaël Dupont

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 3 novembre 1954 (Gallica)

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 3 novembre 1954 (Gallica)

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 2 novembre 1954 (Gallica)

Capture d'écran de la Une d'Alger Républicain le 2 novembre 1954 (Gallica)

Une d'Alger Républicain - 10 novembre 1954

Une d'Alger Républicain - 10 novembre 1954

Une d'Alger Républicain 28 novembre 1954

Une d'Alger Républicain 28 novembre 1954

Une d'Alger Républicain du 30 novembre 1954 avec l'annonce de la comparution d'Henri Alleg devant le juge d'instruction, préalable à une future interdiction pure et complète du journal, avec l'interdiction du parti communiste algérien et de ses activités

Une d'Alger Républicain du 30 novembre 1954 avec l'annonce de la comparution d'Henri Alleg devant le juge d'instruction, préalable à une future interdiction pure et complète du journal, avec l'interdiction du parti communiste algérien et de ses activités

Alger Républicain, 8 décembre 1954

Alger Républicain, 8 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 17 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 17 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 25 décembre 1954

Une d'Alger Républicain, 25 décembre 1954

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17 février 2025 1 17 /02 /février /2025 07:55
(1) Les Irresponsables, de Johann Chapoutot, éditions Gallimard, 304 pages, 21 euros.

(1) Les Irresponsables, de Johann Chapoutot, éditions Gallimard, 304 pages, 21 euros.

Johann Chapoutot, historien : « Ce sont les libéraux autoritaires qui ont porté les nazis au pouvoir »

Professeur à Sorbonne Université, spécialiste du nazisme, Johann Chapoutot vient de publier un ouvrage qui détaille l’accession d’Hitler à la tête de l’Allemagne entre 1930 et 1933. Un véritable réquisitoire contre « l’extrême centre » d’hier et d’aujourd’hui.

Des libéraux autoritaires qui imposent leurs politiques d’austérité et de casse sociale et s’accrochent au pouvoir malgré les déconvenues électorales, des classes dominantes qui refusent de partager les richesses, une extrême droite dont les thèmes sont imposés dans l’espace public par un magnat des médias…

Tels sont les ingrédients de l’accession au pouvoir des nazis en 1933. Dans un livre très bien documenté et intitulé les Irresponsables, l’historien Johann Chapoutot détaille cette période occultée. Les analogies avec le présent sont inévitables.

Nombreux sont ceux qui doutent de la nature du salut nazi d’Elon Musk, qui acquiesce à l’affirmation qu’« Hitler était communiste ». Quel est votre avis en tant qu’historien du nazisme ?

Le soutien d’Elon Musk aux extrêmes droites américaine et européenne est évident. Ses gestes et déclarations s’inscrivent dans un discours raciste, antisémite, climatosceptique et transphobe. Héritier de millionnaires sud-africains enrichis sous l’apartheid, il perpétue cet héritage.

L’extrême droite salue ses positions, la gauche les dénonce, tandis que centristes et libéraux tentent de minimiser. Musk envoie un signal clair à la base trumpiste radicalisée : il reste l’un des leurs. Le « Hitler était communiste » illustre cette production de vérités alternatives visant à nier les problèmes sociaux.

L’extrême droite réécrit l’histoire en situant le nazisme à gauche, invoquant l’appellation « national-socialisme ». Or les historiens savent depuis les années 1920 que ce terme est un leurre destiné à séduire les prolétaires tentés par le communisme. Le parti nazi a toujours été d’extrême droite, défendant les patrons et s’alliant fermement au patronat une fois au pouvoir. Ces faits sont établis et ne méritent même pas débat.

Dans votre livre, vous proposez une « enquête qui se veut instruction », mais aussi « un réquisitoire ». Contre les libéraux qui ont porté les nazis au pouvoir à l’époque, ou ceux qui nous dirigent aujourd’hui ?

C’est un livre d’histoire. J’y retrace la dynamique qui a permis aux nazis de prendre le pouvoir entre 1930 et 1933, loin des idées reçues. Hitler n’a jamais été élu, les nazis ne sont pas arrivés au pouvoir par les urnes, et l’électorat ouvrier ou celui des chômeurs n’a jamais voté massivement pour eux.

Mon travail s’appuie sur la sociologie électorale et l’histoire institutionnelle de l’Allemagne, mais je me concentre sur un groupe souvent négligé : les libéraux autoritaires qui gouvernaient alors, balayés par l’histoire et par les nazis. Ces dirigeants, tels Papen, menaient une politique d’austérité, de subventions aux entreprises, de dérégulation et de destruction de l’État social. Ils violaient la Constitution démocratique pour imposer leurs décisions, transformant le régime parlementaire en régime présidentiel.

Convaincus d’être les meilleurs, ils pensaient rester longtemps au pouvoir, mais leur base électorale fondait comme neige au soleil. Après avoir tenté toutes les stratégies possibles pour se maintenir, ils ont fini par s’allier à l’extrême droite. Mon livre rappelle cette histoire que l’on n’enseigne plus dans les manuels, comme si la disparition d’une démocratie au cœur du XXe siècle n’avait plus d’importance.

Comment ces libéraux, cet « extrême centre » comme vous les qualifiez dans votre livre, pensaient-ils l’emporter contre les nazis ?

Leur stratégie évolue entre 1930 et 1933. Avec l’instauration d’un régime présidentiel en 1930, fondé sur l’article 48-2 qui permet au président de gouverner par décret, l’idée est d’intégrer des ministres nazis dans un gouvernement d’union des droites. Mais les nazis, maximalistes, refusent.

À l’été 1932, une nouvelle proposition leur est faite, encore rejetée par Hitler. C’est alors que le parti nazi commence à décliner électoralement, au point que des opposants internes à Hitler émergent. Kurt von Schleicher, chancelier, tente de diviser le parti nazi, tandis que Franz von Papen reste fidèle à l’union des droites.

Il finit par offrir la chancellerie à Hitler, tout en s’installant lui-même à la vice-chancellerie. Persuadé d’être le plus intelligent, bien connecté aux cercles aristocratiques, financiers, industriels et militaires, il croit que les nazis fourniront l’élan militant nécessaire au gouvernement, tout en pensant pouvoir les dominer.

Quels sont les autres éléments déterminants dans la prise du pouvoir des nazis ?

La crise économique alimente la peur et le ressentiment des classes moyennes qui, par crainte du déclassement et du marxisme, basculent massivement vers le vote nazi, abandonnant la droite traditionnelle. Pourtant, à l’automne 1932, alors que les sociaux-démocrates maintiennent leur électorat et que les communistes progressent dans les urnes, les nazis s’effondrent.

Ce danger de gauche inquiète profondément les élites patrimoniales, hantées par la possibilité d’une révolution bolchevique. Dans une République devenue présidentialiste, la décision revient à Hindenburg et à son petit entourage socialement très endogame : grands propriétaires terriens, dont Hindenbourg fait partie, armée, banques et industrie lourde.

Peu à peu, ces élites se rallient aux nazis, par peur des réformes sociales. Finalement, en janvier 1933, tout se joue entre Hitler et Oskar von Hindenburg, le fils du président et son principal conseiller, sur une question décisive : la réforme agraire proposée par le chancelier Schleicher, qui terrifie les grands propriétaires terriens.

Les nazis n’ont pourtant pas de majorité…

L’Allemagne est un État fédéral, avec des scrutins à tous les niveaux. Dès 1930, les nazis obtiennent d’excellents résultats locaux, gouvernant déjà en Thuringe, au Brunswick et en Oldenburg. En coalition avec la droite, ils exigent systématiquement le ministère de l’Intérieur, qui inclut l’éducation, ce qui rassure Papen, habitué à les voir gouverner localement.

“Entre 1931 et 1932, Hitler fait le tour des clubs d’influence patronale pour rassurer les milieux d’affaires sur ses intentions économiques. “

Au niveau national, ils n’ont jamais eu la majorité. Même lors des élections du 5 mars 1933, malgré l’interdiction des meetings socialistes et communistes et l’omniprésence des SA dans les bureaux de vote, ils n’obtiennent que 44 % des voix. Un score élevé, mais insuffisant pour une majorité absolue. Les nazis perdent 2 millions de voix entre juillet et novembre 1932 et s’effondrent aux élections locales.

En décembre, Goebbels note une chute de 35 points à Weimar, pourtant bastion nazi. Hitler évoque même le suicide fin 1932… Malgré cela, on continue de présenter leur ascension comme une marée brune inexorable, alors que c’est Bertolt Brecht, dans la Résistible Ascension d’Arturo Ui, qui avait raison. Mais Papen, voyant leur affaiblissement, pense pouvoir les « acheter à la baisse » et les contrôler plus facilement.

La croyance selon laquelle les nazis ont conquis le vote des ouvriers est tenace. Pourquoi ?

Elle repose sur des déterminismes sociaux simplistes, qui associent crise économique et montée du fascisme. Pourtant, les plus touchés par la crise, ouvriers et chômeurs, continuent à voter majoritairement pour les partis traditionnels de gauche. Ce sont les classes moyennes, inquiètes du déclassement et de la menace marxiste, qui basculent de la droite vers l’extrême droite.

Entre 1931 et 1932, Hitler fait le tour des clubs d’influence patronale pour rassurer les milieux d’affaires sur ses intentions économiques. À chaque intervention, il est explicite : ses discours en direction des ouvriers ne sont que du marketing politique. Son objectif est de gagner des parts de marché, à l’extérieur par la conquête militaire, et à l’intérieur en détruisant la gauche et les syndicats, tout en boostant les carnets de commandes. Le 27 janvier 1932, devant 1 500 patrons de l’Industry-Club Düsseldorf, il reçoit une standing ovation.

Vous consacrez un chapitre au magnat des médias de l’époque, Alfred Hugenberg, « précurseur » de Bolloré, Berlusconi ou Rupert Murdoch. Quel a été son rôle dans la montée en puissance des nazis ?

Hugenberg est à la fois industriel et intellectuel. Haut fonctionnaire en charge de la colonisation allemande en Pologne, il abandonne cette carrière pour investir dans l’industrie lourde. Pendant la Première Guerre mondiale, il comprend que les médias offrent des opportunités financières encore plus lucratives, tout en permettant de façonner l’opinion. Ultranationaliste d’extrême droite, il poursuit une double logique : diffuser un message politique et faire de l’argent.

Il bâtit un empire médiatique redoutable, rachetant une vingtaine de médias, dont deux compagnies cinématographiques majeures, l’une produisant les actualités cinématographiques. Il met en place un réseau d’agences sur abonnement qui fournit articles et éditoriaux prêts à l’emploi à 1 600 journaux, contrôlant ainsi leur cadrage médiatique et leur langage.

Ce système, à la fois rentable et idéologiquement efficace, nazifie l’espace public allemand, qui n’était pas plus d’extrême droite qu’ailleurs. En récompense, il est nommé ministre de l’Économie, de l’Alimentation et de l’Agriculture dans le gouvernement Hitler-Von Papen. Mais en six mois les nazis l’évincent, et il doit vendre son empire médiatique à vil prix.

En lisant votre livre, on ne peut s’empêcher de dresser des parallèles avec notre propre époque. Est-ce que c’est une erreur ? Est-ce que cette période peut éclairer certains événements politiques contemporains ?

C’est justement ma conviction d’historien. Émile Durkheim disait que si la sociologie n’était que spéculative et ne servait pas à comprendre le réel, elle ne valait pas une heure de peine. Sans être aussi catégorique, je pense que l’histoire peut nous éclairer. La radicalisation ultérieure des nazis et la monstruosité des crimes commis ont conduit à les considérer comme hors comparaison.

Mais en 1932-1933, Treblinka et Auschwitz n’existent pas encore. Il n’y a pas de projet d’extermination des juifs allemands, mais une volonté d’épuration ethnique par leur expulsion, dans une logique antisémite héritée du Moyen Âge. La violence des nazis s’enracine dans l’héritage de la Grande Guerre. Si on le défalque, on retrouve une extrême droite chimiquement pure.

C’est justement en abordant cette période avec la rigueur d’un historien que l’on peut faire des comparaisons pertinentes, sans se laisser piéger par des tabous et des hypostases, qui consistent à absolutiser le nazisme et à le rendre incomparable.

Dans l’épilogue, je montre que l’on peut par définition toujours tout comparer. On identifie entre 1930 et 1933 des intérêts et des dynamiques d’alliances analogues à ceux d’aujourd’hui. Ce sont les libéraux qui ont porté les fascistes et les nazis au pouvoir.

La mythologie post-1945 d’un capitalisme et d’une démocratie libérale triomphants contre la barbarie nazie fausse notre lecture du XXe siècle. Libéralisme et nazisme ne s’opposent pas, ni dans les choix des élites ni dans les logiques économiques – des entreprises américaines ont continué à prospérer avec le IIIe Reich après 1941. En tant qu’historien, je remets ces faits en perspective.

Vous démontez également les accusations de « point Godwin ». Les dynamiques et intérêts que vous décrivez peuvent-ils pour autant amener à comparer, par exemple, Macron et Papen ?

On peut toujours comparer, mais il faut le faire avec précision. Le « point Godwin » est l’argument paresseux des crétins. Et c’est curieux de reprocher à un spécialiste du nazisme de parler… de nazisme. D’ailleurs, les comparaisons avec les années 1930 ne viennent pas toujours des historiens. Elles sont omniprésentes dans l’espace public, y compris à la télévision, et revendiquées par les politiques eux-mêmes. Ce n’est pas un historien qui a fait un salut nazi à la tribune de Trump. Toute histoire est contemporaine.

Mes collègues qui travaillent sur la Grèce antique s’interrogent sur la démocratie, la place des femmes, l’esclavage… Des questions actuelles. Je ne cache pas que j’ai décidé d’écrire ce livre au moment du vote de la loi immigration. Depuis 2017, je répétais que l’« extrême centre », pour reprendre la catégorie de Pierre Serna, finit toujours par dériver vers l’extrême droite, devenant un allié, un marchepied.

Je pensais plutôt à 2027, mais 2023 est arrivé plus vite que prévu. J’ai donc replongé dans l’historiographie, et j’ai été stupéfait de voir combien les parallèles étaient nombreux. Le chapitre cinq, sur la philosophie économique des libéraux allemands, résonne avec ce qu’on entend aujourd’hui. La crise des années 1930, réponse à l’échec du modèle libéral, est une matrice pour notre époque. On y a posé les bases des concepts que nous utilisons encore : austérité, déflation, keynésianisme. Le terme « libéralisme autoritaire » apparaît en 1932. La comparaison me semble donc parfaitement justifiée.

Vous invoquez le fait que le matérialisme historique légitime l’analogie en histoire. Comment ?

Le matérialisme historique pense l’histoire de manière transpériodique. Dans chaque époque, on retrouve des dominants et des dominés, des classes sociales avec des intérêts propres, en lutte les unes contre les autres. Ces dynamiques rendent les comparaisons entre périodes non seulement possibles, mais nécessaires, surtout pour le XXe siècle. Et je ne pense pas que l’actualité immédiate me donne tort.

Si vous faites donc « un diagnostic du présent instruit par l’histoire », pour reprendre les mots de Michael Fœssel, quel est-il ?

L’histoire nous invite à dépasser les raccourcis politico-médiatiques qui opposent, par exemple, libéralisme et fascisme. Elle nous incite à une lecture plus acérée de notre époque, trop souvent déformée par des slogans. Elle pousse à prêter attention aux logiques discursives.

Je m’attarde, par exemple, sur le discours de Papen à l’été 1932, lorsqu’il parle des « extrêmes ». Pour lui, il y a les « extrêmes nationaux », constructifs et patriotes, avec qui l’on peut dialoguer, et les « extrêmes » qui veulent détruire la famille, l’État, la patrie. Ce discours, on l’entend de manière assourdissante aujourd’hui.

(1) Les Irresponsables, de Johann Chapoutot, éditions Gallimard, 304 pages, 21 euros.

 

Johann Chapoutot, historien : « Ce sont les libéraux autoritaires qui ont porté les nazis au pouvoir » - Entretien avec Diego Chauvet, L'Humanité
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