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Georges Ibrahim Abdallah a accordé un entretien exclusif à l’Humanité, dans son village de Kobayat, qu’il vient de retrouver. Il revient sur ces quarante ans de prison en France et réaffirme son engagement de militant révolutionnaire en faveur de la Palestine.
Kobayat (Liban), envoyé spécial.
Georges Ibrahim Abdallah a un sourire éclatant. À 74 ans, il est fatigué, mais heureux d’avoir enfin retrouvé sa famille et son pays après plus de quarante ans passés dans une prison française. L’homme est debout politiquement. Il n’a pas été brisé. Il nous a reçus en exclusivité.
Georges Ibrahim Abdallah, vous êtes enfin libre après quarante ans d’emprisonnement en France. Comment vous sentez-vous ?
Je suis submergé par toute cette chaleur humaine et cette chaleur de lutte qui m’entourent en ce moment. La situation au Liban m’apparaît moins mauvaise, si l’on peut dire, que ce que je pensais. J’ai immédiatement senti une force vive du pays, qui n’a pas disparu.
Elle laisse espérer une continuation de la lutte et de la résistance. Surtout, je crois que la « somalisation » ou la « balkanisation » du Liban est écartée.
Qu’avez-vous ressenti à votre arrivée ici, au Liban, dans votre famille ?
Il est difficile de décrire mon émotion. J’ai été agréablement surpris. Les différentes forces politiques libanaises étaient présentes. Mais, surtout, il y a eu des scènes incroyables. Des hommes, des femmes, et des jeunes que je n’ai jamais vus sont entrés dans l’avion pour m’embrasser. J’ai immédiatement retrouvé le Liban.
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Le patrimoine des 500 plus grandes fortunes de France est au plus haut depuis 1996 ! Avec 1128 milliards d’euros de patrimoine, les 500 fortunes de France, souvent des familles qui transmettent leur patrimoine de génération en génération, n’ont jamais été aussi riches. Les caisses de l’Etat sont à sec mais la France reste la championne d’Europe des millionnaires avec 2,9 millions de millionnaires, devançant même l’Allemagne et la Grande Bretagne !
« Cocorico » titre le magazine CHALLENGES ; mais pour les Françaises et les Français, c’est plutôt la nausée et la colère qui montent !
La nausée devant des chiffres qui illustrent comment ces fortunes explosent depuis 2017 en bénéficiant de toutes les largesses que le président des riches et tous ses gouvernements ont mis en place depuis : ils ont siphonné les caisses de l’Etat avec la suppression de l'ISF, la baisse des impôts sur les dividendes, sur les revenus financiers, les niches fiscales au profit des plus riches.
Pire, ces 500 familles sont celles qui bénéficient le plus de toutes les aides publiques aux grandes entreprises estimées à 211 milliards d’euros par an comme l’a révélé la commission d’enquête parlementaire de notre camarade sénateur Fabien Gay ; non seulement elles payent moins d’impôts que les autres ménages mais en plus, l’Etat leur verse de l’argent par milliards ; certaines d’entres elles se félicitent même que la France devienne un vrai paradis fiscal !
Oui, tout cela donne de la nausée car cette fortune est indécente quant la pauvreté augmente en France, quand les travailleurs pauvres se développent, quand nos étudiants font la queue pour l'aide alimentaire.
La colère ensuite car si les finances publiques vont mal et sont dans le rouge, c’est bien à cause d’eux et à cause de tous les cadeaux fiscaux dont ils bénéficient !
Mais c’est à nous, aux salarié·es, aux rétraité·es, aux classes moyennes et même aux plus pauvres de notre pays que ce gouvernement demande de mettre encore une fois la main à la poche.
Ce gouvernement propose même de supprimer des jours fériés, de taxer les retraité·es, les malades pour payer les cadeaux aux riches et pour financer la politique guerrière de Trump sous l’égide de l’Otan !
Les industriels de l’armement se frottent les mains comme jamais.
Comme je l’ai écrit dans mon livre "Le parti pris du travail", ces 500 familles sont de vraies sangsues qui pompent notre sang, nos vies, notre argent, avec un gouvernement à leur botte, composé de millionnaires - ils sont 20 selon la HATVP - qui protègent d’abord leur capital comme ils défendent leur classe.
Et c’est bien là le cœur du sujet : la lutte des classes existe et ce sont bien eux qui la mènent cruellement et la gagnent aujourd’hui contre la classe des travailleurs, contre les catégories moyennes et populaires avec une brutalité féroce, en s’en prenant à notre pouvoir d’achat, à notre sécurité sociale, à nos écoles et nos enfants jusqu’à notre sécurité dans nos villes et nos quartiers.
C’est un vrai braquage organisé par la finance contre le peuple, contre l’État, contre la République !
C’est pourquoi, à l’occasion du budget 2026, nous n’accepterons pas qu’un seul euro soit pris dans les poches des Français·es, dans nos services publics, dans nos communes, dans notre protection sociale pour payer les yachts des riches et financer leurs guerres !
La dictature de la finance, à coup de 49-3, c’est fini !
Nous appelons à mettre fin à cette milliardocratie et à la mobilisation pour prendre le pouvoir partout dans le pays, dans les banques, dans les multinationales !
Nous voulons vivre de notre travail, vivre en paix et bâtir une France des Jours heureux, de l’égalité et de la fraternité qui place l’être humain et son bonheur au cœur de tous nos choix.
Nous appelons à participer aux mobilisations syndicales, associatives et citoyennes de la rentrée prochaine pour mettre un coup d’arrêt à cette politique brutale, inhumaine et obtenir le changement de cap tant attendu.
Paris, le 26 juillet 2025
Fabien Roussel,
Secrétaire national du PCF
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Plus chère, moins-disante, cette mutuelle rafle pourtant les contrats de complémentaire santé dans les ministères ou à l’Assemblée. En voulant « disrupter » ce marché, elle rencontre la volonté du pouvoir de torpiller le modèle mutualiste français.
Alan, l’assureur qui monte, qui monte… mais poussé par qui ? C’est la question que se posent nombre d’observateurs du monde mutualiste depuis que la start-up française, chouchoutée par Emmanuel Macron, a raflé il y a quelques semaines la complémentaire santé du personnel du ministère des Finances, soit 130 000 agents, et même 300 000 adhérents, si l’on y ajoute retraités et ayants droit.
Après Matignon, l’Assemblée nationale et le ministère de la Transition écologique, l’assureur privé réalise là un nouveau coup de maître, en détrônant au passage des acteurs mutualistes comme la MGEN ou la MGEFI, mutuelle historique de Bercy.
Un résultat rendu possible par une obligation nouvelle : au 1er janvier 2026, les fonctionnaires devront, comme dans le privé, disposer de contrats collectifs de santé. Les différentes administrations ont donc lancé des appels d’offres, où candidatent les assureurs, mutuelles, ainsi que ce nouvel entrant, Alan.
À peine remis de ces revers soudains, les opérateurs mutualistes et les syndicats CGT, Solidaires, FSU et Unsa, qui s’étaient inscrits dans une démarche commune, rembobinent le film pour tâcher de comprendre. Et pointent les petits signes qui, mis bout à bout, dessinent une volonté politique de mettre à bas le mutualisme au profit de la finance privée.
Plusieurs coups de pouce bienvenus
Lancée en 2016 par deux entrepreneurs sans expérience du secteur – « On a dû lire tout le Code des assurances », avoue benoîtement l’un des fondateurs –, cette « assurtech » (start-up du secteur de l’assurance) promet de révolutionner l’univers de la santé, à coups d’appli de santé et d’intelligence artificielle. En 2019, la jeune entreprise est conviée à Versailles au happening présidentiel « Choose France », au milieu de 150 grands patrons du monde entier.
Puis Alan est vantée comme la douzième « licorne » française par le chef de l’État. Le soutien du gouvernement s’est encore récemment manifesté lorsque Éric Lombard, le ministre de l’Économie, a vanté en juin, au Sénat, devant la commission d’enquête sur la commande publique, « une société de l’excellence française dont j’espère qu’elle aura ensuite un développement international ».
Secrétaire de la fédération CGT des finances, Laurent Perrin souligne en outre une curiosité qui pourrait s’apparenter à un autre coup de pouce : « Alors qu’une récente circulaire enjoint les administrations à adopter des solutions de sécurité informatique souveraines labellisées ”SecNumCloud”, Alan remporte néanmoins le marché avec un ”cloud” qui ne répond pas à cette obligation puisque adossé à la filiale d’Amazon AWS. »
Filiale soumise au Cloud Act, cette loi qui donne aux organismes gouvernementaux américains le droit d’accéder aux données des applications hébergées hors des États-Unis. « Or, il y a parmi nous des agents habilités secret-défense, alerte-t-il, ou encore ceux qui travaillent à Tracfin. » En matière de sécurité numérique, on fait mieux. Interrogé à ce sujet, Alan nous a répondu s’être conformé à la réglementation applicable.
Un mot d’ordre, la transparence, sauf pour la rémunération de ses cofondateurs…
Alan, c’est d’abord l’œuvre de ses cofondateurs, tous deux âgés de 37 ans : Jean-Charles Samuelian – qui avait auparavant lancé Expliseat, une entreprise de sièges d’avion ultralégers pour la classe économique – et Charles Gorintin, data scientist pour plusieurs réseaux sociaux comme Facebook ou X. Lesquels sont aussi cofondateurs de la start-up Mistral AI, pépite française de l’intelligence artificielle, qui serait convoitée par Apple.
En 2020, quatre ans après avoir fondé Alan, Samuelian, issu d’une famille de médecins, décrit sa vision dans un livre, intitulé Healthy Business, où il explique vouloir « créer une expérience telle qu’elle amène nos membres à ouvrir l’application Alan à chaque fois qu’ils sont soucieux de leur santé ou de leur bien-être ».
La jeune pousse promet, écrit-il, de pouvoir « de façon gratuite et illimitée parler à un médecin par chat ou vidéo ». Les membres d’Alan peuvent aussi « prendre rendez-vous en quelques clics avec plus de 80 professionnels de santé dans 10 spécialités au sein même de l’application ». Quatre-vingts donc, pour 730 000 adhérents à ce jour, le ratio laisse songeur.
Chez Alan, on n’est pas employé mais « alaner » ; il n’y a pas de chef, mais des « owners » de projets ; pas de réunion, mais des échanges écrits numériques, et en anglais. Les deux tiers des 644 salariés ont moins de 34 ans, aucun ne dépasse 55 ans, la plupart sont en télétravail sans bureau physique. Il y a bien un CSE, mais sans syndicats représentatifs. Les salaires y sont transparents, selon une grille connue de tous, à deux exceptions près : la rémunération des cofondateurs, qui n’y figure pas. La transparence a ses limites…
250 millions d’euros de pertes depuis sa fondation en 2016
Pas de quoi refroidir l’enthousiasme de la Banque publique d’investissement qui, dans un article récent et une novlangue lénifiante à la LinkedIn, s’enflamme pour cet « animal fantastique » qui promet de « dépoussiérer et moderniser le secteur (…) pour disrupter le marché » et faire « gagner huit à dix ans d’espérance de vie à ses adhérents en repensant toute la chaîne de valeur ».
En attendant la disruption, Alan a récolté 617 millions d’euros en levées de fonds et affiche depuis sa fondation des pertes cumulées de l’ordre de 250 millions d’euros, ainsi qu’un revenu toujours négatif au premier trimestre 2025. « Amazon a mis dix ans à être rentable », a défendu le ministre Éric Lombard, pour justifier devant les sénateurs le modèle financier d’Alan.
La start-up vit en effet jusqu’à présent de levées de fonds successives portées par les perspectives financières qu’offre aussi, pour les investisseurs, l’exploitation de nos données de santé. Pas étonnant donc de retrouver dans ses tours de table successifs des fonds de pension ou fonds souverains.
« Alan, explique Didier Debord, le président de la MGEFI détrônée à Bercy par l’assurtech, émerge dans un contexte de dérégulation des services, où l’on veut faciliter les dispositifs de résiliation sous prétexte de donner du pouvoir d’achat aux Français. Au début, la société avait monté une offre de laquelle on pouvait sortir à tout moment. Ils ont déchanté quand ils se sont aperçus que les gens résiliaient une fois qu’ils avaient reçu des soins coûteux. Ils sont dans une approche segmentée de la santé, avec un risque minimal. » Par exemple, l’assureur refuse de couvrir, en contrat individuel, les plus de 75 ans.
Un cahier des charges taillé sur mesure ?
Alan vise pourtant la rentabilité dès 2026. Opérant d’abord auprès des très petites entreprises ou travailleurs indépendants, l’assureur espère maintenant changer de braquet. « Ces gros contrats conclus avec les administrations publiques devraient grandement l’aider à parvenir à la rentabilité », souligne Florent Saucier, animateur du secteur des salariés des mutuelles au sein de la CGT.
Mais si la start-up remporte autant d’appels d’offres dans les ministères, c’est que le cahier des charges conçu avec le cabinet de conseil retenu pour aider les administrations, Premium Consulting, semble à beaucoup taillé sur mesure en sa faveur.
Parmi les critères de notation de chaque offre, celui des frais de gestion était prépondérant, explique Didier Debord. « Lorsque vous affichez des valeurs mutualistes, que vous proposez un maillage de points d’accès physiques pour vos adhérents, vous avez forcément des frais de gestion plus élevés que pour un opérateur qui en est dépourvu. Nous considérons avoir effectué une offre pertinente, pas sous-notée. C’est Alan qui a été au contraire surnoté », assure le président de la MGEFI.
La licorne s’est simplement engagée à tenir 150 permanences physiques sur le territoire chaque année, a fini par admettre le ministère des Finances lors d’une récente commission paritaire avec les syndicats sur ce dossier. Soit à peine une par direction de ministère, grincent des syndicats qui réclament toujours que leur soit communiquée l’offre complète d’Alan. Notamment pour vérifier que la plateforme téléphonique prévue au contrat soit, par exemple, bien localisée en France. C’est le cas, nous a répondu l’assureur, avec une ligne d’accès directe et un service de rappel téléphonique.
Plus cher que les mutuelles installées
Les syndicats du ministère de la Transition écologique, où Alan est en place depuis le 1er janvier 2025, estiment ainsi que l’assureur coûte au ministère 6,6 millions d’euros de plus à l’année que la MGEN l’an dernier. Ceux de la Direction de l’aviation civile (DGAC) ont évalué, à couverture comparable, le contrat Alan avec celui de la MGAS, leur mutuelle actuelle. L’assurtech se révèle aussi… plus cher : plus 48 euros par an de surcoût pour un célibataire de 35 ans, plus 1 020 euros de surcoût pour un couple avec deux enfants.
Le tout, note l’union syndicale de l’aviation civile CGT, alors même que la DGAC va tripler sa participation à la couverture santé, qui va passer de 1,3 million d’euros par an à 4,5 millions. « La hausse de la subvention de la DGAC serait quasi entièrement absorbée par l’assureur. (…) C’est une dilapidation des fonds publics au profit d’un assureur privé », estime le syndicat.
Mais il n’y a pas que l’argument financier. Son recours à l’intelligence artificielle est aussi pointé du doigt. Ainsi le syndicat Solidaires météo (concerné via les agents du ministère de la Transition écologique) souligne « l’incapacité des algorithmes de la jeune société à s’adapter aux spécificités de la protection sociale en Polynésie française ». Dans un échange de mails avec une adhérente qu’a pu consulter l’Humanité, l’assureur finit par admettre que l’une de ses garanties dentaires a été mal rédigée – elle a été depuis discrètement reformulée sans en avertir quiconque, menant à une baisse de prise en charge.
« En fait, peu importe qu’Alan ne soit pas le mieux disant. L’objectif pour Macron et son gouvernement, c’est de dézinguer le modèle mutualiste au profit de l’assurance privée. Certains responsables mutualistes, d’ailleurs, ne le voient pas forcément d’un mauvais œil : ils pensent au coup d’après et à la possibilité de monnayer cher leurs compétences acquises », pointe un observateur du secteur. La dernière fois qu’Emmanuel Macron est venu à un congrès de la mutualité française, c’était en 2018. Pour le dernier congrès, qui s’est tenu en juin à Agen, il n’a cette fois même pas adressé de message vidéo. Tout un symbole.
David Cayla, maître de conférences en économie à l’Université d’Angers, analyse pour nous l’accord signé entre Donald Trump et l’Union européenne, qui prévoit des droits de douane de 15 % sur les produits européens. Pour lui, l’UE a laissé passer une chance historique d’affirmer son indépendance.
Quelle lecture faites-vous de l’accord signé ce 27 juillet ?
David Cayla
Économiste
Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il est déséquilibré ! La question est de savoir pourquoi l’Union européenne (UE) parvient à un accord finalement moins favorable que ce qu’a obtenu le Royaume-Uni qui négociait tout seul de son côté. Ce dernier a en effet obtenu des droits de douane de 10 % ainsi que quelques concessions sur des marchés libres de taxes.
L’UE, en revanche, c’est 15 % de droits de douane (sur les produits européens exportés vers les États-Unis, N.D.L.R.), avec en plus l’obligation d’acheter du pétrole et du gaz américain, sans compter l’armement. Enfin, les Européens ont promis d’investir 600 milliards de dollars sur le sol américain, ce qui va à rebours de toutes les promesses formulées dans l’UE au cours des dernières semaines, selon lesquelles l’épargne européenne devait être mobilisée pour financer la croissance et l’industrie européenne.
Pourquoi un accord aussi asymétrique ?
Tout simplement parce que les pays membres sont divisés, en raison de structures économiques différentes : entre les pays désireux de protéger leurs industries exportatrices, comme l’Allemagne et d’autres favorables à des positions plus fermes (comme la France), aucun terrain d’entente n’a été trouvé. Et ce sont finalement les logiques exportatrices qui se sont imposées : il n’y a qu’à voir le soupir de soulagement poussé par les industriels allemands, heureux d’échapper à des taxes de 30 %.
À l’arrivée, c’est surtout un échec politique de l’UE : on nous vend depuis des années l’idée selon laquelle, avec l’Union, les pays seraient plus puissants pour négocier des accords commerciaux avantageux. Et on se retrouve avec un accord plus mauvais que des pays hors UE. Si l’Union européenne, qui nous impose par ailleurs de multiples contraintes, ne nous protège même pas en cas de guerre commerciale, à quoi sert-elle ? À ce titre, cet accord va renforcer les discours eurosceptiques.
Quelles pourraient être les conséquences pour l’économie française ? Seuls quelques secteurs sont particulièrement exposés (aéronautique, spiritueux, médicaments), et il semblerait qu’ils ont été épargnés par l’accord…
Les choses ne sont pas aussi claires ce stade. L’aéronautique semble épargnée, en effet, mais il manque encore les détails sur les modalités concrètes de cette exemption. Pour ce qui est des spiritueux et de la pharmacie, il y a fort à parier que des taxes s’appliquent.
Ce qui semble évident, de toute façon, c’est qu’il y aura des destructions d’emplois en France : des entreprises exportatrices vont voir leurs carnets de commandes diminuer et réduire leur volume d’emplois. Dans un environnement déjà récessif en raison de l’impact du budget présenté par François Bayrou, la hausse des droits de douane ne va pas contribuer à améliorer l’économie française.
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La ministre de la Culture Rachida Dati a effectué une visite éclair à Avignon deux jours avant la fin de la 79e édition du Festival. Sans surprises, loin des théâtres et des artistes, la locataire de la rue de Valois a fait son petit numéro.
Avignon, 9 heures, le 24 juillet. Devant la cité administrative, des personnes arrivent par grappes. La veille, avec l’annonce de la venue de la ministre de la Culture, Rachida Dati, la CGT spectacle a lancé un appel à rassemblement. Une cinquantaine de personnes sont déjà là, tandis que d’autres continuent d’arriver.
Bientôt, le groupe se met en route avec banderoles et casseroles, afin de rejoindre l’espace social et culturel la Croix des oiseaux. Ce lieu est l’un des deux que Rachida Dati a visités (en présence de Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon et de Françoise Nyssen, présidente du conseil d’administration du Festival), avec l’Ehpad la Maison paisible, qui accueille un centre d’art récemment élaboré avec la Collection Lambert – et la collaboration de l’artiste Mohamed El Khatib.
Chacune de ces deux structures se trouvant bien plus proche de la Rocade que du palais des Papes, le message est clair : si la ministre vient à Avignon, elle ne viendra pas au Festival. Tout comme elle avait visité les Rencontres de la photographie d’Arles… la veille de leur ouverture !
lle avait pourtant affirmé – à Arles, justement – son besoin de voir les artistes et leur travail. Las… À Avignon, le plus grand festival de théâtre du monde, la ministre n’assistera à aucun des 1 724 spectacles du Off. Pas plus qu’à Yes Daddy, des Palestiniens Bashar Murkus et Khulood Basel, spectacle du In.
C’est elle qui fait le spectacle : poussant le fauteuil roulant d’une résidente de la Maison paisible ; convoquant ses expériences passées aux Francas lors de sa visite à la Croix des oiseaux, et celles d’aide-soignante alors qu’elle parcourt les couloirs de l’Ehpad. Rachida Dati a fait le spectacle façon Woman in Black.
Si elle évoque le passé syndical de son père, c’est pour mieux déverser son fiel contre la CGT, syndicat majoritaire dans le spectacle vivant.
Entre le dépôt de préavis de grève préventif pour la durée du Festival, l’appel à ne pas jouer si un membre du gouvernement se présentait à un spectacle et le refus de rencontrer la ministre, la CGT ne se plie pas à son jeu. Le Syndeac et le Synavi ont également refusé de la rencontrer.
Comme l’explique Maxime Séchaud, secrétaire général adjoint de la CGT spectacle, « avec les autres organisations syndicales, on estime qu’il n’y a plus de dialogue social puisque la ministre refuse de nous parler depuis des semaines, n’apportant aucune réponse politique à nos revendications. Sans oublier qu’elle vient d’être renvoyée en correctionnelle pour des faits de corruption et trafic d’influence ».
À ce sujet, ce déplacement deux jours après l’annonce de son renvoi n’est-il pas une façon de détourner l’attention ? La ministre passe sa matinée à se féliciter des nouvelles actions dans les quartiers, en fustigeant l’entre-soi des précédentes directions.
Elle a martelé que les aides de l’État pour la culture ont été sanctuarisés, que pas un euro ne manque au spectacle vivant dans les territoires, que son soutien à la culture pour les publics éloignés est sa préoccupation majeure. Des déclarations qui signalent, pour Maxime Séchaud, « sa méconnaissance du secteur ».
Ce dernier cite ainsi « les coupes budgétaires, les collectivités territoriales qui se désengagent progressivement parce que son gouvernement leur demande des économies collectives. » Et de rappeler également que les actions listées par Dati consistent à « nier ce qui existe déjà. Du coup, quand elle annonce cela comme quelque chose de nouveau, c’est invisibiliser les travailleurs qui font déjà ce travail-là, et refuser de réfléchir à des politiques culturelles ambitieuses ».
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Michèle Leflon
Présidente - Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de proximité
Cet article a pour but de faire le point sur la question du 100 % Sécu à la suite d’un débat pluraliste(Février 2025 / Convergeons pour la Sécurité Sociale !) : les freins, les questions en suspens, les perspectives pour la réflexion et l’action.
La base commune adoptée au 39ᵉ congrès en dresse le cadre :
« Les communistes agissent pour un nouveau développement d’une Sécurité sociale du XXIe siècle, répondant aux besoins humains, prenant en charge les soins à 100 %, y compris pour l’autonomie, en lien avec le développement des services publics, revenant à une politique familiale universelle et garantissant une retraite de haut niveau.
Notre projet de société, à travers la Sécurité sociale du XXIe siècle, impose de mettre en œuvre les conditions d’une efficacité sociale nouvelle, en s’appuyant sur une dépense publique et sociale massive. »
Un intéressant débat contradictoire
À l’initiative de Convergence des Services Publics, une journée de débat a eu lieu à Montreuil le 1ᵉʳ février 2025. Le thème du matin était : « Pour la santé, engageons la bataille pour le 100 % Sécu ». Les organisateurs avaient réuni des intervenants présentant des approches diverses. En introduction, Barbara Filhol, de la CGT Santé et Action Sociale 94, est revenue sur les luttes en cours dans les hôpitaux de son département, boostées par la victoire à Villeneuve-Saint-Georges, où la grève a permis de gagner la création de 14 postes aux urgences.
Le premier intervenant de la table ronde, Tan Nguyen, représentant des usagers au titre de l’INDECOSA-CGT dans un hôpital du Val-d’Oise, a dressé les attentes de la population, des sujets de préoccupations majeures trop peu pris en compte : la recherche d’un médecin, les dépassements d’honoraires de plus en plus fréquents.
Le Pr Grimaldi a dénoncé la situation actuelle, l’existence en France d’une protection sociale à deux niveaux, la Sécurité sociale et les complémentaires, avec le gâchis dû à une double gestion, le gâchis aussi de la concurrence entre les complémentaires. Il critique également la non-solidarité des complémentaires, faisant payer plus aux personnes âgées, plus souvent malades, le fait qu’une partie des complémentaires favorise les dépassements d’honoraires en les remboursant ou les médecines alternatives non contrôlées, et regrette que les partis politiques de gauche et les syndicats, de par leur lien avec les mutuelles, entretiennent ce double système, comme en témoigne la création de la mutuelle obligatoire d’entreprise sous François Hollande. Il termine son propos par des propositions de débat en six points : il faut définir les remboursements qui sont nécessaires, et cela relève non du corps médical mais d’une décision démocratique. Il faut définir ce que deviennent les dépassements d’honoraires. Le débat doit porter sur le financement, ce qui revient à la CSG et à la cotisation : la TVA est inadmissible. Le système de soins doit être régulé, non d’un point de vue financier, mais sur la pertinence des soins. Les autres débats à avoir sont celui de la gestion démocratique et du devenir des salariés des mutuelles. Sa proposition concrète est de créer une assurance complémentaire gérée par la Sécu sur les bases de la Sécu. Il devait préciser en fin de débat sa raison pour ne pas tout simplement intégrer dans la Sécu : ne pas faire peur en augmentant de 30 milliards d’euros le budget de l’Assurance maladie.
Nicolas Souveton, secrétaire général des Mutuelles de France, prenait la suite en disant d’emblée qu’il y était très à l’aise, les Mutuelles de France étant issues des mutuelles ouvrières à l’action depuis la création de la Sécu pour la défendre et la renforcer, mais aussi pour construire des solutions sur tous les problèmes qui restent. Pour lui, il convient de ne pas se tromper de débat : le but est d’obtenir une protection sociale de haut niveau. Il souligne deux difficultés : le fait que la Sécurité sociale n’est pas considérée comme un objet politique, mais simplement technique, et les baisses de remboursement progressives depuis 30 ans, faisant que la Sécu est devenue minoritaire dans le remboursement des soins de ville hors ALD (affections de longue durée). La Sécu à 100 % ne peut pas être simplement la prise en charge du ticket modérateur, s’il n’y a pas aussi modification des tarifs (lunettes…) et transformation du système de santé en panne de professionnels actuellement. Il termine en disant qu’il y a là des luttes que les militants de la Sécurité sociale doivent mener tout de suite, et en particulier celui sur le financement, en comparant le déficit à la masse des exonérations. À la fin du débat, il reviendra sur la fragmentation de la population engendrée par l’ANI ayant généralisé des contrats obligatoires pour les entreprises privées et démontera la notion de frais de gestion attribués aux mutuelles, alors que ce sont pour l’essentiel des services rendus à la population.
Le Dr Limousin, directeur des Cahiers de Santé Publique et de Protection Sociale, revue du PCF, commence son intervention sur les attentes de la population, majeures en termes d’accès aux soins du fait des pénuries de professionnels, de lits… et des difficultés financières, objet du débat. Il faut en revenir aux fondamentaux : il faut un système de financement unique, non soumis à la concurrence, universel, pour tout le monde de façon égale, démocratique, indépendant de l’État, même s’il lui est lié, à dimension nationale, basé sur la solidarité intergénérationnelle, territoriale et sociale. Chacun paie selon ses moyens et reçoit selon ses besoins : c’est un système novateur. Dire que ce système coûte cher est un non-sens, car c’est l’outil principal du progrès social et économique, fondé sur la production des richesses. Il termine sur les propositions : pas de panier de soins, pas d’inclusion des mutuelles dans la Sécu, mais un 100 % clair et net. Le financement est possible : fin des exonérations, cotisation des revenus financiers des entreprises, modulation des cotisations. En fin de débat, il revenait sur les méfaits du capitalisme, les profits des complémentaires privées qui sur 100 euros de cotisation en rendent 50, ceux des laboratoires pharmaceutiques, avant de terminer sur les soins inutiles, en insistant sur le fait que c’est la science qui doit trancher.
Ce premier débat a été suivi l’après-midi d’un second, sur le financement, à propos des retraites et de la perte d’autonomie.
Décryptage
Le financement a été sur les lèvres de quasiment tous les intervenants, à la tribune ou dans la salle, même s’il était spécifiquement prévu de traiter cette question majeure l’après-midi, avec une quasi-unanimité sur la nécessité d’augmenter les ressources de l’Assurance maladie : les propositions du PCF de faire cotiser les revenus financiers des entreprises et de moduler les cotisations sociales en fonction des politiques des entreprises sont de plus en plus reprises. Dans le débat de l’après-midi, Frédéric Boccara est intervenu sur la nécessité d’une nouvelle efficacité économique : c’est sans doute l’aspect sur lequel le PCF reste très novateur. Dans la suite, les interventions dans la salle ont d’ailleurs plus porté sur le « comment mobiliser » que sur « où trouver l’argent nécessaire ».
De nouvelles ressources pour la Sécurité sociale sont en effet indispensables pour un vrai 100 % Sécu répondant réellement aux besoins, à la différence de la « grande Sécu » dont l’idée avait été lancée en 2021 avec le soutien d’Olivier Véran, alors ministre de la Santé, reprise tout récemment par l’UFC-Que Choisir dans un communiqué : un modèle où l’ensemble des soins essentiels serait pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale et financé par un déplacement des cotisations des mutuelles vers la Sécu, le remboursement en fait d’un panier de soins, laissant la place à des complémentaires privées (appelées supplémentaires par certains). Les économies réalisées par la suppression de ces doubles remboursements sont certes réelles (frais de gestion et frais de recherche de nouveaux mutualistes), mais bien inférieures aux chiffres annoncés par ceux qui en font la solution miracle pour ne pas revendiquer des recettes nouvelles pour la Sécu, ne prenant pas en compte les services rendus par les mutuelles comme combler le déficit de centres de santé !
Augmenter les recettes de l’Assurance maladie (c’est valable pour les autres branches !) ne peut se faire par un prélèvement supplémentaire sur les salaires : c’est une part supplémentaire de la richesse produite qu’il faut mutualiser, et c’est donc sur les profits qu’il faut le faire ! À la différence de ceux, en particulier chez LFI, qui voudraient étendre le régime d’Alsace-Moselle, dont les cotisations ne sont payées que par les salariés (un défaut de ce système, entre autres, dont l’extension nous conduirait à une impasse, même s’il doit être pour l’instant préservé pour celles et ceux qui en bénéficient).
Le 100 % Sécu est un projet politique.
C’est un projet de solidarité pour répondre de manière universelle aux besoins de soins de la population face à la dérive libérale qui réduit de plus en plus les prises en charge par la Sécurité sociale pour faire la place au secteur assurantiel. Cela suppose de répondre à l’ensemble des besoins et pas seulement aux risques vitaux pour éviter le recours à une assurance « supplémentaire ». Il ne peut donc s’agir de ne rembourser qu’un panier de soins. Mais il n’est pas question non plus de rembourser les médecines parallèles, parfois dangereuses, souvent surtout mercantiles. C’est la science qui doit en décider, mais pas seule ! Les restes à charge, paradoxalement plus élevés chez les patients en ALD que dans le reste de la population, donnent une idée des besoins : soins de support, aides techniques… qui ne relèvent pas que de la science médicale.
Le 100 % Sécu appelle à un progrès démocratique, car c’est dans la rencontre entre les professionnels de santé et les assurés sociaux que peut se décider ce qui est utile et donc à rembourser. Il y a urgence à redonner le contrôle de la Sécurité sociale aux salariés par des élections des membres des conseils d’administration des caisses. C’est à eux, à leurs organisations syndicales de dire à quoi sont consacrées les richesses qu’ils produisent. Ils pourront se faire assister par tout le mouvement associatif qui existe dans le domaine de la santé et de l’autonomie, qui a développé une vraie expertise. À l’inverse de la gestion actuelle, fondée sur la recherche d’économies, il y a besoin d’élaborer démocratiquement une politique de réponse aux besoins, nationalement, mais aussi localement pour répondre à des besoins particuliers, pour exercer aussi un contrôle sur le système de soins, un contrôle bienveillant, pour éviter les pratiques mafieuses ou sectaires, et non comme actuellement pour chercher à faire des économies en sanctionnant les médecins faisant plus d’arrêts de travail que leurs confrères, sans en chercher les causes.
Le 100 % Sécu, c’est aussi marquer des points vers le dépassement du capitalisme. La Sécurité sociale n’est évidemment pas là pour enrichir les intérêts personnels, que ce soit ceux des professionnels libéraux, des laboratoires pharmaceutiques, des producteurs de dispositifs médicaux, des fonds de pension qui investissent dans les cliniques privées, les EHPAD, les laboratoires ou la radiologie !
Porter le projet d’un 100 % Sécu, c’est donc aussi porter le projet d’une organisation du système de soins reposant sur le service public, d’un pôle public du médicament, d’éventuelles nationalisations avec les questions d’emploi et de formation.
Rappelons que pour les communistes, l’autonomie est partie intégrante de la santé et que la création de la 5ᵉ branche n’a été qu’un cheval de Troie pour mieux casser la Sécu. Dans ce domaine aussi, le capitalisme, avec la silver economy, fleurit et nécessite services publics et contrôle citoyen du prix des matériels !
L’enjeu majeur des mobilisations
En dressant tous ces objectifs au 100 % Sécu, on pourrait faire croire que c’est un but inatteignable, alors que précisément c’est sa cohérence qui en fait la force et permet de rassembler toutes celles et ceux qui, dont notre pays, sont attachés à la Sécurité sociale, et ils sont très majoritaires ! Ce n’est pas pour rien que le projet de « grande Sécu » a fait des émules. Il fallait répondre à l’aspiration populaire en reprenant le projet des communistes pour le retourner à la sauce libérale, celle qui facilite le développement du marché assurantiel.
De nombreux militants progressistes, communistes souvent, sont engagés dans le mouvement mutualiste. Ce souhait de répondre tout de suite aux besoins est légitime. Il participe de plus au développement de la démocratie dans notre pays, à l’animation du débat sur la protection sociale.
Il ne s’agit donc pas d’opposer partisans du 100 % Sécu aux militants mutualistes, mais de construire ensemble les campagnes pour que la Sécu ait les moyens financiers de répondre aux besoins, pour sa démocratisation, pour un pôle public du médicament, et même des campagnes très concrètes, contre les dépassements d’honoraires par exemple.
La seule règle sans doute à se donner face aux multiples angles d’attaque pour aller vers le 100 % Sécu est d’éviter de créer de nouveaux freins au prétexte d’améliorations immédiates. La création de mutuelles communales interroge en ce sens : si cela répond à un besoin, c’est aussi contribuer à la fragmentation des publics, à l’opposé de l’universalisme nécessaire.
La loi qui vient d’être adoptée sur la prise en charge du cancer du sein, à l’initiative de Fabien Roussel, défendue par Cathy Apourceau-Poly au Sénat et Yannick Monnet à l’Assemblée nationale, même en partie dénaturée par le Sénat, est un bon exemple des mobilisations possibles : une amélioration très concrète et la progression du débat d’idées !
En conclusion, comme cela a été dit à de nombreuses reprises dans ce débat, la santé et la protection sociale ne sont pas des objets techniques, mais des objets politiques. L’accès aux soins est une préoccupation majeure de la population. Y répondre par le 100 % Sécu permet de rassembler largement en liant projet politique et expériences concrètes de luttes. Ne nous en privons pas !
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En France, entre 10 000 et 20 000 enfants seraient sous la coupe de réseaux. Issues des foyers de l’aide sociale à l’enfance ou des classes moyennes supérieures, les victimes sont de plus en plus jeunes. Un phénomène massif qui peine à être pris en charge par les pouvoirs publics.
« Ne m’appelle pas ou ils vont me frapper. » Ce message WhatsApp, Lila, autoentrepreneuse de 40 ans, le reçoit, un soir, sur son téléphone portable. Il provient de sa fille, Nina, âgée de 14 ans. Nous sommes le 14 octobre 2022. Depuis plusieurs jours, la jeune fille, placée dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance (ASE) en Essonne, est en fugue.
« Elle m’avait envoyé sa localisation, située à Toulon, se souvient sa mère. J’ai immédiatement essayé de la rappeler. Elle m’a alors dit qu’elle n’en pouvait plus et qu’il fallait que je vienne la chercher. » Alarmée, Lila contacte les services de police toulonnais, qui repèrent un Airbnb situé en centre-ville. La police intervient et surprend des proxénètes en flagrant délit.
Nina et deux autres adolescentes de moins de 15 ans étaient forcées de se prostituer, depuis plusieurs jours, dans l’appartement. Lila découvre alors que sa fille se prostitue depuis janvier 2022. « Jamais je n’aurais pu imaginer cela », confie-t-elle. Elles sont pourtant des milliers, comme Nina, à tomber dans les mains de réseaux de prostitution.
En France, il y aurait entre 10 000 à 20 000 mineurs en situation d’exploitation sexuelle. Un chiffre exponentiel qui constitue néanmoins la partie émergée de l’iceberg. « Cela ne prend en compte que les affaires judiciarisées. Or de nombreuses victimes n’osent pas porter plainte », déplore Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l’association ACPE (Agir contre la prostitution des enfants) et du Conseil français des associations pour les droits de l’enfant (Cofrade).
Avec dix fois plus d’affaires en moins de dix ans, la prostitution des mineurs connaît, de fait, une progression vertigineuse. « Le nombre d’affaires résolues par les services d’enquête a été multiplié par plus de dix en moins de dix ans », explique Lénaïg Le Bail, commissaire divisionnaire, cheffe de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH).
Le phénomène, largement digitalisé, est par essence difficile à détecter. « Du recrutement du mineur à la publication de l’annonce, en passant par la mise en relation avec le client, tout se fait par Internet. C’est un phénomène invisible puisque 95 % des victimes sont exploitées dans des lieux fermés », précise la commissaire divisionnaire.
Les proxénètes repèrent généralement leurs futures proies via les réseaux sociaux. Les victimes y sont très souvent surexposées, à l’instar de Nina. « Je sais qu’elle a posté avec une amie des photos d’elle en petite tenue. Plus tard, lorsqu’elle était à Toulon, elle a publié des vidéos du salon de l’appartement. On y voyait des billets de banque et de la cocaïne sur une table ainsi qu’une chambre où traînaient des préservatifs », avoue sa mère, la voix sourde.
Face au silence de sa fille, Lila est condamnée aux suppositions. « Peut-être que c’est avec les réseaux qu’elle a été abordée par les proxénètes. On peut imaginer ce qu’il a pu se passer. » Les « nudes » (photos de soi-même nu ou partiellement déshabillé) ne sont pas l’unique prisme par lequel les proxénètes recrutent leurs victimes. Ces dernières peuvent tout aussi bien être repérées à la suite de « posts anodins » ou être entraînées par un petit ami.
Depuis quelque temps, les associations et services de police constatent un rajeunissement des mineurs exploités. « Il y a encore un an, l’âge des victimes tournait autour de 15-16 ans. Aujourd’hui, elles ont plutôt 13-14 ans » , confirme Lénaïg Le Bail.