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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 06:00

 

Négocier un accord inégal après une partie de golf. Voilà à quoi est rendue cette Commission européenne dont la présidente Ursula von der Leyen affirmait au début de son premier mandat en 2019 qu’elle serait géopolitique. 

Six ans ont passé et l’errance a constitué la ligne de conduite d’une Union européenne toujours décalée par rapport aux enjeux et aux réalités de ce monde.

En actant un accord sur les droits de douane qui fait la part belle au capital étatsunien, l’Union européenne a acté sa vassalisation. Depuis le 2 avril dernier, « jour de la victoire » proclamé par Donald Trump, le monde est sommé de répondre aux injonctions d’un capital étatsunien qui veut imposer ses conditions économiques. Cette politique commerciale agressive vise à réaffirmer la prééminence de Washington sur le monde alors que les puissances économiques émergentes remettent en cause son hégémonie.  Elle veut très concrètement imposer des débouchés intérieurs à l’Oncle Sam et à faire payer sa politique monétaire. 

Alors que le coup de marteau initial a provoqué des réponses diverses, les nouveaux pôles d’attractivité économique ne s’en sont pas laissé compter. Les efforts de la Chine, du Brésil ont été par exemple payants puisque Washington a reculé même s’il a clairement placé ces deux Etats comme des acteurs hostiles sur le marché international.

L’Union européenne a d’emblée affirmé une riposte bien molle et nombre  de chefs d’Etat européens dont Georgia Meloni pour l’Italie, Vitkor Orban pour la Hongrie, soit l’axe d’extrême droite européen, tentaient de négocier individuellement. Il serait donc facile de ne vilipender que la seule Commission européenne car les chefs d’Etat ont leur mot à dire. Il faut dire que ces derniers n’avaient pas une position commune de par la nature de leurs économies respectives entre des Etats très dépendants de l’exportation vers les Etats-Unis comme l’Allemagne et d’autres qui mettaient en avant la dimension davantage politique. Les dirigeants d’extrême droite se félicitent d’un accord inégal alors qu’il sera terrible pour les industries européennes. Des économistes annoncent d’ores et déjà une dizaine de milliers d’emplois qui seront supprimes en France. Voilà le vrai visage de ces nationalistes qui servent le capital au détriment des travailleurs. Rappelons que ce genre d’accords inégaux ont été déjà été imposés par les Européens aux Etats africains ou des Caraïbes. C’est donc l’Europe qui se retrouve dans le mauvais rôle.

Au final, l’Union européenne va voir ses droits de douane passés de 2% à 15% sur un certain nombre de marchés. Mais l’essentiel du « deal » passé entre Von der Leyen et Trump consiste en l’achat massif par les Européens (pour plus de 700 milliards) d’hydrocarbures (gaz naturel liquéfié et gaz de schiste). Voilà de quoi financer la politique d’énergies fossiles de Washington alors que le Vieux Continent se targue d’être une zone écolo-compatible avec le Green Deal…C’est surtout la confirmation que les Européens vont alimenter l’autre machine industrielle des Etats-Unis que constitue le complexe militaire puisque les engagements ont été pris pour acheter 600 milliards d’équipements.

Il est plus que temps d’arrêter cette mascarade. Les chefs d’Etat européens doivent prendre leurs responsabilités. Il peuvent refuser cet accord, dont les termes n’ont toujours pas été dévoilés, en Conseil européen qui est l’instance décisionnaire. Alors que François Bayrou a qualifié cet accord de jour sombre, Emmanuel Macron en appelle à « être craints ». Des formules creuses qui masquent mal le fait que personne ne veut assumer un affrontement ou même une quelconque voix divergente vis-à-vis de Washington. Le Parlement doit être saisi à la reprise de la session parlementaire avec un débat puis un vote. Ce ne peut être que la seule solution pour clarifier les positions et conférer un mandat clair à l’exécutif. 

Quelles que soient les divergences de nature capitalistes des Européens, il semble que la mise sous parapluie étatsunien fasse consensus parmi ceux-là même qui appellent au réveil européen. Ils ne reprennent pas les préconisations du rapport Draghi, qui n’est pourtant pas un adepte d’un socialisme européen, pour investir massivement dans l’économie de la recherche et réussir le pari d’une nouvelle industrialisation. L’autonomie, la souveraineté et l’adaptation au changement climatique sont sacrificiés au nom d’un occidentalisme mal placé. En se comportant comme tel, les autres puissances feront à l’Europe ce que Washington vient de faire.

Le reste du monde n’est pourtant pas une jungle et il reste un espace où les Européens peuvent développer un modèle de justice sociale, démocratique et à teneur écologique. C’est dès maintenant qu’il faut réorienter l’argent de la Banque centrale pour développer des fonds d’investissement à dimension économique, sociale et écologique, prémisses d’un nouvel âge des services publics. Il est également possible de bâtir des traités mutuellement avantageux entre les parties, hors des logiques libérales et de moins disant social et environnemental.

Cette nouvelle soumission de Bruxelles et des chefs d’Etat démontre que les capitalistes n’ont que faire des intérêts des peuples. Une refondation des institutions européens est plus que jamais nécessaire pour bâtir une Europe des nations et des peuples souverains.

 

 

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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 05:10

 

 

 

 

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2 août 2025 6 02 /08 /août /2025 06:00

 

À partir du 1er août, la TVA sur les factures d’électricité et de gaz passera de 5,5 % à 20 % !

Cela représente en moyenne 200 € de plus par an pour les foyers, déjà en difficulté face à la précarité énergétique.

Le groupe communiste au Sénat, avec Fabien Gay, a déposé une proposition de loi, co-construite avec la FNME-CGT, pour maintenir un taux réduit de TVA à 5,5 % sur toute la facture.

Le PCF demande au gouvernement de revenir sur cette hausse injuste !

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Le groupe communiste dépose une proposition de loi pour réduire à 5,5 % la TVA sur l’énergie pour éviter un « massacre social » (Henri Clavier / « Public Sénat »)

Lors d’une conférence de presse au Sénat ce mercredi 16 juillet, le sénateur communiste Fabien Gay a présenté sa proposition de loi visant à ramener la TVA sur l’énergie à 5,5 %. Une mesure jugée indispensable pour mettre fin au « racket organisé » selon le sénateur.

Henri ClavierLe groupe communiste au Sénat promet au gouvernement une rentrée sous haute tension. « Le gouvernement a quinze jours pour répondre à nos demandes, sinon ce sera la guerre sociale en septembre », prévient Fabien Gay à l’occasion d’une conférence de presse au Sénat pour présenter sa proposition de loi sur la baisse de la TVA sur l’énergie. Très investi sur les questions énergétiques, le sénateur de Seine-Saint-Denis rappelle avoir déposé une quinzaine de propositions de loi sur le sujet. Ce nouveau texte n’est pas le plus complexe déposé par Fabien Gay puisqu’il enjoint le gouvernement à ne pas augmenter la TVA sur l’électricité et le gaz à partir du 1er août 2025. En effet, le dernier budget prévoit une hausse du taux de TVA sur les abonnements d’électricité et de gaz de 5,5 % à 20 % à partir du 1er août. Une augmentation qui doit rapporter 1,5 milliard d’euros à l’Etat. 

« Les factures n’ont jamais baissé alors que le marché s’est effondré, quand le marché baisse ce sont vos taxes qui augmentent » 

« On ne laissera pas faire le racket organisé par Monsieur Ferracci », lance le sénateur communiste qui souhaite mettre la pression sur le ministre de l’Energie. Concrètement, le texte propose de ramener la TVA à 5,5 % sur l’ensemble des composantes de la facture, c’est-à-dire le coût de l’abonnement, la consommation et l’ensemble des taxes. Une mesure qui permettrait aux ménages d’économiser en moyenne 200 euros par an sur leurs factures d’électricité estime l’auteur de la proposition de loi. Une réduction jugée indispensable compte tenu des augmentations liées à la fin du bouclier tarifaire le 31 janvier dernier. Principale conséquence de la fin du bouclier tarifaire, l’augmentation de l’accise sur l’électricité (une taxe payée par tous les consommateurs) et la fin de l’arehn, à partir du 31 décembre 2025, qui permettait jusque-là de bénéficier d’un prix fixe pour une partie de l’énergie issue de la filière nucléaire. 

Autant d’éléments qui incitent le groupe communiste à mettre la pression sur le gouvernement avant le 1er août. « Les factures n’ont jamais baissé alors que le marché s’est effondré, quand le marché baisse ce sont vos taxes qui augmentent », fustige Fabien Gay qui rappelle que l’augmentation de la TVA sur l’abonnement peut être arrêtée par décret et permettrait d’éviter une augmentation de 3 % de la facture. Si le gouvernement reste fermé à cette proposition, les sénateurs communistes chercheront des relais au sein du Palais du Luxembourg. « On invitera le Sénat à l’inscrire le plus rapidement possible et s’il faut attendre la niche communiste (prévue le 23 octobre) on le fera mais on préfère que ce soit le plus rapide possible pour tout le monde », explique Fabien Gay qui compte également sur les groupes de gauche à l’Assemblée nationale. 

« Ce sont des choix politiques que nous assumons »

Compte tenu du contexte budgétaire et alors que François Bayrou a présenté, ce 15 juillet, un plan d’économies de 43,8 milliards d’euros, il semble peu probable que le gouvernement renonce à l’augmentation de la TVA. En effet, le passage à une TVA à 5,5 % sur l’ensemble des composantes de la facture d’électricité représenterait un coût brut de 8 milliards d’euros. « Ce sont des choix politiques que nous assumons », assure Fabien Gay qui estime que la moitié de ce coût serait compensée par une hausse de la consommation. L’occasion pour le sénateur de Seine-Saint-Denis d’étriller les orientations budgétaires du Premier ministre. « On a vu hier à l’annonce des orientations budgétaires que toutes les mesures anti-sociales étaient réglées, mais les mesures sur les plus riches sont en débat. On ne peut pas avoir des patrimoines qui s’envolent et demander toujours plus à ceux qui sont précaires », déplore Fabien Gay. 

Par ailleurs, le sénateur communiste « demande au gouvernement un débat sérieux » sur les orientations en matière énergétique. En attendant, Fabien Gay et Marc Ferracci devraient se retrouver pour débattre à l’occasion d’une table ronde lors de la fête de l’Humanité le samedi 13 septembre. Un débat qui promet de faire des étincelles.

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2 août 2025 6 02 /08 /août /2025 05:30

 

En juillet 2017, alors que la révolte du Rif dure depuis près de dix mois, les manifestants vont investir les plages de la ville pour échapper au contrôle policier dans les rues. Les images, qui font le tour du monde, vont ridiculiser les forces de l’ordre marocaines.

 

 

Sous les pavés, la plage. Jamais sans doute la célèbre expression de Mai 68 n’avait été si appropriée que pour les révoltes du Rif, territoire berbère sous domination marocaine, en 2016 et 2017. Lorsque le 2 juillet 2017, une nouvelle manifestation de la population rifaine est organisée après déjà plusieurs mois de contestation, la répression policière du régime marocain est implacable.

Interdiction a été décrétée de se rassembler, les rues d’Al Hoceima, la capitale historique et culturelle de la région du Rif, sont quadrillées. De même que celles de toutes les villes d’envergure, où le mouvement, le hirak (mouvement en arabe, le mot a essaimé dans plusieurs pays), a fait tache d’huile.

Qu’à cela ne tienne, les manifestants rifains vont avoir une idée géniale. Puisque la rue est prise d’assaut par les forces de l’ordre, le lieu de rendez-vous choisi a des allures de vacances : la plage. L’appel est lancé sur les réseaux sociaux, principal vecteur d’organisation et d’échanges politiques, alors que les médias traditionnels sont muselés.

Des scènes improbables sur les bords de mer

À 10 kilomètres du centre-ville d’Al Hoceima, des milliers de Rifains se rassemblent sur le sable de Sfiha et de Souani pour exiger la libération des prisonniers politiques et le retrait des militaires déployés en masse pour mater la rébellion. Les images vont faire le tour des réseaux sociaux, détournées pour moquer ces compagnies de policiers et gendarmes antiémeute poursuivant en vain, de l’eau jusqu’aux genoux, des manifestants hilares en maillot de bain. Les bottes noires, ça fait du bruit, mais ce n’est pas pratique dans le sable du bord de mer…

« Baywatch Morocco », se marre un internaute, en détournant la célèbre série télévisée américaine des années 1990, Alerte à Malibu (Baywatch en VO). Tandis que d’autres détournent la météo des plages en titrant « État de la mer : makhzen (terme désignant le pouvoir royal marocain – NDLR) agité à peu agité entre les plages de Sfiha à Essouani tout au long de la semaine ». Un dernier enfin légende ainsi une photo des policiers ensablés et nargués par quelques manifestants : « Les forces de l’ordre marocaines tentent d’arrêter Bob l’éponge ».

C’est le 28 octobre 2016 que le soulèvement avait débuté par un énième drame consécutif à la répression policière des Rifains : la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson d’Al Hoceima, à qui un policier avait confisqué les 500 kg d’espadon qu’il venait d’acheter au port. Monté à l’arrière d’un camion à ordures pour le récupérer, celui-ci avait été broyé par la machine, activée selon plusieurs témoins par l’ordre des policiers. À ses funérailles, le 30 octobre, des milliers de manifestants lui rendent hommage à Al Hoceima, mais aussi dans d’autres villes du Rif, ainsi qu’à Rabat, Casablanca ou Marrakech.

Les rassemblements, où se mêlent drapeaux rifains et berbères, contestent non seulement les violences policières mais également la « hogra », le mépris dont font preuve les autorités envers ces territoires délaissés et la corruption. Écoles, hôpitaux, emplois : le Rif manque de tout, délaissé par le pouvoir central, qui facilite même l’émigration des jeunes vers l’étranger, notamment l’Europe. La région demeure à part. Sous domination marocaine, le territoire a toujours affirmé son autonomie et son indépendance, symbolisée par la figure du leader Abdelkrim Al Khattabi, président de la République du Rif entre 1921 et 1926 et icône de la lutte anticoloniale.

Vingt-cinq militants condamnés

Le 8 mars 2017, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les habitantes se mobilisent : une marche de protestation uniquement féminine pour réclamer l’égalité entre les sexes, la liberté et la justice. À partir d’avril, la contestation prend une tournure de plus en plus politique, et la répression policière, qui évacue sans ménagement les rassemblements, ne fait que renforcer le hirak.

 

Rapidement, le pouvoir marocain réprime sur le terrain judiciaire. Le 29 mai 2017, l’un des leaders du mouvement, Nasser Zefzafi, est arrêté pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État » et transféré à Casablanca. Condamné à vingt ans de prison en 2018, ainsi que 41 autres opposants politiques, il est toujours derrière les barreaux. Trois semaines avant l’épisode des plages, le 14 juin 2017, vingt-cinq militants de cette contestation avaient déjà été condamnés à dix-huit mois de prison ferme, à l’issue d’une parodie de procès. Huit ans après le début du hirak dans le Rif, les plages ont retrouvé leurs touristes, mais la douleur reste vive.

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 08:49
On vit comme des cafards » : nous sommes entrés dans la prison de Bordeaux-Gradignan, reflet d’une politique pénitentiaire indigne

Alors que le ministre de la Justice célèbre devant les caméras le retour des quartiers de haute sécurité, la majorité des établissements est au bord de la rupture, entre surpopulation carcérale et manque de personnel pénitentiaire. C’est le cas à Bordeaux-Gradignan, où l’Humanité a pu suivre l’eurodéputée Marie Toussaint en visite parlementaire.

« On vit comme des cafards ici ! Les éviers sont cassés ! On n’en peut plus d’être à 3 par cellule ! », « On n’est pas des criminels on a juste glissé dans la délinquance, trouvez-nous du travail, on va vous prouver qu’on n’est pas des fainéants ! », crient des prisonniers du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan (CPBG) par les fenêtres qui surplombent les filets jonchés de détritus.

« Ils ont aperçu des visiteurs et veulent se faire entendre », commente le directeur Arnaud Moumaneix, qui accompagne l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint, en visite parlementaire dans l’établissement. Le directeur invite le petit groupe où s’est glissée l’Humanité à presser le pas pour sortir du champ de vision des détenus et ne pas « les exciter davantage ».

Une prison neuve… gangrenée par l’insalubrité

L’homme à la stature imposante a pris ses fonctions en 2024 dans cette prison « en transition » qui concentre près d’un millier de détenus hommes, femmes et mineurs, prévenus et condamnés, dans plusieurs bâtiments. Une partie des locaux, flambant neufs, a été livrée il y a à peine un an.

L’autre, qui a vocation à être détruite, est terriblement insalubre, mais continue d’être utilisée. « La pénitentiaire a tout intérêt à montrer ses réalités, assure Arnaud Moumaneix, prévenu la veille de la venue de l’élue. Mais une visite parlementaire est toujours quelque peu contraignante car elle mobilise du personnel alors que nous sommes en sous-effectif. »

Comme dans la plupart des établissements, la situation au CPBG est en effet critique : sur les 381 postes de surveillants (sur 501 personnels au total), 42 sont non pourvus. « S’ajoutent à cela 43 absents, pour des raisons parfaitement légitimes pour la plupart. Certains étant un peu lassés », euphémise le directeur pour évoquer un personnel épuisé à force de pallier les carences d’un système à bout de souffle.

 

« Avec un surveillant pour 90 détenus, le fonctionnement en mode dégradé s’impose, même si les officiers viennent parfois en renfort », justifie le responsable. En ce week-end du 14 juillet, les services médicaux sont fermés, et les activités très réduites.

Trois détenus pour neuf mètres carrés

Une situation qui tient aussi au fait que la prison est l’une des plus suroccupée de l’Hexagone, même dans sa partie neuve, où l’on recense 303 détenus pour 133 places.

« À mon arrivée toutes les cellules ont été doublées », explique le directeur. Comprendre : sa première mesure a donc dû être de faire installer des lits superposés dans ces espaces de 9 m2, douche comprise, prévus pour un encellulement individuel. En réalité, bon nombre de cellules sont occupées par 3 personnes dont l’une couche sur un matelas par terre.

Mais c’est dans le bâtiment de 6 étages construit en 1967, voué à la destruction en 2026 et regroupant les individus les plus « sensibles », que la surpopulation est la plus massive, atteignant 250 % avec 495 détenus pour 198 places. « Alors que la moyenne nationale se situe à 160 %, ici nous sommes à 187 % toutes structures confondues (seule la structure d’accompagnement à la sortie (SAS) pour les détenus en fin de peine n’est pas totalement pleine, NDLR). Nous avons environ 200 matelas au sol et je ne m’en satisfais pas », soupire Arnaud Moumaneix.

Cette suroccupation s’explique par « une réponse pénale importante à la criminalité liée au trafic international de stupéfiant dont Bordeaux est devenu l’une des plaques tournantes », explique le directeur. Un quart des personnes incarcérées dans l’établissement, essentiellement originaire de la région, le sont pour des raisons liées au trafic de stupéfiant, 30 % pour violences, 20 % pour violences intrafamiliales et 15 % pour vol.

Mais toutes ne sont pas encore condamnées, chez les hommes le taux de prévenus est de 43 %, tandis que chez les femmes, plus souvent incarcérées pour des affaires criminelles, il est supérieur à celui des condamnées avec 55 %. En 2024, le flux d’entrant a progressé de 7 % contre 4 % pour le flux sortant.

« On est envahis de moucherons »

« Ce fait dix-huit ans que je suis chef d’établissement, confie Arnaud Moumaneix. Quand j’ai commencé à travailler à la pénitentiaire en 1994, il y avait 30 000 détenus de moins dans notre pays. Le temps moyen de détention n’a cessé d’augmenter. Ici, depuis l’an dernier, il s’est encore allongé d’un mois et demi. Huit mois en 2024 contre neuf mois et demi aujourd’hui. »

Parmi les « solutions » trouvées pour réduire le nombre de matelas au sol, la direction a prévu d’augmenter la capacité de la structure d’accompagnement à la sortie (SAS), où sont exécutées les fins de peine. « Dans ce quartier, les personnes s’autonomisent, refont leurs papiers, améliorent leur santé afin de ne pas être en « sortie sèche » à la fin de leur détention. Ne pas pouvoir être dans une cellule individuelle est donc contraire à la philosophie de cette structure, mais nous n’avons pas le choix. » Et le directeur de marteler : « Chaque matelas au sol enlevé est une victoire sur l’indécence. »

Des paroles qu’il répète devant les trois détenus dont nous visitons la cellule située au troisième étage d’un bâtiment neuf, mais déjà dégradé. « On est obligé de vider l’évier avec des seaux, car l’évacuation est bouchée. On est envahis de moucherons », pointe l’un d’entre eux alors qu’il cuisine sur un petit réchaud.

Comme d’autres, il ne souhaite pas goûter au menu du jour de la cantine centrale. « On a fait des demandes pour faire des activités ou pour travailler à l’atelier. Mais la réponse arrive au bout de six mois et il n’y a pas de place pour tout le monde », reproche l’un des prisonniers au directeur.

Arnaud Moumaneix reconnaît qu’il n’y a pas de travail pour tous les détenus qui le souhaiteraient. « D’autant que les indigents, au nombre de 200, sont prioritaires. Mais, rassure-t-il, on est en train de mettre en place un système pour favoriser les remises de peines pour les détenus qui ont fait des demandes de travail sincères auxquelles on ne peut pas accéder ».

90 détenus à risque sous surveillance particulière

De fait, dans l’établissement, les travailleurs, regroupés au premier étage, ne représente que 30 % de l’effectif total, soit 131 au service général et seulement 40 en atelier. « Le plateau technique de 8 000 m2 permettrait pourtant d’en accueillir au moins le double, note le directeur. Mais cette partie de l’établissement est en délégation de gestion Gepsa, et cet opérateur privé n’a pas intérêt à faire travailler plus de monde. C’est un problème. »

Le groupe se dirige vers le quartier des femmes, toujours dans la partie neuve de la prison. La sonnerie résonne dans le vide et la grille ne s’ouvre pas. L’explication finit par arriver. Une détenue a fait une « IMV » (une ingestion volontaire de médicaments), signale l’une des deux surveillantes qui soutiennent une jeune femme en train d’être accompagnée à l’infirmerie.

« En fonction du diagnostic de l’infirmière elle sera ou non envoyée à l’hôpital, ce que je ne souhaite pas car on a déjà eu une extraction cette nuit et les équipes sont très restreintes, s’agace le directeur. On a demandé que les sorties médicales soient limitées à quatre par jour, ce qui est déjà énorme car quatre détenus hospitalisés, ce sont 12 agents dehors et nous n’avons pas d’équipes dédiées. »

« 90 détenus sont particulièrement à risque et sont sous surveillance particulière, précise-t-il. Nous avons aussi quelques cellules de protection d’urgence, dotées de matelas ignifugés et totalement « lisses » où des personnes à risque suicidaire peuvent être placées pour des périodes de 24 heures reconductibles après évaluation psychologique. On l’utilise 50 à 60 fois par an. »

Quand la justice enferme aussi les enfants

Le quartier femme est donc « bloqué » pour un bon moment. Nous ne le visiterons pas, mais nous aurons accès à la nurserie où deux places sont réservées pour les femmes enceintes ou jeunes accouchées, dont les enfants peuvent rester jusqu’à 24 mois incarcérés avec leur mère.

« Ce n’est pas l’idéal pour un enfant de grandir au milieu des bruits de clés, des grilles qui claquent et les portiques qui sonnent », reconnaît le directeur. L’endroit est calme, des jeux d’enfants colorés installés dans une petite cour séparée, et les cellules individuelles sont vastes.

La détresse aussi. « Je souhaiterais être avec quelqu’un dans la cellule, la nuit je pense à mes enfants et j’ai des crises d’angoisse, sanglote une jeune femme enceinte de trois mois. Ma famille est à Paris. Je suis très isolée. Je ne sais pas combien de temps je vais rester. »

Non encore jugée, elle est incarcérée pour vol depuis quelques semaines. Le directeur lui rappelle qu’elle a de la chance d’avoir une grande cellule alors que 7 femmes détenues dorment sur un matelas par terre. Sa voisine est moins seule puisqu’elle est incarcérée avec son bébé de 2 mois et demi. Au-dessus de son lit, la photo de ses deux autres enfants, de 10 et 11 ans. À peine quelques années de moins que le plus jeune des détenus du CPBG.

Seulement deux techniciens pour tout le bâtiment

Au quartier des mineurs, qui compte 20 places dont 16 occupées, le benjamin est âgé de 14 ans. Celui qu’a choisi de nous présenter le directeur a 17 ans et demi. Il connaît bien les lieux pour y faire des séjours réguliers notamment parce qu’il emprunte des véhicules qu’il conduit sans permis.

« J’habite à la campagne et je souhaiterais devenir mécanicien agricole », confie-t-il à l’eurodéputée. « Ce jeune homme est vulnérable, il refuse toutes les activités et ne va même pas en promenade car cela se passe mal avec les autres jeunes. Parfois il laisse exploser sa colère contre les surveillants ou en cassant des objets », détaille le référent du quartier des mineurs, ancien éducateur dans un quartier sensible de Bordeaux.

Le quadragénaire est en tenue de sport, car dans ce secteur où l’équipe pénitentiaire travaille en étroite collaboration avec la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), l’uniforme n’est pas obligatoire.

Après quelques minutes de marche, nous rejoignons la partie la plus ancienne de l’établissement, distante de plusieurs centaines de mètres. « Cette vieille dame a cinquante ans d’âge et peu d’entretien car elle est restée en gestion publique, donc avec seulement deux techniciens pour tout le bâtiment ça prend des semaines pour changer une ampoule », tacle le directeur.

Au troisième étage, de la vapeur d’eau et une odeur de gel douche envahit l’atmosphère tandis que des flots d’eau coulent de dessous les portes des douches collectives. « Attention ça glisse », nous prévient le surveillant tout en tentant de calmer les prisonniers qui tambourinent aux portes en hurlant. « C’est un truc de fou, on vit avec les cafards, on se croirait en Thaïlande, on pourrait faire des brochettes avec les bestioles », se plaint le plus âgé d’entre eux.

35 % des personnes détenues présentent des troubles psychiatriques

« On fait chaque jour des petits miracles : malgré la surpopulation on arrive à séparer les prévenus des condamnés, les fumeurs des non-fumeurs, les différents niveaux de criminalité, à isoler les plus dangereux et à protéger les plus vulnérables. Mais on est en limite de rupture », prévient le directeur.

Selon lui, les problèmes de cohabitation sont non seulement dus au fait que les cellules sont suroccupées mais aussi que 35 % des personnes détenues présentent des troubles psychiatriques. « 450 à 500 cas de violences physiques entre détenus par an sont repérées, traitées disciplinairement et signalées au parquet », dénombre Arnaud Moumaneix.

Le battage contre les portes qui redouble et les cris qui s’intensifient mettent fin à la visite de cet étage. Les prisonniers veulent aller à la douche avant le parloir de l’après-midi et s’impatientent. « C’est toujours bloqué les gars », leur répond le surveillant qui a pour consigne de ne faire sortir aucun détenu quand des visiteurs sont présents.

Les surveillants sont tous équipés de gilets pare-lames ou pare-balles, pesant entre 5 et 10 kilos. Mais, cela ne suffit pas à assurer leur totale sécurité. Faute de pouvoir travailler en équipes assez consistantes, les mouvements sont donc restreints au strict nécessaire. Un enfermement dans l’enfermement pour les détenus mais aussi une perte de sens du métier pour les surveillants.

« Normalement on n’a pas seulement vocation à ouvrir et fermer des portes, on devrait mener des entretiens avec les détenus, faire de la prévention. Surveillant est rarement une vocation, mais c’est un travail humain, je le fais depuis vingt-sept ans et il me plaît », témoigne un brigadier-chef posté au bâtiment le plus dégradé. « Paradoxalement, je préfère être ici, il y a une âme ; les locaux neufs sont très impersonnels. »

« Trouver des moyens légaux de résorber cette crise liée à la surpopulation »

Pour le directeur, comme pour à peu près tous les acteurs de terrain de la pénitentiaire la sécurité des détenus, des personnels et de la société passe par une résorption de la surpopulation carcérale qui permettrait enfin de redonner « du sens à la peine ».

« Sans aller jusqu’à des mesures prises en mars 2020, il faut que l’on trouve des moyens légaux de résorber cette crise liée à la surpopulation. Il faut éviter au maximum l’incarcération. La prison doit être un temps utile avec une vocation sociale », affirme-t-il.

Et d’évoquer l’optimisation des remises de peines, la mobilisation des stocks non encore utilisés de bracelets électroniques et la généralisation de l’assignation à résidence à laquelle une partie des détenus de l’établissement sont éligibles. « On a déjà différé à six mois l’exécution des peines… », confie-t-il. Pour éviter l’explosion. Jusqu’à quand ?

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 07:57

 

Au regard de l'urgence pour le peuple palestinien, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a l'initiative de cette lettre au Président de la République avec Olivier Faure, Premier secrétaire du PS et Marine Tondelier, secrétaire nationale Les écologistes.

Paris, le 27 juillet 2025

Monsieur le Président,

Vous vous êtes engagé le 24 juillet à reconnaître l’État de Palestine lors de la prochaine réunion de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain.

Il s’agit d’un pas en avant important pour notre pays, dans l’application du droit international, 37 ans après la proclamation de l’État de Palestine par Yasser Arafat, et 32 ans après les accords d’Oslo au terme desquels l’Organisation de libération de la Palestine avait reconnu l’État d’Israël.

Nos forces politiques portent elles-mêmes cette exigence. Cette décision doit toutefois n’être qu'une première étape.

Nous vous appelons solennellement, Monsieur le Président de la République, à aller jusqu’au bout de la démarche que vous avez annoncée. C’est ce qu’attendent nos compatriotes, toujours plus nombreux à vouloir que s’arrête le bain de sang au Proche-Orient. C’est aussi ce qu’attendent les peuples du monde du pays qui, le premier, a proclamé l’universalité des droits humains.

Dans un appel rendu public le 23 juillet, une centaine d’ONG, soulignent qu’une grande partie de la population de Gaza est à court terme menacée dans son existence par une famine de masse, du fait de la politique de blocus du gouvernement israélien. Gaza meurt de faim. De plus, la Knesset a appelé à annexer la Cisjordanie, en violation du droit international et des résolutions de l’ONU.

Aujourd’hui, après des bombardements qui ont fait d’innombrables victimes civiles, ce sont des milliers de Palestiniens qui sont menacés d’une mort certaine par une famine cyniquement organisée, et c’est tout un peuple que l’on cherche à expulser des territoires où il vit.

L’extrême gravité de la situation pour le peuple palestinien rend nécessaire une action concrète et immédiate face à la politique délibérée du gouvernement de Benjamin Netanyahou, qui entend rendre impossible la solution à deux Etats, ce qui plonge l’ensemble de la région du Proche et du Moyen Orient dans le chaos. L'urgence est aussi à la libération des otages israéliens encore détenus à Gaza.

Nous vous demandons d’agir dès à présent pour que l’État de Palestine, désormais reconnu par notre pays en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, dispose de tous les droits reconnus aux États membres de l’ONU, et pour qu’il dispose d’une capacité juridique internationale et d’une protection juridique internationale.

La conférence interministérielle sur la mise en œuvre de la solution à deux États, les 28 et 29 juillet prochains à New York, avec l’Arabie Saoudite, doit permettre d’aller dans ce sens.

Pour arrêter l’entreprise de massacres de masse et d’épuration ethnique en cours à Gaza, nous vous demandons de concrétiser votre annonce pour répondre aux deux urgences du moment.

La France doit en premier lieu œuvrer pour qu'une aide humanitaire massive soit apportée à la population gazaouie martyrisée. Et elle doit porter, auprès de ses partenaires, l’exigence de sanctions contre le gouvernement israélien, en particulier la suspension de l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’Etat d’Israël tant que le droit international n’est pas respecté. Sur ces deux urgences, il lui revient de prendre la tête d’une coalition d’États prêts à agir immédiatement en ce sens.

Ne laissez pas les mains libres à l’actuel gouvernement israélien pour enterrer définitivement l’espoir d’une paix juste et durable entre les peuples israélien et palestinien, dans des États aux frontières sûres et reconnues. Et ce, au moment où des dizaines de milliers de citoyens d’Israël se dressent contre les entreprises criminelles de leur gouvernement.

Monsieur le Président, prolongez votre déclaration du 24 juillet, et agissez avant qu’il ne soit trop tard !

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à ces demandes, soyez assurés de notre haute considération.

Olivier Faure 
Premier Secrétaire du Parti socialiste

Fabien Roussel
Secrétaire national du PCF

Marine Tondelier
Secrétaire nationale Les Ecologistes

 

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 05:30

 

 

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 05:10

 

 

 

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31 juillet 2025 4 31 /07 /juillet /2025 08:38

David Cayla, maître de conférences en économie à l’Université d’Angers, analyse pour nous l’accord signé entre Donald Trump et l’Union européenne, qui prévoit des droits de douane de 15 % sur les produits européens. Pour lui, l’UE a laissé passer une chance historique d’affirmer son indépendance.

Quelle lecture faites-vous de l’accord signé ce 27 juillet ?

David Cayla

Économiste

Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il est déséquilibré ! La question est de savoir pourquoi l’Union européenne (UE) parvient à un accord finalement moins favorable que ce qu’a obtenu le Royaume-Uni qui négociait tout seul de son côté. Ce dernier a en effet obtenu des droits de douane de 10 % ainsi que quelques concessions sur des marchés libres de taxes.

L’UE, en revanche, c’est 15 % de droits de douane (sur les produits européens exportés vers les États-Unis, N.D.L.R.), avec en plus l’obligation d’acheter du pétrole et du gaz américain, sans compter l’armement. Enfin, les Européens ont promis d’investir 600 milliards de dollars sur le sol américain, ce qui va à rebours de toutes les promesses formulées dans l’UE au cours des dernières semaines, selon lesquelles l’épargne européenne devait être mobilisée pour financer la croissance et l’industrie européenne.

Pourquoi un accord aussi asymétrique ?

Tout simplement parce que les pays membres sont divisés, en raison de structures économiques différentes : entre les pays désireux de protéger leurs industries exportatrices, comme l’Allemagne et d’autres favorables à des positions plus fermes (comme la France), aucun terrain d’entente n’a été trouvé. Et ce sont finalement les logiques exportatrices qui se sont imposées : il n’y a qu’à voir le soupir de soulagement poussé par les industriels allemands, heureux d’échapper à des taxes de 30 %.

À l’arrivée, c’est surtout un échec politique de l’UE : on nous vend depuis des années l’idée selon laquelle, avec l’Union, les pays seraient plus puissants pour négocier des accords commerciaux avantageux. Et on se retrouve avec un accord plus mauvais que des pays hors UE. Si l’Union européenne, qui nous impose par ailleurs de multiples contraintes, ne nous protège même pas en cas de guerre commerciale, à quoi sert-elle ? À ce titre, cet accord va renforcer les discours eurosceptiques.

Quelles pourraient être les conséquences pour l’économie française ? Seuls quelques secteurs sont particulièrement exposés (aéronautique, spiritueux, médicaments), et il semblerait qu’ils ont été épargnés par l’accord…

Les choses ne sont pas aussi claires ce stade. L’aéronautique semble épargnée, en effet, mais il manque encore les détails sur les modalités concrètes de cette exemption. Pour ce qui est des spiritueux et de la pharmacie, il y a fort à parier que des taxes s’appliquent.

Ce qui semble évident, de toute façon, c’est qu’il y aura des destructions d’emplois en France : des entreprises exportatrices vont voir leurs carnets de commandes diminuer et réduire leur volume d’emplois. Dans un environnement déjà récessif en raison de l’impact du budget présenté par François Bayrou, la hausse des droits de douane ne va pas contribuer à améliorer l’économie française.

À plus long terme, d’autres choses sont préoccupantes. D’abord, la France (et l’Europe) vont accroître leur dépendance au numérique américain : à chaque fois que vous achetez un logiciel Microsoft ou que vous avez recours à Netflix, par exemple, vous payez pour ces services, sous forme de redevances ou d’abonnements. Tout cela commence à peser lourd dans la balance des paiements des pays européens.

Ensuite, il est probable que les entreprises européennes préféreront construire des usines aux États-Unis pour échapper aux droits de douane. Cela peut être le cas des labos pharmaceutiques, comme Sanofi, ou des groupes d’automobile. Il ne faut pas oublier que l’objectif de Trump est de pousser ses partenaires commerciaux à investir chez lui plutôt qu’en Europe.

Qu’aurait dû faire l’Union européenne ? Accepter pleinement la logique du bras de fer, comme l’a fait la Chine ?

Les différences économiques sont telles qu’il n’est pas évident de se comparer avec la Chine. Mais il aurait fallu, en tout cas, porter nos propres revendications, c’est-à-dire la conquête de l’autonomie stratégique européenne, en matière d’énergie, de défense et sur le numérique.

Cela impliquait de fixer des lignes rouges. Et de dire par exemple aux Américains que s’ils poursuivaient dans cette voie, nous irions taxer leurs géants du numérique et exclure certaines de leurs entreprises de nos appels d’offres. Je vous renvoie au rapport de Mario Draghi (publié par l’ancien président de la Banque centrale européenne en septembre 2024, N.D.L.R.), qui appelait à davantage de souveraineté européenne : c’est le contraire, que cet accord sur les droits de douane entérine.

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31 juillet 2025 4 31 /07 /juillet /2025 08:27

 

Le 17 avril 1961, des mercenaires anticastristes à la solde de la CIA débarquent à Cuba pour renverser la révolution. Cette barbouzerie, qui fait 170 morts dont la mère de Nemesia, fille de charbonniers, est un fiasco. La résistance populaire inflige une première défaite à l’impérialisme en Amérique latine.

Tout à coup, le ciel s’est assombri. Le bruit des moteurs d’avion est devenu assourdissant. La famille de Nemesia Rodriguez Montalvo tente de fuir ces monstres d’acier prêts à cracher leur feu sur la Ciénaga de Zapata. Malgré la précipitation, l’adolescente de 13 ans ne lâche pas les souliers blancs dont elle est si fière. Elle a tellement insisté auprès de ses parents charbonniers pour les avoir.

Avant la révolution de 1959, Nemesia et les siens étaient des va-nu-pieds miséreux qui survivaient dans l’indifférence de la dictature de Fulgencio Batista. Ce 17 avril 1961, alors que la famille est évacuée en camion, la fillette, son frère et sa grand-mère sont grièvement blessés. Sa mère meurt sous ses yeux, touchée à l’abdomen.

Une déroute après soixante-cinq heures de combat

Les habitants isolés de ces terres marécageuses sont les premières victimes des mercenaires de la brigade 2 506. Exilés aux États-Unis, ces agents anticastristes ont pour mission de débarquer le long des plages Larga et Giron, dans la baie des Cochons située sur la côte sud du centre de Cuba. Leur objectif est d’en finir avec la révolution initiée le 1er janvier 1959 par Fidel Castro et les commandants de la Sierra Maestra.

Mais, en soixante-cinq heures, l’armée révolutionnaire, les milices populaires et le peuple mettent en déroute ces bandits et signent la première défaite de l’impérialisme en Amérique latine. Ce haut lieu de la résistance est désormais une destination prisée des touristes, des passionnés de faune, de flore et de fonds marins. À quelques pas du sable fin des plages, le village de Gironcito accueille un mémorial dédié à ces trois jours d’héroïsme.

Il retrace les temps forts de cette tragique invasion, et conserve sous verre les souliers de Nemesia. La chaussure gauche est éventrée, celle de droite lacérée ; on peut y voir quelques gouttelettes de sang. Elles disent toute la violence des bombardements.

 

« La patrie ou la mort, Cubains ! »

Les États-Unis n’en sont pas à leur première barbouzerie. Le 4 mars 1960, une double déflagration souffle le port de la capitale, après l’explosion du bateau La Coubre, qui transportait des armes pour défendre le processus politique. L’ombre de Washington plane sur cet attentat terroriste qui fait des dizaines de morts. « La patrie ou la mort, Cubains ! Nous vaincrons ! », lance Fidel Castro, lors de l’hommage aux victimes.

Le 7 juillet, la loi de défense de l’économie est promulguée « au nom de l’intérêt national » ; elle ouvre la voie aux nationalisations et à l’expropriation de toutes les entreprises états-uniennes. Pour le gouvernement révolutionnaire, il s’agit de leviers économiques fondamentaux pour financer les politiques publiques : réforme agraire, démocratisation de l’enseignement avec la campagne d’alphabétisation, etc.

CIA, Maison-Blanche et mercenaires

Les États-Unis enragent que Cuba, hier encore sous leur emprise, s’émancipe. En pleine guerre froide, Washington craint que le pays ne tombe dans l’escarcelle du camp soviétique ; pire, que la grande île fasse des émules dans un continent sous tutelle états-unienne. L’opération s’orchestre dans les bureaux de la CIA. Les présidents Dwight D. Eisenhower puis John F. Kennedy, élu un an plus tôt, sont au parfum. Pas de hasard, les relations diplomatiques sont rompues avec Cuba en janvier 1961.

 

Les sales manœuvres débutent le 15 avril : des vieux avions siglés des forces armées cubaines pilonnent la petite flotte de l’île, et tuent plusieurs civils. Un engin se pose à Miami, fief des anticastristes. Le pilote se présente en déserteur de la « tyrannie » des révolutionnaires.

L’idée est de faire croire qu’une rébellion est en cours et qu’il convient de la soutenir en vue de proclamer l’existence d’un gouvernement transitoire qui serait aussitôt reconnu par les États-Unis. Mais le plan est très vite douché. L’esprit patriotique est à son comble après les attaques du 15 avril.

La population fait sienne les consignes de défense du pays tandis que les mercenaires s’embourbent en raison même du lieu de leur débarquement. Cette tentative de coup d’État, qui fera plus de 170 morts, est un fiasco.

Une élégie pour les souliers blancs de Nemesia

En échange de tonnes de vivres et de médicaments, La Havane renvoie à Washington les plus de 1 100 mercenaires arrêtés. « Les familles de 800 d’entre eux possédaient 370 628 hectares, 966 maisons et édifices, 70 industries, 10 centrales sucrières, 5 mines et deux banques », peut-on lire au musée Giron.

Au-dessus des chaussures de Nemesia, il y a aussi cette élégie que lui a consacrée le poète cubain Jesus Orta Ruiz (el Indio Nabori) : « Elle sait que rien dans ce monde/ni Yankees ni mercenaires/n’éteindra dans la patrie ce soleil qui brille pour que toutes les fillettes aient des petits souliers blancs ! »

À Cuba, on sait combien le prix de l’indépendance est cher. Après leur défaite cuisante, les États-Unis humiliés ont imposé à Cuba un blocus ravageur, le plus long de l’histoire, qui a toujours cours.

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