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8 août 2025 5 08 /08 /août /2025 07:26
Chômage : la rupture conventionnelle, prochaine victime du gouvernement

Pour réduire les coûts de l’indemnisation chômage, le gouvernement prévoit de s’en prendre au dispositif de départ négocié entre employeur et employé, pourtant mis en place à la demande du Medef.

C’est l’attaque que les syndicats n’avaient pas vu venir. Parmi la série de nouvelles mesures promues par le gouvernement pour limiter l’accès à l’indemnisation chômage au nom de l’équilibre budgétaire, figure l’idée de réformer les ruptures conventionnelles.

Comme rappelait la feuille de route présentée le 4 août par l’exécutif, syndicats salariaux et patronaux sont invités à réfléchir aux modalités d’indemnisation de cette procédure instaurée en 2008 sous Nicolas Sarkozy, à la demande du patronat.

Destinée à permettre un divorce à l’amiable entre employeur et salarié en CDI, la rupture conventionnelle a en effet ouvert une voie médiane entre la démission, qui ne donne droit à aucune indemnisation chômage, et le licenciement, que l’employeur doit justifier et qui peut donner lieu à une contestation juridique devant les prud’hommes.

Un dispositif trop cher, selon le gouvernement

Elle a permis d’« apaiser » le marché du travail : « On voit que le nombre de contentieux prud’homaux a beaucoup baissé grâce à ces ruptures conventionnelles », a tenu à rappeler, fin juillet, Patrick Martin, le patron du Medef, appelant à « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Mais, pour le gouvernement, le dispositif coûte trop cher et, comme pour le reste de l’assurance-chômage, il faut lancer la chasse « aux abus ».

« Nous sommes toujours dans la stigmatisation des chômeurs, l’idée que la situation serait de leur faute, cela s’inscrit dans le discours populiste actuel sur l’assistanat », déplore Michèle Bauer, avocate spécialisée en droit du travail, qui accompagne de nombreux salariés. Elle rappelle par ailleurs qu’« une bonne partie de ces ruptures sont en fait des licenciements déguisés » et que beaucoup d’autres concernent « des salariés en grande souffrance pour qui c’est la seule solution ».

Il n’empêche. « C’est aujourd’hui 25 % de l’indemnisation au chômage », soit 9,4 milliards d’euros, a souligné, sur BFMTV-RMC, Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail et de l’Emploi, pour à peine plus d’un sixième des allocataires. La raison de ce surcoût est, selon elle, des indemnités « supérieures » et une durée d’indemnisation plus longue que pour ceux qui se retrouvent au chômage pour une autre raison (15 mois contre 14 en cas de licenciement économique et 13 pour les autres types de licenciements et les ruptures volontaires).

Un dispositif victime de son succès

La rupture conventionnelle est par ailleurs victime de son succès. Entre 2019 et 2024, son nombre est passé de 439 000 à 515 000, soit une hausse de 17 %. « La plupart des gens concernés par les ruptures conventionnelles sont des cadres. Ils ont des salaires, donc des indemnités, élevés », confirme Michèle Bauer. 

Mais elle explique surtout la plus longue durée d’indemnisation par le fait « que beaucoup de ruptures conventionnelles ont lieu après une période de forte pression et qu’il s’agit de salariés qui ont besoin d’abord d’une aide psychologique », mais aussi parce que beaucoup « donnent lieu à des reconversions plus longues pour ceux qui veulent changer de domaine ou créer une entreprise ».

Surtout, calculer le montant et la durée des indemnités des personnes en rupture conventionnelle par rapport à ceux de l’ensemble des chômeurs « est absurde », souligne Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT en charge des négociations sur l’assurance-chômage : « On compare ce qui n’est pas comparable. La moitié des personnes indemnisées par l’Unédic sont des précaires qui arrivent au chômage après un cumul de CDD ou de missions d’intérim. Forcément, avec des contrats courts et des petits salaires, ils sont moins bien indemnisés. Ce qu’il faudrait, c’est comparer uniquement les allocataires qui étaient en CDI. »

Mais, pour le gouvernement, toute source d’économies sur le dos de la protection sociale est à étudier. Dans le cas des ruptures conventionnelles, il suggère deux pistes de réforme : allonger le délai de carence et réduire la durée d’indemnisation. « Le salarié perçoit des indemnités pour quitter l’entreprise et bénéficie aussitôt de l’assurance-chômage. Ne faut-il pas instaurer un délai correspondant à cette indemnisation avant de percevoir le chômage ? » avait ainsi fait mine de s’interroger la ministre de la Santé et du Travail, Catherine Vautrin, le 21 juillet, dans l’Union.

Jusqu’à présent, les personnes ayant signé une rupture conventionnelle, qui reçoivent des indemnités supérieures au montant légal, ne reçoivent pas d’allocation chômage pendant 150 jours, contre 75 en cas de licenciement économique. L’idée serait donc d’étendre encore ce délai. « Mais l’indemnité supralégale a été gagnée à défaut de conserver son emploi. S’en servir pour réduire la durée d’allocation, c’est reprendre d’une main ce qu’on a donné de l’autre », commente Denis Gravouil.

13 000 personnes pourraient être concernées

Une étude de l’Unédic, datée du 30 juin, a tenté d’évaluer ces différentes pistes d’économies. Elle estime que 13 000 personnes pourraient être concernées par cet allongement du délai de carence, puisque c’est le nombre de gens qui, en 2024, ont atteint les 150 jours de déféré pour l’ouverture de leurs droits. L’impact financier pourrait être entre 30 millions et 200 millions d’euros la deuxième année, et se réduit progressivement ensuite au moment des premières fins de droits pour un effet annuel en régime de croisière entre 15 millions et 60 millions d’euros.

Et encore, sous réserve que cette modification des règles n’entraîne pas une baisse des ruptures conventionnelles au profit des licenciements. Quant au plafonnement des allocations, son effet est encore plus complexe à mesurer, là encore parce qu’il pourrait entraîner un changement de comportement de la part des salariés.

Ce flou comptable n’entrave pas la croisade du gouvernement contre les bénéficiaires de rupture conventionnelle, présentés comme des profiteurs. Tout en cherchant à préserver un système qui avantage le patronat. « Dès le départ, on avait bien vu que c’était encore une mesure qui allait profiter aux employeurs mais pour laquelle l’État allait devoir payer », rappelle Michèle Bauer.

À son instauration, les syndicats et la gauche avaient d’ailleurs bataillé pour obtenir le droit à l’indemnisation en contrepartie de cette facilité de la rupture de contrat. L’État ne voulant plus payer, cette compensation risque de se réduire comme une peau de chagrin.

 

 
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8 août 2025 5 08 /08 /août /2025 05:15

 

En 1996, le président sud-africain Nelson Mandela se fend d’une allocution vidéo à destination du public de la Fête de l’Humanité. Un événement, après des années de combat en faveur de sa libération et la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, auxquels notre journal a contribué.

 

Ce n’est pas le visage d’un ange, mais celui d’une icône qui est apparu au peuple de la Fête. Alors qu’il est à 12 000 kilomètres du stand de l’Association des élus communistes et républicains (Anecr) de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), le sourire de Nelson Mandela s’affiche sur un écran géant : « Je souhaite m’adresser à chacun d’entre vous qui êtes présents à la Fête de l’Humanité, et plus particulièrement aux jeunes. »

Ce samedi 14 septembre 1996, devant plusieurs centaines de personnes, le président sud-africain lance un message d’espoir : « Nous pouvons regarder le XXe siècle et le millénaire qui est sur le point de se terminer avec la certitude que nous, de la vieille génération, avons au moins réalisé certaines tâches majeures. »

« Pour nous c’était formidable »

Dans une déclaration vidéo, le héros de la lutte contre l’apartheid poursuit : « Au milieu du siècle, le nazisme et le fascisme ont subi une défaite écrasante. Lors de la seconde moitié de ce siècle, le système colonial, qui privait la majorité des peuples du monde des droits fondamentaux, a été vaincu dans la plupart des endroits de la planète. » Avant de mettre en garde quant aux défis à venir : « Mais qui oserait affirmer que tous les problèmes de ce monde ont été résolus ? »

Dans la foulée de ce message du président Sud Africain, un échange entre la célèbre township de Soweto et la Courneuve a lieu en direct par liaison sattelite. A la tribue du stand de l'Anecr, Jean Louis Tessié, de la CGT Energie, rappelle qu'EDF avait su consctruire une centrale nucléaire au Cap durant l'Apartheid mais que sur les 4 milliards de francs de l'investissement à l'étranger en 1996, la somme consacrée à l'Afrique du Sud était dérisoire. Une remarque qui fait mouche.

À ses côtés, le président de l’Anecr, André Lajoinie, assure que la tâche des élus français était d’intervenir auprès de l’exécutif et des entreprises publiques pour obtenir des réparations. La conclusion reviendra à Sophie Masité, la maire de Soweto.

 

« Pour nous, c’était formidable », lance en guise de remerciements l’édile, avant que ne retentisse l’hymne national de l’Afrique du Sud chanté par les amis Soweto. Cet incroyable dialogue illustre la dimension internationaliste de la Fête, qui connaît un tournant après la chute du bloc soviétique.

Nelson Mandela célébré par « l’Humanité » bien avant sa libération

Cette forme d’échange rendue possible par les nouvelles technologies de l’époque sera reproduite en 1997 depuis le camp de Dheisheh, près de Bethléem, après la diffusion d’un message vidéo du président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat. « La personnalité de Nelson Mandela a été tellement évoquée lors de la Fête ces dix dernières années que son intervention apparaît comme la suite logique d’une histoire déjà longue », assure l’Humanité dans son édition de la veille.

Dès l’embastillement du leader de l’African National Congress (ANC) lors du procès de Rivonia (1963-1964), la députée communiste Marie-Claude Vaillant-Couturier réclame sa libération à la tribune de l’Assemblée. Impulsé par la jeunesse communiste, le combat se matérialise par des manifestations de masse dans les rues, des meetings, ainsi que des actions pour entraver les transactions commerciales, notamment sur le charbon.

En 1984, 68 % des Français n’avaient jamais entendu parler de Mandela

Moins de six ans avant sa libération, une enquête de l’Humanité dimanche d’octobre 1984 révélait que 68 % des Français n’avaient jamais entendu parler de Nelson Mandela. « Le point d’orgue d’une campagne qui va croissante. (…) Nelson Mandela sera dans les cœurs à la Fête de l’Humanité. Il y sera d’autant plus naturellement que si son nom a franchi les barrières du silence complice en France, c’est grâce à la presse communiste », affirme l’Humanité dimanche.

Pour sa 50e édition, en 1985, la Fête de l’Humanité est dédiée au « plus ancien prisonnier politique du monde, comme l’ont été Julian Grimau, le communiste espagnol fusillé par Franco, et Angela Davis, l’Américaine, au moment où elle risquait la mort dans sa prison », précise le quotidien du 8 août.

La Cité internationale accueille un « espace Mandela » regroupant les stands de l’ANC, du Parti communiste sud-africain et de la Swapo, l’organisation de libération qui lutte en Namibie contre l’occupation illégale du régime ségrégationniste sud-africain.

En 1988, l’appel de Georges Marchais pour le prix Nobel

Ce dernier « est le seul pays du monde où le racisme fait partie intégrante de la Constitution et des lois. Dernier avatar des théories nazies, le régime de l’apartheid maintient au rang d’esclaves, sans partie sur leur propre terre, vingt millions de Noirs », poursuit l’Humanité sous la plume Michel Müller.

L’année suivante, en 1986, Yves Moreau, ancien résistant et chef du service international de l’Humanité, parvient à se rendre clandestinement à Soweto pour y réaliser un reportage. En 1988, Nelson Mandela fête ses 70 ans en prison. Sur la Grande Scène, le dimanche 11 septembre, Georges Marchais réitère sa demande de rupture de toute relation « avec ce régime monstrueux » d’Afrique du Sud, « comme le réclame l’ANC ».

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7 août 2025 4 07 /08 /août /2025 19:11
Le 4 août 1975, Benoît Frachon meurt au cœur de l’été

Le lundi 4 août 1975, l’ancien résistant, président de la CGT et membre du comité central du PCF, meurt à l’âge de 82 ans. Trois jours plus tard, ses obsèques rassemblent un immense cortège au Père-Lachaise. Par Christian Langeois, syndicaliste et auteur.

Benoît Frachon est installé aux Bordes, dans le Loiret, depuis le printemps 1973. Le fils de mineur, natif du Chambon-Feugerolles, ville du bassin houiller de la Loire, aime pêcher et se promener dans cette propriété du Parti communiste. Des camarades viennent lui rendre visite alors que son amie et confidente, l’ancienne déportée Mounette Dutilleul, effectue de longs séjours à ses côtés. Le président de la CGT se déplace un peu, revient à Paris de façon irrégulière, pour quelques réunions ou des visites à l’hôpital Boucicaut.

Pour ses 80 ans, en mai 1973, la fédération des métaux et l’union départementale CGT de la Loire organisent une réception dans leur maison de vacances de Fleury-sur-Loire, qu’il a lui-même inaugurée en 1937. Fort enjoué, Benoît Frachon improvise alors une causerie sur le rapport des grands hommes à l’histoire et sur le rôle particulier joué par le peuple dans la promotion de ses dirigeants.

Le mercredi 17 octobre 1973, victime d’un malaise cardio-vasculaire et cérébral, transporté à l’hôpital de Gien, placé en réanimation, il est finalement transféré à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, qu’il ne quitte qu’en décembre.

« Il a pris part à tous les combats pour la solidarité »

Le bureau confédéral organise, au début de 1974, une réception en son honneur. La Vie ouvrière le montre en train de trinquer avec ses camarades. Tout va donc mieux. En mai 1975, les mêmes tiennent une « réunion fraternelle » pour son anniversaire. La Vie ouvrière publie sa traditionnelle photographie. On le voit amaigri, certes, mais fumant sa pipe. Il apparaît pour la dernière fois en public, lors du congrès de la CGT de juin au Bourget.

Le lundi 4 août 1975, à 9 heures, Frachon meurt aux Bordes à l’âge de 82 ans.

 

Pour la première fois, la CGT et le PCF cumulent leurs forces pour l’organisation commune des obsèques et de l’hommage à leur dirigeant commun. La CGT salue sa mémoire : « Il a su, tout au long de son existence, mener de pair une intense activité syndicale, dans le respect du caractère de la CGT, avec les hautes responsabilités qu’il n’a cessé d’exercer dans les temps de paix comme pendant la guerre à la tête du parti de ses convictions politiques, le Parti communiste français. »

Le comité central du PCF insiste de son côté sur la dimension internationaliste de son activité : « Benoît Frachon a toujours uni son patriotisme à un internationalisme profond. Il a pris part à tous les combats pour la solidarité avec les travailleurs et les peuples des autres pays en particulier avec ceux qui construisent le socialisme et avec ceux qui luttent contre le colonialisme. Après avoir été, dans sa jeunesse, membre de l’exécutif de l’Internationale communiste, il fut l’un des fondateurs de la Fédération syndicale mondiale (FSM). »

De nombreux militants interrompent leurs vacances pour se rendre aux obsèques

La dépouille mortelle de l’ancien résistant, un des principaux dirigeants du PCF clandestin sous l’Occupation, est exposée, rappel de sa profession, au siège de l’Union des syndicats parisiens de la métallurgie, rue Jean-Pierre-Timbaud. Les gardes d’honneur regroupent des représentants du bureau confédéral de la CGT et du bureau politique du Parti communiste.

Parmi les messages qui affluent, celui du ministre du Travail, Michel Durafour, maire radical de Saint-Étienne, et celui d’Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, qui signale le rôle spécifique joué par Frachon dans la mise au point de l’accord interconfédéral de 1966.

De nombreux militants, comme pour Maurice Thorez en 1964, interrompent leurs vacances. Le jeudi 7 août, à partir de 15 heures, précédé par l’harmonie du comité d’entreprise de la RATP, le cortège, véritable flot humain, s’écoule pour se rendre à l’esplanade du Père-Lachaise. Devant l’entrée du cimetière, l’hommage public se déroule en présence de la famille : sa femme, Marie-Louise, son fils, Henri, sa belle-fille, ses deux petits-fils, Olivier et Denis, assis dans la tribune aux côtés des responsables d’organisation et d’invités français et étrangers.

La CGT, « cette grande dame que tout le monde n’aime pas »

Robert Chambeiron, secrétaire général adjoint du Conseil national de la Résistance parle. Puis, au nom de la FSM, Ibrahim Zakaria, son secrétaire, poursuit en arabe. Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste, met l’accent sur « l’application sans défaillance de cette ligne unitaire » que symbolise Frachon, tandis que, pour finir, Georges Séguy, secrétaire général de la CGT, rappelle ce que disait Frachon à propos de son syndicat : « Cette grande dame que tout le monde n’aime pas, mais qu’on est bien obligé de respecter. »

Puis le cercueil est acheminé non loin du mur des Fédérés, vers le « carré » réservé par le Parti communiste pour ses dirigeants.

La presse rend compte de cet événement national. Les journaux communistes et syndicalistes accumulent témoignages, discours, photographies, récits. Si quelques rares éléments discordants apparaissent naturellement, le Monde, sous la plume de son directeur, accorde une large place à une évocation biographique.

Dès le 14 août 1975, le bureau confédéral de la CGT baptise du nom de son ancien président le centre éducatif confédéral de Courcelles.

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7 août 2025 4 07 /08 /août /2025 06:00

 

 

 

 

 

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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 08:46

 

Théâtre d’un camp de concentration infâme de 1939 à 1942, la plage d’Argelès-sur-Mer fut pour les républicains espagnols synonyme de double peine. Déracinés par le franquisme, contraints de fuir les phalangistes en traversant les cols enneigés des Pyrénées, ils finissent entassés par milliers dans le sable et la promiscuité.

 

Le Caudillo les avait déjà arrachés à leur patrie, harassés, meurtris ; les voilà désormais parqués à même le sable, dépossédés de tout, flagellés par le vent glacial. Tout est à reconstruire. L’histoire de la Retirada (la retraite, en français), de nombreux réfugiés espagnols l’ont relatée des années plus tard, quand d’autres ont préféré enfouir ce souvenir déchirant.

Un événement qu’Albert Sarraut, alors ministre de l’Intérieur sous le gouvernement d’Édouard Daladier, qualifia salement de « mascaret humain » à la Chambre des députés1.

Entre janvier et février 1939, en moins de quinze jours, un demi-million de républicains espagnols trouvent refuge en France, dans ce qu’on appellera ultérieurement les « camps du mépris ». Lorsqu’on se prélasse aujourd’hui sur la plage d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), on est loin de se douter qu’elle fut l’un de ces camps de concentration français. Seul indice, un monolithe dressé en lieu et place de l’entrée sud du camp.

160 000 personnes entassées dès 1939

Marie Testas, née Navarro, était internée à ceux d’Agde et de Rivesaltes avec sa mère et sa petite sœur de 1939 à 1940, après un long calvaire depuis Madrid. Son père et son frère aîné avaient de leur côté été transférés à Argelès. Là-bas, « rien n’était prévu pour se protéger du froid, les gens n’avaient que l’immense plage de sable où ils creusaient des trous avec les mains pour s’abriter et coucher les enfants », se remémorait-elle dans un témoignage écrit.

Au total, ils sont plus de 160 000 à avoir été entassés dans les dix-huit îlots de cet enfer, du mois de février 1939, date à laquelle le camp est délimité à la hâte par des barbelés, jusqu’à sa fermeture en 1942, avec l’arrivée des nazis.

 

Parmi eux, des exilés espagnols, des anciens des brigades internationales, des nomades français ou encore des réfugiés de l’est de l’Europe, juifs étrangers compris. Le camp est surveillé par des spahis, ces unités de cavalerie française issues de l’armée d’Afrique. Les hommes sont séparés des femmes et des enfants. Les conditions de vie à l’intérieur sont déplorables.

La faim ronge les corps. « Avec des bois flottés, des roseaux, des branches arrachées aux vergers, des couvertures, des murettes de sable, les internés confectionnent des « chabolas », des huttes de fortunes, retraçait l’ancien journaliste à la Dépêche du Midi, René Grando, dans sa contribution à l’ouvrage Républicains espagnols en Midi-Pyrénées. Dysenterie, typhus, paludisme ne vont pas tarder à apparaître, mais aussi les maladies mentales. »

L’afflux est tel qu’au « bout d’une semaine, le camp d’Argelès était déjà surpeuplé », notait l’historien Bartolomé Bennassar dans la Guerre d’Espagne et ses lendemains. Pendant ce temps, des camps similaires sont érigés sur le littoral, en plus de ceux implantés dans le Midi, comme sur les plages de Saint-Cyprien et du Barcarès.

À Argelès, si des baraquements sont ensuite bâtis, au départ, il n’y avait « ni cuisines, ni points d’eau, ni sanitaires, ni latrines. Pas un médecin ou une infirmière, malgré la présence de nombreux blessés et de femmes enceintes ! » précisait Bartolomé Bennassar, décédé en 2018.

Les internés effectuent leurs besoins directement dans la Méditerranée. Ils s’approprient à leur manière les lieux, à l’image de l’allée centrale du camp, renommée la « Rambla », une avenue de Barcelone.

Les durées d’enfermement varient. Sous le régime de Vichy, le camp sera transformé en Chantier de la jeunesse. De nombreux internés sont réquisitionnés pour faire tourner l’économie militaire. D’autres parviennent à rejoindre le maquis.

La IIe République espagnole déchue

Aux prémices de la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Espagne s’achève dans la douleur. Le 26 janvier 1939, Barcelone tombe aux mains des phalangistes. Le front de Catalogne s’effondre. Soutenu par l’Axe fasciste, profitant des politiques non interventionnistes des démocraties occidentales et du fait que la France ait lâché « les rouges », Franco parvient à triompher sur la jeune IIe République espagnole et instaure un régime dictatorial durable et sanglant.

Tel est le point de départ de la traversée des cols enneigés des Pyrénées, bien que des vagues de réfugiés aient afflué dès 1936. Un exode massif dont le gouvernement Daladier va sous-estimer l’ampleur : le camp d’Argelès est théorisé dès 1938 en anticipation de la chute de la République, mais rien n’en a été fait.

Alors que les exécutions arbitraires font couler le sang, il va surtout tarder à ouvrir les frontières et ce, après avoir tenté de négocier avec Franco la création d’une zone neutre entre Andorre et Portbou.

Si la part de responsabilité de la France dans cette débâcle divise les chercheurs, l’accueil indigne réservé aux républicains demeure une tache sur « le pays des droits de l’homme ». « Voilà quel aspect le gouvernement a donné à l’hospitalité française ! » résumait l’Humanité le 19 février 1939.

 
  1. « La Guerre d’Espagne et ses lendemains », Bartolomé Bennassar. ↩︎
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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 08:00
« Révolution pénale » voulue par Gérald Darmanin : de la com' et des fausses pistes

Le ministre de la Justice a décidé d’occuper le terrain médiatique. Après la création de prisons de haute sécurité, il annonce une réforme de la justice pour la rentrée. Un projet pour répondre à un supposé « laxisme » de la justice, pourtant démenti par les faits et les acteurs de terrain.

En véritable fauve politique, Gérald Darmanin le sait parfaitement : la nature a horreur du vide. Le ministre de la Justice a donc décidé d’occuper le terrain médiatique durant la période estivale. Après une première salve centrée sur l’ouverture de ses prisons de haute sécurité destinées à regrouper « les 200 plus gros narcotrafiquants » en détention, Darmanin lance une nouvelle bordée : son projet de « révolution pénale » pour la rentrée. Il en présente les grandes lignes dans les colonnes du JDD ce dimanche. Du réchauffé. Le 12 mai dernier, il avait dévoilé sur X une lettre adressée aux magistrats pour leur annoncer son plan de bataille pour répondre aux maux de l’institution. Sa « révolution » reprend une bonne partie de ses annonces antérieures.

Au menu : simplification de l’échelle des peines, création de peines minimales, sursis réservés seulement aux primo-délinquants, rétablissement des peines de moins d’un mois d’emprisonnement ferme supprimées par l’ex-ministre Nicole Belloubet, etc. L’avant-projet de loi visant à assurer une sanction utile, rapide et effective (SURE) est ainsi composé de dix articles. « Ce que je veux, c’est une justice plus rapide, plus lisible, et surtout plus certaine. Quand la peine tombe, elle doit être exécutée. Telle qu’elle a été prononcée », explique-t-il dans le média de Vincent Bolloré.

« Une plus grande fermeté de la réponse pénale depuis 20 ans »

Avec en toile de fond une critique d’une justice qui serait devenue, au fil des ans, « laxiste ». Une analyse que les magistrats de terrain, en première ligne dans les prétoires, ne partagent pas franchement. Interrogé par l’Humanité sur l’affirmation que les peines de prison seraient « mal exécutées », Aurélien Martini, secrétaire général adjoint de l’Union syndicale des magistrats (USM), l’avait battue en brèche : « Le diagnostic est contestable. Le taux d’exécution des peines dépasse les 90 %, ce qui invite à préciser ce que l’on entend par “mal exécutées”… ».

 

Une analyse également démentie par un rapport de la Cour des comptes d’octobre 2023 sur la « surpopulation carcérale ». Dans ce document fouillé, on peut ainsi lire que ce phénomène trouve son origine dans une « sévérité croissante du système répressif. Celle-ci se traduit par une réponse pénale plus systématique. Elle conduit aussi à des procédures débouchant plus fréquemment sur des incarcérations ». Cette hausse du placement en prison, malgré une « relative stabilité » de la délinquance, s’explique notamment par « une plus grande systématicité et une plus grande fermeté de la réponse pénale depuis 20 ans ».

30 ans d’abandon de la justice par les pouvoirs publics

Et pourtant, comme l’écrivent les « Sages » de la rue Cambon, « ces tendances, qui attestent d’un durcissement de la réponse pénale pendant les vingt dernières années, n’ont pas été perçues par l’opinion publique, qui continue de considérer la justice comme trop laxiste ». Par l’opinion publique et Gérald Darmanin donc… Pourtant, si le ministre de la Justice avait pris le temps d’écouter les magistrats, il aurait peut-être pu affiner son analyse.

 

Sur la lenteur de la justice par exemple, Alexandra Vaillant, secrétaire de l’USM, a expliqué il y a quelques jours aux micros de RTL que « depuis des années, nous rappelons que nous ne sommes pas suffisamment nombreux en termes d’effectifs de magistrats et de greffiers en France pour apporter une réponse dans tous les contentieux, qu’on soit au civil ou au pénal, à nos concitoyens. Et le vrai problème, il est là. Aujourd’hui, le problème des délais, c’est la conséquence de 30 ans d’abandon de la justice par les pouvoirs publics, ni plus ni moins ».

Une réalité que Gérald Darmanin ne semble pas vouloir voir, quitte à aggraver un peu plus la situation de la Justice française.

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5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 06:00
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5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 06:00

 

Prendre rendez-vous avec l’histoire. C’est le chemin que semble vouloir emprunter le président de la République. En annonçant hier le lancement d’un processus de reconnaissance unilatérale de l’Etat de Palestine par la France, Emmanuel Macron semble enfin prendre ses responsabilités.

En indiquant dans sa déclaration qu’il souhaite acter cette reconnaissance en septembre prochain à l’Assemblée générale des Nations Unies, le président exprime enfin la voix d’une France courageuse, indépendante et respectueuse du droit international sur le dossier proche-oriental. Une voie que nous aurions du prendre bet faire entendre depuis fort longtemps, y compris au moins depuis 2014, quand les deux assemblées avaient adopté une résolution invitant déjà l’Etat à reconnaître l’état palestinien. C’était déjà il y a plus de 11 ans. 

Dès ce lundi 28 juillet, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot portera cet objectif au comité des droits de l’homme de l’instance onusienne. Nous ne pouvons que s’en nous féliciter d’autant que le chemin a été très, trop long. Plusieurs décennies de processus de paix ont constitué l’excuse de l’inaction d’une diplomatie française qui s’est longtemps égarée ou tue. Non pas par manque d’engagement des personnels diplomatiques qui suivent les dossiers relatifs au monde arabe. Mais par manque de courage politique, l’orientation atlantiste ayant primé au détriment d’une voix originale de la France sur la scène internationale.

Le « bon moment » constituait la formule convenue pour écarter à chaque fois cette reconnaissance étatique de la Palestine. Malgré les mobilisations populaires, malgré les rapports internationaux alarmants, malgré les actions juridiques et pacifiques des acteurs palestiniens à travers l’Autorité palestinienne et l’OLP qui mené quinze ans de batailles dans les institutions internationales. Malgré un blocus de Gaza depuis plus de 20 ans, d’une colonisation qui se poursuit à Jérusalem est comme en Cisjordanie, du mur de la honte, des violences quotidiennes, des expropriations, des enfermements arbitraires, de la politique d’apartheid…

Ce changement de position de l’Elysée est à mettre au crédit de milliers d’actions d’un mouvement populaire, associatif et politique dans la durée pour faire entendre l’exigence de liberté du peuple palestinien. 

Il a fallu une énième guerre d’Israël contre le peuple palestinien non seulement meurtrière mais inédite par l’ampleur des massacres au point de constituer un génocide  pour que Paris daigne franchir le pas. Un pas qui se fait encore attendre d’ici septembre. Mais pourquoi pas maintenant ? On le sait pourtant, Tel-Aviv ne restera pas l’arme au poing et mène déjà la bataille diplomatique pour empêcher  cette initiative française, soutenu en cela par Washington. 

L’attaque israélienne contre l’Iran, dite guerre des 12 jours, en juin dernier, était par exemple une action menée, en partie, pour empêcher la conférence franco-saoudienne à l’ONU, où la France devait déjà reconnaitre la Palestine. Il faut espérer que le vote hier à la Knesset (parlement israélien) à une large majorité, au-delà de la coalition d’extrême droite au pouvoir, pour ne pas voir l’émergence d’un état palestinien au coté d’un état israélien, a fait prendre conscience qu’il ne fallait rien attendre des dirigeants israéliens actuellement au pouvoir. Il faut rester vigilant car l’Elysée est toujours capable d’une volte-face au dernier moment et le mois de septembre est encore lointain. 

De fait, au-delà de cette promesse présidentielle de reconnaissance, beaucoup d’incertitudes et d’obstacles demeurent : Paris ne fait nullement mention des frontières de 1967 dans sa déclaration ni de la fin de la colonisation et de l’occupation des territoires palestiniens. Les souffrances palestiniennes seraient tombées du ciel comme s’il n’y avait pas un occupant et un occupé…Pire, il est évoqué l’idée d’un Etat palestinien démilitarisé pour assurer la sécurité d’Israël…C’est le même type d’exigence que la Russie veut imposer à une Ukraine qu’elle souhaite morcelée et vassalisée… Cette pose de conditions est totalement inacceptable.

Le chemin est donc encore long pour une reconnaissance pleine et entière de l’Etat de Palestine. Si la France va au bout de ses intentions, cela serait un pas énorme d’autant plus que ce serait le premier pays membre du G7 à le faire. Mais n’oublions pas que 148 Etats l’ont déjà fait, prouvant que c’est une action bien tardive. L’urgence est avant tout, à stopper la folie guerrière de Netanyahou qui affame Gaza, à ouvrir un couloir humanitaire pour que l’aide internationale entre au plus vite. Les derniers otages retenus par le Hamas doivent être libérés au plus vite pour qu’ils retrouvent leurs familles. Un cessez le feu durable doit être une absolue nécessité. Et la libération des prisonniers politiques palestiniens, dont Marwan Barghouti, qui pourrait unifier le peuple palestinien doit être aussi exigé. 

La reconnaissance de l’Etat palestinien doit se faire sans plus tarder. Le président doit agir maintenant. Il doit aussi prendre d’autres actes en conformité avec cette ambition : il n’y aura pas d’Etat palestinien sans décolonisation et sans sanctions contre les dirigeants israéliens. Il faut rappeler que Netanyahou, comme d’autres dirigeants israéliens et du Hamas, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour crime de guerre et crime contre l’Humanité. Tout doit être mis en œuvre pour que les dirigeants répondent de leurs actes. Il faut également suspendre les accords internationaux, européens, de coopération avec l’Etat d’Israël tant que celui-ci ne respectera pas le droit international. 

Les mobilisations, des forces internationalistes aux simples citoyens épris d’humanisme, ne doivent pas attendre un moment officiel en septembre. Personne ne doit relâcher la pression et la mobilisation, car une volteface présidentielle est toujours possible. Restons pleinement mobilisés jusqu’à un cessez-le-feu, l’arrêt du génocide et pour la justice et la paix entre les peuples palestinien et israélien. 

 

 

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4 août 2025 1 04 /08 /août /2025 06:00

 

Le gouvernement pensait pouvoir passer l’été tranquille après l’adoption de la loi dite Duplomb.  

Lui qui s’était pourtant arrangé avec la Constitution pour passer outre les débats au Parlement et faire adopter cette loi aux forceps, se retrouve désormais avec une opposition encore plus grande qu’auparavant. Car il est faux de dire au peuple que la démocratie s’est exprimée la loi ayant été votée. Les conditions d’examen de ce texte et les manœuvres de contournement de la Constitution sont tout sauf démocratiques. Et le peuple l’a bien compris et reprend son destin en main pour que soit respecté le 1er de la charte de l’environnement de 2004, adossée à la Constitution« Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »

En effet, la pétition citoyenne déposée sur la plateforme des pétitions de l’Assemblée Nationale a récolté déjà plus d’1,6 million de signatures, en quelques jours. Et ce chiffre ne cesse de progresser. Du jamais vu pour une telle initiative, preuve que ce sujet et la façon dont le gouvernement l’a traité suscitent colère et inquiétude. 

Des citoyens et citoyennes de toute la France se mobilisent par cet outil de démocratie directe, pour s’opposer à cette loi. Le droit de pétition est encadré par le règlement de l’Assemblée Nationale et les pétitions doivent recueillir a minima 500 000 signatures, et être issues d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer, pour qu’un débat puisse être décidé et être organisé à l’Assemblée Nationale. Ces conditions sont largement réunies. 

On disait le peuple atone, défaitiste, résigné, le voilà mobilisé et déterminé ! Et c’est ce rapport de force qui va pouvoir permettre de changer les choses. Le gouvernement l’a déjà prouvé et peut à nouveau ne pas tenir compte de l’avis des citoyens et citoyennes. Mais il portera une très lourde responsabilité. 

Cette dynamique citoyenne prend le relais complémentaire de parlementaires qui se sont opposés à la loi. C’est bien la conjugaison de la rue et de l’hémicycle qui peuvent faire bouger ! Le gouvernement ne semble guère jusqu’ici prendre la mesure de cette révolte, mais cela risque d’être un énième caillou dans sa chaussure. 

Les éléments de langage sont rodés, les citoyens n’auraient pas bien compris en réalité les enjeux. Certains ‘’journalistes’’ ont beau tenté de décrédibiliser les opposants en les qualifiant de fascistes, ce sont pourtant bien 22 sociétés savantes médicales, la ligue contre le cancer, le conseil scientifique du CNRS, des centaines de médecins et chercheurs, la fondation pour la recherche médicale, la fédération des régies d’eau potable etc qui ont pris position contre cette loi et qui alertent sur les dangers. Non, cette loi ne souffre pas de désinformation ! 

Elle souffre de la minimisation du rôle de l’ANSES pour émettre des avis scientifiques objectifs, réellement indépendants qui ne cherchent pas de fausses excuses ! 

Elle souffre de la banalisation des méga-bassines dont l’installation va être désormais être facilitée alors qu’elles suscitent beaucoup d’opposition et contribuent à alimenter un modèle agro-industriel dévastateur pour les milieux naturels. 

Elle souffre des lobbys agro-industriels qui défendent leurs intérêts économiques plutôt que l’intérêt général. Elle souffre de défendre une agriculture intensive, de la réintroduction d’un pesticide néonicotinoïde, l’acétamipride, interdit depuis 2018 néfaste pour l’environnement. Les arguments utilisés, au nom de la garantie de la souveraineté alimentaire, sont déloyaux et ne peuvent être antinomiques de la sécurité sanitaire. 

Les dangers des pesticides pour la santé humaine ont été démontrés avec une hausse des cancers notamment pédiatriques et des maladies liées aux pesticides. Les conséquences sur la destruction de la biodiversité ont également été prouvées. 

Que des collectifs, des ONG, des médecins, des agriculteurs se mobilisent contre les ‘’alliés du cancer’’, pour reprendre les termes de Fleur Breteau, est une bonne nouvelle pour la vivacité de la démocratie. 

Le gouvernement ayant enfumé le peuple et le parlement tout l’hiver, se trouva fort dépourvu et empoisonné lorsque la pétition fut venue. 

 

 

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4 août 2025 1 04 /08 /août /2025 05:15

 

Dans l’ombre rouge de la vieille gare, le souvenir du tribun socialiste résonne encore. De la verrerie aux puits de mine, Carmaux fut le théâtre des luttes ouvrières menées aux côtés de Jean Jaurès.

 

À Carmaux, la gare voit arriver son rare lot de voyageurs. Quelques pigeons s’égarent sur les rails rouillés, tandis que le soleil cogne la façade ocre. L’édifice, imposant, révèle la singularité de ses briques de type belge, caractéristiques de l’architecture ferroviaire du début du XXe siècle. Ici et là, des fleurs de céramique de Sarreguemines s’épanouissent sur les murs. Elles semblent capter encore la ferveur passée.

Inaugurée en 1908, à l’initiative de la famille de Solages – puissants propriétaires des mines – cette station élégante remplace une première gare en bois bâtie un demi-siècle plus tôt, cent mètres plus loin. Les premiers wagons y transitent dès 1864, au cœur de l’essor industriel du Tarn. La gare s’inscrit dans la mise en service de la ligne reliant Albi à Rodez, dans le sillage de celle de Castres-Carmaux. Il faut transporter rapidement et massivement le charbon extrait des mines de Carmaux vers les centres urbains en développement, comme Toulouse ou Albi.

Sous la direction de la Compagnie des chemins de fer du Midi, la gare devient un nœud stratégique. Si elle dessert les voyageurs, son activité principale reste le fret. Chaque jour, charbon, produits agricoles et matériaux y circulent. Alors que les convois de wagons noirs symbolisent l’élan industriel de toute une région, pas de révolution pour les mineurs. Ils continuent à parcourir à pied les quelques kilomètres les séparant des puits… La gare, c’est le lieu où ces ouvriers se rassemblent, en cortège ou en colère, aux heures vives du bassin minier. C’est aussi là qu’il voit passer Jaurès, le député de Carmaux.

Aux côtés de Jaurès, dans la mêlée ouvrière

Sur les quais, Patrick Trouche, spécialiste de l’histoire locale, nous attend, reproductions de photographies noir et blanc en main. On y découvre l’ancien bâtiment des voyageurs près de la verrerie Sainte-Clotilde, aujourd’hui transformée en halle culturelle. À la fin du XIXe siècle, Carmaux vibre d’un socialisme bouillonnant : 2 000 mineurs, plus de 800 verriers, et un militantisme structuré autour du Cercle d’études sociales. C’est là que le jeune Jaurès, alors républicain modéré, se politise au contact des oubliés de la République.

En 1892, à l’approche de sa candidature, le Cercle lui délivre un certificat attestant de ses idées « très avancées ». Quelques mois avant le scrutin, il soutient publiquement Jean-Baptiste Calvignac, maire socialiste destitué de son poste à la mine par le marquis de Solages pour « absences injustifiées ». La riposte est massive. La grève éclate, la première d’une telle ampleur. Carmaux s’impose dans le débat national. Jaurès prend la plume dans « la Dépêche », pour dénoncer le marquis, patron des mines. Le scrutin législatif scelle leur duel : Jean Jaurès succède au marquis de Solages démissionnaire, début janvier 1893, et fait son entrée à la Chambre des députés. « Mes amis, je ne serai et je ne veux jamais être que le député de Carmaux, et c’est avec vous à la vie, à la mort », clame-t-il en 1898, unique élection qu’il perdra.

À Carmaux, il ne se contente pas de discours. Il écoute, conseille, défend. Pendant ses « vacances parlementaires », il retrouve ses camarades et amis de Bourgnounac, Pampelonne, Valence ou Valderiès. Place Gambetta, le café Boyer bruisse de débats enflammés. Aujourd’hui, la CGT, rue Victor-Hugo, occupe l’ancienne chambre syndicale des mineurs. Sa chambre à lui ? À l’hôtel Malaterre jusqu’en 1908, en face de la verrerie, à deux pas de la première gare. Transformé en boucherie, le lieu garde trace du passage du fondateur de « l’Humanité ». Sur les photos d’époque, on le voit accueilli place de la gare par ses camarades socialistes. Près de l’hôtel où il fut un jour violemment pris à partie, des ouvriers verriers restent fidèles à leur patron Eugène Rességuier. Plus loin, avenue Jaurès, on distingue les cortèges du 16 juin 1895, lors du rassemblement des élus socialistes.

Une image réveille les souvenirs de Pierre Battaglia, président du Cercle Jaurès. Son arrière-grand-père, figure locale du socialisme, fut de ceux qui portèrent le cercueil de Jaurès jusqu’au Panthéon, en novembre 1924. « On a reconnu son visage sur plusieurs clichés d’époque », glisse-t-il, ému. Jaurès revendiquait cette filiation populaire. Né à Castres, à 60 kilomètres au sud, il construit un socialisme humaniste, nourri de la réalité ouvrière. Il milite pour la nationalisation des mines, le droit de grève, la liberté syndicale, de meilleures conditions de travail et un crédit agricole pour les paysans.

Sur les rails des combats sociaux

Fin juillet 1895, la colère explose de nouveau. Les idées réformistes du tribun exacerbent le mouvement ouvrier. Une seconde grève s’enclenche après le licenciement de syndicalistes verriers. Les patrons remplacent tous les grévistes. En réaction, une utopie naît : la Verrerie ouvrière d’Albi, coopérative soutenue par le mouvement syndical et Jaurès. À Carmaux, certains lui reprochent la délocalisation de la production à Albi.

L’ancienne gare en bois peinte en rouge, elle, reste un témoin discret. Elle voit défiler gendarmes, militants, élus socialistes. Elle accueille Jaurès, de retour de Paris après dix heures de train, la voix toujours vibrante. À Dijon, quelques heures avant son assassinat, son train est stoppé par une panne. Il dicte un article depuis les locaux du « Progrès de la Côte-d’Or » à ses camarades de « l’Humanité ». « Sa voix martela admirablement, sans une hésitation, les mots qui disent toute la gravité de l’heure et la suprême espérance d’une solution diplomatique », rapportera le journal dijonnais.

À Carmaux, la mémoire tient bon. Inauguré en 1923, le monument de la place Jean-Jaurès incarne son engagement : le socialiste y est entouré des figures du monde ouvrier et rural — mineur, verrier, métallurgiste, paysan. « Il a voulu se fondre au milieu paysan et ouvrier car sa légitimité du discours, il l’a tenue de ceux qu’ils côtoyaient », rappelle Patrick Trouche. Pourtant, la ville rouge vacille. En 2024, l’extrême droite est arrivée en tête à Carmaux. Un séisme local dans ce bastion historique, corrigé toutefois par le reste de la circonscription. Comme un appel à réveiller les mémoires.

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