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En France, entre 10 000 et 20 000 enfants seraient sous la coupe de réseaux. Issues des foyers de l’aide sociale à l’enfance ou des classes moyennes supérieures, les victimes sont de plus en plus jeunes. Un phénomène massif qui peine à être pris en charge par les pouvoirs publics.
« Ne m’appelle pas ou ils vont me frapper. » Ce message WhatsApp, Lila, autoentrepreneuse de 40 ans, le reçoit, un soir, sur son téléphone portable. Il provient de sa fille, Nina, âgée de 14 ans. Nous sommes le 14 octobre 2022. Depuis plusieurs jours, la jeune fille, placée dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance (ASE) en Essonne, est en fugue.
« Elle m’avait envoyé sa localisation, située à Toulon, se souvient sa mère. J’ai immédiatement essayé de la rappeler. Elle m’a alors dit qu’elle n’en pouvait plus et qu’il fallait que je vienne la chercher. » Alarmée, Lila contacte les services de police toulonnais, qui repèrent un Airbnb situé en centre-ville. La police intervient et surprend des proxénètes en flagrant délit.
Nina et deux autres adolescentes de moins de 15 ans étaient forcées de se prostituer, depuis plusieurs jours, dans l’appartement. Lila découvre alors que sa fille se prostitue depuis janvier 2022. « Jamais je n’aurais pu imaginer cela », confie-t-elle. Elles sont pourtant des milliers, comme Nina, à tomber dans les mains de réseaux de prostitution.
Une prostitution digitale et invisible
En France, il y aurait entre 10 000 à 20 000 mineurs en situation d’exploitation sexuelle. Un chiffre exponentiel qui constitue néanmoins la partie émergée de l’iceberg. « Cela ne prend en compte que les affaires judiciarisées. Or de nombreuses victimes n’osent pas porter plainte », déplore Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l’association ACPE (Agir contre la prostitution des enfants) et du Conseil français des associations pour les droits de l’enfant (Cofrade).
Avec dix fois plus d’affaires en moins de dix ans, la prostitution des mineurs connaît, de fait, une progression vertigineuse. « Le nombre d’affaires résolues par les services d’enquête a été multiplié par plus de dix en moins de dix ans », explique Lénaïg Le Bail, commissaire divisionnaire, cheffe de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH).
Le phénomène, largement digitalisé, est par essence difficile à détecter. « Du recrutement du mineur à la publication de l’annonce, en passant par la mise en relation avec le client, tout se fait par Internet. C’est un phénomène invisible puisque 95 % des victimes sont exploitées dans des lieux fermés », précise la commissaire divisionnaire.
Les proxénètes repèrent généralement leurs futures proies via les réseaux sociaux. Les victimes y sont très souvent surexposées, à l’instar de Nina. « Je sais qu’elle a posté avec une amie des photos d’elle en petite tenue. Plus tard, lorsqu’elle était à Toulon, elle a publié des vidéos du salon de l’appartement. On y voyait des billets de banque et de la cocaïne sur une table ainsi qu’une chambre où traînaient des préservatifs », avoue sa mère, la voix sourde.
Des victimes de plus en plus jeunes
Face au silence de sa fille, Lila est condamnée aux suppositions. « Peut-être que c’est avec les réseaux qu’elle a été abordée par les proxénètes. On peut imaginer ce qu’il a pu se passer. » Les « nudes » (photos de soi-même nu ou partiellement déshabillé) ne sont pas l’unique prisme par lequel les proxénètes recrutent leurs victimes. Ces dernières peuvent tout aussi bien être repérées à la suite de « posts anodins » ou être entraînées par un petit ami.
Depuis quelque temps, les associations et services de police constatent un rajeunissement des mineurs exploités. « Il y a encore un an, l’âge des victimes tournait autour de 15-16 ans. Aujourd’hui, elles ont plutôt 13-14 ans » , confirme Lénaïg Le Bail.
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